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Passion de la France : 50 ans de combat politique, une vision du monde pour l'avenir


Jean-Pierre Chevènement était "L'Invité" de TV5 Monde, une émission présentée par Patrick Simonin, le mardi 19 février


Verbatim

  • Patrick Simonin, TV5 Monde : Vous avez accompagné l'histoire de la gauche, vous portez une réflexion sur votre temps, sur cette France que vous avez depuis toujours dans le cœur. Tout cela, vous le racontez dans un livre de 1600 pages. Jean-Pierre Chevènement, Passion de la France , passion pour la France ?

    Jean-Pierre Chevènement : Ce titre s'interprète de deux manières : c'est à la fois l'amour que j'ai pour mon pays, et c'est aussi la passion au sens christique du terme – « patere », souffrir – c'est la souffrance de la France depuis 1939, l'année de ma naissance. C'est aussi la Seconde Guerre mondiale, c'est la catastrophe qui fond sur la France, et c'est toute la difficulté qu'il y a à la redresser.

  • Il y des populismes partout aujourd'hui dans cette Europe que vous dénoncez. Qui sont les responsables ?

    Le responsable est l'illusion qui fait qu'on a cru qu'on allait substituer à la France une Europe supranationale qui n'a pas de réalité parce qu'elle n'a pas de frontières, parce qu'elle n'a pas de patriotisme propre. Le patriotisme européen n'existe pas. Quand vous consultez les gens sur leurs sentiments d'appartenance, ils sont d'abord Français, Allemands, Anglais ou Italiens, avant de se dire Européens. Or, le sentiment d'appartenance est fondamental, c'est ce que beaucoup n'ont pas compris. Quand on est minoritaire, on accepte la loi de la majorité s'il y a un sentiment d'appartenance assez fort. Il existe au niveau national ; il n'existe pas au niveau européen. Donc l'Europe est une machine à produire des normes sur lesquelles il n'y a, au fond, pas de consensus véritable. C'est très fragile.

  • On voit aujourd'hui avec le mouvement des Gilets jaunes que même ce sentiment d'appartenance national a disparu, qu'on accepte plus le système démocratique tel que la Ve République l'a institué. C'est un système qui vacille.

    On ne peut pas réinstaurer le civisme si on ne reprend pas le contrôle de la souveraineté du pouvoir. Le respect qu'ont perdu les représentants de la Nation aux yeux des citoyens vient en partie de ce que eux-mêmes ont abdiqué leur pouvoir. Il faut leur rendre leur pouvoir et revaloriser la démocratie représentative, celle par laquelle les citoyens se sentent représentés par leurs députés. La revalorisation du Parlement est à la base de tout pour que les citoyens puissent à nouveau avoir confiance dans les députés qu'ils élisent. J'ai moi-même été parlementaire du Territoire de Belfort pendant 40 ans : je sais ce que c'est que la démocratie représentative, je sais aussi ce que c'est que faire la loi et expliquer le sens de la loi aux élèves – c'est l'éducation civique. Tout cela est à refaire, nous avons à reconstruire un peuple de citoyens.

  • Faut-il réformer la Ve République, passer à la VIe ?

    C'est un peu trop vite dit. Il faudrait peut-être s'interroger sur le quinquennat : son instauration n'a-t-elle pas été une erreur ? On a corseté la démocratie d'une manière telle qu'il y a une élection, celle du président de la République, puis celle des députés, et ensuite il n'y a plus rien. C'est un système qui ne respire pas. Je propose qu'on déconnecte à nouveau l'élection présidentielle des législatives. Le président est le gardien du long terme, et le Parlement conduit les politiques en fonction des désirs de l'opinion qui peuvent être changeants.

  • On voit une montée de l'antisémitisme, de la violence, des extrêmes. Quelle réponse républicaine ?

    La réponse c'est la République dans toute sa cohérence, son exigence. C'est l'Ecole, c'est l'éducation, c'est la foi des instituteurs dans le message qu'ils doivent transmettre. C'est aussi cette mentalité de service public qui doit exister dans les médias. Nous avons à reconstruire la République.

  • La reconstruire, recréer cette unité, la laïcité. C'est un sujet auquel vous vous êtes intéressé de près. La place de l'islam en France, le problème du terrorisme... Au fond, c'est la Nation qui est la réponse ?

    C'est la Nation citoyenne, que je distingue de la Nation ethnique ou culturelle. C'est la Nation comme communauté de citoyens, indépendamment de la confession. La laïcité, c'est la compréhension de ce qu'est la citoyenneté : il y a un espace commun à tous les citoyens. C'est un sursaut républicain auquel on doit convier le pays pour faire reculer l'extrême droite qui fait son miel du désordre ambiant.

  • L'extrême droite peut-elle réellement arriver au pouvoir ?

    A force de dire qu'elle n'arrivera pas au pouvoir et que Madame Le Pen est comme la quille du bateau, c'est -à-dire une sorte de stabilisateur automatique, toujours battue au deuxième tour, un jour, ça ne marchera plus. Il est temps que nos élites s'interrogent sur leurs propres responsabilités, plutôt que d'incriminer toujours les populistes – je ne sais d'ailleurs pas très bien ce que ça veut dire. Quelle responsabilité dans la désindustrialisation de la France depuis 40 ans ? Tous ces malheureux que l'on voit aujourd'hui sur nos ronds points, n'était-ce pas des gens qui autrefois travaillaient dans les entreprises, les usines qu'on a laissé fermer et qui ferment tous les jours ? Il faut s'interroger sur les conditions dans lesquelles on peut réindustrialiser notre pays. C'est l'un des points, ce n'est pas le seul.

  • Passion de la France. Vous dites que la France est une, indivisible, exclusive. Elle mérite une passion, votre passion ?

    Ce sont 50 ans de combat – tout le monde ne peut pas en dire autant ! – qui ont leur unité. Toutes les interventions que j'ai pu faire constituent une vision du monde pour l'avenir. Ce n'est pas simplement un bouteille lancée à la mer, ce sont des outils, des concepts, des briques de base pour reconstruire un édifice solide, une France républicaine au XXIe siècle.

  • Entre le jeune homme qui a adhéré à la SFIO et aujourd'hui, vous êtes resté le même, vous avez toujours la même utopie ?

    L'utopie est toujours nécessaire, mais le réalisme aussi ; j'ai appris à conjuguer les deux. L'homme n'est ni ange ni bête, disait Pascal, qui veut faire l'ange fait la bête. Je ne cherche pas à faire l'ange : la politique est difficile mais il y a un chemin.

    Source : L'invité - TV5 Monde

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Rédigé par Chevenement.fr le Mercredi 20 Février 2019 à 09:43 | Lu 971 fois



1.Posté par Rajat Gaikwad RAJAT GAIKWAD le 27/02/2019 11:47
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