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Terrorisme : "L'essentiel n'est pas dans l'usage de la force militaire"


Jean-Pierre Chevènement était l'invité de France Inter, lundi 23 novembre 2015. Il répondait aux questions de Léa Salamé.


  • Tout pays est toujours seul dans les grands moments de son histoire. Il doit compter d'abord sur lui-même. Mais l'initiative de François Hollande a rencontré le succès à l'ONU. Il y a un consensus apparent, maintenant il faut passer aux travaux pratiques.
  • Pour moi l'essentiel n'est pas dans l'utilisation de la force militaire : il faut savoir s'en servir, mais à bon escient. L'essentiel est toujours politique : pourquoi va t-on l'utiliser ?
  • Ma thèse est qu'il faut restaurer l'Irak et la Syrie comme des États vivables pour leurs populations. Il faut pour cela que chacun agisse sur ses clients, car cette guerre est une guerre par procuration, principalement entre l'Iran et les monarchies du Golfe, mais aussi la Turquie.
  • Il faut exercer toutes les pesées pour aller : 1/ vers un Irak fédéral, parce que c'est là qu'est né Daesh 2/ vers un gouvernement syrien représentatif. Qu'on y aille par étapes me paraît inévitable.

  • Dans un premier temps, vouloir éliminer Bachar Al-Asad, c'est casser ce qu'il reste de l’État syrien, qui est un État déplorable, mais qui a le mérite d'exister. Or, quant on casse un État, comme en Irak, on dissout son administration, sa police, son armée, etc, et on récolte Al Qaeda, puis Daesh. Quant on casse un État, comme en Libye, on récolte finalement un pays anarchique. Le chaos.
  • Pour l'instant il faut qu'il y ait un état-major qui se constitue, que les contacts soient pris, pour que sur le terrain, Daesh soit séparé des fameux rebelles modérés. Qu'est ce qu'un rebelle modéré ? C'est un rebelle qui tourne ses armes d'abord contre Daesh. Il faut le dire.
  • On a beaucoup sous-estimé l'enracinement de Bachar Al-Asad en 2012. Je rappelle que dans la foulée des révolutions arabes, la France a voulu prendre le train en marche, en Libye, en Syrie, et cela a donné des résultats qui, quand même, ne sont pas tellement brillants. On s'est appuyé sur des rebelles modérés qui ne tenaient pas le terrain. Et finalement on se retrouve dans une situation où il y a d'un côté les islamistes radicaux, qu'ils s'appellent Daesh ou Al-Nosra, et puis de l'autre côté Bachar Al-Asad.
  • C'est un problème depuis la guerre du Golfe. Cela a complètement déplacé le centre de gravité de la politique arabe de la France. Nous soutenions les vecteurs de progrès dans le monde arabe, et on s'est mis à la remorque de ce qu'il y avait de plus obscurantiste.
  • Je pense qu'il faut conserver des relations avec l'Etat saoudien, bien entendu, mais en même temps l'amener à prendre ses distances avec toute une série de mouvements, de fondations, d'associations, qui font un travail qui consiste – qui a consisté en tout cas – à soutenir Daesh à ses débuts.
  • Je pense qu'il faut ne pas parler comme George Bush, qui parlait très généralement de « guerre contre la terreur ». Nous nous battons contre le terrorisme djihadiste, qui est un ennemi qu'il faut connaître. C'est la coagulation, le syncrétisme, entre le salafisme, variante obscurantiste de l'islam, et d'autre part une idéologie complètement dégénérée qui a substitué à l'anti-impérialisme djihadiste la lutte contre les juifs et les croisés. C'est une régression médiévale, un antisémitisme haineux, qui rejette non seulement l'Occident, mais également les Arabes qualifiés de mécréants ou d'apostats, quant ils ne marchent pas dans leur ligne, c'est à dire l'immense majorité des Arabes et des musulmans.
  • Je pense que Macron a raison parce qu'il a parlé du terreau. Or le terreau c'est quoi ? C'est un chômage de masse, c'est la concentration de ces jeunes dans les zones urbaines sensibles, c'est une école qui pourrait mieux marcher. D'une manière générale, ce n'est pas la faute de la République si cela ne marche pas mais faute de République. Et Macron a raison de dire cela. Pour autant il n'y a pas de culture de l'excuse. Le passage à l'acte terroriste, rien ne peut le justifier. Et il faut par conséquent être ferme, implacable.
  • Je ne suis pas partisan de prolonger l'état d'urgence indéfiniment. Je pense qu'il faut d'abord assurer les bases constitutionnelles, procédé à une révision de la constitution. J'y suis favorable parce qu'elle permettra de cadrer l'utilisation de ces pouvoirs spéciaux, qui pourraient donner lieu à des dérives. Mais pour le reste, j'approuve les perquisitions administratives, j'approuve un certain nombre de mesures qui ont été prise dans l'urgence, mais un état d'urgence ne peut pas être un état permanent.
  • Nous sommes dans une phase exceptionnelle. Je pense que l'unité nationale est nécessaire, et surtout, par rapport à l'immense défi qui est devant nous, plutôt que de nous perdre dans des arguties, nous devons apporter une réponse morale, à la hauteur de ce qu'est la République de ses valeurs. C'est un défi spirituel que l'on nous impose, par conséquent nous devons isoler les terroristes de la population. Cela vaut pour tous les Français, qui ne doivent pas prendre les musulmans pour des boucs-émissaires, et cela vaut pour les musulmans qui doivent clairement se dissocier de cette lèpre.


Rédigé par Chevenement.fr le Lundi 23 Novembre 2015 à 11:36 | Lu 3010 fois



1.Posté par Jp JP le 23/11/2015 15:36
Rantanplan ! Cela fait des dizaines d’années que les Français voient le problème monter….et demandent à la CLASSE POLITIQUE d’arrêter ce b..del qui détruit notre pays. Et puis qu’enseigne LE LIVRE à l’égard des mécréants, des juifs, des chrétiens, et des associateurs en général ?

2.Posté par Chantal MIDENET le 23/11/2015 19:53
Sages paroles !

Au début, j'ai pensé à la Théorie du "Bouc émissaire"
http://lea.u-paris10.fr/IMG/pdf/2.le_bouc_emissaire_version_def_.pdf

Mais je préfère, de loin, la pensée du grand Henri Laborit
http://www.les-crises.fr/on-devient-terroriste-parce-que-lon-nest-pas-entendu/

3.Posté par Micheline MASSHENSER le 24/11/2015 16:31
De constater tous ces attentats, depuis plusieurs années par des individus connus, fichés, la France semble se réveiller. Les politiques ne doivent pas être seuls à démanteler tous ces réseaux, ces criminels. Tous les Musulmans doivent réagir pour aider la France. Dénoncer aux autorités des Imams qui prêchent la haine pour ne pas se laisser piéger. Il faut combattre ces terroristes, en préservant notre culture, notre mode vie, notre liberté.
Vos remarques sont intéressantes!
Micheline

4.Posté par Yvon GRINDA le 28/11/2015 17:02
« C’est un défi spirituel que l’on nous impose » (Jean-Pierre Chevènement) ( cf. ci-dessus)

A cette phrase répond la fine analyse de l’intervenante Chantal Midenet (à travers René Girard et Henri Laborit)

Oui, « défi spirituel » même pour nombre de mécréants que nous sommes.
Il est fort à parier qu’une part non négligeable de la 3ième jeune génération issue de l’immigration , soit perdue, et qu’il faille des années pour forger un Islam DE France et non un Islam en France.
C’est d’abord à l’école , tous bambins, que nous devons affirmer la primauté du droit à la ressemblance sur celui de la différence (qui, elle, divise) par des jeux éducatifs adaptés.
Plus tard c’est par une harmonieuse répartition dans les écoles des élèves de provenances diverses que l’on devra construire le « melting pot »
C’est par un service militaire ou service citoyen que l’on devra poursuivre notre œuvre d’intégration pour éviter plus tard la discrimination ethnique à l’embauche.
Enfin à nous tous de rechercher un projet collectif , projet de société, projet humaniste, projet créateur, bâtisseur ou même scientifique, fédérant les énergies au même titre que les la construction des pyramides égyptiennes.

Nous payons cinquante années de prétendue intégration depuis le temps lointain des camps de harkis qui ont alimenté dans les générations qui ont suivies le sentiment de frustration et de profonde injustice d’une partie de nos concitoyens prêts à se radicaliser.

N’ayons pas peur des mots : l’Islam lui aussi, par ses ambiguïtés, porte une part de responsabilité dans sa vision du vivre ensemble, toutes religions, ou non, confondues (preuve en est de la haine considérablement sous-estimée que se portent les Sunnites et les Chiites)
Seule, la religion de l’Islam, devra se réformer de l’intérieur comme ont pu les faire les catholiques dans un passé récent avec le retrait du qualificatif de « peuple déicide » à l’encontre des juifs. (Dans le même ordre d’idées il serait temps que notre république abolisse le Concordat dans trois de nos départements).

La tâche est longue et d’autant plus difficile que l’effort devra être constant et ne pas être relâché, tout en ne cédant pas à l’électoralisme à court terme prétendant que tout ce vaut.
Nous réussirons dans la constance et l’effort.

5.Posté par Marcelle Pascaud le 10/12/2015 13:50
j 'aime la publication de Jean Pierre Chevènement ;

je partage le commentaire de Yvon Grinda

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