Carnet de Jean-Pierre Chevènement

Quatre repères d’intérêt vital pour la France et la République


Déclaration de Jean-Pierre Chevènement, 5 novembre 2011.
Une monnaie moins chère ; une Europe de la croissance plutôt que de la stagnation ; préserver notre souveraineté budgétaire et fiscale, sauvegarder notre indépendance en matière énergétique, de défense et de politique extérieure ; redresser l’Europe : construire une Europe européenne qui soit un pôle dans le monde multipolaire de demain.


1. Tout au long de cette année, j’ai beaucoup réfléchi et écouté. J’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République en 2012, comme je l’avais annoncé, « pour faire bouger les lignes ». Pour mettre la gauche et la France à la hauteur des défis qui sont devant elles.

2. Nous sommes en effet à la veille de très fortes secousses. Avec la crise de l’euro, l’Europe se trouve dans l’œil du cyclone.

3. Ceux qui nous dirigent ou qui aspirent à le faire, pas plus que nos gouvernants de 1940, ne se sont préparés à y faire face. Or, dans cette période de tempêtes, il faudra maintenir le cap des intérêts de la France et de la République, qu’ils ont souvent perdu de vue depuis longtemps (cf.8). C’est pourquoi je suis candidat, pour aider à trouver un chemin.

4. La crise de la monnaie unique a, en effet, sa cause dans la monnaie unique elle-même, que nos dirigeants ont soutenue tous ensemble, à Maastricht, il y a vingt ans. L’erreur du traité que j’ai combattu a consisté à vouloir transférer à un aréopage de banquiers irresponsables la souveraineté monétaire de dix-sept pays très différents par leurs structures économiques, leurs langues, leurs cultures et leurs options politiques. Or, au lieu de converger, leurs économies ont divergé. L’écart s’est creusé entre l’Allemagne industrielle et excédentaire au Nord et les pays du Sud de l’Europe déficitaires et en voie de désindustrialisation rapide. La monnaie unique était censée unir. Elle divise. Les politiques de rigueur conjuguées conduisent à une récession généralisée.

5. Le sommet de Bruxelles n’a rien réglé. Il n’a posé que des rustines. Les ressources disponibles du Fonds européen de solidarité financière sont insuffisantes : 250 milliards face aux 3 400 milliards de dettes des cinq pays « sous tension ». Cette insuffisance ouvre la voie à l’ingérence extérieure. Après la Grèce, qui renâcle devant sa mise en tutelle, c’est le tour de l’Italie d’être attaquée et mise sous le contrôle du FMI. La rigueur s’impose par diktat. Au sommet du G20, à Cannes, la crise de l’euro a occulté le reste : la réforme du système monétaire international n’a pas progressé.

6. Il y a pourtant des solutions pour réconcilier l’Europe avec le progrès et avec la démocratie, essentiellement deux :

a) Pour sauver la monnaie unique, adosser le Fonds européen de solidarité financière aux ressources de la Banque Centrale européenne, comme l’avait proposé initialement le gouvernement français, afin de casser la spéculation. Donner à la Banque Centrale européenne les mêmes prérogatives que la Banque Centrale américaine qui détient 2000 milliards de bons du Trésor américain et soutient la croissance aux Etats-Unis.

b) A défaut d’un accord du gouvernement allemand sur cette première solution, le compte à rebours de la dissociation de la zone euro est enclenché. Mais il est encore possible de limiter les dégâts :
- il faudrait organiser de manière négociée la mutation de la monnaie unique en monnaie commune, projet raisonnable, soutenu il y a une vingtaine d’années par M. Bérégovoy et par M. Balladur ;
- il faudrait pour cela négocier un système de parités stables et ajustables pour corriger les écarts de compétitivité entre les différents pays tout en préservant l’euro comme « toit européen commun ». Cet euro pourrait être utilisé dans les échanges extérieurs, les monnaies nationales étant réservées aux transactions internes. Il n’est pas déshonorant de rectifier une erreur et de revenir à un système monétaire moins rigide et plus souple.

7. Malheureusement les dirigeants de l’Europe ne sont pas capables de faire des choix viables et cohérents, soit pour sauver la monnaie unique en réformant son architecture, ce que j’ai toujours proposé, soit pour revenir à une monnaie commune, plus robuste. Ils manquent du plus élémentaire réalisme pour sortir de l’impasse à moindres frais.

8. Face aux secousses inévitables, il faut garder le cap des intérêts supérieurs de la France et de la République. Ceux qui nous dirigent ou aspirent à le faire, l’ont le plus souvent perdu de vue. Or, il n’est pas de cap pour qui ne connaît pas le port.


Quels sont ces intérêts majeurs que dans les années à venir il faudra conserver à l’esprit ? J’en vois quatre :

a) D’abord une monnaie moins chère que l’euro actuel surévalué de 25 %. Une monnaie moins chère pour permettre la réindustrialisation. Notre base industrielle a rétréci de moitié depuis trente ans. Or, sans base productive solide, pas de protection sociale efficace ! Voilà trente ans que je le répète : une industrie moderne c’est la condition de tout le reste : exportations, recherche, emploi, y compris dans les services, avenir de la jeunesse.

b) Deuxièmement, il faut organiser une Europe de la croissance, avec politique monétaire active, une monnaie non surévaluée, un commerce ouvert aux concurrences loyales, un plan d’investissements dans les secteurs d’avenir (transition énergétique, transports et villes durables, etc.). Il n’est pas normal que l’Europe soit le seul continent voué à la stagnation économique.

c) Troisièmement il faut préserver, avec la démocratie et les droits du Parlement, notre souveraineté budgétaire et fiscale, sauvegarder notre indépendance en matière énergétique, de défense et de politique extérieure. Pas question de brader l’atout nucléaire de la France. Nos centrales nous donnent une électricité 40 % moins chère que celle qu’il faudrait produire en substitut. Pas question de laisser partir en fumée des centaines de milliards investis depuis un demi-siècle ! Pas question de sacrifier sur l’autel de la règle d’airain budgétaire, la dissuasion nucléaire qui garantit notre sécurité à long terme. Pas question de sacrifier non plus notre siège de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’O NU ou notre réseau diplomatique, le deuxième du monde.

d) Il faut enfin redresser l’Europe : construire une Europe européenne qui soit un pôle dans le monde multipolaire de demain. Une Europe non pas fédérale – ce n’est pas mûr – mais confédérale, appuyée sur ses nations et sur la démocratie qui vit en chacune d’elle, une Europe à géométrie variable, avec une monnaie non pas unique mais commune. Pour construire cette « Europe européenne » une France forte est nécessaire.

9. Ces quatre grands repères ne sont guère présents à l’esprit de ceux qui nous dirigent ou aspirent à nous diriger.

a) Selon Nicolas Sarkozy, « si l’euro explose, l’Europe disparaît ». Cela n’a pas de sens. La Grande-Bretagne n’est pas dans l’euro mais elle est dans l’Europe. Celle-ci existait avant l’euro. Elle existera après. Nicolas Sarkozy nous dit qu’il faut coller à l’Allemagne. Il faut certes dialoguer avec elle mais en s’appuyant sur nos propres atouts. Nos modèles sont différents et nos intérêts peuvent l’être temporairement. Trouvons avec l’Allemagne les compromis nécessaires. Nicolas Sarkozy nous fixe l’horizon du « triple A ». Ce n’est pas un projet républicain dans lequel le peuple puisse se reconnaître. C’est transférer la souveraineté populaire aux agences de notation ! Au total, Nicolas Sarkozy ne nous offre à travers la règle d’or – en fait d’airain – que l’horizon d’une austérité à perpétuité.

b) François Hollande refuse, lui, d’inscrire la règle d’or dans la Constitution mais il l’appliquerait, en réduisant dès 2013 le déficit budgétaire à 3 % du PIB. Je ne discerne pas la logique alternative qu’il propose. Il évoque les eurobonds mais l’Allemagne n’est pas prête à mutualiser sa dette avec celle des autres. Tout au plus accepterait-elle peut-être un emprunt européen pour financer quelques travaux d’infrastructures …

c) Les invocations au fédéralisme qui se font entendre à gauche et à droite dissimulent le fait que ce fédéralisme ne peut être que coercitif et déboucher sur un espace disciplinaire.


Les Français ont besoin de repères clairs, sur l’Ecole, la sécurité, l’intégration, mais d’abord sur l’Europe car c’est par là que la maison brûle. Il faut donc une vision et d’abord pour remettre l’Europe sur ses pieds.

La France, depuis trop longtemps, minée par le doute, doit retrouver confiance en elle-même : les secousses sont inévitables et l’effort le sera aussi. Mais cet effort doit avoir un sens, et la justice être au rendez-vous.

Il faut enfin parler le langage de la vérité, y compris sur les moyens que nous prendrons. C’est le seul moyen d’éviter les déceptions après 2012. Nous ferons ainsi barrage à l’extrême droite.

Il faut remettre d’aplomb la République et refaire des citoyens. C’est pour cela que j’ai choisi de faire entendre ma voix


Rédigé par Jean Pierre Chevenement le Dimanche 6 Novembre 2011 à 14:15 | Lu 3631 fois



1.Posté par Vincent GOMES le 06/11/2011 15:34
Excellente décision qui permettra peut être de donner naissance à d'autres types d'idées politiques que celles de Nicolas Sarkozy qui vise simplement à satisfaire les Zaméricains . Il est tout de même scandaleux qu'en 2008 après la victoire du NON au référendum sur le traité européen organisé par Chirac en 2005 , Sarkozy l'ait transformé en OUI en faisant avancer l'Europe comme s'il ne s'était rien passé!

2.Posté par Gilbert RIBES le 07/11/2011 11:40
Il est urgent de s’affranchir des marchés financiers pour financer les déficits publics.

Dans ce but, les Etats souverains de l’Euroland décideraient de déroger immédiatement à l’article 123 du Traité de Lisbonne, en autorisant la BCE à financer directement les déficits publics des pays de l’Euroland, au taux de 1% et dans de strictes limites.Une modification ultérieure de l’article 123 pourrait être envisagée.

Cette autorisation serait indissociable d’un impératif de retour à l’équilibre budgétaire de tous les comptes publics (Etat, collectivités territoriales, protection sociale), dans un délai suffisamment long pour ne pas entraver la croissance et la diminution du chômage.

Un délai de 5 ans (2011-2017) paraît raisonnable.

Le retour à l’équilibre budgétaire ferait l’objet d’engagements de réduction annuelle des déficits.Des mesures correctives automatiques, prévues dès l’origine, seraient appliquées en cas de non-respect de ces engagements.

Une simulation, basée sur une diminution des dépenses publiques de 1% par an et une augmentation des recettes publiques de 1% par an, à euros et PIB constants, montre que le cumul des déficits publics annuels des pays de l’Euroland diminuerait de 550 milliards d’euros en 2011 à 28 milliards d’euros en 2016(59 milliards d’excédents en 2017) et que les déficits accumulés de 2011 à 2016 s’élèveraient à 1479 milliards d’euros.

Le plafond des autorisations données à la BCE pourrait donc être fixé à 1500 milliards d’euros,avec un échéancier annuel décroissant de 500 milliards d’euros en 2012 à 50 milliards d’euros en 2016.

Cette autorisation concrétiserait une solidarité de fait entre les pays de l’Euroland autour de la valeur de l’euro et constituerait un élément d’une « coopération renforcée ».

3.Posté par Bernard DECOME le 07/11/2011 16:41
Je ne comprends pas toute cette animosité à l’encontre de J.P CHEVENEMENT ? Si le candidat PS est aussi bon qu'on le dit alors ils n’ont aucun souci à se faire. JPC aurait parait-il fait perdre Jospin en 2002 ? A bon ! Il y avait alors uncandidat vert, un candidat PC, une candidate radical de gauche, mais c’est JPC qui a fait perdre JOSPIN. Pourtant, le candidat socialiste n’a recueilli sur son nom que 11 % des votes ouvriers. Quelle marque de confiance !
Maintenant parlons sérieusement qui a fait perdre Ségolène ROYAL en 2007 ? Le PS l’a soutenue du bout des lèvres. Les GRACQUES émanation du PS ont même fait une campagne contre elle. Alors que tout ces donneurs de leçons soit disant socialistes commencent par balayer devant leur porte . Surtout qu’ils n’oublient qu’il y aura un deuxième tour et que toutes les insultes et critiques injustifiées laisseront des traces .
Jean Pierre CHEVENEMENT est un républicain et un homme de gauche ce qui ce fait de plus en plus rare, il n’a pas de leçon à recevoir de pseudos socialistes qui ont totalement adhérés aux idées libérales.

4.Posté par Dona Ferentes le 08/11/2011 15:00
À quoi bon tirer des plans sur la comète, au milieu d'électeurs non informés en électronique suffisamment nombreux pour que leurs votes soient détournés par des initiés?
Les machines à voter utilisées en France sont interdites dans les autres pays : pas fiables, sans anonymat, modifiables et très coûteuses sans raison.
Les candidats qui n'en n'ont pas le contrôle auraient intérêt à exiger un vote véritablement vérifiable par les électeurs.

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