Carnet de Jean-Pierre Chevènement

L’acte de naissance d’une Europe régressive et disciplinaire



Le contenu du nouveau traité européen annoncé par Mme Merkel et M. Sarkozy est très grave : c’est l’acte de naissance d’une Europe régressive et disciplinaire. L’adoption d’une règle d’or constitutionnalisée, en fait règle d’airain, proscrivant tout déficit budgétaire sous le contrôle de la Cour de Justice européenne, c’est la garantie de politiques restrictives et récessionnistes prolongées dans toute l’Europe. C’est « la décennie perdue » évoquée par Mme Lagarde à l’horizon 2020.

Des sanctions automatiques, à travers cette innovation juridique que serait l’institution d’une règle de majorité minorée, c’est la mise à l’amende des pays les plus en difficulté. C’est l’Europe disciplinaire. Rien en contrepartie sur le rôle de la Banque Centrale européenne. M. Draghi est seul maître à bord : les peuples n’ont le droit que de se taire.

Sur le fond, M. Sarkozy et Mme Merkel se trompent : la crise de la monnaie unique ne vient pas du laxisme budgétaire des gouvernements mais de sa conception même : elle a juxtaposé des pays trop différents par leurs structures économiques, leurs cultures et leurs options politiques.

Mme Merkel a imposé à M. Sarkozy la vision de politique monétaire et budgétaire allemande. Ne pas le dire serait accepter de céder à l’intimidation que le gouvernement français a voulu exercer à l’égard de son opposition, en organisant cette campagne insane sur la « germanophobie » supposée du Parti socialiste. La France et l’Allemagne peuvent avoir des intérêts différents. L’essentiel, c’est de chercher des compromis dans l’intérêt général européen. La conception d’une politique monétaire plus accommodante et permettant la relance, correspondrait davantage à l’intérêt de l’Europe.

Pour résister aux exigences allemandes, il eût fallu rassembler les Français. En cherchant à les diviser de manière caricaturale le gouvernement de M. Sarkozy a, par avance, démontré l’esprit de renoncement qui l’anime. C’est grave.

Le sommet européen prévu les 8 et 9 décembre sera un sommet pour rien : aucune disposition n’est prévue en effet pour enrayer les difficultés de la zone euro prévisibles à court terme, bien avant la discussion et plus encore la ratification du nouveau traité. Celui-ci ne sera jamais adopté. A cet égard, la position de François Hollande est parfaitement justifiée : la priorité est à l’action immédiate, pas à un nouveau traité. La crise de la monnaie unique implique qu’on cherche rapidement d’autres issues. L’idée d’une monnaie commune devrait faire son chemin.


Rédigé par Jean Pierre Chevenement le Lundi 5 Décembre 2011 à 18:59 | Lu 2901 fois




1.Posté par REPUBLIQUE DU SAUGEAIS le 06/12/2011 08:49
En fait, M. Sarkozy s'emploie à miner le terrain politique et économique de la France avant de se replier dans d'autres contrées. L'aspect positif, c'est qu'il a compris qu'il serait battu en 2012.
Pour le reste, ce qui a été fait ici bas peut être défait de la même façon.
L'important est donc de déterminer QUI peut réellement le battre en avril-mai 2012.

2.Posté par Michel PILLIER le 06/12/2011 16:02
La vraie question est plutôt QUOI proposer aux français pour sortir de l'impasse où M. Sarkozy, mais pas seulement lui, nous a mis. Car la crise de la monnaie unique vient de loin. De Maastricht à Lisbonne en passant par le référendum sur le TCE, les responsables, que je sache, ne se situent pas uniquement à droite... Pour défaire ce qu'ils ont fait, il faudra plus qu'une simple alternance !

3.Posté par Jacques CARLE le 10/12/2011 11:14
Oui, il est temps, je crois de constater la mise en coupe réglée des financiers sur le monde politique et sur les libertés des États et des citoyens. L'ère d'une nouvelle tyrannie s'annonce au nom d'une panique organisée en Europe par les agences de notation, souvent indépendantes, mais presque toutes américaines! Triple "A" , quand tu nous tiens! Une belle triple Ânerie!, un beau marché de dupes! Les euros bons, la redéfinition juste du rôle de la BCE ont été écartés au nom des seuls intérêts allemands! Et je ne donne pas disant cela et sans honte, dans la germanophobie. Le président Sarkosy n'a pas su faire valoir avec assez de force nos intérêts! Il fallait imposer ou se démettre et sortir la France de ce jeu de dupes! La dette pouvait attendre un lente résoption : la productivité des états relancés dans une vraie croissance était la solution. Les banquiers aidés des Etats, c'est à dire les citoyens en 2008 pouvaient , en compensation et remerciement, sur leurs biens immobiliers et autres, même difficiles à réaliser dans un contexte de crise des liquidités, servir de garanties à la prétendue urgence de la dette! Restait à calmer les actionnaires inconnus et diffus par un appel général à la raison: peut-on placer son argent sur des ruines que l'on organise et un potentiel que l'on détruit partout?
Cette décision de confier le sort de pays libres et souverains de l'Europe aux seules décisions d'une instance européenne revient à prendre en otage les citoyens d'Europe, sonne le glas de toute initiative politique et sociale dans les vingt-trois pays signataires. La machine à culpabiliser, les refrains du style" trop d'assistanat; ça ne pouvait pas durer" font florès de tout côté et préparent la conscience des gens à accepter la punition d'un mal dont ils sont conditionnés à se croire les auteurs: " nous avons trop profité, cela ne pouvait pas durer!" Une vielle recette pour nos gouvernants connaissant la facilité des peuples à accepter une servitude qu'ils croient juste parce qu'on leur fait croire qu'elle est méritée!! Il n'y à qu'à relire La Boétie! Le scénario et l'avenir sordide qu'on nous prépare tient dans les quelques pages lumineuses qu'il écrivit dans notre fécond XVI e siècle. C'est un avenir d'une grande tristesse qui se prépare: nous risquons très vite de retrouver les inquiétudes du temps de Zola et le cortège de misères de ces époques qui portaient au moins l'espérance et la volonté d'en sortir. A nous d'exiger des comptes de nos dirigeants et de tout mettre en œuvre par la création de comités de Salut Public, de cercles de réflexion dans tous les pays, pour sortir de la pensée unique bruxelloise

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