Carnet de Jean-Pierre Chevènement

« Faire le ménage »



A lire Jacques Delors*, la manière dont s’est construire l’Europe n’est pour rien dans nos actuelles difficultés.
« Il faut sans cesse rappeler, écrit Jacques Delors, que l’essentiel de la politique économique, la politique de l’emploi, la sécurité sociale et la répartition des revenus sont de la compétence nationale ». De là découle l’ordonnance : [après la campagne présidentielle] « il faudra d’abord faire le ménage chez nous, pour faire face au triple défi de la démographie, de la mondialisation et la mutation technologique. »

Libre-échangisme dogmatique, développement d’un capitalisme purement financier à travers la libéralisation des capitaux, boulimie de pouvoir de la Commission européenne, étiolement de la démocratique nationale, tout cela est allègrement passé à la trappe par l’ancien Président de la Commission européenne.

« Faire le ménage » ? Jacques Delors ne peut ignorer que dans l’Europe d’aujourd’hui aucun gouvernement ne maîtrise plus ni la politique monétaire, ni la politique douanière, ni même – pacte de stabilité oblige – la dépense budgétaire. Même en matière d’impôts, la mise en concurrence des systèmes fiscaux réduit fortement la liberté d’action des gouvernements nationaux. Ne parlons pas de la politique industrielle, vidée de l’essentiel de sa substance par la jurisprudence ultralibérale de la Commission en matière de concurrence.

Si ce carcan libéral n’est pas remis en cause, « faire le ménage » ne peut donc rien signifier d’autre qu’une nouvelle cure de rigueur budgétaire et salariale. Jacques Delors est déçu, nous dit-il, « de la façon dont on parle de l’Europe dans la campagne présidentielle ». En effet, Ségolène Royal ne parle pas de « faire le ménage ». Elle met l’accent, à juste titre, sur « une Europe qui protège » et une politique de l’euro qui favorise la croissance.

Cette volonté de redresser la construction européenne n’a rien à voir avec « la politique du coup de menton ». C’est tout simplement la volonté du peuple français, démocratiquement exprimée le 29 mai 2005. Il faudrait mieux en tenir compte pour redéfinir un projet européen pour le XXIe siècle. Cette réorientation politique est le meilleur service que la France pourra rendre à l’Europe.

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*Quand la France faisait avancer l'Europe, entretien de Jacques Delors au Monde, 24 mars 2007


Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le Lundi 26 Mars 2007 à 12:40 | Lu 6686 fois



1.Posté par LUCAS François le 26/03/2007 13:52
La candidate du PS qui a voté OUI au référendum, a t-elle vraiment l'intention de remttre en cause tout ce que vous dites? veut-elle remettre en cause le statut de la BCE ? veut-elle remettre en cause les pouvoirs de la Commission... enfin bref veut-elle remettre profondemment en cause l'actuelle contruction européenne... ? permettez moi d'en douter...

2.Posté par Claude Roddier le 27/03/2007 11:57
Puisque, d'après le journal "Le Monde" du 15 mars, vous "écrivez une bonne partie des discours de la candidate", vous serait-il possible de lui faire officiellement approuver ce que vous mettez dans cet article? Tous ceux (et ils sont nombreux) qui doutent comme François Lucas auraient à coup sûr davantage envie de voter pour elle.

3.Posté par Louis le 28/03/2007 17:32
On a parfois l'impression que mme Royal mène deux campagnes: la vraie, celle qui est annonciatrice de son programme et de ce qu'elle fera une fois au pouvoir, et la chevénementiste, destinée à appâter les esprits grincheux que nous sommes, mais qui passera évidemment à la trappe.
Alors soit M. Chevénement est un as de l'entrisme et ce sont ses idées, détaillées dans les deux pages d'un accord électoral à la va-vite et monnayées contre 5 à 10 circonscriptions ingagnables (y compris, sans doute, la sienne -- qu'il n'ait aucune illusion sur la personne qu'on rendra responsable en cas d'échec de la royale aventure du PS: le député de Belfort, bien sûr!), soit, et bien plus sûrement, il est le seul à croire aux petits cris que pousse madame Royal pour lui plaire, avant de se jeter dans les bras d'un Delors villipendé ici de manière complètement schizophrénique, quand on considère le poids qu'elle lui donne.

4.Posté par maup le 29/03/2007 06:59
Idem que Lucas François et le suivant: nous attendons une validation de vos propos, ferme et définitive, par Mme Royal. Car pour l'instant nous doutons...

5.Posté par félicia le 30/03/2007 12:11
Monsieur Chevênement que pensez-vous de ceci, posté par un internaute :

QUESTION sur le fonctionnement des procédures de décision de la communauté européenne et desgouvernements des pays membres.

Comment se fait il que les traités européens aient pu passer le filtre
du conseil constitutionnel français. Avez vous une réponse ?"


Réponse :

" pour tenter de repondre a ta question
Comment se fait il que les traités européens aient pu passer le filtre
du conseil constitutionnel français.
Je me suis pose cette question depuis plus de 3 mois quand j’ai appris qu'un
deputé conservateur allemand a pu attaquer la ratification du TCE par les
deputés allemands et provoquer l’annulation de ce vote devant la cour
constitutionnelle allemande et donc empecher le president de la RFA de signer le
TCE.
Cette remise en cause juridique que les medias dominants se gardent d’evoquer a
mis en crise la presidence Merckel et sa voie de recours pour sauver le traité,
alors qu’en France les politiques se sont bien gardés apres le non de
2005,d’explorer les voies juridiques pour que ce vote soit legitimé.


Le TCE ne sera pas ratifié par l'Allemagne - Décision de la Cour
constitutionnelle fédérale
Sur un recours du député de la CSU (Union Chrétienne Sociale, droite allemande
avec son fief en Bavière), Peter Gauweiler, le TCE n'est pour l'instant pas
validé par le Bundesverfassungsgericht, la Cour constitutionnelle fédérale
allemande pour des raisons de non-conformité avec le Grundgesetz, la Loi
fondamentale (Constitution allemande) et la seconde instance est reportée à 2009
à la fin de la procédure de ratification par tous les Etats membres partie au
Traité de la Constitution Européenne.

Le juge auprès de la seconde Chambre de la Cour constitutionnelle fédérale,
Siegfried Broß, estime en première instance qu'il manque un tribunal pour les
questions de conflit de compétence dans des questions de collision entre le
droit national allemand et le droit européen. Siegfried Broß, s'est exprimé en
faveur de l'organisation d'un référendum en Allemagne sur le TCE et l'a signifié
aux autorités du Bundestag allemand (Parlement, diète fédérale) et du Bundesrat
(seconde Chambre, celle des Länder).

La Cour constitutionnelle fédérale ne s'est pas prononcée dans sa globalité
quant au fond pour éviter de devenir elle-même co-rédactrice de la Constitution
Européenne qui, selon elle est elle-même susceptible de connaître de profonds
changements.

www.renovezmaintenant67.e...

Mon explication provisoire est que les membres du conseil constitutionnel etant
nommés par ceux la meme qu’ils ont servi,ne peuvent pas naturellement se
dejuger.
Mais qu’aucun politicien ne se soit risquer d’explorer les voies juridiques pour
attaquer les traités meme un anti Maastricht comme Schivardi est sans repos.

Monsieur Chevênement, aucun média n'a rendu publique cette décision de la cour consitutionnelle allemande et le peuple, désinformé, pense que les allemands ont ratifié le traité constitutionnel !!!!

Alors, j'ai deux questions : 1°/ pourquoi aucun député français du non n'a agi comme ce courageux député allemand ?

2°/ pourquoi aucun homme politique favorable à une autre europe ne fait pas état de la situation allemande qui se retrouve, en fait, dans la même position que la France et la Hollande, même si c'est pour une autre raison ? Pourquoi laisse-t'on nos détracteurs nous isoler sur la scène européenne ?

merci pour votre réponse et vos prochaines prises de position.


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