Carnet de Jean-Pierre Chevènement

A propos de la signature par la France de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires



Deux amendements, l'un d'origine PS, l'autre UMP, visaient à introduire dans le texte du traité de Lisbonne la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. On voit bien où ses parlementaires veulent nous conduire : vers la co-officialité du français et de telle ou telle langue régionale ou minoritaire.
Délié du traité de Lisbonne, l'examen de l'adhésion de la France à la Charte européenne des langues régionales et minoritaires a finalement été renvoyé à après les municipales, mais ce sont toujours les mêmes forces que l'on voit à l'oeuvre en faveur de la fragmentation de l'espace républicain et de la dissolution de la nation française.


Mots-clés : langues régionales
Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le Mercredi 16 Janvier 2008 à 18:03 | Lu 7678 fois



1.Posté par Claire Strime le 17/01/2008 09:04
Il me semble que le candidat Sarkozy s'était engagé à ne pas ratifier cette charte (contrairement à la candidate battue Ségolène Royal). Je vais vérifier.

2.Posté par Claire Strime le 17/01/2008 09:06
"Reconnaître l'originalité de chaque citoyen, c'est d'abord lui donner la possibilité, s'il le souhaite, de pratiquer et de valoriser la langue ou les langues de sa culture, de son terroir, de ses aïeux, lorsqu'elles sont partie intégrante du patrimoine français" (projet d'amendement socialiste)

C'est pas un peu barrèssien ça???

3.Posté par JOSETTE 63 le 17/01/2008 17:50
Résurgence des langues régionales, donc morcellement du territoire, et parallèlement, place importante accordée à l'anglais : titres de films, publicités télévisuelles, notices d'emploi, chansons et musiques...Hélas! la fin de la nation française est bel et bien programmée !
Au fait, que pourrions-nous faire pour défendre notre langue ?

4.Posté par Claire Strime le 18/01/2008 13:57
J'ai été en Espagne il y a peu, entre autres à Barcelone et j'ai pu voir les dégâts que provoque 1 politique de discrimination par l'usage d'1 langue régionale. J'y avais été invité par une amie hispano-argentine (c à d née en Argentine de père espagnol et possédant donc les 2 nationalités) qui s'est vu refusé plusieurs possibilités de travail et de formation pour usage insuffisant du catalan (pourtant le niveau d'intercompréhension du catalan et de l'espagnol est très important). Certains emplois sont donc réservés aux catalanophones, en fait ceux dont les aïeux sont enterrés dans le coin, et d'autres attribués aux "immigrés" andalous ou comme dans la restauration aux immigrés hispanophones équatoriens ou boliviens.
Pour le moment "vérité en deça des Pyrénées..." mais avec Lisbonne?

5.Posté par C.Tasin le 19/01/2008 17:01
Effectivement, Bayrou comme Royal étaient prêts à la ratifier, mais pas Sarkozy qui s'était déclaée pour une reconnaissance juridique des langues régionales mais contre la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires : "Je ne veux pas que demain un juge européen puisse décider qu’une langue régionale doit être considérée comme langue de la République au même titre que le français. En France, pays de liberté, aucune minorité n’est opprimée. Les minorités n’ont pas à complexer la majorité uniquement parce qu’elle est majoritaire... "

6.Posté par précision utile le 31/01/2008 13:57
Précision utile

Il serait bon, je pense, de préciser ici les positions spécifiques du MRC quant aux questions linguistiques, afin de rassurer nos amis francophones à l’étranger, notamment les souverainistes Québécois et les rattachistes Wallons. La pensée du MRC se montre en effet assez souple pour proposer des réponses différenciées selon qu’il s’agisse de la République Française ou des pays étrangers, notamment ceux ayant des minorités régionales francophones sur leur sol. Le positionnement républicain est en fait ajusté avec précision aux besoins du rayonnement de la francophonie, à savoir :

Le MRC soutient résolument le droit imprescriptible des Acadiens et des Québécois à une « société distincte » du reste du Canada anglophone, car cette notion de société distincte est basée sur le particularisme linguistique de « l’exception culturelle francophone » des provinces du Québec et d'Acadie. Pour contrer l’impérialisme anglo-saxon, le pluralisme linguistique doit être encouragé dans le monde, et surtout au Canada, mais aussi en Suisse et en Belgique.
Toutefois, pour défendre l’unité linguistique de la nation Française, le MRC réfute toute « société distincte » au sein même de la République Française et s’oppose à tout communautarisme régional qui serait basé sur le particularisme linguistique en Bretagne, en Corse, au Pays Basque ou en Alsace. Ces régions ne doivent pas devenir les 'Québecs' autonomes de la France. Pour paraphraser M. Chevènement: "non aux identités factices".

Le MRC n'est pas fondamentalement hostile aux référendums d’autodétermination, notamment au Québec. Le MRC a d’ailleurs dûment célébré le 40ème anniversaire du « vive le Québec libre » prononcé par le Général De Gaulle. Le droit sacré des Acadiens et des Québécois à la souveraineté nationale doit être pleinement reconnu. C’est pourquoi M. Chevènement a salué la prise de position de Mme Ségolène Royal en faveur de la souveraineté Québécoise lors de la campagne présidentielle.
Mais pour se prémunir contre tout éclatement de la France, le MRC entend préserver « l’indivisibilité de la Nation Française ». Le MRC condamne donc tout séparatisme en France et s’oppose à tout référendum régional en Bretagne, en Corse, au Pays Basque etc. Pour maintenir son rang et son aura dans le monde, le MRC estime que la République Française doit rester « une et indivisible ».

Les souverainistes républicains Français sont évidemment favorables au rattachement de la Wallonie à la France, si telle est la volonté souveraine des Wallons, ainsi qu’au développement de liens institutionnels bilatéraux et transfrontaliers de plus en plus étroits entre la France et la Wallonie. Ces liens sont basés sur une histoire commune et sur la communauté de destin francophone. Le soutien qu’a apporté Georges Sarre à Charleroi, au congrès rattachiste de M. Gendebien, va dans ce sens.
Mais pas de mimétisme hexagonal, le MRC est opposé à tout rapprochement bilatéral et transfrontalier, au nom d’une prétendue histoire commune ou d’une communauté de destin linguistique, entre la Généralité du Pays basque espagnol et le Pays Basque français, ou entre la Généralité autonome de Catalogne et le Roussillon Français.

Les souverainistes républicains soutiennent bien sûr le dessein de nos amis Acadiens de ressusciter leur entité territoriale acadienne propre, injustement et arbitrairement dissoute par les Anglais, ainsi que leur volonté de créer les institutions communautaires qui leur permettront de vivre pleinement leurs spécificités historiques et culturelles francophones.
Mais pas de mimétisme en France, le MRC est hostile à la création d’un département basque, ainsi qu’à la réunification de la Bretagne, car les circonscriptions administratives de la France doivent rester intangibles.

Le MRC défend le pluralisme linguistique dans le monde, notamment au Canada, en Suisse et en Belgique, ainsi que l’officialité exclusive de la langue régionale française en Suisse Romande, en Wallonie, en Acadie et au Québec.
Les minorités régionales francophones à l’étranger doivent toujours, et en toutes circonstances, pouvoir faire usage de leur langue spécifique, et ce aussi bien dans la sphère publique que dans la sphère privée.
Mais le MRC défend aussi l’unité linguistique de la France et réfute toute co-officialisation des langues régionales en Bretagne, en Corse, au Pays Basque ou en Alsace. Ces langues non-francophones doivent être exclusivement cantonnées dans la sphère privée. C’est pourquoi le MRC est hostile à la ratification de la Charte Européenne des Langues Régionales et à leur reconnaissance publique en France.

Enfin, le MRC estime que la langue d’enseignement en Acadie, au Québec, en Wallonie et en Romandie doit obligatoirement être la langue maternelle des autochtones, à savoir le Français, même si la langue française est (encore) très minoritaire dans ces pays respectifs.
La langue d’enseignement ne saurait en aucun cas être la langue hégémonique du Canada (anglais), de la Belgique (flamand) ou de la Suisse (allemand), car les minorités régionales francophones à l’étranger doivent être protégées contre toute politique d’anéantissement de leur identité francophone par l’assimilation scolaire des enfants.
Le MRC estime par contre que la langue d’enseignement en Bretagne, en Corse, au Pays Basque ou en Alsace doit impérativement être le français, "la langue de la République" et de la citoyenneté française dont l’usage doit prévaloir partout dans l’hexagone. Les langues autochtones doivent être strictement enserrées dans la sphère privée. Pour paraphraser à nouveau M. Chevènement: "l'enseignement de et en langue corse dans le cadre normal de l'Education Nationale est une concession exorbitante aux locuteurs corses".

La position des souverainistes républicains Français repose donc sur une défense volontariste de la francophonie en France et à l’étranger. Ce qui est valable pour les Acadiens, les Québécois, les Wallons et les Romands ne doit pas être transposé aux Bretons, aux Corses, aux Basques ou aux Alsaciens. Pas de mimétisme donc, car pour le MRC il y va de l'unité et de l'indivisibilité de la Nation Française et de la République.
Cela doit être clarifié, notamment à l’attention des minorités régionales francophones à l'étranger. Sans quoi, les souverainistes Québécois et les rattachistes Wallons pourraient être déroutés par les thèses défendues par le MRC en France. Je pense avoir ainsi bien analysé, et fidèlement résumé, la position des souverainistes républicains Français en général, et du MRC en particulier, sur les questions linguistiques en France et dans le monde.



7.Posté par Girondin le 04/02/2008 18:22
(Réponse au message précédent)

Donc, si j'ai bien compris, le MRC prêche exactement au dehors tout ce qu'il condamne au dedans.
Vous défendez bec et ongles les droits linguistiques des Français de l'extérieur (Québecois, Wallons, Romands) au nom du droit des peuples, mais vous les refusez aux Alsaciens de langue allemande ou aux Roussillonais de langue catalane. C'est parfaitement arbitraire.
Si les Wallons doivent se rapprocher de la patrie française, pourquoi les Basques français ne pourraient-ils se rapprocher des Basques espagnols ? Je n'ose croire que ce soit en raison d'une hiérarchie des langues, voire des peuples...
La seule maxime du souverainisme devrait être : une langue, un peuple - ce que du reste vous admettez pour la France.
Vous êtes donc inconséquent dans votre souverainisme.



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