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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <dc:date>2026-04-15T11:54:52+02:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>Alstom, Europe, Blanquer... mon entretien au Figaro</title>
   <pubDate>Fri, 29 Sep 2017 14:38:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Figaro, propos recueillis par Alexandre Devecchio, vendredi 29 septembre 2017 (version longue).     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/17374634-21882775.jpg?v=1506688005" alt="Alstom, Europe, Blanquer... mon entretien au Figaro" title="Alstom, Europe, Blanquer... mon entretien au Figaro" />
     </div>
     <div>
      <b>Le Figaro: Alstom et Siemens ont annoncé ce mardi leur mariage. Quelles peuvent être les conséquences de cet accord ?</b>        <br />
       Il faut appeler un chat un chat : une absorption est une absorption. Qui détient la majorité du capital d’une entreprise détient le pouvoir. Le reste est pipeau. Les engagements pris à quatre ans sont des chiffons de papier que le premier coup de vent boursier fera s’envoler. Parlementaire du Territoire de Belfort de 1973 à 2014 et maire de Belfort, pendant plus de 20 ans, ville mère d’Alstom, j’aurai connu un véritable Trafalgar en 2014 avec la vente d’Alstom-Energie à l’américain General Electric sous une présentation au demeurant falsifiée et aujourd’hui le Waterloo final avec le bradage d’Alstom-Transport à Siemens.       <br />
              <br />
       Deux coups majeurs portés à notre tissu industriel. On s’étonnera après cela du déficit de notre balance commerciale - plus de 60 milliards – alors que l’Allemagne dégage un excédent de plus de 250 milliards ! L’Etat vient de renoncer à monter au capital d’Alstom à hauteur de 20 % comme convenu avec Bouygues, en 2014, pour donner un peu de consistance aux trois « co-entreprises » créées avec Général Electric, notamment dans le domaine des turbines nucléaires. La présence de l’Etat au capital aurait en outre permis de fédérer l’actionnariat français pour créer un équilibre avec Siemens dans Alstom-Transport. Un peu de patriotisme économique aurait permis d’éviter ce naufrage, épilogue de la décomposition d’Alcatel-Alstom annoncée par son président, Monsieur Tchuruk quand il se faisait, il y a 20 ans, le prophète d’une <span style="font-style:italic">« entreprise sans usine »</span>. Mission accomplie !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      On nous parle de <span style="font-style:italic">« souveraineté européenne »</span> mais où est le <span style="font-style:italic">« demos »</span> européen ? Le Président de la République, que je sache, n’a pas été élu par un peuple européen qui aux dires même du Tribunal Constitutionnel de Karlsruhe n’existe, pas mais par le peuple français.       <br />
              <br />
       Le prétexte de la Chine ? s’il tenait, il faudrait brader aux autres pays européens toutes nos entreprises. Le modèle Airbus ? Alors que la France en 1999 avait apporté l’essentiel de la mise initiale dans le consortium, EADS nos dirigeants feraient bien de s’aviser que, pour la première fois, en 2016, dans le domaine des produits aéronautiques, l’Allemagne dégage un excédent supérieur à celui de la France (22 milliards contre 17). Encore faudrait-il qu’ils s’intéressent à la localisation des chaînes de production…       <br />
       Tout se passe comme si nos élites n’avaient plus de culture industrielle, mais seulement financière. Jadis la CGE (Compagnie Générale d’Electricité) devenue Alcatel-Alstom pesait aussi lourd que Siemens. Après la perte des turbines, celle des chantiers navals, des télécommunications et maintenant du ferroviaire, je ne crois plus ce désastre réparable pour notre tissu productif, dans des technologies pourtant pleines d’avenir. C’est le « plan Morgenthau » de pastoralisation de l’Allemagne conçu en 1944 qui s’applique aujourd’hui à la France !       <br />
              <br />
       Historiquement, la France a décroché industriellement d’avec l’Allemagne depuis la fin du XIXe siècle. Mais elle avait rétabli un certain équilibre à travers l’Etat notamment grâce aux nationalisations de la Libération et aux « Trente glorieuses ». On peut s’en réjouir ou le déplorer, mais c’est ainsi. On ne peut pas faire que la France et l’Allemagne ne soient pas des pays différents. La France est une création politique où l’Etat a toujours joué un rôle majeur. L’Allemagne a une autre cohérence qui tient à une conception de la nation qui a plus à voir avec la culture et avec la langue.        <br />
              <br />
       <b>Pourtant, Emmanuel Macron à travers ses propositions à la Sorbonne pour « refonder l’Europe » semble prôner « un grand bond fédéral ».</b>       <br />
       La construction européenne est aujourd’hui profondément déséquilibrée. Economiquement d’abord. Notre déficit va s’aggravant. Quel meilleur indice de la compétitivité y-a-t-il que la balance commerciale ?  Ce déséquilibre entre la France et l’Allemagne s’est également creusé avec les pays d’Europe du Sud qui sont à la peine depuis la crise de l’Euro de 2010. L’Allemagne a imposé à travers le TSCG, la règle d’or qu’elle avait faite sienne, c’est-à-dire la réduction du déficit budgétaire à quasiment zéro, au prix d’inégalités et de déséquilibres croissants. L’Allemagne dégage même cette année un excédent budgétaire. Mais cet objectif est impossible à réaliser par les autres pays. La zone euro s’est installée dans une croissance très faible depuis presque dix ans. L’idée d’Emmanuel Macron, dans son interview au <span style="font-style:italic">Point</span>, était de donner un moteur à la zone euro, grâce à un budget de la zone euro constitué de plusieurs points de PIB. Or, plusieurs points de PIB, c’est plusieurs centaines de milliards d’euros car le PIB de la zone euro représente plus de dix-mille milliards. Je ne pense pas que le résultat des élections allemandes permette d’avancer beaucoup dans cette direction. Le Président de la République l’a compris. Dans son discours à la Sorbonne, il a gommé cette perspective qui fondait pourtant notre politique budgétaire. La conjonction des astres qui aurait permis la réalisation de ce projet n’est clairement pas réalisée au vu du résultat des élections en Allemagne. Le parti libéral qui a fait plus de 10% des voix est hostile à un budget de la zone euro et si la chancelière s’y était déclaré en principe favorable, elle restait vague sur le sujet des institutions européennes : parlement de la zone euro et ministre des finances. Le Président de la République sera inévitablement amené à introduire du temps dans ses équations et peut-être même à les revoir. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’idée européenne. L’Europe est dans bien des domaines un espace pertinent et juste. A ceci près que pour construire cette Europe, il faut s’appuyer sur les nations. Dans les nations se trouve, en effet, la source de l’énergie démocratique. Il y a un sentiment d’appartenance qui existe dans les nations et qui n’existe pas en Europe et ne peut se créer que dans la longue durée. Or le sentiment d’appartenance est nécessaire à la démocratie. Si vous êtes minoritaire, vous pouvez accepter de vous incliner devant la loi de la majorité car vous espérez qu’un jour vous arriverez à la majorité. Une minorité peut accepter sa situation dans un cadre national, elle ne l’acceptera pas dans le cadre européen qui est pour cela beaucoup trop flou. On ne connait même pas les frontières de l’Europe. Où s’arrêtent-elles véritablement ? Certains voudraient les reculer jusqu’à l’Ukraine. Et pourquoi pas jusqu’à la Russie dans un schéma de grande Europe qui irait de l’Atlantique au Pacifique ? Par conséquent, il faut mettre du temps dans cette équation européenne et ne pas jeter le manche avant la cognée.       <br />
              <br />
       <b>Macron insiste également sur l’idée de « souveraineté européenne »…</b>       <br />
       S’il s’agit de dire que les nations européennes doivent s’unir pour trouver le niveau pertinent de leur action dans l’Histoire, il a raison. Est-ce à dire qu’il faut pour autant gommer les nations ? Elles sont des réalités puissantes à ne pas sous-estimer. Elles ne vont pas se fondre dans l’Europe comme un comprimé d’aspirine dans un verre d’eau. Si on veut une Europe forte il nous faut des nations fortes. J’ai compris jusqu’à présent qu’Emmanuel Macron voulait mettre la France davantage au centre de l’Europe. Pour cela, il ne faut pas dissoudre la France.       <br />
              <br />
       Que s’est-il passé depuis les débuts de l’entreprise européenne ? La France était au départ le pays dominant. Celui qui était dans le camp des vainqueurs de la seconde guerre mondiale, et qui n’avait pas à faire oublier le nazisme ou le fascisme. C’était une attitude généreuse de la part de la France que de mettre tous les pays à égalité. Mais le temps a passé. L’Allemagne par son travail et sa ténacité, a su se reconstruire dans le contexte de la guerre froide et grâce à ses alliés, les Etats-Unis et la France au premier chef. La situation aujourd’hui n’est plus la même depuis l’effondrement du mur de Berlin, avec l’élargissement à l’Est de l’Union européenne. L’Allemagne retrouve une position centrale par la géopolitique et l’économie. Ses entreprises accèdent facilement aux économies à bas coût de travail qui la jouxtent. Par conséquent, elle peut délocaliser à proximité les composants à faible valeur ajoutée tout en gardant la maitrise de l’assemblage. A contrario la politique industrielle française est en crise profonde depuis que le ministère de l’industrie a été dissout en 1986-87. On a l’impression que l’Etat stratège français n’a plus de mains.        <br />
              <br />
       <b>Le Monde du 7/09 rapporte que Macron aurait dit : « Si Merkel s’allie aux libéraux, je suis mort …»</b>       <br />
       Un président de la République française n’est jamais mort. Il a forcément plusieurs plans alternatifs ou alors il n’est pas un président. Tous les présidents de la Ve République ont effectué des virages sur l’aile. Le général de Gaulle a modifié sa politique en Algérie. Malgré sa constance, Pompidou, en intégrant la Grande-Bretagne dans le marché commun, a rompu avec une partie de l’héritage gaulliste et, on peut le dire, introduit le loup libéral dans la bergerie communautaire. Giscard d’Estaing était un partisan du serpent monétaire européen avant de le quitter peu d’années après son élection. François Mitterrand, en 1983, a abandonné son programme initial (« D’abord l’emploi !) pour ouvrir une parenthèse libérale qui ne s’est jamais refermée.        <br />
              <br />
       <b>Comment Emmanuel Macron peut-il rebondir ? </b>       <br />
       Tout dépend de la coalition qui va se former à Berlin et des engagements que Madame Merkel a pris à son égard. Comme je l’avais prévu, l’Allemagne est devenue plus difficilement gouvernable. A cause de l’AfD qui radicalise le paysage politique. Mais surtout parce que Madame Merkel est obligée de composer avec les Verts et les Libéraux qui sur des sujets importants ont des positions contradictoires. Ainsi sur les questions énergétiques ou sur la Russie. La divergence principale porte sur l’idée d’un budget européen dont les Verts sont partisans, mais pas les libéraux. La bonne solution pour Emmanuel Macron serait que le SPD revienne dans une coalition avec la CDU/CSU. Pour l’heure, ses dirigeants n’y sont pas disposés. Mais comme les négociations vont être difficiles avec le FDP et avec Die Grünen, cette perspective ne peut être tout à fait exclue. Ce serait pour le SPD l’occasion de jouer un rôle moteur dans la refondation européenne conformes aux propos de Sigmar Gabriel à la Conférences des Ambassadeurs en août dernier. Le SPD s’acquererait la sympathie de cette opinion éclairée, qui sait bien que l’Allemagne, étant donné sa position dominante, a une responsabilité à exercer vis-à-vis de l’Europe. L’Allemagne dégage un excédent commercial qui est égal à 8,5% de son PIB. Si vous ajoutez l’excédent des services et des capitaux, il dépasse 10% du PIB. Même la Chine ne fait qu’un excédent extérieur de 3,5 %. C’est une situation tout à fait intenable à la longue car l’excédent des uns est forcément le déficit des autres. La politique qui a été imposée, certes par traité, est une politique déflationniste dont le résultat est un nombre anormal de chômeurs, singulièrement de jeunes chômeurs, dans beaucoup de pays dont le nôtre. Madame Merkel veut-elle devenir la Chancelière qui aura ruiné le projet européen ou au contraire voudra-t-elle donner un contenu à l’idée d’une « Allemagne européenne » ?       <br />
              <br />
       <b>Comment expliquez-vous la disparition de la social-démocratie partout en Europe et dans le monde sauf peut-être d’une certaine manière en France ? </b>       <br />
       La social-démocratie se proposait de mettre un peu de beurre sur les tartines. Rien de plus. Quand il n’y a plus de beurre, sa fonction n’est pas évidente. La « troisième voie » imaginée par Tony Blair et théorisée par Anthony Giddens au tournant des années 2000 impliquait une certaine redistribution des fruits de la croissance vers l’éducation, la réduction des inégalités ou des services publics. Mais lorsqu’il n’y a plus de surplus à redistribuer, la social-démocratie est en crise. Elle apparait peut-être comme un parti responsable mais sa politique a coûté le pouvoir à Gerhardt Schröeder et au SPD. C’est ce qu’a voulu faire aussi François Hollande avec le pacte de responsabilité, mais celui-ci contredisait les engagements qu’il avait pris dans son discours du Bourget. Emmanuel Macron, au moins, n’a pas ce handicap. On ne peut pas lui reprocher de réaliser le programme qu’il a annoncé. Néanmoins, il faut se rappeler qu’au premier tour, Emmanuel Macron n’a réuni que 24% des voix. C’est une erreur fréquemment commise de dire qu’en élisant Emmanuel Macron, les Français ont voté pour l’Europe ou la monnaie unique. En réalité, ils ont voté contre Marine Le Pen qui apparaissait comme une candidate incompétente. Elle a largement discrédité l’idée de monnaie commune qui devait être présentée comme une construction négociée avec l’Allemagne pour faire face à une crise soudaine.  C’est une illusion que de penser que les Français se sont prononcés pour une politique européiste. Les Français sont divisés en plusieurs courants de pensée dont au moins la moitié est très réservée vis-à-vis des institutions européennes telles qu’elles fonctionnent.       <br />
              <br />
       <b>Comment analysez-vous la percée de l’AfD ?</b>       <br />
       L’Afd s’était constituée au départ en réaction contre les engagements jugés excessifs de l’Allemagne en ce qui concerne l’euro. La critique se polarisait sur la politique de la banque centrale européenne. Puis rapidement cette thématique a cédé la place à la critique de la politique d’accueil d’un million de réfugiés par an annoncée par Madame Merkel. L’arrivée d’un million de réfugiés en 2015 a été un traumatisme pour la société allemande et nous avons assisté à l’émergence d’un parti d’extrême droite comme il en existe dans d’autres pays européens. A cet égard, c’est une normalisation par rapport au reste de l’Europe. A ceci près que l’histoire allemande n’est pas tout à fait une histoire comme les autres. Pour autant, je ne qualifierai pas l’AfD de parti nazi. C’est un parti nationaliste, d’extrême droite, cependant assez policé, car recrutant dans des couches moyennes, beaucoup plus que dans le peuple sauf dans les Länder de l’Est. Cela aboutira a de profonds changements dans la politique allemande. Madame Merkel a déjà dit qu’il n’y aurait plus jamais d’accueil de réfugiés tel qu’en l’an 2015. Elle est consciente d’avoir pris une décision solitaire et peut-être précipitée. Ce n’est pas la première fois. En matière énergétique, son retrait du nucléaire au lendemain de Fukushima était déjà une décision purement personnelle. Une concertation avec la France qui, en matière nucléaire, était la première concernée, aurait peut-être permis de limiter des rejets de gaz carbonique liés à l’utilisation du charbon. Par habitant, l’Allemagne rejette deux fois plus de Co2 que la France. Mais le seul fait d’évoquer ces questions apparait comme une agression à l’égard de nos voisins d’Outre-Rhin. Je n’ai pas cet état d’esprit. Je suis conscient qu’historiquement la France et l’Allemagne se sauveront ensemble, si du moins nos deux nations veulent se sauver. Je sais ce que l’Europe doit à l’Allemagne et à son génie. Je le respecte et je l’admire. Mais l’Europe doit aussi beaucoup à la France. Il faut que ces deux inspirations soient présentes. Pour faire avancer l’Europe, il ne faut pas démobiliser les nations.        <br />
              <br />
       <b>L’enjeu des migrants peut-il déstabiliser l’Europe ? </b>       <br />
       C’est un enjeu majeur qui n’a de solution, comme l’a dit le président de la République à juste titre, que dans le développement de l’Afrique. Il faut que l’Afrique arrive à se développer et à dominer sa démographie. Il faut avoir le courage de le dire. Il y a une limite à l’immigration : la capacité d’intégration de la société d’accueil.        <br />
              <br />
       <b>Sur le plan de la politique étrangère, Macron a rompu avec le néoconservatisme de ses prédécesseurs …</b>       <br />
       Je suis reconnaissant à Emmanuel Macron d’avoir mis fin à une brouille absurde de la France avec les deux plus grands acteurs de la diplomatie mondiale, c’est-à-dire Vladimir Poutine et Donald Trump. C’était nécessaire. Il faut parler avec ces deux dirigeants. Emmanuel Macron a également revu notre position diplomatique en Syrie en acceptant que dans la transition politique tous les partis soient entendus, y compris les représentants de Bachar el-Assad. C’est une rupture avec la politique précédente qui a abouti à la « cornerisation » de la France au Levant. Je vois avec inquiétude l’indépendance proclamée du Kurdistan d’Irak. Ceux qui y applaudissent ne mesurent pas qu’il y a plus de quinze millions de Kurdes en Turquie, un million en Syrie et quatre millions en Iran. Par conséquent, soutenir l’indépendance du Kurdistan irakien c’est déséquilibrer l’Irak où les Sunnites de l’Ouest deviendraient très minoritaires. Ce serait ouvrir un cycle de guerres qui s’ajouterait à celui qui prévaut depuis la destruction de l’Etat irakien. On ne dira jamais assez que Daech est la conséquence de la destruction de l’Etat irakien commencé avec la première guerre du Golfe, dont Huntington disait qu’elle était la première « guerre civilisationnelle ». Elle s’est poursuivie par un long et cruel blocus puis enfin par la guerre de 2003 à laquelle Jacques Chirac a eu tout à fait raison de s’opposer.        <br />
              <br />
       <b>En tant qu’ancien ministre de l’Education nationale, que pensez-vous de la démission de Monsieur Lussault … </b>       <br />
       J’approuve fondamentalement l’orientation que cherche à donner Monsieur Blanquer au ministère de l’Education nationale. Il a mis le doigt sur l’essentiel, c’est-à-dire les inégalités qui se créent dès la petite enfance. On peut observer dès l’âge de cinq ou six ans une différence fondamentale entre un enfant qui ne bénéficie que d’un stock de 200 mots à côté de ses petits camarades qui eux, de par leur famille, en possèdent 2000. Par conséquent, il est extrêmement important d’avoir fait ce dédoublement des classes de cours préparatoire dans des zones d’éducation prioritaire renforcées. Je crois à « l’effet-maître ». C’est une politique réellement progressiste qui rompt avec le bla-bla pédagogiste. La réussite de cette politique suppose qu’on mette l’accent sur la mémorisation, sur l’acquisition du vocabulaire et sur le calcul mental. Cela suppose que les programmes soient clairement fixés. C’est, en dernier ressort, le rôle du Ministre.       <br />
              <br />
       A cet égard, je trouve que Monsieur Lussault, Président d’un « Comité Théodule » chargé d’élaborer les programmes, a eu l’honnêteté de démissionner. Monsieur Lussault, il y a un an, s’était insurgé contre la possibilité d’enseigner le récit national, au risque disait-il de « désespérer Billancourt », entendez les salles de professeurs dans les collèges et les lycées. J’avais eu alors l’occasion de lui faire observer que le récit national était nécessaire à la démocratie car il faut un « demos » pour que la République puisse vivre. Et ce « demos », c’est le sentiment d’appartenance collective qui nous réunit en tant que citoyens français. Nous sommes une nation de citoyens, mais nous ne sommes pas décidés à perdre la mémoire de ce que nous avons fait ensemble et de ce qui nous a faits. La démission de Monsieur Lussault est donc plutôt une bonne nouvelle pour la République.        <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Jean-Pierre Chevènement invité de France Info dimanche 6 septembre à 18h15</title>
   <pubDate>Sun, 06 Sep 2009 22:20:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Il répondait aux questions de Stéphane Iglésis. L'entretien est podcasté ci-dessous.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1571456-2104241.jpg?v=1289480075" alt="Jean-Pierre Chevènement invité de France Info dimanche 6 septembre à 18h15" title="Jean-Pierre Chevènement invité de France Info dimanche 6 septembre à 18h15" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Rupture !</title>
   <pubDate>Sun, 06 Sep 2009 18:07:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Grands textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Éléments pour l’intervention de clôture de Jean-Pierre Chevènement, Université d’été du Mouvement Républicain et Citoyen, Toulouse, le 6 septembre 2009.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1571437-2104217.jpg?v=1471431837" alt="Rupture !" title="Rupture !" />
     </div>
     <div>
      Je veux tout d’abord remercier Thierry Cotelle, maire adjoint de Toulouse, Patrick Quinqueton, secrétaire national du MRC, ainsi que Jean-Luc Laurent, Secrétaire national à la Coordination, et son équipe. Sur eux a reposé l’organisation de cette université d’été. Merci également à tous nos intervenants, et notamment à nos invités extérieurs : Paul Quilès, ancien ministre, Arnaud Montebourg, député, Jean-François Kahn qui aurait pu être député européen s’il avait voulu, Paul Thibaud, philosophe, Jean-François Knepper, syndicaliste, Président du Comité européen Airbus, Liem Hoang Ngnoc, économiste et député européen. Merci aussi à notre ami Pierre Cohen, maire de Toulouse et Martin Malvy, Président de la région Midi-Pyrénées qui ont bien voulu intervenir à l’ouverture de nos travaux. Merci à vous tous qui êtes venus nombreux de toute la France.       <br />
              <br />
       Face à la crise d’un système, celui du capitalisme financier mondialisé, nous avons besoin d’une réponse républicaine pour la France mais aussi pour le monde.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – Une crise de la mondialisation</b>       <br />
              <br />
       A)	Il ne faut pas se tromper sur l’analyse. Le problème n’est pas celui de la moralisation du capitalisme, celui des bonus, tout cela est, bien entendu, scandaleux mais le problème est plus profond. La déflation salariale, qui est à l’origine du surendettement des ménages américains, a des causes : La principale, est dans un libre-échangisme effréné, dans la liberté donnée aux multinationales de mettre en concurrence les territoires et les mains d’œuvre. Le rapprochement Chine/Etats-Unis intervenu à la fin des années soixante-dix du précédent siècle, a joué un rôle essentiel dans cette fuite en avant du capitalisme vers l’exploitation du travail à bas coût. Certains évoquent aujourd’hui la Chinamérique ou encore le G2 : cette expression est inadéquate pour traduire la réalité d’un monde multipolaire beaucoup plus complexe. Mais il est vrai que ce soi-disant G2 a une réalité : c’est la parité fixe entre le yuan et le dollar. L’Administration Obama a renoncé à demander une réévaluation du yuan. Ce renoncement exprime un rapport de forces. La Chine tient le dollar à sa merci. Cette réalité géopolitique aussi est au cœur de la crise.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La mondialisation financière a fonctionné dans l’intérêt des multinationales et du capital spéculatif avec une monnaie mondiale, le dollar, qui a été gérée par les Etats-Unis comme si c’était seulement leur monnaie. Un secrétaire d’Etat au Trésor américain, M. Conally, disait à ses collègues : « le dollar est notre monnaie et c’est votre problème ». Les Etats-Unis se sont permis des déficits abyssaux. Ils vivent aujourd’hui très au-dessus de leurs moyens. Parce qu’ils étaient la puissance dominante, ils ont cru trouver une porte de sortie à leurs difficultés économiques dans la guerre en mettant la main sur les hydrocarbures du Moyen-Orient. Le résultat : ce sont deux guerres dans lesquelles les forces américaines sont aujourd’hui enlisées. Nous vivons le début de la fin de l’hégémonie américaine. La tache du Président Obama est difficile. Son but affiché est de restaurer le leadership américain. Mais dans la réalité, il faudra bien que les Etats-Unis adoptent une politique conforme à ce qu’ils sont : une grande nation certes, mais qui doit réapprendre à épargner, à dialoguer, bref à faire avec le reste du monde. Cette transition sera grosse de conflits.       <br />
              <br />
       À cet égard, l’Europe risque d’être prise en étau entre la Chine et les Etats-Unis. L’affaiblissement de la parité du dollar rendra les produits américains plus compétitifs et accroîtra encore l’hypercompétitivité du yuan et des produits fabriqués en Chine.       <br />
              <br />
       Les énormes déficits américains vont accroître les déséquilibres macro-économiques à l’échelle mondiale. De nouvelles bulles se créeront. De nouvelles crises sont en perspective. C’est une nouvelle donne – un  nouveau New Deal - à l’échelle mondiale qui est nécessaire. Si nous voulons sortir durablement de la crise, il faudra mettre un terme à la domination des marchés financiers.        <br />
              <br />
       Remettre la politique aux postes de commande, bref refaire des peuples et des nations les acteurs de l’Histoire et non les marchés financiers afin de mettre sur pied un nouveau modèle de développement.       <br />
              <br />
              <br />
       B)	<span style="font-style:italic">Désuétude de la social-démocratie</span>. Le modèle social-démocrate correspondait à un équilibre entre le travail et le capital. C’était vrai il y a un demi-siècle. Le capitalisme, à l’époque, fonctionnait sur un modèle fordiste. Il obéissait à une régulation keynésienne dans le cadre national. Ce capitalisme-là n’est plus ; il a été remplacé par le capitalisme financier. C’est la dictature de l’actionnariat, le triomphe de la théorie dite de « l’acquisition de la valeur pour l’actionnaire » dans un cadre entièrement dérégulé à l’échelle mondiale. Le communisme, qui faisait peur aux bourgeoisies occidentales qui se croyaient obligées de faire des concessions à leurs classes ouvrières, n’est plus. Les taux de syndicalisation ont fléchi. Les sociaux-démocrates sont devenus des sociaux-libéraux. Partout en Europe ils ont cru trouver une « troisième voie » (Anthony Giddens) : Jouer le jeu du libéralisme censé produire des richesses et ensuite opérer des corrections à la marge : RMI, CMU, investissement éducatif, etc. Cette politique, introduite en France en 1983, consacrée par l’Acte Unique en Europe, a été théorisée en Grande-Bretagne par Anthony Giddens et Tony Blair. Elle a été mise en œuvre aussi en Allemagne par Gerhard Schröder, à travers le plan Agenda 2010, à partir de l’année 2000. Ses orientations ont été généralisées à l’échelle européenne par les sommets de Lisbonne (2000) et Barcelone (2002). Ces politiques ont fait faillite. Les gouvernements sociaux-démocrates, qui étaient onze en 1999 dans l’Europe à quinze, ont tous perdu le pouvoir ou sont en voie de le perdre. Le cycle du social-libéralisme est clos. C’est ce dont beaucoup de nos camarades socialistes ne se sont pas encore avisés. Notre rôle est de leur ouvrir l’esprit.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Pour faire face à la crise, la gauche doit faire sa mutation républicaine</b>       <br />
              <br />
       A)	La classe des producteurs ne s’identifie plus à un bloc de classes homogène. Le retour aux sources de la République, l’appel à la raison du citoyen, la croyance en l’égalité humaine, voilà ce qui pourrait permettre à la gauche de se définir comme « parti républicain du peuple ». Il nous faut réhabiliter l’idée d’un intérêt général qui serait à la fois l’intérêt national et correspondrait aussi à l’intérêt général de l’humanité.        <br />
              <br />
       Comment substituer à la logique des  marchés financiers une autre logique politique ? Chacun comprend qu’un nouveau modèle de développement soutenable peut seul permettre de concilier l’aspiration légitime de pays comme la Chine ou l’Inde au développement, la volonté des Etats-Unis et de l’Europe de préserver leur tissu industriel, leur emploi et leur bien-être, et en même temps l’intérêt général de l’Humanité qui est d’économiser ses ressources rares (énergies fossiles, eau, air, sol) et lutter contre l’effet de serre.        <br />
              <br />
       Pour cela, nous devons planifier une révolution énergétique sans tomber dans le catastrophisme écologique mais en promouvant les énergies nouvelles, y compris nucléaire, les économies d’énergie, les techniques de charbon propre et en préservant les forêts équatoriales. J’ai lu que Martine Aubry, à La Rochelle, a déclaré : « Nous vivons l’ombre des Lumières. C’est l’idée même de progrès qui est épuisée. »       <br />
              <br />
        À mon sens c’est une erreur. Malthus déjà, au début du dix-neuvième siècle, considérait que la terre était trop petite pour nourrir les hommes. Cette prophétie s’est révélée une erreur historique car elle méconnaît les ressources de l’humanité en inventivité, créativité, progrès des connaissances et de la technologie. Il faut faire confiance en l’homme. La gauche est inséparable de la volonté de raison. Elle ne doit pas renier l’héritage des Lumières. Elle doit affirmer le primat des valeurs de la connaissance, ne pas sombrer dans la technophobie.        <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B)	Un projet républicain en forme de nouveau new-deal</span>       <br />
              <br />
       J’énoncerai sept propositions :        <br />
              <br />
       1.	Relance concertée des économies. Un effort supplémentaire sera demandé à chacun (davantage d’épargne aux Etats-Unis, relance du marché intérieur et sécurité sociale en Chine, relance allemande et japonaise, financement du développement de l’Afrique et des PMA).       <br />
       2.	Réforme du système monétaire international : création d’une nouvelle monnaie internationale de réserve reflétant la place des différents pays dans l’économie mondiale et ayant vocation à se substituer au dollar. L’émission de 250 Milliards de DTS par le FMI est un premier pas. Il faut aller beaucoup plus loin pour aider au développement des pays pauvres. Nouveaux « accords du Louvre », fixant des fourchettes aux parités monétaires (dollar, euro, yen, yuan) afin de parvenir à une concurrence équitable.       <br />
       3.	Redéfinition du mandat de l’OMC (en fonction des principes comme la « concurrence équitable » et la « souveraineté alimentaire »). Changeons les règles du jeu en matière commerciale.       <br />
       4.	Plan mondial d’aide à l’Afrique et aux PMA.       <br />
       5.	Contrôle du crédit par la voie de nationalisations bancaires.       <br />
       6.	Réglementation des marchés financiers visant à éliminer les fonds purement spéculatifs. Chasse aux paradis fiscaux et traçabilité obligatoire des mouvements de capitaux, les banques devant être tenues de communiquer à la police et à la justice leurs archives informatiques.       <br />
       7.	Réintroduction d’éléments de planification au niveau régional et mondial par exemple :       <br />
       -	en matière de politique énergétique ;       <br />
       -	`d’autosuffisance alimentaire (suspension des négociations agricoles de l’OMC et redéfinition du mandat de l’OMC sur cette  base) ;       <br />
       -	de planification industrielle ;       <br />
       -	d’eau potable et de grandes infrastructure (assainissement, routes, chemins de fer, hôpitaux, écoles, université et recherche).       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – La France 2009-2012</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A)	La France souffre </span>       <br />
              <br />
       Elle récolte les fruits amers d’un choix libéral effectué dans les années quatre-vingt et aujourd’hui renouvelé par Nicolas Sarkozy. Je n’évoquerai que quelques têtes de chapitre : le bouclier fiscal, la cure d’austérité infligée aux services publics à travers la RGPP, la réforme des collectivités territoriales qui serait un coup terrible pour la solidarité et pour les investissements collectifs, le tour de vis donné à l’Hôpital public, la réintégration de l’OTAN qui est un contresens politique.        <br />
              <br />
       Certes toutes les initiatives de Nicolas Sarkozy ne sont pas mauvaises, l’idée d’un grand emprunt national, s’il permet de financer les investissements économiquement rentables, est judicieuse dans un pays comme le nôtre où le taux de l’épargne avoisine 15%. Quand Nicolas Sarkozy propose des Assises de l’Industrie, je ne vais pas être contre puisque je les avais moi-même proposées en 1982-83. Jean Riboud ayant accepté  l’époque de les présider. Ce n’est pas ma faute si elles ont été annulées par mon successeur. Qu’elles soient reprises vingt-cinq ans après, sur une suggestion de la CGT paraît-il, ne me fera pas changer d’avis. Évitons l’antisarkozysme primaire et systématique. Celui-ci est la  marque d’un vide conceptuel, d’une absence de projet alternatif réel, bref d’un opportunisme politique que nous avons toujours combattu.        <br />
              <br />
       Nous devons nous opposer sur des bases solides. En France par exemple, il y a place pour un M.I.T.I. à la française, un contrôle public du système bancaire, une priorité accordée à la ressource humaine, un exercice calme et réfléchi des prérogatives régaliennes de l’Etat à l’opposé des effets de manche dont nous sommes las sur des questions comme la sécurité ou la justice. Ainsi, la suppression du juge d’instruction n’a rien de républicain. Le risque est grand de voir l’Etat instrumenter la justice à travers les parquets. Nous ne devons pas prendre des vessies pour des lanternes, accepter que la communication se substitue à la politique. Nous ne voulons pas que l’endettement de l’Etat permette seulement de renflouer les banques tandis que ceux qui sont aux commandes, après avoir failli, les conserveraient. « On prend les mêmes et on recommence » : de cela nous ne voulons pas.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B) Que faire ?</span>       <br />
              <br />
       1.	L’état de la gauche.        <br />
              <br />
       La gauche aujourd’hui ressemble à une flotte démâtée. Il est vrai que la gauche plurielle était au départ une idée essentiellement tactique, une alliance dominée par le parti socialiste avec les Verts en éclaireurs et le parti communiste en arrière-garde. Aujourd’hui, trois épaves surnagent : la proue supposée, je veux dire les Verts, prétend naviguer toute seule ; à la poupe, c’est-à-dire les communistes et leurs alliés, il manque une hélice : elle n’a pas connu de véritable dynamique aux dernières élections européennes et elle doit faire face à la concurrence du NPA ; quant au corps du bâtiment, je veux dire le PS, il a un sérieux problème de direction.       <br />
              <br />
       Il n’y a pas de solution à cette situation désespérante en dehors d’un projet qui soit à la hauteur des défis du temps. C’est le rôle que le MRC revendique non pas pour lui mais pour toute la gauche et pour la France. La Maison commune de la gauche proposée par Martine Aubry ne saurait être que le replâtrage de la gauche plurielle.       <br />
              <br />
       2.	La gauche a un problème d’identité et ce problème surdétermine la question des alliances. Il faut donner la priorité au projet. L’Europe, telle qu’elle s’est construite sur une base libérale et technocratique, n’est pas la solution, elle est le problème. Il faut la réorienter. Sur la base de la démocratie qui vit dans les nations. À cet égard l’arrêt de la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe de juin dernier dit tout. Il y a un déficit de démocratie structurel dans l’Union européenne. La légitimité est dans les Etats nationaux et dans les Parlements nationaux. Il n’y a pas de peuple européen. C’est pourquoi le Parlement de Strasbourg ne peut être qu’un ersatz de Parlement. Tout cela nous pouvons d’autant mieux le reprendre à notre compte que c’est ce que nous disons depuis toujours.        <br />
              <br />
       Il faut reprendre la construction européenne sur la base de la démocratie qui vit dans les nations et aller vers une Confédération européenne qui nous permette d’exister, d’être un pôle, comme on dit, dans le monde multipolaire de demain.        <br />
              <br />
       C’est de cela dont nous devons discuter, sans exclusive, avec toute la gauche, y compris le NPA s’il le souhaite. Il y a là un rôle politique essentiel pour la France. Faut-il parler de tout cela  avec M. Bayrou ? M. Bayrou – nous le savons - est un homme politique qui vient de la droite mais il s’est dit « prêt à tendre la main à la gauche ». Si nous sommes sûrs de nous-mêmes, si nous avons des idées claires, il n’y a pas lieu de montrer un quelconque sectarisme.        <br />
              <br />
       Le problème pour la gauche, c’est d’abord d’avoir les idées claires. Nous avons proposé, il y a plus d’un an, des Assises de toute la gauche. Nous sommes prêts à examiner un projet de primaires dès lors qu’elles concerneraient plusieurs partis de gauche qui en seraient ensemble les co-organisateurs, bien entendu sur la base d’une charte d’orientation politique.  La gauche doit rompre avec une orientation qui l’a coupée des couches populaires depuis les années quatre-vingt. Je n’idéalise pas les primaires, mais elles peuvent être l’occasion d’une rupture salutaire. En tout état de cause, le MRC ne restera pas silencieux en 2012. Il pèsera, quoi qu’il arrive, directement ou indirectement. Nous sommes les gardiens de l’avenir républicain de la France. La priorité c’est le projet !       <br />
              <br />
       Y a-t-il un autre choix ? Sincèrement je ne le crois pas sauf à laisser le champ libre à M. Sarkozy qui s’emploie déjà activement à rassembler la droite autour de lui, en profitant des divisions et du désordre de la gauche.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>Conclusion</b>       <br />
              <br />
       Nous avions jadis, au début des années soixante-dix, fait lever un immense espoir. La gauche ensuite a tourné le dos à ses engagements. Elle a rendu les armes sans avoir combattu. Le néolibéralisme a triomphé. Les couches populaires se sont détournées de la gauche. Mais ce cycle est désormais derrière nous. Les triomphateurs d’hier sont les faillis d’aujourd’hui.  Sachons trouver en nous-mêmes l’énergie de nous redresser. Sachons renouer avec les idées, c’est-à-dire avec le réel, mais aussi avec l’ambition collective, c’est-à-dire avec l’idéal. Il n’y a pas d’autre chemin pour une victoire qui, demain, ne décevra pas.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Seize thèses pour penser l'avenir</title>
   <pubDate>Mon, 31 Aug 2009 12:29:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Grands textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Développements de Jean-Pierre Chevènement, après son intervention à l'université d’été du Parti socialiste à La Rochelle, samedi 29 août 2009. (Ce texte n’est pas celui de l’intervention de Jean-Pierre Chevènement. Il la nourrit et la développe)     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1560897-2088348.jpg?v=1477349311" alt="Seize thèses pour penser l'avenir" title="Seize thèses pour penser l'avenir" />
     </div>
     <div>
      <b>Première thèse : Le cycle néo-libéral se ferme</b>       <br />
              <br />
       Le problème de la gauche aujourd’hui est que, confrontée à la grande crise du capitalisme financier, qu’elle a non seulement laissé s’installer mais fortement contribué à mettre ou à maintenir en selle en Europe, en France après 1983, en Grande-Bretagne avec Tony Blair, en Allemagne avec Gerhard Schröder, et en Italie avec Romano Prodi, elle se bat les flancs sans voir quoi d’autre mettre à la place. C’est une crise de l’imagination qui n’est pas sans lien avec une pratique politique opportuniste qui a éloigné de la gauche les couches populaires.        <br />
              <br />
       Pour beaucoup de femmes et d’hommes se disant « de gauche », la dictature de l’actionnariat à travers les marchés financiers régentant l’allocation du capital, la production, les échanges et la reproduction sociale paraît être aujourd’hui inévitable et comme procédant de la nature des choses. Sans doute la gauche sociale-libérale peut-elle imaginer quelques correctifs à la marge (RMI, CMU) mais la domination des marchés financiers qui s’est installée depuis trente ans sur les décombres du fordisme, du keynésianisme, de l’Etat-providence et des régulations nationales, semble borner son horizon. Cette gauche doit donc penser l’impensable : qu’il puisse y avoir un « au-delà » du capitalisme financier, que les marchés financiers  ne bornent pas l’horizon de l’Humanité, que ce sont les peuples et les nations qui font l’Histoire et qu’il est temps de remettre celle-ci consciemment en marche. A une gauche digne de ce nom, il faut donc penser et proposer un dépassement du capitalisme financier à travers des mesures concrètes réalistes et convaincantes. C’est ainsi seulement qu’elle pourra surmonter le discrédit qui est le sien dans les couches populaires, convaincues aujourd’hui que le social-libéralisme n’a été et ne peut être qu’une stratégie d’accompagnement de la mondialisation financière honnie. Bref, il lui faut être crédible et elle ne peut l’être, comme après Epinay, qu’à partir d’une autocritique, qui vaille rupture aux yeux du plus grand nombre, avec la pratique antérieure.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Deuxième thèse : La social-démocratie correspond à un âge aujourd’hui révolu</b>       <br />
              <br />
       L’équilibre entre le travail et le capital a été rompu par la globalisation financière. L’effondrement du communisme, dont la puissance d’intimidation avait d’ailleurs depuis longtemps décliné, a privé la social-démocratie d’un moyen de chantage et d’une rente de situation commodes. La part des salaires dans le revenu national a diminué de dix points depuis les années quatre-vingt. Sur trente ans, en France, le pouvoir d’achat des salaires n’a augmenté que de 0,8 % par an. Le lien entre productivité et rémunération du travail a été rompu à l’échelle mondiale. Parallèlement, les taux de syndicalisation enfin ont fortement chuté. La politique social-libérale, dite « de troisième voie », a échoué. La gauche dominait onze gouvernements de l’Union européenne sur quinze à la fin des années quatre-vingt-dix. Elle a partout perdu le pouvoir ou est en voie de le perdre, ainsi en Grande-Bretagne et en Espagne.        <br />
              <br />
       Comment cette gauche échouée pourrait-elle relever ce défi qui peut paraître sans précédent ? Au moins cinq « fins de cycles » se superposent : la fin de la domination occidentale sur le monde avec le déclin plus qu’engagé de l’hégémonie américaine, celles, au fond, jumelles, du communisme et de la social-démocratie, l’épuisement déjà ancien de la gauche libérale classique et enfin l’achèvement du cycle court social-libéral avec la crise du capitalisme financier dont il n’était au fond que l’ombre portée.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Troisième thèse : Le ressourcement de la gauche dans les valeurs de la République</b>       <br />
              <br />
       A ce stade, la gauche ne peut se ressourcer qu’à ce qui fait son identité historique depuis plus de deux siècles :       <br />
              <br />
       -	d’abord une volonté d’égalité qui n’est pas l’égalitarisme, mais la capacité donnée à chacun d’aller au bout de ses possibilités ;       <br />
       -	ensuite une volonté de raison qui doit nous inciter à « penser le monde » d’aujourd’hui mais aussi à revenir aux sources de la République en s’adressant au peuple tout entier.       <br />
              <br />
       La « classe des producteurs » ne s’identifie plus, en effet, à un « bloc de classe » homogène. Les services multipliés font partie de la production. Des statuts différenciés recouvrent la réalité de la création de la valeur. Celle-ci ne peut plus s’analyser que dans un contexte mondial. Et s’il y a des gagnants et des perdants dans la globalisation, le fait majeur est aujourd’hui la paupérisation des classes moyennes. La définition de la social-démocratie comme parti de la classe ouvrière ne correspond plus à la réalité observable. Le retour aux sources de la République esquissé jadis par Jaurès : l’appel à la raison du citoyen correspond mieux au stade actuel de développement de la société. La gauche gagnerait donc à se définir comme « parti républicain du peuple », en fonction d’un intérêt général répondant à l’intérêt social global.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Quatrième thèse : Le sens de la mutation républicaine</b>       <br />
              <br />
       La gauche doit donc faire sa mutation républicaine. Cela ne la détournera pas, bien au contraire, des couches populaires qu’elle ne pourra reconquérir que sur cette base. Et pas davantage des couches moyennes dont l’instabilité peut d’autant mieux être combattue par un appel permanent au civisme et au dépassement qu’elles se trouvent précarisées par la logique du capitalisme financier.        <br />
              <br />
       Que signifie l’appel à l’intérêt général ? Celui du peuple français, bien sûr, dont la gauche sollicite les suffrages. Mais intérêt général aussi de l’Humanité tout entière car la planète est devenue petite, intérêt général à l’intérieur duquel il y a évidemment place pour un intérêt européen bien compris : l’Europe n’existera en effet que si elle ne se laisse pas  écraser entre les Etats-Unis et la Chine. Dans un monde devenu multipolaire, c’est le rôle de la France de faire émerger un pôle européen autonome.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Cinquième thèse : Comprendre la crise, économique mais aussi géopolitique</b>       <br />
              <br />
       Pour penser l’intérêt général il faut d’abord comprendre le monde. La montée de pays émergents et la nouvelle multipolarité du monde marquent la fin d’une période de plus d’un demi-siècle, celle de l’hégémonie américaine. Certes ce grand pays a tout son avenir devant lui et les Etats-Unis resteront encore longtemps une « nation incontournable ». Ce qui marquera les prochaines décennies ce sera la montée de l’Asie, et plus généralement des pays milliardaires en hommes, à commencer par la Chine et l’Inde.       <br />
              <br />
       La relation sino-américaine est d’ores et déjà structurante pour le XXIe siècle. Elle l’est dès aujourd’hui pour l’avenir du libre-échange et pour celui du dollar. La parité entre le yuan et le dollar exprime la réalité actuelle de ce qu’on a appelé improprement le G2. Le modèle de développement qui a prévalu depuis trente ans a été fondé sur la liberté donnée au capital occidental, aux firmes multinationales et aux fonds d’investissement de mettre en concurrence les territoires et les mains d’œuvre, sous l’égide d’une monnaie mondiale qui est aussi et d’abord celle des Etats-Unis. Ce modèle a généré des déséquilibres profonds entre pays excédentaires en marchandises et en épargne (Chine, Japon, Allemagne, pétromonarchies) et pays déficitaires (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Espagne). La stagnation du pouvoir d’achat a favorisé l’endettement.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Sixième thèse : Ces déséquilibres vont s’accroître</b>       <br />
              <br />
       Les plans d’assainissement financiers et les plans de relance mis en œuvre depuis 2008 vont accroître les déséquilibres au lieu de les corriger.        <br />
              <br />
       De nouvelles crises sont à l’horizon : au plan monétaire, au plan économique et au plan commercial. Le capitalisme financier va voir sauter les unes après les autres les « régulations de marché » sur lesquelles il a fondé son développement : marchés financiers par une remise en cause de la liberté de mouvement des capitaux et par des mesures de sauvegarde monétaire, échanges internationaux par une remise en cause d’un libre échangisme qui fait fi des sociétés et des nations qu’on ne peut « délocaliser » comme les entreprises en vertu de la loi ricardienne des avantages comparatifs. Cela se fera à bas bruit pour commencer, et cela partira de la tête, c’est-à-dire des pays leaders : Etats-Unis, Chine d’abord.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>Septième thèse</b>       <br />
              <br />
       Le premier risque dans le monde qui vient est de voir s’opposer les pays du Nord et les pays du sud.       <br />
              <br />
       -	Le premier épisode a été la « guerre des civilisations » décrétée d’une part par Al-Quaïda et, d’autre part  stupidement, en réponse, par l’Administration Bush, en 2001-2003. On a vu avec l’invasion de l’Irak que les enjeux de cette guerre étaient dissimulés. La globalisation financière porte en elle des tensions qui se déchargent en crispations identitaires, violences paranoïaques, mises en scène guerrières et stratégies prédatrices.       <br />
              <br />
       -	Le deuxième risque est celui d’un conflit ouvert entre les Etats-Unis et la Chine.       <br />
              <br />
       -	Le troisième risque, pour nous décisif, voit déjà l’Europe prise en étau et en otage de la relation sino-américaine, écrasée entre la concurrence du dollar et celle des marchandises produites à très bas coût.        <br />
              <br />
       Ce risque est d’autant plus difficile à conjurer que l’Union européenne actuelle est une machine d’impuissance : structurellement libérale et tournée vers la préservation des actifs boursiers, elle nous désarme sur le plan commercial, à l’OMC, comme sur le plan monétaire, avec un euro toujours plus fort. Au cœur de cette impuissance, il n’y a pas seulement l’effondrement du mythe fédéraliste européen (il était inévitable et il a au moins l’avantage de nous débarrasser d’illusions coûteuses), il y a surtout une politique économique non coopérative de l’Allemagne : déflation salariale et recherche de l’hypercompétitivité, accumulation d’un excédent commercial massif au détriment d’abord des partenaires européens, refus d’un gouvernement économique de la zone euro et recherche d’un euro fort. L’Allemagne a la politique de sa démographie vieillissante. Il lui faut accumuler des excédents propres à nourrir une stratégie d’investissement et de placements extérieurs, sources de dividendes et de revenus ultérieurs, censés lui permettre de financer ses retraites et ses dépenses de santé. En fait cette stratégie se confond avec celle du capital financier. Elle n’a pas empêché la régression de la base industrielle du pays.        <br />
              <br />
       Nous sommes loin de « l’Allemagne européenne » prêchée jadis par le Chancelier Kohl. Il est sans doute heureux que l’Allemagne redevienne une nation « normale ». Il serait plus heureux encore qu’elle ne revienne pas à sa tradition particulariste (le « Sonderweg ») mais qu’elle fasse sienne une conception républicaine de la nation ouverte sur l’Universel. Car cette stratégie d’accumulation d’excédents est à courte vue. Elle est fondée sur une restriction de la demande qui pèse sur la croissance allemande aussi bien que sur la croissance européenne. Une nation allemande « républicaine » doit être capable de dialoguer avec les autres nations européennes sur la base d’un intérêt général partagé, sous réserve, bien évidemment, de réciprocité.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>Comment sortir de cette crise systémique ?       <br />
              <br />
              <br />
       Huitième thèse : Le capitalisme se veut « sensiblement éternel »</b>       <br />
              <br />
       Depuis que le système capitaliste a pris forme, à partir de la révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle, ou même, selon Immanuel Wallerstein, depuis le début du XVIe siècle, il n’a cessé d’aller de crise en crise, par oscillations successives vers des développements toujours nouveaux.       <br />
              <br />
       Le capitalisme lui-même est fondé sur une prétention à retarder indéfiniment le moment de sa chute. Fondé sur un déséquilibre structurel, bien mis en valeur par Karl Marx, il revendique, grâce à des modèles de croissance constamment renouvelés, une capacité inépuisable à affronter le futur : le capitalisme, parce qu’il se veut « naturel », conforme à la nature des choses et d’abord à la « nature humaine », se présente comme « sensiblement éternel », comme les nations, selon Maurras.       <br />
              <br />
       Un doute, certes, l’a envahi, dont témoigne l’expression désormais banale, de « croissance soutenable ». Mais la pensée conforme, celle de ceux qui pensent à l’intérieur du système, ne peut imaginer par définition qu’il puisse y avoir un quelconque « au-delà ».        <br />
              <br />
       Par « croissance soutenable », le capitalisme désigne une « croissance verte » où il intègre les coûts de l’environnement et développe de nouveaux secteurs. Il ne se remet pas en cause : le vert est aussi la couleur du dollar.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>Neuvième thèse : Une autre logique que celle de l’accumulation financière</b>       <br />
              <br />
       Sans prétendre substituer du jour au lendemain un autre système au capitalisme financier actuel, nous pouvons imaginer l’introduction d’une autre logique, politique celle-là, dans le fonctionnement des marchés financiers, en vue de les orienter, de les encadrer voire de les réduire.       <br />
              <br />
       Notre première tache sera donc de parvenir à la définition d’un intérêt général mondial et européen dans l’inévitable compétition des monnaies et des économies. La vocation européenne de la France ne se substitue pas en effet à une vocation mondiale plus générale. La France est membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies, et figure au nombre des puissances nucléaires reconnues. Elle est la tête de la francophonie, répandue sur cinq continents. Sa diplomatie est une des toutes premières du monde. Son histoire, enfin, la rend comptable de l’avenir des idées républicaines et de l’héritage de la Révolution de 1789, non seulement en Europe mais dans le reste du monde.       <br />
              <br />
       Pour ce qui est de l’Europe, la question-clé sera évidemment celle de l’avenir de la zone euro, hétérogène économiquement et sujette à des divergences profondes de politique économique. Cette zone euro n’a pas de pilote. Le traité de Maastricht qui, en matière de change, donne le pouvoir à l’Eurogroupe, n’est pas appliqué. Il faudra amener l’Allemagne à une vision plus coopérative de sa politique économique. La limitation constitutionnelle à 0,35% du PIB du déficit budgétaire, à horizon 2012, ne rendra pas facile cette coopération. Évidemment la question de l’euro est indissociable de celle du dollar.       <br />
              <br />
       Le principe de la concurrence ne doit plus s’opposer à celui d’une politique industrielle si possible à l’échelle européenne (par exemple dans le domaine de l’énergie) même si cette politique européenne reste une juxtaposition coordonnée de politiques nationales. Pas davantage le principe de la concurrence ne doit faire obstacle à la réaffirmation du rôle des services publics.       <br />
              <br />
       La tâche des Européens, dans l’ordre international, est de ne pas se laisser entraîner dans une quelconque croisade, soit contre l’Islam (mais tel ne paraît pas être l’orientation du Président Obama), soit contre la Russie ou encore contre la Chine, ou plus généralement contre les pays émergents. Les crises favorisent toujours les guerres. À cet égard, la question du « modèle de développement » est centrale pour « penser l’avenir ».       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Dixième thèse : Modèle de développement soutenable et révolution énergétique</b>       <br />
              <br />
       Les trois quarts de l’Humanité aspirent au développement. C’est pour quatre milliards d’hommes une question vitale et c’est une question de dignité. Le problème de notre modèle de développement actuel est qu’il n’est pas reproductible tel quel. Nous devons le faire évoluer en même temps que nous devons promouvoir un développement soutenable à l’échelle de la planète, c’est-à-dire économe des biens rares dont dispose l’Humanité (énergies fossiles, eau, air, sols, etc.). Et nous devons le faire en coopération avec les pays émergents. La révolution énergétique est, de ce point de vue, évidemment décisive : préservation de la forêt notamment dans les zones équatoriales, charbon propre et capture du CO2 notamment en Chine et en Inde, économies d’énergies, énergies nouvelles notamment solaire, énergie nucléaire dans la perspective notamment d’un réacteur de quatrième génération.       <br />
              <br />
       Pour mener à bien cette révolution énergétique, il faut se défaire de tout dogmatisme. Le problème des énergies renouvelables telles que l’énergie solaire est qu’elles sont encore très loin d’être compétitives. Le coût du Kwh d’origine solaire photovoltaïque est encore cinq fois supérieur à celui du Kwh produit à partir d’une turbine à gaz ou d’une centrale nucléaire. Celui du Kwh d’origine éolienne en représente le double. Il faut donc que le consommateur ou le contribuable paye la différence. Certes, on peut parier sur l’élévation inévitable du prix des carburants fossiles et sur l’abaissement probable des coûts de production résultant des progrès de la recherche en matière d’énergies nouvelles, mais cette prise de risque ne peut se faire inconsidérément, indépendamment d’une vue économique des choses au sens étymologique du terme.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Onzième thèse : Pour une négociation globale entre le Nord et le Sud</b>       <br />
              <br />
       Penser cette transition énergétique implique que nous évitions d’opposer l’Homme à la Nature le premier devenant le grand « perturbateur » d’une vie naturelle rêvée. Éviter aussi d’organiser de « fausses peurs » comme on l’a vu sur d’autres sujets : pluies acides, poulet à la dioxine, etc. Il faut aussi cesser d’apporter de l’eau au moulin du capitalisme financier en crise, en cultivant le mythe de la « décroissance ». Le problème des inégalités ne pourra être résolu par le malthusianisme. Celui-ci s’est révélé être, depuis les prophéties de Malthus au début du XIXe siècle, une erreur historique : car si la limitation des ressources naturelles est une évidence, les ressources de l’Homme, en inventivité, créativité, progrès des connaissances et de la technologie sont, elles, illimitées. Confiance en l’Homme !       <br />
              <br />
       La gauche est inséparable de la volonté de raison et elle ne doit pas renier l’héritage des Lumières, c’est-à-dire le primat des valeurs de la connaissance. Il n’y a pas de raison de jeter un interdit sur une technologie comme l’énergie nucléaire ou le génie génétique sans débat approfondi sur les avantages, les risques, les conséquences éventuelles, etc. Prenons garde à ce qu’un certain catastrophisme écologique ne serve pas de munition contre les pays émergents, dans une « guerre des civilisations » d’un nouveau type. L’enfer est pavé de bonnes intentions.        <br />
              <br />
       Le droit au développement des pays du Sud est un droit inaliénable. Ainsi l’objectif que se fixe la Chine de parvenir à une économie de « moyenne aisance » généralisée à l’horizon 2025 pour l’ensemble de sa population n’est pas contestable. Encore faut-il que la Chine et les pays émergents soient sensibilisés à l’intérêt général de l’Humanité. Une négociation globale est nécessaire liant tous les enjeux (commercial, monétaire, climatique, maîtrise des armements, etc.). La communauté internationale doit élaborer les règles dont nous avons besoin pour lutter par exemple contre le réchauffement du climat, pour opérer la transition énergétique, pour combattre les pandémies d’un nouveau type, etc. On ne doit pas faire l’économie d’une certaine planification des investissements à l’échelle mondiale. La France a tout son rôle à jouer pour animer et aider à coordonner les négociations internationales nécessaires.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Douzième thèse : La question du modèle de développement est indissociable du dépassement du capitalisme financier</b>       <br />
              <br />
       A)	<span style="font-style:italic">La tâche la plus urgente est de remédier aux déséquilibres économiques fondamentaux qui ont engendré la crise.</span>       <br />
              <br />
       Déficits abyssaux aux Etats-Unis. Excédents commerciaux et excès d’épargne chez les autres. On n’en a pas pris le chemin. Une relance équilibrée et réellement concertée n’a pas été possible jusqu’ici. C’est un échec du G20. La réforme du système monétaire international a été différée, mais chacun pressent qu’elle ne pourra plus l’être indéfiniment. L’assainissement financier du système bancaire est sans doute loin d’être terminé. L’<span style="font-style:italic">ubris</span> des financiers guette plus que jamais.       <br />
              <br />
       B)	Les propositions que j’avance sont des pistes à explorer pragmatiquement en fonction des alliances internationales qui pourront être nouées :       <br />
              <br />
       1.	Relance concertée des économies dans le cadre d’un New Deal mondial. Un effort supplémentaire sera demandé à chacun (davantage d’épargne aux Etats-Unis, relance du marché intérieur en Chine, sécurité sociale, relance allemande et japonaise, financement du développement de l’Afrique et des PMA).       <br />
       2.	Création d’une nouvelle monnaie internationale de réserve reflétant la place des différents pays dans l’économie mondiale et ayant vocation à se substituer au dollar. L’émission de 250 Milliards de DTS par le FMI est un premier pas. Il faut aller beaucoup plus loin pour aider au développement des pays pauvres.       <br />
       3.	Nouveaux « accords du Louvre », fixant des fourchettes aux parités monétaire (dollar, euro, yen, yuan) afin de parvenir à une concurrence équitable.       <br />
       4.	Redéfinition du mandat de l’OMC (en fonction des principes comme la « concurrence équitable » et la « souveraineté alimentaire »).       <br />
       5.	Plan mondial d’aide à l’Afrique et aux PMA.       <br />
       6.	Contrôle du crédit par la voie de nationalisations bancaires.       <br />
       7.	Réglementation des marchés financiers visant à éliminer les fonds purement spéculatifs.       <br />
       8.	Chasse aux paradis fiscaux et traçabilité obligatoire des mouvements de capitaux, les banques devant être tenues de communiquer à la police et à la justice leurs archives informatiques.       <br />
       9.	Réintroduction d’éléments de planification au niveau régional et mondial par exemple en matière :       <br />
       -	de politique énergétique ;       <br />
       -	d’autosuffisance alimentaire (suspension des négociations agricoles de l’OMC et redéfinition du mandat de l’OMC sur cette  base) ;       <br />
       -	de planification industrielle ;       <br />
       -	d’eau potable et de grandes infrastructure (assainissement, routes, chemins de fer, hôpitaux, écoles).       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Treizième thèse : Le rôle des nations</b>       <br />
              <br />
       Une impulsion mondiale est nécessaire. La France doit porter cette vision, en Europe et dans le monde. Mais cette impulsion ne dispense pas, bien au contraire, d’efforts nationaux. Ce sont les peuples qui sont à l’initiative de l’Histoire et pas les réunions épisodiques de dirigeants confiant à des technocrates le soin de mettre en œuvre des orientations imprécises. Le ressort de la démocratie est nécessaire. Celle-ci vit d’abord dans les nations. Celles-ci sont les briques de base de toute construction internationale.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Quatorzième thèse : Le retour de la France et de la République</b>       <br />
              <br />
       Le mythe fédéraliste européen épuisé, il faut revenir à l’idée de nation républicaine, seul socle solide d’une Confédération européenne efficace. Celle-ci est une tâche d’autant plus urgente que l’Europe ne peut s’en remettre indéfiniment aux choix de l’Administration américaine et devra de plus en plus apprendre à compter sur elle-même.       <br />
              <br />
       La France a un rôle majeur à jouer en Europe et dans le monde : rôle de catalyseur, rôle d’intercesseur. La gauche doit assumer sans complexe la nation française, son histoire, ses valeurs républicaines, et bien sûr ses intérêts légitimes.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Quinzième thèse : En France même, défrichons quelques pistes pour refaire l’Etat</b>       <br />
              <br />
       1.	<span style="font-style:italic">Les fonctions régaliennes</span> – police, justice, immigration - doivent être assumées fermement et humainement, sans complaisance pour les idéologies victimaires-compassionnelles incompatibles avec l’exercice d’une politique républicaine qui seule peut donner confiance aux couches populaires. Refus du communautarisme et de la dictature des minorités autoproclamées – appel au civisme républicain et pratique active de la démocratie.       <br />
              <br />
       2.	<span style="font-style:italic">Constitution d’un MITI à la française</span> liant tous les moyens de l’Etat y compris en matière d’aménagement du territoire :       <br />
       -	pour favoriser les secteurs d’avenir (énergies, transports, industrie agroalimentaire, pharmacie, services) ;       <br />
       -	préserver le noyau dur de nos industries (automobile), réindustrialiser le pays à partir de stratégies de recherche et d’innovation conçues à géométrie variable à l’échelle européenne si possible et en coopération avec les régions et les collectivités.       <br />
              <br />
       3.	<span style="font-style:italic">Donner la priorité au développement des ressources humaines</span> - formation, recherche - en mettant l’accent sur l’effort, le travail, le mérite, tout en valorisant l’ensemble des ressources humaines dont dispose le pays à commencer par sa jeunesse, vivier privilégié.       <br />
              <br />
              <br />
       4.	<span style="font-style:italic">Affirmer la nécessité d’un effort partagé</span> :       <br />
       -	à travers la politique des revenus et la limitation des rémunérations les plus élevées ;       <br />
       -	à travers la fiscalité (fin du « bouclier fiscal »). Progrès et justice doivent aller de pair.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Seizième thèse : L’alternative au capitalisme financier mondialisé : une république des peuples</b>       <br />
              <br />
       L’alternative n’est pas entre capitalisme et social-démocratie, pas même entre deux formes de capitalismes, néo-conservateur d’un côté, social-libéral de l’autre. Elle est entre un libéralisme mondialisé destructeur de richesses et de valeurs et une République des peuples, prenant appui dans la démocratie, le sens de l’intérêt collectif, liant dans chaque nation un sein patriotisme républicain et un civisme ouvert à l’universel.        <br />
              <br />
       Ce n’est pas le socialisme ? Non, c’est la République, mais la République au sens fort du terme, une exigence de tous les instants, une éthique à la fois de la conviction et de la responsabilité.       <br />
              <br />
       Pourquoi opposer l’une à l’autre, en effet ? C’est le propre de la République de faire aller de pair l’exigence dans la recherche de la vérité et la mesure dans l’action, c’est-à-dire l’audace raisonnée qui consiste à savoir où on va et à chaque moment ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, ou pas encore.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Seize-theses-pour-penser-l-avenir_a835.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>L'intervention de Jean-Pierre Chevènement à l'université d'été du Parti socialiste à la Rochelle</title>
   <pubDate>Sun, 30 Aug 2009 15:41:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Il s'exprimait sur le thème "Penser l'avenir" aux côtés notamment de Benoît Hamon, Cécile Duflot et Betrand Delanoë (son intervention débute à partir de la 20ème minute de la vidéo).     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      https://www.chevenement.fr/video/<div><object width="480" height="309" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/xabme2_penser-lyavenir-partie-2_news"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed src="http://www.dailymotion.com/swf/xabme2_penser-lyavenir-partie-2_news" type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="309" allowFullScreen="true" allowScriptAccess="always"></embed></object><br /></div>     </div>
     <div>
      La première partie de la discussion est accessible <a class="link" href="http://www.dailymotion.com/video/xabgnb_penser-lyavenir-partie-1_news">ici</a> (s'y expriment en particulier Michel Wievorka, Jean-Baptiste Prévost, Jean-Claude Ameisen, Jacques Lévy).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1559621-2086355.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/L-intervention-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-l-universite-d-ete-du-Parti-socialiste-a-la-Rochelle_a834.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-1460826</guid>
   <title>Actualité de l’idée républicaine !</title>
   <pubDate>Mon, 29 Jun 2009 23:48:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Edito de Jean-Pierre Chevènement à Citoyens Militants, le bulletin d'informations du Mouvement Républicain et Citoyen, juillet 2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1460826-1942882.jpg?v=1289480071" alt="Actualité de l’idée républicaine !" title="Actualité de l’idée républicaine !" />
     </div>
     <div>
      La crise du capitalisme financier mondialisé est profonde. Ses effets sont ravageurs (plans sociaux, chômage, inégalités, précarité). Mais la gauche n’apparaît pas comme un recours. Elle est elle-même en crise.       <br />
              <br />
       La social-démocratie était une bonne idée au milieu du siècle dernier. Elle apportait de substantiels avantages aux travailleurs d’Europe Occidentale, à la faveur de la rente de situation que créaient le communisme alors triomphant et la peur qu’il inspirait aux classes dirigeantes d’Occident.       <br />
              <br />
       Ce temps est derrière nous : La victoire du néo-conservatisme libéral à la fin des années soixante-dix et la mondialisation financière ont créé un rapport de forces déséquilibré entre le capital et le travail. Parallèlement les taux de syndicalisation ont chuté. La puissance syndicale s’est défaite ; dans toute l’Europe, et pas seulement en France, la social-démocratie est en crise.       <br />
              <br />
       En France, c’est la gauche qui a rétabli la Bourse, mis la nation en congé au nom de l’Europe, libéré les mouvements de capitaux, instauré, à travers l’Acte Unique, le primat de la concurrence dans toutes les politiques et à travers le traité de Maastricht, l’indépendance de la Banque Centrale Européenne. Elle a accepté de désarmer commercialement l’Europe à travers le GATT puis l’OMC. Elle a ouvert le cycle court du social-libéralisme en 1983. L’an dernier encore, en 2008, le PS adoptait ses statuts à l’unanimité pour les mettre en phase avec cette orientation. Ce cycle s’est brutalement refermé avec la crise du capitalisme financier mondialisé. Certains prétendent que les idées socialistes ont triomphé. N’est-ce pas plutôt les idées que les socialistes avaient reniées ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Nous avons cherché depuis trois décennies à réconcilier la gauche avec l’exigence républicaine : sur la nation, son indépendance, sur l’Ecole et la priorité à donner à la formation, à la recherche et à la technologie, sur la politique industrielle, sur une Europe des peuples, sur une concurrence équitable plutôt qu’un libre échangisme débridé, sur le civisme, sur la conception républicaine de la décentralisation, de la défense, de la sécurité, de l’immigration, etc.       <br />
              <br />
       C’est peu dire que le PS ne nous en a pas été reconnaissant. Nous avons cependant résisté à la campagne de marginalisation lancée contre nous, depuis longtemps et redoublée depuis 2002. Nous continuons à porter haut le drapeau de l’idée républicaine. Celle-ci, revisitée à la lumière d’une recherche exigeante, peut seule fournir la base d’un ressourcement. Le PS tarde à admettre ce qui pourrait passer pour une autocritique. Progressivement coupé des couches populaires depuis le tournant libéral de 1983, il voit aujourd’hui s’éroder l’électorat des couches moyennes qui lui restait. « L’effet essuie-glaces » sur lequel il a toujours compté pour revenir aux affaires  n’est plus garanti. Les « quadras » s’interrogent à juste titre sur l’avenir que leur réservent leurs caciques.       <br />
              <br />
       Pour ce qui concerne le MRC, il entend peser sur l’élection présidentielle de 2012. Nous n’avons pas en effet pour vocation de rouvrir le cycle du social libéralisme.       <br />
              <br />
       La question de primaires ouvertes de toute la gauche a été évoquée. Il va de soi que nous ne saurions cautionner un énième rafistolage du PS social-libéral. Ces primaires n’auraient de sens que si elles étaient co-organisées entre plusieurs partis de gauche, et permettaient le débat seul capable d’enclencher une nouvelle dynamique. Le MRC fera donc entendre sa voix en toutes circonstances.        <br />
              <br />
       D’ici là nous avons deux objectifs :       <br />
              <br />
       - la réussite de notre <span class="u">Université d’été</span> à Toulouse les 5 et 6 septembre à laquelle nous avons invité Arnaud Montebourg, Jean-François Kahn et Paul Quilès.       <br />
       - l’élaboration d’un <span class="u">« programme de salut public »</span> mettant l’accent sur les initiatives à prendre pour dégager la France de l’étreinte mortelle du capitalisme financier mondialisé : reconstitution d’un Ministère de l’Industrie digne de ce nom, contrôle du crédit, revitalisation de notre tissu économique, définition des règles d’une concurrence équitable, réforme fiscale permettant l’effort partagé, construction d’une Europe des peuples, élaboration d’un nouveu modèle de développement à l’échelle mondiale. En tous domaines, l’intérêt général est à redéfinir. Actualité de l’idée républicaine !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Actualite-de-l-idee-republicaine-_a814.html</link>
  </item>

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   <title>Jean-Pierre Chevènement invité des Grandes gueules sur RMC lundi 22 juin</title>
   <pubDate>Mon, 22 Jun 2009 12:16:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Il répondait à 11h30 aux questions de RMC sur la décision du Président de la République Nicolas Sarkozy de s'exprimer devant le Congrès réuni à Versailles.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1446033-1920566.jpg?v=1289480070" alt="Jean-Pierre Chevènement invité des Grandes gueules sur RMC lundi 22 juin" title="Jean-Pierre Chevènement invité des Grandes gueules sur RMC lundi 22 juin" />
     </div>
     <div>
      Egalement évoqués : la crise économique et la question du port de la &quot;burqua&quot; en France,        <br />
       L'émission est podcastée ci-dessous.       <br />
       <a class="link" href="http://www.rmc.fr/blogs/lesgrandesgueules.php">Le blog des Grandes Gueules</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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 	<itunes:subtitle><![CDATA[Il répondait à 11h30 aux questions de RMC sur la décision du Président de la République Nicolas Sarkozy de s'exprimer devant le Congrès réuni à Versailles.]]></itunes:subtitle>
 	<itunes:summary><![CDATA[Il répondait à 11h30 aux questions de RMC sur la décision du Président de la République Nicolas Sarkozy de s'exprimer devant le Congrès réuni à Versailles.]]></itunes:summary>
 	<itunes:author>Chevenement.fr</itunes:author>
   <link>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-invite-des-Grandes-gueules-sur-RMC-lundi-22-juin_a811.html</link>
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   <title>Mieux que la social-démocratie : la République</title>
   <pubDate>Wed, 02 Jul 2008 12:10:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Article de Jean-Pierre Chevènement, paru dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, mai 2008.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/979338-1221532.jpg?v=1289480135" alt="Mieux que la social-démocratie : la République" title="Mieux que la social-démocratie : la République" />
     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">La social-démocratie en France n’a pas de réalité organisationnelle.</span>       <br />
              <br />
       La République en France plonge ses racines dans l’événement fondateur de la Révolution française.       <br />
              <br />
       La relation à la République du mouvement ouvrier naissant au XIXe siècle n’a pas été simple. A deux reprises en effet – en 1848 et en 1871 – la République libérale a pris le visage de la répression. Ce divorce initial s’inscrira durablement dans le paysage institutionnel. La Charte d’Amiens, en 1902, proclamera l’apolitisme, ou en tout cas la réserve des syndicats par rapport aux partis. Dans le même temps, en 1905, l’unification socialiste se réalisera, au sein de la SFIO, sur une base idéologique précise : la synthèse opérée par Jaurès entre l’idée républicaine et la pensée marxiste.       <br />
              <br />
       Si Jaurès avait anticipé le rôle des réformes sociales pour combler le fossé entre la classe ouvrière et la République, il faudra attendre le Front Populaire puis la Libération pour réaliser la fusion du mouvement social et de l’idée républicaine. Et cette fusion procède moins de la lutte syndicale que d‘une victoire électorale d’abord, en 1936, et surtout du programme du Conseil National et la Résistance à la Libération. Politique d’abord, cette conception est celle de la République, non celle de la social-démocratie. Celle-ci, en France, n’a pas de réalité, au plan de l’organisation.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Social-démocratie et partage de la valeur ajoutée</span>       <br />
              <br />
       L’hégémonie des idées social-démocrates devint manifeste en Europe, tout au long des trente glorieuses, c’est-à-dire dans une période où le rapport des forces à l’échelle mondiale favorisait les intérêts du monde du travail : victoire en 1945 du New-Deal mais aussi du communisme. Les partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe de l’Ouest surent monnayer efficacement la crainte du communisme et leur ralliement à l’atlantisme, en avantages sociaux sonnants et trébuchants au bénéfice du monde du travail. Si on entend par social-démocratie non pas une organisation liant les syndicats et un parti politique comme en Suède, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, mais un partage de la valeur ajoutée favorable aux salariés et au monde du travail, on peut dire que la IVe République aussi bien que le gaullisme et le pompidolisme furent sociaux-démocrates à leur manière.       <br />
              <br />
       Ce pacte se défit progressivement à partir du milieu des années 70 et jusqu’au début des années 90 avec le triomphe de la « globalisation : l’ouverture généralisée des marchés sous l’égide du néo-conservatisme libéral anglo-saxon et de l’Hyperpuissance américaine.       <br />
              <br />
       Dans ce contexte, le modèle républicain français va être mis à rude épreuve. Sommée par l’Europe de remettre en cause, au nom du principe de la « concurrence libre et non faussée », le compromis social né du programme du CNR, la France donnera toujours l’impression d’être en retard d’une guerre. Ce n’est pas le moindre paradoxe de la période de voir les socialistes au gouvernement présider, à partir de 1983, au grand renversement du partage entre les salaires et les profits. L’intérêt général et l’intérêt du monde du travail semblent diverger, même si la gauche essaie de limiter le creusement des inégalités par la progression de l’assistance sociale (RMI – CMU – APA, etc.).       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Face à la mondialisation, la refondation républicaine de la gauche</span>       <br />
              <br />
       Quel peut être le rôle de la gauche (on a vu que la social-démocratie, en France, n’existe pas) face à la mondialisation ? Et que reste-t-il du modèle républicain dans une Europe contrainte à s’ouvrir et à subir aussi bien la loi du moins disant social dans les pays à bas coûts salariaux, que l’hégémonie monétaire destructrice du dollar ?       <br />
              <br />
       Poser la question c’est y répondre : la République française a accepté par le traité de Lisbonne de ne pas remettre en cause des règles du jeu sociales, commerciales, monétaires, que pourtant le peuple français avait rejetées le 29 mai 2005. Elle est donc prisonnière, pour l’heure, d’un équilibre géopolitique qui fait dépendre des évolutions intérieures allemandes (politiques, syndicales, patronales) une réorientation d’ensemble de la construction européenne qu’impose le développement de la crise financière mondiale.       <br />
              <br />
       Ce serait désespérer de la République que de la voir durablement condamnée à l’impuissance. La gauche ne fera pas l’économie d’une refondation républicaine. C’est en se battant contre la domination du capital financier et pour de nouvelles règles du jeu à l’échelle française, européenne et mondiale que la gauche retrouvera de l’espace, jettera les bases d’un nouveau compromis social, favorisant le monde du travail, et s’ancrera à nouveau dans les couches populaires.. Ainsi la gauche aurait grand tort de prendre congé de l’idée républicaine, car c’est dans la conscience civique – en France mais pas seulement – que réside l’espoir d’un nouveau cours.       <br />
              <br />
       Le fil de l’Histoire n’a pas été définitivement tranché par la ratification, par voie parlementaire, du traité de Lisbonne. La souveraineté populaire, qui est une autre définition de la République, n’a pas encore dit son dernier mot.       <br />
              <br />
       ----------       <br />
       Voir le <a class="link" href="http://www.aaeena.fr/publications.php?c=2&amp;magNum=54">sommaire</a> de la revue de l'ENA, dont le dossier est &quot;Quel avenir pour la social-démocratie ?&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/979338-1221532.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Mieux-que-la-social-democratie-la-Republique_a647.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>La gauche doit savoir où elle habite</title>
   <pubDate>Sun, 09 Sep 2007 12:30:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Grands textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement en clôture de l'université d’été du MRC, Saint-Pol sur Mer – 9 septembre 2007.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/718485-878239.jpg?v=1289480119" alt="La gauche doit savoir où elle habite" title="La gauche doit savoir où elle habite" />
     </div>
     <div>
      Merci d’abord à Christian Hutin, député-maire de Saint-Pol sur Mer, à Claude Nicolet et aux équipes du Nord, pour leur accueil qui contribue au remarquable succès de cette <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Rendez-vous-a-l-universite-d-ete-du-MRC-les-8-et-9-septembre-Vers-la-refondation-republicaine-de-la-gauche_a395.html">Université d’été</a>. Merci également à nos invités, à Vincent Peillon dont nous avons apprécié l’acuité républicaine du discours. Merci aussi à Bernard Cassen qui a fait se lever des générations nouvelles de militants. Merci à nos trois rapporteurs, Claude Nicolet, Sami Naïr et Patrick Quinqueton pour leur travail et leurs exposés remarquables. C’est l’absence d’un projet véritable qui a conduit, pour la troisième fois depuis 1995, la gauche à la défaite aux élections présidentielles. Cette défaite n’a rien d’inéluctable.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>I – Une gauche républicaine capable d’élaborer un projet à la hauteur des défis du temps demain peut l’emporter.</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A)	Pour ma part, je reste fondamentalement optimiste pour l’avenir d’une telle gauche républicaine,</span> mais je ne crois pas que le parti socialiste puisse trouver seul la force d’un sursaut salvateur. Il peut le favoriser ce qui serait déjà beaucoup. Et cela demande à ses dirigeants une certaine hauteur de vues. C’est ce que semble proposer François Hollande aux partenaires du parti socialiste avec la tenue d’ « Assises » avant même les prochaines municipales. Il faudra aller beaucoup plus loin dans la refondation si on veut que la gauche revienne au pouvoir avant dix ans. Il faudra un « événement » aujourd’hui indescriptible (de type 1936 ou 1968) et surtout une structure politique capable d’accueillir cet évènement, structure dans laquelle puissent se retrouver les jeunes générations, se brasser des militants issus des couches populaires aussi bien que des couches nouvelles et surtout s’élaborer un nouveau logiciel. Là est l’essentiel. Car le logiciel élaboré à Epinay en 1971 a été déclassé par les socialistes eux-mêmes, à partir de 1983, au profit d’une politique social-libérale qui les a mis en porte-à-faux avec leur électorat. Ils ne lui ont pas substitué un nouveau logiciel, j’entends par là à la fois une grille de lecture du monde cohérente prenant en compte les défis extérieurs et l’évolution de la société française, et une feuille de route permettant de dépasser les réponses au coup par coup, sans principes. Ce nouveau logiciel ne peut se réduire à la conversion libérale entamée en 1983, aboutissant, au prétexte de l’Europe, à une ringardisation de la nation que celle-ci n’accepte plus. Ce nouveau logiciel doit signifier une conversion républicaine capable de réconcilier la gauche et la France et  de mettre la première en phase avec les besoins et les intérêts essentiels de la seconde. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, pour opérer cette conversion républicaine et revaloriser le rôle de la nation pour mettre la gauche au service de la France, selon une expression employée par François Hollande lui-même à La Rochelle. C’est un immense travail, tout à fait exaltant pour ceux qui sont prêt à s’y engager. Et le MRC est prêt pour cette refondation républicaine. François Hollande m’a indiqué qu’il souhaitait que nous participions à un Comité de liaison de la gauche. Pour ma part je ne vois pas a priori d’inconvénient à accepter cette proposition à condition bien entendu de préserver la liberté de nos analyses et nos intérêts politiques essentiels. Et il faudra que les Assises soient précédées et suivies de débats décentralisés où vous aurez à prendre toute votre place. Ensuite doit venir un congrès de refondation et pas un simple congrès socialiste.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B)	Notre identité est claire. Le MRC doit savoir ce qui le rapproche et ce qui le distingue du Parti socialiste.</span>       <br />
              <br />
       Issu historiquement du CERES, de « Socialisme et République », puis du Mouvement des Citoyens, le MRC n’est pas seulement un rameau du socialisme français. Il a entendu constituer dès l’origine un courant républicain civique qui est nécessaire à la gauche et au pays. De ce point de vue, nous devons mieux préciser notre rapport historique au courant socialiste auquel nous appartenons sans pour autant nous confondre avec lui. Ce n’est pas seulement la guerre du golfe et le traité de Maastricht qui nous ont éloignés du parti socialiste. C’est plus profondément notre conception républicaine, dont les racines, à bien y réfléchir, sont déjà présentes dans la pensée de Jaurès et qui ont fait du CERES dès sa création un « empêcheur de tourner en rond ». Notre regard sur l’Histoire nous différencie du courant socialiste traditionnel auquel nous appartenons cependant.        <br />
              <br />
       <span class="u">1.	D’abord le combat socialiste nous paraît plus nécessaire aujourd’hui que jamais.</span> En effet, le socialisme a d’abord été, selon le mot de Durkheim, un « cri de douleur ». Face à l’exploitation sans frein des travailleurs par le capitalisme naissant, ceux-ci ont cherché et réussi à s’organiser pour améliorer leur sort. A ce travail d’organisation près de deux fois séculaire revient le mérite d’avancées sociales que l’augmentation de la productivité seule n’aurait pas assurées.       <br />
              <br />
       Sans l’organisation et la combativité des organisations ouvrières, aucun progrès social n’eût été possible. Il est de l’essence même du capital d’aller au bout de sa logique : celle de l’exploitation maximale de la force de travail. Résistance, équilibre, progrès enfin, ces trois mots résument la vocation du socialisme face à cette logique d’exploitation toujours à l’œuvre dans l’Histoire : ce qu’on appelle « mondialisation libérale » aujourd’hui ne se manifeste-t-il pas d’abord par la mise en concurrence, à l’échelle mondiale, des territoires et des mains d’œuvre par les multinationales et les fonds d’investissement ?       <br />
              <br />
       Pour contrarier la logique du capital, plusieurs voies ont été explorées : action syndicale, réformes parlementaires, tentatives révolutionnaires, dont je ne prétends pas refaire la théorie.       <br />
              <br />
       Il y a plusieurs manières de combattre la logique d’exploitation inhérente au système capitaliste, mais quelles qu’en soient les formes, le combat est nécessaire. Cela ne suffit pas, pour autant, à définir le socialisme.       <br />
              <br />
       <span class="u">2.	Le socialisme c’est d’abord une critique du capitalisme.</span>       <br />
              <br />
       Que reste-t-il de l’ambition démiurgique affirmée par Marx il y a cent cinquante ans, de faire du prolétariat l’acteur d’une Histoire rompant avec des siècles d’oppression ?       <br />
              <br />
       Le succès du révisionnisme bernsteinien en Allemagne, à la fin du XIXe siècle c’est-à-dire d’un réformisme au jour le jour, l’effondrement du communisme en Russie et la conversion du parti communiste chinois à un capitalisme d’Etat sans contrepoids, à la fin du siècle dernier, ont sonné trois fois le glas de la prophétie marxiste visant à ériger le prolétariat, non seulement en acteur indépendant et conscient de l’Histoire de l’Humanité, mais en légataire universel de toutes les traditions et avancées progressistes. On a pu décrire Marx ironiquement comme le dernier des grands prophètes juifs. Du mouvement socialiste ne restent aujourd’hui que les organisations qui s’en réclament, à tort ou à raison, et souvent plus à tort qu’à raison. Un réformisme au jour le jour est l’horizon borné où les partis socialistes européens inscrivent aujourd’hui leur action.        <br />
              <br />
       Historiquement, le socialisme a été et doit rester une analyse critique du capitalisme à travers une méthode à certains égards aujourd’hui encore inégalée : Il n’y a rien d’autre à retenir de Karl Marx, mais c’est l’essentiel – et ce n’est pas rien - : à travers la théorie de la valeur travail, l’analyse dite « matérialiste » du rapport entre l’évolution des classes sociales et celle des forces productives, la définition lumineuse enfin de « l’idéologie dominante », comme étant, en dernier ressort, celle des classes dominantes. Cette méthode d’analyse peut être affinée et développée, mais elle reste incontournable. Elle est la contribution éminente de Marx à la science des sociétés. Cette méthode n’implique nul prophétisme. Ce socialisme baptisé « scientifique » n’est pas un système de prévision. Il est simplement une incitation à comprendre le mouvement global du capitalisme, et précisément ce qu’on appelle aujourd’hui mondialisation ou mieux « globalisation ». Nul ne peut se dire socialiste aujourd’hui s’il n’inscrit pas son action dans une analyse critique de la « globalisation ». C’est ce qui fait défaut aux lointains disciples contemporains d’Edouard Bernstein, Michel Rocard par exemple dont le socialisme ne se définit qu’à l’aune de quelques valeurs morales coupées de toute analyse concrète, thuriféraire du « marché », depuis trente ans que l’Ecole de Chicago sert de feuille de vigne au triomphe du néolibéralisme à l’échelle mondiale ! Le « rocardisme » n’aura  ainsi été que le reflet de l’idéologie dominante. Nous devons, au contraire, affirmer un réformisme ambitieux, en « pensant mondial ».       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Est-ce que l’adoption d’une méthode d’analyse peut suffire pour autant à définir le socialisme ? Certainement pas !       <br />
              <br />
       D’abord parce que cette méthode, conçue dans la deuxième partie de l’avant-dernier siècle, est nécessairement imparfaite. Ses limites ont été rendues très visibles sur quelques sujets essentiels : la nation, l’Etat, les cultures non européennes et cela à la lumière même des échecs historiques du mouvement ouvrier :       <br />
       -	l’incapacité de la IIe Internationale à empêcher l’éclatement de la première guerre mondiale ;       <br />
       -	l’impuissance devant la montée du fascisme dans les années 1930 ;       <br />
       -	l’européocentrisme, aussi bien face à la colonisation qu’à la décolonisation ou plus récemment au « nouvel ordre mondial » proclamé par George Bush père en 1990 et poursuivi aujourd’hui par son fils au nom de la « guerre contre la terreur » ;       <br />
       -	l’incapacité enfin à opposer une digue face à la « globalisation » et notamment à imposer, dans les institutions européennes et cela va sans dire dans les institutions économiques mondiales (OMC, FMI), un compromis « social » aux forces du capital. Je reviendrai tout à l’heure sur ces moments où l’Histoire a basculé.       <br />
              <br />
       Une méthode d’analyse, si affûtée soit-elle, ne définit pas une direction. Les valeurs du socialisme sont celles des Lumières, telles qu’elles se sont développées en Europe au dix-huitième siècle. Ces valeurs sont-elles toujours actuelles ? Valent-elles pour d’autres cultures et sur d’autres continents ?        <br />
              <br />
       <span class="u">3.	Nous restons fidèles aux valeurs intellectuelles et morales des Lumières.</span>       <br />
              <br />
       Nous avons appris à nous méfier des prophéties et des religions de substitution. On a pu ainsi décrire le socialisme comme la dernière « hérésie judéo-chrétienne », mais j’inclinerais pour ma part à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Les Lumières n’ont pu se développer que sur le riche substrat de valeurs morales qu’on appelle « laïques », mais dont beaucoup ne sont que des valeurs chrétiennes laïcisées.       <br />
              <br />
       A bien y regarder, ces valeurs (égalité, justice notamment) sont présentes à des degrés divers dans presque toutes les civilisations : même celles où n’existe pas un mythe de « l’Age d’or ». De là ne s’ensuit pas que l’idée de liberté, héritée de l’ancienne Grèce, l’autre source majeure de la civilisation occidentale et sans doute sa source principale, se soit partout frayée un chemin. Or, c’est une des leçons de l’Histoire que le socialisme tourne à la caricature s’il dissocie la liberté de l’égalité. Le socialisme de caserne n’est tout simplement pas socialiste. C’est l’originalité de Jaurès et de beaucoup de socialistes français qu’ils ont toujours lié étroitement le socialisme et la République : l’un comme l’autre de ces deux concepts ne vont pas sans une part d’utopie. Mais la République ne se résume pas aux valeurs inscrites dans sa devise. Elle ne va pas sans exigence : elle implique le citoyen, la responsabilité, le civisme, comme nous n’avons cessé de le rappeler depuis le début des années quatre-vingts.       <br />
              <br />
       Le socialisme, tel qu’il s’est réellement développé, a été trop souvent confondu avec une technique d’organisation économique ou sociale : nationalisation des moyens de production, planification dite démocratique, assurance sociale généralisée, etc. Et quand il a dépéri, ce n’est pas seulement sous les coups de boutoir de ses adversaires, c’est par l’oubli des valeurs qui le fondent : esprit de service public, civisme inséparable d’un sain patriotisme, volonté de comprendre, rigueur intellectuelle et morale, amour des valeurs de la connaissance, refus des idéologies anti-science, solidarité. C’est la spécificité du courant républicain civique que nous incarnons de marquer l’importance de ces valeurs « républicaines » que certains courants du PS ont abandonnées.       <br />
              <br />
       Pour autant nous savons que nous appartenons à la famille socialiste. Le mouvement socialiste démocratique, en dehors des réformes sociales dont nul ne contestera qu’il les a inspirées, s’il ne les a pas toujours réalisées lui-même, peut, à la lumière du dernier siècle écoulé et malgré ses échecs, garder la tête haute, au regard des autres courants de pensée et d’action qui ont structuré la vie démocratique dans les pays industrialisés.       <br />
              <br />
       <span class="u">4.	Tête haute mais lucide.</span>       <br />
              <br />
       a)	Les socialistes ont vu venir la première guerre mondiale. Ils l’ont combattue en paroles. Ils prétendaient l’empêcher. S’ils n’y sont pas parvenus, ils n’y ont au moins pas contribué.        <br />
              <br />
       b)	Le socialisme démocratique a pris d’emblée ses distances avec la révolution bolchevique. Le discours de Léon Blum au Congrès de Tours (1920) est le texte fondateur du socialisme français maintenu dans la « vieille maison ». Que certains courants socialistes aient ensuite versé dans un anticommunisme de principe qui a pu conduire certains d’entre eux à faire le jeu du fascisme, ne détruit pas la justesse de l’intuition fondamentale des socialistes quant à l’évolution du communisme soviétique. Cela ne veut pas dire que la tentative communiste n’ait pas eu sa grandeur. Continuons à essayer de promouvoir, sur une base de principes, les réconciliations nécessaires.       <br />
              <br />
       c)	Les socialistes ont su aussi d’emblée combattre et dénoncer le péril fasciste même s’ils se sont avérés impuissants à l’enrayer, prisonniers du pacifisme né de la boucherie de la Première guerre mondiale, ensuite de la logomachie abstraite qu’ils avaient eux-mêmes introduite au sein de la SDN (désarmement, arbitrage, sécurité collective), et enfin d’une vision  de la politique étrangère qui les mettait à la remorque des bourgeoisies occidentales et d’abord britannique, c’est-à-dire d’un anticommunisme et d’une volonté d’« appeasment » avec Hitler, que beaucoup d’entre eux, d’ailleurs,  partageaient par pacifisme.       <br />
              <br />
       C’est le drame du socialisme français que, maître du pouvoir en 1936, il n’ait pas su susciter en son sein un Robespierre ou un Carnot. C’est De Gaulle, en 1940, qui a incarné la Résistance. Toute notre Histoire en a été durablement et profondément marquée. Au moins, beaucoup de socialistes (pas tous) se sont-ils retrouvés dans la Résistance, derrière Léon Blum et Daniel Mayer.  Le mérite de Léon Blum fut, en particulier, de faire accepter aux socialistes l’autorité du général de Gaulle. Dans la lutte contre le fascisme, les socialistes n’ont pas tenu le premier rôle, mais leur rôle a été honorable.        <br />
              <br />
       Comme l’a dit cruellement Kautsky, « L’internationale socialiste n’était pas faite pour les temps de guerre ». Ce fut vrai pour la seconde guerre mondiale comme pour la première. Comme si, par essence même, le socialisme démocratique n’était pas taillé pour faire face aux crises dont pourtant le développement du capitalisme est et reste gros. Cela reste hélas vrai face à ce que Samuel Huntington a appelé le choc – certains disent la guerre – des civilisations.       <br />
              <br />
       d)	Il y a là une tache aveugle du « socialisme démocratique » : son européocentrisme.       <br />
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       Si les socialistes ont souvent dénoncé les méfaits de la colonisation, ils n’en ont jamais fait un thème central de leurs luttes. A bien des égards, certains voyaient même dans la colonisation un progrès, ou une promesse d’avenir, pour les peuples colonisés.       <br />
              <br />
       Le même européocentrisme a caractérisé l’attitude des socialistes devant les mouvements de libération nationale qui ont conduit à la décolonisation.        <br />
              <br />
       En France, de Marius Moutet, en Indochine, en 1946, à Guy Mollet en Algérie dix ans plus tard, la cécité semble avoir été la règle, si on met à part la notable exception des lois Defferre en Afrique Noire.       <br />
              <br />
       Le socialisme démocratique se retranche volontiers derrière l’argument voire le prétexte de la démocratie pour prendre ses distances avec les nationalismes du Tiers-Monde, voire épouser les croisades impérialistes, ainsi à l’occasion de la première guerre du Golfe. Tout se passe comme si le socialisme démocratique était prisonnier de l’aire culturelle européenne. Il n’a pu ainsi prendre que de faibles racines sur les autres continents : dans certains pays d’Amérique Latine comme le Chili, ou au Japon, où les socialistes sont toujours restés minoritaires. Face à l’hégémonie américaine, la démarche du socialisme démocratique se caractérise par le suivisme.        <br />
              <br />
       Au sein de la IIe Internationale, un Hilferding avait quand même pu faire la théorie du capital financier en 1910, apportant ainsi une contribution remarquable à la théorie de l’impérialisme. Aujourd’hui on ne voit rien de tel chez les sociaux-démocrates ou se prétendant tels, dont la réflexion sur la mondialisation reste étroitement prisonnière de l’horizon du marché. Pascal Lamy, à l’OMC, œuvre à la libéralisation complète et sans condition du marché mondial. Quant à Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI son mandat sera celui que définiront les Etats-Unis, le Japon et les grands Etats européens qui détiennent une majorité écrasante dans l’institution. Les pays du Sud sont en bout de table. Le problème de l’impérialisme sous-tendu par l’hégémonie de l’Hyperpuissance est délibérément tu. A nous de le faire prendre en compte.       <br />
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       Si globalement les socialistes ont ainsi discerné avant les autres les périls qui menaçaient la civilisation, la lucidité leur commande néanmoins la modestie car ils n’ont pas été, dans leur ensemble et malgré des exceptions notables, à la hauteur des défis de l’Histoire, faute sans doute d’une analyse suffisamment englobante de ce qu’était le capitalisme de leur époque. Mais certains, tel Léon Blum, restent de belles figures morales. Il appartient au MRC de conduire des analyses approfondies et de faire des choix courageux, particulièrement par rapport aux dérives de la globalisation financière et à la fuite en avant de l’Hyperpuissance américaine. Le MRC mettra ainsi dans la gauche plus qu’un grain de sel.       <br />
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       <span style="font-style:italic">C)	Notre rapport actuel au PS : alternance ou alternative ?</span>       <br />
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       Soyons clairs : la gauche a naturellement vocation à l’alternance dans le système institutionnel qui est le nôtre, mais suffit-il d’attendre un succès électoral des échecs de la droite ? Le PS l’a cru en 2004. C’était une illusion. L’alternance, pour être crédible, doit comporter une dimension d’alternative. L’effet « essuie-glace » est épuisé. Si, à l’occasion des trois dernières élections présidentielles – 1995 – 2002 – 2007 – le candidat du parti socialiste a été défait, c’est faute d’un projet réellement alternatif et crédible à la fois. En 1995 la gauche n’était pas encore remise de la Berezina de 1993. Et en 2002 comme en 2007, elle a cru pouvoir l’emporter grâce surtout au rejet de Jacques Chirac, puis de Nicolas Sarkozy. Certes, Ségolène Royal a avancé quelques mots d’ordre forts et reconquis une partie des couches populaires. On trouve dans sa campagne l’écho de notre discours. On le trouve d’ailleurs aussi – soit dit en passant - dans les propos de campagne de Nicolas Sarkozy, inspirés par Henri Guaino. Le chevènementisme, comme discours républicain, a heureusement ou malheureusement vocation à être récupéré ! <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Declaration-commune-PS-MRC-volet-politique_a122.html">L’accord politique MRC-PS du 9 décembre 2006, que je vous invite à relire</a>, a été globalement respecté par Ségolène Royal, sur la réorientation de l’Europe notamment. Mais il a manqué une traduction vigoureuse et convaincante des valeurs proclamées au niveau des propositions concrètes et du scénario permettant à la France de desserrer les mâchoires de la mondialisation libérale. Là où je suggérais, dans mon discours du 13 novembre 2006 à Japy, l’envoi de deux « mémorandum » aux institutions et aux gouvernements européens, seules ont été ouvertes des perspectives trop timides de renégociation.       <br />
              <br />
       Je ne critique pas Ségolène Royal. Certains socialistes s’en chargent, avec souvent beaucoup d’excès et quelquefois une rare inélégance. Faut-il le rappeler ? Ségolène Royal était leur candidate désignée à plus de 60 % des voix. Sa  candidature traduisait la crise du parti socialiste après le rejet de la « Constitution européenne » pour laquelle il s’était prononcé naturellement, puisque cette Constitution, lancée en 2000, était – je vous le rappelle - un enfant de la cohabitation. Ségolène Royal n’a pas été la candidate des sondages comme on le prétend mais la candidate à travers laquelle le parti socialiste a espéré pouvoir surmonter sa crise. Ceux qui l’accablent aujourd’hui avaient-ils un meilleur candidat ? Je n’en suis pas sûr. Les fulminations de Claude Allègre ne parviennent pas à dissimuler la pauvreté de sa réflexion politique. Si Ségolène n’a pas été élue, c’est que les socialistes, à mon sens, étaient encore loin d’avoir mis leurs idées au clair sur la nation, sur l’Europe, sur la mondialisation aussi bien que sur les exigences d’une politique républicaine de sécurité, ou encore sur la nécessaire revalorisation du travail, dans un pays où les taux d’activité sont trop faibles, comme nous l’avions relevé dans l’accord MRC-PS. J’observe avec plaisir que ces réorientations que nous prônions sont clairement mentionnées dans le discours de La Rochelle de François Hollande. Mais Ségolène a dû faire avec ces contradictions du parti socialiste. Ses intuitions, souvent justes, paraient au plus pressé, mais elles venaient trop tard ou trop tôt. Le parti socialiste n’était pas en phase avec elles, faute d’avoir su, à travers un projet cohérent, opérer à temps les synthèses nécessaires, y compris en tranchant entre ses différentes sensibilités.       <br />
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       Rendons à Nicolas Sarkozy cet hommage qu’il a su mieux exploiter les contradictions de la gauche - sur l’assistanat, la sécurité ou l’immigration - que la gauche n’a su exploiter les siennes, pourtant bien réelles (sur l’atlantisme, le libéralisme, la complaisance à l’égard des privilégiés de la fortune).       <br />
              <br />
       Ségolène Royal n’a pas été battue que par certains socialistes, mais nombreux sont ceux qui y ont contribué, notamment en soutenant l’opération Bayrou. La pluie de livres critiques qui s’abat sur celle manifeste de la part de tous leurs auteurs à quel point ceux-ci restent enfermés dans les choix politiques européistes et libéraux effectués depuis tant d’années et qui ont conduit le parti socialiste à trois défaites successives. Aucun de ces brûlots ne dépasse l’horizon d’un libéralisme borné ou simplement teinté de remords social, sauf peut-être Marie-Noëlle Lienemann qui, venue du rocardisme, fait aujourd’hui du chevènementisme, apparemment sans le savoir, et en revendiquant, pour la gauche socialiste du « non », le bénéfice des inflexions positives que nous avons apportées à la campagne de Ségolène sur l’Europe. Ne chipotons pas : ces chicaias traduisent paradoxalement un certain remords : ceux qui nous donnent raison aujourd’hui sur Maastricht, l’Irak ou la Corse, nous en veulent surtout de s’être trompés eux-mêmes hier. Notre combat était d’avant-garde. Nous avons été courageux, mais nous n’en recueillons pas toujours les fruits. Nous avons ainsi passé un accord politique avec le PS que pour notre part nous avons respecté. Je n’en dirai pas autant de notre partenaire, s’agissant notamment du volet électoral, notamment dans les Ardennes, le Territoire de Belfort et l’Indre. Il faudra en tirer les leçons. Je l’ai fait, à ma manière, à Belfort où je confesse qu’il est difficile de se faire élire à la fois contre la droite et contre le parti socialiste local. Un nouveau maire, Etienne Butzbach, MRC mais élu par toutes les composantes de la gauche belfortaine, a pris le relais depuis le 29 juin. J’espère encore que, malgré des déclarations imprudentes de ses dirigeants, le parti socialiste local ne prendra pas la responsabilité, comme il l’a fait aux législatives, en maintenant un candidat contre moi, et à la présidentielle qu’il a délibérément sabotée, d’une nouvelle défaite qui ferait perdre à la gauche la mairie de Belfort, la communauté d’agglomération, le Conseil général et le siège de sénateur. Excusez-moi d’avoir pris un exemple local. Ce n’est pas mon genre – j’ai toujours préféré rester au niveau des idées générales - mais il a valeur de test. Il faut savoir si le parti socialiste préfère la droite au MRC, comme cela a été souvent le cas jusqu’à présent, y compris quand nous avons été marginalisés au gouvernement, au détriment des intérêts bien compris de la gauche tout entière. Pour notre part, nous ne changerons pas de cap. Nous maintiendrons au sein de la gauche et pour la gauche l’exigence républicaine. C’est ainsi que nous espérons la faire réussir un jour.       <br />
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       <b>II – La droite et ses contradictions.</b>       <br />
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       Je vous propose donc de nous tourner délibérément vers l’avenir. La droite est naturellement plus en phase avec la globalisation libérale que la gauche. Cela rendait plus facile la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle mais celui-ci est aujourd’hui  prisonnier des mêmes entraves que la droite puis la gauche ont acceptées, depuis la fin des années 1970 : la globalisation libérale et l’européisme paralysant.       <br />
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       <span style="font-style:italic">A)	Le rétrécissement des marges de manœuvre.</span>       <br />
              <br />
       Le budget 2008 est basé sur une hypothèse de croissance irréaliste. Les cadeaux fiscaux aux riches seront financés par l’endettement de l’Etat. La réduction du nombre des postes d’enseignants sera payée par celle des heures de cours, notamment de français. C’est le moment que choisit le gouvernement pour stigmatiser l’Ecole primaire. Il ferait mieux d’incriminer la politique des ministres de l’Education Nationale, de droite comme de gauche, qui ont réduit le nombre des heures de français. Là est en effet une des causes du pourcentage élevé d’élèves arrivant au collège sans savoir lire ni écrire. Il est plus facile de créer une « mission sur les enseignants » dont la « personnalité phare » sera Michel Rocard, sous le gouvernement duquel a été votée la loi d’orientation  scolaire de 1989, créant les IUFM. Le pédagogisme a encore de beaux jours devant lui ! La lettre de Nicolas Sarkozy aux enseignants pose d’excellents principes – retour au savoir et à l’autorité des maîtres – mais le poids de la gestion – la réduction des postes et donc des horaires – flanque par terre ces beaux principes. Sur l’autonomie des établissements et la suppression de la carte scolaire, les ambiguïtés sont immenses.       <br />
              <br />
       Le nouveau Président de la République est l’homme de la diversion permanente : les déclarations tonitruantes, ainsi la proposition de castration chimique des pédophiles, occultent - mais pour combien de temps ? – les problèmes aggravés de la vie quotidienne : persistance d’un chômage de masse, vie chère, remise en cause par les directions des entreprises de la durée du travail sans contrepartie salariale, ainsi chez Goodyear dans l’Aisne : il ne s’agit plus de « travailler plus pour gagner plus », mais pour gagner la même chose ou, à défaut, voir fermer l’usine. Le processus insidieux des délocalisations se poursuit – ainsi les stylos Reynolds à Lyon - et si on peut approuver certaines mesures d’organisation dans le domaine de l’Université, de la recherche, de l’aéronautique ou de l’énergie compte tenu des décisions d’ouverture des marchés de l’énergie prises à Barcelone il y a cinq ans, rien n’indique que nos multinationales vont cesser d’investir à l’étranger plutôt qu’en France, bien au contraire. Je ne critique pas l’implantation de Renault à Tanger, encore que la réduction de la production d’automobiles en France par Renault et PSA me paraisse très préoccupante : c’est une part essentielle de notre industrie qui « fout le camp ». Notre épargne n’est pas canalisée vers l’industrie française. Le rêve sarkozien de faire de la France un pays de petits propriétaires de leurs logements nous fait retomber dans un travers historique du capitalisme français, la préférence pour l’investissement dans la pierre. Cette politique nuira à la mobilité de la main d’œuvre. Elle est mauvaise. S’agissant enfin des investissements étrangers en France dont Mme Lagarde se flatte à l’excès, on oublie de dire que les investissements français à l’étranger sont deux fois plus importants. Notre épargne fuit. Nous perdons notre substance. Les pôles  de compétitivité sont trop souvent des usines à gaz. Notre compétitivité se dégrade. Notre commerce extérieur est déficitaire de 30 milliards d’euros (deux fois plus qu’en 1982), tandis que l’Allemagne, bien positionnée sur des créneaux porteurs, dégage un excédent annuel de 160 Milliards d’euros. Quelle Europe sommes-nous en train de construire sur des bases aussi déséquilibrées ? On me répondra que l’euro le permet – jusqu’à quand ? – mais cette situation nous empêche aussi de réformer le système de l’euro. Nous sommes ainsi « au rouet » comme disait Montaigne. Bref, nous sommes sur un toboggan, prisonniers d’un cercle vicieux, entraînés vers le déclin, faute d’une volonté politique remettant en cause les règles du jeu biaisées de la mondialisation et d’une construction européenne qui la relaye.       <br />
              <br />
       Le nouveau Président de la République a de l’énergie à revendre, mais il risque de s’épuiser dans des effets d’annonce, tandis que certaines réformes, quelques fois bien inspirées (elle ne le sont pas toutes) ne porteront leur effet que dans la longue durée (ainsi le crédit-impôt sur la recherche). Nous sommes des républicains. Nous avons l’habitude de parler clair. J’ai toujours dit qu’il faudrait juger Nicolas Sarkozy sur ses actes. Prenons  donc de la hauteur pour mieux prendre la mesure de la réduction de ses marges de manœuvre. Nous verrons mieux ensuite quelles sont les conditions d’une refondation républicaine de la gauche.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B)	La crise s’approfondit.</span>       <br />
              <br />
       Le capitalisme financier globalisé, qui s’est installé depuis les années quatre-vingt-dix, nous conduit de bulle financière en bulle financière, le crédit alimentant la spéculation, sans qu’aucun mécanisme de régulation interne n’intervienne. La finance est livrée à elle-même. Les fonds spéculatifs tiennent le haut du pavé. Les Banques Centrales réagissent au coup par coup, sans vue d’ensemble. Tout a été sacrifié à la préservation de la valeur des actifs financiers. L’actionnaire l’a emporté sur le manager. La recherche de la rentabilité à court terme domine tout. Une intense pression concurrentielle s’exerce sur les produits comme sur la main d’œuvre. Les multinationales mettent les territoires en concurrence.        <br />
              <br />
       Un modèle asiatique fondé sur l’exportation, des monnaies sous-évaluées et la limitation de la demande intérieure, a inversé le sens des mouvements de capitaux entre pays anciennement développés et pays émergents. Ainsi entre la Chine et les Etats-Unis, qui ont instauré entre eux un régime de complicité ambiguë. La Chine s’industrialise aux dépens des Etats-Unis mais ceux-ci achètent en payant en monnaie de singe, avec des bons du Trésor libellés en dollars. Dans cet étau, l’Europe souffre. Son tissu industriel s’érode.       <br />
              <br />
       Comme je le déclarais Place de la République, le 13 novembre 2006, il y a moins d’un an : « le marché européen est un ventre mou, offert à tous les coups, avec des inégalités de salaires structurelles qui vont de 1 à 20. L’euro cher - 50 % de plus qu’en l’an 2000 - pénalise nos exportations, décourage l’investissement, précipite les délocalisations. Il n’y a pas de politique de change. Il n’y a plus de pilote dans l’avion ! (…) Même si ceux qui vivent de la mondialisation voient leurs revenus, notamment financiers, s’envoler, la France et notamment le monde du travail souffre : le chômage de masse touche en réalité trois à quatre millions de personnes. La précarité s’étend. Il y a 7 millions de travailleurs pauvres. Le pouvoir d’achat des salariés stagne, voire régresse. Les classes moyennes sont touchées à leur tour. Les jeunes, y compris les diplômés, vivent un véritable appauvrissement. L’ascenseur social ne fonctionne plus. L’intégration des jeunes issus de l’immigration est de plus en plus difficile. La société française est bloquée (…) Il est temps de réagir L’Europe avec les peuples peut être en effet la meilleure réponse au piège qui se resserre si nous en avons la volonté opiniâtre  et si nous savons la faire partager autour de nous. La volonté de la France sera un encouragement pour tous ceux qui, peu ou prou, partagent la même situation que la nôtre. (…) Pour faire rebondir la France, il faut réorienter l’Europe qui pèse sur la plupart de nos choix et remettre en marche le modèle républicain. (…)D’un autre côté, une concurrence entièrement faussée offre nos marchés aux produits à bas prix. Notre tissu industriel se délite sous l’effet des délocalisations. »       <br />
              <br />
       Avec le recul on ne peut pas dire que ce discours n’ait pas trouvé d’écho dans la campagne présidentielle. Mais où est aujourd’hui le plan cohérent que je réclamais pour réorienter la construction européenne, faire rebondir la France et remettre en marche le modèle républicain ? Il y a un fossé entre les discours et les actes.       <br />
              <br />
       En fait, sur le fond, rien n’a changé depuis un an. Au contraire l’horizon s’est assombri.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       La crise financière dite des « subprime » illustre les déséquilibres d’une globalisation qui repose en dernier ressort sur le dynamisme artificiel de la consommation américaine.       <br />
              <br />
       C’est « le système qui marche sur sa tête », que nous avons maintes fois dénoncé. Déséquilibre de la consommation par rapport à l’épargne : les ménages américains sont poussés à s’endetter par les banques, en particulier dans l’immobilier, le crédit hypothécaire représente 9000 milliards de dollars aux Etats-Unis, 80 % de l’endettement des ménages, lui-même égal au PIB américain. Déséquilibre global de la consommation américaine et du commerce extérieur : déficit de plus de 700 Milliards par an. Endettement exponentiel de l’Etat vis-à-vis de l’extérieur (2.500 Milliards de dollars au moins).       <br />
              <br />
       La croissance de l’économie mondiale se fait à partir d’un Etat et d’une population qui ont appris à vivre à crédit et à s’endetter, au risque de fragiliser l’ensemble de l’économie mondiale        <br />
              <br />
       Le système financier est un cheval fou. Les règles de transparence édictées par la BRI de Bâle sont dépassées. Ces règles ne s’appliquent aussi bien pas aux fameux « hedge funds ». Les Anglo-Saxons ne veulent pas qu’on réglemente le secteur financier. De cette opacité résulte une grave crise bancaire.       <br />
              <br />
       Il est trop tôt pour évaluer l’ampleur de la crise et ce qui vient déjà de partir en fumée : non seulement la chute des valeurs immobilières, mais la baisse substantielle de la capitalisation boursière, avec les conséquences prévisibles sur la consommation, en Amérique d’abord, mais aussi en Europe et au Japon.       <br />
              <br />
       Ce ralentissement ne peut manquer d’influer sur la croissance chinoise, le cours des matières premières, à commencer par le pétrole. C’est une récession qui se profile à l’horizon aux Etats-Unis avec un PIB qui ne croit plus que de 1,9 %, d’autant que le Federal Reserve Board est pris dans une énorme contradiction : s’il baisse trop ses taux, il ne corrige pas le déséquilibre extérieur US et affaiblit le dollar. Quant à la BCE, elle s’est empêtrée dans un conformisme qui lui fait privilégier des risques inexistants (l’inflation) par rapport aux risques réels (le déséquilibre financier et le risque de récession). Il faut craindre qu’à l’horizon des prochains mois, elle ne continue à augmenter ses taux.       <br />
              <br />
       Le gouvernement de Mme Merkel enfin s’est refusé à intervenir en réunissant le G7 alors que toute évidence une forte pression politique serait nécessaire pour assouplir la politique des taux au niveau des banques centrales et pour durcir les réglementations.       <br />
              <br />
       Il y a donc une crise de la volonté politique. En 2007 comme en 2002, le problème posé par la volatilité des marchés financiers et les fonds spéculatifs n’a pas été abordé pendant la campagne présidentielle. La France se provincialise. Elle a désappris à « penser global ». Nicolas Sarkozy a tiré de son chapeau une déduction fiscale qui est déjà effacée par la hausse des taux d’intérêt réels des prêts immobiliers.       <br />
              <br />
       Ce sont les Anglo-Saxons qui sont aux manettes. On ne peut guère attendre d’eux qu’ils prennent l’initiative de contrôler un système financier qu’ils utilisent pour se refinancer et encore moins un système monétaire international qui est à leur service. Les Etats-Unis ne sont pas à la veille de renoncer au privilège du dollar !       <br />
              <br />
       Le Président de la République malgré son volontarisme affiché ne peut rien sur les taux d’intérêt, rien sur la politique du change. Il peut parler de préférence communautaire (mais la Commission européenne – M. Mandelson en l’occurrence – veut utiliser l’OMC pour libéraliser davantage le commerce extérieur). Il parle de politique industrielle, mais c’est la Commission, là encore, qui édicte les règles de la concurrence. Il peut multiplier les exonérations fiscales, mais c’est sous l’œil vigilant et réprobateur des instances de Bruxelles. Bref, il peut peu, et on doit s’interroger sur les gages qu’il donne aussi bien à Angela Merkel qu’à George Bush.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">C)	Nicolas Sarkozy : des discours aux actes.</span>       <br />
              <br />
       La suractivité médiatique du Président et les succès qu’il lui arrive de remporter sur certains terrains ne peuvent dissimuler qu’il reste dans la main des marchés financiers, que sa politique va subir le contrecoup de la crise immobilière américaine - et maintenant financière et bancaire - et que pour y répondre il se trouve en butte aux contraintes européennes, notamment monétaires et commerciales qu’il n’a pas cherché à lever. Car le traité simplifié dont il se targue, bien imprudemment, reprend la substance de la Constitution européenne, plus de 90 % selon M. Giscard d’Estaing. Seul le mot n’y figure pas. Tout le reste y est, et il n’y a pas de contrepartie négociée, s’agissant notamment des statuts de la BCE et de la politique économique et monétaire.       <br />
              <br />
       Extension de la majorité qualifiée, rupture de l’égalité France-Allemagne dans les votes au Conseil, prérogatives accordées au Haut Représentant de l’Union pour la politique extérieure, alignement de la politique européenne de défense et de sécurité sur l’OTAN, poids croissant de la jurisprudence de la Cour de Justice, tout cela limitera encore plus les marges de manœuvre de la France. Entre le discours de Strasbourg de Nicolas Sarkozy sur l’Europe et la réalité du traité simplifié, il y a un gouffre !       <br />
              <br />
       <span class="u">1.	Le recul sur l’Europe</span>       <br />
              <br />
       Avec le traité simplifié, Mme Merkel a obtenu gain de cause : une Europe plus fédéraliste, avec l’extension de la majorité qualifiée et de la jurisprudence européenne de plus en plus germano-centrée prête à s’ouvrir davantage encore vers la Turquie. On peut bien sûr s’interroger : à quoi bon une Europe indépendante, si la France elle-même revient dans le giron atlantique ? Si la France se dissout dans la mondialisation, elle peut bien se dissoudre dans l’Europe ! Il est vrai que ce n’est pas le discours que Nicolas Sarkozy a donné à entendre pendant la campagne présidentielle. Mais si le vrai discours, c’était le discours d’avant ? Je veux dire avant qu’Henri Guaino prenne la plume … Sur le recul européiste de Nicolas Sarkozy, on n’entend guère s’exprimer le parti socialiste.       <br />
              <br />
       <span class="u">2.	L’inflexion atlantiste.</span>       <br />
              <br />
       La récente adresse de Nicolas Sarkozy devant les Ambassadeurs manifeste de même une inflexion atlantiste préoccupante. Le premier défi de notre politique étrangère, à en croire le Président de la République, serait celui d’une « confrontation Islam-Occident ». Les responsabilités de la politique américaine au Proche et au Moyen-Orient sont diluées. C’est une vision « huntingtonienne » du monde – en terme de conflits de civilisations - qui semble prévaloir : la volonté de maîtriser les sources d’approvisionnement en pétrole et l’incapacité à faire prévaloir une solution juste au problème israélo-palestinien sont passées sous silence. Le temps des choix difficiles avec la Turquie est repoussé. Il n’est pas question du rôle de la France comme membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. L’Europe de la sécurité n’est pas celle de la défense et celle-ci reste l’apanage de l’OTAN « fondement de la défense collective et instance de sa mise en œuvre » pour les vingt-et-une nations sur vingt-sept qui en sont membres, selon le texte de la « Constitution européenne » dont il faudra voir s’il sera maintenu par la CIG préparant le « traité simplifié ».       <br />
              <br />
       Il est préoccupant que ce soit  le Président de la République française qui évoque un « bombardement de l’Iran ». S’agissant de l’Irak, la visite de Bernard Kouchner était d’autant plus inopportune que lui-même a déclaré à son retour ne pas reconnaître la représentativité du gouvernement de Bagdad. Quelle pantalonnade ! Si on peut approuver une reprise du dialogue avec la Syrie, nécessaire à la solution des problèmes de la région, on peut quand même s’inquiéter du manque de volontarisme et des risques de confusion que porte la parole présidentielle dans cette région du  monde. Qu’y a gagné Nicolas Sarkozy sinon une citation dans la bouche d’Oussama Ben Laden, qui le met sur le même plan que Bush, Blair et Brown ? L’interprétation qui s’impose est celle d’un rapprochement avec les Etats-Unis qui friserait l’alignement, si n’avait pas été mise en avant opportunément l’exigence d’un calendrier de retrait des troupes américaines d’Irak. L’Union de la Méditerranée enfin apparaît de plus en plus comme une sorte de sous-traitance par l’Hyperpuissance des tâches qu’elle ne considère pas comme prioritaires, pour elle, notamment au Maghreb.       <br />
              <br />
       Le rôle dévolu à l’Europe à vingt-sept et au Haut Représentant de l’Union pour la politique extérieure n’est pas moins inquiétant : que dira le Haut Représentant si un bombardement de l’Iran, illégal au regard des règles du Conseil de Sécurité, devait intervenir ? Qu’aurait-il dit à propos de l’invasion de l’Irak en 2003 ? Poser la question c’est y répondre ! Le droit international comme le droit au développement sont étrangement absents du discours présidentiel. Or, la France peut-elle rester une grande puissance écoutée si elle ne s’appuie pas d’abord sur le droit ?       <br />
              <br />
       On a l’impression que la dynamique de l’Hyperpuissance – cette course en avant qui est à l’origine de la crise financière aussi bien que du bourbier moyen-oriental – échappe au Président de la République. Prudence excessive ou aveuglement volontaire, ou encore volonté de rompre avec son prédécesseur ? Il est sans doute trop tôt pour décider mais l’impression d’ensemble est bien celle d’un alignement qui serait, à mon sens, préjudiciable aux intérêts véritables de la France. Il est vrai que la situation, pour la France, est difficile. La grande coalition de Mme Merkel penche vers l’Amérique. Mais pourquoi le Président de la République stigmatise-t-il particulièrement la Russie ? L’Europe n’a pas intérêt à la jeter dans les bras de l’Asie, de la Chine, de l’Inde ou de l’Iran. Et pourquoi gaspiller l’avantage moral que nous a valu la position de Jacques Chirac sur l’Irak en 2003 ? La lecture du monde que propose Nicolas Sarkozy n’est pas enthousiasmante pour la France. Celle-ci, en effet, n’a pas intérêt à se confondre avec « l’Occident », c’est-à-dire les Etats-Unis. Il est souhaitable que l’Occident reste pluriel. C’est seulement si la France garde une voix distincte qu’il existe une chance de voir s’affirmer un jour une « Europe européenne ». Plus que jamais, nous avons besoin d’une « France libre »       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III - La gauche doit devenir audible en prenant position sur le fond.</b>       <br />
              <br />
       <span class="u">1.	La nécessaire critique du capitalisme globalisé.</span>       <br />
              <br />
       La gauche doit offrir une autre perspective. Pour représenter une alternative, elle ne peut faire l’économie d’une critique du capitalisme globalisé. Le Président de la République s’est présenté devant l’université d’été du MEDEF comme un excellent « directeur des ressources humaines », capable de mobiliser les talents et les compétences des socialistes. Il n’y réussirait pas aussi bien si beaucoup de ceux-ci ne se vivaient pas comme « hors d’eau », promis à une opposition de longue durée et si conceptuellement, ils n’avaient pas déjà acquiescé à l’inéluctabilité de la globalisation libérale. Naturellement je distingue les membres du PS qui ont porté à leur camp un coup très rude avant même l’élection législative en rejoignant le gouvernement Fillon et les autres, en particulier les auteurs de rapports qui dans certains cas peuvent jouer un rôle utile : je pense par exemple au rapport d’Hubert Védrine sur la mondialisation et la politique extérieure de la France. Je constate, cependant, que certains sociaux-libéraux – ainsi Bernard Kouchner -finissent par avouer qu’ils ne voient plus beaucoup de différence entre le pareil et le même. Pour retrouver la vue, il leur faudrait sortir de leur vision, bref fermer la parenthèse libérale !       <br />
              <br />
       Le succès relatif de l’ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy traduit ainsi la démoralisation de la gauche social-libérale.        <br />
              <br />
       Bien entendu cette critique de la globalisation libérale – qui définit le socialisme – ne suffit pas. Il faut bâtir, à partir de là, un projet républicain pour la France et bien sûr élaborer une vision pour l’Europe et le monde, sachant que la réalité ne correspond jamais spontanément au désir qu’on en a. Mais enfin, il ne suffit pas pour le PS d’avoir Pascal Lamy à l’OMC et Dominique Strauss-Kahn au FMI ! On ne peut qu’être inquiet, quand on lit Bernard Poignant qui ne propose rien moins que de « prendre acte » de la globalisation et préconise un parti socialiste à l’avant-garde de la ratification du traité simplifié. Le parti socialiste n’aurait rien à gagner à courir toujours plus à droite, sous prétexte de rattraper le centre. Il ferait de plus en plus difficilement entendre sa différence avec la droite. Sur l’Europe et la politique étrangère le parti socialiste doit s’exprimer d’une voix distincte.        <br />
              <br />
       Je sais bien que Bernard Poignant n’est pas tout le parti socialiste : son expression reflète le poids en son sein des tendances gestionnaires. Je sais qu’il y a encore des socialistes qui comprennent ce que signifie la République.       <br />
              <br />
       <span class="u">2.	Le test de la réforme constitutionnelle sur le traité simplifié.</span>       <br />
              <br />
       Il dépend du parti socialiste de refuser la réforme constitutionnelle nécessaire à l’adoption du traité simplifié par la voie parlementaire. Le parti socialiste ne doit pas régresser par rapport à la position définie par sa candidate à l’élection présidentielle. Ce qu’un référendum a rejeté, seul un autre référendum pourrait le faire accepter. Encore faudrait-il que le PS accepte de discuter librement. J’espère que les Assises de la gauche serviront à cela. Pour rebâtir la gauche, on ne peut pas faire l’impasse sur tout ce qui s’est passé depuis vingt-cinq ans. Ce courage élémentaire est nécessaire. Mais bien sûr il faut surtout, à partir de l’analyse du monde globalisé, faire des propositions tournées vers l’avenir.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Conclusion : le combat du MRC</b>       <br />
              <br />
       La République est un combat. La refondation républicaine de la gauche ne peut se faire que si les objectifs sont clairement fixés, le reste étant évidemment affaire de moyens et de calendrier.       <br />
              <br />
       Portons le débat sur le fond. Evitons les critiques stériles. Il faut dépasser les querelles personnelles, mettre tout le monde autour de la table, faire des analyses exigeantes, aussi bien pour le passé que pour l’avenir. La gauche doit se placer au niveau de l’Etat et pas simplement du point de vue de ses intérêts partisans.       <br />
              <br />
       Bernard Poignant a écrit : « les amis de Jean-Pierre Chevènement n’ont plus qu’un temps restreint devant eux ». A soixante-huit ans, j’estime avoir encore quelques belles années pour élaborer avec vous le logiciel dont la gauche et la France ont besoin et pour préparer les redressements nécessaires. L’élection de 2012 se prépare dès aujourd’hui et nous devons être capables, demain comme hier, s’il le faut, de faire entendre notre voix et de peser, directement ou indirectement entre les candidats en lice. J’appelle surtout à la tenue d’Assises de toute la gauche dans les délais les plus rapides. Ensuite il faudra prendre les moyens d’une vraie refondation, sur des bases républicaines au sein d’une organisation unique de toute la gauche. Je partage tout à fait l’opinion de Vincent Peillon : l’organisation d’un Congrès de refondation de toute la gauche et pas d’un simple Congrès socialiste sera le test d’une vraie volonté de rénovation. Nous verrons alors si nous en serons ou si nous n’en serons pas, hypothèse que nous ne saurions exclure. Car le MRC n’est pas prêt à mettre la clé sous le paillasson et je vous mets en garde contre les appels du pied démagogiques de certains socialistes qui n’aspirent à rien d’autre qu’à nous réduire et à nous désarmer.       <br />
              <br />
       Si j’ai décidé de prendre quelque recul avec mon engagement local c’est pour mieux me recentrer sur l’effort politique national qui reste à accomplir. Je le ferai avec la <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org">Fondation Res Publica</a> sur le plan de la recherche, à travers un Centre d’Education qui doit irriguer toute la gauche, et bien sûr avec le MRC.  En affirmant son identité, celui-ci doit occuper toute sa place dans la refondation républicaine de la gauche. Ceux qui, il y a quelques années, ont voulu nous marginaliser, n’y ont rien gagné. L’intérêt de la gauche c’est de se réunir, avec toutes ses sensibilités et dans toutes ses composantes en prenant pleinement en compte l’exigence républicaine. C’est à ce prix seulement qu’elle pourra constituer une alternative véritable. Nous pouvons y apporter beaucoup. Un modèle républicain remis en marche, la citoyenneté et la fraternité retrouvées, une relation forte avec l’Allemagne mais également avec les autres grands pays européens, une « Europe européenne », alliée mais non vassale des Etats-Unis, la volonté de maintenir ouvert le dialogue des cultures et de faire progresser ensemble la justice et la paix, un multilatéralisme équilibré avec les pays émergents qui doivent faire droit au besoin de leurs peuples pour trouver toute leur place dans un monde plus juste, une Afrique redressée et dynamisée, son droit au développement reconnu, voilà un beau projet digne de la France et digne d’une gauche républicaine authentique ! Bref un projet qui se distingue du projet libéral et atlantiste.       <br />
              <br />
       En tout état de cause, le MRC, à travers toutes les péripéties à venir, doit savoir préserver son identité, sa mémoire et sa vision du monde, à vrai dire irremplaçables et bien sûr ses intérêts locaux essentiels. Comme je vous l’ai dit l’an dernier, aux Ulis, il y a quelque chose qui est au-dessus de l’intérêt. C’est l’honneur. Tenons bon, ensemble, camarades citoyens. Pour ce qui me concerne, ma résolution est totale. Nous avons eu raison de mener tant de combats ! Ils éclairent et éclaireront longtemps l’avenir. Ils porteront de beaux fruits si nous restons mobilisés au service de la République, au service de la France.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Jean-Pierre Chevènement : « Un grand parti de gauche, ancré dans les couches populaires, capable de gouverner et donc structuré par un logiciel républicain »</title>
   <pubDate>Wed, 23 May 2007 16:48:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   Dans un entretien à paraître en juin dans la revue Utopie critique, Jean-Pierre Chevènement dessine les grandes lignes de la refondation de la gauche.     <div>
      <span class="u">Extraits de l'entretien :</span>       <br />
       « Ségolène Royal, pendant sa campagne électorale, a cherché une mise à niveau du PS dans l’urgence. Je l’y ai aidée de mon mieux et je continuerai à le faire, non pas en direction d’une ouverture « centriste » qui n’avait qu’un intérêt tactique entre les deux tours, mais en vue de créer un grand parti de gauche, ancré dans les couches populaires, capable de gouverner et donc structuré par un logiciel républicain.       <br />
       Il n’y a pas d’autre alternative. La social-démocratie en France n’a pas de sens en raison de l’émiettement syndical et de la tradition de séparation entre le politique et le syndical qui remonte à la Charte d’Amiens (1902). La jeunesse pourra alors s’engager dans ce grand parti de gauche qui est à construire avec elle.        <br />
       Avec le MRC, je l’aiderai de mon mieux à trouver ses repères. Aucun parti de gauche ne peut se passer d’une grille de lecture du monde. Comprendre le monde pour le transformer, pour changer les règles du jeu de la mondialisation libérale reste un préalable à toute refondation réussie de la gauche française. »       <br />
              <br />
       (...)       <br />
              <br />
       « La gauche qui se dit antilibérale doit cesser de jeter l’ostracisme sur l’idée républicaine, comme elle l’a fait dans la dernière période. Nous avons toujours lutté pour aider la gauche à lutter contre ses mauvais démons : il y a urgence à redresser ses analyses sur des sujets essentiels comme la nation, l’Europe, la sécurité, les rapports avec les pays du Sud.        <br />
       Il faut rompre avec les visions angéliques ou laxistes qui ont plombé la gauche face à N. Sarkozy : celui-ci a su récupérer et détourner des valeurs républicaines que la gauche n’aurait jamais dû laisser tomber en déshérence. C’est par ce combat idéologique intransigeant dans la gauche elle-même que commencera la reconquête. Rien n’est perdu. Tout est à reprendre. »       <br />
              <br />
       L'entretien intégral sera publié en juin dans <a class="link" href="http://www.utopie-critique.net/">Utopie critique</a> et sur ce blog.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-Un-grand-parti-de-gauche-ancre-dans-les-couches-populaires-capable-de-gouverner-et-donc_a350.html</link>
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