<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"  xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:geo="http://www.w3.org/2003/01/geo/wgs84_pos#" xmlns:georss="http://www.georss.org/georss" xmlns:photo="http://www.pheed.com/pheed/">
 <channel>
  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
  <link>https://www.chevenement.fr/</link>
  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-08-09T09:22:21+02:00</dc:date>
  <image>
   <url>https://www.chevenement.fr/var/style/logo.jpg?v=1299438702</url>
   <link>https://www.chevenement.fr/</link>
   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  </image>
  <geo:lat>48.8565993</geo:lat>
  <geo:long>2.3165333</geo:long>
  <atom10:link xmlns:atom10="http://www.w3.org/2005/Atom" rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/xml/atom.xml" type="text/xml" />
  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-9126332</guid>
   <title>Algérie: Quelles transitions ?</title>
   <pubDate>Tue, 15 Mar 2016 22:20:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Allocution d’ouverture de Jean-Pierre Chevènement au colloque de l'IRIS, Algérie Quelles transitions ?, Paris, le mardi 15 mars 2016.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/9126332-14527479.jpg?v=1779530919" alt="Algérie: Quelles transitions ?" title="Algérie: Quelles transitions ?" />
     </div>
     <div>
      Je suis très honoré que l’IRIS m’ait demandé de prononcer l’allocution d’ouverture de ce colloque. Je le suis comme Président, depuis cinq ans, de l’<a class="link" href="http://www.asso-france-algerie.fr/">Association France Algérie</a> (AFA) créée en 1963 à l’instigation du Général de Gaulle pour fortifier les liens entre les sociétés française et algérienne. Ayant organisé plusieurs colloques  sur <span style="font-style:italic">L’Algérie et la France au XXIe siècle</span> (17/12/2011) et sur les relations économiques et le développement industriel de l’Algérie, l’AFA a ainsi préparé la visite de François Hollande à Alger en décembre 2012.       <br />
              <br />
       Nul n’ignore que l’Algérie est confrontée à une baisse de 70 % de ses revenus pétroliers depuis deux ans, comme l’a déclaré le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, à l’occasion du 45ème anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, en février dernier.  Or, les hydrocarbures représentent 97 % des exportations algériennes et une part très importante de ses recettes fiscales. La situation économique et sociale de l’Algérie constitue la première partie de votre colloque.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Le Président Bouteflika a déclaré que le pays était « en mesure de faire face » à ce défi majeur. Avant d’étudier les arguments qui militent en ce sens, je voudrais souligner au préalable trois points :       <br />
              <br />
       1.	D’abord le regard qui est porté sur l’Algérie à partir de la France,  malgré l’embellie des relations officielles, n’est pas toujours bienveillant. Un grand quotidien du matin a titré il y a peu : <span style="font-style:italic">« L’Algérie, une bombe à retardement »</span>. S’agissant de l’Algérie, il a toujours existé depuis l’indépendance, de ce côté-ci de la Méditerranée, une sensibilité systématiquement catastrophiste, ainsi pendant la décennie noire où les Algériens se trouvaient bien seuls face au terrorisme djihadiste, ou encore devant les efforts du Président Bouteflika pour ramener la paix civile, ou encore devant l’éclosion des révolutions arabes qui ne manqueraient pas – disait-on - d’ébranler une Algérie encore convalescente. Cette sensibilité pessimiste n’est heureusement pas la seule : le général de Gaulle a fermement indiqué en son temps que l’Algérie pour la France était « la porte du Sud ». Comme disait Jacques Berque, « d’une étreinte historique aussi passionnée n’ont pas pu ne pas résulter des liens profonds entre nos deux peuples ». Le Président Boumediene le disait autrement : « les relations franco-algériennes peuvent être bonnes ou mauvaises, elle ne sont jamais banales ».       <br />
              <br />
       Un effort d’objectivité m’amène à rappeler que l’Algérie a surmonté presque seule, dans les années 1990, une crise extrêmement grave. Elle a anticipé, en 1988, sur le mouvement dit des « printemps arabes ». Chacun se souvient que les islamistes du FIS ont failli prendre le pouvoir. Une guerre civile atroce en a résulté. Une majorité de la population a basculé du côté de l’armée quand le FIS a prétendu interdire la fréquentation des écoles mais le traumatisme a été profond. Le Président Bouteflika, élu en 1999, a su progressivement ramener la concorde civile et les groupes terroristes n’ont plus qu’une existence résiduelle. La population aspire à la stabilité. Ceci explique qu’en 2011 l’Algérie n’a pas été touchée par le mouvement des révolutions arabes. Sur la Syrie, elle a tout de suite marqué ses réserves vis-à-vis d’une insurrection qui a très vite pris la forme d’une guerre par procuration. De même en Egypte, l’Algérie a-t-elle accueilli avec faveur l’arrivée au pouvoir du maréchal Sissi, succédant aux Frères Musulmans.       <br />
              <br />
              <br />
       2.	Ma deuxième observation vise à mettre l’accent sur la stabilité géopolitique à laquelle l’Algérie contribue au Maghreb et en Afrique. C’est la deuxième partie de votre colloque. Entourée de voisins dont beaucoup ont été déstabilisés (Tunisie, Libye, Mali et pays du Sahel), ayant à gérer un contentieux ancien et d’ailleurs regrettable sur le Sahara ex-espagnol avec le Maroc, l’Algérie, dont le territoire s’étend sur 2,38 millions de km2, plus de quatre fois la France, a des préoccupations de sécurité d’autant plus compréhensibles qu’elle a connu sur son sol un affrontement de près de dix ans avec des groupes djihadistes dont ce qui reste se réclame d’Al Quaïda (Aqmi au Mali et en Afrique de l’Ouest) et accessoirement de l’Etat islamique pour un groupe résiduel en Algérie. Les djihadistes algériens sont d’ailleurs relativement peu nombreux en Syrie ou en Libye. Le peuple algérien ne souhaite pas être entraînée dans un nouveau cycle de troubles.       <br />
              <br />
              <br />
       3.	Permettez-moi enfin de caractériser le système politique algérien : sa plasticité explique sa continuité. Une nouvelle Constitution annoncée dès 2011  vient d’être adoptée par le Congrès algérien à une écrasante majorité (deux voix contre seize abstentions, sur 499 parlementaires). La mesure la plus emblématique est la limitation à deux des mandats présidentiels. Le tamazigh, déjà langue nationale, a été élevé au rang de langue officielle. C’est une contribution à la reconnaissance de ce que l’identité algérienne a de spécifique.        <br />
              <br />
       Le Premier ministre, M. Abdelmalek Sellal, a parlé de « renouveau républicain fort » à travers l’ancrage d’une démocratie pluraliste, et un renforcement de l’Etat de droit. On notera particulièrement la possibilité de saisine du Conseil Constitutionnel par l’opposition. Le système politique algérien est complexe. Il a montré une grande aptitude à épouser les circonstances par des alliances à géométrie variable à travers un multipartisme foisonnant. Le pôle présidentiel est évidemment structurant, le Chef de l’Etat est aussi ministre de la Défense. Le rôle de l’armée dans l’unité du pays est fondamental : 300 000 hommes sans compter les réserves et des forces d’autodéfense. La Présidence a récemment réaffirmé son rôle prépondérant en scindant la DRS en trois services de renseignement distincts. Le gouvernement de M. Sellal, Premier ministre dynamique et moderne, est composé de ministres d’excellente qualité, provenant de différents partis mais structuré par les deux principaux que sont le FLN et le RND (Rassemblement National Démocratique) dont le Secrétaire général, M. Ouyiahia est aussi le Directeur du cabinet du Président. La création de nombreux partis souvent laïques, quelquefois islamistes, permet une cooptation élargie du personnel dirigeant. Ajoutons une presse étonnement libre de ton, compte tenu des moyens de contrôle – impression et publicité – que conserve l’Etat. Le système politique algérien n’est pas simple. Il est pluripolaire. Le processus de décision emprunte des cheminements complexes. Mais il est incontestable qu’il y a un Etat algérien avec une administration territoriale de bonne qualité : une quarantaine de willayas ayant chacune à sa tête un Wali (préfet) généralement issu de  l’Ecole Nationale d’Administration d’Alger.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – Je voudrais souligner à ce stade l’importance géopolitique centrale de l’Algérie au Maghreb et en Afrique.</b>       <br />
              <br />
       Ce facteur est aussi important que la situation économique qui est le premier objet de votre colloque. Certes l’Algérie professe une doctrine de non interventionnisme à l’extérieur de ses frontières, en phase avec sa diplomatie qui a toujours privilégié les thèmes de la non-ingérence et de la médiation. Cette médiation s’est exercée récemment au Mali, en Tunisie et en Libye.       <br />
              <br />
       Si l’armée algérienne ne sort pas en principe de ses frontières, cela ne veut pas dire que l’Algérie n’exerce pas une influence à travers le renseignement, la formation des cadres, les fournitures d’armes et l’appui logistique. Il suffit de regarder une carte pour mesurer la position centrale de l’Algérie pour aider à la solution des conflits aujourd’hui en cours, ou menaçants. Je voudrais en particulier vous rendre attentifs  au dossier libyen, où rien ne peut être fait sans l’accord de l’Algérie qui, chacun le sait, privilégie avant tout autre chose, la formation d’un gouvernement d’union nationale à Tripoli. Outre cette position centrale dans le moment géopolitique actuel, j’ajoute que la diplomatie  algérienne a su tisser d’excellentes relations avec les grands acteurs de la politique mondiale, à la différence des années 1990 : l’Union européenne et la France, depuis 2012 notamment, mais aussi les Etats-Unis, depuis 2001, sans oublier la Russie, allié stratégique traditionnel, et la Chine qui est devenue le premier partenaire économique de l’Algérie.       <br />
              <br />
       L’Algérie joue enfin un rôle important dans les instances multilatérales et notamment à travers l’Union africaine. La diplomatie algérienne, dirigée avec talent par M. Lamamra, connaît cependant quelques préoccupations dans ses rapports avec l’Arabie Séoudite, s’agissant du prix du pétrole et de la Syrie.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – J’en arrive maintenant à l’aspect économique</b>       <br />
              <br />
       La chute des recettes liées aux hydrocarbures est évidemment préoccupante. N’oublions jamais cependant que l’Algérie de 2016 est profondément différente de l’Algérie du début des années 2000.       <br />
              <br />
       1.	Un remarquable effort de développement et de modernisation a été entrepris depuis quinze ans.        <br />
       Le parc de logement s’est accru de moitié (8 millions d’unités).        <br />
       L’accès à l’eau potable est généralisé Les disponibilités hydriques par habitant ont, là aussi, augmenté de moitié.       <br />
       Le taux de raccordement au réseau électrique dépasse 99 %. Il atteint 53 % pour le gaz.       <br />
       Le réseau routier est le premier en Afrique après celui de l’Afrique du Sud.       <br />
       Bref, l’Algérie est un pays moderne.       <br />
              <br />
       2.	Un gros point noir cependant : l’absence de diversification de l’économie, la faiblesse du secteur industriel et la dépendance aux importations (39 milliards de dollars). Or, la baisse des prix du pétrole et la stagnation de la production de hydrocarbures ne pourront pas facilement être compensées par l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels.       <br />
              <br />
       3.	Le catastrophisme n’est cependant pas de mise :       <br />
       a)	l’Algérie dispose de 150 milliards de dollars de réserves, soit l’équivalent, au rythme actuel, de près de trois ans d’importations.       <br />
       b)	Surtout l’Algérie a intégralement remboursé sa dette extérieure.       <br />
       c)	Enfin, contrairement à la période 1988-92, elle a anticipé la chute de ses recettes, en reportant les grands projets non commencés – ainsi 7 CHU, 5 lignes de tramway, l’autoroute radiale du Sud et la rocade du chemin de fer du Sud. De même les subventions aux produits de première nécessité – essence, électricité – ont-elles été diminuées de 25 %. Ont été également réduites les subventions au blé, au sucre, à l’huile et au lait, dont les prix sur les marchés de matières premières, ont, il est vrai, tendance à baisser.       <br />
       Le redressement à moyen terme des prix du pétrole serait évidemment souhaitable, mais celui-ci ne dépend pas seulement d’une baisse de sa production par l’Arabie Séoudite. La géopolitique rejoint ici l’économie. Il dépend de l’évolution de la conjoncture mondiale.       <br />
              <br />
              <br />
       Il ne m’appartient pas d’évoquer les risques de troubles sociaux. La jeunesse en Algérie comme ailleurs est impatiente. Pas davantage l’enracinement du salafisme dans un pays qui reste cependant de tradition malékite modérée et qui entend maintenir cette orientation.       <br />
              <br />
              <br />
       Pour conclure je soulignerai la force du patriotisme algérien, l’expérience accumulée depuis plus d’un demi-siècle, et l’habitude d’un exercice relativement collégial du pouvoir. Tout cela contribue à une résilience certaine. Le pire n’est pas toujours sûr. La France et l’Algérie ont beaucoup de problèmes en commun que nous pouvons mieux résoudre ensemble.        <br />
              <br />
       Le binôme Algérie-France, surtout en période difficile, a l’avenir devant lui : ensemble nous pouvons faire beaucoup mieux que séparément. Il y a un fort potentiel pour quiconque raisonne dans la durée. Nos deux pays sont complémentaires à beaucoup d’égards. La stabilité de l’Algérie a pour la France un intérêt majeur. Paris est aussi un relais pour faire entendre la voix de l’Algérie en Europe. Le climat de nos relations, tel qu’il s’est établi depuis quatre ans, répond à l’intérêt national, algérien aussi bien que français.       <br />
              <br />
       ------       <br />
       <a class="link" href="http://www.iris-france.org/evenements/algerie-quelles-transitions/">Voir le programme complet du colloque sur le site de l'IRIS</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/9126332-14527479.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Algerie-Quelles-transitions_a1821.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-6749323</guid>
   <title>Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "Le Maghreb et son nord"</title>
   <pubDate>Mon, 23 Jun 2014 12:47:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Les actes du colloque du 17 février 2014 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6749323-10316756.jpg?v=1403520557" alt="Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "Le Maghreb et son nord"" title="Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "Le Maghreb et son nord"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Accueil_a799.html">Accueil</a> de Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Que-peuvent-faire-l-Europe-et-la-France-au-Maghreb_a800.html">Que peuvent-faire l'Europe et la France au Maghreb ?</a> par M. Francis Ghilès, Senior Researcher au Centre d'Etude et de Documentation Internationale (CIDOB) de Barcelone, ancien correspondant du Financial Times pour l'Afrique du Nord       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Le-Maghreb-et-son-Nord-Perspectives-sur-Fond-de-Crise-Mondiale_a801.html">Le Maghreb et son nord. Perspectives sur fond de crise mondiale</a> par M. Walid Bel Hadj Amor, Directeur général adjoint du groupe Comete, Président du Centre tunisien de veille et d'intelligence économique       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Le-Maghreb-pont-entre-l-Europe-et-l-Afrique_a802.html">Le Maghreb pont entre l'Afrique et l'Europe</a> par M. Abderrahmane Mebtoul, Professeur des universités, expert international       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-integration-regionale-un-imperatif-et-non-une-option_a803.html">L'intégration régionale, un impératif et non une option</a> par Mostapha Bousmina, Chancelier de l'Académie Hassan II des Sciences et Techniques, président de l'Université Euro-méditerranéenne de Fès       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Debat-final_a804.html">Débat final</a> animé par Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica       <br />
              <br />
       Voir les actes du colloque <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Le-Maghreb-et-son-nord_r109.html">&quot;Le Maghreb et son nord&quot;</a> en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.        <br />
              <br />
       Le cahier imprimé du colloque <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/shop/Le-Maghreb-et-son-nord_p91.html">&quot;Le Maghreb et son nord&quot;</a> est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.       
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/6749323-10316756.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-Le-Maghreb-et-son-nord_a1643.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-5962041</guid>
   <title>"Il faut complètement rebattre les cartes de l'Europe"</title>
   <pubDate>Wed, 16 Oct 2013 18:59:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de France 5 C à dire mercredi 16 octobre 2013. Il répondait aux questions d'Axel de Tarlé.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/a6c28e127b8b7324c383b1ba2e6c992ac91965ff" width="608" height="372">
<param name="movie" value="https://www.chevenement.fr/v/a6c28e127b8b7324c383b1ba2e6c992ac91965ff">
<param name="quality" value="high" />
</object >
     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express: </span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Le marché mondial a besoin d'un état patron pour fonctionner</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Historiquement, nous avons connu deux périodes de mondialisation libérale : la première sous l'égide de la Grande-Bretagne, qui s'étend de 1860 à 1914 environ – et qui se conclut sur la 1ère GM – puis une seconde mondialisation qui s'affirme dans la seconde moitié du XXe siècle. C'est la mondialisation sous l'égide des États-Unis. La comparaison entre les deux mondialisations est utile parce qu'il y a beaucoup de similitudes et quelques différences.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a une chose qui frappe, c'est que le grand marché mondial, pour exister, a besoin de ce que j'appelle un <span style="font-style:italic">hegemon </span>: c'est à dire un patron. Ce patron au XIXe siècle, c'est la Grande-Bretagne, son Empire et sa puissance navale.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour bien comprendre l'éclatement de la 1ère guerre mondiale, il faut passer par la théorie de l'<span style="font-style:italic">hegemon </span>: la montée en puissance de l'Allemagne impériale menaçait l'Empire britannique. La guerre préventive déclenchée par l'Allemagne contre la Russie et la France a entraîné la réaction de la Grande-Bretagne puis des États-Unis. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Nous sommes désormais, jusqu'à aujourd'hui, dans la mondialisation sous l'égide des Etats-Unis, mais on voit que là aussi la hiérarchie des puissances s'est beaucoup modifiée. Il y a les pays émergents et au premier rang d'entre eux, il y a la Chine, formidable puissance dont la Banque Mondiale nous dit que son PNB aura dépassé celui des États-Unis avant 2020. Et 2020, c'est demain !        
       </li></ul><ul class="list"><li> La montée en puissance économique, financière, et demain militaire, de la Chine pose le problème du XXIe siècle, qui est dès maintenant structuré par cette bipolarité.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Les conséquences de l'émergence de la Chine </span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> L'émergence chinoise risque t-elle d'être conflictuelle ? Ce risque existe. Et quand il m'est arrivé de rencontrer des dirigeants chinois, je leur ai dit de ne surtout pas suivre l'exemple de l'Allemagne impériale de Guillaume II, qui s'est ensuivie de la surenchère nazie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les Chinois, s'ils gèrent leur montée en puissance avec trop d'arrogance, dans la mer de Chine par exemple, peuvent ouvrir la voie à des incidents qui pourraient ne pas être contrôlés. Les voisins de la Chine ne voient pas avec sympathie cette ascension.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut apprendre à vivre avec la différence. Beaucoup de Français apprennent le chinois, c'est très bien. Et rappelez-vous une chose, c'est que la bipolarité a un avantage. Il vaut mieux avoir deux patrons qu'un seul, car vous pouvez jouer à la marge. Washington restera notre allié, mais Pékin n'est pas notre ennemi.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur l'hypothèse de l'entrée de Dongfeng au capital de PSA : je tiens à ce que le groupe français préserve son autonomie décisionnelle, et son autonomie technologique. C'est un fleuron de l'économie française qu'on ne doit pas perdre mais Peugeot doit se développer sur le 1er marché du monde : la Chine.        
       </li></ul><ul class="list"><li> A ce jour aucune décision n'est prise. L’État pourrait aussi rentrer dans le capital de PSA. Et General Motors est déjà au capital de PSA : pourquoi pas Dongfeng ? Quant aux proportions, ça se discute et il faut avoir en vue l'intérêt national.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Rebattre les cartes de l'Europe</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe c'est plusieurs nations. Il faut voir grand, et il faut voir l'Europe à la lumière du XXIe siècle. Toutes ces nations, du Maghreb jusqu'à la Russie, il faut leur donner un squelette qu'elles sont loin aujourd'hui d'avoir.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut complètement rebattre les cartes de l'Europe parce que, telle qu'elle a été conçue aujourd'hui, elle nous conduit dans le mur. On le voit malheureusement tous les jours.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur Lampedusa, il faut être pratique, et il ne faut pas céder à la dictature de l'émotion. Une politique migratoire est nécessaire : nous avons 3 200 000 chômeurs, par conséquent on peut accueillir un certain nombre de gens, notamment ceux qui ont des spécialités où nous n'avons pas les qualifications qui seraient nécessaires.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut assumer la politique migratoire, mais l'assumer humainement. La solution est dans le développement de l'Afrique.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/5962041-8887844.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Il-faut-completement-rebattre-les-cartes-de-l-Europe_a1518.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-5957903</guid>
   <title>"Il faut repenser l'Europe aux dimensions du siècle qui vient"</title>
   <pubDate>Tue, 15 Oct 2013 18:12:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   A l'occasion de la sortie de son livre "1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire ?", Jean-Pierre Chevènement était l'invité de France Info mercredi 15 octobre 2013. Il répondait aux questions d'Olivier de Lagarde.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/edcffcd476e19b74c284d43d6e0a98d47bf5d7d6" width="608" height="372">
<param name="movie" value="https://www.chevenement.fr/v/edcffcd476e19b74c284d43d6e0a98d47bf5d7d6">
<param name="quality" value="high" />
</object >
     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La 1ère guerre mondiale marque le début du déclin de l'Europe</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Je pense qu'il y a tout à fait intérêt à avoir une vue longue et large. Une vue longue dans l'histoire parce que la première mondialisation, britannique, commence au XIXe siècle, avec la situation hégémonique de la Grande-Bretagne. A ce moment là, on voit monter une nouvelle puissance, l'Allemagne impériale. Et je crois que dans toutes les analyses sur les causes de la 1ère guerre mondiale, il y en a une qui manque beaucoup : c'est l'inquiétude qu'a suscité dans les classes dirigeantes britanniques la montée de l'Allemagne, particulièrement le développement important de ses armements navals qui pouvaient périmer l'empire Britannique.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y avait donc en Grande-Bretagne une très grande vigilance, qui a poussé le pays à se rapprocher de la France et de la Russie, et quand les dirigeants de l'Allemagne, par pure folie, influencés qu'ils étaient par les idées pangermanistes, ont cru pouvoir prendre le risque d'une guerre européenne, en déclenchant une guerre préventive, ce qu'a été la 1ère Guerre Mondiale – ce que l'on ne dit pas aujourd'hui - quand de surcroît elle a violé la neutralité belge, l'Angleterre entre en guerre, et après elle les États-Unis.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La relation entre la Chine et les États-Unis au XXIe siècle</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> La seconde mondialisation d'aujourd'hui entraîne, comme la première avant 1914, une modification dans la hiérarchie des puissances. On voit des pays anciennement dominés ou colonisés qui s'avancent au premier plan. C'est vrai de pays milliardaires en hommes comme la Chine et l'Inde, et la montée de la Chine est le grand événement du XXIe siècle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le PNB de la Chine devrait dépasser celui des États-Unis avant 2020. Cela implique une puissance économique, financière, mais forcément aussi militaire, qui est en train de se constituer. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Vous avez remarqué que M. Obama vient d'opérer le pivotement de la puissance navale américaine, c'est-à-dire qu'il a envoyé la majorité de sa flotte dans le Pacifique, et on ne comprend rien à tous les projets de partenariats transpacifiques ou transatlantiques si l'on ne saisit pas qu'il y a à l'arrière plan la volonté des Etats-Unis de mettre la Chine un peu à l'écart, et de bâtir une coalition permettant d'isoler ce pays ou tout au moins, de contenir sa montée.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne dis pas qu'on va vers une guerre entre la Chine et les États-Unis. Si certains l'évoquent, je pense qu'on en est très loin, si ça devait arriver ce serait une catastrophe. Il faudra l'éviter.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La Chine veut retrouver aujourd'hui la place qu'elle avait dans le monde d'avant la révolution industrielle, environ 20% du produit mondial. Simplement cela suppose de grands bouleversements, par exemple dans l'approvisionnement en matières premières du pays qu'il faut bien satisfaire !       
       </li></ul><ul class="list"><li> Ce qu'on voit c'est que le XXIe siècle peut se comprendre à partir de cette bipolarité naissante entre la Chine qui monte, et les Etats-Unis qui déclinent très doucement : leur déclin va s'étaler sur le siècle.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Quelle place pour l'Europe au XXIe siècle ?</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> La question que je pose, c'est quelle place reste-t-il pour l'Europe, une Europe fracassée par les deux guerres mondiales, mais qui s'est installée ensuite dans une impuissance consentie, vis à vis des États-Unis, la nouvelle puissance hégémonique après la Seconde guerre mondiale?       
       </li></ul><ul class="list"><li> Avec Jean Monnet, on a construit l'Europe à partir du marché, à l'ombre d'un protectorat militaire américain, et contre les nations européennes, c'est à dire contre la démocratie, contre la politique, contre le ressort qui permettrait à l'Europe de rebondir.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Le second décrochage économique de la France </span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut regarder les continuités plutôt que les ruptures. Par exemple, la puissance économique de l'Allemagne est déjà éclatante à la fin du XIXe siècle. L’Allemagne quadruple sa production entre 1875 et le début du XXe siècle, tandis que la France ne l'augmente que d'un tiers.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On voit un premier décrochage économique français, que nous avons remonté après la deuxième guerre mondiale. Mais nous sommes aujourd'hui en présence du deuxième décrochage économique français, si l'on raisonne sur la longue durée.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Une Europe économiciste, désarmée, parce que construite contre ses nations</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe en 1945 était détruite, mais elle s'est reconstruite, et elle aurait pu retrouver une place importante dans l'équilibre du monde. Cela n'a pas été le cas, parce que l'Allemagne et l'Italie étaient vaincue, matériellement et qui plus est moralement aussi pour l'Allemagne. Et la France a accepté de sacrifier sa souveraineté, il faut bien le dire, à travers la méthode Monnet, pour construire une Europe qu'au départ elle pouvait se flatter de dominer, l'Europe à six.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'histoire a suivi son cours, et aujourd'hui c'est une toute autre Europe que nous trouvons. Une Europe élargie jusqu'à la Russie, avec une Allemagne réunifiée, et qui a reconstitué autour d'elle ce qu'on appelait la <span style="font-style:italic">Mitteleuropa</span>, et tout cela a été bâti sur l'idée que c'était par le marché qu'on allait faire l'Europe. Une Europe conçue non pas dans le prolongement des nations, comme on aurait pu le faire, mais dans le substitut aux nations.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'explication selon laquelle l'Europe a empêché la guerre est peu convaincante. Ce qui a empêché la guerre c'est l'équilibre entre les deux puissances, l'équilibre de la terreur, les armes nucléaires, et l'Europe n'y est franchement pour rien du tout. Tout cela fait partie du cresson dont on entoure le rôti.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Dans le contexte de la Guerre froide, les États-Unis avait besoin de l'Allemagne, et ils ont imposé en quelque sorte une Europe qui leur serait soumise dans l'ordre militaire et de la politique extérieure. Donc nous avons une Europe qui est conçue de façon purement économiciste, qui n'est pas conçue politiquement, qui aujourd'hui on le voit n'a pas de politique de défense, qui n'a pas de politique extérieure, qui est la banlieue de l'empire américain, qui est faite de protectorats.        
       </li></ul><ul class="list"><li> D'ailleurs, il faut bien reconnaître que les États-Unis sont loin et que le pari que l'Allemagne fait sur une paix quasiment éternelle peut apparaître comme réaliste seulement à court terme. Face à la montée de l'islam radical, l'Allemagne s'en remet à la France, à la Grande-Bretagne, aux États-Unis, pour faire la police, face aux flux migratoires, ce sont les pays du sud de l'Europe qui sont en première ligne pour la protéger.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Transformer l'euro en monnaie commune pour retrouver un meilleur équilibre entre la France et l'Allemagne</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense qu'il faut reprendre le dialogue entre la France et l'Allemagne à la faveur d'un meilleur équilibre. Mais peut-on retrouver un meilleur équilibre entre la France et l'Allemagne dès lors que l'industrie allemande est deux fois et demie plus grande que l'industrie française, avec les excédents à l'avenant ? Comment sortir de la nasse où nous sommes enfermés ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> La monnaie unique est tout à fait symptomatique. C'est un système où on a mis sous le même chapeau monétaire des nations extrêmement différentes, avec des structures économiques hétérogènes, des cultures, des références différentes. Et on voit naturellement que les zones les plus riches s'enrichissent, que les zones les plus pauvres s'appauvrissent, que l'Europe du sud tend à devenir un grand <span style="font-style:italic">Mezzogiorno</span>, par conséquent la question se pose de savoir combien de temps on va laisser la monnaie unique prendre l'eau.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que l'Allemagne, qui développe de plus en plus ses exportations vers l'extérieur de l'Europe, un jour, y mettra bon ordre, et refusera de payer indéfiniment pour le maintien d'une fiction monétaire. Il faudra remettre les compteurs à zéro, et je propose de passer à quelque chose qui serait plus raisonnable, une monnaie commune.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La monnaie commune, cela veut dire un euro qui ne serait non plus une monnaie unique mais une monnaie que partagerait tous les pays européens, chacun retrouvant également la sienne, dans le cadre d'un Système Monétaire Européen bis.        
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est une solution beaucoup plus raisonnable car elle permettrait à chaque pays d'avoir son équilibre, de ne pas être plongé dans un équilibre de sous-emploi par une monnaie surévaluée, comme l'est aujourd'hui l'euro.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La responsabilité de nos élites</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a une responsabilité collective de nos élites. Relisez toutes leurs déclarations au moment du traité de Maastricht, qu'on peut redécouvrir dans un petit livre que j'avais fait, <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Le-Betisier-de-Maastricht_a958.html">« Le bêtisier de Maastricht »</a>, paru en 1997, c'est tout à fait confondant. Et je crois que cette cécité partagée, malheureusement, de la droite et de la gauche, a conduit la France dans une situation aujourd'hui dramatique. Donc il faut compter sur une secousse.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les gens qui partagent les critiques que j'expose de la construction européenne telle qu'elle s'est faite étaient 49% au moment de Maastricht, 55% lors du Traité Constitutionnel Européen, parmi lesquels nombreux étaient tout à fait honnêtes et loin des extrêmes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On ne peut pas définir une pensée à partir de critères aussi stupides que ce que peut dire à un moment ou un autre tel ou tel parti politique. Je pense qu'il faut faire une analyse de fond.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'abandon de la souveraineté monétaire à été un mauvais coup porté à notre pays et ceux qui pensent que ce système peut durer toujours se trompent. Ils n'ont pas regardé les pyramides de dettes, près de 10 000 milliards de dettes publiques, plus la dette privée, plus les actifs bancaires qui représentent en moyenne quatre fois le PNB. Et vous savez que le Mécanisme Européen de Stabilité a pour but de faire face à tous les aléas budgétaires mais aussi bancaires. Est-ce que ça peut marcher ? Quand on connaît les chiffres, on peut répondre, malheureusement, non.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Une Europe adaptée aux défis du XXIe siècle </span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour penser un rebond en Europe, il faut penser à la lumière des défis qui vont se poser à nous au XXIe siècle. Ce qui structure le XXIe siècle, c'est la montée de la Chine, et le lent déclin des États-Unis qui s'efforce de la contenir.        
       </li></ul><ul class="list"><li> A partir de là, il y a de la place pour une Confédération de peuples européens, de peuples libres, allant jusqu'à la Russie, s'appuyant également sur les pays du Maghreb, et s'ouvrant à l'Afrique. C'est cela qui peut nous permettre d'exister encore, mais cela suppose que nous ne nous replions pas sur nous-mêmes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne pense pas que le protectionnisme soit praticable, ne serait-ce que parce que l'Allemagne et le Royaume-Uni n'en veulent pas, mais une autre organisation monétaire peut nous permettre de retrouver la compétitivité. Nous avons perdu 15 points de compétitivité sur l'Allemagne depuis l'an 2000. On ne va pas les remonter comme cela par une déflation interne qui nous mettrait au niveau de l'Espagne, avec 27% de chômage et même 50% des jeunes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne parle pas de sortir de l'euro, mais de transformer l'euro, en accord avec l'Allemagne, qui elle-même ne peut pas payer pour les autres. Elle a déjà mis 190 milliards sur la table dans le cadre du Mécanisme Européen de Stabilité, elle considère que c'est déjà beaucoup. Quand il faudra un nouveau plan pour la Grèce, pour le Portugal, pour l'Espagne, pour l'Italie, et peut-être pour la France, à un moment elle souhaitera renégocier ce système imbécile, qui est une sorte de tonneau des danaïdes pour maintenir une fiction monétaire.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Ce que je propose, c'est un plan d'investissements à l'échelle européenne, c'est un élargissement de l'Europe à la fois au sud et à l'est, parce que nous ne pouvons pas concevoir l'Europe autrement que ce qu'avait dit le général de Gaulle en son temps, une Europe européenne, on pourrait dire de Brest à Vladivostok. Il y a là des complémentarités évidentes, un relais de croissance, un intérêt géopolitique, parce que les menaces qui pèsent sur nous sont au fond les mêmes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Et puis naturellement il faut que l'Europe s'unisse pour rénover et préserver son modèle social, qui est aujourd'hui menacé par l'érosion régulière de notre base productive depuis 30 ans.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Les chances de l'Europe au XXIe siècle</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Le fait que l'Europe n'est plus au centre du monde peut-être paradoxalement une chance. Nous ne sommes pas obligés de jouer le jeu d'une compétition aveugle, d'une compétition sans principes : nous pouvons nous organiser pour maintenir un système social progressiste, dont tous les peuples ont besoin, y compris les peuples émergents.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'avenir peut être, pour ces pays aussi, de bons services publics : une bonne école, une sécurité sociale qui couvre leurs besoins, des retraites décentes. Ce modèle là nous n'avons pas à en rougir ! Et par conséquent, nous devons défendre notre modèle et trouver les moyens de le faire.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je dis qu'en agissant par le canal de la monnaie, nous agirons de façon plus efficace que par un protectionnisme qui dans l'état actuel des choses, n'est pas opérationnel, qui peut être le sera un jour, je le souhaite, mais aujourd'hui ce n'est pas le cas.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Rebattre les cartes n'implique pas forcément de sortir de l'histoire. Quand la Communauté Européenne de Défense a échoué, on a fait la conférence de Messine : le marché commun. Et bien aujourd'hui la monnaie unique est à bout de souffle et il faut repenser l'Europe aux dimensions du siècle qui vient.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Le pari sur la France au XXIe siècle</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> La France peut-elle revenir dans l'histoire ? Ce pays a toujours su rebondir. Et par conséquent, j'ai confiance dans mon pays.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je crois que l'Allemagne aussi a besoin d'une France forte même si elle ne s'en est pas encore véritablement aperçue.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Mais la France a aussi beaucoup d'atouts qui ne sont pas ceux de l'Allemagne mais qui sont complémentaires, et c'est à nous de les conserver, de les valoriser, et puis de rebattre les cartes le moment venu.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Ce n'est pas pour rien que Karl Marx a dit de la France qu'elle était « la nation politique par excellence ». Il faut changer la donne.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Comme disait Mendès France, « Il n'y a pas de politiques sans risques, mais il y a des politiques sans chance ». J'invite à ne pas poursuivre une politique sans chance et à prendre les risques d'une politique qui nous permettrait en effet de revenir dans l'histoire et de faire rebondir avec nous toute l'Europe.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/5957903-8880356.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Il-faut-repenser-l-Europe-aux-dimensions-du-siecle-qui-vient_a1515.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-5036328</guid>
   <title>"Il y a beaucoup à faire entre la France et l’Algérie"</title>
   <pubDate>Thu, 20 Dec 2012 00:15:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement à RFI, mercredi 19 décembre 2012.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5036328-7520022.jpg?v=1355959391" alt=""Il y a beaucoup à faire entre la France et l’Algérie"" title=""Il y a beaucoup à faire entre la France et l’Algérie"" />
     </div>
     <div>
      <b>RFI : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy… Il y a déjà eu plusieurs visites de chefs d’Etat français en Algérie, avec de grandes déclarations d’amitié. Et pourtant, ça n’a rien changé. Est-ce que la visite de François Hollande ne risque pas, elle aussi, de faire pschitt ?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Moi, je ne raisonnerais pas comme ça. Il y a, entre la France et l’Algérie, des liens profonds. Evidemment, je pense qu’il y a eu beaucoup de souffrance, et en même temps, je pense que nous devons, ensemble, regarder vers l’avenir. Il y a beaucoup à faire entre la France et l’Algérie !       <br />
              <br />
       <b>Oui, mais les retombées des visites des prédécesseurs de François Hollande n’ont pas été très bonnes.</b>       <br />
       Oui, mais vous voyez les choses de manière trop négative ! J’ai moi-même été associé à plusieurs épisodes de la relation franco-algérienne depuis cinquante ans. Et par exemple, la libéralisation des visas en 1999, qui a donné lieu à cet échange de visites entre le président Bouteflika et le président Chirac.       <br />
              <br />
       L’Algérie est un pays avec lequel nous avons des relations économiques déjà très développées. Nous avons un excédent important sur l’Algérie ! Pourtant, nous importons d’Algérie une partie importante de notre pétrole et de notre gaz surtout.       <br />
              <br />
       Et par ailleurs, il y a des relations humaines exceptionnelles ! Dès lors qu’on situe notre relation à égalité, je pense que notre relation est naturelle entre Français et Algériens. Et je peux vous dire que sur le terrain, le français est encore couramment pratiqué ! C’est le deuxième pays francophone du monde après la France ! Dans l’enseignement supérieur, on parle français ! Il y a plus de 600 accords entre les universités algériennes et les universités françaises !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Certains disent que de tous les présidents de la Ve République, François Hollande est le plus algéro-compatible...</b>       <br />
       Effectivement… Je dirais qu’il a de la symphatie pour l’Algérie. Il y a passé un certain nombre de mois…       <br />
              <br />
       <b>Quand il était stagiaire de l’ENA ?</b>       <br />
       Peut-être, oui. Cela devait être à cette occasion. En même temps, François Hollande comprend la nécessité d’un rapport apaisé dont nous avons tous besoin. Parce que, n’oublions pas, il y a deux à trois millions de Franco-Algériens, peut-être un million d’Algériens, qui sont installés en France. Il y a un continuum humain entre la France et l’Algérie ! Il y a beaucoup de Français ! Peut-être 30 000 qui vivent en Algérie ! Beaucoup d’entreprises françaises qui y sont installées ! Il y a des potentialités souvent insoupçonnées !       <br />
              <br />
       <b>Il y a deux mois, François Hollande a fait un geste, en reconnaissance de la répression sanglante du 17 octobre 1961 à Paris. Mais pour beaucoup d’Algériens, ça ne suffit pas. Plusieurs députés vont boycotter le discours du président français à l’Assemblée algérienne. Est-ce que la France doit formellement s’excuser pour les crimes qu’elle a commis ?</b>       <br />
       Ecoutez… Vous m’annoncez des choses que je ne connais même pas ! Vous parlez de boycott, avant même qu’il y ait un discours prononcé devant l’Assemblée nationale algérienne. Les relations entre les peuples ne sont pas fondées sur des génuflexions ou sur des actes de repentance, etc. Elles sont fondées sur la claire conscience de ce qui s’est passé entre eux.       <br />
              <br />
       Et comme le disait un de mes amis, qui est aussi mon maître, l’orientaliste Jacques Berque, il n’y a pas pu y avoir une étreinte aussi profonde, durant plus de cent trente ans, sans que les personnalités des deux peuples n’aient été profondément imprégnées par cette étreinte. Il y a une empreinte qui est restée, et qui fait que – eh bien écoutez – le couscous est par exemple un plat national en France. Le « toubib », tout le monde sait ce que sait, le « flouze », etc. Il y a donc une espèce d’interpénétration inconsciente. Et en fait, nous sommes beaucoup plus proches les uns des autres qu’on ne le dit généralement.       <br />
              <br />
       <b>Cette relation de méfiance entre Alger et Paris, est-ce qu’elle ne durera pas aussi longtemps que la génération FLN sera au pouvoir à Alger ?</b>       <br />
       Mais pas du tout ! Je pense, au contraire, que la connaissance de l’histoire, le fait de l’avoir vécu, fait qu’il y a un intérêt pour l’autre, qui n’existera peut-être plus, quand des générations nouvelles, qui simplement sont connectées sur Internet, ont pris la place.       <br />
              <br />
       <b>Autre sujet qui fâche : le Sahara occidental. Paris soutient le plan d’autonomie des Marocains. Est-ce que les Algériens n’ont pas raison, quand ils disent que Paris préfère Rabat à Alger ?</b>       <br />
       Ecoutez… Vous ne cherchez que les sujets qui fâchent ! À ma connaissance, la position de la France est très étroitement liée à celle de l’ONU. Naturellement, nous essayons de faciliter une chose entre Marocains et Algériens, parce que nous sommes pour des relations apaisées entre le Maroc et l’Algérie. Nous pensons qu’il y a beaucoup de complémentarité entre ces deux grands pays. Et par conséquent, nous ne voulons pas les opposer.       <br />
              <br />
       <b>Il y a cinquante ans, au moment des accords d’Evian, de Gaulle rêvait d’un grand partenariat stratégique, entre l’industrie française et les immenses ressources de l’Algérie. Mais aujourd’hui, les Chinois talonnent les Français dans les échanges commerciaux avec l’Algérie. Est-ce que le grand rêve de Gaulle n’est pas brisé ?</b>       <br />
       C’est déjà formidable que les Chinois ne fassent que nous talonner ! Dans la plupart des pays, les Chinois nous ont déjà dépassés. La France reste très présente en Algérie. Si les Chinois y sont présents, c’est qu’effectivement ils fabriquent à très bas coût. Ça, c’est un problème plus général, qui n’intéresse pas les relations entre la France et l’Algérie.       <br />
              <br />
       Disons qu’il y a toute la place en Algérie, pour la France, mais aussi pour la Chine. Et nous ne devons pas avoir une vision obsidionale*. L’Algérie est un pays indépendant depuis cinquante ans, nous devons l’aider à se moderniser, à se diversifier, à bâtir le grand Etat émergent, que nous voyons sous nos yeux et qui est, comme le disait de Gaulle, la porte étroite par laquelle nous devons passer, pour atteindre tous les pays du Sud, qu’on appellerait aujourd’hui « les pays émergents ». Le premier pays émergent à la porte de la France, c’est l’Algérie ! Donc, ça vaut la peine de s’y consacrer, en dehors du regard colonial que certains continuent à maintenir, mais qui n’a plus de sens. Il faut regarder à égalité et il faut bâtir une fraternité franco-algérienne.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">       <br />
       Propos recueillis par Christophe Boisbouvier</span>       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.rfi.fr/afrique/20121219-jean-pierre-chevenement-rfi-france-algerie-hollande-bouteflika">RFI</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/5036328-7520022.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Il-y-a-beaucoup-a-faire-entre-la-France-et-l-Algerie_a1455.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-4995382</guid>
   <title>Les changements politiques dans le monde arabe</title>
   <pubDate>Wed, 05 Dec 2012 19:01:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement devant l'Académie des Sciences Morales et Politiques, lundi 3 décembre 2012.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/4995382-7459420.jpg?v=1354731369" alt="Les changements politiques dans le monde arabe" title="Les changements politiques dans le monde arabe" />
     </div>
     <div>
      Les « révolutions arabes » ont surpris. Elles ont été saluées, dès le départ, avec d’autant plus de ferveur par l’opinion publique occidentale que celle-ci ne les avait pas vu venir.        <br />
              <br />
       L’enthousiasme qu’elles ont, d’emblée, suscité plonge ses racines dans une certaine mauvaise conscience, celle d’une trop longue tolérance à l’égard de régimes autoritaires et corrompus, vus comme un moindre mal pour des peuples considérés comme trop arriérés pour accéder à la démocratie. Or, brusquement, ces sociétés se réveillaient. Leur développement entrait en contradiction avec des régimes qui accaparaient le pouvoir depuis trop longtemps et dont la légitimité s’était érodée au fil du temps. Une vision quelque peu euphorisante s’est alors développée, celle d’un « printemps arabe » surgi au cœur de l’hiver 2011. A travers lui, les peuples arabes allaient rejoindre un mouvement universel vers la démocratie qu’avaient parcouru avant eux d’autres peuples, ceux d’Amérique latine, d’Europe du Sud puis de l’Est, après la chute du Mur de Berlin, voire d’Afrique.        <br />
              <br />
       Vision idéalisante, à coup sûr, car beaucoup de ces peuples avaient déjà connu la démocratie. Pour l’essentiel, les « révolutions arabes » entendent non pas « restaurer », mais « instaurer » la démocratie, avec, en Tunisie, un mot d’ordre qui vaut marque de fabrique : « Dégage ! ».       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      *       <br />
              <br />
       Tout aussi péremptoire aujourd’hui, une thèse inverse se fait jour : et si les « révolutions arabes » n’avaient été qu’une « ruse de l’Histoire », ayant seulement servi de fourrier à l’islamisme politique, comme on le voit en Egypte, cœur du monde arabe, avec la victoire des Frères musulmans ?       <br />
              <br />
       Il y a en fait deux temps dans les « révolutions arabes » : celui de leur éclosion et celui du processus électoral qui va révéler le « pays réel », en Tunisie et en Egypte notamment.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Je propose d’abord de replacer l’analyse des révolutions arabes dans le mouvement de l’Histoire longue.       <br />
              <br />
       L’Islam est la religion de 1 200 millions d’hommes et de femmes, de l’Océan Atlantique aux confins de la Chine, de l’Afrique noire à l’Asie Centrale, et jusqu’aux mers du Sud (Indonésie, Philippines). L’Islam est plus qu’une religion. C’est une organisation sociale qui se veut fondée sur la parole incréée de Dieu, transmise par le Prophète, Mahomet, et sur la tradition. Depuis la fin du califat ottoman (1924), l’Islam ne répond plus à une organisation politique spécifique. Une seule nation a été bâtie sur l’Islam : c’est le Pakistan. La monarchie séoudienne n’est que la protectrice des « Lieux Saints ». Certes, la République islamique d’Iran repose, en dernier ressort, sur l’autorité religieuse, mais elle admet les élections et constitue, en quelque sorte, une forme de régime mixte appelé à évoluer encore.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Le monde arabe nous intéresse d’abord parce qu’il est notre voisin, ensuite parce qu’il est au cœur du monde musulman et enfin parce qu’il est le théâtre de ces révolutions dites « arabes ». Une page, depuis 2011, s’y tourne incontestablement. Elle se tourne sur les régimes sclérosés, corrompus et dictatoriaux, en lesquels avaient fini par tourner les nationalismes arabes nés des révolutions qui avaient suivi la deuxième guerre mondiale et qui, à l’origine, aspiraient à accommoder à l’usage de l’Orient, les recettes de l’Occident (modernisation économique, socialisme arabe à travers l’intervention de l’Etat, laïcité).        <br />
              <br />
       Ces régimes nationalistes arabes, curieusement, avaient d’abord été combattus par l’Occident parce qu’ils remettaient en cause ses privilèges et parce qu’ils se sont peu à peu rapprochés de l’URSS. Les Etats-Unis, depuis 1945, ont préféré soutenir les monarchies du Golfe qui leur garantissaient le pétrole, même si le déplacement du centre de gravité du monde arabe consécutif aux « chocs pétroliers » allait faire monter l’influence d’un islamisme conservateur (dans ses deux variantes : traditionnelle (wahhabite) d’une part, plus moderne avec les Frères Musulmans égyptiens, d’autre part).        <br />
              <br />
       La création d’Israël en 1948 et son expansion ont conduit les Etats-Unis à s’engager de manière de plus en plus unilatérale à ses côtés d’où une montée continue de l’antiaméricanisme dans le monde arabe, particulièrement au Machreck. Rappelons cependant qu’en 1956, Eisenhower avait sauvé la mise de Nasser.        <br />
              <br />
       Dans l’échec global des nationalismes arabes, la responsabilité des sociétés arabes et de leurs leaders ne saurait malheureusement être éludée. Très marqués par la tradition patriarcale et la « verticalité » du pouvoir propre aux sociétés méditerranéennes, les pays arabes n’accèdent pas spontanément à la dimension « horizontale » du débat civique, fondé en Occident sur l’existence d’un citoyen censé « penser par lui-même ». Non que les sociétés arabes ne comportent pas beaucoup d’individualités brillantes, mais l’idée d’une relation politique d’égal à égal, fondée sur une démarche argumentée et démocratiquement sanctionnée, a eu longtemps peine à s’y faire jour. Ce serait tout l’intérêt du processus enclenché par les révolutions arabes si elles permettaient d’y remédier. Ce « travail de soi sur soi » des sociétés arabes est un préalable. Il a été entrepris par une jeunesse branchée sur le monde moderne mais assez généralement coupée des luttes d’indépendance menées, il y a plus d’un demi siècle par leurs aînés. Cette « révolution culturelle » dont le terreau est plus dans le réseau de la communication moderne que dans la lente sédimentation des Lumières, malgré les efforts d’alphabétisation et d’éducation réalisés par les régimes en place, ne peut s’effectuer que dans la durée. Les « révolutions arabes » n’en sont qu’à leur début. Elles apparaissent, au départ, comme une « rupture générationnelle » entre une jeunesse qui est bien de son temps et des structures de pouvoir aujourd’hui loin de leurs sources et souvent sclérosées.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – Les Etats et les nations sont le cadre de mouvements dits du « printemps arabe »</b>       <br />
              <br />
       Les Etats et les nations, notamment ceux qui sont nés du partage de l’Empire Ottoman à la fin de la Première guerre mondiale, et sous la réserve d’une relative indépendance du Maghreb acquise dès la fin du XVIe siècle (après Lepante), constituent le cadre des « révolutions arabes ». Ces Etats, à majorité sunnite (à l’exception de l’Irak et de Bahrein), sont néanmoins divisés (minorités chrétiennes, chiites, druzes, kurdes, etc.). La colonisation a souvent favorisé l’expression de ces minorités. La majorité sunnite s’est ainsi retrouvée face à l’Occident dans des mouvements musulmans intégristes comme les Frères musulmans, fondés en Egypte dès 1928. Des régimes souvent minoritaires et autoritaires ont fini par s’imposer face à une politique occidentale marquée par un soutien inconditionnel à Israël et la méconnaissance persistante des droits du peuple palestinien. Les échecs successifs des Etats arabes face à Israël, la surenchère diplomatique et l’inefficacité économique ont entrainé dans les peuples du Machreck une forte culture du ressentiment. La négation des droits des Palestiniens a contribué aussi à une radicalisation islamiste que la politique occidentale a paradoxalement encouragée, à partir de 1956, pour contrer un nationalisme laïque suspecté de vouloir s’allier avec l’Union soviétique. Les Etats-Unis ont certes su préserver leur chasse gardée pétrolière en fragmentant le reste du monde arabe sur le plan communautaire et ethnique (Irak notamment mais aussi Soudan, voire Syrie). Les « révolutions arabes » se sont attaquées avec détermination aux pouvoirs autoritaires nés de cette histoire malheureuse, en se gardant dans un premier temps, au moins, des surenchères face à Israël ou aux Etats-Unis.       <br />
              <br />
       Il ne faut pas confondre concomitance et unité. Il y eut concomitance entre les évènements de Tunisie, du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011, et leur suite en Libye, en Egypte, au Maroc… Un indiscutable effet d’entraînement a eu lieu. Des traits communs apparaissent : partout des mouvements modernes à propulsion démocratique posent le problème de la participation de la majorité à la définition de son destin. Avec la liberté d’expression, la libération des prisonniers politiques, le pluralisme politique, un processus d’expression des sociétés se met en branle.  Bref, la forme est démocratique, même si elle ne préjuge pas du fond mais permet le développement de la conflictualité. Des forces qui pourraient s’opposer au mouvement - l’armée, les Etats-Unis -  laissent faire. Chacun de ces mouvements enfin porte la marque de l’histoire et des contradictions de la nation dans laquelle il se développe. C’est aussi pourquoi les révolutions arabes sont si diverses que le vocable qui les désigne perd progressivement de sa clarté initiale.       <br />
              <br />
       Partout, au départ, le culte du drapeau et l’affirmation de l’identité nationale se sont mnifestées, de Tunis à Bahreïn en passant par Le Caire. La fierté nationale a été un  carburant des soulèvements. Les acteurs ne se percevaient pas comme les artisans d’un « printemps arabe » embrassant tout le monde arabo-musulman, mais comme les acteurs d’une renaissance de leur pays, abaissé par les régimes autoritaires et corrompus. La forme nationale prise, au départ, par les révolutions arabes peut apparaître comme une forme de sécularisation à travers la revendication d’un Etat porteur de l’intérêt général.        <br />
              <br />
       Les mouvements populaires se développent selon une logique qui reflète l’histoire politique et sociale propre à chaque pays :        <br />
              <br />
       1.	En Tunisie, la cause de l’explosion tient sans doute à Ben Ali, au pouvoir autoritaire et policier, à la corruption et à l’accaparement des grandes sociétés par un clan familial. Elle tient aussi à la mise en œuvre de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne et au démantèlement de l’accord multi-fibres qui a détruit des dizaines de milliers d’emplois locaux. L’explosion tunisienne  tient enfin à la démocratisation de l’Ecole et de l’Université, en raison du nombre considérable de diplômés sans emploi. Ben Ali part dès lors qu’il comprend que l’armée le lâche.       <br />
              <br />
       2.	En Egypte, il était frappant de constater que la principale force d’opposition au régime Moubarak, les Frères musulmans, était au départ absente de la scène de la contestation. C’est l’armée, s’appuyant sur le mouvement de la place Tahrir, qui a écarté Moubarak. On a observé par la suite une prise en main progressive par les Frères musulmans,  au fur et à mesure que la population dans sa masse rejoignait le mouvement. La vraie révolution, ce n’est pas la manifestation du 25 janvier 2011, Place Tahrir, ni le départ du Raïs, le 11 février, mais les élections de l’automne qui ont envoyé 78 % de députés islamistes au Parlement. Comme en Tunisie, les Américains ont été plus des « facilitateurs » que des acteurs. Le libéralisme en économie professée par les islamistes y est sans doute pour quelque chose.        <br />
              <br />
       3.	En Libye, l’autocratie cruelle et bouffonne ne fut pas défaite en quelques jours, comme à Tunis, mais à la suite d’une longue période, où l’engagement de l’OTAN (7000 raids aériens) fut décisif. Les divisions anciennes du pays en tribus et le partage inégal de la richesse pétrolière, expliquent en partie aussi bien la révolte que le soutien reçu longtemps par le régime.        <br />
              <br />
       4.	A Bahreïn, le caractère propre de l’Etat, avec une population majoritairement chiite et une monarchie sunnite peut seul expliquer aussi bien le mouvement de protestation que son écrasement par l’armée séoudienne.         <br />
              <br />
       5.	Au Maroc, le mouvement du 20 février, animé par des jeunes et des diplômés, s’est heurté à l’agenda du roi, de l’USFP, comme à celui des islamistes. Il n’a guère prospéré. La reprise en main effectuée par le roi, organisant un referendum constitutionnel, avec 73% de participation et 97% de « oui »  a été approuvée par la majorité de la population. Puis aux élections législatives de novembre 2011, les islamistes du PJD sont arrivés en tête avec 27% des voix et le gouvernement Benkhirane compte 12 ministres islamistes. Le Maroc est un triangle dont le sommet, la monarchie, s’appuie sur deux pôles, l’un moderniste, l’autre islamiste.       <br />
              <br />
       6.	En Algérie, l’absence de grand mouvement populaire organisé de contestation ne se comprend qu’en référence à l’histoire récente du pays, et particulièrement la guerre civile des années 90 qui s’est soldée par l’échec des tentatives de prise de pouvoir par la force des islamistes. Les tentatives d’organisation d’un mouvement de protestation par le RCD, en janvier 2012, sont restées sans grand écho. Le traumatisme des années noires - le nombre des victimes est évalué à plus de 150.000 morts - et le fait que l’Algérie, pays relativement riche, ait su éteindre la contestation par des mesures ciblées touchant la consommation populaire, expliquent largement la situation.        <br />
              <br />
       7.	En Syrie, les mouvements populaires de contestation du régime dictatorial et policier de Bachar El Assad étaient dès le départ marqués par les divisions confessionnelles anciennes du pays. Le refus de l’accaparement de l’Etat par les Alaouites, sous le camouflage du Baath, nourrissait l’exigence démocratique. Mais la situation ne peut s’expliquer que par l’histoire du pays, par l’ascenseur social fourni par l’armée à la minorité méprisée des Alaouites et aux Chrétiens, et par l’écrasement des Frères musulmans en 1982. Très vite, surgissent aux côtés des manifestants civils des combattants armés venus de toute la région et se revendiquant de la cause islamiste. La révolution prend aujourd’hui les traits d’une guerre civile.       <br />
              <br />
       8.	L’insurrection populaire au Yémen fondée, au départ sur la contestation du pouvoir du président Saleh, n’a pu s’arracher aux tensions et divisions ethniques qui traversent un Etat récent, séparé puis réunifié au cours du dernier demi-siècle. La « solution yéménite », favorisée par l’Arabie Séoudite, n’empêche pas les islamistes radicaux de contrôler à présent l’est et le sud du pays.       <br />
              <br />
       9.	Au Nord Mali, la revendication indépendantiste touareg (MNLAzawad) a été rapidement écartée par AQMI, par le Mouvement pour l’unicité et pour le djihad en Afrique de l’ouest (Mudjao) et par le groupe Ansar Eddine, principalement touareg mais dans la mouvance intégriste. Les éléments djihadistes semblent avoir pris, dans la foulée d’un mouvement populaire, le contrôle de la situation.       <br />
              <br />
              <br />
               <br />
       <b>II – Des révolutions conservatrices ?</b>       <br />
              <br />
       Après la phase révolutionnaire proprement dite (« thawra  », en arabe), s’ouvre une deuxième séquence : celle du processus électoral. Alors que la première phase était portée par une jeunesse branchée, soutenue par une fraction des élites modernistes, la deuxième phase permet à la société profonde de s’exprimer : monde rural, faubourgs urbains, masses dont l’Islam est la référence et l’horizon, et cela d’autant plus que les organisations islamistes ont tissé depuis longtemps, avec la tolérance des autorités en place, un étroit réseau d’éducation et d’aide sociale.        <br />
              <br />
       Henry Laurens, professeur au Collège de France, explique que « la poussée de l’Islam est en bonne partie le fruit des progrès de l’éducation ». C’est moins d’une « réislamisation » qu’il s’est agi que d’un changement de l’islam sous l’effet de la scolarisation. En fait, la majorité de ces populations était analphabète et son islam consistait surtout en traditions et superstitions. Avec l’accès à l’alphabétisation, l’islam populaire s’est transformé en islam lu. Les gens ont acquis la possibilité de lire le Coran par eux-mêmes, pour commencer. Ils ont pu y puiser des arguments nouveaux. Cette acculturation religieuse n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé en Europe avec la Réforme protestante, puis la Contre-Réforme catholique, aux XVIe et XVIIe siècles ».        <br />
              <br />
       Il n’est pas étonnant dans ces conditions que les forces islamistes aient pris le dessus, dans des proportions d’ailleurs variables à l’occasion des élections. Bruno Etienne, quand il voulait expliquer à un public français ce qu’était l’islamisme disait que c’était « les bonnes sœurs + la CGT » ! A ceci près que l’islamisme s’accorde fort bien avec le libéralisme économique. Maxime Rodinson, dans « Islam et capitalisme » (1966), a bien montré que les textes fondateurs de l’Islam magnifient le commerce et la libre entreprise. Khadija, la femme du Prophète était d’ailleurs une grande « femme d’affaires » ...       <br />
              <br />
       1.	Le « printemps tunisien » fut plutôt un mai 68, mené par les jeunes, les étudiants, les diplômés, les couches évoluées … suivi de l’irruption dans les urnes d’une révolution conservatrice. Neuf mois après le départ de Ben Ali, le 23 octobre 2011, le parti Ennhada emporte quatre-vingt-neuf sièges sur deux cent dix-sept. Il forme le gouvernement avec l’appui de deux partis du Centre gauche, le Congrès pour la République (CPR) du Président Moncef Marzouki et « Ettakatol », dirigé par le Président de l’Assemblée Constituante, Mohamed Ben Jaafar. Le Président d’Ennhada, Rachid Ghannouchi, pratique une politique renvoyant dos à dos les « extrémistes », que sont, dans sa bouche, les « laïcs » se réclamant de Bourguiba, et les « salafistes », partisans d’un retour à la lettre du Coran. Même s’il garantit le code du statut personnel et les droits de la femme, Rachid Ghannouchi ne veut pas rompre le dialogue avec les salafistes. Le gouvernement est contraint de réprimer les assauts menés par ceux-ci contre des expositions culturelles ou même des postes de police. L’affaire prend de tout autres proportions quand c’est le Consulat américain qui est visé. La police est amenée à tirer. Le gouvernement est sur le fil du rasoir. L’opinion publique commence à se retourner, même si l’opposition, regroupée derrière M. Caïd Beji Essebsi, ancien Premier ministre de Bourguiba, peine à se regrouper, en butte aux attaques qui la décrivent comme préparant un retour en force de « l’Ancien Régime ». Le problème d’Ennhada, c’est d’abord le chômage, particulièrement celui des jeunes, et de ne pas se laisser déborder par les salafistes.        <br />
              <br />
       Libéral au plan économique, Ennhada ne l’est évidemment pas en matière de mœurs, mais peine à trouver des solutions. L’urgence est économique et sociale. Le tourisme par exemple, c’est aussi, comme le fait remarquer H. Laurens, « l’alcool et les femmes au visage découvert ». En attendant, l’Assemblée Constituante est en panne. Non seulement il n’y a toujours pas de Constitution, mais de nombreux problèmes sont irrésolus : le chômage des étudiants, les inégalités régionales, la question du marché noir, etc. C’est sur ce terreau que progresse la violence salafiste dont les acteurs sont issus d’une jeunesse marginalisée. L’UGTT, la puissante centrale syndicale qui a soutenu la Révolution, vient d’appeler au « dialogue national » pour « hisser l’intérêt général au-dessus du particulier ».        <br />
              <br />
       Les premières élections doivent avoir lieu probablement en juin 2013. Il n’est pas anormal qu’une transition vers la démocratie fasse apparaître des contradictions. La découverte du pluralisme et du débat est, en soi, chose positive. La Tunisie constitue un laboratoire qui montrera si une synthèse est possible entre l’islamisme politique et la démocratie.       <br />
              <br />
       2.	Le « printemps égyptien » a été suivi de deux séries de consultations électorales, remportées par les Frères musulmans. Victoire électorale aux législatives, avec 44% (la totalité islamisme plus salafisme dépassant 70% des voix) suivie d’un reflux aux  présidentielles avec 24% au premier tour (et 52% au second) L’élection de Mohamed Morsi a conduit à un effacement  politique de l’armée.        <br />
              <br />
       Ce qui est frappant en Egypte, c’est l’importance du vote islamiste aux législatives et son reflux à l’occasion de l’élection présidentielle. La forte capacité manœuvrière du nouveau Président, qui a bénéficié à l’évidence du soutien de l’administration Obama pour obtenir l’effacement des militaires, n’est pas de trop pour naviguer entre les écueils. En obtenant une trêve entre Israël et le Hamas, le Président égyptien a gagné une crédibilité nouvelle au plan international mais l’extension par décret de ses pouvoirs marque un seuil. Contre la rue, le Président Morsi choisit un référendum, le 15 décembre 2012, sur la Constitution proposée par les islamistes.       <br />
              <br />
       Henry Laurens porte sur l’évolution des « Frères Musulmans » égyptien le jugement suivant : « Les Frères musulmans sont condamnés à accepter le pluralisme de la société parce que c’est la condition pour eux d’accéder au pouvoir. Il me semble même qu’une frange au moins du mouvement a intégré la notion de pluralisme. Il y a vingt ans, j’aurais dit : les Frères musulmans sont unanimistes, ils sont adeptes de la « guerre des civilisations » qu’ils ont prônée avant que Huntington ne la théorise, ils croient au complot culturel de l’Occident pour détruire l’islam. Ce sont des antimodernes. Leurs idéologues d’aujourd’hui ne tiennent pas du tout ce discours. Ils ne sont plus dans le conflit entre ce qui est défini comme musulman et l’exogène. Ils insistent au contraire sur la compatibilité entre la modernité incarnée par l’Occident et l’islam. Le grand thème des élections a été l’élaboration de l’« Etat civil » (dawla madaniyya), sorte de mixte entre l’Etat de droit et la société civile. » Reste à savoir si la réalité, marquée par l’absence d’alternative aux islamistes, se conformera au discours des idéologues.       <br />
              <br />
       3.	En Libye, les forces « démocratiques » étaient surtout islamistes. Le mouvement était d’ailleurs parti de Benghazi, où le rigorisme religieux a toujours trouvé ses cadres. Le soutien du Qatar est allé jusqu’à une participation à la coalition armée. Rien d’étonnant à ce que la remise en vigueur de la charia ait été une des premières mesures annoncées. Les violences ethniques demeurent, notamment au Sud. Certes les Frères musulmans ont été battus aux élections par les « libéraux » de Mahmoud Jibril. Mais ce « libéralisme » tient plus d’un islamo-nationalisme, et son succès d’une défiance à l’égard de l’Egypte, protectrice des Frères musulmans.        <br />
              <br />
       4.	En Syrie, la réalité d’une guerre civile s’exacerbe. Elle évoque davantage ce qu’ont connu l’Algérie ou le Liban que les révolutions arabes de Tunisie ou d’Egypte. La Syrie est devenue un champ ouvert à toutes les ingérences. Il faut refonder un pacte national syrien qui implique le rapprochement des communautés et d’abord la trêve que recherche méritoirement Lakhdar Brahimi. Ce que peut-être l’« après Assad » n’apparaît pas clairement.        <br />
              <br />
       5.	Au Nord Mali une séquence analogue a été observée : les militants de l’indépendance touareg ont été rapidement supplantés par les islamistes radicaux, disposant des armements pris en Libye. Le contrôle du Nord par AQMI, le Mudjao et Ansar Dine, mouvement intégriste principalement touareg, pose la question de leur financement et de leur soutien.        <br />
              <br />
       6.	En somme, partout, sauf en Algérie et au Maroc,  les « printemps arabes » ont été pris en main aujourd’hui par les Frères musulmans ou les islamo-nationalistes. La question du djihadisme doit être traitée à part. Elle résulte de dérapages non contrôlés (Libye, Mali, Syrie, Yémen).       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – La stratégie des acteurs politiques</b>       <br />
              <br />
       1.	Examinons tout d’abord les puissances de la région.        <br />
              <br />
       Les monarchies du Golfe : Le wahhabisme s’est engagé de longue date dans une démarche hostile à l’égard des  régimes séculiers. C’était visible au sein de la Ligue arabe. Les attaques constantes d’Al Jazeera,  depuis très longtemps, contre la politique tunisienne, syrienne, égyptienne, n’étaient sans doute pas le fait du hasard. Les monarchies du Golfe se sont impliquées, par tous les moyens dont elles disposent aux côtés de la récupération islamiste des révoltes populaires, le Qatar soutenant plutôt les Frères musulmans et l’Arabie séoudite ne rechignant pas à aider les mouvements salafistes.       <br />
              <br />
       Le wahhabisme voit de plus, au Proche Orient, un nouvel épisode de sa rivalité à l’égard du chiisme.  Depuis l’essoufflement et la mort du baathisme et l’épuisement du nationalisme arabe, les deux pôles du Moyen Orient sont Téhéran (lié à la Syrie, au Hezbollah, au Bahreïn, et dans une large mesure aux nouveaux dirigeants irakiens) et Ryadh. Le Liban a toujours été la victime de cet affrontement. Et les Alaouites sont non seulement dans le camp de Téhéran, mais tenus au plan religieux pour renégats.  Seul Le Caire essaye de garder sa marge de manœuvre, à distance de Ryad et de Téhéran.        <br />
              <br />
       Le rôle de la Turquie est ambigu. La Turquie est une démocratie dont le parti dominant est un parti islamiste, l’AKP. Elle offre ce qui se rapproche le plus d’une « démocratie musulmane ». Mais Kemal Ataturk est passé par là et son modèle n’est pas facilement transposable. La Turquie actuelle tend à reprendre l’héritage de l’Empire ottoman. Mais son attitude de soutien à l’opposition syrienne est freinée par la crainte de voir se constituer au sud de ses frontières des zones kurdes autonomes. La Turquie a sans doute besoin à terme du maintien de l’intégrité de la Syrie.        <br />
              <br />
       2.	Les Etats-Unis avaient les meilleurs rapports avec Moubarak et Ben Ali. Ils avaient normalisé leurs relations avec Kadhafi et toléraient, au nom de la stabilité, Bachar el Assad et son régime. Mais ils ont été prompts à changer de monture quand ces régimes ont été contestés. Ils ont aussitôt soutenu les islamistes. Leur thèse est claire : si le suffrage universel  les désigne, ils deviennent des partenaires légitimes. Une alliance stratégique avait été déjà conclue avec l’Arabie séoudite depuis février 1945 –pacte du Quincy-. De même, en 1978, une alliance avait été conclue avec les islamistes contre l’URSS en Afghanistan, etc… Ce partage des rôles - les islamistes s’occupent de la charia et laissent les Américains s’occuper du pétrole – a montré ses limites. Par la pression militaire et par leurs subventions, les Etats-Unis espèrent contenir les élans anti-israéliens et antioccidentaux des islamistes. Dans le conflit sunnites-chiites, ils optent avec constance, après leurs déboires irakiens, contre Téhéran et ses alliés.       <br />
              <br />
       3.	La Russie et la Chine : il faut noter le souci de ces deux puissances de ne pas laisser le Proche Orient aux seuls Occidentaux. Les intérêts matériels (énergie notamment) ne sont pas seuls en cause. Ils ne souhaitent pas laisser se développer un « droit d’ingérence » qui, un jour, pourrait les prendre pour cible. L’interprétation extensive qui a été faite de la résolution 1973 sur la Libye les conforte dans leur détermination. La hantise de la Russie est de voir l’islamisme, qualifié de « wahhabite » s’incruster au Caucase, saper l’influence des Etats protégés de la CEI en Asie Centrale et gangréner les républiques musulmanes établies le long de la Volga (Tatarstan, dont la capitale, Kazan, à cinq cents kilomètres de Moscou, vient de connaître un attentat sanglant dirigé contre l’imam modéré dirigeant la grande Mosquée, Bachkirie). Il faut ajouter à cela la volonté de la Russie de Poutine, ostensiblement rechristianisé, de ranimer son rôle de  défenseur des chrétiens d’Orient, rôle qu’elle partageait dans le passé avec la France.       <br />
              <br />
       Dans les « printemps arabes », Téhéran n’est pas parvenu à jouer le rôle dont elle avait l’ambition. Israël, inquiet de l’islamisme et de la déstabilisation, a pour sa part insisté sur le péril iranien. La balkanisation de certains pays arabes n’est sans doute pas pour lui déplaire.       <br />
              <br />
       4.	La France s’est engagée depuis longtemps, lors de la première guerre du Golfe, sur la pente d’un certain suivisme à l’égard de la politique américaine au Moyen-Orient. La politique arabe d’inspiration gaullienne, on s’en souvient, avait été qualifiée, en mars 1991, de « succession d’illusions » par le ministre des Affaires étrangères de l’époque. L’arrivée au pouvoir de régimes islamistes dans le monde arabe ne peut que renforcer cette orientation qui va souvent au-delà d’une adaptation réaliste et n’hésite pas à « anticiper » (Libye-Syrie). La question de l’Etat palestinien est évidemment un marqueur d’autonomie central par rapport à la politique américaine. La reconnaissance d’un Etat palestinien peut conforter le courant laïque de la résistance palestinienne et contribuer à désamorcer les risques potentiels que comporte la montée de l’islamisme politique.       <br />
              <br />
       A Bahreïn, le silence radio a rapidement régné, tant le scénario réel était contradictoire avec la « doxa ».        <br />
              <br />
       Mais au Nord-Mali,  les contradictions sont là. Il nous faut ménager nos rapports avec les Etats africains amis. Une intervention militaire paraît inévitable. Mais la forme n’en est pas encore décidée. Alger qui tient les clés de la solution songe sans doute à une stratégie de division et de pourrissement telle qu’elle fut conduite pour réduire le GIA.       <br />
              <br />
              <br />
       Dans ce paysage  deux cas particuliers sont à signaler:       <br />
              <br />
       -	L’Algérie : Les élections de mai 2012 ont été jugées globalement sincères par les observateurs de l’Union européenne, d’une Fondation américaine, de la Ligue arabe et de l’Union africaine qui se sont déployés pour la première fois dans tout le pays. Le taux de participation – 43 % - peut paraître faible mais il est notablement supérieur au pronostic formulé dans les médias occidentaux (25 %). L’enseignement le plus fort est que la vague verte annoncée n’a pas eu lieu (les partis islamistes n’ont recueilli que 27% des voix) mais l’abstention traduit un retrait certain. Un fait a été ignoré : la présence de 30 % de femmes au sein de l’Assemblée Nationale.       <br />
              <br />
       -	Le Maroc : il faut évidemment prendre garde aux tensions éventuelles entre le roi et le gouvernement Benkhirane. Aujourd’hui, l’opinion se situe en arbitre et le roi peut choisir le moment et le thème pour contenir un PJD qui, avec 27% des voix, est puissant mais n’est pas le seul maître du jeu.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>IV – La balkanisation des Etats de la région</b>       <br />
              <br />
       L’un des changements les plus marquants dans la région est une tendance nette à la balkanisation des grands Etats. Les pays jadis dits du « front du refus » ont été les plus touchés par la balkanisation. L’Irak a vu son unité mise en cause par les divisions entre Arabes chiites, Arabes sunnites et Kurdes …  la partition du Soudan et la création du Sud-Soudan sont intervenues à l’issue d’un long processus de démembrement dont une des origines a été le conflit du Darfour, dossier très médiatisé par la presse américaine, et l’autre la résistance des minorités chrétiennes. La Libye, dans les faits, se retrouve fragmentée. En Syrie il n’est pas certain que l’issue écarte un éclatement du pays. Le Yémen a vu son unité encore plus fragilisée.        <br />
              <br />
       Le panislamisme, surtout dans sa forme wahhabite, n’est pas forcément contradictoire avec la tendance à la balkanisation, car il veut réduire les appartenances nationales au profit d’un  seul marqueur identitaire : la religion musulmane. La balkanisation-islamisation peut engendrer des affrontements  où nous serions sommés d’intervenir. La vieille thèse de l’Etat-nation serait bien plus utile à ces peuples. Le modèle de l’Etat-nation fondé sur la citoyenneté et non sur la communauté, l’ethnie ou la religion mérite d’être défendu face au modèle communautariste mais il ne peut l’être que par les peuples eux-mêmes.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>       <br />
       V – Quelle grille d’interprétation faut-il retenir de « l’islamisme politique » ?</b>       <br />
              <br />
       Le monde arabe est notre voisin. Il constitue une caisse de résonnance linguistique, culturelle, historique sans équivalent. Il est, qu’on le veuille ou non, le cœur du monde musulman de l’avenir duquel aucune grande puissance ne peut se désintéresser : Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Europe. Il y a une unité du  monde arabe et en même temps le monde arabe est divers. L’Islam, au XXIe siècle, est au cœur du monde. Nul ne peut se désintéresser de son avenir. Et en son centre, répétons-le, il y a le monde arabe.       <br />
              <br />
       Selon une thèse que j’emprunte en partie à Pierre Brochand, l’Islam serait de fait la principale force de résistance à la globalisation libérale que portent l’essor des nouvelles technologies de la communication, la libération des flux de capitaux, de marchandises et de services, sans parler des flux migratoires et enfin la dynamique de l’hyperindividualisme libéral. C’est surtout, selon moi, à ce dernier trait que l’Islam s’oppose le plus  fortement (il ne s’oppose pas à la libération des capitaux) ni plus généralement au libéralisme économique. La dynamique hyperindividualiste à quoi a abouti la civilisation occidentale n’est plus contrôlée. L’information circule à la vitesse de la lumière. Il y a 1,5 milliard d’utilisateurs d’internet dans le monde et 3,5milliards de portables. Cette révolution de l’information nourrit le consumérisme et l’hédonisme. La globalisation dévalorise tout ce qui est vertical (institutions, Etats, etc.) et donne l’illusion d’un monde enfin décloisonné, où l’individu est roi. Mais elle favorise aussi l’apparition de réseaux transnationaux (drogue, pornographie, criminalité, terrorisme) à la faveur des frustrations et des  déséquilibres qu’elle entraine. Dans ce monde interconnecté, nous sommes tous des « voisins obligés ». Cette globalisation d’origine occidentale, et particulièrement celle de l’information, se heurtent à la réalité du monde non occidental, chacun, en son sein, réagissant avec ses propres moyens pour mettre à profit ses atouts spécifiques (délocalisations industrielles – rente pétrolière – trafic de drogue – piraterie, immigration clandestine, etc.) au risque de l’« anomie » (j’appelle ainsi l’absence de toute règle ouvrant la voie à un monde de plus en plus chaotique.        <br />
              <br />
       Samuel Huntington a inventé, en 1994, l’expression de « choc des civilisations » : il visait principalement l’Islam qui oppose à l’hyperindividualisme libéral une réaction non étatique de même nature, qu’on peut qualifier d’« identitaire ».       <br />
              <br />
       Ses valeurs : primauté du groupe et de la famille patriarcale, hétéronomie absolue, confusion du public et du privé, du politique et du religieux, interdits sexuels, etc. l’opposent trait pour trait à l’hyperindividualisme porté par la globalisation libérale. L’Islam apparaît de fait, dans le monde d’aujourd’hui, comme le porteur par excellence de la tradition. Il n’en est certainement pas le seul vecteur, mais il est à coup sûr le plus dynamique. Il me paraît nécessaire cependant de bien distinguer entre l’Islam qui est d’abord une religion, même si elle tend à régenter l’espace social tout entier (mais quelle religion n’en a-t-elle pas eu la tentation ?), et par ailleurs l’islamisme qui est une idéologie politique et qui tend à la conquête du pouvoir politique. Il est de fait qu’après l’effondrement du communisme, l’islamisme, dans certaines de ses variantes (iranienne notamment), peut aussi vouloir récupérer une fonction contestatrice (anti-impérialisme, altermondialisme, etc.). Il est important de ne pas figer l’Islam dans une sorte d’essentialisme. L’Islam n’est pas un bloc. En son sein, coexistent des courants très divers.        <br />
              <br />
       Plusieurs sensibilités s’y expriment : des courants modernistes (c’était largement le cas du nationalisme arabe) mais aussi des réactions d’autodéfense par rapport à l’hyperindividualisme libéral confondu avec l’Occident qu’on peut distinguer selon le niveau de dissidence qu’elles expriment :        <br />
              <br />
       -	les réactions de rejet : le djihadisme ;       <br />
       -	les réactions de refus : l’islamisme politique       <br />
       -	les réactions de repli : l’islamisation des mœurs.       <br />
              <br />
       1.	Le djihadisme préconise le retour à la lettre du Coran et au califat originel, par la guerre à la fois contre l’Occident et contre ses suppôts locaux (les régimes « mécréants »). L’événement fondateur est, pour les djihadistes, l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Mais le développement ultérieur du djihadisme renvoie à de graves crises d’identité, que ce soit en pays musulman ou dans les pays d’émigration, souvent, par défaut d’appartenance véritable des individus concernés. Les groupes djihadistes s’appuient sur un terreau beaucoup plus « porteur » que les groupuscules gauchistes des années 1970. C’est un terreau qu’il faut assécher si on veut pouvoir les réduire. Ils ne représentent d’ailleurs qu’une très petite minorité, chez des hommes jeunes, en pleine crise d’identité, mais la masse des musulmans, fondamentalement modérés, les rejette.       <br />
              <br />
       2.	L’autodéfense musulmane peut prendre en pays d’Islam la forme du refus : c’est l’islamisme politique qui recherche non la confrontation globale avec l’Occident mais la prise de pouvoir dans un pays donné par la voie des élections, avec l’objectif d’y imposer la « charia ». L’islamisme politique est pragmatique. Il ne remet pas en cause le marché. Il est ouvert aux compromis. La question qui se pose est de savoir s’il peut accepter le pluralisme, l’alternance, une totale liberté de conscience, d’opinion, bref de démocratie et qu’on puisse ainsi parler de « démocratie musulmane » comme il y a eu, après 1945, en Europe, une « démocratie chrétienne », notamment en Italie et en Allemagne. Peut-il constituer un « détour » vers la démocratie ? Henry Laurens semble le penser : « Le pouvoir pourrait bien se révéler être un cadeau empoisonné pour les islamistes. Ne l’oubliez pas, l’exercice du pouvoir n’a pas encore commencé. Même en Tunisie, pour le moment, on est encore à l’étape de la Constituante. Nous venons d’entrer dans une nouvelle phase qui ne sera sûrement pas la dernière.  Le moment arrive de la confrontation avec la réalité. Il va falloir se colleter avec les épines de la gestion quotidienne, maintenir l’ordre, assurer qu’il y ait des places dans les écoles, donner du travail aux jeunes. A tout cela, l’islam ne peut rien ».       <br />
              <br />
       Henry Laurens ajoute : « Il y aura des abcès de fixation, des crises dues aux tentatives de tester les nouveaux pouvoirs, comme cela se voit maintenant en Tunisie dans certaines universités à propos du port du niqab. Mais les courants majoritaires n’iront pas jusqu’à sacrifier l’économie. Les doctrines islamiques sont en général des doctrines solidaristes. Elles s’accommodent d’une médiocrité globale, mais où chacun a les moyens de vivre. … Rien n’empêche de penser que les islamistes d’ici à quelques années se seront délégitimés face à la pression des problèmes sociaux. Ils ont pu faire leur campagne électorale sur des thèmes identitaires,  mais ils sont rattrapés maintenant par le problème beaucoup plus redoutable de l’emploi. Ils ne sont pas pour bouleverser les choses ou créer un monde nouveau. Nous ne sommes pas en 1789 ou en 1917. L’objectif de la « révolution » est de faire coïncider le pouvoir avec la société. Or, les sociétés musulmanes sont conservatrices. Elles ne remettent pas en question les circuits de l’économie. Les révolutions arabes se sont faites dans un espace conservateur et au nom du principe du réel. ».       <br />
              <br />
       Cette vision du grand orientaliste s’avèrera sans doute juste dans la longue durée mais les hommes politiques agissent à court et moyen termes. L’islamisme politique comporte des dérives potentielles qu’il serait imprudent de ne pas envisager : complaisance à l’égard du salafisme et par ce biais du djihadisme, perturbations géopolitiques majeures, irréversibi-lité des processus engagés, degré d’emprise sur la société, s’agissant notamment du statut de la femme, et cela d’autant plus que les courants modernistes sont divisés et ne fournissent pas d’alternative politique.       <br />
              <br />
              <br />
       3.	Il est une troisième forme de réaction des sociétés musulmanes à l’hyperindividualisme libéral porté par l’Occident : c’est le repli, l’islamisation des mœurs, quelquefois encouragée par des gouvernements non-islamistes, mais dont il n’est pas aventuré de prédire qu’elle nourrira à terme l’islamisme politique et qui sera pénible voire insupportable aux Arabes qui n’ont pas la soumission au Coran comme dogme exclusif.        <br />
              <br />
       Il existe ainsi un savant dégradé de réactions défensives des sociétés musulmanes à la déferlante de l’hyperindividualisme libéral. Mais il y a aussi des synthèses modernistes en gestation. La tentation est toujours grande de s’incliner devant le fait accompli. On l’a vu en d’autres temps. Pour ma part, je ne crois pas qu’il faille « jeter le bébé avec l’eau du bain ». L’idée républicaine est aussi, pour le monde arabe, « une idée toujours neuve ». C’est ce que nous dit par exemple Georges Corm du Liban et du Moyen-Orient , mais qu’on perçoit très bien aussi dans la société algérienne.        <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>VI – Quelle politique française vis-à-vis du monde arabe aujourd’hui ?</b>       <br />
              <br />
       La France doit, selon moi, rester fidèle à une politique de principes : respect de l’autodétermination des peuples dans le cadre de la Charte des Nations-Unies, refus de l’« ingérence », dialogue des cultures et des nations. Naturellement, la République française repose sur des valeurs, mais ces valeurs ne s’exportent pas à la pointe des baïonnettes ou par missiles guidés avec précision. La démocratie, en particulier, n’est pas, comme l’a bien vu Jacques Berque, un article d’exportation. Elle doit prendre appui, pour se développer, soit sur la transformation de concepts ou d’institutions traditionnels pour relever les défis du présent, soit sur l’emprunt à l’étranger de concepts et d’outils que les sociétés veulent s’approprier par nécessité de survie, comme ce fut le cas au Japon, à l’ère Meiji. C’est dans leurs propres motivations que les peuples arabes doivent ainsi trouver le ressort qui les fera acteurs et maîtres de leur destin. Jacques Berque récuse l’idée d’une guerre des civilisations. Il préconise le dialogue et je ne crois pas trahir son esprit en disant qu’il manifesterait une certaine empathie pour les révolutions arabes tout en tenant bon sur ce que nous appelons « les valeurs des Lumières ». Le Prophète lui-même, dans la traduction du Coran qu’a donnée Jacques Berque, fait quarante-quatre fois appel à la « raison naturelle » et exhorte ses disciples à « rechercher le Savoir jusqu’en Chine », alors l’extrémité du monde connu. La notion anglo-saxonne du « soft power » mérite d’être revisitée : de quelles valeurs voulons-nous réellement donner l’exemple ? L’hyperindividualisme libéral ? N’oublions pas que la Révolution française a mis le citoyen au-dessus de l’individu. Est-ce que les programmateurs de nos chaines télévisées se rappellent toujours que leurs émissions sont très regardées dans le monde arabe et particulièrement au Maghreb ?       <br />
              <br />
       Il me semble qu’une République française fidèle à ses valeurs d’égalité (ce qui manque le plus), de fraternité, de liberté d’esprit et qui ne ferait pas de la laïcité une arme contre les religions (ce qu’elle n’est pas et ne doit pas être), servirait utilement le dialogue avec le monde musulman.       <br />
              <br />
       La République ne se confond pas avec l’hyperindividualisme et encore moins avec l’anarchie. La République est d’abord celle des citoyens. Elle implique des règles. Il y a un siècle et demi que Lacordaire énonçait déjà qu’« entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ».       <br />
              <br />
       L’islamisme politique est à coup sûr un courant important dans le monde musulman d’aujourd’hui. Il comporte des versions traditionnelles (wahhabite, déobandie) ou plus modernes (les Frères musulmans). Nous n’avons aucune assurance sur sa réversibilité, tant qu’il n’a pas démontré son respect de la volonté populaire et des libertés publiques. Nous ne savons pas non plus le degré d’emprise qu’il exercera sur les sociétés qu’il parviendrait à dominer politiquement (s’agissant notamment du statut de la femme).       <br />
              <br />
       Pour autant, la France doit rester fidèle, selon moi, au principe de non-ingérence, sans pour autant cesser d’affirmer les valeurs républicaines qui sont, si je puis dire, dans son génome.       <br />
              <br />
       Nous devons reconnaitre les gouvernements issus des urnes, qu’ils nous plaisent ou non, et donc continuer à reconnaitre des Etats et non des régimes.       <br />
              <br />
        Mais on peut aller plus loin, par des alliances stratégiques, avec les pays qui nous sont les plus proches. C’est évidemment le cas de l’Algérie et du Maroc. Si la France veut avoir une politique arabe, et plus généralement vers le Sud, l’Algérie est la clé du Sud, comme l’avait remarqué le général de Gaulle (de même que la réconciliation franco-allemande fut le point de départ d’une politique européenne). Il y a, des deux côtés, des adversaires à cette réconciliation. Celle-ci peut seule ouvrir la voie d’un avenir commun car au plan économique, politique, humain, les convergences sont innombrables. A condition d’avoir une politique !       <br />
              <br />
       Quelle politique arabe pour la France ? Il faut instaurer la cohérence : on ne peut pas à la fois hystériser l’islam en France et proposer « l’union pour la Méditerranée », comme la tentation s’en est manifestée.       <br />
              <br />
       On ne peut pas soutenir l’islamisme politique dans le monde arabe en fermant les yeux sur ses dérives djihadistes et combattre ce même djihadisme en Asie (Afghanistan) ou en Afrique (Mali). On ne doit pas faire non plus comme si l’islamisme politique était le seul régime qui convenait chez eux aux peuples arabes et prôner en même temps l’intégration en France de nos compatriotes de tradition musulmane. Nous éprouvons certes quelques difficultés de transmission des valeurs républicaines.  Mais ce n’est pas le problème de l’Islam. C’est le problème de la France !       <br />
              <br />
              <br />
       La France doit rester fidèle à son héritage républicain, et ne pas se rallier à la vulgate de l’hyperindividualisme libéral. Les valeurs républicaines sont souvent des valeurs héritées mais laïcisées. La France doit défendre les droits de l’Homme, certes, mais sans oublier ceux du Citoyen. Les seconds garantissent les premiers.       <br />
              <br />
       C’est ainsi, à bien y réfléchir, que la France rendra service à l’Occident lui-même. Elle rendra service aussi au monde musulman, en l’aidant à trouver le juste équilibre entre ce que Jacques Berque appelait « modernité » et « authenticité ».       <br />
               <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/4995382-7459420.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Les-changements-politiques-dans-le-monde-arabe_a1451.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-3289414</guid>
   <title>Actes du séminaire de la Fondation Res Publica: "Un printemps arabe?"</title>
   <pubDate>Wed, 21 Sep 2011 08:01:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Les actes du séminaire du 26 mai 2011 sont en ligne sur le site de la Fondation Res Publica     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3289414-4714484.jpg?v=1316554735" alt="Actes du séminaire de la Fondation Res Publica: "Un printemps arabe?"" title="Actes du séminaire de la Fondation Res Publica: "Un printemps arabe?"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Accueil-par-Jean-Pierre-Chevenement_a587.html">Accueil</a> de Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Intervention-d-Hubert-Vedrine_a588.html">Intervention d'Hubert Vedrine</a>, ancien ministre des Affaires Etrangères       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Intervention-de-Jean-Pierre-Filiu_a589.html">Intervention de Jean-Pierre Filliu</a>, professeur associé à Sciences Po       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Intervention-de-Sami-Nair_a590.html">Intervention de Sami Naïr</a>, membre du Conseil d’administration et du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Bouleversements-politiques-et-recompositions-geopolitiques_a591.html">Bouleversements politiques et recompositions géopolitiques</a>, par Joseph Maïla, directeur de la Prospective au ministère des Affaires étrangères et européennes       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Intervention-de-Jean-Felix-Paganon_a592.html">Intervention de Jean Félix-Paganon</a>, ambassadeur de France en Égypte       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Intervention-de-Francois-Gouyette_a593.html">Intervention de François Gouyette</a>, ambassadeur de France en Libye       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Debat-final_a594.html">Débat final</a> avec Pierre Conesa, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, Loïc Hennekinne, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica, ambassadeur de France, ancien secrétaire général du Quai d'Orsa et François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran        <br />
              <br />
              <br />
       Voir les actes du séminaire <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Un-printemps-arabe_r84.html">&quot;Un printemps arabe?&quot;</a> en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.        <br />
              <br />
       Le cahier imprimé du séminaire &quot;Un printemps arabe?&quot; est<a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/shop/Cahier-Un-printemps-arabe_p69.html"> disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3289414-4714484.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Actes-du-seminaire-de-la-Fondation-Res-Publica-Un-printemps-arabe_a1217.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-2927975</guid>
   <title>Jean-Pierre Chevènement: "Une régulation des flux migratoires n’empêche pas une attitude plus généreuse"</title>
   <pubDate>Thu, 28 Apr 2011 23:05:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était jeudi 28 avril l’invité de l’émission « Face aux chrétiens » animée par Dominique Gerbaud sur Radio Notre Dame. Il répondait aux questions de Louis Daufresne (Radio Notre-Dame), Romain Mazenod (RCF) et Bernard Gorce (« La Croix »). L’ancien ministre réclame un plan Marshall pour les pays de la rive sud de la Méditerranée.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2927975-4149187.jpg?v=1304024707" alt="Jean-Pierre Chevènement: "Une régulation des flux migratoires n’empêche pas une attitude plus généreuse"" title="Jean-Pierre Chevènement: "Une régulation des flux migratoires n’empêche pas une attitude plus généreuse"" />
     </div>
     <div>
      <b>Faut-il rétablir des contrôles aux frontières face à l’arrivée des migrants ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement:</b> Le problème est très mal posé. Distinguons celui des réfugiés, notamment libyens, qui doivent être accueillis au titre de l’asile, de celui des Tunisiens, qui viennent pour des raisons économiques. Les concernant, il faut examiner leur situation au cas par cas. Une régulation des flux migratoires est nécessaire mais rien n’empêche une attitude plus généreuse, plus ouverte vis-à-vis de ces migrants.       <br />
              <br />
       <b>Quelle doit être l’attitude de l’Europe vis-à-vis des pays arabes en pleine révolution ?  </b>       <br />
       L’interconnexion de toute la jeunesse de ces pays a été le vecteur des révolutions, notamment en Égypte et en Tunisie. Mais on n’a pas résolu le problème de fond qu’est le chômage de cette jeunesse, souvent formée et éduquée. Cette situation implique aujourd’hui un effort économique de l’Europe       <br />
              <br />
       Toutes nos aides ne doivent pas être concentrées sur les pays d’Europe centrale et orientale. Nous devons mettre aujourd’hui au moins 100 milliards d’euros pour les pays de la rive sud de la Méditerranée, un peu à l’exemple du plan Marshall des États-Unis.        <br />
              <br />
       Pour l’avenir et la sécurité de l’Europe, au nom de l’humanité du monde dans lequel nous allons vivre, donnons à ces peuples les moyens de restaurer leur dignité. Il s’agit d’un devoir impérieux de l’Europe.       <br />
              <br />
       <b>Arnaud Montebourg prône une « démondialisation  ». Seriez-vous prêt à soutenir sa candidature à la présidentielle  ?</b>       <br />
       Arnaud Montebourg a approfondi sa réflexion et ouvert des pistes intéressantes. Si j’étais socialiste, je le soutiendrais à l’occasion des primaires. Je constate que les quatre autres candidats les plus en vue ne diffèrent pas sur les orientations générales concernant l’euro et l’Europe.        <br />
              <br />
       Ils ne nous proposent comme solution qu’une intégration politique, toujours plus poussée, dans un système qui, en l’état actuel des textes profondément néolibéraux, nous engloutirait dans l’empire des marchés financiers.        <br />
              <br />
       Or, moi, je suis pour la nation républicaine, pas pour l’empire, quelle qu’en soit la forme. Si je suis candidat à la présidentielle, ce sera pour faire bouger les lignes.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/Jean-Pierre-Chevenement-Une-regulation-des-flux-migratoires-n-empeche-pas-une-attitude-plus-genereuse-_EP_-2011-04-28-596154">La Croix</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/2927975-4149187.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-Une-regulation-des-flux-migratoires-n-empeche-pas-une-attitude-plus-genereuse_a1127.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-2783460</guid>
   <title>La "responsabilité de protéger" doit être interprétée strictement</title>
   <pubDate>Fri, 18 Mar 2011 10:32:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div>
      Le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté hier soir une résolution visant à protéger les populations civiles libyennes. Cette responsabilité de protéger définie par l'ONU en 2005 ne se confond nullement avec un droit d'ingérence ouvert à la France, à la Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et aux pays volontaires.        <br />
              <br />
       Il faut souhaiter que la résolution du Conseil de sécurité soit interprétée strictement. Les frappes doivent être réservées à des cibles militaires. Il faut donc éviter tout dommage collatéral sur les civils.       <br />
              <br />
       La France serait bien inspirée d'agir en contact étroit avec les pays arabes, notamment l'Egypte et les pays du Maghreb.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/La-responsabilite-de-proteger-doit-etre-interpretee-strictement_a1097.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-1168273</guid>
   <title>Proche-Orient : Chevènement «pas sûr» que Sarkozy arrive à se faire entendre</title>
   <pubDate>Mon, 05 Jan 2009 12:28:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Dépêche AFP, lundi 5 janvier 2009, 11h52.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1168273-1507396.jpg?v=1289480057" alt="Proche-Orient : Chevènement «pas sûr» que Sarkozy arrive à se faire entendre" title="Proche-Orient : Chevènement «pas sûr» que Sarkozy arrive à se faire entendre" />
     </div>
     <div>
      L'ancien ministre de la Défense Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), n'est &quot;pas sûr&quot; que Nicolas Sarkozy arrive &quot;à se faire réellement entendre&quot; au Proche-Orient, estimant que &quot;ce sont les Américains qui ont la clé&quot; du conflit israélo-palestinien.       <br />
              <br />
       Le chef de l'Etat commence lundi en Egypte, Cisjordanie et Israël, une tournée éclair de deux jours au Proche-Orient.       <br />
              <br />
       &quot;Je ne suis pas sûr que c’est en affirmant, comme il l’a fait voici quelques jours, sa compréhension d’Israël au moment où celui-ci bombardait Gaza que Nicolas Sarkozy peut arriver à se faire réellement entendre&quot;, affirme le sénateur de Belfort <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-Parisien-Une-offensive-vouee-a-l-echec_a740.html">dans un entretien au Parisien</a>.       <br />
              <br />
       M. Sarkozy &quot;sait être pragmatique (...) mais ce qu’il faut aujourd’hui, c’est une forte volonté politique, notamment pour peser sur la politique d’Obama, parce que ce sont les Américains qui ont la clé&quot;, poursuit-il.       <br />
              <br />
       M. Chevènement estime par ailleurs que l'offensive terrestre israélienne est &quot;vouée à l'échec&quot;. &quot;Une armée ne peut pas l’emporter sur une concentration de 1,5 million de réfugiés massés sur quelques centaines de kilomètres carrés&quot;, prévient-il.       <br />
              <br />
       Soulignant un &quot;problème mondial&quot; qui n'est &quot;pas seulement le problème de Gaza&quot;, le sénateur dit craindre des &quot;ripostes terroristes non seulement au Proche-Orient, mais dans le monde entier&quot;, voyant notamment dans Al-Qaïda au Maghreb une &quot;menace pour la France&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1168273-1507396.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Proche-Orient-Chevenement-pas-sur-que-Sarkozy-arrive-a-se-faire-entendre_a741.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-1167875</guid>
   <title>Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien : « Une offensive vouée à l’échec »</title>
   <pubDate>Mon, 05 Jan 2009 09:59:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien au Parisien, propos recueillis par Philippe Martinat, lundi 5 janvier 2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1167875-1506867.jpg?v=1289480057" alt="Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien : « Une offensive vouée à l’échec »" title="Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien : « Une offensive vouée à l’échec »" />
     </div>
     <div>
      Président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), Jean-Pierre Chevènement avait démissionné en janvier 1991 de son poste de ministre de la Défense pour protester contre l’engagement de la France dans la première guerre du Golfe.       <br />
              <br />
       <b>Le Parisien : Cette nouvelle guerre entre Israéliens et Palestiniens était-elle prévisible ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Elle était en tout cas évitable.       <br />
       On ne peut comprendre ce qui se passe à Gaza -territoire transformé par le blocus israélien en véritable prison à ciel ouvert- que si on revient aux élections de 2006 remportées par le Hamas. Israël et la communauté internationale ont refusé que cette victoire se traduise au niveau du gouvernement de l’Autorité palestinienne. Comme si on préférait voir se désintégrer ce qui lui reste d’autorité et la société palestinienne elle-même.       <br />
              <br />
       <b>Le Hamas est-il, comme l’affirme Israël, un mouvement terroriste ?</b>       <br />
       Il faut éviter les amalgames. <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-evolution-du-Hamas_a308.html">Le Hamas est un mouvement très complexe</a> qui a une aile religieuse fondamentaliste et une autre aile nationaliste, souvent composée de jeunes militants venus du Fatah <span style="font-style:italic">(NDLR : le parti de Yasser Arafat et de Mahmoud Abbas)</span>. Lorsqu’on a refusé le verdict des urnes en 2006, cette attitude d’Israël et de la communauté internationale a été contre-productive. Je suis très attaché à la sécurité à long terme d’Israël et je pense qu’elle est indissociable de la modernisation des sociétés musulmanes. Quand on parle de terrorisme, il faut distinguer d’un côté Al-Qaïda, les partisans d’une sorte d’empire musulman à l’échelle mondiale et, d’autre part, des mouvements nationalistes qui combattent pour des objectifs limités, en l’occurrence la création d’un Etat palestinien libre et indépendant.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1167875-1506875.jpg?v=1289480057" alt="Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien : « Une offensive vouée à l’échec »" title="Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Parisien : « Une offensive vouée à l’échec »" />
     </div>
     <div>
      <b>En bombardant les villes israéliennes, le Hamas ne porte-t-il pas une responsabilité évidente ?</b>       <br />
       Les responsabilités à court terme sont comme toujours multiples : il y a les tirs de roquettes du Hamas, mais aussi le blocus de Gaza par Israël. Il faut se placer du point de vue du processus politique lui-même, tel qu’il est conduit depuis les conférences de Madrid en 1992 et le processus d’Oslo. En seize ans, on n’a pas avancé, au contraire, sur la voie de la création d’un Etat palestinien. Le crédit de l’Autorité palestinienne est profondément atteint et l’attaque israélienne ne peut que la ruiner davantage. Lorsqu’on regarde les choses sur la longue durée, on ne peut qu’être frappé par l’absence de volonté politique et la prééminence du deux poids deux mesures.       <br />
              <br />
       <b>Barack Obama peut-il changer la donne ?</b>       <br />
       Barack Obama va être confronté à des choix très importants. Le nouveau président américain, qui a prévu de retirer ses troupes d’Irak tout en renforçant la présence militaire américaine en Afghanistan -je l’espère pour laisser aux Afghans eux-mêmes le soin de faire la paix-, va se voir imposer en tête de son agenda le problème palestinien. Pour Obama, le problème sera de faire baisser la tension dans l’ensemble du monde musulman. Et pour cela, il faut avancer sur la voie d’un Etat palestinien. C’est la non-réalisation de cet objectif qui a entraîné le pourrissement de la situation et le développement du Hamas.       <br />
              <br />
       <b>L’armée israélienne va-t-elle remporter une victoire ?</b>       <br />
       Il est évident que l’offensive terrestre de l’armée israélienne n’aboutira à aucun résultat tangible. Elle est vouée à l’échec. Une armée ne peut pas l’emporter sur une concentration de 1,5 million de réfugiés massés sur quelques centaines de kilomètres carrés. Ce qu’on peut craindre, ce sont les ripostes terroristes non seulement au Proche-Orient, mais dans le monde entier. Nous ne sommes pas nous-mêmes à l’abri : Al-Qaïda au Maghreb est une menace pour la France. Nous devons prendre conscience que nous sommes face à un problème mondial ! Ce n’est pas seulement le problème de Gaza.       <br />
              <br />
       <b>La médiation de Sarkozy peut-elle réussir ?</b>       <br />
       Je ne suis pas sûr que c’est en affirmant, comme il l’a fait voici quelques jours, sa compréhension d’Israël au moment où celui-ci bombardait Gaza que Nicolas Sarkozy peut arriver à se faire réellement entendre. Il sait être pragmatique, on l’a vu dans l’affaire du Caucase, mais ce qu’il faut aujourd’hui, c’est une forte volonté politique, notamment pour peser sur la politique d’Obama, parce que ce sont les Américains qui ont la clé.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1167875-1506875.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-Parisien-Une-offensive-vouee-a-l-echec_a740.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-899126</guid>
   <title>L’Union pour la Méditerranée : Un concept global de sécurité</title>
   <pubDate>Tue, 01 Apr 2008 16:26:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Forum de Paris, samedi 29 mars 2008.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/899126-1108690.jpg?v=1289480130" alt="L’Union pour la Méditerranée : Un concept global de sécurité" title="L’Union pour la Méditerranée : Un concept global de sécurité" />
     </div>
     <div>
      Je veux d’abord féliciter Albert Mallet pour cette initiative qui vient à son heure et qui peut nourrir la réflexion utilement sur le projet d’Union pour la Méditerranée. J’admire les analyses pénétrantes d’Hubert Védrine. Je m’expose, par l’optimisme de la volonté que je professe, à tomber sous sa critique ravageuse.        <br />
              <br />
       Pour en venir au sujet de mon intervention, la sécurité ne peut être que globale. Isoler un facteur de risque pour le traiter par des moyens purement militaires ne supprime pas le risque mais l’accroît, comme on l’a vu avec l’invasion de l’Irak. Le concept de guerre contre la terreur, en soi légitime, a été ainsi discrédité par l’emploi de moyens inappropriés qui ont accru le risque plus qu’ils ne l’ont conjuré. Une véritable sécurité implique une confiance partagée au Nord comme au Sud de la Méditerranée.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Or, plusieurs facteurs pèsent négativement</span> pour empêcher cette confiance de s’établir :       <br />
              <br />
       -	Le souvenir d’un passé conflictuel et d’abord, au Sud, la crainte de voir se recréer des formes de domination coloniale.       <br />
       -	Les déséquilibres démographiques, et particulièrement la croissance très rapide des populations actives au Sud, ainsi que la disparité des niveaux de vie qui alimentent, au Nord, la crainte de flux migratoires incontrôlés de populations ne partageant pas sur certains points le même système de valeurs.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ces souvenirs et ces craintes s’avivent :       <br />
              <br />
       -	De la multiplication d’actes terroristes, au Sud comme au Nord.       <br />
       -	Des  risques de déstabilisation politique du fait d’une contestation islamiste radicale et souvent violente.       <br />
       -	De la prolifération d’armes de destruction massive et des risques de dissémination nucléaire.       <br />
              <br />
       La coexistence de plusieurs aires culturelles distinctes, dotées d’une constance voire d’une inertie historiques prodigieuses comme l’a bien montré Fernand Braudel, ne sera possible que si le concept de « guerre de civilisations » est clairement rejeté. C’est une civilisation commune que nous devons élaborer sur les bords de notre mer commune.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – L’idée principale que je vais développer est qu’il n’y a pas de codéveloppement possible entre les deux rives de la Méditerranée en dehors du respect de l’identité de chaque peuple établi sur ses rives.</b>       <br />
              <br />
       L’Union pour la Méditerranée s’inspire d’une grande idée juste : les pays de la rive Sud trouveront dans leur relation avec l’Europe, qui représente 40 % du commerce mondial, un vecteur essentiel de leur développement futur et ce développement, source de sécurité, répond à l’intérêt européen bien compris        <br />
              <br />
       Mais cette idée juste ne saurait occulter cette autre idée tout aussi fondamentale : il n’y aura de codéveloppement entre les deux rives de la Méditerranée que fondée sur le respect de l’identité, de l’authenticité et donc de la dignité de chaque peuple établi sur ses rives. Il ne s’agit pas d’exporter la démocratie, de transférer des valeurs ni même des technologies en les plaquant sur des sociétés qui ont chacune leur culture et leur histoire. Il s’agit de faire en sorte que nos sociétés, au Nord comme au Sud, transposent leur identité en termes d’avenir et que chacune, selon l’expression de Jacques Berque, intègre à son propre legs les emprunts qu’elle fait à l’extérieur, bref s’approprie, en s’appuyant sur ses propres déterminations, ce qu’elle aura trouvé ailleurs : les apports migratoires venus du Sud au Nord, les formes modernes de production et d’organisation au Sud. Chacun doit avancer à partir de ce qu’il est. Cette pensée exigeante est à l’opposé des déstructurations coutumières à notre modèle de développement. Elle ne confond pas l’enrichissement mutuel des pays qui bordent la Méditerranée et la renonciation de chacun à être soi-même.        <br />
              <br />
       Le respect de l’identité implique plus que le respect des différences : la permanente disponibilité à s’enrichir de la différence de l’autre, bref un état d’esprit qui va à l’encontre de l’uniformisation marchande, si souvent vectrice d’inégalités et de fragmentations sociales.       <br />
              <br />
       De cette pensée « berquienne » je fais découler quelques conséquences :       <br />
              <br />
       1.	Notre ennemi commun c’est l’ignorance d’où procède l’insécurité. Il faut faire reculer l’ignorance, développer la connaissance de l’autre, de son histoire, de sa langue, de sa littérature, de sa religion.       <br />
              <br />
       2.	Lutter contre le terrorisme ou la prolifération, ce n’est pas seulement se préoccuper de faire reculer la misère et le mépris des droits humains, même si cela est nécessaire, c’est d’abord assécher le terreau où le terrorisme et la course aux armements s’enracinent.       <br />
       <span style="font-style:italic">C’est chercher à résoudre les problèmes politiques pendants</span> : l’occupation de l’Irak par des troupes étrangères, l’absence d’un Etat palestinien viable et d’une paix mutuellement acceptée au Proche-Orient quarante ans après la guerre de 1967. Vouloir assécher le terreau sur lequel prospère le terrorisme, c’est refuser un droit international à deux vitesses, c’est tarir un sentiment légitime d’injustice, d’autant plus vivement ressenti que le souvenir colonial continue de peser dans la mentalité des peuples musulmans. Bref c’est mettre avec soi le sentiment de la dignité.       <br />
              <br />
       3.	<span style="font-style:italic">Il faut que le Nord s’ouvre au Sud </span>: L’Union pour la Méditerranée est une idée incompatible avec la transformation de l’Europe en forteresse. La politique migratoire est à repenser entièrement. J’y reviendrai dans quelques instants. <span style="font-style:italic">Mais il faut aussi que le Sud prenne en considération les besoins légitimes de sécurité des populations établies au Nord et leur attachement aux valeurs et aux principes qu’elles considèrent comme des conquêtes</span> sur un passé d’arbitraire et de domination : la laïcité, l’égalité de l’homme et de la femme. Evidemment, cela suppose qu’inversement la défense des droits de l’homme ne soit pas détournée de son objet.       <br />
              <br />
       4.	<span style="font-style:italic">A cet égard il ne faut pas se tromper d’approche : la démocratie au Sud</span> a certainement beaucoup de progrès à faire mais elle résultera très largement du développement, qui implique – on le sait – une raisonnable transparence. La démocratie sera affermie quand une solide base économique permettra l’émergence de classes moyennes nombreuses. Il faut prendre garde aux politiques de Gribouille qui sous le généreux prétexte de lutter contre la corruption feraient le lit de la confiscation du pouvoir par un islamisme politique radical et violent, qui signerait la fin définitive de toute espérance démocratique. La voie est étroite, mais le mieux est quelquefois – c’est un vieux proverbe qui le dit – l’ennemi du bien.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Comment maintenant passer à l’application ?</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A) Deux précisions préalables :</span>       <br />
              <br />
       1.	Il me semble que l’Union pour la Méditerranée est bien partie pour être un « Euromed plus ». A tort ou à raison, du fait des réticences. Le processus de Barcelone n’avait pas que des défauts. Tout est donc dans le « plus » ; On sait que les flux financiers mobilisés vers les pays du Sud de la Méditerranée ont été dans la période récente très notablement inférieurs à ceux dirigés vers les PECOs : dans un ordre de un à dix. Si cela pouvait être corrigé, ce serait déjà un progrès.       <br />
              <br />
       Ensuite il faut des mécanismes innovants et paritaires.       <br />
              <br />
       2.	Un début d’institutionnalisation peut créer les conditions d’une meilleure appropriation par les peuples du Sud de la Méditerranée des objectifs et des moyens du développement (thème que j’ai entendu développer par l’Ambassadeur Abou Youb). <span style="font-style:italic">L’optimisme de la volonté</span> peut permettre que s’enclenchent des cercles vertueux : le développement suppose une stabilité politique, monétaire, des règles du jeu stables, des procédures transparentes, un secteur bancaire moderne, un souci de la qualité et des délais dont les pays du Sud sont souvent encore loin, même si des progrès remarquables ont pu être observés. Pour créer des cercles vertueux, il faut un mythe moteur par lequel les peuples peuvent s’approprier l’idée d’un progrès partagé.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B) J’ai entendu dire que l’Union pour la Méditerranée se ferait par les projets qu’elle susciterait. </span>       <br />
              <br />
       J’ai entendu les propositions très concrètes proposées par Jacques Attali. Pour ma part, je propose trois grandes pistes.       <br />
              <br />
       1.	<span style="font-style:italic">S’agissant du financement,</span> l’épargne des migrants représentera toujours plus que l’aide publique au développement. Pour le Maghreb seul on l’évalue à près de 100 Milliards d’euros. Il faut donc favoriser des flux temporaires de migration du travail et revoir de fond en comble la politique migratoire, distinguer la circulation et l’établissement, privilégier l’immigration de travail sur le regroupement familial. La circulation doit se faire dans les deux sens : le tourisme du Nord vers le Sud peut générer des flux de devises importants. Mais qui dit tourisme dit aussi sécurité.       <br />
              <br />
       2.	<span style="font-style:italic">Le codéveloppement se fera largement par le biais des IDE </span>(investissements directs). L’Europe devrait orienter les délocalisations industrielles vers les pays de la rive sud de la Méditerranée plutôt que vers l’Asie. C’est son intérêt de penser une politique d’aménagement du territoire à l’échelle euroméditerranéenne. Les investissements extérieurs apporteront les technologies modernes, nécessaires au développement. Le succès de l’Union pour la Méditerranée sera de créer les conditions propices à l’investissement productif (infrastructures, mais aussi et surtout formation sur place d’une main d’œuvre qualifiée).       <br />
              <br />
       3.	<span style="font-style:italic">L’énergie</span> doit être au cœur du processus de développement euroméditerranéen. Il ne faut pas contester aux pays du Sud le droit de contrôler leurs richesses, y compris s’ils le veulent, par la nationalisation. Là n’est pas le problème et il ne faut pas tout mélanger : le terrorisme et les nationalisations, comme il m’est arrivé de le lire sous quelques plumes autorisées. Est-ce que la nationalisation du pétrole irakien en 1972 n’a pas pesé plus lourd que le régime de Saddam Hussein dans la décision d’envahir l’Irak en 2003 ? Les pays producteurs devront bien vendre leur pétrole ou leur gaz quelque soit le statut des entreprises productrices. Il faut donc des contrats à long terme qui autorisent les compagnies productrices à valoriser et à commercialiser, par exemple leur gaz, sur le marché européen.        <br />
       Bien entendu la coopération énergétique doit prendre en compte le « pic de production » des hydrocarbures. Nos principales sources d’approvisionnement en combustibles fossiles, en dehors de l’Algérie et de la Libye, restent en dehors de la Méditerranée : en Russie et dans le Golfe. C’est la raison pour laquelle une grande politique de coopération énergétique avec les pays de la rive Sud doit, pour anticiper, viser essentiellement deux domaines :        <br />
       -	<span class="u">L’énergie solaire</span> pour laquelle les pays du Sud devraient être associés à parité aux programmes européens. Solaire thermique mais surtout photo voltaïque avec l’objectif de réduire drastiquement les coûts. Je propose donc un grand projet de recherche-développement.       <br />
       -	En second lieu, <span class="u">l’énergie nucléaire</span>.       <br />
              <br />
       L’idée de créer en commun des usines d’approvisionnement en matières fissiles à usage civil permettrait d’éviter la prolifération militaire car, on le sait, il est possible, en enrichissant l’uranium ou en fabriquant du plutonium, de passer du civil au militaire.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Je terminerai par la lutte contre la prolifération.</b>       <br />
              <br />
       L’énergie nucléaire doit contribuer à la solution des problèmes énergétiques et climatiques mondiaux. J’approuve l’idée d’un traité d’interdiction de production de matières fissiles à usage militaire proposé par le Président de la République. Mais l’acceptation d’une discipline commune pour éviter la prolifération ne sera acquise que si les armes nucléaires n’existent plus qu’à l’état résiduel. S’agissant des Etats-Unis et de la Russie, c’est encore loin d’être le cas, puisque chacun de ces pays dispose encore de plus de 5000 ogives nucléaires. Mais il est assez évident que la théorie de la dissuasion stabilisatrice ne fonctionnerait plus dans un monde où vingt voire trente puissances nucléaires auraient émergé, surtout dans une région aussi traversée de conflits que la zone du Proche et du Moyen-Orient. Raison de plus pour accélérer le rythme des solutions politiques qui permettront de faire reculer les démons de l’obscurantisme, du fanatisme et de la violence aveugle, au Nord comme au Sud.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Une des principales critiques qu’on a faites au processus de Barcelone est qu’il a été pollué très vite par la fin du processus d’Oslo entre Israël et l’Autorité palestinienne et l’échec de Camp David en juillet 2000.       <br />
              <br />
       Raison supplémentaire pour remettre l’ouvrage sur le métier et peut-être aussi pour maintenir ou développer au sein de l’Union pour la Méditerranée, des approches régionales différenciées : vers le Maghreb (processus à 5 + 5 qui a montré sa pertinence, même s’il manque de moyens de financement), vers le Proche-Orient où l’Europe devrait s’affirmer davantage, vers les Balkans où une Conférence balkanique serait une initiative bienvenue, vers la Turquie enfin qui pose le problème des frontières et de la nature de l’Europe. Il est vrai que celle-ci changeant elle-même de nature, avec l’élargissement, le problème de la Turquie pourra être résolu autrement.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       J’ai conscience de ne pas avoir évoqué la coopération policière et judiciaire sur laquelle vous m’attendiez peut-être. Mais elle va de soi et son efficacité à long terme dépend du contexte économique, politique et en définitive humain dans lequel elle s’inscrit. Et c’est cet aspect humain et donc éminemment politique qui, à terme, me paraît déterminant pour notre sécurité commune.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/899126-1108690.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/L-Union-pour-la-Mediterranee-Un-concept-global-de-securite_a590.html</link>
  </item>

 </channel>
</rss>
