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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <dc:date>2026-05-16T03:32:20+02:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>"Je pense qu'il ne reste plus rien de la démocratie"</title>
   <pubDate>Mon, 14 Sep 2015 16:51:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de France Culture, lundi 14 septembre 2015. Il répondait aux questions de Guillaume Erner, Brice Couturier et Caroline Fourest.     <div>
      <b>1ère partie</b>       <br />
              <br />
       <iframe src="http://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=5080505" width="481" frameborder="0" scrolling="no" height="137"></iframe>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> Je n'ai jamais utilisé le terme de souverainisme, bien qu'il soit tout à fait honorable, et notamment par son origine : les québécois n'ont discrédité personne. Mais je me suis toujours gardé de l'utiliser, pour éviter les techniques d'amalgames fréquentes en politique, et je préfère me dire « républicain », c'est à dire partisan de la souveraineté nationale, qui ne fait qu'un avec la démocratie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> « Les Républicains », je les appelle les « ex-UMP », parce que ça m'écorche un petit peu la langue de parler de "républicains" à leur égard. Ils sont les héritiers très lointains du général de Gaulle, ils s'en sont beaucoup écartés. Je les appellerai les « républicains petits bras », parce qu'ils sont vraiment très petits bras en tout chose, ils n'ont pas une vision large de ce qu'est la République, c'est à dire la souveraineté du peuple et des valeurs universelles. La République n'est pas seulement corrélée à la nation : c'est une vision mondiale. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Moi je suis un homme de gauche, mais le PS, de toute évidence, a tourné le dos à ses engagements initiaux. Au nom de l'Europe, on a choisi le néolibéralisme. Tout cela nous oriente vers une politique franchement réactionnaire.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le clivage droite-gauche a toujours un sens. Il y a une sensibilité, un tempérament, des valeurs, mais il y a surtout un problème, qui est celui du capitalisme financier mondialisé, et c'est à mon avis en fonction de la manière dont on se positionne par rapport à cette immense question qu'on peut encore tracer des lignes qui opposent, à l'échelle mondiale, une droite et une gauche.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le général de Gaulle était à certains égards plus à gauche que ses adversaires qui se disaient de gauche.        
        </li></ul><ul class="list"><li> Je suis plus gaulliste que mitterrandien. Ca a toujours été le cas. En Algérie, j'ai répondu à l'appel du général de Gaulle, contre l'OAS, pour que l'Algérie devienne indépendante avec la France et non pas contre elle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Mitterrand était parfaitement au courant de mes opinions. J'ai souvent raconté cette anecdote où, me prenant à part, à la veille du congrès du Metz, il me dit : « Jean-Pierre, nous sommes d'accord sur tout, vous et moi, sauf sur un point : malheureusement, je ne crois plus qu'à notre époque, la France ne puisse faire autre chose que passer à travers les gouttes ».        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que Mitterrand confond dans cette phrase « le nationalisme c'est la guerre » le nationalisme et la nation. Je pense que le nationalisme peut conduire à la guerre, mais la nation pour moi c'est d'abord le cadre de la démocratie et le lieu de la solidarité, et l'humanité est à la fois une et diverse, et s'organise en peuples, civilisations, cultures, et il faut tenir compte de cette diversité, qui est une richesse, et ne pas faire comme si, pratiquement, nous étions des particules élémentaires toutes semblables les unes aux autres.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que le patriotisme est nécessaire à un pays pour se tenir droit. Il n'y a pas de civisme sans patriotisme. Mais je ne confonds pas le patriotisme avec le nationalisme. Le patriotisme c'est l'amour des siens, le nationalisme c'est la haine des autres. Moi je ne me sens pas du tout nationaliste. Je me sens profondément patriote. Je considère qu'un de mes devoirs est de faire en sorte que ce bateau ne chavire pas complètement et qu'il y ait encore demain une France pour mes enfants et mes petits-enfants.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut rappeler que Nicolas Dupont-Aignan est un gaulliste plutôt de gauche, un homme tout à fait estimable. Je pense que le procès qui lui est fait est très injuste. Par exemple certains ont écrit récemment qu'il était pour la remise en cause du droit du sol, c'est totalement faux !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nicolas Dupont-Aignan représente une gêne pour la droite, puisqu'il introduit au sein d'une droite qui a tourné le dos aux valeurs de la nation, du gaullisme, un élément de poil à gratter, voir de culpabilité.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne dis pas que Dupont-Aignan est un homme de gauche, il vient de la droite, mais il faut restaurer le débat sur le fond. Dupont-Aignan critique la monnaie unique, est partisan comme moi de la monnaie commune, a sur le plan social une position beaucoup plus ouverte, par exemple sur la politique industrielle les nationalisations, que tous les autres hommes de droite, donc je ne le catalogue pas du tout à la droite de la droite, au contraire il est à la gauche de ce qu'on appelle par habitude la droite.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Droite et gauche depuis le traité de Maastricht ont perdu beaucoup de leur signification. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Deuxième partie</b>       <br />
              <br />
       <iframe src="http://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=5080503" width="481" frameborder="0" scrolling="no" height="137"></iframe>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> Je reviens d'Algérie où j'accompagnais le président du Sénat en tant que président de l'association France-Algérie. Nous avons eu des entretiens très intéressants et je pense que l'Algérie joue un rôle très important dans l'Union Africaine, et comme môle de stabilité pour les pays limitrophes.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne me réjouis pas du chômage de masse en Europe, ni de l'absence de l'Europe sur les grands dossiers internationaux. C'est la méthode de Monnet et de Delors qui est en faillite : c'est elle que je critique. C'est la méthode des petits pas, des petits faits accomplis, qui rendent ensuite tout retour en arrière impossible.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Avec l'euro, on a pensé que le saut fédéral serait inévitable mais c'est impossible parce que, disons les choses clairement, les allemands considèrent qu'en matière de solidarité ils ont fait suffisamment.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis pour qu'on transforme la monnaie unique en monnaie commune, position constante que j'ai depuis 1992.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La monnaie commune serait une devise dans laquelle s'effectuerait les échanges internationaux, et à l'intérieur de la zone, les différents pays recouvreraient une monnaie nationale, qui permettrait d'ajuster le cours de cette monnaie à l'évolution des compétitivités respectives, et par conséquent les dispenseraient de stratégies de dévaluation interne, c'est à dire d'austérité, qui aboutissent à ce qu'un pays comme l'Espagne ait une production aujourd'hui encore 10% inférieure à celle de 2007, que l'Italie a perdu 9% de son PIB, la Grèce 25%... Une Europe de plus en plus déséquilibrée où les riches s'enrichissent et ou les pauvres s'appauvrissent. Donc je considère que c'était un très mauvais choix et qu'on a jamais tord, quand on se rend compte qu'on a fait une erreur, de rebrousser chemin, de revenir à la bifurcation, de prendre l'autre embranchement.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense qu'il faudrait revenir à une conception confédérale de l'Europe, une Europe où chaque nation a une égale dignité, peut dire ce qui lui convient, et où on doit trouver un juste équilibre entre le principe de la responsabilité des Etats, qui va avec la démocratie, et le principe de la solidarité européenne, qui dépend évidemment de l’acquiescement des pays.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe doit être un sujet de débat. Or, rien ne fait plus peur que le mot de Juncker, disant qu'il n'y a pas de démocratie en dehors des traités européens. Parce que je ne sais si vous avez lu les traités européens, sans parler de la jurisprudence : l'espace de la liberté s'est réduit à même pas un filet d'air !        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Allemagne aujourd'hui est en position dominante sur l'ensemble des marchés européens parce qu'elle a bénéficié d'une main d'oeuvre à très bas coût d'Europe centrale et orientale, et si vous voulez comprendre quelque chose à la crise agricole actuelle, vous devez introduire ce facteur.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La France a perdu 15 points de compétitivité par rapport à l'Allemagne depuis le début des années 2000. En Allemagne les syndicats ont accepté une rigueur salariale pendant une dizaine d'années, en France ce n'est pas possible. Cela montre bien que le choix de la monnaie unique n'était pas heureux puisque nos modèles sont différents.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le traité budgétaire européen (TSCG) nous oblige maintenant à réduire nos déficits jusqu'au moment où il n'y aura plus de déficit et à continuer l'effort budgétaire encore ensuite descendre le stock de dette à 60% du PIB. C'est absurde. Ce traité est ridicule. Le Japon est à 200% du PIB, les Etats-Unis à plus de 100%... Faire de la dette le seul critère de la gestion des économies est une aberration.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis tout à fait contre ces systèmes contraignants, où nous devons rendre compte à la Commission, s'engager sur trois ans par des lois de programmation triennale, avec la constitution d'un organisme, le Haut Conseil des finances publiques, pour donner des leçons avant que ce ne soit la Commission qui s'en charge ! Je pense qu'il ne reste plus rien de la démocratie, les citoyens n'en sont pas conscients, les hommes politiques n'ont plus d'ailleurs. Ils ne connaissent pas les textes européens ni la jurisprudence.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a un gouffre qui se crée entre ce qui se passe réellement et le vécu des citoyens, et c'est très grave ! Et moi je sonne l'alerte depuis plus de vingt ans, en vain, et tous ces gens-là, par leur politique aveugle, auront fait le lit du FN.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Hiérarchisons les dangers et les priorités : le danger principal c'est Daesh. Avant d'envoyer les troupes au sol, il faut se poser la question de savoir si une unité peut-être réalisé entre les Etats-Unis, la Russie, l'Iran, l'Arabie Saoudite, la Turquie... selon un plan politique clair ! Tant que tout le monde veut le contraire de tout le monde, il ne faut surtout pas intervenir au sol !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les réfugiés viennent pratiquement tous de pays qui ont été destabilisés par des interventions occidentales : l'Irak, l'Afghanistan, la Libye, même le Kosovo, et la Syrie où on a financé et armé des groupes rebelles qui ont fait la preuve de leur incapacité.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'ai pas dit que toutes les propositions qui étaient formulées par Dupont-Aignan, je les reprenais à mon compte. Je suis toujours un partisan résolu du droit d'asile, qui est réservé aux combattants de la liberté. Je suis partisan de l'accueil des réfugiés syriens et irakiens dans des conditions soutenables, car la politique d'accueil doit être proportionnée à notre capacité d'intégration.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Mme Merkel change d'avis comme de chemise ! Elle entraîne toute l'Europe dans des politiques absolument incohérente.        
       </li></ul><ul class="list"><li> S'agissant de Bachar el Assad, je crois qu'on a beaucoup sous-estimé les appuis dont il disposait encore dans la société syrienne. Mais si l'on veut voir Daesh s'installer à Damas, il faut le dire !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faudra refaire un Irak réellement fédéral, donner aux sunnites une autonomie réelle, faire un accord politique en Syrie si cela est possible, mais cela suppose que les membres du Conseil de Sécurité, et au premier chef les Etats-Unis et la Russie, s'entendent. Ils l'ont fait pour le désarmement chimique de la Syrie et ils ont bien fait. Et je ne suis pas de ceux qui se seraient réjouis du fait qu'il y aurait pu avoir des frappes franco-américaines contre le régime Assad. Là encore c'était une intervention mal pensée, on voit où cela nous a conduit. En Irak, j'avais pris position à l'époque contre la guerre du Golfe, puisque j'ai démissionné de mon poste !        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Ukraine est un pays composite, à l'ouest des catholiques uniates qui vivaient en Autriche-Hongrie ou en Pologne, à l'est des russes et russophones orthodoxes qui appartiennent au patriarcat de Moscou ou de Kiev. Vous avez donc un pays qui est récent, qui n'existe que depuis l'implosion de l'URSS, qui a été le fait de la Russie elle-même, et naturellement, un pays fragile, en proie à ses oligarques, où il n'y a pas de tradition d’État.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les Européens ont placé l'Ukraine, à travers le partenariat oriental, devant un dilemme impossible : soit vous devez être avec l'Europe, soit vous devez être avec la Russie. Ca c'était une erreur capitale imputable aux institutions européennes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> A partir de là, Maiden peut être vu soit comme une révolution, soit comme un coup d’État, et par conséquent la Russie a estimé que ses intérêts de sécurité étaient en cause. Avec la fin de l'URSS il y a 25 millions de russes en dehors des frontières de la Russie, frontières dessinées de manière très capricieuse par Staline ou par Kkhrouchtchev.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faudrait aborder ce problème de manière à pouvoir le résoudre : faire de l'Ukraine un pays-pont entre l'Europe et la Russie, et non pas un brandon de discorde, comme le souhaite les américains, pour resserrer leur contrôle à la fois sur l'Europe et sur la Russie.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense qu'il faut maintenir un cordon sanitaire avec le FN. Le génome du Front National, c'est l'extrême-droite. Ce génome est toujours là. Cela justifie tout à fait le maintien d'un sas de décontamination d'une certaine période. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Je-pense-qu-il-ne-reste-plus-rien-de-la-democratie_a1753.html</link>
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   <title>"Le Président de la République doit intervenir dans la gestion de la crise agricole"</title>
   <pubDate>Mon, 17 Aug 2015 12:19:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité d'Europe 1, lundi 17 août 2015. Il répondait aux questions de Patrick Roger.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      https://www.chevenement.fr/video/<iframe frameborder="0" width="560" height="315" src="//www.dailymotion.com/embed/video/x31ywi1" allowfullscreen></iframe><br /><a href="http://www.dailymotion.com/video/x31ywi1_chevenement-l-europe-decline-et-nous-declinons-au-sein-de-l-europe_news" target="_blank">Chev&eacute;nement : &quot;L&#039;Europe d&eacute;cline et nous...</a> <i>par <a href="http://www.dailymotion.com/Europe1fr" target="_blank">Europe1fr</a></i>     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> Le Président de la République doit intervenir dans la gestion de la crise agricole parce qu'il faut s'acheminer vers une solution. La solution, elle est dans nos rapports avec la Russie – il faut arriver à lever l'embargo et les sanctions. Et la solution, elle est avec l'Allemagne, car les conditions de concurrence sont trop inégales, du fait de l'utilisation par les exploitations allemandes d'une main d’œuvre à très bas coût venant d'Europe centrale et orientale, créant une distorsion de concurrence.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il ne faut pas partir de l'idée que la France a perdu de son influence. C'est à la France de faire preuve de volonté, d'intelligence, de peser. La définition de l'Europe nous appartient autant qu'aux Allemands.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le déficit commercial avec l'Allemagne oscille entre 20 et 30 milliards d'euros. C'est préoccupant. Cela veut dire que nous avons laissé se dégrader notre appareil productif. C'est ça le problème de fond que le gouvernement aborde, puisqu'il a mis la compétitivité de l'économie française au premier rang de ses préoccupations. Utilise t-il les bonnes méthodes ? Personnellement, j'en doute.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le système de la monnaie unique enrichit les riches et appauvrit les pauvres, creuse les écarts, accroît les divergences, ne favorise pas les convergences. C'est ma thèse depuis des années, et elle se vérifie. Tout ce qui se passe aujourd'hui correspond à mes prévisions, corroborée par tous les grands économistes aujourd'hui.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe décline dans les échanges internationaux. Nous mêmes, nous déclinons au sein de l'Europe. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Je pense qu'avec les sanctions contre la Russie, nous nous sommes tirés une balle dans le pied, pas seulement la France mais aussi les Européens, et nous l'avons fait pour le compte des Américains.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai eu l'occasion de voir M. Poutine trois heures d'affilées en tête à tête, en mai 2014, et je dois dire que les engagements qu'il a pris devant moi, il les a tenu.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les problèmes de l'est de l'Ukraine, dont on ne parle jamais assez, qui est peuplé de russophones orthodoxes, c'est que ces régions ne ressemblent pas du tout aux régions occidentales de l'Ukraine, composées de catholiques uniates, des régions autrefois polonaises. Par conséquent, c'est cette hétérogénéité qu'il faut traiter. Le gouvernement ukrainien s'y est engagé, mais il traîne les pieds pour appliquer les accords de Minsk. Cela, personne ne le dit.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On devrait rétablir le dialogue avec Vladimir Poutine. C'est l'évidence. Regardez le rôle qu'a joué la Russie dans la résolution des problèmes avec l'Iran, qu'elle pourrait jouer demain pour la résolution des problèmes en Syrie. Nous avons besoin de la Russie. Nous avons un ennemi commun, qui est l'islamisme djihadiste, et nous continuons comme si la menace venait de l'est. On veut recréer une Guerre froide, ce n'est pas notre intérêt.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La Chine a un système plus compliqué qu'on ne le croyait. C'est un système à la fois capitaliste et communiste. On voit qu'à un moment, les Chinois n'arrivent plus à maintenir leur taux de croissance. Ce n'est pas notre intérêt, d'une certaine manière. En même temps, ce qui se passe en Chine, une succession de dévaluation qui peuvent en faire une grande, va peser sur la croissance mondiale, sur la croissance en Europe. Des pays comme l'Allemagne vont en souffrir, mais la France aussi.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le problème de la Grèce n'est pas traité. Tsipras est dans une situation très difficile, parce qu'on lui a donné le choix entre être précipité dans les ténèbres extérieures ou capituler. Il essaye de ne pas capituler, mais en même temps quand on voit les conditions imposées... 50 milliards de privatisation, une dette qui atteint maintenant 200% du PIB, qui ne sera pas remboursée... où va t-on ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis toujours admiratif du combat de Tsipras : c'est un homme combatif, intelligent, mais il faut écouter ce qu'il dit. Le peuple grec s'est exprimé : il faut en tenir compte, et ne pas parler comme M. Juncker lorsqu'il disait que les traités priment sur la démocratie, ou alors il faut donner un congé définitif à la démocratie en Europe !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne ressens pas la nécessité d'une entrée des Verts au gouvernement. Je pense qu'ils polluent un discours qui devrait être rationnel, appelant à l'effort. Trop souvent les Verts tirent du mauvais côté : sur les questions énergétiques, le nucléaire, etc. Je pense qu'il faut un peu de rationalité dans un gouvernement. Je ne suis pas partisan de sacrifier la cohérence gouvernementale à la participation de quelques ministres Verts inconnus.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Marine le Pen a raison de vouloir exclure Jean-Marie le Pen du Front National. C'est un facteur de pollution de la vie politique française. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Le-President-de-la-Republique-doit-intervenir-dans-la-gestion-de-la-crise-agricole_a1742.html</link>
  </item>

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   <title>Colloque de la Fondation Res Publica: La dimension stratégique de l'agriculture</title>
   <pubDate>Mon, 24 Oct 2011 18:09:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Poursuite du programme de colloques de la Fondation Res Publica lundi 7 novembre 2011 à 18h à la Maison de la Chimie (28, rue Saint Dominique 75007 Paris). En voici le programme ci-dessous.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3379361-4855457.jpg?v=1319473463" alt="Colloque de la Fondation Res Publica: La dimension stratégique de l'agriculture" title="Colloque de la Fondation Res Publica: La dimension stratégique de l'agriculture" />
     </div>
     <div>
      « Après les émeutes de la faim de 2008, la volatilité croissante des prix des produits agricoles et donc des prix des produits alimentaires attire à nouveau l'attention sur les problèmes de sécurité alimentaire dans tous les pays de la planète. La crise économique, la forte augmentation prévisible de la population mondiale et les dérèglements climatiques ne vont pas faciliter les moyens d'atteindre cet objectif. Autant de raisons de s'intéresser aux dimensions stratégiques de ce secteur de production qui a été négligé depuis de nombreuses années. »        <br />
       Lucien Bourgeois et Pierre Conesa, membres du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica       <br />
              <br />
       Avec la participation de :       <br />
       <ul class="list"><li>Sébastien Abis, Administrateur au Centre international des hautes études en agronomie méditerranéenne (CIHEAM)       
       </li></ul><ul class="list"><li>Hervé Gaymard, Ancien ministre de l’agriculture       
       </li></ul><ul class="list"><li>Régis Hochart, Représentant de la Confédération paysanne au Conseil économique, social et environnement (CESE), auteur du       <br />
       récent rapport du CESE sur la PAC       
       </li></ul><ul class="list"><li>Philippe Tillous-Borde, Directeur Général de Sofiprotéol       
       </li></ul><ul class="list"><li>Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Pour assister au colloque, il est indispensable de s’inscrire au préalable (Merci de préciser vos nom et coordonnées complètes) :       <br />
       <ul class="list"><li>par courriel : <a class="link" href="javascript:protected_mail('info@fondation-res-publica.org')" >info@fondation-res-publica.org</a>       
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       </li></ul><ul class="list"><li>par téléphone : 01.45.50.39.50       <br />
              <br />
       Pour consulter les travaux de la Fondation Res Publica, fondation reconnue d'utilité publique par décret du 30 décembre 2005, une seule adresse : <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/">www.fondation-res-publica.org.</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3379361-4855457.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-La-dimension-strategique-de-l-agriculture_a1231.html</link>
  </item>

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   <title>Mieux vaut une absence d’accord qu’une négociation bâclée</title>
   <pubDate>Thu, 25 Jun 2009 17:50:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement, Sénateur du Territoire de Belfort, lors du débat sur le volet agricole de la négociation de l'OMC au Sénat, jeudi 25 juin 2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1454250-1932981.jpg?v=1289480070" alt="Mieux vaut une absence d’accord qu’une négociation bâclée" title="Mieux vaut une absence d’accord qu’une négociation bâclée" />
     </div>
     <div>
      La décision quant à la conclusion du cycle de Doha a été reportée à la demande de la nouvelle Administration américaine qui a demandé un délai pour pouvoir examiner ce qu’il y a sur la table.       <br />
              <br />
       Ce report est une relativement bonne nouvelle car, comme l’Europe, les Etats-Unis, depuis Roosevelt, protègent leur agriculture. Ils n’ont d’ailleurs pas maintenu le découplage des aides qu’ils ont introduit pendant deux ans. Ce report nous donne un délai de réflexion opportun avant la révision de la politique agricole commune prévue après 2013.        <br />
              <br />
       L’agriculture, en effet, comme les industries lourdes, exige des investissements à long terme. Les éleveurs qui quittent leurs exploitations ne se remplacent pas. La population active agricole dans le monde représente encore plus de deux hommes sur cinq. Elle est souvent majoritaire dans les pays du Sud, comme en Chine ou en Inde ou en Afrique. En Europe, la moyenne exploitation agricole façonne la plupart de nos paysages. L’alimentation enfin est une préoccupation qui s’impose prioritairement à tout gouvernement en quantité et en qualité.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">(l'intégralité de l'intervention de Jean-Pierre Chevènement en vidéo)</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/762ffc043492e493b082d2e88521d437e85f2612" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      C’est pourquoi nous ne pouvons qu’être inquiets en lisant les propos de M. Lamy, directeur général de l’OMC le 10 mai 2009 :       <br />
              <br />
       « L’intégration mondiale en matière agricole nous permet d’envisager l’efficience au-delà des frontières nationales … en déplaçant la production agricole vers les lieux plus appropriés. » M. Lamy précise que les rendements sont généralement plus élevés sur les grandes propriétés foncières que sur les petites exploitations. « Nous devons nous rappeler, ajoute-t-il, que les frontières nationales n’ont été définies par rien d’autre qu’un long jeu historique de chaises musicales. »       <br />
              <br />
       Ce mépris des sociétés rurales et des communautés historiquement constituées que sont les nations est tout à fait caractéristique de la pensée libérale la plus dogmatique. Malheureusement c’est cette pensée dogmatique qui domine les travaux de l’OMC appliqués à l’agriculture. Trois orientations dominent la négociation :       <br />
       -	l’amélioration de l’accès aux marchés,       <br />
       -	la réduction tendant vers l’élimination des subventions à l’exportation,       <br />
       -	la réduction substantielle des mesures de soutien interne « ayant pour effet de distordre les échanges », tout se passant comme si un libre-échangisme sans frontières et des prix qui sont bien souvent des prix de braderie devaient servir d’étalon ou de paradigme aux politiques agricoles.        <br />
              <br />
       Ainsi la négociation se déroule-t-elle dans un cadre libéral fixé à l’avance. Si le projet de libéralisation des marchés agricoles s’était concrétisé avant 2006, on peut être sûr que la crise alimentaire de 2007-2008 aurait été beaucoup plus grave. Cette orientation « laissez-fairiste » pèse évidemment dès aujourd’hui sur l’adaptation de la politique agricole européenne commune et déboucherait à terme en 2014 sur son démantèlement, s’il n’y était mis bon ordre d’ici là.        <br />
              <br />
       Il est regrettable que, sous présidence française, les 11 et 12 décembre 2008, dans le cadre d’un « bilan de santé de la PAC », la décision ait été prise de relever de 1% chaque année les quotas laitiers, en attendant leur suppression définitive en 2014. Cette décision était particulièrement inopportune, compte tenu de la chute des prix du lait, d’environ 50% depuis leur pic à l’automne 2007. Plus généralement la réduction des droits de douane qui résulterait d’un accord à l’OMC se traduirait par des importations massives de viande bovine, ce qui pénaliserait un grand nombre de petites et moyennes exploitations françaises dans des régions de moyenne montagne.       <br />
              <br />
              <br />
       Certes la PAC actuelle est critiquable. Elle a été minée dès le départ par la fixation de prix irréalistes et mal hiérarchisés. Devant des excédents imprévus à l’origine, il a été mis fin à la politique de soutien des marchés. La politique agricole commune, révisée en 1992 à l’initiative du Commissaire Mac Sharry, a instauré des paiements directs aux agriculteurs, en contrepartie de baisses de prix drastiques.        <br />
              <br />
       Les réformes ultérieures, en 1999 et 2003, ont persévéré dans la même voie : celle du découplage des soutiens et des prix en favorisant des rentes de situation rigides, au prorata des surfaces exploitées, sans aucune modulation liée à la conjoncture ou aux productions qu’il eût fallu ou non encourager. Il faut rompre avec la pensée libérale dogmatique qui gouverne une politique agricole commune inefficace, coûteuse, et par conséquent fragile. Il faut, pour cela, fonder la future politique agricole commune, de l’après 2013, sur un concept cohérent basé sur l’objectif d’une relative autosuffisance alimentaire de l’Europe.        <br />
              <br />
       Les grands pays d’Asie dont la population dépasse le milliard chercheront leur sécurité alimentaire, sans qu’on puisse exclure qu’ils deviennent, au-delà de la crise économique actuelle et au fur et à mesure de leur industrialisation, des importateurs de produits agricoles, du fait de la rareté de leurs ressources en terres et en eau et de la montée de classes moyennes, dont les habitudes alimentaires se modifieront profondément. Ces pays devront limiter ces importations pour privilégier leurs propres producteurs qui représentent encore plus de la moitié de leur population active. C’est ainsi qu’on a déjà vu l’Inde, l’an dernier, refuser la conclusion du cycle de Doha plutôt que de sacrifier ses 700 millions de petits agriculteurs. Si ces pays acceptaient que leurs paysans quittent leurs terres, l’exode rural ne se dirigerait pas seulement vers leurs villes. Il contribuerait aussi à gonfler le nombre des migrants vers nos pays.       <br />
              <br />
       Comme l’a fort bien écrit M. Pierre Lelong, ancien directeur du Fonds de régularisation des marchés agricoles, prenant le contrepied de M. Lamy : « La théorie des avantages comparatifs ignore le fait qu’à l’échelle planétaire, les hommes et les sociétés ne sont guère délocalisables ». Quant aux Etats-Unis ils ne peuvent à la fois soutenir un libéralisme de principe, subventionner leur agriculture et inonder de leurs produits les économies des pays les moins avancés.        <br />
              <br />
       Il faut donc revenir à des notions simples :       <br />
              <br />
       1.	D’abord admettre qu’il n’y a pas de vérité en matière de prix agricoles en dehors d’une zone géographique donnée, tant les paramètres sociaux, géographiques et environnementaux sont nombreux et hétérogènes. Il y a quelque chose de juste dans la recherche d’une certaine autosuffisance agricole à l’échelle de grandes régions du globe : non que le marché n’ait plus aucun rôle à jouer, mais ce rôle, s’il n’est pas marginal, ne saurait être essentiel. Le commerce agricole ne représente d’ailleurs qu’une faible partie de la production agricole et moins du dixième du commerce mondial. C’est dire que l’exception libre-échangiste britannique telle qu’elle a existé depuis 1846 ne peut se comprendre que dans le cadre d’un monde organisé pour le plus grand profit de la puissance impériale dominante qu’était alors le Royaume-Uni.       <br />
              <br />
       2.	En second lieu, il faut dire que l’intervention sur les marchés et donc par les prix, est la façon la moins coûteuse et la plus efficace de soutenir le revenu des agriculteurs et d’orienter les productions. Il faudrait donc rompre avec le système qui privilégie les aides directes. Or, c’est justement pour se conformer aux exigences de l’OMC, celui d’aides censées « ne pas distordre la concurrence », qu’on remplit des « boites vertes » de mesures budgétaires coûteuses et à l’efficacité problématique. Or, l’évolution probable des prix agricoles vers une hausse modérée à long terme, telle qu’elle résulte d’une prévision récente de l’OCDE et de la FAO, offre une opportunité exceptionnelle pour revenir aux concepts raisonnables qui fondaient la première politique agricole commune.       <br />
              <br />
       3.	En troisième lieu, cette action doit être conçue en terme de régularisation plutôt que de soutien, en fonction d’une grille de prix ne s’écartant pas trop, par souci d’économie, des prix internationaux observés sur le long terme, et tenant compte de multiples paramètres régionaux (hommes, terroirs, ressources en eau, débouchés, etc.).       <br />
              <br />
       4.	En quatrième lieu, les mécanismes de régularisation doivent, autant que possible, associer les producteurs d’une manière décentralisée et converger avec les actions de conversion et d’orientation nécessaires.       <br />
              <br />
       Bref, il faut trouver un équilibre, à travers des prix modérés, entre les exigences de la cohésion à l’intérieur de l’Union européenne et le souci de nos relations avec les pays tiers, sans oublier le cas spécifique des pays d’Afrique.       <br />
              <br />
       Pour élaborer un concept cohérent, à même de fonder une PAC renouvelée et viable, il faut donc partir d’une idée simple : le monde de demain ne sera pas celui des marchés agricoles unifiés sur lesquels s’effectuerait l’essentiel des transactions en fonction de prix internationaux variables et difficilement prévisibles. L’agriculture ne peut s’accommoder d’aussi grands aléas.       <br />
              <br />
       Le monde de demain sera composé de quelques grands espaces agricoles dont il faudra organiser les relations commerciales. Chacun d’eux recherchera autant qu’il le pourra à atteindre une certaine autosuffisance. Mais la dépendance par rapport aux marchés et donc aux prix internationaux ne s’exercera qu’à la marge. Une telle orientation permettrait de sauver les paysanneries européennes ou plutôt ce qu’il en reste. Cela éviterait un immense gaspillage, car il sera coûteux et difficile de rebâtir des systèmes agricoles, après qu’on les aura laissé péricliter voire disparaître. Une telle orientation doit commander notre attitude dans les négociations à l’OMC.       <br />
              <br />
       Disons les choses clairement : ces négociations ont été mal engagées sur des bases faussées dès l’origine.       <br />
              <br />
              <br />
       Le projet de l’OMC concernant l’agriculture de juillet 2008 était fondé, je le rappelle :       <br />
              <br />
       1.	sur la réduction globale du soutien interne censé avoir des « effets de distorsion sur les échanges » ;       <br />
       2.	sur une réduction des tarifs empêchant le libre accès aux marchés ;       <br />
       3.	sur la suppression des aides à l’exportation.       <br />
              <br />
       Comme chacun le sait, ce projet n’a pas abouti à ce jour et le Directeur général de l’OMC l’a remis en chantier, sans pour autant s’écarter des principes qui le fondent, à savoir la théorie libérale des avantages comparatifs.       <br />
              <br />
       1.	C’est ainsi que la mesure globale de soutien (MGS) censée fausser les échanges devrait être réduite de 80% pour l’Union européenne, 70 % pour les Etats-Unis et le Japon, 55 % pour le reste. Ces réductions auraient été mises en œuvre sur cinq ans pour les pays développés, huit ans pour les pays sous-développés.        <br />
              <br />
       Trois observations s’imposent à ce stade :       <br />
              <br />
       a)	L’Union européenne est le continent le plus pénalisé.       <br />
       b)	Les pays en voie de développement constituent une catégorie fourre-tout : on y trouve aussi bien certains pays du groupe de Cairns que les pays les moins avancés. Ce choix privilégie les grandes exploitations latifondiaires au détriment de la moyenne exploitation agricole européenne.       <br />
       c)	Enfin, les réductions s’appliquent pour l’essentiel à la catégorie « orange » et épargne la catégorie dite « verte », c’est-à-dire les aides découplées du revenu. Conclure sur ces bases la négociation engagée à l’OMC ce serait figer la politique agricole commune qui repose déjà, pour l’essentiel, sur le découplage des aides d’avec la production et la fragiliser gravement pour l’avenir.       <br />
              <br />
       L’Union européenne ne devrait pas accepter de conduire à l’OMC un accord qui l’empêcherait de revenir à un système d’aides plus raisonnable, fondé principalement sur des prix garantis modérés à la production. Un tel système éviterait le gaspillage et permettrait de réduire le coût de la PAC, dans des conditions qui seraient à la fois conformes aux intérêts de la France, compte tenu des avantages agricoles naturels dont elle dispose et à celui des paysanneries européennes, et acceptable pour nos partenaires européens.       <br />
              <br />
              <br />
       2.	Par ailleurs, les réductions de tarifs selon la méthode de l’étagement frapperaient plus sévèrement l’Union européenne que ses concurrents potentiels. Pour l’Union européenne, l’abaissement prévu est de :        <br />
       -	70 % pour les tarifs supérieurs à 75 %       <br />
       -	64 % pour les tarifs compris entre 50 % et 75 %       <br />
       -	57 % pour les tarifs compris entre 20 % et 50 %       <br />
       -	50 % pour les tarifs inférieurs à 20 %       <br />
              <br />
       Il resterait peu de choses de la protection tarifaire pour l’agriculture européenne. Par comparaison, les pays dits en voie de développement, parmi lesquels des grands pays comme le Brésil verraient abaisser de :        <br />
       -	46,7 % les tarifs supérieurs à 130 %       <br />
       -	42,7 % les tarifs compris entre 80 % et 130 %       <br />
       -	38 % les tarifs compris entre 30 % et 80 %       <br />
       -	33,3 % les tarifs inférieurs à 30 %       <br />
              <br />
       C’est donc d’un véritable démantèlement tarifaire qu’il s’agirait pour l’Europe  et de surcroît asymétrique, avec des pays comme le Brésil disposant d’avantages comparatifs supérieurs aux nôtres.       <br />
              <br />
       La politique agricole commune initiale avait été fondée sur le principe des prélèvements à l’importation, remplacés, sous la pression de l’OMC, par des droits de douane, d’abord variables, puis fixes. Le dernier acte serait accompli avec le véritable démantèlement tarifaire dont le projet de l’OMC a dessiné la perspective. Si on peut admettre que les PMA d’Afrique disposent de contingents tarifaires en franchise de droits, il est légitime de protéger nos agriculteurs contre la concurrence de « pays neufs » qui pour des raisons géographiques peuvent produire à très bas coût.        <br />
              <br />
              <br />
       3.	Une troisième catégorie de mesures concerne l’élimination d’ici 2013 de subventions à l’exportation, à commencer par leur réduction de moitié dans une première étape. Il n’est pas du tout certain que ces mesures bénéficient aux agriculteurs de pays les moins avancés qui, en cas de famine ou de crise alimentaire grave ou même de pénurie structurelle, peuvent avoir besoin d’importer à bas prix. Il faudrait veiller qu’au-delà de l’aide alimentaire d’urgence, nos exportations vers les grands pays importateurs de demain ne seront pas handicapées. La visibilité manque pour prendre aujourd’hui de pareils engagements. Mais j’admets que plutôt qu’aux subventions à l’exportation on préfère développer les possibilités de stockage pour reporter la production sur une période moins excédentaire. Une certaine régulation de la production éviterait d’ailleurs tout écart durable entre production et consommation.       <br />
              <br />
              <br />
       D’une manière générale il faut opposer au libre-échangisme doctrinaire le principe d’une concurrence équitable dans les échanges internationaux. Nous voyons les produits industriels fabriqués dans les pays à bas coût envahir nos marchés à des prix de dumping, qu’il s’agisse de dumping social, monétaire ou environnemental. La France et l’Europe seraient bien inspirées de ne pas poursuivre dans le domaine agricole le désarmement unilatéral auquel elles ont procédé en matière industrielle.       <br />
              <br />
       De lourdes menaces pèsent sur l’avenir de l’agriculture française à l’OMC et au niveau européen dans le cadre de la révision de la PAC après 2013 dont on peut craindre le démantèlement, si la négociation de Doha aboutit à une diminution drastique de la protection douanière et des subventions agricoles.       <br />
              <br />
       Or nous savons très bien que d’autres intérêts sont en jeu, notamment dans les services et que le gouvernement peut très bien être tenté de faire prévaloir l’intérêt de quelques multinationales sur celui des agriculteurs. Ces multinationales ne sont bien souvent françaises que de nom. Leur logique de développement, essentiellement financière, est très éloignée des intérêts de l’économie française.       <br />
              <br />
       Nous demandons à être rassurés quant à votre détermination pour éviter que la Commission européenne ne soit tentée, encore une fois, de brader les intérêts de l’agriculture. Ce n’est pas le protectionnisme qui a créé la crise économique actuelle. C’est la liberté absolue laissée aux capitaux de spéculer et aux multinationales de se déplacer, et dans une économie totalement ouverte  qui nous désarme face à la concurrence sauvage du dollar ou des pays à très bas coûts salariaux.       <br />
              <br />
       Je souhaite que la France défende ses intérêts qui sont aussi ceux de l’Europe. Celle-ci doit assumer pour l’essentiel son autosuffisance alimentaire. Elle doit veiller à l’équilibre de sa société où il n’est pas nécessaire que l’exode rural vienne gonfler le nombre des chômeurs. Elle doit veiller  à la protection de ses paysages et à la qualité de son alimentation. Bien entendu il convient de traiter à part les pays les moins avancés dont le destin est lié au nôtre – je pense à l’Afrique et aux Caraïbes. Ces pays ont besoin de pouvoir accéder à notre marché pour leurs productions qui généralement ne concurrencent guère les nôtres, pour des raisons climatiques. Ces pays en voie de développement ne sont pas ceux du groupe de Cairns. Ceux-ci ne sont plus depuis longtemps des pays en voie de développement.       <br />
              <br />
       La crise alimentaire de 2006-2008 a montré que l’équilibre alimentaire du monde était loin d’être assuré dans le long terme. La situation de l’Afrique est à cet égard particulièrement préoccupante. L’Europe, en raison de son histoire mais aussi de sa proximité géographique, a le devoir de s’en préoccuper si l’on veut éviter de grands mouvements migratoires. On ne peut confier cette mission aux seules lois du marché.       <br />
              <br />
       L’Afrique est le prolongement naturel de l’Europe. Notre continent a le droit de se protéger vis-à-vis des grands pays neufs qui n’ont pas les mêmes contraintes. L’Europe peut pourvoir pour l’essentiel à ses besoins alimentaires. Cet objectif d’une relative autosuffisance alimentaire ne nous coupera pas du marché mondial, mais le remettra à sa place qui ne saurait être la première. Car d’autres considérations économiques, sociales, sanitaires, environnementales, doivent primer.       <br />
              <br />
       C’est pourquoi nous attendons, Madame la Ministre, que la France utilise, le cas échéant, son droit de veto à l’OMC pour faire obstacle à la conclusion d’une négociation qui empêcherait une réorientation efficace de la politique agricole commune. Mieux vaut une absence d’accord qu’une négociation bâclée, car l’avenir de l’agriculture française et européenne est incompatible avec l’acceptation du cadre libéral mondialisé. L’OMC mériterait mieux son nom si les marchés étaient véritablement organisés. C’est l’organisation qui manque. Dans le sigle de l’OMC, le « O » aujourd’hui n’a pas sa place. Nous ne voulons pas que notre agriculture disparaisse comme ont déjà disparu des pans entiers de notre industrie. Nous voulons une Europe qui protège et non une Europe ouverte et offerte, simple relais du libéralisme mondialisé.       <br />
              <br />
       -------------       <br />
       Voir aussi les actes du colloque du 9 juin 2008 de la Fondation Res Publica <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Quelle-politique-agricole,-au-defi-de-la-crise-alimentaire-mondiale-_r46.html">&quot;Quelle politique agricole, au défi de la crise alimentaire mondiale ?&quot;</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1454250-1932981.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Mieux-vaut-une-absence-d-accord-qu-une-negociation-baclee_a813.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Actes de la table-ronde de la Fondation Res Publica : Quelle politique agricole, au défi de la crise alimentaire mondiale ?</title>
   <pubDate>Mon, 28 Jul 2008 15:27:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Les actes de la table-ronde du 9 juin sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/999562-1250851.jpg?v=1289480136" alt="Actes de la table-ronde de la Fondation Res Publica : Quelle politique agricole, au défi de la crise alimentaire mondiale ?" title="Actes de la table-ronde de la Fondation Res Publica : Quelle politique agricole, au défi de la crise alimentaire mondiale ?" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Accueil-par-Jean-Pierre-Chevenement_a298.html">Accueil par Jean-Pierre Chevènement</a>, président de la Fondation Res Publica        
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Les-politiques-agricoles-et-la-tourmente-des-marches-mondiaux-des-matieres-premieres_a299.html">Les politiques agricoles et la tourmente des marchés mondiaux des matières premières</a>, par Lucien Bourgeois, Economiste, Membre de l'Académie d'agriculture       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-agriculture-face-aux-defis-de-l-energie-et-de-la-biodiversite_a300.html">L'agriculture face aux défis de l'énergie et de la biodiversité</a>, par Jacques Le Cacheux, professeur, directeur des études à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Pour-des-politiques-agricoles-de-maitrise-des-productions-et-de-securite-alimentaire-_a301.html">Pour des politiques agricoles de maîtrise des productions et de sécurité alimentaire</a>, par Michel Sorin, Ingénieur agronome, responsable des questions agricoles au MRC       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Debat-final_a302.html">Débat final</a>       <br />
              <br />
       Voir le dossier en ligne <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Quelle-politique-agricole,-au-defi-de-la-crise-alimentaire-mondiale-_r46.html">sur le site de la Fondation Res Publica</a>.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/999562-1250851.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Actes-de-la-table-ronde-de-la-Fondation-Res-Publica-Quelle-politique-agricole-au-defi-de-la-crise-alimentaire-mondiale_a658.html</link>
  </item>

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   <title>Un contenu et un chemin pour la création d'un grand parti de toute la gauche</title>
   <pubDate>Sun, 06 Apr 2008 11:45:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Grands textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Projet de texte d’orientation soumis par Jean-Pierre Chevènement à la réflexion du Conseil National du MRC, dimanche 6 avril 2008.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/903095-1114152.jpg?v=1289480131" alt="Un contenu et un chemin pour la création d'un grand parti de toute la gauche" title="Un contenu et un chemin pour la création d'un grand parti de toute la gauche" />
     </div>
     <div>
      La France a cru trouver en M. Sarkozy sinon un sauveur du moins un Président réformateur capable de limiter la casse face aux dégâts de la mondialisation. Elle découvre aujourd’hui non sans effroi l’impasse dans laquelle l’a entraînée son élection.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>I - Un tsunami barre l’horizon</b>       <br />
              <br />
       1)	<span style="font-style:italic">De sombres craquements se font entendre de toutes parts</span> : entrée en récession de l’économie américaine, euro à plus de 1,50 dollar, pétrole dépassant les cent dollars le baril, faillite et renflouement par des fonds souverains étrangers ou directement par la puissance publique, d’institutions financières prestigieuses : le fond Carlyle et les banques Citigroup, Merill Lynch et Bear Stearns aux Etats-Unis, Northern Rock en Grande-Bretagne. C’est tout le système financier mondial miné par un endettement aussi gigantesque qu’inconsidéré qui découvre sa fragilité.       <br />
              <br />
       2)	Les prévisions de croissance en Europe et en France doivent être précipitamment revues à la baisse. Le candidat Sarkozy se flattait de ramener « avec les dents » un point de croissance supplémentaire. <span style="font-style:italic">C’est avec, au mieux, un point de croissance en moins que le nouveau Président de la République va devoir compter.</span> Loin de remettre en cause les contraintes européennes, M.Sarkozy a négocié sans aucune contrepartie et fait adopter, en catimini, un traité de Lisbonne qui reprend la substance de la Constitution européenne. Ce traité entérine <span style="font-style:italic">l’impuissance d’institutions européennes déconnectées du suffrage universel</span> face à la globalisation financière ainsi que <span style="font-style:italic">la perte d’influence de la France</span> par rapport à l’Allemagne dans les votes au Conseil des ministres européen. En acceptant que notre pays ne pèse plus que les trois quarts de son partenaire principal en Europe, le Président de la République a mis fin à la parité fondatrice qui, pendant un demi-siècle, avait assuré un développement relativement équilibré de la construction européenne. Presque simultanément, Madame Merkel a mis son <span style="font-style:italic">veto au projet d’Union pour la Méditerranée</span> ou plus précisément l’a vidé de sa substance en l’inscrivant dans le cadre communautaire et en le privant de tout financement supplémentaire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Le gouvernement prépare un programme drastique d’économies budgétaires et de réformes dites « structurelles », en fait libérales. <span style="font-style:italic">C’est une cure de rigueur sans précédent</span> qui s’annonce. L’ensemble des services publics est dans la mire. Pendant ce temps, l’euro cher précipite les délocalisations. L’érosion de notre tissu industriel et le creusement du déficit commercial vont de pair. Ainsi notre pays est-il confronté, non pas à un vide de projet, mais à un projet bien précis d’abaissement du coût du travail et de retrait généralisé de la Puissance publique au bénéfice du marché. <span style="font-style:italic">Ce projet est condamné d’avance</span> parce que dans l’Europe de Maastricht et de Lisbonne, il ne touche pas aux paramètres essentiels et notamment monétaires qui gouvernent l’activité économique.       <br />
              <br />
       3)	<span style="font-style:italic">Après le référendum du 29 mai 2005, l’espoir s’était levé</span> d’un redressement à la fois de l’orientation de la construction européenne et des politiques mises en œuvre en France même. Ségolène Royal avait souhaité une réforme des statuts de la BCE devant le Congrès du PSE réuni en décembre 2006 à Porto. <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Declaration-commune-PS-MRC-volet-politique_a122.html">L’accord MRC-PS du 9 décembre 2006</a>, avait formalisé un bon accord stratégique entre nos deux formations sur des points essentiels : réorientation de la construction européenne, prise en compte de normes sociales et environnementales dans les règles de l’OMC, clause antidumping social, préservation de l’atout nucléaire de la France, réaffirmation des repères républicains, sauvegarde des services publics, exigence de la laïcité, politique étrangère et de défense indépendante.        <br />
              <br />
       4)	Il apparaît malheureusement que les lignes directrices de cet accord ont été frappées de caducité par la défaite de la gauche. <span style="font-style:italic">La régression qui emporte notre pays depuis près d’un an n’épargne pas non plus le principal parti de l’opposition</span>. L’ouverture de Nicolas Sarkozy vers certains responsables du PS a montré l’identité de postulats libéraux et européistes que nous avions justement diagnostiquée <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/Archives-campagne-2002_r21.html">pendant la campagne présidentielle de 2001-2002</a>, en dessinant un projet alternatif à la politique « du pareil au même ».        <br />
              <br />
       Le PS a certes bénéficié, lors des municipales et des cantonales de mars 2008, du rejet de la politique gouvernementale, mais il semble plus que jamais <span style="font-style:italic">en panne de projet et de repères solides</span>, malgré l’effort récent, réalisé à l’initiative de son Premier Secrétaire, pour se réapproprier des concepts comme la nation et la République. Le vote du traité de Lisbonne par une majorité de parlementaires socialistes et, plus encore, le refus de faire obstacle à la révision constitutionnelle préalable, pour exiger un référendum sur cette Constitution européenne bis, conformément aux engagements pris, témoignent pour le moins de la <span style="font-style:italic">fragilité des analyses</span> et du <span style="font-style:italic">manque de continuité politique</span> de beaucoup de dirigeants socialistes. La plupart demeurent prisonniers de leur « oui » au référendum de mai 2005 et d’une conception de l’Europe aujourd’hui obsolète. Le débat interne paraît vidé de toute substance. Seule la désignation du prochain candidat à l’élection présidentielle et du premier secrétaire qui succédera à François Hollande semblent intéresser. L’analyse de la crise et des moyens d’y faire face est remarquablement absente des débats du PS, alors même que c’est <span style="font-style:italic">l’absence d’un projet à la hauteur des défis de notre temps</span> qui explique déjà l’échec aux trois présidentielles successives de 1995, 2002 et 2007.       <br />
              <br />
       Nous voici donc revenus, en apparence, à la situation de fin 2004, quand le PS s’était prononcé à la majorité de 58 % de ses membres en faveur d’une Constitution européenne dont le principe avait été posé, en 2000, en pleine période de cohabitation.       <br />
              <br />
       5)	Ce serait se tromper beaucoup cependant que de penser que la volonté populaire telle qu’exprimée par le référendum du 29 mai 2005 puisse être ainsi foulée aux pieds. La réalité est plus forte que toutes les constructions politiques et diplomatiques. La France, l’Europe, le monde sont devant <span style="font-style:italic">une crise systémique sans précédent</span>. Cette crise prend racine dans la dictature des marchés financiers que nous dénoncions depuis longtemps et notamment à l’occasion des élections présidentielles de 2002 : « Les marchés financiers ne sont pas l’horizon de l’Humanité. D’autres valeurs que l’Argent mènent le monde. Ce sont les nations et les peuples qui sont la vraie permanence de l’Histoire » (<a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Discours-de-Vincennes_a30.html">discours de Vincennes</a>, page 6) <a class="link" href="http://www.mrc-france.org/article.php3?id_article=22">Notre projet adopté à notre Congrès de 2006</a> a analysé précisément les deux composantes essentielles de la « globalisation » qui sont à la racine de la crise actuelle du système :        <br />
              <br />
       a)	<span style="font-style:italic">Domination du capital financier</span> sur le capitalisme industriel du fait de l’ouverture à l’échelle mondiale dès les années quatre-vingt-dix, des marchés et des mouvements de capitaux, dictature de l’actionnariat, exigences de rentabilité insoutenables pour les industries de l’Europe, délocalisations et migration, sous l’égide de multinationales et des fonds spéculatifs, du capital productif vers les pays à coût salariaux très bas.       <br />
              <br />
       b)	<span style="font-style:italic">Rôle central des Etats-Unis dans la globalisation</span>. Ceux-ci ont fait du dollar la monnaie mondiale mais l’utilisent comme si elle était seulement la leur, au mépris des intérêts de l’Europe et particulièrement de la zone euro. La valeur de la monnaie européenne a ainsi augmenté de 80% depuis 2002, pénalisant les exportations et favorisant les délocalisations. Confrontés depuis 1997 aux crises financières successives (Asie du Sud-Est, Russie, Amérique Latine, éclatement de la « bulle technologique ») qui remettent en cause les bases mêmes de leur hégémonie et donc de la globalisation, l<span style="font-style:italic">es Etats-Unis pratiquent une dangereuse fuite en avant</span> dans l’endettement intérieur et extérieur aussi bien que dans la politique étrangère et militaire, notamment pour le contrôle des ressources énergétiques au Moyen-Orient et en Asie Centrale.       <br />
              <br />
       Un budget militaire colossal (plus de 600 milliards de dollars) ne leur permet pas d’éviter l’enlisement, notamment en Irak. Un déficit extérieur abyssal nourrit la méfiance à l’égard du dollar. <span style="font-style:italic">Les Etats-Unis se trouvent confrontés à ce que l’historien Paul Kennedy appelait la « surextension impériale ». Il n’ont plus les moyens de dominer seuls le monde</span>. Là est la cause de la crise actuelle de la globalisation. Ils se tournent vers leurs alliés européens pour les transformer en supplétifs.        <br />
              <br />
       6)	Mais cette politique se heurte à la réticence de l’opinion publique européenne. Celle-ci souhaite dans sa majorité que les Etats-Unis redeviennent la grande nation qu’ils sont, <span style="font-style:italic">en acceptant la réalité d’un monde multipolaire</span> se nourrissant du dialogue des cultures et régi par le droit. Ce monde multipolaire s’impose d’ailleurs dans la réalité avec la montée de la Chine, de l’Inde, de l’Iran, du Brésil et le retour de la Russie. Mais <span style="font-style:italic">d’immenses moyens de conditionnement médiatique sont déployés au nom d’un nouvel « occidentalo-centrisme »</span> pour décrier et fragiliser cette perspective. Il en résulte des tensions grandissantes avec le monde musulman, la Chine et la Russie notamment. La réintégration dans l’organisation militaire de l’OTAN annoncée par Nicolas Sarkozy nous engage toujours plus à l’Est, à la remorque de la stratégie américaine, dans <span style="font-style:italic">des conflits et des guerres</span> qui ne sont pas les nôtres. Ainsi la crise de la globalisation et celle de l’hégémonie américaine se recoupent-elles étroitement.        <br />
              <br />
       Dans ce monde dangereux, il est important que la gauche française fasse entendre <span style="font-style:italic">une voix distincte</span>. La grande crise américaine qui pointe à l’horizon amènera <span style="font-style:italic">un réexamen critique des postulats libéraux</span> (apologie du libre-échange, effacement de l’Etat, marché roi) ; à la faveur de ces remises en cause, la gauche française peut faire entendre son message et ses valeurs. La gauche a besoin pour cela d’un projet à la hauteur des défis de notre temps.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Face au tsunami, un projet républicain à la hauteur des défis de notre temps.</b>       <br />
              <br />
       1.	<span style="font-style:italic">L’urgence c’est de faire face à la récession et à l’approfondissement de la crise</span> qui, après avoir touché les Etats-Unis, va se communiquer à l’Europe. Nous n’y ferons face que sur la base d’une réaffirmation claire de la souveraineté populaire et du rôle de l’Etat.        <br />
              <br />
       2.	<span style="font-style:italic">L’Europe à vingt-sept ne peut être qu’une confédération de nations</span>. Les institutions européennes, si elle se montrent défaillantes, ne peuvent pas arguer de compétences exorbitantes pour faire obstacle à des mesures urgentes et exceptionnelles comme si l’Europe était une Fédération, perspective clairement rejetée par le peuple français en mai 2005.       <br />
              <br />
       3.	Les institutions européennes ont <span style="font-style:italic">l’impérieux devoir de se réformer au feu de la crise, d’instaurer dans l’action un véritable gouvernement économique de la zone euro</span> : baisse des taux d’intérêt, tolérance accrue pour les déficits budgétaires en période de crise, mise en œuvre de politiques contracycliques pour faire de la zone euro un espace keynésien de relance. Ce serait d’ailleurs le meilleur moyen d’aider les Etats-Unis à surmonter leurs propres difficultés. En théorie du moins, l’Europe peut beaucoup aussi en matière de politique industrielle et énergétique, de programmes de recherche et de protection contre les concurrences déloyales, afin de maintenir un tissu industriel aujourd’hui en voie de délitement.       <br />
              <br />
       L’Europe doit également veiller à la préservation de ses services publics et de son agriculture. Il faut réinventer la PAC et la préférence communautaire. Cette exigence ne vaut d’ailleurs pas que pour l’agriculture. L’Europe doit se battre non pas pour libéraliser davantage encore le commerce international mais pour imposer à l’OMC la prise en compte de normes sociales et environnementales. La liberté des échanges n’a de sens qu’entre pays de niveau de développement économique comparable.       <br />
              <br />
       4.	<span style="font-style:italic">La responsabilité de l’Allemagne</span> dans la réorientation de la construction européenne est déterminante, car ce pays, en comprimant excessivement ses coûts depuis 2000, a pu dégager d’énormes excédents commerciaux (plus de 200 milliards d’euros en 2007) pour l’essentiel au détriment de ses partenaires de la zone euro (100 milliards) et de l’Europe en général (150 milliards), tout en freinant sa croissance intérieure. Il y a une solidarité objective entre l’action des syndicats et celle de la gauche allemande en vue d’une revalorisation des salaires et l’intérêt bien compris de l’Europe dans son ensemble. L’Allemagne doit mettre en œuvre une stratégie coopérative de relance à l’échelle européenne. Il appartient à la France de l’y aider en formulant des propositions adaptées. Cette perspective de réorientation de la construction européenne eût paru, il y a peu, hérétique, tant elle est contradictoire avec les dogmes de la globalisation, imposée au fil des décennies, par les Etats-Unis et relayée par l’Europe libérale. Mais aujourd’hui le système craque de toutes parts. Ce sont les Etats les plus libéraux (Grande-Bretagne – Etats-Unis – Suisse) qui utilisent les moyens de l’intervention publique.       <br />
              <br />
       5.	<span style="font-style:italic">Il est temps qu’en France aussi on change son fusil d’épaule</span>. La <span style="font-style:italic">souveraineté populaire</span>, dans les temps qui viennent, aura matière à s’exercer. Nous avons toujours défendu le cadre et les repères de la République. Ceux-ci nous seront bien utiles dans la période qui s’annonce.       <br />
              <br />
       6.	<span style="font-style:italic">Pour maintenir notre tissu industriel</span>, priorité des priorités, nous ne devons pas hésiter à <span style="font-style:italic">utiliser tous les moyens</span> : réglementation stricte des OPA, constitution de pactes d’actionnaires stables, promotion de l’épargne salariale et de la participation des travailleurs au capital des entreprises, renforcement du rôle des grands intermédiaires publics et notamment de la Caisse des dépôts, instauration de « golden share » (action publique impliquant un pouvoir de veto), <span style="font-style:italic">nationalisations partielles ou totales le cas échéant, de certaines entreprises stratégiques</span> (notons au passage la responsabilité des gouvernements libéraux qui ont laissé partir à l’étranger Usinor et Pechiney, avec les conséquences que l’on voit sur la délocalisations de nos sites de production et de nos laboratoires de recherche). Il est temps de passer un pacte nouveau entre les entreprises, les acteurs concernés (détenteurs du capital mais aussi travailleurs), la Puissance publique et les sous-traitants. Il faut remettre en cause l’actuelle dictature de l’actionnariat. Celle-ci est récente. Elle n’a pas de légitimité profonde. Nous trouverons beaucoup d’alliés, et d’abord dans le secteur productif, pour remettre en cause les règles du jeu immorales du capitalisme financier et pour définir les bases d’une <span style="font-style:italic">nouvelle Charte de l’Entreprise</span>.       <br />
              <br />
       Cette politique de redynamisation du tissu industriel s’appuiera sur la relance d’un vigoureux effort de recherche orienté vers les technologies nouvelles (énergies renouvelables, réacteur nucléaire de quatrième génération, biotechnologies, NTIC, productique, nouveaux matériaux) ainsi que sur les économies d’énergie et la promotion de nouvelles formes d’habitat et de transport.       <br />
              <br />
       7.	Le renouveau de l’Etat ira de pair avec <span style="font-style:italic">la reconquête des territoires et une décentralisation républicanisée. La revalorisation du travail sera le socle d’une nouvelle croissance</span>. Celle-ci permettra de garantir justement les protections sociales en tenant compte de priorités démocratiques (prise en compte de la pénibilité du travail) et en mettant fin à certains privilèges et abus (tarifs déconventionnés – concurrences privées déloyales au service public). Cet immense effort de redressement collectif prendra appui sur une citoyenneté raffermie. Ce n’est pas le modèle républicain qui est en cause : ce sont les attaques qu’il subit. Egalité hommes-femmes, accès égal à la citoyenneté, défense de la laïcité, refondation républicaine de l’Ecole, rien de tout cela qui ne soit éminemment moderne.       <br />
              <br />
       Il faudra <span style="font-style:italic">revoir notre politique d’immigration</span> dans le cadre d’accords de codéveloppement fondés sur l’intérêt mutuel avec les pays d’origine. La science et la culture seront au cœur de notre démarche. Pour faire face au réchauffement climatique, <span style="font-style:italic">une véritable écologie de l’Humanité</span> éloignant toute tentation d’un obscurantisme paré aux couleurs de la modernité, est nécessaire. La <span style="font-style:italic">culture</span> doit s’ouvrir au plus grand nombre et la culture française sur le monde. La <span style="font-style:italic">francophonie</span> sera un des moyens de cette ouverture.       <br />
              <br />
       8.	En même temps que la France aura repris confiance en elle-même et en ses capacités, elle aura le devoir de parler aux autres pour dessiner les contours <span style="font-style:italic">d’un monde multipolaire et pacifique, fondé sur le respect du droit international</span>.       <br />
              <br />
       La fin de l’unilatéralisme américain n’est pas la fin de l’Histoire. Nous souhaitons maintenir une belle et bonne alliance avec les Etats-Unis. Mais celle-ci ne saurait se confondre avec l’acceptation résignée d’une vassalité, maquillée aux couleurs d’un « Occident » improbable. Nous devons nouer ou développer des partenariats stratégiques avec la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique, le Venezuela, l’Iran, l’Indonésie, sans oublier de restaurer nos liens avec l’Afrique, que nous avons contribué à ouvrir au monde et dont le destin nous concerne et nous concernera toujours. Partout, nous devons promouvoir le dialogue des cultures et favoriser l’émergence et la construction d’Etats fondés sur le droit et notamment celui, intangible, de chaque peuple à se déterminer par lui-même.       <br />
              <br />
       Pour que l’Europe existe dans ce monde multipolaire et notamment par rapport aux Etats-Unis et à la Chine, elle doit développer des relations de coopération privilégiées avec ses grands voisins qui constituent <span style="font-style:italic">l’Europe élargie. Au premier chef la Russie</span>, qui est nécessaire à l’équilibre et à la paix du continent, et que nous ne devons pas repousser vers l’Asie. Il y a beaucoup à faire avec la Russie sur le plan économique et énergétique mais aussi sur le plan diplomatique.        <br />
              <br />
       De même nous devons chercher à <span style="font-style:italic">donner un contenu à « l’Union pour la Méditerranée »</span>. Le développement du Maghreb et de l’Egypte, la stabilisation des Balkans sur la base du respect égal de l’identité de chaque peuple, la paix au Proche et au Moyen-Orient, l’arrimage enfin de la Turquie à l’Europe, répondent ainsi à notre intérêt bien compris du point de vue de la croissance aussi bien que de la sécurité.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La France enfin doit rester une grande puissance politique</span>. Le respect du droit international, le dialogue des cultures, le codéveloppement avec le Sud et enfin le maintien d’une défense indépendante seront les axes de notre politique extérieure. <span style="font-style:italic">L’indépendance n’est pas moins nécessaire dans un monde multipolaire qu’elle ne l’était dans l’ancien monde bipolaire</span>. Il nous appartient donc de combattre les dérives dangereuses auxquelles nous conduit déjà la perspective annoncée d’une réintégration de l’organisation militaire de l’OTAN en rupture avec la politique inaugurée par le général de Gaulle. Ainsi notre opposition à la politique de M. Sarkozy n’est-elle pas une opposition systématique et aveugle. C’est une <span style="font-style:italic">opposition républicaine et argumentée</span>, fondée sur la perspective d’un avenir différent et meilleur.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Vers la refondation républicaine de la gauche</b>       <br />
              <br />
       1.	Trente-sept ans après le Congrès d’Epinay, la gauche française doit prendre un <span style="font-style:italic">nouveau départ</span> comme elle a su le faire à différentes étapes de son histoire : 1905 -1920 - 1946 - 1971. Le cycle d’Epinay est désormais révolu. Ce qui ne signifie pas que les objectifs originels - rassembler la gauche, reconquérir les couches populaires - aient perdu de leur pertinence. Mais le monde a changé. Avec l’effondrement de l’URSS, le communisme a perdu son étoile polaire. Confronté au néo-conservatisme libéral, le Parti socialiste peine à trouver ses marques. C’est une refondation de toute la gauche qu’il faut préparer, avec toutes ses sensibilités et toutes ses cultures : social démocrate, républicaine, communiste, radicale, écologiste, etc.        <br />
              <br />
       2.	<span style="font-style:italic">L’objectif d’un grand parti de toute la gauche doit être clairement affirmé</span>. Seule une nouvelle structure pourra accueillir la masse des sympathisants aujourd’hui sans repères et l’élan des nouvelles générations. Une Fédération ou une confédération pourrait sans doute constituer une étape intermédiaire mais en réalité le temps presse : <span style="font-style:italic">seule la création d’un grand parti de toute la gauche</span>, <a class="link" href="http://www.lepartidelagauche.fr/">déjà relayée par certains responsables socialistes</a>, faisant écho à nos propres propositions, peut créer l’<span style="font-style:italic">électrochoc nécessaire</span>. Ce nouveau parti devra rassembler largement et sans sectarisme toutes les sensibilités. Du dialogue en son sein d’une sensibilité critique voire utopique, et d’une sensibilité plus gestionnaire doit naître une dynamique féconde. Rien ne serait plus contreproductif que de vouloir construire un parti révolutionnaire à côté d’un parti social-libéral. Ce serait donner un boulevard à la droite conservatrice.       <br />
              <br />
       3.	Au départ il faudra cependant <span style="font-style:italic">ouvrir le débat sur la nature de la globalisation et du capitalisme financier aujourd’hui dominant</span>, car dès les premiers temps du mouvement ouvrier, au XIXe siècle, aucune vision socialiste n’a jamais pu se développer que sur la base d’une critique préalable du capitalisme de l’époque. Il en va de même aujourd’hui. A partir d’une telle analyse du capitalisme financier d’aujourd’hui et de ce qu’on appelle la « globalisation », un débat fructueux pourra naître et se développer.       <br />
              <br />
       4.	Chaque parti actuel de la gauche apportera son meilleur au parti futur. Les communistes, dont l’Histoire tourmentée a eu sa grandeur, doivent savoir tourner la page, ouverte au début du dernier siècle, par le Congrès de Tours. Ils trouveront dans un parti de toute la gauche un cadre plus efficace pour faire mûrir les espérances révolutionnaires. Il en va de même pour les écologistes qui n’ont pas rompu avec la tradition des Lumières, pour les radicaux sincères et pour les hommes et femmes de progrès qui n’entendent pas tourner le dos au message qui fut jadis celui du général de Gaulle.       <br />
              <br />
       S’agissant du MRC, héritier du MDC mais aussi, avant 1993, du CERES et de « Socialisme et République », les raisons qui avaient motivé sa création : refus de l’alignement sur l’Hyperpuissance américaine dans la première guerre du Golfe et rejet de l’Europe libérale de Maastricht, n’ont pas disparu, même si nos critiques depuis 2003 (deuxième guerre du Golfe) et 2005 (rejet de la Constitution européenne), sont plus largement partagées.       <br />
              <br />
       Pour que les choses soient dites clairement, nous ne sommes pas prêts à adhérer au PS. Tout s’est passé en effet comme si celui-ci avait mené à notre égard – consciemment ou non – une véritable campagne d’éradication au lendemain du 21 avril 2002, cherchant à nous transformer en bouc émissaire commode d’un échec dont son candidat était en fait le principal responsable. Nous n’admettons pas d’avoir été ainsi « criminalisés » pour avoir porté un projet différent sur l’Europe, la politique industrielle, la République ou l’indépendance de notre politique étrangère. Bref nous entendons non seulement nous faire respecter mais conduire des débats de fond sans lesquels il n’y aura pas de refondation républicaine de la gauche. Le MRC se place dans cette perspective de refondation exclusivement. Il n’entend donc pas acquiescer à une version de l’Histoire qui n’a pas d’autre objet que de soustraire à la critique une orientation social-libérale qu’il a toujours combattue. Pas plus qu’hier nous n’accepterons de servir de caution.        <br />
              <br />
       5.	Pour notre part, nous respectons le PS en tant qu’organisation, et <span style="font-style:italic">nous n’entendons pas nous ingérer dans des choix de personnes</span> qui lui incombent. Le débat d’idées au sein de la gauche en revanche est légitime et nous y contribuerons. Pour ce qui nous concerne, nous aspirons à la confrontation loyale des idées, au sein d’un grand parti de toute la gauche, avec le seul souci du fond. C’est ce qui a beaucoup manqué à la gauche depuis un certain temps et c’est avec cette loyauté élémentaire à l’égard des idées, et par conséquent des personnes, que nous aimerions la voir renouer dans son ensemble.        <br />
              <br />
       Le MRC propose donc <span style="font-style:italic">un cadre de discussion ouvert</span> à l’ensemble des femmes et des hommes de gauche et de progrès pour jeter les bases d’un grand parti de toute la gauche. <span style="font-style:italic">Cette refondation est urgente. Sinon la gauche risque de se trouver confrontée à des divisions persistantes, au risque d’une nouvelle défaite.</span>       <br />
              <br />
       Pour mobiliser l’ensemble de ses forces et susciter l’adhésion des hésitants, nous lançons un appel pour que la gauche se réunisse et se mette d’accord, non sur une simple perspective d’alternance dépourvue de contenu politique, mais sur un projet républicain réellement alternatif. C’est possible. <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Un-projet-republicain-plus-que-jamais-d-actualite_a596.html">Le projet républicain du MRC est sur la table</a>. Cette contribution à notre prochain Congrès a pour but d’ouvrir le débat non seulement au MRC mais également au sein de la gauche tout entière, en tout cas parmi ceux qui font de sa refondation leur perspective.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Un-contenu-et-un-chemin-pour-la-creation-d-un-grand-parti-de-toute-la-gauche_a595.html</link>
  </item>

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   <title>Un projet républicain plus que jamais d'actualité</title>
   <pubDate>Sun, 06 Apr 2008 11:43:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Projet du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 6 avril 2008.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/903116-1114190.jpg?v=1289480131" alt="Un projet républicain plus que jamais d'actualité" title="Un projet républicain plus que jamais d'actualité" />
     </div>
     <div>
      <b>1 - EN FRANCE</b>       <br />
              <br />
              <br />
       <b>1-1 – La République relevée</b>       <br />
              <br />
              <br />
       <b>La souveraineté, la démocratie, la loi</b>       <br />
              <br />
       Refonder les institutions européennes sur la démocratie, c’est la refonder sur les souverainetés nationales qui sont inaliénables. Cela n’exclut nullement des transferts de compétences, des compétences exercées en commun, mais à condition que celles-ci soient démocratiquement contrôlées.        <br />
              <br />
       Les droits de l’homme sont indissociables de ceux du citoyen, qui constitue une parcelle du souverain ; ils sont donc liés à la souveraineté nationale. Le « droitdel’hommisme » qui veut l’ignorer, et qui d’ailleurs s’évanouit à l’exercice du pouvoir, est une tromperie.       <br />
              <br />
       En République, le citoyen n’a qu’un maître : la loi, qui doit être égale pour tous. Il est urgent de simplifier la loi, de mettre un terme à la prolifération réglementaire, nationale comme européenne. Prendre le citoyen au sérieux c’est garantir la clarté et la lisibilité de la loi.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Le renouveau de l’Etat</b>       <br />
              <br />
       L’Etat est l’instrument par lequel le bien commun s’affirme par dessus les intérêts particuliers. Pour réformer l’Etat, il faut clairement fixer ses tâches : fonctions régaliennes, fonctions anticipatrices, fonctions de stratège et missions d’intérêt public : transports, énergie, recherche, aménagement du territoire… Décentralisons, mais dans la République et dans le respect de la solidarité nationale ! Cessons d’opposer les collectivités locales à l’Etat : tous doivent servir le bien public. Le développement de l’intercommunalité de la loi de 1999 montre que c’est possible.        <br />
              <br />
       <b>La reconquête des territoires</b>       <br />
              <br />
       Une vigoureuse politique d’aménagement du territoire doit viser la reconquête de l’espace français, pensée en fonction des défis européens.        <br />
              <br />
       Pour réorienter la politique de la ville il faut clarifier les choix : quelle égalité bâtir, pour quelle citoyenneté, dans quelle nation ? Aux « politiques d’intégration » doit succéder une volonté nationale de plein accès à la citoyenneté, replaçant les valeurs républicaines au cœur du pacte social, rejetant dans les actes les réflexes communautaristes.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>1-2 – Revaloriser le travail</b>       <br />
              <br />
       <b>Rééquilibrer les revenus du travail et du capital</b>       <br />
              <br />
       La revalorisation du travail, par rapport aux revenus du capital, peut commencer en France par la réforme des charges sociales. Nous proposons que les cotisations sociales patronales, aujourd’hui assises sur les salaires, soient graduellement remplacées par une taxe assise sur la valeur ajoutée comptable de l’entreprise. Les cotisations salariales, à l’exception de la retraite, doivent être transférées vers une CSG ne supportant pas l’impôt. Ces transferts permettront aux entreprises de poursuivre l’effort de revalorisation du SMIC et de rendre aux salariés du pouvoir d’achat. A l’inverse, les revenus du capital seraient appelés à financer bien davantage la protection sociale.        <br />
              <br />
       <b>Garantir les protections sociales</b>       <br />
              <br />
       Le chômage important des jeunes et des salariés après 50 ans constitue un immense perte de cotisations pour les régimes de protection sociale. L’issue n’est pas dans les fonds de pension qui ne font qu’engendrer de nouveaux risques. Elle est dans la réforme de l’assiette des cotisations, l’amélioration du taux d’activité en fin de carrière… et dans le recul du chômage.       <br />
              <br />
       Nous voulons renforcer un système de protection universel, égalitaire et solidaire, dégagé des contraintes de rentabilité mais équilibré financièrement. Nous proposons de rendre au Parlement un rôle directeur dans la politique de santé publique et dans les dépenses de santé : (politique du médicament, libérée des pressions des grands groupes pharmaceutiques, modernisation de l’hôpital public, et synergie entre médecine de ville et établissements, Agences régionales de santé, organisation du risque dépendance, etc.       <br />
              <br />
       <b>1-3 – La citoyenneté affermie</b>       <br />
              <br />
              <br />
       Face à l’individualisme, la citoyenneté est le rappel de l’intérêt général et le civisme est la forme la plus élaborée du lien social. Si la citoyenneté traverse aujourd’hui une crise, ce n’est pas le modèle républicain qui est en cause, mais les coups de boutoir qui le frappent jour après jour, au nom de l’individualisme exacerbé, du culte de la réussite personnelle par l’argent, des communautarismes. C’est aussi parce que l’intérêt général est perdu de vue.       <br />
              <br />
       L’égalité entre les hommes et les femmes est le premier défi à relever par le principe de citoyenneté, devant lequel les traditions, les cultures, les religions doivent céder le pas.       <br />
              <br />
       L’égal accès à la citoyenneté est devenu un enjeu majeur : aux jeunes issus de l’immigration, aux jeunes stigmatisés par leur quartier de résidence ou leur couleur de peau, nous devons tenir la promesse républicaine d’égalité. L’Etat ne doit pas rester observateur ou juge pénal : il doit devenir acteur de cette promotion volontaire.       <br />
              <br />
       Il faut donner sens à l’immigration, à condition que celle-ci soit régie par des règles claires et ne soit pas perpétuellement agitée par les démagogues, qui prennent le risque grave de déstabiliser les populations installées sur notre sol. Les quota d’origine ne sont pas acceptables en raison de leurs critères ethniques ou raciaux ; les quota par profession ne peuvent être utilisés qu’en accord avec les pays d’origine afin de ne pas organiser le pillage des cerveaux du Tiers Monde. Pour apaiser les peurs, donnons sens à l’immigration : les nouveaux venus, futurs citoyens de la République, feront la France de demain.       <br />
              <br />
       Au nom de la laïcité, nous devons veiller à ce qu’aucune distinction religieuse ne s’impose dans l’espace public, à ce que l’ethnicisation des rapports sociaux soit combattue, à ce que la liberté de l’esprit, de la recherche, de la création soit garantie. Le premier combat laïque d’aujourd’hui est à livrer contre l’enfermement dans le communautarisme.       <br />
              <br />
       Le droit égal pour tous à la sûreté doit s’imposer aussi bien face à la démagogie sécuritaire que face à l’angélisme : police de proximité, loi de programmation pour la justice en sont les outils.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>1-4 – Refonder l’Ecole</b>       <br />
              <br />
              <br />
       Il est temps de recentrer l’Ecole sur ses missions premières : la transmission des savoirs et des valeurs, et relever l’autorité qui la rend possible, celle des maîtres. La maîtrise des savoirs élémentaires en primaire est la clé de toute réussite ultérieure. Une priorité doit être donnée à la maîtrise de la  langue française qui conditionne tout le reste… La République doit conforter ses enseignants : ils ont la tâche ingrate d’inculquer le goût de l’effort dans une société hédoniste, le sens du travail dans un monde où la réussite par l’argent est portée au pinacle, la joie de comprendre, la fierté de s’élever, dans un environnement où tout concourt à la crétinisation de masse.        <br />
              <br />
       La formation de la citoyenneté est la deuxième grande mission de l’Ecole. L’instruction civique doit transmettre les valeurs de la citoyenneté.       <br />
              <br />
       Dans l’enseignement supérieur, nous devons faire face au tarissement du nombre d’étudiants dans les filières scientifiques et techniques. Des bourses incitatives seraient nécessaires. L’orientation, à l’Université, au cours du premier cycle doit répondre au défi que constitue l’abandon par de nombreux étudiants de leur cursus. Nous avons également proposé que l’Etat et le service public financent les études de jeunes de milieu modeste qui s’engagent ensuite à servir durant dix ans.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>1-5 - Science, culture, environnement</b>       <br />
              <br />
              <br />
       Les relations de l’homme et de la nature revêtent une dimension planétaire : effet de serre, réchauffement du climat, conséquences sur le niveau des océans et sur les terres habitées des rivages, amenuisement de la biodiversité… Y faire face suppose de mobiliser les capacités de la raison et de la science, et non de sombrer dans un millénarisme aveugle.        <br />
              <br />
       L’éthique de responsabilité face à l’environnement et à l’avenir de la planète est une dimension moderne du civisme et de la citoyenneté. Il faut penser l’écologie de l’humanité, et réintroduire la responsabilité des nations face au devenir de l’humanité.        <br />
              <br />
       Un projet républicain fait confiance à la création et aux créateurs. Il s’agit de les défendre face à la marchandisation générale, et de promouvoir l’exception culturelle. Il s’agit aussi de favoriser la participation du plus grand nombre à la vie culturelle, en ressoudant ainsi le sentiment d’appartenance. Nous proposons en même temps d’ouvrir la culture française sur le monde et de faire de la francophonie  une dimension majeure, culturelle et politique.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>2 - EN EUROPE</b>       <br />
              <br />
       <b>2-1 – Face à la crise, renouer avec la croissance</b>       <br />
              <br />
       La crise qui a commencé de s’abattre sur l’Europe appelle des remises en cause énergiques pour éviter d’être entraînés dans la spirale du désastre économique.        <br />
              <br />
       <b>Changer l’architecture de la zone euro</b>       <br />
              <br />
       Dans la zone euro il faut anticiper d’urgence pour surmonter la vague récessioniste venue d’Amérique :       <br />
       -	renégocier le Pacte de stabilité, et à tout le moins exclure du calcul du déficit budgétaire comparé les dépenses d’investissement productif, de recherche et de défense.       <br />
       -	modifier les statuts de la Banque centrale européenne afin d’inclure dans ses missions la nécessité de veiller à l’emploi et à un haut niveau d’activité et définir l’inflation de manière réaliste       <br />
       -	instituer un gouvernement économique de l’euro assuré par l’Eurogroupe, et autorisé à donner des orientations à la BCE. La politique du change doit être reprise en main.       <br />
              <br />
       <b>L’innovation et la recherche</b>       <br />
              <br />
       Les vœux pieux du sommet de Lisbonne en matière de recherche et de technologie ont heurté le mur du pacte de stabilité. Nous proposons de porter à 3% du PIB l’effort de recherche français, en déduisant ces engagements des déficits budgétaires comparés.        <br />
              <br />
       <b>La politique industrielle</b>       <br />
              <br />
       La politique industrielle doit reprendre ses droits . Elle a été ramenée par la Commission de Bruxelles à une simple politique de la concurrence empêchant d’ailleurs de faire naître en Europe des champions mondiaux. Les défis que nous lancent les pays émergents, la montée des « fonds souverains » exigent un changement de cap. L’Europe doit promouvoir une politique de l’offre, dans le domaine de l’industrie comme dans celui des services.       <br />
              <br />
       Dans les secteurs industriels vitaux et stratégiques, l’Etat doit exercer une mission de sécurité absolue. Son droit de regard, sous forme de golden share par exemple, est légitime. Des coopérations renforcées dans les domaines industriels clés doivent pouvoir se nouer, sans l’aval préalable de la Commission, avec un nombre restreint d’Etats membres volontaires.       <br />
              <br />
       Pour mettre nos grandes entreprises à l’abri des prédateurs boursiers, des moyens existent : contrôle des fusions boursières, constitution d’un pôle d’actionnaires stable capable d’intégrer les exigences de moyen et long terme pour l’entreprise, actionnariat salarié, qui à partir de 10 – 15% offre une résistance solide aux opérations prédatrices.       <br />
              <br />
       <b>L’énergie</b>        <br />
              <br />
       Nos approvisionnements en pétrole et en gaz sont liés à la qualité de nos relations avec les pays qui forment le grand voisinage de l’Europe : Moyen-Orient et Iran, Maghreb, Russie. Une Europe européenne, soucieuse de ses intérêts à terme, a autre chose à faire que d’emboîter le pas aux fiasco de la politique américaine dans ces régions.        <br />
              <br />
       Les prix durablement élevés du pétrole, le besoin d’indépendance énergétique, font que l’énergie nucléaire a un grand avenir devant elle. L’avenir du nucléaire doit être préparé. Sur vingt ans, il faut prévoir de gérer 500 tonnes de déchets, de manière sûre, durable et réversible. Ce n’est pas inaccessible ! Cette priorité peut d’ailleurs fort bien se conjuguer avec le développement des énergies renouvelables et avec une politique sérieuse de maîtrise des dépenses énergétiques.       <br />
              <br />
       <b>Le service public</b>       <br />
              <br />
       Nous avons besoin de services publics performants et de qualité. La « concurrence libre et non faussée » est le lacet avec lequel les libéraux entendent étrangler le service public, en les mettant à la merci d’un l’écrémage où le secteur privé s’octroie les activités rentables, ne laissant au public que le secteur déficitaire, avant de disparaître.        <br />
              <br />
       Nous avons besoin d’une directive « service public », permettant sans équivoque de préserver l’égalité d’accès des citoyens aux services de base.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Les paysans doivent pouvoir vivre de leur travail</b>       <br />
              <br />
       Il faut réinventer la PAC et les principes qui l’avaient fondée : préférence communautaire, prix rémunérateurs encourageant la qualité, souveraineté alimentaire, en servant de nouveaux objectifs : agriculture paysanne, sécurité et qualité alimentaires, rejet du dumping vis à vis des agricultures des pays du Sud. Cette réinvention de la PAC doit permettre à l’Europe de se nourrir par elle-même et aux paysans de vivre de leur travail et non de subsides.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>3 - DANS LE MONDE</b>       <br />
              <br />
       L’incantation chère au président Sarkozy, ne suffit pas. La mondialisation libérale, c’est la mise en concurrence des « coûts » du travail. Pour revaloriser le travail, il faut changer les règles du jeu.       <br />
              <br />
       <b>Pour protéger les acquis sociaux en Europe</b>, la définition et le respect de clauses sociales et environnementales à l’OMC doit être notre cheval de bataille. Mais cette bataille sera rude et longue.       <br />
              <br />
       C’est pourquoi, dès à présent, l’Union européenne doit remettre en œuvre une préférence communautaire, qui prévalait jusqu’en 1974 au sein du Marché commun, et l’appliquer aux biens et aux services. Cette préférence communautaire implique un tarif extérieur commun et c’est la seule manière de garantir le niveau social européen.        <br />
              <br />
       La liberté des échanges ne peut valoir qu’entre zones de niveau économique et social comparable. Même les libéraux découvrent que l’extension sans limite du libre-échange n’apporte pas la prospérité. Il faut renverser ce dogme pour sortir l’OMC de sa crise. Il faut au contraire lier le volume de nos importations au niveau social et environnemental des pays à bas coût de main d’œuvre. A la vision de l’OMC nous devons opposer un projet d’organisation du commerce mondial par grands ensembles régionaux, de niveau économique et social comparable, avec liberté des échanges à l’intérieur, et régulation des échanges entre grandes zones.       <br />
              <br />
       <b>La France doit rester une grande puissance politique</b>       <br />
              <br />
       Plus que jamais, face à la crise qui s’annonce, c’est le contenu de la construction européenne qui est en cause. Nous avons le devoir de proposer un programme de mobilisation des instruments économiques (Pacte de stabilité, statuts de la BCE, politique du change, etc…)       <br />
              <br />
       Il faudra aussi simplifier la procédure de coopération renforcée et pouvoir y associer des pays du grand voisinage de l’Europe : Russie, Turquie, Maghreb. Une Union pour la Méditerranée, pour voir le jour, ne pourra pas faire l’économie des questions politiques (Turquie et UE, Proche-Orient,…)       <br />
              <br />
       L’échec des tentatives de fusion des nations par l’Europe, ou de fédéralisme à 27, ouvre de nouvelles opportunités : nos relations avec l’Allemagne, mais aussi avec l’Italie, dans certains domaines avec la Grande-Bretagne doivent trouver de nouveaux développements.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Vers le Sud</b>, le co-développement doit devenir une exigence. La France républicaine doit faire entendre son message : il n’y a pas de développement sans Etat, qui soit si possible un Etat de droit; il est nécessaire de fonder des nations sur la citoyenneté et non sur le communautarisme ou l’ethnicité; il est souhaitable d’organiser le développement avec le soutien d’un Etat stratège, volontaire, garant du bien public.        <br />
              <br />
       La France peut jouer un rôle original et utile en direction du monde arabo-musulman. Les interventions militaires, au lieu de faire reculer le terrorisme, fouettent l’intégrisme. Ce n’est pas le choc des civilisations qui vaincra la violence, mais la coopération Nord – Sud. C’est l’alliance des civilisations qui peut tarir les sources du fanatisme et du terrorisme, imposer une paix juste au Proche-Orient. Après le fiasco américain, le moment est venu de faire valoir ces thèses.       <br />
              <br />
       <b>Une défense indépendante</b>       <br />
              <br />
       La défense est nationale; la dérive vers la fourniture de contingents aux quatre coins de la terre et le plus souvent sous commandement américain doit cesser. L’architecture de la défense doit être clairement perceptible : son noyau, c’est la force de dissuasion qui autorise l’indépendance de notre politique. En Europe, nous respectons pleinement les obligations du traité de l’Atlantique Nord, mais nous récusons les tentatives de faire de l’OTAN une organisation militaire internationale intervenant en Asie ou au Moyen-Orient, et nous refusons la pente dangereuse qui nous conduit par l’OTAN à un alignement sur la désastreuse politique de M. Bush.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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   <title>Jean-Pierre Chevènement et Pierre Lellouche débattent dans Le Figaro Magazine de la France dans la mondialisation</title>
   <pubDate>Fri, 02 Mar 2007 19:31:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Face à face paru dans Le Figaro Magazine, samedi 3 mars 2007     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/577348-704940.jpg?v=1289480117" alt="Jean-Pierre Chevènement et Pierre Lellouche débattent dans Le Figaro Magazine de la France dans la mondialisation" title="Jean-Pierre Chevènement et Pierre Lellouche débattent dans Le Figaro Magazine de la France dans la mondialisation" />
     </div>
     <div>
      <b>Le Figaro Magazine - Pourquoi la mondialisation fait-elle peur aux Français ?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b> - Elle ne fait pas peur à tout le monde. Il y a ceux qui en profitent, des multinationales qui font des bénéfices à l'étranger et les plus fortunés qui effectuent des placements avantageux. Mais une majorité de Français, soucieux de l'avenir du pays, ressentent une profonde inquiétude. Nous sommes structurellement affrontés à des pays à très bas coûts salariaux, et qui ont une capacité technologique et scientifique égale à la nôtre, la Chine et l'Inde. Nous n'avons pas, au contraire des Etats-Unis, l'extraordinaire avantage d'une monnaie mondiale comme le dollar qui leur permet de vivre en déficit, c'est-à-dire à crédit. Enfin, l'Europe a anéanti le tarif extérieur commun, il n'y a plus de préférence européenne. En 1972, la moyenne des droits de douane était de 14,5%, elle est actuellement de 1,5%. L'Europe a vécu cinq siècles sur une position de rente objective. Tout cela est terminé. Je ne pense pas que cela puisse être toléré sans que l'Europe ne rétablisse une forme de préférence communautaire ou, en tout cas, qu'elle se donne les moyens d'une croissance plus forte. Rappelons qu'elle est aujourd'hui la lanterne rouge de la croissance mondiale.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Pierre Lellouche</b> - Il règne une profonde inquiétude en France. Nous devons la prendre en compte. La mondialisation est là. Mais qu'est-ce que la mondialisation ? C'est la liberté totale des échanges grâce aux moyens modernes de communication et de transport de l'information, des matériels, des hommes et des capitaux. Et cela n'est pas aussi négatif que certains le disent. Au cours de mes nombreux voyages, je vois des zones de développement extraordinaires dans le monde, des pays qui étaient extrêmement pauvres et qui aujourd'hui décollent. Ce n'est pas parfait, il y a des inégalités, mais aussi un essor dans des pays comme l'Inde, la Chine, le Brésil, pour ne citer que les principaux... Curieusement, la gauche passe son temps à dénoncer le sous-développement du tiers-monde, mais s'affole quand ces pays commencent à créer des emplois. C'est le vieux discours du Zambèze contre la Corrèze, repris cette fois par la gauche. Pourtant, en Europe même, il y a de la croissance : en Espagne, en Irlande, en Pologne, en Scandinavie, dans les Etats baltes, au Royaume-Uni, aussi, qui connaît le plein emploi... Ces différences de croissance-là ne renvoient pas à la «malédiction» de la mondialisation mais à la performance de ces pays européens dans les conditions qui nous sont imposées. On ne peut expliquer les problèmes de la France que par les bas coûts salariaux dans les pays émergents. En Allemagne, ils sont tout aussi hauts que chez nous, voire plus, ce qui ne l'empêche pas d'être le premier exportateur du monde...       <br />
              <br />
       <b>J.-P. C.</b> - C'est parce que l'Allemagne dispose de créneaux porteurs dans les domaines de la machine-outil, de la pharmacie et de la chimie fine, ce que nous n'avons pas ! C'est vrai depuis la fin du XIXe siècle.       <br />
               <br />
       <b>P. L. </b>- Vous abondez dans mon sens. Nous devons lutter contre les faiblesses structurelles françaises chez nous. Comme nous, les Allemands ont le même euro et la même Banque centrale européenne. Pourquoi s'en sortent-ils et pas nous ? Quant aux tarifs extérieurs européens, à nous de les défendre quand c'est notre intérêt : voyez notre agriculture, la deuxième au monde après les Etats-Unis ! L'Europe est un formidable multiplicateur de puissance. J'ai négocié Iter pour la France. Nous avions l'Europe avec nous, nous l'avons emporté. Sans le bloc des 25, nous n'aurions pas réussi face au Japon et aux Etats-Unis, unis contre nous, à faire de notre pays le berceau de la fusion thermonucléaire.       <br />
               <br />
       La France est extrêmement créative. Mais l'argent de la recherche y est mal dépensé, les liens entre la recherche fondamentale, l'université, l'industrie et le capital-risque sont quasi inexistants. Notre système éducatif s'affaiblit et nos PME sont trop faibles, notamment par rapport aux entreprises allemandes. La France travaille moins que les autres : un tiers de moins que les Anglais et les Américains en moyenne, ce qui a fait passer notre pays en vingt-trois ans de la quatrième à la dix-septième place parmi les pays de l'OCDE. Ne nous étonnons donc pas que notre compétitivité baisse !       <br />
               <br />
       <b>J.-P. C.</b> - Vos arguments concernant l'Allemagne sont à courte vue. Si elle exporte autant, c'est parce que de nombreux pays émergents s'équipent actuellement. Mais ils ne s'équiperont pas toujours en Allemagne, ils développeront leur propre industrie de machines-outils, notamment la Chine. Ces avantages vont donc s'éroder. En Allemagne, du fait du freinage de la demande intérieure, le chômage atteint 4 millions de personnes et le sentiment de précarité touche un tiers de la population avec, de surcroît, des classes moyennes désorientées. Quant à l'Irlande, l'Espagne ou la Pologne, elles tirent plusieurs points de leur PIB des fonds structurels européens. De plus, l'Irlande a attiré des multinationales...       <br />
               <br />
       <b>P. L.</b> - Le chômage en Allemagne est concentré dans l'ex-RDA. Voyez la Bavière en plein emploi. Quant à l'Irlande, pourquoi attire-t-elle les multinationales ?       <br />
               <br />
       <b>J.-P. C.</b> - Déjà parce qu'on y parle anglais...       <br />
               <br />
       <b>P. L.</b> - Non, c'est surtout pour des raisons fiscales.       <br />
               <br />
       <b>J.-P. C.</b> - On n'y paye pas d'impôts. Mais si on ne paye plus d'impôts nulle part, que deviendront les services publics, qui sont quand même un élément de la compétitivité française ? Vous contestez mon argument sur la monnaie. Mais un euro qui s'est apprécié de 60% depuis 2000, cela pèse sur nos exportations. En quinze ans, l'Europe a perdu sept points de parts de marché dans les exportations mondiales. Cela se traduit naturellement dans les chiffres de l'emploi.       <br />
               <br />
       Je suis d'accord avec vous pour balayer devant notre porte. Il faut doper la recherche, mais ce sont les gouvernements de droite qui l'ont laissée s'étioler.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>La mondialisation remet-elle en cause le modèle social français ?</b>        <br />
       <b>J.-P. C.</b> - On ne peut pas se donner le modèle social chinois pour objectif !       <br />
               <br />
       <b>P. L.</b> - Pourtant, Ségolène Royal a vanté la justice chinoise...       <br />
               <br />
       <b>J.-P. C.</b> - En matière commerciale ! Mais elle a surtout insisté sur le fait que la Chine devait prendre en compte dans son développement les besoins de sa propre population, respecter les droits humains, y compris les droits sociaux ainsi que les normes environnementales, de façon à ce que la concurrence ne soit pas excessivement faussée. Elle a dit des choses que nos dirigeants n'osent pas dire habituellement aux Chinois. Notre déficit avec la Chine est de 15 milliards d'euros, la moitié de notre déficit total.       <br />
               <br />
              <br />
       <b>Mondialisation rime aussi avec délocalisation. Faut-il pénaliser les entreprises qui s'expatrient ?</b>        <br />
       <b>J.-P. C.</b> - Non. Mais il faut protéger davantage le marché européen, appliquer des normes de sécurité, faire en sorte que nos entreprises ne soient pas concurrencées de façon totalement déloyale sur leur propre territoire.       <br />
               <br />
       <b>P. L.</b> - La préférence communautaire est sans doute nécessaire dans les cas de dumping pratiqué par certains pays. Mais attention : 20% des emplois français proviennent des exportations. En érigeant des barrières, nous serions les premiers à nous tirer une balle dans le pied, en pénalisant nos ventes de centrales nucléaires, d'Airbus, de produits agroalimentaires...       <br />
               <br />
       <b>J.-P. C.</b> - Il ne s'agit pas de basculer dans un protectionnisme à courte vue, mais simplement de définir des règles plus justes pour retenir nos entreprises, empêcher l'érosion de notre tissu industriel, et faire en sorte que nos grandes sociétés trouvent davantage intérêt à fabriquer chez nous plutôt qu'en Europe de l'Est ou en Asie. Je constate avec regret qu'Alstom, qui vient de remporter un important marché de construction de centrales à cycles combinés au Vietnam, va produire la totalité de celles-ci dans ses usines chinoises.       <br />
               <br />
       <b>P. L.</b> - Mais qui a sauvé Alstom, sinon Nicolas Sarkozy ? Baissez les charges, laissez les gens travailler davantage, autorisez les magasins à ouvrir le dimanche et vous verrez que les entreprises produiront plus volontiers dans l'Hexagone ! Je suis étonné de voir comment la gauche veut parfois tout et son contraire. Finalement, nous sommes d'accord : il ne s'agit pas tant de pénaliser les entreprises qui délocalisent que d'offrir en France un cadre plus attractif donnant davantage de chances de réussir à ceux qui entreprennent. C'est ce que préconise Nicolas Sarkozy lorsqu'il propose de canaliser davantage l'épargne vers les entreprises, notamment les PME, au lieu de la laisser s'évaporer dans des impôts et des charges stériles.       <br />
               <br />
              <br />
       <b>L'Etat doit-il intervenir au nom du patriotisme économique ?</b>       <br />
       <b>J.-P. C.</b> - Quand les Américains sont confrontés à une entreprise chinoise souhaitant racheter l'un de leurs fleurons (Unocal), ils s'y opposent ; de même qu'ils se sont opposés au rachat de leurs ports par Dubaï. En France, il faut avancer sur la pointe des pieds pour ne pas choquer la Commission de Bruxelles : la petite liste des secteurs à protéger transmise par Dominique de Villepin à la Commission européenne a été aussitôt perçue comme une manifestation de protectionnisme excessif.       <br />
               <br />
       <b>P. L.</b> - Je crois moi aussi que la France a besoin d'une vraie politique industrielle.       <br />
               <br />
       <b>J.-P. C.</b> - Je me réjouis de voir que vous vous convertissez à une idée dont j'étais le chantre dans les années 80 !       <br />
               <br />
       <b>P. L.</b> - Vous n'en avez pas le monopole ! Pourquoi n'aurions-nous pas, à l'instar des Etats-Unis, un conseil scientifique chargé de définir clairement ce que nous voulons être dans les 20 années qui viennent, quels secteurs nous ambitionnons d'encourager et de quels moyens nous souhaitons nous doter en matière de recherche nucléaire, aéronautique, spatiale ? Je ne suis pas favorable à ce qu'on laisse les marchés financiers décider des chances industrielles de la France. Comme l'a très justement rappelé, récemment encore, Nicolas Sarkozy «le capitalisme ne survivra pas sans le respect d'un minimum de règles éthiques». L'Etat a un rôle à jouer dans un monde de plus en plus compétitif. Même dans les pays taxés d'ultralibéralisme comme les Etats-Unis, l'Etat intervient dans les secteurs stratégiques. Que George W. Bush décroche son téléphone pour vendre des Boeing ne me choque pas. A nous de faire de même.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Toute politique industrielle implique des choix. Quels secteurs encourager en priorité ?</b>       <br />
       <b>P. L.</b> - La France dispose de leaders mondiaux dans le pétrole, la défense, le nucléaire, l'eau, l'aéronautique, les grands systèmes informatiques, l'agroalimentaire. Ces grandes forces doivent être protégées et développées. A l'avenir, nous devons concentrer nos efforts sur des secteurs où notre valeur s'exprime. En avant toute sur les jobs avec de la qualification et de l'intelligence !       <br />
               <br />
       <b>J.-P. C.</b> - Je ne peux me résoudre à l'idée que la France devienne uniquement le pays du tourisme et du luxe. Même cela ne durerait pas toujours. Ne cessons pas de manufacturer et de produire en France ! Nous ne devons baisser les bras dans aucun domaine. Il n'y a pas d'industrie dépassée, il y a simplement des technologies dépassées. Défendons bec et ongles notre tissu industriel !       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Propos recueillis par Jean-Marc Gonin et Ghislain de Montalembert.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-et-Pierre-Lellouche-debattent-dans-Le-Figaro-Magazine-de-la-France-dans-la-mondialisation_a244.html</link>
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   <title>Mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités</title>
   <pubDate>Tue, 28 Nov 2006 23:31:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Discours de campagne de Jean-Pierre Chevènement, Paris, Gymnase Japy, mardi 28 novembre 2006     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/505399-617671.jpg?v=1289480116" alt="Mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités" title="Mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités" />
     </div>
     <div>
      Je vous remercie d’être venus nombreux à ce meeting de lancement de ma campagne au cœur de Paris, dans ce onzième arrondissement dont je tiens à saluer le maire, mon ami Georges Sarre.       <br />
              <br />
       <b>A) Pourquoi je suis candidat.</b>       <br />
              <br />
       Comme vous le savez, je me suis résolu à faire acte de candidature à l’élection présidentielle. Cette décision s’est progressivement imposée à moi avec la force de l’évidence. Cet été encore je privilégiais, pour faire obstacle à Nicolas Sarkozy, candidat de la droite libérale et non gaulliste, un accord politique avec le parti socialiste.        <br />
              <br />
       Puis j’ai pris connaissance dans le détail du projet du PS et j’en ai conçu de fortes inquiétudes pour l’avenir de notre pays. Le projet du PS évoque en effet un nouveau traité Constitutionnel européen. Il n’est pas au clair sur la manière de relancer l’économie ni de réorienter l’Europe.        <br />
              <br />
       Son analyse de la politique américaine est on ne peut plus superficielle. Quand on a dit : « L’atlantisme à la britannique est une impasse. L’antiaméricanisme de principe est une impasse », on n’a rien dit du tout. Sur les crises du Moyen-Orient, la faiblesse de l’analyse conduirait, je le crains, à une politique du suivisme à l’égard de la diplomatie américaine, avec tous les risques que cela peut comporter pour la France. De même, sur des sujets très importants comme la sécurité et l’Ecole, le PS est encore très loin d’être au clair avec lui-même. Quant aux propositions faites en matière institutionnelle, elles sont à mon sens dangereuses, car elles conduiraient non à revaloriser le Parlement mais à un régime d’Assemblée qui, par un effet de boomerang, ouvrirait la voie à une réaction autoritaire. Que dire enfin de la Charte du Conseil de l’Europe sur les langues régionales et minoritaires qui, si elle était adoptée, aboutirait, par leur co-officialisation dans l’espace public, à une fragmentation de celui-ci et constituerait un coup porté à la démocratie et à l’unité de la République ? Cette Charte offrirait en effet un tremplin à tous les micronationalismes plus ou moins ethnicisants.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/505399-617677.jpg?v=1289480117" alt="Mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités" title="Mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités" />
     </div>
     <div>
      *       <br />
              <br />
       Depuis juin dernier, le PS a privilégié sa relation avec le PRG. C’est son droit. Il n’a pas cherché à tirer avec nous les enseignements de la période écoulée. Il est vrai qu’il faudrait remonter à 1983 au moins et que c’est difficile. Disons clairement les choses : le PS, de 1999 à 2000, a voulu marginaliser le MRC. Il a ensuite cherché à le faire disparaître en faisant battre ses parlementaires, y compris le cas échéant en joignant ses voix à celles de la droite et de l’extrême-droite. Je rappelle cela parce que c’est la vérité et qu’entre amis on doit se parler franchement.       <br />
              <br />
       Pour passer un accord il faut être deux et il faut un respect mutuel. C’est alors que je me suis résolu, pour faire respecter nos idées et bien que mesurant l’épreuve, à me porter candidat. C’était le 6 novembre, il y a trois semaines. Je l’ai fait pour mettre la gauche à la hauteur des défis qui sont devant nous, et en définitive, pour servir le pays : il est bon qu’une voix expérimentée et réfléchie, en dehors des convenances de pensée, s’exprime sur l’Europe, sur le moyen de la réorienter, au bénéfice de la croissance et de l’emploi, sur la réactivation du modèle républicain, sur la nécessité enfin de prendre appui solidement sur la nation pour accomplir toutes ces tâches. J’ai rendu public un projet cohérent, ambitieux et réaliste à la fois le 13 novembre, Place de la République : <span class="u">Trois priorités – vingt chantiers pour faire rebondir la France.</span> Nos positions sont claires même si le fond a été occulté sous les questions de tactique politique, les seules qui intéressent les Etats-majors de l’UMP et du PS.       <br />
              <br />
       Quand j’ai pris mes résolutions, je l’ai fait sans illusion mais en toute conscience. Je sais par expérience qu’il est possible de réunir sur un projet progressiste 1,5 millions de Français de sensibilités diverses, mus par le seul désir de servir avant tout leur pays. Mais je sais aussi le poids des routines et des allégeances et, plus encore, j’ai appris à mesurer le déclin de la démocratie, sensible à travers la programmation de la télévision où il n’y a plus guère d’émissions politiques. Faut-il rappeler la confiscation quasi-totale des ondes au moment du référendum sur la Constitution européenne au bénéfice des « oui-ouistes » ? C’est ce mépris scandaleux de la démocratie manifesté par nos élites qui suscite un rejet de plus en plus violent, un rejet non instruit et qui, en définitive, fait le jeu de Le Pen. Et combien il est difficile d’expliquer à ces électeurs qu’il existe un projet alternatif, cohérent et construit, pour sortir des ornières où nous a conduits « la seule politique possible » ? La seule évidemment, dès lors que les grands choix d’ouverture à une mondialisation faussée ont été transférés à Bruxelles et à Francfort ! <span class="u">Oui ce travail d’instituteur républicain que je remplis par devoir est infiniment difficile et ingrat</span> car la machine à décerveler est puissante dans l’état actuel du système. J’en sais quelque chose pour avoir subi, au lendemain du 21 avril 2002, une des plus violentes campagnes d’éradication qu’un homme politique ait eu à subir, une campagne menée par la gauche bien pensante relayée par la droite tout aussi bien pensante, et par tous ceux qui ont oublié de faire marcher leur cervelle.       <br />
              <br />
       J’y ai résisté avec le soutien de quelques courageux, car il vous fallait du courage et plus que du courage pour résister à la fatwa prononcée contre moi et à travers moi, contre l’idée d’une autre politique que celle que peut agréer l’Establishment financier. Il était plus facile de rejoindre la cohorte de nos petits opportunistes ! Tous les prétextes étaient bons pour s’éloigner et prendre du champ. Cinq ans après, je suis toujours vivant parce que je crois à la force des idées.       <br />
              <br />
       Mes adversaires croient à la méthode Coué !       <br />
              <br />
       Comme ils n’aimaient pas m’entendre, ils avaient décrété depuis le 22 avril 2002 que je n’existais plus ! Pendant que celles et ceux que j’avais supplantés en 2002 paradaient sur les estrades médiatiques, j’étais pour ma part encerclé d’un <span class="u">boycott étonnant</span>.       <br />
              <br />
       Et plus les évènements me donnaient raison et plus ils m’oubliaient !       <br />
              <br />
       Référendum en Corse, rejetant les chimères de l’accord Matignon.       <br />
       Référendum aux Antilles, invalidant l’éclatement de la République.       <br />
       Guerre d’Irak, éclairant rétrospectivement la guerre du Golfe.       <br />
       Référendum sur la Constitution européenne.       <br />
              <br />
       Chaque évènement leur a donné de nouvelles raisons de me faire passer à la trappe.       <br />
              <br />
       Et, à peine ma candidature rendue publique, les mêmes ont décrété aussitôt que j’avais déjà annoncé mon retrait.       <br />
              <br />
       A tous ceux qui prennent leurs désirs pour la réalité, je réponds par ma nouvelle devise : <span style="font-style:italic">Etiam mortuus, redeo.</span> Même mort, je reviens !       <br />
              <br />
       C’est donc en pleine lucidité que j’entame ce combat. Avec des moyens réduits certes mais avec une résolution intacte, avec les meilleurs arguments qui soient et avec le soutien de la valeureuse phalange que vous représentez et de réseaux de sympathisants nombreux dans le pays.        <br />
              <br />
       Je sais très bien ce qui est accessible et ce qui ne l’est pas. Mon but est de peser. De peser et non de témoigner. Encore qu’il ne faille pas mépriser le témoignage. Il est quelquefois nécessaire comme la semence l’est aux moissons futures.       <br />
              <br />
       *       <br />
       *   *       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Le temps qu’il faudra</span>       <br />
              <br />
       Je prendrai le temps qu’il faudra pour faire connaître mes options. Nous sommes encore à cinq mois de l’échéance.        <br />
              <br />
       Qu’il soit clair que je me suis présenté contre Nicolas Sarkozy, parce qu’il diviserait gravement le pays s’il était élu et qu’il n’y a rien de bon à attendre d’une thérapie de choc libérale grimée aux couleurs de la priorité donnée aux choix individuels. Encore moins d’une politique sécuritaire qui tourne le dos aux valeurs républicaines qui lient indissociablement éducation, citoyenneté, prévention et répression.       <br />
              <br />
       Je ne me suis donc pas présenté contre Ségolène Royal … pour la bonne raison d’abord qu’elle n’était pas encore désignée quand j’ai fait acte de candidature. Certes il ne m’échappe pas que les rescapés de la deuxième gauche veulent la tirer à droite. C’est ainsi que j’ai lu avec intérêt Jacques Julliard dans les colonnes du Nouvel Observateur et Alain Touraine dans celles du Monde. Il est vrai aussi que ceux qui se déclarent à gauche dans le parti socialiste et au dehors, ne seraient pas mécontents d’une telle évolution.        <br />
              <br />
       Qu’en est-il exactement ? Certes, on se souvient du discours de Joué-lès-Tours où Michel Rocard avait théorisé l’incapacité des gouvernements d’être autre chose que le reflet de l’opinion publique, mesurée par les sondages. Mais est-ce vraiment la position de Ségolène, Royal ? Celle-ci, cheminant au milieu des obstacles, n’a-t-elle pas choisi une méthode originale qui, en remettant en cause les vieux tabous que j’avais moi-même cherché à briser sur la sécurité, l’Ecole, la nation, lui permettrait peut-être de rebrasser les cartes ? C’est l’hypothèse que j’ai formulée à l’Université d’été des Ulis, en vous invitant à suspendre provisoirement votre jugement.       <br />
              <br />
       En attendant, j’ai choisi de faire entendre ma voix, la vôtre, une voix claire, articulée, compréhensible, que bien entendu l’Establishment fait et fera tout pour étouffer. <span class="u">Ségolène Royal s’est mise à l’écoute et moi j’ai décidé de parler aux Français. C’est une posture différente. Je vous mets cependant en garde contre la tentation de faire chorus avec ceux qui se sont toujours trompés et qui croient au virage à droite du PS depuis que Ségolène Royal a été désignée.</span>       <br />
              <br />
       Soyons réalistes : le PS n’avait-il pas souvent viré à droite : en mars 1983, par exemple, quand s’est ouverte la fameuse « parenthèse libérale » évoquée alors par Lionel Jospin ?        <br />
              <br />
       Le PS n’avait-il pas viré à droite quand, dans une Convention d’avril 1991, il habillait d’un immense calicot « Vers un nouvel ordre international » son approbation de la première guerre du Golfe ?       <br />
              <br />
       Le parti socialiste n’avait-il pas viré à droite quand, en approuvant le traité de Maastricht en 1992, il acceptait de faire le chemin inverse qu’avait accompli en 1936 Léon Blum, en nationalisant la Banque de France, en donnant à l’inverse le pouvoir monétaire tout entier à la Banque Centrale européenne indépendante ? Bref, aux gnomes de Francfort qui s’apprêtent, le 7 décembre prochain, à relever les taux d’intérêt quand la croissance est atone, l’inflation en baisse et l’euro plus cher que jamais …       <br />
              <br />
       Et ce virage à droite, le PS ne l’avait-il pas théorisé presque en même temps à son Congrès de l’Arche, en 1991, en substituant à la méthode d’analyse de Jaurès, synthèse de la République et de la pensée de Marx, la notion de « complexité » érigée en boussole de l’action ou plutôt de l’inaction ? Il est vrai que tout le monde au PS a oublié le Congrès de l’Arche mais n’a pourtant pas oublié le Congrès d’Epinay.       <br />
              <br />
       Et plus récemment encore, le PS n’avait-il pas viré à droite en soutenant le gouvernement de la gauche plurielle quand celui-ci, en septembre 1999, avait théorisé au séminaire ministériel de Fontainebleau, l’incapacité de l’Etat à intervenir dans l’économie ?        <br />
              <br />
       Si je rappelle le passé, vous le savez bien, ce n’est pas par un esprit de boutique qui serait déplacé, ni même pour rétablir quelques vérités oubliées mais utiles. <span class="u">C’est avant tout pour préparer l’avenir que la gauche devra inventer par un effort de synthèse originale.</span>       <br />
              <br />
       En effet, nous ne pouvons pas faire comme si le capitalisme financier mondialisé n’était pas aujourd’hui installé. Mais nul destin ne nous impose de faire comme si nous devions retourner définitivement au capitalisme d’avant 1914 ! La lutte et le progrès ont de beaux jours devant eux !        <br />
              <br />
       Avant de crier au loup avec les loups, sachons donc mesurer chaque propos au trébuchet de la vérité. C’est ainsi que nous servirons le mieux et la gauche et le pays.       <br />
              <br />
       La vérité est que le parti socialiste n’a jamais analysé ses dérives pourtant anciennes. Lionel Jospin avait bien évoqué après 1993 un droit d’inventaire mais il ne l’a jamais exercé. L’incapacité de la gauche plurielle à définir un projet commun l’a fait se briser, en 2002, sur l’obstacle. Plutôt que de se remettre en cause, le PS, comme tétanisé par l’annonce du retrait de Lionel Jospin, est entré dans une phase de glaciation ou plutôt de léthargie idéologique. <span class="u">Or il ne pourra pas reconquérir durablement l’électorat populaire s’il ne sait pas corriger sa trajectoire, pour revenir à une pédagogie républicaine, « en mettant, selon l’expression de Marc Bloch, le peuple dans la confidence ».</span> Tel est le défi que Ségolène Royal doit relever en ayant reçu le PS tel que je viens de le décrire, en héritage. Il me semble que de notre part, cette exigence de rigueur intellectuelle et morale n’a rien d’exorbitant car elle vaut pour l’avenir et nous ne réclamons nulle repentance, seulement un peu de conscience.       <br />
              <br />
       Ce legs difficile éclaire peut-être les raisons de la désignation de Ségolène Royal comme candidate du parti socialiste. <span class="u">Parce qu’elle symbolise, par sa féminité et sa jeunesse, ce besoin de renouvellement que le vieux parti socialiste ressent instinctivement mais qu’il n’a pas été capable de formuler par lui-même, écrasé qu’il était par ses querelles d’éléphants.</span> Ainsi peut-être la désignation de Ségolène Royal est-elle une « ruse de la Raison », comme aurait dit Hegel. La vérité est que nous n’en savons rien, mais que nous le saurons bientôt. En tout cas <span class="u">sa tâche est rude si elle veut durablement s’attacher le soutien des classes populaires.</span>       <br />
              <br />
       Ségolène Royal, qui s’était engagée derrière le « oui » au projet de « Constitution européenne », a quand même déclaré, il y a deux mois, que ce projet était désormais « caduc » et qu’il fallait <span class="u">« faire l’Europe par la preuve ». Cette formulation rationaliste ne saurait nous déplaire. Nous sommes comme Saint-Thomas, le saint que je préfère, celui qu’il faut convaincre.</span>       <br />
              <br />
       Ségolène Royal s’est mise à l’écoute. Espérons qu’elle entendra la voix des sans-voix, de ceux que le système prive de toute capacité d’expression pour protester contre le sort injuste qui leur est fait : délocalisations, plans dits « sociaux », chômage de masse, précarité, vie chère, etc. En tout cas, elle entendra ma voix qui n’est inspirée que par <span class="u">le souci de faire réussir vraiment la gauche, avec le peuple et pour le peuple.</span>       <br />
              <br />
              <br />
       <b>B) Faire respecter le vote du 29 mai 2005.</b>       <br />
              <br />
       <span class="u">La situation est grave, beaucoup plus encore qu’en 2002.</span> Ce sont les mêmes problèmes qui se posent mais considérablement aggravés.       <br />
              <br />
       -	Au plan international d’abord : au Moyen-Orient où la funeste « guerre des civilisations » décrétée au lendemain des attentats du 11 septembre a détruit l’Irak et nous fait côtoyer le précipice de nouveaux conflits qui ne nous laisseraient pas indemnes.        <br />
       -	Aux Etats-Unis, la conjoncture économique se retourne et l’année 2007 s’annonce difficile. Le dollar baisse et l’euro cher asphyxie l’économie européenne.       <br />
       -	En France même, que voyons-nous ? Quasi stagnation économique depuis cinq ans, l’euro cher – 60 % de plus qu’en l’an 2000, 1 dollar 32 centimes au lieu de 80 centimes de dollars – accélère les délocalisations, pénalise les exportations, décourage l’investissement ; un chômage de masse s’est installé, qui ne recule pas, malgré les statistiques trompeuses, comme le sont aussi celles qui concernent le pouvoir d’achat. Depuis l’instauration de l’euro, le prix du café au comptoir a plus que doublé et celui du litre d’huile a augmenté de 82 % ! Jamais les inégalités n’ont été aussi profondes et aussi scandaleuses entre les salaires faramineux des grands patrons et les salaires de misère des travailleurs pauvres – 7 millions qui gagnent moins de 700 euros par mois. Rockefeller, qui n’était pas un anticapitaliste forcené, déclarait jadis qu’il ne devait pas y avoir entre son salaire et celui de l’ouvrier le moins payé un écart supérieur à 40 : nous en sommes loin ! Entre le salaire de M. Tchuruk et celui d’un ouvrier d’Alcatel le rapport est de 1 à 1500 ! L’injustice triomphe. La jeunesse piétine devant un avenir bouché. L’ascenseur social ne fonctionne plus. L’intégration des jeunes issus de l’immigration est de plus en plus difficile. La peur et la rancœur dominent trop souvent le paysage de nos banlieues. La République s’efface devant la montée des communautarismes. Or, les candidats en lice ne proposent aujourd’hui que des remèdes ordinaires, voire de simples placebos.       <br />
              <br />
       Dans la psychologie des Français, <span class="u">deux tendances se manifestent</span>, si je mets à part les rentiers de la finance, les classes moyennes en effet dans leur appréhension de l’avenir, rejoignent de plus en plus les classes populaires ; nous observons d’une part une tendance au sauve-qui-peut, caractéristique de l’hyper individualisme libéral, au triomphe de l’égoïsme individuel et à la résignation collective. Ce fatalisme, ce « no future », est terriblement inquiétant, quand il touche tout un peuple, comme ce fut le cas à la fin des années trente.       <br />
              <br />
       Mais d’autre part il y a dans notre pays un refus de l’écrasement, une aspiration au changement. Il peut certes prendre la forme du rejet, mais le rejet n’est-il pas déjà la manifestation en creux de l’espoir en l’avenir ? Depuis le 21 avril 2002, la société française nous dit que cela ne peut plus durer. Ne l’a-t-elle pas manifesté de manière éclatante, le 29 mai 2005, en rejetant le projet de « Constitution européenne » ? Son adoption aurait signé l’arrêt de mort de la démocratie républicaine et l’acquiescement à l’ordre de plus en plus injuste du monde, à cette dictature du capitalisme financier qui s’est progressivement installée depuis deux décennies.       <br />
              <br />
       Tout <span class="u">l’enjeu de cette campagne présidentielle</span> est de savoir quelle tendance l’emportera. D’un côté, la résignation à subir. Ou de l’autre, l’espoir du changement ? Oui, <span class="u">l’enjeu de cette campagne est d’armer la volonté de notre peuple et d’abord pour faire respecter son vote du 29 mai 2005.</span>       <br />
              <br />
       Quelle suite aujourd’hui a-t-elle été donnée au vote de nos concitoyens ? Quelles propositions ont été faites à nos partenaires européens ?       <br />
              <br />
       Nous avons eu droit aux mines contrites, défaites, de nos dirigeants qui cherchaient à s’excuser à Bruxelles du vote de leur peuple. Ils avaient honte de leur propre peuple !       <br />
              <br />
       Notre pays en a assez de ces hommes politiques qui s’excusent des choix de la France, que ce soit contre la guerre d’Irak ou à propos du référendum. Il est temps de renouer la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.        <br />
              <br />
       Il est temps que celles et ceux qui ont la charge de la France commencent par en être fiers !       <br />
              <br />
       Les citoyens français n’ont pas dit Non pour des prunes !        <br />
              <br />
       Qui aujourd’hui est en mesure de prendre appui sur le vote populaire pour sortir de l’ornière et ouvrir le chemin de l’avenir ?       <br />
              <br />
       J’entends parler d’un candidat antilibéral, à vrai dire introuvable … Mais le candidat antilibéral, c’est moi !       <br />
              <br />
       Depuis des années, de toutes mes forces, j’ai averti mes concitoyens sur les périls d’une intégration aveugle, sur le contenu du traité de Maastricht, sur la manière absurde dont était conçue la monnaie unique, sur la politique dogmatique et dangereuse de la concurrence.        <br />
              <br />
       Avec le temps, les Français ont à présent établi le lien entre ces choix européens qui n’eussent pas été possibles sans la confiscation de la souveraineté populaire et les délocalisations, le chômage de masse, la liquidation des services publics. Voilà pourquoi je vous propose de conduire le pays vers des choix novateurs, de tirer l’Europe libérale de son impasse, pour impulser les électrochocs nécessaires et redresser enfin l’entreprise et cela dans l’intérêt de la France et de l’Europe elle-même. Oui je suis le seul candidat antilibéral et républicain à la fois. Car l’antilibéralisme n’est pas en soi un programme, si on n’affirme pas en même temps la responsabilité du citoyen.       <br />
              <br />
       Les marchés financiers ne sont pas l’horizon de l’Humanité. Ceux qui ont décrété la fin de l’Histoire se trompent et vous trompent. Le capitalisme patrimonial chanté par Alain Minc n’est pas le terminus de l’Histoire. Ce sont les peuples qui font l’Histoire, à commencer par le nôtre, le peuple français, qui n’a pas dit son dernier mot.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>C) La France a besoin d’un dessein cohérent.</b>       <br />
              <br />
       Les équilibres du monde en effet changent à toute vitesse.       <br />
              <br />
       1.	<span class="u">Nous assistons d’abord à l’émergence rapide de très grands pays à forte capacité technologique et disposant structurellement d’immenses « armées industrielles de réserve »</span>, donc de très bas salaires, dans une proportion qui ne paraît pas en voie de se réduire. C’est particulièrement vrai de la Chine et de l’Inde.        <br />
       2.	<span class="u">Dans le même temps, nous assistons au déclin de l’Empire américain</span>, qui vit de plus en plus à crédit : une balance des paiements déficitaire chaque année : 700 Milliards de dollars, un endettement net qui croît à une vitesse exponentielle. Sa monnaie, le dollar, est à la merci de ses créanciers. Il cherche une issue dans le contrôle des matières premières dont les prix s’envolent et d’abord le pétrole. Il s’est jeté dans une guerre dans laquelle il s’enlise de plus en plus.       <br />
       3.	Le peuple français sent tout cela : <span class="u">Comment desserrer le piège que nous voyons se refermer sur la France et l’Europe</span>, coincées entre les Etats Unis qui drainent vers eux 80 % de l’épargne mondiale, y compris la nôtre, et croissent deux fois plus vite que nous, et les grands pays de l’Asie dont le développement est légitime mais le serait davantage s’il s’appuyait aussi sur leur marché intérieur et pas seulement sur l’exportation à bas prix, entraînant l’élimination rapide du tissu industriel dans les pays anciennement développés ? La Chine a besoin du socialisme, celui qui par exemple, commencerait par instaurer la Sécurité Sociale et par décréter la liberté des syndicats ! Nous sommes ainsi plongés dans une mondialisation caractérisée par la domination des marchés financiers sur la production, et par une « déflation salariale » qui conduit à substituer des emplois peu payés à des emplois bien rémunérés (et assortis de protection sociale). Les effets de ces deux phénomènes sont du jamais vu dans l’histoire du développement économique ! Délocalisations, qui satisfont les exigences exorbitantes de  rentabilité des actionnaires en privant notre pays de son tissu industriel. Mise en concurrence permanente de nos travailleurs (y compris nos ingénieurs) avec ceux des pays à bas coût de rémunération. <span class="u">Les classes moyennes</span> sont maintenant touchées de plein fouet par cette dégradation de leur pouvoir d’achat.       <br />
              <br />
       Tout le monde en France n’a pas pour autant décidé de baisser les bras. Mais il faut <span class="u">un plan cohérent, une vision.</span> C’est ce plan et cette vision que je propose.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       <span class="u">Pour faire rebondir la France, il faut d’abord réorienter l’Europe.</span> Celle-ci en effet peut être, comme la langue d’Esope, <span class="u">la pire ou la meilleure des choses</span>.       <br />
              <br />
       <span class="u">La pire si elle s’abandonne aux vents dominants</span>, qu’ils soufflent de l’Ouest ou de l’Est. D’un côté l’Empire américain veut nous enchaîner à son char. Nos soldats se feraient canarder à Bagdad, si on avait écouté Nicolas Sarkozy en 2003. En attendant, la colonisation du CAC 40 par les Fonds d’investissement américains se poursuit et notre épargne se place à l’étranger, en particulier à Wall-Street.        <br />
       D’un autre côté, une concurrence entièrement faussée offre nos marchés aux produits à bas prix. Notre tissu industriel se délite sous l’effet <span class="u">des délocalisations beaucoup plus importantes que veut nous le faire croire la pensée libérale dominante</span> :        <br />
              <br />
       -	Car outre le transfert d’unités de production, la partie visible, il y a la délocalisation par ouverture d’autres usines dans les pays à bas coût entraînant chez nous la réduction de l’investissement et de la production.        <br />
       -	Il y a également la délocalisation par les achats, par le biais notamment des grandes surfaces : les produits importés représentent aujourd’hui 50 % de notre consommation de biens manufacturés.        <br />
       -	Enfin, il y a les délocalisations qui correspondent aux plans de redéploiement des grands groupes, qui suppriment des emplois dans les pays où les salaires sont les plus élevés : c’est ce que nous connaissons déjà et que nous mesurerons davantage au prochain retournement de conjoncture.        <br />
              <br />
       Il est temps de réagir.       <br />
              <br />
       <span class="u">L’Europe avec les peuples peut être en effet la meilleure réponse au piège qui se resserre</span>, si nous en avons la volonté opiniâtre  et si nous savons la faire partager autour de nous. <span class="u">La volonté de la France sera un encouragement pour tous ceux qui, peu ou prou, partagent la même situation que la nôtre</span>. C’est l’enjeu de cette campagne présidentielle que de faire se lever une France nouvelle, jeune et volontaire. Tel est le sens de la bataille que je propose à nos concitoyens de livrer.       <br />
              <br />
       Je veux mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités et des attentes qui sont immenses dans notre pays.       <br />
              <br />
       <span class="u">Mon « idée de manœuvre » est simple : pour faire rebondir la France, il faut réorienter l’Europe qui pèse sur la plupart de nos choix et remettre en marche le modèle républicain. </span>       <br />
              <br />
       Mes trois priorités sont donc indissociablement :       <br />
       1)	Réorienter la construction européenne ;       <br />
       2)	faire rebondir la France ;       <br />
       3)	remettre en marche le modèle républicain.       <br />
              <br />
       Je vais développer successivement ces trois priorités :       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">I - L’Europe d’abord. Le chemin que je vous propose n’est pas celui de la nostalgie. C’est celui de l’avenir.</span>       <br />
              <br />
       J’invite la France à sortir des impasses où l’ont mise des années d’aveuglement, pour défricher les chemins de l’avenir. La France doit aider l’Europe à sortir de l’impasse où elle se trouve.        <br />
              <br />
       Depuis cinquante ans, <span class="u">on a fait croire aux Républicains qu’il fallait détruire les nations pour construire l’Europe</span>. Erreur funeste. La faute, la très grande faute, de M. Monnet c’est d’avoir voulu bâtir l’Europe sur les ruines des nations en se passant de la démocratie : on a confié le pouvoir et la définition même de l’intérêt général à des <span class="u">expertocraties irresponsables</span> : Commission européenne, Conseil des gouverneurs de la Banque Centrale indépendante. Voilà la source du fameux <span class="u">déficit démocratique de l’Europe</span>, de l’impasse où nous nous trouvons à présent puisque ces irresponsables, ne jurant que par la concurrence et le marché, ont mis bas toutes les protections douanières, contingentaires, monétaires et toutes les règles qui définissaient le service public, livrant les peuples à des concurrences déloyales et faussées auxquelles notre tissu industriel ne peut résister.        <br />
              <br />
       La crise vient de ce qu’un chapitre se ferme sans que le nouveau se dessine encore clairement. Chacun voit que la méthode suivie depuis plus de quarante ans est venue à extinction.        <br />
              <br />
       Il faut maintenant déverrouiller l’avenir. C’est sur les peuples et la force des nations que nous construirons une Europe forte et fière, capable de tenir son rang dans le monde, de construire un monde multipolaire, de faire entendre partout la voix de la justice et de la raison.       <br />
              <br />
       L’Europe a besoin de repartir sur de nouvelles bases. Les raccourcis imaginés par Jean Monnet et sa suite ont fini dans une impasse. Parce qu’il voulait ignorer les nations, les nations ont fini par se détourner de ce radeau, de ce Kon Tiki devenu en fait radeau de la Méduse.       <br />
              <br />
       Voilà donc le chemin du redressement : <span class="u">l’Europe par les nations</span> ! Et c’est par la France retrouvée que cette nouvelle donne fera irruption dans l’Europe en panne.       <br />
              <br />
       Les rafistolages ne sont plus suffisants. Il faut du neuf en Europe. Je vous propose d’en apporter ! Voilà comment je compte m’y prendre.       <br />
              <br />
       1) Pour réorienter la construction européenne, je suggère que le nouveau gouvernement de la France adresse sans délai un premier mémorandum européen à Bruxelles et aux douze capitales de la zone euro pour mettre en place un <span class="u">gouvernement économique de la zone euro</span> et organiser, à cette échelle, la relance et la croissance de l’économie.       <br />
              <br />
       a)	<span class="u">Premier volet : la réforme des statuts de la Banque centrale</span> pour que celle-ci voie inscrits au rang de ses objectifs statutaires <span class="u">la croissance et l’emploi</span>.       <br />
       b)	<span class="u">Deuxième volet :</span> l’attribution à <span class="u">l’Eurogroupe</span>, c’est-à-dire aux ministres des Finances représentant les différents gouvernements responsables devant leurs peuples, de <span class="u">pouvoirs précis</span> en matière de politique monétaire - s’agissant notamment du change -, et de politique budgétaire et fiscale.       <br />
       c)	<span class="u">Troisième volet :</span> l’organisation d’une <span class="u">Conférence des Chefs d’Etat</span> pour la définition et la mise en œuvre d’un <span class="u">plan de relance</span> concernant les Universités, la recherche, les grandes infrastructures de transport, la défense et les industries de défense, l’aérospatiale enfin, financé par un emprunt garanti par l’ensemble des Etats-membres.       <br />
              <br />
       <span class="u">Le vrai problème, pour arriver à cette réorientation c’est l’Allemagne de Mme Merkel.</span> Il nous faudra gagner l’Allemagne à une conception qui privilégie la croissance interne en Allemagne et en Europe plutôt que le développement de ses exportations hors d’Europe. L’Allemagne réalise 70 % de ses exportations vers l’Europe au sens large, y compris la Russie, et son PIB est le tiers du PIB européen. Cette réorientation européenne irait dans le sens des intérêts du monde du travail en Allemagne même, où il existe plus de quatre millions de chômeurs mais elle ne correspond pas à la politique actuelle du gouvernement Merkel qui prévoit une hausse de trois points de la TVA et une baisse à 30 % de l’impôt sur les sociétés. C’est cet iceberg à l’horizon que les dirigeants du Titanic socialiste ne voient pas. Cette politique de Mme Merkel est celle des milieux dirigeants de l’industrie et de la banque. Elle ne répond pas aux intérêts du monde du travail ni de l’Allemagne elle-même. Mais elle peut être infléchie : il faudra faire prendre conscience à l’opinion publique allemande de la nécessité d’un changement de cap « européen », de nouvelles règles du jeu, plus équitables dans le commerce international. Ce sera une de nos tâches, la plus décisive peut-être.       <br />
              <br />
       Le retournement probable de la conjoncture américaine et mondiale peut favoriser cette réorientation. <span class="u">Nous avons besoin d’une Allemagne européenne.</span> A cette condition nous pouvons accepter non pas une nouvelle Constitution européenne mais <span class="u">un petit traité institutionnel</span> pour faciliter les prises de décision. Pour faire simple : <span class="u">la reconnaissance du poids démographique de l’Allemagne contre le gouvernement économique de la zone euro.</span>       <br />
              <br />
              <br />
       2) Dans le même temps le nouveau gouvernement enverra un second mémorandum européen pour une Europe qui protège à Bruxelles et aux 27 pays membres de l’Union.       <br />
              <br />
       <span class="u">Premier volet : la réglementation de la concurrence</span> sera confiée à un organisme indépendant de la Commission. Cette réglementation devra <span class="u">préserver le développement des services publics</span> selon des règles nationalement reconnues. Pas question d’appliquer la <span class="u">directive ouvrant la Poste à la concurrence</span> pour les plis de moins de cinquante grammes. Ce serait l’arrêt de mort pour les petits bureaux de poste dispersés sur le territoire.        <br />
              <br />
       Il faudra ensuite privilégier la constitution de <span class="u">groupes industriels européens compétitifs à l’échelle mondiale</span> et défendre l’Europe au lieu de l’ouvrir aux OPA de prédateurs extérieurs.       <br />
              <br />
       On pourrait par exemple introduire des <span class="u">règles nouvelles encadrant les OPA</span>, à commencer par l’obligation d’achat en cash. De même pourrait-on renforcer les pouvoirs de l’Autorité des marchés pour exiger un audit d’une entreprise effectuant un raid boursier.        <br />
              <br />
       Les PME et les très petites entreprises (TPE) ne sont pas moins exposées aux effets de la mondialisation, y compris comme sous-traitantes. A cet égard la directive Bolkenstein touche tout particulièrement les <span class="u">TPE, notamment artisanales</span>. En ne posant pas le principe du « pays de destination », elle ouvre la voie aux interprétations les plus floues. Elle mettra directement en concurrence les travailleurs libres de venir se faire recruter, et les personnes venant s’installer dans des pays comme le nôtre, où la protection sociale est meilleure et donc plus coûteuse que dans le pays d’origine.       <br />
              <br />
       De même faut-il réagir contre les <span class="u">délocalisations internes à l’UE</span>. Ainsi on prépare à Bruxelles une directive assouplissant le régime de transfert des sièges sociaux pour des raisons de compétitivité, c’est-à-dire de facilité fiscale. Assez des sièges sociaux de papier à Amsterdam ou à Luxembourg ! Il faut s’opposer résolument à ce texte, contraire au principe même de l’harmonisation des législations qui était l’un des principes fondateurs de la construction européenne.        <br />
              <br />
              <br />
       <span class="u">Deuxième volet : un traité social </span>devra fixer des <span class="u">critères de convergence</span> progressifs en matière fiscale et sociale, contrepartie normale de l’ouverture à la concurrence du grand marché européen et d’aides financières substantielles.       <br />
              <br />
       <span class="u">Troisième volet : la reconstruction d’une « préférence européenne »</span> par une réglementation « antidumping social » aux frontières de l’Union. C’est le seul moyen de préserver notre tissu industriel et d’attirer à nouveau l’investissement. La lutte contre le dumping social doit utiliser des instruments efficaces et sélectifs. Il ne s’agit pas de priver les pays en voie de développement de leurs débouchés : il faut distinguer entre les pays moins avancés auxquels il faut garantir ces débouchés, (ainsi l’Afrique, avec des accords tarifaires généreux) et ceux dont le développement permet déjà l’accroissement des revenus de leur population, ainsi la Chine ou l’Inde.        <br />
              <br />
       Cette pression serait légitime. La production mondiale aujourd’hui dépend de la consommation américaine ; et si elle ralentit, il est souhaitable qu’elle soit relayée par une capacité accrue de consommation de centaines de millions de Chinois ou d’Indiens, désormais intégrés à l’économie moderne et mondialisée. C’est un sujet qu’il faut inscrire à l’ordre du jour des conférences internationales.        <br />
              <br />
       Des tarifs modulés devraient être acquittés pour les produits dont l’importation massive casse notre appareil industriel (textile, biens d’équipement). Le rétablissement d’une telle préférence communautaire serait plus intéressant pour les travailleurs des pays d’Europe que la signature de traités « constitutionnels » ou la promulgation d’une énième directive sur les sujets les plus insignifiants.       <br />
              <br />
       De même en matière de marchés publics, des clauses préférentielles devraient-elles être introduites, particulièrement dans le domaine de la défense, si du moins on veut que se constitue une Europe de la défense.        <br />
              <br />
       <span class="u">Quatrième volet : les traités seront revus pour permettre à l’Union européenne d’émettre elle-même des emprunts</span> pour financer une grande politique d’équipement et drainer l’épargne européenne vers des investissements en Europe.       <br />
              <br />
              <br />
       3) J’ai proposé un troisième chantier pour faire avancer une <span class="u">Europe de projets</span> dans les domaines les plus divers : recherche – universités – transports – défense – espace – codéveloppement avec le Sud – politique étrangère. Cette <span class="u">coopération à géométrie variable</span> entre les Etats aurait valeur d’entraînement pour tous, pour affirmer l’émergence d’un acteur européen stratégique à l’échelle mondiale.        <br />
              <br />
              <br />
       4) Quatrième chantier, celui qui ferait de l’Europe un acteur et pas un simple contributeur pour qu’elle soit réellement un facteur de paix dans le monde.       <br />
              <br />
       a)	Nous devons développer un partenariat stratégique avec <span class="u">la Russie</span>. C’est la paix et l’équilibre de notre continent et du monde qui sont en jeu, nos approvisionnements énergétiques, l’organisation d’une co-prospérité de l’Atlantique au Pacifique. Comme l’a dit Gerhard Schröder : « Les Européens veulent-ils une Russie étroitement liée à eux, politiquement, économiquement, culturellement ? Ou veulent-ils qu’à force de difficultés, cette Russie se mure dans son rôle de puissance asiatique ? ». Ceux qui, comme Nicolas Sarkozy, refusent de « mettre leur main dans la pogne de M. Poutine » (je cite) manquent de vision historique et même de bon sens. Ce sont souvent les mêmes qui veulent isoler et frapper l’Iran. Mais où donc l’Europe ira-t-elle chercher le gaz qui jouera, chacun le sait, un rôle croissant dans son approvisionnement énergétique ?       <br />
              <br />
       b)	<span class="u">Au Proche et au Moyen-Orient</span> l’intérêt de l’Europe c’est aussi une paix qui reconnaisse à chaque peuple ses droits : il ne saurait y avoir un droit international à plusieurs vitesses, il n’y aura pas de paix sans justice : il faut affirmer à la fois le droit au développement – c’est le cas de l’Iran -, le droit à disposer d’un Etat viable – c’est le cas du peuple palestinien – et le droit à la sécurité, ce qui concerne particulièrement Israël, droit sur lequel il doit être clair que nous ne saurions transiger. Rien ne saurait justifier à ce sujet les propos du président Ahmadinenejad. L’avenir du monde n’est pas dans la confrontation mais dans le <span class="u">dialogue des cultures et des civilisations</span>.       <br />
              <br />
       c)	Dans ce monde pluriel dans lequel des puissances nouvelles émergent (Inde – Chine – Brésil), une <span class="u">« Europe européenne »</span>, c’est-à-dire existant par elle-même, a un rôle irremplaçable à jouer. Alliée des Etats-Unis certes, mais non leur vassale ! L’Europe redressée, c’est aussi cela !       <br />
              <br />
              <br />
       5) Le cinquième et dernier chantier que je propose consiste à tourner l’Europe vers le Sud et notamment vers l’Afrique.       <br />
              <br />
       Il s’agit de faire de la coopération Nord-Sud, et pas seulement de l’élargissement vers l’Est, un axe majeur de la politique européenne.       <br />
       -	Relance du processus euro-méditerranéen.        <br />
       -	Réunion des chefs d’Etat d’Europe et d’Afrique. <span class="u">Initiatives pour le co-développement</span> : ouverture du marché européen en franchise de douane aux produits fabriqués en Afrique, relance de l’aide publique au développement des infrastructures (eau – santé – transports - éducation), remises de dette, formation de cadres, organisation de flux temporaires de migration de travail.       <br />
       *       <br />
       *   *       <br />
              <br />
       Renégocier les traités, comment ?       <br />
              <br />
       Pour mener à bien cette réorientation d’ensemble et notamment la <span class="u">renégociation de certaines dispositions des traités européens existants, il faudra à la fois la détermination d’un gouvernement appuyé sur la volonté populaire et une grande puissance de conviction. Il n’y a pas de traité qui ne puisse se renégocier.</span> Le peuple français a exprimé une claire volonté le 29 mai 2005. Chaque gouvernement européen, chaque force politique représentative devra se déterminer par rapport aux <span class="u">deux mémorandums qu’aura fait connaître à l’opinion publique européenne le gouvernement français. C’est devant l’opinion publique que cette réorientation doit être débattue.</span> Et ce sera cela aussi la nouveauté : engager devant les peuples et à travers eux un grand débat sur le thème : à quoi ça sert l’Europe ? Ce sera une <span class="u">formidable politisation de l’Europe tout entière !</span>       <br />
              <br />
       Bien évidemment, si aucune renégociation ne pouvait aboutir, il ne saurait être exclu de <span class="u">suspendre certaines clauses des traités</span>, je pense en particulier aux <span class="u">clauses relatives à la concurrence et aux services publics</span> (j’ai évoqué tout à l’heure La Poste mais il y aurait d’autres sujets !). Dans cette hypothèse, le peuple français serait bien évidemment saisi par la voie du <span class="u">référendum populaire</span>. Celui-ci doit être utilisé à bon escient, mais la force de<span class="u"> la démocratie gagnerait à ce que le référendum soit utilisé plus fréquemment</span>, contrairement à l’idée émise par M. Sarkozy qui préfèrerait s’en passer. C’est une forme de démocratie directe, qui permet l’expression incontestable de la volonté populaire ! Il ne faut pas avoir peur du peuple.
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     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/505399-617685.jpg?v=1289480117" alt="Mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités" title="Mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités" />
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     <div>
      <span style="font-style:italic">II – Pour réorienter la construction européenne, il ne faut pas non plus avoir peur de s’appuyer sur la nation, la nation républicaine bien entendu, définie comme communauté de citoyens. Ne laissons pas la France à Le Pen comme l’ont fait depuis plus de deux décennies nos élites bien pensantes.</span>       <br />
              <br />
       <span class="u">La France est notre principal levier</span> pour agir en Europe et dans le monde. Ne la laissons pas démolir ! Foin des repentances orchestrées ! Notre histoire doit être connue, avec ses ombres et ses lumières. Elle est éclairée tout entière par l’éclat de la grande Révolution dont les valeurs et les principes sont plus que jamais d’actualité, en France et dans le monde. On l’a vu au moment de l’invasion de l’Irak.       <br />
              <br />
       Quand donc, à cet égard, M. Sarkozy est-il sincère ? Quand il proclame ici sa fierté d’être Français ou quand il va à Washington s’excuser de l’arrogance de la France pour avoir refusé, à juste titre, de s’associer, en 2003, à la politique de M. Bush. Celui-ci est aujourd’hui désavoué par le peuple américain lui-même !       <br />
              <br />
       Il est temps que la France retrouve confiance en elle-même pour pouvoir se projeter dans l’avenir avec vigueur. <span class="u">La mémoire nationale ne doit pas devenir un enjeu entre les différents communautarismes. </span>Ainsi la colonisation a existé. Elle a été un heurt de civilisations, douloureux pour les colonisés. Mais elle était sans doute inévitable, comme une étape historique particulièrement rude d’une première forme, très brutale et souvent inhumaine, de mondialisation. Depuis longtemps déjà, les jeunes nations ont conquis leur indépendance. L’Histoire, même violente, a tissé entre nous des liens ineffaçables, ainsi ceux d’une langue française partagée. Nous conservons une responsabilité et un devoir de solidarité vis-à-vis des populations françaises ou anciennement colonisées qui ont vécu cette histoire conflictuelle. Mais nous devons ensemble nous tourner vers l’avenir, car celui-ci durera plus longtemps que le passé.       <br />
       De même, il serait temps de voir comme un tout la période 1914-1945. De la compréhension de cette nouvelle guerre de trente ans, la France sortirait grandie ! Car les autres démocraties l’ont souvent laissée bien seule.        <br />
              <br />
       <span class="u">La France donc doit être redressée d’abord dans l’esprit de nos concitoyens</span>, à l’abri des campagnes de dénigrement et au-delà de la tentation des replis communautaristes. Il s’agit de faire revivre un patriotisme sain et généreux qui est tout le contraire du nationalisme et qui ne s’oppose en rien à l’idée européenne et encore moins à l’idéal de la fraternité humaine. <span class="u">La nation est le cadre naturel et indépassé à ce jour de la démocratie. Elle est le lieu de la solidarité.</span> Il faut la défendre. Il est donc temps d’organiser le retour de la France en Europe, dans le monde et en France même, à commencer par nos banlieues. Ne croyez-vous pas que nos responsables devraient se placer davantage à l’aune des intérêts du pays pour prendre leurs décisions ? <span class="u">Une France forte est nécessaire à l’Europe</span> et sa voix est attendue dans le monde entier.        <br />
              <br />
       La France, sur le plan économique est certes dans une mauvaise passe mais elle garde beaucoup d’atouts que la confiance revenue avec une gauche renouvelée et rassembleuse et un Etat stratège et modernisé peuvent mobiliser.       <br />
              <br />
       1) <span class="u">Nouvelle charte de l’entreprise</span> pour qu’elle redevienne l’affaire de ses salariés et pas seulement de ses actionnaires et que soit reconnu le rôle de ses partenaires et notamment des régions et des pays où elle a ses implantations.        <br />
              <br />
       2) <span class="u">Recréation d’un grand ministère de l’Industrie et du Développement technologique de plein exercice</span>, veillant à ce que la recomposition du tissu productif prenne en compte les intérêts de l’économie française et du monde du travail veillant aussi au développement des PMI et à celui des industries de l’avenir. La France doit rester un grand pays industriel.       <br />
              <br />
       3) <span class="u">Choix énergétiques ambitieux</span> notamment par la confirmation du programme EPR atout maître de l’industrie nucléaire française et moyen efficace de lutter contre le réchauffement du climat. Ne nous  laissons pas entraîner par les billevesées de ceux qui courent après les coquecigrues, alors que les pannes d’électricité illustrent les retards de l’équipement électrique de l’Europe, premier effet de la libéralisation du marché de l’énergie.       <br />
              <br />
       Je n’ai rien contre les énergies dites nouvelles, à condition qu’elles puissent contribuer efficacement et à un prix raisonnable à nos approvisionnements énergétiques alors que le prix du pétrole restera durablement élevé et que le prix de l’électricité nucléaire est le plus bas de tous.        <br />
              <br />
       4) La France doit être <span class="u">au premier rang du combat qui vise à lutter contre l’effet de serre et à préserver la planète</span> et ces biens rares que sont l’air, l’eau, les sols, sans parler de la biodiversité.       <br />
              <br />
       5) La matière grise est notre principal atout : <span class="u">priorité donc à l’éducation et particulièrement à l’Université et à la Recherche pour lesquelles un bio-programme devra prévoir une croissance de 25 % de  leurs moyens sur cinq ans.</span> Savez-vous qu’un étudiant en France coûte moins cher qu’un lycéen ? Planifions sur dix ans le recrutement des chercheurs.        <br />
              <br />
       6) <span class="u">L’agriculture aussi est un grand atout de la France</span> : ne la sacrifions pas aux lobbies et aux grands intérêts financiers.       <br />
              <br />
       7) N’oublions pas enfin et surtout que la France est une <span class="u">puissance à vocation mondiale</span>, grâce à la <span class="u">francophonie</span> qui, en 2050, aura 300 Millions de locuteurs, grâce à une <span class="u">diplomatie</span> qui reste l’une des trois meilleures du monde, grâce enfin à une <span class="u">défense indépendante qu’il convient de maintenir et de moderniser</span>. N’écoutons pas les sirènes du renoncement qui nous proposent d’abandonner après 2015 la fabrication de nos têtes nucléaires et seraient prêtes à sacrifier dès aujourd’hui les recherches effectuées en matière de simulation.       <br />
              <br />
       Cette vocation mondiale est un grand atout de la France :       <br />
              <br />
       <span class="u">Membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU</span>, la France a des devoirs particuliers au service de la paix dans le monde.        <br />
              <br />
       Bien évidemment nos capacités militaires ont leur limite et nous devons veiller à ne pas nous laisser entraîner dans des opérations conçues au service d’objectifs qui ne sont pas les nôtres. Il est très souhaitable de développer, à géométrie variable, le cas échéant, <span class="u">les coopérations européennes dans le domaine des forces comme des industries de défense</span>. Il n’y a pas lieu de revenir sur la professionnalisation des armées mais des carences graves se sont créées en matière de défense du territoire et de protection des populations.        <br />
       <span class="u">       <br />
       Un service civique d’une dizaine de semaines sera institué</span>. Il comportera plusieurs volets (sécurité civile – défense notamment). Il permettra à la fois d’étoffer le recrutement des forces professionnelles par des formules de volontariat service long (un à deux ans) et de relever le niveau des réserves dans le pays.       <br />
              <br />
       Oui la France a les moyens de faire face si elle le veut, et de peser en Europe si elle n’oublie pas sa vocation mondiale en chemin. Dans l’équation franco-allemande, chaque pays a ses points forts. Ne sacrifions pas les nôtres à des chimères car <span class="u">l’amitié franco-allemande sera d’autant mieux assurée qu’elle reposera sur un équilibre</span>. L’Allemagne a une industrie deux fois plus puissante que la nôtre mais la France a d’autres atouts, notamment géopolitiques, qu’il faut savoir préserver, dans l’intérêt bien compris de l’Europe que nous voulons, une Europe européenne, capable de s’exprimer par elle-même. Pour cela elle a besoin de la France !       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">III – Ma troisième priorité, indissociable des deux premières, sera de faire vivre « le modèle républicain ». Les valeurs de la citoyenneté doivent faire reculer la tentation des repliements communautaristes.</span>       <br />
              <br />
       Pour restaurer la confiance de nos concitoyens, il faut revenir aux <span class="u">principes et aux valeurs de la République</span>. Tout le monde se dit aujourd’hui républicain. Mais la République n’est pas faite que de valeurs partagées. <span class="u">C’est aussi et d’abord une exigence</span>. Car ces valeurs ne peuvent se maintenir que dans un peuple de citoyens.       <br />
              <br />
       Qu’est-ce donc que la République ?       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li>La République, c’est d’abord <span class="u">la liberté</span>, à commencer par la liberté de recherche, de croyance et d’expression. Une liberté dont très peu de peuples jouissent de par le monde, il ne faut pas l’oublier. Mais la liberté est aussi <span class="u">capacité à penser par soi-même</span> et pour le citoyen capacité à s’élever au niveau de l’intérêt général. <span class="u">La République c’est aussi le civisme</span>.        
       </li></ul><ul class="list"><li>La République, c’est aussi la <span class="u">laïcité</span>. La séparation de l’Eglise et de l’Etat. Les affaires publiques doivent être débattues en commun par tous les citoyens à la lumière de la raison naturelle. La religion, quelle qu’elle soit, doit rester du domaine privé. Elle ne doit jouer aucun rôle dans la sphère publique et dans la politique. <span class="u">A bas le communautarisme !</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li>La République, c’est aussi la <span class="u">fraternité</span> : la justice sociale et la solidarité, le soutien aux plus faibles, ainsi les personnes handicapées qui sont plus de six millions dans notre pays, les personnes âgées, les enfants, les laissés pour compte.       
       </li></ul><ul class="list"><li>La République, c’est aussi <span class="u">la citoyenneté et la fierté d’être Français</span>. Nous, républicains, sommes amoureux de la France, de ses valeurs d’humanisme et de générosité, de sa capacité à accueillir et intégrer, de son art de vivre auquel nous tenons, de son intelligence et de sa capacité d’innovation, de son rayonnement dans le monde, de l’espoir qu’elle représente pour les peuples opprimés, de son combat pour la paix. Mais nous ne confondons pas le patriotisme qui est l’amour des siens avec le nationalisme qui est la haine des autres. Sans patriotisme, il n’y a pas de civisme : la citoyenneté républicaine est un équilibre indissociable de droits et de devoirs.       
       </li></ul><ul class="list"><li>La République, c’est enfin et surtout, à mes yeux, <span class="u">une exigence, une exigence de rigueur intellectuelle et morale au service de l’intérêt général du pays</span>, parfaitement compatible avec le souci de construire une Europe existant par elle-même, avec le souci de la justice et de la paix dans le monde.        <br />
              <br />
       La République française, notre République c’est la bonne articulation du particulier et de l’universel. Il n’y a pas de redressement possible sans cette éthique républicaine exigeante.       <br />
              <br />
       Pour faire vivre le modèle républicain, j’ai proposé l’ouverture de huit chantiers : je n’en évoquerai que les principaux :       <br />
              <br />
       1)	<span class="u">D’abord, l’ouverture d’une Conférence des revenus, non seulement salariaux mais aussi financiers, englobant la fiscalité</span>, avec tous les partenaires sociaux. Cette conférence aura pour but de <span class="u">revaloriser les revenus du travail en préservant l’éventail des salaires, d’encourager l’activité, et de mieux partager l’effort</span>. Les salaires faramineux de quelques grands patrons seront découragés par une fiscalité dissuasive. Il est temps de remettre un peu d’ordre et de bon sens dans l’échelle des revenus. La fiscalité sur les revenus financiers sera également revue. Nous ferons d’autant mieux face à la compétition mondiale que la justice sociale chez nous sera au rendez-vous. Il faut cultiver le goût du travail et du travail bien fait mais pour un progrès partagé par tous, à commencer par ceux qui aujourd’hui ne tirent de leur travail qu’une maigre subsistance. <span class="u">La durée légale du travail restera fixée à 35 heures mais le régime des heures supplémentaires sera assoupli</span>. Le pouvoir d’achat sera ainsi accru au bénéfice de l’activité générale, et sans préjudice pour la compétitivité globale de notre économie. L’augmentation des taux d’activité est notre principale marge de croissance. Elle implique une vraie revalorisation du travail. Mais tout ce que disent les candidats sur ce sujet comme sur l’emploi n’est que vœu pieux s’ils font l’impasse sur la politique monétaire et sur la politique commerciale, qui sont les préalables de toute politique de l’emploi.       <br />
              <br />
       J’ai déjà parlé de l’euro cher et d’un gouvernement économique de la zone euro. La question commerciale est tout aussi importante. L’Europe a complètement désarmé son économie, supprimant l’essentiel de ses protections tarifaires, contrairement à la plupart des grandes zones exportatrices, comme celle des pays asiatiques. Le « grand marché » dont certains se félicitent a été créé au plus grand bénéfice des grandes firmes américaines et des entreprises chinoises, accroissant le chômage en Europe. C’est un grand marché qui est à la disposition des autres. Il nous faut agir, notamment avec les Allemands, pour que les clauses sociale et environnementales s’inscrivent dans les règles du commerce international.       <br />
              <br />
       Les salariés doivent pouvoir vivre décemment de leur travail. Le Président de la République a, à l’occasion du 14 juillet dernier, repris une de mes propositions qui consiste à transformer en impôts une partie importante des cotisations sociales. Mais ce qu’il faut maintenant, ce n’est plus parler, c’est agir.       <br />
              <br />
       2)	Je ne traiterai pas, ce soir, <span class="u">la question institutionnelle</span>, bien qu’elle soit centrale car il faut qu’il y ait une responsabilité dans l’Etat. Si je suis d’accord avec le PS pour revaloriser le Parlement, je crains que les réformes qu’ils proposent n’aboutissent à l’effet inverse. Les Français ne renonceront pas à l’élection du Président de la République au suffrage universel. Pour revaloriser durablement le Parlement, mieux vaut, à mes yeux, un régime présidentiel à la française avec le retour au peuple comme soupape de sécurité plutôt que de revenir au régime d’assemblée. Je propose un grand débat sanctionné par un référendum.        <br />
              <br />
       3)	L’Ecole ensuite. Pensez-vous que l’Education Nationale doive être au cœur de notre projet pour la France ? C’est l’évidence même, car la République a besoin de citoyens ! De citoyens éclairés par l’Ecole laïque. La formation du citoyen implique à la fois l’acquisition des connaissances et la formation du jugement, ce qu’on appelle l’esprit critique, qui n’est pas l’esprit de critique.       <br />
              <br />
       L’Ecole de la République doit rester le <span class="u">lieu de l’instruction obligatoire de tous et de la transmission du savoir</span>. Les savoirs élémentaires, mais aussi les habitudes de discipline, de travail, de sérieux, d’attention que demandent l’étude et la vie en société. Le plus important de tout est l’école primaire. Or, 17 % des jeunes entrent au collège, selon les statistiques du ministère de l’Education Nationale, ne sachant ni lire ni écrire, ni compter correctement. Il est évident que beaucoup des difficultés ultérieures des jeunes procèdent de ces carences. Je me bornerai à annoncer une mesure : <span class="u">un examen probatoire sera institué avant l’entrée en 6ème. Ceux qui ne maîtrisent pas ces apprentissages fondamentaux bénéficieront par modules réduits d’enseignements spécialisés afin de les acquérir.</span> Mais rien ne se fera dans ce domaine, comme ailleurs, sans la <span class="u">mobilisation des enseignants</span>. L’Ecole de la République est une. Elle est le creuset et le ciment de l’unité nationale. C’est pourquoi nous ne laisserons pas régionaliser le recrutement des maîtres, multiplier les programmes à la carte, en fonction des besoins locaux. L’unité de l’Ecole, c’est-à-dire des valeurs républicaines et des savoirs qu’elle est chargée de transmettre, est une garantie de justice sociale qu’il faut préserver. C’est ainsi que nous ferons vivre toujours mieux les valeurs de la connaissance, de la science et de la culture, et que nous continuerons à cultiver au mieux notre principale richesse – la matière grise – en faisant fructifier les talents innombrables qui existent dans notre jeunesse.       <br />
              <br />
       4)	<span class="u">Je propose par ailleurs des Etats-généraux de la ville, des banlieues et de la jeunesse</span> pour mettre en oeuvre une politique d’intégration et de citoyenneté républicaine, mettre le pied à l’étrier aux jeunes, supprimer les cités ghettos, faire vivre l’égalité au quotidien. Il faut pour cela une volonté collective et des politiques cohérentes au niveau du gouvernement tout entier.       <br />
              <br />
       a)	Tout jeune qui veut travailler doit pouvoir le faire : ils sont l’immense majorité. <span class="u">Ils y seront encouragés par des bourses au mérite, des préparations rémunérées aux concours de la fonction publique et des prêts à bas taux et à remboursement progressif pour créer leur entreprise, artisanale ou autre</span>.       <br />
       b)	A rien ne sert de démolir les barres et les tours, si on n’applique pas plus énergiquement la loi SRV afin de réaliser une véritable <span class="u">mixité sociale</span>.       <br />
       c)	<span class="u">L’accès à la propriété de leur logement pour les jeunes et les travailleurs aux revenus modestes doit être encouragé</span> : les banques devront leur consentir des prêts sans apport personnel et à remboursement progressif. La spéculation doit être dissuadée.       <br />
       d)	Il faut <span class="u">débonder l’abcès de rancœur qui existe dans nos banlieues par une politique à la fois ferme et généreuse</span>. Pas de discrimination même positive, car lourde d’effets pervers, mais un volontarisme républicain, appuyé sur le mérite et l’effort. C’est d’abord là que l’ascenseur social doit être remis en marche.        <br />
       <span class="u">La carte scolaire sera revue et assouplie</span> et des classes passerelles multipliées pour combattre la ségrégation scolaire. Des transports gratuits par bus permettront une véritable mixité. Les institutions publiques devront se mettre à l’image de la population. <span class="u">Des « observatoires de la diversité » seront créés</span> dans les entreprises sur la base de critères non pas ethniques mais géographiques (domicile des postulants, lieu de naissance de leurs parents et grands-parents). L’esprit de discrimination doit disparaître partout au profit de la citoyenneté de tous.       <br />
              <br />
       <span class="u">La police de proximité sera rétablie.</span> M. Sarkozy a vidé de ses effectifs et de son contenu la police de proximité que j’avais mise en place en l’an 2000. Il a privilégié à l’excès les forces d’intervention et d’ordre public qui, ne connaissant pas la population, multiplient inévitablement et souvent à l’aveuglette les interpellations. Les agressions contre les personnes, y compris les policiers, n’ont jamais été aussi nombreuses. Ces agressions inacceptables, cette tension qu’on voit aussi dans les stades, M. Sarkozy en porte, pour une très grande part, la responsabilité. Qui ne se souvient, en 2003, de la révocation, quasiment sous l’œil des caméras, du Directeur de la Sécurité Publique de la Haute-Garonne, le Commissaire Havrin, avec ces fortes paroles du ministre : « Les policiers ne sont pas là pour jouer au foot avec les gamins des cités ! » ? La tâche du ministre de l’Intérieur n’est certes pas facile. Je suis le premier à le savoir. Mais la sécurité de nos concitoyens ne peut procéder d’une gesticulation. M. Sarkozy donne l’exemple comme police de proximité de la Bac qui, dans les Bouches du Rhône,a confondu l’agresseur d’une jeune fille atrocement brûlée. Mais la police de proximité aurait peut-être pu empêcher cela. En tout cas je constate que les élections professionnelles dans la police ont donné gain de cause aux syndicats qui réclamaient le retour à une police de proximité.       <br />
              <br />
       La répression est certes nécessaire. La poignée de multirécidivistes qui pourrit la vie des quartiers doit être éloignée, soit dans des centres de retenue que j’avais proposés mais que la droite, qui s’y était engagée, n’a pas créés, ou dans des centres de rééducation par le travail, à la campagne, dans les zones de montagne ou bien encore Outre-Mer. Les multirécidivistes apprendront ainsi à connaître les vertus de quelques disciplines élémentaires. Ceux qui vivent du trafic et du vol doivent cesser de terroriser leurs concitoyens. Mais pour cela, on ne peut pas faire confiance à M. Sarkozy. Il faut un gouvernement de gauche républicain énergique qui sache <span class="u">allier l’éducation, la prévention et la répression, nécessaire et pédagogique, car elle rappelle l’existence des règles</span>. La citoyenneté implique des droits mais aussi des devoirs. C’est ainsi que <span class="u">nous « ferons France » à nouveau</span> comme nous avons su le faire depuis des siècles. Cela implique ce que j’appelle <span class="u">« le regard républicain »</span> : tout homme doit être regardé en fonction de ses mérites et non de la couleur de sa peau. C’est cela la République !        <br />
              <br />
       Enfin, le droit au logement, dont les prix sont devenus excessifs et pèsent lourdement sur le budget des plus modestes, doit devenir réalité. Le bouclier-logement proposé par les socialistes est une bonne idée. Des prêts à taux plus réduits seront accordés aux organismes logeurs. Des contrats seront passés avec les regroupements intercommunaux pour les encourager dans leurs politiques de mixité sociale, en matière d’habitat.       <br />
              <br />
       <span class="u">Une grande loi-programme interministérielle concernant aussi bien le logement et la ville que l’éducation et la sécurité</span> viendra clôturer ces Etats-généraux.       <br />
              <br />
       <span class="u">5)	J’évoquerai un cinquième chantier : celui de la parité sociale pour les femmes dans le travail, les salaires, la maîtrise de leur temps</span>, pour leur permettre aussi de mieux concilier leur épanouissement personnel et familial et leur vie professionnelle. Il faudra augmenter d’un bon tiers le nombre de places en crèches et d’assistants maternels. Une loi-programme prioritaire sera consacrée à cet objectif.       <br />
              <br />
       6)	<span class="u">Je proposerai aussi la création d’un Institut de la parentalité, ou si vous préférez, d’une Ecole des Parents</span>, avec le concours des meilleurs spécialistes, fonctionnant en réseau sur tout le territoire national, facultative bien sûr, mais, je le crois, puissamment incitative pour les institutions et les collectivités, afin que les parents puissent disposer des cadres et des repères qui, dans la société urbaine surtout, font de plus en plus défaut.       <br />
              <br />
       7)	Permettez moi de passer plus rapidement sur les deux derniers chantiers que je me propose d’ouvrir pour une <span class="u">République de la Culture et pour que la politique de la santé relève de la solidarité</span> et ne débouche pas, au nom des choix individuels, sur l’exclusion pure et simple.        <br />
       Je consacrerai à ces sujets des colloques particuliers et des visites sur le terrain.       <br />
              <br />
       *       <br />
       *   *       <br />
       Au total ces trois priorités et ces vingt chantiers constituent un projet cohérent, à la fois ambitieux et réaliste, pour peu bien sûr qu’il soit expliqué. Pour reconquérir durablement l’électorat populaire - je le répète -, il faut rétablir la confiance entre le gouvernement et le peuple, comme avait su le faire en son temps Pierre Mendès France. Les institutions de la Ve République, même réformées, le permettent.       <br />
              <br />
       Je mesure la difficulté de faire passer ce projet dans l’opinion alors que nous sommes affrontés à un bombardement idéologique permanent. Les B52 de la désinformation agitent l’épouvantail du vote Le Pen alors qu’on ne sait même pas s’il obtiendra ses parrainages. Tous les serre-files de la pensée conforme sont mobilisés pour occulter les débats de fond.       <br />
              <br />
       On aurait pu s’attendre à ce que nos élites bien pensantes, s’il y avait dans leur attitude une once de bonne foi, fassent campagne pour que les maires n’accordent pas leur parrainage à Jean-Marie Le Pen, qui est quand même l’auteur de petites phrases qui devraient l’exclure pour toujours du champ démocratique. Eh bien, point du tout ! Le Monde publie simultanément un sondage où il apparaît que 48 % des Français trouveraient normal que Le Pen obtienne ses parrainages, 47 % étant d’un avis contraire. Quant au Monde, il ne se prononce pas !       <br />
              <br />
       De même, plusieurs leaders socialistes dont M. Olivier Duhamel, font ouvertement campagne à la télévision, comme d’autres, pour que Le Pen obtienne ses 500 parrainages. C’était sur M6 l’autre soir – et j’ai dû lui rappeler en direct le détail des chambres à gaz. Bref, le système se défend. Le Pen le sert. L’extrême-droite est apparue – faut-il le rappeler ? – au lendemain du tournant de la rigueur libérale de mars 1983, d’abord aux municipales de Dreux, à l’automne 1983, puis aux européennes de juin 1984. De là date son installation dans le paysage politique. Elle est le produit du tournant reaganien de la droite au début des années quatre-vingt et de l’oubli par la gauche de son engagement fondamental : « D’abord l’emploi ! ». Le Pen a été et reste un outil de manipulation précieux pour l’Establishment. Jacques Chirac lui doit sa plus belle élection. La tâche est donc infiniment rude. Est-ce une raison de désespérer ?       <br />
              <br />
       Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’énergie du renouveau a dû surmonter les lassitudes et les abandons. La voix de la résignation, notre pays ne la connaît que trop. Vous en connaissez les rengaines :       <br />
              <br />
       Devant le chômage ? « On a tout essayé ! »        <br />
       Tout, sauf changer de politique …       <br />
              <br />
       Devant les délocalisations « On n’y peut rien, c’est la mondialisation… »        <br />
       On y peut rien, sauf mettre des bornes à la mondialisation !       <br />
              <br />
       Démission de la volonté, abandon de la culture de projet. Retour à Joué-lès-Tours.        <br />
              <br />
        « La France ne compte plus que pour 1% de la population mondiale » nous disait Giscard en justifiant l’effacement de la France dans le monde.       <br />
              <br />
       Cette voix de la résignation, les Français l’ont entendue cent fois dans leur histoire. Cent fois, des élites ayant abandonné leurs devoirs ont voulu entraîner le peuple dans leur démission collective.       <br />
              <br />
       Que restait-il de la France, après le traité de Troyes ?       <br />
              <br />
       Où en était notre peuple en 1788, entre misère, famines, et arbitraire ?       <br />
              <br />
       Où en était le monde du travail au moment de la révolution industrielle ? Le rapport Willermé sur le travail des enfants dans les mines, le droit de grève bafoué, la semaine de 60 heures sans congés, l’absence d’horizon…       <br />
              <br />
       Où en était la République après l’effondrement de juin 40, vaincue, humiliée par le nazisme, trahie, déshonorée par Vichy ?       <br />
              <br />
       Où en étaient les institutions de notre pays, à bout de souffle, à la merci des généraux putschistes d’Alger, il y a moins de cinquante ans ?       <br />
              <br />
       Et, de dérive en dérive, où en était la République dans le projet de « constitution européenne » qui aurait signé la fin de la souveraineté et de la démocratie qui lui est liée ?       <br />
              <br />
       A chaque fois, la France s’est ressaisie. Elle est parvenue à sortir de l’ornière.       <br />
              <br />
       Et bien, je vous le dis, nous nous en sortirons encore si les Français en ont la volonté !       <br />
       La France ne doit pas disparaître et ne disparaîtra pas.       <br />
              <br />
       L’humiliation et le chantage dont sont l’objet tous ceux qui aujourd’hui vivent de leur travail ne sont pas irrémédiables.       <br />
              <br />
       Les salaires et les acquis sociaux, menacés d’être alignés sur ceux des prolétaires d’Asie, ne sont pas des privilèges. Ce sont des droits : les défendre est le devoir de tous ceux qui prétendent conduire notre pays et le devoir des hommes politiques serait d’inciter les gouvernements des pays d’Asie à se soucier davantage de leurs peuples.       <br />
              <br />
       Les choix républicains de la France, l’exigence d’égalité entre les citoyens, le souci d’un service public moderne et efficace, ne seront pas sacrifiés sur l’autel des marchés financiers et du profit à courte vue       <br />
              <br />
       L’exigence de la démocratie, de la souveraineté du peuple ne se laissera pas museler par des instances non élues, au service du marché et des puissances de l’Argent. La voix des citoyens ne se laissera pas étouffer !       <br />
              <br />
       Oui, si vous m’aidez, nous pourrons peser dans cette campagne pour faire avancer nos idée parce qu’elles sont justes, pour rassembler sur des bases solides afin d’éviter de nouvelles déconvenues, pour libérer enfin les forces de l’avenir, et pour qu’encore une fois la République soit la force de la France !</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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  </item>

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   <title>Discours de Vincennes</title>
   <pubDate>Wed, 01 Jan 2003 17:45:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Grands textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   par Jean-Pierre Chevènement, 09 septembre 2001     <div>
      Chers camarades, chers amis,       <br />
              <br />
       Je veux d’abord remercier les comités d’appel devenus aujourd’hui comités de soutien qui ont créé les conditions de la décision que j’ai prise. Dès aujourd’hui nous sommes une force.       <br />
              <br />
       Comment en effet ne pas être saisi de stupeur et de colère devant l’affaissement de ce qui nous unit, et de ce dont nous avons la charge devant l’histoire ? Comment ne pas être préoccupés devant l’effacement de la France, le vacillement des principes républicains qui la charpentent, le brouillage des valeurs qu’elle porte depuis deux siècles, comme si la République n’était plus qu’une parenthèse à refermer dans notre Histoire ? Où le dire mieux qu’à Vincennes ? D’ici, l’unité de la nation et de l’État nous parle du fond des âges. Dans ce grand lieu de notre Histoire, nous mesurons mieux à quel point nos gouvernements successifs se sont défaussés de leurs responsabilités.       <br />
              <br />
       La France ne sait plus où elle va. Son destin lui échappe. Les marchés financiers mondiaux en disposent. Notre politique monétaire se décide à Francfort, notre politique économique à Wall Street, nos engagements militaires à Washington. Dans quatre mois, le franc va disparaître. Et nous voici démunis de moyens pour faire droit aux exigences de nos concitoyens. Dans l’euphorie de la mondialisation heureuse, nos gouvernants considéraient la croissance comme garantie pour longtemps par l’essor des nouvelles technologies. Que la conjoncture se retourne, comme aujourd’hui, et nous découvrons la dictature des marchés financiers, les plans sociaux -Moulinex-, les délocalisations industrielles -Flextronics-, le creusement des inégalités, bref le retour à un archéocapitalisme du XIXème siècle !       <br />
              <br />
       En tous domaines, nos dirigeants ont laissé effacer les repères républicains. Ils ont bradé les valeurs de l’École Publique et découragé en Corse les Républicains.       <br />
              <br />
       Pour tout ce qui concerne la préparation du long terme –planification de l’énergie et des transports, politique industrielle, aménagement du territoire-, l’État, dont c’est pourtant la tâche essentielle, s’est mis aux abonnés absents.       <br />
              <br />
       Citoyennes et Citoyens, chers compatriotes, il existe un autre chemin que celui qu’on nous propose, une autre voie que celle où piétinent depuis des années une droite et une gauche aujourd’hui à bout de souffle. Sans doute beaucoup seront tentés de s’en remettre, selon les fatales habitudes qui ont conduit le pays là où il est, au chef d’un parti, le chef du RPR ou le chef du PS, dont le temps a usé les principes, et dont les programmes, pour l’essentiel, se confondent. A chaque grande échéance, ces partis ont toujours fait les mêmes choix de renoncement : Maastricht, l’euro, l’enlisement dans les Balkans, la déconstruction de l’État, la fragmentation du territoire.       <br />
              <br />
       Bien sûr il est arrivé à Jacques Chirac d’invoquer l’autorité de l’État : c’était le 14 juillet dernier, mais c’était pour refuser de déférer à la convocation d’un juge !       <br />
              <br />
       * *  *       <br />
              <br />
       Les victimes de cette politique d’abandon sont d’abord ceux qui n’ont pour vivre que leur travail, licenciés atteints par les plans dits sociaux, condamnés au chômage de masse, privés de perspectives pour eux-mêmes et pour leurs enfants, guettés par la désespérance dans les quartiers de nos villes où s’accumulent difficultés et handicaps.       <br />
              <br />
       La victime c’est aussi la démocratie ; notre Parlement est devenu théâtre d’ombres, résigné à ce que 80% de nos normes soient à présent édictées hors de son enceinte.       <br />
              <br />
       La victime, c’est la France, nation politique par excellence, dont le souffle est la souveraineté populaire, le désir de vivre ensemble, la volonté de faire de grandes choses pour l’avenir. La France, tant de fois relevée par la République, chancelle aujourd’hui avec elle.       <br />
              <br />
       * *  *       <br />
              <br />
       Le pouvoir pour le pouvoir ! Là est le mal ! C’est par là que la démocratie dépérit ! Tout l’effort de tant d’hommes et de femmes sincères, dérivé, capté, détourné et trahi, par mille ruses, cabales, reptations, dissimulations, mensonges, assauts de démagogie, cynisme en bandoulière, opportunisme érigé en doctrine, pour faire « la seule politique possible », voilà qui découragerait le citoyen le plus vertueux si nous n’étions pas là, capables de tracer et de maintenir les repères de la République. Oui, je maintiens qu’il y a une autre politique possible que celle que nous imposent tour à tour, prisonniers de la même orthodoxie, des mêmes dogmes, des mêmes allégeances, des mêmes appétits, les libéraux-sociaux et les sociaux-libéraux.       <br />
              <br />
       Ce destin n’est pas inexorable. Les marchés financiers ne sont pas l’horizon de l’Humanité. Voyez nos entreprises de haute technologie : Alcatel, Cap Gemini, massacrées à la Bourse par les Fonds spéculatifs américains, pour se faire ramasser demain par n’importe quel prédateur boursier ! D’autres valeurs que l’argent meuvent le monde. Ce sont les nations et les peuples qui sont la vraie permanence de l’Histoire. Le destin des peuples ne se confond pas avec la marchandisation de la planète.       <br />
              <br />
       Cette résignation des uns et des autres à la fatalité d’une sorte de pancapitalisme, je l’appelle renoncement.       <br />
              <br />
       La mondialisation, le sens perdu de la citoyenneté, ce sont autant de défis à relever.       <br />
              <br />
       Si je me tourne à présent vers le peuple, ce n’est pas pour l’aboutissement d’ambitions personnelles ou la réalisation d’une obsession rentrée. C’est expérience faite et après mûre réflexion. Comme responsable politique et comme membre du gouvernement à quatre reprises ayant eu la charge de cinq ministères, j’ai toujours d’abord servi le pays : en redynamisant la recherche, en construisant une politique industrielle, en relevant l’École publique, en modernisant l’outil d’une défense française indépendante, en assumant la responsabilité de l’ordre public, et en faisant vivre la citoyenneté. Et en même temps, j’ai toujours cherché à enrayer la dérive qui nous faisait dévaler la pente des abandons. Je n’ai jamais fait la politique du pire. J’ai toujours assumé mes responsabilités et je ne renie rien de ce que j’ai fait et dont je vous ferai grâce. Mais je suis arrivé aujourd’hui à la conclusion que seule une détermination entière au sommet de l’État peut désormais renverser le cours des choses. La mienne est solidement établie.       <br />
              <br />
       Je crois profondément aux valeurs de la République : Liberté, laïcité, citoyenneté, égalité devant la loi, égalité des chances, solidarité et indépendance des peuples. La République ne va pas sans le citoyen. Le civisme est la forme moderne du lien social. Cette exigence ne serait, paraît-il, pas moderne ? Mais qu’est-ce qui est moderne ? L’exacerbation de l’individualisme au détriment des solidarités les plus élémentaires ? La corruption, la spéculation, la délinquance, le mépris des fonctions assumées dans l’État ? Entre la République et la loi de la jungle il faut savoir ce qui est moderne ou pas. Voilà la question que je pose au peuple français.       <br />
              <br />
       Que nous propose-t-on en face du modèle républicain ? Le modèle « égaux mais séparés » sur fond de ghettos et de quartiers réservés ?       <br />
              <br />
       Non ! Le modèle républicain est jeune, porteur d’espoir en Europe et dans le monde. Les exemples sont nombreux du danger que l’explosion des communautarismes et des identités meurtrières fait peser sur la paix.       <br />
              <br />
       Notre peuple attend qu’on lui tienne le langage simple de la vérité. Je n’évoquerai pas Périclès qui tenait son autorité, selon Thucydide, non seulement  de ses qualité d’esprit, mais aussi –je cite- « de son éclatante intégrité pour ce qui est de l’argent ». Non ! plus près de nous, j’évoquerai deux grands hommes qui ont marqué mon adolescence : Mendès-France et De Gaulle, dont personne n’a jamais douté qu’ils parlaient en vue du bien public, quelque différente que fût l’idée qu’ils pouvaient s’en faire, et qui n’hésitaient pas à remettre en jeu leur mandat quand cette idée-là était en cause ! Car les ors de la République c’est bien, mais la République c’est encore mieux !       <br />
              <br />
       Eh bien, je vais vous proposer, je vais proposer au peuple français dix orientations fondamentales et cohérentes pour relever la République  :       <br />
              <br />
       - Les principes d’abord ;       <br />
       - ensuite l’École ;       <br />
       - la sécurité ;       <br />
       - la revalorisation du travail ;       <br />
       - la reconstruction de l’État ;       <br />
       - la pleine égalité de la femme ;       <br />
       - la garantie de la retraite et de la protection sociale ;       <br />
       - l’aménagement du territoire et l’homme mis au cœur de l’environnement ;       <br />
       - la création : science et culture ;       <br />
       - la France doit rester enfin une grande puissance politique,       <br />
       - dans une Europe de projets ambitieux, complément et non substitut des nations,       <br />
       - une puissance tournée vers le Sud,       <br />
       - capable de proposer des règles dans la mondialisation,       <br />
       - avec une défense qui soit d’abord la sienne.       <br />
               <br />
              <br />
       <b>1. La République doit retrouver ses principes.</b>       <br />
              <br />
       La discrédit du politique a une cause essentielle : c’est l’écart entre les paroles et les actes de ceux qui nous dirigent à la petite semaine, sans conviction véritable, au gré des sondages, à coup d’effets d’annonce et de trompe l’œil. Nos dirigeants ne veulent plus gouverner. Ils veulent « gouvernancer », selon l’expression de Pierre-André Taguieff : les privilèges des fonctions sans les responsabilités. C’est cette conception de la politique qui est ringarde. Nos concitoyens réclament compétence, vérité, honnêteté, constance. Plus la réalité est complexe, plus elle change vite et plus nous avons besoin de principes clairs. J’en énoncerai quatre –l’autorité de la loi, la souveraineté populaire, la citoyenneté et l’égalité des chances- à charge pour moi de les traduire ensuite en actions.       <br />
               <br />
              <br />
       1. L’autorité de la loi.       <br />
              <br />
       La République n’est pas un régime de faiblesse. C’est un régime de liberté, ce qui est tout à fait différent. Elle n’accepte pas la loi de la jungle. Elle affirme fermement l’autorité de la loi égale pour tous.       <br />
               <br />
              <br />
       2. La souveraineté populaire.       <br />
              <br />
       La République lie indissolublement la souveraineté populaire et la démocratie. La souveraineté appartient au peuple. Elle est inaliénable. Le Peuple français peut déléguer des compétences, à condition que celles-ci soient démocratiquement contrôlées. Il ne peut pas déléguer sa souveraineté, sauf à se dissoudre lui-même. C’est tout cela qu’il faut ressaisir, relever, rattraper. La tâche est immense. C’est à cela que je vous convie !       <br />
               <br />
              <br />
       3. La citoyenneté.       <br />
              <br />
       Notre idéal, c’est la citoyenneté active. Mais soyons clairs : la liberté n’autorise pas toutes les dérives. La citoyenneté implique des devoirs, envers soi-même, envers les autres, envers la nation, envers l’Humanité. Bien sûr, la citoyenneté signifie aussi don de soi, solidarité, participation responsable à ce que Jaurès appelait « la grande vie humaine ».       <br />
              <br />
       Promouvoir l’éveil de la conscience, faire comprendre ce que signifient devoir, responsabilité, solidarité, générosité, c’est, je le crois, répondre à l’attente véritable des jeunes.       <br />
              <br />
       La jeunesse méprise le jeunisme, cette complaisance et cette démagogie propres à certains de nos responsables qui ont peur de parler à la jeunesse le langage de ses intérêts véritables. Le moment est venu de siffler définitivement la fin de l’époque où il était interdit d’interdire.       <br />
               <br />
              <br />
       4. Le sens de l’égalité.       <br />
              <br />
       Au cœur de l’exigence républicaine, il y a enfin l’égalité, le sentiment de ce que chaque homme porte en lui d’immenses potentialités. L’égalité républicaine c’est à la fois l’égalité devant la loi et la chance donnée à chacun d’épanouir toutes ses capacités.       <br />
              <br />
       Rien n’est plus urgent à cet égard que la mise en œuvre d’une véritable politique d’accès à la citoyenneté.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>2. Fixer ses missions à l’École.</b>       <br />
              <br />
       Au cœur de la République, il y a le citoyen éclairé par l’École. De l’école, les parents comme les enseignants attendent que les pouvoirs Publics fixent enfin clairement les missions : d’abord transmettre le savoir et la culture et faire, pour le pays tout entier, le pari sur l’intelligence ; ensuite former le jugement de nos jeunes pour qu’ils puissent faire demain leur métier de citoyen, avec leurs droits, mais aussi avec leurs devoirs.       <br />
              <br />
       Je sais l’inquiétude des parents qui voient s’affaiblir l’outil de l’égalité des chances qu’est l’École pour leurs enfants ; je sais leur préoccupation quand ils constatent qu’au lieu de s’ouvrir sur la vie comme on l’avait promis, l’école a ouvert ses portes à l’irrespect, à la violence, à l’inégalité.       <br />
              <br />
       Loin de perpétuer l’excessive confusion des rôles, où la connaissance finit par être dévalorisée, où la responsabilité se perd, j’entends placer la transmission des savoirs et l’autorité des maîtres au centre de École Une école républicaine digne de son rôle affirme que l’acquisition des connaissances affranchit de l’ignorance et qu’elle ne va jamais sans effort.       <br />
              <br />
       Cela passe par une acquisition sûre et sérieusement évaluée des savoirs fondamentaux à l’école primaire : Il faut cesser de disperser l’attention des élèves par une multitude de matières, et souvent au détriment de l’essentiel, c’est-à-dire de l’apprentissage du français, alors que 17 % des élèves ne le maîtrisent pas à l’entrée en classe de sixième.       <br />
              <br />
       Il faut mettre un coup d’arrêt à la fuite dans l’innovation permanente, au culte de l’actuel, au suivisme à l’égard de la mode. Halte au bougisme ! Ainsi les langues régionales peuvent faire avantageusement l’objet d’un enseignement par option. La République comme espace commun à tous les citoyens ne proscrit nullement l’attachement de chacun à ses racines particulières. Ce sont les adversaires historiques de l’égalité qui cherchent à confondre celle-ci avec l’uniformité.       <br />
              <br />
       A l’inverse, le protocole qui intègre à l’École publique des établissements qui pratiquent en totalité « l’enseignement par immersion » dans une langue régionale réduit le français à n’être plus qu’une langue étrangère. Après le franc, c’est le français qu’il faudrait faire disparaître ?       <br />
              <br />
       Comment ne pas voir que cette politique complaisante nourrira à terme des ethnicismes qui, au nom d’une identité mythique, se croiront demain autorisés à remettre en cause la loi républicaine ? C’est cela la modernité ? Le FLNC, l’ETA, l’ARB, l’UCK ?       <br />
              <br />
       L’encouragement aux micronationalismes ethniques va de pair avec l’uniformisation marchande du monde. Alain Madelin est le plus sûr soutien du processus de Matignon. Est-ce un hasard ?       <br />
              <br />
       Revenons à l’École : assurer à tous les élèves une bonne maîtrise du français, c’est le moyen le plus efficace de remédier en amont aux difficultés du collège. S’agissant de celui-ci, il faut savoir rompre avec les credos d’hier pour aider chaque élève à trouver sa voie en diversifiant les itinéraires, tout en maintenant un socle d’exigences communes.       <br />
              <br />
       École de la République est une. Elle est à la fois creuset et ciment de l’unité nationale. Dans une société tellement inégale, l’unité de l’École, c’est-à-dire l’unité du savoir et des valeurs qu’elle est chargée de transmettre, demeure une garantie de justice sociale qu’il faut préserver. Or, cette unité est menacée par tous ceux qui, à droite bien sûr, mais parfois aussi à gauche, se sont engagés dans une surenchère permanente au prétexte de la décentralisation. Recrutement régional des maîtres, autonomie et mise en concurrence des établissements, pouvoir de recrutement donné aux chefs d’établissement, possibilité pour eux, et même pour les enseignants, de choisir dans les programmes nationaux ce qui répond aux besoins locaux, intervention des parents sur les contenus d’enseignement, telles sont les principales revendications qui, si elles étaient satisfaites, accentueraient les inégalités, défavoriseraient encore plus les plus démunis, sonneraient le glas de l’École de la République. Sachons mettre des bornes à la démagogie qui depuis le discours de Rennes de Jacques Chirac emporte notre Janus exécutif.       <br />
              <br />
       La qualité de la formation est garante de la qualité de l’École. Rendons aux enseignants l’hommage qu’ils méritent. Si l’École tient, c’est grâce à eux d’abord. Loin de les mettre au pilori, ces piliers de la République, confrontés en première ligne aux défis d’une société inégale, fragmentée, violente, doivent être soutenus fermement dans leur mission.       <br />
              <br />
       Pour que la France fasse monter la sève, l’inégalité sociale devant les études devra être âprement combattue. Je propose des mesures concernant tous nos jeunes de famille modeste, qui ont plus d'intelligence et de dévouement que de revenu ou d’entregent. État et les grands services publics offriront à des jeunes étudiants recrutés par concours, une rémunération durant leurs études, sous condition qu’ils s’engagent dans le service public durant dix ans. Ce sera le moyen d’amener au service de l’État les meilleurs, au moment où notre Fonction Publique doit être profondément renouvelée. État jouera son rôle au service de l’égalité, loin de mériter l’ironique condescendance dont l’affublent les libéraux. Ce sera le moyen d’améliorer grandement l’égalité des chances, de favoriser l’accès de tous -et je pense aux jeunes Français issus des vagues les plus récentes de l’immigration- aux emplois publics.       <br />
              <br />
       L’inégalité se creuse entre ceux qui ne disposent que des ressources scolaires, qui sont misérables, et ceux qui bénéficient du soutien de leur famille.       <br />
              <br />
       C’est particulièrement vrai pour l’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les efforts d’équipement accomplis jusqu’à présent dans nos établissements scolaires ne sont pas négligeables ; ils restent encore dérisoires au regard des besoins, comme ceux de la formation des enseignants. Il ne s’agit pas de se nourrir d’illusions sur les bienfaits du web, mais d’y reconnaître l’une de ces innovations techniques qui, comme le téléphone ou la voiture automobile, s’imposent au monde moderne. C’est un lourd handicap de ne pas savoir en user.       <br />
              <br />
       J’ai réintroduit enfin l’instruction civique à l’École en 1985, mais il faut cesser de la confondre avec le droit administratif. Il faut que nos jeunes se pénètrent de l’esprit de la loi républicaine : respect de la règle délibérée en commun, qui libère de la loi du plus fort, débat éclairé en raison qui affranchit des dogmes, amour de la loi inscrit dans le cœur de chacun, comme garantie de sa liberté et promesse d’égalité.       <br />
              <br />
       Oui, tout commence à l’École, et c’est sur elle qu’il faut fonder l’effort de renouveau républicain.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>3. Une citoyenneté également partagée est le meilleur socle d’une politique cohérente de sécurité. Cette politique ne demande que du courage.</b>       <br />
              <br />
       Le droit, égal pour tous, à la sécurité doit devenir réalité. Je m’y attacherai en écartant les deux démons symétriques que sont la démagogie et l’angélisme. Entre une droite tentée par le discours musclé, masquant son inaction et son manque d’inspiration, et une gauche encore prisonnière de dogmes sommaires flattant sa bonne conscience, il y a place pour une politique de la réalité, à la fois rigoureuse et juste.       <br />
              <br />
       Je m’étais attaché à lui donner corps : création de la police de proximité assurant la mutation d’une police d’ordre vers une police au service des citoyens, encadrement des polices municipales, recrutement de policiers à l’image des citoyens, mise en place des commissions départementales d’accès à la citoyenneté…       <br />
              <br />
       Pour aller plus loin, j’avais tracé, en janvier 1999 dans une longue note d’orientation, les grands traits des actions nouvelles à mener. Vous savez le destin qui fut dans bien des cas réservé à mes propositions : Celles où je proposais des moyens cohérents pour réduire les noyaux durs de la délinquance dans nos cités furent soumises à un hallali où se mêlaient le refus de la réforme, le laxisme et l’absence de volonté. La gauche bien-pensante montra là son incapacité à sortir de ses ornières et à répondre aux préoccupations populaires. Le chantier est donc à reprendre et il est immense.       <br />
              <br />
       La première tâche est de réussir le plein accès à la citoyenneté de tous ces jeunes, quelle que soit leur origine, Français pour la plupart, dont certains croient que l’inégalité des droits les dispensent de respecter leurs devoirs.       <br />
              <br />
       Ainsi, solidement assise sur l’exigence  d’égalité, une politique républicaine visant le droit égal pour tous à la sécurité pourra être menée. Il faut rompre avec l’indifférence ou l’impuissance des élites devant l’insécurité subie par les plus modestes.       <br />
              <br />
       Les yeux ouverts sur la réalité nous montrent l’explosion de la délinquance des mineurs et la colère de la population devant la multiplication d’exactions qui restent impunies. L’inadaptation de la réplique est flagrante. Le mineur délinquant n’est généralement guère sanctionné avant un très grand nombre de récidives. La Garde des Sceaux nous explique qu’il y a 650 mineurs incarcérés. Elle oublie de nous dire qu’en dessous de seize ans, ce n’est pas possible, sauf crime. Et surtout qu’il y a d’autres solutions que la prison. L’ordonnance de 1945 -le tout éducatif-, conçue à une époque où la délinquance des  mineurs n’avait rien de comparable à ce qu’elle est devenue, est aujourd’hui périmée. Il s’agit donc de la modifier, en distinguant clairement les tâches d’éducation et la sanction, en organisant l’échelle des réponses à la délinquance, du simple rappel à la loi jusqu’aux sanctions plus graves. Il est vain d’opposer la sanction à la prévention, car la sanction qui est rappel à la règle comporte à l'évidence une dimension pédagogique. Toute société repose sur des limites dont le franchissement doit être sanctionné.       <br />
              <br />
       Une telle réforme législative doit s’accompagner de moyens d’accueil des jeunes délinquants en péril. Je propose de créer des centres de retenue, internats destinés à recevoir des délinquants multirécidivistes, à reprendre le cycle de leur éducation scolaire et professionnelle, capables de les retenir loin du milieu criminogène du quartier, le temps qu’il faudra pour les remettre dans le bon chemin. Je sais qu’une certaine bien-pensance est prompte à accorder aux délinquants des excuses absolutoires pour cause de pauvreté ou d’immigration. Mais c’est faire injure aux gens modestes comme aux familles d’immigrés que d’inventer je ne sais quelle prédestination à la délinquance. La vérité est qu’en République, un délinquant, fut-il riche ou pauvre, d’origine auvergnate ou maghrébine, doit être sanctionné. Et que la République se doit de tendre une main généreuse aux familles modestes ou récemment immigrées, à leurs enfants, dont l’immense majorité aspire à étudier, à réussir sa vie, à trouver un métier motivant. Aidons les à réussir, au lieu de pratiquer des amalgames indignes !       <br />
              <br />
       Lutter contre l’insécurité que subissent les Français exigera aussi d’améliorer la coopération police–gendarmerie–justice. La tâche est rude –et je tiens à saluer particulièrement le dévouement et le courage de nos policiers et de nos gendarmes, au contact des réalités ingrates qu’ils affrontent, souvent au péril de leur vie. Mais les institutions de la République doivent travailler en harmonie et en communauté de vues. En empêchant les situations où police et justice se contrarient ou s’opposent, on pourra faire reculer la délinquance, et notamment briser les noyaux durs de celle-ci. A l’inverse, l’angélisme qui a prévalu dans la préparation de la dernière réforme de la procédure pénale, votée par la droite comme par la gauche, malgré les réserves que j’ai été l’un des rares à émettre, a réduit de plus de  10% le nombre des gardes à vue, et cela au moment même où l’opinion s’inquiète de la montée de la délinquance. A qui faire croire que ceci n’a pas de rapport avec cela ?       <br />
              <br />
       La politique pénale doit être la même sur toute l’étendue du territoire national. Comment y parviendrait-on si les Parquets ne reçoivent pas d’instructions comme l’habitude s’en est prise ? L’essentiel est que ces instructions soient publiques et guidées par le seul souci de l’intérêt général. L’idée de rendre les Parquets autonomes, selon la proposition de la Commission Truche, réunie à l’initiative de Jacques Chirac, est une faute. Ceux qui sont soupçonnés souvent à juste titre de peser sur la justice, préfèrent, plutôt que de servir l’intérêt public, abandonner les rênes que le Peuple leur a confiées, ou plutôt faire semblant. Personne en effet n’est dupe des luttes d’influences qui se déroulent au sein de la Justice, théoriquement indépendante.       <br />
              <br />
       Les moyens en personnel de la police n’ont guère évolué depuis cinquante ans, et ceux de la justice depuis cent ans. Il faut prendre la mesure de la situation actuelle : elle est préoccupante mais elle n'a rien d’une fatalité. Une loi de programmation pour la police et pour la justice, une volonté claire, de bons textes, une citoyenneté renaissante, renverseront le cours des choses.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>4. Revaloriser le travail et mobiliser tous nos atouts.</b>       <br />
              <br />
       La réhabilitation de la valeur du travail est au cœur du pacte républicain. Je veux prendre ces termes dans leur double dimension.       <br />
              <br />
       a) La première, c’est la rémunération du travail. Depuis 1983, le rapport entre les revenus du capital et ceux du travail se sont dégradés de près de dix points. La réduction du temps de travail légal à 35 heures s’est accompagnée de la modération salariale. Eh bien c’est à présent la feuille de paie qu’il faut faire évoluer. La progression du salaire direct est nécessaire au soutien de l’activité économique. Est-il normal que la marge soit si faible entre les revenus de substitution et le revenu d’un smicard qui ne ménage pas sa peine ? Est-ce qu’une vie de travail, souvent dur et pénible, est vraiment respectée quand on voit le niveau des bas salaires ? C’est bien là dessus qu’il faut agir.       <br />
              <br />
       Une augmentation forte du SMIC sera rendue possible par la généralisation des allègements de charge et l’assouplissement des contraintes excessives liées aux trente cinq heures.  Une conférence des salaires sera réunie pour examiner les minima de branche et les grilles salariales.       <br />
              <br />
       Je propose de relever le salaire direct et d’améliorer la feuille de paie, en accélérant le glissement nécessaire et justifié, d’une partie des charges sociales vers une base de cotisation plus large, celle de la fiscalité. Il n’est plus possible de soumettre l’emploi, notamment dans les petites entreprises, au fardeau des charges sociales et fiscales. Celles-ci sont devenues des obstacles à l’activité, des encouragements au travail au noir, un empêchement à la création d’entreprises. Les réductions d’impôts doivent être réalisées avec plus de discernement. Choisies avec sagesse, elles peuvent stimuler l'activité. Je veux en prendre pour exemple le taux de TVA dans la restauration. Ramené à 5% -c’est à dire au même taux que les Mac Donald’s sous prétexte de cuisine à emporter- il serait un superbe encouragement à l’embauche dans un secteur qui cherche des salariés, à l’amélioration des salaires, à la modération des prix. Plus globalement, une mesure de cet ordre retentirait positivement sur le secteur de la production agricole de qualité, sur la viticulture, et sur un certain art de vivre à la française. Pourquoi s’y refuser ? Parce qu’aucun gouvernement français n’a demandé à la Commission de Bruxelles le bénéfice de cette dérogation, alors que certains de nos voisins l’obtenaient sans difficulté. La France, première destination touristique mondiale, n’aurait-elle pas quelque titre pour justifier ce taux réduit de TVA à propos d’une activité particulièrement exigeante en main d’œuvre ?       <br />
               <br />
              <br />
       b) Relever la valeur du travail, c’est aussi, tout simplement, mieux le considérer. Pour faire une société, il ne faut pas que des bourgeois bohèmes : il faut des ouvriers, des paysans, des employés, des fonctionnaires. C’est peu dire que la considération sociale qui les entoure s’est gravement effritée. Les travailleurs à qui, hier, le mouvement du progrès assignait la tâche rédemptrice de la révolution sociale, sont aujourd’hui la cible des quolibets. Pour la pub et la mode, pour les commentateurs post-modernes, ils sont ringards, considérés comme des freins à l’entrée de la France dans la mondialisation heureuse. Ce sont les Deschiens, bons à jeter aux chiens. Le mode de vie rural est offert en dérision ; ceux qui s’adonnent à la chasse sont vilipendés. L’ouvrier, hier icône de la gauche, est devenu un boulet qu’elle traîne honteusement, tant elle s’est identifiée à la vulgate libérale-libertaire.       <br />
              <br />
       Eh bien, la République, elle, n’ignore pas où sont les Républicains ! Une République moderne est une République sociale, qui rend justice au travail, à celles et ceux qui vivent de leur travail. Elle fait passer l’amélioration des salaires et des bas-salaires avant les stock options. Elle veille à la pérennité des régimes de protection sociale, à la réhabilitation de l’enseignement professionnel et de l’apprentissage des métiers, à la construction de véritables carrières ouvrières dans les entreprises. Elle valorise l’acquisition de nouvelles compétences, favorisant ainsi les mutations techniques dans l’industrie.       <br />
               <br />
              <br />
       c) Revaloriser la valeur du travail, c’est aussi mobiliser nos marges de croissance.       <br />
              <br />
       Il existe des réserves considérables et totalement sous-estimées de mobilisation de la population active dans la décennie qui vient : beaucoup de femmes aspirent légitimement à trouver une activité professionnelle, si on leur facilite la vie par ailleurs. Il y a des millions de chômeurs qu’il faut remettre au travail en priorité avant de songer à ouvrir à nouveau les vannes de l’immigration. Enfin, le taux d’activité des jeunes et des plus de soixante ans est, en France, le plus bas d’Europe. Cela n’est pas raisonnable. On ne doit empêcher personne de travailler, bien au contraire. La France ne manque donc ni de travailleurs ni de capital. Encore faut-il les mobiliser activement, plutôt que de guetter, telle Soeur Anne, la reprise venue d’Amérique, comme certain Premier ministre, en principe socialiste, que je connais bien. Ce paradoxe s’explique pourtant aisément : nos dirigeants se sont défaits des leviers de commande qui leur permettraient d’agir.       <br />
              <br />
       Les variables d’ajustement de l’économie nous échappent désormais. Ou plutôt, dans le système actuel, il n’en reste plus que deux : les salaires et l’emploi. Si rien ne change, bonjour la stagnation salariale et les charrettes de licenciement !       <br />
              <br />
       Il est urgent de se ressaisir. Je propose une politique économique fondée sur trois axes essentiels : le soutien de la demande, l’amélioration de l’environnement des entreprises, le renouveau de l’action sur les structures.       <br />
              <br />
       - Pour soutenir la demande, il existe quatre leviers : outre une revalorisation des salaires et une politique active de la dépense publique, une politique d’argent bon marché et le maintien d’un change compétitif d’abord. Ces deux dernières politiques dépendent en tout ou en partie de la Banque Centrale de Francfort. Les Européens vont découvrir tardivement non seulement le séisme auquel l’introduction de l’euro va conduire, et les immenses difficultés que cela créera en particulier pour nos concitoyens les plus démunis. Malgré mes mises en garde, nos dirigeants collectivement, préfèrent sauter dans le noir, comme en quatorze.       <br />
              <br />
       Mais les Européens et les Français vont aussi découvrir les effets néfastes d’une Banque Centrale déliée de tout engagement à l’égard des citoyens et de leurs représentants et qui, au prétexte de lutter contre l’inflation, ne soutient pas la croissance et l’emploi. Eh bien, il faut réformer les statuts dépassés de la Banque Centrale européenne ; qu’on lui assigne comme tâche de soutenir la croissance et l’emploi par une politique de bas taux d’intérêt, et pas seulement de lutter contre l’inflation ! Que le gouvernement de la France prenne à témoin l’opinion publique européenne et propose de modifier l’article du traité de Maastricht fixant ses missions à la Banque Centrale.       <br />
              <br />
       Dernier levier pour soutenir la demande : l’assouplissement du pacte de stabilité budgétaire jadis qualifié de Super Maastricht.       <br />
               <br />
              <br />
       - Deuxième axe : l’amélioration de l’environnement des entreprises.       <br />
              <br />
       Chacun le sait, les entreprises décident de s’implanter là où elles trouvent une main d’œuvre qualifiée, un appareil de formation de qualité, de bonnes infrastructures de transport, des équipements sanitaires et sociaux (ainsi des crèches) facilitant la vie professionnelle, et bien sûr un niveau élevé de sécurité. Pour maintenir et accroître l’attractivité du territoire français, il faut des services publics de qualité. Méfions-nous du dogmatisme libéral en la matière : les accidents de chemin de fer en Grande-Bretagne et les pannes d’électricité dans la Silicon Valley devraient tempérer la furia des privatisations. Orientons-nous plutôt vers des emprunts européens multi-émetteurs pour engager la modernisation des infrastructures sur le continent : fret ferroviaire, voie d’eau, liaison TGV, réseaux à haut débit.       <br />
              <br />
       Si le rôle de l’État ne peut être dans l’économie d’aujourd’hui celui d’un interventionnisme au quotidien, il reste un acteur majeur, un stratège. Son rôle est d’assurer la stabilité dans le long terme. Des investissements majeurs en matière d’énergie ou d’infrastructures de communication requièrent des décennies d’exploitation pour être rentables. Dans d’autres cas, les coûts de développement technologique dépassent les capacités du secteur privé. C’est le cas dans le nucléaire, l’aérospatiale ou l’aéronautique... Même dans les pays à affichage libéral, ces secteurs sont largement soutenus par l’État. Celui-ci peut aussi faciliter la prise de risque par les entrepreneurs, en soutenant fiscalement les efforts de recherche, mesure que j’ai fait prendre en 1983.       <br />
              <br />
       Il est capital que nous portions notre effort de recherche à 3 % du PIB dans des domaines aussi variés que les nouvelles technologies de l’information, les biotechnologies, l’énergie, notamment les réacteurs nucléaires du futur et la pile à combustible, la santé, les transports, l’agriculture et l’environnement, tout en maintenant notre effort de recherche militaire qui, sans nous engager dans l’inutile compétition du « bouclier anti-missiles », doit nous permettre de maîtriser les technologies clés, en particulier dans l’espace et la simulation nucléaire.       <br />
              <br />
       Toute l’expérience du dernier demi-siècle en France, comme celle des États-Unis depuis vingt ans, montre que l’initiative publique en matière de développement technologique est le terreau indispensable du développement économique futur et de l’émergence de nouvelles entreprises.       <br />
              <br />
       Les marchés financiers ne garantissent aucun avenir stable dans le long terme. L’économie de marché a besoin de cadres et de normes pour se développer. Seule la démocratie peut fonder une légitimité propre à assurer des constructions durables. Méfions-nous des modes passagères : chacun sait bien qu’une exigence de rentabilité à 15 % n’est pas soutenable, quand la croissance est inférieure à 3 %. Faut-il rappeler qu’en cas de coup dur, c’est à l’État qu’on fait toujours appel, pour renflouer les Caisses d’Épargne américaines, garantir la dette du Crédit Lyonnais, tenir à l’Argentine, au Mexique, au Brésil, à la Russie la tête hors de l’eau, et si c’est encore possible, sauver les banques japonaises ?       <br />
               <br />
              <br />
       - Troisième axe d’une politique économique active : le renouveau de l’action sur les structures.       <br />
              <br />
       La maison France ne doit pas disparaître. Il est capital de maintenir des synergies étroites entre nos entreprises. Le contrôle des fusions boursières doit favoriser les rapprochements stratégiques et tenir en respect les prédateurs boursiers. Les OPE doivent être réservées aux opérations amicales. Nos entreprises ont besoin d’un actionnariat stable pour mener des politiques qui s’inscrivent dans la durée. Le pôle financier public peut les aider à reconquérir leur autonomie aujourd’hui obérée par les exigences souvent exorbitantes des fonds de pension. En matière industrielle l’État ne peut pas se mettre aux abonnés absents.       <br />
              <br />
       La politique industrielle n’a rien perdu de son intérêt dès lors qu’on se projette dans le moyen et le long terme. Ainsi, la disposition d’une énergie non polluante, à bon marché, exige des choix dès aujourd’hui. Veut-on brûler du gaz, du fioul ou du charbon et continuer d’émettre des gaz à effet de serre, ou va-t-on engager les nouveaux programmes nécessaires à la modernisation de nos filières électro-nucléaires avec des réacteurs à faible production de déchets ? Par quelle démagogie ferait-on croire aux Français que la gestion sûre, durable, et réversible, de 500 tonnes de déchets sur vingt ans serait inaccessible, et qu’il faudrait se résigner à produire non plus 500 mais cinquante millions de tonnes de gaz carbonique pendant la même période ? Ces choix sont moteurs pour l’activité, pour l’emploi et pour l’environnement. Développons dans ce domaine une coopération avec l’Allemagne si elle le souhaite, et si elle ne le souhaite pas, avec les États-Unis Pareils enjeux ne sauraient être mis à la merci d’une démagogie à courte vue ou d’une exploitation des peurs, les Verts tenant le PS en otage. Le souci de précaution doit conduire à prévoir l’approvisionnement en énergie pour demain, une énergie indépendante dans ses sources et non polluante pour la nature.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>5. Il faut reconstruire l’État républicain et les services publics : les moderniser, non les démanteler.</b>       <br />
              <br />
       C’est là un grand sujet auquel j’ai appliqué ma réflexion. On ne peut réformer l’Etat que si ses tâches à long terme sont d’abord clairement fixées. Tâches régaliennes : défense, sécurité, justice, impôts, mais aussi transports, énergie, aménagement du territoire, développement technologique. Tout commence par la définition claire des missions et l’élaboration de véritables projets de service public. L’explosion des nouvelles technologies et le renouvellement des effectifs de la Fonction Publique offrent une chance exceptionnelle de mener à bien ce grand chantier.       <br />
              <br />
       Réformer l’État c’est d’abord simplifier la loi. C’est un rôle nouveau pour le Parlement. C’est mettre ensuite à la diète la folle machine interministérielle qui de chaque décret d’application fait une usine à gaz. La décentralisation commence par le coup d’arrêt mis à la prolifération des règlements, qu’ils soient nationaux ou européens. En tous domaines il faut mettre de la clarté, de la lisibilité. Dressons la liste des usines à gaz : la fiscalité nationale et locale, la réglementation de l’urbanisme, la gestion des fonds structurels européens, la procédure judiciaire, la liste en serait longue. Convoquons, sous la responsabilité du Parlement, des Commissions de réforme. Convoquons surtout l’esprit de Descartes. Bref, ouvrons enfin ce grand chantier de la réforme de l’État.       <br />
              <br />
       S’agissant de la décentralisation, les orientations de la Commission Mauroy offrent une base de travail sérieuse, et j’ajoute consensuelle. Dans ce domaine je ne crains pas la concurrence des démagogues car j’ai mené à bien deux chantiers majeurs : la décentralisation des collèges et des lycées par la loi que j’ai fait voter en 1985 et dont chacun s’accorde à reconnaître l’éclatante réussite, et l’essor nouveau donné à l’intercommunalité par la loi du 12 juillet 1999. Plus de cent communautés d’agglomération ont déjà surgi : avec des compétences stratégiques, une taxe professionnelle unique, un périmètre enfin pertinent, nos villes disposent désormais du moyen de planifier un développement solidaire à long terme et d’éviter –si la volonté en existe- des ghettos à l’américaine.       <br />
              <br />
       On peut aller plus loin dans la voie de la décentralisation : par exemple en dotant les inter-régions d’une compétence propre en matière de développement technologique et d’une part de la TIPPE, afin qu’elle puissent mieux soutenir l’innovation dans le tissu industriel. Je ne propose pas pour autant qu’on revienne sur la délimitation des régions et pas davantage sur l’existence des départements qui jouent un rôle important de cohésion sociale.       <br />
              <br />
       Réformons intelligemment, sans casser les repères. Mais décentralisons hardiment pourvu que ce soit dans le respect de la loi républicaine et de la solidarité nationale.       <br />
              <br />
       Comme l’État, nos services publics doivent être modernisés. Sachons le cas échéant demander à Bruxelles des clauses dérogatoires.       <br />
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              <br />
       <b>6. La sixième orientation que je propose touche à l’égalité des femmes qui doivent pouvoir mieux concilier leur vie professionnelle et leur épanouissement familial et personnel. C’est un chantier décisif pour notre avenir.</b>       <br />
              <br />
       Il y a en effet une solidarité des générations qu’aucun gouvernement républicain ne peut laisser détruire.       <br />
              <br />
       Rien n’oppose, bien au contraire, l’engagement résolu en faveur du droit des femmes, de la parité, de l’égalité professionnelle, du libre-choix de la maternité, à une conception évoluée et adaptée de la politique familiale. Aujourd’hui, beaucoup de couples n’ont pas autant d’enfants qu’ils le souhaiteraient (1,8 par femme contre 2,3 désirés, le taux de renouvellement se situant à 2,1). Une politique de la famille doit donc les aider à surmonter les obstacles matériels qu’ils rencontrent et d’abord dans la vie quotidienne.       <br />
              <br />
       Il est possible d’augmenter de moitié en cinq ans le nombre de places en crèches et celui des assistantes maternelles. Un effort de cette nature, capable de résoudre le casse-tête des jeunes mères en quête d’un mode de garde, représente un effort de quelques milliards de francs. N’est-ce pas là le meilleur usage de l’excédent de la branche famille ?       <br />
              <br />
       En matière de revenus, il est temps de mettre un terme à la dépréciation des allocations familiales.       <br />
              <br />
       La France peut et doit assurer le renouvellement de ses générations : c’est à terme la seule vraie solution au problème de la garantie des retraites et de la protection sociale. Ce choix de l’avenir est aussi celui de la jeunesse qui a été sacrifiée au profit de la rente dans les années 80 et 90.       <br />
              <br />
       Il y a deux injustices criantes dans notre société : la situation des familles monoparentales, c’est-à-dire des femmes qui doivent élever leurs enfants seules, et celle des jeunes auxquels leur famille ne peut assurer de ressources pour financer leurs études. Je proposerai que le système des bourses d’enseignement supérieur soit amplifié et qu’il puisse tenir compte de l’évolution sociale vers la plus grande autonomie des jeunes.       <br />
               <br />
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              <br />
       <b>7. Septième orientation qui découle de la précédente : nous devons et nous pouvons garantir un bon niveau de retraite et de protection sociale.</b>       <br />
              <br />
       C’est par le travail et par la croissance que nous garantirons en effet l’avenir des régimes de retraites. La démographie est la variable essentielle à long terme, et pour la décennie qui vient c’est le taux d’emploi qu’il faut relever: ces deux paramètres conditionnent presque entièrement l’équation que le pays doit résoudre.       <br />
              <br />
       Mais le redressement indispensable de ces deux données fondamentales ne dispensera pas d’autres réformes courageuses. Le principe de la répartition ne doit pas être remis en cause mais l’âge de départ à la retraite peut être lié à la durée d’activité et non à un âge-couperet. Il n’y a rien de choquant à ce qu’un salarié entrant dans la vie professionnelle tardivement, après des études supérieures, la quitte aussi plus tardivement qu’un ouvrier entré tôt dans la vie active. C’est la durée de cotisation qui doit établir l’âge de départ en retraite. Cet âge doit cesser de constituer une barrière. Je propose que la retraite progressive soit mise en place, permettant à ceux qui le souhaitent de conserver une activité réduite progressivement ou de continuer à travailler quelques années au-delà de la limite d’âge.       <br />
               <br />
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       <b>8. J’en viens à la huitième orientation : Aménageons notre espace et mettons l’homme au cœur de l’environnement.</b>       <br />
              <br />
       Il faut réconcilier l’Homme et la Nature, reconstruire nos banlieues en substituant aux barres et aux tours de petites maisons de ville, lutter contre le bruit et la pollution en favorisant non seulement les transports en commun, mais aussi les voitures électriques et les véhicules utilisant les piles à combustible, privilégier les filières énergétiques qui ne rejettent pas de gaz à effet de serre, dégager les financements nécessaires à la priorité dont doivent bénéficier la voie d’eau et le fret ferroviaire, réorienter la politique agricole au bénéfice des exploitations familiales, qui disparaissent en trop grand nombre. Nos paysans ont besoin d’être mieux reconnus et considérés. Que seulement 6.200 jeunes agriculteurs  s’installent à la terre chaque année doit nous préoccuper : cela signifie que dans trente ans il y aurait moins de 200.000 exploitations agricoles en France contre 600.000 aujourd’hui. Pour encourager l’installation de nouveaux paysans, compte tenu de ce qu’est l’évolution des modes de vie, il n’y a pas de secret : il faut maintenir des prix rémunérateurs et attribuer des aides directes substantielles correspondant au rôle utile que jouent nos paysans : qualité des aliments, sécurité sanitaire, préservation des terroirs et des paysages. Veillons à valoriser les espaces ruraux qui sont un grand atout de la France. Une politique nationale d’aménagement du territoire s’impose pour valoriser notre espace au sein de l’Union européenne. Elle ne peut résulter de la simple juxtaposition de vingt-deux contrats de plan État-région élaborés sans vue d’ensemble. La suppression par le gouvernement du schéma national d’aménagement du territoire dès 1998 a été une erreur. Il y a beaucoup à faire pour que les réseaux à haut débit par exemple irriguent non pas seulement les zones denses, mais l’ensemble du territoire et permettent, grâce au télétravail, de vivifier les zones rurales.       <br />
              <br />
       Au-delà de la France, pensons et mettons en œuvre une véritable écologie de l’Humanité. Tous les peuples ont droit au développement. Faisons en sorte que celui-ci soit à la fois respectueux des cultures et des équilibres fondamentaux de la vie, mais refusons d’en exclure les pays tard venus à la modernité. C’est une thèse réactionnaire ! La croissance des jeunes nations reste plus nécessaire que jamais.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>9. Science et Culture, faisons se lever les forces de la création.</b>       <br />
              <br />
       Plus que jamais, l’avenir est à inventer. Il nous faut donc affirmer sans complexe la liberté de la recherche. Ne confondons pas la science et la démocratie qui, elle, implique des choix d’opportunité et par conséquent des décisions prises à la majorité. Rien de tel ne peut exister en matière de recherche. Sachons donc résister au retour de l’obscurantisme, quelque parure chatoyante qu’il revête. Le moment est venu de donner de nouveaux moteurs à la recherche. L’initiative publique sera pour cela nécessaire. En matière d’emploi scientifique plus qu’ailleurs peut-être, il faut mettre en route des plans de recrutement pluriannuels : Je propose une grande loi de programmation pour la recherche pour les années 2003-2007 portant à 3% la part de la recherche dans le PIB.       <br />
              <br />
       La culture et la science marchent naturellement de pair. Une vraie politique culturelle suscite avant tout le désir de culture. Il y a, dans ce pays, une immense ferveur en matière culturelle : 50 millions de visiteurs dans les musées l’an dernier, c’est énorme ! Oui, le peuple français éprouve un vif désir d’images, de gestes, de mots à partager. Mais pour qu’il y ait partage, il faut des créateurs. Et il y a fort à faire pour insuffler l’énergie créatrice et bâtir un contre-pouvoir à la loi du marché. Refonder la culture, c’est délivrer le service public de la télévision de la publicité, en finir avec l’Audimat, bref, lui rendre sa liberté. C’est surtout ouvrir la culture française sur le monde, largement, en joignant les pays francophones aux pays de langue espagnole et portugaise, pour faire barrage à l’uniformisation marchande. La culture n’est pas séparable de cette franche réorientation de la France vers le Sud qui est dans sa vocation : Il nous faut faire connaître et aimer les créateurs du Sud, Youssou N’dour le chanteur, Youssef Chahine le cinéaste, Ousmane Sow le sculpteur, Ahmadou Kourouma l’écrivain, et tant d’autres qui ouvriront la France à l’avenir du monde.       <br />
              <br />
       Là est le génie de la France : la capacité à brasser tous les peuples, toutes les émotions à travers la discipline choisie d’une langue, dont Fernand Braudel disait qu’elle était 80% de notre identité. Là est notre rôle : affirmer l’unité de la grande vie humaine par-dessus les fractures que creuse une mondialisation sans âme.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>10. La France est et doit rester une grande puissance politique.</b>       <br />
              <br />
       a) La France est un grand pays, qui parle au monde entier.       <br />
              <br />
       Elle porte le legs d’une conception de la nation fondée non pas sur l’origine, mais sur la volonté d’appartenance à une communauté politique. Faisons vivre pleinement chez nous cette conception républicaine de la citoyenneté. Proposons là en exemple aux peuples déchirés par des haines ancestrales.       <br />
              <br />
       Nous sommes fiers de la geste séculaire par laquelle le peuple français a su donner sens à son Histoire, même si les sommets y font voir des abîmes. Ceux qui veulent définitivement gommer la nation parce qu’elle est un obstacle à l’uniformisation marchande du monde n’ont de cesse que de discréditer la France. Ne nous laissons pas prendre à ces campagnes de « repentance » qui imputent à notre peuple tout entier les crimes commis par Vichy ou encore l’incapacité de la IVème République à sortir du bourbier algérien.       <br />
              <br />
       Ici, à Vincennes, nous assumons toute l’Histoire de France avec ses ombres et ses lumières, mais nous ne laisserons pas entamer le socle de confiance dont le peuple français, comme tout peuple, a besoin pour forger son avenir.       <br />
              <br />
       L’Histoire de France, il nous revient de la continuer. Le moment n’est pas venu d’y mettre fin.  La France ne vas pas disparaître avec le franc. Sa voix, longtemps encore, devra résonner puissamment en Europe et dans le monde, au service des grandes valeurs dont nous avons à faire fructifier l’héritage.       <br />
               <br />
              <br />
       b) La France doit être le moteur d’une Europe de projets ambitieux.       <br />
              <br />
       Il ne s’agit pas d’être pour ou contre l’Europe. C’est absurde. La France est en Europe. On ne peut pas être contre le continent auquel on appartient. Il s’agit de savoir ce qu’on veut faire de l’Europe. On nous répond par des formules attrape-tout : « Une Fédération d’Etats-Nations ». Le Janus bifrons exécutif, ce dieu antique à deux faces, a trouvé sa motion nègre-blanc, mais serait bien incapable de nous dire ce qui pourrait sortir de ce cercle carré.       <br />
              <br />
       L’élection de 2002 sera à cet égard décisive car le Janus exécutif en faisant sienne l’idée d’une Constitution européenne, a déjà accepté de voir la France reléguée au rang d’une grande région. Quand il y a trente peuples en Europe, on fait un traité, on ne fait pas une Constitution, sauf à vouloir dissoudre les peuples.       <br />
              <br />
       L’élargissement à vingt-sept États rend absurde tout projet d’intégration fédérale. La solidarité souhaitable des nations européennes ne doit pas signifier uniformisation, effacement de notre personnalité et de notre culture, dévalorisation de notre Histoire, mépris de nos intérêts.       <br />
              <br />
       L’Europe que nous voulons signifie projets, dynamisme, ambition partagée. Elle doit compléter les nations qui la composent, et non s’y substituer. Je suis un euroréaliste. Je sais par expérience qu’une forte volonté politique, à condition qu’elle s’appuie sur les nations peut infléchir la lourde machinerie communautaire.       <br />
              <br />
       Mais je ferai plusieurs suggestions pour mobiliser les nations européennes et créer un espace commun de débat public :       <br />
              <br />
       - D’abord, étendre le droit de proposition, qui aujourd’hui n’appartient qu’à la seule Commission, à toutes les nations membres du Conseil européen, instance maîtresse de l’Union.       <br />
              <br />
       - Ensuite rendre publiques les délibérations et les votes au sein du Conseil.       <br />
              <br />
       - En troisième lieu, créer au Parlement européen une deuxième Chambre représentative des Parlements nationaux, lieux essentiels de légitimité.       <br />
              <br />
       - Loin de se perdre dans des mécanos institutionnels, l’Europe doit s’engager dans de grands projets. La procédure des coopérations renforcées doit devenir le cadre de ces projets : coopération monétaire d’abord, liaisons ferrées à grande vitesse, tunnels transfrontaliers, voies dédiées au fret ferroviaire, mise à grand gabarit des voies d’eau, dépollution de la Méditerranée, sûreté des centrales nucléaires, programmes de recherche, et développement technologique, industries aéronautiques et spatiales, coopération universitaire.       <br />
              <br />
       - La France est en Europe une puissance d’équilibre et d’ouverture.       <br />
              <br />
       Équilibre dans l’intérêt de toute l’Europe et de l’Allemagne elle-même : il serait judicieux à cet égard d’élaborer un nouveau traité de l’Élysée. Les temps ont changé depuis 1963.       <br />
              <br />
       Ouverture, et d’abord vers le Sud, en resserrant notre coopération, en particulier avec l’Italie et l’Espagne : Nous devons affronter tant de défis communs ! Le processus de Barcelone n’a pas tenu ses promesses ; un quart seulement de l’effort annoncé a été engagé : raison de plus pour nous engager résolument en faveur d’une initiative méditerranéenne de co-développement. La croissance et le progrès social peuvent seuls apporter à la rive sud à laquelle tant de liens humains nous attachent, les moyens de faire reculer la misère, terreau d’un intégrisme fanatique qui serait une terrible régression pour ces pays et une grave menace pour notre société.       <br />
              <br />
       A nous de convaincre l’Europe tout entière à commencer par l’Allemagne que nous devons nous tourner à la fois vers le Maghreb et vers l’Afrique au Sud, comme vers la Russie à l’Est, pour créer un véritable partenariat stratégique au service d’une paix durable.       <br />
               <br />
              <br />
       c) La voix claire de la République doit se faire entendre dans les affaires du monde.       <br />
              <br />
       La politique étrangère de la France doit servir l’idéal républicain et non se laisser asservir par les puissants. C’est vrai dans les Balkans, où manque cruellement la voix d’une conception laïque de la citoyenneté déliée des origines et des religions. C’est vrai au Proche et au Moyen-Orient où la France doit aider à empêcher que se referme l’étau d’une violence sans fin. Israël est capable de puiser le meilleur dans la tradition de justice et de progrès qui l’a fondé. Les Palestiniens doivent voir reconnus leurs droits légitimes aujourd’hui bafoués. Ils ont droit à un État réellement viable. Ce sera d’ailleurs la meilleure garantie du droit à la sécurité d’Israël.       <br />
              <br />
       Nous devons aider le monde arabe à accomplir cette renaissance, dont il rêve depuis deux siècles, et à réussir son entrée dans la modernité. En Orient aussi, c’est dans une conception laïque de la citoyenneté que les trois religions du Livre pourront apprendre à coexister. Il n’y a pas de paix durable qui ne soit fondée sur le respect de l’identité et de la dignité des peuples. C’est pourquoi la paix doit être pensée de la Méditerranée au Golfe.       <br />
              <br />
       J’avais désapprouvé sans équivoque, en son temps, la participation de la France aux opérations américaines contre l’Irak. Avec le recul, chacun peut observer qu’aucune des promesses lancées alors aveuglément n’a été tenue. Il ne reste que la maîtrise américaine sur les deux-tiers des réserves pétrolières du monde, l’envol des prix du brut, et un embargo cruel qui a fait déjà plus d’un million de morts. La France doit faire cesser ce crime.       <br />
              <br />
       Je ne serai jamais de ceux qui invitent à jeter par dessus bord les liens particuliers de la France avec le continent africain. L’Afrique pour son développement a besoin d’États, qui soient des États de droit. Les recettes du libéralisme ou de l’ultra-libéralisme n’apporteront que des malheurs sur la terre africaine. Je propose ainsi que la France prenne l’initiative de défier les règles de l’OMC pour sauver la vie de millions d’Africains menacés par le sida. Il est inacceptable que la dévotion à l’égard du droit commercial des brevets interdise la fabrication de médicaments anti-viraux génériques, qui coûtent pourtant 350 $ pour un traitement d’un an, contre 10 000 $ pour les mêmes médicaments sous licence, soit une baisse des prix de 96%. Si la France, ou si des laboratoires français sur le sol africain, produisaient ces anti-viraux génériques, n’aurions-nous pas le courage de mener, contre les « panels » de l’OMC, la bataille pour la vie ?       <br />
              <br />
       Le monde aspire à l’unité mais refuse la dictature de l’argent et la morgue des puissants. Il attend que la voix de la France –raison, justice- se fasse entendre pour fixer des règles équitables à la mondialisation : relèvement de l’aide publique, effacement de la dette, accords de co-développement, taxation des mouvements de capitaux à caractère spéculatif. Que la République se dresse contre la loi de la jungle ! Oeuvrons à construire avec les grands pays du Sud un monde multipolaire et rééquilibré !       <br />
               <br />
              <br />
       d) Refaisons enfin de notre défense la défense de la République !       <br />
              <br />
       La défense a un prix qu’il faut payer, mais elle doit servir les intérêts de la France d’une manière qui puisse être comprise par tous les citoyens.       <br />
              <br />
       Il est difficile de revenir sur la professionnalisation dont, en 1996, j’avais été l’un des seuls à annoncer par avance les effets pervers : baisse des moyens consacrés à l’activité des forces et surtout à leur équipement, difficultés prévisibles du recrutement et de la fidélisation des engagés.       <br />
              <br />
       L’armée française n’a pas vocation à jouer les supplétifs. Les opérations extérieures coûtent cher : plus de cinquante Milliards de Francs en une décennie, au détriment bien sûr de nos programmes d’équipement et sans bénéfice évident pour l’intérêt national.       <br />
              <br />
       Il est temps de réagir enfin et de redéfinir nos priorités :       <br />
              <br />
       - Réduire le niveau de nos engagements extérieurs dès lors qu’ils ne répondent à aucune visée politique sensée. Une Europe réellement européenne s’efforcerait de sortir du bourbier balkanique et de recréer un espace yougoslave associé à son développement.       <br />
              <br />
       - Dans la longue durée, la dissuasion reste l’outil essentiel d’une politique extérieure indépendante ;       <br />
              <br />
       - Il nous faut par ailleurs préserver les moyens de notre autonomie stratégique : programmes spatiaux, capacités de commandement sur le champ de bataille ; renforcer notre capacité d’agir à distance : avions de transport – avions-ravitailleurs.       <br />
              <br />
       ? Mais aussi et peut-être surtout, penser aux hommes sans lesquels il n’y a pas de défense qui vaille, c’est-à-dire à la condition militaire.       <br />
              <br />
       La défense doit redevenir nationale. Encore une fois, elle a un prix. La France le paiera quand elle comprendra que la défense est l’outil d’une diplomatie indépendante au service de la République.       <br />
              <br />
       Conclusion       <br />
              <br />
       Des tâches enthousiasmantes s’offrent ainsi à nous, pour peu que nous ne renoncions pas à mettre l’action au service de la pensée.       <br />
              <br />
       Peu à peu, notre démocratie a été réduite à un système binaire : Chirac-Jospin, Jospin-Chirac sans que les sujets essentiels on ne voit plus en quoi ils se différencient, la campagne ne s’alimentant que des faits divers, qu’il s’agisse de la chronique des affaires pour l’un, ou de la rubrique « errements de jeunesse » pour l’autre. Il faut sortir de ce système binaire appauvrissant pour le débat démocratique. Il ne suffit pas d’un troisième homme. Il faut un autre possible. C’est ce que je vous propose.       <br />
              <br />
       Si je me tourne vers le Peuple français, c’est parce que je sais qu’il existe en son sein des réserves de courage, de désintéressement, d’amour du bien public, et pourquoi ne pas le dire, de patriotisme.       <br />
              <br />
       A aucun d’entre vous je ne demande d’où il vient. L’essentiel est la direction dans laquelle nous voulons aller ensemble.       <br />
              <br />
       A ceux qui ont partagé les espoirs et les combats de la gauche, pour donner à notre pays un nouvel élan, je le leur dis franchement : ils peuvent se reconnaître dans le combat que j’entreprends.       <br />
              <br />
       - Socialistes enracinés dans la République et qui trouveront par là le moyen de rester fidèles à l’enseignement de Jaurès et à leurs convictions les plus profondes, plutôt que de servir éternellement de béquilles à un système qu’ensemble – rappelez-vous- nous rêvions jadis de transformer ;       <br />
              <br />
       - Communistes, qui n’ont pas renoncé à faire fructifier le meilleur de leur héritage, quand la classe ouvrière, à travers eux jadis, rencontra la nation.       <br />
              <br />
       Les uns et les autres peuvent comprendre que le monde du travail serait réduit à l’impuissance, si la République venait à disparaître. Il est temps de surmonter la tache aveugle qui a fait passer tant d’hommes de gauche sincères à côté de la nation. La gauche et la droite continueront d’exister à l’avenir sous des formes et avec des contenus différents, mais il y a une chose qui est au-dessus de la droite, au-dessus de la gauche, c’est la République !       <br />
              <br />
       Il y a tout à gagner à mener de front le combat pour la justice sociale et le combat pour la France.       <br />
              <br />
       Et de la même manière, ceux qui ont aimé le général de Gaulle parce qu’il a incarné l’honneur et la liberté du pays, pourquoi refuseraient-ils la main que je leur tends sans arrière-pensée ? Cette main, elle est tendue tout simplement à des Français qui ont raison de vouloir conserver ce qui mérite de l’être : la nation, sa mémoire, les valeurs qui illustrèrent notre Histoire, les principes sans lesquels aucune société civilisée, et à plus forte raison démocratique ne peut survivre, et sont prêts à changer avec nous ce qui doit l’être raisonnablement. Ils savent bien que l’héritage du général de Gaulle a été piétiné d’abord par ceux qui s’en réclament. Là où de Gaulle avait reconstruit l’État, Jacques Chirac l’a déconstruit, par une surenchère permanente sur toutes les modes.       <br />
              <br />
       La droite, aujourd’hui entièrement ralliée à la mondialisation libérale, ne voit plus dans la nation qu’un obstacle à contourner.       <br />
              <br />
       Relever d’un même mouvement la démocratie et l’État républicain, redonner à la France le sens d’une mission exemplaire, telles sont les tâches de la génération qui vient. Ce sera difficile, certes, mais je compte que le courage, comme en d’autres périodes de notre Histoire, sera au rendez-vous ! C’est l’appel que je lance, sans exclusive, à tous les Français.       <br />
              <br />
       Chacun doit le mesurer : prisonnière du système du pareil au même, la République, c’est-à-dire la France, peut, dans les années qui viennent, s’abîmer, comme le soleil dans l’océan, dans un conglomérat marchand où elle perdra définitivement son indépendance et son âme. Ou bien elle peut, par un effort de conscience et de volonté, rebondir et encore une fois surprendre le monde.       <br />
              <br />
       Pour rompre avec le système du pareil au même, il faut –je l’ai dit- commencer par la tête. Dans le choix des hommes et des orientations, un Président de la République qui serait l’homme de la nation, peut exercer une influence décisive. Une présidence absolue n’est certes pas souhaitable : le Président de la République ne doit pas absorber tous les pouvoirs. Mais c’est à lui de donner le sens, l’orientation générale. Il lui faut une vision, une certaine idée de la France.       <br />
              <br />
       Parce qu’il est la clé de voûte des institutions, il lui faut aussi l’ expérience de l’État et de la vie politique. Je crois pouvoir dire qu’il y a des hommes de valeur dans tous les partis et qui peuvent comprendre le langage de l’intérêt public, dès lors que celui-ci est porté au sommet de l’Etat.       <br />
              <br />
       Le chemin que je vous propose sera difficile et il sera long. Je ne me dissimule pas une seconde, croyez-le, les difficultés de toute nature auxquelles je devrai faire face. La voie que je vous propose est la plus droite, la plus difficile, mais comme l’a dit le général de Gaulle, tout compte fait, c’est aussi la plus sûre. Elle consiste à compter d’abord sur nous-mêmes. Vous pouvez compter sur ma détermination. Elle sera totale et ne se relâchera pas car je crois dans ma chance, parce que j’ai foi dans la France et dans la République.       <br />
              <br />
       Organisez-vous dès demain dans le pays pour faire entendre la voix de l’intégrité, du courage et de l’espérance. Trouvez l’audace de penser que nous pouvons ensemble changer le jeu et créer une nouvelle donne. Voici comment.       <br />
              <br />
       Aucune campagne présidentielle ne s’est jamais déroulée comme prévu. Il n’est pas besoin d’un grand parti pour gagner l’élection présidentielle. Un vaste courant de sympathie dans le pays peut suffire, si cette sympathie, bien sûr, ne se relâche pas, mais va au contraire en grandissant. 67 % des Français aujourd’hui ne savent pas encore pour qui ils vont voter en avril prochain. Cela donne la mesure de l’espace qui s’offre au pôle républicain.
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     <br style="clear:both;"/>
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      Ce pôle républicain qui est en train de se former et qui se cristallisera dans les prochains mois, impressionne déjà par son ouverture et sa capacité à rassembler largement.       <br />
              <br />
       La campagne va créer sa propre dynamique. Elle fera bouger les lignes.       <br />
              <br />
       Je parcourrai le pays dans les mois qui viennent, pour me mettre plus encore à l’écoute des Français. Je préciserai et développerai les orientations que je leur propose pour relever la République. Bien sûr les critiques et les attaques vont pleuvoir, mais je n’en ai cure, car je sais ce qui les inspire.       <br />
              <br />
       Dans toute bataille, il y a un espace stratégique à occuper. Si, grâce à vous, grâce à tous ceux qui me font confiance, je peux occuper cet espace, au début de l’année prochaine, alors je gagnerai la bataille.       <br />
              <br />
       Je compte sur vous. J’aurai besoin de vous pendant ces huit mois de campagne. J’ai besoin de votre engagement. Ne ménagez pas vos efforts. L’occasion de rebattre en profondeur toutes les données de la vie politique française ne se représentera pas de sitôt au cadran de notre Histoire.       <br />
              <br />
       Rassemblez-vous donc autour de moi : Ensemble nous relèverons la République. Celle-ci sera demain comme hier, si vous le voulez, la force de la France !
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   <link>https://www.chevenement.fr/Discours-de-Vincennes_a30.html</link>
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