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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-03-11T05:31:42+01:00</updated>
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   <title>Débat sur CNews avec Éric Zemmour : "La France s’identifie à la croyance en la raison humaine"</title>
   <updated>2020-10-28T16:13:00+01:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2020-10-21T13:20:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
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    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l’émission « Face à l'info » sur CNews. Il débattait avec le journaliste Éric Zemmour, vendredi 16 octobre 2020.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/50786044-39124073.jpg?v=1603280176" alt="Débat sur CNews avec Éric Zemmour : "La France s’identifie à la croyance en la raison humaine"" title="Débat sur CNews avec Éric Zemmour : "La France s’identifie à la croyance en la raison humaine"" />
     </div>
     <div>
      Le passage de Jean-Pierre Chevènement peut être écouté en <a class="link" href="https://www.cnews.fr/emission/2020-10-16/eric-zemmour-face-jean-pierre-chevenement-1008702">replay</a>.        <br />
              <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim</span>       <br />
              <br />
       Christine Kelly : Face à face, bonsoir à tous, pour une heure de débat entre Jean-Pierre Chevènement et Éric Zemmour. Au sommaire, premièrement, un regard sur la gauche de Jean-Pierre Chevènement. Que signifie passer du socialisme à la République ? Deuxième partie de ce débat : qu’est devenue l’école républicaine aujourd’hui ? Troisième partie : l’école est-elle le premier échelon de la lutte contre le séparatisme ? Et qui pour défendre l’identité française aujourd’hui ? C’est parti pour le face à face.       <br />
              <br />
       (Générique)       <br />
              <br />
       Bonsoir messieurs. C’est un honneur pour nous de vous recevoir Jean-Pierre Chevènement. Vous avez été un ministre d’État pilier de la Ve République : Recherche et Industrie, Éducation nationale, Défense et Intérieur, pendant près de dix ans. Vous avez été élu pendant quarante-et-un ans au Territoire de Belfort. Et votre dernier ouvrage, c’est celui-ci : <span style="font-style:italic">Qui veut risquer sa vie la sauvera</span>, chez Robert Laffont. C’est un ouvrage dans lequel vous invitez le lecteur dans votre vie. C’est une immense fresque qui va de vos années d’enfance dans la France occupée à la France d’aujourd’hui, en passant par la guerre d’Algérie, et évoque la venue au pouvoir et l’exercice de celui-ci de la gauche après 1981. Jean-Pierre Chevènement, vous êtes un socialiste qui a progressé, vous le dites. Vous êtes devenu républicain plus que socialiste. Vous dites : « Je suis venu non pas du socialisme à la République, mais j’ai de plus en plus républicanisé mon socialisme. » C’est-à-dire ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement : Fils d’instituteurs, j’ai tété la République à la mamelle si je puis dire puisque mon institutrice c’était ma mère. Elle m’obligeait à l’appeler « Madame », car en classe on ne plaisantait pas : le principe d’égalité s’imposait. Et j’ai pensé à un moment de ma vie, au retour de la guerre d’Algérie, qu’en rapprochant socialisme et communisme je ferais jaillir une énergie dans la jeunesse qui viendrait du fait que les sociétés communistes étaient divisées depuis 1921. C’était une brisure ancienne. C’est ce que j’ai voulu faire en créant le CERES, un petit laboratoire d’idées, pour donner à la gauche un logiciel. Je me suis rendu compte à partir de 1981 que, les socialistes n’étant plus capables de porter les idées auxquelles je tenais, la meilleure ligne était encore la République, l’accent mis sur ce qui nous est commun et permet de nous rassembler. La République n’est pas pour moi un mot. C’est un concept exigeant qui part de l’idée que chaque citoyen est une parcelle du souverain. Je crois en effet à la souveraineté nationale, mais chaque citoyen doit exercer sa souveraineté à la lumière de la raison, en recourant autant que possible à une argumentation raisonnée pour convaincre les autres, non pas à la lumière des dogmes, mais à la lumière des arguments.       <br />
              <br />
       Christine Kelly : Éric Zemmour, la meilleure ligne de défense, c’est la République ?       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Ah, tout Chevènement est dans ces quelques phrases. Je tiens à dire que là je vous ai reconnu tout entier. Vous savez, je fais partie des 5% qui ont voté pour vous en 2002, parce que justement ce discours me séduisait depuis longtemps, et il répondait à ce que j’attendais, à ce que je croyais être des réponses à la crise que vivait la France. Je dois vous avouer que je ne le crois plus. Je pense que ce discours républicain est désuet, dépassé. Je vais essayer de vous dire pourquoi. D’abord, qu’est-ce que la République ? Pour vous, comme pour moi je crois, c’est quelques grands thèmes, comme vous l’avez dit : la souveraineté nationale, la souveraineté populaire, le mérite, la laïcité, la patrie. Vous êtes d’accord avec cela, je n’ai pas inventé. Or aujourd’hui nous n’avons plus la souveraineté nationale mais la fameuse « souveraineté européenne » d’Emmanuel Macron, même si elle n’existe pas. Nous n’avons plus le mérite puisque nous avons la discrimination positive à tous les étages et que la méritocratie est foulée aux pieds. Nous n’avons plus la patrie puisque le discours patriotique est remplacé par un discours de repentance permanent. Et nous n’avons plus la laïcité puisque nous avons le multiculturalisme. C’est-à-dire que je pense que la République aujourd’hui est complètement enfoncée de partout. Elle n’est plus qu’un mot, plus qu’une illusion. J’ai une comparaison historique que j’aimerais vous livrer. En 1824, Charles X arrive au pouvoir, après son frère Louis XVIII, et veut restaurer la grande monarchie absolue d’antan. Pour cela, de façon spectaculaire, il refait le sacre d’antan, comme Louis XIV et les grands Capétiens, et tout le monde rigole. Tout le monde rigole car entre temps il y a eu la Révolution, il y a eu l’Empire, il y a eu Napoléon qui faisait des rois comme on faisait des officiers et des caporaux. Je pense que la République, votre République vit le même moment historique.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Au moins, voilà un point qui est clair : nous sommes en désaccord. Et il est vraiment dommage que tous ceux qui disent qu’ils ont voté pour moi en 2002 ne se soient pas réveillés plus tôt car j’aurais été élu sans difficultés.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je vous assure que c’est vrai. Vous pouvez me croire. J’ai vraiment mis votre bulletin dans l’urne au premier tour en 2002.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je vous crois, mais qu’est-ce qu’y ferait que des valeurs qui méritaient d’être défendues en 2002 seraient désuètes aujourd’hui ? Est-ce que tout ce que vous avez évoqué, par exemple le fait que les choses puissent se dérouler en dehors de nous (au niveau de l’Europe ou au niveau mondial), l’idée que la laïcité serait désuète, que le communautarisme serait désormais notre loi, l’idée que la discrimination positive tuerait le mérite, est-ce que tout cela vaut quelque chose ? Pour moi, ça ne vaut rien.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : C’est la réalité. C’est la réalité monsieur Chevènement. On ne fait pas de politique en dehors des réalités.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je ne vois pas en quoi c’est la réalité.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : C’est ce qui se passe aujourd’hui dans le pays. Vous avez dit tout à l’heure dans votre début d’introduction, et c’est pour ça que je disais que tout Chevènement était dedans, que la démocratie et la République impliquaient un débat reposant sur la raison et non pas sur les dogmes.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cela suppose qu’on croie déjà en la puissance de la raison et en la puissance de l’éducation.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Tout à fait d’accord. On en parlera après car nous avons un thème sur l’éducation. J’y ai longtemps cru mais je constate que vous ne sortez jamais d’un club de réflexion. Mais la vie n’est pas un club de réflexion, ce n’est pas le CERES. Tout le monde n’a pas lu Renan, et c’est un lecteur de Renan fou qui vous le dit. Vous sous-estimez les passions humaines. Aujourd’hui les passions religieuses, raciales, ethniques, de genre, etc., nous dominent. Vous sous-estimez cela car vous vivez dans un Empyrée, dans un club de réflexion, et cela ne marche pas comme ça dans la réalité.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Non je ne baisse pas pavillon devant les passions déchainées. Je pense qu’elles méritent d’être combattues. Pour moi, mon instinct fondamental c’est de mettre de la raison dans l’histoire. Je ne néglige pas le fait que l’histoire à la fin est toujours tragique. Néanmoins je pense que la position que je défends est la seule qui permette à la France de surnager dans la période qui vient. Dans l’esprit des hommes, la France s’identifie à cette croyance en la raison humaine, en ses valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. Si l’on comprend bien la laïcité et le substrat culturel qui est le substrat de cette idée, c’est la croyance en l’homme, en la puissance de la conviction, de l’argumentation. Je ne vois pas pourquoi nous renoncerions à ces valeurs. Elles sont peut-être mal portées, mal défendues, mais c’est une raison de plus pour les relever. Je crois comme Clemenceau que la République est un bloc car elle porte des exigences cohérentes entre elles. Tout cela marche ensemble. Il faut maintenir ce cap et je pense que le patriotisme républicain n’a pas été évoqué par hasard par le président de la République. Il voit là qu’il y a le bon cap qui nous permettra de gagner le port.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Monsieur Chevènement, une fois de plus, vous vivez dans les idéaux. Vous ne voyez pas le réel.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est très dommage que vous ne viviez pas dans l’idéal cher Éric Zemmour. Vous vivez dans la passion.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je ne vis en effet pas dans l’idéal car l’idéal aujourd’hui c’est l’illusion idéaliste. Vous avez dit tout à l’heure que la France incarnait la croyance en la raison.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, je ne suis pas dogmatique. Je suis prêt à échanger, je crois au débat, à la contradiction.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : J’ai très bien compris et je ne le conteste pas. Il y a dans <span style="font-style:italic">Les origines de la France contemporaine </span>de Taine des pages absolument admirables dans lesquelles il explique, comme vous mais avec une conclusion différente, que la France c’est la raison, l’universalisme, l’abstraction, Descartes et Voltaire pour aller très vite. Il ajoute, et c’est là notre différence, qu’à cause de cette abstraction et de cette raison la France croit que tous les hommes sont les mêmes, qu’il n’y a pas de terreau à l’humanité, que les gens n’ont pas des cultures différentes qui s’opposent, des civilisations qui s’affrontent. En définitive, un universalisme naïf fait selon lui la perte de la France. Quand je vous écoute, je ne peux m’empêcher Taine car c’est exactement ce que vous croyez. Vous croyez qu’il y a une espèce d’universalisme abstrait.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Vous ne citez pas Taine par hasard. Taine a une lecture réactionnaire de la Révolution française. Par conséquent, je ne suis pas surpris que vous le citiez. J’aimerais pour ma part citer Jaurès qui ne nie pas l’existence des nations, qui a fait la synthèse entre le socialisme et l’idée républicaine qui sort de notre histoire. Comme l’a dit Emmanuel Macron, la République commence en France avant la République. C’est parce que la France est devenue une nation qu’elle a pu devenir une République et proclamer la souveraineté populaire et la souveraineté nationale. Je cite la phrase de Jaurès : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie. Beaucoup y ramène. » Pour moi, cette vision qu’il exprime dans l’<span style="font-style:italic">Histoire socialiste de la Révolution française</span>, est bien plus profonde. Je vous invite à réfléchir à cet excellent livre pour éviter d’hystériser inutilement le débat car la passion peut consister à mettre tellement de haines face-à-face qu’à un moment donné il devient impossible de les maîtriser. J’aimerais éviter à notre pays le funeste destin qui le guette, à savoir l’acheminement vers la guerre civile. Vous devriez éviter de mettre de l’eau au moulin de cette mécanique qui nous entraine, la faute à la surenchère des différents bords. Tous peuvent en effet mettre une passion irraisonnée dans le débat. Pour ma part, je vous invite à réfléchir à ce que peut être une République de citoyens, d’égaux. Une République où ce n’est pas la religion qui permet de distinguer entre les citoyens. Ce qui les distingue c’est l’opinion à laquelle ils parviennent de bonne foi, à laquelle ils veulent vous rallier.        <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Si je comprends bien, lorsque vous évoquez la guerre civile, c’est pour l’éviter ; et quand moi j’annonce la guerre civile, c’est pour la provoquer. Cela ne peut pas marcher comme ça. Nous avons le même diagnostic mais je considère que votre remède est désuet. Il ne marche plus et je le regrette car je suis, comme vous, un enfant de la République. J’ai cru en la méritocratie et j’en ai profité. Je viens d’un milieu populaire, je ne suis même pas un fils d’instituteurs comme vous.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Mon père se disait « ouvrier de la grammaire et du calcul ».       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je pars des mêmes bases que vous. Pendant des décennies, j’ai cru à la même chose que vous. Aujourd’hui, je vous répète la phrase de De Gaulle : « On ne fait pas de politique en dehors des réalités. » Et je vous dis que vous êtes dans l’illusion des mots, des verbes et des concepts alors que moi je suis dans le réel des passions et de la réalité d’aujourd’hui. C’est tout ce que je dis. Je ne souhaite pas la guerre civile mais je la vois venir. Vous connaissez la phrase de Bainville : « Les Républicains accusent ceux qui prédisent les évènements de les avoir provoqués. » Je n’ai rien provoqué. J’annonce les évènements exactement comme vous.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Le réel, Éric Zemmour, n’est pas que dans les passions, les haines.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Mais celles-ci existent et elles montent en ce moment, comme vous le dites vous-même.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Elles montent si nous les encourageons à monter, si nous ne les disciplinons pas par l’appel à voir plus loin, à anticiper. Nous sommes une nation de citoyens. J’aimerais connaître votre point de vue sur la question suivante : le métissage est-il une bonne chose ? Est-ce que cela fait partie de la vie, avec les passions que cela suppose ? Et est-ce que nous devons l’accepter pour la France qui est avant tout une République qui accueille tous ses enfants ? Je ne dis pas qu’il faut prôner le métissage. Chacun fait comme il l’entend, mais il est très important d’avoir une définition civique de la nation et pas une définition ethnique ou ethno-culturelle de celle-ci. Quelquefois je me demande si ce n’est pas votre cas.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je vais vous répondre précisément. Le métissage, vous l’avez dit vous-même à la fin, ne doit être ni prôné ni diabolisé. On est passé d’un extrême à l’autre. On est tellement obsédé par Hitler, par les années 30 et par son concept de « race pure » que l’on finit par prôner le métissage pur. Tout ce qui est blanc est maintenant diabolisé. Moi je me moque complètement du métissage. Je ne suis ni pour ni contre. Les gens font ce qu’ils veulent de leurs relations sexuelles, amoureuses et sentimentales. C’est une évidence pour moi et vous avez raison de me le faire préciser. En plus, vous savez très bien que même un historien comme Bainville que je citais tout à l’heure dit que la France n’est pas une race. La France est pour lui une nation. C’est une âme comme disait Michelet. La France a toujours été métissée. Il y a toujours eu un mélange entre les Ligures, les Romains, les Gaulois, etc.        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : La France est un creuset.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : On est d’accord. Et d’ailleurs Renan se moquait lui-même des Allemands qui à l’époque parlaient de « race pure » alors que l’Allemagne était déjà métissée avec le sud et le nord. Le problème c’est qu’une fois que nous avons fait ce discours théorique sur lequel nous sommes d’accord, il y a la réalité. La réalité c’est deux choses : un discours dominant depuis les années 1980 qui est soi-disant anti-raciste et qui est en fait raciste anti-blanc et prône le métissage obligatoire.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je suis désolé mais ce discours n’a jamais été le mien.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je n’ai jamais dit que c’était le vôtre.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’ai toujours critiqué les racisés auto-proclamés, les indigénistes et les décoloniaux.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Ces gens vous détestent presque autant que moi.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je n’en sais rien. Mais la guerre qu’ils imaginent, en l’occurrence la guerre des races, nous envoie dans le mur. Autant ceux qui avaient une vision du monde en termes d’opposition de classes sociales ont finalement été le terreau fécond d’un réformisme intelligent allant dans le sens d’un État social dont je reste partisan bien entendu. Autant ceux qui prônent la concurrence des revanchismes de toutes sortes, que ce soient les musulmans, les Chinois qui veulent se venger des traités inégaux, les Indiens qui vont proclamer l’hindouité contre les musulmans…       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Mais c’est le réel d’aujourd’hui M. Chevènement.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est un réel que nous ne voulons pas. Nous le combattons.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : J’aimerais finir ma démonstration si vous me le permettez.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je suis loin de vous accorder le mot de « démonstration ». J’ai entendu beaucoup d’affirmations.        <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Affirmations si vous le voulez. Vous m’avez posé une question, donc je continue et vous réponds. Lorsque vous dites que la France c’est la raison et l’universalisme et que la République c’est le métissage, vous oubliez une chose que j’ai essayé de dire tout à l’heure en citant Taine. Cette abstraction française ne se fonde pas en l’air. Elle se fonde sur un terreau, sur un terreau culturel et je dirais même ethnique, c’est-à-dire les hommes qui étaient là en France depuis mille ans, ce mélange de Romains, de Gaulois, de Celtes, de Ligures, etc. Ils ne sortent pas de n’importe où. Ils ont fécondé une terre européenne en France. Vous connaissez le fameux mot du général de Gaulle : « peuple de race blanche, de religion chrétienne et de culture gréco-romaine. » Tout cela a un terreau, un fond. C’est cela qui a donné l’universalisme français, la raison française et l’abstraction française. Ceux-ci ne sortent pas d’Asie ou d’Afrique mais du terreau et de la culture que j’ai définis. L’universalisme et la raison sont enracinés.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Qu’est-ce qui vous permet de mettre des limites comme celles que vous venez d’introduire ?       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : L’histoire de France et la géographie.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : La France a accueilli dans son histoire des Arméniens, des Juifs, des Polonais, des Russes, des Vietnamiens, des Chinois, des Algériens, etc.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Monsieur Chevènement, quand vous mangez un risotto aux cèpes, vous pensez que c’est du riz avec des cèpes ou des cèpes avec du riz ? Il faut savoir quelle est la majorité et quelle est la minorité.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cher Éric Zemmour. Je ne dis pas ça, croyez-le, pour insinuer quoi que ce soit, mais vous-mêmes vos racines ne sont pas strictement en Europe. L’Oued-Zemmour coule quelque part en Afrique du Nord.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Zemmour veut dire « olivier » en berbère.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui. Vous êtes une illustration de l’extraordinaire capacité de la France à faire mélange, à agréger de la manière la plus remarquable des gens très brillants venus d’ailleurs. Je pense que nous devons veiller à ce que cette mécanique continue à fonctionner. C’est bien la raison pour laquelle je pose le principe du respect de la loi républicaine vis-à-vis de tous ceux qui veulent obtenir la nationalité française ou même obtenir le statut de résident sur notre territoire national. La moindre des choses c’est d’accepter la prééminence de la loi républicaine. On ne peut pas discuter « <span style="font-style:italic">Fluctua nec mergitur</span> ». Ces mots devraient être la devise de la République pour les temps à venir, et il ne m’échappe pas du tout que des gens contestent la définition républicaine de la nation. Des gens peut-être voient en moi quelque chose qu’ils détestent car je représente cette idée, mais je crois que cette idée est solide, insubmersible même. A charge pour les Français de le démontrer, ce n’est pas évident.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je vous remercie M. Chevènement pour ce bel éloge que vous avez fait de moi. Mes parents de là-haut vous en savent gré car ils m’ont élevé d’une certaine façon. C’est ça la différence. Vous avez tout à fait raison, le génie de la France c’est de pouvoir assimiler des gens qui viennent de partout. Mais cela implique deux choses : que la France croie en son génie et que les gens d’ailleurs veuillent devenir français et s’assimiler aux Français.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il faut en effet une double volonté et c’est ce qui manque aujourd’hui.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Et bah voilà ! C’est exactement ce que j’allais dire. Les deux conditions manquent, les deux… Du côté de la France et du côté de ceux qui arrivent.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Nous nous avons tous les deux la nationalité française, mais faisons en sorte que la France rayonne, qu’elle accueille.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je ne suis pas d’accord M. Chevènement. Aujourd’hui, les gens qui viennent, pour la plupart, ne veulent plus s’assimiler dans le creuset français. Ce creuset n’est pas seulement du juridisme. Il implique également une culture des mœurs, une certaine idée de l’histoire de France que l’on s’approprie. Ici quand je dis que je défends Taine ou d’autres héros de l’histoire de France, je suis surveillé par le CSA qui me censure. Quand je dis que le général Bugeaud est un grand homme je me fais tancer. Excusez-moi mais quand j’étais petit dire cela c’était être dans la continuité de l’histoire de France. Nous ne sommes plus en 1900 M. Chevènement. C’est cela la réalité aujourd’hui.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Parce que nous vivons dans l’inculture aujourd’hui. Très rares sont les gens qui savent même de quoi ils parlent. À part vous et moi, très peu de gens ont réellement lu les œuvres du général Bugeaud qui a fait une histoire de l’Algérie française en 1850, qui a été éditée à Paris à ce moment-là. Vous dites Éric Zemmour que les gens ne veulent plus s’intégrer et s’assimiler. C’est en partie vrai mais aussi en partie faux. Certaines personnes ne demandent pas mieux. Autour de moi je constate que des gens le font à bas bruit, sans le proclamer de façon sonore. La bouteille est à la fois à moitié vide et à moitié pleine. Il y a des résistances mais il faut regarder ce sur quoi elles sont fondées. Le projet de loi contre le séparatisme que prépare le président de la République propose des outils utiles pour faire en sorte que, dans notre pays et à l’école, les valeurs républicaines et la laïcité soient respectées. Je pense que la démarche de M. Blanquer qui consiste à désigner des référents laïcité porte ses fruits. Il y a des signalements qui permettent, au quotidien, de combattre un certain nombre de faits : des injures, des manifestations tout à fait insupportables comme par exemple la vocation à la décapitation de tel ou tel professeur. C’est le fait d’une toute petite minorité. Il y a douze millions et demi d’élèves et seuls quelques milliers d’entre-eux sont concernés.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je pense que vous sous-estimez tout et que vous vous trompez sur le diagnostic. Vous dites en gros : « Il faut que la France rayonne et continue d’accueillir. » Je considère au contraire qu’il faut fermer les frontières à toute immigration pour plusieurs raisons. La première est que le principal problème est le nombre. Le général de Gaulle disait qu’on peut assimiler des individus et pas des peuples. Aujourd’hui les immigrés font peuple. Il y a des enclaves étrangères avec des peuples qui se reconstituent à l’intérieur de nos frontières. Il y a un univers culturel qui n’est plus l’univers français. Je pense qu’une infime minorité veut s’intégrer. Je vous donne un exemple qui va peut-être vous amuser. Il y avait un groupe de rock qui s’appelait Zebda, dans les années 90, avec un chanteur qui s’appelait Magyd Cherfi, dans la région de Toulouse. Ce chanteur raconte dans ses mémoires que sa mère disait toujours : « Sois français, mais ne le deviens jamais. » Cette phrase est pour moi le résumé de l’immigration aujourd’hui. Entre le nombre et la volonté majoritaire de ne pas s’acculturer, de ne pas faire à Rome comme les Romains, on a là un problème majeur qui est en train de nous exploser. J’ai regardé certains de vos chiffres quand vous étiez ministre de l’Intérieur. Votre discours est ferme mais en même temps vous avez exécuté l’une des dernières lois de régularisation des clandestins. Cela a été un appel d’air formidable. Quand vous étiez ministre, il y avait 150 000 entrées légales, on est à 260 000 aujourd’hui. À la fin, en 2002, vous n’étiez plus ministre je le sais, on était à 200 000. Il y avait 50 000 naturalisations par an lorsque vous étiez ministre, et lorsque vous êtes parti, ces naturalisations avaient doublé. On était à 100 000.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je conteste ces chiffres. Ils sont publics, on peut vérifier.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je vous assure qu’ils sont justes. J’ai noté 58 000 naturalisations en 1998, 101 785 en 2005. Vos cinq ans entre les deux, voilà le résultat ! Même vous, vous avez eu une politique assez laxiste qui correspond à votre discours disant qu’il faut accueillir.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Sur le plan des naturalisations, il est vrai que dès lors qu’il y avait une volonté d’embrasser la nationalité française, je n’étais pas réticent. Par contre, sur le plan de l’immigration, j’ai toujours lutté pour que la loi puisse s’appliquer, pour que les reconduites puissent s’effectuer, car je pense qu’une fermeté sur le contrôle des flux migratoires est absolument nécessaire.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Une fermeté sans suppression du regroupement familial et sans suppression du droit du sol, ce n’est pas une fermeté.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : On peut en discuter si vous voulez. C’est vrai que le problème est compliqué, qu’il y a des détournements du droit d’asile. Je suis le premier à le dire, mais on ne peut pas non plus se fermer à l’immigration.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Bah si.       <br />
              <br />
       Christine Kelly : Le problème c’est le nombre, Jean-Pierre Chevènement, comme dit Éric Zemmour ?       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je pense que l’immigration doit être proportionnée à la capacité d’accueil. Si un pays est capable d’accueillir, l’immigration peut être relativement souple. En revanche, s’il y a des phénomènes de tensions inter-ethniques et des problèmes de communautarisme, il faut avoir le courage de ralentir les flux migratoires, voire de les stopper.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Donc vous êtes d’accord avec moi !       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Tout est une question d’interprétation. Mais je ne voudrais pas hystériser le débat, appeler au déchainement de passions que je condamne. Il faut manifester vis-à-vis de ces questions beaucoup de sang-froid. Les difficultés de la société française tiennent beaucoup aux fractures que la mondialisation néolibérale a créé en l’espace d’une quarantaine d’années. Tout cela a abouti à la désindustrialisation du pays, à la création de poches de chômage, au regroupement et à la concentration de toutes les misères du monde, que ce soient des misères économiques, sociales ou culturelles. Des diasporas se sont installées. Des gens qui ne partagent pas nos mœurs sont venus de très loin. Tout cela pose des problèmes.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je suis tout à fait d’accord avec ce diagnostic.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, mais je suis parti d’une réalité économique et sociale. Je considère que là est le déterminant.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Et bah pas moi. Vous avez raison. C’est un désaccord majeur entre nous. En effet, l’économie a son importance. Je suis d’accord sur votre diagnostic sur la mondialisation, la désindustrialisation, la France périphérique, pour parler comme Guilluy, les banlieues, etc. Mais ce que vous ne voulez pas voir, c’est qu’il y a des déterminants qui ne sont pas économiques mais qui sont culturels et religieux. Nous avons aujourd’hui une autre civilisation sur notre sol. Il n’est pas possible d’avoir plusieurs civilisations sur un même sol et d’éviter qu’elles ne s’affrontent.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il n’y a pas deux civilisations. Il y a la France républicaine qui doit se défendre, et je pense que le projet de loi contre le séparatisme va dans la bonne direction car il cible l’ennemi : l’islam radical.        <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Vous avez remarqué qu’on n’ose plus le citer, que nous sommes passés du « séparatisme islamique » aux « séparatismes » au pluriel.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : On en a tellement parlé que finalement les gens ont bien compris ce que cela voulait dire. On parle aujourd’hui de laïcité, cela est très bien. Mais il faut comprendre la laïcité comme l’espace commun qui nous rassemble et qui nous permet de vivre notre nationalité d’une manière civique et non pas d’une manière ethnique ou ethno-culturelle.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Quand vous avez appelé vous-même à la discrétion des religions, vous vous êtes fait agonir d’injures. Je m’en souviens très bien.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’accepte qu’on m’injurie mais je n’ai pas changé de ligne.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je n’ai jamais dit que vous aviez changé de ligne. M. Chevènement, je dis simplement que votre ligne est dépassée. J’aimerais qu’elle fût la bonne car je la suis, je l’approuve et j’en suis un enfant. Mais aujourd’hui je vous répète que vous n’êtes plus dans la réalité mais dans l’idéal qui devient l’illusion, alors même qu’on ne fait pas de politique en dehors des réalités.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je suis partisan depuis toujours qu’on combatte ces dérives que je vois se multiplier depuis longtemps, contre lesquelles je mène le même combat depuis des décennies. Depuis des décennies j’ai été contre le communautarisme, vous ne pouvez pas m’enlever ça. Dès les années 1980 quand je me suis exprimé publiquement c’était pour mettre l’accent sur la nécessité de développer le lien civique et de rejeter tout ce qui pouvait ressembler à du communautarisme, fussent sous les aspects de l’antiracisme. Un faux antiracisme qui n’était pas la bonne méthode pour aider notre pays à surmonter les difficultés qu’il rencontre.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je ne vous enlève pas ça. Je veux simplement dire que vous avez échoué car vous avez pris les mauvaises armes. Vous avez cru qu’on pouvait acclimater un Islam de France et ça a échoué. Il peut y avoir des musulmans en France, oui absolument ; mais il ne peut pas y avoir un Islam de France.        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’ai lutté pour un Islam des Lumières car je distingue entre les musulmans et les islamistes. Tous les musulmans, et même une très grande majorité des musulmans ne sont pas islamistes, mais l’islamisme radical est une valeur qui monte.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : M. Chevènement, vous avez employé une expression que j’adore car c’est la quintessence de l’oxymore : l’islam des Lumières. Emmanuel Macron l’a employée à plusieurs reprises, j’imagine que vous lui avez soufflé. Il ne peut pas y avoir d’islam des Lumières pour une raison simple. Les Lumières c’est l’émancipation de l’individu par la raison, c’est la phrase de Voltaire, à la fin de sa correspondance : « Écrasons l’infâme. », qu’il faut comprendre comme un détachement vis-à-vis de la religion, en l’occurrence la religion chrétienne. Or l’islam c’est exactement le contraire. Vous savez cela veut dire « soumission » mais aussi « paix », et je me suis longtemps interrogé pour savoir le sens des deux. Et j’ai compris : on est en paix uniquement lorsque l’on se soumet à l’islam. Mahomet écrivait, à la fin de sa correspondance : « Soumets-toi à Dieu et tu seras en paix. » L’islam c’est la soumission à Dieu, c’est l’émancipation des lois des hommes pour aller vers la loi de Dieu, alors que la France, républicaine en particulier, c’est l’émancipation des lois de Dieu par les lois des hommes.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Si l’on devait appliquer la phrase de Voltaire aux musulmans et à toutes les religions, il n’y aurait pas la laïcité. Celle-ci permet à chacun d’exercer sa religion…       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : … dans la discrétion. Vous l’avez dit vous-même.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, mais plus précisément dans les limites du commun et dans l’argumentation raisonnée. La laïcité est une pratique de civilisation et une façon d’être au monde. C’est cette façon d’être que nous devons défendre.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Vous l’avez dit vous-même, c’est une pratique de civilisation. Or l’islam n’a jamais connu cette pratique de civilisation.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il y a aussi une école rationaliste.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Vous m’avez raconté vous-même lorsque vous étiez ministre de l’Intérieur que vous aviez exigé des hauts dignitaires musulmans qu’ils annoncent publiquement qu’ils renonçaient à la fameuse règle du Coran qui punit de mort l’apostasie. Et vous m’aviez avoué vous-même que vous n’aviez jamais réussi cela. Ils avaient avalisé une vague référence à la Déclaration des droits de l’Homme, mais ça n’a jamais marché.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Vous m’aviez mal écouté. Je vous ai dit qu’il y a, dans l’appel que j’ai fait signer à toutes les sensibilités de l’islam, un renvoi à la déclaration européenne sur la sauvegarde des droits de l’homme qui précise très exactement le droit de changer de religion.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Pardonnez-moi, M. Chevènement, vous êtes payé de mots. Et vous savez très bien qu’ils ont refusé de le reconnaître officiellement. Vous me l’avez dit vous-même et vous m’avez parlé de cette charte européenne. Mais vous savez très bien que c’est une manière de fausser et de ne pas répondre. Vous ne voulez juste pas l’avouer publiquement. C’est vous dire comme c’est compliqué d’acclimater une civilisation avec une autre. C’est impossible.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Vous êtes un partisan du choc des civilisations.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je ne suis pas un partisan. Je suis un observateur.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : On peut concevoir des rapports plus harmonieux entre différentes religions, différentes écoles de pensée. Il y a aussi chez les musulmans une grande variété d’écoles de pensée. Il y a des rationalistes comme les Mutazilites et des grands penseurs comme Averroès et Avicenne. L’islam évolue et continue d’évoluer. À la tête de la Fondation de l’islam de France, une fondation éducative, laïque et culturelle, m’a succédé un homme tout à fait éminent, Ghaleb Bencheikh. C’est un grand savant, quelqu’un qui est convaincu de ses idées. Il veut faire vivre cet « islam des Lumières », selon le mot de Jacques Berque. Ce dernier parlait également d’islam de France.       <br />
              <br />
       Christine Kelly : Monsieur le Ministre. Il nous reste une dizaine de minutes, je vous pose donc une dernière question. L’école, qui vous tient beaucoup à cœur, est-elle le premier échelon de la lutte contre le séparatisme ?       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est évident. Je crois à la puissance de l’éducation. Je pense que la citoyenneté ne va pas sans l’éducation. J’ai rétabli l’éducation civique en 1985 mais il faut aller beaucoup plus loin. Il faut enseigner la République. Il faut que les enseignants soient eux-mêmes formés à cela. La tâche de leur formation est devant nous. Je pense que l’idée consistant à confier à l’Université le soin de former les professeurs des écoles n’est pas la bonne idée. Il faut avoir une formation plus proche du terrain, à la manière des écoles normales d’autrefois. On pourrait recréer des instituts départementaux qui mettent les futurs professeurs des écoles au contact des classes et leur donnent une formation civique, historique et philosophique. Ils doivent comprendre le sens de leur mission : faire France à nouveau, donner à la France républicaine l’élan dont elle a besoin pour faire refluer tous les sceptiques, tous ceux qui doutent, tous ceux qui manifestent ouvertement que le moment est venu de mettre sac à terre, ce que je regrette je vous le dis franchement.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Moi je pense que l’école n’est pas du tout le premier échelon. Je pense que la famille et le nombre sont les premiers échelons, comme je le disais tout à l’heure. Dans certaines familles, on dit aux enfants de ne pas devenir français. Quant au nombre, il submerge de toute façon tous les efforts que l’on peut faire individuellement. Les professeurs que vous évoquez, je les plains. Vous dites qu’ils doivent tenir un discours républicain et patriotique, mais regardez ce que sont devenus les programmes, ce qu’est devenue cette machine de propagande pour les professeurs et pour les élèves. On les oblige à parler de développement durable, d’antiracisme, de féminisme, des questions LGBT. L’école est devenue une machine de propagande politiquement correct et elle n’enseigne presque plus. Le deuxième scandale est l’effondrement du niveau depuis quarante ans. Et je pense que vous êtes en partie responsable à votre corps défendant. Deux décisions ont selon moi entrainé l’effondrement du niveau, outre les décisions des pédagogistes fous : l’instauration du collège unique en 1974 et votre fameuse annonce sur les 80 % de gens au bac. Vous allez me dire que vous parliez de niveau de bac, que vous aviez instauré le bac professionnel. Je sais tout ça. Le résultat est qu’on a donné le bac à tout le monde. Aujourd’hui, le taux de réussite est à 90%. Vous devez être content. Simplement le niveau s’est effondré car on a abaissé le niveau d’exigences.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Vous savez très bien que j’ai prôné l’élitisme républicain. J’ai donné l’ambition au système éducatif français de porter à 80%, non pas le nombre de bacheliers mais le nombre de gens poursuivant leurs études jusqu’à leur majorité. C’était le cas dans presque tous les pays avancés : le Japon, les États-Unis ; même si ce n’était pas le cas en Allemagne et au Royaume-Uni. Je pensais que c’était un bon objectif et nous l’avons en effet atteint grâce à la décentralisation des lycées et à leur multiplication. Bien entendu ça ne veut pas dire en rabais d’exigence. Je décline toute responsabilité quant aux consignes de laxisme qui ont pu être données.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je n’ai pas dit que vous étiez laxiste. J’ai dit que vos successeurs l’ont compris comme ça.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’ai toujours tenu le discours de l’exigence à l’école et vis-à-vis des professeurs. Je pense que les réformes entreprises par Jean-Michel Blanquer vont dans le bon sens. La division des petites classes, c’est-à-dire l’endroit où se font les apprentissages fondamentaux, est par exemple une bonne chose. J’observe ce qui se passe dans la réforme du lycée. Celle-ci est difficile mais elle permet d’associer davantage les professeurs à l’effort d’orientation des élèves. Je pense que les résultats ne sont pas aussi mauvais que ce que vous dites.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : M. Chevènement, j’aimerais vous présenter des professeurs et vous montrez les copies de bac qu’ils me montrent. Vous verrez alors l’effondrement. Je suis encore en dessous de la réalité.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Nous connaissons tous l’exercice qui consiste à faire faire la même dictée à intervalles réguliers. Cela montre les tendances générales.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Il y a quarante fautes, vous savez bien. C’est une catastrophe.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Le niveau ne s’améliore pas mais les réformes prises par M. Blanquer depuis deux ans vont dans le bon sens. Je pense que le rappel de la méthode syllabique et des méthodes simples et accessibles est judicieux. Il ne faut surtout pas baisser les bras. L’éducation est un travail de tous les jours. J’ai vécu avec mes parents instituteurs. Je sais le travail de chiens qu’ils se donnaient, corrigeant leurs copies tous les soirs jusqu’à 23h. Les conversations que j’entendais tout petit m’ont montré à quel point cet effort pouvait être ingrat, mais aussi combien il était bénéfique aux enfants et gratifiant pour le maître recevant des témoignages de satisfaction de ses anciens élèves.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Là aussi M. Chevènement, vous vivez dans un monde irréel. Vous vivez dans le monde des mots. Vous n’imaginez pas ce que c’est qu’est aujourd’hui la vie des professeurs pris entre les instructions de propagande dont je parlais tout à l’heure, les récriminations des professeurs, les élèves qui ne respectent plus aucune autorité.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’aimerais vous faire remarquer qu’il y a encore de très bons professeurs, qu’il y a des professeurs très exigeants.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je suis d’accord avec vous. Je dis l’enfer qu’ils vivent.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je ne dis pas que c’est facile, mais en même temps rien ne remplacera l’école. L’école est le moyen qu’on a de structurer la pensée des enfants, de les aider à progresser.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Elle ne structure plus rien, M. Chevènement. Atterrissez ! Vous ne vous rendez pas compte de ce que c’est.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Nous n’allons pas tourner en boucle indéfiniment. Vous êtes désespéré. On sait qu’il n’y a de place que pour les passions et les haines.        <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Pas du tout.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je considère qu’il n’y a de place que pour le simple combat du quotidien qui fait que des centaines de milliers d’enseignants se dévouent tous les jours pour lutter contre l’obscurantisme, l’ignorance.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : On ne leur donne pas les moyens de lutter contre l’obscurantisme. Je ne parle pas de moyens matériels mais de moyens politiques et idéologiques. Moi aussi, j’ai cru en M. Blanquer et je suis très déçu. Je pense qu’il a assez vite renoncé, à part sur la méthode syllabique. Très vite, il a renoncé à son combat. On voit bien que le niveau ne progresse pas. Il n’y a pas de remontée. Il a donné le Bac à tout le monde l’an dernier, profitant de l’épidémie. Je vous l’assure M. Chevènement. Je ne veux pas faire profession de désespoir mais l’ampleur du travail est colossale.        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : M. Zemmour, vous démoraliseriez une armée à vous tout seul. C’est la marque de votre talent, mais en même temps ça mériterait que l’on vous fasse fusiller si l’on était en temps de guerre.        <br />
              <br />
       Christine Kelly : Fusillé ?       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est une plaisanterie. Vous l’avez compris. Je n’ai nulle intention de fusiller Éric Zemmour, sinon peut-être du regard.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je pense que pour lutter efficacement il faut prendre acte de la réalité de ce que c’est devenu.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je regrette que nous n’ayons pas pu débattre d’une manière fine et argumentée. Vous nous avez répété presque en boucle vos convictions. Elles sont les vôtres. J’ai essayé d’introduire un peu de nuance en disant que la bouteille était à moitié vide et à moitié pleine, qu’il y avait des efforts à faire et que le drame serait de renoncer et de baisser les bras. J’aimerais que vous soyez moins systématique, que vous ne cherchiez pas à hystériser le débat mais au contraire à le permettre et à faire en sorte que la raison progresse un peu dans notre pays.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Excusez-moi mais ce que vous appelez « nuance », j’appelle « édulcoration » ; et ce que vous appelez « hystérisation », j’appelle « réalisme ». Pardonnez-moi, on n’a pas les mêmes mots pour les mêmes choses. Je ne considère pas que vous avez à m’ajouter des nuances. Je pense que vous avez passé votre temps à édulcorer la dureté de la réalité. Quand vous me reprochez le systématisme, non ! J’essaie de donner une logique systémique à ce qui passe car celle-ci existe. Il y a une volonté depuis quarante ans, rue de Grenelle, dans les universités et ailleurs, pour détruire la France, la République et son école. Il n’y a pas de nuances à avoir sur ce point. Ce sont nos ennemis, à vous et à moi.       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ce que je voudrais dire à M. Zemmour pour terminer sur une note enjouée est que lorsque l’on met trop fort une télévision par exemple, cela finit par assourdir, si bien que l’on n’entend plus rien du tout. M. Zemmour devrait essayer de se faire entendre avec des arguments qui font appel à l’intelligence du citoyen. C’est ce qui lui permettrait d’espérer à nouveau dans la France et dans la République.       <br />
              <br />
       Éric Zemmour : Je pense que je fais appel à l’intelligence des gens. En tout cas, certains me le disent.       <br />
              <br />
       Christine Kelly : Jean-Pierre Chevènement, on a entendu votre nuance et votre volonté de ne pas baisser les bras, d’aller de l’avant. On remontre votre livre : <span style="font-style:italic">Qui veut risquer sa vie la sauvera</span>. Mille mercis d’avoir participé à ce débat. Merci Éric Zemmour. Excellente suite de programme sur CNews. Merci à tous.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Debat-sur-CNews-avec-Eric-Zemmour-La-France-s-identifie-a-la-croyance-en-la-raison-humaine_a2128.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>La gauche doit savoir où elle habite</title>
   <updated>2010-06-26T21:18:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/La-gauche-doit-savoir-ou-elle-habite_a415.html</id>
   <category term="Grands textes" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/718485-878239.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2007-09-09T12:30:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement en clôture de l'université d’été du MRC, Saint-Pol sur Mer – 9 septembre 2007.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/718485-878239.jpg?v=1289480119" alt="La gauche doit savoir où elle habite" title="La gauche doit savoir où elle habite" />
     </div>
     <div>
      Merci d’abord à Christian Hutin, député-maire de Saint-Pol sur Mer, à Claude Nicolet et aux équipes du Nord, pour leur accueil qui contribue au remarquable succès de cette <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Rendez-vous-a-l-universite-d-ete-du-MRC-les-8-et-9-septembre-Vers-la-refondation-republicaine-de-la-gauche_a395.html">Université d’été</a>. Merci également à nos invités, à Vincent Peillon dont nous avons apprécié l’acuité républicaine du discours. Merci aussi à Bernard Cassen qui a fait se lever des générations nouvelles de militants. Merci à nos trois rapporteurs, Claude Nicolet, Sami Naïr et Patrick Quinqueton pour leur travail et leurs exposés remarquables. C’est l’absence d’un projet véritable qui a conduit, pour la troisième fois depuis 1995, la gauche à la défaite aux élections présidentielles. Cette défaite n’a rien d’inéluctable.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>I – Une gauche républicaine capable d’élaborer un projet à la hauteur des défis du temps demain peut l’emporter.</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A)	Pour ma part, je reste fondamentalement optimiste pour l’avenir d’une telle gauche républicaine,</span> mais je ne crois pas que le parti socialiste puisse trouver seul la force d’un sursaut salvateur. Il peut le favoriser ce qui serait déjà beaucoup. Et cela demande à ses dirigeants une certaine hauteur de vues. C’est ce que semble proposer François Hollande aux partenaires du parti socialiste avec la tenue d’ « Assises » avant même les prochaines municipales. Il faudra aller beaucoup plus loin dans la refondation si on veut que la gauche revienne au pouvoir avant dix ans. Il faudra un « événement » aujourd’hui indescriptible (de type 1936 ou 1968) et surtout une structure politique capable d’accueillir cet évènement, structure dans laquelle puissent se retrouver les jeunes générations, se brasser des militants issus des couches populaires aussi bien que des couches nouvelles et surtout s’élaborer un nouveau logiciel. Là est l’essentiel. Car le logiciel élaboré à Epinay en 1971 a été déclassé par les socialistes eux-mêmes, à partir de 1983, au profit d’une politique social-libérale qui les a mis en porte-à-faux avec leur électorat. Ils ne lui ont pas substitué un nouveau logiciel, j’entends par là à la fois une grille de lecture du monde cohérente prenant en compte les défis extérieurs et l’évolution de la société française, et une feuille de route permettant de dépasser les réponses au coup par coup, sans principes. Ce nouveau logiciel ne peut se réduire à la conversion libérale entamée en 1983, aboutissant, au prétexte de l’Europe, à une ringardisation de la nation que celle-ci n’accepte plus. Ce nouveau logiciel doit signifier une conversion républicaine capable de réconcilier la gauche et la France et  de mettre la première en phase avec les besoins et les intérêts essentiels de la seconde. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, pour opérer cette conversion républicaine et revaloriser le rôle de la nation pour mettre la gauche au service de la France, selon une expression employée par François Hollande lui-même à La Rochelle. C’est un immense travail, tout à fait exaltant pour ceux qui sont prêt à s’y engager. Et le MRC est prêt pour cette refondation républicaine. François Hollande m’a indiqué qu’il souhaitait que nous participions à un Comité de liaison de la gauche. Pour ma part je ne vois pas a priori d’inconvénient à accepter cette proposition à condition bien entendu de préserver la liberté de nos analyses et nos intérêts politiques essentiels. Et il faudra que les Assises soient précédées et suivies de débats décentralisés où vous aurez à prendre toute votre place. Ensuite doit venir un congrès de refondation et pas un simple congrès socialiste.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B)	Notre identité est claire. Le MRC doit savoir ce qui le rapproche et ce qui le distingue du Parti socialiste.</span>       <br />
              <br />
       Issu historiquement du CERES, de « Socialisme et République », puis du Mouvement des Citoyens, le MRC n’est pas seulement un rameau du socialisme français. Il a entendu constituer dès l’origine un courant républicain civique qui est nécessaire à la gauche et au pays. De ce point de vue, nous devons mieux préciser notre rapport historique au courant socialiste auquel nous appartenons sans pour autant nous confondre avec lui. Ce n’est pas seulement la guerre du golfe et le traité de Maastricht qui nous ont éloignés du parti socialiste. C’est plus profondément notre conception républicaine, dont les racines, à bien y réfléchir, sont déjà présentes dans la pensée de Jaurès et qui ont fait du CERES dès sa création un « empêcheur de tourner en rond ». Notre regard sur l’Histoire nous différencie du courant socialiste traditionnel auquel nous appartenons cependant.        <br />
              <br />
       <span class="u">1.	D’abord le combat socialiste nous paraît plus nécessaire aujourd’hui que jamais.</span> En effet, le socialisme a d’abord été, selon le mot de Durkheim, un « cri de douleur ». Face à l’exploitation sans frein des travailleurs par le capitalisme naissant, ceux-ci ont cherché et réussi à s’organiser pour améliorer leur sort. A ce travail d’organisation près de deux fois séculaire revient le mérite d’avancées sociales que l’augmentation de la productivité seule n’aurait pas assurées.       <br />
              <br />
       Sans l’organisation et la combativité des organisations ouvrières, aucun progrès social n’eût été possible. Il est de l’essence même du capital d’aller au bout de sa logique : celle de l’exploitation maximale de la force de travail. Résistance, équilibre, progrès enfin, ces trois mots résument la vocation du socialisme face à cette logique d’exploitation toujours à l’œuvre dans l’Histoire : ce qu’on appelle « mondialisation libérale » aujourd’hui ne se manifeste-t-il pas d’abord par la mise en concurrence, à l’échelle mondiale, des territoires et des mains d’œuvre par les multinationales et les fonds d’investissement ?       <br />
              <br />
       Pour contrarier la logique du capital, plusieurs voies ont été explorées : action syndicale, réformes parlementaires, tentatives révolutionnaires, dont je ne prétends pas refaire la théorie.       <br />
              <br />
       Il y a plusieurs manières de combattre la logique d’exploitation inhérente au système capitaliste, mais quelles qu’en soient les formes, le combat est nécessaire. Cela ne suffit pas, pour autant, à définir le socialisme.       <br />
              <br />
       <span class="u">2.	Le socialisme c’est d’abord une critique du capitalisme.</span>       <br />
              <br />
       Que reste-t-il de l’ambition démiurgique affirmée par Marx il y a cent cinquante ans, de faire du prolétariat l’acteur d’une Histoire rompant avec des siècles d’oppression ?       <br />
              <br />
       Le succès du révisionnisme bernsteinien en Allemagne, à la fin du XIXe siècle c’est-à-dire d’un réformisme au jour le jour, l’effondrement du communisme en Russie et la conversion du parti communiste chinois à un capitalisme d’Etat sans contrepoids, à la fin du siècle dernier, ont sonné trois fois le glas de la prophétie marxiste visant à ériger le prolétariat, non seulement en acteur indépendant et conscient de l’Histoire de l’Humanité, mais en légataire universel de toutes les traditions et avancées progressistes. On a pu décrire Marx ironiquement comme le dernier des grands prophètes juifs. Du mouvement socialiste ne restent aujourd’hui que les organisations qui s’en réclament, à tort ou à raison, et souvent plus à tort qu’à raison. Un réformisme au jour le jour est l’horizon borné où les partis socialistes européens inscrivent aujourd’hui leur action.        <br />
              <br />
       Historiquement, le socialisme a été et doit rester une analyse critique du capitalisme à travers une méthode à certains égards aujourd’hui encore inégalée : Il n’y a rien d’autre à retenir de Karl Marx, mais c’est l’essentiel – et ce n’est pas rien - : à travers la théorie de la valeur travail, l’analyse dite « matérialiste » du rapport entre l’évolution des classes sociales et celle des forces productives, la définition lumineuse enfin de « l’idéologie dominante », comme étant, en dernier ressort, celle des classes dominantes. Cette méthode d’analyse peut être affinée et développée, mais elle reste incontournable. Elle est la contribution éminente de Marx à la science des sociétés. Cette méthode n’implique nul prophétisme. Ce socialisme baptisé « scientifique » n’est pas un système de prévision. Il est simplement une incitation à comprendre le mouvement global du capitalisme, et précisément ce qu’on appelle aujourd’hui mondialisation ou mieux « globalisation ». Nul ne peut se dire socialiste aujourd’hui s’il n’inscrit pas son action dans une analyse critique de la « globalisation ». C’est ce qui fait défaut aux lointains disciples contemporains d’Edouard Bernstein, Michel Rocard par exemple dont le socialisme ne se définit qu’à l’aune de quelques valeurs morales coupées de toute analyse concrète, thuriféraire du « marché », depuis trente ans que l’Ecole de Chicago sert de feuille de vigne au triomphe du néolibéralisme à l’échelle mondiale ! Le « rocardisme » n’aura  ainsi été que le reflet de l’idéologie dominante. Nous devons, au contraire, affirmer un réformisme ambitieux, en « pensant mondial ».       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Est-ce que l’adoption d’une méthode d’analyse peut suffire pour autant à définir le socialisme ? Certainement pas !       <br />
              <br />
       D’abord parce que cette méthode, conçue dans la deuxième partie de l’avant-dernier siècle, est nécessairement imparfaite. Ses limites ont été rendues très visibles sur quelques sujets essentiels : la nation, l’Etat, les cultures non européennes et cela à la lumière même des échecs historiques du mouvement ouvrier :       <br />
       -	l’incapacité de la IIe Internationale à empêcher l’éclatement de la première guerre mondiale ;       <br />
       -	l’impuissance devant la montée du fascisme dans les années 1930 ;       <br />
       -	l’européocentrisme, aussi bien face à la colonisation qu’à la décolonisation ou plus récemment au « nouvel ordre mondial » proclamé par George Bush père en 1990 et poursuivi aujourd’hui par son fils au nom de la « guerre contre la terreur » ;       <br />
       -	l’incapacité enfin à opposer une digue face à la « globalisation » et notamment à imposer, dans les institutions européennes et cela va sans dire dans les institutions économiques mondiales (OMC, FMI), un compromis « social » aux forces du capital. Je reviendrai tout à l’heure sur ces moments où l’Histoire a basculé.       <br />
              <br />
       Une méthode d’analyse, si affûtée soit-elle, ne définit pas une direction. Les valeurs du socialisme sont celles des Lumières, telles qu’elles se sont développées en Europe au dix-huitième siècle. Ces valeurs sont-elles toujours actuelles ? Valent-elles pour d’autres cultures et sur d’autres continents ?        <br />
              <br />
       <span class="u">3.	Nous restons fidèles aux valeurs intellectuelles et morales des Lumières.</span>       <br />
              <br />
       Nous avons appris à nous méfier des prophéties et des religions de substitution. On a pu ainsi décrire le socialisme comme la dernière « hérésie judéo-chrétienne », mais j’inclinerais pour ma part à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Les Lumières n’ont pu se développer que sur le riche substrat de valeurs morales qu’on appelle « laïques », mais dont beaucoup ne sont que des valeurs chrétiennes laïcisées.       <br />
              <br />
       A bien y regarder, ces valeurs (égalité, justice notamment) sont présentes à des degrés divers dans presque toutes les civilisations : même celles où n’existe pas un mythe de « l’Age d’or ». De là ne s’ensuit pas que l’idée de liberté, héritée de l’ancienne Grèce, l’autre source majeure de la civilisation occidentale et sans doute sa source principale, se soit partout frayée un chemin. Or, c’est une des leçons de l’Histoire que le socialisme tourne à la caricature s’il dissocie la liberté de l’égalité. Le socialisme de caserne n’est tout simplement pas socialiste. C’est l’originalité de Jaurès et de beaucoup de socialistes français qu’ils ont toujours lié étroitement le socialisme et la République : l’un comme l’autre de ces deux concepts ne vont pas sans une part d’utopie. Mais la République ne se résume pas aux valeurs inscrites dans sa devise. Elle ne va pas sans exigence : elle implique le citoyen, la responsabilité, le civisme, comme nous n’avons cessé de le rappeler depuis le début des années quatre-vingts.       <br />
              <br />
       Le socialisme, tel qu’il s’est réellement développé, a été trop souvent confondu avec une technique d’organisation économique ou sociale : nationalisation des moyens de production, planification dite démocratique, assurance sociale généralisée, etc. Et quand il a dépéri, ce n’est pas seulement sous les coups de boutoir de ses adversaires, c’est par l’oubli des valeurs qui le fondent : esprit de service public, civisme inséparable d’un sain patriotisme, volonté de comprendre, rigueur intellectuelle et morale, amour des valeurs de la connaissance, refus des idéologies anti-science, solidarité. C’est la spécificité du courant républicain civique que nous incarnons de marquer l’importance de ces valeurs « républicaines » que certains courants du PS ont abandonnées.       <br />
              <br />
       Pour autant nous savons que nous appartenons à la famille socialiste. Le mouvement socialiste démocratique, en dehors des réformes sociales dont nul ne contestera qu’il les a inspirées, s’il ne les a pas toujours réalisées lui-même, peut, à la lumière du dernier siècle écoulé et malgré ses échecs, garder la tête haute, au regard des autres courants de pensée et d’action qui ont structuré la vie démocratique dans les pays industrialisés.       <br />
              <br />
       <span class="u">4.	Tête haute mais lucide.</span>       <br />
              <br />
       a)	Les socialistes ont vu venir la première guerre mondiale. Ils l’ont combattue en paroles. Ils prétendaient l’empêcher. S’ils n’y sont pas parvenus, ils n’y ont au moins pas contribué.        <br />
              <br />
       b)	Le socialisme démocratique a pris d’emblée ses distances avec la révolution bolchevique. Le discours de Léon Blum au Congrès de Tours (1920) est le texte fondateur du socialisme français maintenu dans la « vieille maison ». Que certains courants socialistes aient ensuite versé dans un anticommunisme de principe qui a pu conduire certains d’entre eux à faire le jeu du fascisme, ne détruit pas la justesse de l’intuition fondamentale des socialistes quant à l’évolution du communisme soviétique. Cela ne veut pas dire que la tentative communiste n’ait pas eu sa grandeur. Continuons à essayer de promouvoir, sur une base de principes, les réconciliations nécessaires.       <br />
              <br />
       c)	Les socialistes ont su aussi d’emblée combattre et dénoncer le péril fasciste même s’ils se sont avérés impuissants à l’enrayer, prisonniers du pacifisme né de la boucherie de la Première guerre mondiale, ensuite de la logomachie abstraite qu’ils avaient eux-mêmes introduite au sein de la SDN (désarmement, arbitrage, sécurité collective), et enfin d’une vision  de la politique étrangère qui les mettait à la remorque des bourgeoisies occidentales et d’abord britannique, c’est-à-dire d’un anticommunisme et d’une volonté d’« appeasment » avec Hitler, que beaucoup d’entre eux, d’ailleurs,  partageaient par pacifisme.       <br />
              <br />
       C’est le drame du socialisme français que, maître du pouvoir en 1936, il n’ait pas su susciter en son sein un Robespierre ou un Carnot. C’est De Gaulle, en 1940, qui a incarné la Résistance. Toute notre Histoire en a été durablement et profondément marquée. Au moins, beaucoup de socialistes (pas tous) se sont-ils retrouvés dans la Résistance, derrière Léon Blum et Daniel Mayer.  Le mérite de Léon Blum fut, en particulier, de faire accepter aux socialistes l’autorité du général de Gaulle. Dans la lutte contre le fascisme, les socialistes n’ont pas tenu le premier rôle, mais leur rôle a été honorable.        <br />
              <br />
       Comme l’a dit cruellement Kautsky, « L’internationale socialiste n’était pas faite pour les temps de guerre ». Ce fut vrai pour la seconde guerre mondiale comme pour la première. Comme si, par essence même, le socialisme démocratique n’était pas taillé pour faire face aux crises dont pourtant le développement du capitalisme est et reste gros. Cela reste hélas vrai face à ce que Samuel Huntington a appelé le choc – certains disent la guerre – des civilisations.       <br />
              <br />
       d)	Il y a là une tache aveugle du « socialisme démocratique » : son européocentrisme.       <br />
              <br />
       Si les socialistes ont souvent dénoncé les méfaits de la colonisation, ils n’en ont jamais fait un thème central de leurs luttes. A bien des égards, certains voyaient même dans la colonisation un progrès, ou une promesse d’avenir, pour les peuples colonisés.       <br />
              <br />
       Le même européocentrisme a caractérisé l’attitude des socialistes devant les mouvements de libération nationale qui ont conduit à la décolonisation.        <br />
              <br />
       En France, de Marius Moutet, en Indochine, en 1946, à Guy Mollet en Algérie dix ans plus tard, la cécité semble avoir été la règle, si on met à part la notable exception des lois Defferre en Afrique Noire.       <br />
              <br />
       Le socialisme démocratique se retranche volontiers derrière l’argument voire le prétexte de la démocratie pour prendre ses distances avec les nationalismes du Tiers-Monde, voire épouser les croisades impérialistes, ainsi à l’occasion de la première guerre du Golfe. Tout se passe comme si le socialisme démocratique était prisonnier de l’aire culturelle européenne. Il n’a pu ainsi prendre que de faibles racines sur les autres continents : dans certains pays d’Amérique Latine comme le Chili, ou au Japon, où les socialistes sont toujours restés minoritaires. Face à l’hégémonie américaine, la démarche du socialisme démocratique se caractérise par le suivisme.        <br />
              <br />
       Au sein de la IIe Internationale, un Hilferding avait quand même pu faire la théorie du capital financier en 1910, apportant ainsi une contribution remarquable à la théorie de l’impérialisme. Aujourd’hui on ne voit rien de tel chez les sociaux-démocrates ou se prétendant tels, dont la réflexion sur la mondialisation reste étroitement prisonnière de l’horizon du marché. Pascal Lamy, à l’OMC, œuvre à la libéralisation complète et sans condition du marché mondial. Quant à Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI son mandat sera celui que définiront les Etats-Unis, le Japon et les grands Etats européens qui détiennent une majorité écrasante dans l’institution. Les pays du Sud sont en bout de table. Le problème de l’impérialisme sous-tendu par l’hégémonie de l’Hyperpuissance est délibérément tu. A nous de le faire prendre en compte.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Si globalement les socialistes ont ainsi discerné avant les autres les périls qui menaçaient la civilisation, la lucidité leur commande néanmoins la modestie car ils n’ont pas été, dans leur ensemble et malgré des exceptions notables, à la hauteur des défis de l’Histoire, faute sans doute d’une analyse suffisamment englobante de ce qu’était le capitalisme de leur époque. Mais certains, tel Léon Blum, restent de belles figures morales. Il appartient au MRC de conduire des analyses approfondies et de faire des choix courageux, particulièrement par rapport aux dérives de la globalisation financière et à la fuite en avant de l’Hyperpuissance américaine. Le MRC mettra ainsi dans la gauche plus qu’un grain de sel.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">C)	Notre rapport actuel au PS : alternance ou alternative ?</span>       <br />
              <br />
       Soyons clairs : la gauche a naturellement vocation à l’alternance dans le système institutionnel qui est le nôtre, mais suffit-il d’attendre un succès électoral des échecs de la droite ? Le PS l’a cru en 2004. C’était une illusion. L’alternance, pour être crédible, doit comporter une dimension d’alternative. L’effet « essuie-glace » est épuisé. Si, à l’occasion des trois dernières élections présidentielles – 1995 – 2002 – 2007 – le candidat du parti socialiste a été défait, c’est faute d’un projet réellement alternatif et crédible à la fois. En 1995 la gauche n’était pas encore remise de la Berezina de 1993. Et en 2002 comme en 2007, elle a cru pouvoir l’emporter grâce surtout au rejet de Jacques Chirac, puis de Nicolas Sarkozy. Certes, Ségolène Royal a avancé quelques mots d’ordre forts et reconquis une partie des couches populaires. On trouve dans sa campagne l’écho de notre discours. On le trouve d’ailleurs aussi – soit dit en passant - dans les propos de campagne de Nicolas Sarkozy, inspirés par Henri Guaino. Le chevènementisme, comme discours républicain, a heureusement ou malheureusement vocation à être récupéré ! <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Declaration-commune-PS-MRC-volet-politique_a122.html">L’accord politique MRC-PS du 9 décembre 2006, que je vous invite à relire</a>, a été globalement respecté par Ségolène Royal, sur la réorientation de l’Europe notamment. Mais il a manqué une traduction vigoureuse et convaincante des valeurs proclamées au niveau des propositions concrètes et du scénario permettant à la France de desserrer les mâchoires de la mondialisation libérale. Là où je suggérais, dans mon discours du 13 novembre 2006 à Japy, l’envoi de deux « mémorandum » aux institutions et aux gouvernements européens, seules ont été ouvertes des perspectives trop timides de renégociation.       <br />
              <br />
       Je ne critique pas Ségolène Royal. Certains socialistes s’en chargent, avec souvent beaucoup d’excès et quelquefois une rare inélégance. Faut-il le rappeler ? Ségolène Royal était leur candidate désignée à plus de 60 % des voix. Sa  candidature traduisait la crise du parti socialiste après le rejet de la « Constitution européenne » pour laquelle il s’était prononcé naturellement, puisque cette Constitution, lancée en 2000, était – je vous le rappelle - un enfant de la cohabitation. Ségolène Royal n’a pas été la candidate des sondages comme on le prétend mais la candidate à travers laquelle le parti socialiste a espéré pouvoir surmonter sa crise. Ceux qui l’accablent aujourd’hui avaient-ils un meilleur candidat ? Je n’en suis pas sûr. Les fulminations de Claude Allègre ne parviennent pas à dissimuler la pauvreté de sa réflexion politique. Si Ségolène n’a pas été élue, c’est que les socialistes, à mon sens, étaient encore loin d’avoir mis leurs idées au clair sur la nation, sur l’Europe, sur la mondialisation aussi bien que sur les exigences d’une politique républicaine de sécurité, ou encore sur la nécessaire revalorisation du travail, dans un pays où les taux d’activité sont trop faibles, comme nous l’avions relevé dans l’accord MRC-PS. J’observe avec plaisir que ces réorientations que nous prônions sont clairement mentionnées dans le discours de La Rochelle de François Hollande. Mais Ségolène a dû faire avec ces contradictions du parti socialiste. Ses intuitions, souvent justes, paraient au plus pressé, mais elles venaient trop tard ou trop tôt. Le parti socialiste n’était pas en phase avec elles, faute d’avoir su, à travers un projet cohérent, opérer à temps les synthèses nécessaires, y compris en tranchant entre ses différentes sensibilités.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Rendons à Nicolas Sarkozy cet hommage qu’il a su mieux exploiter les contradictions de la gauche - sur l’assistanat, la sécurité ou l’immigration - que la gauche n’a su exploiter les siennes, pourtant bien réelles (sur l’atlantisme, le libéralisme, la complaisance à l’égard des privilégiés de la fortune).       <br />
              <br />
       Ségolène Royal n’a pas été battue que par certains socialistes, mais nombreux sont ceux qui y ont contribué, notamment en soutenant l’opération Bayrou. La pluie de livres critiques qui s’abat sur celle manifeste de la part de tous leurs auteurs à quel point ceux-ci restent enfermés dans les choix politiques européistes et libéraux effectués depuis tant d’années et qui ont conduit le parti socialiste à trois défaites successives. Aucun de ces brûlots ne dépasse l’horizon d’un libéralisme borné ou simplement teinté de remords social, sauf peut-être Marie-Noëlle Lienemann qui, venue du rocardisme, fait aujourd’hui du chevènementisme, apparemment sans le savoir, et en revendiquant, pour la gauche socialiste du « non », le bénéfice des inflexions positives que nous avons apportées à la campagne de Ségolène sur l’Europe. Ne chipotons pas : ces chicaias traduisent paradoxalement un certain remords : ceux qui nous donnent raison aujourd’hui sur Maastricht, l’Irak ou la Corse, nous en veulent surtout de s’être trompés eux-mêmes hier. Notre combat était d’avant-garde. Nous avons été courageux, mais nous n’en recueillons pas toujours les fruits. Nous avons ainsi passé un accord politique avec le PS que pour notre part nous avons respecté. Je n’en dirai pas autant de notre partenaire, s’agissant notamment du volet électoral, notamment dans les Ardennes, le Territoire de Belfort et l’Indre. Il faudra en tirer les leçons. Je l’ai fait, à ma manière, à Belfort où je confesse qu’il est difficile de se faire élire à la fois contre la droite et contre le parti socialiste local. Un nouveau maire, Etienne Butzbach, MRC mais élu par toutes les composantes de la gauche belfortaine, a pris le relais depuis le 29 juin. J’espère encore que, malgré des déclarations imprudentes de ses dirigeants, le parti socialiste local ne prendra pas la responsabilité, comme il l’a fait aux législatives, en maintenant un candidat contre moi, et à la présidentielle qu’il a délibérément sabotée, d’une nouvelle défaite qui ferait perdre à la gauche la mairie de Belfort, la communauté d’agglomération, le Conseil général et le siège de sénateur. Excusez-moi d’avoir pris un exemple local. Ce n’est pas mon genre – j’ai toujours préféré rester au niveau des idées générales - mais il a valeur de test. Il faut savoir si le parti socialiste préfère la droite au MRC, comme cela a été souvent le cas jusqu’à présent, y compris quand nous avons été marginalisés au gouvernement, au détriment des intérêts bien compris de la gauche tout entière. Pour notre part, nous ne changerons pas de cap. Nous maintiendrons au sein de la gauche et pour la gauche l’exigence républicaine. C’est ainsi que nous espérons la faire réussir un jour.       <br />
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       <b>II – La droite et ses contradictions.</b>       <br />
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       Je vous propose donc de nous tourner délibérément vers l’avenir. La droite est naturellement plus en phase avec la globalisation libérale que la gauche. Cela rendait plus facile la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle mais celui-ci est aujourd’hui  prisonnier des mêmes entraves que la droite puis la gauche ont acceptées, depuis la fin des années 1970 : la globalisation libérale et l’européisme paralysant.       <br />
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       <span style="font-style:italic">A)	Le rétrécissement des marges de manœuvre.</span>       <br />
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       Le budget 2008 est basé sur une hypothèse de croissance irréaliste. Les cadeaux fiscaux aux riches seront financés par l’endettement de l’Etat. La réduction du nombre des postes d’enseignants sera payée par celle des heures de cours, notamment de français. C’est le moment que choisit le gouvernement pour stigmatiser l’Ecole primaire. Il ferait mieux d’incriminer la politique des ministres de l’Education Nationale, de droite comme de gauche, qui ont réduit le nombre des heures de français. Là est en effet une des causes du pourcentage élevé d’élèves arrivant au collège sans savoir lire ni écrire. Il est plus facile de créer une « mission sur les enseignants » dont la « personnalité phare » sera Michel Rocard, sous le gouvernement duquel a été votée la loi d’orientation  scolaire de 1989, créant les IUFM. Le pédagogisme a encore de beaux jours devant lui ! La lettre de Nicolas Sarkozy aux enseignants pose d’excellents principes – retour au savoir et à l’autorité des maîtres – mais le poids de la gestion – la réduction des postes et donc des horaires – flanque par terre ces beaux principes. Sur l’autonomie des établissements et la suppression de la carte scolaire, les ambiguïtés sont immenses.       <br />
              <br />
       Le nouveau Président de la République est l’homme de la diversion permanente : les déclarations tonitruantes, ainsi la proposition de castration chimique des pédophiles, occultent - mais pour combien de temps ? – les problèmes aggravés de la vie quotidienne : persistance d’un chômage de masse, vie chère, remise en cause par les directions des entreprises de la durée du travail sans contrepartie salariale, ainsi chez Goodyear dans l’Aisne : il ne s’agit plus de « travailler plus pour gagner plus », mais pour gagner la même chose ou, à défaut, voir fermer l’usine. Le processus insidieux des délocalisations se poursuit – ainsi les stylos Reynolds à Lyon - et si on peut approuver certaines mesures d’organisation dans le domaine de l’Université, de la recherche, de l’aéronautique ou de l’énergie compte tenu des décisions d’ouverture des marchés de l’énergie prises à Barcelone il y a cinq ans, rien n’indique que nos multinationales vont cesser d’investir à l’étranger plutôt qu’en France, bien au contraire. Je ne critique pas l’implantation de Renault à Tanger, encore que la réduction de la production d’automobiles en France par Renault et PSA me paraisse très préoccupante : c’est une part essentielle de notre industrie qui « fout le camp ». Notre épargne n’est pas canalisée vers l’industrie française. Le rêve sarkozien de faire de la France un pays de petits propriétaires de leurs logements nous fait retomber dans un travers historique du capitalisme français, la préférence pour l’investissement dans la pierre. Cette politique nuira à la mobilité de la main d’œuvre. Elle est mauvaise. S’agissant enfin des investissements étrangers en France dont Mme Lagarde se flatte à l’excès, on oublie de dire que les investissements français à l’étranger sont deux fois plus importants. Notre épargne fuit. Nous perdons notre substance. Les pôles  de compétitivité sont trop souvent des usines à gaz. Notre compétitivité se dégrade. Notre commerce extérieur est déficitaire de 30 milliards d’euros (deux fois plus qu’en 1982), tandis que l’Allemagne, bien positionnée sur des créneaux porteurs, dégage un excédent annuel de 160 Milliards d’euros. Quelle Europe sommes-nous en train de construire sur des bases aussi déséquilibrées ? On me répondra que l’euro le permet – jusqu’à quand ? – mais cette situation nous empêche aussi de réformer le système de l’euro. Nous sommes ainsi « au rouet » comme disait Montaigne. Bref, nous sommes sur un toboggan, prisonniers d’un cercle vicieux, entraînés vers le déclin, faute d’une volonté politique remettant en cause les règles du jeu biaisées de la mondialisation et d’une construction européenne qui la relaye.       <br />
              <br />
       Le nouveau Président de la République a de l’énergie à revendre, mais il risque de s’épuiser dans des effets d’annonce, tandis que certaines réformes, quelques fois bien inspirées (elle ne le sont pas toutes) ne porteront leur effet que dans la longue durée (ainsi le crédit-impôt sur la recherche). Nous sommes des républicains. Nous avons l’habitude de parler clair. J’ai toujours dit qu’il faudrait juger Nicolas Sarkozy sur ses actes. Prenons  donc de la hauteur pour mieux prendre la mesure de la réduction de ses marges de manœuvre. Nous verrons mieux ensuite quelles sont les conditions d’une refondation républicaine de la gauche.       <br />
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       <span style="font-style:italic">B)	La crise s’approfondit.</span>       <br />
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       Le capitalisme financier globalisé, qui s’est installé depuis les années quatre-vingt-dix, nous conduit de bulle financière en bulle financière, le crédit alimentant la spéculation, sans qu’aucun mécanisme de régulation interne n’intervienne. La finance est livrée à elle-même. Les fonds spéculatifs tiennent le haut du pavé. Les Banques Centrales réagissent au coup par coup, sans vue d’ensemble. Tout a été sacrifié à la préservation de la valeur des actifs financiers. L’actionnaire l’a emporté sur le manager. La recherche de la rentabilité à court terme domine tout. Une intense pression concurrentielle s’exerce sur les produits comme sur la main d’œuvre. Les multinationales mettent les territoires en concurrence.        <br />
              <br />
       Un modèle asiatique fondé sur l’exportation, des monnaies sous-évaluées et la limitation de la demande intérieure, a inversé le sens des mouvements de capitaux entre pays anciennement développés et pays émergents. Ainsi entre la Chine et les Etats-Unis, qui ont instauré entre eux un régime de complicité ambiguë. La Chine s’industrialise aux dépens des Etats-Unis mais ceux-ci achètent en payant en monnaie de singe, avec des bons du Trésor libellés en dollars. Dans cet étau, l’Europe souffre. Son tissu industriel s’érode.       <br />
              <br />
       Comme je le déclarais Place de la République, le 13 novembre 2006, il y a moins d’un an : « le marché européen est un ventre mou, offert à tous les coups, avec des inégalités de salaires structurelles qui vont de 1 à 20. L’euro cher - 50 % de plus qu’en l’an 2000 - pénalise nos exportations, décourage l’investissement, précipite les délocalisations. Il n’y a pas de politique de change. Il n’y a plus de pilote dans l’avion ! (…) Même si ceux qui vivent de la mondialisation voient leurs revenus, notamment financiers, s’envoler, la France et notamment le monde du travail souffre : le chômage de masse touche en réalité trois à quatre millions de personnes. La précarité s’étend. Il y a 7 millions de travailleurs pauvres. Le pouvoir d’achat des salariés stagne, voire régresse. Les classes moyennes sont touchées à leur tour. Les jeunes, y compris les diplômés, vivent un véritable appauvrissement. L’ascenseur social ne fonctionne plus. L’intégration des jeunes issus de l’immigration est de plus en plus difficile. La société française est bloquée (…) Il est temps de réagir L’Europe avec les peuples peut être en effet la meilleure réponse au piège qui se resserre si nous en avons la volonté opiniâtre  et si nous savons la faire partager autour de nous. La volonté de la France sera un encouragement pour tous ceux qui, peu ou prou, partagent la même situation que la nôtre. (…) Pour faire rebondir la France, il faut réorienter l’Europe qui pèse sur la plupart de nos choix et remettre en marche le modèle républicain. (…)D’un autre côté, une concurrence entièrement faussée offre nos marchés aux produits à bas prix. Notre tissu industriel se délite sous l’effet des délocalisations. »       <br />
              <br />
       Avec le recul on ne peut pas dire que ce discours n’ait pas trouvé d’écho dans la campagne présidentielle. Mais où est aujourd’hui le plan cohérent que je réclamais pour réorienter la construction européenne, faire rebondir la France et remettre en marche le modèle républicain ? Il y a un fossé entre les discours et les actes.       <br />
              <br />
       En fait, sur le fond, rien n’a changé depuis un an. Au contraire l’horizon s’est assombri.       <br />
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       *       <br />
              <br />
       La crise financière dite des « subprime » illustre les déséquilibres d’une globalisation qui repose en dernier ressort sur le dynamisme artificiel de la consommation américaine.       <br />
              <br />
       C’est « le système qui marche sur sa tête », que nous avons maintes fois dénoncé. Déséquilibre de la consommation par rapport à l’épargne : les ménages américains sont poussés à s’endetter par les banques, en particulier dans l’immobilier, le crédit hypothécaire représente 9000 milliards de dollars aux Etats-Unis, 80 % de l’endettement des ménages, lui-même égal au PIB américain. Déséquilibre global de la consommation américaine et du commerce extérieur : déficit de plus de 700 Milliards par an. Endettement exponentiel de l’Etat vis-à-vis de l’extérieur (2.500 Milliards de dollars au moins).       <br />
              <br />
       La croissance de l’économie mondiale se fait à partir d’un Etat et d’une population qui ont appris à vivre à crédit et à s’endetter, au risque de fragiliser l’ensemble de l’économie mondiale        <br />
              <br />
       Le système financier est un cheval fou. Les règles de transparence édictées par la BRI de Bâle sont dépassées. Ces règles ne s’appliquent aussi bien pas aux fameux « hedge funds ». Les Anglo-Saxons ne veulent pas qu’on réglemente le secteur financier. De cette opacité résulte une grave crise bancaire.       <br />
              <br />
       Il est trop tôt pour évaluer l’ampleur de la crise et ce qui vient déjà de partir en fumée : non seulement la chute des valeurs immobilières, mais la baisse substantielle de la capitalisation boursière, avec les conséquences prévisibles sur la consommation, en Amérique d’abord, mais aussi en Europe et au Japon.       <br />
              <br />
       Ce ralentissement ne peut manquer d’influer sur la croissance chinoise, le cours des matières premières, à commencer par le pétrole. C’est une récession qui se profile à l’horizon aux Etats-Unis avec un PIB qui ne croit plus que de 1,9 %, d’autant que le Federal Reserve Board est pris dans une énorme contradiction : s’il baisse trop ses taux, il ne corrige pas le déséquilibre extérieur US et affaiblit le dollar. Quant à la BCE, elle s’est empêtrée dans un conformisme qui lui fait privilégier des risques inexistants (l’inflation) par rapport aux risques réels (le déséquilibre financier et le risque de récession). Il faut craindre qu’à l’horizon des prochains mois, elle ne continue à augmenter ses taux.       <br />
              <br />
       Le gouvernement de Mme Merkel enfin s’est refusé à intervenir en réunissant le G7 alors que toute évidence une forte pression politique serait nécessaire pour assouplir la politique des taux au niveau des banques centrales et pour durcir les réglementations.       <br />
              <br />
       Il y a donc une crise de la volonté politique. En 2007 comme en 2002, le problème posé par la volatilité des marchés financiers et les fonds spéculatifs n’a pas été abordé pendant la campagne présidentielle. La France se provincialise. Elle a désappris à « penser global ». Nicolas Sarkozy a tiré de son chapeau une déduction fiscale qui est déjà effacée par la hausse des taux d’intérêt réels des prêts immobiliers.       <br />
              <br />
       Ce sont les Anglo-Saxons qui sont aux manettes. On ne peut guère attendre d’eux qu’ils prennent l’initiative de contrôler un système financier qu’ils utilisent pour se refinancer et encore moins un système monétaire international qui est à leur service. Les Etats-Unis ne sont pas à la veille de renoncer au privilège du dollar !       <br />
              <br />
       Le Président de la République malgré son volontarisme affiché ne peut rien sur les taux d’intérêt, rien sur la politique du change. Il peut parler de préférence communautaire (mais la Commission européenne – M. Mandelson en l’occurrence – veut utiliser l’OMC pour libéraliser davantage le commerce extérieur). Il parle de politique industrielle, mais c’est la Commission, là encore, qui édicte les règles de la concurrence. Il peut multiplier les exonérations fiscales, mais c’est sous l’œil vigilant et réprobateur des instances de Bruxelles. Bref, il peut peu, et on doit s’interroger sur les gages qu’il donne aussi bien à Angela Merkel qu’à George Bush.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">C)	Nicolas Sarkozy : des discours aux actes.</span>       <br />
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       La suractivité médiatique du Président et les succès qu’il lui arrive de remporter sur certains terrains ne peuvent dissimuler qu’il reste dans la main des marchés financiers, que sa politique va subir le contrecoup de la crise immobilière américaine - et maintenant financière et bancaire - et que pour y répondre il se trouve en butte aux contraintes européennes, notamment monétaires et commerciales qu’il n’a pas cherché à lever. Car le traité simplifié dont il se targue, bien imprudemment, reprend la substance de la Constitution européenne, plus de 90 % selon M. Giscard d’Estaing. Seul le mot n’y figure pas. Tout le reste y est, et il n’y a pas de contrepartie négociée, s’agissant notamment des statuts de la BCE et de la politique économique et monétaire.       <br />
              <br />
       Extension de la majorité qualifiée, rupture de l’égalité France-Allemagne dans les votes au Conseil, prérogatives accordées au Haut Représentant de l’Union pour la politique extérieure, alignement de la politique européenne de défense et de sécurité sur l’OTAN, poids croissant de la jurisprudence de la Cour de Justice, tout cela limitera encore plus les marges de manœuvre de la France. Entre le discours de Strasbourg de Nicolas Sarkozy sur l’Europe et la réalité du traité simplifié, il y a un gouffre !       <br />
              <br />
       <span class="u">1.	Le recul sur l’Europe</span>       <br />
              <br />
       Avec le traité simplifié, Mme Merkel a obtenu gain de cause : une Europe plus fédéraliste, avec l’extension de la majorité qualifiée et de la jurisprudence européenne de plus en plus germano-centrée prête à s’ouvrir davantage encore vers la Turquie. On peut bien sûr s’interroger : à quoi bon une Europe indépendante, si la France elle-même revient dans le giron atlantique ? Si la France se dissout dans la mondialisation, elle peut bien se dissoudre dans l’Europe ! Il est vrai que ce n’est pas le discours que Nicolas Sarkozy a donné à entendre pendant la campagne présidentielle. Mais si le vrai discours, c’était le discours d’avant ? Je veux dire avant qu’Henri Guaino prenne la plume … Sur le recul européiste de Nicolas Sarkozy, on n’entend guère s’exprimer le parti socialiste.       <br />
              <br />
       <span class="u">2.	L’inflexion atlantiste.</span>       <br />
              <br />
       La récente adresse de Nicolas Sarkozy devant les Ambassadeurs manifeste de même une inflexion atlantiste préoccupante. Le premier défi de notre politique étrangère, à en croire le Président de la République, serait celui d’une « confrontation Islam-Occident ». Les responsabilités de la politique américaine au Proche et au Moyen-Orient sont diluées. C’est une vision « huntingtonienne » du monde – en terme de conflits de civilisations - qui semble prévaloir : la volonté de maîtriser les sources d’approvisionnement en pétrole et l’incapacité à faire prévaloir une solution juste au problème israélo-palestinien sont passées sous silence. Le temps des choix difficiles avec la Turquie est repoussé. Il n’est pas question du rôle de la France comme membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. L’Europe de la sécurité n’est pas celle de la défense et celle-ci reste l’apanage de l’OTAN « fondement de la défense collective et instance de sa mise en œuvre » pour les vingt-et-une nations sur vingt-sept qui en sont membres, selon le texte de la « Constitution européenne » dont il faudra voir s’il sera maintenu par la CIG préparant le « traité simplifié ».       <br />
              <br />
       Il est préoccupant que ce soit  le Président de la République française qui évoque un « bombardement de l’Iran ». S’agissant de l’Irak, la visite de Bernard Kouchner était d’autant plus inopportune que lui-même a déclaré à son retour ne pas reconnaître la représentativité du gouvernement de Bagdad. Quelle pantalonnade ! Si on peut approuver une reprise du dialogue avec la Syrie, nécessaire à la solution des problèmes de la région, on peut quand même s’inquiéter du manque de volontarisme et des risques de confusion que porte la parole présidentielle dans cette région du  monde. Qu’y a gagné Nicolas Sarkozy sinon une citation dans la bouche d’Oussama Ben Laden, qui le met sur le même plan que Bush, Blair et Brown ? L’interprétation qui s’impose est celle d’un rapprochement avec les Etats-Unis qui friserait l’alignement, si n’avait pas été mise en avant opportunément l’exigence d’un calendrier de retrait des troupes américaines d’Irak. L’Union de la Méditerranée enfin apparaît de plus en plus comme une sorte de sous-traitance par l’Hyperpuissance des tâches qu’elle ne considère pas comme prioritaires, pour elle, notamment au Maghreb.       <br />
              <br />
       Le rôle dévolu à l’Europe à vingt-sept et au Haut Représentant de l’Union pour la politique extérieure n’est pas moins inquiétant : que dira le Haut Représentant si un bombardement de l’Iran, illégal au regard des règles du Conseil de Sécurité, devait intervenir ? Qu’aurait-il dit à propos de l’invasion de l’Irak en 2003 ? Poser la question c’est y répondre ! Le droit international comme le droit au développement sont étrangement absents du discours présidentiel. Or, la France peut-elle rester une grande puissance écoutée si elle ne s’appuie pas d’abord sur le droit ?       <br />
              <br />
       On a l’impression que la dynamique de l’Hyperpuissance – cette course en avant qui est à l’origine de la crise financière aussi bien que du bourbier moyen-oriental – échappe au Président de la République. Prudence excessive ou aveuglement volontaire, ou encore volonté de rompre avec son prédécesseur ? Il est sans doute trop tôt pour décider mais l’impression d’ensemble est bien celle d’un alignement qui serait, à mon sens, préjudiciable aux intérêts véritables de la France. Il est vrai que la situation, pour la France, est difficile. La grande coalition de Mme Merkel penche vers l’Amérique. Mais pourquoi le Président de la République stigmatise-t-il particulièrement la Russie ? L’Europe n’a pas intérêt à la jeter dans les bras de l’Asie, de la Chine, de l’Inde ou de l’Iran. Et pourquoi gaspiller l’avantage moral que nous a valu la position de Jacques Chirac sur l’Irak en 2003 ? La lecture du monde que propose Nicolas Sarkozy n’est pas enthousiasmante pour la France. Celle-ci, en effet, n’a pas intérêt à se confondre avec « l’Occident », c’est-à-dire les Etats-Unis. Il est souhaitable que l’Occident reste pluriel. C’est seulement si la France garde une voix distincte qu’il existe une chance de voir s’affirmer un jour une « Europe européenne ». Plus que jamais, nous avons besoin d’une « France libre »       <br />
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       <b>III - La gauche doit devenir audible en prenant position sur le fond.</b>       <br />
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       <span class="u">1.	La nécessaire critique du capitalisme globalisé.</span>       <br />
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       La gauche doit offrir une autre perspective. Pour représenter une alternative, elle ne peut faire l’économie d’une critique du capitalisme globalisé. Le Président de la République s’est présenté devant l’université d’été du MEDEF comme un excellent « directeur des ressources humaines », capable de mobiliser les talents et les compétences des socialistes. Il n’y réussirait pas aussi bien si beaucoup de ceux-ci ne se vivaient pas comme « hors d’eau », promis à une opposition de longue durée et si conceptuellement, ils n’avaient pas déjà acquiescé à l’inéluctabilité de la globalisation libérale. Naturellement je distingue les membres du PS qui ont porté à leur camp un coup très rude avant même l’élection législative en rejoignant le gouvernement Fillon et les autres, en particulier les auteurs de rapports qui dans certains cas peuvent jouer un rôle utile : je pense par exemple au rapport d’Hubert Védrine sur la mondialisation et la politique extérieure de la France. Je constate, cependant, que certains sociaux-libéraux – ainsi Bernard Kouchner -finissent par avouer qu’ils ne voient plus beaucoup de différence entre le pareil et le même. Pour retrouver la vue, il leur faudrait sortir de leur vision, bref fermer la parenthèse libérale !       <br />
              <br />
       Le succès relatif de l’ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy traduit ainsi la démoralisation de la gauche social-libérale.        <br />
              <br />
       Bien entendu cette critique de la globalisation libérale – qui définit le socialisme – ne suffit pas. Il faut bâtir, à partir de là, un projet républicain pour la France et bien sûr élaborer une vision pour l’Europe et le monde, sachant que la réalité ne correspond jamais spontanément au désir qu’on en a. Mais enfin, il ne suffit pas pour le PS d’avoir Pascal Lamy à l’OMC et Dominique Strauss-Kahn au FMI ! On ne peut qu’être inquiet, quand on lit Bernard Poignant qui ne propose rien moins que de « prendre acte » de la globalisation et préconise un parti socialiste à l’avant-garde de la ratification du traité simplifié. Le parti socialiste n’aurait rien à gagner à courir toujours plus à droite, sous prétexte de rattraper le centre. Il ferait de plus en plus difficilement entendre sa différence avec la droite. Sur l’Europe et la politique étrangère le parti socialiste doit s’exprimer d’une voix distincte.        <br />
              <br />
       Je sais bien que Bernard Poignant n’est pas tout le parti socialiste : son expression reflète le poids en son sein des tendances gestionnaires. Je sais qu’il y a encore des socialistes qui comprennent ce que signifie la République.       <br />
              <br />
       <span class="u">2.	Le test de la réforme constitutionnelle sur le traité simplifié.</span>       <br />
              <br />
       Il dépend du parti socialiste de refuser la réforme constitutionnelle nécessaire à l’adoption du traité simplifié par la voie parlementaire. Le parti socialiste ne doit pas régresser par rapport à la position définie par sa candidate à l’élection présidentielle. Ce qu’un référendum a rejeté, seul un autre référendum pourrait le faire accepter. Encore faudrait-il que le PS accepte de discuter librement. J’espère que les Assises de la gauche serviront à cela. Pour rebâtir la gauche, on ne peut pas faire l’impasse sur tout ce qui s’est passé depuis vingt-cinq ans. Ce courage élémentaire est nécessaire. Mais bien sûr il faut surtout, à partir de l’analyse du monde globalisé, faire des propositions tournées vers l’avenir.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Conclusion : le combat du MRC</b>       <br />
              <br />
       La République est un combat. La refondation républicaine de la gauche ne peut se faire que si les objectifs sont clairement fixés, le reste étant évidemment affaire de moyens et de calendrier.       <br />
              <br />
       Portons le débat sur le fond. Evitons les critiques stériles. Il faut dépasser les querelles personnelles, mettre tout le monde autour de la table, faire des analyses exigeantes, aussi bien pour le passé que pour l’avenir. La gauche doit se placer au niveau de l’Etat et pas simplement du point de vue de ses intérêts partisans.       <br />
              <br />
       Bernard Poignant a écrit : « les amis de Jean-Pierre Chevènement n’ont plus qu’un temps restreint devant eux ». A soixante-huit ans, j’estime avoir encore quelques belles années pour élaborer avec vous le logiciel dont la gauche et la France ont besoin et pour préparer les redressements nécessaires. L’élection de 2012 se prépare dès aujourd’hui et nous devons être capables, demain comme hier, s’il le faut, de faire entendre notre voix et de peser, directement ou indirectement entre les candidats en lice. J’appelle surtout à la tenue d’Assises de toute la gauche dans les délais les plus rapides. Ensuite il faudra prendre les moyens d’une vraie refondation, sur des bases républicaines au sein d’une organisation unique de toute la gauche. Je partage tout à fait l’opinion de Vincent Peillon : l’organisation d’un Congrès de refondation de toute la gauche et pas d’un simple Congrès socialiste sera le test d’une vraie volonté de rénovation. Nous verrons alors si nous en serons ou si nous n’en serons pas, hypothèse que nous ne saurions exclure. Car le MRC n’est pas prêt à mettre la clé sous le paillasson et je vous mets en garde contre les appels du pied démagogiques de certains socialistes qui n’aspirent à rien d’autre qu’à nous réduire et à nous désarmer.       <br />
              <br />
       Si j’ai décidé de prendre quelque recul avec mon engagement local c’est pour mieux me recentrer sur l’effort politique national qui reste à accomplir. Je le ferai avec la <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org">Fondation Res Publica</a> sur le plan de la recherche, à travers un Centre d’Education qui doit irriguer toute la gauche, et bien sûr avec le MRC.  En affirmant son identité, celui-ci doit occuper toute sa place dans la refondation républicaine de la gauche. Ceux qui, il y a quelques années, ont voulu nous marginaliser, n’y ont rien gagné. L’intérêt de la gauche c’est de se réunir, avec toutes ses sensibilités et dans toutes ses composantes en prenant pleinement en compte l’exigence républicaine. C’est à ce prix seulement qu’elle pourra constituer une alternative véritable. Nous pouvons y apporter beaucoup. Un modèle républicain remis en marche, la citoyenneté et la fraternité retrouvées, une relation forte avec l’Allemagne mais également avec les autres grands pays européens, une « Europe européenne », alliée mais non vassale des Etats-Unis, la volonté de maintenir ouvert le dialogue des cultures et de faire progresser ensemble la justice et la paix, un multilatéralisme équilibré avec les pays émergents qui doivent faire droit au besoin de leurs peuples pour trouver toute leur place dans un monde plus juste, une Afrique redressée et dynamisée, son droit au développement reconnu, voilà un beau projet digne de la France et digne d’une gauche républicaine authentique ! Bref un projet qui se distingue du projet libéral et atlantiste.       <br />
              <br />
       En tout état de cause, le MRC, à travers toutes les péripéties à venir, doit savoir préserver son identité, sa mémoire et sa vision du monde, à vrai dire irremplaçables et bien sûr ses intérêts locaux essentiels. Comme je vous l’ai dit l’an dernier, aux Ulis, il y a quelque chose qui est au-dessus de l’intérêt. C’est l’honneur. Tenons bon, ensemble, camarades citoyens. Pour ce qui me concerne, ma résolution est totale. Nous avons eu raison de mener tant de combats ! Ils éclairent et éclaireront longtemps l’avenir. Ils porteront de beaux fruits si nous restons mobilisés au service de la République, au service de la France.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/La-gauche-doit-savoir-ou-elle-habite_a415.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Nicolas Sarkozy révélateur de la décomposition intellectuelle du social-libéralisme</title>
   <updated>2007-07-09T18:01:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Nicolas-Sarkozy-revelateur-de-la-decomposition-intellectuelle-du-social-liberalisme_a391.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2007-07-09T17:57:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
On m’interroge souvent, par les temps qui courent, sur la politique « d’ouverture » pratiquée par Nicolas Sarkozy à l’égard de certaines personnalités « de gauche ». Je n’y ai que partiellement répondu.     <div>
      Si je désapprouve les débauchages intervenus avant les élections législatives, qui visaient clairement à affaiblir la gauche, je modulerai mon jugement au cas par cas s’agissant des nominations auxquelles le nouveau Président de la République a procédé  depuis lors et à plus forte raison des missions qu’il a distribuées.       <br />
              <br />
       J’ai déjà dit que le rapport sur la mondialisation confié à Hubert Védrine me paraissait pouvoir éclairer utilement le débat public sur le principal défi auquel la France est confrontée. Pour le reste, le Président de la République est dans son rôle qui est de rassembler, en utilisant de préférence des personnalités compétentes. Les responsables socialistes qui acceptent les charges que Nicolas Sarkozy leur confie révèlent simplement à quel point le social-libéralisme qu’ils professent généralement se distingue peu du libéralisme.       <br />
              <br />
       Nicolas Sarkozy est un révélateur de la décomposition intellectuelle de la superstructure du Parti socialiste. Pour lui résister, il eût fallu que le socialisme restât la critique du capitalisme et que ses chefs y crussent. Dès lors que le capitalisme financier mondialisé est devenu l’horizon intellectuel de beaucoup de responsables socialistes, je ne me sens même pas capable de leur reprocher de tomber du côté où ils penchent.        <br />
              <br />
       Nul ne pourra relever la gauche s’il prétend faire l’économie d’une critique du capitalisme globalisé contemporain, tel qu’il s’est installé depuis que Mme Thatcher et M. Reagan ont pris le pouvoir dans les pays anglo-saxons, au début des années quatre-vingts. Le malheur des temps veut que la gauche française soit elle-même venue « aux affaires » dans ces années-là. Sans une relecture lucide des trois décennies écoulées, et les démissions politiques, intellectuelles et morales qui les ont accompagnées, il n’y aura pas de refondation crédible de la gauche dans notre pays.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Nicolas-Sarkozy-revelateur-de-la-decomposition-intellectuelle-du-social-liberalisme_a391.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Discours de Vincennes</title>
   <updated>2008-07-01T15:56:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Discours-de-Vincennes_a30.html</id>
   <category term="Grands textes" />
   <published>2003-01-01T17:45:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
par Jean-Pierre Chevènement, 09 septembre 2001     <div>
      Chers camarades, chers amis,       <br />
              <br />
       Je veux d’abord remercier les comités d’appel devenus aujourd’hui comités de soutien qui ont créé les conditions de la décision que j’ai prise. Dès aujourd’hui nous sommes une force.       <br />
              <br />
       Comment en effet ne pas être saisi de stupeur et de colère devant l’affaissement de ce qui nous unit, et de ce dont nous avons la charge devant l’histoire ? Comment ne pas être préoccupés devant l’effacement de la France, le vacillement des principes républicains qui la charpentent, le brouillage des valeurs qu’elle porte depuis deux siècles, comme si la République n’était plus qu’une parenthèse à refermer dans notre Histoire ? Où le dire mieux qu’à Vincennes ? D’ici, l’unité de la nation et de l’État nous parle du fond des âges. Dans ce grand lieu de notre Histoire, nous mesurons mieux à quel point nos gouvernements successifs se sont défaussés de leurs responsabilités.       <br />
              <br />
       La France ne sait plus où elle va. Son destin lui échappe. Les marchés financiers mondiaux en disposent. Notre politique monétaire se décide à Francfort, notre politique économique à Wall Street, nos engagements militaires à Washington. Dans quatre mois, le franc va disparaître. Et nous voici démunis de moyens pour faire droit aux exigences de nos concitoyens. Dans l’euphorie de la mondialisation heureuse, nos gouvernants considéraient la croissance comme garantie pour longtemps par l’essor des nouvelles technologies. Que la conjoncture se retourne, comme aujourd’hui, et nous découvrons la dictature des marchés financiers, les plans sociaux -Moulinex-, les délocalisations industrielles -Flextronics-, le creusement des inégalités, bref le retour à un archéocapitalisme du XIXème siècle !       <br />
              <br />
       En tous domaines, nos dirigeants ont laissé effacer les repères républicains. Ils ont bradé les valeurs de l’École Publique et découragé en Corse les Républicains.       <br />
              <br />
       Pour tout ce qui concerne la préparation du long terme –planification de l’énergie et des transports, politique industrielle, aménagement du territoire-, l’État, dont c’est pourtant la tâche essentielle, s’est mis aux abonnés absents.       <br />
              <br />
       Citoyennes et Citoyens, chers compatriotes, il existe un autre chemin que celui qu’on nous propose, une autre voie que celle où piétinent depuis des années une droite et une gauche aujourd’hui à bout de souffle. Sans doute beaucoup seront tentés de s’en remettre, selon les fatales habitudes qui ont conduit le pays là où il est, au chef d’un parti, le chef du RPR ou le chef du PS, dont le temps a usé les principes, et dont les programmes, pour l’essentiel, se confondent. A chaque grande échéance, ces partis ont toujours fait les mêmes choix de renoncement : Maastricht, l’euro, l’enlisement dans les Balkans, la déconstruction de l’État, la fragmentation du territoire.       <br />
              <br />
       Bien sûr il est arrivé à Jacques Chirac d’invoquer l’autorité de l’État : c’était le 14 juillet dernier, mais c’était pour refuser de déférer à la convocation d’un juge !       <br />
              <br />
       * *  *       <br />
              <br />
       Les victimes de cette politique d’abandon sont d’abord ceux qui n’ont pour vivre que leur travail, licenciés atteints par les plans dits sociaux, condamnés au chômage de masse, privés de perspectives pour eux-mêmes et pour leurs enfants, guettés par la désespérance dans les quartiers de nos villes où s’accumulent difficultés et handicaps.       <br />
              <br />
       La victime c’est aussi la démocratie ; notre Parlement est devenu théâtre d’ombres, résigné à ce que 80% de nos normes soient à présent édictées hors de son enceinte.       <br />
              <br />
       La victime, c’est la France, nation politique par excellence, dont le souffle est la souveraineté populaire, le désir de vivre ensemble, la volonté de faire de grandes choses pour l’avenir. La France, tant de fois relevée par la République, chancelle aujourd’hui avec elle.       <br />
              <br />
       * *  *       <br />
              <br />
       Le pouvoir pour le pouvoir ! Là est le mal ! C’est par là que la démocratie dépérit ! Tout l’effort de tant d’hommes et de femmes sincères, dérivé, capté, détourné et trahi, par mille ruses, cabales, reptations, dissimulations, mensonges, assauts de démagogie, cynisme en bandoulière, opportunisme érigé en doctrine, pour faire « la seule politique possible », voilà qui découragerait le citoyen le plus vertueux si nous n’étions pas là, capables de tracer et de maintenir les repères de la République. Oui, je maintiens qu’il y a une autre politique possible que celle que nous imposent tour à tour, prisonniers de la même orthodoxie, des mêmes dogmes, des mêmes allégeances, des mêmes appétits, les libéraux-sociaux et les sociaux-libéraux.       <br />
              <br />
       Ce destin n’est pas inexorable. Les marchés financiers ne sont pas l’horizon de l’Humanité. Voyez nos entreprises de haute technologie : Alcatel, Cap Gemini, massacrées à la Bourse par les Fonds spéculatifs américains, pour se faire ramasser demain par n’importe quel prédateur boursier ! D’autres valeurs que l’argent meuvent le monde. Ce sont les nations et les peuples qui sont la vraie permanence de l’Histoire. Le destin des peuples ne se confond pas avec la marchandisation de la planète.       <br />
              <br />
       Cette résignation des uns et des autres à la fatalité d’une sorte de pancapitalisme, je l’appelle renoncement.       <br />
              <br />
       La mondialisation, le sens perdu de la citoyenneté, ce sont autant de défis à relever.       <br />
              <br />
       Si je me tourne à présent vers le peuple, ce n’est pas pour l’aboutissement d’ambitions personnelles ou la réalisation d’une obsession rentrée. C’est expérience faite et après mûre réflexion. Comme responsable politique et comme membre du gouvernement à quatre reprises ayant eu la charge de cinq ministères, j’ai toujours d’abord servi le pays : en redynamisant la recherche, en construisant une politique industrielle, en relevant l’École publique, en modernisant l’outil d’une défense française indépendante, en assumant la responsabilité de l’ordre public, et en faisant vivre la citoyenneté. Et en même temps, j’ai toujours cherché à enrayer la dérive qui nous faisait dévaler la pente des abandons. Je n’ai jamais fait la politique du pire. J’ai toujours assumé mes responsabilités et je ne renie rien de ce que j’ai fait et dont je vous ferai grâce. Mais je suis arrivé aujourd’hui à la conclusion que seule une détermination entière au sommet de l’État peut désormais renverser le cours des choses. La mienne est solidement établie.       <br />
              <br />
       Je crois profondément aux valeurs de la République : Liberté, laïcité, citoyenneté, égalité devant la loi, égalité des chances, solidarité et indépendance des peuples. La République ne va pas sans le citoyen. Le civisme est la forme moderne du lien social. Cette exigence ne serait, paraît-il, pas moderne ? Mais qu’est-ce qui est moderne ? L’exacerbation de l’individualisme au détriment des solidarités les plus élémentaires ? La corruption, la spéculation, la délinquance, le mépris des fonctions assumées dans l’État ? Entre la République et la loi de la jungle il faut savoir ce qui est moderne ou pas. Voilà la question que je pose au peuple français.       <br />
              <br />
       Que nous propose-t-on en face du modèle républicain ? Le modèle « égaux mais séparés » sur fond de ghettos et de quartiers réservés ?       <br />
              <br />
       Non ! Le modèle républicain est jeune, porteur d’espoir en Europe et dans le monde. Les exemples sont nombreux du danger que l’explosion des communautarismes et des identités meurtrières fait peser sur la paix.       <br />
              <br />
       Notre peuple attend qu’on lui tienne le langage simple de la vérité. Je n’évoquerai pas Périclès qui tenait son autorité, selon Thucydide, non seulement  de ses qualité d’esprit, mais aussi –je cite- « de son éclatante intégrité pour ce qui est de l’argent ». Non ! plus près de nous, j’évoquerai deux grands hommes qui ont marqué mon adolescence : Mendès-France et De Gaulle, dont personne n’a jamais douté qu’ils parlaient en vue du bien public, quelque différente que fût l’idée qu’ils pouvaient s’en faire, et qui n’hésitaient pas à remettre en jeu leur mandat quand cette idée-là était en cause ! Car les ors de la République c’est bien, mais la République c’est encore mieux !       <br />
              <br />
       Eh bien, je vais vous proposer, je vais proposer au peuple français dix orientations fondamentales et cohérentes pour relever la République  :       <br />
              <br />
       - Les principes d’abord ;       <br />
       - ensuite l’École ;       <br />
       - la sécurité ;       <br />
       - la revalorisation du travail ;       <br />
       - la reconstruction de l’État ;       <br />
       - la pleine égalité de la femme ;       <br />
       - la garantie de la retraite et de la protection sociale ;       <br />
       - l’aménagement du territoire et l’homme mis au cœur de l’environnement ;       <br />
       - la création : science et culture ;       <br />
       - la France doit rester enfin une grande puissance politique,       <br />
       - dans une Europe de projets ambitieux, complément et non substitut des nations,       <br />
       - une puissance tournée vers le Sud,       <br />
       - capable de proposer des règles dans la mondialisation,       <br />
       - avec une défense qui soit d’abord la sienne.       <br />
               <br />
              <br />
       <b>1. La République doit retrouver ses principes.</b>       <br />
              <br />
       La discrédit du politique a une cause essentielle : c’est l’écart entre les paroles et les actes de ceux qui nous dirigent à la petite semaine, sans conviction véritable, au gré des sondages, à coup d’effets d’annonce et de trompe l’œil. Nos dirigeants ne veulent plus gouverner. Ils veulent « gouvernancer », selon l’expression de Pierre-André Taguieff : les privilèges des fonctions sans les responsabilités. C’est cette conception de la politique qui est ringarde. Nos concitoyens réclament compétence, vérité, honnêteté, constance. Plus la réalité est complexe, plus elle change vite et plus nous avons besoin de principes clairs. J’en énoncerai quatre –l’autorité de la loi, la souveraineté populaire, la citoyenneté et l’égalité des chances- à charge pour moi de les traduire ensuite en actions.       <br />
               <br />
              <br />
       1. L’autorité de la loi.       <br />
              <br />
       La République n’est pas un régime de faiblesse. C’est un régime de liberté, ce qui est tout à fait différent. Elle n’accepte pas la loi de la jungle. Elle affirme fermement l’autorité de la loi égale pour tous.       <br />
               <br />
              <br />
       2. La souveraineté populaire.       <br />
              <br />
       La République lie indissolublement la souveraineté populaire et la démocratie. La souveraineté appartient au peuple. Elle est inaliénable. Le Peuple français peut déléguer des compétences, à condition que celles-ci soient démocratiquement contrôlées. Il ne peut pas déléguer sa souveraineté, sauf à se dissoudre lui-même. C’est tout cela qu’il faut ressaisir, relever, rattraper. La tâche est immense. C’est à cela que je vous convie !       <br />
               <br />
              <br />
       3. La citoyenneté.       <br />
              <br />
       Notre idéal, c’est la citoyenneté active. Mais soyons clairs : la liberté n’autorise pas toutes les dérives. La citoyenneté implique des devoirs, envers soi-même, envers les autres, envers la nation, envers l’Humanité. Bien sûr, la citoyenneté signifie aussi don de soi, solidarité, participation responsable à ce que Jaurès appelait « la grande vie humaine ».       <br />
              <br />
       Promouvoir l’éveil de la conscience, faire comprendre ce que signifient devoir, responsabilité, solidarité, générosité, c’est, je le crois, répondre à l’attente véritable des jeunes.       <br />
              <br />
       La jeunesse méprise le jeunisme, cette complaisance et cette démagogie propres à certains de nos responsables qui ont peur de parler à la jeunesse le langage de ses intérêts véritables. Le moment est venu de siffler définitivement la fin de l’époque où il était interdit d’interdire.       <br />
               <br />
              <br />
       4. Le sens de l’égalité.       <br />
              <br />
       Au cœur de l’exigence républicaine, il y a enfin l’égalité, le sentiment de ce que chaque homme porte en lui d’immenses potentialités. L’égalité républicaine c’est à la fois l’égalité devant la loi et la chance donnée à chacun d’épanouir toutes ses capacités.       <br />
              <br />
       Rien n’est plus urgent à cet égard que la mise en œuvre d’une véritable politique d’accès à la citoyenneté.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>2. Fixer ses missions à l’École.</b>       <br />
              <br />
       Au cœur de la République, il y a le citoyen éclairé par l’École. De l’école, les parents comme les enseignants attendent que les pouvoirs Publics fixent enfin clairement les missions : d’abord transmettre le savoir et la culture et faire, pour le pays tout entier, le pari sur l’intelligence ; ensuite former le jugement de nos jeunes pour qu’ils puissent faire demain leur métier de citoyen, avec leurs droits, mais aussi avec leurs devoirs.       <br />
              <br />
       Je sais l’inquiétude des parents qui voient s’affaiblir l’outil de l’égalité des chances qu’est l’École pour leurs enfants ; je sais leur préoccupation quand ils constatent qu’au lieu de s’ouvrir sur la vie comme on l’avait promis, l’école a ouvert ses portes à l’irrespect, à la violence, à l’inégalité.       <br />
              <br />
       Loin de perpétuer l’excessive confusion des rôles, où la connaissance finit par être dévalorisée, où la responsabilité se perd, j’entends placer la transmission des savoirs et l’autorité des maîtres au centre de École Une école républicaine digne de son rôle affirme que l’acquisition des connaissances affranchit de l’ignorance et qu’elle ne va jamais sans effort.       <br />
              <br />
       Cela passe par une acquisition sûre et sérieusement évaluée des savoirs fondamentaux à l’école primaire : Il faut cesser de disperser l’attention des élèves par une multitude de matières, et souvent au détriment de l’essentiel, c’est-à-dire de l’apprentissage du français, alors que 17 % des élèves ne le maîtrisent pas à l’entrée en classe de sixième.       <br />
              <br />
       Il faut mettre un coup d’arrêt à la fuite dans l’innovation permanente, au culte de l’actuel, au suivisme à l’égard de la mode. Halte au bougisme ! Ainsi les langues régionales peuvent faire avantageusement l’objet d’un enseignement par option. La République comme espace commun à tous les citoyens ne proscrit nullement l’attachement de chacun à ses racines particulières. Ce sont les adversaires historiques de l’égalité qui cherchent à confondre celle-ci avec l’uniformité.       <br />
              <br />
       A l’inverse, le protocole qui intègre à l’École publique des établissements qui pratiquent en totalité « l’enseignement par immersion » dans une langue régionale réduit le français à n’être plus qu’une langue étrangère. Après le franc, c’est le français qu’il faudrait faire disparaître ?       <br />
              <br />
       Comment ne pas voir que cette politique complaisante nourrira à terme des ethnicismes qui, au nom d’une identité mythique, se croiront demain autorisés à remettre en cause la loi républicaine ? C’est cela la modernité ? Le FLNC, l’ETA, l’ARB, l’UCK ?       <br />
              <br />
       L’encouragement aux micronationalismes ethniques va de pair avec l’uniformisation marchande du monde. Alain Madelin est le plus sûr soutien du processus de Matignon. Est-ce un hasard ?       <br />
              <br />
       Revenons à l’École : assurer à tous les élèves une bonne maîtrise du français, c’est le moyen le plus efficace de remédier en amont aux difficultés du collège. S’agissant de celui-ci, il faut savoir rompre avec les credos d’hier pour aider chaque élève à trouver sa voie en diversifiant les itinéraires, tout en maintenant un socle d’exigences communes.       <br />
              <br />
       École de la République est une. Elle est à la fois creuset et ciment de l’unité nationale. Dans une société tellement inégale, l’unité de l’École, c’est-à-dire l’unité du savoir et des valeurs qu’elle est chargée de transmettre, demeure une garantie de justice sociale qu’il faut préserver. Or, cette unité est menacée par tous ceux qui, à droite bien sûr, mais parfois aussi à gauche, se sont engagés dans une surenchère permanente au prétexte de la décentralisation. Recrutement régional des maîtres, autonomie et mise en concurrence des établissements, pouvoir de recrutement donné aux chefs d’établissement, possibilité pour eux, et même pour les enseignants, de choisir dans les programmes nationaux ce qui répond aux besoins locaux, intervention des parents sur les contenus d’enseignement, telles sont les principales revendications qui, si elles étaient satisfaites, accentueraient les inégalités, défavoriseraient encore plus les plus démunis, sonneraient le glas de l’École de la République. Sachons mettre des bornes à la démagogie qui depuis le discours de Rennes de Jacques Chirac emporte notre Janus exécutif.       <br />
              <br />
       La qualité de la formation est garante de la qualité de l’École. Rendons aux enseignants l’hommage qu’ils méritent. Si l’École tient, c’est grâce à eux d’abord. Loin de les mettre au pilori, ces piliers de la République, confrontés en première ligne aux défis d’une société inégale, fragmentée, violente, doivent être soutenus fermement dans leur mission.       <br />
              <br />
       Pour que la France fasse monter la sève, l’inégalité sociale devant les études devra être âprement combattue. Je propose des mesures concernant tous nos jeunes de famille modeste, qui ont plus d'intelligence et de dévouement que de revenu ou d’entregent. État et les grands services publics offriront à des jeunes étudiants recrutés par concours, une rémunération durant leurs études, sous condition qu’ils s’engagent dans le service public durant dix ans. Ce sera le moyen d’amener au service de l’État les meilleurs, au moment où notre Fonction Publique doit être profondément renouvelée. État jouera son rôle au service de l’égalité, loin de mériter l’ironique condescendance dont l’affublent les libéraux. Ce sera le moyen d’améliorer grandement l’égalité des chances, de favoriser l’accès de tous -et je pense aux jeunes Français issus des vagues les plus récentes de l’immigration- aux emplois publics.       <br />
              <br />
       L’inégalité se creuse entre ceux qui ne disposent que des ressources scolaires, qui sont misérables, et ceux qui bénéficient du soutien de leur famille.       <br />
              <br />
       C’est particulièrement vrai pour l’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les efforts d’équipement accomplis jusqu’à présent dans nos établissements scolaires ne sont pas négligeables ; ils restent encore dérisoires au regard des besoins, comme ceux de la formation des enseignants. Il ne s’agit pas de se nourrir d’illusions sur les bienfaits du web, mais d’y reconnaître l’une de ces innovations techniques qui, comme le téléphone ou la voiture automobile, s’imposent au monde moderne. C’est un lourd handicap de ne pas savoir en user.       <br />
              <br />
       J’ai réintroduit enfin l’instruction civique à l’École en 1985, mais il faut cesser de la confondre avec le droit administratif. Il faut que nos jeunes se pénètrent de l’esprit de la loi républicaine : respect de la règle délibérée en commun, qui libère de la loi du plus fort, débat éclairé en raison qui affranchit des dogmes, amour de la loi inscrit dans le cœur de chacun, comme garantie de sa liberté et promesse d’égalité.       <br />
              <br />
       Oui, tout commence à l’École, et c’est sur elle qu’il faut fonder l’effort de renouveau républicain.       <br />
               <br />
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              <br />
       <b>3. Une citoyenneté également partagée est le meilleur socle d’une politique cohérente de sécurité. Cette politique ne demande que du courage.</b>       <br />
              <br />
       Le droit, égal pour tous, à la sécurité doit devenir réalité. Je m’y attacherai en écartant les deux démons symétriques que sont la démagogie et l’angélisme. Entre une droite tentée par le discours musclé, masquant son inaction et son manque d’inspiration, et une gauche encore prisonnière de dogmes sommaires flattant sa bonne conscience, il y a place pour une politique de la réalité, à la fois rigoureuse et juste.       <br />
              <br />
       Je m’étais attaché à lui donner corps : création de la police de proximité assurant la mutation d’une police d’ordre vers une police au service des citoyens, encadrement des polices municipales, recrutement de policiers à l’image des citoyens, mise en place des commissions départementales d’accès à la citoyenneté…       <br />
              <br />
       Pour aller plus loin, j’avais tracé, en janvier 1999 dans une longue note d’orientation, les grands traits des actions nouvelles à mener. Vous savez le destin qui fut dans bien des cas réservé à mes propositions : Celles où je proposais des moyens cohérents pour réduire les noyaux durs de la délinquance dans nos cités furent soumises à un hallali où se mêlaient le refus de la réforme, le laxisme et l’absence de volonté. La gauche bien-pensante montra là son incapacité à sortir de ses ornières et à répondre aux préoccupations populaires. Le chantier est donc à reprendre et il est immense.       <br />
              <br />
       La première tâche est de réussir le plein accès à la citoyenneté de tous ces jeunes, quelle que soit leur origine, Français pour la plupart, dont certains croient que l’inégalité des droits les dispensent de respecter leurs devoirs.       <br />
              <br />
       Ainsi, solidement assise sur l’exigence  d’égalité, une politique républicaine visant le droit égal pour tous à la sécurité pourra être menée. Il faut rompre avec l’indifférence ou l’impuissance des élites devant l’insécurité subie par les plus modestes.       <br />
              <br />
       Les yeux ouverts sur la réalité nous montrent l’explosion de la délinquance des mineurs et la colère de la population devant la multiplication d’exactions qui restent impunies. L’inadaptation de la réplique est flagrante. Le mineur délinquant n’est généralement guère sanctionné avant un très grand nombre de récidives. La Garde des Sceaux nous explique qu’il y a 650 mineurs incarcérés. Elle oublie de nous dire qu’en dessous de seize ans, ce n’est pas possible, sauf crime. Et surtout qu’il y a d’autres solutions que la prison. L’ordonnance de 1945 -le tout éducatif-, conçue à une époque où la délinquance des  mineurs n’avait rien de comparable à ce qu’elle est devenue, est aujourd’hui périmée. Il s’agit donc de la modifier, en distinguant clairement les tâches d’éducation et la sanction, en organisant l’échelle des réponses à la délinquance, du simple rappel à la loi jusqu’aux sanctions plus graves. Il est vain d’opposer la sanction à la prévention, car la sanction qui est rappel à la règle comporte à l'évidence une dimension pédagogique. Toute société repose sur des limites dont le franchissement doit être sanctionné.       <br />
              <br />
       Une telle réforme législative doit s’accompagner de moyens d’accueil des jeunes délinquants en péril. Je propose de créer des centres de retenue, internats destinés à recevoir des délinquants multirécidivistes, à reprendre le cycle de leur éducation scolaire et professionnelle, capables de les retenir loin du milieu criminogène du quartier, le temps qu’il faudra pour les remettre dans le bon chemin. Je sais qu’une certaine bien-pensance est prompte à accorder aux délinquants des excuses absolutoires pour cause de pauvreté ou d’immigration. Mais c’est faire injure aux gens modestes comme aux familles d’immigrés que d’inventer je ne sais quelle prédestination à la délinquance. La vérité est qu’en République, un délinquant, fut-il riche ou pauvre, d’origine auvergnate ou maghrébine, doit être sanctionné. Et que la République se doit de tendre une main généreuse aux familles modestes ou récemment immigrées, à leurs enfants, dont l’immense majorité aspire à étudier, à réussir sa vie, à trouver un métier motivant. Aidons les à réussir, au lieu de pratiquer des amalgames indignes !       <br />
              <br />
       Lutter contre l’insécurité que subissent les Français exigera aussi d’améliorer la coopération police–gendarmerie–justice. La tâche est rude –et je tiens à saluer particulièrement le dévouement et le courage de nos policiers et de nos gendarmes, au contact des réalités ingrates qu’ils affrontent, souvent au péril de leur vie. Mais les institutions de la République doivent travailler en harmonie et en communauté de vues. En empêchant les situations où police et justice se contrarient ou s’opposent, on pourra faire reculer la délinquance, et notamment briser les noyaux durs de celle-ci. A l’inverse, l’angélisme qui a prévalu dans la préparation de la dernière réforme de la procédure pénale, votée par la droite comme par la gauche, malgré les réserves que j’ai été l’un des rares à émettre, a réduit de plus de  10% le nombre des gardes à vue, et cela au moment même où l’opinion s’inquiète de la montée de la délinquance. A qui faire croire que ceci n’a pas de rapport avec cela ?       <br />
              <br />
       La politique pénale doit être la même sur toute l’étendue du territoire national. Comment y parviendrait-on si les Parquets ne reçoivent pas d’instructions comme l’habitude s’en est prise ? L’essentiel est que ces instructions soient publiques et guidées par le seul souci de l’intérêt général. L’idée de rendre les Parquets autonomes, selon la proposition de la Commission Truche, réunie à l’initiative de Jacques Chirac, est une faute. Ceux qui sont soupçonnés souvent à juste titre de peser sur la justice, préfèrent, plutôt que de servir l’intérêt public, abandonner les rênes que le Peuple leur a confiées, ou plutôt faire semblant. Personne en effet n’est dupe des luttes d’influences qui se déroulent au sein de la Justice, théoriquement indépendante.       <br />
              <br />
       Les moyens en personnel de la police n’ont guère évolué depuis cinquante ans, et ceux de la justice depuis cent ans. Il faut prendre la mesure de la situation actuelle : elle est préoccupante mais elle n'a rien d’une fatalité. Une loi de programmation pour la police et pour la justice, une volonté claire, de bons textes, une citoyenneté renaissante, renverseront le cours des choses.       <br />
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       <b>4. Revaloriser le travail et mobiliser tous nos atouts.</b>       <br />
              <br />
       La réhabilitation de la valeur du travail est au cœur du pacte républicain. Je veux prendre ces termes dans leur double dimension.       <br />
              <br />
       a) La première, c’est la rémunération du travail. Depuis 1983, le rapport entre les revenus du capital et ceux du travail se sont dégradés de près de dix points. La réduction du temps de travail légal à 35 heures s’est accompagnée de la modération salariale. Eh bien c’est à présent la feuille de paie qu’il faut faire évoluer. La progression du salaire direct est nécessaire au soutien de l’activité économique. Est-il normal que la marge soit si faible entre les revenus de substitution et le revenu d’un smicard qui ne ménage pas sa peine ? Est-ce qu’une vie de travail, souvent dur et pénible, est vraiment respectée quand on voit le niveau des bas salaires ? C’est bien là dessus qu’il faut agir.       <br />
              <br />
       Une augmentation forte du SMIC sera rendue possible par la généralisation des allègements de charge et l’assouplissement des contraintes excessives liées aux trente cinq heures.  Une conférence des salaires sera réunie pour examiner les minima de branche et les grilles salariales.       <br />
              <br />
       Je propose de relever le salaire direct et d’améliorer la feuille de paie, en accélérant le glissement nécessaire et justifié, d’une partie des charges sociales vers une base de cotisation plus large, celle de la fiscalité. Il n’est plus possible de soumettre l’emploi, notamment dans les petites entreprises, au fardeau des charges sociales et fiscales. Celles-ci sont devenues des obstacles à l’activité, des encouragements au travail au noir, un empêchement à la création d’entreprises. Les réductions d’impôts doivent être réalisées avec plus de discernement. Choisies avec sagesse, elles peuvent stimuler l'activité. Je veux en prendre pour exemple le taux de TVA dans la restauration. Ramené à 5% -c’est à dire au même taux que les Mac Donald’s sous prétexte de cuisine à emporter- il serait un superbe encouragement à l’embauche dans un secteur qui cherche des salariés, à l’amélioration des salaires, à la modération des prix. Plus globalement, une mesure de cet ordre retentirait positivement sur le secteur de la production agricole de qualité, sur la viticulture, et sur un certain art de vivre à la française. Pourquoi s’y refuser ? Parce qu’aucun gouvernement français n’a demandé à la Commission de Bruxelles le bénéfice de cette dérogation, alors que certains de nos voisins l’obtenaient sans difficulté. La France, première destination touristique mondiale, n’aurait-elle pas quelque titre pour justifier ce taux réduit de TVA à propos d’une activité particulièrement exigeante en main d’œuvre ?       <br />
               <br />
              <br />
       b) Relever la valeur du travail, c’est aussi, tout simplement, mieux le considérer. Pour faire une société, il ne faut pas que des bourgeois bohèmes : il faut des ouvriers, des paysans, des employés, des fonctionnaires. C’est peu dire que la considération sociale qui les entoure s’est gravement effritée. Les travailleurs à qui, hier, le mouvement du progrès assignait la tâche rédemptrice de la révolution sociale, sont aujourd’hui la cible des quolibets. Pour la pub et la mode, pour les commentateurs post-modernes, ils sont ringards, considérés comme des freins à l’entrée de la France dans la mondialisation heureuse. Ce sont les Deschiens, bons à jeter aux chiens. Le mode de vie rural est offert en dérision ; ceux qui s’adonnent à la chasse sont vilipendés. L’ouvrier, hier icône de la gauche, est devenu un boulet qu’elle traîne honteusement, tant elle s’est identifiée à la vulgate libérale-libertaire.       <br />
              <br />
       Eh bien, la République, elle, n’ignore pas où sont les Républicains ! Une République moderne est une République sociale, qui rend justice au travail, à celles et ceux qui vivent de leur travail. Elle fait passer l’amélioration des salaires et des bas-salaires avant les stock options. Elle veille à la pérennité des régimes de protection sociale, à la réhabilitation de l’enseignement professionnel et de l’apprentissage des métiers, à la construction de véritables carrières ouvrières dans les entreprises. Elle valorise l’acquisition de nouvelles compétences, favorisant ainsi les mutations techniques dans l’industrie.       <br />
               <br />
              <br />
       c) Revaloriser la valeur du travail, c’est aussi mobiliser nos marges de croissance.       <br />
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       Il existe des réserves considérables et totalement sous-estimées de mobilisation de la population active dans la décennie qui vient : beaucoup de femmes aspirent légitimement à trouver une activité professionnelle, si on leur facilite la vie par ailleurs. Il y a des millions de chômeurs qu’il faut remettre au travail en priorité avant de songer à ouvrir à nouveau les vannes de l’immigration. Enfin, le taux d’activité des jeunes et des plus de soixante ans est, en France, le plus bas d’Europe. Cela n’est pas raisonnable. On ne doit empêcher personne de travailler, bien au contraire. La France ne manque donc ni de travailleurs ni de capital. Encore faut-il les mobiliser activement, plutôt que de guetter, telle Soeur Anne, la reprise venue d’Amérique, comme certain Premier ministre, en principe socialiste, que je connais bien. Ce paradoxe s’explique pourtant aisément : nos dirigeants se sont défaits des leviers de commande qui leur permettraient d’agir.       <br />
              <br />
       Les variables d’ajustement de l’économie nous échappent désormais. Ou plutôt, dans le système actuel, il n’en reste plus que deux : les salaires et l’emploi. Si rien ne change, bonjour la stagnation salariale et les charrettes de licenciement !       <br />
              <br />
       Il est urgent de se ressaisir. Je propose une politique économique fondée sur trois axes essentiels : le soutien de la demande, l’amélioration de l’environnement des entreprises, le renouveau de l’action sur les structures.       <br />
              <br />
       - Pour soutenir la demande, il existe quatre leviers : outre une revalorisation des salaires et une politique active de la dépense publique, une politique d’argent bon marché et le maintien d’un change compétitif d’abord. Ces deux dernières politiques dépendent en tout ou en partie de la Banque Centrale de Francfort. Les Européens vont découvrir tardivement non seulement le séisme auquel l’introduction de l’euro va conduire, et les immenses difficultés que cela créera en particulier pour nos concitoyens les plus démunis. Malgré mes mises en garde, nos dirigeants collectivement, préfèrent sauter dans le noir, comme en quatorze.       <br />
              <br />
       Mais les Européens et les Français vont aussi découvrir les effets néfastes d’une Banque Centrale déliée de tout engagement à l’égard des citoyens et de leurs représentants et qui, au prétexte de lutter contre l’inflation, ne soutient pas la croissance et l’emploi. Eh bien, il faut réformer les statuts dépassés de la Banque Centrale européenne ; qu’on lui assigne comme tâche de soutenir la croissance et l’emploi par une politique de bas taux d’intérêt, et pas seulement de lutter contre l’inflation ! Que le gouvernement de la France prenne à témoin l’opinion publique européenne et propose de modifier l’article du traité de Maastricht fixant ses missions à la Banque Centrale.       <br />
              <br />
       Dernier levier pour soutenir la demande : l’assouplissement du pacte de stabilité budgétaire jadis qualifié de Super Maastricht.       <br />
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              <br />
       - Deuxième axe : l’amélioration de l’environnement des entreprises.       <br />
              <br />
       Chacun le sait, les entreprises décident de s’implanter là où elles trouvent une main d’œuvre qualifiée, un appareil de formation de qualité, de bonnes infrastructures de transport, des équipements sanitaires et sociaux (ainsi des crèches) facilitant la vie professionnelle, et bien sûr un niveau élevé de sécurité. Pour maintenir et accroître l’attractivité du territoire français, il faut des services publics de qualité. Méfions-nous du dogmatisme libéral en la matière : les accidents de chemin de fer en Grande-Bretagne et les pannes d’électricité dans la Silicon Valley devraient tempérer la furia des privatisations. Orientons-nous plutôt vers des emprunts européens multi-émetteurs pour engager la modernisation des infrastructures sur le continent : fret ferroviaire, voie d’eau, liaison TGV, réseaux à haut débit.       <br />
              <br />
       Si le rôle de l’État ne peut être dans l’économie d’aujourd’hui celui d’un interventionnisme au quotidien, il reste un acteur majeur, un stratège. Son rôle est d’assurer la stabilité dans le long terme. Des investissements majeurs en matière d’énergie ou d’infrastructures de communication requièrent des décennies d’exploitation pour être rentables. Dans d’autres cas, les coûts de développement technologique dépassent les capacités du secteur privé. C’est le cas dans le nucléaire, l’aérospatiale ou l’aéronautique... Même dans les pays à affichage libéral, ces secteurs sont largement soutenus par l’État. Celui-ci peut aussi faciliter la prise de risque par les entrepreneurs, en soutenant fiscalement les efforts de recherche, mesure que j’ai fait prendre en 1983.       <br />
              <br />
       Il est capital que nous portions notre effort de recherche à 3 % du PIB dans des domaines aussi variés que les nouvelles technologies de l’information, les biotechnologies, l’énergie, notamment les réacteurs nucléaires du futur et la pile à combustible, la santé, les transports, l’agriculture et l’environnement, tout en maintenant notre effort de recherche militaire qui, sans nous engager dans l’inutile compétition du « bouclier anti-missiles », doit nous permettre de maîtriser les technologies clés, en particulier dans l’espace et la simulation nucléaire.       <br />
              <br />
       Toute l’expérience du dernier demi-siècle en France, comme celle des États-Unis depuis vingt ans, montre que l’initiative publique en matière de développement technologique est le terreau indispensable du développement économique futur et de l’émergence de nouvelles entreprises.       <br />
              <br />
       Les marchés financiers ne garantissent aucun avenir stable dans le long terme. L’économie de marché a besoin de cadres et de normes pour se développer. Seule la démocratie peut fonder une légitimité propre à assurer des constructions durables. Méfions-nous des modes passagères : chacun sait bien qu’une exigence de rentabilité à 15 % n’est pas soutenable, quand la croissance est inférieure à 3 %. Faut-il rappeler qu’en cas de coup dur, c’est à l’État qu’on fait toujours appel, pour renflouer les Caisses d’Épargne américaines, garantir la dette du Crédit Lyonnais, tenir à l’Argentine, au Mexique, au Brésil, à la Russie la tête hors de l’eau, et si c’est encore possible, sauver les banques japonaises ?       <br />
               <br />
              <br />
       - Troisième axe d’une politique économique active : le renouveau de l’action sur les structures.       <br />
              <br />
       La maison France ne doit pas disparaître. Il est capital de maintenir des synergies étroites entre nos entreprises. Le contrôle des fusions boursières doit favoriser les rapprochements stratégiques et tenir en respect les prédateurs boursiers. Les OPE doivent être réservées aux opérations amicales. Nos entreprises ont besoin d’un actionnariat stable pour mener des politiques qui s’inscrivent dans la durée. Le pôle financier public peut les aider à reconquérir leur autonomie aujourd’hui obérée par les exigences souvent exorbitantes des fonds de pension. En matière industrielle l’État ne peut pas se mettre aux abonnés absents.       <br />
              <br />
       La politique industrielle n’a rien perdu de son intérêt dès lors qu’on se projette dans le moyen et le long terme. Ainsi, la disposition d’une énergie non polluante, à bon marché, exige des choix dès aujourd’hui. Veut-on brûler du gaz, du fioul ou du charbon et continuer d’émettre des gaz à effet de serre, ou va-t-on engager les nouveaux programmes nécessaires à la modernisation de nos filières électro-nucléaires avec des réacteurs à faible production de déchets ? Par quelle démagogie ferait-on croire aux Français que la gestion sûre, durable, et réversible, de 500 tonnes de déchets sur vingt ans serait inaccessible, et qu’il faudrait se résigner à produire non plus 500 mais cinquante millions de tonnes de gaz carbonique pendant la même période ? Ces choix sont moteurs pour l’activité, pour l’emploi et pour l’environnement. Développons dans ce domaine une coopération avec l’Allemagne si elle le souhaite, et si elle ne le souhaite pas, avec les États-Unis Pareils enjeux ne sauraient être mis à la merci d’une démagogie à courte vue ou d’une exploitation des peurs, les Verts tenant le PS en otage. Le souci de précaution doit conduire à prévoir l’approvisionnement en énergie pour demain, une énergie indépendante dans ses sources et non polluante pour la nature.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>5. Il faut reconstruire l’État républicain et les services publics : les moderniser, non les démanteler.</b>       <br />
              <br />
       C’est là un grand sujet auquel j’ai appliqué ma réflexion. On ne peut réformer l’Etat que si ses tâches à long terme sont d’abord clairement fixées. Tâches régaliennes : défense, sécurité, justice, impôts, mais aussi transports, énergie, aménagement du territoire, développement technologique. Tout commence par la définition claire des missions et l’élaboration de véritables projets de service public. L’explosion des nouvelles technologies et le renouvellement des effectifs de la Fonction Publique offrent une chance exceptionnelle de mener à bien ce grand chantier.       <br />
              <br />
       Réformer l’État c’est d’abord simplifier la loi. C’est un rôle nouveau pour le Parlement. C’est mettre ensuite à la diète la folle machine interministérielle qui de chaque décret d’application fait une usine à gaz. La décentralisation commence par le coup d’arrêt mis à la prolifération des règlements, qu’ils soient nationaux ou européens. En tous domaines il faut mettre de la clarté, de la lisibilité. Dressons la liste des usines à gaz : la fiscalité nationale et locale, la réglementation de l’urbanisme, la gestion des fonds structurels européens, la procédure judiciaire, la liste en serait longue. Convoquons, sous la responsabilité du Parlement, des Commissions de réforme. Convoquons surtout l’esprit de Descartes. Bref, ouvrons enfin ce grand chantier de la réforme de l’État.       <br />
              <br />
       S’agissant de la décentralisation, les orientations de la Commission Mauroy offrent une base de travail sérieuse, et j’ajoute consensuelle. Dans ce domaine je ne crains pas la concurrence des démagogues car j’ai mené à bien deux chantiers majeurs : la décentralisation des collèges et des lycées par la loi que j’ai fait voter en 1985 et dont chacun s’accorde à reconnaître l’éclatante réussite, et l’essor nouveau donné à l’intercommunalité par la loi du 12 juillet 1999. Plus de cent communautés d’agglomération ont déjà surgi : avec des compétences stratégiques, une taxe professionnelle unique, un périmètre enfin pertinent, nos villes disposent désormais du moyen de planifier un développement solidaire à long terme et d’éviter –si la volonté en existe- des ghettos à l’américaine.       <br />
              <br />
       On peut aller plus loin dans la voie de la décentralisation : par exemple en dotant les inter-régions d’une compétence propre en matière de développement technologique et d’une part de la TIPPE, afin qu’elle puissent mieux soutenir l’innovation dans le tissu industriel. Je ne propose pas pour autant qu’on revienne sur la délimitation des régions et pas davantage sur l’existence des départements qui jouent un rôle important de cohésion sociale.       <br />
              <br />
       Réformons intelligemment, sans casser les repères. Mais décentralisons hardiment pourvu que ce soit dans le respect de la loi républicaine et de la solidarité nationale.       <br />
              <br />
       Comme l’État, nos services publics doivent être modernisés. Sachons le cas échéant demander à Bruxelles des clauses dérogatoires.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>6. La sixième orientation que je propose touche à l’égalité des femmes qui doivent pouvoir mieux concilier leur vie professionnelle et leur épanouissement familial et personnel. C’est un chantier décisif pour notre avenir.</b>       <br />
              <br />
       Il y a en effet une solidarité des générations qu’aucun gouvernement républicain ne peut laisser détruire.       <br />
              <br />
       Rien n’oppose, bien au contraire, l’engagement résolu en faveur du droit des femmes, de la parité, de l’égalité professionnelle, du libre-choix de la maternité, à une conception évoluée et adaptée de la politique familiale. Aujourd’hui, beaucoup de couples n’ont pas autant d’enfants qu’ils le souhaiteraient (1,8 par femme contre 2,3 désirés, le taux de renouvellement se situant à 2,1). Une politique de la famille doit donc les aider à surmonter les obstacles matériels qu’ils rencontrent et d’abord dans la vie quotidienne.       <br />
              <br />
       Il est possible d’augmenter de moitié en cinq ans le nombre de places en crèches et celui des assistantes maternelles. Un effort de cette nature, capable de résoudre le casse-tête des jeunes mères en quête d’un mode de garde, représente un effort de quelques milliards de francs. N’est-ce pas là le meilleur usage de l’excédent de la branche famille ?       <br />
              <br />
       En matière de revenus, il est temps de mettre un terme à la dépréciation des allocations familiales.       <br />
              <br />
       La France peut et doit assurer le renouvellement de ses générations : c’est à terme la seule vraie solution au problème de la garantie des retraites et de la protection sociale. Ce choix de l’avenir est aussi celui de la jeunesse qui a été sacrifiée au profit de la rente dans les années 80 et 90.       <br />
              <br />
       Il y a deux injustices criantes dans notre société : la situation des familles monoparentales, c’est-à-dire des femmes qui doivent élever leurs enfants seules, et celle des jeunes auxquels leur famille ne peut assurer de ressources pour financer leurs études. Je proposerai que le système des bourses d’enseignement supérieur soit amplifié et qu’il puisse tenir compte de l’évolution sociale vers la plus grande autonomie des jeunes.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>7. Septième orientation qui découle de la précédente : nous devons et nous pouvons garantir un bon niveau de retraite et de protection sociale.</b>       <br />
              <br />
       C’est par le travail et par la croissance que nous garantirons en effet l’avenir des régimes de retraites. La démographie est la variable essentielle à long terme, et pour la décennie qui vient c’est le taux d’emploi qu’il faut relever: ces deux paramètres conditionnent presque entièrement l’équation que le pays doit résoudre.       <br />
              <br />
       Mais le redressement indispensable de ces deux données fondamentales ne dispensera pas d’autres réformes courageuses. Le principe de la répartition ne doit pas être remis en cause mais l’âge de départ à la retraite peut être lié à la durée d’activité et non à un âge-couperet. Il n’y a rien de choquant à ce qu’un salarié entrant dans la vie professionnelle tardivement, après des études supérieures, la quitte aussi plus tardivement qu’un ouvrier entré tôt dans la vie active. C’est la durée de cotisation qui doit établir l’âge de départ en retraite. Cet âge doit cesser de constituer une barrière. Je propose que la retraite progressive soit mise en place, permettant à ceux qui le souhaitent de conserver une activité réduite progressivement ou de continuer à travailler quelques années au-delà de la limite d’âge.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>8. J’en viens à la huitième orientation : Aménageons notre espace et mettons l’homme au cœur de l’environnement.</b>       <br />
              <br />
       Il faut réconcilier l’Homme et la Nature, reconstruire nos banlieues en substituant aux barres et aux tours de petites maisons de ville, lutter contre le bruit et la pollution en favorisant non seulement les transports en commun, mais aussi les voitures électriques et les véhicules utilisant les piles à combustible, privilégier les filières énergétiques qui ne rejettent pas de gaz à effet de serre, dégager les financements nécessaires à la priorité dont doivent bénéficier la voie d’eau et le fret ferroviaire, réorienter la politique agricole au bénéfice des exploitations familiales, qui disparaissent en trop grand nombre. Nos paysans ont besoin d’être mieux reconnus et considérés. Que seulement 6.200 jeunes agriculteurs  s’installent à la terre chaque année doit nous préoccuper : cela signifie que dans trente ans il y aurait moins de 200.000 exploitations agricoles en France contre 600.000 aujourd’hui. Pour encourager l’installation de nouveaux paysans, compte tenu de ce qu’est l’évolution des modes de vie, il n’y a pas de secret : il faut maintenir des prix rémunérateurs et attribuer des aides directes substantielles correspondant au rôle utile que jouent nos paysans : qualité des aliments, sécurité sanitaire, préservation des terroirs et des paysages. Veillons à valoriser les espaces ruraux qui sont un grand atout de la France. Une politique nationale d’aménagement du territoire s’impose pour valoriser notre espace au sein de l’Union européenne. Elle ne peut résulter de la simple juxtaposition de vingt-deux contrats de plan État-région élaborés sans vue d’ensemble. La suppression par le gouvernement du schéma national d’aménagement du territoire dès 1998 a été une erreur. Il y a beaucoup à faire pour que les réseaux à haut débit par exemple irriguent non pas seulement les zones denses, mais l’ensemble du territoire et permettent, grâce au télétravail, de vivifier les zones rurales.       <br />
              <br />
       Au-delà de la France, pensons et mettons en œuvre une véritable écologie de l’Humanité. Tous les peuples ont droit au développement. Faisons en sorte que celui-ci soit à la fois respectueux des cultures et des équilibres fondamentaux de la vie, mais refusons d’en exclure les pays tard venus à la modernité. C’est une thèse réactionnaire ! La croissance des jeunes nations reste plus nécessaire que jamais.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>9. Science et Culture, faisons se lever les forces de la création.</b>       <br />
              <br />
       Plus que jamais, l’avenir est à inventer. Il nous faut donc affirmer sans complexe la liberté de la recherche. Ne confondons pas la science et la démocratie qui, elle, implique des choix d’opportunité et par conséquent des décisions prises à la majorité. Rien de tel ne peut exister en matière de recherche. Sachons donc résister au retour de l’obscurantisme, quelque parure chatoyante qu’il revête. Le moment est venu de donner de nouveaux moteurs à la recherche. L’initiative publique sera pour cela nécessaire. En matière d’emploi scientifique plus qu’ailleurs peut-être, il faut mettre en route des plans de recrutement pluriannuels : Je propose une grande loi de programmation pour la recherche pour les années 2003-2007 portant à 3% la part de la recherche dans le PIB.       <br />
              <br />
       La culture et la science marchent naturellement de pair. Une vraie politique culturelle suscite avant tout le désir de culture. Il y a, dans ce pays, une immense ferveur en matière culturelle : 50 millions de visiteurs dans les musées l’an dernier, c’est énorme ! Oui, le peuple français éprouve un vif désir d’images, de gestes, de mots à partager. Mais pour qu’il y ait partage, il faut des créateurs. Et il y a fort à faire pour insuffler l’énergie créatrice et bâtir un contre-pouvoir à la loi du marché. Refonder la culture, c’est délivrer le service public de la télévision de la publicité, en finir avec l’Audimat, bref, lui rendre sa liberté. C’est surtout ouvrir la culture française sur le monde, largement, en joignant les pays francophones aux pays de langue espagnole et portugaise, pour faire barrage à l’uniformisation marchande. La culture n’est pas séparable de cette franche réorientation de la France vers le Sud qui est dans sa vocation : Il nous faut faire connaître et aimer les créateurs du Sud, Youssou N’dour le chanteur, Youssef Chahine le cinéaste, Ousmane Sow le sculpteur, Ahmadou Kourouma l’écrivain, et tant d’autres qui ouvriront la France à l’avenir du monde.       <br />
              <br />
       Là est le génie de la France : la capacité à brasser tous les peuples, toutes les émotions à travers la discipline choisie d’une langue, dont Fernand Braudel disait qu’elle était 80% de notre identité. Là est notre rôle : affirmer l’unité de la grande vie humaine par-dessus les fractures que creuse une mondialisation sans âme.       <br />
               <br />
               <br />
              <br />
       <b>10. La France est et doit rester une grande puissance politique.</b>       <br />
              <br />
       a) La France est un grand pays, qui parle au monde entier.       <br />
              <br />
       Elle porte le legs d’une conception de la nation fondée non pas sur l’origine, mais sur la volonté d’appartenance à une communauté politique. Faisons vivre pleinement chez nous cette conception républicaine de la citoyenneté. Proposons là en exemple aux peuples déchirés par des haines ancestrales.       <br />
              <br />
       Nous sommes fiers de la geste séculaire par laquelle le peuple français a su donner sens à son Histoire, même si les sommets y font voir des abîmes. Ceux qui veulent définitivement gommer la nation parce qu’elle est un obstacle à l’uniformisation marchande du monde n’ont de cesse que de discréditer la France. Ne nous laissons pas prendre à ces campagnes de « repentance » qui imputent à notre peuple tout entier les crimes commis par Vichy ou encore l’incapacité de la IVème République à sortir du bourbier algérien.       <br />
              <br />
       Ici, à Vincennes, nous assumons toute l’Histoire de France avec ses ombres et ses lumières, mais nous ne laisserons pas entamer le socle de confiance dont le peuple français, comme tout peuple, a besoin pour forger son avenir.       <br />
              <br />
       L’Histoire de France, il nous revient de la continuer. Le moment n’est pas venu d’y mettre fin.  La France ne vas pas disparaître avec le franc. Sa voix, longtemps encore, devra résonner puissamment en Europe et dans le monde, au service des grandes valeurs dont nous avons à faire fructifier l’héritage.       <br />
               <br />
              <br />
       b) La France doit être le moteur d’une Europe de projets ambitieux.       <br />
              <br />
       Il ne s’agit pas d’être pour ou contre l’Europe. C’est absurde. La France est en Europe. On ne peut pas être contre le continent auquel on appartient. Il s’agit de savoir ce qu’on veut faire de l’Europe. On nous répond par des formules attrape-tout : « Une Fédération d’Etats-Nations ». Le Janus bifrons exécutif, ce dieu antique à deux faces, a trouvé sa motion nègre-blanc, mais serait bien incapable de nous dire ce qui pourrait sortir de ce cercle carré.       <br />
              <br />
       L’élection de 2002 sera à cet égard décisive car le Janus exécutif en faisant sienne l’idée d’une Constitution européenne, a déjà accepté de voir la France reléguée au rang d’une grande région. Quand il y a trente peuples en Europe, on fait un traité, on ne fait pas une Constitution, sauf à vouloir dissoudre les peuples.       <br />
              <br />
       L’élargissement à vingt-sept États rend absurde tout projet d’intégration fédérale. La solidarité souhaitable des nations européennes ne doit pas signifier uniformisation, effacement de notre personnalité et de notre culture, dévalorisation de notre Histoire, mépris de nos intérêts.       <br />
              <br />
       L’Europe que nous voulons signifie projets, dynamisme, ambition partagée. Elle doit compléter les nations qui la composent, et non s’y substituer. Je suis un euroréaliste. Je sais par expérience qu’une forte volonté politique, à condition qu’elle s’appuie sur les nations peut infléchir la lourde machinerie communautaire.       <br />
              <br />
       Mais je ferai plusieurs suggestions pour mobiliser les nations européennes et créer un espace commun de débat public :       <br />
              <br />
       - D’abord, étendre le droit de proposition, qui aujourd’hui n’appartient qu’à la seule Commission, à toutes les nations membres du Conseil européen, instance maîtresse de l’Union.       <br />
              <br />
       - Ensuite rendre publiques les délibérations et les votes au sein du Conseil.       <br />
              <br />
       - En troisième lieu, créer au Parlement européen une deuxième Chambre représentative des Parlements nationaux, lieux essentiels de légitimité.       <br />
              <br />
       - Loin de se perdre dans des mécanos institutionnels, l’Europe doit s’engager dans de grands projets. La procédure des coopérations renforcées doit devenir le cadre de ces projets : coopération monétaire d’abord, liaisons ferrées à grande vitesse, tunnels transfrontaliers, voies dédiées au fret ferroviaire, mise à grand gabarit des voies d’eau, dépollution de la Méditerranée, sûreté des centrales nucléaires, programmes de recherche, et développement technologique, industries aéronautiques et spatiales, coopération universitaire.       <br />
              <br />
       - La France est en Europe une puissance d’équilibre et d’ouverture.       <br />
              <br />
       Équilibre dans l’intérêt de toute l’Europe et de l’Allemagne elle-même : il serait judicieux à cet égard d’élaborer un nouveau traité de l’Élysée. Les temps ont changé depuis 1963.       <br />
              <br />
       Ouverture, et d’abord vers le Sud, en resserrant notre coopération, en particulier avec l’Italie et l’Espagne : Nous devons affronter tant de défis communs ! Le processus de Barcelone n’a pas tenu ses promesses ; un quart seulement de l’effort annoncé a été engagé : raison de plus pour nous engager résolument en faveur d’une initiative méditerranéenne de co-développement. La croissance et le progrès social peuvent seuls apporter à la rive sud à laquelle tant de liens humains nous attachent, les moyens de faire reculer la misère, terreau d’un intégrisme fanatique qui serait une terrible régression pour ces pays et une grave menace pour notre société.       <br />
              <br />
       A nous de convaincre l’Europe tout entière à commencer par l’Allemagne que nous devons nous tourner à la fois vers le Maghreb et vers l’Afrique au Sud, comme vers la Russie à l’Est, pour créer un véritable partenariat stratégique au service d’une paix durable.       <br />
               <br />
              <br />
       c) La voix claire de la République doit se faire entendre dans les affaires du monde.       <br />
              <br />
       La politique étrangère de la France doit servir l’idéal républicain et non se laisser asservir par les puissants. C’est vrai dans les Balkans, où manque cruellement la voix d’une conception laïque de la citoyenneté déliée des origines et des religions. C’est vrai au Proche et au Moyen-Orient où la France doit aider à empêcher que se referme l’étau d’une violence sans fin. Israël est capable de puiser le meilleur dans la tradition de justice et de progrès qui l’a fondé. Les Palestiniens doivent voir reconnus leurs droits légitimes aujourd’hui bafoués. Ils ont droit à un État réellement viable. Ce sera d’ailleurs la meilleure garantie du droit à la sécurité d’Israël.       <br />
              <br />
       Nous devons aider le monde arabe à accomplir cette renaissance, dont il rêve depuis deux siècles, et à réussir son entrée dans la modernité. En Orient aussi, c’est dans une conception laïque de la citoyenneté que les trois religions du Livre pourront apprendre à coexister. Il n’y a pas de paix durable qui ne soit fondée sur le respect de l’identité et de la dignité des peuples. C’est pourquoi la paix doit être pensée de la Méditerranée au Golfe.       <br />
              <br />
       J’avais désapprouvé sans équivoque, en son temps, la participation de la France aux opérations américaines contre l’Irak. Avec le recul, chacun peut observer qu’aucune des promesses lancées alors aveuglément n’a été tenue. Il ne reste que la maîtrise américaine sur les deux-tiers des réserves pétrolières du monde, l’envol des prix du brut, et un embargo cruel qui a fait déjà plus d’un million de morts. La France doit faire cesser ce crime.       <br />
              <br />
       Je ne serai jamais de ceux qui invitent à jeter par dessus bord les liens particuliers de la France avec le continent africain. L’Afrique pour son développement a besoin d’États, qui soient des États de droit. Les recettes du libéralisme ou de l’ultra-libéralisme n’apporteront que des malheurs sur la terre africaine. Je propose ainsi que la France prenne l’initiative de défier les règles de l’OMC pour sauver la vie de millions d’Africains menacés par le sida. Il est inacceptable que la dévotion à l’égard du droit commercial des brevets interdise la fabrication de médicaments anti-viraux génériques, qui coûtent pourtant 350 $ pour un traitement d’un an, contre 10 000 $ pour les mêmes médicaments sous licence, soit une baisse des prix de 96%. Si la France, ou si des laboratoires français sur le sol africain, produisaient ces anti-viraux génériques, n’aurions-nous pas le courage de mener, contre les « panels » de l’OMC, la bataille pour la vie ?       <br />
              <br />
       Le monde aspire à l’unité mais refuse la dictature de l’argent et la morgue des puissants. Il attend que la voix de la France –raison, justice- se fasse entendre pour fixer des règles équitables à la mondialisation : relèvement de l’aide publique, effacement de la dette, accords de co-développement, taxation des mouvements de capitaux à caractère spéculatif. Que la République se dresse contre la loi de la jungle ! Oeuvrons à construire avec les grands pays du Sud un monde multipolaire et rééquilibré !       <br />
               <br />
              <br />
       d) Refaisons enfin de notre défense la défense de la République !       <br />
              <br />
       La défense a un prix qu’il faut payer, mais elle doit servir les intérêts de la France d’une manière qui puisse être comprise par tous les citoyens.       <br />
              <br />
       Il est difficile de revenir sur la professionnalisation dont, en 1996, j’avais été l’un des seuls à annoncer par avance les effets pervers : baisse des moyens consacrés à l’activité des forces et surtout à leur équipement, difficultés prévisibles du recrutement et de la fidélisation des engagés.       <br />
              <br />
       L’armée française n’a pas vocation à jouer les supplétifs. Les opérations extérieures coûtent cher : plus de cinquante Milliards de Francs en une décennie, au détriment bien sûr de nos programmes d’équipement et sans bénéfice évident pour l’intérêt national.       <br />
              <br />
       Il est temps de réagir enfin et de redéfinir nos priorités :       <br />
              <br />
       - Réduire le niveau de nos engagements extérieurs dès lors qu’ils ne répondent à aucune visée politique sensée. Une Europe réellement européenne s’efforcerait de sortir du bourbier balkanique et de recréer un espace yougoslave associé à son développement.       <br />
              <br />
       - Dans la longue durée, la dissuasion reste l’outil essentiel d’une politique extérieure indépendante ;       <br />
              <br />
       - Il nous faut par ailleurs préserver les moyens de notre autonomie stratégique : programmes spatiaux, capacités de commandement sur le champ de bataille ; renforcer notre capacité d’agir à distance : avions de transport – avions-ravitailleurs.       <br />
              <br />
       ? Mais aussi et peut-être surtout, penser aux hommes sans lesquels il n’y a pas de défense qui vaille, c’est-à-dire à la condition militaire.       <br />
              <br />
       La défense doit redevenir nationale. Encore une fois, elle a un prix. La France le paiera quand elle comprendra que la défense est l’outil d’une diplomatie indépendante au service de la République.       <br />
              <br />
       Conclusion       <br />
              <br />
       Des tâches enthousiasmantes s’offrent ainsi à nous, pour peu que nous ne renoncions pas à mettre l’action au service de la pensée.       <br />
              <br />
       Peu à peu, notre démocratie a été réduite à un système binaire : Chirac-Jospin, Jospin-Chirac sans que les sujets essentiels on ne voit plus en quoi ils se différencient, la campagne ne s’alimentant que des faits divers, qu’il s’agisse de la chronique des affaires pour l’un, ou de la rubrique « errements de jeunesse » pour l’autre. Il faut sortir de ce système binaire appauvrissant pour le débat démocratique. Il ne suffit pas d’un troisième homme. Il faut un autre possible. C’est ce que je vous propose.       <br />
              <br />
       Si je me tourne vers le Peuple français, c’est parce que je sais qu’il existe en son sein des réserves de courage, de désintéressement, d’amour du bien public, et pourquoi ne pas le dire, de patriotisme.       <br />
              <br />
       A aucun d’entre vous je ne demande d’où il vient. L’essentiel est la direction dans laquelle nous voulons aller ensemble.       <br />
              <br />
       A ceux qui ont partagé les espoirs et les combats de la gauche, pour donner à notre pays un nouvel élan, je le leur dis franchement : ils peuvent se reconnaître dans le combat que j’entreprends.       <br />
              <br />
       - Socialistes enracinés dans la République et qui trouveront par là le moyen de rester fidèles à l’enseignement de Jaurès et à leurs convictions les plus profondes, plutôt que de servir éternellement de béquilles à un système qu’ensemble – rappelez-vous- nous rêvions jadis de transformer ;       <br />
              <br />
       - Communistes, qui n’ont pas renoncé à faire fructifier le meilleur de leur héritage, quand la classe ouvrière, à travers eux jadis, rencontra la nation.       <br />
              <br />
       Les uns et les autres peuvent comprendre que le monde du travail serait réduit à l’impuissance, si la République venait à disparaître. Il est temps de surmonter la tache aveugle qui a fait passer tant d’hommes de gauche sincères à côté de la nation. La gauche et la droite continueront d’exister à l’avenir sous des formes et avec des contenus différents, mais il y a une chose qui est au-dessus de la droite, au-dessus de la gauche, c’est la République !       <br />
              <br />
       Il y a tout à gagner à mener de front le combat pour la justice sociale et le combat pour la France.       <br />
              <br />
       Et de la même manière, ceux qui ont aimé le général de Gaulle parce qu’il a incarné l’honneur et la liberté du pays, pourquoi refuseraient-ils la main que je leur tends sans arrière-pensée ? Cette main, elle est tendue tout simplement à des Français qui ont raison de vouloir conserver ce qui mérite de l’être : la nation, sa mémoire, les valeurs qui illustrèrent notre Histoire, les principes sans lesquels aucune société civilisée, et à plus forte raison démocratique ne peut survivre, et sont prêts à changer avec nous ce qui doit l’être raisonnablement. Ils savent bien que l’héritage du général de Gaulle a été piétiné d’abord par ceux qui s’en réclament. Là où de Gaulle avait reconstruit l’État, Jacques Chirac l’a déconstruit, par une surenchère permanente sur toutes les modes.       <br />
              <br />
       La droite, aujourd’hui entièrement ralliée à la mondialisation libérale, ne voit plus dans la nation qu’un obstacle à contourner.       <br />
              <br />
       Relever d’un même mouvement la démocratie et l’État républicain, redonner à la France le sens d’une mission exemplaire, telles sont les tâches de la génération qui vient. Ce sera difficile, certes, mais je compte que le courage, comme en d’autres périodes de notre Histoire, sera au rendez-vous ! C’est l’appel que je lance, sans exclusive, à tous les Français.       <br />
              <br />
       Chacun doit le mesurer : prisonnière du système du pareil au même, la République, c’est-à-dire la France, peut, dans les années qui viennent, s’abîmer, comme le soleil dans l’océan, dans un conglomérat marchand où elle perdra définitivement son indépendance et son âme. Ou bien elle peut, par un effort de conscience et de volonté, rebondir et encore une fois surprendre le monde.       <br />
              <br />
       Pour rompre avec le système du pareil au même, il faut –je l’ai dit- commencer par la tête. Dans le choix des hommes et des orientations, un Président de la République qui serait l’homme de la nation, peut exercer une influence décisive. Une présidence absolue n’est certes pas souhaitable : le Président de la République ne doit pas absorber tous les pouvoirs. Mais c’est à lui de donner le sens, l’orientation générale. Il lui faut une vision, une certaine idée de la France.       <br />
              <br />
       Parce qu’il est la clé de voûte des institutions, il lui faut aussi l’ expérience de l’État et de la vie politique. Je crois pouvoir dire qu’il y a des hommes de valeur dans tous les partis et qui peuvent comprendre le langage de l’intérêt public, dès lors que celui-ci est porté au sommet de l’Etat.       <br />
              <br />
       Le chemin que je vous propose sera difficile et il sera long. Je ne me dissimule pas une seconde, croyez-le, les difficultés de toute nature auxquelles je devrai faire face. La voie que je vous propose est la plus droite, la plus difficile, mais comme l’a dit le général de Gaulle, tout compte fait, c’est aussi la plus sûre. Elle consiste à compter d’abord sur nous-mêmes. Vous pouvez compter sur ma détermination. Elle sera totale et ne se relâchera pas car je crois dans ma chance, parce que j’ai foi dans la France et dans la République.       <br />
              <br />
       Organisez-vous dès demain dans le pays pour faire entendre la voix de l’intégrité, du courage et de l’espérance. Trouvez l’audace de penser que nous pouvons ensemble changer le jeu et créer une nouvelle donne. Voici comment.       <br />
              <br />
       Aucune campagne présidentielle ne s’est jamais déroulée comme prévu. Il n’est pas besoin d’un grand parti pour gagner l’élection présidentielle. Un vaste courant de sympathie dans le pays peut suffire, si cette sympathie, bien sûr, ne se relâche pas, mais va au contraire en grandissant. 67 % des Français aujourd’hui ne savent pas encore pour qui ils vont voter en avril prochain. Cela donne la mesure de l’espace qui s’offre au pôle républicain.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ce pôle républicain qui est en train de se former et qui se cristallisera dans les prochains mois, impressionne déjà par son ouverture et sa capacité à rassembler largement.       <br />
              <br />
       La campagne va créer sa propre dynamique. Elle fera bouger les lignes.       <br />
              <br />
       Je parcourrai le pays dans les mois qui viennent, pour me mettre plus encore à l’écoute des Français. Je préciserai et développerai les orientations que je leur propose pour relever la République. Bien sûr les critiques et les attaques vont pleuvoir, mais je n’en ai cure, car je sais ce qui les inspire.       <br />
              <br />
       Dans toute bataille, il y a un espace stratégique à occuper. Si, grâce à vous, grâce à tous ceux qui me font confiance, je peux occuper cet espace, au début de l’année prochaine, alors je gagnerai la bataille.       <br />
              <br />
       Je compte sur vous. J’aurai besoin de vous pendant ces huit mois de campagne. J’ai besoin de votre engagement. Ne ménagez pas vos efforts. L’occasion de rebattre en profondeur toutes les données de la vie politique française ne se représentera pas de sitôt au cadran de notre Histoire.       <br />
              <br />
       Rassemblez-vous donc autour de moi : Ensemble nous relèverons la République. Celle-ci sera demain comme hier, si vous le voulez, la force de la France !
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