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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-04-15T05:46:22+02:00</updated>
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   <title>Série d'entretiens sur France Culture (audio et transcription) : 3/ "Le grand schisme européen"</title>
   <updated>2020-04-17T08:42:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Serie-d-entretiens-sur-France-Culture-audio-et-transcription-3-Le-grand-schisme-europeen_a2095.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2020-04-27T07:00:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Troisième épisode de l'émission "A Voix nue" avec Jean-Pierre Chevènement, une série d’entretiens produite par Gérard Courtois et réalisée par Marie Plaçais. Diffusée du lundi 23 au vendredi 27 mars sur France Culture de 20h à 20h30 et publiée en intégralité sur franceculture.fr.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/44827939-36469836.jpg?v=1774921318" alt="Série d'entretiens sur France Culture (audio et transcription) : 3/ "Le grand schisme européen"" title="Série d'entretiens sur France Culture (audio et transcription) : 3/ "Le grand schisme européen"" />
     </div>
     <div>
      Présentation de l'épisode par France Culture : &quot;Jean-Pierre Chevènement est homme de convictions : son désaccord est fondamental avec le grand dessein européen de Mitterrand. A ses yeux, cette Europe néolibérale est aux antipodes du projet de la gauche.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <iframe src="https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=62a980a0-ba84-4461-99ac-cc7ade4ed4dc" width="481" frameborder="0" scrolling="no" height="137"></iframe>     </div>
     <div>
      <span class="u">Transcription intégrale.</span>       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Jean-Pierre Chevènement bonjour. Nous nous sommes quittés hier en mars 1983 au moment où vous démissionnez du ministère de l'Industrie et du gouvernement. La raison immédiate est la mise en cause faite par Mitterrand de votre action et de votre « dirigisme tatillon » disait-il, de votre « bureaucratie tatillonne ». En réalité le différend est beaucoup plus profond : depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, le débat est incessant sur la politique économique que veut ou que peut conduire la gauche, conduire le gouvernement. Or c'est précisément en mars 1983 que Mitterrand tranche ce débat de façon décisive. Pour mieux comprendre cette bataille, je pense qu'il est utile que vous nous refassiez, que vous nous redressiez le paysage géopolitique et économique du moment parce que c'est dans ce contexte de mutation du système capitaliste que la gauche est arrivée au pouvoir, et presque, pourrait-on dire, à contre-temps ou à contre-courant…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : En effet, il y a un télescopage qui se produit entre le néo-libéralisme  qui commence à marquer des points : Margaret Thatcher a été élue en Grande-Bretagne en 1979, et Reagan aux États-Unis fin 1980 mais il prendra ses fonctions début 1981…        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … juste avant Mitterrand…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : … juste avant Mitterrand. Et puis il y a le projet que porte l'union de la gauche qui est un projet de transformation de la société française et dont la colonne vertébrale est vraiment, à mes yeux, la politique industrielle qui permettra de financer l’État social. A la longue, on ne peut pas se contenter de faire une petite politique keynésienne, comme on l'a fait en réalité de 1981 à 1983, cela veut dire qu'on retarde l'échéance. Jacques Delors – qui n'était pas sur ma ligne politique (je vous ai déjà rappelé qu'il avait démissionné du comité directeur au moment où celui-ci avait approuvé le projet du Paris socialiste) – fait monter la pression...       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Jacques Delors qui est ministre de l’Économie.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C'est le ministre de l’Économie. C'est la bérézina tous les jours à l'entendre. Et effectivement, il n'y a pas de rationalité dans la politique qui est menée. Donc Mitterrand hésite, il donne du grain à moudre sur le plan des prestations sociales, de la retraite à 60 ans, mais en même temps il voit bien que financièrement la situation se dégrade : nous avons un déficit de 28 milliards sur l'Allemagne, 28 milliards de francs c'est quand même considérable. Vous me direz qu'aujourd'hui c'est 28 milliards d'euros, c'est-à-dire 6 fois plus, donc on n'a pas fait beaucoup de chemin… La situation ne peut pas se prolonger, il faut faire un choix clair : soit on fait une politique que j'estime être de gauche et aussi conforme aux intérêts du pays, une politique industrielle…        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … Pardonnez-moi, je vous interromps, mais cette politique industrielle repose sur une des décisions plus importantes du début du septennat de François Mitterrand, ce sont les nationalisations : vous vous êtes donnés les moyens d'avoir des leviers industriels entre les mains.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Absolument, et entre les deux thèses, celle de Michel Rocard et grosso modo la mienne – nationalisation à 51 % des <span style="font-style:italic">holdings</span> de tête ou à 100 % –, c'est ma thèse que Mitterrand choisit. C'était un choix audacieux, mais c'était le choix de l'originalité : après tout François Mitterrand n'avait pas été dans l'opposition pendant 23 ans pour qu'il ne se passe rien du tout. Donc j'avais le sentiment d'incarner l'intérêt de la France, l'intérêt de son industrie et je voyais déjà la désindustrialisation qui progressait, les plans de restructuration qu'il fallait adopter dans le domaine de la sidérurgie par exemple, et je ne voulais pas attacher mon nom à cette politique de repli. Je voulais faire en sorte que nous restions fidèles aux promesses faites à nos électeurs et que nous nous battions pour une économie où l'industrie garderait sa place, car je rappelle que des pays comme l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, la Suède ont gardé leur industrie. La France est l'exemple même du pays qui n'a pas gardé la sienne, avec l'Angleterre. Mais ce choix-là est un choix conscient de nos élites.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Deux questions très simples : est-ce-que Mitterrand à vos yeux a réellement hésité à ce moment-là ? Et deuxième question, est-ce-que, car c'était votre philosophie, la France pouvait faire cavalier seul ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Alors Mitterrand a réellement hésité, je pense même qu'il voulait sortir du Système monétaire européen, qui a explosé, je le rappelle, 10 ans après.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C'était ça l'enjeu, en mars 1983.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L'enjeu était celui-là, mais la réalité a été tout autre, je vous l'expliquerai tout à l'heure. En tout cas, Mitterrand a été assez décidé à sortir, mais il s'est heurté à Mauroy, qui a dit : « Je ne sais pas conduire sur le verglas », à Delors évidemment, donc il n'avait que Bérégovoy. Or Bérégovoy est un homme seul. Donc Mitterrand était coincé. Néanmoins, le choix devait être fait. Mitterrand pensait que c'était un choix provisoire : on sortait du SME, on gagnait de la compétitivité, ensuite qu'est-ce-qu'il aurait fait ? En tout cas, il n'était pas encore l'homme du pari pascalien sur l'Europe que je décrirai par la suite.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Pour mémoire le SME … ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Le Système monétaire européen, qui prévoyait une marge de fluctuation de 2,25 % dans chaque sens, à partir d'une grille, et qui concernait les principales monnaies européennes.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Donc précisément sortir de ce SME, c'était faire cavalier seul ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Provisoirement. Disons que d'autres pays l'ont fait à leur tour, pouvaient le réintégrer… C'était une mesure qui nous permettait de ne pas subir de plein fouet les résultats de la dégradation de notre compétitivité notamment sur l'Allemagne. Donc, je pensais qu'il fallait purger l’abcès –  comme l'avaient fait de Gaulle, Pompidou et Giscard en leur temps – en début de septennat…        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : ... en dévaluant…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : ... en dévaluant – je l'avais même conseillé à Mitterrand dès le mois de juin 1981. Donc ça c'était le choix majeur.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Mais qu'est-ce-qu'il s'est passé ? Au fond, les socialistes, le gouvernement et Mitterrand ont manqué de courage ? Manqué d'audace ? Manqué de quoi ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je crois que Mitterrand n'avait plus les hommes qui lui permettaient de faire cette politique. Il n'avait plus les hommes. Je pense que Mitterrand a peut-être commis des erreurs aussi. Il s'est entouré dès le départ d'hommes qui ne pouvaient pas faire cette politique. Il l'a découvert en 1983.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Je pense qu'il l'avait quand même en tête un peu plus tôt…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Alors peut-être l'avait-il en tête, on ne peut pas l'exclure. Mais j'ai tendance à penser que Mitterrand était quand même un peu soucieux de sa propre gloire et il n'aurait pas aimé mettre les pouces. Il a hésité ensuite, avant de trouver le paradigme de substitution, le dessein de substitution qui est devenu l'Europe. Si on veut comprendre comment le choc entre le néo-libéralisme et l'union de la gauche, qui était visible longtemps à l'avance, s'est produit dans la réalité, il faut partir de ce qui s'est passé dans le gouvernement français en mars 1983. Parce que quelqu'un qui regarde les choses de près, qui est le Chancelier Kohl, voit très bien qui a eu gain de cause – c'est Jacques Delors – pour maintenir la France dans le sifflet qu'est le Système monétaire européen. Et l'année suivante, il lui dit : « Vous savez, c'est le tour de l'Allemagne pour la présidence de la Commission européenne… »       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Kohl qui dit cela…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Kohl dit cela à Jacques Delors qui le rapporte dans ses <span style="font-style:italic">Mémoires</span> : « … Mais cette fois-ci j'accepterais que ce soit un Français, à une condition, c'est que ses initiales soient JD ». Et c'est ainsi que Jacques Delors devient Président de la Commission européenne.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C'était aussi le choix de Mitterrand ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Mitterrand est très content de voir un Français qui devient Président de la Commission. Et il pense que Delors sera tout de même plus sensible aux influx qu'il donnera. Donc il y a un trio – Delors, Kohl, Mitterrand – qui se constitue et qui est la réponse que l'Europe continentale va donner au défi du néo-libéralisme. Car qu'est-ce-qui se produit à ce moment-là ? Il y a le Marché unique, le traité de Luxembourg qui instaure le Marché unique à l'horizon 1990-92. Mais ce qu'il faut bien comprendre c'est qu'au cœur de cet Acte unique il y a la libération complète des mouvements de capitaux, abstraction faite de toute harmonisation de la fiscalité sur le capital, sur l’épargne. Et c'est donner des armes incroyables au capital, et c'est mettre le travail dans une situation de faiblesse inouïe, que d'accepter ce deal, si je puis dire, qui naturellement ouvre la voie au capitalisme financier mondialisé. C'est ça la vraie séquence, qui va de mars 1983 à l'Acte unique dont personne à l'époque ne soupçonne encore qu'il sera mis en œuvre à travers plus de 300 directives…        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Mais c'est le point sur lequel je voulais revenir avec vous : cet Acte unique, le gouvernement socialiste l'approuve en 1986, juste avant les législatives. Le Parlement, alors dominé par la droite qui est revenue au pouvoir, avec Jacques Chirac à Matignon, le vote à la quasi-unanimité en 1987. On a l'impression que personne ne se rend compte de ce qui est en train de se nouer.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C'est le fin mot de l'histoire, c'est ce qu'il y a de plus important : C'est que personne ne comprend ce qui se passe. On apporte le traité qui fait 400 pages sur la table du Conseil des ministres à 10 heures, à 11 heures et demi il est adopté. Simplement Roland Dumas a dit : « Je ne vais vous l'expliquer : c'est le Marché unique, qui est la perfection du Marché commun ».        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Roland Dumas qui était devenu ministre des Affaires étrangères…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : … C'était novembre 1985 si je me souviens bien. Le Président dit : « Pas d'autres commentaires ? Eh bien passons à l'ordre du jour ».        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C'est incroyable !</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Le traité est adopté et quand, à la Commission des Finances où je siégeais comme député, Monsieur de Lipkowski, qui était le secrétaire d’État aux Affaires européennes de Jacques Chirac, en 1987, vient présenter le traité de Luxembourg, le traité dit Acte unique, il dit exactement la même chose, les mêmes mots que Roland Dumas : « Je ne vais pas pénétrer dans l'arcane de ces textes complexes, simplement le Marché unique c'est la perfection du Marché commun ».        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Rétrospectivement, vous avez l'impression qu'il y a eu une sorte de tour de passe-passe organisé par les promoteurs de cela ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Hubert Védrine fait une remarque dans un livre qui s'appelle <span style="font-style:italic">Les mondes de François Mitterrand</span> : personne sauf Jacques Delors ne pouvait avoir à l'esprit la masse de directives qui allaient résulter de l'Acte unique, c'est-à-dire les pleins pouvoirs donnés à la Commission pour faire appliquer la liberté de circulation des capitaux, la liberté de circulation des services…        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … le droit de la concurrence…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : … le droit de la concurrence, tout cela au nom de la concurrence, pure et non faussée. Personne n'a en vue ce qui va se passer, c'est-à-dire la mise à l'équerre totale des économies européennes du continent par rapport aux pays anglo-saxons qui ont eux entamé les choses à leur rythme – le programme Thatcher ça se présentait comme un calendrier destiné à casser les syndicats, puis ensuite à instaurer un certain nombre de règles… Il faut se souvenir que la libération des mouvements de capitaux était pour la Communauté européenne non seulement – pour les 12 pays, à l'époque – , mais vis-à-vis des pays tiers, c'est-à-dire avec le monde entier, compte-tenu du fait que l'Europe à l'époque, et encore aujourd'hui, est la première puissance commerciale mondiale. Cela voulait dire une dérégulation totale de l'économie. Et cet affrontement qu'on aurait pu imaginer gigantesque entre le néo-libéralisme anglo-saxon et le projet d'union de la gauche …        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … passe en-dessous de la table…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : … s'est déroulé en catimini, dans l'ignorance des principaux protagonistes, et même je pense – et là je suis certainement très généreux – dans l'inconscience du Président de la République lui-même, qui n'a pas tout à fait mesuré les conséquences de ce que cela allait entraîner.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Et vous-même quand est-ce que vous prenez conscience de cela ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Très tard parce que je ne suis pas dans la boucle si je puis dire. Dans la boucle sont seulement Jacques Delors évidemment à Bruxelles, le ministre de l’Économie qui est devenu Bérégovoy, on peut l'espérer le Premier ministre, et puis quelques conseillers. Un peu moins d'un an après que je sois revenu comme ministre de la Défense au gouvernement, on voit passer une transposition d'une directive bruxelloise qui est justement la libération des mouvements de capitaux, alors je demande la parole, je dis : « Mais est-ce-que vous vous rendez compte de ce que vous faites là ? Vous allez créer une inégalité fondamentale entre le capital et le travail. Le capital qui pourra circuler à la vitesse de la lumière, le temps qu'il faut à un ordre boursier pour être exécuté de l'autre côté de la planète. Et puis le travail, assigné au local, comme le manant à la glèbe ».        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous dites ça en Conseil des ministres ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je dis ça en Conseil des ministres, car là je sursaute. Ce serait pour moi l'occasion de démissionner ! Mais je l'ai déjà fait une fois, je viens de rentrer à nouveau au gouvernement. Je suis pris par surprise. J'interpelle donc en réalité François Mitterrand. Et Bérégovoy qui est à côté de moi me dit : « Tais-toi. C'est arbitré ». « C'est arbitré ». Peut-être partageait-il mes critiques, mais « C'est arbitré ». Et François Mitterrand à ce moment-là intervient et dit : « Il faut comprendre que la libération des mouvements de capitaux n'est qu'un élément de l'Union économique et monétaire », donc de la monnaie unique qui est au bout du tunnel…        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C'est une logique qui est déjà totalement inscrite à ce moment-là dans l'Acte unique, explicitement ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Explicitement. Et si vous lisez les <span style="font-style:italic">Mémoires</span> de Jacques Delors, il dit qu'il se réserve les questions monétaires parce que ça c'est important. Les questions monétaires ne seront tranchées qu'ultérieurement, au conseil de Madrid pour l'essentiel, en juin 1989, puis pour la fixation du calendrier exact et de la date, Kohl fera de la résistance, c'est 1999, c'est-à-dire beaucoup plus tard. Mais il faut comprendre que tout cela est un dessein longuement ourdi, sur pratiquement deux décennies, et qui débouche sur le capitalisme financier mondialisé, avec les règles que nous lui connaissons – l'acquisition de la valeur par l'actionnaire, le capitalisme patrimonial, et le basculement de la géographie économique du monde vers les pays à bas coût, les fractures économiques, sociales, territoriales, générationnelles, que nous vivons aujourd'hui, que nous découvrons aujourd'hui.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C'est ça que vous appelez au fond le « pari pascalien de François Mitterrand » ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Alors vous savez que Pascal parie sur Dieu car si Dieu existe vous gagnez tout, si vous pariez qu'il n'existe pas vous perdez tout.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C'est le moment où vous revenez à la République, au fond. C'est-à-dire que Mitterrand choisit l'Europe aux dépens du socialisme, et vous, vous choisissez la République… faute de socialisme ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Non pas contre le socialisme, mais comme étant la base de départ, le camp de base, qui permet d'aller plus loin. Mais en tout cas je pense que c'est une ligne stratégique qui s'impose d'elle-même, et dès que je suis ministre de la Recherche c'est ce que je fais avec les Assises de la Recherche. Le Conseil économique et social va voter mon projet de loi d'orientation et de programmation à l'unanimité, c'est-à-dire que de la CGT au MEDEF toutes les forces sociales soutiennent le projet d'orientation et de programmation que je vais soumettre au Parlement et faire adopter au mois de juillet 1982. Je crée République moderne qui est un club clairement républicain en 1983 avec Philippe Barret ; la première réunion se fait sur l’École de la République…         <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Tiens donc !</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Nous avons invité [Jean-Claude] Milner, [Jacques] Périault, Dominique Lecourt, enfin les meilleurs esprits sur ce sujet.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C'est quand même tout un symbole de passer du CERES, Centre d’Études, de Recherches et d’Éducation socialiste, à République moderne. On change sinon de paradigme du moins de visée.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C'était le titre d'un livre de Mendès France…        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … tout à fait…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : … qui était mon idole, <span style="font-style:italic">La République moderne</span>. Et à l'époque j'ai travaillé de très près avec Claude Nicolet qui était le rédacteur en chef des <span style="font-style:italic">Cahiers de la République</span> de Mendès France et qui est devenu mon conseiller officieux dans tous les ministères où j'ai exercé. Donc il y avait un lien avec le mendésisme.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Et Mendès n'était pas socialiste…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il était un républicain radical, au sens étymologique du terme.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Tout à fait.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C'était un vrai républicain.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Et donc vous redevenez un républicain radical à ce moment-là ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je me suis toujours senti bien avec les radicaux. Je dirais qu'on a des gènes communs. Disons qu'il n'y a que sur l'Europe où je pense que les radicaux se sont laissés entraîner par Maurice Faure sur la voie d'une Europe supranationale, moi j'étais pour une Europe confédérale ou en tout cas pour quelque chose où les nations resteraient l'instance du contrôle démocratique. Aujourd'hui il n'y a plus de contrôle démocratique. Il n'y a pas un problème de l'Europe, il y a un problème de la démocratie en Europe. Et par conséquent, le retour à la République était pour moi le détour que j’empruntais pour ramener le Parti socialiste à une ligne plus conforme à sa vocation parce que je n'imaginais pas en 1983 que le Parti socialiste pourrait persévérer sur la voie qu'il avait choisie. J'étais persuadé qu'il y aurait un autre rendez-vous…        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous démissionnez en mars 1983 et vous acceptez de reprendre le collier en juillet 1984 quand Mitterrand vous appelle à la rescousse en pleine querelle avec l’École privée, et vous y allez.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : La veille, discutant avec ma femme, me posant la question de savoir si j'aurais envie de retourner au gouvernement, puisqu'on vient d'apprendre que Mauroy a démissionné et que Laurent Fabius lui succède, je lui dis : « En aucun cas je ne veux revenir au gouvernement puisqu'il ne change pas sa ligne politique sur la question qui pour moi est fondamentale qui est la question industrielle. Le seul endroit où je pourrais revenir, pour la redresser, c'est l’Éducation nationale ». Ça me fait mal au cœur, à moi fils d'instituteurs, de voir quand même cette défaite en rase campagne. Et puis je vais me coucher. Le lendemain matin, je suis encore en train de faire la grasse matinée, le téléphone sonne, ma femme se lève, elle me dit : « C'est Laurent Fabius qui t'appelle ». Donc je lui dis : « Le seul endroit où je me vois revenir c'est l’Éducation nationale », – « Il faut que je demande à Mitterrand », me répond Laurent Fabius. En fait je pense qu'il demande aux dirigeants de la FEN [Fédération de l’Éducation nationale]. Et une heure après, il me rappelle il me dit : « Ça va. Tu as un avion qui t'attend, il faut rentrer à Paris ».        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous étiez à Belfort ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je n'étais pas à Belfort. J'étais à Lacanau, j'y passais mes vacances.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Mais surtout vous déclenchez à partir de la rentrée 1984 ce que j'appellerais une vraie offensive idéologique sur la question de l’École, sur son statut et sur son ambition, qui va totalement à rebrousse-poil de tout ce que la gauche qualifions-la de « soixante-huitarde » préconise depuis 15 ans… Et ça marche, si je puis dire !</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Et ça marche parce que l’École laïque avait besoin d'être redressée, et en la ramenant à ses principes – je cite abondamment Jean Macé, « la laïcité c'est le combat contre l'ignorance », je mets l'accent sur les valeurs de transmission, sur le fait qu'il faut rompre avec les méthodes détournées qui veulent que l'enfant apprenne au contact de ses pairs, c'est-à-dire des autres enfants, qu'il apprenne tout seul finalement, ce qui est commode pour les enseignants peut-être mais ne donne pas de bons résultats pour les enfants. Donc je reviens à pas comptés à la méthode syllabique, mais je tiens compte de la psychologie des syndicats. Mais dans l'ensemble cela se passe très bien car ils ont besoin d'une caution laïque. Ils voient que cela marche dans l'opinion et en même temps je fixe des objectifs ambitieux, 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac, et pas au bac je précise car je n'étais pas du tout laxiste. Je crée pour cela le baccalauréat professionnel…       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … C'est quoi l'ambition ? C'est de faire… ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : … C'est de faire de la France un grand pays. J'étais ministre de l'Industrie, je vois à quel point une main d’œuvre bien formée, bien qualifiée, est un atout majeur dans la compétition mondiale. Donc je veux élever le niveau de formation de la France qui est sensiblement en retard sur tous les autres pays avancés, sauf la Grande-Bretagne.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : On était à quoi à l'époque, 30 % au niveau du bac ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : On était à 40 % au niveau du bac, et au bac c'était peut-être 30 %…       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … A peine oui...</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Et naturellement la création du baccalauréat professionnel est aussi un signe de revalorisation de l'enseignement professionnel, avec des professeurs spécialement formés pour cela, ce qui implique une bagarre avec le syndicat des professeurs de l'enseignement technique qui n'était pas d'accord, qui voulait qu'on les recrute sur dossier, comme ça se faisait habituellement. Et d'autre part je décentralise les lycées et les collèges. Les lycées vont se multiplier, de très beaux lycées. Le nombre de lycéens va doubler.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Les lycées vont aux régions.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ils sont pris en charge par les régions, mais les régions ont l'argent qui leur permet de construire partout de beaux lycées. Et ensuite ce sera l'effectif des étudiants qui va doubler, qui va passer de 1 million à 2 millions. C'est un bond gigantesque qui est fait du point de vue de l'éducation, c'est un saut éducatif considérable. Alors évidemment ça demande en même temps une claire maîtrise des programmes. Je fais refaire tous les programmes, à tous les niveaux. Je les revois moi-même, ligne à ligne, parce que c'est très important. Et je les fais éditer en livres de poche, pour que les parents puissent se les approprier. Je dirais que cette politique a eu beaucoup de succès. Je ne m'impute pas ce succès à moi-même, je pense qu'après l'énorme retombée du soufflet du Grand service public laïque unifié de l’Éducation nationale…        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … qui avait déclenché la querelle avec l'enseignement privé…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : … il était temps de passer aux choses sérieuses, et je pense que l'élan donné s'est poursuivi sous mon successeur Monory. Je pense que c'est la bonne ligne. Je vois avec plaisir d'ailleurs que Blanquer a repris la thématique disons « chevènementiste ».        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Enjambons la cohabitation 1986-1988 : Jacques Chirac est à Matignon, la droite a gagné les législatives, Mitterrand est en embuscade à l’Élysée, Mitterrand est réélu en 1988, la performance politique est formidable, la performance intellectuelle est absolument affligeante. Il n'y a plus l'ombre d'un contenu idéologique au projet du deuxième septennat de François Mitterrand. Et pourtant, si je puis dire, vous rempilez, non plus à l’Éducation nationale, mais à la Défense nationale.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui alors le principal service que j'ai rendu à la Défense nationale c'est dans l'opposition, quand j'ai contribué à rallier le Parti socialiste à la dissuasion…       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … années 70…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : … en 1978. Ça c'est un grand service parce qu'il revenait de très loin. Mais ensuite, quand François Mitterrand me propose le ministère de la Défense, c'est quelques jours après sa réélection, je lui dis : « Il faut que j'en parle à mes camarades », et il me dit : « Justement je vais mettre Sarre secrétaire d’État aux Transports », donc je vois tout de suite comment ça se passe… Je lui dis : « Écoutez, pour moi, la réponse serait oui mais je veux en parler quand même, vous me donnez un peu de temps », et il me dit : « Avant de vous quitter, je vais vous poser une question : j'hésite entre deux Premiers ministres, Michel Rocard et Pierre Bérégovoy, lequel me conseilleriez-vous ? ». Je lui réponds tout-à-trac : « Mais écoutez vous prenez celui dans lequel vous avez confiance, bien évidemment ». « Alors prenez le bureau de Marie-Claire Papegay pour sortir parce que Rocard est dans l'antichambre là, il est derrière la porte ». Donc j'ai été ministre de la Défense sans que le Premier ministre le sache !       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Mais quand même avec Rocard Premier ministre !</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Et je ne savais pas encore que Rocard serait choisi comme Premier ministre, mais je m'en doutais fortement. Donc je deviens ministre de la Défense, je relève directement de François Mitterrand. Je suis chargé de réviser la loi de programmation. Je le fais dans les meilleures conditions pour nos armées qui n'auront jamais eu un budget d'équipement plus important que celui de 1991, c'est-à-dire mon dernier budget. Je fais le plan Armées 2000, en tenant les États-majors je dirais dans l'ignorance dans ce que je prépare avec le général Coullon, ancien chef de la Légion, qui m'assiste. Et nous prévoyons de réduire de moitié les États-majors, ce n'est quand même pas rien ! Donc je fais des tâches qui sont des tâches un peu obscures, je m'occupe de la dissuasion… jusqu'à la guerre du Golfe.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : On y viendra demain à la guerre du Golfe qui provoquera votre deuxième démission. A demain donc !</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : A demain !        <br />
              <br />
       La série en intégralité à retrouver <a class="link" href="https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-republicain-ombrageux--une-serie-d-entretiens-sur-France-Culture_a2085.html">ici</a>. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Serie-d-entretiens-sur-France-Culture-audio-et-transcription-3-Le-grand-schisme-europeen_a2095.html" />
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   <title>"Pour moi, la Guerre du Golfe a signé la fin de la politique arabe de la France"</title>
   <updated>2015-04-27T11:10:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Pour-moi-la-Guerre-du-Golfe-a-signe-la-fin-de-la-politique-arabe-de-la-France_a1706.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <published>2015-04-27T10:52:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de France Culture, dimanche 26 avril 2015. Il répondait aux questions de Vincent Martigny et Thomas Wieder.     <div>
      <iframe src="http://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=5026317" width="481" frameborder="0" scrolling="no" height="137"></iframe>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> De Gaulle répond d'une manière un peu ambigue : « <span style="font-style:italic">C'est une privilège d'avoir quelqu'un à qui le dire</span> ». C'est peut-être ironique. Cela ne me paraît pas illustrer particulièrement la solitude du pouvoir. C'est une confidence que fait Pisani au général de Gaulle, mais chacun peut raconter une histoire qui ressemble à celle-là.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'ai pas eu de peine à soutenir François Mitterrand au congrès d'Epinay, et pourtant mon soutien a été décisif. Si Mitterrand est devenu le Premier secrétaire du PS et le candidat de la gauche qui,  la fin, en 1981, l'a emporté, c'est pas seulement grâce à moi et mes amis des CERES, mais nous étions la clé de ce Congrès. C'était une responsabilité assez lourde, mais, bien avant moi, Waldeck Rochet, secrétaire général du PCF, avait adoubé en quelque sorte F. Mitterrand en 1965 comme le candidat unique de la gauche. Donc je suis parti de là, pour faire confiance, et au soir d'Epinay, Mitterrand dans la nuit, m'a posé la main sur l'épaule et m'a dit : « <span style="font-style:italic">je ne vous tromperai pas</span> ». </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> A quel moment ai-je été seul ? En 1983. J'avais déjà l'expérience de deux ans de pouvoir, je voyais comment ça se passait. J'étais ministre d'Etat, ministre de la Recherche et de la Technologie, puis de l'Industrie. C'était quand même une fonction importante dans le gouvernement, parce qu'à l'époque l'industrie pesait lourd : c'était l'époque des nationalisations. Mes rapports n'étaient pas toujours facile avec le ministre des Finances, Jacques Delors, qui, visiblement, ne voulait pas aller dans la même direction que moi.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je me suis senti seul quand j'ai vu les difficultés qui s'accumulaient sur mon chemin, et quand j'ai senti que des décisions considérables allaient être prises, au moment où Mitterrand allait décider si, oui ou non, la France resterait dans le Système Monétaire Européen. C'était le problème de la surévaluation du franc, et de la politique industrielle qui se posait. Je ne voulais pas rester ministre de l'Industrie, si le choix qui était fait était le choix du franc fort, de la surévaluation, et par conséquent, à terme, de la désindustrialisation. Je pense avoir vu cela très clairement, et quand j'ai démissionné en mars 1983 du gouvernement, c'est parce que j'ai pensé qu'on s'acheminait sur une voie sans retour.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Un Président, quand il est élu, et dans les premières années de son mandat, est plus ouvert à la concertation, au conseil, qu'au fur et à mesure que le temps passe. Il a beaucoup consulté ses ministres pour savoir s'il fallait rester dans le SME ou s'engager dans la voie d'une dévaluation assez forte, quitte à y revenir ensuite. Après cette décision, il lui a fallu se rétablir : il est resté silencieux assez longtemps. Et l'Europe est devenue le maître mot de sa politique.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Hubert Védrine a très bien expliqué ce changement de paradigme : de la transformation de la société française, on passe en fait, à mes yeux, au nom de l'Europe, à un certain ralliement au néolibéralisme dominant. Je pense que François Mitterrand n'a pas fait ce choix là complètement en connaissance de cause. Il a fait confiance à ce que j’appellerai la ruse de la raison européenne, mais la ruse de la raison néolibérale était beaucoup plus forte, et la suite l'a montré.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Au Mali, François Hollande décide seul, mais parce que la France est seule, et peut intervenir. Donc c'est une décision de la France. En Irak, en 1990, c'est une décision qui est prise par le Président des USA, Georges Bush père, et Mme Thatcher, dans le Colorado. Et maintenant on connaît bien ce qui s'est passé, puisque Roland Dumas le raconte dans une petite brochure, publiée à l'Institut François Mitterrand : le lendemain matin, le 3 août, François Mitterrand le convoque, lui indique avoir reçu un coup de téléphone du Président Bush, qui a demandé si la France se joindrait à la guerre qu'il compte faire à S. Hussein, ou si la France resterait à l'écart. François Mitterrand demande son avis à Roland Dumas, et vers 11h ou 12h, la décision est prise : la France sera avec les Etats-Unis, dans une situation subordonnée.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Mitterrand a géré seul toute cette période, et je dirai qu'il l'a fait en donnant très largement le change, allant à l'ONU pour demander à ce que l'Irak fasse un geste. En réalité tout cela n'était suivi d'aucune démarche diplomatique. La décision était prise par les Etats-Unis.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je connaissais bien le monde arabe. Je pensais qu'il ne fallait pas intervenir, qu'il y avait des moyens plus efficaces, diplomatiques, d'obtenir le retrait des troupes irakiennes du Koweit, et d'ailleurs S. Hussein l'a proposé en octobre. Mais nul ne l'a jamais su.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour moi, c'était la fin de ce que l'on a appellé la politique arabe de la France, qui consistait à soutenir les vecteurs de progrès dans le monde arabo-musulman.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Mitterrand ne m'avait pas du tout dit ce qu'était sa décision. Il a parlé à la télévision de « logique de guerre ». C'était le 9 août, mais il n'a pas dit que c'était la guerre. Jusqu'à la fin, on a pu penser qu'il y aurait une médiation. Pour moi les choses sont devenues tout à fait claires après la décision du Conseil de Sécurité de l'ONU, et j'ai envoyé ma lettre de démission à François Mitterrand, qui m'a demandé d'y surseoir, parce que, m'a t-il dit, il comptait faire une médiation, soit avec les Soviétiques, soit avec les Algériens. Ne voulant pas le mettre dans l'embarras, j'ai retenu ma démission.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je m'étais ouvert à mes amis de « Socialisme et République » de cette problématique. Je leur ai demandé leur avis. Tous ne m'ont pas suivi. Là, c'est vraiment la solitude : quand vous ne distribuez plus les nominations, les avantages, les rubans, vous êtes forcément plus seul. Mais pour moi, ce n'est pas cela qui est important. Pour moi, la vraie solitude du pouvoir, c'est par rapport à l'exercice du pouvoir lui-même, pas par rapport à la manière dont on va le conserver – parce qu'à la limite, ce n'est pas important.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Ce qui est décisif, c'est comment le Président de la République, dont de Gaulle a voulu qu'il soit l'homme de la Nation, se comporte, face à des choix majeurs. Pour Mitterrand, l'Europe, c'est aussi un choix majeur. Pour Chirac, l'Irak, c'est un choix majeur. Pour les autres, je dirai que ce sont plutôt des histoires « vaudevillesques ».        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Il n'y a pas de jouissance du pouvoir : il y a d'abord le devoir, la responsabilité, vis à vis du pays qui vous a confié cette responsabilité.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Quand Poincaré en 1917 fait appel à Clemenceau, il le déteste, mais il fait appelle à lui, parce que le pays est au bord de la défaillance. Et Clemenceau ramasse l'énergie du pays.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a toujours des moments de décision, et il faut ruminer dans sa tête. C'est un processus complexe. On ne dort pas facilement la nuit. On écoute. On travaille. Cela prend des jours avant de prendre une décision majeure.        
       </li></ul><ul class="list"><li> De Gaulle a voulu la Vème pour la France parce que l'expérience des régimes d'assemblées avait conduit à la catastrophe. Mais tout le monde n'est pas de Gaulle.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Quel talent de François Mitterrand, quel courage, quelle ténacité ! Entre 1965 et 1981, il y a quand même du temps qui se passe. Et François Mitterrand est dans l'opposition depuis 1958. Il y a évidemment la solitude du coureur de fond.        
       </li></ul><ul class="list"><li> D'une certaine manière, François Mitterrand a légitimé les institutions que le général de Gaulle avait donné à la France, approuvées par le peuple français. Si François Mitterrand n'avait pas endossé la fonction présidentielle comme il l'a fait, aujourd'hui, la Vème ne serait pas aussi bien installée qu'elle l'est. Elle a plus de cinquante ans. Elle a duré longtemps à l'aune des régimes précédents et elle durera encore longtemps !        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> La solitude du pouvoir, c'est une solitude qu'on éprouve vis à vis du pays, ou même plus largement de l'humanité. On est dans une situation où il faut faire appel à son intelligence et à son courage. On n'est jamais tout à faire sûr d'avoir raison, mais il faut prendre une décision.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur la solitude de l'après pouvoir, je dirai que j'ai choisi de partir sur des choses qui en valent la peine. Je ne l'ai jamais regretté. Et je n'ai jamais cessé d'être un citoyen. Je considère que le combat culturel est aussi important que le combat politique. Par conséquent je n'éprouve pas de solitude particulière. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Jean-Pierre Chevènement, une histoire politique"</title>
   <updated>2014-10-05T19:13:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-une-histoire-politique_a1664.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <published>2014-10-05T11:51:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission "La voix est libre" sur France 3 Franche-Comté, samedi 4 octobre 2014. Il répondait aux questions de Jérémy Chevreuil.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     <div>
      <span class="u">Verbatim :</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> Je suis allé au terme de ce que je pouvais faire comme parlementaire. J'ai été élu pour la première fois il y a 41 ans, en 1973. Mais Jean-Pierre Chevènement peut exister autrement qu'en étant sénateur ou député dans le paysage politique. Par conséquent, je continuerai à m'exprimer.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai consacré l'essentiel de mon temps à l'action politique, mais une politique qui ne se séparait pas du combat des idées, par conséquent aussi à la lecture, à la réflexion. Je pense être resté fidèle à cette conception très ancienne de la politique, où on ne sépare son engagement politique d'une vision du monde. C'est un engagement de l'être tout entier au service de ses concitoyens, de son pays. Par conséquent, on ne se ménage pas. On lui accorde peu de repos.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Au moment où on approchait de la fin du septennat du général de Gaulle, l'idée de refonder la Ve République sur des bases de gauche, d'unir la gauche, avec un Parti Socialiste entièrement rénové (je suis l'un des principaux artisans du congrès d'Epinay), est enthousiasmante. Et cela a réussi. J'ai adhéré au Parti Socialiste en 1964. L'alternance avec François Mitterrand fonctionne en 1981. C'était un travail de patience, et je m'y suis pleinement investi, en rédigeant notamment les programmes du PS.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'accident d'anesthésie de Jean-Pierre Chevènement</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Cet épisode a renforcé mon caractère, mais il ne l'a pas changé.       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai une bonne santé, c'est ce que les médecins m'ont dit, car j'ai surmonté une épreuve qui m'a été très difficile. Mon cœur s'est arrêté pendant 55 minutes. Il fallait ensuite récupérer. J'étais aussi très motivé. Je pense que cela m'a donné une certaine force.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Mes amis, qui sont des laics intransigeants, ne voulaient surtout pas que je sois miraculé d'autre chose, d'où l'expression « le miraculé de la République ». Le miracle devait s'être déroulé dans le strict espace républicain et laic. C'est une plaisanterie !       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai vu la mort à deux ou trois reprises d'assez près dans ma vie. Pendant la guerre d'Algérie, je me suis fait arrêté en quelque sorte par une police supplétive, des gens qui n'avaient aucune formation, et je revois le pistolet mitrailleur appuyé sur mon estomac, avec la culasse en arrière, dans une position extrêmement dangereuse. Et heureusement, quelqu'un pousse un cri de l'autre côté. Et le « policier » occasionnel tend sa mitraillette dans la direction opposée. Donc je ne me suis pas fait prier, et j'ai pris la poudre d'escampette. C'était en juillet 1962, les premiers jours de l'indépendance de l'Algérie.        
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/fb8e362f7884c003fb7520c1ba55933ec91f37e6" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur les 3 démissions de Jean-Pierre Chevènement</span>       <br />
       <ul class="list"><li> En février 1983, j'avais une discussion avec François Mitterrand sur la politique industrielle, dont je lui réclamais les moyens. Quand je suis revenu au ministère de l'Industrie, les journalistes m'attendaient pour une conférence de presse, et m'ont demandé ce que je pensais de la négociation qui allait s'engager sur le maintien ou non de la France dans le Système Monétaire Européen. Et j'ai donc dit : « <span style="font-style:italic">Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l'ouvrir, ça démissionne</span> ». Et j'ai ajouté que pour le moment je fermais ma gueule. J'ai démissionné du gouvernement le mois suivent.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'ai pas quitté le gouvernement sur un choix mineur, ou des questions de susceptibilité, mais sur des questions majeures. L'accrochage du franc au mark allait déterminer  toute la politique ultérieure de libéralisation.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai démissionné une seconde fois pour protester contre la première guerre du Golfe en 1991. Je n'y reviens pas. On en voit aujourd'hui les résultats. Le Califat islamiste, c'est la conséquence de cette première guerre du Golfe, redoublée par une seconde, qui a détruit l'Irak, alors qu'on pouvait éviter cette guerre, je vous le certifie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai démissionné la troisième fois à propos de la question corse. Transférer le pouvoir réglementaire aux régions, c'est revenir à l'Ancien régime, où on changeait de loi plus souvent que de cheval, comme disait Voltaire en traversant la France ! Cela devient un pays éclaté, ce n'est plus la République. La République comporte une loi, qui est la même pour tous. L'idée que l'on puisse transférer, non seulement le pouvoir réglementaire, mais aussi le pouvoir législatif à la Corse, me hérissait.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut dire non à des choses très importantes. J'aurais pu démissionner mille fois ! En 1988-89, quand j'ai vu qu'en application de l'Acte unique, on allait libéraliser les mouvements de capitaux, non seulement à l'intérieur de l'Europe mais aussi vis-à-vis des pays tiers, sans aucune harmonisation fiscale, croyez-moi, j'ai ouvert ma gueule en Conseil des ministres ! Mais j'étais le seul. Tous les arbitrages avaient été rendus. Par conséquent ça s'est fait, au 1er janvier 1990. Cette décision est fondatrice du capitalisme financier, dans la crise duquel nous nous débattons aujourd'hui. Peut-être que là j'aurais pu démissionner, et peut-être même l'aurais-je dû.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur les conséquences de la première guerre du Golfe</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Si je raisonne dans le cadre de notre politique extérieure, de notre politique arabe, de notre politique au Moyen-Orient, oui, je considère que François Mitterrand a fait une grave erreur en participant à la guerre du Golfe. Il a retourné la politique qui était celle du général de Gaulle. Et pour moi, c'était très dur à supporter, parce que j'adhérais à cette politique.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La modernisation du monde arabe devait être encouragée, et pas les tendances les plus fondamentalistes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On voit aujourd'hui le résultat : on a cassé l'Irak, qui était le verrou par rapport à l'Iran. On a ouvert la voie à Ben Laden et à Al Qaeda, et aujourd'hui les sunnites irakiens se sentent laissés pour compte, et se sont livrés au Califat islamiste.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Très franchement, je ne sais pas ce que sera la suite, mais nous n'avons pas fini de boire le calice jusqu'à la lie.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur les cycles politiques de longue période de la gauche</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> François Mitterrand à Epinay, a pris la tête du PS alors qu'il n'en avait pas la carte 24 heures auparavant, cela notamment grâce à l'aide du CERES. Mais il avait été le candidat de l'union de la gauche en 1965, et c'est cela qui lui avait donné une stature extrêmement attirante pour les couches populaires.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Avec l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, beaucoup de choses ont changé. L'abolition de la peine de mort, la décentralisation, la retraite à soixante ans, les lois Auroux, une certaine démocratisation de l'enseignement... beaucoup a été fait. Mais il y a un retournement fondamental qui est intervenu au milieu des années 1980. L'ampleur de ce qu'on a appelé la « parenthèse libérale », qui ne s'est jamais refermée, l'ampleur de la conversion au libéralisme, la dérégulation appliquée non seulement en France, mais aussi en Europe et dans le reste du monde, est immense.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a malheureusement des Français éminents, considérés en tout cas comme tel, Jacques Delors et un certain nombre d'autres technocrates bien connus, qui ont joué un rôle tout à fait décisif au printemps 1983, et par la suite au moment de l'Acte unique, qui étend le néo-libéralisme a toute l'Europe, puis la monnaie unique, en 1992.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Soyons clairs : la gauche au pouvoir aujourd'hui n'est pas la même gauche. Nous ne sommes plus dans la même situation. La globalisation financière s'est installée, via l'Europe et en particulier le nœud français de 1983, par le ralliement de la Chine à l'économie de marché en 1979, et l'implosion de l'URSS en 1991.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La masse des capitaux, qui font ce que l'on appelle les marchés financiers, sont les arbitres de vie ou de mort des entreprises et des États. Nous sommes dans un monde très différent, et par conséquent, il faut imaginer une stratégie nouvelle, qui reste fidèle aux inspirations initiales.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous sommes dans un monde où il faut penser que la France soit un pays qui reste inspiré et voué à l'universel, voué à servir de pont entre l'Occident et les pays émergents.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur François Mitterrand</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> En 1979, François Mitterrand me reçoit à son domicile. Me raccompagnant, il se penche vers moi et me dit : « Vous savez Jean-Pierre, nous sommes d'accord sur tout, vous et moi. Mais malheureusement, à votre différence, je crois que, à notre époque, la France ne peut plus faire autre chose que passer à travers les gouttes ». C'est une des rares phrases que j'ai noté, parce que je pense qu'elle a bien symbolisé jusqu'à l'épisode de la guerre du Golfe.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Mitterrand était un homme qui a commis des erreurs. Le traité de Maastricht en était une, et elle n'était pas mince ! Mais pour autant, c'était un homme tout à fait fascinant, qui avait un recul historique, une culture, qui impressionnait. Les hommes politiques d'aujourd'hui sont formés à une autre école.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'ENA</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai donné mon sentiment sur l'ENA dans un petit livre, intitulé : « <span style="font-style:italic">L'énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise</span> », en 1967, que j'ai écrit avec deux copains sous le pseudonyme de Jacques Mandrin. En fait, l'ENA c'est deux concours : un concours d'entrée et un concours de sortie. Il faut les réussir ! Mais entre les deux, ce n'est rien.        
       </li></ul><ul class="list"><li> A l'ENA, je n'ai appris qu'à servir le vin ! C'est l'anecdote que je raconte pour faire rire : mon préfet, chez lequel je faisais un stage dans le Morbihan, m'avait appris à tourner le goulot de la bouteille, de telle manière que d'un coup sec, je pouvais éviter que la goutte ne tombe sur la nappe.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur quelques considérations liées à notre époque</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Avec la mondialisation libérale, on trouve le triomphe de l'argent. Les gens sont mus davantage par l'envie de gagner de l'argent. C'est le règne de la pantoufle, du parachute dorée. Il y a aussi l'instantanéité, le court-termisme qui s'est substituée à la réflexion de long terme.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le système médiatique s'est profondément transformé. Il y a beaucoup plus de télévisions et de radios, les réseaux sociaux sont là... Chacun est en position d'être le valet de chambre de tous les hommes politiques que nous avons en activité !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il n'y a plus de respect du secret de l'instruction, de la présomption d'innocence, de la vie privée. Je pense que c'est regrettable.        
       </li></ul><ul class="list"><li> De Gaulle disait : « <span style="font-style:italic">L'autorité ne va pas sans prestige, et le prestige ne va pas sans éloignement</span> ». Aujourd'hui, l'éloignement n'est plus possible. Tout se diffuse, les conseillers parlent, les attachés parlent... Pratiquement, pour être sûr de garder un secret, il faut le garder pour soi-seul, et n'en parler à personne !        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la Russie et l'Ukraine</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour faire l'histoire, il ne faut pas se mettre à la remorque des États-Unis. Prenons le cas de l'Ukraine. Je pense que l'histoire s'est passée d'une façon différente de ce qui nous est raconté. Je pense que les tords sont très partagés. On donne une description souvent outrée de la Russie d'aujourd'hui. La Russie d'aujourd'hui, ce sont des classes moyennes qui partent à l'assaut des aéroports. La Russie, ça change.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur Manuel Valls</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que Manuel Valls a été un très bon ministre de l'Intérieur. Il a très bien compris le rôle de la règle : la règle protège, et la liberté écrase. Pour être un bon Premier ministre, il doit savoir que la République ne s'applique pas qu'à l'ordre public : la République, c'est aussi quelque chose qui doit intervenir dans l'ordre économique et social. Il pose à bon escient le problème de l'euro, qui est une monnaie surévaluée, qui nous plombe depuis trop d'années, qui a contribué largement à notre désindustrialisation.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la campagne présidentielle de 2002</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne me suis pas préparé à être Président de la République ou Premier ministre. En 2002, mon intention était de créer un courant républicain qui pèse suffisamment sur la gauche plurielle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Tout ce que j'ai dit reste juste, et les axes principaux de ma campagne, je peux les reprendre aujourd'hui à mon compte. Mais je ne me suis pas préparé à être Président de la République quand je le pouvais, c'est à dire au moment où j'ai été élu député, à l'âge de 34 ans. Si à ce moment là, j'avais voulu me mettre dans la roue de François Mitterrand, je n'aurais pas fait le CERES, j'aurais caché mes dissentiments, je n'aurais  démissionné en aucune circonstance. J'aurais alors peut-être pu devenir Président ou Premier ministre, mais ce n'est pas sûr. Et en agissant de la sorte, je me serais confondu avec la couleur de la muraille.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je considère qu'il est très injuste de faire de moi le bouc-émissaire de la défaite du candidat socialiste, qui lui doit quand même beaucoup, par sa politique et par sa campagne, qui n'était quand même pas formidable. Et pourquoi avoir donné des parrainages à Besancenot ? Pourquoi n'avoir pas découragé Taubira qui était prête à se retirer ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> Lionel Jospin n'avait pas accroché quelques étoiles à son firmament. Je le lui ai dit sous cette forme en 2000. C'était un très bon Premier ministre, avec beaucoup de compétence, mais je pense qu'il n'avait pas la capacité de devenir Président de la République. Il n'avait pas la vision. Il avait été pour la Constitution européenne. Il avait été l'un des suppôts de Maastricht. L'expression « <span style="font-style:italic">parenthèse libérale</span> » est la sienne à l'origine. On ne peut pas dissimuler que nous avions deux lignes différentes. Ce n'est pas criminel !       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur le Front National</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'ai pas du tout le même itinéraire que Marine le Pen. Sur des sujets fondamentaux, nous ne pensons pas du tout la même chose. Le problème aujourd'hui, c'est de savoir comment on desserre la contrainte monétaire. Ce que je propose est quand même plus fin que ce que propose Marine le Pen.        
       </li></ul><ul class="list"><li> S'agissant de la République, je la crois fondée sur la citoyenneté. L'idée que l'on puisse distinguer un Français par son origine me fait horreur.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a des gens qui se revendiquent de moi dans tous les partis politiques. Ma pensée a essaimé largement, et peu, je crois, au FN, parce que je suis un partisan ardent de la citoyenneté, que la France est naturellement un pays métissé. Je demande simplement à ceux qui veulent la nationalité française de respecter la loi républicaine, et l'esprit de la loi : se conformer à quelques usages raisonnables.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je combats le racisme, l'islamophobie, l'antisémitisme, tout ce qui vise à ranger les Français dans une catégorie particulière. Je pense que quand on est citoyen français, on est citoyen français. Point final.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Pour Belfort</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Avoir été maire de Belfort pendant plus ou moins 30 ans, c'est une charge, mais c'est d'abord un honneur. Belfort est devenue une ville universitaire. Le TGV, après 25 ans d'efforts, y arrive. Les fondements industriels ont été consolidés, et je n'y suis pas tout à fait pour rien. L'organisation territoriale a été modifiée. Nous avons répondu à la disparition de Bull par une stratégie : Technum. Il y a aujourd'hui, sur le site de Technum, autant d'emplois qu'il y en avait à l'époque de Bull et d'Alstom. Il a fallu intervenir constamment pour que le bateau reste à flot et continue d'avancer.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'avenir de la gauche</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> La vie politique procède par cycles de longue durée. La gauche reviendra quand elle se sera refondée intellectuellement, qu'elle aura pris la mesure du monde, qu'elle aura une nouvelle grille de lecture qui lui permettra de comprendre où elle se situe et où elle doit aller. J’œuvrerai pour ma part, dans les années qui me restent, à lui fournir ces clefs, à faire ce travailleur d'instituteur républicain, à montrer que la France reste un grand pays universaliste, qui peut tendre la main à tous, qui peut jouer un rôle pour construire une Europe européenne, peser dans le monde de demain entre les États-Unis et la Chine, défendre notre modèle social en le modernisant.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je préside la Fondation Res Publica, qui en est à son 85ème cahier - un immense travail de fond y est fait par les meilleurs experts, dans tous les domaines. Je traduirai aussi cette œuvre sous la forme des livres que je vais écrire. Il y aura certainement quelque chose que je ferai sur la théorie de la République, qui me paraît un peu oubliée, pour montrer la cohérence du concept, sur le récit national, qui doit être vrai et non falsifié, pour redonner à la France l'estime de soi qui lui manque tellement, et puis construire un programme de Salut public ! </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur les questions de sécurité</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Sauvageons et racaille, cela n'a rien à voir ! Sauvageons, c'est un arbre non-greffé. En utilisant ce terme, je pointais le défaut d'éducation. Racaille, c'est une expression choquante. J'ai tendance à penser qu'il faut toujours offrir une voie de rédemption. Je suis toujours pour des réactions très proportionnées. Sauvageon, ça n'a peut-être pas été compris, beaucoup ont été choqués car ils ont entendu « sauvage », mais ils ont fait des progrès en Français, puisque je leur ai expliqué ce que ça voulait dire !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y avait une très mauvaise conception de la sécurité à gauche. On se mettait toujours à la place des victimes, on était dans la culture de l'excuse. Tout cela faisait sûrement honneur au cœur tendre de ceux qui exprimaient cette vision, mais la réalité c'est qu'il y a une délinquance qu'il faut combattre. La sécurité est quand même l'un des premiers droits de l'homme et du citoyen.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur ces questions, il y a en fait une double démagogie : un angélisme de gauche, et une démagogie de droite, un catastrophisme qui ne paraît pas non plus très raisonnable. Il y avait 1000 personnes qui étaient tuées chaque année quand j'étais ministre de l'Intérieur, aujourd'hui c'est 600. On ne dit jamais les choses qui vont mieux. Quant aux chiffres... les policiers étaient astreints à en produire sous Sarkozy. Ils ne faisaient plus la police, ils remplissaient des formulaires pour faire les statistiques !       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur de Gaulle, Mitterrand et Chirac</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai eu l'occasion de déjeuner avec le Président Chirac, qui m'a dit : « <span style="font-style:italic">Il y a deux grands présidents, de Gaulle et Mitterrand. Moi je me sens plutôt mitterrandiste</span> ». J'ai failli lui répondre, et je le fais devant vous, que moi je me sens plutôt gaulliste, car je sais ce que la France doit au général de Gaulle. Il n'y a pas d'équivalent à l'effondrement de 1940 dans notre histoire, et si la France continue, c'est grâce à de Gaulle. De Gaulle a aussi su trancher le nœud gordien de l'Algérie. Il fallait que l'Algérie soit indépendante.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'admire de Gaulle comme étant le plus grand homme d’État français du XXe siècle. J'admire aussi François Mitterrand mais pour d'autres raisons. Et surtout, je suis attaché à l'homme qu'était François Mitterrand, plus qu'à ses choix politiques d'ailleurs, avec lesquels je me suis dissocié, de son temps.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'état de la gauche à Belfort</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Le candidat que j'avais installé dans le fauteuil du maire de Belfort a changé de parti après sa défaite aux législatives. C'était un choix malheureux pour lui-même. Je me suis senti blessé dans la fidélité à ce qu'était nos idées communes. C'était une question de dignité et d'intérêt. Il avait une chance d'être réélu, en restant au MRC. Il a fait le choix inverse, il a divisé son camp, et il porte lui, et ceux qui l'ont débauché, la responsabilité de cette échec.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Mais je vous l'ai dit, je suis optimiste pour le long terme. La vague va et vient, et elle reviendra. La gauche refondée, républicaine, reviendra à Belfort.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">FC Sochaux ou Eurockéennes ?</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'étais plutôt footballeur, j'étais ailier, mais il y a très longtemps.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour ce qui est du rock, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. La création des Eurockéennes doit tout à Christian Proust.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il m'arrive d'aller au stade voir Sochaux ou au Stade de France.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai quand même organisé, comme ministre de l'Intérieur, la Coupe du Monde de 1998 : croyez-moi, ce n'était pas de la tarte !        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'association France-Algérie</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis Président de l'association France-Algérie. J'irai la semaine prochaine 4 jours en Algérie. Je suis très attaché à préserver le continuum entre ces deux pays. Il s'est passé beaucoup de choses entre la France et l'Algérie. J'essaye de maintenir des liens entre les sociétés civiles : un prix de cinéma, un prix littéraire... </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-une-histoire-politique_a1664.html" />
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   <title>Actes du séminaire de la Fondation Res Publica : L'impact de la crise sur la stabilité de l'Euro</title>
   <updated>2009-07-01T00:00:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Actes-du-seminaire-de-la-Fondation-Res-Publica-L-impact-de-la-crise-sur-la-stabilite-de-l-Euro_a815.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1462707-1945724.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-07-01T00:00:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Les actes du séminaire du 4 mai 2009 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1462707-1945724.jpg?v=1289480071" alt="Actes du séminaire de la Fondation Res Publica : L'impact de la crise sur la stabilité de l'Euro" title="Actes du séminaire de la Fondation Res Publica : L'impact de la crise sur la stabilité de l'Euro" />
     </div>
     <div>
      Le séminaire était organisé autour de Christian Saint-Etienne, professeur à Paris Dauphine, membre du Conseil d’analyse économique et auteur de « La fin de l’euro », avec en particulier les interventions de Dominique Garabiol, administrateur de la Fondation et directeur à la Caisse nationale des caisses d’épargne, Jean-Luc Gréau, économiste indépendant, auteur de « L’avenir du capitalisme » et de « La trahison des économistes », Jean-Pierre Patat, conseiller au CEPII et ancien Directeur général à la Banque de France.       <br />
              <br />
       Voir les actes en ligne <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-impact-de-la-crise-sur-la-stabilite-de-l-Euro_a411.html">sur le site de la Fondation Res Publica</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Actes-du-seminaire-de-la-Fondation-Res-Publica-L-impact-de-la-crise-sur-la-stabilite-de-l-Euro_a815.html" />
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