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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-07-16T03:34:58+02:00</updated>
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  <entry>
   <title>"La gauche semble avoir oublié les leçons des années Jospin"</title>
   <updated>2013-12-31T12:10:00+01:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2013-12-30T09:14:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Mediapart, paru le 29 décembre 2013. Propos recueillis par Lénaig Bredoux et Stéphane Alliès le 17 octobre 2013.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6178637-9232223.jpg?v=1388393272" alt=""La gauche semble avoir oublié les leçons des années Jospin"" title=""La gauche semble avoir oublié les leçons des années Jospin"" />
     </div>
     <div>
      <b>Mediapart : Dans votre livre, vous partez de la guerre de 14-18 pour alerter sur la possibilité d’une nouvelle catastrophe européenne – un intertitre pose même la question d’un « nouvel avant-14 ». Est-ce une façon de faire un parallèle avec une volonté de domination allemande sur l'Europe ?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Je compare deux mondialisations libérales. Ce qui me paraît original dans cet ouvrage, c’est la théorie de l’hegemon que j'y développe : un marché libéral ne se soutient pas sans une puissance hégémonique. Au XIXe siècle, c’est la Grande-Bretagne, avec une puissance montante jusqu’à 1914, qui est l’Allemagne. Depuis 1945, la mondialisation est sous l’égide des États-Unis.       <br />
              <br />
       La deuxième mondialisation va plus vite que la première, mais il y a la même modification dans la hiérarchie des puissances – avec les pays émergents. Bien que nous soyons dans des périodes différentes, il faut y être très attentif. La première a conduit à la Première Guerre mondiale, qui fut la boîte de Pandore d’où s’échappent tous les démons du « court XXe siècle », selon l’expression d’Eric Hobsbawn.       <br />
              <br />
       Car la guerre de 1914-1918 est en réalité une guerre de 30 ans, qui se termine en 1945. Non pas que je veuille assimiler la Deuxième et la Première guerre mondiale, mais on peut dire que, d’une certaine manière, la Deuxième a été une surenchère du pangermanisme sur la défaite de 1918. En 1914, c’est déjà l’Allemagne qui déclenche la guerre pour desserrer ce qu’elle perçoit comme un encerclement par la France et la Russie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Mais vous analysez le pangermanisme du début du XXe siècle et renvoyez ensuite à la politique européenne aujourd’hui. En estimant que ce sont uniquement les vues d’Angela Merkel qui s’imposent. On peut y voir une volonté de tracer un parallèle…</b>       <br />
       Il y a une constante, qui est celle de la puissance de l’économie allemande, que l’on peut constater à l’aune de leurs exportations, et je pense qu’il y a des continuités en Histoire, avec des tendances longues. Aujourd’hui par exemple, l’Allemagne est parvenue à reconstituer la « Mitteleuropa » avec une implantation à l’Est sans commune mesure avec celle de la France. En Russie, il y a 3 000 implantations allemandes, il y en a 440 françaises. En Ukraine, c’est encore plus marqué. Mais aujourd’hui, l’Allemagne n’a plus de dessein de domination politique et militaire – ne serait-ce que pour une question de démographie.       <br />
              <br />
       Elle doit cependant être consciente des responsabilités qui sont les siennes et de la position centrale qu’elle occupe aujourd’hui. L’Europe n’est pas le levier d’Archimède de la politique française. L’Europe franco-centrée a duré jusqu’à 1989-1990. Aujourd’hui, elle est germano-centrée – et l’élargissement à 28 ne fait que le renforcer pour des questions géographiques contre lesquelles la France ne peut rien.       <br />
              <br />
       L’Allemagne doit donc régler son problème avec l’Europe : comment trouver une issue à la contradiction qui y est la sienne ? Elle exporte de plus en plus en dehors de l’Union européenne, depuis 2011, et son excédent commercial est réalisé presque aux trois-quarts en-dehors de l’Europe. Elle est excédentaire vis-à-vis de la Chine, elle est très présente à l’Est. L’Allemagne est aujourd’hui un pays très extraverti vis-à-vis de l’Europe. Comment concilier cela avec la monnaie forte, l’euro, qui condamne les pays du Sud à avoir un chômage massif ? Les Allemands hésitent. Plusieurs économistes et certains hommes politiques, comme Oskar Lafontaine, disent aujourd’hui qu’il faudrait rétablir des marges d’ajustement pour la monnaie entre les pays.       <br />
              <br />
       <b>Quand vous avez envisagé de vous présenter à la présidentielle, vous vouliez déjà réformer radicalement la monnaie unique, en parlant de monnaie commune, que vous défendez à nouveau dans votre livre. Mais concrètement, comment y aboutir ?</b>       <br />
       On ne peut pas y parvenir sans l’Allemagne. Le système de la monnaie unique va s’épuiser au fil du temps. Ces difficultés ne sont pas derrière nous. On pourrait imaginer que la banque centrale européenne intervienne, mais les Allemands n’y sont pas prêts. L’autre solution est de rétablir des marges de fluctuation tout en gardant un toit commun. Il faut garder l’idée européenne, mais l’adapter à ce que sera le XXIe siècle, dans un monde de plus en plus dominé par la bipolarité entre les États-Unis et la Chine.       <br />
              <br />
       <b>Comment expliquez-vous que, si en France, plusieurs ouvrages montrent des inflexions sur la question européenne, votre position soit politiquement si minoritaire ?</b>       <br />
       Parce qu’il est très difficile d’amener à revoir leur position des gens qui ont vu dans la monnaie unique une sorte de Graal. Ils ont pensé qu’on pouvait faire une Nation. Pour une fédération, il faudrait faire des transferts massifs. C’est impossible ! Quand un problème est insoluble, il faut en changer les données. Cela doit se faire par une concertation étroite et par l’entente des deux pays qui ont porté la monnaie unique sur les fonds baptismaux, la France et l’Allemagne. L’Europe est une Europe des nations : il faut revoir son architecture institutionnelle et l’élargir. L’Europe va du Maghreb à la Russie. C’est la solution pour rompre le tête-à-tête entre la Chine et les États-Unis.       <br />
              <br />
       <b>Pour revenir à 1914, la commémoration suscite un débat sur le choix fait par François Hollande de célébrer les deux guerres en même temps. Vous le soutenez, en parlant de « guerre de trente ans » ?</b>       <br />
       La guerre de 30 ans est une expression de De Gaulle et de Churchill, ensuite reprise par Staline.       <br />
              <br />
       <b>Mais comprenez-vous la controverse ?</b>       <br />
       Il va y avoir une controverse sur ceux qui sont à l’origine de la Première Guerre mondiale : selon moi, ce sont les élites allemandes. La responsabilité incombe aux dirigeants du Second Reich. Pas au traité de Versailles. C’est impossible de ne pas lier les deux. Il est évident que la Deuxième procède de la Première.       <br />
              <br />
       <b>Certes, mais elles ne sont pas de la même nature…</b>       <br />
       Sauf que le souvenir de la Deuxième efface celui de la Première. De toute façon, c’est la Première que l’on va commémorer.       <br />
              <br />
       <b>À plusieurs reprises dans votre livre, vous liez les deux, mais, d’un autre côté, vous vous référez souvent au “politiquement correct” de la commémoration. Quel est le sens de cette expression ? On a la sensation que c’est une façon de disqualifier par avance ceux qui sont en désaccord avec vous…</b>       <br />
       C’est généralement plutôt l’inverse qui se produit ! C’est ceux qui ne sont pas d’accord avec moi qui ne veulent même pas citer mon nom… Ce que j’appelle “politiquement correct”, c’est l’idée qu’en Europe, les nations ont disparu ou sont vouées à disparaître. Je pense que ce n’est pas le cas et que l’Europe telle qu’on l’a voulu, en substitution des nations, est une erreur.       <br />
              <br />
       <b>Mais en quoi est-ce “politiquement correct” ?</b>       <br />
       J’ai vécu cela durant les trente dernières années. Les dirigeants de droite et de gauche ont expliqué que la France est notre passé, et que l’Europe est notre patrie ! Or on ne peut pas partir d’une table rase. L’histoire de l’Europe, c’est l’histoire de ses nations, avec ses splendeurs et ses horreurs. Le déclin européen aujourd’hui s’explique aussi parce qu’on a cassé le moteur, celui de la démocratie et de la responsabilité, en transférant des pouvoirs à des instances obscures. Pourquoi l’Europe n’a pas surmonté les ruines des deux guerres mondiales ? Parce qu’elle a accepté l’hégémonie américaine sous l’ombrelle de l’Europe post-nationale imaginée par Jean Monnet. La construction européenne est marquée au sceau de l’économicisme – c’est une affaire de marchands –  et de l’évidement des souverainetés nationales en ce qu’elles sont le cadre des démocraties.       <br />
              <br />
       <b>Quand vous parlez de Jean Monnet, vous parlez « d’économicisme venu d’ailleurs », plus précisément des pays anglo-saxons. La France n’est pas responsable de ses propres erreurs ou de sa conversion libérale ? Vous ne parlez pas non plus de la politique coloniale de la France et de sa gestion catastrophique de la décolonisation, comme si ce n’était pas une raison de son affaiblissement…</b>       <br />
       L’« économicisme venu d’ailleurs », c’est l’idée qu’on va faire l’Europe par le marché, d’abord dans le domaine du charbon et de l’acier, avec déjà un mécanisme de responsabilisation via une haute autorité. Quant à l’empire colonial, il ne joue qu’un rôle marginal du point de vue économique. En 1914, il ne représentait que 10 % des investissements français à l’étranger. En 1945, c’est 30 %, mais cela change vite avec la CECA. L’empire colonial n’a jamais été une affaire économique.       <br />
              <br />
       <b>Dans le livre, vous livrez une ode au peuple russe…</b>       <br />
       J’ai appris à lire dans Pouchkine. J’ai de la sympathie pour le peuple russe. Je n’oublie pas ce qu’on lui doit, je n’oublie pas Stalingrad, ni son rôle, souvent sous-estimé dans la Première Guerre mondiale. Il y a 22 ans que l’URSS a disparu. L’avenir est de penser l’Europe avec la Russie. Il faut une grande Europe, tournée également vers l’Afrique.       <br />
              <br />
       <b>Vous appelez à rompre avec la « russophobie ambiante ». Mais quelle est-elle, autre qu’un regard critique sur les droits de l’Homme ? Vous dites que ce n’est pas un régime autocratique et que Poutine a toujours respecté la Constitution…</b>       <br />
       Votre vision est tout à fait réductrice. Prenons l’exemple de Navalny : il a été concurrent à la mairie de Moscou, il n’est pas frappé d’une peine de prison et il faut connaître ses thèses qui ne sont pas tout à fait d’extrême gauche… Sinon vous parlez du mariage pour tous ? Il faut respecter l’idée que la sensibilité de la société russe n’est pas la nôtre. La société égyptienne et les pays musulmans ne pensent pas non plus comme nous sur ces sujets.       <br />
              <br />
       <b>Il ne s’agit pas de mariage pour tous, mais d’une loi qui réprime l’homosexualité…</b>       <br />
       Non ! C’est une loi qui réprime la propagande de l’homosexualité vis-à-vis des mineurs. Mais en France, vous avez une loi qui réprime les comportements sexuels…       <br />
              <br />
       <b>Mais pas plus homosexuels qu’hétérosexuels ! En Russie, il s’agit d’une loi homophobe.</b>       <br />
       En 1982, nous distinguions encore sous Mitterrand…       <br />
              <br />
       <b>Oui, c’était le délit pénalisant l’homosexualité.</b>       <br />
       Eh bien, c’est très récent. La Russie applique sa Constitution avec continuité depuis 1993. Si vous prenez la Révolution française de 1789 vingt ans après, combien de Constitutions n’avons-nous pas eues ? Je ne dis pas que tout est parfait. Mais en Russie, il existe un moratoire sur la peine de mort. Il y a d’autres pays qui ne le font pas.       <br />
              <br />
       <b>Il ne s’agit pas de dire que c’est pire en Russie que partout ailleurs dans le monde !</b>       <br />
       Oui, mais cela ne mérite pas quatre articles russophobes par jour.       <br />
              <br />
       <b>Mais ce n’est pas de la russophobie.</b>       <br />
       Vous savez bien qu’il existe une tradition de russophobie très ancienne en France.       <br />
              <br />
       <b>Tout comme il existe une russophilie ancienne !</b>       <br />
       Ce que je dis, c’est que les articles dans la presse sont excessifs et qu’il est important que nous soyons présents en Russie, sauf à laisser la place à d’autres.       <br />
              <br />
       <b>Mais ce n’est pas contradictoire !</b>       <br />
       Mais si.       <br />
              <br />
       <b>Vous êtes représentant spécial pour la Russie dans le cadre de la diplomatie économique voulue par Laurent Fabius. Quel est votre rôle ?</b>       <br />
       Il s’agit de mettre un peu d’huile dans les rouages. J’ai réussi à arranger quelques affaires pour permettre à Michelin d’acquérir un terrain. J’ai vu les ministres de part et d’autre. J’ai travaillé aussi le rachat par Schneider de Samara Electroshield – une affaire qui était bloquée, et je me suis occupé du Superjet 100, dont nous faisons le moteur et le tiers de l’avion à travers une coopération entre Soukhoil et des entreprises françaises.       <br />
              <br />
       <b>Vous êtes rémunéré ?</b>       <br />
       C’est totalement gracieux. Je n’ai pas perçu un centime. À part les voyages qui sont pris en charge – j’en ai fait six.       <br />
              <br />
       <b>Vous vous battez aussi pour que les étudiants russes obtiennent plus de visas. Pourquoi n’avez-vous pas fait preuve du même volontarisme pour une collégienne kosovare, Leonarda ?</b>       <br />
       S’il suffit d’avoir un enfant scolarisé en France pour échapper aux lois sur le séjour, c’est un peu facile !       <br />
              <br />
       <b>Mais même sous Sarkozy, c’était le sens de la circulaire de 2005…</b>       <br />
       Tout pays doit maîtriser sa législation sur le séjour.       <br />
              <br />
       <b>Ne faut-il pas aussi maîtriser son langage ? À propos de Léonarda, vous avez parlé de « sans-papiérisme » et de « sans-frontiérisme », des termes que Marine Le Pen n’ose même plus prononcer ?</b>       <br />
       Ce n’est pas moi qui ai inventé l’appellation de l’association Resf (Réseau éducation sans frontière), dans laquelle de nombreux militants socialistes sont investis. C’est une position irresponsable pour un parti de gouvernement. Quand il y a une opposabilité du travail, on n’accorde pas de séjour. Dans les métiers sous tension, c’est possible. Dans un pays de 3 millions de chômeurs, c’est nécessaire. La gauche se tirerait une balle dans le pied en donnant le spectacle d’un laxisme qui ne pourrait faire que le jeu du Front national.       <br />
              <br />
       <b>La politique actuelle de Manuel Valls en matière d’immigration, qui ressemble à celle de Nicolas Sarkozy, repose sur la même doctrine que la vôtre quand vous étiez ministre de l’intérieur. Pourtant le FN n’a pas diminué. Votre argument ne se heurte-t-il pas à la réalité électorale ?</b>       <br />
       Sa progression dure depuis trente ans. Avec un creux quand j’ai été ministre de l’intérieur.       <br />
              <br />
       <b>C’était la période de la scission avec le MNR de Bruno Mégret !</b>       <br />
       Oui, mais à l’époque, j’avais fait voter une loi sur le séjour et le droit d’asile qui a contribué à faire se dissiper certaines peurs qui prospèrent sur le terrain de la misère sociale.       <br />
              <br />
       <b>Il y a eu dix lois sur l’immigration sous Nicolas Sarkozy…</b>       <br />
       C’était excessif. Contrairement à ce que vous semblez penser, je me félicite que soient bientôt abolies les peines plancher ou qu’on en ait terminé avec la course aux chiffres. Ne gâchons pas cette interview par des polémiques subalternes…       <br />
              <br />
       <b>Depuis votre loi, on ne peut pas dire qu’il y a eu de périodes laxistes…</b>       <br />
       Seulement 30 % des reconduites à la frontière sont effectives, du fait de la grande possibilité de recours et d’appels. Donc, nous avons un régime très respectueux des libertés pour les gens qui demandent à bénéficier du droit d’asile.       <br />
              <br />
       J’ai quand même envie de vous interpeller : vous voyez que nous vivons dans une dictature permanente de l’émotion et de l’immédiateté, où on s’appuie sur les gens les plus fragiles pour agiter le Landerneau. Ces petits groupes associatifs, qui font beaucoup de bruit, bénéficient d’une audience exceptionnelle. Des lycéens descendent dans la rue, émus et sensibilisés mais sans être au fait de la législation en matière de droit d’asile. Vous voyez bien que tout cela repose sur un socle émotionnel extrêmement fragile. Un homme politique se retrouve alors soumis quotidiennement à des brassées d’injures, pour avoir uniquement fait appliquer la loi. Être ministre de l’intérieur expose à des attaques constantes.       <br />
              <br />
       <b>Mais cette émotion, que vous interprétez comme une « dictature », a été exprimée par la majorité de la gauche. Hormis Ségolène Royal (7 % à la primaire socialiste) et vous (une poignée de parlementaires), pas grand monde n’a soutenu Manuel Valls (5 % à la primaire)…</b>       <br />
       Interrogez les élus socialistes, qui savent très bien ce que pensent les électeurs. Beaucoup de socialistes m’ont félicité… Ce ne sont pas ceux qui crient le plus fort qui sont forcément les plus nombreux. Les sondages l’ont montré d’ailleurs…       <br />
              <br />
       <b>Est-ce que c’est possible d’être ministre de l’intérieur et de gauche ?</b>       <br />
       Vous posez le problème de la répression. Je vous répondrai en citant Freud : « Il n’y a pas de civilisation sans répression. » Je ne suis pas du tout un amateur de répression, comme je ne pensais pas du tout devenir un jour ministre de l’intérieur. Mais je m’efforce en tout domaine d’être un homme politique responsable, ce qui m’expose à aller contre l’émotion et l’immédiateté. Ce n’est pas facile, car la gauche n’a pas toujours le sens des réalités et semble avoir oublié les leçons des années Jospin.       <br />
              <br />
       <b>La dernière fois que nous nous étions vus, avant l’élection de François Hollande, nous vous demandions si vous pensiez qu’il ferait différemment de Lionel Jospin. Et vous nous aviez répondu : « Un gouvernement qui procèderait d’une majorité de gauche ne pourrait aller à l’encontre aussi durement et bêtement contre les aspirations de ceux qui lui ont fait confiance. » À l’aune de cette phrase, quel bilan faites-vous de ce pronostic ?</b>       <br />
       Je pense qu'il a commencé à prendre le problème par le bon bout avec le rapport Gallois. Il en a résulté des textes qui ont été difficiles à voter pour moi, mais que je considère comme nécessaires, comme l’Ani ou les retraites. Je m’interroge néanmoins sur la possibilité de remonter quinze points de compétitivité perdus avec des réformes structurelles. Personnellement, je n'y crois pas, et c’est pour ça que je prône la mise en œuvre d’une monnaie commune, afin que chaque pays puisse renouer avec la croissance à son rythme. Quand il y a eu le tournant de 1983, j’étais ministre de l’industrie et me prononçais déjà pour une politique de l’offre et un franc faible face au mark.       <br />
              <br />
       Aujourd’hui, je suis légitimiste, François Hollande a été élu pour 5 ans. Mais le jour où je lui ai apporté mon soutien, c’était avec les yeux ouverts et la bouche fermée.       <br />
              <br />
       Souce : <a class="link" href="http://www.mediapart.fr/journal/france/291213/chevenement-la-gauche-semble-avoir-oublie-les-lecons-des-annees-jospin?page_article=1">Mediapart</a>       <br />
              <br />
       ----       <br />
       Boîte noire de Mediapart : Cet entretien a eu lieu le 17 octobre dernier, en pleine affaire Leonarda et peu après la sortie de l'ouvrage de Jean-Pierre Chevènement, qui était alors en pleine campagne promotionnelle et enchaînait les interviews tous azimuts. Alors pris par d'autres contraintes d'actualité, nous l'avions remisé jusqu'ici, avant de le retranscrire à la mi-décembre. L'échange a duré un peu plus d'une heure, et a eu lieu dans les bureaux parisiens de la fondation Res Publica.       <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)
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   <title>"Le débat sur le droit du sol est un leurre"</title>
   <updated>2013-10-30T23:51:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Le-debat-sur-le-droit-du-sol-est-un-leurre_a1529.html</id>
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   <published>2013-10-23T00:09:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de "Ca vous regarde - le débat" sur LCP mardi 22 octobre 2013. Il répondait aux questions de Arnaud Ardoin et débattait avec Benoist Apparu, Céline Bracq et Claude Weill.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Deux gauches</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Je crois qu'il serait temps de tourner la page de cette affaire « léonardesque ».        
       </li></ul><ul class="list"><li> Naturellement la gauche porte en son sein des sensibilités contraires sur ces questions.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a une gauche républicaine, qui insiste sur l'application ferme de la loi, une gauche républicaine qui ne s'exprime pas souvent mais que représente bien Manuel Valls, que je soutiens.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Cela n'empêche pas d'appliquer humainement la loi : lorsque j'étais ministre de l'Intérieur, j'ai régularisé sur critères d'intégration 80 000 étrangers en situation irrégulière et rejeté 60 000 demandes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a une autre sensibilité, qu'on peut qualifier de victimaire-compassionnelle, ou de libérale-libertaire, et après tout il y a des gens qui sont très sensibles aux situations individuelles. D'ailleurs toute situation individuelle mérite considération, peut même être émouvante. Simplement, la loi est générale, et il faut l'appliquer.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Questions politiques</span>       <br />
       <ul class="list"><li> On reproche à François Hollande d'avoir parlé, mais tous ceux qui le lui reprochent aujourd'hui demandaient qu'il s'exprime. Ou bien il parlait, ou bien il ne parlait pas : on donnait tord au Président dans tous les cas !        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Hollande a été élu pour cinq ans en 2012, il est donc le président de la République française jusqu'en 2017. Il faut  avoir quelques égards à cette responsabilité qui nous engage tous, car il est le président de tous les Français. Certains dans l'opposition l'oublient un peu trop souvent.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Ces critiques sur la forme sont insupportables. On oublie le fond de la politique. On oublie les questions économiques, les questions sociales. On oublie la détresse de millions de Français. On oublie les problèmes que posent le redressement de la construction européenne, sa réorientation. Tout ça passe à la trappe ! Les vrais problèmes ne sont jamais posés.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La gauche depuis 1981 devrait avoir acquis une culture de gouvernement. Or Manuel Valls fait face aux mêmes difficultés que j'avais déjà rencontrées lorsque j'étais ministre de l'Intérieur.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que c'était à Manuel Valls de régler le problème. Il n'y avait pas à faire intervenir qui que ce soit d'autre.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Parler des vrais problèmes</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Le sens de l'Etat et le civisme se sont beaucoup perdus dans notre pays. On ne parle plus des vrais choix politiques. Qui incrimine le choix erroné de la monnaie unique ? En 2005, 55% des Français rejettent la Constitution européenne, mais on finit par réformer la Constitution pour, en quelque sorte, désavouer le peuple français ! Comment est-ce que la démocratie française ne serait pas malade lorsque ses dirigeants ne respectent pas la volonté populaire ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je me souviens, quand j'étais ministre de l'Intérieur, des critiques imbéciles venant d'un certain nombre de journaux, par exemple pour le mot sauvageon, qui vient du français médiéval – c'est un arbre non-greffé : « cris d'horreur ! Il nous a traité de sauvages !». On a là un phénomène d'incompréhension totale, relayé par la quasi-totalité des médias. Le ministre de l'Intérieur doit supporter ça, tous les jours, et Manuel Valls doit faire face à cette meute d'imbéciles qui ne comprennent pas que la loi protège et que la liberté opprime, et qu'en refusant d'appliquer les lois de la République, on ouvre tout grand la porte à l'exploitation éhontée de toutes les misères humaines par ceux qui en ont les moyens : le capital.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La question sociale prime dans le diagnostic à faire du pays</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> S'il n'y avait pas une situation économique, sociale aussi dégradée, peut-être que la demande de protection des couches populaires s'exprimerait d'une manière un peu plus modérée !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le chômage de masse s'est installé dans ce pays depuis les années 80. Et s'il y a une certaine xénophobie qui existe, ce qui en fait le lit, c'est cette situation sociale dégradée. Et Le Pen depuis quand existe t-il dans le paysage ? Depuis 83 !        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La proposition de réforme du droit du sol de l'UMP</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Avec ce débat sur le droit du sol, je crois que M. Copé risque de rouvrir un débat nauséabond, parce que le vrai débat est ailleurs ! Il est social ! Si on posait le problème d'une monnaie surévaluée ce serait peut-être plus intelligent. En posant ce problème des enfants de parents en situation irrégulière, on ne pose pas un vrai problème.        
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est un faux débat ! C'est un leurre qu'on allume pour détourner l'attention du problème de fond ! Nous avançons, tête baissée, vers un avenir qui n'offre aucune promesse, et ça c'est la vraie question qu'il faut poser.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Avant de faire du radio-trottoir, réfléchissez un peu par vous-même Monsieur Apparu : votre proposition de réforme du droit du sol ne s'applique à rien ! C'est un leurre ! C'est de la démagogie !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suggère vraiment qu'on parle d'autre chose ! Parce que ça, c'est vraiment un débat nul.        
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Le-debat-sur-le-droit-du-sol-est-un-leurre_a1529.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"Les nations européennes ne voulaient pas la guerre, elles étaient pour la paix"</title>
   <updated>2013-10-23T19:13:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Les-nations-europeennes-ne-voulaient-pas-la-guerre-elles-etaient-pour-la-paix_a1525.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2013-10-19T15:33:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de France Culture samedi 19 octobre 2013. Il répondait aux questions de Dominique Souchier dans "Une fois pour toutes".      <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5969767-8899775.jpg?v=1382207059" alt=""Les nations européennes ne voulaient pas la guerre, elles étaient pour la paix"" title=""Les nations européennes ne voulaient pas la guerre, elles étaient pour la paix"" />
     </div>
     <div>
       L'entretien est podcasté sur le blog ci-dessus.        <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim Express</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'affaire Leonarda</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Il faut bien mesurer ce que cela signifierait si Leonarda revenait en France : il faudrait que sa famille revienne aussi, parce que c'est une mineure, elle a quinze ans. Cela voudrait dire que quiconque a un enfant scolarisé en France, peut y faire venir toute sa famille, peut y venir lui-même. C'est la porte toute grande ouverte à une immigration sans-contrôle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne connais pas de pays qui n'ait pas un droit régissant l'établissement sur son sol. Tout pays a le droit de déterminer qui peut séjourner sur son sol et qui ne le peut pas durablement.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que les Français sont très attentifs à la décision que le gouvernement va prendre. Moi je n'oublie pas que les classes populaires dans notre pays souffrent. Elles demandent à être protégées contre le chômage, contre la pauvreté, la misère, mais aussi contre la délinquance et contre une immigration qui, qu'on le veuille ou non, pèse sur le marché du travail. Car si l'immigration est libre, naturellement, on le voit bien dans le secteur des services, dans l'agro-alimentaire breton, tout cela a des conséquences : si on peut employer des gens en les payant pas très chers, tous les acquis sociaux sont évidemment menacés.        
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Si Léonarda revenait en classe, ce serait plus qu'une erreur : ce serait un manquement à la loi. Ce que je propose c'est une application humaine de la loi. Il y a des écoles françaises au Kosovo. On peut très bien ouvrir la possibilité à cette jeune adolescente d'y poursuivre ses cours. Mais on est pas obligé d'accueillir en France quiconque le demanderait, surtout sur la base d'arguments mensongers.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La première des valeurs républicaines, c'est le respect de la loi. La loi peut-être précisée pour qu'on ne fasse pas d'interpellation dans l'enceinte de l'école – pourquoi pas ? Mais l'école définie comme un sanctuaire par Alain, l'était dans une optique tout à fait différente. On voulait séparer l'école du monde extérieur, car l'école est un lieu d'apprentissage. Là on dit n'importe quoi. La police doit pouvoir bien évidemment intervenir à l'intérieur d'une école si une enseignante est agressée, par exemple. Donc ne parlons pas de la sanctuarisation de l'école en ce sens.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne veux pas ethniciser la question des Roms. Si telle ou telle personne peut s'intégrer, je suis pour. Je rappelle que j'avais régularisé la situation de 80 000 personnes sur des critères d'intégration en tant que ministre de l'Intérieur. Naturellement comme il y a eu 140 000 demandes, il y a eu 60 000 refus.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que le premier devoir d'un président de la République est un devoir de pédagogie à l'égard de la jeunesse et lui expliquer le sens de la loi, pourquoi elle existe, comment on peut l'appliquer plus humainement, si cela est possible. Mais la jeunesse est fragile, elle a aussi besoin qu'on applique la loi. Rappelez-vous Lacordaire : « c'est la loi qui protège et c'est la liberté qui opprime ».        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la phrase de Cecile Duflot : « Un ministre ça agit, ça ouvre sa gueule et ça démissionne pas »</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est évidemment loin de ce que j'avais dit moi-même. C'est la théorisation de l'incohérence gouvernementale. C'est un très mauvais service rendu au gouvernement auquel appartient Cécile Duflot, que je trouve sympathique par ailleurs à titre personnel.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Avant qu'une décision soit prise, naturellement un ministre doit d'exprimer. Il doit le faire avec une certaine modération en pensant que la décision va intervenir. Mais je pense que un ministre doit manifester sa solidarité. Si ça veut l'ouvrir, ça démissionne. Moi je l'ai fait trois sur des choses très importantes : le choix du Franc fort dont nous payons encore le prix par la désindustrialisation de la France, la guerre du Golfe dont on voit les conséquences encore aujourd'hui, et puis sur la Corse, la loi, la République, et bien c'est toujours un enjeu !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faudrait que les socialistes apprennent quelque chose de l'histoire.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">En 2014 les cent ans de la commémoration du déclenchement de la 1ère GM</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> L'histoire a toujours été instrumentalisée par le politiquement correct. On va a travers la commémoration de la guerre de 1914 continuer à discréditer les nations parce que cela correspond à une exigence d'aujourd'hui. Beaucoup de gens ont pensé l'Europe, et c'était un reflexe tout à fait légitime, mais ils l'ont pensé contre les nations, par substitution aux nations.        
       </li></ul><ul class="list"><li> « Plus jamais ça », naturellement. Mais comment éviter le renouvellement d'une pareille guerre ? Très rapidement on a vu la contestation du traité de Versailles puis l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Nous voulions déjà à l'époque que ce soit « la der des der », ça ne l'a pas été. Et en 1940 la France s'est effondrée notamment parce qu'elle était minée par un pacifisme généralisé.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'un des 14 points de Wilson pour la paix en 14 était fondateur : le respect des peuples, l'autonomie des peuples. Naturellement le traité de Versailles a donné sens a des pays comme la Pologne, la Roumanie, la Tchécoslovaquie. Cette carte de l'Europe c'est l'héritage du principe révolutionnaire français du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La responsabilité immédiate de la guerre de 1914 c'est un fait que les élites allemandes et austro-hongroises, notamment militaires en prennent la responsabilité.        
       </li></ul><ul class="list"><li> En arrière plan, je compare les deux mondialisations, la mondialisation britannique et la mondialisation américaine. Pour la première qui s'étale du XIXe siècle jusqu'en 1914, il y a une modification de la hiérarchie des puissances, l'Allemagne impériale monte impétueusement, l'Empire britannique se sent menacé, se rapproche de la France et de l'Angleterre, dont il y a des causes générales. C'est la théorie de la puissance hégémonique, de l'hegemon, qui explique la guerre de 1914-1918.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je critique le traité de Versailles de ne pas avoir distingué la responsabilité politique des dirigeants allemands qu'ils ont pris au nom de l'Allemagne, et la responsabilité morale qui n'incombe pas au peuple allemand qui ne voulait pas la guerre pas plus que les autres. Les nations européennes ne voulaient pas la guerre, elles étaient pour la paix. C'est une décision prise par un petit noyau de dirigeants.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">L'Europe, l'Euro, l'Allemagne</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> L'idée d'une Europe fédérale était naturelle aux Allemands, qui avaient vécu dans une structure qui n'était pas à proprement parler fédérale, mais qui agglomérait différents états, en Allemagne on parle du régime des petits états – 360 avant 1789, encore une trentaine après 1815. Ce mécanisme qui consisterait à landeriser la France ne convient pas à notre pays, nous sommes un pays différent.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Madame Merkel peut se montrer conciliante car c'est l'intérêt de l'Allemagne. Le système de la monnaie unique repose sur une erreur de conception. La monnaie unique juxtapose des pays de niveaux économiques très différents, et par conséquent c'est un tonneau des Danaïdes. La monnaie unique n'est pas viable à terme, donc l'Allemagne ne voudra pas payer. Certains pays feraient mieux de dévaluer leurs monnaies plutôt que de s'astreindre à des dévaluations internes dont on voit le résultat.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je propose de transformer l'Euro en monnaie commune, ce qui permettrait d'agglomérer la Grande-Bretagne et la Russie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Dans un monde dominée par la Chine et les Etats-Unis, cela permettrait aux peuples européens de réaliser une grande Confédération du Maghreb jusqu'à la Russie, parce que je pense que c'est la bonne échelle pour exister dans le monde de demain. Cela nous permettrait d'avoir avec l'Allemagne un rapport de coopération réellement fécond.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je propose de construire cette Europe sur la base d'une relation franco-allemande beaucoup plus approfondie qu'elle ne l'ait aujourd'hui. Je pense qu'il y a beaucoup à faire pour construire une Europe qui tienne la route, et les Français le savent aussi. Ils l'ont montré, ils l'ont dit à travers le référendum de 2005, ils le pensent aujourd'hui. Alors écoutons-les davantage.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La gauche de demain </span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Manuel Valls et Arnaud Montebourg, tous les deux mais chacun a leur manière, incarnent la gauche de demain. Arnaud Montebourg mène un combat pour le Made in France, c'est à dire pour la réindustrialisation du pays, je crois que ce combat est absolument fondamental.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)       
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"La monnaie unique est un tonneau des Danaïdes"</title>
   <updated>2013-10-23T19:14:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/La-monnaie-unique-est-un-tonneau-des-Danaides_a1524.html</id>
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   <published>2013-10-18T12:00:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Radio Classique et LCI vendredi 18 octobre 2013. Il répondait aux questions de Guillaume Durand.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim Express</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">L'affaire Leonarda</span>       <br />
       <ul class="list"><li> J'apporte mon soutien à la loi. Il n'y a pas de pays où il n'y ait une loi qui s'applique au séjour.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Valls a tout à fait raison. Alors il a demandé une enquête pour qu'on éclaircisse les conditions dans lesquelles cette jeune fille a été reconduite. Il apparaît que c'est à la demande de sa famille, de sa mère précisément. Il y a aussi un principe : on ne sépare pas un enfant de sa famille.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous assistons quand même au triomphe de l'émotion, du mensonge et de l'irresponsabilité.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le PS doit nous dire si en matière d'immigration sa doctrine est le sans-frontiérisme ou le respect d'une loi qui est la première valeur de la République.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'accepte pas la formule de « PS-FN » de Jean-François Copé.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur les lycéens qui manifestent</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut rendre attentifs les gens qui sont certainement généreux, quand ils sont jeunes surtout, quelquefois manipulés, il faut le dire. Je parle de lycéens.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il est très facile d'utiliser la générosité de la jeunesse pour l'orienter vers certains objectifs démagogiques et pour déstabiliser le ministre de l'Intérieur dont la tâche est rude.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Claude Bartelone est encore jeune. Je l'invite, non pas à vieillir, mais peut être à prendre un peu de recul par rapport à tout cela !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a des confusions qu'il faut savoir dissiper. C'est l’œuvre d'une pédagogie républicaine. Elle n'est plus faite. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur François Hollande</span>       <br />
       <ul class="list"><li> François Hollande n'est pas un président agité, c'est un homme intelligent, qui écoute beaucoup, j'ose espérer qu'il saura prendre les décisions qui s'imposent.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Si vous prenez la liste de nos monarques, Louis XI par exemple était un homme qui ne parlait pas tous les jours pour faire des proclamations enflammées. Mais il reste comme un grand roi dans l'histoire de France. Donc il faut espérer que François Hollande saura suivre l'exemple de Louis XI.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Transformer l'euro en monnaie commune </span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Mon livre est une réflexion sur le déclin des nations européennes, non seulement à travers les deux guerres mondiales, mais aussi à travers le système qui s'est institué et qui les déresponsabilise. Les nations sont mises de côté.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Ma thèse c'est que c'est une erreur de penser que l'Europe est déjà une nation, elle rassemble une trentaine de nation. Et la monnaie unique est une erreur parce qu'elle juxtapose des pays de structures économiques et de niveaux très différents. Donc ça ne marche pas, non seulement pour le passé, mais pour l'avenir.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a en Allemagne des voix d'économistes éminents mais discordantes qui font l'analyse que le maintien dans le temps de la monnaie unique nécessiterait des transferts de montant tel (une dizaine de % de la richesse créée chaque année), donc elle n'est pas viable, et l'Allemagne n'acceptera pas à la longue de sacrifier sa compétitivité. N'oublions pas que maintenant l'Allemagne fait l'essentiel de son excédent commercial hors-UE. La monnaie unique est un tonneau des Danaïdes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut négocier entre la France et l'Allemagne, qui sont les deux pays fondateurs de la monnaie unique, un passage à la monnaie commune, c'est à dire :        <br />
       - un système européen <span style="font-style:italic">bis</span> avec un toit commun renforcé        <br />
       - une monnaie commune qui sera un panier des monnaies nationales qui permettront les ajustements       <br />
       - avec une dévaluation de l'euro de 20% par rapport à ce qu'il est aujourd'hui, beaucoup trop cher, écrasant notre économie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Draghi est très malin, il faut ce qu'il peut avec une politique de communication. Jusqu'à quand une politique de communication peut remplacer une vraie politique monétaire ? Et les allemands ne veulent pas que Mario Draghi face comme la FED aux USA du Quantitative Easing.         
       </li></ul><ul class="list"><li> La solution de la monnaie commune permettrait d'aller vers une grande Europe, d'agglomérer l'Angleterre et la Russie, d'élargir une Europe à 28 trop petite pour peser vraiment sur le destin du monde, tout en nous ligotant nous la France.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)       
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/La-monnaie-unique-est-un-tonneau-des-Danaides_a1524.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Leonarda: pour Chevènement, les lycéens pourraient être manipulés pour déstabiliser Valls</title>
   <updated>2013-10-23T19:18:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Leonarda-pour-Chevenement-les-lyceens-pourraient-etre-manipules-pour-destabiliser-Valls_a1523.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2013-10-18T11:23:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Dépêche AFP, vendredi 18 octobre 2013, 11h02.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5966667-8894980.jpg?v=1382088150" alt="Leonarda: pour Chevènement, les lycéens pourraient être manipulés pour déstabiliser Valls" title="Leonarda: pour Chevènement, les lycéens pourraient être manipulés pour déstabiliser Valls" />
     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement a mis en garde vendredi contre un risque de voir les lycéens ayant pris la défense de la collégienne expulsée Leonarda &quot;manipulés&quot; pour &quot;déstabiliser&quot; le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls.       <br />
              <br />
       &quot;Il faut rendre attentifs les gens qui sont certainement généreux, quand ils sont jeunes surtout, quelquefois manipulés, il faut le dire. Je parle de lycéens&quot;, a dit le président d'honneur du MRC interviewé sur Radio Classique/LCI sur l'affaire de la jeune fille d'origine kosovar.       <br />
              <br />
       &quot;Il est très facile d'utiliser la générosité de la jeunesse pour l'orienter vers certains objectifs démagogiques, pour déstabiliser le ministre de l'Intérieur dont la tâche est rude&quot;, a-t-il ajouté.       <br />
              <br />
       &quot;Prenons garde de ne pas faire le jeu à terme du FN en lui donnant le spectacle d'une gauche qui n'aurait rien appris&quot;, a dit l'ancien ministre de l'Intérieur, en relevant que le respect de la loi sur le séjour a pour but de &quot;défendre les intérêts de trois millions deux cent mille chômeurs&quot; en France.       <br />
              <br />
       Interrogé sur le fait que les jeunes n'étaient pas les seuls à critiquer M. Valls, citant notamment le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, M. Chevènement a invité ce dernier à &quot;prendre du recul&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;Il est encore jeune, je l'invite non pas à vieillir, mais à prendre un peu de recul par rapport à tout cela. L'idéologie sans-papiériste ne peut être celle d'un parti de gouvernement&quot;, a-t-il déclaré.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Leonarda-pour-Chevenement-les-lyceens-pourraient-etre-manipules-pour-destabiliser-Valls_a1523.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"Je refuse la loi du mensonge triomphant"</title>
   <updated>2013-10-23T19:14:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Je-refuse-la-loi-du-mensonge-triomphant_a1522.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2013-10-18T01:44:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité jeudi 17 octobre 2013 du 22h de Public Sénat. Il répondait aux questions de Sonia Mabrouk.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'affaire Leonarda</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Le gouvernement a le devoir d'exercer une certaine pédagogie. Il n'y a aucun pays au monde que je connaisse qui n'ait pas une législation sur le séjour. Tout pays a le droit de dire qui est admis à séjourner sur son sol ou pas.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai été ministre de l'Intérieur. J'ai régularisé sur critères d'intégration un certain nombre d'immigrés, mais je n'ai pas régularisé les autres.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les procédures concernant la famille de Leonarda ont duré un peu plus de quatre ans. On se pose la question de savoir s'il ne faudrait pas un peu raccourcir les délais, car cela crée une émotion, une certaine empathie, ce que je comprends tout à fait.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le Réseau Education Sans Frontières a des thèses qu'en principe un gouvernement ne peut pas partager. Ca n'empêche pas un certain nombre de socialistes de manifester avec eux depuis longtemps, et ils sont imprégnés, je veux croire par manque de réflexion.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Dans la polémique on entend des choses absurdes. Par exemple contrairement a ce qu'a dit un dirigeant de la FIDL, on ne demande pas les papiers pour rentrer dans un lycée, un collège, une école ! L'inscription est de droit, il n'y a aucune vérification.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Comme disait Jaurès, « le courage c'est de chercher la vérité et de la dire ». Et je refuse la loi du mensonge triomphant.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur la perspective d'un élargissement de l'UE</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Je pense qu'il faut rouvrir le dossier européen, rebattre les cartes. Il y a une Europe a 28 pays dont on annonce encore l'élargissement, mais aujourd'hui c'est déjà ingérable.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut penser l'Europe autrement, avec les nations, avec des politiques claires sur des grands sujets, et puis il faut faire une Europe qui aille du Maghreb à la Russie, pour que nous mettions ensemble un certain nombre de choses très importantes, et que pour le reste, on laisse les nations décider.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la comparaison entre la mondialisation d'hier et celle d'aujourd'hui</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous avons connu deux mondialisations libérales, l'une sous égide britannique, qui commence avec le traité de libre-échange Cobden-Chevalier – en France c'est l'époque du 2nd Empire – et qui se termine avec la guerre de 14. C'est évidemment inquiétant pour la deuxième mondialisation, sous égide américaine, qui culmine autour de l'an 2000. En effet par comparaison, comme la montée de l'Allemagne impériale a été ressentie comme menaçante par l'Empire britannique, de la même manière aujourd'hui on voit la montée de la Chine par rapport aux États-Unis !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut donc être extrêmement prudent, comprendre le passé, le fait que la 1ère GM se déclenche par la volonté des élites allemandes - et non pas le peuple allemand - de faire une guerre préventive... or il me semble que la guerre préventive a été théorisée il n'y a pas si longtemps que cela, par le président Bush, au moment de l'invasion de l'Irak.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut faire attention à ce qu'il peut se passer maintenant entre les États-Unis et la Chine. Regardons du côté de la mer de Chine, tout cela est évidemment très inquiétant.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Ma théorie est celle de <span style="font-style:italic">l'hegemon</span>, la puissance hégémonique, le patron qui fixe les règles du jeu dans une période de mondialisation libérale. La Grande-Bretagne est <span style="font-style:italic">l'hegemon</span> de la première mondialisation, et ce pays entre dans la guerre parce qu'il ne peut pas accepter que l'Europe tout entière passe sous le contrôle de l'Allemagne. Cette explication est bien meilleure que celle de Lénine, « l'impérialisme, stade suprême du capitalisme ».        
       </li></ul><ul class="list"><li> Aujourd'hui la question qui se pose, c'est vers quoi allons-nous, avec la montée de la Chine, des émergents, parce qu'avec la mondialisation, il y a une modification de l'équilibre des puissances, et on voit le déclin de l'Europe.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Mon livre est aussi une réflexion sur le déclin des nations européennes. Les nations émergentes sont fières d'elles-mêmes, conquérantes, les nations européennes rasent les murs.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'Allemagne</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je montre la contradiction de l'Allemagne, qui est une très grande puissance économique au cœur de l'Europe, qui a conquis depuis longtemps une position prépondérante sur la zone € et l'UE, qui est le seul pays excédentaire du Vieux continent sur la Chine, mais en même temps elle n'a pas une puissance économique et militaire. Elle n'a pas de projets autres que de faire l'impasse sur les risques potentiels. L'Allemagne est comme une grande Suisse.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Allemagne est au cœur de l'Europe et ne peut pas complètement se dissocier du sort du continent, qui doit affronter des problèmes en Afrique, en Méditerranée, d'autres encore, qui sont des problèmes qui montent.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Comment agir ensemble ? Il faut rebattre les cartes de la construction européenne. Il faudra bien par rapport à la Chine et aux USA que les peuples européens s'organisent. Et il faudra bien trouver un accord avec l'Allemagne parce que ce pays doit aussi résoudre ses contradictions.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)       
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  <entry>
   <title>"Nous vivons en permanence sous la dictature de l'émotion"</title>
   <updated>2013-10-23T19:14:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Nous-vivons-en-permanence-sous-la-dictature-de-l-emotion_a1521.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2013-10-17T09:36:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité jeudi 17 octobre de Bruce Toussaint sur I-télé.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/2b1c9e334158622b391dfea8d78f438ca6d56ac4" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'affaire Leonarda       <br />
       </span><ul class="list"><li> Quand on est ministre de l'Intérieur, on ne donne pas son feu vert à chaque expulsion. Cela se traite au niveau des préfets ou de la police, en l'occurrence il s'agit d'exécuter une décision de justice, donc la police est placée sous l'autorité des juges.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Tout cas particulier est émouvant. Mais en l'occurrence, ces personnes étaient en situation irrégulière sur le territoire national. Ils viennent du Kosovo, qui n'est quand même pas l'Afghanistan.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour autant que je puisse en juger, les choses ont été faites correctement. Mais attendons peut-être la fin de l'enquête administrative !        
       </li></ul><ul class="list"><li> La gauche se tire une balle dans le pied en attaquant Manuel Valls et en attaquant finalement une politique dont aucun gouvernement ne peut faire l'économie. Tout pays a le droit de dire qui peut et ne peut pas s'installer sur son sol, sinon c'est le sans-frontiérisme, le sans-papiérisme.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous vivons en permanence sous la dictature de l'émotion, sachons raison-garder.        
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est favoriser le FN que de ne pas faire appliquer correctement la loi. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur Lampedusa</span>       <br />
       <ul class="list"><li> La toile de fond est démographique : l'Europe, c'était 20% de la population mondiale en 1900, 7% aujourd'hui ; ce sera encore moins demain car tous les pays européens – à l'exception de la France – sont dans une chute démographique prononcée. De plus aujourd'hui il y a 1 milliard d'Africains, mais avant 2050 ils seront 2 milliards. Tout ceci ne peut pas ne pas avoir un certain nombre de conséquences.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pourquoi est-ce que l'Europe décline ? Pourquoi est-ce que ses nations ont été démonisées depuis 1914, alors qu'elles ne sont pas responsables du conflit – je le montre dans mon livre - ? Parce qu'il a bien fallu justifier leur transformation en protectorats impuissantés qui n'ont plus les moyens d'agir.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Que pourrait-on faire ? Les pays du nord de l'Europe pourraient envoyer des patrouilleurs, des avions, des drones, en Méditerranée.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Aujourd'hui nous faisons le bilan de Nicolas Sarkozy. Il y a une décision de l'ancien président qui explique en partie ce dont nous parlons ici. L'intervention détournée du but fixé par le Conseil de Sécurité en Libye a transformé le pays en sanctuaire de milices islamistes et en passoire pour les flux migratoires. Je pense que cette intervention aurait dû se faire autrement : l'objectif était de protéger les populations civiles et non de changer de régime.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nicolas Sarkozy inspiré par Bernard-Henri Levy, à moins que ce ne soit le second qui ait été instrumenté par le premier, a pris une initiative spectaculaire mais peu pensée et dont les résultats sont vraiment catastrophiques. Nous notons cela dans<a class="link" href="http://www.senat.fr/rap/r12-720/r12-7201.pdf"> un rapport du Sénat consacré à la situation au Sahel</a> que j'ai fait avec Gérard Larcher.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">L'Europe au XXIe siècle</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous avons connu un passage de l'hégémonie de l'Europe à l'Amérique avec les deux guerres mondiales. La théorie de l'hegemon est centrale pour comprendre les deux mondialisations, que je compare, avec leurs ressemblances et leurs différences : la mondialisation britannique avant 14, qui débouche sur la 1ère GM ; et puis la mondialisation américaine après la 2ème GM.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La montée du FN s'explique par la politique menée depuis une trentaine d'années, qui creuse le gouffre du chômage, qui fait perdre leurs repaires à nos concitoyens, et je pense que c'est une autre Europe qu'il faut construire, une Europe construite à partir des nations, et qui se donnerait des objectifs humains : le retour de la croissance !       
       </li></ul><ul class="list"><li> Montebourg n'est pas le seul ministre à essayer de tracer une voie républicaine – Valls le fait aussi – mais Montebourg en défendant la réindustrialisation va dans la direction que j'indique. Il n'y a pas d'avenir pour la France si nous continuons dans la pente descendante de la désindustrialisation où nous sommes depuis 30 ans.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je dénonce une monnaie trop forte. On a cru prendre aux Allemands leur monnaie mais on ne transforme pas les Français en Allemands pour autant.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Nous-vivons-en-permanence-sous-la-dictature-de-l-emotion_a1521.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"François Hollande doit faire davantage appel au patriotisme des français"</title>
   <updated>2013-10-23T19:16:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Francois-Hollande-doit-faire-davantage-appel-au-patriotisme-des-francais_a1520.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2013-10-16T23:16:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de 19h BFM TV mercredi 16 octobre. Il répondait aux questions de Ruth Elkrief.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express       <br />
       </span>       <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'affaire Leonarda        <br />
       </span><ul class="list"><li> Nous vivons sous la dictature de l'émotion. Les associations qui soutiennent Leonarda ont une ligne politique. Ils sont sans-frontiéristes, sans-papiéristes, et ils contestent le droit qu'a la République de choisir qui peut ou ne peut pas séjourner sur son sol.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La République octroie entre 100 et 150 000 titres de séjour par an, au moins. Et il y a une règle qui est l'opposabilité de l'emploi, nous avons 3 200 000 chômeurs. Bien entendu, si nous manquons de spécialistes dans telle ou telle branche ou pour des raisons qui tiennent à l'asile, on peut accueillir des étrangers qui souhaitent venir s'installer en France.        
       </li></ul><ul class="list"><li> En l'occurrence, cette famille a fait une demande d'asile, il y a presque cinq ans, qui a été rejetée, puis une seconde. Ensuite un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière a été fait par le préfet, qui a été contesté devant un tribunal administratif, sans succès. Enfin un nouvel appel a été rejeté. Donc il arrive un moment où il faut bien appliquer la loi.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense qu'il y a beaucoup d'excès dans les réactions à cette affaire. Le mot rafle est une référence à la période de l'occupation nazie, ça n'a donc rien à voir. Le Kosovo est un État créé par l'OTAN, que reconnaissent les Occidentaux, ce n'est ni la Corée du Nord, ni l'Afghanistan, par conséquent la demande d'asile a été rejetée.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Naturellement il peut y avoir des considérations humanitaires de toutes sortes, il peut y avoir des examens complémentaires, mais au bout de quatre ans et demi, il faut savoir appliquer la loi. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> La police n'est pas montée dans le car, selon les informations dont je dispose. Je connais le préfet du Doubs, puisque c'est ma région, c'est un homme tout à fait respectable.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Aujourd'hui, ne pas avoir un minimum de fermeté dans l'application de la loi, je n'hésite pas à le dire : c'est faire le jeu du Front National. Je pense qu'il faut que le Parti Socialiste se comporte comme un parti de gouvernement, et qu'il manifeste une raisonnable fermeté.         
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous ne sommes pas dans un monde idéal. Il y a des problèmes de développement qui se posent en Afrique. Des problèmes qu'on ne va pas résoudre du jour au lendemain. Et cela, ce n'est pas du ressort du ministre de l'Intérieur.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur Manuel Valls</span>        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que Manuel Valls est un atout pour la gauche et je pense qu'on devrait respecter la difficulté de son travail. Dans ce genre d'exercice la tâche d'un ministre de l'Intérieur n'est pas facile : j'en parle d'expérience.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis derrière Manuel Valls dans la difficulté qui doit être la sienne, car ce n'est pas facile de se faire envoyer à la figure toutes sortes de noms d'oiseaux. Une attitude responsable s'impose et doit être rappelée à un certain nombre de députés de gauche que j'ai entendu s'exprimer.        
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est ne rien comprendre au problème que de dire que Manuel Valls fait du Sarkozy. Historiquement tous les gouvernements ont instauré des législations qui n'avaient pas pour but d'instaurer la liberté de s'installer sur le sol de la France pour quiconque le souhaiterait. Soyons un peu sérieux.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La France et l'Europe dans le monde bipolaire du XXIe siècle</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Mon livre est une réflexion, à bonne hauteur, du déclin des nations européennes. Regardez les nations des pays qu'on dit émergents, ce sont des nations conquérantes. En Europe, les nations rasent les murs. On le voit d'ailleurs dans l'affaire dont on vient de parler : les frontières, on veut les effacer. Mais en réalité on en a besoin pour exister dans le monde du XXIe siècle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous sommes dans un monde qui redevient bipolaire, marqué par la montée de la Chine et le lent déclin des États-Unis. C'est cette bipolarité qui invite à se demander si en temps qu'Européens nous allons exister.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Mon livre est optimiste : je dis que nous pouvons exister en faisant une Confédération de peuples libres, du Maghreb jusqu'à la Russie, nous organisant ainsi pour ne pas dépendre complètement de la Chine ou des États-Unis.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La France doit retrouver confiance en elle-même. François Hollande doit faire davantage appel au patriotisme des français, parce qu'il est par définition l'homme de la Nation. Il faut qu'il montre qu'il y a une place très importante pour la France en Europe, parce que l'Europe sans la France, ça ne marche pas.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Euro monnaie unique est un tonneau des Danaïdes que nous allons encore traîner quelques temps, mais il faut passer à une autre organisation. Dans mon livre j'explique comment cela peut se faire, avec l'accord de l'Allemagne parce que ce pays ne va pas sacrifier sa compétitivité à renflouer tous les États et toutes les banques en difficulté.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut laisser le temps à François Hollande, qui a toutes les qualités pour être à la hauteur. Je pense qu'il doit affirmer son autorité, mais sans autoritarisme.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La France a encore un avenir. En réalité un projet d'Europe européenne implique la France. Je l'ai souvent dit à François Hollande mais François Hollande n'écoute pas que moi.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Francois-Hollande-doit-faire-davantage-appel-au-patriotisme-des-francais_a1520.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"L'identité nationale de la France, c'est l'identité républicaine !"</title>
   <updated>2009-10-31T13:00:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/L-identite-nationale-de-la-France-c-est-l-identite-republicaine-_a868.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2009-10-28T09:26:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de "Questions cribles au Sénat" sur France 3, mardi 27 octobre 2009 à 23h50.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/8863b408c89fc49c8a7be7e23b00b433a143511b" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  <entry>
   <title>Jean-Pierre Chevènement face à Eric Besson au Sénat : "votre politique aiguise les faux débats entre la gauche et la droite en favorisant tous les extrêmes"</title>
   <updated>2009-11-02T12:24:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-face-a-Eric-Besson-au-Senat-votre-politique-aiguise-les-faux-debats-entre-la-gauche-et-la-droite_a867.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2009-10-28T00:00:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Voici la vidéo du débat en séance au Sénat sur l'immigration, le mardi 27 octobre 2009. Le sénateur Jean-Pierre Chevènement y interpelle le Ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Eric Besson.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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</object >
     </div>
     <div>
      <span class="u">Extrait de la dépêche AFP :</span>       <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Je constate</span>, a déclaré Jean-Pierre Chevènement (RDSE), ancien ministre socialiste à l'adresse d'Eric Besson,<span style="font-style:italic"> que votre politique est une politique de surenchère sur le Front national&quot;</span>.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Cela ne peut qu'aiguiser les faux débats entre la gauche et la droite en favorisant tous les extrêmes, d'un côté la xénophobie, et de l'autre, le sans-papiérisme aveugle&quot;</span>, a-t-il ajouté, opposant une fin de non-recevoir à la proposition de débat du ministre de l'Immigration.       <br />
              <br />
       Le sénateur du territoire de Belfort a estimé qu'il n'y avait <span style="font-style:italic">&quot;pas lieu de revenir constamment sur cette définition&quot;</span> de l'identité nationale, <span style="font-style:italic">&quot;surtout à l'occasion des problèmes posés par l'immigration, sauf à vouloir rouvrir le débat sur les deux conceptions de la nation, tranché par Ernest Renan, sur une conception citoyenne ou une conception ethnique&quot;</span> de l'identité nationale.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span class="u">Compte rendu intégral de la séance du 27 octobre 2009 :</span>       <br />
       <b>M. le président.</b> La parole est à M. Jean-Pierre Chevènement.       <br />
       <b>M. Jean-Pierre Chevènement.</b> Monsieur le ministre, vous avez déclaré à plusieurs reprises dans la presse mener la même politique de l'immigration que celle que j'avais moi-même conduite comme ministre de l'intérieur et que, à l'époque, il est vrai, vous approuviez.        <br />
              <br />
       Conduire une politique de l'immigration est une tâche difficile, mais nécessaire, et il n'existe pas de solution idéale. Mais êtes-vous prêt, monsieur le ministre, à régulariser les étrangers en situation irrégulière, non pas aveuglément, bien sûr, mais sur la base de critères d'intégration, comme je l'ai fait moi-même en 1997 en donnant une suite favorable à 80 000 demandes sur les 140 000 qui étaient présentées ? Vous noterez au passage que je n'ai pas fait preuve de laxisme puisque 60 000 demandes avaient été rejetées.       <br />
              <br />
       Si vous appliquez la même politique, monsieur le ministre, pourquoi les ministres de l'intérieur des différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2002 ont-ils modifié à trois reprises la loi relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France et au droit d'asile, la loi RESEDA, que j'avais fait voter en avril 1998 ?        <br />
              <br />
       Pourquoi, en particulier, avoir supprimé la clause de régularisation au fil de l'eau, qui permettait d'éviter les régularisations massives ?        <br />
              <br />
       Par ailleurs, pourquoi vous fixez-vous des objectifs chiffrés, qui, vous le savez bien, interdisent aux préfets de procéder avec humanité ?       <br />
              <br />
       Pourquoi, enfin, vouloir jumeler l'immigration et l'identité nationale, mais pour les opposer, à la veille des élections régionales, alors que l'identité républicaine de la France se définit essentiellement non pas par rapport à l'étranger, mais à travers des valeurs positives de responsabilité, d'humanité et de droit ? <span style="font-style:italic">(Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe socialiste.)</span>        <br />
              <br />
       <b>M. le président</b>. La parole est à M. le ministre.       <br />
       <b>M. Eric Besson, ministre.</b> Cher Jean-Pierre Chevènement, c'est pour moi un plaisir de vous répondre…C'est un plaisir de répondre : jusque-là, il n'y a pas matière à hurler !       <br />
              <br />
       En fait, la formule que j'ai employée a été raccourcie, car je ne pense pas que nous menions la même politique. J'ai dit que vous aviez fait du bon travail – j'espère que vous me pardonnerez ces propos ! – et que vous n'étiez pas suivi dans le groupe majoritaire auquel j'appartenais à l'époque, ce qui vous avait exposé à un certain nombre de difficultés.       <br />
              <br />
       La période dite des régularisations massives est terminée, d'abord parce que le Pacte européen que j'ai évoqué l'interdit désormais pour les vingt-sept pays de l'Union européenne, et ensuite en raison du résultat des régularisations dont vous avez eu la responsabilité et auxquelles a procédé le Premier ministre espagnol, M. Zapatero. Celui-ci a d'ailleurs reconnu a posteriori que, si c'était à refaire, il ne le referait pas parce que cela avait créé un très grand appel d'air.        <br />
              <br />
       <b>M. Jean-Pierre Chevènement.</b> Évidemment, 600 000 régularisations !       <br />
              <br />
       <b>M. Eric Besson, ministre.</b> Autrement dit, nous n'avons désormais pas le droit de procéder à des régularisations massives et, de toute façon, la période actuelle ne s'y prêterait vraiment pas ; je crois même que c'est le contraire de ce qu'il faut faire aujourd'hui.        <br />
              <br />
       La France accueille chaque année sur son sol 200 000 étrangers au titre du long séjour, 2 millions au titre du court séjour, et elle accorde la nationalité française à 110 000 étrangers par an. J'ai déjà dit tout à l'heure qu'elle était en outre le pays le plus généreux en matière d'asile.        <br />
              <br />
       Cela n'empêche nullement, comme vous l'avez dit, monsieur le sénateur, de procéder à des régularisations. Vous avez évoqué les régularisations au fil de l'eau. L'article 40 de la loi de 2007 permet d'y recourir suivant des critères comme le travail, par exemple.        <br />
              <br />
       Pour conclure, je vous poserai une question : pourquoi opposez-vous immigration et identité nationale ?        <br />
       M. Eric Besson, ministre. Nul ne le suggère. Le Président de la République a expliqué ce que l'immigration avait apporté à notre pays et affirmé qu'il était à la tête d'une France métissée. Mais il faut mieux intégrer ceux que nous accueillons, ce qui suppose de bien leur expliquer ce que sont nos valeurs communes. L'immigration peut continuer à nous apporter beaucoup à condition que ses acteurs adhèrent à nos valeurs. Je ne vois rien là qui puisse choquer le grand républicain que vous êtes. <span style="font-style:italic">(Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste.) </span>       <br />
              <br />
       <b>M. le président.</b> La parole est à M. Jean-Pierre Chevènement, pour la réplique.       <br />
       <b>M. Jean-Pierre Chevènement.</b> Monsieur le ministre, la politique que j'ai menée de 1997 à 2000 avait aussi pour objectif d'élargir les marges de manœuvre d'un gouvernement de gauche, ce qui n'est pas exactement votre ambition !       <br />
              <br />
       <b>M. Jean-Pierre Chevènement.</b> J'ajoute que, depuis 1789, l'identité de la France se définit comme une identité républicaine, fondée sur une communauté de citoyens partageant des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité.        <br />
              <br />
       Il n'y a pas lieu de revenir constamment sur cette définition, surtout à propos des problèmes posés par l'immigration, sauf à vouloir rouvrir le débat, tranché depuis 1889 par Ernest Renan, sur les deux conceptions de la nation : la conception citoyenne et la conception ethnique.        <br />
              <br />
       Il faut essayer de soustraire cette question de l'immigration aux surenchères du débat gauche-droite. C'est ce que j'ai fait, alors que votre politique consiste à faire de la surenchère par rapport au Front national. Elle ne peut qu'aiguiser les faux débats qui peuvent exister entre la droite et la gauche, en favorisant tous les extrêmes : d'un côté, la xénophobie, de l'autre, le « sans-papierisme » aveugle. <span style="font-style:italic">(Très bien ! et applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe socialiste.)</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-face-a-Eric-Besson-au-Senat-votre-politique-aiguise-les-faux-debats-entre-la-gauche-et-la-droite_a867.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Trois élections présidentielles : démocratie «moderne» et refondation républicaine de la gauche</title>
   <updated>2007-10-23T16:32:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Trois-elections-presidentielles-democratie-moderne-et-refondation-republicaine-de-la-gauche_a413.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/711217-869576.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2007-08-31T00:05:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Dans ce long texte, Jean-Pierre Chevènement étudie l’« américanisation » de la vie politique à travers médias et sondages, propose une analyse comparée des trois dernières élections présidentielles (1995, 2002, 2007), revient sur la campagne présidentielle de 2007 et les contradictions non tranchées du Parti socialiste, et estime enfin que le PS doit résoudre son problème avec la nation.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/711217-869576.jpg?v=1289480119" alt="Trois élections présidentielles : démocratie «moderne» et refondation républicaine de la gauche" title="Trois élections présidentielles : démocratie «moderne» et refondation républicaine de la gauche" />
     </div>
     <div>
      Rapport préparatoire de Jean-Pierre Chevènement au <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Le-colloque-de-rentree-de-la-Fondation-Res-Publica-La-democratie-peut-elle-survivre-au-systeme-politico-mediatico_a406.html">colloque &quot;La démocratie peut-elle survivre au système politico-médiatico-sondagier ?&quot; organisé par la Fondation Res Publica</a> le lund 10 septembre 2007 à la Maison de la chimie à 18h. (*)       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – L’« américanisation » de la vie politique à travers médias et sondages</b>       <br />
              <br />
       Le fonctionnement de la démocratie a été profondément bouleversé par le rôle croissant des médias et, depuis quarante ans, des sondages.       <br />
              <br />
       Ce système médiatico-sondagier a-t-il sonné le glas de la démocratie classique, où le citoyen éclairé par la raison, ou si l’on préfère guidé par son bon sens, décide, après un débat républicain argumenté, de ce qui lui paraît bon pour l’intérêt général ?       <br />
              <br />
       Le rôle de la télévision paraît écrasant : l’Ecole permet-elle encore l’exercice de l’esprit critique ? Peut-on soutenir que la réintroduction de l’éducation civique, opérée en 1985, pèse de quelque poids dans l’élaboration de la volonté générale ? Que reste-t-il du rôle de médiation des intellectuels ! Reste-t-il d’ailleurs des intellectuels ? Et quelle est la place, dans la formation de l’esprit public, de la presse écrite dont le tirage diminue sans cesse ? La télévision semble jouer dans l’information le rôle des divisions blindées en 1940.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Selon une théorie néo-marxiste, la télé se ferait le relais de l’idéologie dominante. Une autre thèse, cependant, met l’accent sur l’éclatement de la scène publique, la montée des petites chaînes de radio et de télévision, et surtout celle d’Internet.        <br />
              <br />
       Loin que les médias expriment l’idéologie dominante, ce serait une logique propre aux médias qui tendrait à s’imposer à tous les acteurs à commencer par les médias eux-mêmes : bulles médiatiques, l’une chassant l’autre, sans qu’une cohérence d’ensemble puisse se discerner dans ce chaos incessant d’images et d’effets choc. Quelle thèse est la bonne ? La seconde, à mon sens, n’empêche pas forcément la première. Le lien entre les grands groupes financiers et les chaînes de télévision le montre à sa façon.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Du point de vue de la démocratie classique, le système médiatico-sondagier semble avoir relégué le débat argumenté au musée des archaïsmes. Les débats ont d’ailleurs disparu des écrans, en France, à l’exception du traditionnel débat de second tour, à l’occasion des élections présidentielles.        <br />
              <br />
       Ce débat a-t-il jamais fait la décision ? Lequel des candidats a dominé l’autre ? telle est la rituelle question du lendemain. Les avis se partagent généralement entre les camps, même si on ne peut exclure que, dans son for intérieur, le téléspectateur moyen qui hésite encore entre les candidats puisse se forger son opinion, à la seule lumière de son « bon sens ».       <br />
              <br />
       Au-delà de la « peopolisation », l’idéologie globale des médias reste cependant largement, selon moi, l’idéologie dominante, celle, selon Marx, des classes dominantes, tant pèse lourd le poids des grilles de lecture préétablies, sur les questions de sécurité ou de politique extérieure, par exemple. Les médias donnent à voir le monde en noir et blanc.        <br />
              <br />
       Il y a l’image, certes, qui ne fait pas appel qu’à l’intellect du téléspectateur. Il y a aussi le choix des images, et il y a, enfin, le commentaire, ce que j’appelle la « grille de lecture ». Bien sûr, il y a aussi des images qui révoltent, celles des frappes militaires dites « chirurgicales » quand elles manquent leur but par exemple, mais il y a aussi, dans les guerres, ce qu’on ne montre pas : ainsi les bombardements par B52. La télévision fait plus appel à l’affect qu’à l’intelligence.        <br />
              <br />
       Faut-il donc céder à un pessimisme définitif ? Ne peut-on soutenir qu’à la longue, l’esprit public s’habitue, relativise, développe une lecture critique des médias ? Il est quand même difficile de nier que tous les acteurs politiques ont dû s’adapter à la télévision, soigner leur « look », simplifier leurs discours, et finissent par privilégier les « effets de communication » sur le fond de leur argumentation. D’où le dérisoire de certains affrontements télévisuels. Quand on sait à quels excès et à quelles liaisons incestueuses ce système peut conduire – on l’a vu avec Silvio Berlusconi en Italie, et dans une moindre mesure avec l’alliance de Tony Blair et de Rupert Murdoch en Grande-Bretagne – on ne peut s’empêcher d’y voir la confirmation de la première thèse : sur le long terme, les grands médias de masse exercent un effet de conditionnement de l’opinion. Du système, tel qu’il fonctionne, le républicain ne peut ainsi que retirer un sentiment de profonde frustration. Et pourtant M. Berlusconi a été battu aux élections italiennes ! Quant à M. Blair, son image a été si profondément atteinte par l’invasion de l’Irak qu’il a dû consentir à se retirer.        <br />
              <br />
       La démocratie survivrait donc tant bien que mal au système médiatique. Mais celui-ci fausse le jeu de la démocratie, jusqu’à la vider de son sens. Selon Marcel Gauchet, la logique du « quatrième pouvoir » conduirait en fait à « l’impouvoir ». « La démocratie de contrôle » qui est censée corriger les excès de la « démocratie représentative », aboutirait à délégitimer tout pouvoir. Comme il l’écrit : « Les médias ne sont pas une alternative aux pouvoirs qu’ils mettent sur la sellette ». « La culture de la déploration et de la dénonciation autour de laquelle les médias s’organisent, contribue à rendre le monde illisible et désespérant … Le message subliminal et ultime est qu’on ne peut rien. La logique de l’antipouvoir sécrète une dépolitisation profonde … ».       <br />
              <br />
       Marcel Gauchet parle de « maladie infantile » de la « démocratie de contrôle ». Il s’en remet, pour y remédier,  au « courage » des hommes politiques et des journalistes. C’est plus facile à dire qu’à faire. Cette vision quelque peu irénique fait l’impasse sur les mesures structurelles qui permettraient de soustraire les médias au pouvoir de l’Argent (Service public – taxation de la publicité, etc.) et de réfléchir à une déontologie de l’information et des sondages.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       La toute puissance de l’image se trouve en effet redoublée par le rôle nouveau des sondages dans le paysage. Ceux-ci présentent comme évidents et naturels des « faits d’opinion » dont Patrick Lehingue dans « Subunda » (1) a montré le caractère souvent improbable. Les sondages, selon une définition plaisante de Georges Gallup, sont « la mesure de l’opinion publique » et celle-ci se définit comme « ce que mesure les sondages ». Définition circulaire. Patrick Lehingue a recensé toutes les faiblesses de ces « mesures » : tailles des échantillons et calcul aléatoire des marges d’erreur, sondés qui ne veulent pas l’être, assimilation des non-réponses aux « sans opinion », rôle emblématique des sondages politiques au regard du poids considérable des commanditaires privés, etc. Dans le commentaire enfin, on raisonne trop souvent en pourcentages au lieu de raisonner en voix … Il est difficile de mesurer l’effet des sondages sur une élection.       <br />
              <br />
       Les sondeurs parlent d’effets multiplicateurs (« bandwagon » : ralliement au vainqueur supposé), ou d’effets correcteurs (« underdog » : soutien au « chien battu »). Ces descriptions ne sont pas des explications. Elles permettent de dire tout et son contraire.       <br />
              <br />
       On a pu soutenir qu’au fond, les sondages n’influaient guère sur le vote que les électeurs, au fond d’eux-mêmes et avant la campagne, se proposaient d’émettre (sociologie des « effets limités », impulsée aux Etats-Unis, dès 1940, par Paul Lazarfeld).       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       En fait, les sondages exercent surtout leur effet sur les sondeurs, les journalistes et les acteurs politiques. De ce point de vue, les sondages jouent un rôle incontestable. Le moindre fléchissement peut entraîner un effet de désaffection.         <br />
              <br />
       On l’a vu lors de la dernière campagne présidentielle, quand le « trou d’air » dans la campagne de Ségolène Royal, dans la deuxième quinzaine de janvier 2007, a failli entraîner la sélection de François Bayrou dans les sondages pour le deuxième tour. Les sondages peuvent donc jouer un rôle d’accélérateur, compte tenu de l’opportunisme des médias. S’agissant de la désignation des candidats l’expérience montre que si les politiques savent « tenir bon », selon l’expression de François Mitterrand, la partie pour eux reste jouable dès lors que le parti qui désigne les candidats reste une force politique structurée et ne glisse pas elle-même vers un total opportunisme. Mais de ce point de vue là aussi, il me semble qu’on a trop privilégié les comportements opportunistes à propos de la désignation de Ségolène Royal et pas assez les facteurs politiques (division du parti socialiste). J’y reviendrai ultérieurement. Ségolène Royal, en tout cas, a su, une fois désignée, enrayer le phénomène de désaffection qui la frappait, il est vrai relayé par l’aile droite du parti socialiste qui, dans les derniers jours de la campagne, a clairement joué en faveur de François Bayrou. L’effet « bandwagon » ne décrit que les phénomènes « opportunistes », mais il est vrai que l’opportunisme en politique est un phénomène assez répandu.       <br />
              <br />
       Patrick Lehingue repère quelques-uns de ces « points tournants » où le capital (politique et médiatique) va au capital, comme si nous étions sur un marché boursier, à l’occasion d’une offre publique d’achat : Ainsi Valéry Giscard d’Estaing qui, en 1974, bénéficia du ralliement des grands notables gaullistes, à commencer par Jacques Chirac, marginalisant Jacques Chaban-Delmas. Ainsi, en sens inverse, Edouard Balladur, dans l’état major duquel l’inversion des sondages à son détriment exerça, à partir de février-mars, un effet démobilisateur, qu’après coup Nicolas Sarkozy a jugé excessif et ayant pu fausser l’élection.        <br />
              <br />
       Patrick Lehingue rappelle que les sondages ont découragé le PCF de présenter un candidat en 1965, conduit les Verts, en 2002, à changer de cheval en cours de campagne (Mamère se substituant à Lipietz). La boulimie des sondages commandés par les états-majors politiques (dix fois plus, en vingt-cinq ans) suffit à montrer leur extrême sensibilité à la chose. Les sondages deviennent à leur manière des « prophéties autoréalisatrices ». Ou du moins passent pour telles.       <br />
              <br />
       La même boulimie se manifeste chez les journaux qui cherchent à augmenter leur tirage. Les sondeurs, enfin, font dans les médias leur propre promotion. L’effet de notoriété explique ainsi la multiplication des sondages. Les sondages ont ainsi complètement modifié les règles du jeu politique : les leaders n’existent qu’à travers des images publiques élaborées par des spécialistes du marketing. Les sondages mesurent ensuite la notoriété, les chances d’avenir, etc. La relation entre journalisme et sondages est ainsi décrite par Patrick Lehingue comme un « processus récursif » où la définition de « sujets d’actualité » détermine le contenu des sondages affectant ainsi le processus politique qui devient à son tour un « sujet d’actualité ».       <br />
              <br />
       L’élection tend de plus en plus à ressembler à une « course de chevaux » où les enjeux politiques tendent à êtres occultés. Les sondages effectués longtemps avant l’élection plongent le pays dans un état de campagne électorale permanente. Le rite de l’élection se trouve banalisé. Les sondages changent ainsi la nature de l’élection. Ils formatent le débat et délimitent les sujets. Ils substitueraient à la concurrence des programmes le choix d’un candidat par rapport à un autre : c’est le triomphe d’une vision « schumpetérienne » de la politique : la course de chevaux. Byzance où à la fin, entre les « bleus » et les « jaunes », le choix de la politique et ceux de l’Hippodrome avaient fini par se superposer. On peut aussi parler d’« américanisation » de la vie politique que la gauche gestionnaire portait en son sein dès la fin des années soixante-dix.       <br />
              <br />
       Peut-on espérer cantonner le rôle des sondages, leur imposer une déontologie ? (taille des échantillons, publication simultanée des résultats redressés et des bruts, etc.). C’est aussi l’objet de notre débat.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Analyse comparée des trois dernières élections présidentielles</b>       <br />
              <br />
       Pour l’éclairer et mettre en lumière les marges de démocratie subsistantes, il me semble utile d’esquisser une analyse comparée des trois dernières campagnes présidentielles : 1995 – 2002 – 2007, et particulièrement de la dernière.       <br />
              <br />
       •	La première (1995) a tourné autour du thème de la « fracture sociale », choisi par Jacques Chirac ;       <br />
       •	la seconde (2002) a été marquée par le thème de la sécurité que, là encore, Jacques Chirac avait choisi, dès son intervention du 14 juillet 2001, comme axe principal de son argumentation ;       <br />
       •	la troisième (2007) a vu émerger plusieurs thèmes : celui de la « valeur travail » et surtout le thème de l’identité nationale dans ses rapports avec l’immigration, ces thèmes choisis par Nicolas Sarkozy ont surclassé le thème de « l’ordre juste » mis en avant par Ségolène Royal.       <br />
              <br />
       On avait coutume de dire qu’à chaque élection, depuis 1981, les Français avaient pris l’habitude de « rejeter les sortants ». Cette vue est trop générale :        <br />
              <br />
       •	en 1995, les Français ont choisi une alternance au sein de la droite, en renvoyant, en effet, le Premier ministre en exercice, Edouard Balladur, mais sans ramener la gauche au pouvoir ;       <br />
       •	en 2002, le rejet de Lionel Jospin a été plus fort que celui de Jacques Chirac qui a constamment surclassé son concurrent socialiste dans les sondages de premier tour (cf. tableau) ;       <br />
       •	en 2007 encore une fois, les Français ont choisi une alternance au sein de la droite, Nicolas Sarkozy ayant su se présenter assez tôt comme le « candidat de la rupture ». Le ralliement, in extremis, de Jacques Chirac n’a pu être interprété autrement que comme une reconnaissance de sa défaite, dès lors que des primaires au sein de l’UMP n’ont même pas pu avoir lieu.       <br />
              <br />
       Ces trois élections présidentielles ont vu la défaite du  candidat du PS. On peut naturellement imputer ces défaites au rôle devenu prépondérant de la télévision et des sondages dans la manipulation de l’opinion publique. Par exemple à la polarisation des médias en 1995 sur le duel Chirac/Balladur ou sur le thème de la sécurité en 2002. Inversement, Ségolène Royal a bénéficié d’un « effet de présélection » au moment de la désignation du candidat socialiste en novembre 2006 mais d’un fort ressac à partir de la mi-janvier 2007.        <br />
              <br />
       Ce serait à mon sens une vue trop courte des choses d’en rester à cette analyse : les médias ne suffisent pas à faire l’élection. Quant aux sondages, ils orientent le débat autour de la compétition des deux candidats qui sont censés pouvoir gagner : en 1995, Balladur, le sortant, et Chirac, son seul compétiteur crédible. En fait, en 1995, la gauche est encore sous le choc de sa défaite écrasante de 1993. Le système médiatico-sondagier opère une sélection subtile : il favorise les candidats « institutionnels », accorde une prime aux deux grands partis (RPR-UMP et PS), sait, le cas échéant, faire monter, au moins provisoirement, pour soutenir l’attention, une « troisième homme », censé pouvoir bouleverser un scénario trop convenu (Jean-Pierre Chevènement en 2002, François Bayrou en 2007).        <br />
              <br />
       En réalité, les tendances lourdes échappent au système médiatico-sondagier. Celui-ci (2) repère assez bien « la pente » que va suivre chaque candidat mais évalue très approximativement le niveau auquel il va se situer : ainsi en 1995 la pente descendante d’Edouard Balladur ; en 2002 celle de Lionel Jospin, mais aussi celle, partant de plus haut, il est vrai, de Jacques Chirac. Il repère mais surestime la puissance ascensionnelle de Jacques Chirac en 1995. Il sous-estime au contraire la montée de Le Pen en 2002. En 2007, de janvier à avril, il donne constamment Nicolas Sarkozy avant Ségolène Royal. Celle-ci résistera victorieusement à l’opération Bayrou mais échouera à refaire son retard sur Sarkozy. Notons cependant le poids de l’enracinement et notamment celui du soutien apporté par un grand parti, type UMP ou PS, à son candidat : il y a peu d’exemples qu’en dehors de ce maillage fin à travers municipalités, collectivités, réseaux d’élus et de militants, un candidat parvienne à être sélectionné. A ma connaissance un seul : Giscard d’Estaing en 1974, nouvelle défaite du gaullisme après 1969, comme la désignation de Nicolas Sarkozy sera celle, plus feutrée, du chiraquisme trente-deux ans plus tard.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Les défaites successives du parti socialiste viennent, à mon sens, du fait qu’il n’avait pas de projet clair, ni en 1995, ni en 2002, ni en 2007. Historiquement – et son échec de 1993 en témoignait – il avait épuisé ses cartouches depuis qu’il avait tourné le dos à son projet initial (d’abord l’emploi !) pour épouser le courant libéral et se poser en défenseur de la « monnaie forte ». Faute d’opérer une « conversion républicaine » qui n’était pas mûre dans l’opinion en 1983-1984 (même s’il y eut à l’époque quelques « avant-gardistes »), le parti socialiste s’est progressivement coupé des couches populaires. Sa politique de redistribution sociale en faveur des plus démunis pouvait, un temps, donner le change, mais l’exposait, à terme, au reproche de favoriser « l’assistanat » : RMI, CSG, 35 heures, CMU, APA n’auront pas suffi à éviter les défaites de 1993 et 2002.       <br />
              <br />
       Le PS ne pouvait espérer revenir aux affaires qu’en s’appuyant sur une réaction de rejet assez forte. C’est ce que fait François Mitterrand avec habileté, en 1988, en développant le programme de la « France unie ». Il sut mettre avec lui la gauche mais aussi - et là était son sens politique particulier - une fraction de la droite assez avisée pour préférer une gestion social-libérale à celle, heurtée et décrite comme aventureuse de Jacques Chirac. Lionel Jospin sut tirer parti du rejet du plan Juppé et du mouvement social de novembre-décembre 1995, mais la « gauche plurielle » était un montage « tactique » qui ne remédiait pas à la carence de projet. Les trois défaites de 1995-2002-2007 illustrent ainsi une faiblesse stratégique persistante.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">L’élection se joue sur des paramètres politiques beaucoup plus profonds que la manipulation politique</span>. Ce qui compte, c’est l’adéquation des acteurs politiques à une situation historique donnée. François Mitterrand aura été le seul candidat du PS, en cinquante ans de cinquième République, à trouver cette adéquation, ô combien subtile en 1981 et 1988 ! Le parti socialiste n’a pas, aujourd’hui, trouvé de réponse adéquate au défi central de la mondialisation. On peut dire que la droite non plus, mais la droite excelle à faire oublier assez vite les promesses qu’il lui arrive de faire. Depuis deux décennies, le parti socialiste attend sa victoire d’un « effet essuie-glace » qui, à vrai dire, ne s’est produit qu’en 1997. D’où sa propension à focaliser sa propagande sur l’adversaire du moment : tout sauf Chirac, en 2002 – tout sauf Sarkozy, en 2007. La question qui se pose au PS est aujourd’hui de reconstituer sa substance militante et de savoir s’il peut être plus qu’un parti de gestion. Peut-il proposer un projet original et crédible à la fois pour la France ?       <br />
              <br />
       Si on part de l’idée que le défi principal de la période historique est de savoir comment il est possible de relever le défi d’une « mondialisation libérale » qui prend la France en tenailles, on peut avancer l’idée que le candidat de gauche ne peut l’emporter que s’il donne le sentiment de pouvoir y répondre mieux que le candidat de droite. Il y avait là pour le parti socialiste une véritable difficulté en 2007 au lendemain du rejet de la Constitution européenne par le peuple français. Il eût sans doute fallu aller plus loin dans la définition d’une perspective alternative et pousser plus avant le curseur pour déséquilibrer Nicolas Sarkozy. Mais Laurent Fabius était trop isolé et Ségolène Royal, compte tenu de sa trajectoire personnelle, ne pouvait guère aller plus loin qu’elle ne l’a fait.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – La campagne de 2007 et les contradictions non tranchées du PS</b>       <br />
              <br />
       Revenons sur la dernière campagne présidentielle pour la comprendre, en dehors des effets médiatiques ou sondagiers, même si ceux-ci existent à l’évidence.       <br />
              <br />
       Je ne m’attarderai pas sur le phénomène Sarkozy et sur le rejet de Jacques Chirac par l’Establishment français, surtout depuis l’affaire irakienne, où on avait vu le Président de la République française braver ouvertement l’Hyperpuissance. Sans doute l’inéligibilité d’Alain Juppé, privant Jacques Chirac d’un successeur désigné et l’incapacité de trouver dans son camp une autre relève crédible, ont-elles contribué au surgissement de Nicolas Sarkozy dont la volonté, la pugnacité, le talent ont évidemment joué un rôle déterminant. Il est sans doute trop tôt pour porter des jugements définitifs mais le parallèle mérite sans doute d’être fait avec les conditions dans lesquelles De Gaulle a été remercié en 1969, avec le concours de la droite atlantiste. Nicolas Sarkozy a incontestablement bénéficié de la méfiance qu’a suscitée chez nos élites financières et médiatiques la politique étrangère du tandem Chirac-Villepin.       <br />
              <br />
       Quant à Ségolène Royal, elle n’est pas venue par hasard. Elle n’est pas, comme on l’a prétendu, la simple créature des sondages. Le succès de sa candidature exprimait la profonde contradiction où était le parti socialiste et que le référendum sur le projet de Constitution européenne du 29 mai 2005 avait fait éclater aux yeux de tous : d’un côté 60 % du parti pour le oui ; de l’autre 60 % des électeurs pour le non.       <br />
              <br />
       Mais cette division plongeait ses racines dans un passé bien antérieur, dans le tête-à-queue social-libéral du parti socialiste : en mars 1983 l’ouverture de la « parenthèse libérale » selon l’expression du Premier secrétaire de l’époque, jamais refermée depuis lors. C’est dans ce parti gravement divisé contre lui-même que le 29 mai 2005 s’est épanouie la candidature à la candidature de Ségolène Royal. Il apparût vite aux adhérents que les deux autres candidats, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, malgré la synthèse artificielle du Congrès du Mans et malgré un <a class="link" href="http://projet.parti-socialiste.fr/tag/le-texte-du-projet/">projet socialiste patchwork</a>, également voté à l’unanimité, trouveraient contre eux l’aile adverse du parti. Même s’il avait mis beaucoup d’eau dans son vin, Laurent Fabius ne fédérait pas au sein du PS les partisans du « non » et ne désarmait pas le ressentiment des partisans du « oui ». Et pas davantage Dominique Strauss-Kahn l’hostilité des partisans du « non » à l’égard de la dérive européiste et libérale.       <br />
              <br />
       C’est sur cette base qu’a prospéré la candidature de Ségolène Royal. Elle fut désignée à plus de 60 % des adhérents contre 20 % environ à ses deux compétiteurs. Elle était l’« homo novus » dans la perspective de cet affrontement programmé et déjà rebattu, tant les arguments échangés avaient été depuis longtemps ressassés.       <br />
              <br />
       Ségolène par sa féminité et son caractère faisait la différence. Elle eut l’astuce de l’invention de quelques formules ramassées qui, tel « l’ordre juste » donnait le sentiment du dépassement de la contradiction entre bienpensants de gauche, adeptes de la seule prévention, et partisans d’une politique de sécurité républicaine qui ne ferait pas l’impasse sur la répression. De même affirma-t-elle l’intention de dépasser le clivage du « oui » et du « non » au référendum européen du 29 mai 2005. Elle demanda à Porto, début décembre 2006, devant le Congrès du PSE, la modification des statuts de la Banque Centrale européenne. Elle ne développa pas assez cette orientation alternative. Son grand mérite fut enfin de réintégrer la nation dans la pensée socialiste d’où elle avait été évacuée depuis 1983, sinon plus anciennement encore (bien que la pédagogie de la « nation républicaine » reste encore largement à faire).       <br />
              <br />
       Ce ne sont donc pas les sondages qui ont désigné Ségolène Royal. Les sondages ont mis en valeur sa différence d’avec ses concurrents ; elle était une femme d’abord et ne se laissait identifier avec aucun autre. Bien sûr les sondages ont exercé un effet multiplicateur. Ils ont creusé l’écart mais ils n’ont pas créé, au départ, les conditions politiques qui ont permis l’envol de Ségolène.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Chacun sait que les sondages se sont renversés en sa défaveur à la mi-janvier 2007, tandis que Sarkozy, par la plume « républicaine » d’Henri Guaino, prenait à contre-pied les procès instruits par la gauche. Celle-ci croyait avoir un boulevard en taxant Sarkozy d’ultralibéralisme, d’atlantisme, de communautarisme, stigmatisation dont la paternité revenait en fait à Jacques Chirac. Eric Besson avait développé cette argumentation dans un opuscule distribué au début de l’année au comité de campagne socialiste, taxant Sarkozy de « néo-conservateur américain à passeport français ». Les excès de l’esprit partisan furent ensuite dénoncés par l’intéressé lui-même, tétanisant ainsi son camp. Prenant ses adversaires à contre-pied, Sarkozy exalta la politique industrielle, flétrit « l’euro cher », réclama une « préférence communautaire ». Il reconnut comme une faute (avec quatre ans de retard il est vrai) l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis et prit ses distances avec eux sur le climat et sur la Turquie. Laissant son entourage traiter les sensibilités des « communautés », il occupa, sur le conseil d’Henri Guaino, le créneau de la République.        <br />
              <br />
       En face on ne sut pas enfoncer le clou et dénoncer ses contradictions. Au contraire, Nicolas Sarkozy, enferma la gauche dans les siennes : sur la sécurité, la nation, le social. Il campait habilement trois épouvantails : la « racaille » des cités, l’immigration subie, censée menacer l’identité nationale, et enfin, au nom de la « valeur travail », la dérive de la société française vers « l’assistanat », dérive imputée aux socialistes.       <br />
              <br />
       Sur ces trois thèmes, la gauche se fit piéger : sur la sécurité elle ne vit pas le coup venir. Ségolène ne prononça pas les discours qui lui avaient été préparés sur l’insécurité et sur l’immigration. Sur un prétexte futile (l’exiguïté de la salle retenue) l’expression de Ségolène sur la sécurité fut annulée, huit jours avant qu’éclatent les incidents de la gare du Nord. Il était alors trop tard pour réagir. Nicolas Sarkozy, démagogiquement, renvoya Ségolène « du côté des délinquants ».       <br />
              <br />
       Il en fut de même sur la question des sans-papiers. Le parti socialiste, après l’affaire du « grand-père chinois » interpellé devant l’école où il venait chercher son petit-fils et de la mise en garde à vue d’un instituteur du 19ème arrondissement de Paris qui avait tenté de s’interposer, se mit à la remorque du « Réseau Education sans frontières » dont le mot d’ordre était la régularisation générale de tous les sans-papiers. Comme je faisais observer au comité de campagne du mardi que telle n’était pas la position du parti socialiste, ni surtout de Ségolène Royal, partisans du « cas par cas » et encore « sur critères », des responsables  socialistes de Paris, appelant à manifester me répondirent que cette association (le « Réseau Education sans frontières ») « respectait les positions du PS ». Celui-ci, en pleine confusion et victime de ses contradictions et de ses atermoiements, se vit rejeté du côté du sans-papiérisme  associatif. La candidate ne put montrer que l’identité nationale était menacée par le capitalisme financier plus que par l’immigration incontrôlée car elle devait tenir compte de la sensibilité sociale-libérale qui fuyait chez François Bayrou à l’appel des « Gracques », hauts-fonctionnaires libéraux qui devaient leur carrière à la gauche, qu’on retrouvait de plus en plus reconvertis dans le monde des affaires et dont la plupart, après diverses palinodies, allaient se retrouver chez François Bayrou d’abord et souvent, à la fin, chez Nicolas Sarkozy. Eux aussi alimentaient la faiblesse d’une gauche parvenue au bout de sa dérive libérale.       <br />
              <br />
       L’affaire des sans-papiers permit à Nicolas Sarkozy de marquer le point à partir d’une idée tronquée de la nation (l’immigration incontrôlée menaçant seule l’identité nationale). Davantage même sa proposition de créer un « Ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale », si elle suscita un hourvari dans la gauche bien pensante, contribua à vider le Front National d’une partie de son électorat, en mettant le doigt là où cela faisait mal : le refus communautariste de se plier aux valeurs admises depuis longtemps en France (l’égalité homme-femme) et de respecter les règles de la vie commune (à commencer par les institutions et les biens d’autrui) et même d’une simple civilité.       <br />
              <br />
       Sur la troisième question (le « social » et les salaires), Sarkozy, sut flétrir « l’assistanat » et pointer une dérive déjà ancienne (c’est à partir de 1982 que Jacques Delors a bloqué les salaires et développé le rôle compensatoire des prestations sociales, déconnectant ainsi les revenus du travail salarié). Couronnant sa politique d’allocations, le PS inventa enfin, ultime trouvaille déjà présente en 2002, « l’allocation d’autonomie pour les jeunes ». Ségolène pouvait répondre « donnant-donnant », « gagnant-gagnant », « droits et devoirs », elle était débordée par la stigmatisation des « tire au flanc », de la paresse subventionnée et du sort injuste fait à « ceux qui se lèvent tôt pour gagner peu ». Elle était piégée par les contradictions qui demeuraient au sein du PS et que celui-ci n’avait pas su ou pu lever avant l’épreuve.       <br />
              <br />
       C’est ainsi que Sarkozy maintint une assise quasi majoritaire sur le salariat. Durant la campagne législative, un salarié de General Electric à Belfort, qui prétendait avoir toujours voté pour moi, me fit observer que ses voisins, avec l’indemnisation-chômage, le bricolage, le travail au noir, voire le travail en Suisse, gagnaient autant que lui. Je lui objectai que les restructurations industrielles et les plans sociaux traduisaient une autre logique, celle de la prépondérance du capital financier. « C’est bien possible, me dit-il. Mais je ne vois pas ces capitalistes tous les jours. Ce ne sont pas mes voisins ».       <br />
              <br />
       Toutes ces contradictions du parti socialiste préexistaient à la candidature de Ségolène Royal. Le parti socialiste n’avait mis ses idées au clair ni sur la nation, à travers l’Europe et la mondialisation, ni sur une approche républicaine des questions de sécurité, ni sur la revalorisation du travail et le nécessaire relèvement des taux d’activité en France (pourtant mentionné dans <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Declaration-commune-PS-MRC-volet-politique_a122.html">l’accord MRC-PS</a>). Les propositions de Ségolène Royal (revenu de solidarité active - centres de rééducation « militaires » pour les délinquants multirécidivistes – affirmation de la nation républicaine contre ses contempteurs) étaient judicieuses mais elles venaient trop tard, laissant le PS sans voix parce qu’il était en fait sans projet véritable sur ces questions difficiles.       <br />
              <br />
       Ce n’est pas seulement parce que le PS ne la soutint que mollement que Ségolène Royal courut à l’échec : c’est parce que le parti socialiste, sur les questions décisives, n’avait pas tranché clairement. Le PS, en 2007 comme en 2002, cultivait les fausses synthèses. Il répugnait à trancher entre des conceptions opposées (sur la nation d’abord mais aussi sur la sécurité, le travail, etc.). En 2007 comme en 2002, il a perdu parce qu’il n’avait pas bâti un projet à la hauteur des défis des temps présents. Ségolène Royal ne pouvait combler en quelques mois un retard qui s’enracinait dans la difficulté réelle de concilier la sensibilité de la gauche dite « morale » et les aspirations des couches populaires. Il était plus commode pour le PS d’attendre le succès du simple effet de « l’essuie-glace » : du rejet de Chirac en 2002 et du « tout sauf Sarko » en 2007.        <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>IV – Le PS doit résoudre son problème avec la nation</b>       <br />
              <br />
       Le parti socialiste a un problème avec la nation qui remonte loin dans l’histoire. Seul Jean Jaurès avait compris avant 1914 que le parti socialiste devait s’identifier à la France. Ni Léon Blum, ni Guy Mollet, ni Lionel Jospin ne l’ont vraiment compris. Tous mettaient en priorité « la gauche » ou « le parti ». Même François Mitterrand qui avait toutes les qualités pour opérer cette conversion républicaine du parti socialiste a préféré en 1983 la voie, plus facile, d’une conversion libérale aux couleurs de l’Europe. « La France est notre patrie, et l’Europe notre avenir » pouvait être lu : « La France est notre passé. L’Europe sera notre patrie ».       <br />
              <br />
       On peut se demander si le mouvement socialiste n’est pas frappé d’une faiblesse congénitale dans le rapport qu’il entretient avec la nation. A la différence des partis de droite qui ont à la fois recyclé et dévoyé l’idée nationale à la fin du XIXe siècle, et à la différence aussi des radicaux, qui ont su maintenir leur ancrage dans la Révolution française (la figure de Clemenceau est emblématique à cet égard), les socialistes se sont définis à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle sur le terreau de l’internationalisme souvent confondu – sauf Jaurès – avec la simple opposition au chauvinisme et au nationalisme de la plupart des partis de droite de l’époque.       <br />
              <br />
       Il serait évidemment absurde de faire aux socialistes le procès de manque de patriotisme. Ce serait de surcroît tout à fait injuste Il s’agit plutôt d’un retard conceptuel, d’un « anti-nationisme », d’une sous-estimation, en fait assez impressionnante, du fait national dans leur théorie et dans leur pratique. De sorte que les socialistes se sont trouvés régulièrement en porte-à-faux : en 1914 devant la guerre et l’invasion allemande ; dans les années 1930 face à la montée du fascisme où il faudra attendre 1938 pour voir Blum appeler à un « front français contre le nazisme ». De tout temps, par rapport aux problèmes de la colonisation et de la décolonisation et aujourd’hui du « nouvel ordre mondial », par sous-estimation du fait national chez les peuples du Sud. Enfin, aujourd’hui, les socialistes répugnent à analyser la globalisation dans ses aspects politiques (le dollar comme monnaie mondiale ne se soutient que par la permanente fuite en avant de l’Hyperpuissance) et n’y opposent que des réponses toutes faites : ainsi « l’Europe » comme si celle-ci pouvait être une solution par elle-même au déséquilibre du monde, en dehors d’un travail préalable de conviction quant à la nécessité de faire surgir une « Europe européenne ».       <br />
              <br />
       La conversion libérale de 1983 renvoie ainsi à une incapacité plus profonde à définir un projet national dans lequel le pays tout entier pourrait se reconnaître. Les munitions employées il y a vingt ans par François Mitterrand (correction « sociale » de l’économie libéralisée, « tout préventif » en matière de sécurité, antiracisme, et surtout européisme militant et « ringardisation » de la nation) sont aujourd’hui épuisées. On ne peut pas gagner une guerre avec les armes de la précédente.       <br />
              <br />
       Le parti socialiste a trop longtemps tardé à effectuer les autocritiques nécessaires. Celles-ci, il est vrai, sont difficiles parce qu’elles obligeraient le parti socialiste à comprendre la vertu des synthèses que j’appelle jauréssiennes et qui sont en fait « républicaines », et à les faire réellement siennes.       <br />
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              <br />
       <b>Conclusion</b>       <br />
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       Au total donc, selon moi, c’est le politique en dernier ressort qui a été déterminant dans les trois élections présidentielles. Sondages et médias pèsent lourd. La tâche des politiques est infiniment difficile. Ils doivent se mouvoir dans un milieu qui n’est pas naturellement le leur, quand ils veulent dépasser l’instant et inscrire leur action dans un projet à long terme.       <br />
              <br />
       Rien n’est plus nécessaire pour remonter la pente du système que de repenser le service public de l’audiovisuel. Et rien ne serait plus salubre que l’adoption de règles déontologiques en matière de sondages.       <br />
              <br />
       Mais l’erreur serait, à mon sens, de sous-estimer l’intelligence des citoyens. Même si le conditionnement médiatico-sondagier est puissant, l’appel à l’intelligence de l’intérêt général n’est pas vain. Une minorité de citoyens conscients peut faire la différence. Quand le candidat de la gauche n’apporte pas cette dimension de projet, et ce fut le cas en 1995, 2002 et 2007, il y a quelques centaines de milliers voire quelques petits millions de citoyens qui préfèrent rallier l’autre camp ou se réfugier dans l’abstention ou le vote protestataire.       <br />
              <br />
       La gauche doit toujours apporter quelque chose de plus. Elle doit revenir à l’esprit républicain qui est celui des Lumières. Elle ne peut pas tout attendre de la faiblesse de l’adversaire et d’une propagande sommaire voire à l’occasion démagogique vis-à-vis des couches sociales qui sont, mécaniquement, censées la soutenir (ouvriers et employés qui ont déserté le camp de la gauche en 2002 et ne l’ont rejoint qu’à moitié en 2007). Il est temps que la gauche prenne la mesure de ses retards et de ses carences pour faire une analyse solide des réalités du monde globalisé et proposer aux citoyens un projet qui fasse réellement appel à leur intelligence et à leur civisme.       <br />
              <br />
       ----------       <br />
       1)Editions du Croquant       <br />
       2)Voir tableau en pièce jointe ci-dessous au format PDF       <br />
              <br />
       (*)La version finale de l'intervention est <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Trois-elections-presidentielles-democratie-moderne-et-refondation-republicaine-de-la-gauche_a238.html">en ligne sur le site de la Fondation Res Publica</a>
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