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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-03-17T10:08:59+01:00</updated>
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   <title>Série d'entretiens sur France Culture (audio et transcription) : 1/ "Belfort-Paris, en passant par l’Algérie"</title>
   <updated>2020-04-13T09:21:00+02:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2020-04-09T14:57:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Premier épisode de l'émission "A Voix nue" avec Jean-Pierre Chevènement, une série d’entretiens produite par Gérard Courtois et réalisée par Marie Plaçais. Diffusée du lundi 23 au vendredi 27 mars sur France Culture de 20h à 20h30 et publiée en intégralité sur franceculture.fr.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/44638002-36400458.jpg?v=1773378092" alt="Série d'entretiens sur France Culture (audio et transcription) : 1/ "Belfort-Paris, en passant par l’Algérie"" title="Série d'entretiens sur France Culture (audio et transcription) : 1/ "Belfort-Paris, en passant par l’Algérie"" />
     </div>
     <div>
      Présentation de l'épisode par France Culture : &quot;Jean-Pierre Chevènement évoque son enfance pendant la guerre, sa famille d’instituteurs, ses études brillantes qui le conduisent à Sciences-Po et à l’Ena, puis le choc de la guerre l’Algérie qui marque son passage à l’âge adulte.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     <div>
      <span class="u">Transcription intégrale.</span>       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Jean-Pierre Chevènement bonjour et merci de nous recevoir dans votre bureau de la Fondation Res Publica que vous avez créée en 2005 et dont le titre, la chose publique, la République, résume au fond l’engagement de toute une vie. Au moment d’engager avec vous cette conversation que nous allons prolonger jusqu’à vendredi, j’avoue être un peu inquiet, parce que retracer votre parcours qui, depuis une cinquantaine d’années, a fait de vous l’une des voix et des personnalités les plus singulières de la vie politique française, relève de la gageure, tant ce parcours est dense et tant le travail de réflexion qui l’a accompagné a été intense, comme en témoignent les 24 livres que vous avez publiés au fil des années pour défendre vos idées.       <br />
              <br />
       De la politique vous avez tout connu, sans soucis des conformismes, ni des conforts de carrières. Depuis les années 60, vous avez été au cœur de la reconstruction du Parti socialiste et de l’aventure de l’union de la gauche, avec ses joutes doctrinales, ses manœuvres d’appareil et ses offensives de mousquetaires ; avec ses espoirs qui étaient grands et ses déceptions qui n’ont pas été minces.       <br />
              <br />
       Après l’élection présidentielle de François Mitterrand en 1981, puis la victoire de Lionel Jospin en 1997, vous avez connu la responsabilité du pouvoir, successivement aux ministères de la Recherche, de l’Industrie, de l’Éducation nationale, de la Défense et enfin de l’Intérieur. Le tout ponctué de quelques retentissantes démissions quand les choix des gouvernants heurtaient vos convictions et votre formule est restée dans les annales : « Un ministre ça ferme sa gueule, si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ».       <br />
              <br />
       Vous avez connu des périodes de marginalité ombrageuse et des résurrections spectaculaires, sans oublier l’enracinement dans votre fief de Belfort ; une candidature présidentielle pour le moins décoiffante en 2002 et, depuis une quinzaine d’années, un rôle de vigie toujours aussi attentif à la marche du monde et à celle de la France. A vos yeux, la politique c’est « l’histoire en train de se faire ». Et pendant ce demi-siècle, faire avancer l’histoire a été pour vous une exigence à la fois intellectuelle et, me semble-t-il, existentielle.        <br />
              <br />
       Mais au commencement de l’histoire, il y a la vôtre. Vous êtes né à Belfort le 9 mars 1939, vos deux parents étaient instituteurs. Comment cette date de naissance et comment ce milieu familial vous ont-ils façonné ? Quel a été, au fond, le paysage de votre enfance et le moment de votre enfance ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Vous savez, je suis un enfant de la campagne. J’ai été élevé dans ces régions limitrophes de la Suisse - on est à quelques kilomètres de la Suisse, seule la vallée du Doubs nous en sépare, avec ses grandes forêts de sapins, ses paysages ouverts, ses régions peuplées de vaches et de quelques rares villages dont la flèche monte vers le ciel.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Donc une enfance campagnarde.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Une enfance à la campagne marquée par l’absence de mon père, puisque mon père a été fait prisonnier en 1940, donc je ne l’ai pratiquement pas connu.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Jusqu’à l’âge de 6 ans, où il est resté en captivité.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il est resté en captivité jusqu’à mes 6 ans, une captivité d’abord très dure dans des carrières où il a contracté une tuberculose, puis ensuite dans des fermes en Basse-Saxe.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous aviez des nouvelles ? Votre mère avait des nouvelles ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, on communiquait par lettres, colis de la Croix Rouge. Ma mère glissait dans les petites meules de comté des boussoles destinées à faciliter son évasion, je revois cela encore. Mais nous étions marqués par l’occupation. Les Allemands, pendant un temps, ont occupé l’étage de l’école où nous habitions, nous étions confinés au rez-de-chaussée, ma mère et moi. Disons que ce qui m’a marqué aussi c’est ma grand-mère paralysée, à la suite de l’incendie de ses trois maisons le 18 juin 1940 par la première colonne de l’invasion allemande, que les soldats français avaient jugé utile de bloquer. Donc, l’occupation, la présence de ceux qu’on appelait les « Boches » à l’époque a pesé lourdement parce qu’on reconstruit a posteriori cette période mais la France de 1940 s’effondre et c’est un traumatisme majeur pour ma mère et pour moi qui suis dans le tête à tête avec ma mère. J’entends ma mère décrire la débâcle telle qu’elle l’a vue, et développé un certain nombre de considérations sévères sur les chefs militaires, sur l’armée française, même sur les officiers et toujours avec cette hostilité viscérale aux « Boches », car c’est comme ça qu’on les appelle. Tout le monde les appelle comme ça. Quelquefois on les appelle les « doryphores », ces insectes qui vivent sur les pommes de terre, parce qu’ils vivent sur le pays. Enfin, j’ai le souvenir de cette occupation, qui m’a évidemment marqué parce que je sentais qu’il nous était arrivé quelque chose. Ma mère, plutôt que de me confier aux petites bonnes du voisinage, avait décidé de m’emmener avec elle dans sa classe.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Ça a fait de vous l’enfant de l’École républicaine.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il est difficile d’être plus dans le jus de l’école que je l’ai été. Alors l’École républicaine, oui, parce que ma mère était d’esprit résistant, elle a même été convoquée par la Gestapo pour avoir rédiger un tract avec la postière, Mademoiselle Jost, un tract qui stigmatisait le régime de Pétain, qui était à la solde de l’occupant, etc. Donc, elle s’est fait sérieusement remonter les bretelles, si je puis dire…       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Mais pas davantage.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je pense que les Allemands avaient autre chose à faire que de s’occuper du menu fretin, donc elle a eu un avertissement, elle avait été convoquée à Montbéliard et je pensais qu’elle pouvait me quitter pour toujours. On m’avait mis en pension chez une voisine, Madame Journaud, dont je revois ses adieux déchirants. En fait, elle est revenue. Donc tout cela a pesé incontestablement mais en même temps c’était l’école.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C’est presque une image d’Épinal de la méritocratie républicaine, c’est-à-dire vos grands-parents étaient fermiers, votre grand-père était fermier et garde-forestier, vos deux parents instituteurs. Et vous, vous avez passé le baccalauréat, ce qui, à l’époque, était le privilège de même pas un jeune français sur dix.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : On peut voir ça comme ça. Mais du côté de ma mère c’étaient des gros paysans qui se faisaient appeler « Sire de Courcelles » parce qu’ils avaient la plus grosse maison du village de Courcelles. Les choses étaient très différentes du côté de mon père, son frère qui est le seul qui a exercé vraiment la politique, était conseiller municipal socialiste du Russey, c’était un ouvrier horloger, comme mes tantes qui passaient leur temps à compter les pièces de montres et qui travaillaient pour un très modeste salaire, je peux vous le dire. Donc, j’avais une famille qui était vraiment ouvrière, qui savait ce qu’étaient les contraintes de la vie quotidienne, et l’autre branche de ma famille qui était certainement plus aisée.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Toujours est-il que ce liquide amniotique de l’école, dans lequel vous avez baigné, fait que vous êtes devenu un bon élève, même plus précisément un très très bon élève.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je suis devenu un bon élève, mais ce n’est par le fait de la pédagogie directive de ma mère. Ma mère considérait que j’étais trop en avance pour mon âge, qu'il était même regrettable que je sois tellement en avance. J’avais appris à lire à 4 ans et je dévorais les livres de sa bibliothèque. Donc, j’étais déjà dans les livres très jeune. Et ma mère était évidemment une institutrice d’un type très particulier, formée par l’École normale, avec des principes très arrêtés. Je sentais quand même le poids de l’autorité, il fallait l’appeler « Madame ».       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous l’appeliez « Madame » ? Dans la classe, pas à la maison ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je l’appelais « Madame » dans la classe pas à la maison, mais ma mère avait quand même des comportements qui étaient d’un personnage d’autorité.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : En tout cas, vous devenez donc un excellent élève, vous collectionnez les prix d’excellence, vous collectionnez – collectionner c’est excessif – les mentions « très bien » au bac, les accessits au concours général. On a l’impression que vous avez traversé cette période, un peu comme Fabrice à Waterloo, sans difficultés. Avec plaisir ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je dirais avec facilité, parce que ça m’intéressait, j’étais curieux. Ma mère me disait toujours : « Ah ! Ce que tu peux être fatiguant ! », car je lui posais sans cesse des questions. C’est le leitmotiv que j’ai entendu pendant toute mon enfance : « Que tu peux être fatiguant avec tes questions ! ».       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Mais elle y répondait ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Elle y répondait. Je la vois sur le vélo qui nous conduisait au village voisin où était ma famille paternelle et dans une petite côte je lui posais des questions, donc elle était debout sur le pédalier et elle me disait : « Écoute, tu es fatiguant ! ».       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vos premiers choix – on est au moment du baccalauréat –, c’est vous qui les faites, et vous les faites au fond contre les conseils qui vous sont donnés par vos maîtres du lycée de Besançon, qui vous voient déjà élève à l’École Normale Supérieure, à la rue d’Ulm, c’est le temple de l’élitisme républicain. Et vous, vous choisissez Sciences Po qui est, au fond, le repère, le temple des fils de bonne famille. C’est une transgression ? Comment vous vient ce virus de la politique ? Du goût pour la politique ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Alors, pourquoi ce virus pour la politique ? Ça c’est assez bizarre. Je pense que c’est le fruit de la guerre, parce que j’ai senti que l’histoire s’introduisait dans notre quotidien. Et pour moi la politique c’était une manière de participer à l’histoire. Je sentais qu’il était arrivé quelque chose à la France et j’avais l'envie de participer à son redressement. Pour moi, c’était quelque chose de structurant, c’était l’idée que je me faisais de mon avenir et quand j’ai appris qu’il y avait une science de la politique, je me suis dit « Je ne peux pas passer à côté. S’il y a une science de la politique, je dois l’acquérir ». Mon proviseur, Monsieur Jeunet, m’a convoqué et il m’a dit : « Écoutez, vous avez un accessit au concours général de grec ancien, de géographie. Là, vous pouvez rentrer à Normale. En plus vous serez heureux. Alors que si vous faites Sciences Po, vous allez être dans un milieu qui n'est pas le vôtre. Vous serez quoi ? Chef de service ? Mais vous serez très isolé et vous serez malheureux. Alors que si vous faites Normale, vous pouvez être un des meilleurs hellénistes de France. Et si vous ne voulez pas être professeur, vous pourrez être archéologue »… Cette perspective ne m’a pas séduit.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Et rétrospectivement ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Et bien, je pense que mon proviseur avait raison.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : En tout cas votre proviseur avait raison sur un point, c’est que Sciences Po, pour un petit provincial – je mets « petit » entre guillemets –, boursier qui plus est, ça ne devait pas être une institution extraordinairement facile d’accès, culturellement.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Non, c’était même très dur, de se retrouver sans aucun appui à Paris. Heureusement, ma mère connaissait bien l’aumônier du Lycée Victor Hugo, l’abbé Kammerer, qui m’a introduit au 61, rue Madame, la Maison diocésaine des étudiants catholiques. J’étais en train de perdre la foi, il faut bien le dire, sous l’influence de l’un de mes professeurs, de plusieurs de mes professeurs, mais auxquels je veux quand même rendre hommage parce qu'ils ont formé mon esprit. Et je dois beaucoup à mes parents bien sûr, qui se sont sacrifiés pour moi, à mes professeurs. Mais quand je suis arrivé à Sciences Po, j’ai senti que je ne faisais pas du tout partie de ce monde. Il y avait un essaim de jolies filles sur la péniche de Sciences Po et, tout autour, des messieurs…       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : le banc qui était dans le hall central…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, le banc sur laquelle se lient les conversations. Et moi j’étais totalement… c’était la deuxième fois que je venais à Paris. J’étais venu à Paris pour le concours général, on m’avait offert un portrait des studios Harcourt.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Je reviens sur ce que vous disiez à l’instant, vous étiez en train, dites-vous, de perdre la foi. Vous l’aviez eue ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, j’ai été élevé dans la religion. Enfin, à partir de 7 ans, car ma mère n’aimait pas trop les curés. Enfin, moi j’avais fait le catéchisme et j’ai même été reçu premier au concours de catéchisme du département du Doubs !       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous étiez tout le temps le premier ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Non, c’est tout à fait particulier, ma mère, longtemps après, peu de temps avant sa mort, m’avait dit : « Je me suis aperçue que tu étais au-dessus de la moyenne quand tu as été reçu premier au concours de catéchisme ». C’est quand même une réflexion assez curieuse pour une institutrice laïque !       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous avez qualifié, je ne me souviens plus où, Sciences Po de « l’école des singes ». Vous ne manquiez sûrement pas d’agilité, puisque vous êtes sorti, comme d’habitude, en tête de promotion.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, c’étaient les petits camarades qui singeaient déjà leurs parents à la tête de leur Conseil d’administration. Disons que j’avais un sentiment, quand même, de profonde relégation sociale. Heureusement, j’étais bon, mes résultats étaient bons, je connaissais beaucoup de choses, donc j’arrivais à m’affirmer sur le plan des études. Mais autrement c’était un monde assez difficile dans lequel j’essayais de me faire ma place. Et somme toute, j’ai gardé un bon souvenir de Sciences Po, surtout parce que j’ai fait un travail de recherche sur l’Allemagne, le nationalisme français devant l’Allemagne, à trois périodes. Donc, j’ai fait ce travail qui m’a amené à lire beaucoup, dans les sous-sols de la très belle bibliothèque de Sciences Po. Et puis j’ai gardé le souvenir de quelques séminaires prestigieux, ceux de Bloch-Lainé, Nora, Saint-Geours, qui me donnaient le sentiment que je pouvais réussir et égaler les meilleurs. Je suis rentré comme le « petit chose », mais dès la troisième année je savais que j’avais toutes les clés pour réussir.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Mais sur ce mémoire de troisième année de Sciences Po sur l’Allemagne, il y a déjà, à ce moment-là, une sorte de fascination pour l’Allemagne, pour la relation franco-allemande ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, j’avais appris l’allemand en première langue, j’avais fait des séjours en Allemagne, à l’âge de 15 ans. J’avais été à l’Université de Vienne, pour passer un petit diplôme d’allemand. Et je m’intéressais à la littérature allemande, à la poésie allemande, à la musique allemande, parce que je faisais du piano en même temps. Je voyais bien l’immense continent qui était là, à quelques encablures, parce que ce n’est pas très loin – de Belfort à Fribourg il y a trois quart d’heure de route…       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … en même temps qui a été l’occupant…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : … en même ça avait été l’occupant, mais j’avais quand même élargi mes perceptions. Je vais vous raconter une petite histoire. Les Allemands occupaient l'étage de l’école, où nous vivions ma mère et moi. Ma mère m’avait évidemment interdit de monter à l’étage, me disant que les Allemands avaient des bonbons empoisonnés, qu’ils l’avaient fait pendant la Première Guerre mondiale et qu’il n’y avait aucune raison qu’ils ne le fassent pas à nouveau pendant la Seconde. Donc, danger de mort. Je suis quand même monté à l’étage, où les Allemands m’ont donné une orange. Ç'était l’époque où ils devaient être en Tunisie. Et naturellement, j’ai mangé le fruit défendu, j’ai constaté les limites de l’anti-germanisme de ma mère, mais c’est par la méthode expérimentale !       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous disiez à l’instant que vous aviez les clés au fond pour réussir et de fait vous vous présentez sans préparation et, dites-vous, sans connaître le programme, pratiquement, au concours de l’Ena et vous avez été reçu immédiatement ?!</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, à ma grande surprise.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Pourquoi l’Ena ? La sécurité ? L’ambition de servir l’État ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Non, pour moi la motivation c’est la Science politique. Je veux savoir ce qu’est la politique et ce qu’est la science de la politique. L’Ena c’est la bourse du service public, qui me permet de ne pas me peser trop sur le budget de mes parents.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous avez à peine le temps de découvrir l’Ena, même pas le temps de découvrir l’Ena, et vous êtes envoyés, vous faites vos classes à Belfort, je crois…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, en janvier 1961…       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Et en avril, juste après le putsch raté des généraux, vous débarquez à Alger puis…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : … puis à Cherchell, à l’école militaire, où on forme les officiers.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous avez 22 ans, à ce moment-là. Vous faites un choix qui est assez décisif, très vite : vous vous portez candidat pour être, je crois, le chef du cabinet adjoint du préfet d’Oran. On est, à ce moment-là, en 1962, au lendemain des accords d’Evian. Et c’est un choix politique d’accompagner l’indépendance qui arrive de l’Algérie ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : D’une certaine manière oui. J’ai oublié de vous le dire, j’étais militant syndical à l’Unef et nous organisions des manifestations pour l’indépendance de l’Algérie. Néanmoins, mon service militaire était arrivé, je devais le faire, comme l’avaient fait mes parents et mes grands-parents. Donc, j’ai fait mon service militaire, j’ai fait Cherchell, j’ai choisi les SAS, qui étaient un peu les anciens bureaux arabes, pour être au contact de la population musulmane, que j’aspirais à connaître.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Les SAS étaient les « Sections Administratives Spécialisées ».</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Alors ma SAS était en Oranie, c’est la SAS du Krouf, Saint-Denis-du-Sig, avec un petit poste à la montagne à Aïn Cheurfa, où j’ai passé les derniers mois de la guerre. Juste avant les événements qui ont endeuillés le Sig, parce qu'il y a eu des massacres le 18 mars 1962. Et puis les SAS ont été dissoutes dans la foulée, ça ne traînait pas. Et plutôt que de rejoindre un régiment dont la destination était d’être rapatrié en France, j’ai vu un appel d’offre, on cherchait des cadres pour la préfecture d’Oran. Il faut dire que les cadres mettaient leur famille à l’abri, donc il n’y avait plus personne. Donc, j’ai fait cet acte de volontariat en pensant, comme le Général de Gaulle l’avait dit, que si l’Algérie devait devenir indépendante, mieux valait que ce fût avec la France que contre elle. Donc, j’ai choisi d’aider à l’émergence de cette Algérie indépendante et j’ai été chargé des relations avec l’armée française et avec l’armée algérienne. J’ai donc connu la zone autonome d’Oran, qui a été balayée ensuite par l’arrivée de l’armée du Maroc, à la tête de laquelle se trouvait Boumédiène qui soutenait Ben Bella. Et comme ça se passait juste après les événements d’Oran – quand on dit « les événements » c’est-à-dire les enlèvements, jai moi-même failli être enlevé, ça n’a tenu qu’à très peu de chose pour que ça tourne mal –, je suis allé avec le consul qui arrivait de Yokohama à Tlemcen pour rencontrer l’armée algérienne qui arrivait du Maroc. J’ai rencontré Ben Bella et Boumédiène le 10 juillet 1962, et nous avons obtenu la libération de deux douzaines de pieds noirs qui avaient été enlevés.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Mais, sur Oran, en 1962, c’est la pleine période de l’OAS ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est la pleine période de l’OAS, c’est une ville, je dirais en état rébellion. À Oran, il y a 200 000 pieds noirs au moins.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : L’OAS, pour les plus jeunes, l’Organisation de l’Armée Secrète, qui était au fond les derniers défenseurs de l’Algérie française.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L’OAS tenait la ville, ils nous tiraient dessus en permanence. Comme nous étions au 17ème étage de la préfecture régionale, qui dominait la ville européenne – si on se mettait vraiment au 17ème étage et pas trop près des fenêtres –, on avait la chance d’échapper aux tirs, qui étaient des tirs ascendants. Quelquefois on était attaqué au bazooka, à la 12,7, ça fait du bruit…       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C’était sportif…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’était assez sportif…       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Avec un sentiment aiguë du danger ou une forme d’inconscience ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Pas du tout… une totale inconscience ! Je me rappelle avoir vu le plafond me tomber sur la tête, un matin, mais ça ne m’a fait ni chaud ni froid. Ensuite, il y a eu l’indépendance de l’Algérie, référendum le 3 juillet. 5 juillet l’armée française est casernée. La zone autonome a disparu, elle ne répond plus à l’appel et l’armée algérienne du Maroc n’est pas encore là. Vacance totale du pouvoir. Seuls les ATO (Auxiliaires Temporaires Occasionnels), c’est-à-dire qu’ils n’ont aucune formation, sont chargés du maintien de l’ordre et ce sont ces gens-là qui, alors que je sors du port où je suis allé embarquer une tapisserie de Lurçat, me mettent le pistolet mitrailleur sur l’estomac, culasse en arrière. Alors là je me dis « Une secousse et je suis mort ». Un cri jaillit de l’autre côté de la rue et l’ATO qui tenait sa mitraillette l’oriente de l’autre côté.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Donc vous sortez du champs de tir.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je prends mon plus beau sprint, que je n’ai jamais fait, pour regagner ma voiture qui est garée pas très loin de là. C’est à 5 heures de l’après-midi seulement que les ordres arrivent de Paris de faire sortir les compagnies de la gendarmes mobiles et que la chasse à l’Européen s’interrompt.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Et néanmoins vous restez jusqu’à la fin de l’année ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je finissais mon service militaire et on me demande de rester avec le consul, d'abord Herly ensuite Chaillet.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Et vous continuez à entretenir, ou à établir plutôt, des relations avec les nouvelles autorités algériennes ? Comment ça se passe ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, tout à fait. Nous avons des réunions périodiques pour faire le point sur la situation en matière de sécurité. Puis je suis chargé de faire des recherches aussi pour retrouver ceux qui ont disparu. Peut-être que les listes ne correspondaient pas tout à fait à la réalité. Disons que la plupart de ces recherches sont restées infructueuses. Mais je pense qu’un certain nombre de gens sont passés à Alicante ou alors ont embarqué avec les moyens que nous mettions à disposition des pieds noirs qui n’avaient pas encore pu quitter l’Algérie. On fait venir le Lafayette qui était le porte-avion de l’époque, qui a embarqué plusieurs milliers de personnes sur son pont. Voila, c’était une période très agitée.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Ça a été, si je puis dire, le passage à l’âge adulte, pour vous ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’ai appris à juger les gens autrement que sur leur grade ou leur formation. J’ai pu voir des gens qui prenaient des risques et puis il y a eu une guerre civile algérienne, comme il y a eu une guerre civile française. Donc pour moi, la guerre civile c’est quelque chose que j’ai vu de près et que je crains, parce que je vois le déchaînement des passions, la haine, l’aveuglement, le sang qui coule. Et j’ai vu le sang coulé, beaucoup.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Le retour à Paris et à l’Ena a dû être quelque chose d’assez saisissant, d’assez brutale ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il a été très brutal. J’ai d’abord vu le directeur des études qui expliquait que l’administration fonctionnait comme un circuit électronique, ça m’a paru totalement surréaliste, parce que pour moi, dans la vie, les gens fonctionnent avec leur courage, avec leur initiative, avec ce qui les tient au corps, ce qui fait sens dans leur existence et cet univers un peu déshumanisé, que je découvrais, m’a sincèrement refroidi. Je suis reparti en stage à Alger, c’est un stage de décompression, qui m’a mis au contact de hauts fonctionnaires que j’ai rencontrés à nouveau par la suite. Puis j’ai fait mon deuxième stage à Vannes dans le Morbihan, au contact d’un préfet. Je raconte toujours, pour faire rire, que j’ai surtout appris à verser le vin en donnant un coup sec à la bouteille, pour éviter que la goutte de vin ne tombe sur la nappe, que c’était ce que j’avais appris à l’Ena.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Les bonnes manières.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Au moins à servir le vin sans tacher la nappe !       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Ça se résume à ça ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Presque ! Vous savez l’Ena est un concours d’entrée difficile, enfin en principe. Et puis un concours de sortie où les gens se battent pour sortir dans les grands corps qui prédéterminent la suite de leur carrière.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous dites que c’est une caste qui se prend pour une élite.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est ce que je ressens et pourtant à l’époque les pantouflages n’étaient pas encore très nombreux. Mais l’Ena est devenue une caricature par rapport à ce que nous la décrivions. Les trois auteurs de <span style="font-style:italic">L’Enarchie</span>, puisque nous avions inventé le mot en 1967, c’étaient Alain Gomez, Didier Motchane et moi-même.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : … sous le pseudonyme de Mandrin.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Voila, sous le pseudonyme de Mandrin, et le livre s’intitulait <span style="font-style:italic">L’Enarchie ou les mandarins de la société bourgeoise</span>.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C’était un brûlot terrible !</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Assez rigolot…       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : C’est sans pitié.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il y a quelques descriptions qui pour moi sont très amusantes. C’est du vécu.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Autant vous avez trouvé votre compte dans l’enseignement du lycée et de Sciences Po ensuite, autant là vraiment ce n’est pas le cas. D’ailleurs, pour la première fois, vous n’êtes pas prix d’excellence, vous n’êtes pas premier, vous êtes 42ème et vous êtes envoyé, si je me souviens bien, à la DREE (Direction des relations économiques et extérieures), qui dépend du ministère des finances.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, au bureau des études, qui fait des statistiques, le chef du bureau s'appelle Didier Motchane.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Et c’est là que vous rencontrez Didier Motchane.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Absolument.       <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Mais tout ça vous a vacciné, au fond, contre l’idée de faire une carrière dans la fonction publique ? Ça vous a vraiment convaincu d’entrer en politique.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Disons que je n’ai plus eu envie de m’agréger à la caste des hauts fonctionnaires, que j’admirais tant quand je faisais Sciences Po. J’ai, à ce moment-là, adhéré au Parti socialiste, avec Alain Gomez, et nous avons créé le CERES, donc nous étions sur une toute autre ligne de vie.        <br />
              <br />
       <b>Gérard Courtois : Vous venez de le dire, vous vous engagez à ce moment-là au Parti socialiste, mais c’est une autre étape, cruciale, celle de l’aventure du PS, de la reconstruction du PS, de l’union de la gauche et c’est une aventure dont nous reprendrons le récit demain. À demain donc.</b>       <br />
              <br />
       La série en intégralité à retrouver <a class="link" href="https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-republicain-ombrageux--une-serie-d-entretiens-sur-France-Culture_a2085.html">ici</a>. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Serie-d-entretiens-sur-France-Culture-audio-et-transcription-1-Belfort-Paris-en-passant-par-l-Algerie_a2092.html" />
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  <entry>
   <title>Voici venu le moment de nous séparer...</title>
   <updated>2017-11-03T08:25:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Voici-venu-le-moment-de-nous-separer_a1955.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2017-11-03T08:18:00+01:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Hommage à Didier Motchane, par Jean-Pierre Chevènement, mairie de Montreuil, jeudi 2 novembre 2017.     <div>
      Voici venu le moment de nous séparer ...       <br />
              <br />
       J’ai connu Didier il y a plus de cinquante ans. C’était à ma sortie de l’ENA. Je fus affecté en juin 1965 à la Direction des Relations Economiques extérieures, au bureau des Etudes. Le chef de bureau s’appelait Didier Motchane. Il était à peine rentré d’Iran où il avait été quelques années Conseiller Commercial. Il avait condensé son expérience dans l’austère revue à couverture vert sombre du Ministère de l’Economie et des Finances, sous un titre qui ne laissait pas d’interroger « Sur un marché persan ». La musique de Ketelbey accordée au pas du dromadaire montrait l’esprit facétieux du chamelier, à moins que ce ne fût celui du charmeur de serpents qui conclut ce morceau de bravoure.       <br />
              <br />
       Le travail du « bureau des Etudes » consistait à publier mensuellement les statistiques du commerce extérieur de la France en redressant les chiffres que nous communiquait la Direction générale des Douanes et en l’assortissant d’un commentaire avisé. Cette tâche redoutable nous laissait quelques loisirs que nous employâmes d’abord à prolonger les déjeuners dans les restaurants qui environnaient le Quai Branly, là où s’élève aujourd’hui les coupoles dorées de la Cathédrale Orthodoxe, dessinées et recouvertes d’or pâle par Wilmotte.       <br />
              <br />
       Je ne sais si l’inspiration divine était déjà là. Je venais d’adhérer avec Alain Gomez et Georges Sarre à la 14ème section de la Fédération de la Seine du parti socialiste. Didier était curieux. Le projet du Ceres encore balbutiant l’intéressait. Sa capacité d’abstraction lui en avait fait deviner les virtualités. Didier nous rejoignit donc à la 14ème section. Novembre 1965, François Mitterrand par la grâce de Waldeck Rochet, secrétaire général du PCF fut adoubé comme le « candidat unique de la gauche ». Il n’y avait pas grand monde autour de lui. Par l’intermédiaire de Pierre Soudet, un de mes anciens maîtres de conférences à l’ENA, nous voilà enrôlés comme petites plumes de François Mitterrand. Didier n’avait eu jusqu’alors qu’un rapport lointain à la politique. Ce qui l’intéressait c’était l’apparente folie du projet. Sa puissance d’abstraction lui faisait deviner les virtualités qu’il comportait pour une Histoire encore en gestation. Didier fit sien le projet du Ceres, lui donna sa formulation théorique et le développa partout avec cette forme d’éloquence créatrice d’énergie qui était sa marque.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ce qui distinguait Didier de nos autres camarades, c’était l’extrême courtoisie dont il ne se départissait jamais. Pour autant il n’était pas bourgeois. Au contraire, il n’aimait pas les bourgeois. Cela nous rapprochait. Nous ignorions de quel monde venait Didier. Il n’était pas dans notre forme d’esprit de le lui demander. Je ne sus que longtemps plus tard que son père, Léon Motchane, était le créateur de l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques de Bure sur Yvette qui a produit moult « médailles Fields » (l’équivalent du Prix Nobel pour les mathématiques) quand celui-ci est venu me voir avec Renaud de la Genière alors gouverneur de la Banque de France pour solliciter l’appui du ministère de la Recherche. Ce grand mathématicien me fit forte impression. J’avais appris qu’il était né en Russie où ses parents avaient travaillé à la construction des chemins de fer russes avant la guerre de 1914. Je savais vaguement parce que je m’intéressais à l’Histoire des religions que sa mère était une des nièces de Salomon Reinach.       <br />
              <br />
       Didier, chef de bureau, me laissait beaucoup de temps pour nourrir les Cahiers du Ceres auxquels il contribuait lui aussi. De cette époque date une amitié que soudait un même regard sur les choses et sur les êtres.        <br />
              <br />
       Ainsi, dans <span style="font-style:italic">L’Enarchie</span> paru en 1967 nous nous étions répartis les chapitres : « l’enarchisant » fut confié à Gomez, « l’enarchiste » à moi-même, « l’Enarque », c’est-à-dire la chrysalide devenue papillon, en fait sobriquet de dérision, à Didier. C’était le chapitre le plus drôle. Mais l’unité du style rendait indiscernable l’auteur de tel ou tel chapitre … Celui qui me fait le plus rire, c’est celui où Didier égale La Bruyère dans la description des anciens de l’ENA selon que leur carrière les a projetés à l’Elysée ou au contraire relégués dans les tréfonds d’une Administration oubliée :       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">« Dans l’entrebâillement de deux vestons attentifs, je reconnais Adraste, autrefois répandu dans les clubs où les fonctionnaires gauchissent leur conscience … Le sourire policé dont il ponctue et componctue ses phrases trahit pourtant quelque souffrance intime : n’a-t-il pas dû, pour servir l’Etat comme l’y obligeait son talent, faire litière de ses inclinations politiques, et moudre une farine dont il ne voulait pas manger le pain ? Mais il explique à qui veut l’entendre – et qui ne voudrait pas entendre un aussi jeune Directeur de Cabinet ? – qu’il n’attend de la gauche qu’une deuxième rencontre – celle du pouvoir assurément – pour s’abandonner à la fidélité souterraine et ininterrompue qui le porte incessamment vers elle.       <br />
              <br />
       Roquet, que j’avise, trois pas plus loin, est un spéléologue d’un autre genre. Voué aux profondeurs d’une administration quasiment inconnue, comme un Joseph Prudhomme que Prud’hon aurait peint, vivante allégorie de la hargne, du bagne et de l’épargne, il promène dans ce brillant conclave un corps farouche qui semble fait de trois gros cailloux superposés. Son visage celtique porte les stigmates de sa passion pour la sécurité. Fureteur, inquiet jusqu’à l’os, son regard jamais ne s’arrête, parcourant l’assistance comme une échelle d’indices. C’est lui, je crois, qui, remarquant par mégarde au sortir d’un examen une fille un peu jolie, et que l’un d’entre nous connaissait, me dit qu’elle l’était trop pour être épousable. » </span> (1)       <br />
              <br />
       Nous étions unis comme les doigts de la main. Ce que nous avons fait ensemble politiquement, nul ne l’aurait fait séparément ; tant était forte la vision anticipatrice qui nous poussait vers l’avant et donnait sens à l’engagement de ceux qui nous avaient rejoints. Et, faut-il le dire, il y avait aussi l’amitié fraternelle qui nous portait l’un vers l’autre, aussi dissemblables que nous fussions, Didier Motchane, Georges Sarre, Pierre Guidoni et moi-même. Nous croyions détenir le secret de fabrication d’une gauche et d’une France régénérées, transcendées par l’union du Peuple et de l’Etat et ainsi lavées de leurs trop évidentes imperfections.       <br />
              <br />
       Le CERES prit en 1969 la Fédération de Paris grâce à Georges Sarre et à ses postiers socialistes – j’aperçois Michel Jaurrey dans la salle. C’est Didier avec je crois Paul Calendra qui le dote alors d’un emblème destiné à faire le tour du monde, le poing et la Rose, la force et la douceur. Au lendemain d’Epinay, deux ans plus tard, le parti socialiste prit l’emblème à son compte. C’était le désir de François Mitterrand. Nous n’avons pas demandé de droits d’auteur pour l’usage que le PS en fit : pas assez de force pour trop peu de douceur !       <br />
              <br />
       Didier meurt alors que vient de se clore définitivement pour la gauche le cycle ouvert à Epinay en 1971. Faut-il y voir un symbole ?        <br />
              <br />
       Didier a été d’abord un homme politique. Membre du Comité Directeur du PS en 1971, puis de son bureau exécutif. Secrétaire National en 1973 chargé des relations internationales avec le Tiers-Monde puis à la Formation.  Député européen de 1979 à 1989. Didier n’a pas eu le destin politique qu’il méritait. Les marchés ne nous faisaient pas rêver.       <br />
              <br />
       Didier était avant tout un écrivain, un penseur, un éducateur. L’éducateur d’une génération de militants.        <br />
              <br />
       Il est de la race des grands moralistes français mais il faisait sien le mot de Pascal : « La vraie morale se moque de la morale ». Il n’aimait pas la moraline.       <br />
              <br />
       Didier a beaucoup publié : Avec Alain Gomez et moi-même, <span style="font-style:italic">« l’Enarchie »</span> en 1967, <span style="font-style:italic">« Socialisme ou social médiocratie »</span> en 1969, et avec Pierre Guidoni, en 1983, <span style="font-style:italic">« Le socialisme et la France »</span>, toujours sous le pseudonyme de Jacques Mandrin.        <br />
              <br />
       Sous son nom :        <br />
       -	en 1973, <span style="font-style:italic">« Clés pour le socialisme »</span>, un manuel de régénération socialiste, entre Marx et Marcuse ;       <br />
       -	en 1979, <span style="font-style:italic">« L’enlèvement de l’Europe »</span>, critique décapante de l’européisme, et apologie de l’Europe des nations ;       <br />
       -	en 1992, <span style="font-style:italic">« Un atlantisme à la charentaise, de Jarnac à Maastricht, dix ans de politique étrangère »</span>, où il entrevoit clairement que c’est désormais du côté Sud du monde que viendront les plus grands défis de l’avenir (p. 39).       <br />
              <br />
       Didier, je l’ai dit, c’était d’abord un éducateur et un chercheur dont le verbe éclatant servait l’intelligence acharnée à serrer de près la mouvante réalité. Il fut l’infatigable directeur et rédacteur en chef de revues telles que <span style="font-style:italic">« Frontières », « Repères »</span>, puis <span style="font-style:italic">« Non »</span>, quand il fallut combattre le flot montant de ce que nous appelions la nouvelle petite bourgeoisie ou encore « la gauche américaine », c’est-à-dire l’abandon du social pour le sociétal, couverture du ralliement à l’hégémonie mondiale des Etats-Unis. Ce raidissement idéologique a reflété l’âpreté du combat. Il n’enlevait rien à l’exquise courtoisie de Didier, à son humour, à sa grande sensibilité nullement incompatible avec son côté farceur       <br />
              <br />
       Didier, après 2002, a pris du recul vis-à-vis d’une politique dont le parti socialiste, enkysté dans un pouvoir que n’arrivait pas à nimber sa religion européiste, bornait tristement l’horizon. Il a attendu 2010 pour publier <span style="font-style:italic">« Voyage imaginaire à travers les mots du siècle »</span> où il laisse libre cours à sa fantaisie.        <br />
              <br />
       Le cycle d’Epinay (1971) s’est définitivement clos en 2017.        <br />
              <br />
       Eclairons le rapport du pouvoir et du socialisme d’une anecdote : Un jour, c’était au lendemain des élections législatives de 1973, François Mitterrand m’a dit : « Des gens comme vous, j’en ai connus, qui se seraient fait tuer l’un pour l’autre, mais si je vous suivais, nous ne dépasserions pas cent cinquante députés. Nous n’aurions jamais le pouvoir. Or, le Pouvoir c’est la noblesse de la politique ». Il n’avait pas tort et le Ceres d’ailleurs fit preuve de beaucoup de flexibilité car nous n’avons jamais contesté la légitimité qu’avait François Mitterrand d’être notre candidat à la présidentielle.       <br />
              <br />
       Mais François Mitterrand n’avait pas tout à fait raison non plus, car « le pouvoir pour le pouvoir » n’a pas de sens, si on tourne le dos aux promesses fondatrices, fût-ce au prétexte d’une Europe éventée, je devrais dire, éventrée par le néolibéralisme. Le « dur désir de durer » dont parle, je crois, René Char, se transforme alors en sclérose progressive de la pensée et de l’action. Bien que François Mitterrand ait vu très tôt la « rente institutionnelle » dont les institutions de la Ve République allaient pourvoir le parti socialiste, comme d’ailleurs le RPR, parti dominant de la droite, le peuple français a fini par se lasser de l’« effet essuie-glaces » qui faisait se succéder le pareil et le même au gouvernement. Des traités européens - Acte Unique, Traité de Maastricht, traité budgétaire européen, etc. - découlait largement le reste. La concurrence  était érigée en valeur paradigmatique d’un marché en voie de rapide mondialisation. Un paradigme, celui du vieil utilitarisme bourgeois, chassait l’autre, celui du « Changer la vie » qui impliquait la vertu, le dévouement à plus grand que soi, ou tout simplement le sens du service public.        <br />
              <br />
       Didier était un polémiste né. Le réquisitoire prend sous sa plume l’éclat de la foudre céleste frappant ceux qui ont tourné le dos aux promesses fondatrices :        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">« Chaque fois que se laisse enfler en majuscule       <br />
         Le trou tonitruant d’une idée sans ferveur       <br />
         Pire que de plier un genou sans rotule       <br />
         De vos dévotions s’évente la saveur       <br />
              <br />
         Vous les rentiers gluants de la pensée des autres       <br />
         Qui n’en prennent l’habit que pour le déchirer       <br />
         Vieux chantres assourdis à bout de patenôtres       <br />
              <br />
         Déglutisseurs de mots très sinistres curés       <br />
         Faites ici silence et ce matin peut-être       <br />
         La vérité des cœurs se fera reconnaître »</span>       <br />
              <br />
       Didier Motchane et Pierre Guidoni avaient écrit ensemble en 1983, sous le pseudonyme de Jacques Mandrin, un ouvrage intitulé <span style="font-style:italic">« Le socialisme et la France »</span>. Ils y mettaient en garde la gauche contre le désir de plaire car, <span style="font-style:italic">« dès lors qu’on a décidé de séduire à tout prix, le prix ne cesse de s’élever, jusqu’au jour où la gauche, ayant adopté le programme de la droite, ses idées, ses méthodes, on peut alors la renvoyer. Qui, à ce moment, quand elle s’est déjà reniée, souhaiterait la défendre ? Ballet mélancolique »</span>... Didier et Pierre résumaient, au moment où s’ouvrait la parenthèse libérale, le quart de siècle qui suivit. C’est en 1983 que Didier et Pierre concluaient leur livre : <span style="font-style:italic">« Au cœur de notre action, il y a cette valeur qui a toujours été une des valeurs fondamentales de la gauche mais qui prend aujourd’hui tout son sens : le patriotisme. »</span>       <br />
              <br />
       Ecoutez cette « Ode à la France » que je tire du <span style="font-style:italic">« Voyage imaginaire »</span> et qui éclaire l’histoire et la personnalité de Didier mieux que je ne saurais le faire :       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">« Tous les chemins mènent en France ; en cela aussi cette nation reste fille de Rome et fille de la République. Lieu commun que de rappeler que la République, refondatrice de la nation s’identifie à une France qui ne sera jamais terminée. … Le nom de la France est par tous les mots de sa langue ce qui fait ma patrie. Non pas la langue de mes pères, mais celle dans laquelle j’ai ouvert les yeux, la langue dans laquelle le monde m’a parlé. C’est la langue française qui montre le mieux que la Cité et le Verbe sont consubstantiels ; elle est en moi l’opération la plus pure de leur transsubstantiation. Les deux extrémités d’une chaîne, le bout Julien Benda (La France est une victoire de l’abstraction sur le concret) et le bout Michelet (la France est une personne). Mémoire d’une France invincible : invincible mémoire de la France ...       <br />
              <br />
       Cloué dans mon lit jusqu’à mes quatorze ans, je m’imagine rétrospectivement et à tort comme un enfant sans enfance, dans cette situation qui faisait précéder pour moi dans une large mesure l’appréhension sensuelle de l’univers par la découverte intellectuelle du monde.  Je me souviens surtout du jour auquel je pense encore comme celui de ma découverte, de ma vraie découverte du monde : celui où, pour la première fois depuis mes huit ans – j’en avais quatorze ce jour-là il me semble – , je pus sortir de ma chambre et marcher à l’air libre, respirer librement à pleins poumons. Je m’en souviens vraiment, de ces premiers pas dans la rue et de l’exaltation qui m’a saisi à me sentir brusquement assailli par l’inépuisable profusion du monde. Ce monde tel qu’il est né à ma conscience et dont chaque parcelle a la couleur d’un mot français, il me semble encore aujourd’hui ne pouvoir le parler que dans leur langue. Non  que je ne me sois astreint plus tard, souvent avec plaisir, à le lire comme par les yeux d’un autre dans d’autres langages, mais sans guère pouvoir jamais m’empêcher d’en faire instantanément et malgré moi la traduction. Alpha et Oméga de ma patrie, le langage français tel que je l’entends est doué de cette grâce inhérente à la langue qui continue d’opérer en moi la création du monde, sa poésie. »</span>       <br />
              <br />
       Didier Motchane laissera une trace profonde. Son beau visage exprimait toute la noblesse d’un homme qui avait su surmonter l’épreuve cruelle d’une enfance fracassée et l’avait sublimée dans la recherche de la beauté et dans l’exigence de la vérité et de la justice. Nous lui devons, je lui dois, beaucoup.        <br />
              <br />
       Didier était à mes côtés une conscience exigeante mais fidèle. Il n’était pas homme à faire des concessions. Mais il acceptait aussi, sans jamais renier rien de ce qu’il pensait, de ne pas avoir raison tout seul. Il fallait pour cela une grande confiance que nous nous faisions mutuellement. Nous n’étions pas spontanément d’accord sur tout mais nous finissions toujours par y arriver. Ou presque toujours. En 1995, il fallut un vote du Conseil National du MDC pour nous départager sur le soutien qu’il fallait – ou non – apporter à la candidature de Lionel Jospin. Mais si je souhaitais le faire, c’était bien sûr pour infléchir sa ligne. Didier l’a accepté dès lors qu’il savait que je resterais fidèle à notre engagement fondateur.       <br />
              <br />
       Après 2002, il a jugé, à juste titre, qu’on ne pouvait pas refaire le MDC. Il avait tout à fait raison. Il fallait maintenir la ligne du « Pôle républicain ». Mais on ne peut pas le faire tout seul. Et il n’était pas possible de laisser sur le côté de vieux camarades qui nous avaient suivis sans toujours comprendre qu’<span style="font-style:italic">« au-dessus de la droite et de la gauche telles qu’elles sont devenues, il y a la République »</span>.       <br />
              <br />
       Quinze ans après, il faut reconnaître deux mérites à Emmanuel Macron. Par son élection, il a renvoyé aux oubliettes de l’Histoire un bipartisme qui depuis longtemps n’avait plus de sens. Il a ensuite réhabilité la décision politique et le mouvement, rompant ainsi avec l’immobilisme des trois héritiers de M. Queuille qu’ont été très consciemment François Mitterrand, Jacques Chirac et François Hollande.       <br />
              <br />
       L’esprit dialectique de Didier n’aurait pas manqué d’interroger le troisième mouvement qui découle de l’« en même temps ». Didier était un dialecticien et un créateur. L’invention de l’avenir l’a toujours motivé. Comme il doit motiver les jeunes générations que nous avons entendu s’exprimer. Je veux saluer, outre le maire de Montreuil, M. Patrice Bessac, que je veux remercier vivement pour son accueil, Gaël Brustier, Philippe Corcuff, Dominique Garabiol, Didier Leschi, Laurent Roth. Je veux aussi remercier de leur présence Messieurs Arnaud Montebourg et Alexis Corbière.       <br />
              <br />
       Le long combat que nous avons entrepris, il y a plus de cinquante ans, n’aura pas été vain si dans un contexte radicalement nouveau, dans un monde qui, en quarante ans, a profondément changé, cette même valeur du patriotisme peut encore guider nos pas non vers la Terre promise que nous n’avons jamais foulée, mais vers une France libre et juste dans une Europe européenne. Dans une de nos dernières conversations – il y a moins de quinze jours – Didier m’a dit qu’il était heureux. Il pensait comme moi que ce que nous avions semé pendant cinquante ans, germerait dans les cinquante ans qui viennent. Pas plus que l’idéal de la liberté, l’idéal de la justice ne peut mourir.       <br />
              <br />
       Didier était un créateur et il aimait les créateurs, n’est-ce pas Dominique ? Didier avait un talent que les éditeurs d’aujourd’hui ne reconnaissent plus : il était poète. Et il l’était naturellement. Il écrivait des poèmes à l’âge de quatorze ans. Celui-ci, de 1945, prémonitoire :        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">« Qu’allais-je faire un jour de cette rime éparse       <br />
         Que je viens de jeter en travers du papier       <br />
         Promesse du futur s’élevant jusqu’au pied       <br />
         Du cortège d’un rêve où finissent mes farces       <br />
              <br />
         Reprenant tour à tour un visage qui spasm-       <br />
         Odiquement retombe au fond de ce panier       <br />
         A salade ou à son si vous le désirez       <br />
         Pour régenter les fous j’imiterai Erasme »</span>       <br />
              <br />
       Et celui, révolutionnaire, du 15 février 2010 :       <br />
       <span style="font-style:italic">« J’aime la musique ferroviaire       <br />
         Dont les trains qui partent       <br />
         N’arrivent jamais       <br />
              <br />
         Que ce soit mon unique et profane prière       <br />
         Rebattre les cartes       <br />
         Quand Dieu n’y peut mais »</span>       <br />
              <br />
       Didier était un homme magnifique. Il a donné une haute idée de la grandeur humaine. Sa noblesse d’âme se voyait sur son visage. Sa perte est pour moi celle d’un ami incomparable et irremplaçable.        <br />
              <br />
       Ai-je besoin de dire à Dominique, sa femme, à Jean-Frédéric et à Emmanuel ses fils, à Jean-Loup son frère, à sa famille, à Anne, à tous ses proches, qu’ils ne sont pas seuls à le pleurer …       <br />
              <br />
       -------       <br />
       1) Ces citations n’ont pas été prononcées à Montreuil.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Nota Bene: Ce discours n’a pas été intégralement prononcé à la cérémonie de Montreuil. Par ailleurs, je me suis écarté à plusieurs reprises de ce texte qui n’en traduit pas moins ma pensée.</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <title>Didier Motchane, un homme magnifique</title>
   <updated>2017-10-29T21:44:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Didier-Motchane-un-homme-magnifique_a1954.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2017-10-29T21:43:00+01:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
      Didier Motchane était une figure exceptionnelle. Sa disparition coïncide avec la fin du cycle d’Epinay. Didier Motchane a été avec Georges Sarre, Pierre Guidoni et moi-même, l’un des fondateurs du CERES, au mitan des années 1960. Il en a été ensuite l’infatigable animateur, comme de Socialisme et République et du Mouvement des Citoyens.       <br />
              <br />
       Son intelligence supérieure, sa vaste culture - il était poète à ses heures, son caractère ont porté l’exigence de notre mouvement et l’élan qu’il a donné à la gauche au-dessus de la grisaille de la « petite politique ».        <br />
              <br />
       Depuis plus de cinquante ans, Didier Motchane a été à mes côtés une conscience exigeante et fidèle. Ses vues profondes ont éclairé notre chemin. Toute sa vie, il a été un bloc de courage, un homme magnifique. Cette grande âme a affronté la mort comme il avait mené sa vie, sans ciller.        <br />
              <br />
       Sa mort me bouleverse profondément.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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