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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-03-17T10:34:51+01:00</updated>
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   <title>Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "Quelle recomposition géopolitique du capitalisme ?"</title>
   <updated>2020-03-20T10:52:00+01:00</updated>
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   <category term="Actualités" />
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   <published>2020-01-22T11:36:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Les actes du colloque du 5 novembre 2019 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/42041005-35172754.jpg?v=1579690937" alt="Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "Quelle recomposition géopolitique du capitalisme ?"" title="Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "Quelle recomposition géopolitique du capitalisme ?"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Introduction_a1254.html">Introduction</a>, par Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Les-institutions-malades-du-Marche_a1253.html">Les institutions malades du Marché</a>, par Alain Supiot, Juriste, docteur <span style="font-style:italic">honoris causa</span>, professeur émérite au Collège de France, chaire État social et mondialisation, auteur de <span style="font-style:italic">La gouvernance par les nombres</span> (Fayard, 2015) et <span style="font-style:italic">Le travail au XXIème siècle : Livre du centenaire de l’Organisation internationale du Travail</span> (dir., Editions de l’Atelier, 2019)       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/L-entreprise-instrument-politique-de-la-puissance-americaine_a1252.html">L’entreprise, instrument politique de la puissance américaine</a>, par Jean-Baptiste Barfety, Haut-fonctionnaire, rapporteur du rapport Notat-Senard sur l’entreprise, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Pour-un-capitalisme-responsable_a1251.html">Pour un capitalisme responsable</a>, par Jean-Dominique Senard, Président-directeur général de Renault-Nissan, ancien PDG de Michelin       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/L-etat-du-monde-et-les-metamorphoses-de-l-hegemonie_a1250.html">L’état du monde et les métamorphoses de l’hégémonie</a>, par Perry Anderson, Intellectuel et historien, britannique, rédacteur en chef de la <span style="font-style:italic">New Left Review</span> de 1962 à 1982 puis de 2000 à 2003, professeur d’histoire et de sociologie à l’université de Californie à Los Angeles, auteur, entre autres, de <span style="font-style:italic">Les origines de la postmodernité</span> (Les Prairies Ordinaires, 2010) et <span style="font-style:italic">Le Nouveau Vieux monde : Sur le destin d’un auxiliaire de l’ordre américain</span> (Agone, 2011)       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Debat-final_a1249.html">Débat final</a>.       <br />
              <br />
       Voir les actes du colloque <a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Quelle-recomposition-geopolitique-du-capitalisme_r161.html">&quot;Quelle recomposition géopolitique du capitalisme ?&quot;</a> en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.       <br />
              <br />
       Le cahier imprimé du colloque <a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/shop/Quelle-recomposition-geopolitique-du-capitalisme_p149.html">&quot;Quelle recomposition géopolitique du capitalisme ?&quot;</a> est également disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-Quelle-recomposition-geopolitique-du-capitalisme_a2078.html" />
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  <entry>
   <title>Nous sommes confrontés à une immense crise de la démocratie</title>
   <updated>2015-03-23T12:07:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Nous-sommes-confrontes-a-une-immense-crise-de-la-democratie_a1695.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2015-03-17T15:03:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement au colloque "L'Après-janvier : plus que jamais la République laïque", organisé par le "Comité laïcité et République", samedi 14 mars 2015.     <div>
      Les attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015 à Paris comportent une leçon essentielle : ils illustrent  a contrario la pertinence de l’idéal laïc pour nous aider à relever le défi.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>I - La laïcité n’est pas tournée contre les religions. </b>       <br />
              <br />
       Définition de la laïcité : c’est la croyance en la raison naturelle et en la capacité des citoyens (formés par l’Ecole de la République)  à s’entendre sur une idée du bien commun  (« Res Publica »), dans un espace public soustrait à l’empire des dogmes.       <br />
              <br />
       La laïcité n’est pas tournée contre les religions ; il y a une déontologie de l’Ecole laïque qu’on trouve dans la lettre de Jules Ferry aux instituteurs. Ne pas confondre laïcité à l’Ecole et liberté d’expression dans l’espace public. La seule limite à cette liberté c’est le refus de l’appel à la haine. Mais un professeur de dessin, à l’Ecole publique, ne peut caricaturer Mahomet.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Manifestation du 11 janvier 2015 : </span>       <br />
              <br />
       Ce que signifie « Je suis Charlie » : je n’admets pas qu’on porte atteinte à la liberté d’expression » et non  « Je suis sur la ligne éditoriale de Charlie ». Encore moins « Je suis contre l’Islam ».
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Les premières victimes du terrorisme sont les musulmans. Il ne m’appartient pas de dire ce qu’est l’Islam. Il y a de multiples interprétations. L’Islam n’est pas plus incompatible avec la laïcité que ne l’était le catholicisme. Dans leur immense majorité, les musulmans de France y voient une religion de paix et de miséricorde. Le Coran comporte très souvent un appel à la rationalité. Il incite à aller « chercher le savoir jusqu’en Chine ».        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II - Le terrorisme djihadiste est un défi que la République peut relever avec sang froid, sérénité et sur la base de ses principes. </b>       <br />
              <br />
       Ce défi du terrorisme djihadiste se situe à l’intersection des tensions qui traversent notre société et des conflits qui frappent le monde arabo-musulman.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">1. En préalable, ai-je besoin de préciser mon refus de la « culture de l’excuse » ? </span>       <br />
              <br />
       Il y a des pauvres honnêtes et des riches malhonnêtes. Ahmedy Coulibaly n’était pas un enfant abandonné de la République. Rien ne légitime le passage à l’acte terroriste. La loi républicaine s’applique à tous (la loi et l’esprit de la loi) : je prendrai l’exemple de la prohibition des signes religieux ostentatoires à l’Ecole. Faut-il l’étendre à l’enseignement supérieur ? On sait ce que signifie le voile : le choix de l’enfermement communautariste. Qu’il soit porté par des adultes de plus de dix-huit ans ne change rien à l’affaire. Au contraire. Une disposition de loi sur les signes religieux ostentatoires à l’Université ne me gêne pas. Ce n’est pas une démarche ethnocentriste mais l’application du principe de laïcité dans l’espace de la formation de l’esprit. La Cour Constitutionnelle de Karlsruhe vient d’autoriser le port du voile par des enseignantes à l’Université. Laissons à la démocratie allemande le soin de faire en sorte que cette jurisprudence soit réformée. En France le Conseil d’Etat aussi a pu errer en 1989.       <br />
              <br />
       Les Français – je le crois - acceptent les étrangers qui acceptent de faire leur les valeurs et les lois de la République. Ce n’est pas un effort insurmontable.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">2. Il faut assécher le terreau où cette idéologie terroriste mortifère plonge ses racines.</span>       <br />
              <br />
       a) la fracture sociale ; le gouffre du chômage ; l’idéal laïc ne peut que combattre l’intégrisme « ordo-libéral » qui enferme l’Europe dans une stagnation économique à perte de vue.       <br />
              <br />
       b) Les conflits qui frappent le monde arabo-musulman        <br />
       <ul class="list"><li> Un peu de culture historique : les deux réponses du monde musulman au défi de l’Occident ont été :       <br />
       - la réponse modernisatrice (libérale ou socialiste : Wafd, Néo-Destour, nassérisme, Baath, etc.)       <br />
       - la réponse identitaire : Les Frères musulmans créés en 1928, quatre ans après l’abolition du califat.       
       </li></ul><ul class="list"><li> la guerre des Six jours signe la défaite du nationalisme arabe (1967)       
       </li></ul><ul class="list"><li> l’échec ultérieur du processus de paix entre Israël et la Palestine est une blessure jamais refermée.       
       </li></ul><ul class="list"><li> le basculement du centre de gravité du monde arabe vers le Golfe résulte des chocs pétroliers (1973-79).       
       </li></ul><ul class="list"><li> le wahhabisme, le salafisme deviennent « hégémoniques »       
       </li></ul><ul class="list"><li> les ingérences occidentales :       <br />
       - 1990 : la 1ère guerre du Golfe signe la fin de la politique arabe de la France       <br />
       - A l’attaque contre les Twin Towers, (11/09/2001), les Etats-Unis apportent une réponse inepte : en 2003 c’est l’invasion de l’Irak et la destruction subséquente de l’Etat irakien.       <br />
       - Avec l’effondrement de l’Irak et la prise du pouvoir par les Chittes, l’Iran devient la puissance régionale dominante.        
       </li></ul><ul class="list"><li> S’ensuit le conflit chiites, sunnites (2005 : assassinat d’Hariri. Daesch fait main basse sur la partie sunnite de l’Irak.       
       </li></ul><ul class="list"><li> les révolutions arabes débouchent sur une vague islamiste en Tunisie, en Egypte par la voie des urnes. En Syrie aussi, à travers une féroce guerre civile.       <br />
              <br />
              <br />
       Comment faire face ? Retrouver une utopie de progrès partagée ; le binôme France/Algérie peut être structurant pour l’avenir. Il faut saluer les efforts accomplis à partir du voyage de François Hollande à Alger en décembre 2012.        <br />
              <br />
       Le legs diplomatique des Anglo-Saxons dans la politique menée vis-à-vis de l’Orient musulman :        <br />
       - la subordination à l’Arabie Séoudite (et à Israël)  au Proche et Moyen-Orient.       <br />
       - Plus à l’Est, la création du Pakistan, Etat bâti sur la religion.        <br />
              <br />
       N’y a-t-il pas une autre manière, républicaine, d’affronter le défi ?        <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – L’enjeu : la crise de la démocratie.</b>       <br />
              <br />
       Trois crises se télescopent :        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> La crise du monde arabo-musulman       
       </li></ul><ul class="list"><li> Celle du capitalisme financier mondialisé. Une économie casino dominée par les gestionnaires de fonds où les préoccupations du court terme ont relégué à l’arrière plan le souci du long terme. Parallèlement a triomphé l’hyperindividualisme libéral qui dissout la République.       
       </li></ul><ul class="list"><li> La crise d’une Europe hors sol, pensée en dehors des nations et de la démocratie. Cette conception d’une Europe « substitut » aux nations culmine dans le choix d’une monnaie unique. La crise de la monnaie unique fait ressortir le caractère technocratique des institutions européennes actuelles.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Nous sommes confrontés à une immense crise de la démocratie.</span>       <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> L’idéologie dite des « droits de l’homme » (de l’individu seul « sujet de droit ») aboutit à la dissolution du « commun », c’est-à-dire de la politique et des conditions mêmes d’exercice de la démocratie.       
       </li></ul><ul class="list"><li> La pseudo souveraineté de l’individu aboutit à la dissolution du Peuple (des citoyens « en corps »), de la forme politique de l’Etat-nation, soit au nom de la « gouvernance » (européenne ou mondiale), soit au nom du « droit », voire du « devoir d’ingérence », dans l’ordre international.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous assistons au naufrage de la démocratie comme idéal de maîtrise collective et réfléchie de l’Histoire au nom d’une croyance anhistorique dans l’efficience des marchés.       <br />
              <br />
       La crise de la démocratie est plus sensible encore dans une République laïque comme la nôtre. Le triomphe d’idéologies obscurantistes résulte de l’abandon ou de la méconnaissance de la laïcité comme condition de validité de la formation d’une volonté générale, d’un bien commun à tous les hommes.        <br />
              <br />
       C’est cette idée d’un bien commun qu’il faut relever. J’ai dit « un bien commun à tous les hommes » et non à une partie des hommes, par exemple à l’Occident. Il faut rejeter l’occidentalisme et penser un avenir de progrès pour tous, y compris le monde arabo-musulman qu’il faut réconcilier avec la modernité (Palestine, Iran). Mais cette modernité, avons-nous su la rendre aimable ? Poser la question c’est y répondre : la modernité du capital financier mondialisé suscite partout un immense rejet. C’est une autre modernité qu’il faut faire aimer.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>IV – Il faut faire aimer la République</b>       <br />
              <br />
       La République porte des valeurs universelles, même si elle s’appuie sur des nations. La nation est l’espace privilégié de la démocratie et la brique de base de l’internationalisme.       <br />
              <br />
       Faut-il rappeler l’article 3 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »        <br />
              <br />
       Naturellement la Nation procède de la France. C’est au moment où celle-ci est devenue adulte qu’elle s’est proclamée souveraine. Ce renversement de principe aboutit, trois ans après, à la proclamation de la République. Il y a donc à la fois une césure et un continuum que les fondateurs de l’Ecole publique ont su mettre en scène.       <br />
              <br />
       Si j’explicite ainsi le lien qui unit la République à la France, c’est pour mieux mettre en valeur les conditions du rétablissement de la République.       <br />
       1. On ne peut pas aimer la République quand on n ‘aime pas sa langue et son Histoire. Comme ancien ministre de l’Education Nationale, j’observe :       
       </li></ul><ul class="list"><li> l’abandon de l’étude des grandes œuvres dans l’enseignement ;       
       </li></ul><ul class="list"><li> la disparition de fait, dans les programmes, de l’Histoire de France.       <br />
              <br />
       Or, un pays qui ne s’aime plus ne peut agréger de nouveaux citoyens       
       </li></ul><ul class="list"><li> il faut faire aimer la France à travers sa littérature et le patrimoine des grandes œuvres        
       </li></ul><ul class="list"><li> à travers son Histoire : le peuple qui a fait la Révolution française doit renouer avec un récit national non pénitentiel s’agissant de notre histoire au XIXe et XXe siècles. Il faut mettre en valeur non pas ceux qui ont failli mais ceux qui n’ont pas failli.       <br />
              <br />
       2. Il faut aussi expliquer la République et la laïcité, redonner sens au combat républicain – inséparable du combat pour la justice -, en France et dans le monde.  Ce qui unit doit être plus fort que ce qui divise. Relever l’Ecole de la République n’est pas possible si on ne relève pas la République elle-même. Hannah Arendt disait : « On n’enseigne que cela à quoi on croit ». Ce n’est pas seulement l’affaire du ministère de l’Education nationale. L’enjeu, c’est la parole publique en tous domaines.       <br />
              <br />
       Que croyons-nous ?        <br />
              <br />
       Non pas contre – certes il le faut – Contre le Front National bien sûr, mais en positif : comment voyons-nous l’avenir de notre société ? Et l’avenir du monde ? De quel projet sommes-nous porteurs ? La laïcité est un combat. C’est celui de la Raison qu’il faut remettre à l’œuvre dans l’Histoire, après trois décennies d’obscurantisme consenti, une histoire qui sera inséparablement la nôtre et celle des autres peuples.       <br />
              <br />
       Enoncer ce défi est une manière d’en prendre la mesure. Comme dit l’adage « Il n’y a pas de cap pour qui ne connaît pas le port ». Ce cap c’est celui de la République et de la laïcité retrouvées !</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <title>"Le problème n'est pas de battre Sarkozy mais de proposer à la France une politique réellement alternative"</title>
   <updated>2011-02-08T14:36:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Le-probleme-n-est-pas-de-battre-Sarkozy-mais-de-proposer-a-la-France-une-politique-reellement-alternative_a1075.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <published>2011-02-08T13:37:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission "Tous Azimuts", présentée par Olivier Mauraisin sur LM TV (Le Mans Télévision) le vendredi 28 janvier 2011 à l'occasion de la sortie de son livre, "La France est-elle finie ?". Voici le podcast de cette émission en trois parties.     <div>
      <iframe title="YouTube video player" width="580" height="465" src="http://www.youtube.com/embed/7us4Z7uyaDA" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <iframe title="YouTube video player" width="580" height="465" src="http://www.youtube.com/embed/UoKA-07Pegc" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <iframe title="YouTube video player" width="580" height="465" src="http://www.youtube.com/embed/NxnJkRNStJU" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Le site de LM TV : <a class="link" href="http://www.lmtv.fr/">www.lmtv.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Débat Chevènement-Julliard dans Marianne: "Comment la gauche s'est ralliée au néolibéralisme"</title>
   <updated>2011-01-08T12:42:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Debat-Chevenement-Julliard-dans-Marianne-Comment-la-gauche-s-est-ralliee-au-neoliberalisme_a1038.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2011-01-08T09:52:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
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Débat entre Jean-Pierre Chevènement et Jacques Julliard paru dans Marianne n°716, 8 janvier 2010.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2600566-3667573.jpg?v=1294475061" alt="Débat Chevènement-Julliard dans Marianne: "Comment la gauche s'est ralliée au néolibéralisme"" title="Débat Chevènement-Julliard dans Marianne: "Comment la gauche s'est ralliée au néolibéralisme"" />
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      <b>Marianne : Vous partagez le constat selon lequel la gauche s’est un compromise avec le néo-libéralisme. De quand datez-vous ce tournant?</b>       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> L’esprit libéral était présent dès l’origine du marché commun, mais à un niveau modéré. Le tournant a été pris en 1984 avec l’acte unique et les 300 directives de déréglementation qui généralisent au niveau de l’Europe continentale ce que Margaret Thatcher et Ronald Reagan avaient instauré en Grande-Bretagne aux États-Unis , comme l’avait très bien expliqué André Gauron, qui était conseiller technique de Pierre Bérégovoy. Le traité de Maastricht a aussi ses règles du jeu fixées par Karl Otto Pôhl, le président de la Bundesbank, comme le reconnaît d’ailleurs Jacques Delors lui-même. Les règles de la monnaie unique ont été fixées dès juin 1989. Le calendrier en a été imposé par François Mitterrand en contrepartie de l’acquiescement à la réunification de l’Allemagne.       <br />
               <br />
       <b>Marianne : Dans votre esprit, le tournant libéral de la gauche ne s’effectue donc pas lors de l’adoption du plan de rigueur de 1983 ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Le tournant de 1983 est très important parce qu’il signifie l’abandon de la politique industrielle, l’alignement du Franc sur le Mark, c’est-à-dire la monnaie forte. Or la monnaie forte est totalement contradictoire avec un dessein d’industrialisation ou de développement technologique d’un pays comme le nôtre       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> L’Allemagne est la preuve du contraire. L’Allemagne est beaucoup plus industrialisée que la France depuis la fin du XIXe siècle ; elle vit sur son tissu de PMI, alors que la France a de grands groupes mais elle n’a pas les PMI équivalentes. Par conséquent, si on voulait muscler le tissu industriel français, on ne pouvait pas le faire avec une monnaie trop forte. Or le choix de 1983 qui prélude quand même à l’acheminement vers l’euro, est celui de la monnaie forte, avec une parenthèse. On dit le franc fort à l’époque.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> On dit le franc fort, on dira ensuite l’euro qui sera une monnaie forte avec une seule parenthèse, la période 1998-2001 où l’euro ne vaut plus que 82 centimes, le dollar. C’est donc une fenêtre exceptionnelle qui explique la croissance non seulement en France mais dans toute l’Europe à cette période.
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      <b>Jacques Julliard :</b> A partir de quand peut-on considérer que la gauche s’est mouillée, pour ne pas dire compromise avec le libéralisme ? En vérité, les choses se sont compliquées à partir du moment où le capitalisme lui-même a changé de nature. Et là, je fais un constat qui ne se traduit pas par une date précise, mais par un mouvement, lorsque nous sommes passés d’un capitalisme managérial, comme disait Alain Minc, à un capitalisme patrimonial. C’est à ce moment-là que le compromis social, à la base des Trente glorieuses, qui avait émergé sous le premier de Gaulle, à la Libération et qui s’est poursuivi par ce que Michel Albert appelait le capitalisme rhénan, est devenu impossible. Ce constat est fondamental. On me dit parfois que j’ai changé de position, que je me suis « gauchi ». En réalité, c’est la situation qui a changé. Sous le capitalisme « rhénan », il était possible de concevoir un accord entre les trois principaux acteurs de la société, les entrepreneurs, l’État et les syndicats représentatifs des travailleurs. En France, cet accord se bâtissait au sein du plan. Les travailleurs, pour ne parler que de ceux-là, s’en sont bien trouvés. C’est une période de hausse des salaires, d’amélioration de la situation des travailleurs dans l’entreprise en ce qui concerne les conditions de travail.       <br />
               <br />
       <b>Marianne : Quand ce compromis ne fonctionne-t-il plus ?</b>       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Je situe le changement durant la décennie 1980-90.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Pouvons-nous être plus précis ? La libération des capitaux à l’égard de tous les pays du marché commun mais aussi à l’égard des pays tiers, y compris les paradis fiscaux, apparaît dans l’acte unique. Cette clause est imposée par Margaret Thatcher. Nous avons accepté dans ce traité signé en 1985 et ratifié en 1987 par les socialistes mais aussi par la droite, alors majoritaire, la libération des mouvements de capitaux. Dans le texte de l’acte unique, il était précisé que l’harmonisation fiscale suivrait cette réforme... Cette clause a été rejetée par la suite sous la pression des Allemands. François Mitterrand a accepté qu’il n’y ait pas d’harmonisation fiscale préalable ; je me souviens du Conseil des ministres où cette décision a été prise, j’étais le seul opposant - je n’ai pas démissionné parce qu’on ne peut pas démissionner tous les jours - mais j’ai su que Pierre Bérégovoy lui-même était contre l’acceptation de cette règle de non harmonisation fiscale préalable qui fait qu’aujourd’hui, par exemple, l’Irlande a un taux d’imposition sur les sociétés de 12,5%. Je dirais que la décision initiale a été prise très exactement en 1989 puisque la libération des capitaux intervient le 1er janvier 1990 ; elle introduit une inégalité fondamentale entre le capital et le travail : le capital peut circuler à la vitesse de la lumière, le travail est assigné au local. A partir de ce moment, les fonds de pension, d’investissement et les hedge funds vont s’en donner à cœur joie. Mais le renversement du rapport entre salaires et profits est bien antérieur. Il date de la politique des taux très élevés de Paul Volcker, 1979, et en France du blocage des prix et des salaires en 1982-83. J’ai démissionné en 1983 quand le choix réel a été fait par Mitterrand de ce que Lionel Jospin - alors Premier secrétaire du PS - appelait la « parenthèse libérale ». Une parenthèse qui ne s’est jamais refermée ensuite… Mais, à ce moment-là, toutes les conditions étaient créées pour que nous ne puissions plus faire une dévaluation forte, comme je l’ai préconisée dès 1981. Quand on est dans un gouvernement, on essaie de peser. J’ai démissionné en 1983 car je pensais que le choix effectué était grave et je le craignais irréversible. Il s’est avéré, malheureusement, irréversible.       <br />
              <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Je ne poserai pas le problème comme ça parce qu’il ne s’agit pas d’une mécanique inéluctable. Il y a eu toute une période européenne qui a été bénéfique et ça je trouve que vous ne le dites pas dans votre livre et c’est dommage parce que ça permet de mieux comprendre les comportements.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> La part des salaires dans le revenu national baisse de 10 points dans la décennie 80.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Oui mais vous écrivez aussi dans votre livre que, à un moment donné, les salaires avaient augmenté tellement plus vite que les changes que cette réduction de la part des salaires dans le revenu était inévitable.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> C’était vrai dans une certaine proportion, de l’ordre de 4 à 5 points, mais la baisse énorme de 10 points marque l’irruption d’un capitalisme financier. Si je suis d’accord avec l’essentiel des <a class="link" href="http://www.liberation.fr/politiques/0101614214-vingt-theses-pour-repartir-du-pied-gauche">20 thèses développées par Jacques Julliard pour repartir du pied gauche</a>, je diverge avec lui quand il dit que l’Europe est une forfaiture. En fait, les textes fondateurs même sont d’inspiration libérale voire néo-libérale, la réalité qui se développe est conforme aux traités.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Vous avez raison sur les textes, mais vous avez tort sur l’esprit car il ne se situait pas exclusivement dans une optique libérale. Cette période a été très prospère pour le monde entier grâce à la libération des échanges. Le monde non occidental profite énormément de cette libération des échanges. Ce n’est pas pour rien que les Chinois encore aujourd’hui sont partisans de l’OMC. Je ne peux pas me placer exclusivement du point de vue français ni même du point de vue européen. Je pense que cette période a été bénéfique pour le tiers monde qui a connu un essor sans précédent.       <br />
              <br />
       <b>Marianne : La période de croissance et de progrès social dure-t-elle jusqu’en 1974 ou jusqu’en 1990 ? Beaucoup de libéraux soulignent comme vous que la libération des échanges avec les pays émergeants permet une sorte de rattrapage entre pays riches et pays pauvres. Mais cette progression de la puissance économique des pays pauvres coïncide avec une formidable progression des inégalités à l’intérieur des pays riches comme des pays pauvres.</b>       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> La période de progrès coïncide avec le capitalisme, capitalisme dit fordisme, managérial. Mais on ne peut pas raisonner comme s’il s’agissait d’une période unique : à partir de 1976 on constate un ralentissement de la croissance partout et notamment en Europe. Le capitalisme financier ne survient qu’ensuite, dans les années 1990.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Il y a bel et bien deux phases comme l’a bien expliqué Alain Minc dans <span style="font-style:italic">www.capitalisme.fr</span>       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Je considère que ce compromis social commence à s’effriter à partir de 1974-75. La France compte assez vite un million de chômeurs, 2 en 1983 et ce chômage va venir à l’appoint des politiques de Wolcker pour modifier le partage entre le capital et le travail.       <br />
              <br />
       <b>Marianne : Comment expliquez vous l’un et l’autre la dérive néolibérale de la gauche ?</b>       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Il y a certainement l’influence des autres pays européens qui étaient d’emblée beaucoup plus libéraux que nous. L’ambiance bruxelloise, européenne pèse sur les socialistes. A partir d’un certain moment, les socialistes, à quelques heureuses exceptions près, sont devenus des dogmatiques d’une doctrine qui n’était pas la leur, celle du libéralisme. J’ai pris conscience de cela trop tard. A partir du moment où l’on constatait cette transformation du capitalisme, les socialistes devaient reprendre à frais nouveaux toute leur analyse. Autre élément, il y a le facteur Mitterrand lui-même. Car Mitterrand s’est converti au marxisme social beaucoup plus qu’au marxisme économique. Autrement dit, il avait compris que la lutte des classes n’était jamais terminée, et que le capital était, plus que le travail, en position agressive. Mais François Mitterrand a fait l’impasse sur cette dimension au nom de l’idée européenne. Il a voulu coller à l’Allemagne, chose qu’on peut comprendre, d’autant plus que la réciproque était un peu vrai, Jean-Pierre Chevènement ne le dit pas assez, du temps de Kohl, la volonté de l’Allemagne de coller à la France était au moins égale à la volonté inverse. C’est d’ailleurs ce qui permettait à l’Europe d’avancer. Pour conclure sur ce point, il me semble que par dessus ces deux explications (l’Europe et Mitterrand) la carence intellectuelle, théorique de la gauche, son incapacité à penser le changement du capitalisme a été la plus déterminante.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> La gauche n’a pas vraiment livré la bataille pour laquelle nous croyions l’avoir préparée. Après deux années assez aléatoires, 1981-1983, elle s’est ralliée aux politiques de Thatcher, de Reagan et de Kohl. François Mitterrand a justifié cet alignement par une idée : il ne faut pas que la France s’isole de ses partenaires européens. Mitterrand sait qu’il faut ouvrir une perspective, et il réalise, non sans y avoir beaucoup réfléchi, un changement de paradigme comme l’explique Hubert Védrine dans son livre <span style="font-style:italic">Les mondes de François Mitterrand</span>. Il substitue l’Europe comme perspective politique d’ensemble à la transformation de la société française. Il fait ce que j’appelle un pari pascalien. Pascal est écrit : Dieu est ou n’est pas, nous sommes embarqués, il faut parier et si nous parions qu’il existe, nous ne perdons rien, nous gagnons tout. Mitterrand, lui, fait le pari de l’Europe décrite comme un au-delà des nations et qu’il oppose à la misère des nations au XXe siècle dont témoignent deux guerres mondiales suicidaires. Bref, le pari sur l’Europe nous assure un avenir infiniment meilleur que ce que pourrait nous donner les nations dans leur misère. Mitterrand effectue un choix quasi mystique, téléologique où les fins vont justifier les moyens, et où, si l’Europe souffre, s’est toujours faute d’Europe.       <br />
              <br />
       <b>Marianne :  Dans le pari pascalien on doit choisir Dieu parce que sinon il n’y a rien. Si l’on applique la métaphore à l’idée européenne, cela signifie que la nation n’est rien…</b>       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> On aboutit en effet à la mise en congé implicite de la nation et on fait comme Pascal, on jette de l’eau bénite, on dit des messes, on met le drapeau européen au fronton des mairies, on chante l’hymne à la joie au congrès de l’association des maires de France et on invente une monnaie qui va permettre aux Européens de payer en euro et on va installer la foi en l’Europe dans la vie. Le ralliement au néo-libéralisme a été habillé par cette mystique européenne sans laquelle on ne comprendrait pas que des socialistes sincères se soient ralliés à cette perspective si contraire à celle pour laquelle nous avions mobilisé depuis le Congrès d’Epinay.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Le socialisme a abandonné l’internationalisme prolétariat et y a substitué une sorte d’internationalisme libéral dont on est obligé de constater qu’il a eu dans un premier temps des effets bénéfiques. Aujourd’hui, l’euro est à revoir à cause de l’élargissement de l’Europe : on est passé d’une Europe franco-allemande dont je maintiens qu’elle était excellente à une Europe à 27. En réalité, c’est moins Mitterrand et Kohl qui ont cédé à Thatcher que l’effondrement des Soviétiques et l’élargissement de l’Europe qui réorientent l’Europe dans des conditions incompatibles avec tout ce qui avait été décidé précédemment.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Mais cet élargissement était tout de même prévisible, en 1991-92. La ratification du traité de Maastricht intervient en février 1993. Cette année-là, on ouvre le processus d’élargissement à trois pays : la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie sous la pression allemande et anglaise. Les incohérences et les contradictions de l’euro sont aujourd’hui visibles, elles éclatent et compte tenu de la différence des taux d’intérêt auxquels sont contraints d’emprunter les pays de la zone euro, celle-ci ne peut pas survivre. Sauf si on en change complètement.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> J’en appelle au Jean-Pierre Chevènement positif de la fin de son livre quand il dit qu’il ne faut pas renoncer à l’euro.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Nous sommes embarqués dans un vol auquel je me suis opposé dès le décollage. Mais je ne suis pas de ceux qui proposent de sauter par le hublot de l’avion, autrement dit de sortir de l’euro : j’ai combattu Maastricht mais, en même temps, maintenant que nous y sommes, essayons de nous poser en douceur.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Imaginez ce qu’aurait été la situation de divers pays s’il n’y avait pas eu l’euro, pour faire un peu d’uchronie.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Vous parlez de quels pays ? De la Grèce ? De l’Espagne ? Voyez au prix de quels déséquilibres s’est organisée leur intégration !       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Ce n’est pas l’euro qui est responsable de la situation grecque.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Mais si l’euro n’avait pas permis d’emprunter à un très bas taux pendant longtemps, la Grèce ne serait pas l’état calamiteux où elle est.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Vous êtes pour un euro non laxiste, comme les banquiers allemands !       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Il faut qu’on trouve un équilibre entre le principe de solidarité et le principe de responsabilité. Je fais trois propositions : doubler le montant du fond de stabilisation ; permettre à la banque centrale européenne de racheter en quantité des titres pour casser la spéculation ; et étudier les conditions dans lesquelles on pourrait lancer des «eurosbonds». Si par ailleurs, il y a une initiative de croissance au niveau européen, je pense, peut-être qu’on pourrait sauver l’euro. Mais l’Allemagne étant hostile à toutes ces propositions, il y a très peu de chances qu’elles se réalisent. Voilà pourquoi je préconise une mise à l’étude d’un plan B, une sortie organisée de l’euro.       <br />
              <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> La crise a formidablement fait avancer les idées, y compris en Allemagne. Les Allemands ont accepté une intervention de la BCE et, progressivement, l’idée d’un gouvernement économique, même si le mot n’est pas prononcé, a beaucoup avancé.       <br />
               <br />
       <b>Marianne : Dans son premier éditorial à Marianne, Jacques Jacques Julliard a rappelé la gauche à être morale. L’avant dernier chapitre du livre de Jean-Pierre Chevènement est un appel républicain. Est-ce que la morale et la République peuvent au fond se rapprocher ?</b>       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Nous assistons à l’effondrement d’une vision du monde économiciste. Cela est vrai pour le capitalisme financier fondé sur la théorie de Milton Friedman sur l’efficience des marchés ; cela est vrai pour la conception de l’Europe selon Jean Monnet où on mettait de côté les États nations, réduits, je le cite, à un rôle de purs agents d’exécution parce que l’Europe ne pouvait se construire que sur la base de souveraineté nationale marginaliste. Elle ne pouvait accéder à la prospérité que si on en finissait avec les souverainetés nationales. Or, je pense que ces deux visions du monde économiciste ont pris l’eau. Seule la politique peut changer le cours des choses. La gauche ne peut s’en sortir que si elle fait corps avec la nation, si elle lui donne une identité républicaine, progressiste, ouverte, si elle tend la main aux autres nations, si elle redresse l’Europe à travers ses nations, car les nations sont l’énergie de l’idée de droit, le cadre de la démocratie, l’élan, la force qui peut faire de l’Europe une réalité résiliente. Regardez le monde autour de nous : États-Unis, Chine, Inde, Brésil, Vietnam, Iran, Turquie, tous ces pays ont confiance en eux, croient en leur avenir ; nous, nous avons un futur et, pour croire à nouveau dans notre avenir, nous avons besoin de réinvestir la nation, non pas contre l’Europe, mais avec elle car je pense, et là-dessus je ne serai sans doute pas en désaccord avec Jacques Julliard, que l’Europe et les nations vont de pair. La succession de Charlemagne, c’est le partage entre la Francia occidentaliste et la Francia orientaliste et puis on se partagera la Lotharingie. Mais l’histoire, elle, est ensuite celle des nations du concert européen ; on ne peut pas penser l’Europe indépendamment de ses nations. L’Europe n’est pas l’Amérique. Nous sommes une trentaine de peuples qui ne sont pas des colonies britanniques jetées là par l’intolérance ou la misère. Nous venons du fond de l’histoire.       <br />
               <br />
       <b>Marianne : On ne peut que constater la faiblesse des réactions du mouvement ouvrier face aux attaques contre les salariés, leurs droits sociaux conquis durant les Trente Glorieuses. La gauche peut-elle exister sans cet appui social ?</b>       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Jean-Pierre Chevènement est un homme politique volontariste. Mais il ne faut pas abuser des bonnes choses. J’ai l’impression que vous attribuez à la nation une vertu de capacité de réveil. Votre démarche est sympathique mais je crois qu’elle ne repose pas sur des éléments concrets. C’est votre sacre de Reims, votre fête de la Fédération.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> C’est aussi la Résistance, le programme de son conseil national.       <br />
              <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Mais ça ne suffit pas. Il faut que le peuple soit présent. Si la gauche politique continue d’être en mauvais état, nous assistons à réveil du mouvement social. Je n’ai pas tout approuvé dans les grèves qui ont eu lieu récemment. La question des retraites n’était pas résolue par le gouvernement et le prochain reprendra en partie, même s’il est de gauche, la réforme. On sent bien que désormais, il y a une volonté de ce peuple. La France n’est pas finie, elle a des capacités de rebond. Nos syndicats qui passent pour les plus faibles d’Europe, et ils le sont quantitativement, ont une capacité d’entraînement, de mobilisation, de coagulation autour d’eux que les grandes centrales allemandes, anglaises ou nordiques n’ont pas eue. Il faut faire confiance au mouvement social, je retrouve là l’une des dimensions de la deuxième gauche.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Oui, vous avez proposé de réunir d’abord les syndicats pour relancer la dynamique.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Quelle est la richesse de la France ? C’est sa culture, sa société. La politique vient bien après. La gauche ne peut imposer un programme que si elle est appuyée sur un véritable mouvement social. Si elle est simplement appuyée par une victoire électorale numérique, je ne donne pas cher, sinon d’elle-même, du moins de ses idées. La démocratie n’est plus l’apanage des politiques. Nous le vivons tous les jours, à travers Internet, la rue, la vie quotidienne, c’est là-dessus qu’il faut chercher les forces pour rebondir et, à mon avis, ça ne peut se faire qu’au niveau européenne et pas en se resserrant sur le cadre national.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Je ne propose pas qu’on se resserre sur le cadre national, je dis qu’il faut partir des briques de base que sont les nations pour redresser l’Europe.       <br />
               <br />
       <b>Marianne : Ce que vient de dire Jacques Jacques Julliard sur le mouvement social, la nécessité d’avoir le peuple avec soi, est-ce que ce n’est pas ce que vous vouliez dire quand vous écrivez la gauche française a perdu au début des années 80 une bataille pour laquelle elle s’était préparée mais qu’elle n’a pas livrée ? Pourquoi ? Parce que, peut-être dans les années 80, il n’y a pas eu de mouvement social, contrairement à ce qui s’était passé en 1936</b>.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Parce que la conversion libérale à cette époque était plus facile que la conversion républicaine. Il était possible sur la base d’une autre politique de garder la confiance du peuple. Evidemment, on ne peut rien faire sans le peuple mais il ne suffit pas de crier mouvement social !       <br />
              <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Pas plus de crier République !       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Ah mais la République est une exigence, elle permet de définir un intérêt public partagé avec d’autres nations, même. Et par conséquent, elle indique une voie. Et je pense que s’il y a eu un mouvement social à la Libération, c’est le mouvement d’enthousiasme des gens qui retrouvaient la liberté et qui étaient décidés à travailler pour construire un avenir de progrès. Mais, pour nous, la tâche sera rude car l’Europe est prise dans les tenailles du G2 ; d’un côté la Chine, de l’autre les États-Unis. Le yuan et le dollar. Et, par conséquent, il faudra que nous travaillions dur dans le monde qui vient pour maintenir un modèle social qui tienne la route car ce qui m’a beaucoup affecté,  quand j’étais ministre de l’Industrie en 1982-83, c’est l’érosion continue de notre base productive. Je ne pense pas qu’on puisse maintenir un modèle social progressiste sur une base productive rétrécie. Je ne suis pas pour la monnaie forte pour cette raison-là.         <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Propos recueillis par Philippe Cohen et Jean-Dominique Merchet</span>       <br />
       <span style="font-style:italic">Nota Bene : la version publiée dans Marianne papier est légèrement réduite</span>       <br />
              <br />
       ----------       <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.marianne2.fr/Chevenement-Julliard-1-2-Il-faut-reinvestir-la-nation_a201361.html">Marianne2.fr (1ère partie)</a> et <a class="link" href="http://www.marianne2.fr/Chevenement-Julliard-2-2-La-gauche-doit-reinvestir-la-nation_a201363.html">Marianne2.fr (2nde partie)</a>
     </div>
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    ]]>
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   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Debat-Chevenement-Julliard-dans-Marianne-Comment-la-gauche-s-est-ralliee-au-neoliberalisme_a1038.html" />
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   <title>Régulation bancaire et financière : la montagne a accouché d’une souris</title>
   <updated>2010-09-30T19:08:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Regulation-bancaire-et-financiere-la-montagne-a-accouche-d-une-souris_a1007.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2010-09-30T19:03:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention du sénateur Jean-Pierre Chevènement lors du débat sur le projet de loi sur la régulation bancaire et financière, Sénat, jeudi 30 septembre 2010.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2381665-3335450.jpg?v=1289480113" alt="Régulation bancaire et financière : la montagne a accouché d’une souris" title="Régulation bancaire et financière : la montagne a accouché d’une souris" />
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     <div>
      <b>I – Rappelons-nous c’était il y a deux ans tout juste :</b> le 15 septembre 2008, la crise des subprimes entrainait la faillite d’une banque qui comptait à Wall Street, au nombre des plus grandes : Salomon Brothers. Le capitalisme financier, dans son entier, en était ébranlé. Il se révélait comme un système d’avidité, prisonnier du court terme. Les dogmes sur lesquels le néolibéralisme avait prospéré - efficience des marchés, capacité à s’autoréguler - apparaissaient soudain comme des mythes. Or, ce sont ces mythes qui avaient conduit à une déréglementation généralisée dans le monde anglo-saxon depuis l’élection de Mme Thatcher et M. Reagan et en Europe même, avec l’Acte unique de 1987 et ses 300 directives d’application. La crise de 2008-2009 fut le temps des grandes proclamations : il était temps, nous dit le Président de la République, le 28 septembre 2008 à Toulon, de moraliser le capitalisme financier, d’en finir avec la spéculation, les bonus, les paradis fiscaux, etc. On entendit même M. Sarkozy dire qu’il voulait tordre le cou au capitalisme financier pour sauver le capitalisme, celui des entrepreneurs, acteurs de l’économie réelle. Il oubliait simplement de pointer la responsabilité des politiques qui avaient rendu possible ce système d’avidité, en déréglementant à tout va l’économie, et particulièrement la sphère financière.        <br />
              <br />
       On loua la réactivité du Président de la République qui, après le discours de Toulon, s’envola pour Washington afin de convaincre le Président Bush de créer et de réunir un G20. Des plans de refinancement de l’économie puis, face à la récession, des plans de relance massifs ont été mis en œuvre. Le contribuable, appelé à la rescousse, n’a pas rechigné. C’était le grand retour des Etats. Le Parlement a approuvé. Et c’est un fait que la liquidité bancaire a pu être préservée et la récession surmontée. Ce coup d’arrêt a un prix : une dette publique impressionnante s’est substituée à la dette privée. La Commission européenne a dû s’asseoir sur tous les dogmes libéraux proclamés par les traités européens. Elle a aussi approuvé, comme le rappelle notre rapporteur, M. Marini, des régimes d’aide au secteur financier à hauteur de 4 131 milliards d’euros. Adieu Maastricht ! A l’heure du sauve-qui-peut, l’urgence commandait. Rappelez-vous : c’était l’année dernière.
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     <br style="clear:both;"/>
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      <b>II – La montagne a accouché d’une souris.</b>       <br />
              <br />
       En 2010, une timide reprise s’esquisse. Après les mâles résolutions du sommet de Londres en 2009, le sommet de Toronto, un an plus tard, fait fiasco, sans que personne ne s’en émeuve vraiment. La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne n’ont pas réussi à faire accepter par les pays émergents l’idée d’une taxe spécifique au secteur financier. Les bonnes résolutions s’envolent, le capitalisme financier, un moment ébranlé, renaît de ses cendres. Les banques, au secours desquelles le contribuable a accouru, affichent à nouveau des taux de profitabilité record. Les bonus s’envolent à nouveau. Tout recommence comme avant, dans l’indifférence au coût réel de la crise, en termes de chômage et de pertes de production. Pis encore, ce sont les marchés financiers qui prennent les Etats en otages en jouant sur les écarts de dette, notamment au sein de la zone euro.        <br />
              <br />
       C’est à ce moment-là, c'est-à-dire aujourd’hui, que le Parlement se trouve saisi d’un projet de loi de régulation bancaire et financière qui transpose de nouveaux textes communautaires, crée un « Conseil de régulation financière et du risque systémique », ratifie l’ordonnance portant création d’une « Autorité de contrôle prudentiel », étend les pouvoirs de l’Autorité des marchés financiers, aménage certaines procédures du droit boursier et vise à financer plus efficacement l’économie, en particulier les PME, l’habitat, l’assurance-transport.       <br />
              <br />
       Certes, tout ce qui améliore la régulation de l’économie après vingt-cinq ans de déréglementation à tout va est bienvenu. Mais le renforcement de la régulation que le gouvernement propose au Parlement d’adopter est-il en mesure d’enrayer de nouvelles crises ? Les réglementations du type « Bâle II », non appliquées d’ailleurs aux Etats-Unis, ont échoué à prévenir la crise de 2008, et ce n’est pas s’avancer beaucoup que de prédire que les mesures de régulation que vous nous proposez, tout comme les mesures issues de « Bâle III » échoueront de la même manière, parce que ces réglementations se contentent d’agir à la marge du système sans en altérer les fondements.        <br />
              <br />
       Les mesures de régulation annoncées à grand fracas l’an dernier se révèlent dérisoires à l’examen : <span style="font-style:italic">La montagne a bien accouché d’une souris !</span>       <br />
              <br />
       -	C’est ainsi que la <span style="font-style:italic">restriction des ventes à découvert</span> se résume au raccourcissement de trois à deux jours du délai de livraison des titres.        <br />
       -	<span style="font-style:italic">Le seuil de déclenchement des OPA</span> est abaissé de 33 à 30 % alors qu’on attendait au moins 25 % et que M. Beffa, devant notre Commission de prospective, préconisait 20 % pour éviter les contrôles rampants.       <br />
       -	<span style="font-style:italic">Les projets d’interdiction des dérivés</span> de crédit sur dettes publiques se bornent à une simple extension des délités d’initiés et de manipulation des cours aux crédits dérivés. C’est dérisoire ! Quant aux pouvoirs de sanction accordés à l’AMF, ils s’exerceront par définition quand il sera trop tard. M. Jouyet, Président de l’AMF, a d’ailleurs avoué devant la Commission des Finances qu’il n’a pas les moyens de suivre en temps réel toutes les transactions. Il devient possible, selon lui, de donner deux cents instructions à la seconde sur un même titre avec une durée de validité de 25 microsecondes pour chaque ordre passé, 95 à 99 % de ces ordres n’étant pas exécutés. Et M. Jouyet de proposer des investissements technologiques pour être à même de poursuivre la surveillance des marchés. Ne serait-il pas moins coûteux de réglementer ou de taxer ces activités proliférantes pour en limiter l’exercice ? Madame la Ministre de l’Economie et des Finances, vous avez expliqué en Commission des Finances, en réponse à M. de Montesquiou, que « ces étranges animaux » que sont les CDS et les ventes à découvert ne sont pas en voie de disparition. Et vous ajoutiez de manière significative : « La créativité financière est-elle un mal en soi ? » C’est toute l’ambigüité de votre position qui la rend excessivement sensible aux pressions des lobbys financiers.       <br />
              <br />
       Il n’y a rien de sérieux sur les hedges funds et les paradis fiscaux Le système bancaire sous-marin – le « shadow banking system » a de beaux jours devant lui !       <br />
              <br />
       Toutes les propositions un peu fortes ont été rognées, rabotées, édulcorées. La profession bancaire, surprotégée par la collectivité, a bien défendu le pré carré de ses privilèges. Le crédit restera détourné de sa fonction première de financement de l’économie réelle au profit des actifs financiers et patrimoniaux. M. Jouyet, devant la Commission des Finances, s’est interrogé – je le cite – sur « la capacité du marché axé sur le court terme de financer les besoins à long terme dans les secteurs de l’énergie, de l’environnement, de l’éducation, de l’alimentaire, bases de la future croissance ». Ce ne sont pas les quelques mesurettes concernant Oseo, sans doute justifiées, ni les admonestations louables de M. Marini concernant la séquestration dans les bilans bancaires de plus de 4 milliards de fonds collectés au titre du livret A, qui mettront un terme à des pratiques déresponsabilisantes comme la titrisation, à l’origine de la crise des « subprimes ». Au contraire, les contraintes de solvabilité et de liquidité édictées par Bâle III conduiront à l’accentuation de ces transferts de risque. Le Président du nouveau Conseil international de la stabilité financière des Banques Centrales, M. Mario Draghi, a appelé, en mars dernier, à une relance de la titrisation. C’est pour le moins inquiétant !       <br />
              <br />
       Le guichet de la subvention réglementaire aux activités de marché reste donc ouvert. En effet, la pondération des prêts des banques aux entreprises devrait être beaucoup plus lourde dans Bâle III que la pondération des titres à l’actif des banques. Le résultat mécanique de cette différence de traitement sera <span style="font-style:italic">d’encourager la titrisation</span>.       <br />
              <br />
       Les nouvelles normes de Bâle III peuvent faire, un temps, illusion, mais elles ne seront complètement mises en œuvre qu’en 2019. D’ici là, le monde aura sans doute subi de nouvelles crises financières. Aussi bien le triplement des réserves de capitaux, que les banques devront constituer pour se prémunir contre des pertes éventuelles, risque d’être encore insuffisant, tant il est vrai, comme le déclare un éditorialiste du Financial Times, que « le fait de tripler presque rien ne change pas grand-chose au résultat ». Nous avons besoin d’un système bancaire moins hypertrophié, plus sûr, davantage orienté vers la satisfaction des besoins de l’économie réelle. Les règles dites Volker, qui allaient dans la bonne direction, répondaient structurellement aux risques de déviation en séparant les activités d’investissement et les activités bancaires. Ces mesures ont été affaiblies et édulcorées par la loi Dodd-Franck. Reste que les mesures Volker n’ont pas inspiré les timides essais de régulation initiés de ce côté-ci de l’Atlantique. Le Président du Conseil de stabilité financière, M. Mario Draghi, a déclaré lundi, à Paris, que les mesures de Bâle III « ne sont pas suffisantes – je le cite – pour gérer le « hasard moral » porté par les plus importantes institutions financières systémiques ». Le gouverneur Draghi s’est prononcé en faveur d’une surcharge en capital pour ces établissements - obligations convertibles par exemple –, qui viendraient renforcer leurs fonds propres. Les superviseurs eux-mêmes paraissent bien empêtrés dans leurs contradictions. M. Draghi insiste, en effet, sur la durée de la transition – 2019 – pour « ne pas handicaper la reprise ». Ces contradictions ne font que traduire l’hésitation à s’attaquer aux problèmes de fond, en séparant les activités commerciales des activités de salles de marchés et en encadrant plus fortement la titrisation et les produits dérivés. M. Jouyet a reconnu devant la Commission des Finances que « les Etats-Unis sont en avance pour l’organisation des marchés dérivés et les infrastructures de marché » et que par ailleurs « tout reste à faire sur les matières premières ». Mais il ne suffit pas pour cela d’attendre des directives de la Commission européenne. Le Parlement français doit fixer un cap, comme l’a très bien dit M. Marini. Il est nécessaire, Madame la Ministre, d’agir de manière coordonnée, des deux côtés de l’Atlantique pour « reréglementer » la sphère financière. Une prochaine crise en sera l’occasion.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – La source systémique des crises demeure.</b>       <br />
              <br />
       Certes l’émergence du concept de « risque systémique » peut permettre <span style="font-style:italic">un retour - dans les politiques publiques - aux problématiques macro-économiques</span> jusqu’ici négligées au bénéfice d’une simple régulation des acteurs. Celle-ci s’est avérée défaillante, car l’équilibre des marchés est un leurre. Le comité européen du risque systémique verra ses prérogatives limitées à un simple pouvoir de recommandation. C’est bien peu de choses au regard d’un gouvernement économique de la zone euro dont l’absence ne saurait être palliée par des sanctions automatiques en cas de déficit budgétaire. La France a eu raison de s’opposer à ces automatismes proposés par l’Allemagne et relayées par M. Trichet. C’est la négation même de l’appréciation politique.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>IV - La source systémique des crises repose en fait sur les déséquilibres macro-économiques qui n’ont pas été corrigés :</b> stagnation des salaires favorisant l’endettement, envol de la dette privée grâce à des politiques monétaires laxistes, gonflement des déficits et de la dette publics, creusement des déficits commerciaux américains, désordre monétaire international.        <br />
              <br />
       Les réponses esquissées ne sont pas à la hauteur des problèmes : les Etats-Unis cherchent à la fois à restaurer leur taux d’épargne et à diminuer leur déficit commercial, y compris en agitant la menace de mesures protectionnistes. La Chine déclare vouloir augmenter sa demande intérieure mais se refuse à toute réévaluation substantielle du yuan (cette réévaluation s’est bornée à un modeste 2 % depuis l’annonce faite, en juin dernier, par les autorités chinoises).       <br />
              <br />
       L’Europe est incapable de mettre en œuvre une stratégie de croissance coordonnée et de prendre ainsi sa part de la résorption des déséquilibres mondiaux. L’Allemagne, comme la Chine, exerce par ses excédents une pression déflationniste sur la conjoncture mondiale. A son instigation les institutions européennes, Commission, Banque centrale au premier chef, couvrent la mise en route de plans d’austérité dans tous les pays membres, au prétexte d’une dette publique qui, comparée à celle des autres (Etats-Unis, Japon), est loin d’être la plus lourde. La crise de l’euro était prévisible étant donné l’hétérogénéité économique de la zone euro et l’absence d’un gouvernement économique harmonisant l’ensemble des politiques. Les marchés financiers jouent sur les écarts de taux et la crise qui affectait la Grèce au printemps se polarisera demain sur d’autres pays. Le mécanisme européen de stabilisation financière creusera, le moment venu de sa mise en œuvre, les écarts de taux entre pays emprunteurs, France et Allemagne y compris.       <br />
              <br />
       Tout montre que dans le grand désordre des monnaies, l’euro est la variable d’ajustement. La Chine refuse de réévaluer son yuan. Les Etats-Unis laissent filer le dollar. C’est la politique du « benign neglect » : « le dollar est notre monnaie mais c’est votre problème ». Ainsi l’euro monte. Il a retrouvé, avec 1,36 dollar, sa parité d’avant la crise grecque. On nous assurait, il y a trois mois, que finalement la crise grecque avait eu du bon, en rapprochant le cours de l’euro de son cours initial.  La réalité se présente aujourd’hui tout autrement : l’euro est poussé vers le haut par la faiblesse du dollar. Les difficultés de l’économie américaine, le gonflement du chômage outre Atlantique, et la partie de bras de fer engagée entre la Chine et les Etats-Unis, au sein du G2, partenariat de rivaux, ne laissent nullement augurer une amélioration à moyen et long terme. Avec un euro à 1,50 dollar voire davantage, c’est toute la zone euro qui sera asphyxiée, sauf peut-être, provisoirement, l’Allemagne. Mais c’est l’euro lui-même qui risque d’être emporté par l’exaspération des contradictions qui se manifestent en son sein. L’intérêt de la France est de ne pas se laisser asphyxier par un euro trop cher.       <br />
              <br />
       Ainsi, la crise rebondit-elle, constamment. Les certitudes se défont, à peine formulées. Hier on saluait l’action des Etats. La solution semble aujourd’hui devenue problème. Hier on vantait les vertus protectrices de l’euro. Celui-ci, aujourd’hui, est devenu casse-tête.        <br />
              <br />
       Je ne comprends pas pourquoi, soi dit en passant, notre Commission des Finances propose de supprimer des demandes de rapport introduites par l’Assemblée Nationale, au prétexte qu’elles lui paraissent « peu utiles » (p. 53 du rapport de M. Marini). Ce sont des sujets pourtant bien intéressants : la possibilité d’interdire les ventes de CDS portant sur des dettes souveraines dans la zone euro, ou encore la possibilité d’interdire la vente à découvert par les filiales de fonds spéculatifs situées à l’étranger, ou enfin la possibilité de répercuter le coût de la crise sur les banques. Ces rapports pourraient ne pas être inutiles s’il y avait une volonté politique : celle de mettre de gros grains de sable – par exemple la taxation des mouvements financiers sur le marché des devises – dans les rouages d’un capitalisme financier devenu spéculatif. Mais cette volonté de fermer l’économie casino n’existe pas. Il faut demander des « plans pilotes » à nos banques en cas de faillite rapide et de nationalisations, temporaires ou non, comme le fait le Royaume Uni. La loi américaine inclut ces plans dans la loi. Selon mes informations, la Commission européenne voudrait avancer sur ce sujet. Pourquoi la France s’y oppose-t-elle ?       <br />
              <br />
       Une seule chose est sûre : Les mesurettes que nous proposent le G20, la BRI, le FMI, ou l’Europe à vingt-sept et que vise, partiellement et péniblement, à traduire ce projet de loi, ne nous permettront pas de dépasser l’horizon lourd de nuages d’un capitalisme financier qui se débat et se débattra encore comme un forcené, pour ne pas mourir.       <br />
              <br />
       Il est temps de le redire : les marchés financiers ne constituent pas l’horizon de l’humanité. Ce sont les peuples et les nations qui, en dernier ressort, écrivent l’histoire. On attend de la France qui présidera la G8 et le G20 cet automne qu’elle fasse des propositions qui, concertées avec l’Administration américaine, permettent aux Etats et donc à la démocratie de remettre au pas une finance aveugle.       <br />
              <br />
       L’intervention des Etats, si nécessaire soit-elle, n’y suffira d’ailleurs pas si elle n’est pas éclairée par la vision d’un autre modèle de développement et pour tout dire d’un autre modèle de société.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>La France à la reconquête de son destin (vidéo)</title>
   <updated>2010-07-03T18:18:00+02:00</updated>
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   <published>2010-07-02T12:18:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
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    <![CDATA[
Voici la vidéo du discours de clôture de Jean-Pierre Chevènement au Congrès du Mouvement Républicain et Citoyen, Paris, dimanche 27 juin 2010.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      Le texte de cette intervention est <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/La-France-a-la-reconquete-de-son-destin_a974.html">disponible ici</a>.       <br />
              <br />
       Vous pouvez également retrouver cette vidéo chapitrée en six parties sur <a class="link" href="http://www.youtube.com/user/jpchevenement#grid/user/438C315CBFB55FDC">YouTube</a>, <a class="link" href="http://www.dailymotion.com/playlist/x1cubo_jpchevenement_congres-mrc-2010">Dailymotion</a> et <a class="link" href="http://www.facebook.com/jpchevenement?v=app_2392950137">Facebook</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>La France à la reconquête de son destin</title>
   <updated>2010-07-02T12:21:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/La-France-a-la-reconquete-de-son-destin_a974.html</id>
   <category term="Grands textes" />
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   <published>2010-06-27T12:41:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Discours de clôture de Jean-Pierre Chevènement au Congrès du Mouvement Républicain et Citoyen, Paris, dimanche 27 juin 2010.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2190927-3054361.jpg?v=1476647029" alt="La France à la reconquête de son destin" title="La France à la reconquête de son destin" />
     </div>
     <div>
      Dans moins de deux ans d’ici, l’élection présidentielle qui est, dans le système politique français, l’élection primordiale, « la mère des batailles » en quelque sorte, nous donnera, si nous le voulons, l’occasion de peser pour redonner à notre pays, non pas un futur comme aujourd’hui, mais un avenir.       <br />
              <br />
       Le MRC est avant tout une ligne politique, indissociablement au service du monde du travail et au service de la France, continue dans la durée, à la fois cohérente et exigeante, ambitieuse enfin pour la République et pour la nation. Je vous parlerai de la crise qui est devant nous, des perspectives qu’elle offre à notre projet et enfin des moyens que nous avons de peser d’ici 2012 et après.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – La crise</b>       <br />
              <br />
       Elle est fondamentalement celle du capitalisme financier dont nous avons combattu la mise en place en France et en Europe, dès 1983. Elle est aussi la crise de la monnaie unique, celle de l’euro que nous avions prévue depuis la création de celui-ci en 1992 par le traité de Maastricht. Il n’y avait pas besoin d’être grand clerc pour deviner que l’abandon de la souveraineté monétaire à une Banque Centrale européenne indépendante, copiée sur le modèle allemand de la Bundesbank, conduirait à des tensions insupportables dans une Europe faite de nations diverses, aux structures économiques et aux cultures différentes, et aux politiques économiques souvent divergentes.       <br />
              <br />
       A ce pari fou sur une convergence économique improbable des nations dans la zone euro, nous avons dès le départ manifesté une opposition solidement argumentée, non pas contre l’Europe mais pour une Europe des peuples avec leurs nations et non pas sans elles, voire contre elles. L’heure des comptes est arrivée. L’arrogance de nos élites bien-pensantes perd déjà de sa superbe.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">(La vidéo intégrale du discours)</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      https://www.chevenement.fr/video/<object type="application/x-shockwave-flash" id="104896" data="http://www.chevenement.fr/v/34b1bb00f2c040992badafe7acaf022216d74942" width="432" height="243"><param name="movie" value="http://www.chevenement.fr/v/34b1bb00f2c040992badafe7acaf022216d74942"><param name="allowscriptaccess" value="always"><param name="allowfullscreen" value="true"><param name="quality" value="high" /></object>     </div>
     <div>
      1.	La crise du capitalisme financier est inséparable de la déréglementation néolibérale mise en oeuvre dans le monde anglo-saxon d’abord par Mme Thatcher et M. Reagan, en Europe ensuite en vertu des traités européens et particulièrement de l’Acte Unique de 1987. Au nom de la « concurrence », trois cents directives européennes ont interdit les politiques industrielles et cassé les services publics. La seule régulation admise était celle du capital dont la liberté de mouvement, y compris vis-à-vis des pays tiers, a été consacrée le 1er janvier 1990. Tout le pouvoir aux actionnaires !        <br />
              <br />
       Leurs exigences de rentabilité ont fini par commander tous les choix économiques. Les délocalisations industrielles s’ensuivirent. L’épargne française s’est envolée à l’étranger, les capitaux investis à l’extérieur passant de 80 milliards d’euros en 1982 à 880 milliards en 2006, soit onze fois plus. Les effectifs employés dans l’industrie française ont fondu dans le même temps de 6 millions à 3,5 millions. Une quasi stagnation industrielle a marqué les deux dernières décennies, installant notre pays dans un chômage de masse (10 %), frappant particulièrement les jeunes (20 %).       <br />
              <br />
       Le capitalisme financier à l’anglo-saxonne est entré, depuis 2007, dans une crise de longue durée. Il a vu son principe se retourner contre lui avec la crise des subprimes. L’Hyperpuissance américaine, qui soutient le capitalisme financier comme la clé de voûte la cathédrale, s’est enlisée militairement et financièrement. Obama solde les comptes de G.W .Bush.       <br />
              <br />
       Dès le 4 septembre 2001, <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Discours-de-Vincennes_a30.html">je vous avais dit à Vincennes</a> : « Les marchés financiers ne sont pas l’horizon de l’Humanité. Ce sont les nations et les peuples qui font la permanence de l’Histoire ». Nous y sommes. Notre motion d’orientation fait une large place à l’analyse de cette crise que nous avions vu venir depuis longtemps, et en particulier à la situation de l’Europe prise en étau dans les tenailles du G2, ou si vous préférez de la « Chinamérique », je veux dire l’alliance objective des Etats-Unis, dont la monnaie - le dollar - est aussi la monnaie mondiale, et de la Chine qui a bâti sa croissance, tirée par l’exportation, sur l’exploitation par les multinationales d’une immense armée de réserve industrielle dont la qualité est d’ailleurs indéniable.        <br />
              <br />
       Le centre de gravité du monde a glissé vers le Pacifique. L’Europe est devenue un continent périphérique. Le traité de Lisbonne a achevé de la réduire à l’impuissance, à travers un mécanisme décisionnel opaque et inopérant. Quel échec  tous égards pour les prophètes de Maastricht !       <br />
              <br />
              <br />
       2.	La crise de l’euro manifeste la fragilité pour ne pas dire l’absurdité d’une construction européenne fondée sur la négation des nations et de leur irréductible diversité. Les marchés financiers s’en prennent au maillon faible, c’est-à-dire aux Etats de la zone euro, à commencer par ceux qui sont les plus endettés. Il est loin le temps où le général de Gaulle déclarait « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ».       <br />
              <br />
       Invité à une émission de télévision, en février 2009, le Président de la République déclarait : « J’observe tous les jours l’évolution de ce qu’on appelle les « spreads », les primes de risque sur un certain nombre de pays. » Monnaie unique ou pas, la pression des marchés financiers recrée, non plus entre les monnaies mais entre les Etats, les tensions que reflétaient autrefois – avant 1999-, les parités monétaires affrontées à la spéculation. Quel désaveu pour cette monnaie unique, dès le départ mal pensée !       <br />
              <br />
       L’erreur initiale de la monnaie unique conçue à Maastricht et même avant, dès 1989, a été de faire comme si les nations n’existaient pas. La souveraineté monétaire de chaque pays a été transférée à une instance déconnectée du suffrage universel, la Banque Centrale Européenne indépendante, sans qu’ait été mis en place un gouvernement économique de la zone euro dont le rôle eût été de ne pas laisser se creuser les écarts de compétitivité entre les différents pays et d’ouvrir à tous un sentier de croissance partagé. Le mot « gouvernement économique » semble aujourd’hui accepté, y compris par Mme Merkel mais les interprétations divergent du tout au tout quant à son contenu.       <br />
              <br />
       Le Fonds européen de stabilisation financière, mis en place le 9 mai dernier, n’est pas un remède suffisant à la crise de l’euro. J’observe en effet que contre l’avis initial de la France, l’Allemagne a obtenu que chaque pays ne garantisse les futures levées d’argent qu’à hauteur de sa contribution au Fonds.       <br />
              <br />
       Le refus de la solidarité financière des Etats pour la mise en œuvre de plans de sauvetage éventuels est une grave faute. Un tel dispositif, en cas de crise grave, favorisera le creusement d’écarts de taux entre les différents pays. Bref, il aggravera la crise ! L’Europe navigue sur un volcan ! Ces Etats peuvent être acculés à la faillite par la pression des marchés. La responsabilité de tous ceux qui ont soutenu le traité de Maastricht et encore hier approuvé le traité de Lisbonne est engagée. « l’autocritique doit être partagée » entre le PS et l’UMP. Pour autant je ne pense pas qu’il faille faire la politique du pire en prenant par avance son parti du défaut possible de tel ou tel pays et de l’éclatement de la zone euro. La monnaie unique est devenue réalité. Elle a coûté beaucoup de sacrifices. Mais elle a eu aussi beaucoup d’inconvénients : un euro trop fort pénalise nos exportations et favorise les délocalisations industrielles. Certes, là où la BCE avait échoué : obtenir une parité un peu plus réaliste, la crise actuelle a provisoirement réussi mais la méthode n’est pas satisfaisante ! Elle est même franchement insuffisante. Nous sommes partisan de défendre la zone euro dans son intégrité mais en changeant les règles du jeu, en introduisant par exemple la croissance et l’emploi parmi les objectifs de la BCE. Le modèle américain, quoi ! Or, un concours de plans de rigueur s’organise dans toute la zone euro sous la pression des marchés financiers et à l’initiative de Mme Merkel. Il est sans doute nécessaire de responsabiliser les Etats. Solidarité de l’Europe et responsabilité des Etats sont deux principes qui doivent aller de pair.       <br />
              <br />
       Mais on ne peut raisonnablement demander à la Grèce de réduire son déficit de 13,6 % de son PIB en 2009 à 3 % d’ici à 2013. L’Irlande a de même un déficit de 13,4 %, le Portugal de 9,4 %, l’Espagne de 11,2 %. La purge imposée à ces pays, blocage voire diminution des salaires et des retraites à la clé, n’a aucune chance de réussir en si peu de temps.       <br />
              <br />
       En France, les engagements pris – réduire de 100 milliards notre déficit budgétaire d’ici 2013 - risquent de casser la reprise. Il eût fallu distinguer la bonne dette et la mauvaise : la bonne qui prépare l’avenir à travers l’investissement, et la mauvaise qui couvre les frais de fonctionnement et qu’il faut effectivement supprimer. Mais tout cela ne peut se faire sur le dos du monde du travail. Une réforme fiscale de grande ampleur s’impose. On ne peut pas non plus, pour équilibrer nos régimes de retraites mais aussi pour calmer les marchés financiers, remettre en cause la conquête essentielle qu’a été pour la classe ouvrière la retraite à soixante ans. L’espérance de vie pour les ouvriers est de sept ans inférieure à la moyenne. Nous demandons que pour les ouvriers de l’industrie, l’âge de départ à la retraite soit maintenu à soixante ans. Ce sera une bonne manière de revaloriser à la fois le travail et l’industrie.       <br />
              <br />
       Joseph Stiglitz l’a dit clairement « Si l’Union européenne continue dans la voie d’un plan coordonné d’austérité, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années trente, que ce n’est pas ce qu’il faut faire ! ». Le pronostic de Joseph Stiglitz pour la monnaie unique est pessimiste. Je le cite « Pour Athènes, Madrid ou Lisbonne se posera sérieusement la question de savoir s’ils ont intérêt à poursuivre le plan d’austérité imposé par le FMI et par Bruxelles, ou au contraire, à redevenir maîtres de leur politique monétaire. » Le Président de la BCE a déclaré qu’il n’avait pas de plan B. Est-ce prudent ? Je ne le crois pas. Il faut préparer un plan B. Il n’est pas nécessaire de le dire. Mais il faut le faire.       <br />
              <br />
       Nicolas Sarkozy a fait malheureusement à Mme Merkel deux concessions majeures en acceptant :       <br />
              <br />
       -	que le droit de vote d’un pays au sein du Conseil européen puisse être suspendu pour laxisme, en contravention avec les traités existants ;        <br />
       -	que la coordination économique et budgétaire s’opère au niveau de l’Union à vingt-sept, et pas au niveau des seize pays qui ont adopté la monnaie unique où se pose justement ce problème, les onze autres pays qui ont gardé leur monnaie pouvant procéder à des ajustements monétaires.       <br />
              <br />
       Même suivisme pour constitutionnaliser l’interdiction du déficit budgétaire. Cette reculade est inquiétante. M. Trichet a proposé un « fédéralisme budgétaire » qui priverait les Parlements nationaux de leur prérogative essentielle : le vote du budget de la nation. Ce n’est pas ainsi qu’on remédiera au déficit démocratique des institutions européennes.       <br />
              <br />
       Nous ne saurions accepter l’idée d’un visa préalable de la Commission européenne sur les budgets nationaux. C’est le Parlement qui vote le budget et personne d’autre. Monsieur Trichet sort de son rôle quand il parle de « fédéralisme budgétaire ». Ce discours ne peut avoir qu’un sens : soustraire à la délibération des Parlements l’élaboration des budgets. C’est une remise en cause fondamentale de la démocratie. Parler de fédéralisme relève de l’intoxication.        <br />
              <br />
       Celui-ci est impraticable : le budget européen dépasse à peine 1 % du PIB européen. Le taux moyen des prélèvements obligatoires en Europe est d’environ 40 %. Le mot « fédéralisme » dissimule en réalité la volonté de priver les peuples de toute possibilité d’expression et d’influence politique.       <br />
              <br />
       Ce qui serait raisonnable ce serait un processus itératif : le Conseil européen approuverait un cadre général de prévisions macroéconomiques, éventuellement ventilé par pays. Il reviendrait aux Parlements nationaux de délibérer et d’établir une programmation, d’ailleurs révisable, des recettes et des dépenses. En cas de désaccord, le Conseil européen chercherait à dégager un compromis, à charge par le gouvernement concerné de le faire ratifier par son Parlement. Il s’agirait donc d’un document de programmation concernant l’évolution de l’économie dans son ensemble aussi bien que celle des Finances publiques. Les parlements continueraient, dans ce cadre, à voter le budget.       <br />
              <br />
       Le gouvernement allemand devrait être incité à infléchir sa politique en relâchant la pression qu’il exerce notamment sur l’évolution des normes salariales. Sans doute est-ce là d’abord l’affaire du patronat et des syndicats. Mais dans le passé le gouvernement allemand n’a-t-il pas impulsé des plans comme l’Agenda 2010 ou les différents plans Harz, du nom du conseiller économique de M. Schröder ?       <br />
              <br />
       De même, la BCE devrait-elle être encouragée à ouvrir davantage le robinet monétaire, en prenant en pension, en cas de besoin manifeste et comme elle l’a déjà fait occasionnellement pour les titres de l’Etat grec, les titres d’emprunt d’Etat de façon à stopper la spéculation. Il y a là un vrai mécanisme de solidarité européenne défensive. Sur ce sujet, il est important qu’un accord intervienne entre la France et l’Allemagne avant le remplacement de M. Trichet à la tête de la BCE. M. Axel Weber, président de la Bundesbank, s’il est nommé à la place, doit l’être sur la base d’un contrat. La cohésion franco-allemande est sans doute nécessaire, mais elle ne saurait se confondre avec l’alignement !       <br />
              <br />
       On ne peut que regretter rétrospectivement le projet de monnaie commune soutenu en 1990 par la Grande-Bretagne, dit encore « hard écu », la monnaie commune ayant cours vers l’extérieur et laissant subsister, à l’intérieur, des monnaies nationales inconvertibles autrement qu’à travers un accord politique fixant leur parité par rapport à la monnaie commune. Ce système simple permettait, sous un « toit européen » commun, les ajustements monétaires rendus nécessaires par les évolutions divergentes que le pacte de stabilité de 1997, rudimentaire et arbitraire, n’a pas permis d’empêcher et qu’on ne pourra jamais empêcher, car ils sont enracinés dans les comportements nationaux façonnés par des siècles d’Histoire.       <br />
              <br />
              <br />
       La situation st aujourd’hui gravissime. Après la Grèce, ce peut être le tour d’un grand pays comme l’Espagne et ensuite le détricotage de toute la zone euro. Nous devons nous préparer à toutes les hypothèses en nous efforçant d’approfondir le dialogue avec l’Allemagne et d’élaborer des positions communes, y compris des scénarios alternatifs.        <br />
              <br />
       Nous savons ce que nous ne voulons pas : il ne serait pas réaliste et même franchement contraire à l’intérêt national de vouloir redécouper la zone euro pour en exclure les pays autrefois désignés comme « pays du club Med ». La France ne pourrait pas accepter une union monétaire à cinq ou six avec l’Allemagne et le Benelux. Ce qui reste de notre industrie n’y résisterait pas. Ce serait inacceptable pour l’idée que nous nous faisons de l’Europe. Nous devrons le faire savoir à nos amis allemands. La zone euro doit être défendue dans ses limites actuelles. Il serait inacceptable de revenir à la conception d’un noyau dur à cinq (Allemagne-Benelux-France) tel que proposé en 1994.        <br />
              <br />
       Pouvons-nous faire confiance aux milieux dirigeants français, toutes tendances confondues, pour manifester une telle volonté ? Non, nous ne le pouvons pas ! Ils ont trop investi sur l’Europe de Maastricht et sur la monnaie unique. Leur orgueil nourrit leur aveuglement. Nos élites, comme dans les années trente, manquent de confiance en la France. Voilà pourquoi nous devons peser. Ici et maintenant !        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Notre projet</b>       <br />
              <br />
       Notre projet est clairement de refaire de la France un grand pays industriel et technologique. Pour cela nous n’avons aucune confiance dans ceux qui nous ont fourvoyés.  Combien d’emplois ont créés en France depuis dix ans les entreprises du CAC40 ? A ma connaissance, aucun. Elles se développent à l’étranger. Nos dirigeants manifestent tous les jours à quel point ils ne croient pas en l’avenir de la France. Et nous, nous voulons rendre confiance à la France et à sa jeunesse. Nous voulons rendre à la France une éthique républicaine exigeante, et avec elle sa fierté et son ambition.       <br />
              <br />
       C’est possible ! Nos atouts restent immenses et d’abord dans la formation, la recherche, l’innovation, et ensuite dans notre épargne, l’une des plus élevées du monde ! Ce qui manque c’est la volonté de créer un cadre propice à la valorisation des atouts de la France. Notre mot d’ordre est le même qu’en 1981 : d’abord l’emploi !       <br />
              <br />
       Nous disons non à la dictature de l’Argent ! Non à « l’acquisition de la valeur par l’actionnaire », comme disent nos financiers. Nous voulons faire la Révolution. Au sens étymologique du terme : remettre les choses à l’endroit. Faire passer le souci de l’Homme avant celui de la Finance.        <br />
              <br />
       Ce n’est pas si difficile que cela :       <br />
              <br />
       -	Il nous faut d’abord une monnaie qui n’écrase pas notre compétitivité.       <br />
       -	Et nous devons imaginer et mettre en œuvre un contrôle public du crédit, afin de soustraire le développement de nos entreprises à la dictature du court terme et à la myopie de nos élites financières.       <br />
              <br />
       Voilà le projet de salut public qui éclaire nos quarante propositions.       <br />
              <br />
       Nous voulons une autre Europe, fondée sur la démocratie qui vit dans les nations. Nous voulons une ligue de peuples étendue jusqu’à la Russie. Nous devons organiser la « résilience » de l’Europe. Certes, les temps où l’Europe dominait le monde sont définitivement derrière nous. Nous nous réjouissons du développement légitime de grands pays milliardaires en hommes. Mais pas au prix de la destruction de notre industrie, de notre modèle social et de notre avenir !       <br />
              <br />
       Je suis persuadé qu’un projet commun peut réunir Paris et Berlin vers la Russie d’une part, vers la Méditerranée et l’Afrique d’autre part. Et ce projet européen peut associer Rome, Madrid, Varsovie, et d’ailleurs toutes les autres capitales européennes. C’est de la « résilience » de l’Europe qu’il s’agit, bref de la survie d’un ensemble de nations libres, démocratiques et que nous voulons maintenir prospères. Oui le moment approche où il faudra repenser ce que le mot « Europe » veut dire !       <br />
              <br />
       Il faut faire bouger les lignes. Que le vrai débat s’ouvre. Nos élites ne comprennent qu’un langage : celui des rapports de forces. Nous sommes seuls ? Mais ouvrons les yeux : en Europe, les peuples n’acceptent pas la purge. Les Etats-Unis d’Obama non plus, qui ont besoin d’une locomotive européenne pour les aider à combler leurs déficits.        <br />
              <br />
       Regardons le calendrier : après 2012 en France, il y a en Allemagne 2013, l’échéance des élections générales ! Or, la gauche allemande reprend du poil de la bête, même si ses divisions entre le SPD, die Linke et les Verts constituent pour elle un handicap historique. Une France progressiste pourrait l’aider à surmonter ce handicap. Parions que de toute façon les évènements feront bouger les mentalités chez notre grand voisin. À condition que la France se tienne et qu’elle joue son rôle, celui de la nation forte qu’elle a été et qu’elle doit redevenir !       <br />
              <br />
       Je ne m’étends pas davantage sur notre projet : Il est de rendre la France exemplaire !       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Comment peser ?</b>       <br />
              <br />
       1. Comment d'abord mettre la France à la hauteur des formidables défis qui sont devant nous ?        <br />
              <br />
       Je ne dirai que peu de mots de Nicolas Sarkozy. Sa fonction n’est pas en cause. Il a été élu démocratiquement Président de la République. Mais c’est son projet, libéral, européiste et atlantiste que nous combattons. Il ne met pas la France sur la bonne pente. Nicolas Sarkozy peut être battu, mais il n’y a pas aujourd’hui d’alternative politiquement et intellectuellement construite : Le Parti socialiste reste prisonnier d’une vision libérale et européiste dépassée. Comme hier avec les Verts, au sein de la « gauche plurielle », l’alliance avec Europe Ecologie pose problème. Certes, sur divers sujets de société ou même de politique extérieure, et sur les questions environnementales, nous pouvons trouver des convergences ou des compromis avec cette formation, mais sa thématique (décroissance, sortie du nucléaire, rejet de la philosophie des Lumières, au nom de la contestation du « progrès »), tourne trop souvent le dos aux orientations d’une politique de salut public.       <br />
              <br />
       Comment, dans ces conditions, substituer une régulation politique à la dictature des marchés financiers, sinon en se tournant vers le peuple lui-même ? C’est tout simplement notre devoir, car il faut que notre peuple soit à nouveau rendu maître de son avenir.       <br />
              <br />
       2. Nous devons donc remédier à l’insuffisance de l’offre politique.        <br />
              <br />
       Non que les hommes ou les femmes qui prétendent à concourir soient médiocres.        <br />
              <br />
       Nicolas Sarkozy a des défauts, mais il a aussi d’incontestables qualités, d’habileté et de pragmatisme. Cela ne suffit pas. Dominique de Villepin a beaucoup de qualités, mais il a aussi quelques défauts, par exemple d’avoir gardé sa carte à l’UMP.       <br />
              <br />
       Pouvons-nous nous tourner en confiance vers le PS ? Martine Aubry est une femme énergique. Elle donne le sentiment de savoir où elle va mais si son projet rencontrait le nôtre, elle ne nous marcherait pas sur les pieds tous les jours.        <br />
              <br />
       Je ne reviendrai pas sur les régionales où neuf de nos candidats, placés en position éligible et inamovible, aux termes mêmes de l’accord dûment paraphé par Martine et par moi-même, ont été purement et simplement éjectés entre les deux tours.        <br />
              <br />
       Je ne dirai rien sur les élections européennes où les conversations engagées ont tourné court, du fait du PS.        <br />
              <br />
       Je ne dirai rien sur les municipales où quand nous sommes en position forte, comme à Belfort, nous devons affronter une liste socialiste au premier tour. Encore, avec 13 % se désiste-t-elle au second tour pour la liste conduite par Etienne Butzbach qui l’avait nettement devancée au premier avec 33 % des voix.       <br />
              <br />
       Rien de tel aux sénatoriales, où le Président du Conseil général socialiste se maintient contre moi au deuxième tour bien que je l’aie devancé au premier. Cela ne m’a d’ailleurs pas empêché d’être élu contre le candidat de l’UMP, ce qui est normal, et contre celui du PS, ce qui ne l’est pas du tout.        <br />
              <br />
       Bref, le Parti socialiste ne nous tolère que lorsque cela lui est utile ou qu’il y est contraint. Autrement, il nous écrase. Il ne reconnaît pas la légitimité du débat qui nous oppose à lui sur maints sujets. Il est incapable d’une autocritique sérieuse, sur Maastricht par exemple ou sur 2002 où il nous transforme en bouc émissaire commode pour ne pas avoir à remettre en cause la ligne politique qui l’a conduit à la défaite. Il délaisse le social pour le sociétal et au point où il est parvenu, il transformerait volontiers la gauche en organisation caritative.       <br />
              <br />
       Dominique Strauss-Kahn, a de remarquables facilités intellectuelles. Comme Martine Aubry, je le connais bien. Nous avons eu longtemps des relations sympathiques. Sauf sur la politique industrielle, sur l’Europe dont, dans un rapport remis à Romano Prodi en 2004, il voulait faire une nation, thèse peu sérieuse pour un candidat potentiel à la Présidence de la République française, sauf enfin sur les plans de rigueur qu’il administre à la tête du FMI. Au sein de celui-ci, les Etats-Unis disposent d’une minorité de blocage. Etait-il si prudent de les introduire dans la bergerie européenne ? Et de mettre d’éventuels plans de sauvetage de l’euro sous tutelle américaine ?        <br />
              <br />
       Ségolène Royal est courageuse. Sa personnalité est charismatique. Elle n’a malheureusement pas respecté jusqu’au bout l’accord politique qui la liait à nous.        <br />
              <br />
       François Hollande est talentueux. C’est le meilleur orateur chez les socialistes. J’ajoute, à titre personnel, qu’il est très sympathique. Mais sur l’essentiel, ces quatre-là pensent la même chose. Ce sont des sociaux-libéraux. Ils ne voient rien, au-delà de l’horizon des marchés financiers. C’est embêtant.        <br />
              <br />
       Je ne dirai rien du Parti communiste et du Parti de gauche. Il faut d’abord qu’ils s’entendent sur la procédure.       <br />
              <br />
       3. Nous avions un moment envisagé, avec circonspection mais esprit d’ouverture, des primaires de toute la gauche. Elles n’auraient été possibles que sur la base d’un dessein à peu près partagé. Sinon le désistement n’aurait eu que le sens d’un ralliement. En sommes-nous là aujourd’hui ? Certainement pas. Il faut donc faire bouger les lignes !       <br />
              <br />
       Par ailleurs, il faudrait bien sûr un accord sur l’organisation de ces primaires. Mais les dirigeants du PS n’ont-ils pas commencé à vider eux-mêmes ces « primaires » de leur substance en passant par avance des pactes de désistement ? Pacte de Marrakech entre Dominique Strauss Kahn et Martine Aubry … Pacte du Boulevard Raspail où se sont rencontrées Ségolène Royal et Martine Aubry … François Hollande lui-même exprime sa crainte de passer pour un « diviseur » s’il se présente à ces primaires ! Bonjour l’ambiance !       <br />
              <br />
       Bref, les choses de ce côté là ne sont pas mûres … Il faudrait que sur tous les sujets de fond s’engage un débat fracassant !  Sinon ces primaires risquent de se résumer à une campagne médiatique arbitrée par les sondages.       <br />
              <br />
       Pouvons-nous changer la donne ?       <br />
              <br />
       4. Devant tant d’incertitudes, nous devons prendre nos résolutions.  Pour faire bouger les lignes et engager un débat sur le fond, le MRC doit se préparer à présenter un candidat républicain – je cite notre motion d’orientation. C’est la seule manière de faire que 2012 soit le début de la reconquête par la France de son destin.       <br />
              <br />
       La tâche est infiniment rude car la gravité de la situation financière va très vite mettre le salut public à l’ordre du jour. Ce n’est pas seulement une candidature républicaine qui fera bouger les lignes. Ce seront les évènements eux-mêmes. Pour préparer l’avenir d’une Europe des peuples, avec en son cœur une compréhension franco-allemande renforcée, il faut une France forte et une France capable de raisonner mondial. La crise du capitalisme financier mondialisé implique en effet une réponse mondiale. Notre meilleur allié aujourd’hui s’appelle Obama. Car le Président américain doit résorber les énormes déficits de la balance commerciale (700 milliards de dollars) et du budget général américain (12 % du PIB !).       <br />
              <br />
       Il ne le peut qu’à travers une croissance forte, non seulement aux Etats-Unis mais dans le reste du monde. Il doit pouvoir compter sur une France  capable de jouer son rôle de contrepoids en Europe, dans l’intérêt de l’Europe et de l’Allemagne elle-même. Car celle-ci réalise 60 % de son excédent commercial sur la zone euro. L’Allemagne aussi a ses problèmes. Elle connaît notamment une précarité grandissante. Une relance de la demande intérieure, y compris par la voie salariale, peut ranimer la croissance allemande. Bref un compromis européen est nécessaire à tous égards, y compris pour aider les Etats-Unis à surmonter leur crise.       <br />
              <br />
       Voilà le discours que devrait tenir un candidat républicain, animé d’une vision qui réponde à l’intérêt national mais plus largement encore à l’intérêt de l’Humanité tout entière dans cette période historique dangereuse où la guerre peut, comme dans toutes les périodes de crise, à tout moment, surgir à l’horizon.       <br />
              <br />
       5. Qui peut nous inspirer confiance dans ces circonstances difficiles ? Objectivement, il n’y a pas beaucoup d’hommes d’Etat à l’horizon. Certes on ne naît pas homme d’Etat. On le devient. Je suggère que nous ne prenions pas aujourd’hui de décision précipitée sur la personne du candidat républicain dont la France a besoin et que nous soutiendrons. Un candidat à la Présidence de la République peut être soutenu par un parti. Mais il ne peut être le candidat d’un parti. Pour ma part, vous le savez, je n’ai jamais été tenaillé depuis l’adolescence par l’envie rentrée de devenir Président de la République. Je n’ai pas calibré ma carrière en conséquence.       <br />
              <br />
       Je me suis borné à une fonction d’instituteur républicain, en quelque sorte, au sens étymologique du terme. Si je me suis résolu à être candidat en 2002, c’est pour témoigner d’une vision républicaine qui n’était portée par aucun autre. Je ne retire rien des vues que j’ai exprimées qui n’avaient en général que le défaut d’être prémonitoires. Sur l’Europe par exemple.       <br />
              <br />
       Je récuse évidemment le procès imbécile qui m’a été fait d’avoir fait perdre le candidat socialiste. Si 11 % des ouvriers seulement ont voté pour lui, ce n’est quand même pas la faute de Chevènement. Trêve donc de balivernes ! En démocratie il est légitime de porter le débat devant l’électeur.       <br />
              <br />
       Aujourd’hui, je ne veux rien exclure. Certes, je ne suis plus jeune. Mais l’expérience est irremplaçable. Depuis quarante ans, depuis le Congrès d’Epinay, j’ai vu qui était qui, qui faisait quoi. J’ai compris beaucoup de choses. Et je ne suis animé que par le souci de servir mon pays. J’observe qu’en 1917, Clemenceau avait soixante-dix-sept ans. Quelle leçon d’énergie il a laissée ! Celle-ci serait aujourd’hui bien nécessaire !       <br />
              <br />
       6. Quel profil d’ailleurs doit avoir un Président de la République par les temps qui courent ?       <br />
              <br />
       La hauteur de vues, c’est le principal.       <br />
       La volonté ensuite de rétablir dans l’Etat une stricte déontologie républicaine.        <br />
       Le souci enfin d’aller à l’essentiel, en laissant le Premier ministre gouverner et recevoir, par exemple, Thierry Henry.       <br />
              <br />
       Bref, du grand classique ! En outre, le souci de rassembler largement, sans sectarisme  et sans démagogie, car le Président de la République doit être « l’Homme de la Nation » et pas celui d’un parti. C’est ce qui est embêtant aujourd’hui : les institutions de la Vème République n’étaient pas faites pour être ainsi confisquées par deux partis. Il faudrait donner un peu d’air à tout cela ! Voilà pour le profil du candidat.       <br />
              <br />
       7. Le moment est-il venu de décider ? Chacun comprendra qu’il faut créer d’abord un espace politique. C’est là votre mission. Pour ma part, je porterai dans le pays le message de la République à chaque occasion       <br />
              <br />
       Comment créer cet espace politique ? Je ne vois qu’un moyen : convaincre nos concitoyens que ceux qui les ont fourvoyés depuis Maastricht, et même avant et jusqu’à Lisbonne en 2008, ne sont pas les mieux placés pour solliciter leur confiance. Faites donc entendre le langage de la vérité ! Vous le connaissez ! Faites connaître nos analyses et notre projet. Sachez que pour ma part, je suis disponible !  Alors, vous verrez, d'ici un an, vous ferez bouger les lignes. C’est ainsi que vous ferez revivre la République, que vous aiderez au grand retour de la France et que vous ouvrirez non pas un misérable futur, mais un bel avenir à notre jeunesse. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/La-France-a-la-reconquete-de-son-destin_a974.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>De beaux combats en perspective</title>
   <updated>2010-03-07T11:18:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/De-beaux-combats-en-perspective_a926.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1925811-2644624.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2010-03-06T09:55:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Edito de Jean-Pierre Chevènement à Citoyens Militants, le bulletin du Mouvement Républicain et Citoyen, mars 2010.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1925811-2644624.jpg?v=1289480096" alt="De beaux combats en perspective" title="De beaux combats en perspective" />
     </div>
     <div>
      La crise du capitalisme financier a franchi en Europe une nouvelle étape. Après que les Etats ont renfloué les banques privées défaillantes, il est apparu bien vite qu’ils ne pourraient pas recommencer une deuxième fois. Le gonflement de la dette publique est devenu tel que la solvabilité des Etats est mise en question par les marchés financiers. Ceux-ci ont commencé une danse du scalp frénétique autour des émissions de dette publique par les Etats considérés comme étant les plus endettés. Ces derniers ne peuvent déjà plus emprunter qu’à des taux doubles (6 % au lieu de 3 %) de ceux des bons allemands à dix ans (l’Allemagne étant toujours considérée comme la référence, car, avec sa politique de déflation salariale et budgétaire, elle a réussi à dégager un fort excédent commercial (138 Milliards d’euros encore en 2009) et même de contenir son déficit budgétaire (cinq points du PIB au lieu de 8 % pour la France, 12 % pour la Grèce ... et les Etats-Unis).       <br />
              <br />
       Evidemment ce jeu est absurde : les marchés financiers spéculent comme c’est leur nature, mais leur spéculation vise à encourager la tribu des « doctrinaires vertueux » qui appellent de partout à lutter contre les déficits, à stopper le gonflement de la dette, etc. pour, enfin, <span style="font-style:italic">« rentrer dans les clous de Maastricht »</span>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      M. Woerth, en France, a réclamé 50 Milliards d’économies budgétaires d’ici 2013. Les plans de rigueur s’annoncent partout et pas seulement à Athènes, Lisbonne ou Madrid.       <br />
       C’est une deuxième étape de la crise qui est devant nous. La danse du scalp des marchés financiers n’est pas sans évoquer le bal des sorcières : dans un monde revenu au Moyen-âge, les Etats sont considérés par les marchés financiers comme des faillis en puissance. Les marchés n’oublient qu’une chose : derrière les Etats, il y a les peuples. Ils veulent rayer trois siècles de luttes ! Ils veulent revenir sur la démocratie !       <br />
              <br />
       Des gouvernements « socialistes », comme celui de George Papandreou en Grèce, ou Luis Zapatero en Espagne, peuvent bien se prêter aux exercices de rigueur qu’on leur demande, ils vont bientôt se trouver coincés entre la pression des marchés et la pression des peuples.       <br />
              <br />
       Il va falloir maintenant proposer des choses sérieuses : remettre en cause les choix de politique monétaire et budgétaire que l’Allemagne impose au reste de l’Europe. C’est cela que j’appelle « un gouvernement économique de la zone euro », c’est-à-dire d’abord une politique de change qui passe par une réforme des statuts de la BCE (emploi, croissance et pas seulement lutte contre l’inflation). Il faut faire tomber le cours de l’euro. La Grèce nous y aide. Pas assez !       <br />
              <br />
       Ensuite il faut sortir la zone euro de sa langueur économique. Chacun le sait : elle est la lanterne rouge de la croissance mondiale. Un « grand emprunt » européen permettrait de lancer un programme de relance sur le modèle chinois.       <br />
              <br />
       A la crise actuelle il n’y a évidemment de solution que mondiale : La Chine seule n’arrivera pas à prendre le relais du consommateur américain défaillant. Quant à l’objectif avancé par Barack Obama - doubler le montant des exportations américaines -, il est simplement irréaliste. Pour sortir de cette crise immense qui est devant nous, il faudra remettre en cause les sacro-saintes règles du capitalisme financier globalisé :       <br />
       - le libre-échangisme déséquilibré d’abord ;       <br />
       - l’anarchie monétaire qui fait de l’euro le paillasson du dollar et du yuan (sans parler de la livre britannique qui a « dévissé » de 40 %. Si ce n’est pas du protectionnisme monétaire, qu’est-ce que c’est ?)       <br />
       Il faudra surtout remettre au pas le système financier et les oligarchies financières, re-réglementer les banques, reprendre le contrôle politique des banques centrales.       <br />
              <br />
       En Europe il ne s’agit pas de <span style="font-style:italic">« revenir à Maastricht »</span> comme le serinent des dirigeants myopes, il s’agit :        <br />
       - soit de revoir de fond en comble toutes les règles de gouvernance de l’euro et de la politique économique au sein de la zone euro en s’appuyant sur la volonté des Etats de remettre les oligarchies financières à leur place : subordonnée;        <br />
       - soit, si cela s’avère impossible, de prendre en France des mesures de salut public, en s’affranchissant de règles dont chacun peut constater qu’elles sont devenues caduques, bref de rétablir la République ! C’est l’enjeu de 2012 en France.       <br />
              <br />
       Il y a de beaux combats en perspective .
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/De-beaux-combats-en-perspective_a926.html" />
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  <entry>
   <title>Seule la lutte politique ouvrira un nouveau chemin</title>
   <updated>2009-10-12T21:33:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Seule-la-lutte-politique-ouvrira-un-nouveau-chemin_a858.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1638364-2205328.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-10-12T18:20:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Edito de Jean-Pierre Chevènement à Citoyens Militants, le bulletin d'informations du Mouvement Républicain et Citoyen, octobre 2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1638364-2205328.jpg?v=1289480081" alt="Seule la lutte politique ouvrira un nouveau chemin" title="Seule la lutte politique ouvrira un nouveau chemin" />
     </div>
     <div>
      La crise du capitalisme financier mondialisé ne sera pas réglée par les décisions timorées prises au sommet de Pittsburgh. Les déséquilibres économiques majeurs au niveau de l’épargne ou du commerce extérieur n’ont pas été corrigés, mais accrus par les plans de relance, notamment américains.       <br />
              <br />
       Le système monétaire international fondé sur la prééminence du dollar ne subsiste qu’avec l’aval de la Chine. Les boniments sur la « moralisation » du capitalisme ont fait long feu. Ce qu’on appelle « la crise » manifeste la contradiction entre le capital financier et les intérêts généraux de l’Humanité. Tant que le capital financier régnera en maître, nous ne serons pas tirés d’affaire !       <br />
              <br />
       Des réformes profondes s’imposeront dans les années venir :        <br />
       - pour réformer la fiscalité et relancer l’idée d’une « politique des revenus » ;       <br />
       - pour mettre en œuvre des politiques industrielles cohérentes ;       <br />
       - pour relancer les économies sur la base d’un nouveau modèle de croissance à l’échelle mondiale ;       <br />
       - pour réformer le système monétaire international ;       <br />
       - pour créer les conditions d’une concurrence équitable dans le commerce international.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La France, nation politique, peut beaucoup pour inspirer cette « sortie de crise ». Encore faut-il couper le cou aux idées fausses, comme l’idée de « décroissance » propagée par les Verts. Croissance écologique oui, décroissance non. Les besoins de l’Humanité sont immenses et les ressources de l’esprit humain sont immenses.        <br />
              <br />
       Maintenir la gauche sur ses fondamentaux républicains, c’est-à-dire sur une approche rationnelle de la politique et des phénomènes sociaux, cette tâche incombe particulièrement au MRC, alors que se mettent en place, peu à peu, les conditions que nous appelions de nos vœux, pour que s’organisent enfin des « Assises de la gauche », étape indispensable dans la voie d’une refondation républicaine. Le combat sera rude, car la tentation de fuir dans un prophétisme obscurantiste guette la gauche, non seulement en France, mais dans toute l’Europe. Perdre nos repères républicains serait faire le jeu de nos adversaires.       <br />
              <br />
       Les maîtres de la Finance, après avoir été renfloués, entendent bien que tout continue comme avant. La refondation d’une gauche digne de ce nom se fera dans l’action. Une action fidèle aux deux valeurs cardinales qui ont toujours sous-tendu notre entreprise : la volonté de raison et la lutte pour l’égalité réelle des droits, permettant à chacun d’épanouir toutes ses capacités. La crise du capitalisme financier globalisé nous jette un défi sans précédent : notre but est de substituer à « la logique des marchés », celle des maîtres de la finance, une autre logique, celle de la démocratie appuyée sur la volonté des peuples, tant il est vrai que l’Histoire ne se fait pas sur les marchés financiers, mais toujours, en dernier ressort, sur le terrain des luttes politiques.       <br />
              <br />
       A nous donc de les impulser pour sortir la gauche française et la gauche européenne de leur coma !        <br />
              <br />
       Le MRC peut être et sera, si nous le voulons, l’étincelle de ce renouveau.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Seule-la-lutte-politique-ouvrira-un-nouveau-chemin_a858.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Jean-Pierre Chevènement invité de France Info dimanche 6 septembre à 18h15</title>
   <updated>2009-09-09T00:52:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-invite-de-France-Info-dimanche-6-septembre-a-18h15_a844.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1571456-2104241.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-09-06T22:20:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Il répondait aux questions de Stéphane Iglésis. L'entretien est podcasté ci-dessous.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1571456-2104241.jpg?v=1289480075" alt="Jean-Pierre Chevènement invité de France Info dimanche 6 septembre à 18h15" title="Jean-Pierre Chevènement invité de France Info dimanche 6 septembre à 18h15" />
     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
 	<enclosure url="http://www.chevenement.fr/docs/audiovideo/20090906-franceinfo.mp3" length="0" type="audio/mpeg" />
 	<itunes:explicit>no</itunes:explicit>
 	<itunes:subtitle><![CDATA[Il répondait aux questions de Stéphane Iglésis. L'entretien est podcasté ci-dessous.]]></itunes:subtitle>
 	<itunes:summary><![CDATA[Il répondait aux questions de Stéphane Iglésis. L'entretien est podcasté ci-dessous.]]></itunes:summary>
 	<itunes:author>Chevenement.fr</itunes:author>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-invite-de-France-Info-dimanche-6-septembre-a-18h15_a844.html" />
  </entry>
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   <title>Rupture !</title>
   <updated>2010-06-26T21:16:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Rupture-_a843.html</id>
   <category term="Grands textes" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1571437-2104217.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-09-06T18:07:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Éléments pour l’intervention de clôture de Jean-Pierre Chevènement, Université d’été du Mouvement Républicain et Citoyen, Toulouse, le 6 septembre 2009.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1571437-2104217.jpg?v=1471431837" alt="Rupture !" title="Rupture !" />
     </div>
     <div>
      Je veux tout d’abord remercier Thierry Cotelle, maire adjoint de Toulouse, Patrick Quinqueton, secrétaire national du MRC, ainsi que Jean-Luc Laurent, Secrétaire national à la Coordination, et son équipe. Sur eux a reposé l’organisation de cette université d’été. Merci également à tous nos intervenants, et notamment à nos invités extérieurs : Paul Quilès, ancien ministre, Arnaud Montebourg, député, Jean-François Kahn qui aurait pu être député européen s’il avait voulu, Paul Thibaud, philosophe, Jean-François Knepper, syndicaliste, Président du Comité européen Airbus, Liem Hoang Ngnoc, économiste et député européen. Merci aussi à notre ami Pierre Cohen, maire de Toulouse et Martin Malvy, Président de la région Midi-Pyrénées qui ont bien voulu intervenir à l’ouverture de nos travaux. Merci à vous tous qui êtes venus nombreux de toute la France.       <br />
              <br />
       Face à la crise d’un système, celui du capitalisme financier mondialisé, nous avons besoin d’une réponse républicaine pour la France mais aussi pour le monde.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – Une crise de la mondialisation</b>       <br />
              <br />
       A)	Il ne faut pas se tromper sur l’analyse. Le problème n’est pas celui de la moralisation du capitalisme, celui des bonus, tout cela est, bien entendu, scandaleux mais le problème est plus profond. La déflation salariale, qui est à l’origine du surendettement des ménages américains, a des causes : La principale, est dans un libre-échangisme effréné, dans la liberté donnée aux multinationales de mettre en concurrence les territoires et les mains d’œuvre. Le rapprochement Chine/Etats-Unis intervenu à la fin des années soixante-dix du précédent siècle, a joué un rôle essentiel dans cette fuite en avant du capitalisme vers l’exploitation du travail à bas coût. Certains évoquent aujourd’hui la Chinamérique ou encore le G2 : cette expression est inadéquate pour traduire la réalité d’un monde multipolaire beaucoup plus complexe. Mais il est vrai que ce soi-disant G2 a une réalité : c’est la parité fixe entre le yuan et le dollar. L’Administration Obama a renoncé à demander une réévaluation du yuan. Ce renoncement exprime un rapport de forces. La Chine tient le dollar à sa merci. Cette réalité géopolitique aussi est au cœur de la crise.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La mondialisation financière a fonctionné dans l’intérêt des multinationales et du capital spéculatif avec une monnaie mondiale, le dollar, qui a été gérée par les Etats-Unis comme si c’était seulement leur monnaie. Un secrétaire d’Etat au Trésor américain, M. Conally, disait à ses collègues : « le dollar est notre monnaie et c’est votre problème ». Les Etats-Unis se sont permis des déficits abyssaux. Ils vivent aujourd’hui très au-dessus de leurs moyens. Parce qu’ils étaient la puissance dominante, ils ont cru trouver une porte de sortie à leurs difficultés économiques dans la guerre en mettant la main sur les hydrocarbures du Moyen-Orient. Le résultat : ce sont deux guerres dans lesquelles les forces américaines sont aujourd’hui enlisées. Nous vivons le début de la fin de l’hégémonie américaine. La tache du Président Obama est difficile. Son but affiché est de restaurer le leadership américain. Mais dans la réalité, il faudra bien que les Etats-Unis adoptent une politique conforme à ce qu’ils sont : une grande nation certes, mais qui doit réapprendre à épargner, à dialoguer, bref à faire avec le reste du monde. Cette transition sera grosse de conflits.       <br />
              <br />
       À cet égard, l’Europe risque d’être prise en étau entre la Chine et les Etats-Unis. L’affaiblissement de la parité du dollar rendra les produits américains plus compétitifs et accroîtra encore l’hypercompétitivité du yuan et des produits fabriqués en Chine.       <br />
              <br />
       Les énormes déficits américains vont accroître les déséquilibres macro-économiques à l’échelle mondiale. De nouvelles bulles se créeront. De nouvelles crises sont en perspective. C’est une nouvelle donne – un  nouveau New Deal - à l’échelle mondiale qui est nécessaire. Si nous voulons sortir durablement de la crise, il faudra mettre un terme à la domination des marchés financiers.        <br />
              <br />
       Remettre la politique aux postes de commande, bref refaire des peuples et des nations les acteurs de l’Histoire et non les marchés financiers afin de mettre sur pied un nouveau modèle de développement.       <br />
              <br />
              <br />
       B)	<span style="font-style:italic">Désuétude de la social-démocratie</span>. Le modèle social-démocrate correspondait à un équilibre entre le travail et le capital. C’était vrai il y a un demi-siècle. Le capitalisme, à l’époque, fonctionnait sur un modèle fordiste. Il obéissait à une régulation keynésienne dans le cadre national. Ce capitalisme-là n’est plus ; il a été remplacé par le capitalisme financier. C’est la dictature de l’actionnariat, le triomphe de la théorie dite de « l’acquisition de la valeur pour l’actionnaire » dans un cadre entièrement dérégulé à l’échelle mondiale. Le communisme, qui faisait peur aux bourgeoisies occidentales qui se croyaient obligées de faire des concessions à leurs classes ouvrières, n’est plus. Les taux de syndicalisation ont fléchi. Les sociaux-démocrates sont devenus des sociaux-libéraux. Partout en Europe ils ont cru trouver une « troisième voie » (Anthony Giddens) : Jouer le jeu du libéralisme censé produire des richesses et ensuite opérer des corrections à la marge : RMI, CMU, investissement éducatif, etc. Cette politique, introduite en France en 1983, consacrée par l’Acte Unique en Europe, a été théorisée en Grande-Bretagne par Anthony Giddens et Tony Blair. Elle a été mise en œuvre aussi en Allemagne par Gerhard Schröder, à travers le plan Agenda 2010, à partir de l’année 2000. Ses orientations ont été généralisées à l’échelle européenne par les sommets de Lisbonne (2000) et Barcelone (2002). Ces politiques ont fait faillite. Les gouvernements sociaux-démocrates, qui étaient onze en 1999 dans l’Europe à quinze, ont tous perdu le pouvoir ou sont en voie de le perdre. Le cycle du social-libéralisme est clos. C’est ce dont beaucoup de nos camarades socialistes ne se sont pas encore avisés. Notre rôle est de leur ouvrir l’esprit.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Pour faire face à la crise, la gauche doit faire sa mutation républicaine</b>       <br />
              <br />
       A)	La classe des producteurs ne s’identifie plus à un bloc de classes homogène. Le retour aux sources de la République, l’appel à la raison du citoyen, la croyance en l’égalité humaine, voilà ce qui pourrait permettre à la gauche de se définir comme « parti républicain du peuple ». Il nous faut réhabiliter l’idée d’un intérêt général qui serait à la fois l’intérêt national et correspondrait aussi à l’intérêt général de l’humanité.        <br />
              <br />
       Comment substituer à la logique des  marchés financiers une autre logique politique ? Chacun comprend qu’un nouveau modèle de développement soutenable peut seul permettre de concilier l’aspiration légitime de pays comme la Chine ou l’Inde au développement, la volonté des Etats-Unis et de l’Europe de préserver leur tissu industriel, leur emploi et leur bien-être, et en même temps l’intérêt général de l’Humanité qui est d’économiser ses ressources rares (énergies fossiles, eau, air, sol) et lutter contre l’effet de serre.        <br />
              <br />
       Pour cela, nous devons planifier une révolution énergétique sans tomber dans le catastrophisme écologique mais en promouvant les énergies nouvelles, y compris nucléaire, les économies d’énergie, les techniques de charbon propre et en préservant les forêts équatoriales. J’ai lu que Martine Aubry, à La Rochelle, a déclaré : « Nous vivons l’ombre des Lumières. C’est l’idée même de progrès qui est épuisée. »       <br />
              <br />
        À mon sens c’est une erreur. Malthus déjà, au début du dix-neuvième siècle, considérait que la terre était trop petite pour nourrir les hommes. Cette prophétie s’est révélée une erreur historique car elle méconnaît les ressources de l’humanité en inventivité, créativité, progrès des connaissances et de la technologie. Il faut faire confiance en l’homme. La gauche est inséparable de la volonté de raison. Elle ne doit pas renier l’héritage des Lumières. Elle doit affirmer le primat des valeurs de la connaissance, ne pas sombrer dans la technophobie.        <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B)	Un projet républicain en forme de nouveau new-deal</span>       <br />
              <br />
       J’énoncerai sept propositions :        <br />
              <br />
       1.	Relance concertée des économies. Un effort supplémentaire sera demandé à chacun (davantage d’épargne aux Etats-Unis, relance du marché intérieur et sécurité sociale en Chine, relance allemande et japonaise, financement du développement de l’Afrique et des PMA).       <br />
       2.	Réforme du système monétaire international : création d’une nouvelle monnaie internationale de réserve reflétant la place des différents pays dans l’économie mondiale et ayant vocation à se substituer au dollar. L’émission de 250 Milliards de DTS par le FMI est un premier pas. Il faut aller beaucoup plus loin pour aider au développement des pays pauvres. Nouveaux « accords du Louvre », fixant des fourchettes aux parités monétaires (dollar, euro, yen, yuan) afin de parvenir à une concurrence équitable.       <br />
       3.	Redéfinition du mandat de l’OMC (en fonction des principes comme la « concurrence équitable » et la « souveraineté alimentaire »). Changeons les règles du jeu en matière commerciale.       <br />
       4.	Plan mondial d’aide à l’Afrique et aux PMA.       <br />
       5.	Contrôle du crédit par la voie de nationalisations bancaires.       <br />
       6.	Réglementation des marchés financiers visant à éliminer les fonds purement spéculatifs. Chasse aux paradis fiscaux et traçabilité obligatoire des mouvements de capitaux, les banques devant être tenues de communiquer à la police et à la justice leurs archives informatiques.       <br />
       7.	Réintroduction d’éléments de planification au niveau régional et mondial par exemple :       <br />
       -	en matière de politique énergétique ;       <br />
       -	`d’autosuffisance alimentaire (suspension des négociations agricoles de l’OMC et redéfinition du mandat de l’OMC sur cette  base) ;       <br />
       -	de planification industrielle ;       <br />
       -	d’eau potable et de grandes infrastructure (assainissement, routes, chemins de fer, hôpitaux, écoles, université et recherche).       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – La France 2009-2012</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A)	La France souffre </span>       <br />
              <br />
       Elle récolte les fruits amers d’un choix libéral effectué dans les années quatre-vingt et aujourd’hui renouvelé par Nicolas Sarkozy. Je n’évoquerai que quelques têtes de chapitre : le bouclier fiscal, la cure d’austérité infligée aux services publics à travers la RGPP, la réforme des collectivités territoriales qui serait un coup terrible pour la solidarité et pour les investissements collectifs, le tour de vis donné à l’Hôpital public, la réintégration de l’OTAN qui est un contresens politique.        <br />
              <br />
       Certes toutes les initiatives de Nicolas Sarkozy ne sont pas mauvaises, l’idée d’un grand emprunt national, s’il permet de financer les investissements économiquement rentables, est judicieuse dans un pays comme le nôtre où le taux de l’épargne avoisine 15%. Quand Nicolas Sarkozy propose des Assises de l’Industrie, je ne vais pas être contre puisque je les avais moi-même proposées en 1982-83. Jean Riboud ayant accepté  l’époque de les présider. Ce n’est pas ma faute si elles ont été annulées par mon successeur. Qu’elles soient reprises vingt-cinq ans après, sur une suggestion de la CGT paraît-il, ne me fera pas changer d’avis. Évitons l’antisarkozysme primaire et systématique. Celui-ci est la  marque d’un vide conceptuel, d’une absence de projet alternatif réel, bref d’un opportunisme politique que nous avons toujours combattu.        <br />
              <br />
       Nous devons nous opposer sur des bases solides. En France par exemple, il y a place pour un M.I.T.I. à la française, un contrôle public du système bancaire, une priorité accordée à la ressource humaine, un exercice calme et réfléchi des prérogatives régaliennes de l’Etat à l’opposé des effets de manche dont nous sommes las sur des questions comme la sécurité ou la justice. Ainsi, la suppression du juge d’instruction n’a rien de républicain. Le risque est grand de voir l’Etat instrumenter la justice à travers les parquets. Nous ne devons pas prendre des vessies pour des lanternes, accepter que la communication se substitue à la politique. Nous ne voulons pas que l’endettement de l’Etat permette seulement de renflouer les banques tandis que ceux qui sont aux commandes, après avoir failli, les conserveraient. « On prend les mêmes et on recommence » : de cela nous ne voulons pas.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B) Que faire ?</span>       <br />
              <br />
       1.	L’état de la gauche.        <br />
              <br />
       La gauche aujourd’hui ressemble à une flotte démâtée. Il est vrai que la gauche plurielle était au départ une idée essentiellement tactique, une alliance dominée par le parti socialiste avec les Verts en éclaireurs et le parti communiste en arrière-garde. Aujourd’hui, trois épaves surnagent : la proue supposée, je veux dire les Verts, prétend naviguer toute seule ; à la poupe, c’est-à-dire les communistes et leurs alliés, il manque une hélice : elle n’a pas connu de véritable dynamique aux dernières élections européennes et elle doit faire face à la concurrence du NPA ; quant au corps du bâtiment, je veux dire le PS, il a un sérieux problème de direction.       <br />
              <br />
       Il n’y a pas de solution à cette situation désespérante en dehors d’un projet qui soit à la hauteur des défis du temps. C’est le rôle que le MRC revendique non pas pour lui mais pour toute la gauche et pour la France. La Maison commune de la gauche proposée par Martine Aubry ne saurait être que le replâtrage de la gauche plurielle.       <br />
              <br />
       2.	La gauche a un problème d’identité et ce problème surdétermine la question des alliances. Il faut donner la priorité au projet. L’Europe, telle qu’elle s’est construite sur une base libérale et technocratique, n’est pas la solution, elle est le problème. Il faut la réorienter. Sur la base de la démocratie qui vit dans les nations. À cet égard l’arrêt de la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe de juin dernier dit tout. Il y a un déficit de démocratie structurel dans l’Union européenne. La légitimité est dans les Etats nationaux et dans les Parlements nationaux. Il n’y a pas de peuple européen. C’est pourquoi le Parlement de Strasbourg ne peut être qu’un ersatz de Parlement. Tout cela nous pouvons d’autant mieux le reprendre à notre compte que c’est ce que nous disons depuis toujours.        <br />
              <br />
       Il faut reprendre la construction européenne sur la base de la démocratie qui vit dans les nations et aller vers une Confédération européenne qui nous permette d’exister, d’être un pôle, comme on dit, dans le monde multipolaire de demain.        <br />
              <br />
       C’est de cela dont nous devons discuter, sans exclusive, avec toute la gauche, y compris le NPA s’il le souhaite. Il y a là un rôle politique essentiel pour la France. Faut-il parler de tout cela  avec M. Bayrou ? M. Bayrou – nous le savons - est un homme politique qui vient de la droite mais il s’est dit « prêt à tendre la main à la gauche ». Si nous sommes sûrs de nous-mêmes, si nous avons des idées claires, il n’y a pas lieu de montrer un quelconque sectarisme.        <br />
              <br />
       Le problème pour la gauche, c’est d’abord d’avoir les idées claires. Nous avons proposé, il y a plus d’un an, des Assises de toute la gauche. Nous sommes prêts à examiner un projet de primaires dès lors qu’elles concerneraient plusieurs partis de gauche qui en seraient ensemble les co-organisateurs, bien entendu sur la base d’une charte d’orientation politique.  La gauche doit rompre avec une orientation qui l’a coupée des couches populaires depuis les années quatre-vingt. Je n’idéalise pas les primaires, mais elles peuvent être l’occasion d’une rupture salutaire. En tout état de cause, le MRC ne restera pas silencieux en 2012. Il pèsera, quoi qu’il arrive, directement ou indirectement. Nous sommes les gardiens de l’avenir républicain de la France. La priorité c’est le projet !       <br />
              <br />
       Y a-t-il un autre choix ? Sincèrement je ne le crois pas sauf à laisser le champ libre à M. Sarkozy qui s’emploie déjà activement à rassembler la droite autour de lui, en profitant des divisions et du désordre de la gauche.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>Conclusion</b>       <br />
              <br />
       Nous avions jadis, au début des années soixante-dix, fait lever un immense espoir. La gauche ensuite a tourné le dos à ses engagements. Elle a rendu les armes sans avoir combattu. Le néolibéralisme a triomphé. Les couches populaires se sont détournées de la gauche. Mais ce cycle est désormais derrière nous. Les triomphateurs d’hier sont les faillis d’aujourd’hui.  Sachons trouver en nous-mêmes l’énergie de nous redresser. Sachons renouer avec les idées, c’est-à-dire avec le réel, mais aussi avec l’ambition collective, c’est-à-dire avec l’idéal. Il n’y a pas d’autre chemin pour une victoire qui, demain, ne décevra pas.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Rupture-_a843.html" />
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   <title>Seize thèses pour penser l'avenir</title>
   <updated>2009-08-31T12:29:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Seize-theses-pour-penser-l-avenir_a835.html</id>
   <category term="Grands textes" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1560897-2088348.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-08-31T12:29:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Développements de Jean-Pierre Chevènement, après son intervention à l'université d’été du Parti socialiste à La Rochelle, samedi 29 août 2009. (Ce texte n’est pas celui de l’intervention de Jean-Pierre Chevènement. Il la nourrit et la développe)     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1560897-2088348.jpg?v=1477349311" alt="Seize thèses pour penser l'avenir" title="Seize thèses pour penser l'avenir" />
     </div>
     <div>
      <b>Première thèse : Le cycle néo-libéral se ferme</b>       <br />
              <br />
       Le problème de la gauche aujourd’hui est que, confrontée à la grande crise du capitalisme financier, qu’elle a non seulement laissé s’installer mais fortement contribué à mettre ou à maintenir en selle en Europe, en France après 1983, en Grande-Bretagne avec Tony Blair, en Allemagne avec Gerhard Schröder, et en Italie avec Romano Prodi, elle se bat les flancs sans voir quoi d’autre mettre à la place. C’est une crise de l’imagination qui n’est pas sans lien avec une pratique politique opportuniste qui a éloigné de la gauche les couches populaires.        <br />
              <br />
       Pour beaucoup de femmes et d’hommes se disant « de gauche », la dictature de l’actionnariat à travers les marchés financiers régentant l’allocation du capital, la production, les échanges et la reproduction sociale paraît être aujourd’hui inévitable et comme procédant de la nature des choses. Sans doute la gauche sociale-libérale peut-elle imaginer quelques correctifs à la marge (RMI, CMU) mais la domination des marchés financiers qui s’est installée depuis trente ans sur les décombres du fordisme, du keynésianisme, de l’Etat-providence et des régulations nationales, semble borner son horizon. Cette gauche doit donc penser l’impensable : qu’il puisse y avoir un « au-delà » du capitalisme financier, que les marchés financiers  ne bornent pas l’horizon de l’Humanité, que ce sont les peuples et les nations qui font l’Histoire et qu’il est temps de remettre celle-ci consciemment en marche. A une gauche digne de ce nom, il faut donc penser et proposer un dépassement du capitalisme financier à travers des mesures concrètes réalistes et convaincantes. C’est ainsi seulement qu’elle pourra surmonter le discrédit qui est le sien dans les couches populaires, convaincues aujourd’hui que le social-libéralisme n’a été et ne peut être qu’une stratégie d’accompagnement de la mondialisation financière honnie. Bref, il lui faut être crédible et elle ne peut l’être, comme après Epinay, qu’à partir d’une autocritique, qui vaille rupture aux yeux du plus grand nombre, avec la pratique antérieure.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Deuxième thèse : La social-démocratie correspond à un âge aujourd’hui révolu</b>       <br />
              <br />
       L’équilibre entre le travail et le capital a été rompu par la globalisation financière. L’effondrement du communisme, dont la puissance d’intimidation avait d’ailleurs depuis longtemps décliné, a privé la social-démocratie d’un moyen de chantage et d’une rente de situation commodes. La part des salaires dans le revenu national a diminué de dix points depuis les années quatre-vingt. Sur trente ans, en France, le pouvoir d’achat des salaires n’a augmenté que de 0,8 % par an. Le lien entre productivité et rémunération du travail a été rompu à l’échelle mondiale. Parallèlement, les taux de syndicalisation enfin ont fortement chuté. La politique social-libérale, dite « de troisième voie », a échoué. La gauche dominait onze gouvernements de l’Union européenne sur quinze à la fin des années quatre-vingt-dix. Elle a partout perdu le pouvoir ou est en voie de le perdre, ainsi en Grande-Bretagne et en Espagne.        <br />
              <br />
       Comment cette gauche échouée pourrait-elle relever ce défi qui peut paraître sans précédent ? Au moins cinq « fins de cycles » se superposent : la fin de la domination occidentale sur le monde avec le déclin plus qu’engagé de l’hégémonie américaine, celles, au fond, jumelles, du communisme et de la social-démocratie, l’épuisement déjà ancien de la gauche libérale classique et enfin l’achèvement du cycle court social-libéral avec la crise du capitalisme financier dont il n’était au fond que l’ombre portée.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Troisième thèse : Le ressourcement de la gauche dans les valeurs de la République</b>       <br />
              <br />
       A ce stade, la gauche ne peut se ressourcer qu’à ce qui fait son identité historique depuis plus de deux siècles :       <br />
              <br />
       -	d’abord une volonté d’égalité qui n’est pas l’égalitarisme, mais la capacité donnée à chacun d’aller au bout de ses possibilités ;       <br />
       -	ensuite une volonté de raison qui doit nous inciter à « penser le monde » d’aujourd’hui mais aussi à revenir aux sources de la République en s’adressant au peuple tout entier.       <br />
              <br />
       La « classe des producteurs » ne s’identifie plus, en effet, à un « bloc de classe » homogène. Les services multipliés font partie de la production. Des statuts différenciés recouvrent la réalité de la création de la valeur. Celle-ci ne peut plus s’analyser que dans un contexte mondial. Et s’il y a des gagnants et des perdants dans la globalisation, le fait majeur est aujourd’hui la paupérisation des classes moyennes. La définition de la social-démocratie comme parti de la classe ouvrière ne correspond plus à la réalité observable. Le retour aux sources de la République esquissé jadis par Jaurès : l’appel à la raison du citoyen correspond mieux au stade actuel de développement de la société. La gauche gagnerait donc à se définir comme « parti républicain du peuple », en fonction d’un intérêt général répondant à l’intérêt social global.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Quatrième thèse : Le sens de la mutation républicaine</b>       <br />
              <br />
       La gauche doit donc faire sa mutation républicaine. Cela ne la détournera pas, bien au contraire, des couches populaires qu’elle ne pourra reconquérir que sur cette base. Et pas davantage des couches moyennes dont l’instabilité peut d’autant mieux être combattue par un appel permanent au civisme et au dépassement qu’elles se trouvent précarisées par la logique du capitalisme financier.        <br />
              <br />
       Que signifie l’appel à l’intérêt général ? Celui du peuple français, bien sûr, dont la gauche sollicite les suffrages. Mais intérêt général aussi de l’Humanité tout entière car la planète est devenue petite, intérêt général à l’intérieur duquel il y a évidemment place pour un intérêt européen bien compris : l’Europe n’existera en effet que si elle ne se laisse pas  écraser entre les Etats-Unis et la Chine. Dans un monde devenu multipolaire, c’est le rôle de la France de faire émerger un pôle européen autonome.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Cinquième thèse : Comprendre la crise, économique mais aussi géopolitique</b>       <br />
              <br />
       Pour penser l’intérêt général il faut d’abord comprendre le monde. La montée de pays émergents et la nouvelle multipolarité du monde marquent la fin d’une période de plus d’un demi-siècle, celle de l’hégémonie américaine. Certes ce grand pays a tout son avenir devant lui et les Etats-Unis resteront encore longtemps une « nation incontournable ». Ce qui marquera les prochaines décennies ce sera la montée de l’Asie, et plus généralement des pays milliardaires en hommes, à commencer par la Chine et l’Inde.       <br />
              <br />
       La relation sino-américaine est d’ores et déjà structurante pour le XXIe siècle. Elle l’est dès aujourd’hui pour l’avenir du libre-échange et pour celui du dollar. La parité entre le yuan et le dollar exprime la réalité actuelle de ce qu’on a appelé improprement le G2. Le modèle de développement qui a prévalu depuis trente ans a été fondé sur la liberté donnée au capital occidental, aux firmes multinationales et aux fonds d’investissement de mettre en concurrence les territoires et les mains d’œuvre, sous l’égide d’une monnaie mondiale qui est aussi et d’abord celle des Etats-Unis. Ce modèle a généré des déséquilibres profonds entre pays excédentaires en marchandises et en épargne (Chine, Japon, Allemagne, pétromonarchies) et pays déficitaires (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Espagne). La stagnation du pouvoir d’achat a favorisé l’endettement.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Sixième thèse : Ces déséquilibres vont s’accroître</b>       <br />
              <br />
       Les plans d’assainissement financiers et les plans de relance mis en œuvre depuis 2008 vont accroître les déséquilibres au lieu de les corriger.        <br />
              <br />
       De nouvelles crises sont à l’horizon : au plan monétaire, au plan économique et au plan commercial. Le capitalisme financier va voir sauter les unes après les autres les « régulations de marché » sur lesquelles il a fondé son développement : marchés financiers par une remise en cause de la liberté de mouvement des capitaux et par des mesures de sauvegarde monétaire, échanges internationaux par une remise en cause d’un libre échangisme qui fait fi des sociétés et des nations qu’on ne peut « délocaliser » comme les entreprises en vertu de la loi ricardienne des avantages comparatifs. Cela se fera à bas bruit pour commencer, et cela partira de la tête, c’est-à-dire des pays leaders : Etats-Unis, Chine d’abord.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>Septième thèse</b>       <br />
              <br />
       Le premier risque dans le monde qui vient est de voir s’opposer les pays du Nord et les pays du sud.       <br />
              <br />
       -	Le premier épisode a été la « guerre des civilisations » décrétée d’une part par Al-Quaïda et, d’autre part  stupidement, en réponse, par l’Administration Bush, en 2001-2003. On a vu avec l’invasion de l’Irak que les enjeux de cette guerre étaient dissimulés. La globalisation financière porte en elle des tensions qui se déchargent en crispations identitaires, violences paranoïaques, mises en scène guerrières et stratégies prédatrices.       <br />
              <br />
       -	Le deuxième risque est celui d’un conflit ouvert entre les Etats-Unis et la Chine.       <br />
              <br />
       -	Le troisième risque, pour nous décisif, voit déjà l’Europe prise en étau et en otage de la relation sino-américaine, écrasée entre la concurrence du dollar et celle des marchandises produites à très bas coût.        <br />
              <br />
       Ce risque est d’autant plus difficile à conjurer que l’Union européenne actuelle est une machine d’impuissance : structurellement libérale et tournée vers la préservation des actifs boursiers, elle nous désarme sur le plan commercial, à l’OMC, comme sur le plan monétaire, avec un euro toujours plus fort. Au cœur de cette impuissance, il n’y a pas seulement l’effondrement du mythe fédéraliste européen (il était inévitable et il a au moins l’avantage de nous débarrasser d’illusions coûteuses), il y a surtout une politique économique non coopérative de l’Allemagne : déflation salariale et recherche de l’hypercompétitivité, accumulation d’un excédent commercial massif au détriment d’abord des partenaires européens, refus d’un gouvernement économique de la zone euro et recherche d’un euro fort. L’Allemagne a la politique de sa démographie vieillissante. Il lui faut accumuler des excédents propres à nourrir une stratégie d’investissement et de placements extérieurs, sources de dividendes et de revenus ultérieurs, censés lui permettre de financer ses retraites et ses dépenses de santé. En fait cette stratégie se confond avec celle du capital financier. Elle n’a pas empêché la régression de la base industrielle du pays.        <br />
              <br />
       Nous sommes loin de « l’Allemagne européenne » prêchée jadis par le Chancelier Kohl. Il est sans doute heureux que l’Allemagne redevienne une nation « normale ». Il serait plus heureux encore qu’elle ne revienne pas à sa tradition particulariste (le « Sonderweg ») mais qu’elle fasse sienne une conception républicaine de la nation ouverte sur l’Universel. Car cette stratégie d’accumulation d’excédents est à courte vue. Elle est fondée sur une restriction de la demande qui pèse sur la croissance allemande aussi bien que sur la croissance européenne. Une nation allemande « républicaine » doit être capable de dialoguer avec les autres nations européennes sur la base d’un intérêt général partagé, sous réserve, bien évidemment, de réciprocité.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>Comment sortir de cette crise systémique ?       <br />
              <br />
              <br />
       Huitième thèse : Le capitalisme se veut « sensiblement éternel »</b>       <br />
              <br />
       Depuis que le système capitaliste a pris forme, à partir de la révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle, ou même, selon Immanuel Wallerstein, depuis le début du XVIe siècle, il n’a cessé d’aller de crise en crise, par oscillations successives vers des développements toujours nouveaux.       <br />
              <br />
       Le capitalisme lui-même est fondé sur une prétention à retarder indéfiniment le moment de sa chute. Fondé sur un déséquilibre structurel, bien mis en valeur par Karl Marx, il revendique, grâce à des modèles de croissance constamment renouvelés, une capacité inépuisable à affronter le futur : le capitalisme, parce qu’il se veut « naturel », conforme à la nature des choses et d’abord à la « nature humaine », se présente comme « sensiblement éternel », comme les nations, selon Maurras.       <br />
              <br />
       Un doute, certes, l’a envahi, dont témoigne l’expression désormais banale, de « croissance soutenable ». Mais la pensée conforme, celle de ceux qui pensent à l’intérieur du système, ne peut imaginer par définition qu’il puisse y avoir un quelconque « au-delà ».        <br />
              <br />
       Par « croissance soutenable », le capitalisme désigne une « croissance verte » où il intègre les coûts de l’environnement et développe de nouveaux secteurs. Il ne se remet pas en cause : le vert est aussi la couleur du dollar.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>Neuvième thèse : Une autre logique que celle de l’accumulation financière</b>       <br />
              <br />
       Sans prétendre substituer du jour au lendemain un autre système au capitalisme financier actuel, nous pouvons imaginer l’introduction d’une autre logique, politique celle-là, dans le fonctionnement des marchés financiers, en vue de les orienter, de les encadrer voire de les réduire.       <br />
              <br />
       Notre première tache sera donc de parvenir à la définition d’un intérêt général mondial et européen dans l’inévitable compétition des monnaies et des économies. La vocation européenne de la France ne se substitue pas en effet à une vocation mondiale plus générale. La France est membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies, et figure au nombre des puissances nucléaires reconnues. Elle est la tête de la francophonie, répandue sur cinq continents. Sa diplomatie est une des toutes premières du monde. Son histoire, enfin, la rend comptable de l’avenir des idées républicaines et de l’héritage de la Révolution de 1789, non seulement en Europe mais dans le reste du monde.       <br />
              <br />
       Pour ce qui est de l’Europe, la question-clé sera évidemment celle de l’avenir de la zone euro, hétérogène économiquement et sujette à des divergences profondes de politique économique. Cette zone euro n’a pas de pilote. Le traité de Maastricht qui, en matière de change, donne le pouvoir à l’Eurogroupe, n’est pas appliqué. Il faudra amener l’Allemagne à une vision plus coopérative de sa politique économique. La limitation constitutionnelle à 0,35% du PIB du déficit budgétaire, à horizon 2012, ne rendra pas facile cette coopération. Évidemment la question de l’euro est indissociable de celle du dollar.       <br />
              <br />
       Le principe de la concurrence ne doit plus s’opposer à celui d’une politique industrielle si possible à l’échelle européenne (par exemple dans le domaine de l’énergie) même si cette politique européenne reste une juxtaposition coordonnée de politiques nationales. Pas davantage le principe de la concurrence ne doit faire obstacle à la réaffirmation du rôle des services publics.       <br />
              <br />
       La tâche des Européens, dans l’ordre international, est de ne pas se laisser entraîner dans une quelconque croisade, soit contre l’Islam (mais tel ne paraît pas être l’orientation du Président Obama), soit contre la Russie ou encore contre la Chine, ou plus généralement contre les pays émergents. Les crises favorisent toujours les guerres. À cet égard, la question du « modèle de développement » est centrale pour « penser l’avenir ».       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Dixième thèse : Modèle de développement soutenable et révolution énergétique</b>       <br />
              <br />
       Les trois quarts de l’Humanité aspirent au développement. C’est pour quatre milliards d’hommes une question vitale et c’est une question de dignité. Le problème de notre modèle de développement actuel est qu’il n’est pas reproductible tel quel. Nous devons le faire évoluer en même temps que nous devons promouvoir un développement soutenable à l’échelle de la planète, c’est-à-dire économe des biens rares dont dispose l’Humanité (énergies fossiles, eau, air, sols, etc.). Et nous devons le faire en coopération avec les pays émergents. La révolution énergétique est, de ce point de vue, évidemment décisive : préservation de la forêt notamment dans les zones équatoriales, charbon propre et capture du CO2 notamment en Chine et en Inde, économies d’énergies, énergies nouvelles notamment solaire, énergie nucléaire dans la perspective notamment d’un réacteur de quatrième génération.       <br />
              <br />
       Pour mener à bien cette révolution énergétique, il faut se défaire de tout dogmatisme. Le problème des énergies renouvelables telles que l’énergie solaire est qu’elles sont encore très loin d’être compétitives. Le coût du Kwh d’origine solaire photovoltaïque est encore cinq fois supérieur à celui du Kwh produit à partir d’une turbine à gaz ou d’une centrale nucléaire. Celui du Kwh d’origine éolienne en représente le double. Il faut donc que le consommateur ou le contribuable paye la différence. Certes, on peut parier sur l’élévation inévitable du prix des carburants fossiles et sur l’abaissement probable des coûts de production résultant des progrès de la recherche en matière d’énergies nouvelles, mais cette prise de risque ne peut se faire inconsidérément, indépendamment d’une vue économique des choses au sens étymologique du terme.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Onzième thèse : Pour une négociation globale entre le Nord et le Sud</b>       <br />
              <br />
       Penser cette transition énergétique implique que nous évitions d’opposer l’Homme à la Nature le premier devenant le grand « perturbateur » d’une vie naturelle rêvée. Éviter aussi d’organiser de « fausses peurs » comme on l’a vu sur d’autres sujets : pluies acides, poulet à la dioxine, etc. Il faut aussi cesser d’apporter de l’eau au moulin du capitalisme financier en crise, en cultivant le mythe de la « décroissance ». Le problème des inégalités ne pourra être résolu par le malthusianisme. Celui-ci s’est révélé être, depuis les prophéties de Malthus au début du XIXe siècle, une erreur historique : car si la limitation des ressources naturelles est une évidence, les ressources de l’Homme, en inventivité, créativité, progrès des connaissances et de la technologie sont, elles, illimitées. Confiance en l’Homme !       <br />
              <br />
       La gauche est inséparable de la volonté de raison et elle ne doit pas renier l’héritage des Lumières, c’est-à-dire le primat des valeurs de la connaissance. Il n’y a pas de raison de jeter un interdit sur une technologie comme l’énergie nucléaire ou le génie génétique sans débat approfondi sur les avantages, les risques, les conséquences éventuelles, etc. Prenons garde à ce qu’un certain catastrophisme écologique ne serve pas de munition contre les pays émergents, dans une « guerre des civilisations » d’un nouveau type. L’enfer est pavé de bonnes intentions.        <br />
              <br />
       Le droit au développement des pays du Sud est un droit inaliénable. Ainsi l’objectif que se fixe la Chine de parvenir à une économie de « moyenne aisance » généralisée à l’horizon 2025 pour l’ensemble de sa population n’est pas contestable. Encore faut-il que la Chine et les pays émergents soient sensibilisés à l’intérêt général de l’Humanité. Une négociation globale est nécessaire liant tous les enjeux (commercial, monétaire, climatique, maîtrise des armements, etc.). La communauté internationale doit élaborer les règles dont nous avons besoin pour lutter par exemple contre le réchauffement du climat, pour opérer la transition énergétique, pour combattre les pandémies d’un nouveau type, etc. On ne doit pas faire l’économie d’une certaine planification des investissements à l’échelle mondiale. La France a tout son rôle à jouer pour animer et aider à coordonner les négociations internationales nécessaires.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Douzième thèse : La question du modèle de développement est indissociable du dépassement du capitalisme financier</b>       <br />
              <br />
       A)	<span style="font-style:italic">La tâche la plus urgente est de remédier aux déséquilibres économiques fondamentaux qui ont engendré la crise.</span>       <br />
              <br />
       Déficits abyssaux aux Etats-Unis. Excédents commerciaux et excès d’épargne chez les autres. On n’en a pas pris le chemin. Une relance équilibrée et réellement concertée n’a pas été possible jusqu’ici. C’est un échec du G20. La réforme du système monétaire international a été différée, mais chacun pressent qu’elle ne pourra plus l’être indéfiniment. L’assainissement financier du système bancaire est sans doute loin d’être terminé. L’<span style="font-style:italic">ubris</span> des financiers guette plus que jamais.       <br />
              <br />
       B)	Les propositions que j’avance sont des pistes à explorer pragmatiquement en fonction des alliances internationales qui pourront être nouées :       <br />
              <br />
       1.	Relance concertée des économies dans le cadre d’un New Deal mondial. Un effort supplémentaire sera demandé à chacun (davantage d’épargne aux Etats-Unis, relance du marché intérieur en Chine, sécurité sociale, relance allemande et japonaise, financement du développement de l’Afrique et des PMA).       <br />
       2.	Création d’une nouvelle monnaie internationale de réserve reflétant la place des différents pays dans l’économie mondiale et ayant vocation à se substituer au dollar. L’émission de 250 Milliards de DTS par le FMI est un premier pas. Il faut aller beaucoup plus loin pour aider au développement des pays pauvres.       <br />
       3.	Nouveaux « accords du Louvre », fixant des fourchettes aux parités monétaire (dollar, euro, yen, yuan) afin de parvenir à une concurrence équitable.       <br />
       4.	Redéfinition du mandat de l’OMC (en fonction des principes comme la « concurrence équitable » et la « souveraineté alimentaire »).       <br />
       5.	Plan mondial d’aide à l’Afrique et aux PMA.       <br />
       6.	Contrôle du crédit par la voie de nationalisations bancaires.       <br />
       7.	Réglementation des marchés financiers visant à éliminer les fonds purement spéculatifs.       <br />
       8.	Chasse aux paradis fiscaux et traçabilité obligatoire des mouvements de capitaux, les banques devant être tenues de communiquer à la police et à la justice leurs archives informatiques.       <br />
       9.	Réintroduction d’éléments de planification au niveau régional et mondial par exemple en matière :       <br />
       -	de politique énergétique ;       <br />
       -	d’autosuffisance alimentaire (suspension des négociations agricoles de l’OMC et redéfinition du mandat de l’OMC sur cette  base) ;       <br />
       -	de planification industrielle ;       <br />
       -	d’eau potable et de grandes infrastructure (assainissement, routes, chemins de fer, hôpitaux, écoles).       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Treizième thèse : Le rôle des nations</b>       <br />
              <br />
       Une impulsion mondiale est nécessaire. La France doit porter cette vision, en Europe et dans le monde. Mais cette impulsion ne dispense pas, bien au contraire, d’efforts nationaux. Ce sont les peuples qui sont à l’initiative de l’Histoire et pas les réunions épisodiques de dirigeants confiant à des technocrates le soin de mettre en œuvre des orientations imprécises. Le ressort de la démocratie est nécessaire. Celle-ci vit d’abord dans les nations. Celles-ci sont les briques de base de toute construction internationale.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Quatorzième thèse : Le retour de la France et de la République</b>       <br />
              <br />
       Le mythe fédéraliste européen épuisé, il faut revenir à l’idée de nation républicaine, seul socle solide d’une Confédération européenne efficace. Celle-ci est une tâche d’autant plus urgente que l’Europe ne peut s’en remettre indéfiniment aux choix de l’Administration américaine et devra de plus en plus apprendre à compter sur elle-même.       <br />
              <br />
       La France a un rôle majeur à jouer en Europe et dans le monde : rôle de catalyseur, rôle d’intercesseur. La gauche doit assumer sans complexe la nation française, son histoire, ses valeurs républicaines, et bien sûr ses intérêts légitimes.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Quinzième thèse : En France même, défrichons quelques pistes pour refaire l’Etat</b>       <br />
              <br />
       1.	<span style="font-style:italic">Les fonctions régaliennes</span> – police, justice, immigration - doivent être assumées fermement et humainement, sans complaisance pour les idéologies victimaires-compassionnelles incompatibles avec l’exercice d’une politique républicaine qui seule peut donner confiance aux couches populaires. Refus du communautarisme et de la dictature des minorités autoproclamées – appel au civisme républicain et pratique active de la démocratie.       <br />
              <br />
       2.	<span style="font-style:italic">Constitution d’un MITI à la française</span> liant tous les moyens de l’Etat y compris en matière d’aménagement du territoire :       <br />
       -	pour favoriser les secteurs d’avenir (énergies, transports, industrie agroalimentaire, pharmacie, services) ;       <br />
       -	préserver le noyau dur de nos industries (automobile), réindustrialiser le pays à partir de stratégies de recherche et d’innovation conçues à géométrie variable à l’échelle européenne si possible et en coopération avec les régions et les collectivités.       <br />
              <br />
       3.	<span style="font-style:italic">Donner la priorité au développement des ressources humaines</span> - formation, recherche - en mettant l’accent sur l’effort, le travail, le mérite, tout en valorisant l’ensemble des ressources humaines dont dispose le pays à commencer par sa jeunesse, vivier privilégié.       <br />
              <br />
              <br />
       4.	<span style="font-style:italic">Affirmer la nécessité d’un effort partagé</span> :       <br />
       -	à travers la politique des revenus et la limitation des rémunérations les plus élevées ;       <br />
       -	à travers la fiscalité (fin du « bouclier fiscal »). Progrès et justice doivent aller de pair.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Seizième thèse : L’alternative au capitalisme financier mondialisé : une république des peuples</b>       <br />
              <br />
       L’alternative n’est pas entre capitalisme et social-démocratie, pas même entre deux formes de capitalismes, néo-conservateur d’un côté, social-libéral de l’autre. Elle est entre un libéralisme mondialisé destructeur de richesses et de valeurs et une République des peuples, prenant appui dans la démocratie, le sens de l’intérêt collectif, liant dans chaque nation un sein patriotisme républicain et un civisme ouvert à l’universel.        <br />
              <br />
       Ce n’est pas le socialisme ? Non, c’est la République, mais la République au sens fort du terme, une exigence de tous les instants, une éthique à la fois de la conviction et de la responsabilité.       <br />
              <br />
       Pourquoi opposer l’une à l’autre, en effet ? C’est le propre de la République de faire aller de pair l’exigence dans la recherche de la vérité et la mesure dans l’action, c’est-à-dire l’audace raisonnée qui consiste à savoir où on va et à chaque moment ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, ou pas encore.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Seize-theses-pour-penser-l-avenir_a835.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>L'intervention de Jean-Pierre Chevènement à l'université d'été du Parti socialiste à la Rochelle</title>
   <updated>2009-08-30T15:47:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/L-intervention-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-l-universite-d-ete-du-Parti-socialiste-a-la-Rochelle_a834.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1559621-2086355.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-08-30T15:41:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Il s'exprimait sur le thème "Penser l'avenir" aux côtés notamment de Benoît Hamon, Cécile Duflot et Betrand Delanoë (son intervention débute à partir de la 20ème minute de la vidéo).     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      https://www.chevenement.fr/video/<div><object width="480" height="309" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/xabme2_penser-lyavenir-partie-2_news"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed src="http://www.dailymotion.com/swf/xabme2_penser-lyavenir-partie-2_news" type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="309" allowFullScreen="true" allowScriptAccess="always"></embed></object><br /></div>     </div>
     <div>
      La première partie de la discussion est accessible <a class="link" href="http://www.dailymotion.com/video/xabgnb_penser-lyavenir-partie-1_news">ici</a> (s'y expriment en particulier Michel Wievorka, Jean-Baptiste Prévost, Jean-Claude Ameisen, Jacques Lévy).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/L-intervention-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-l-universite-d-ete-du-Parti-socialiste-a-la-Rochelle_a834.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Jean-Pierre Chevènement répond à la lettre de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste</title>
   <updated>2009-07-16T12:01:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-repond-a-la-lettre-de-Martine-Aubry-premiere-secretaire-du-Parti-socialiste_a818.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2009-07-15T23:05:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Martine Aubry a adressé une lettre aux responsables des partis et mouvements de gauche et écologistes. Voici la réponse que Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement Républicain et Citoyen, lui a adressé en retour.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1492410-1986517.jpg?v=1289480071" alt="Jean-Pierre Chevènement répond à la lettre de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste" title="Jean-Pierre Chevènement répond à la lettre de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste" />
     </div>
     <div>
      Madame la Première Secrétaire, chère Martine,       <br />
              <br />
       J’ai bien reçu <a class="link" href="http://actus.parti-socialiste.fr/2009/07/07/lettre-martine-aubry-partis-mouvements-gauche-ecologistes/">votre lettre du 7 juillet 2009</a>. Nous partageons l’idée que « la gauche doit changer », mais elle ne saurait, selon nous, surmonter ses divisions que si, tous ensemble, nous sommes capables de procéder à une analyse sérieuse et approfondie de la « globalisation financière » ou si vous préférez, du capitalisme financier de notre temps. Ce système qui a creusé les inégalités et entraîné un profond recul de la démocratie  ne s’est pas installé d’hier. Sa crise implique que nous définissions des ripostes qui soient « à la hauteur ». Nous devons offrir un projet dans lequel le peuple français puisse se reconnaître.       <br />
              <br />
       A cet égard, nous sommes trop conscients des insuffisances que la gauche a manifestées après 1983 aussi bien que dans la période dite de la « gauche plurielle » (1997-2002) pour proposer de revenir à des formules qui ont montré leurs limites. Il a manqué et il manque encore à la gauche un « projet ».
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Nous sommes donc partisans d’Etats-généraux de la gauche où chacun pourrait exposer ses analyses et ses propositions, non pas sur un sujet particulier mais sur l’ensemble de la démarche qui permettrait de rendre un espoir à notre peuple.       <br />
              <br />
       Nous ne voulons pas noyer sous des initiatives particulières qui brouilleraient encore plus le message de la gauche, l’autocritique salubre et nécessaire et les propositions à la fois audacieuses et réalistes qui pourraient retisser un lien de confiance, aujourd’hui fortement distendu entre la gauche et les couches populaires.       <br />
              <br />
       Pour ce qui le concerne, le Mouvement Républicain et Citoyen avait proposé, lors de son dernier Congrès, les 28 et 29 juin 2008, au Kremlin-Bicêtre, <a class="link" href="http://www.mrc-france.org/Un-contenu-et-un-chemin-pour-la-creation-d-un-grand-parti-de-toute-la-gauche_a30.html">une « refondation républicaine » de toute la gauche</a>. Qu’entendons-nous par là ? Qu’en toutes choses l’intérêt du pays soit notre boussole. C’est cette exigence républicaine qui pourrait permettre de déboucher sur la création d’un grand parti de toute la gauche seul capable de fournir l’électrochoc nécessaire. Nous constatons que notre offre n’a rencontré aucun écho de la part de la direction du parti socialiste, <a class="link" href="http://actus.parti-socialiste.fr/2009/07/07/lettre-martine-aubry-partis-mouvements-gauche-ecologistes/">jusqu’à votre lettre du 7 juillet 2009</a> évoquant une « maison commune », aux contours, il est vrai, pour le moins imprécis.       <br />
              <br />
       Le redressement de la construction européenne, le rôle que la France peut y prendre, la conception républicaine de la nation sont évidemment des questions clés. L’est également l’élaboration d’un nouveau modèle de développement qui soit soutenable dans la durée et tienne compte de la nouvelle multipolarité du monde. Entre les Etats-Unis et la Chine dont la relation structurera le XXIe siècle, la France et l’Europe ont des intérêts légitimes à défendre, à commencer par ceux de nos couches populaires, particulièrement éprouvées par les délocalisations d’activités.        <br />
              <br />
       L’intérêt général de notre peuple et celui de l’Humanité tout entière, ne sont pas contradictoires. Encore faut-il inventer un nouveau chemin. C’est à cela qu’une gauche digne de ce nom devrait consacrer ses efforts. Pour ne pas décevoir à nouveau, la gauche doit tenir un discours de vérité.        <br />
              <br />
       C’est dans cet esprit que le Mouvement Républicain et Citoyen est prêt à participer à la rentrée à une rencontre des partis de gauche qui permette de « débroussailler le terrain ».       <br />
              <br />
       Je vous prie de croire, Madame la Première Secrétaire et chère Martine, en l’assurance de ma meilleure pensée.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-repond-a-la-lettre-de-Martine-Aubry-premiere-secretaire-du-Parti-socialiste_a818.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Elections européennes : la position du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen</title>
   <updated>2009-03-22T18:23:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Elections-europeennes-la-position-du-Conseil-national-du-Mouvement-Republicain-et-Citoyen_a780.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1284392-1685026.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-03-22T18:22:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Résolution adoptée par le Conseil National du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 22 mars 2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1284392-1685026.jpg?v=1289480063" alt="Elections européennes : la position du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen" title="Elections européennes : la position du Conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen" />
     </div>
     <div>
      La gauche, toute la gauche, a aujourd’hui la responsabilité historique d’apporter une réponse à la crise sans précédent qui frappe et frappera demain encore plus fort, crise historique du capitalisme, résultant elle-même d’une déréglementation généralisée engagée sous l’impulsion des Etats-Unis et dont l’Europe libérale a été depuis vingt-cinq ans le relais.       <br />
              <br />
       Le Mouvement Républicain et Citoyen a recherché loyalement <a class="link" href="http://www.mrc-france.org/Position-du-MRC-pour-les-elections-europeennes-de-juin-2009_a74.html">un accord avec l’ensemble des forces de gauche</a> pour redresser la construction européenne sur une base de projets, répondant aux besoins et aux aspirations des peuples à partir des nations, cadres premiers de la démocratie, d’une puissance publique réhabilitée, adossée à une citoyenneté relevée, dans la perspective d’un monde multipolaire régi par le Droit.       <br />
              <br />
       Le Parti socialiste s’est montré d’abord préoccupé de surmonter ses propres divisions intérieures. Quant aux organisations politiques regroupées au sein du « Front de gauche », elles n’ont pas voulu d’un accord acceptable par le Mouvement Républicain et Citoyen.       <br />
              <br />
       Le Conseil National réuni le 22 mars au Kremlin Bicêtre a constaté que les négociations engagées avec ces organisations achoppent sur une divergence de fond quant à la manière de redresser la construction européenne.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Leur rejet de la souveraineté nationale et particulièrement d’un amendement MRC indiquant qu’<span style="font-style:italic">« on ne fera pas l’Europe sans et à plus forte raison contre les nations qui sont le lieu privilégié de l’expression démocratique et de la solidarité »</span> est révélateur. Les organisations du « Front de Gauche » partagent en fait, à travers des expressions comme <span style="font-style:italic">« souveraineté européenne », « assemblée constituante européenne »</span>, les mêmes postulats illusoires que ceux qui ont conduit les sociaux-libéraux à accepter, au nom de la supranationalité, la prise en otage de la construction européenne par le capitalisme financier mondialisé.       <br />
              <br />
       Faire croire à notre peuple qu’on peut redresser la ligne sociale-libérale sur la base de postulats illusoires procéderait d’une démagogie trompeuse à laquelle nous nous refusons. La République ne peut se dissoudre dans le mouvementisme.       <br />
              <br />
       Une alliance électorale sans principe ni débouché stratégique ne correspondrait pas à notre conception de l’action politique. Le MRC constate que la gauche aujourd’hui n’offre malheureusement pas de débouché politique à la crise et à la protestation sociale : le PS n’a pas rompu avec sa ligne sociale-libérale, comme l’a montré la ratification du traité de Lisbonne par la majorité de ses parlementaires. Le « Front de gauche » n’offre pas de perspective sérieuse de redressement. Le NPA ne veut pas venir au pouvoir.       <br />
              <br />
       Dans ces conditions le MRC développera sa propre ligne républicaine. Il publiera son propre texte d’orientation dans les prochains jours. Il préparera les échéances qui viennent et plus particulièrement celles de 2012 qui seules permettront de relever la France et la République et de réorienter vraiment la construction européenne.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Elections-europeennes-la-position-du-Conseil-national-du-Mouvement-Republicain-et-Citoyen_a780.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Appel à une refondation de toute la gauche</title>
   <updated>2009-04-30T23:31:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Appel-a-une-refondation-de-toute-la-gauche_a697.html</id>
   <category term="Grands textes" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1056801-1336577.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2008-10-02T12:40:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement a adressé dans le courant du mois de juin 2008, cet appel à une refondation de la gauche aux responsables du Parti socialiste (François Hollande), du Parti communiste (Marie-George Buffet) et du Parti radical de gauche (Jean-Michel Baylet). Il réitère son appel à débattre de ce texte.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1056801-1336577.jpg?v=1477143904" alt="Appel à une refondation de toute la gauche" title="Appel à une refondation de toute la gauche" />
     </div>
     <div>
      A moins de quatre ans de la prochaine élection présidentielle qui est devenue, dans notre système politique, l’élection directrice, celle autour de laquelle toutes les autres s’ordonnent, nous devons porter un regard lucide sur le rapport des forces à l’échelle mondiale afin de créer l’évènement qui permettra d’ouvrir à la France un nouveau chemin de progrès.       <br />
              <br />
       Trois échecs successifs à l’élection présidentielle depuis 1995 n’ont pas été l’effet du hasard. Ils s‘enracinent dans la distance prise à l’égard de la gauche par l’électorat populaire. Cette distanciation a elle-même des causes anciennes et profondes. Le projet que nous portions dans les années soixante-dix s’est heurté de plein fouet à la victoire du néo-conservatisme libéral, au tournant des années quatre-vingt et à la politique d’ouverture généralisée des marchés, y compris des marchés de capitaux. Le capitalisme financier a pris progressivement le pas sur le capitalisme industriel. Avec l’effondrement du communisme, les multinationales ont mis en concurrence les territoires et les main-d’œuvre à l’échelle mondiale, entraînant une délocalisation ouverte ou sournoise des activités des pays anciennement industrialisés vers les pays émergents à bas coût salarial, dont certains sont dotés d’immenses « armées de réserve industrielles ». Le développement des fonds spéculatifs et des fonds de pension a abouti à l’instauration d’une véritable « dictature » de l’actionnariat. Mais, victime de ses excès, la « globalisation » est entrée en crise profonde avec la dérive du système financier, le retour de l’inflation et l’éclatement du système monétaire international.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – La « globalisation » est entrée en crise</b>       <br />
              <br />
       Cette « globalisation », en effet, est un phénomène à la fois économique et politique. Ce serait rester à la surface des choses que de voir dans les « subprimes » américaines et les dérives du capitalisme financier à l’échelle mondiale la cause essentielle de la crise actuelle. Le surendettement des ménages américains a été encouragé par les autorités publiques pour sortir de la précédente crise née de l’explosion de la bulle technologique, en septembre 2000. La réalité est que les Etats-Unis ont depuis longtemps un train de vie qui dépasse leurs moyens. Ils ont proclamé imprudemment la fin de l’Histoire après la chute de l’Union Soviétique. L’Histoire les a rattrapés. Les pays émergents se sont autonomisés. L’Hyperpuissance américaine a cru pouvoir pratiquer une politique de fuite en avant avec un déficit commercial abyssal. Elle est devenue tributaire des réserves de change chinois. Enfin, l’Administration Bush a entraîné ses alliés en Irak, provoquant, au nom de « la guerre contre la terreur », un véritable « clash des civilisations ».       <br />
              <br />
       Les Etats-Unis se trouvent confrontés aujourd’hui à trois problèmes cumulatifs : la récession économique, la chute du dollar, l’enlisement en Irak et au Moyen-Orient. Ils n’ont plus les moyens de maintenir seuls leur domination mondiale. Avec un budget militaire de 640 Milliards de dollars (plus de la moitié des budgets de défense à l’échelle mondiale), les Etats-Unis cherchent en Europe et en Asie des supplétifs. Cette situation est très dangereuse. Nous n’avons pas à nous mettre à la remorque d’une politique américaine sur laquelle nous n’exerçons aucun contrôle, comme le fait Nicolas Sarkozy en subordonnant notre défense à l’organisation militaire intégrée de l’OTAN.        <br />
       C’est seulement en restant indépendants ou en se donnant les moyens de le devenir, que la France et l’Europe se feront respecter et pourront modérer utilement et orienter l’usage de l’Hyperpuissance américaine. En effet, ce sont les règles du jeu à l’échelle mondiale qui doivent être modifiées, dans le cadre d’un monde multipolaire rendu d’ailleurs inévitable par la montée des grands pays émergents (Chine – Inde – Brésil, etc.) et le retour de la Russie.       <br />
              <br />
       Là sont les rôles de l’Europe et de la France, levier de notre responsabilité au monde. Nous voulons rester les alliés des Etats-Unis. L’opinion publique européenne est éprise de paix. Elle souhaite que les Etats-Unis redeviennent la grande nation qu’ils sont, en acceptant la réalité d’un monde multipolaire nourri par le dialogue des cultures et régi par le droit.       <br />
              <br />
       La crise de la « globalisation » bat en brèche les postulats libéraux auxquels la gauche française s’est heurtée depuis plus de deux décennies : ainsi le libre-échangisme, car personne, même à l’O.M.C, n’attend plus d’une nouvelle libéralisation des échanges un rebond de la croissance à l’échelle mondiale. Ainsi encore le refus des politiques industrielles au nom d’une conception idéologique de la concurrence libre qui a fini par paralyser l’action publique. Enfin, le refus de l’intervention des Etats, car même les pays les plus libéraux renflouent, sur fonds publics, leur système financier et même leurs grandes entreprises industrielles. Tout montre qu’après trois décennies de « globalisation » succédant aux « trente glorieuses » du New Deal, un nouveau cycle historique est près de s’ouvrir.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Une nouvelle politique est possible</b>        <br />
              <br />
       <span class="u">C’est à l’échelle mondiale qu’il faut agir.</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A)	Au niveau mondial</span>       <br />
              <br />
       Les désordres monétaires sont devenus insupportables. Des fourchettes de parités doivent être définies et défendues collectivement. Les Etats-Unis doivent rétablir leur épargne. Ils peuvent être aidés à retrouver l’équilibre de leur balance commerciale par une croissance concertée des autres parties du monde. Il faut aussi que les grands pays émergents prennent davantage en compte chez eux les besoins de leur population, ainsi que le respect, au Nord, des équilibres sociaux et, dans le monde, des exigences environnementales. C’est à ce prix seulement que les pays anciennement industrialisés pourront continuer à ouvrir leurs marchés à une concurrence qui repose sur l’avantage comparatif d’un très bas coût de main d’œuvre. Une régulation concertée des échanges internationaux est nécessaire. Elle devra ménager l’accès libre aux marchés des pays riches des produits des pays les moins avancés, et notamment de l’Afrique. Leurs productions, à l’inverse, doivent être protégées. L’aide publique au développement, scandaleusement négligée, devra être rétablie et accrue. Les institutions financières internationales devraient trouver une nouvelle vocation dans la correction des inégalités croissantes de développement. Cette nouvelle donne ne sera rendue possible que par une mobilisation de l’opinion mondiale et par la réunion de grandes conférences internationales sur le modèle de Bretton-Woods en 1944-45, et l’acceptation par tous de nouvelles règles d’organisation collectives.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B)	Au niveau européen</span>       <br />
              <br />
       La voix de l’Europe sera essentielle, en tant qu’elle donne l’exemple, malgré toutes ses imperfections, du dépassement d’animosités séculaires entre les peuples. Mais l’exemple de l’Europe ne sera convaincant que si elle-même se révèle capable d’organiser un modèle équilibré de développement.        <br />
       A cet égard l’instauration d’un gouvernement économique de la zone euro est un enjeu décisif. Une politique de change moins pénalisante pour l’activité, la mise en œuvre de politiques contracycliques fondées sur l’investissement et la Recherche, créeront un environnement propice pour l’harmonisation sociale et fiscale et la promotion des services publics. L’Europe ne peut se résumer à la mise en concurrence des systèmes sociaux. Il est temps de lui donner un contenu progressiste. Le rôle de l’Allemagne sera déterminant. Celui de la France n’est pas moins important pour réorienter la construction européenne dans le nouveau contexte mondial. Les institutions européennes ont l’impérieux devoir de réagir, en s’appuyant davantage sur les Etats qui restent les principaux acteurs de l’initiative publique.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">C)	Au niveau national</span>       <br />
              <br />
       L’urgence première sera de faire face à la récession qui vient. Aucun moyen ne devra être négligé, y compris l’intervention de fonds d’épargne publics, pour préserver le tissu industriel. L’éducation, la recherche, et plus généralement une politique d’investissements seront favorisées. La cohésion sociale, l’activation du sentiment républicain, la solidarité civique face à toutes les formes de communautarisme seront constamment recherchées. Une véritable écologie, au service de l’humanité tout entière, ne saurait s’enraciner que sur le terreau des Lumières, rejetant toutes les formes d’obscurantisme. Tel est notamment le cas pour ce qui est de la lutte contre le réchauffement climatique et pour un développement durable. La science et la culture doivent, en effet, rester au cœur de notre action.       <br />
              <br />
              <br />
       Pour porter cette ambition pour la France, pour une Europe européenne et pour un monde plus humain, il nous faut, sans tarder, en réunir les moyens. La gauche française ne peut forcer l’avenir qu’en dépassant ses tropismes. Il est urgent pour elle de prendre <span style="font-style:italic">un nouveau départ</span> et pour cela d’organiser <span style="font-style:italic">« l’évènement »</span> qui, trente-sept ans après Epinay, permettra une nouvelle refondation, comme elle a su le faire à chaque étape de son histoire. Cet évènement ne saurait être que <span style="font-style:italic">la création d’un grand rassemblement de toute la gauche</span>, ouvert à toutes ses sensibilités, radicales voire utopiques ou au contraire plus gestionnaires. La question n’est pas de savoir jusqu’où ira le rassemblement. L’impératif c’est le rassemblement lui-même qui doit se faire avec l’ensemble des hommes et des femmes de gauche et de progrès, mais en conservant la visée unitaire qui a toujours permis les grandes avancées de la gauche. Beaucoup des clivages hérités du passé ont été tranchés par l’Histoire. D’autres se sont déplacés et doivent être résolus par le débat.        <br />
              <br />
       Ce serait faire un énorme cadeau à la droite conservatrice que de vouloir camper côte à côte un parti social-libéral tourné vers le centre et un parti se disant révolutionnaire cherchant à capter, sans vue d’ensemble, toutes les contestations quelle qu’en soit la nature. Une grande fédération de toute la gauche doit se définir, d’une part, à travers une analyse du monde et précisément de la globalisation libérale et, d’autre part, à travers un projet comportant des éléments programmatiques réalisables.        <br />
              <br />
       Avant de se poser le problème des alliances, la gauche doit savoir où elle habite. Elle vise à rassembler le monde du travail sur un projet humaniste. Elle porte l’héritage républicain qui, à partir de la notion d’intérêt général, permet le dépassement des intérêts particuliers, des égoïsmes, des corporatismes et des communautarismes. La pluralité d’appartenances conduit à définir une multiplicité d’intérêts généraux qu’il faudra savoir hiérarchiser, à travers un projet nouant ensemble l’intérêt national, l’intérêt européen et les intérêts de l’humanité dans son ensemble.        <br />
       Rien là qui ne soit conforme au patriotisme républicain et à l’internationalisme, dont Jaurès avait su montrer la complémentarité.       <br />
              <br />
       La valorisation du travail, la recherche de l’égalité et d’un progrès mieux partagé, l’épanouissement individuel prenant tout son sens dans un dessin de réussite collective, la promotion du sens des responsabilités, bref du civisme, constituent un socle de valeurs pour l’édification d’une République moderne, démocratique et sociale.       <br />
              <br />
       A partir de ces orientations, nous proposons que toutes les organisations et toutes les personnalités de gauche et de progrès qui le voudront réunissent dans tous les départements des forums de l’Unité. Ces forums, largement ouverts, auront à traiter quelques sujets clés :        <br />
              <br />
       -	l’analyse de la globalisation et des conséquences à en tirer pour l’action de la gauche ;       <br />
       -	la valorisation du travail ;       <br />
       -	l’avenir de la protection sociale ;       <br />
       -	les enjeux de l’éducation et de la recherche ;       <br />
       -	la forme du nouveau rassemblement à créer.       <br />
              <br />
              <br />
       Ces forums pourraient déboucher sur des <span style="font-style:italic">Assises de la gauche en 2009</span> qui prépareraient, sur la base d’un projet clair, un <span style="font-style:italic">Congrès de la fédération de toute la gauche</span> anticipant sur le possible grand parti qu’il nous faudra créer. C’est à l’occasion de ce moment que serait élu, au suffrage universel des militants, le candidat de la gauche à l’élection présidentielle de 2012. Ce candidat ne serait pas seul. Il serait porté par un projet collectif et par un élan qu’il nous appartient de faire lever sans attendre dans le pays.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Appel-a-une-refondation-de-toute-la-gauche_a697.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain</title>
   <updated>2009-04-30T23:31:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Aider-le-peuple-francais-a-renouer-avec-son-Histoire-pour-construire-une-Europe-des-peuples-dans-le-monde-multipolaire_a669.html</id>
   <category term="Grands textes" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1029568-1295193.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2008-09-07T14:09:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Projet d’intervention de Jean-Pierre Chevènement lors de l'université d'été du MRC, Belfort, dimanche 7 septembre 2008 (seul le prononcé fait foi). Le discours intégral est disponible en format audio à la fin de l'article.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1029568-1295193.jpg?v=1473375177" alt="Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain" title="Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain" />
     </div>
     <div>
      <b>I – Le ralliement à contretemps de la gauche au libéralisme.</b>       <br />
              <br />
       La crise de la gauche en France et en Europe tient pour l’essentiel, à mon sens, au fait qu’elle s’est progressivement résignée à accepter comme une fatalité la domination du capital financier, la dictature de l’actionnariat et la loi des multinationales qui, au nom de la globalisation, mettent en concurrence les territoires et les mains-d’œuvre. La mondialisation est une stratégie. Les « armées de réserve industrielle » des pays à bas coûts de production pèsent sur les salaires et la protection sociale en France et en Europe occidentale, mais les pays émergents comme la Chine ne sont pas les premiers responsables de cette régression. Le capitalisme financier qui les domine, eux aussi, n’a pas attendu l’émergence de ces pays pour opérer, dès les années quatre-vingt, le grand renversement du partage de la valeur ajoutée entre le travail et le capital au profit de ce dernier. C’est ce capital financier qui met en œuvre la stratégie de la globalisation. Le chômage a été le principal moyen utilisé pour opérer  une véritable déflation salariale, ainsi en France à partir de 1983.       <br />
              <br />
       La dérégulation qui a suivi s’insérait dans un dessein libéral néo-conservateur, né dans le monde anglo-saxon et mis en œuvre à partir de la victoire électorale en Grande-Bretagne de Mme Thatcher en 1979 et de M. Reagan aux Etats-Unis, l’année suivante. Cette volonté de déréglementation généralisée théorisée au départ par des économistes comme Friedrich Hayek et Milton Friedman, a correspondu à la volonté des Etats-Unis d’ouvrir les marchés aux produits de leurs multinationales et à leurs investissements, en cassant l’intervention des Etats dans l’économie et en faisant reculer partout, y compris à domicile, l’Etat providence. Cette politique a été mise en œuvre, au niveau mondial, par le GATT, devenu OMC en 1994, et par les politiques d’ajustement structurel du FMI. Elle a été relayée par l’Europe libérale  à travers l’Acte Unique de 1987 et le traité de Maastricht de 1992. Elle a enfin été parachevée politiquement par le rapprochement entre les Etats-Unis et la Chine, et l’ouverture de celle-ci aux multinationales dans les années 78-80, et surtout par l’implosion du communisme en 1989-91, suivie de l’application de thérapies de choc libérales aux ex « pays socialistes ». Pour la première fois depuis 1914, l’économie de marché coïncidait à nouveau avec les limites de la planète. C’est ce capitalisme financier qui n’a pu se développer et ne peut se survivre qu’avec le soutien de l’Hyperpuissance américaine qui se débat aujourd’hui dans d’insolubles contradictions. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      On se souvient des théories de Francis Fukuyama proclamant, au début des années quatre-vingt-dix « la fin de l’Histoire ». En France, François Furet, dès 1989, déclarait « la Révolution française terminée », en fait, selon lui, depuis Gambetta. La gauche n’avait plus qu’à se convertir au libéralisme. Ce qu’elle a fait avec peut-être plus de réticences apparentes en France que dans le reste de l’Europe, avec Tony Blair en Grande-Bretagne, d’Allema et Walter Veltroni en Italie et Gerhard Schröder en Allemagne, mais qu’elle a fait quand même, à mots couverts, pour finir aujourd’hui par un ralliement officiel au libéralisme, sous couleur de « modernité ». Ralliement si tardif qu’il s’opère aujourd’hui à contretemps : pour s’afficher « moderne », on se dit libéral, au moment où la globalisation libérale entre dans une crise systémique qui, pour la première fois, ouvre la perspective de sa remise en cause !       <br />
              <br />
       A son Université d’été de La Rochelle, le parti socialiste a donné le sentiment de se désintéresser des questions de fond, qu’il s’agisse de la crise économique mondiale ou des risques d’une nouvelle guerre froide sur notre continent. Le débat sur l’Europe qui avait traversé le parti socialiste lui-même en 2005 a été refermé. Cette attitude n’est pas tenable dans la durée.        <br />
              <br />
       La gauche européenne qui a longtemps défendu « l’Etat-Providence », retarde de plusieurs guerres, pour n’avoir pas su inscrire son projet dans une analyse d’ensemble de l’évolution du capitalisme financier contemporain et de la crise de la globalisation libérale.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Une méconnaissance de la nature même de la globalisation.</b>       <br />
              <br />
       Comme ses homologues européens, le parti socialiste en France méconnaît, dans la plupart de ses composantes, le rôle central des Etats-Unis dans la globalisation. Ce sont eux qui, dès les années soixante-dix, l’ont impulsée en faisant du dollar la monnaie mondiale, et en se comportant comme si cette monnaie était seulement la leur. John Mc Cain est toujours sur cette ligne quand il déclare : « Le libre-échange sert la politique extérieure des Etats-Unis. » Terrible cécité : La crise financière actuelle n’est pas seulement la conséquence d’une politique bancaire aventurée. Elle résulte du fait que, depuis longtemps, les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens. Leur déficit commercial dépasse 700 milliards de dollars, soit 6 % de leur PIB. L’endettement des ménages américains, encouragé par le Trésor et le Federal Reserve Board, équivaut à ce même PIB. L’épargne américaine est dramatiquement insuffisante. Le financement de l’économie des Etats-Unis n’est possible que parce que celle-ci capte 80 % de l’épargne mondiale ! Le monde marche ainsi sur la tête. Pour enrayer la chute du dollar, les Etats-Unis ont choisi avec M. Bush la fuite en avant dans le domaine de la politique extérieure, avec le dessein de contrôler l’essentiel des richesses pétrolières et gazières mondiales. Malgré un budget militaire colossal de plus de 450 milliards de dollars, à lui seul la moitié des budgets de la défense dans le monde, les Etats-Unis se trouvent aujourd’hui enlisés militairement en Irak et en Afghanistan. Le choix est aujourd’hui entre le désengagement ou l’escalade. Logique avec lui-même, M. Mc Cain déclare que les troupes américaines resteront en Irak cent ans, s’il le faut.       <br />
              <br />
       C’est cette logique globale que les gauches européenne et française, dans leur majorité, se refusent à comprendre. Elles vivent dans l’illusion irénique qu’un retrait américain d’Irak suffirait à résoudre le problème. La crise de la globalisation libérale et le destin de l’Empire américain sont étroitement liés : on ne peut envisager une refondation progressiste de l’ordre international et l’organisation à l’échelle mondiale d’un nouveau « New-Deal » que dans le cadre d’un monde multipolaire régi par le droit et d’institutions internationales rénovées. C’est cette absence de vision historique et géopolitique qui explique l’incapacité de la gauche française et européenne à proposer une politique réellement alternative. Bien entendu, cette incapacité s’enracine aussi dans un attachement à l’hégémonie américaine, lié à un passé révolu. J’ai parlé d’« occidentalocentrisme » à propos de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy. En réalité, cet occidentalocentrisme se retrouve largement dans la pensée de la majorité des dirigeants du PS, ce qui explique leurs contradictions dans le domaine de la politique extérieure, y compris européenne. C’est ainsi qu’ils se révèlent incapables de remettre en cause l’orientation libérale de la construction européenne : beaucoup de dirigeants socialistes ont volé au secours de Nicolas Sarkozy pour faire approuver le traité de Lisbonne. C’est ainsi encore qu’on voit certains de ces dirigeants se lancer dans de dangereuses surenchères sur la situation en Géorgie, comme si celle-ci n’était pas aussi le résultat de la politique américaine mise en œuvre pour s’assurer le contrôle des richesses pétrolières et gazières autour de la Mer Caspienne. Ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy utilise Bernard Kouchner et Jean-Pierre Jouyet pour mettre en œuvre sa politique. Celle-ci reflète le consensus de l’Establishment financier et des élites bien pensantes pour mettre en œuvre la politique que j’ai décrite comme « du pareil au même ».       <br />
              <br />
       Nous sommes donc confrontés à l’incapacité actuelle de la gauche française à « penser mondial ». La plupart des courants majoritaires du parti socialiste ne se distinguent guère dans la surenchère social-libérale. Ils veulent tous « adapter la France à la mondialisation ». Ils comptent avant tout sur les difficultés et les échecs de la droite pour revenir au pouvoir en 2012. Or, à préparer une alternance sans alternative, ils prennent le risque de se couper non seulement des couches populaires abandonnées à la droite dure ou à la gauche radicale, mais aussi de cette fraction consciente de l’électorat qui entend se déterminer d’abord en fonction des intérêts du pays et d’un projet politique convaincant que j’appelle le « courant républicain », soit deux à trois millions d’électeurs, une minorité donc, mais bien souvent capable de faire la décision.       <br />
              <br />
       Beaucoup d’hommes de gauche sincères se bercent encore de l’illusion que l’Union européenne à vingt-sept puisse agir par elle-même pour infléchir le cours de la globalisation libérale, ce dont à mon sens elle est absolument incapable sans une reprise de conscience politique de ses nations, et d’abord de la nôtre.       <br />
              <br />
       L’incapacité de la gauche française et européenne à « penser mondial » s’enracine donc dans la crise de l’idée républicaine et dans le discrédit de la nation comme vecteur principal de notre responsabilité vis-à-vis du monde : telle est la thèse que je voudrais au moins esquisser en conclusion de notre Université d’été.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Démonisation des nations et régression démocratique.</b>       <br />
              <br />
       1.	La construction européenne telle qu’elle s’est faite après les deux guerres mondiales a reposé sur l’illusion d’une démocratie post-nationale. Or, la démonisation et la démobilisation des nations comme cadre politique opératoire au profit d’une Europe dominée par des instances technocratiques - Commission, Banque Centrale, Cour de Justice européenne – dont la prépotence ne peut être dissimulée par les oripeaux d’un Parlement fantôme, a livré nos pays d’Europe à des politiques libérales menées au nom du « principe de la concurrence », relayant sur notre continent la globalisation libérale impulsée par les Etats-Unis.        <br />
              <br />
       Ce sont les peuples qui ont été frappés d’impuissance par cette démonisation de la nation. Quand on prive les peuples de leur passé, on les prive également de leur avenir. La France serait le pays de l’affaire Dreyfus, le pays de la collaboration et de Vichy, le pays du « Code noir » et de l’esclavagisme, un pays indécrottablement colonialiste. Il faut donc rappeler que la France c’est le pays de la Révolution française dont les adversaires animés par une féroce idéologie antiégalitaire et antisémite ont réussi, en 1894, à faire condamner le capitaine Dreyfus. Mais on oublie de rappeler que dans cette affaire ce sont les républicain, à la fin, qui ont gagné : le capitaine Dreyfus a été solennellement réhabilité en 1906 et la République est sortie victorieuse par la voie du suffrage universel de sa confrontation avec les courants nationalistes et antisémites de la fin du XIXe siècle.        <br />
              <br />
       Les contempteurs de la nation nous expliquent que la France a été irréparablement souillée par la collaboration. Ils oublient de dire que la France n’a pas mis au pouvoir un gouvernement fasciste par la voie des urnes. En 1936 elle a élu une Chambre de Front Populaire. La défaite de 1940 a été préparée et utilisée  par les adversaires de la République. Mais a-t-on le droit d’oublier le général de Gaulle, la France Libre, Jean Moulin, la Résistance et l’hostilité de l’immense majorité du peuple français à l’occupant nazi ?       <br />
              <br />
       Les mêmes contempteurs de la nation française veulent faire de celle-ci la complice du « Code Noir » et de l’esclavagisme. C’est oublier le combat des philosophes, la Révolution, l’abolition de l’esclavage en 1794 par Robespierre et en 1848 par la Seconde République et Victor Schoelcher.        <br />
              <br />
       La France serait un pays indécrottablement colonialiste. On retient Voulet-Chanoine mais on oublie Savorgnan de Brazza. On oublie que le peuple français consulté par référendum s’est prononcé massivement pour l’autodétermination de l’Algérie en 1962 et par conséquent pour son indépendance dans la coopération avec la France. Il faut renouer avec notre histoire, avec ses ombres certes, mais aussi avec ses lumières ; C’est la seule manière pour notre peuple de retrouver la raisonnable confiance en lui-même dont il a besoin pour construire à nouveau son avenir.       <br />
              <br />
       Et de la même manière les autres peuples d’Europe doivent renouer avec le fil de leur Histoire pour qu’ensemble nous puissions nous tourner vers l’avenir.       <br />
              <br />
       2.	En même temps que la mise en congé de la nation républicaine débouchait sur la crise du civisme, l’avènement du « tout marché » entraînait le creusement des inégalités, la mise à l’encan des services publics, et le repli sur soi. C’est ainsi que le Président de la Poste, M. Jean-Paul Bailly, déclarait, selon Le Figaro du 29 août, que la mise en Bourse de la Poste aurait deux avantages : « elle aurait l’assentiment de la Commission européenne et pourrait créer un choc culturel au sein de l’entreprise ». Nous sommes bien placés dans nos départements pour observer, avant l’heure, les conséquences de cette privatisation du service public : fermetures de bureaux de postes dans les zones rurales, et les quartiers périphériques, allongement des délais d’acheminement du courrier ordinaire, au prétexte d’affronter la concurrence. C’est à juste titre que le Comité de liaison de la gauche a décidé de lancer une pétition contre la privatisation de la poste.       <br />
              <br />
       Mais cette libéralisation à outrance n’est pas tombée du ciel : elle a été voulue ou acceptée par tous nos gouvernements successifs – faut-il rappeler les sommets de Lisbonne et de Barcelone ? M. Jouyet officiait déjà au cabinet du Premier ministre … C’est au nom de la concurrence qu’on a libéralisé les prix de l’énergie, au bénéfice, paraît-il, du consommateur. Curieusement, la facture de l’électricité et du gaz a explosé ! Demain la concurrence prévaudra aussi dans le domaine ferroviaire.       <br />
              <br />
       La politique de M. Sarkozy donne ainsi une cohérence d’ensemble à un choix d’alignement sur le tout-marché : le pouvoir d’achat est rogné par l’inflation. Le gouvernement prétend le sauvegarder en supprimant les protections dont bénéficiaient les petits commerces de centre-ville. En fait, « travailler plus et gagner moins », tel est le programme réel que des économistes soutenant le gouvernement, tel M. Nicolas Baverez, revendiquent ouvertement. Sous le nom de « révision générale des politiques publiques », c’est un repli systématique de l’Etat qui se met en œuvre autour des chefs-lieux de régions, laissant les autres départements en quasi déshérence du point de vue de l’administration de l’Etat. Le département lui-même, en tant que collectivité décentralisée, est menacé au prétexte de la suppression d’un échelon administratif, sans qu’on réponde à la question de savoir à quel niveau ses compétences, notamment en matière sociale, seraient mieux exercées. Chacun sent bien que c’est le service public de proximité qui en souffrira en premier lieu. Tout cela se passe en silence, en l’absence de tout débat public.       <br />
              <br />
       En réalité, la politique de M. Sarkozy est télescopée de plein fouet par la crise de la globalisation libérale. Le « fondamentalisme de marché » qui a soutenu le thatchérisme, le reaganisme, le consensus de Washington et, en France, la politique de rigueur, a creusé partout les inégalités, nourri la spéculation et engendré une crise systémique sans précédent. Joseph Stieglitz, prix Nobel d’Economie, a dénoncé l’illusion selon laquelle « les marchés sont auto correcteurs, distribuent efficacement les ressources et servent l’intérêt général. » Or c’est cette illusion-là qui soutient partout les politiques libérales au niveau national, européen et mondial.       <br />
              <br />
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       <b>IV – Caractère central de la question européenne dans la refondation de la gauche</b>       <br />
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       La politique mise en œuvre par M. Sarkozy est une facette redoublée de cette politique néfaste que poursuit dans toute l’Europe la Commission européenne. C’est pourquoi il n’est pas possible d’ouvrir une alternative véritable sans remettre en cause l’orientation libérale imposée d’en haut par les instances européennes. Cette constatation de bon sens rencontre fréquemment l’objection que les politiques européennes sont celles qu’ont acceptées au Conseil des ministres les gouvernements nationaux. Cette objection fréquemment avancée par beaucoup de dirigeants socialistes ne tient pas la route, car le poids de la bienpensance européenne est tel que les gouvernements nationaux sont d’avance tétanisés à l’idée de vouloir s’en affranchir tant soit peu : ils seraient aussitôt taxés de régression « nationaliste », et mis au ban de l’Europe bien pensante, c’est-à-dire libérale.       <br />
              <br />
       C’est pourquoi la tâche de la gauche n’est pas seulement de réhabiliter le concept de nation républicaine comme communauté de citoyens mais d’en faire le vecteur d’une autre idée de l’Europe. Car l’Europe de MM. Barroso et Solana est une Europe anémiée, invertébrée, réduite à une bien-pensance libérale qui l’empêche d’être un acteur de son destin.       <br />
              <br />
       L’Europe a besoin de l’entente de ses nations et d’abord de ses grandes nations : l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, la Grande-Bretagne, la Pologne délivrée des cauchemars du passé et j’ajoute même la Russie. Comment oublier qu’en 2003 c’est l’entente du Président de la République française, du Chancelier de l’Allemagne fédérale et du Président russe qui ont privé l’invasion américaine de l’Irak du sceau de la légalité et par conséquent de la respectabilité internationale ? Immense service rendu à la cause de ce qu’on appelle le dialogue des civilisations ou plus justement dialogue des cultures. L’Europe a besoin de nations vivantes et démocratiques capables de s’inscrire ensemble dans une vision partagée de l’avenir. Une vision de progrès social mais aussi d’identité politique par rapport aux autres aires géographiques de la planète. L’Europe ne peut pas être une filiale ou plutôt un ensemble de filiales de la holding américaine.       <br />
              <br />
       Il faut avoir le courage d’affronter la question européenne. Nous ne sommes évidemment pas contre l’idée européenne. Au contraire, nous sommes favorables à l’organisation d’une Europe à géométrie variable, car fondée sur la démocratie qui vit dans ses nations. Nous militons pour un gouvernement économique de la zone euro afin de contrebalancer l’omnipotence actuelle de la Banque Centrale européenne et de mieux protéger nos industries. Nous ne croyons pas non plus que la France soit vouée à s’effacer pour s’aligner sur la politique décidée à Washington. C’est pourquoi nous avons toujours refusé et nous refuserons toujours de donner congé à la souveraineté populaire. Nous savons que l’idée même du peuple français est aujourd’hui en danger parce qu’elle est combattue de droite par les élites ralliées à la domination du capital financier et souvent aussi, hélas, de gauche, par des courants libéraux ou même anarchistes qui n’ont jamais compris ce qu’est la République.       <br />
              <br />
       La République porte des idéaux universels mais elle s’enracine dans une identité collective, celle de la France. Oublier notre histoire, ignorer une géopolitique élémentaire, ne plus savoir même quelle place nous occupons sur la carte du monde, c’est évidemment méconnaître les intérêts fondamentaux de notre peuple, s’exposer à de terribles régressions, laisser la France et sa riche histoire à la droite et à l’extrême droite. Cette vue myope des choses serait suicidaire pour la gauche en France mais aussi en Europe..       <br />
              <br />
       Elle le serait d’autant plus que l’Empire américain, tel qu’il s’est établi depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, touche à sa fin. Il est clair que les Etats-Unis n’ont plus aujourd’hui la capacité de dominer seuls le monde. Ils cherchent partout en Europe, au Japon, et même en Inde, des supplétifs. Ils n’ont évidemment pas renoncé à exercer partout leur hégémonie, se concevant eux-mêmes, comme l’a rappelé utilement Hubert Védrine dans le Monde Diplomatique, comme le moyeu d’une roue de bicyclette dont chaque pays serait un rayon, s’instituant ainsi comme une sorte de « hub », de « passage obligé », pour les autres nations, en fonction du principe que chaque pays préfère l’hégémonie américaine à celle de son voisin plus puissant. Cette vision est cependant trop sommaire. Nous entrons dans une ère nouvelle où plusieurs pôles existeront dans l’ordre international : Chine, Inde, Russie, etc. La question qui se pose est celle de savoir quelle place l’Europe et la France tiendront dans cette nouvelle organisation du monde. La réponse apportée par la politique de M. Sarkozy est simple, c’est : aucune. Ni la France ni l’Europe, avec la politique de Nicolas Sarkozy, ne seront jamais un pôle dans le monde de demain.       <br />
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              <br />
       <b>V – La tentation de l’occidentalocentrisme</b>       <br />
              <br />
       Dans un livre récent, trop peu lu, « Pour une Union occidentale », M. Balladur à l’école duquel Nicolas Sarkozy s’est formé, a théorisé ce que j’appelle « l’occidentalocentrisme » : les pays de souche européenne ne sont plus aujourd’hui à l’échelle du monde qu’une minorité déclinante. Pour préserver les avantages acquis de l’Occident, en fait ceux du capital financier, il est essentiel, selon cette théorie, de resserrer les rangs autour des Etats-Unis pour faire face à la montée des pays émergents. Je résume bien entendu la thèse développée par M. Balladur, observant qu’elle est, en fait, mise en œuvre par M. Sarkozy qui inscrit la politique française dans le sillage de la politique américaine, que ce soit en Afghanistan, ou face à l’Iran, ou en Géorgie face à la Russie, ou encore en annonçant son intention de rejoindre l’organisation militaire intégrée de l’OTAN, au prétexte illusoire de construire par ailleurs une « défense européenne ».        <br />
              <br />
       De Gaulle avait soustrait nos états-majors au commandement d’officiers généraux américains pour affirmer le principe d’une France indépendante, capable de faire valoir ses vues, raisonnablement s’entend, partout dans le monde. Qui peut contester que les vues du général de Gaulle étaient prémonitoires, vis-à-vis de la Chine, sur la guerre du Vietnam, ou encore sur les conséquences désastreuses de l’occupation des territoires palestiniens pour Israël ?       <br />
              <br />
       C’est à près d’un demi-siècle de politique étrangère indépendante, ou en tout cas relativement indépendante, que M. Sarkozy va mettre fin, et il le fera au plus mauvais moment, au nom de cette théorie erronée et dangereuse que j’ai appelée « l’occidentalocentrisme ».       <br />
              <br />
       Il est bien vrai que les pays du Sud ont généralement en commun le fait d’avoir été à un moment ou à un autre colonisés par tel ou tel pays européen. Mais faut-il figer et perpétuer cette opposition Nord-Sud qui fait l’impasse sur la diversité des civilisations et des nations au Sud comme au Nord ? Qui ne voit le danger d’un tel manichéisme qui coaliserait le Nord contre le Sud et réciproquement, les pays du Sud contre un Occident blanc replié sur lui-même ou théorisant la guerre-préventive, ou pourquoi pas la possibilité de l’emploi en premier de l’arme nucléaire, comme on l’a vu faire récemment par cinq anciens chefs d’Etat-Major, dont l’Amiral Lanxade pour la France ?       <br />
              <br />
       Cette idéologie occidentalocentriste est dangereuse pour la paix. Elle est dangereuse pour l’Europe au sein de laquelle la France affirmait traditionnellement une certaine volonté d’autonomie, pour le bien des autres autant que pour le sien propre. Elle est dangereuse enfin pour la France qui ne peut méconnaître sans graves conséquences à la fois le centre de gravité de ses intérêts et sa vocation universelle. Cette idéologie occidentalocentriste n’épargne malheureusement pas des secteurs importants de la gauche.        <br />
              <br />
       L’idéologie des droits de l’homme, déconnectés des droits des citoyens, constitue une couverture commode pour toutes les dérives expéditionnaires et nous devrions davantage prêter l’oreille à ceux qui, au Sud, voient dans le « devoir d’ingérence » professé par Bernard Kouchner la résurgence d’un état d’esprit colonial ou néocolonial.       <br />
              <br />
       Je vais prendre quatre exemples qui ne m’éloigneront qu’en apparence du sujet de notre Université d’été qui est – je le rappelle – la refondation républicaine de la gauche. Celle-ci en effet ne sera possible que si la gauche rompt avec l’occidentalocentrisme et renoue avec l’universalisme républicain.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">1.	Premier exemple</span> : Etait-il bien judicieux, en septembre 2007, à la Conférence des Ambassadeurs, d’évoquer, comme l’ont fait Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, l’imminence d’une guerre avec l’Iran, alors que Barak Obama, s’il est élu en novembre prochain, évoque publiquement l’idée d’une négociation entre les Etats-Unis et ce pays ? Les expéditions militaires desservent la cause de la non-prolifération nucléaire parce qu’elles donnent un argument de poids aux pays qui veulent se doter d’une arme atomique. L’alignement français sur les positions de M. Bush a évidemment nui à nos intérêts et à notre image dans le monde.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">2.	Deuxième exemple : L’Afghanistan</span>. Le Président de la République a renforcé notre contingent militaire et étendu ses missions, contre la meilleure intuition du candidat  Sarkozy qui ne jugeait pas la contribution de nos forces « décisive » pour la solution du problème afghan. Nous voilà aujourd’hui embarqués dans une croisade pour les valeurs démocratiques, au nom d’une « guerre contre la terreur » proclamée par le Président Bush, concept extrêmement flou qui n’opère pas la distinction nécessaire entre Al Quaïda et les tribus pachtounes qui représentent plus de la moitié des Afghans. L’idée qu’on puisse faire passer l’Afghanistan du Moyen Age au XXIe siècle à coup de bombes plus ou moins téléguidées est évidemment absurde. Les guérillas auxquelles les forces de l’OTAN sont affrontées n’ont pour la plupart rien à voir avec Ben Laden. On ne fera rien en Afghanistan sans s’appuyer d’abord sur le peuple afghan. En attendant, voici nos forces enlisées derrière celles des Etats-Unis dans une zone géographique qui n’a jamais correspondu à nos intérêts géopolitiques, et associées à l’idée pernicieuse d’une « guerre des civilisations ».       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">3.	Troisième théâtre : La Géorgie et le Caucase</span>. On ne peut traiter de cette question complexe en faisant comme si la politique américaine dans cette région n’avait pas pesé lourdement dans le contentieux entre la Géorgie et la Russie et comme si l’Europe n’avait pas des intérêts propres distincts de ceux des Etats-Unis. Le partenariat stratégique avec la Russie est évidemment un enjeu décisif pour l’autonomie de notre continent et pas seulement sur le plan énergétique. Ce qui est en jeu c’est l’autonomie politique de l’Europe et sa capacité à s’affirmer comme un pôle autonome dans le monde de demain. Certes la reconnaissance par la Russie de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie est contraire au droit international mais celle du Kosovo par les Etats-Unis et la plupart des pays de l’Union européenne, ce printemps, ne l’était pas moins. La crise géorgienne démontre la folie que serait une extension de l’OTAN à la Géorgie et à l’Ukraine et l’inconséquence d’un retour de la France dans les structures militaires intégrées de l’OTAN.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">4.	Ce retour dans l’organisation militaire intégrée de l’OTAN serait une quatrième erreur</span>. Une nouvelle guerre froide diviserait notre continent. Elle peut arranger les Etats-Unis : Samuel Huntington dans « Le clash des civilisations », en 1994, n’avait pas dessiné par hasard une frontière entre une soi-disant « civilisation occidentale » et une soi-disant « civilisation orthodoxe ». « Diviser pour mieux régner » a toujours été l’adage des puissances dominantes. Mais les intérêts prioritaires de la France ne sont pas en Mer Noire et encore moins en Caspienne ou en Asie Centrale. Ils sont d’abord là où nous sommes, c’est-à-dire en Europe. Il est dangereux de se laisser entraîner trop loin du centre de gravité de ses intérêts. Il faut accepter que les valeurs universelles de la République puissent être défendues de manière différente selon qu’elles engagent ou non les intérêts fondamentaux du pays. La première mondialisation a sombré dans la première guerre mondiale que la mécanique d’alliances trop rigides a rendue inévitable. Evitons qu’il en aille ainsi de l’actuelle mondialisation américaine et que la France par le biais de l’OTAN ne soit de plus en plus entraînée selon l’expression du Général de Gaulle « dans des guerres qui ne sont pas les siennes ».       <br />
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       <b>VI – La gauche et la nation.</b>       <br />
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       La question de l’intérêt national est évidemment au cœur des débats de la gauche. Il y a ceux pour lesquels cette question existe et ceux qui, par légèreté et inconséquence, selon moi, font comme si elle n’existait pas. Je propose donc que la question de la nation républicaine soit mise au cœur du débat sur la refondation de la gauche. Elle sera ainsi fidèle à la pensée de Jaurès. Elle transcendera des clivages dépassés. Clémenceau a été l’homme de la France, mais il était aussi un homme de gauche, et on ne peut plus le démoniser aujourd’hui qu’au nom d’un révolutionnarisme dépassé, comme l’a très bien montré Michel Winnock dans la biographie qu’il lui a consacré. Et De Gaulle, qui se voulait « l’homme de la nation », qui peut contester que la France lui doit, en 1944-45, les avancées sociales les plus décisives qu’elle ait jamais connues ? La gauche, si elle veut devenir hégémonique en France, au plan des idées, doit rompre avec le sectarisme de vues étriquées.       <br />
              <br />
       Elle doit à la fois rassembler et renouer avec les couches populaires dont le patriotisme n’est pas éteint. Ringardise ? Non ! Le patriotisme défini comme l’amour des siens, à la différence du nationalisme qui est la haine des autres, est nécessaire à la renaissance du civisme ! Le sentiment d’appartenance à une identité collective forte est indispensable à l’acceptation de règles définies en commun.       <br />
              <br />
       Notre pays vit une grave crise de société et d’identité. Il doit réapprendre à s’aimer et il ne pourra s’aimer qu’en parlant librement aux autres. La France d’aujourd’hui ne tient plus par grand-chose, sinon par ce qui reste du service public et par l’exceptionnel maillage démocratique de ses communes. Mais combien cela est fragile !       <br />
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       <b>VII – Une gauche de projet</b>       <br />
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       C’est donc d’un sursaut civique et démocratique que peut procéder le redressement. Ce redressement est la tâche qui incombe à une gauche refondée. Si la gauche n’est pas capable de concevoir ce sursaut salvateur, elle ne reviendra pas au pouvoir en 2012, car il ne faut pas sous-estimer Nicolas Sarkozy ou tomber dans un antisarkozysme primaire ; la gauche a besoin d’un projet solide s’inscrivant dans une vision d’avenir et non d’une opposition systématique et quasi pavlovienne qui ferait seulement voir l’inconsistance de ses positions de fond. Je ne prendrai qu’un exemple qui paraîtra mineur : je suggère que nous réfléchissions objectivement sur le RSA (revenu social d’activité). Il est évident que les titulaires du RMI doivent trouver un avantage financier substantiel pour travailler à nouveau. Sinon que répondre à ceux qui vous disent : « Je perdrais de l’argent en reprenant une activité » ?  Il ne m’échappe pas que le RSA peut encourager le travail à temps partiel mais le travail à temps partiel a un effet de socialisation et vaut mieux en définitive que l’inactivité.       <br />
              <br />
       Enfin, le mode de financement, c’est-à-dire la taxation des revenus du capital, va dans le sens que nous avons toujours souhaité, même s’il ne remet pas en cause un « paquet fiscal » que nous avons critiqué en son temps. A ma connaissance il n’a jamais été envisagé à ce jour de faire passer à la caisse les collectivités locales et nous y serions évidemment opposés. Il me semble que dans notre manière de nous opposer, il doit y avoir une préfiguration de ce que sera notre action future. Si nous disons non à tout, c’est qu’en fait nous ne proposons rien. Soyons donc capables de dire oui à ce que nous réclamons nous-mêmes et mettons quelquefois  en œuvre dans certains départements.       <br />
              <br />
       Refusons la démagogie et travaillons dès maintenant à construire une opposition responsable. La responsabilité n’est nullement exclusive d’une grande ambition.       <br />
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       <b>VIII – Une refondation à la fois nationale, européenne et mondiale.</b>       <br />
              <br />
       J’en viens aux perspectives de la refondation de la gauche. Le débat sur ce sujet ne fait que commencer. Je n’ignore rien des rivalités de boutique et des objections que suscite la création d’un grand parti de toute la gauche. Il faut un évènement qui fasse électrochoc. Nous avons des divergences ? La belle affaire ! Elles peuvent, je le crois, se régler par le débat dès lors que les questions de fond auront été abordées.       <br />
              <br />
       Permettez-moi d’abord une observation : Le parti socialiste est certes la formation la plus nombreuse à gauche, mais elle est loin d’être majoritaire dans le pays. Et il ne lui sert à rien de dominer à gauche, si la gauche est durablement confinée dans l’opposition. Il faut un électrochoc ! Peu importe, à la limite,  la structure : nouvelle formation, fédération, confédération. Ce qui est important c’est d’affirmer un dessein pour la France, c’est d’organiser le retour de la France en Europe et dans le monde. C’est ce débat-là qu’il faut lancer, sur le fond des choses ! La crise de la globalisation libérale nous offre la chance de proposer ce nouveau dessein :       <br />
              <br />
       -	Refondation des institutions internationales pour un monde multipolaire et pacifique, régi par le droit.       <br />
       -	Organisation d’un nouveau « New-Deal » à l’échelle mondiale pour concilier le progrès social dans les anciens pays industriels, l’émergence des grands pays du Sud et la construction d’Etats dignes de ce nom, dans les pays qu’on dit « les moins avancés ».       <br />
       -	Réorientation de la construction européenne au plan monétaire, industriel et social, ce qui implique un changement de cap politique en Allemagne, auquel la gauche française devrait s’intéresser davantage. Nous avons une occasion historique de refonder la gauche à la fois au niveau français, européen et mondial. Prenons pleinement conscience de l’épuisement du capitalisme financier qui a été l’horizon de toutes les politiques économiques depuis vingt-cinq ans. La négligence des questions industrielles, sociales, environnementales aussi bien que des enjeux de long terme que seuls les Etats peuvent maîtriser, ne peut plus durer ! L’OMC doit être cantonnée à un rôle d’arbitre entre plusieurs zones régionales d’intégration commerciale. Les déséquilibres sociaux, environnementaux et monétaires doivent être pris en compte dans les règles du commerce international. A défaut, l’Union européenne doit rétablir une préférence communautaire. Le FMI doit être absorbé dans la Banque Mondiale qui doit financer les infrastructures des pays les plus pauvres, à commencer par l’Afrique. Les statuts de la BCE doivent être modifiés, un gouvernement économique de la zone euro institué. Le paquet fiscal doit être abrogé. Les ressources dégagées iront aux investissements nécessaires dans l’économie de la connaissance. L’encadrement législatif des relations sociales doit veiller au rôle des représentants des salariés. Bref, la gauche doit changer d’horizon, et s’affranchir du capital financier.       <br />
       -	Enfin en France même elle doit susciter une renaissance républicaine, comme celles que notre pays a connues à la fin du XIXe siècle ou après la deuxième guerre mondiale.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>IX – Des primaires à gauche</b>       <br />
              <br />
       Faisons d’abord lever ce débat ! la Fédération ou la Confédération de toute la gauche n’organiserait-elle pas de vastes primaires à gauche en 2011, largement ouvertes à tous les militants et sympathisants ? J’entends dire que cette ouverture qui réussit assez bien aux Etats-Unis ferait perdre au parti socialiste son rôle directeur. Mais c’est une vue étroite des choses. Il faut sortir de l’esprit de boutique et parler au pays. Je crois que celui-ci est prêt à entendre un langage audacieux qui lui apprendrait à penser à nouveau collectivement et à comprendre ce que le mot « peuple » veut dire.       <br />
              <br />
       Ce que le regard collectif a défait, comme l’a montré Patrick Quinqueton, la « classe ouvrière », le « citoyen », le regard collectif doit le retrouver : le « peuple en corps », c’est-à-dire l’ensemble des citoyens, à nouveau convoqués à l’existence politique.       <br />
              <br />
       C’est cela que nous avons à réinventer : « le peuple français » d’abord mais aussi le peuple français s’adressant à une Europe des peuples, capable d’exister par elle-même et de parler au monde entier ; c’est cette ambition et le regard qui manquent aujourd’hui à la gauche. Il est temps de les lui redonner. Nous n’y parviendrons pas seuls, mais au moins nous pouvons, seuls s’il le faut, témoigner de cette exigence !       <br />
              <br />
       Nous aiderons ainsi le peuple français à se retrouver et à poursuivre son Histoire, dans une Europe renouvelée, une Europe des peuples, qui pourra, elle, être aussi un pôle dans le monde de demain, un pôle nécessaire, indispensable au dialogue des nations et des cultures. Voilà un projet exaltant et réaliste à la fois. Il faudra l’incarner car nous ne pouvons pas laisser plus longtemps la gauche en déshérence.       <br />
              <br />
       Courage donc camarades, imagination et détermination ! Croyons en la France, croyons en notre capacité d’action collective, croyons en l’avenir du peuple français !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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 	<itunes:subtitle><![CDATA[Projet d’intervention de Jean-Pierre Chevènement lors de l'université d'été du MRC, Belfort, dimanche 7 septembre 2008 (seul le prononcé fait foi). Le discours intégral est disponible en format audio à la fin de l'article.]]></itunes:subtitle>
 	<itunes:summary><![CDATA[Projet d’intervention de Jean-Pierre Chevènement lors de l'université d'été du MRC, Belfort, dimanche 7 septembre 2008 (seul le prononcé fait foi). Le discours intégral est disponible en format audio à la fin de l'article.]]></itunes:summary>
 	<itunes:author>Chevenement.fr</itunes:author>
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   <title>Faire de notre Congrès un signal fort pour la refondation</title>
   <updated>2008-06-18T15:12:00+02:00</updated>
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   <category term="Actualités" />
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   <published>2008-06-18T15:12:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Par Jean-Pierre Chevènement.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/945149-1173128.jpg?v=1289480132" alt="Faire de notre Congrès un signal fort pour la refondation" title="Faire de notre Congrès un signal fort pour la refondation" />
     </div>
     <div>
      Une période nouvelle s'ouvre devant nous. Ce serait en effet une vue bien courte des choses de penser que la crise financière liée à l'endettement des ménages américains est désormais surmontée. Cette crise a des causes infiniment plus profondes et anciennes : la principale est la fuite en avant de l'Hyperpuissance américaine dans l'endettement interne et externe et dans le recours à la force militaire qui débouche aujourd'hui sur l'enlisement au Moyen-Orient. Les Etats-Unis n'ont plus les moyens de dominer seuls le monde. Ils vivent depuis trop longtemps au-dessus de leurs moyens. La crise économique se redouble en crise de l'hégémonie. Les Etats-Unis doivent donc accepter l'avènement d'un monde multipolaire et les règles qu'il implique, à commencer par l'obligation où ils sont de remettre de l'ordre dans leurs propres affaires. L'Histoire n'est pas finie, contrairement à ce qu'affirmait Francis Fukuyama au début des années quatre-vingt-dix. Et la crise systémique qui est devant nous, sera grosse de convulsions. L'Europe libérale ne nous y prépare pas. Il faudra la réorienter. La responsabilité de l'Allemagne et de la France sera déterminante. La gauche française ne devra pas se mettre aux abonnés absents comme elle a tendance à le faire, si on en juge par le fade projet de déclaration de principes du PS.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Pour le MRC, le moment est venu d'un nouveau départ. Nos forces sont certes réduites. Nous disposons d'un réseau de 300 élus environ et de quelques places fortes (Belfort où nous avons remporté une belle victoire dès le premier tour, le Kremlin-Bicêtre, Saint-Pol sur Mer, Méry-sur-Oise, etc.). Mais nos militants sont surtout la pointe émergée de l'iceberg républicain. Nous ne sommes pas seuls. Nos sympathisants sont infiniment plus nombreux que nos adhérents. La culture républicaine est bien présente dans le pays. Et on peut même dire que sans l'appoint des deux ou trois millions d'électeurs « républicains » , ceux qui se déterminent à l'aune de l'intérêt général, il n'y a pas de victoire possible pour la gauche comme pour la droite.       <br />
              <br />
       Ignorant les querelles de personnes qui agitent le PS, nous avons pris le parti d'intervenir <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Congres-du-MRC-des-21-et-22-juin_a617.html">dès notre prochain Congrès, les 21 et 22 juin prochains</a>, en mettant l'accent sur les problèmes de fond.       <br />
              <br />
       La crise de la globalisation libérale offre à la gauche républicaine un espace nouveau. Un cycle se clôt. Il dépend de l'ensemble des progressistes, en France, en Europe et dans le monde qu'un nouveau cycle historique s'ouvre. C'est un <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Un-grand-parti-de-gauche-pour-un-New-Deal_a607.html">« New Deal »</a> dont il nous appartient de dessiner les contours pour un monde plus juste.       <br />
              <br />
       Pour mettre la gauche française à la hauteur des défis, nous proposons la création d'un grand parti de toute la gauche, sur la base d'Assises préalables auxquelles il incombera de définir les axes d'une refondation républicaine. Une analyse claire et partagée de ce qu'est le capitalisme financier d'aujourd'hui, est pour cela nécessaire.       <br />
              <br />
       Des initiatives sont prises. D'autres le seront à brève échéance. Il appartient au MRC d'être le catalyseur de ce vaste mouvement de refondation qui doit porter ses fruits à l'horizon 2012. Pour cela il ne faut pas baisser les bras mais redoubler d'ardeur, avec comme premier objectif de faire de notre Congrès des 21-22 juin au Kremlin-Bicêtre un signal fort que la gauche républicaine et donc l'espoir sont d'abord là où nous sommes. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Nicolas Sarkozy : le renoncement face à la mondialisation libérale</title>
   <updated>2008-04-25T15:20:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Nicolas-Sarkozy-le-renoncement-face-a-la-mondialisation-liberale_a608.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2008-04-25T15:16:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Le Président de la République a complètement abandonné l’idée qu’avant d’adapter la France à une mondialisation dont il reconnaît lui-même le caractère déraisonnable, en évoquant un quadruple choc (du dollar, des subrpimes, du pétrole et des matières premières), il fallait changer les règles du jeu : prendre les moyens de lutter contre l’euro cher, protéger l’Europe contre des concurrences déloyales, mettre en oeuvre des politiques industrielles audacieuses.     <div>
      Le Président de la République, en quittant la posture de l’indépendance nationale, a renoncé à parler clair sur le dollar aux Etats-Unis et sur le yuan à la Chine. En faisant approuver le calamiteux traité de Lisbonne, pour les beaux yeux de Mme Merkel, il a renoncé à réorienter la construction européenne dans un sens plus conforme aux intérêts de la France.       <br />
              <br />
       C’est toute la partie volontariste de son programme électoral, celle que lui avait souflée Henri Guano, qui tombe à l’eau. Prendre les agences de notation comme boucs émissaires de ce renconcement relève d’une dérobade assez comique. « Notre capitalisme », explique le Président de la République, n’est pas moral. La belle découverte ! Et que nous propose Nicolas Sarkozy ? « Nous sommes dans un contexte international défavorable : raison de plus pour accélerer ». Le changement se réduit à 55 réformes visant à durcir la concurrence. Les renards apprécieront. Le poulailler, lui, a compris à quelle sauce il allait être mangé.       <br />
              <br />
       Quant au Président de la République, plus il accélerera, et plus il créera un fossé d’incompréhension entre lui même et l’opinion publique. Celle-ci ne peut comprendre le langage de l’adaptation passive à une mondialisation libérale désormais entrée en crise.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Nicolas-Sarkozy-le-renoncement-face-a-la-mondialisation-liberale_a608.html" />
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   <title>Un grand parti de gauche pour un New Deal</title>
   <updated>2009-04-30T23:33:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Un-grand-parti-de-gauche-pour-un-New-Deal_a607.html</id>
   <category term="Grands textes" />
   <published>2008-04-23T14:58:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans l'édition du Monde du 24 avril 2008. L'électrochoc dont a besoin le Parti socialiste pour se reconstruire et l'emporter passe par une critique approfondie du capitalisme.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/919572-1137405.jpg?v=1289480131" alt="Un grand parti de gauche pour un New Deal" title="Un grand parti de gauche pour un New Deal" />
     </div>
     <div>
      Certains, à gauche, comptent sur la puissance du rejet du pouvoir en place : il suffirait, à leurs yeux, que le Parti socialiste désigne demain un candidat crédible, en cohérence avec le projet social-libéral qu'il porte depuis 1983, éventuellement corrigé à la marge. Pour d'autres, les trois échecs successifs du candidat socialiste à l'élection présidentielle (1995, 2002, 2007) ne sont pas l'effet du hasard, mais la conséquence d'une rupture profonde avec les couches populaires que Ségolène Royal n'a comblé qu'en partie en 2007.       <br />
              <br />
       La reconquête de l'électorat populaire n'est pas possible à partir de l'existant. Elle passe par l'organisation d'un électrochoc puissant, débouchant sur la création d'un grand parti de toute la gauche, à condition bien entendu qu'il porte un projet à la hauteur des défis de la crise qui vient. Le mouvement socialiste, depuis les origines, n'a jamais fait l'économie d'une critique du capitalisme de son temps. La refondation de la gauche aujourd'hui ne peut davantage faire l'économie d'une critique approfondie de la globalisation.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Succédant à l'ère du New Deal (1945-1979), la globalisation libérale, voulue de longue date par les Etats-Unis, n'est pas qu'un phénomène économique - l'ouverture généralisée des marchés -, elle est aussi politique : elle ne marche qu'avec l'hégémonie des Etats-Unis, qui ont imposé le dollar comme monnaie mondiale et contrôlent, à travers leurs multinationales, l'essentiel des flux de richesses et notamment de matières premières. La globalisation, à travers la libération des mouvements de capitaux, a débouché sur la domination sans partage du capital financier. La crise financière actuelle trouve son origine dans le surendettement des ménages américains et dans les dérives de la sphère financière.       <br />
              <br />
       En réalité, les Etats-Unis n'ont plus les moyens de dominer seuls le monde. Leur politique de fuite en avant dans l'endettement intérieur et extérieur aussi bien qu'en politique étrangère, avec l'invasion de l'Irak, rencontre ses limites. La chute du dollar et l'enlisement militaire au Moyen-Orient rendent manifeste la <span style="font-style:italic">&quot;surextension impériale&quot;</span>, dont l'historien Paul Kennedy avait eu l'intuition dès 1987. Les Etats-Unis cherchent en Europe des supplétifs, mais rien ne saurait enrayer la marche vers un monde multipolaire, avec la montée des grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil, etc.) et le retour de la Russie.       <br />
              <br />
       La seule question qui se pose est de savoir si nous prétendons contrarier cette évolution en nous mettant, au nom d'un &quot;occidentalocentrisme&quot; à courte vue, à la remorque de la politique néoconservatrice américaine, au risque de tensions et de conflits multipliés, ou si, au contraire, nous voulons que la France et l'Europe tiennent leur rôle pour faire prévaloir le dialogue des cultures et l'autorité du droit international sans lequel il ne peut y avoir de paix durable dans ce monde multipolaire. Ce choix est crucial. Il ordonne toute la politique française. Il n'est pas moins décisif pour la réussite d'un processus de refondation de toute la gauche.       <br />
              <br />
       Celle-ci, en effet, doit s'appuyer sur la crise de la globalisation financière pour dessiner les contours du monde nouveau. Les institutions internationales, qui sont au coeur de la globalisation (FMI, OMC), sont en pleine crise : le FMI, contrôlé en fait par les Etats-Unis qui y disposent d'un droit de veto, est frappé d'impuissance et personne n'imagine plus qu'une relance de la croissance puisse résulter d'une nouvelle libéralisation du commerce international. Les pays les plus libéraux aujourd'hui n'hésitent plus à recourir à l'intervention publique, comme si les nationalisations redevenaient légitimes, dès lors qu'il ne s'agit plus que de nationaliser des pertes.       <br />
              <br />
       La grande crise qui vient amènera un réexamen critique de tous les postulats libéraux (libre-échangisme, effacement de l'Etat, rejet des politiques industrielles au nom de la &quot;concurrence&quot;). Les règles de l'organisation monétaire et du commerce international sont à revoir. Un grand parti de toute la gauche, en France, doit se donner pour visée l'organisation d'un nouveau New Deal à l'échelle mondiale. Cette nouvelle donne monétaire, sociale, environnementale, implique la réunion de grandes conférences internationales entre pays industrialisés et pays émergents. Encore faut-il pour cela qu'une volonté politique s'exprime. Sinon à quoi servirait la gauche ? Et à quoi servirait la France ?       <br />
              <br />
       C'est cette visée qui donnera toute sa puissance et sa légitimité à l'effort de conviction que la gauche devra déployer aussi bien en France vis-à-vis du monde du travail qu'au plan international vers les formations progressistes et vers les pays émergents. C'est ainsi que la gauche française pourra donner une juste perspective aux luttes sociales, particulièrement en ce qui concerne les délocalisations et la préservation, en France et en Europe, d'un tissu productif moderne. La gauche française doit construire autour d'elle une vaste &quot;alliance des productifs&quot;.       <br />
              <br />
       Les institutions européennes auront à se réformer au feu de la crise. Le recentrage de l'Allemagne sur l'Europe, auquel nous devons contribuer, sera déterminant. Pour maintenir le tissu industriel, l'Etat ne devra se priver d'aucun moyen. Cette nouvelle donne suppose que la gauche française se réapproprie la tradition généreuse de Jaurès qui n'a jamais opposé l'internationalisme et la nation.       <br />
              <br />
       Ainsi, c'est à travers la conscience d'une tâche historique exceptionnelle qu'on relèvera la gauche. Je suis convaincu que l'organisation, dans tout le pays, de &quot;forums de l'unité&quot;, dès lors que seront abordés les débats de fond, permettra d'attirer des milliers de sympathisants aujourd'hui encore sur le reculoir. Nous créerons ainsi un mouvement irrésistible vers cet &quot;événement-électrochoc&quot; que serait une nouvelle refondation de la gauche, à l'image de celles qui, de 1905 à 1971, ont rythmé son histoire.       <br />
              <br />
       Un tel parti doit s'ouvrir à toutes les sensibilités. En effet, un &quot;parti révolutionnaire&quot; dressé contre un parti &quot;social-libéral&quot; ouvrirait un boulevard à la droite. Les communistes, dont l'histoire a eu sa grandeur, trouveront mieux qu'un rôle d'appoint au PS dans la création d'un grand parti de toute la gauche. L'expérience montre que le dialogue entre des sensibilités radicales, voire utopiques, et des sensibilités plus gestionnaires peut être fécond au sein d'une même organisation.       <br />
              <br />
       Une phase intérimaire de type fédéral ou confédéral entre les parties constitutives est peut-être inévitable, mais le temps presse. Les échéances sont proches. Ne sous-estimons pas les capacités de rebond de Nicolas Sarkozy. Créons, pendant qu'il en est temps, l'élan nécessaire. Construisons une véritable alternative en prenant appui sur les intérêts indissociables de la France et du monde du travail.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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