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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-03-13T14:39:35+01:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>Et si la Révolution d’octobre n’avait pas eu lieu?</title>
   <pubDate>Tue, 03 Oct 2017 17:25:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Projet d'intervention de Jean-Pierre Chevènement au colloque du 3 octobre 2017 de Rivages Russie Evènements « Les intellectuels français et la révolution de 1917 ».     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/17441274-21933916.jpg?v=1507044308" alt="Et si la Révolution d’octobre n’avait pas eu lieu?" title="Et si la Révolution d’octobre n’avait pas eu lieu?" />
     </div>
     <div>
      J’ai choisi ce thème en forme de pochade heuristique. Les historiens savent bien que l’Histoire a été et que nul ne peut faire que ce qui a été n’ait pas été. Ma pochade est donc une provocation. Mais une provocation à penser.       <br />
              <br />
       L'avant 1914 est dominé, au soir de la IIe Internationale par la querelle entre les marxistes orthodoxes, dont le chef de file est le leader SPD, Karl Kautsky, et les réformistes révisionnistes (Eduard Bernstein) pour lesquels <span style="font-style:italic">« le but n'est rien, le mouvement est tout »</span>, ancêtres du rocardisme et de la 2ème gauche si je puis translater cette querelle idéologique en termes contemporains.       <br />
              <br />
       Toutefois à l'extrême gauche de l'Internationale s'affirme depuis 1903 une idéologie dissidente, celle du bolchévisme de Lénine, en rupture avec le schéma marxiste orthodoxe, qui n’envisage la Révolution qu’au cœur du capitalisme avancé.       <br />
              <br />
       L'apport théorique de Lénine est double :        <br />
              <br />
       Il reprend la critique de Hobson et de Hilferding sur le Capital financier : pour lui, l'impérialisme par le prélèvement qu'il opère sur les pays colonisés ou dominés de la périphérie aboutit à corrompre la classe ouvrière des pays capitalistes avancés du centre. Une « aristocratie ouvrière » impose un réformisme qui revient à nier toute perspective révolutionnaire.       <br />
              <br />
       C'est là qu'intervient le second apport théorique de Lénine, <span style="font-style:italic">« La conscience de la classe ouvrière ne peut plus venir du dedans »</span>. Elle doit être importée du dehors grâce à un parti d'avant-garde, conscient, appuyé une conception scientifique de l’Histoire – le marxisme-léninisme - hiérarchisé et en tout cas discipliné : le parti « révolutionnaire » c'est à dire taillé pour la Révolution que se veut être le parti bolchévique. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ce parti n'avait, à vrai dire, aucune chance en dehors des perspectives brutalement ouvertes par la guerre de 1914. Celle-ci a pris une ampleur et a duré au-delà de tout ce que les responsables à l'époque avaient prévu. Et c'est cette guerre mondiale qui a entraîné la chute du régime tsariste à travers la révolution de février 1917.       <br />
              <br />
       A partir de là, c'est une course de vitesse qui s'engage entre les partisans du maintien de l’alliance de la Russie avec la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis et donc de la poursuite de la guerre et les ultra-révolutionnaires, pacifistes et partisans d’une paix séparée avec l'Allemagne.       <br />
              <br />
       Les révolutionnaires de février entendent rester fidèles à l'alliance occidentale. Mais l'échec de la dernière offensive russe de juillet et le putsch avorté de Kornilov contre le gouvernement provisoire vont mettre les Bolchéviks en position centrale.       <br />
              <br />
       Or, l'Allemagne a su intervenir dans les querelles internes de la Russie pour faire pencher la balance : le fameux « train plombé » qui a ramené Lénine de Zurich en Finlande à travers l'Allemagne et la Suède, en mars 1917, a été financé par les services secrets allemands. L’arrivée de Lénine à la gare de Finlande à Moscou, va donner une « tête » au parti bolchévik.       <br />
              <br />
       L'intervention des services secrets allemands du ministre des affaires étrangères Zimmermann et même du Premier Ministre du Kaiser, Bethmann-Hollweg, sont aujourd'hui un secret de polichinelle. Le rôle actif dans le montage de l’opération d'un député socialiste autrefois d’extrême gauche, Parvus, est décisive. Selon mes sources que je n’ai pas pu vérifier, Lénine se voit de surcroît doté d'une « aide » d’environ 50 millions de dollars par l’Allemagne aux fins d'organiser sa fraction contre le gouvernement provisoire, les cadets, les menchevicks et les SR afin, bien sûr, d’obtenir la paix aux conditions de l’Allemagne.       <br />
              <br />
       Il y a certes une logique des situations. Après le putsch de Kornilov, Kerenski est à bout de ressources. Le front se débande mais le territoire russe est immense. C'est ce facteur qui a permis à la Russie de vaincre Napoléon en 1812, puis plus tard à l’URSS de résister à Hitler en 1941, le facteur spatial aurait pu être un atout pour la Russie née de la Révolution de février 1917.       <br />
              <br />
       Un gouvernement virtuel de salut public aurait pu durer un an de plus, le temps qui sépare octobre 1917 (c'est à dire novembre) de l'armistice du 11 novembre 1918.       <br />
              <br />
       D'autant que les Etats-Unis d'Amérique ont déclaré la guerre à l'Allemagne en avril 1917. Il est vrai que l'effet réel de leur entrée en guerre ne se fera pas sentir, sur le front occidental, avant juillet 1918.       <br />
              <br />
       C'est là qu'intervient l'intelligence stratégique de Lénine. Après la destitution du gouvernement provisoire, il impose à Trotski de signer la paix de Brest-Litowsk, conclue en mars 1918.       <br />
              <br />
       C'est pour lui le moyen de sauver la Révolution d'octobre. Lénine n'a que faire des alliances avec les démocraties. Il est d'ailleurs probable que celles-ci, en tout cas la Grande-Bretagne, n'entendaient pas honorer les engagements prix vis-à-vis du Tsar en 1916 quant au contrôle des détroits du Bosphore.       <br />
              <br />
       Mais si le train plombé n'avait pas pris le départ à Zurich, ou atteint son but en Finlande, soit qu'il eût déraillé, soit que le Kaiser eût mis son veto à cette opération, qui se serait-il passé ? Le parti bolchévique aurait été privé du génie théorique et surtout stratégique qu'était Lénine. Celui-ci n'était peut-être pas un visionnaire de l'histoire (il a réalisé, en fin de compte, ce que Gramsci a appelé une <span style="font-style:italic">« Révolution contre le Capital »</span> c’est-à-dire contre Marx) mais il était un stratège hors pair pour décider du moment propice pour l'insurrection armée et prendre dans la foulée de la prise du Palais d’Hiver et de la destitution du gouvernement provisoire, les deux décrets sur la paix et sur la terre. Ceux-ci allaient donner à la Révolution bolchévique une base de masse. La décision de Lénine de sortir la Russie de la guerre, donnait à l'Allemagne une écrasante victoire à l'Est et la possibilité de reporter son effort à l'Ouest (la paix de Brest-Litovsk rendit possible l’offensive générale à l’Ouest) : l'opération baptisée par Ludendorff « Tempête de la paix » ne fut bloquée qu'in-extremis par la seconde bataille de la Marne.       <br />
              <br />
       Mais de tout cela Lénine se moquait bien. Ce n’était à ses yeux qu’une guerre « inter-impérialiste ».       <br />
              <br />
       Entendons-nous bien, en effet, Lénine n'était pas un agent allemand, pas plus que le gouvernement allemand ne s’était rallié au bolchévisme. C’était le jeu du chat et de la souris.       <br />
              <br />
       Lénine voulait instrumenter l'Allemagne au service de la Révolution et l'Allemagne impériale a voulu utiliser Lénine pour imposer une paix allemande à l'Est de l'Europe (indépendance de la Pologne, des Pays Baltes, de l'Ukraine et de la Géorgie) et retourner ensuite ses forces dans une ultime et décisive offensive contre la France et ses alliés.       <br />
              <br />
       De ce grand jeu, Lénine a tiré les marrons du feu, il a défait ensuite les armées blanches et créé l'Etat soviétique. Mais sans doute son véritable dessein était-il de porter la Révolution à l'Ouest.       <br />
              <br />
       Lénine était un homme de l'Internationale. Ce n'était pas un nationaliste russe. Mais son dessein s'est brisé en Pologne face au nationalisme polonais ressuscité derrière Pilsudski et en Allemagne, face au réformisme et au patriotisme allemand du SPD majoritaire : Friedrich Ebert, qui préside la République qui a succédé à l’Empire de Guillaume II et Noske, son ministre de l’Intérieur, avec l’appui de la Reichswehr écrasent les spartakistes en janvier 1919. Liebknecht et Rosa Luxemburg sont assassinés. L'échec d’un putsch communiste en Bavière et la défaite de Bela-Kun en Hongrie montreront qu'il n'y a pas de chemin pour la Révolution bolchévique à l'Ouest.       <br />
              <br />
       Lénine proclame : <span style="font-style:italic">« La tâche du peuple est de construire un Etat prolétarien, socialiste et révolutionnaire »</span>.       <br />
              <br />
       La voie est désormais ouverte à Staline qui entreprendra, après la mort de Lénine, la <span style="font-style:italic">« construction du socialisme dans un seul pays »</span>.       <br />
              <br />
       En face, Mussolini a pris le pouvoir en Italie. Le SPD resserre ses liens avec Hindenburg. La montée aux extrêmes, en Europe, va se radicaliser, encore avec la grande crise et l’avènement d’Hitler au pouvoir.       <br />
              <br />
       La France, saignée à blanc, va se mettre à la remorque de la politique <span style="font-style:italic">« d'appeasement »</span> britannique à l’égard d’Hitler. L'ombre de la grande défaite s'allongera sur une France divisée à l'approche du duel titanesque entre l’Union Soviétique et l’Allemagne nazie : D’un côté les partisans d’une alliance de revers ressuscitée avec Moscou, ainsi Pierre Cot et Jean Moulin, et de l’autre les « munichois », c’est-à-dire la majorité des responsables politiques ainsi Laval, hélas parmi d’autres, soucieux de ménager Hitler face à l’URSS de Staline. Staline forgera, à travers les souffrances des plans quinquennaux et les purges inhumaines qu’il inflige à la veille de la guerre, une épée qui allait permettre à l’Union Soviétique de terrasser le nazisme.       <br />
              <br />
       Etait-il possible d'éviter cette radicalisation et cette montée aux extrêmes ? Les ingrédients du nazisme existaient dans l'Allemagne Wilhelmienne, mais sans la guerre de 1914 – 18 ils n'auraient pas pu germer.       <br />
              <br />
       Et si le train plombé était resté à quai à Zurich, que se serait-il passé ?       <br />
              <br />
       La Révolution d'Octobre aurait été privée de son génial stratège.       <br />
              <br />
       Si la Russie avait réussi à se maintenir dans la guerre, elle eut figuré, en novembre 1918 à la table des vainqueurs. Elle eût été l’un des négociateurs des traités de Versailles en 1919. L’équilibre européen aurait été tout différent. La seconde guerre mondiale aurait été rendue impossible.       <br />
              <br />
       Mais les forces auxquelles Lénine a fait appel : le pacifisme des soldats et le désir de la terre chez les paysans se seraient de toute façon exprimés. Les révolutionnaires de février ont manqué d’un stratège face à Lénine et à Trotski.       <br />
              <br />
       Les mencheviks et les socialistes révolutionnaires auraient-ils pu canaliser ces forces, quitte à ramener la capitale à Moscou voire à Yekaterinburg de façon à maintenir la Russie dans la guerre et en définitive dans le concert des nations européennes ?       <br />
              <br />
       Le cours de l'histoire en eût été changé. La Russie aurait pu continuer sur sa lancée de son premier décollage économique avec Witte et Stolypine si prometteur (avec les taux de croissance supérieurs à 8 % par an). La Russie serait aujourd'hui un très grand pays capitaliste. Alors qu'elle a hérité d'une économie et d’une société déformée par 70 ans de communisme, la Russie d’aujourd’hui a ressuscité le capitalisme sur les dépouilles du système communiste. Les oligarques russes font penser aux « barons brigands » des Etats-Unis après la guerre de Sécession qui restaient quand même une démocratie. Mais l’Etat russe a survécu parce que le peuple russe est une réalité.       <br />
              <br />
       C’est la tâche difficile de Vladimir Poutine que de chercher à fermer la parenthèse de 70 ans de communisme.       <br />
              <br />
       Cette tâche n’est pas sans analogie avec celle que s’étaient donnée les républicains français, au XIXème siècle, de ressusciter, après Michelet, une certaine continuité entre l’Ancien Régime et la Révolution, tout en restant fidèle à ses principes.       <br />
              <br />
       V. Poutine, lui, fait édifier des basiliques orthodoxes, comme tes tenants de l’ordre moral, en France, ont construit le Sacré-Cœur après la Commune, mais il maintient debout les statues de Lénine et veille à maintenir certains des acquis sociaux et surtout sociétaux du communisme.       <br />
              <br />
       La Russie a hérité d’un lourd passé qui fut aussi glorieux. Ni la ferveur soulevée par l’espoir démesuré qu’a fait naître la Révolution d’octobre, ni des souffrances endurées par le peuple russe sous Staline, ne peuvent s’oublier. La ferveur qu’à suscitée l’espoir du communisme et l’immense service rendu par la Russie à l’Humanité à travers la « Grande Guerre patriotique » ont illuminé le monde.        <br />
              <br />
       Le peuple russe a fait une expérience historique sans équivalent dans l’Histoire. Il a changé son cours. Sans l’URSS, les peuples colonisés n’auraient pas gagné leur indépendance.       <br />
              <br />
       L’heure du bilan n’a pas sonné. Mais celle d’une revanche illusoire non plus. Relisons le discours que Gorbatchev a prononcé à Berlin, le 9 novembre 2015, à l’occasion du 25ème anniversaire de la chute du Mur. L’Histoire doit, selon moi, susciter la compassion plutôt que de nourrir l’hystérisation du débat sur la Russie, tel qu’on le voit aujourd’hui notamment aux Etats-Unis.       <br />
              <br />
       L’Histoire est tragique.        <br />
              <br />
       Elle aurait pu s’écrire autrement.       <br />
              <br />
       Si la Révolution de février avait survécu, la France aurait conservé un grand allié à l'Est, alors qu'avec Lénine déjà on voit s'opérer un premier rapprochement entre l'Allemagne et la Russie avec le traité de Rappalo de 1922.       <br />
              <br />
       On peut toujours rêver. Si la Révolution de février avait survécu, l’Histoire du monde et la nôtre en eussent été changé.       <br />
              <br />
       Les choses n'ont tenu qu'à un fil. Si la garnison de Petrograd qui a été le fer de lance de la Révolution bolchévique, n'avait pas été résolue à ne pas rejoindre le front, où les autres unités de l'armée russe l'attendaient en renfort, les Bolcheviks n'auraient pas réussi cette Révolution « soldatesque » dont a parlé Martov, le leader des mencheviks et dont Gorki a dit aussi que l'esprit du socialisme en était totalement absent.        <br />
              <br />
       Sans le concours de la garnison de Petrograd et des marins de Kronstadt, les Bolcheviks n'auraient pas réussi à prendre le Palais d'hiver que ne défendaient plus que le bataillon de choc des femmes. Le comité militaire révolutionnaire serait resté comme un comité de braillards. La « Révolution contre le Capital » (celui de Marx) ne se serait pas produite. Un rêve de menchevick qui aurait, lui aussi, dévié le cours de l'histoire universelle....
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Et-si-la-Revolution-d-octobre-n-avait-pas-eu-lieu_a1945.html</link>
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   <title>Jean-Pierre Chevènement raconte la chute du Mur de Berlin</title>
   <pubDate>Mon, 09 Nov 2009 10:40:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Berlin La chute du Mur, racontée par un témoin de l'époque, Entretien au Journal Le Pays, samedi 7 novembre 2009.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1694840-2289616.jpg?v=1289480085" alt="Jean-Pierre Chevènement raconte la chute du Mur de Berlin" title="Jean-Pierre Chevènement raconte la chute du Mur de Berlin" />
     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement était ministre de la Défense en 1989. Le jour de la chute du Mur de Berlin, il a dit-il, « tout de suite mesuré les conséquences immenses de cet événement. »       <br />
              <br />
       Le sénateur (MRC) du Territoire de Belfort, Jean-Pierre Chevènement, était ministre de la Défense il y a vingt ans. Retour sur les mois qui ont précédé et qui ont suivi la chute du Mur de Berlin.       <br />
              <br />
       <b>Le Pays : Quels souvenirs gardez-vous du 9 novembre 1989 ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Je n'ai pas vraiment été surpris car je suivais attentivement depuis le mois de septembre l'exode des ressortissants d'Allemagne de l'Est à travers la frontière de la Hongrie et de l'Autriche. J'ai tout de suite mesuré les conséquences immenses de cet événement et je me suis dit : « Les difficultés commencent... » En effet, quelle allait être la réaction de Moscou ? Tout était possible, y compris une intervention militaire pouvant déboucher sur la guerre.       <br />
              <br />
       Qu'est-ce qui vous fait craindre à ce moment-là que la situation dégénère en conflit mondial ? Le statut de l'Allemagne comme membre de l'Otan était en balance. Est-ce que les Soviétiques allaient accepter l'extension de l'Otan ? L'Allemagne n'allait-elle pas, au contraire, échanger sa réunification contre une neutralisation ? Je connaissais bien le ministre de la Défense soviétique, le maréchal Yasov que j'avais d'ailleurs invité à Belfort quelques mois plus tôt. C'était un conservateur mais je le considérais comme loyal à Gorbatchev. Il s'est cependant laissé entraîner ultérieurement dans le putsch d'août 1991. Finalement, Gorbatchev a accepté que l'Allemagne reste dans l'Otan et que celle-ci s'étende aux landers de l'Est à condition que les troupes américaines n'y stationnent pas. Kohl et Gorbatchev qui se connaissaient ont fini par s'entendre. L'Allemagne a versé 12  milliards de dollars pour obtenir une évacuation accélérée de l'Armée soviétique. Un accord international est intervenu en 1990.       <br />
              <br />
       <b>Quelques mois plus tôt, en avril 1989, vous étiez en URSS, le basculement à venir était-il perceptible ?</b>       <br />
       Oui et non. J'ai fait une conférence à l'académie militaire de Moscou devant 400 officiers. L'ordre régnait, impeccable. Mais quand j'ai été reçu à Mourmansk par la flotte de la Mer Blanche, j'ai appris que l'amiral venait d'être battu aux élections décidées par Gorbatchev par un vulgaire enseigne de vaisseau. Ça branlait dans le manche et on sentait dans l'état-major soviétique les tensions entre le ministre de la Défense Yasov, le conseiller militaire de Gorbatchev, Akhromeiev -- qui s'est pendu après l'échec du putsch -- et le chef d'état-major des Armées, le général Moisseiev, un officier que Gorbatchev était allé chercher au fond du tableau d'avancement. Ces différents officiers ont choisi des partis différents à l'occasion du putsch. Akhromeiev a laissé un mot derrière lui : « Je ne veux pas survivre à tout ce pour quoi j'ai vécu. » Yasov a été mis en prison et Moisseiev est resté chef d'état-major. L'armée n'a pas bougé. J'ai demandé aux officiers soviétiques qui étaient à Paris ce qui était arrivé à Yasov. Ils m'ont répondu : « Grand-père avait dit oui. Il est comme les crocodiles, il ne marche qu'en avant, il ne sait pas reculer. »
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Vous êtes-vous rendu à Berlin dans les jours qui ont suivi la chute du Mur ?</b>       <br />
       Je m'y suis rendu dans les mois qui ont suivi. J'ai visité les forces françaises au quartier Napoléon pour les remercier d'avoir défendu la liberté de Berlin pendant quarante ans, depuis 1949, date du blocus, jusqu'à la chute du Mur.       <br />
              <br />
       <b>À l'époque, de nombreux observateurs ont estimé que François Mitterrand avait tenté de freiner la réunification allemande.</b>       <br />
       C'est totalement inexact. J'étais avec François Mitterrand le 23 octobre 1989 à Bonn : il a dit publiquement que la France ne s'opposerait pas à la réunification de l'Allemagne. Qu'elle lui paraissait naturelle, dans l'ordre des choses, à condition qu'elle se fasse de manière pacifique et démocratique. Il est vrai qu'il a insisté pour que l'Allemagne reconnaisse la frontière Oder Neisse avec la Pologne. Kohl en était très mécontent mais c'était le bon sens. François Mitterrand avait évidemment raison.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Propos recueillis par Céline Mazeau </span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-raconte-la-chute-du-Mur-de-Berlin_a875.html</link>
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   <title>François Furet, le passé d’une illusion</title>
   <pubDate>Wed, 04 Jun 2008 14:02:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement à l’IUFM de Franche-Comté, mardi 20 mai 2008. L’Histoire de la Révolution française reste un objet chaud, comme l’a montré la commémoration du bicentenaire, en 1989.     <div>
      Certes, dès 1978, François Furet la déclarait-elle « terminée », depuis qu’à la fin du XIXe siècle, la IIIe République avait été instituée sur des bases solides. Mais l’historiographie de gauche ne partageait pas ce point de vue : qu’elle fut communiste, socialiste, radicale et même mitterrandienne. 1989 fut aussi l’année de la chute du mur de Berlin, deux ans avant celle de l’URSS. Et la tentation était grande de faire de la défaite de la révolution d’octobre 1917, une défaite de la révolution française dans sa phase jacobine et terroriste. Un grand publiciste français dans la mouvance de François Furet déclara ainsi : <span style="font-style:italic">« Je suis pour la Révolution française, jusqu’aux « Feuillants »»</span>.       <br />
              <br />
       Dans les années précédentes, le Professeur Ernst Nolte, dont je salue la présence,  avait cherché à montrer que le national-socialisme ne pouvait se comprendre dans son époque que comme réplique au bolchevisme. A travers le concept de guerre civile européenne, il européise le national-socialisme en le rattachant au fascisme et même à l’Action française, omettant le fait que celle-ci n’a jamais pu l’emporter en France par la voie électorale, mais seulement de façon d’ailleurs partielle à la faveur d’une défaite et d’une capitulation, auxquelles elle s’était résignée de bon cœur, derrière son maître, Charles Maurras. Ce faisant Ernst Nolte évacue trop vite, à mon sens, la question de la filiation pangermaniste du national-socialisme. Il réduit celui-ci à un antibolchevisme et fait la part trop belle aux émotions bourgeoises et petites-bourgeoises qui pouvaient le faire comprendre, sinon le justifier.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Or il ne serait pas difficile de montrer que les principaux ingrédients du national-socialisme  étaient déjà présents dans l’Allemagne d’avant 1914 bien que séparément : pangermanisme, désir de conquêtes quasi coloniales à l’Est de l’Europe perçues comme une légitime compensation à l’éviction de l’Allemagne du partage du monde, racialisme, antisémitisme, etc.       <br />
              <br />
       Certes ces éléments étaient séparés avant 1914 et leur cristallisation dans une idéologie totalitaire n’a pu s’opérer qu’à la faveur de la guerre, de la défaite et de l’ardent désir de revanche qui en était né, sans parler de la crise économique du début des années trente, qui éprouva particulièrement l’Allemagne, et fournit l’occasion de l’accession de Hitler au pouvoir.       <br />
              <br />
       Le rapprochement du bolchevisme et du national-socialisme peut bien sûr se fonder sur des traits communs mais méconnaît l’enracinement du premier dans une idéologie universaliste, à la différence du second, particularisme exacerbé, au nom de la race.       <br />
              <br />
       L’extermination des Juifs et la liquidation des « koulaks » en tant que classe, quelque horribles qu’aient pu en être les formes, ne peuvent être assimilées l’une à l’autre. Et il ne suffit pas d’extraire quelques citations de Zinoviev et de Trotski mettant le terrorisme au service de la Révolution pour établir un pendant convaincant avec l’antisémitisme d’extermination de Hitler, tel que formulé dans son discours du 15 janvier 1939, si ce n’est déjà dans <span style="font-style:italic">Mein Kampf</span>.       <br />
              <br />
       L’assimilation du communisme et du national-socialisme est tentante. Cette thèse, développée par E. Nolte, soutient le livre noir du communisme de Stéphane Courtois mais cette <span style="font-style:italic">« réductio ad hitlerum »</span>, pour parler comme Pierre-André Taguieff, repose sur l’idée que le XXe siècle, de 1917 à 1991, n’aurait été qu’une parenthèse. Elle ne rétablit le temps long de l’Histoire que pour affirmer avec François Furet une filiation directe entre le jacobinisme et le bolchevisme. La thèse d’Ernst Nolte omet de rappeler que la première guerre mondiale a commencé en 1914 et qu’elle conclut ce qu’on a appelé la <span style="font-style:italic">« première mondialisation »</span>. Cette thèse identifiant les deux totalitarismes est démentie par les conditions tout à fait inédites de l’effondrement du communisme. Celui-ci procède en effet d’une remise en question radicale de ses postulats de base par les dirigeants communistes eux-mêmes.       <br />
              <br />
       C’est le ralliement de Gorbatchev aux valeurs universelles et la fin du monopole accordé au PCUS qui ont entraîné la dissociation de l’Etat soviétique. Cette contradiction interne entre les objectifs et la réalité n’existait pas dans le national-socialisme qui se voulait une subversion complète des valeurs judéo-chrétiennes laïcisées qu’on appelle en France les valeurs républicaines et ailleurs les valeurs libérales. Il est vrai que ces deux appellations ne recouvrent pas tout à fait les mêmes réalités conceptuelles. La République, en France, comporte deux ailes : une aile au repos qu’on peut qualifier de libérale, celle qui considère la Révolution comme terminée, et une aile marchante, pour laquelle la Révolution garde une valeur d’annonciation. Ainsi Clemenceau, peu suspect de tendresse pour le bolchevisme, déclarait-il de la Révolution qu’elle était <span style="font-style:italic">« un bloc »</span> et de la République <span style="font-style:italic">« une idée toujours neuve »</span>.       <br />
              <br />
       Clemenceau se disait anti-collectiviste, mais se réclamait d’un socialisme individualiste, au moins dans la période qui va de 1871 à 1914. Longtemps rejeté du Panthéon de la gauche, tant que celle-ci n’avait pu connaître une expérience longue du pouvoir, en gros jusqu’en 1981, il est aujourd’hui en voie de réhabilitation, comme le montre le livre récent de Michel Winnock. Le combat des historiens est une forme raffinée de guerre civile. Le déroulement des évènements met en valeur tantôt l’une ou l’autre thèse. Après 1991, l’historien américain Francis Fukuyama a proclamé <span style="font-style:italic">« la fin de l’Histoire »</span> et le triomphe définitif du libéralisme. On a vu, avec l’autonomisation des pays émergents, à la fin de la décennie 1990, avec la crise américaine en 2000, le 11 septembre 2001, et avec l’invasion de l’Irak en 2003, débouchant sur <span style="font-style:italic">« un clash de civilisations »</span> et sur une crise profonde à la fois de la globalisation et de l’Hyperpuissance qui la soutient, que la thèse d’Huntington était plus opératoire que celle de Fukuyama.       <br />
              <br />
       Le retour de la Russie n’a rien à voir avec celui de l’URSS mais la Russie actuelle est loin de disqualifier entièrement l’héritage soviétique. A certains égards l’analyse de l’historien américain Moshe Lewin sur « le siècle soviétique » permet de séparer le bon grain de l’ivraie dans une histoire qui a duré quand même soixante-treize ans. Il y a une nostalgie de la social-démocratie d’Etat que Poutine cherche à satisfaire. Chaque pays dans son histoire a connu une période de violence révolutionnaire comme l’Angleterre au XVIIe siècle, la France au XVIIIe et XIXe siècles, et la Russie au XXe, ou contre-révolutionnaire comme l’Allemagne de 1933 à 1945, ou les deux comme l’Italie, du Risorgimento au fascisme.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       L’idée d’égalité ne s’est pas imposée facilement dans l’Histoire humaine parce qu’elle est contraire à l’apparence. L’idée de différence est beaucoup plus accessible et potentiellement plus dangereuse. Si l’égalité des citoyens existait dans la cité grecque ou dans la République romaine, elle laissait de côté les métèques et les esclaves. C’est le christianisme qui a donné à l’idée de l’égalité cette force propulsive universelle qui existe aussi dans l’Islam, mais l’égalité des musulmans ne vaut que dans « l’Oumma » alors que c’est la Révolution française qui a laïcisé l’idée chrétienne en disposant que tous les Hommes, partout, naissent libres et égaux en droit.       <br />
              <br />
       Par définition, l’égalité est toujours à réaliser, même si on ne parle que de l’égalité en droit. Les conditions de départ n’étant pas les mêmes pour les uns et pour les autres, des mesures correctrices s’imposent même, s’il doit être établi que chacun doit pouvoir aller au bout de toutes ses capacités. C’est ce que j’avais appelé en 1984 <span style="font-style:italic">« l’élitisme républicain »</span>, qui ne faisait au fond que reprendre le mot d’ordre de Paul Langevin s’agissant des missions de l’Ecole : <span style="font-style:italic">« assurer la promotion de tous et la sélection des meilleurs »</span>.       <br />
              <br />
       Cette conception de l’égalité s’oppose bien évidemment à l’égalitarisme niveleur et à l’idéologie de la communauté éducative dite pédagogiste qui voudrait empêcher les uns de progresser de manière à ne pas faire sentir aux autres leur retard. Cette conception de l’éducation n’a évidemment rien à voir avec l’idéal républicain des Lumières. Elle lui tourne le dos en proclamant plus désirable l’égalité dans l’obscurantisme que les lumières offertes à tous.       <br />
              <br />
       Je ne suis pas si loin de mon sujet qu’il apparaît : La Révolution française s’est heurtée dès le départ à une pensée contre-révolutionnaire organisée : Burke et Maistre. La Révolution française ne s’est pas arrêtée avec le triomphe des Républicains en 1877-1881. La conquête de la République sociale restait à réaliser. Tel était le sens de la synthèse jaurésienne, de l’<span style="font-style:italic">« histoire socialiste de la Révolution française »</span> et de sa définition du socialisme comme <span style="font-style:italic">« la République accomplie jusqu’au bout »</span>. La révolution d’octobre et l’Union soviétique ont éclipsé pendant le court XXe siècle la force de l’idée républicaine, telle que l’a décrite et illustrée Claude Nicolet. Celle-ci est cependant restée vivante dans la gauche socialiste et radicale et dans le gaullisme. C’est à partir du milieu des années 1970 que se développe la contre-offensive des idées dites libérales, mais en réalité contre-révolutionnaires – car elles allaient bien au-delà d’une critique du communisme et renouaient avec une critique beaucoup plus ancienne de la Révolution française. On ne peut abstraire ce moment idéologique de la victoire du courant néo-conservateur et libéral dans le monde anglo-saxon et de la « globalisation » subséquente. Soljenitsyne, François Furet, Ernst Nolte pour ne pas parler des pseudos « nouveaux philosophes » en France ou des publicistes néo-conservateurs aux Etats-Unis appartiennent à un moment idéologique aujourd’hui en voie de dépassement. Car l’Histoire continue. La globalisation financière est entrée en crise. Le programme de néo-conservatisme libéral comme retour à un monde d’avant 1914 que l’histoire n’aurait jamais dû quitter apparaît comme une illusion.       <br />
              <br />
       La seconde mondialisation, sous égide américaine, révèle sa fragilité. L’avènement d’un monde multipolaire, gros de tensions, semble inévitable. Dans ce contexte la lutte pour l’égalité entre puissances installées et puissances émergentes, élites mondialisées et couches populaires assignées au local n’a nullement perdu de son acuité. De nouveaux équilibres et de nouvelles règles du jeu doivent être trouvés.       <br />
              <br />
       Le XXe siècle a ébranlé en profondeur la domination de l’Occident sur le monde. Dans la fin des empires coloniaux européens et dans l’avènement du communisme en Chine, l’URSS a joué un rôle déterminant. Vu de ce qu’on appelait autrefois le Tiers-monde, notre court vingtième siècle ne s’est pas borné à l’affrontement de deux totalitarismes.       <br />
              <br />
       La victoire de l’URSS en 1945 a déplacé très sensiblement le rapport des forces sociales et politiques dans le monde entier. La classe ouvrière d’Europe occidentale en a d’ailleurs bénéficié, elle aussi, de 1945 à 1974 car elle a pu négocier le Welfare State grâce à la peur du communisme. Après le cycle du New-Deal, celui des trente glorieuses est venu un autre cycle, celui du néo conservatisme libéral et de la globalisation financière. Moins de vingt ans séparent la chute de Saïgon en 1975 et la chute de l’URSS en 1991. Mais il est probable que nous apercevons les prémices de la fin de ce cycle, dont la philosophie, à la différence du précédent, était et reste imprégnée de valeurs inégalitaires.       <br />
              <br />
       Au fond, c’est bien de l’égalité qu’il s’agit et des valeurs que l’Ecole a pour rôle de transmettre. Dans l’héritage de la Révolution française, la valeur d’égalité est centrale, même si elle ne doit pas être confondue avec ses déviations égalitaristes. Je ne souhaite pas pour ma part que la critique abusive de deux Révolutions injustement confondues, aboutisse à miner les croyances qui sous-tendent l’Ecole républicaine car on n’enseigne que ce à quoi on croit, comme l’a souligné avec force Hannah Arendt dans <span style="font-style:italic">« Crise de la culture »</span>. L’Histoire a certes toujours besoin d’être revisitée et je suis pour la liberté de la recherche dans ce domaine comme dans tous les autres, mais ce qu’on appelle révisionnisme au sens d’entreprise généralisée de remise en cause des valeurs nées de la Révolution française, doit trouver sa limite dans la résistance des valeurs républicaines que les enseignants, depuis Jules Ferry, ont la charge de faire vivre. De l’interprétation de l’Histoire depuis 1789 découle bien évidemment une conception de l’Ecole.        <br />
              <br />
       François Furet, Ernst Nolte ont certes nourri le débat d’idées au tournant des années quatre-vingt. Mais qui dit débat dit forcément contradiction. Ce ne serait pas servir l’Ecole de la République que d’étouffer cette contradiction motrice. Je suis sûr que l’IUFM de Franche-Comté saura replacer cette controverse dans le cadre d’une réflexion philosophique et historique approfondie avec le souci de demeurer fidèle aux valeurs que les Pères fondateurs de l’Ecole républicaine lui ont donné mission de transmettre.       <br />
              <br />
              <br />
       --------------       <br />
       <span class="u">Annexes</span>       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I.</b>       <br />
       Je ne résiste pas au plaisir d’une citation :       <br />
              <br />
       (Préface au <span style="font-style:italic">« Siècle de l’avènement républicain »</span> - 1983 Gallimard)       <br />
       François Furet et M. Ozouf, présentent une histoire de nos Républiques et concluent :       <br />
              <br />
       « Il arrive pourtant à nouveau qu’on use du mot République comme d’un mot-programme, d’un mot combat supposé réveiller et galvaniser les énergies. Se dire républicain, c’est alors bien plus que donner son assentiment au régime … C’est dans un monde hédoniste, individualiste, menacé d’engourdissement civique et de platitude, manifester son attachement à un modèle de participation politique et d’intégrité morale que diffusait l’Ecole des hussards noirs et faire fond à nouveau sur <span style="font-style:italic">une pédagogie délibérément normative</span>. C’est célébrer la communion sociale et poursuivre la critique du libéralisme si centrale dans la politique française ».       <br />
              <br />
       Il ajoute, il est vrai :       <br />
              <br />
       « C’est au moment où s’éteint la culture révolutionnaire, tenter d’en tisonner encore les centres. Car l’idée républicaine, autrefois considérée comme tout juste bonne à asseoir et à camoufler la domination bourgeoise, <span style="font-style:italic">symbole même du passé à dépasser par l’idée socialiste paraît en préparer aujourd’hui l’avenir</span> …       <br />
              <br />
       Ironie de l’histoire …        <br />
       Ignorance de l’Histoire, tant les valeurs invoquées s’alimentent à une représentation largement imaginaire de la IIIe République. On peut enfin douter des chances de succès d’une idée si visiblement défensive et substitutive. Mais dans ces textes neufs de l’idée républicaine, on retrouve toujours une vieille étoffe : l’idée de Révolution qui, même discréditée, même vaincue, continue de mettre sur l’idée républicaine en France une marque inimitable ».       <br />
              <br />
       Mes observations  :        <br />
       1.	Qui disait la Révolution comme discréditée, vaincue ? F. Furet et M. Ozouf       <br />
       2.	Tous deux méconnaissent l’exigence républicaine, présente chez les Pères fondateurs même sous la Ve République avec le général de Ga	ulle, présente chez Mendès-France et encore aujourd’hui chez d’autres.       <br />
       3.	Il est vrai que l’idée républicaine telle que je l’ai conçue correspondait dans les années soixante-dix à une stratégie gramscienne : gagner à la gauche du PCG (socialistes et communistes) les « autres » et d’abord les gaullistes. Puis au fil du temps elle est devenue une exigence opposée à l’opportunisme de la gauche, en ce sens seulement « défensive ».       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II.</b>       <br />
              <br />
       Alain Joxe montre que dans le peuple russe après 1991, adepte d’une stratégie à la Koutousof, il demeure une nostalgie de la social-démocratie d’Etat que lui assurait le régime soviétique et que Poutine va peu à peu et partiellement reconstituer grâce au rétablissement de l’économie à partir de l’an 2000.       <br />
              <br />
       Nostalgie aussi sans doute de la grandeur russe, et du respect que le monde éprouvait vis-à-vis  de l’URSS. Poutine ne peut reconstituer la puissance de l’URSS encore moins l’URSS mais il peut refaire de la Russie une grande nation respectée et ayant retrouvé le sens de sa dignité.       <br />
              <br />
       En ce sens le peuple russe n’est pas dans la situation du peuple allemand qui doit annuler l’épisode national-socialiste, comme s’il n’avait pas existé. Le peuple russe peut « traiter » sa révolution, en faire une partie de sa mémoire, trier le bon grain de l’ivraie. Le PC de Russie reste la deuxième force politique avec 17 % des voix. Le peuple russe reste avec la Révolution d’Octobre dans un rapport beaucoup plus proche de la manière dont la France au XIXe siècle a traité la Révolution française.       <br />
              <br />
       Le socialisme a été une illusion, mais il a été aussi une réalité : sinon un raccourci du moins une méthode d’industrialisation, d’urbanisation, d’accès à la modernité (Raymond Aron – Charles Morazé).       <br />
              <br />
       L’idée d’un peuple tirant de ses propres forces la capacité de transformer sa société au prix de souffrances inhumaines mais qui se sépare de son régime non pas sans douleur car la décennie Eltsine sera terrible mais presque sans effusion de sang (si on excepte l’affaire tchétchène).       <br />
              <br />
       Vers la réconciliation des deux grands peuples européens que sont le peuple allemand et le peuple russe, réconciliation qui ne peut se faire en renvoyant dos à dos l’utopie communiste et la folie de conquête et de domination, au nom de la race, du national-socialisme. Cette réconciliation ne peut se faire, selon moi, que sur une base socialiste ou social-démocrate (critique de la révolution bolchevique comme aventuriste, méconnaissant la réalité du sous-développement économique et social de la Russie mais rejet absolu du national-socialisme (ce qui ne signifie pas du peuple allemand).       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III.</b>       <br />
              <br />
       Il y a quelque chose d’émouvant chez Ernst Nolte et à certains égards de bien compréhensible, la souffrance que peut éprouver un Allemand à devoir supporter l’assimilation de l’Allemagne au national-socialisme.       <br />
              <br />
       Sans doute une partie des forces politiques allemandes peut-être exonérée des crimes du nazisme : les partis de gauche et même le Zentrum .       <br />
              <br />
       Mais la droite dite nationale, en fait nationaliste, même si elle a, sur la fin, répudié le nazisme (Stauffenberg) porte comme une tunique de Nessus d’avoir appelé Hitler au pouvoir.       <br />
              <br />
       Quand au peuple allemand, ses vertus même ont été détournées au service du mal, ce qui l’interpelle encore aujourd’hui sur les valeurs dont il se sent, et à juste titre, historiquement porteur.       <br />
              <br />
       L’enracinement du national-socialisme dans l’Histoire allemande n’est sans doute pas le déterminant unique du national-socialisme mais il en est le principal :       <br />
       -Idéologie völkisch       <br />
       -Antisémitisme       <br />
       -Pangermanisme       <br />
              <br />
       Ajoutons que la guerre de 1914-1918 a agi comme facteur de « brutalisation » (George Mosse)       <br />
              <br />
       Mais le peuple allemand ne saurait être identifié au national-socialisme.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Francois-Furet-le-passe-d-une-illusion_a622.html</link>
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