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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-03-12T11:51:34+01:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>"A terme, la monnaie unique n'est pas viable"</title>
   <pubDate>Wed, 23 Oct 2013 10:45:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement au quotidien "Le Figaro" du mercredi 23 octobre 2013. Propos recueillis par Charles Jaigu.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5981069-8916972.jpg?v=1382516734" alt=""A terme, la monnaie unique n'est pas viable"" title=""A terme, la monnaie unique n'est pas viable"" />
     </div>
     <div>
      <b>LE FIGARO - Vous vous attaquez dans votre livre à l'idée que les nations sont les grandes responsables des deux guerres mondiales. Pourtant vous montrez aussi que c'est l'Allemagne qui déclenche l'incendie...</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre CHEVÈNEMENT - </b>J'ai voulu mener une réflexion sur le déclin des nations européennes à travers les deux mondialisations dont la première, sous égide britannique, débouche sur la Première Guerre mondiale. Ce déclin fait contraste avec le dynamisme conquérant des nations émergentes, or ce discrédit des nations européennes n'est pas mérité. Paradoxalement, c'est un tout petit noyau de dirigeants de la puissance alors montante, l'Allemagne impériale, qui a pris en 1914 l'initiative d'une guerre préventive qui va entraîner successivement l'Empire britannique puis les États-Unis dans le conflit et se retourner contre eux.       <br />
              <br />
       <b>Cela ne revient-il pas à dire que le nationalisme - allemand en l'occurrence - est fautif ?</b>       <br />
       Le peuple allemand n'a pas voulu la guerre : ses dirigeants, influencés par le discours pangermaniste, ont réussi, en 1914, à le persuader qu'il était menacé par la Russie. Les mêmes cercles dirigeants l'ont dressé contre le traité de Versailles parce qu'ils refusaient la défaite de 1918, contribuant ainsi à faire le lit du nazisme dont la cause principale est quand même la crise des années 1930 avec ses millions de chômeurs.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Faut-il vraiment que les Allemands regardent cette histoire-là, alors qu'ils ont déjà accompli un immense travail de vérité sur le nazisme ?</b>       <br />
       Il y a une continuité entre la Première Guerre mondiale et la Seconde. De Gaulle et Churchill parlaient même d'une « seconde guerre de trente ans ». Mais l'hitlérisme n'était nullement une fatalité de l'histoire allemande. Comme le dit, dans son livre d'entretiens avec Fritz Stern, l'ancien chef de la diplomatie allemande Joschka Fischer, le traité de Versailles n'a pas cassé les racines du militarisme prussien. Fischer montre qu'il aura fallu l'écroulement de l'Allemagne nazie en 1945 pour fonder une nouvelle Allemagne, profondément démocratique.       <br />
              <br />
       <b>Faut-il pour autant tirer la conclusion, comme vous le faites, que les nationalismes européens ne sont pas les grands coupables de ces guerres ?</b>       <br />
       On a accablé les nations européennes de tous les maux pour mieux leur faire accepter l'hégémonie des États-Unis dans un cadre postnational conçu par Jean Monnet. Or, l'idée européenne n'a pas de sens comme substitut des nations dans lesquelles vit la démocratie. C'est de là que vient la crise actuelle de l'Europe. Les deux guerres mondiales ne suffiraient pas à expliquer son déclin. Dans un XXI e  siècle où s'affirme la bipolarité Chine-États-Unis, il faut rebattre les cartes de la construction européenne.       <br />
              <br />
       <b>Êtes-vous toujours souverainiste ?</b>       <br />
       Je n'ai jamais revendiqué cette épithète. Je suis républicain, tout simplement. Je défends une « Europe européenne », comme disait de Gaulle, du Maghreb à la Russie, où l'on met en commun certaines politiques, mais où chacun doit se responsabiliser. Nous devons concevoir une grande Europe qui nous permettra de constituer une confédération de peuples libres.       <br />
              <br />
       <b>Depuis la fin du XIXe siècle, vous montrez que la France décroche. S'est-elle installée dans le déclin depuis plus d'un siècle ?</b>       <br />
       Elle connaît des périodes alternées de déclin et de renouveau. Et sur le plan politique, c'est un pays qui n'abandonne jamais. On voit qu'elle est capable de construire un empire colonial après la défaite de 1871. Il y a aussi, après 1945, les Trente Glorieuses qui remettent la France à flot. Malheureusement, le tournant de 1983 va casser cet élan.       <br />
              <br />
       <b>Mitterrand pouvait-il éviter le tournant de la rigueur ?</b>       <br />
       La rigueur, non. La dérégulation complète de l'économie française, oui. Enfin, le choix de l'arrimage au mark préparant la monnaie unique, elle-même surévaluée, a été et reste dévastateur pour l'industrie française. On ne peut pas maintenir un « État social » sans une base productive vigoureuse.       <br />
              <br />
       <b>Vous ne cessez de vanter les acquis de l'État social et en même temps vous appelez au redressement et à un choc de compétitivité. N'est-ce pas la quadrature du cercle ?</b>       <br />
       Pas du tout. Pour maintenir un État social, il ne suffit pas de le rénover. Il faut retrouver la croissance et donc la compétitivité. J'approuve les orientations du rapport Gallois. Nous avons perdu 15 points de compétitivité sur l'Allemagne depuis 2000. Pourrons-nous les récupérer par une dévaluation interne qui entraînera stagnation économique de longue durée et chômage de masse ? Ou plutôt par un ajustement monétaire ? La première solution sera un facteur de troubles sociaux et politiques graves, et la deuxième solution n'est pas possible aujourd'hui, sauf si, comme je le propose, nous transformons l'euro de monnaie unique en monnaie commune, en créant un SME bis avec un toit européen renforcé.       <br />
              <br />
       <b>Les Allemands avec Schröder ont fait leurs réformes : ils sont moins payés pour travailler plus...</b>       <br />
       Cette politique a procuré un excédent massif à l'Allemagne. Sa contrepartie est le déficit de tous les autres. La politique de Schröder aurait dû se faire en concertation avec les autres Européens. La France n'aurait pas dû laisser se creuser cet écart. Il faut bien sûr rénover l'État social, trouver un équilibre entre les droits et les devoirs. Mais cet État social est un phare pour le reste de l'humanité. Les Chinois vont se doter d'une sécurité sociale, d'un droit du travail. L'Europe, pour retrouver la croissance, doit faire un effort de compétitivité et pour cela abaisser d'environ 20 % le cours moyen de l'euro.       <br />
              <br />
       <b>Vous soutenez que la solution miracle serait une sortie de l'euro et un rétablissement de la monnaie commune. Êtes-vous nostalgique du serpent monétaire européen ?</b>       <br />
       Je pense surtout qu'il n'y a pas d'autre solution ! À terme, la monnaie unique n'est pas viable. C'est un tonneau des Danaïdes que l'Allemagne ne va pas accepter de remplir sans fin. Les moyens de sauvetage du mécanisme européen de solidarité sont tout à fait insuffisants pour remédier à la fragilité de certains États et de certaines banques. Les pays les plus riches ne sacrifieront pas leur compétitivité à long terme à une fiction monétaire...       <br />
              <br />
       <b>Certains pays, comme l'Espagne et l'Italie, n'accomplissent-ils pas ces efforts avec succès ?</b>       <br />
       Mais à quel prix ? L'Espagne a 27 % de chômeurs ! Et elle a un excédent commercial qui résulte largement de la chute de ses importations. Une politique déflationniste « à la Laval » - modèle 1935 - n'apportera aucune solution au problème de la croissance européenne.       <br />
              <br />
       <b>Le réformisme de Hollande va-t-il dans la bonne direction ?</b>       <br />
       Sur la sécurisation de l'emploi, sur le rapport Gallois, sur la programmation militaire, sur le Mali, il a fait des choix pertinents. Mais peut-on rattraper notre retard de compétitivité sur l'Allemagne avec seulement quelques réformes « structurelles » ? Je ne le crois pas. Comme disait Mendès France, « il n'y a pas de politique sans risques, mais il y a des politiques sans chances » .       <br />
              <br />
       <b>Sur quelle majorité d'idées peut-il s'appuyer ?</b>       <br />
       Le président de la République, parce qu'il est « l'homme de la Nation », doit davantage faire appel au sens de l'intérêt national, bref au patriotisme des Français.       <br />
              <br />
       <b>Vous avez mis en garde il y a quelques jours la « dictature de l'émotion » dans l'affaire Leonarda. François Hollande n'aurait-il pas dû s'en tenir à l'application stricte du droit </b>?       <br />
       Il y a toujours eu un pouvoir d'évocation du ministre de l'Intérieur en matière de régularisation, mais seulement sur critères d'intégration. À plus forte raison du président de la République. Il appartient à Leonarda Dibrani de savoir si elle accepte de revenir à Pontarlier sans sa famille qui ne remplit aucune des conditions d'admission au séjour. Il y avait une autre possibilité : accueillir cette jeune fille dans une école française du Kosovo, à Mitrovica ou à Pristina. Cet accueil permettrait d'appliquer la loi sans la séparer de sa famille.       <br />
              <br />
       -----       <br />
       <span style="font-style:italic">Propos recueillis par Charles Jaigu.</span>       <br />
       <span style="font-style:italic">Source :</span> <a class="link" href="http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2013/10/22/10001-20131022ARTFIG00422-jean-pierre-chevenement-terme-la-monnaie-unique-n-est-pas-viable.php">Le Figaro</a>       <br />
              <br />
              <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>"Les sondages ne sont pas mon problème. Mon souci est de toucher l'intelligence des Français et des candidats"</title>
   <pubDate>Sat, 28 Jan 2012 16:11:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Zemmour & Naulleau sur Paris Première, vendredi 27 janvier 2012.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><span style="font-style:italic">A propos de la défaite de Lionel Jospin en 2002</span>: Un candidat est toujours responsable de son programme, surtout quand il n'en a pas ou peu.       
       </li></ul><ul class="list"><li>En politique, il ne faut jamais régler des comptes. Il y a beaucoup de violence et il faut savoir encaisser. Il faut rester calme et toujours se référer à des valeurs supérieures, à une certaine idée de l'intérêt public. C'est comme ça que j'ai été candidat en 2002 : pour défende des idées. </li></ul><ul class="list"><li>Je peux défendre encore aujourd’hui les thèmes qui étaient ceux de ma campagne. Pour le reste...       
       </li></ul><ul class="list"><li>Les sondages ne sont pas mon problème. Mon souci est de toucher l'intelligence des Français et des candidats.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Je ne suis pas du tout hostile à Jean-Luc Mélenchon. Néanmoins, je ne pense pas qu'il situe sa candidature dans la même perspective que la mienne.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Le génocide arménien n'est pas contestable mais, pour moi, c'est l'intérêt de la République qui compte. Toute loi qui pénalise dans un domaine qui est celui de la liberté d'expression me déplaît. Cette loi est une manœuvre électoraliste.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Les lois mémorielles ne sont pas une bonne idée. Dans la République, on se bat avec des arguments. Quand ils sont bons, ils finissent par triompher.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li><span style="font-style:italic">A propos de ses démissions</span> : J'aurais pu démissionner beaucoup plus souvent. Je me suis borné à démissionner dans 3 circonstances importantes : le tournant libéral, la guerre du Golfe, la Corse.       
       </li></ul><ul class="list"><li>François Hollande, rendons lui au moins ce mérite, a dit qu'il réviserait le traité européen prévu par N.Sarkozy et A.Merkel et qu'il y ajouterait des moteurs de croissance.       
       </li></ul><ul class="list"><li>J'écoute ce que dit François Hollande. Je sais qu'entre les mots il y a des vides dans lesquels peuvent se glisser bien des ambiguïtés.       
       </li></ul><ul class="list"><li>En politique on ne peut pas échapper à la dimension du pari. J'ai pensé influencer François Mitterrand, je l'ai d'ailleurs fait pendant 10 ans. J'ai voulu influencer Lionel Jospin et Segolène Royal. Je pourrais vouloir influencer François Hollande, mais je ne sais pas si je le peux. Si je le peux, ce serait mon devoir.       
       </li></ul><ul class="list"><li><span style="font-style:italic">A propos du maintien de sa candidature</span> : C'est un tableau d'ensemble qu'il faut regarder. Pour l'instant, je n'ai pas arrêté mon jugement. J'observe. Je suis le candidat pédagogue, le conseiller pédagogique à la fois de la gauche et de la France.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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  </item>

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   <title>Sur le livre de Lionel Jospin</title>
   <pubDate>Fri, 22 Jan 2010 12:46:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div>
      Certains m’interrogent sur le dernier livre de Lionel Jospin qui n’est pas avare de méchancetés à mon égard. Faut-il même y répondre ? J’ai hésité. Mais comme dit le proverbe « Qui ne dit mot, consent ».       <br />
              <br />
       Ce qui m’a le plus intéressé, à vrai dire, dans ce livre c’est l’histoire des choix tactiques et des conflits d’appareil qu’il éclaire d’une vive lumière, s’agissant de l’histoire interne du Parti socialiste sur la période 1988-92 notamment. Ce qui me frappe le plus c’est l’absence de réflexion stratégique sur trente ans d’histoire de la gauche.       <br />
              <br />
       Dans ce livre il n’est presque jamais question de la France. Elle disparaît. Elle est comme happée par <span style="font-style:italic">« l’Europe »</span> que l’ancien Premier ministre a acceptée comme le choix directeur qui commandait tous les autres, même s’il confesse, au passage, <span style="font-style:italic">« l’insuffisance de ses contenus sociaux »</span> et son <span style="font-style:italic">« libéralisme excessif »</span> (p. 178). Pour procéder à un véritable examen de conscience, Lionel Jospin aurait dû se poser quelques questions : quand a-t-il cherché à corriger ce libéralisme excessif ? En disant <span style="font-style:italic">« non au non »</span> au traité de Maastricht ? En signant le pacte dit <span style="font-style:italic">« de croissance et de stabilité »</span>, en 1997 ? En organisant la libéralisation des services publics, lors des sommets de Lisbonne (2000) et de Barcelone (2002) ? Ou encore en cautionnant l’idée d’une Constitution européenne en 2000, pour laquelle il fera campagne en 2005 ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Je partage avec Lionel Jospin le constat que la période était difficile avec Reagan au pouvoir aux Etats-Unis et Thatcher en Grande-Bretagne, mais la France devait-elle se résigner à importer le modèle néolibéral sur le continent, avec la déréglementation financière et l’institution d’une Banque Centrale européenne indépendante, véritable « Buba bis » ? La France n’avait-elle plus rien à dire d’original ? Le rôle de la gauche française n’eût-il pas été de chercher un compromis dynamique avec l’environnement extérieur, en portant un projet républicain moderne, plutôt que de donner les clés de la maison aux oligarchies financières ? Il y avait historiquement une belle place à prendre pour la France entre le communisme sénescent et l’ultralibéralisme néoconservateur. Et qu’on ne nous rebatte pas les oreilles avec « la seule politique possible ». On voit où elle nous a conduits.       <br />
              <br />
       Lionel Jospin justifie rétrospectivement la formule qu’il a employée, en mars 1983, de <span style="font-style:italic">« parenthèse libérale »</span>. <span style="font-style:italic">« Cette évocation de la parenthèse,</span> écrit-il, <span style="font-style:italic">était une façon</span> [pour lui] <span style="font-style:italic">d’accepter et de faire accepter le changement. D’ailleurs elle ne sera pas si mal comprise, puisqu’il n’y aura pas de désarroi chez nos militants »</span>… (p. 100). Curieusement, dans une <a class="link" href="http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-823448,50-1288378,0.html">interview</a> au <span style="font-style:italic">Monde</span> du 8 janvier 2010, Lionel Jospin, sentant sans doute la faiblesse de son argument, n’hésite pas à écrire : <span style="font-style:italic">« D’une certains façon, mon gouvernement, en 1997, a refermé</span> « la parenthèse », <span style="font-style:italic">en conciliant croissance et respect des équilibres, réduction massive du chômage et réalisme économique »</span>. On croit rêver : Lionel Jospin aurait fermé le cycle du social libéralisme !       <br />
              <br />
       Pour le reste, ce livre fonctionne comme un disque rayé.        <br />
              <br />
       Le 21 avril ne serait l’effet que de la méchanceté de Jacques Chirac, de la volonté d’apparaître de Christiane Taubira, et de l’ambition chimérique de Jean-Pierre Chevènement, comme si l’idée d’un projet républicain moderne était une chimère !        <br />
              <br />
       N’était-il pas légitime que je fusse candidat, au nom du Mouvement des Citoyens, composante parmi d’autres de la « gauche plurielle », pour redresser le cours des choses, dès lors que les idées que je portais avaient été marginalisées au sein du gouvernement ?       <br />
              <br />
       Et pas seulement sur l’affaire corse, au cœur de mes compétences ministérielles, mais sur bien d’autres sujets (Europe, politique industrielle, bombardements sur la Yougoslavie, etc.). Fallait-il, après que le gouvernement tout entier – et pas seulement moi – eût été mis devant le fait accompli sur l’octroi de compétences législatives à la Corse, que je renie près de quarante ans de combats politiques ?       <br />
              <br />
       Lionel Jospin semble découvrir que la gauche a plus de chances unie que divisée. Mais qu’a-t-il fait pour éviter qu’elle se divise ? Il lui eut fallu peu de choses pour convaincre Christiane Taubira de se retirer. Seule sa conviction d’être présent, en tout état de cause, au deuxième tour, l’y a fait renoncer. A-t-il même réfléchi aux raisons pour lesquelles cette division s’est produite ?        <br />
              <br />
       Lionel Jospin ne s’interroge pas sur les causes profondes de la défaite de 2002 : l’éloignement des couches populaires d’abord. Pourquoi 11 % seulement des ouvriers ont-ils voté pour lui le 21 avril 2002 ? Ce n’est quand même pas la faute de Chevènement ! Et pas davantage ne s’attarde-t-il sur la montée de l’extrême-droite et de l’abstentionnisme.        <br />
              <br />
       Chaque fois qu’il évoque ma personne, Lionel Jospin est rarement à court d’une insinuation malveillante. Qu’il s’agisse de la guerre d’Algérie, où reprenant une perfide antienne, il m’impute de <span style="font-style:italic">« n’avoir pas fait les mêmes choix</span> [que lui] <span style="font-style:italic">pendant la guerre d’Algérie »</span> (p.32). La seule différence, à ma connaissance, est qu’il a fait son service militaire en Allemagne et moi en Algérie, où j’ai pris, après la dissolution des SAS (sections administratives spécialisées, lointaines héritières des « bureaux arabes »), plus de risques que lui à combattre l’OAS. A vingt ans, j’étais membre de l’Amicale de l’UNEF de Sciences Po.        <br />
              <br />
       De même sur les fournitures d’armes à l’Irak à l’automne 1983 (p. 132). J’aurais eu quelque peine à les favoriser, n’étant plus au gouvernement depuis six mois !        <br />
              <br />
       Ou encore, s’agissant de la solution de la <span style="font-style:italic">« querelle scolaire »</span>, où je n’aurais fait que mettre en œuvre les <span style="font-style:italic">« dispositions simples et pratiques </span>» arrêtées par lui-même et par le Président de la République, <span style="font-style:italic">« en plein accord et presque seuls »</span> (p. 104). Il faut apparemment me réduire au rôle de simple exécutant pour que Lionel Jospin puisse seul marquer le terrain de l’Education, où son inspiration ne rejoint pas la mienne.       <br />
              <br />
       Laissons là ces petitesses. Lionel Jospin, bien que manquant d’une grande vision politique, a été un bon Premier ministre. Je ne reviendrai pas sur ce débat rétrospectif. Au fond je n’ai rien à retirer de ce que j’ai écrit sur ce sujet dans <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/tags/d%C3%A9fis+r%C3%A9publicains/">« Défis Républicains »</a> (Fayard, 2004) particulièrement dans les chapitres 12 (<span style="font-style:italic">« le pari de la gauche plurielle »</span>) et 16 (<span style="font-style:italic">« l’échec de la gauche plurielle »</span>). Je fais confiance à la sagacité des historiens et à la raison des militants.       <br />
              <br />
       La vérité est que Lionel Jospin et moi-même portions des conceptions politiques différentes. J’ai cherché à servir son gouvernement tout en servant la République. Je n’étais pas pour autant devenu son féal.        <br />
              <br />
       Un peu moins d’orgueil de sa part permettrait au Parti socialiste et à la gauche de faire l’autocritique d’une dérive libérale et européiste avec laquelle il faut rompre impérativement. L’incapacité de Lionel Jospin à se remettre en cause pèse comme un couvercle sur le cerveau d’une gauche à laquelle échappe encore le fin mot de son histoire. Elle n’aide pas non plus la France à sortir du terrible piège dans lequel elle a été enfermée par la myopie de ses élites.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Sur-le-livre-de-Lionel-Jospin_a914.html</link>
  </item>

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   <title>Se ressaisir pour réussir, par Jean-Pierre Chevènement, 29 mai 1983</title>
   <pubDate>Wed, 04 Apr 2007 21:58:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Grands textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Lors de cette intervention à la Convention nationale du Parti socialiste du 29 mai 1983, Jean-Pierre Chevènement dénoncait la politique de rigueur amorcée par François Mitterrand et Pierre Mauroy et expliquait les raisons de son départ du Gouvernement.     <div>
      Chers Camarades,       <br />
              <br />
       C'est la première fois que je m'exprime publiquement depuis mon départ du Gouvernement. J'ai quitté le Gouvernement très normalement car il ne peut pas y avoir deux politiques au Gouvernement. Mais il peut y en avoir deux à l'intérieur du parti. Ainsi à Metz, il y en avait deux politiques, l'une majoritaire, l'autre minoritaire...       <br />
              <br />
       Si j'ai réservé aux responsables du PS l'expression de ma pensée sur le cours politique actuel, c'est que j'ai toujours pris notre parti au sérieux et j'espère que vous prendrez ce que j'ai à vous dire aujourd'hui comme une marque de considération vis-à-vis des responsables que vous êtes.       <br />
              <br />
       La Ve République est aussi une République. Or, il n'y a jamais eu de République sans républicains. A plus forte raison je ne pense pas qu'on puisse regarder le parti comme mineur, le traiter comme un simple rouage de l'Etat. Au contraire. Le problème est aujourd'hui le suivant : si les socialistes ne maîtrisent pas l'Etat, c'est l'Etat non maîtrisé, c'est-à-dire l'Etat d'avant avec ses habitudes, avec ses routines, modelé par les intérêts qu'il a été façonné pour servir, qui, en définitive maîtrisera les socialistes. C'est pourquoi le PS doit être l'instrument de salut.       <br />
              <br />
       Le salut ne peut pas venir seulement d'en haut mais aussi d'en bas. C'est l'originalité de notre conception du socialisme, le socialisme autogestionnaire que de lier le mouvement d'en haut, l'action gouvernementale et le mouvement d'en bas, c'est-à-dire l'initiative décentralisée des citoyens, des producteurs et des collectivités, dans une cohérence d'ensemble qui ne peut venir que d'un projet historique partagé. D'un logiciel commun.       <br />
              <br />
       Les décisions - chacun peut l'observer - sont gouvernées par les rapports de forces. Or tout le monde pourrait s'exprimer en France ? La droite tiendrait le haut du pavé, les corporatismes déferleraient dans la rue ! Et seul le PS n'aurait le droit que de se taire !       <br />
              <br />
       Notre rôle est d'organiser le parti de la réussite. Nous en sommes tous comptables ! L'histoire nous jugera, et d'autant plus sévèrement qu'à la différence de ce qui s'était passé sous le Front populaire, le peuple nous a donné en 1981 toutes les responsabilités.       <br />
              <br />
       <b>I Prenons-nous aujourd'hui le chemin de la réussite ?</b>       <br />
              <br />
       Si je le pensais, je n'aurais pas quitté le Gouvernement. Oh certes je ne sous estime pas le bilan de tout ce qui a été accompli. Je sais à quel point la tâche du Gouvernement peut être rude. Mais s'agissant de la politique économique à laquelle je bornerai mon propos, je ne crois pas que ce serait servir demain le socialisme que de farder aujourd'hui la vérité.       <br />
              <br />
       « <span style="font-style:italic">Le courage, disait Jaurès, c'est de chercher la vérité et de la dire</span> ».       <br />
              <br />
       <b>A/ Or le moins qu'on puisse dire est que la politique choisie repose sur une conception qui n'a rien de particulièrement socialiste.</b>       <br />
              <br />
       En effet il s'agit d'une politique classique, déjà engagée en 1982, de réduction de la demande.       <br />
              <br />
       Le plan décidé en mars 1983 représente une ponction de 65 Milliards de Francs sur le revenu national qui a l'inconvénient de paraître comme la critique en acte de la politique dite de relance de 1981. Or contrairement à ce qu'on dit, ce n'est pas la relance qui a créé le déficit de notre commerce extérieur. Ce déficit préexistait, vous le savez bien, et l'envolée du dollar est largement responsable de son gonflement.       <br />
              <br />
       Le déficit venait du décalage des conjonctures entre la France et ses principaux partenaires (Allemagne, Angleterre, Etats-Unis). Tout se passe donc comme si la politique gouvernementale actuelle avait pour philosophie implicite : il faut assurer la convergence des politiques économiques, la mise à niveau des conjonctures, bref l'idée que nous ne sommes pas maîtres de notre politique ou que nous dépendons des autres. Ce qui n'est pas entièrement faux mais ce qui n'est pas non plus toute la vérité. Ainsi, comme soeur Anne, nous attendons la reprise américaine qui déjà en 1982 nous a fait défaut. C'est là un étrange paradoxe que de voir les socialistes compter en définitive pour le succès de leur politique sur la capacité du capitalisme à surmonter sa crise : Après tout si M. REAGAN avait raison ? et s'il réussissait ?       <br />
              <br />
       Un tel acte de foi aboutirait à la renonciation à ce qui fait l'originalité de notre conception qui a toujours privilégié l'action sur les structures par le plan et le secteur public.       <br />
              <br />
       Aussi bien, cette perspective - la reprise - n'est pas la plus probable, du fait de la lenteur de sa propagation (nous vendons fort peu aux Etats-Unis). Dès lors se pose la question de savoir à quel horizon il faut se placer pour juger du succès ou de l'échec : 6 mois comme l'indiquait Lionel JOSPIN ou 18 mois comme le demande J. DELORS ?       <br />
              <br />
       Outre qu'il est toujours imprudent de fonder son action sur une hypothèse optimiste, je crains que dans 18 mois il soit bien tard pour redresser la barre car au début de 1985 nous serons déjà dans la campagne des législatives !       <br />
              <br />
       <b>B/ Les conséquences à attendre de cette politique</b> ne sont malheureusement dès aujourd'hui que trop       <br />
       claires :       <br />
              <br />
       La courbe du <b>chômage</b> remontera dès juillet. La diminution des offres d'emploi est déjà très sensible.       <br />
              <br />
       Je ne pense pas par ailleurs que cette régulation par la demande réduise <b>l'inflation</b> qui en France est une inflation par les coûts à moins que, comme aux Etats-Unis, on veuille obliger les salariés à toutes les concessions et en particulier à accepter l'amputation de leurs salaires.       <br />
              <br />
       Le plus grave risque c'est <b>la réduction des investissements</b>. Les entreprises n'investissent pas sans carnets de commandes.       <br />
              <br />
       Les responsabilités que j'ai exercées m'ont très vite convaincu qu'on ne peut <b>pas déconnecter la politique industrielle de la politique économique générale</b>.       <br />
              <br />
       Or, si l'investissement, déjà très bas depuis plus de dix ans, continue à chuter, je me demande où va passer notre grand dessein de réindustrialisation.       <br />
              <br />
       <b>C/ Est-ce ce qu'il est convenu d'appeler, improprement d'ailleurs, le « plan DELORS », a au moins quelques chances de réussite ? Peut-il mettre un terme au processus d'endettement dans lequel la France est engagée ?</b>       <br />
              <br />
       La réponse est malheureusement négative : Le déficit en 1983 sera selon les meilleurs experts d'au moins 60 Milliards de Francs. Ce n'est pas tolérable.       <br />
              <br />
       Les sorties de capitaux ont atteint 80 Milliards de Francs en 1981 et près de 30 en 1982. Elles continuent faute que les anticipations sur le franc aient été durablement renversées. Le déficit des invisibles, phénomène nouveau, va s'alourdir avec le poids rapidement croissant de la dette.       <br />
       Bref les mesures adoptées - que je ne critique pas en elles-mêmes - sont trop dures pour ce qu'elles ont de mou et trop molles pour ce qu'elles ont de dur. Elles ne suffisent pas à écarter l'hypothèse que la France doive recourir un jour aux prêts du F.M.I. avec les conditions qu'on sait, qui signifieraient la ruine de notre entreprise.       <br />
              <br />
       <b>2) Les mesures adoptées nous mettent-elles à l'abri d'un nouvel ajustement monétaire ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Tant que le différentiel d'inflation avec l'Allemagne n'est pas réduit, la seule question qui se pose est de savoir quand aura lieu ce nouvel ajustement, tant il est vrai, comme l'avait rappelé le Président de la République le 23 Mars dernier, que nos dévaluations successives ne sont que la conséquence de notre excès d'inflation.</b>       <br />
              <br />
       Rester dans un système de parités fixes, dans l'état actuel de l'économie française et de l'environnement international, c'est poser sa tête sur le billot de la spéculation, s'offrir au couteau de tous ceux qui aspirent à mettre à mort notre entreprise.       <br />
              <br />
       Est-ce cela que nous voulons ? Nous, non ! mais d'autres oui !       <br />
              <br />
       Bref, pour sauvegarder nos réserves, il faut flotter... étant bien entendu que le flottement, si on n'a plus de réserves, ne nous permet pas forcément de les reconstituer !       <br />
              <br />
       Bref, ce qu'on appelle le « Plan Delors » peut être un élément d'une politique dont la cohérence reste à définir. Il n'est pas en lui-même une politique.       <br />
              <br />
       <b>D/ S'agit-il alors d'une « parenthèse », selon l'expression de Lionel JOSPIN, ou d'un «moment», comme l'a dit André -LAIGNEL ?</b>       <br />
              <br />
       Bref s'agit-il de mesures d'urgence adoptées sous la pression des nécessités ? Il y a malheureusement trop de signes en sens contraire. Il peut arriver qu'on dise le contraire de ce qu'on a annoncé mais il faut alors pouvoir s'en expliquer.       <br />
              <br />
       <b>1) Nous avons toujours énoncé que la régulation par le Plan devait l'emporter sur la régulation par le marché.</b>       <br />
              <br />
       Or le 9e Plan, dépourvu d'objectifs chiffrés, aussi bien que d'un noyau dur d'engagements qui constitueraient des moyens garantis, s'inscrit dans la tradition des 6, 7e et 8e Plan. C'est un exposé des motifs sans dispositif.       <br />
              <br />
       <b>2) Nous prônions une politique industrielle appuyée sur le secteur public</b> mais la mise en oeuvre des nationalisations bute sur ce concept ambigu d'autonomie de gestion. Qu'on m'entende bien : je suis plus que quiconque favorable à l'autonomie de gestion, dès lors qu'elle se situe en aval et non pas en amont des grandes orientations de la politique industrielle. Plus que jamais je crois au rôle d'entraînement que peuvent jouer les entreprises publiques sur le reste de l'économie. Pour y croire, il n'y a pas besoin d'être marxiste, il suffit d'avoir lu François PERROUX !       <br />
              <br />
       Après avoir renoncé à la relance par la consommation, il ne faudrait pas renoncer à la relance par l'investissement public qui ne dépend que de notre volonté, et pas davantage à la relance de l'effort de recherche, sérieusement mis à mal par la régulation budgétaire, malgré la loi d'orientation et de programmation votée l'an dernier.       <br />
              <br />
       <b>3) Nous avons toujours souhaité mettre le crédit au service du développement industriel et économique.</b>       <br />
              <br />
       Mais la réforme bancaire qu'on nous annonce est plus proche de l'immobilisme que de la révolution. La transformation de l'épargne liquide vers l'industrie n'est toujours pas envisagée. Les ressources du compte de développement industriel ne viendront pas en effet d'un livret d'épargne industrielle mais d'une épargne longue sur les possibilités desquelles on peut, à bon droit, s'interroger aujourd'hui. Pas davantage on n'aperçoit les effets du moratoire annoncé par le Président de la République dans son discours de Figeac.       <br />
              <br />
       <b>4) Enfin alors que nous avions toujours souhaité limiter le rôle du Ministère de l'Economie et des Finances,</b> qui n'en voit aujourd'hui la puissance reconstituée ? Certes le Ministère de l'Economie et des Finances se doit d'être le gardien des grands équilibres mais non le maître de toutes les décisions. Chaque Ministère doit disposer de son enveloppe pour pouvoir être responsabilisé et adapter son temps de réponse aux exigences de la vie économique. Notre organisation gouvernementale mérite d'être revue si nous voulons être plus efficaces !       <br />
              <br />
       On me dira que j'ai tort de vous dire tout cela.       <br />
              <br />
       Croyez que j'y ai bien réfléchi. Ce n'est pas de gaïté de coeur que je vous le dis mais parce que je crois que c'est le seul moyen de faire avancer les choses et de préserver nos chances de réussite.       <br />
              <br />
       <b>Lionel JOSPIN le disait il y a peu encore : « Le débat est l'oxygène du parti et le parti n'a pas débattu depuis 4 ans ! ».</b>       <br />
              <br />
       Alors aujourd'hui on ne voudrait plus de débat, et cela justement parce qu'il y aurait un objet au débat ! A la question de savoir s'il s'agit d'une parenthèse, il faut répondre aujourd'hui car dans 18 mois il sera trop tard.        <br />
              <br />
       On croit ouvrir une parenthèse. Et puis on s'aperçoit que c'est un virage et bientôt, si on n'a pas réagi, celui-ci prend la figure du destin.       <br />
              <br />
       <b>II D'où la nécessité d'organiser « le ressaisissement », pour la réussite.</b>       <br />
              <br />
       Un nouvel élan est devenu nécessaire. On me dit qu'est-ce que vous proposez ?... (interruption dans la salle) Eh bien vous pourriez déjà relire le Projet socialiste par exemple ! C'est plein d'idées dont on pourrait utilement s ' i n s p i r e r . . .       <br />
              <br />
       On nous dit « il n'y a pas d'autre politique ». Mais n'est-ce pas la tendance de tout gouvernement de croire qu'il n'y a pas d'autre politique que la sienne ?       <br />
              <br />
       Si je parle, m'adressant à la conscience de chaque militant, c'est que la vérité me paraît le dernier recours pour redresser un rapport de forces qui est en notre défaveur.       <br />
              <br />
       <b>A/ Tout d'abord il faut rester dans notre logique, celle du Projet socialiste</b>. Montrer plus de fermeté pour faire appliquer nos orientations. Plus de vraie rigueur, au sens de la gauche : rigueur intellectuelle et morale, cohérence entre les objectifs et les moyens, et pas au sens que la droite donne à ce terme : austérité qui finit toujours par retomber sur les mêmes.       <br />
              <br />
       Il faut d'abord compter sur nous-mêmes et moins sur les autres, surtout quand ils sont nos adversaires. Mobiliser le peuple en lui disant la vérité, le peuple de gauche bien sûr, mais au-delà, le peuple tout entier, car ce serait avoir une vue bien courte de la nature humaine que de ne croire les homme mus que par l'égoïsme à court terme.       <br />
              <br />
       <b>B/ Nous devons ensuite hiérarchiser nos priorités</b>       <br />
              <br />
       <b>1) L'urgence c'est la réduction du déficit commercial qui doit être supprimé dans l'année.</b>       <br />
              <br />
       Ensuite nous devons faire reculer le chômage, ce qui se passe par le maintien d'un certain taux de croissance et non d'abord par la réduction du temps de travail, qui soit alourdirait les coûts, soit diminuerait la masse salariale et nous enfoncerait encore plus dans la récession.Ces deux objectifs doivent être atteints simultanément.       <br />
              <br />
       <b>2) Enfin dans un deuxième temps il faut ramener le taux d'inflation</b> au niveau de l'Allemagne. 8% c'est encore trop. Une « opération-vérité » est nécessaire, le plus vite possible. Elle doit consister à déplacer trois points du P.N.B., deux pour annuler le déficit commercial, un pour accroître de 40 Milliards le niveau de l'investissement industriel.       <br />
              <br />
       <b>C/ Les mesures</b>       <br />
              <br />
       L'énoncé de mesures concrètes tombe toujours soit dans l'indifférence - car il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre - soit suscite avant même d'avoir été explicité, une levée de boucliers.       <br />
              <br />
       Ainsi à peine évoquée l'hypothèse d'une sortie du S.M.E., façon de se donner de l'air, je m'amuse de voir tant d'esprits distingués, de M. Olivier CHEVRILLON à M. Alain MINC, et jusqu'au plus petit chroniqueur de mon journal de province partir en guerre contre les méfaits du « protectionnisme » et d'une « muraille de Chine élevée autour de notre pré carré ».       <br />
              <br />
       Ah si tant de bons esprits mettaient autant d'énergie à explorer les issues plutôt qu'à les condamner ! Que n'ont-ils d'ailleurs crié leur angoisse quand M. GISCARD d'ESTAING sortait du serpent monétaire européen ! Et que ne se penchent-ils aujourd'hui sur le funeste destin de la Grande-Bretagne qui est dans le serpent sans y être (la livre compte dans l'ECU mais flotte librement) et qui aura cette année le taux de croissance le plus élevé d'Europe !       <br />
              <br />
       Et comment leur échappe-t-il que l'Italie, par l'institution d'un dépot préalable à l'importation, prend insensiblement le chemin du goulag ?       <br />
              <br />
       Mais c'est Monsieur BARRE, en définitive, qui dans la « Lettre de l'Expansion » donne le fin mot de l'affaire : « il faudrait - dit-il - sortir du serpent mais un gouvernement de gauche est trop discrédité pour le faire ». Tout le monde est ainsi d'accord : un gouvernement de gauche n'a pas d'autre issue que de se laisser pousser dans la nasse. Eh bien c'est ce que nous refusons, même s'il est devenu presque impossible de dessiner les contours d'une autre politique.       <br />
              <br />
       Je m'y essaierai pourtant en donnant l'exemple de mesures pratiques :       <br />
              <br />
       1) Tout d'abord renégocier notre participation au Système monétaire européen soit en y adoptant le statut de la livre britannique soit en donnant une plus grande flexibilité à son organisation, par la réalisation d'ajustements fréquents mais de très faible ampleur.       <br />
              <br />
       2) Ensuite se donner le temps de remuscler notre économie.       <br />
              <br />
       a) en réduisant au moins provisoirement l'offre extérieure par une mesure sur les importations et si nécessaire par la mise en oeuvre de clauses de sauvegarde temporaires sur certaines catégories de produits.       <br />
              <br />
       b) en stimulant l'offre intérieure - au lieu de la réduire comme c'est le cas aujourd'hui - et cela par une politique budgétaire et par une politique de crédit incitatives.       <br />
              <br />
       3) Transformer l'épargne liquide et l'orienter vers l'industrie ;       <br />
              <br />
       4) Faire jouer à l'Etat son rôle d'actionnaire et au secteur public son rôle d'entraînement.       <br />
              <br />
       5) Affirmer la fonction d'entrepreneur car il faut réconcilier la gauche et l'esprit d'entreprise, je parle évidemment des entrepreneurs entreprenants dont il faut faciliter les initiatives.       <br />
              <br />
       6) Combattre l'inflation à la racine en agissant sur la formation des prix et des revenus, ce qui suppose la mise en oeuvre annoncée par le Président de la République d'une véritable « politique de la répartition ».       <br />
              <br />
       7) Accélérer les programmes d'économies d'énergie, sérieusement mis à mal par la régulation budgétaire, car c'est un moyen privilégié de desserrer la contrainte extérieure.       <br />
              <br />
       8) Pour la même raison maintenir le programme électronucléaire car il est notre seule source d'énergie       <br />
       nationale disponible en quantités illimitées, alors que nous sommes les seuls au monde à maîtriser cette industrie avec les Etats-Unis et l'U.R.S.S.       <br />
              <br />
       9) A cette fin prendre toutes les mesures nécessaires pour favoriser la pénétration de l'électricité dans       <br />
       l'industrie, notamment par la voie tarifaire pour permettre le maintien et la modernisation en France même de l'industrie de l'aluminium et du chlore et valoriser ainsi nos atouts nationaux.       <br />
              <br />
       Ce ne sont là que quelques exemples d'une politique cohérente de croissance et d'indépendance.       <br />
       Mais bien entendu c'est l'équation politique de base capable de sous-tendre une telle politique, qui importe avant tout : il faut pour cela rassembler le pays autour de nous et non le diviser.       <br />
              <br />
       C'est possible sur des objectifs simples et accessibles : la République, la démocratie, la croissance, l'indépendance nationale.       <br />
              <br />
       Il y a un accord très large dans le pays pour ne pas revenir sur les avancées de Mai 81. Pour empêcher leur remise en cause, aussi bien par la récession que par la droite revancharde. C'est cette majorité là que nous devons rassembler. Pour construire une République moderne, une profonde réforme des mentalités est sans doute nécessaire. Peut-être faut-il se débarrasser de certaines       <br />
       idées fausses pour restaurer les valeurs du travail et de l'effort. Mais cela ne devrait pas nous gêner : ce sont les valeurs du Projet socialiste, celles de la connaissance, de la rigueur, de la mémoire et de la création.       <br />
              <br />
       Il y a dans le pays une majorité pour la réussite de la France. Sachons lui donner les moyens de s'exprimer.       <br />
              <br />
       La France avec un bon logiciel est un merveilleux matériel. Le Président de la République nous disait récemment : « Sans vous que pourrions-nous faire ? »       <br />
              <br />
       Mais le parti peut se tourner vers le gouvernement pour lui poser la même question, tant il est vrai que l'un ne peut rien sans l'autre.       <br />
              <br />
       François MITTERRAND nous a donné à Figeac un magnifique mot d'ordre : « Résister et conquérir ».       <br />
              <br />
       Rien n'est jamais possible en effet si au départ il n'y a pas le courage et la volonté.        <br />
              <br />
       Il n'y a pas d'exemple en effet que quiconque - homme, collectivité, nation - l'ait jamais emporté dans l'Histoire en refusant le combat. Et mieux vaudrait en tout état de cause être défait en combattant qu'en ayant refusé le combat.       <br />
              <br />
       Votre responsabilité est immense : c'est d'organiser le parti de la réussite. Pour cela aujourd'hui résistons ! Demain nous conquerrons !       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">L'intervention est téléchargeable ci-dessous au format PDF.</span>
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     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Se-ressaisir-pour-reussir-par-Jean-Pierre-Chevenement-29-mai-1983_a284.html</link>
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