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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-03-07T01:29:51+01:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>"Partager le siège de la France à l'ONU, ce serait réduire l’Europe à l’impuissance"</title>
   <pubDate>Fri, 30 Nov 2018 09:57:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement pour l'hebdomadaire Marianne, propos recueillis par Hadrien Mathoux, 29 novembre 2018.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/28366786-28024142.jpg?v=1543570136" alt=""Partager le siège de la France à l'ONU, ce serait réduire l’Europe à l’impuissance"" title=""Partager le siège de la France à l'ONU, ce serait réduire l’Europe à l’impuissance"" />
     </div>
     <div>
      <b>L'Allemagne ne cesse, ces derniers mois, de remettre sur la table l'idée que la France partage avec ses partenaires européens son siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Pour &quot;Marianne&quot;, l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement analyse les implications d'une telle idée et ses conséquences potentielles.</b>       <br />
              <br />
       <b>Que pensez-vous de l’idée consistant à partager avec l’Union européenne le siège permanent de la France au Conseil de sécurité de l’ONU ?</b>       <br />
       Cette idée est contraire à la charte des Nations unies de 1945, qui confère à la France le rôle de membre permanent du Conseil de sécurité, avec droit de veto. Elle est de surcroît impraticable. Comment vingt-sept pays pourraient-ils s’entendre pour l’exercice du droit de veto ? Ce serait réduire l’Europe à l’impuissance. Au contraire, la France saura, d’une voix claire, faire valoir les intérêts européens. L’Allemagne doit nous faire confiance.       <br />
              <br />
       <b>Comment interpréter cette nouvelle prise de position des Allemands ? Quelle est leur stratégie ?</b>       <br />
       Le « forcing » allemand qui s’exprime par la bouche du vice-chancelier s’inscrit dans une longue suite d’initiatives unilatérales prises sans concertation préalable avec la France, comme la sortie du nucléaire en 2011, la règle d’or en matière budgétaire en 2009-2012, la menace de jeter la Grèce en dehors de la zone euro, l’ouverture de l’Union européenne à l’afflux des réfugiés en 2015, etc… L’Allemagne avait déjà imposé, en 2008, la reprise dans le texte du traité de Lisbonne de la « substance » du projet de traité constitutionnel européen rejeté à 55% par le peuple français.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Cette méthode, qu’ont tolérée en silence Messieurs Sarkozy et Hollande, n’est pas la bonne entre nos deux pays. L’Allemagne ne doit pas donner le sentiment qu’elle renoue avec le vieux dessein de vouloir réduire l’influence de la France en Europe. Le Chancelier Kohl reprenait souvent le mot de Thomas Mann : « <span style="font-style:italic">Mieux vaut une Allemagne européenne qu’une Europe allemande</span> ». L’Allemagne doit s’accommoder de l’égalité avec la France qui figurait dans le pacte fondateur de la construction européenne.       <br />
              <br />
       Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une « bourde » de Olaf Scholtz. Le contrat de coalition CDU-CSU-SPD revendique un siège permanent pour l’Union européenne au Conseil de sécurité. Il n’était pas dit que ce serait au détriment de la France. La réaction française ne peut se borner à un tweet de Monsieur Araud, notre ambassadeur à Washington. C’est au Président de la République de mettre les points sur les i.       <br />
              <br />
       <b>Quelles seraient les conséquences pour la France, en matière de souveraineté et au plan géopolitique, d'une cession de son siège permanent à l'ONU ?</b>       <br />
       Dès 1950, au début de la construction européenne, la France a offert généreusement l’égalité des droits à l’Allemagne, alors que celle-ci se trouvait encore matériellement et moralement au fond du gouffre. L’Europe a fourni un cocon protecteur à la réunification de l’Allemagne et à la reconquête par celle-ci d’une position centrale en Europe mais la France n’a pas abdiqué le rôle qui lui revient historiquement et en vertu de la Charte des Nations unies.       <br />
              <br />
       Si la France cédait son siège au Conseil de sécurité, au prétexte d’une illusoire « mutualisation » , elle accepterait sa rétrogradation à un rang de nation de troisième ordre.       <br />
              <br />
       <b>Vous paraît-il possible que la France accède à la requête allemande, à court ou moyen terme ? Cette option est elle soutenue par des responsables politiques français ?</b>       <br />
       La dégradation continue de la situation économique de la France au sein de la zone euro depuis le début des années 2000 se reflète dans les statistiques du commerce extérieur - 70 milliards de déficit dont le quart sur l’Allemagne - et traduit la désindustrialisation consentie de notre pays. A l’inverse, l’excédent commercial de l’Allemagne - 250 milliards d’euros par an, soit près de 10% du PIB allemand - est formellement contraire aux règles de Bruxelles mais a-t-on vu la Commission européenne instruire une procédure vis-à-vis de l’Allemagne pour excédent excessif ? L’accumulation des déficits peut empêcher, à moyen terme, la France de maintenir et développer son effort de défense. Or, la dissuasion nucléaire est inséparable du siège de membre permanent au Conseil de sécurité. Si la France ne se réindustrialise pas, la voie sera ouverte à l’abdication nationale. Je ne sais pas si nos responsables sauront répondre aux pressions qui ne manquent pas déjà et ne manqueront pas demain de s’exercer en ce sens.       <br />
              <br />
       Pour construire, l’« Europe européenne », notion que pour ma part je préfère à celle, trop ambiguë, de « souveraineté européenne », il faut revoir nos équations. La proposition faite par le Président de la République au début de son quinquennat était : « La France se met dans les clous de Maastricht mais j’attends en retour que l’Allemagne dégage des ressources à travers un budget européen de la zone euro équivalent de plusieurs points de PIB pour permettre une relance de l’économie et le financement de projets stratégiques d’intérêts communs ».       <br />
              <br />
       Cette proposition se révèle être aujourd’hui une impasse : Madame Merkel n’a pas renvoyé l’ascenseur. Le voudrait-elle aujourd’hui, qu’elle ne le pourrait plus en raison de son affaiblissement politique. Et le prochain ou la prochaine chancelier(e) ne sera pas moins dur(e). Il faut repenser l’Europe à une échelle plus vaste et en donnant du temps au temps. Les Français attendent du président de la République, dont la fonction constitutionnelle est de garantir l’indépendance nationale et le respect des traités, qu’il fasse, vis-à-vis de notre partenaire allemand, les mises au point nécessaires et qu’il ouvre de nouvelles perspectives à l’Europe : ne rien changer à l’objectif d’autonomie stratégique mais revoir les modalités et, s’il le faut, reculer l’horizon.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.marianne.net/monde/allemagne-onu-conseil-securite-nations-unies-chevenement" target="_blank">Marianne</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Partager-le-siege-de-la-France-a-l-ONU-ce-serait-reduire-l-Europe-a-l-impuissance_a2010.html</link>
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   <title>"Le terrorisme est à l'intersection des maux de notre société et des conflits du Moyen-Orient"</title>
   <pubDate>Thu, 29 Jan 2015 23:32:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Canal Plus, jeudi 29 janvier 2015. Il répondait aux questions de Emilie Besse.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim :</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> Je pense que la République est sortie grandie. La réaction du peuple Français qui s'est manifestée dans la rue, était une réaction de dignité, de fierté, des valeurs que la République incarne.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Ces attentats étaient malheureusement prévisible, parce que le terrorisme est à l'intersection des maux de notre société et des conflits du Moyen-Orient. Il faudrait s'interroger sur le bien fondé de la politique suivie à l'égard de l'Irak depuis 1990-1991.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Se replier sur soi ? Non justement. Je préconise de travailler avec les Etats établis, de respecter la Charte de l'ONU, fondée sur l'auto-détermination de chaque pays et le respect de son intégrité, et par conséquent je pense que l'intervention crée beaucoup plus de maux que ceux auxquels elle est censée remédier.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le sauvageon, en vieux Français, c'est un arbre non greffé. Et je pointais une absence d'éducation. Des enfants qui étaient laissés devant le poste de télévision, et dont on avait oublié de s'occuper. S'il y a trop de sauvageons, à la fin ils finissent par être très sensible à des propagandes, très vulnérables finalement.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Hollande et Manuel Valls ont pris la juste mesure de l'événement. Ils ont su y répondre avec empathie et avec beaucoup de fermeté. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Le-terrorisme-est-a-l-intersection-des-maux-de-notre-societe-et-des-conflits-du-Moyen-Orient_a1684.html</link>
  </item>

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   <title>"La France et les OPEX"</title>
   <pubDate>Fri, 31 Oct 2014 11:41:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Tribune de Jean-Pierre Chevènement dans "La Croix", vendredi 31 août 2014.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/7129746-10928063.jpg?v=1414752459" alt=""La France et les OPEX"" title=""La France et les OPEX"" />
     </div>
     <div>
      Le concept d’« opération extérieure » ne va pas de soi : la Défense nationale exclut, par définition, les guerres d’agression. Il est vrai que la France a contracté des alliances, ainsi l’alliance atlantique, ou souscrit à des obligations dans le cadre de l’Union européenne. Mais ces obligations ne peuvent résulter que d’agressions dirigées contre nos partenaires euro-atlantiques. Dans les faits, 23 sur 28 des membres de l’Union européenne sont membres de l’Alliance atlantique dont la principale puissance est constituée par les États-Unis d’Amérique, garants, en dernier ressort, de la sécurité de l’ensemble, grâce à leur arsenal nucléaire. Compte tenu des incertitudes liées à leur emploi, la France a entendu se doter d’une dissuasion nucléaire fondée sur le principe de stricte suffisance, afin de pouvoir garantir, en tout état de cause, son indépendance et ses intérêts vitaux. La France a par ailleurs signé un certain nombre d’accords de défense avec plusieurs États africains dont l’indépendance remonte à un peu plus d’un demi-siècle.       <br />
              <br />
       Enfin et surtout, la France, depuis 1945, est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. C’est de là que résulte la légitimité des opérations extérieures qu’elle peut être amenée à conduire. Ainsi les interventions au Mali (Serval) et en Centrafrique (Sangaris) réunissent-elles les conditions de légitimité d’une « opération extérieure » : appel du gouvernement de l’État menacé ou agressé, résolution du Conseil de sécurité autorisant le déploiement de forces armées. Ainsi en va-t-il également pour la force d’interposition (Casques bleus) mise en place par l’ONU au Liban et à laquelle la France contribue. C’est ainsi le Conseil de sécurité qui définit la légitimité des « Opex ».
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La France est bien placée, comme membre permanent du Conseil de sécurité, et eu égard aux responsabilités qu’elle assure dans les opérations de maintien de la paix, pour établir la légalité internationale des opérations extérieures. C’est pourquoi, à mon sens, elle ne saurait y manquer sans grave dommage pour elle-même et pour la paix dans le monde.       <br />
              <br />
       L’argument selon lequel le droit de veto dont disposent également la Russie et la Chine rendrait le Conseil de sécurité impotent ne peut être retenu valablement : d’abord parce qu’il part d’un point de vue étroitement « occidentaliste » : le P3 (États-Unis – Grande-Bretagne – France) concentrerait la légitimité véritable. Cette vision, outre qu’elle méconnaît le rôle croissant des pays émergents, occulte le fait qu’il est toujours possible de négocier : ainsi l’a-t-on vu pour l’élimination de l’arsenal chimique syrien par accord entre les États-Unis et la Russie. Cet accord a rendu inutile des frappes militaires projetées des États-Unis et de la France sur les forces armées syriennes, qui, en l’absence d’une résolution du CSNU, eussent été manifestement illégales. De même peut-on soutenir que l’intervention de l’Otan en Libye a dépassé l’objectif fixé par les Nations unies : la protection des populations civiles de Benghazi, et non le changement de régime. On en voit les résultats non seulement sur le terrain libyen mais également dans la détérioration de l’atmosphère des relations internationales depuis 2011.       <br />
              <br />
       Les interventions de l’Otan au Kosovo (1999) et des États-Unis en Irak (2003), en l’absence d’une résolution du CSNU les y autorisant, avaient déjà créé un fâcheux précédent. Les frappes aériennes effectuées contre l’État islamique par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne en Irak, en septembre-octobre 2014, l’ont été à la demande du gouvernement irakien de Bagdad et avec l’assentiment du Conseil de sécurité. Il n’en va pas de même des frappes américaines, britanniques exercées en Syrie contre le même adversaire, bien que le gouvernement de Damas – reconnu par les Nations unies – semble les tolérer.       <br />
              <br />
       Ainsi les OPEX conduites par la France respectent-elles, à ce jour, la légalité internationale : la tentation de s’écarter de cette dernière pour effectuer des frappes en Syrie doit être repoussée. Elle ne serait conforme ni au bon sens ni au rôle reconnu de la France comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Les moyens de la France ne sont pas illimités. Ils doivent être utilisés au service du droit et à bon escient, de préférence dans les zones géographiques où la France exerce traditionnellement son influence : en Afrique par exemple plutôt qu’en Irak où nous jouons les mouches du coche depuis trop longtemps.       <br />
              <br />
       En tout état de cause, la France n’a rien à gagner à agir en dehors du droit international dont elle est l’une des cinq puissances garantes. Négocier, négocier toujours est pour la France la posture dont elle ne doit se défaire à aucun prix, sauf si, à bout d’arguments, le CSNU l’y autorise.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/La-France-et-les-OPEX_a1670.html</link>
  </item>

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   <title>Crise ukrainienne, crise de l’Europe</title>
   <pubDate>Thu, 17 Apr 2014 15:31:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Article de Jean-Pierre Chevènement à paraître dans le numéro de mai 2014 de la Revue Défense Nationale     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6541088-9865321.jpg?v=1397741405" alt="Crise ukrainienne, crise de l’Europe" title="Crise ukrainienne, crise de l’Europe" />
     </div>
     <div>
      Il serait tout à fait erroné de présenter la crise ukrainienne comme une « surprise stratégique ».       <br />
              <br />
       <b>Une transition avec l’ère soviétique peu coopérative.</b>       <br />
       Déjà en 2006, alors que Georges W. Bush était au milieu de son deuxième mandat, la question de l’entrée dans l’OTAN de l’Ukraine (et de la Géorgie) avait provoqué une mini-crise au sein même de l’Organisation entre l’Allemagne et la France, qui y étaient hostiles, et les Etats-Unis qui, en fin de compte, n’avaient pas trop insisté.       <br />
              <br />
       C’est que l’Ukraine est le « gros morceau » d’un problème plus vaste, celui des ex Républiques soviétiques qui se sont détachées politiquement de la Russie, en décembre 1991, mais dont les liens de tous ordres avec elle demeurent étroits (minorités russes – étroitesse des relations économiques…)       <br />
              <br />
       Le cas des Pays Baltes a été réglé par le retour au statut qui était le leur avant 1939 et leur inclusion dans l’Union européenne et dans l’OTAN. Mais partout ailleurs, une situation nouvelle s’est créée : en Ukraine, en Biélorussie, en Moldavie, dans le Caucase, en Asie centrale, ces pays anciennement soviétiques ont plus ou moins admis le principe de l’économie de marche, privatisé de larges pans de leur appareil productif, au bénéfice de quelques oligarques, eu recours à des élections plus ou moins transparentes pour désigner leurs dirigeants. De tous ces nouveaux pays, l’Ukraine est évidemment celui que la Russie considère comme lui étant le plus proche par l’Histoire (elle a fait partie de l’Empire russe depuis 1657), l’intensité des relations économiques, en particulier dans les régions industrielles de l’Est de l’Ukraine et enfin la culture (proximité linguistique-orthodoxie sauf dans la partie galicienne, catholique uniate, et tournée vers l’Europe Centrale, hier la Pologne, avant-hier l’Autriche-Hongrie).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La Russie depuis 1991 a vu avec inquiétude l’inclusion des PECOs dans l’Union européenne et surtout l’extension de l’OTAN à l’Est, contrairement aux engagements pris en 1990 au moment de la réunification de l’Allemagne. La persistance à l’Ouest d’un schéma binaire Europe-Russie, alors que l’URSS avait disparu, a peu à peu réveillé en Russie un nationalisme obsidional qui a culminé au moment de la guerre du Kosovo et de son détachement de la Serbie (1999). C’est à ce moment là que le premier Président de la Russie, Boris Eltsine a appelé comme Premier ministre Vladimir Poutine. Celui-ci, élu Président en 2000, en 2004, puis réélu en 2012, après le mandat de D. Medvedev, s’est acquis une certaine popularité dans l’opinion publique russe en rétablissant l’ordre, la croissance économique (+7% par an dans la décennie 2000-2010) et en donnant le sentiment d’interrompre le déclassement stratégique de la Russie (deuxième guerre de Tchétchénie, conflit géorgien (2008), accord New Start avec les Etats-Unis (2010)).       <br />
              <br />
       C’est peu dire que la Russie n’a pas vu d’un bon œil les « révolutions de couleur » soutenues par les Etats-Unis dans les pays qu’elle considère comme faisant partie de son « étranger proche », c'est-à-dire de sa zone d’influence traditionnelle. Les pays de la CEI sont ainsi devenus un enjeu entre l’Union européenne et la Russie avec, en arrière-plan, l’OTAN et les Etats-Unis, peu désireux d’atténuer les tensions.       <br />
              <br />
       La réélection de Vladimir Poutine, en 2012, et l’effacement de M. Medvedev qui incarnait un certain « soft power » russe, mais dont l’image avait été atteinte par le « feu vert » qu’il avait donné, en 2011, à l’intervention de l’OTAN en Libye, ont ressuscité les tensions (affaire Magnitski - tentation russe d’idéologiser l’opposition entre un Occident hyperindividualiste et décadent et une Russie restée fidèle aux valeurs traditionnelles, à quoi répond un retour de russophobie dans les pays occidentaux).       <br />
              <br />
       <b>Ces remugles de guerre froide correspondent-ils à quelque chose de profond ?</b>       <br />
        Pour ma part, j’en doute. En effet, les bases matérielles et idéologiques qui opposaient deux systèmes économiques et politiques et deux visions du monde incompatibles n’existent plus. L’URSS a disparu, ce dont nos médias en général tardent à s’aviser. La Russie est certes un vaste pays, grand comme trente quatre fois la France, mais son étendue même et la rigueur de son climat sont source d’innombrables difficultés. La démographie russe est stagnante. Avec 140 millions d’habitants, la Russie d’aujourd’hui est deux fois moins peuplée que l’URSS il y a vingt-deux ans. Sa population est au niveau de celle l’Empire tsariste en 1914. Le peuple russe est un grand peuple européen. 20% de sa population est de tradition musulmane (Tatars, Bachkirs de la Volga, Caucase du Nord, Sibérie méridionale) ou allogène (Sibérie du Nord, extrême Orient russe).       <br />
              <br />
       Entre l’Europe et l’Asie la Fédération de Russie (plus de 80 « sujets » c'est-à-dire entités constitutives) est un gigantesque « Etat-tampon » entre l’Europe et l’Asie ; elle est à cet égard indispensable et incontournable, comme elle l’est également par sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, par sa puissance nucléaire, par ses richesses énergétiques et par l’attrait de sa culture.       <br />
              <br />
       Economiquement, le PNB russe se situe au 8ème rang mondial. La Russie réalise près de la moitié de son commerce extérieur avec l’Union européenne principalement l’Allemagne (total des échanges de 74 Milliards d’euros), l’Italie (30 milliards) et la France (23 milliards).       <br />
              <br />
       Raisonnons en cinétique : dans quelques années (vers 2020), le PNB chinois aura rattrapé celui des Etats-Unis. Les capacités financières et budgétaires de la Chine vont égaler voire dépasser celles des Etats-Unis dans la prochaine décennie. Dans un XXIe siècle que structurera toujours plus la bipolarité sino-américaine, la place de l’Europe va continuer à rétrécir à tous points de vue, démographique (Europe : 20 % de la population mondiale en 1900, 7 % aujourd’hui, 4 % en 2050), mais aussi économique et budgétaire.       <br />
              <br />
              <br />
       Dans de nombreux domaines, l’Union européenne ne pèsera plus assez lourd en 2050 pour exister face à la concurrence des Etats-Unis, de la Chine, voire d’autres pays émergents, à supposer qu’elle le veuille. Or, quelles que soient les tentations « eurasiatiques » de la Russie, il faut se persuader que celle-ci est d’abord « d’Europe ». Sa culture est européenne. Les aspirations de son peuple la tournent vers l’Europe, à commencer par celles des classes moyennes nombreuses qui s’y développent rapidement et offrent un marché aux produits européens. Cela ne l’empêche pas de chercher des débouchés en Asie pour son gaz, mais c’est une autre affaire… Si nous raisonnons toujours en cinétique, nous serons amenés à constater que l’Europe occidentale et la Russie, si elles ne coopèrent pas dans l’avenir, seront amenées à « sortir du jeu » dans un monde dont le centre de gravité se sera définitivement fixé au milieu de ce siècle dans le Pacifique.       <br />
              <br />
       On comprend que les néoconservateurs américains ne voient pas d’un bon œil le resserrement de la coopération entre les deux parties de l’Europe. Pourtant d’anciens secrétaires d’Etat comme MM. Kissinger ou Breszinski à la vue moins myope en viennent à admettre ce qu’ils appellent « une finlandisation » de l’Ukraine (terme qui évoque quand même la guerre froide). Sans doute dans leur esprit le « problème russe » n’a-t-il pas la même ampleur que le « problème chinois ».       <br />
              <br />
       <b>La crise ukrainienne : distorsions et erreurs</b>       <br />
       Ce détour par la Russie permet de relativiser l’ampleur de la crise ukrainienne de 2014. Celle-ci traduit l’incapacité à penser ce que Georges Nivat appelle « la troisième Europe », après la première et la seconde,  celles d’avant et d’après la chute du mur de Berlin. L’implosion de l’URSS a créé un « espace post-soviétique » voué pour l’essentiel après 1991 aux « thérapies de choc » libérales. Les Etats-Unis, à l’époque des Présidents Bill Clinton et George W. Bush ont encouragé les « révolutions de couleur ». Si la Russie, humiliée, a voulu reprendre la main dans son « étranger proche », on ne peut pas dire que l’Union européenne ait fait preuve de beaucoup de perspicacité dans le traitement du problème « post-soviétique ».       <br />
              <br />
       La principale erreur a été de vouloir traiter séparément le partenariat stratégique avec la Russie et le partenariat oriental avec les autres membres de la CEI. Le partenariat stratégique avec la Russie se trouvait en 2012 dans l’impasse (libéralisation non achevée des visas – « troisième paquet énergétique » en panne, etc.) quand les premiers accords d’association avec l’Ukraine, la Moldavie, l’Arménie, etc. commencèrent à être finalisés.       <br />
              <br />
       Certes la politique de l’Union européenne porte la marque d’impulsions contradictoires, provenant les unes des pays voisins (Pologne et pays baltes), les autres de l’Allemagne, de l’Italie et de la France, les pays anglo-saxons cultivant, à l’enseigne des « Droits de l’Homme », une idéologie non exempte d’une certaine russophobie. L’exportation des standards de la démocratie occidentale et d’une économie de marché concurrentielle ne pouvait que se heurter à la réalité des économies et des régimes post-soviétiques. La Russie elle-même s’efforçait de promouvoir une zone de libre-échange eurasiatique dont l’Ukraine était le gros morceau. Ces deux projets de « libéralisation » auraient pu confluer sur le papier. Dans la réalité, il n’en a rien été. Le bras de fer engagé avant le sommet de Vilnius (28 novembre 2013) entre le projet d’accord d’association porté par l’Union européenne et l’accord financier et gazier russo-ukrainien, a tourné à l’avantage de la Russie, le Président ukrainien Yanoukovitch ayant fait monter les enchères pour céder aux offres, plus alléchantes, il est vrai, de la Russie (15 milliards de prêts et forte réduction des prix du gaz russe). C’était sans compter sur les « tropismes européens » de l’Ukraine, pays composite et fragile, et le soulèvement de Maïdan, encouragé par maints dirigeants européens et américains. La destitution et la fuite du Président Yakounovitch aboutissaient à la formation d’un nouveau gouvernement ukrainien dont la Russie conteste la légitimité.        <br />
              <br />
       L’annexion de la Crimée a été la réplique apportée par la Russie à ce processus évidemment inconstitutionnel. Cette réplique viole évidemment la convention de Budapest de 1994 enlevant à l’Ukraine ses armes nucléaires mais garantissant en retour ses frontières de l’époque. Il est vrai que celles-ci étaient récentes, le décret rattachant une Crimée, historiquement russe, à l’Ukraine résultant d’un caprice de Khrouchtchev, lui-même ukrainien et désireux de commémorer, à sa façon, le trois-centième anniversaire du rattachement de l’Ukraine à la Russie. Ce transfert, à l’époque soviétique, ne changeait rien à la réalité du pouvoir. Il ne donna lieu à aucun référendum qui eût permis de connaître l’avis des Criméens.       <br />
              <br />
       Le viol de la légalité internationale était cependant caractérisé. Il n’est guère douteux non plus que les « forces locales d’autodéfense » qui ont pris le pouvoir en Crimée, devaient être fortement noyautées par des forces spéciales russes … La Russie allègue le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes reconnu par l’ONU. Mais la Charte des Nations Unies reconnaît d’abord le principe de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats. Dans l’idéal, une négociation aurait pu permettre de concilier ces deux principes. Dans les faits, il n’en a rien été. La Russie a opéré une simple « prise de gage », Peut-être craignait-elle la remise en cause par le nouveau gouvernement ukrainien du contrat de concession du port de Sébastopol à la Russie jusqu’en 2042.       <br />
              <br />
              <br />
       Si les dirigeants européens voulaient bien, de leur côté, procéder à cet « examen de conscience » auquel les bons pères forment les élèves qui leur sont confiés, ils devraient reconnaître que le comportement de maints de leurs dirigeants a frôlé l’ingérence. Rien non plus n’autorisait le Commissaire Olli Rehn à affirmer que le but de l’accord d’association était l’adhésion pure et simple de l’Ukraine à l’Union européenne. Le Conseil européen n’avait rien décidé de tel. Quant aux déclarations faites en pleine crise par le Secrétaire général de l’OTAN, M. Rasmussen, elles n’étaient pas adroites. Si corrompu qu’il soit, le Président Yanoukovitch n’en était pas moins un Président élu. A un processus évidemment inconstitutionnel mais largement interne à l’Ukraine, la Russie quant à elle a apporté une réponse qui viole le droit international et dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a pas péché par excès de subtilité. Il n’est cependant guère douteux que si la population criméenne devait être à nouveau consultée, sous l’égide des Nations Unies, elle confirmerait son choix en faveur de la Russie.        <br />
              <br />
       Depuis l’échange téléphonique Poutine-Obama suivi de la rencontre entre les deux ministres des Affaires étrangères des Etats-Unis et de la Russie, fin mars 2014, il semble bien, au moment où j’écris (9 avril 2014), que la Russie n’ait pas l’intention de pousser en Ukraine l’avantage qu’elle a sur le terrain même si la situation dans les villes de l’Est ukrainien peut évidemment déraper. Au plan économique, la Russie aurait beaucoup à y perdre mais les pertes, pour l’Allemagne, l’Italie, la France et d’autres ne seraient pas nulles.        <br />
              <br />
       <b>Comment rendre possible la troisième Europe ?</b>       <br />
       Le moment est donc venu, dans l’intérêt de l’Europe tout entière, d’engager une désescalade et de ne pas céder aux sirènes des partisans d’une nouvelle « guerre froide ». Celle-ci serait contraire à l’intérêt de la France et de l’Europe tout entière. Les conditions dans lesquelles se dérouleront les élections prévues le 25 mai en Ukraine devraient permettre d’amorcer le retour à la légitimité démocratique. Leur liberté et leur transparence doivent être assurées. Ce sont ces garanties qu’il faut réunir.       <br />
              <br />
       La fédéralisation à tout le moins ou une décentralisation poussée de l’Ukraine ne doit pas être un tabou. La seule vraie question est celle des compétences de l’Etat ukrainien et donc aussi celles des régions. La création, à brève échéance, d’une Commission impliquant les régions et visant à préparer cette transformation de l’organisation interne de l’Ukraine permettrait de détendre l’atmosphère. La garantie internationale de la neutralité de l’Ukraine entre les pays de l’OTAN et la Russie serait de bon sens. La Russie n’a ni les moyens ni la volonté d’une guerre avec l’OTAN et celle-ci n’a pas vocation à s’étendre plus à l’Est. A plus long terme, la libéralisation des échanges doit se faire progressivement de Brest à Vladivostok. Ce processus, inscrit dans les traités, doit se réaliser par étapes. La Russie fait aujourd’hui partie de l’OMC. Il n’y a aucune bonne raison de traiter séparément l’Ukraine et la Russie. L’intérêt bien compris de l’Europe n’est pas, encore une fois, de ranimer les brandons de la guerre froide.        <br />
              <br />
       La crise ukrainienne de 2014 illustre surtout l’incapacité de penser le problème européen dans son ensemble, à l’échelle de la grande Europe, jadis évoquée par le général de Gaulle, celui d’une Europe vraiment européenne, qui ne recréerait pas en son sein la frontière qui séparait jadis l’Empire byzantin de l’Empire romain d’Occident. Dans l’immédiat, l’Union européenne et la Russie feraient bien de se concerter, sous l’égide du FMI, pour stabiliser l’Ukraine dont l’économie est au bord de la banqueroute. La guerre du gaz évoquée par les médias n’a pas de sens. Le gaz ne coulera pas d’Ouest en Est, pas plus que l’eau des fleuves ne remonte à sa source. Mais on peut attendre que dans l’intérêt européen commun, la Russie accorde un rabais sur le prix du gaz qu’elle vend à l’Ukraine. En ce sens, la crise ukrainienne de 2014 est bien une « crise européenne », celle de la « troisième Europe » qu’il nous faut aujourd’hui surmonter si nous voulons qu’à l’avenir notre continent cesse d’être un objet et redevienne un sujet des relations internationales.       <br />
              <br />
       -------       <br />
       Le site internet de la <a class="link" href="http://www.defnat.com/">Revue Défense Nationale</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/6541088-9865321.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Crise-ukrainienne-crise-de-l-Europe_a1616.html</link>
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   <title>Enjeux sécuritaires transfrontaliers dans l'espace euro-méditerranéen</title>
   <pubDate>Fri, 28 Mar 2014 12:14:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement, à l'occasion de la session internationale euro-méditerranée à l'Ecole militaire, jeudi 27 février 2014.     <div>
      Mon général, Mesdames, Messieurs,       <br />
              <br />
       Vous m’avez demandé de conclure cette session consacrée aux enjeux sécuritaires transfrontaliers dans l’espace euroméditérranéen.       <br />
              <br />
       Je le ferai de trois manières :       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> D’abord en prenant un peu de distance par rapport au sujet tel qu’il est formulé et en soulignant, notamment, l’importance de la géographie et de l’Histoire dans cette région.       <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Ensuite en analysant la stratégie des principaux acteurs dans la région.       <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Enfin en énonçant les principes qui doivent guider l’action en matière de sécurité, elle-même mise au service du développement de l’Afrique, car là est pour nous tous, Européens et Africains, le véritable défi.       
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>I  - Nécessité d’une vue d’ensemble s’agissant de l’espace euro-méditerranéen</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">1. Le poids de la géographie d’abord</span>       <br />
              <br />
       La Méditerranée est une mer tri-continentale qui baigne l’Europe du Sud, l’Afrique du Nord et l’Asie Mineure.       <br />
              <br />
       Longtemps lac quasi fermé, sauf à travers les « Colonnes d’Hercule », aux temps antiques, devenues, aujourd’hui, détroit de Gibraltar, la Méditerranée est depuis le percement de l’isthme de Suez par Ferdinand de Lesseps en 1869, une voie de passage vers le Golfe, les Indes et l’Extrême Orient.       <br />
       Centre du monde, comme à l’époque de l’Empire romain, marginalisé par les grandes découvertes au XVIe siècle, elle est redevenue un enjeu stratégique à l’échelle mondiale avec le canal de Suez et le pétrole.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">2. Je soulignerai ensuite le poids de l’Histoire et des religions</span>        <br />
              <br />
       a) <span class="u">La Méditerranée a été de tous temps le lieu de confrontation des Empires et des civilisations.</span>       <br />
       Egyptiens, Babyloniens, Perses dans la Haute Antiquité - au Ve siècle avant JC - ; Perses et Grecs., Orient et Occident Alexandre créée un Empire tricontinental au IVème siècle avant JC ; Romain et Carthaginois (Phéniciens) autres figures de l’occident et de l’Orient s’affrontent au IIIe et second siècles avant JC ; puis les Grecs et les Romains qui finissent par dominer et unifier le bassin méditerranéen. Celtes et Maures sont progressivement romanisés. Les invasions germaniques mettent bas l’Empire romain d’Occident et vont battre la rive Sud avec les royaumes vandales, puis, revanche de l’Orient, ce sont les invasions arabes sur la rive sud, en Espagne, et enfin l’arrivée des Turcs en  Anatolie et dans les Balkans. La colonisation européenne se développe à partir de l’Expédition d’Egypte de Bonaparte. Puis avec les deux guerres mondiales et le déclin de l’Europe vient le temps de la décolonisation avec les nationalismes arabes généralement laïcs. On le voit : <span class="u">la Méditerranée a rarement été un lac de paix.</span>       <br />
              <br />
       b)<span class="u"> Les religions </span>       <br />
       Le monothéisme est né quelque part entre le Nil et l’Euphrate. Il doit à Akénaton et bien sûr à Moïse. Le judaïsme, le christianisme avec le schisme de 1054 entre Byzance et Rome (la querelle du « Filioque »), sans parler de ses variantes monophysites, l’Islam du Prophète, bientôt rompu entre chiites et sunnites à la bataille de Kerbala (704).       <br />
              <br />
       Le poids du facteur religieux, explicite ou non, continue de s’exercer aujourd’hui : on le voit dans le conflit israélo-palestinien, dans les guerres yougoslaves (Serbes orthodoxes, Croates catholiques, Bosniaques musulmans), au Liban, en Syrie, en Egypte, dans l’opposition de l’Iran et des monarchies sunnites du Golfe, etc. Le facteur religieux ou « culturel », comme on dit, est présent, ou sous-jacent, dans les conflits d’aujourd’hui. Il nourrit les incompréhensions, les malentendus et bien sûr les fanatismes. La religion sert aussi de prétexte ou de camouflage à des conflits tribaux comme on le voit aujourd’hui en Afrique (RCA – Nigéria, Cote d’Ivoire). A noter l’interaction de tous les théâtres : Maghreb – Machrek – Golfe, Iran, Afghanistan, Pakistan, Caucase, Asie centrale, Afrique sahélienne et subsahélienne).  La Méditerranée est une voie de passage pour les combattants, les armes et pour tous les trafics. D’où la nécessité d’une approche culturelle des problèmes : il faut toujours se mettre dans la tête de l’autre : des Arabes, des Iraniens, des Israéliens, des Turcs, des Russes, des Grecs, des chrétiens d’Orient et aussi des Français qui, avec la laïcité, ont longtemps cru de bonne foi avoir inventé la « pierre philosophale ».       <br />
              <br />
       Telle est d’ailleurs mon approche, que Jacques Berque m’a conduit à nuancer fortement en m’apprenant la nécessité du respect de l’authenticité de chaque peuple, non pour renoncer à l’idée du progrès, mais pour l’y entraîner, en prenant appui sur ses traditions et sur ses propres motivations. Ainsi s’exprimait l’auteur d’« Entre les deux rives ».       <br />
              <br />
       Sans remonter aux Croisades, aux invasions arabes qui les ont précédées, à la poussée qui conduisait encore, à la fin du XVIIe siècle, les Ottomans sous les murs de Vienne, à la violence de la colonisation, aux errances de la décolonisation, à l’injustice du sort fait aux Palestiniens dans cette Histoire pleine de bruit et de fureur, notons qu’il y eut place pour de belles amitiés  ou de bonnes alliances : Frédéric II de Hohenstaufen et Saladin, François Ier et Soliman le Magnifique, Abdel Kader et Ismaël Urbain,  sans compter d’innombrables liens teintés d’affection faits d’apports réciproques et d’échanges en tous genres. La Méditerranée est aussi une voie de passage entre les cultures, un lieu privilégié de leur dialogue et pas seulement, heureusement, de leur confrontation.       <br />
              <br />
       <b>II – J’en viens maintenant à la stratégie des principaux acteurs</b>       <br />
              <br />
       Celle-ci est déterminée par l’importance des enjeux :       <br />
              <br />
       - d’abord même si cela est prosaïque, <span class="u">le pétrole et le gaz</span> dont la Méditerranée est une voie d’acheminement essentielle ;       <br />
       - ensuite <span class="u">les enjeux économiques et commerciaux</span> avec un déséquilibre Nord-Sud marqué ;       <br />
       - en troisième lieu, <span class="u">l’enjeu migratoire</span> avec un déséquilibre démographique inversé entre l’Afrique (un milliard d’hommes, deux en 2050) et l’Europe (500 millions) ;       <br />
       - enfin les « <span class="u">enjeux de sécurité</span> » liés à des conflits non résolus (Israël-Palestine), à des processus politiques chaotiques que ne décrit pas l’expression « révolutions arabes », ou au défi de l’islamisme radical que je distingue évidemment de l’Islam.       <br />
              <br />
       L’islamisme radical – double inversé de l’hyperindividualisme libéral : par exemple, la relégation de la femme comme réaffirmation de la différenciation sexuelle, envers de la tentation d’effacement de cette différenciation en Occident. L’Islam apparaît comme le vecteur de la tradition face à la globalisation libérale au plan des mœurs. Il réagit de trois manières :       <br />
       - les réflexes de repli : « islamisation » des mœurs ;       <br />
       - les réflexes de rejet : islamisme politique ;       <br />
       - les réflexes de refus : djihadisme armé – terrorisme.       <br />
              <br />
       Il appartient aux peuples musulmans de séparer eux-mêmes le bon grain de l’Islam de l’ivraie de l’islamisme radical armé. Mais c’est un problème aussi pour les pays occidentaux qui doivent retrouver le sens des valeurs collectives et dépasser l’hyperindividualisme.       <br />
              <br />
       A) A <span style="font-style:italic">tout seigneur tout honneur</span> : commençons par l’<span style="font-style:italic">hegemon</span> de notre temps : les Etats-Unis.       <br />
              <br />
       Leur politique est liée au pétrole. Elle s’est longtemps appuyée sur l’Arabie Séoudite. La relation à Israël est essentielle : Israël se vit comme un Etat très développé mais « <span style="font-style:italic">off shore</span> », une sorte de 52ème Etat américain projeté au Moyen-Orient. Le défi de l’islamisme radical concerne aussi les Etats-Unis (11 septembre). Leur réponse : l’exportation bottée de la démocratie (Le <span style="font-style:italic">Greater Middle East</span>) s’est révélée un échec.        <br />
              <br />
       Avec Obama, on note une inflexion forte : pivotement vers l’Extrême-Orient ; désengagement militaire d’Irak et d’Afghanistan ; discours du Caire et soutien politique aux « révolutions arabes » mais réticence à s’engager dans de nouveaux conflits (Syrie) ; moindre engagement vis-à-vis des pays du Golfe du fait de la découverte du gaz de schiste aux Etats-Unis et de l’autosuffisance énergétique à laquelle ils tendent.       <br />
              <br />
       B)  <span style="font-style:italic">La Chine</span> s’intéresse à l’Afrique (matières premières, pétrole, notamment en Iran mais aussi au Soudan et en Angola), à l’Europe (pour son marché) et donc à la Méditerranée.        <br />
              <br />
       Elle est présente en Grèce (le Pirée), en Algérie (l’autoroute qui va de la frontière avec le Maroc à celle de la Tunisie). La Méditerranée est dans le prolongement de la « nouvelle route de la Soie », axe stratégique du développement de la Chine. Elle n’intervient militairement que pour protéger ses flux maritimes (opération Atalante dans le Golfe d’Oman). Elle s’inquiète de l’islamisme radical (problème des Ouigours) mais reste en retrait politiquement.       <br />
              <br />
       C) <span style="font-style:italic">La Russie</span> veut conserver un accès à la Méditerranée. Elle a une politique vis-à-vis du monde arabe (jadis le soutien aux nationalismes arabes dont il reste la Syrie), de la Turquie, de l’Iran. Son inquiétude face à l’islamisme radical peut se comprendre (Caucase, Asie Centrale, mais aussi Républiques musulmanes de la Volga).       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">D) Les vieilles nations européennes</span>       <br />
              <br />
       1. Le souvenir des rivalités passées s’estompe peu à peu mais demeure l’empreinte des liens tissés (francophonie – migrations (maghrébine en France, turque en Allemagne).)       <br />
              <br />
       2. Les préoccupations de sécurité sont fortes.       <br />
              <br />
       3. Mais les moyens n’y sont pas (exemple : Libye, recours à l’OTAN).       <br />
              <br />
       L’Europe est lente à se mobiliser : au Mali, c’est la France qui réagit. La France se veut une « nation cadre » au plan militaire mais a des lacunes capacitaires :        <br />
       - frappes à distances ; transport aérien       <br />
       - drones – renseignement, etc.       <br />
              <br />
       La Loi de Programmation militaire ne permet pas de combler rapidement ces lacunes. Le recours à la coopération européenne est nécessaire mais insuffisant : On retombe sur l’OTAN. Cela est fâcheux.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">E) La rive Sud.</span>       <br />
              <br />
       L’enjeu démocratique et l’enjeu de la stabilité peuvent-ils être conjugués ?        <br />
              <br />
       - Maroc – Algérie – Tunisie, illustrant chacun à sa manière des processus plus ou moins contrôlés ;       <br />
       - Libye : « on ne peut détruire que ce qu’on remplace » dit le proverbe : on observe aujourd’hui une anomie préoccupante et une contagion au Sahel.       <br />
       - Egypte : le retour au régime militaire suit l’éviction des Frères musulmans.       <br />
              <br />
       F) <span style="font-style:italic">Le vrai défi est celui du développement de l’Afrique</span>        <br />
              <br />
       - démographie multipliée par deux ;       <br />
       - agriculture – eau       <br />
       è décollage du marché africain – croissance et développement des classes moyennes : le rôle de l’Investissement direct extérieur (IDE) ;       <br />
       - importance de la formation – formation des formateurs : là est la priorité ;       <br />
       - risque de l’anomie – aider à la construction d’Etats dignes de ce nom.        <br />
              <br />
       La défense de l’Afrique incombe d’abord aux Africains. Union Africaine et ses organisations régionales : formation de 20000 soldats africains par an (objectif de François Hollande : Conférence France-pays africains du 7 décembre 2013).       <br />
              <br />
       La prise de conscience de ce défi capital est insuffisante. Le tropisme de l’Europe : vers l’Est (l’Ukraine) constitue une erreur fondamentale.        <br />
              <br />
       Le vrai défi est au Sud !       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Les principes qui doivent guider, à mes yeux, l’action en matière de sécurité.</b>       <br />
              <br />
       1. Le premier principe est celui de <span style="font-style:italic">la construction d’Etats capables d’exercer d’abord leurs responsabilités régaliennes</span> : armée – police – justice (y compris système pénitentiaire). Hobbes : « la sécurité premier devoir de l’Etat, base du pacte social). L’Etat de droit va de pair mais il faut d’abord l’Etat.       <br />
              <br />
       2. <span style="font-style:italic">La sécurité à l’égard de ses citoyens est le devoir de chaque Etat</span>. La sécurité de l’Afrique incombe d’abord aux Africains.       <br />
              <br />
       3. Les principes de la Charte de l’ONU : Sont-ils adaptés ? Sont-ils à revisiter ?       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Premier principe : </span>       <br />
              <br />
       a) le  respect de l’intégrité territoriale des Etats est affirmé : ONU – UA – CSCE (1990.  Cas du Mali avec l’autorisation indispensable de l’ONU.       <br />
       b) mais ce principe a été écorné :        <br />
       - Sahara espagnol : En résulte un conflit qui pèse lourdement sur le développement du Maghreb ;       <br />
       - Yougoslavie – Kosovo – Etat maffieux (Pierre Péan) ;       <br />
       - Sud Soudan : référendum non accepté par le Soudan du Nord ;       <br />
       - Crimée : oukase capricieux de Krouchtev (1954) mais viol du traité de 1994 ;       <br />
              <br />
       c) Le référendum est-il une solution ? à condition d’être négocié et admis ! La Russie a choisi de répondre à un processus inconstitutionnel à Kiev par une prise de gage en Crimée. La solution ? Une troisième Europe ? (Russie, Ukraine, Biélorussie, Arménie, Géorgie, Moldavie). Comme l’a exprimé le grand slavisant, Georges Nivat, après l’Europe de l’Ouest, les PECOs, viendra le tour des pays européens de l’ex CEI. Cela prendra du temps.       <br />
              <br />
       d) Comment un principe d’intégrité territoriale peut-il s’appliquer à l’Afrique ? On doit laisser place à des regroupements volontaires sous l’égide de l’OUA et de l’ONU avec la sanction de référendums populaires dont la régularité doit être contrôlée. C’est difficile. Nécessité du pragmatisme mais nécessité aussi de respecter les frontières héritées de l’Histoire.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Deuxième principe</span> :       <br />
              <br />
       Le principe de non-ingérence est le second principe affirmé par l’ONU. Un obstacle se dresse : la faiblesse des Etats, d’où la notion de « responsabilité de protéger » (posée en 2005 par l’AG des Nations Unies) - résolution 1973 : Lybie : dévoiement de fait de cette notion en « régime change » avec des résultats en Libye et dans les pays voisins non convaincants.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Troisième principe :</span>       <br />
              <br />
       La liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes dit encore principe d’autodétermination. Le problème vient de ce qu’il faut le concilier avec les deux précédents et que cela n’est pas toujours facile. L’existence du droit de veto au sein du CSNU complique encore la négociation des ajustements.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Que vaut l’argument du blocage du fonctionnement du Conseil de Sécurité : 5 + 10 par le droit de veto ?</span>       <br />
              <br />
       a) <span class="u">Les problèmes de l’extension du CSNU</span> (Inde – Brésil – Allemagne – Japon – Afrique du Sud) n’ont pu être résolus. On doit pouvoir supprimer la clause de réélection pour les Etats membres non permanents et augmenter à 20 l’effectif du CSNU.       <br />
              <br />
       b) <span class="u">Veto : blocage</span> ? Le CSNU est un outil imparfait mais cet outil vaut mieux que pas d’outil du tout. Il faut négocier. Conditions : respect des principes et négociation pour les adapter à la réalité.       <br />
              <br />
       L’aval de l’ONU est indispensable, en Afrique aussi, pour adapter les trois principes sus-mentionnés aux réalités et cela est vrai aussi de l’espace euro-méditerranéen dans lequel on a souvent fait prévaloir une justice à plusieurs vitesses. Il n’y a pas de solution viable qui ne repose sur des principes. Encore faut-il garder présent à l’esprit le défi principal qui est à l’arrière-plan : celui du développement de l’Afrique, l’Europe et des pays méditerranéens de la rive Sud portant à cet égard une responsabilité historique. Je veux souligner en particulier l’importance d’une coopération étroite entre la France et l’Algérie mais plus généralement entre les pays des deux rives de la Méditerranée.       <br />
              <br />
       Tous ensemble nous avons une responsabilité commune vis-à-vis de l’Afrique. Nous nous connaissons depuis longtemps. La Méditerranée est un carrefour unique de peuples admirables et de sensibilités très diverses qui se sont mutuellement fécondées. Mettons notre expérience au service de la meilleure cause qui soit : celle des Hommes.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Enjeux-securitaires-transfrontaliers-dans-l-espace-euro-mediterraneen_a1611.html</link>
  </item>

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   <title>"Sur les questions énergétiques, le gouvernement est l'otage des Verts"</title>
   <pubDate>Wed, 26 Feb 2014 10:37:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de RTL mercredi 26 février 2014. Il répondait aux questions de Jean-Michel Apathie.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur le dossier centrafricain</span>       <br />
       <ul class="list"><li> J'ai voté hier la prolongation de l'opération Sangaris en Centrafrique, parce que, dans une affaire comme celle-là, très difficile, dans un pays ou l’État n'a jamais existé, où les structures d'autorité se sont effondrées, il y a un devoir d'action, plus que d'assistance. Il y a un mandat des Nations Unies, c'est la condition de tout. Mais il y a pour la France les liens de l'histoire.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Notre intervention a au moins évité des massacres de masse. Les difficultés sont réelles, néanmoins la perspective de mise en œuvre d'une opération de maintien de la paix de l'ONU est le terme logique de l'intervention française.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les grands pays de l'Europe occidentale, ne sont pas au rendez-vous de cette intervention.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'Ukraine</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut avoir un peu de culture historique. La première Russie, c'était l'Ukraine. Ensuite il y a eu une migration vers Moscou devant l'invasion mongole. Enfin l'Empire russe s'est rattaché l'Ukraine en 1647. C'est une vieille affaire.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je me méfie toujours un peu de l'ingérence. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> C'est une révolution, mais on peut aussi appeler cela un coup d'état, cela dépend du point de vue que l'on a. Pour les Ukrainiens de l'est, qui sont pour la plupart russophones, ce qui s'est passé à Kiev ne leur a pas plu.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'opposition a refusé le compromis négocié par les Européens, et le président Ianoukovitch a été destitué. Je constate qu'il y a un grave risque de guerre civile.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous devons avoir pour but de faire de l'Europe un continent de paix. Nous ne devons pas rallumer une nouvelle Guerre Froide.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je constate que quand il s'agit de passer à la caisse, l'UE se tourne vers le FMI, parce que les caisses sont vides. Non seulement l'Ukraine est un pays très hétérogène, mais en plus il est quasiment en faillite.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe n'est guère en état de procéder à un nouvel élargissement à l'est, alors que le premier a coûté très cher. Je pense en tout cas que ce n'est pas l'intérêt de la France.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il n'y a pas à avoir peur de la Russie. La réaction russe a été modérée et fondée sur le principe de non-ingérence. Ce dont il faut avoir peur, c'est d'une révolte des régions de l'est et du sud.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je souhaite que nous allions vers une conférence incluant l'Ukraine, l'Europe et la Russie, parce qu'on ne résoudra pas ce problème sans le concours de la Russie, avec peut être les États-Unis bien entendu, peut-être le FMI aussi car il faudra payer.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur les rapports entre EELV et la majorité</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Cécile Duflot montre que le sens de l’État s'est un peu perdu. Je note que le gouvernement tolère cette expression divergente. Il ne devrait pas.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur les questions énergétiques, le gouvernement est l'otage des Verts. Quand on veut faire des économies en France, quand on dit que le principal souci c'est la compétitivité du pays, on ne fait pas une politique énergétique qui consiste à subventionner à fonds perdu des énergies immatures et à vouloir fermer une centrale nucléaire, ce qui coûterait des milliards.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'ai rien contre Cécile Duflot, c'est une femme très sympathique. Mais je pense qu'il faut de l'ordre et de la clarté dans l’État.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Ma maxime : « un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne » me paraît plus que jamais d'actualité, parce que je pense que l’État est à bien des égards à relever en France. Mais cela, c'est une affaire ancienne. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Sur-les-questions-energetiques-le-gouvernement-est-l-otage-des-Verts_a1599.html</link>
  </item>

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   <title>L'histoire nous crée un devoir d'humanité</title>
   <pubDate>Tue, 25 Feb 2014 21:07:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat dans le cadre du débat concernant la prolongation de l'intervention des forces armées en République centrafricaine, mardi 25 février 2014.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      La décision d’intervenir en République centrafricaine a sans doute été tardive, eu égard aux violences initialement perpétrées par la Seleka mais une intervention ne pouvait avoir lieu en dehors d’un mandat du Conseil de Sécurité des Nations-Unies.       <br />
              <br />
       On aurait pu espérer un retour au calme plus rapide par l’exercice de ce que certains ont appelé un « effet de sidération ». C’était compter sans le potentiel de haines mis en mouvement et sans les violences aveugles déchaînées par les milices « anti-balaka », abusivement décrites comme des milices « chrétiennes ». L’Afrique n’est plus ce qu’elle était : les autorités traditionnelles se sont effondrées. Aucun Etat digne de ce nom ne les a remplacées. L’usage des armes à feu s’est banalisé. La République Centrafricaine était déjà réputée être « la cendrillon de l’Afrique », selon un ouvrage de Louis Brustier ; Georges Conchon s’en inspirait en 1964 pour écrire l’« Etat sauvage » dans un ouvrage qui reçut alors le prix Goncourt. Les choses depuis lors ne se sont pas arrangées : la Centre Afrique a toujours été sous-administrée et mal gouvernée. Au point de déliquescence où les choses en étaient arrivées, notre intervention a-t-elle du moins évité des massacres de masse, comme le Ministre de la Défense l’a souligné devant la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées le 17 février dernier.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      1 600 hommes ont été envoyés, auxquels 400 ont été ajoutés pour répondre à l’appel du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban-Ki-Moon. A cela il faut bien sûr ajouter les contingents de la MICSA, 6000 hommes provenant des Etats frontaliers : Tchad – Cameroun – Congo-Brazzaville – République démocratique du Congo, ou voisins : Gabon – Guinée Equatoriale – Burrundi et Rwanda.        <br />
              <br />
       Le 20 janvier 2014, il a été décidé d’envoyer une force européenne de 500 hommes composée de soldats estoniens, lettons, géorgiens, polonais, portugais, roumains qui permettait au moins de relayer sur Bangui la force Sangaris. L’effectif total des forces engagées ne suffira pas à ramener la sécurité sur toute l’étendue d’un pays dont la superficie équivaut à celle de la France. La première priorité consiste à sécuriser la route qui rejoint Bangui à Douala pour permettre l’acheminement de vivres et ainsi enrayer la famine. La décision de mise en œuvre du programme alimentaire mondial (PAM) permettra-t-elle de l’éviter ?       <br />
              <br />
       Il paraît clair à ce stade que l’armée française n’est pas faite pour des missions d’interposition. Les effectifs disponibles ne le permettent pas et surtout nos forces armées ont été conçues pour remplir des missions d’intervention dont il est important qu’elles restent limitées dans le temps et non des missions d’interposition qui immobilisent des effectifs pendant des années. Nous risquons d’être pris dans un engrenage si une opération de maintien de la paix n’est pas promptement décidée et mise en œuvre par l’ONU.       <br />
       *       <br />
       Force nous est de constater, en RCA comme sur d’autres théâtres, la faiblesse de la solidarité internationale, financière d’abord, comme vous l’avez souligné Monsieur le Ministre, mais aussi politico-militaire. Il est frappant de constater que les pays européens qui ont annoncé un concours sont pour la plupart des pays périphériques. Aucun, à part le Portugal, n’appartient à l’Europe d’avant la chute du Mur. Cela fait réfléchir à ce qu’il faut attendre de la « défense européenne », thème si fréquemment mis en avant, y compris par le « Livre blanc ». Comment ne pas relever la sous-estimation frappante par nos partenaires européens des risques entraînés par le naufrage de certains Etats africains ? Ni l’Allemagne, ni la Grande-Bretagne, ni l’Italie, ni l’Espagne  ne se sentent véritablement concernés, si on en juge par la modestie, voire l’inexistence, de leur contribution. Or, l’Afrique aura doublé sa population en 2050 et l’Afrique sahélienne triplé. Aucun développement harmonieux ne pourra se produire si les conditions de sécurité qui permettent l’essor des activités économiques ne sont pas réunies.       <br />
              <br />
       Il paraît clair que les grands pays européens n’ont pas pris la mesure des risques de l’islamisme radical et du djihadisme armé pour l’Afrique mais aussi pour l’Europe, et pas davantage des risques humanitaires et migratoires induits. L’absence de développement ne peut que conduire à des formes de régression barbares dont nous avons eu un premier avant-goût avec l’application de la charia dans le domaine pénal dans le Nord du Mali, en 2012-2013.       <br />
              <br />
       C’est l’honneur de la France d’avoir pris conscience de ces dangers et d’avoir secouru le Mali, comme d’avoir pris les devants en République Centre-africaine, en anticipant une opération de maintien de la paix de l’ONU qu’il serait encore plus difficile de mettre en route, si la France n’avait pas manifesté sa réactivité.        <br />
              <br />
       C’est  pourquoi je vous apporte le soutien des sénateurs du groupe RDSE car l’Histoire a existé. Elle nous a liés, il y a plus d’un siècle, aux populations de l’Oubangui-Chari. Nous n’oublions pas que les territoires de l’Afrique Equatoriale française ont rallié la France Libre, dès le mois d’août 1940, sous l’impulsion du gouverneur Eboué et des colonels Leclerc et Larminat.        <br />
              <br />
       L’histoire a existé et par delà l’époque révolue de l’Union française et de la Communauté, elle nous crée encore des devoirs. Si la France n’avait pas envoyé ses soldats en avant-garde d’une mission d’interposition qui, encore une fois, incombe à l’ONU, quelle autre nation l’aurait fait ? Certes nous voyons bien les risques de l’engrenage, Monsieur le Ministre, mais nous devons aussi sous-peser les inconvénients, ceux de l’action et ceux de l’inaction, comme le Président de la République, votre collègue et vous-même l’avez fait. Dès lors qu’il existait un mandat de l’ONU, nous vous donnons raison d’avoir fait prévaloir les considérations d’humanité. Non que celles-ci ne soient pas quelquefois le paravent de desseins moins avouables. Mais, en l’occurrence, nous n’en voyons pas. Certes la RCA occupe en Afrique une position stratégique à la frontière de pays instables comme le Nigéria et le Nord du Cameroun menacés par Boka-Haram, ou bien à la frontière du Sud-Soudan dont la sécession d’avec le Soudan n’a pas eu que des résultats heureux. Nous le constatons dans ce pays plongé lui aussi dans le chaos.       <br />
              <br />
       C’est pourquoi nous approuvons le souci que vous avez manifesté, en accord avec l’Union Africaine et les Etats riverains, de refuser une partition entre l’Est de la RCA, principalement musulman, et le Sud animiste et chrétien.  Certes il faudra du temps pour construire un Etat centrafricain  et sans doute faudra-t-il envisager  une très forte décentralisation pour tenir compte de la diversité des territoires et de leur peuplement. Les mécanismes de l’aide internationale et leur territorialisation doivent être conçus de manière à tenir compte de l’hétérogénéité du pays. Cependant, dans l’immédiat, l’accent doit être mis sur les prérogatives régaliennes d’un Etat qui est à bâtir de fond en comble : lui donner une police, une armée, une justice, un système pénitentiaire. Lors du sommet franco africain du 7 décembre, le Président Hollande a évoqué la formation de 20 000 soldats africains par an, dans le cadre de l’Union africaine, j’imagine. Pouvez-vous nous dire où en est ce projet dont nous mesurons l’ambition et les moyens qu’il requiert ?  Car, comme vous l’avez dit vous-même : « Que faire des coupeurs de chemins et des brigands dès lors qu’ils auront été arrêtés et jugés, s’il n’y a pas de prison pour les mettre hors d’état de nuire ?       <br />
              <br />
       A plus long terme, pouvons-nous cependant imaginer une stabilisation de la région dans le seul cadre centrafricain ? La République centre-africaine se situe à la charnière entre les régions islamisées du Nord et les régions du Sud, animistes ou chrétiennes. Il est très important d’assurer la coexistence de ces populations. Seul un gouvernement d’union nationale peut le permettre. Faut-il beaucoup attendre des élections dans un pays dont une partie de la population n’est même pas inscrite sur les listes électorales ? N’y a-t-il pas lieu de mettre en place des commissions de réconciliation à l’image de celles qui ont été instituées en Afrique du Sud et au Rwanda ?       <br />
              <br />
       Certains en viennent à imaginer des regroupements régionaux inédits, allant du Cameroun au Kenya en passant par la République Centre-africaine et le Soudan du Sud, avec une façade sur l’Atlantique et une autre sur l’Océan indien. Il me semble qu’on ne doit rien exclure a priori. L’Afrique a son Histoire devant elle. Si le respect des frontières héritées de la période coloniale est sans doute sage dans l’immédiat, on ne doit pas écarter à l’avenir la perspective de regroupements régionaux plus vastes, à condition qu’ils soient voulus par les populations, concertés dans le cadre de l’Union africaine et de l’Organisation des Nations Unies et ratifiés par les peuples. La France ne doit pas se substituer à l’ONU. Son intervention au service de l’Afrique et des Africains ne peut être que provisoire. Il doit donc y avoir une date butoir à l’opération Sangaris : celle de la mise en place par l’ONU d’une opération de maintien de la paix. Le désengagement militaire est le terme normal de notre intervention, ce qui ne signifie nullement un désengagement sur le plan politique, administratif et financier. Quels que soient les qualités de nos soldats, il ne serait pas sain qu’ils se substituent durablement aux administrateurs et aux coopérants civils.       <br />
              <br />
       L’opération Sangaris entraînera un surcoût annuel de 200 millions d’euros, selon les déclarations que vous avez faites devant la Commission de la Défense et des Forces armées, essentiellement du fait des rémunérations et des dépenses de logistique. Mais nous connaissons la fragilité des équilibres définis par la loi de programmation militaire. Il est donc très important que celle-ci soit non seulement épargnée par les coupes budgétaires mais aussi réalisée dans tous ses aspects – je pense en particulier aux recettes exceptionnelles.        <br />
              <br />
       Au total, et malgré les réserves que j’ai exprimées au nom d’un nécessaire devoir de vigilance, les sénateurs du groupe RDSE approuveront, comme moi-même et à l’unanimité, la prolongation de l’opération Sangaris. Ils expriment par la même occasion l’affectueuse sollicitude de la nation aux hommes qui en ont la charge.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/L-histoire-nous-cree-un-devoir-d-humanite_a1597.html</link>
  </item>

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   <title>"La crise ukrainienne peut devenir gravissime et mettre en jeu la paix de l'Europe"</title>
   <pubDate>Tue, 25 Feb 2014 13:20:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de LCI lundi 24 février 2014. Il répondait aux questions de Michel Field.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la crise ukrainienne</span>       <br />
       <ul class="list"><li> La crise ukrainienne peut devenir gravissime et mettre en jeu la paix de l'Europe. Rien moins que cela, car l'Ukraine, c'est la 1ère Russie. Et depuis 1647, l'Ukraine fait partie de l'Empire russe. Elle a gagné son indépendance à la fin de 1991, il y a 22 ans, à la chute de l'URSS.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le Président ukrainien a été répudié par son propre parti. On  ne peut que prendre acte de l'auto-dissolution du gouvernement légal.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a eu une certaine légèreté de l'UE, en ce sens qu'elle a proposé un accord d'association avec pour certains une perspective d'adhésion à terme. Or il faut le dire : le temps des élargissements à l'est est révolu. Et on a fait miroiter à l'Ukraine des sommes que de toute évidence l'Europe n'était pas prête à débourser. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Il faut bien dire que certains éléments de l'opposition sont extrémistes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut essayer de trouver un accord entre les pays de l'Union Européenne, qui ne sont pas sur la même longueur d'onde (les pays limitrophes sont assez désireux de reculer encore la frontière de l'UE, les autres sont plus réticents).        
       </li></ul><ul class="list"><li> Allons vers une solution négociée avec Moscou : il faut traiter sur le même pied l'Ukraine et la Russie. L'UE n'a pas a pratiquer une politique d'ingérence et à essayer de dresser l'Ukraine contre la Russie. Notre intérêt est de parvenir à une certaine libéralisation, au sens économique du terme.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Une partition ne serait souhaitable pour personne.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il ne faut pas garder des lunettes de la Guerre Froide. Nous sommes au XXIe siècle, qui sera dominé par la Chine et les États-Unis. Les peuples européens ont intérêt à terme à envisager une Confédération de peuples libres. C'est la seule manière pour eux de rester dans le jeu.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'opération en Centrafrique</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je vais voter pour la prolongation de l'opération militaire, qui a un caractère humanitaire. C'est quelque chose qui relève plus d'une mission d'interposition. Il faudrait que cela soit couvert rapidement par une force de maintien de la paix et que l'ONU prenne le relais.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut aider à la constitution (je n'ose pas dire reconstitution) d'un État centrafricain. Actuellement, il n'y a ni armée, ni police, ni justice, ni prison. Il y a des milices, qu'elles soient dites musulmanes ou dites chrétiennes – ça n'a d'ailleurs rien à voir ni avec l'islam ni avec le christianisme. Nous sommes confrontés à une situation très difficile.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Sans doute le degré de haine et la déliquescence de l’État centrafricain ont été sous-estimés. De plus il n'y a pas eu l'effet de sidération que l'on pouvait espérer avec l'arrivée des troupes françaises.        
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est un travail de longue haleine. Nous travaillons pour les Africains, au service de l'Afrique. Je pense qu'il n'y a pas d'arrière-plan caché.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis plutôt pour la non-ingérence mais j'admets cette intervention parce que l'ONU l'a validé et parce que il y a les liens de l'histoire.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la position d'EELV au sein de la majorité</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne demande aucune peine. Il n'y a pas péril en la demeure. Mais je trouve que Nantes, St-Nazaire et Rennes, ça fait bien un million d'habitants, il est quand même normal qu'ils aient un grand aéroport. Je ne trouve pas ça choquant. Je trouve un peu énervant cette prise en otage par des petits groupes violents et par un parti politique qui déclare appartenir à la majorité de la politique gouvernementale qui doit quand même obéir à un certain bon sens.        
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/La-crise-ukrainienne-peut-devenir-gravissime-et-mettre-en-jeu-la-paix-de-l-Europe_a1596.html</link>
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   <title>Syrie : "Une erreur gravissime pour l'avenir de notre diplomatie"</title>
   <pubDate>Thu, 05 Sep 2013 09:13:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité d"Europe 1, jeudi 5 septembre 2012. Il répondait aux questions de Thomas Sotto.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express</span> :        <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> On a vu le type d'ingérence que donnait des frappes en dehors du Conseil de Sécurité des Nations Unies en Irak ou au Kosovo. D'une certaine manière, on a vu le résultat d'une résolution détournée de son sens, en Libye. Les milices islamistes sont maîtresses du terrain.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut se tenir au droit. Le mot punir fait partie d'un autre univers, celui de la morale. Or, je pense que la légalité internationale protège tous les pays.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Si on veut rester sur le terrain du terrain du droit, il faut noter que la Syrie n'est pas signataire de la convention d'interdiction des armes chimiques.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut regarder de plus près ce qui s'est passé. Est-on sûr à 100% de ce que cette frappe chimique est le fait du gouvernement syrien ? Monsieur Colin Powell était sûr également qu'il avait la preuve quand il agitait sa fiole au Conseil de Sécurité de l'ONU !</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Une hypothèse n'a pas pas été étudiée : celle où des groupes d'oppositions, fanatiques, se seraient procurés ces armes. Il faut être prudent, il n'y a pas de certitudes à 100%. Ces frappes peuvent émaner du gouvernement syrien, d'un général qui s'est affranchi des ordres gouvernementaux.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les faibles ne s'érigent pas sur le terrain de la morale, en distributeurs de punitions. Seul les forts peuvent s'ingérer dans les affaires de pays plus faibles qu'eux.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur la question de savoir s'il faut un vote au Parlement sur la Syrie, je pense qu'il faut attendre la déclaration du gouvernement. Dans ces affaires il faut beaucoup de sang froid.       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai dit à François Hollande que je souhaitais vraiment que le gouvernement évite de faire une grosse bêtise.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous sommes en face d'une guerre civile atroce et nous ne savons pas ce qui se passera demain. Après Bachar el-Assad, un régime islamiste à Damas sera t-il beaucoup mieux ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut regarder où on met les pieds. En politique il ne faut pas sauter dans le noir.       
       </li></ul><ul class="list"><li>  Je ne suis pas pour la passivité. Il faut chercher à faire prévaloir une logique de paix. L'opposition syrienne doit désigner ses représentants à la conférence Genève II afin que celle-ci puisse se tenir dans les prochaines semaines.       
       </li></ul><ul class="list"><li> N’effaçons pas ce qui a été réussi au Mali dans le cadre de la légalité internationale, par une erreur qui serait gravissime pour l'avenir de notre diplomatie. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Syrie-Une-erreur-gravissime-pour-l-avenir-de-notre-diplomatie_a1507.html</link>
  </item>

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   <title>Syrie: le jour d'après</title>
   <pubDate>Wed, 04 Sep 2013 19:59:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement </dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement, dans le cadre du débat sur la situation en Syrie au Sénat, le 04 septembre 2013.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      Monsieur le Ministre,       <br />
              <br />
       Les circonstances nous donnent un peu de temps pour la réflexion. Sachons utiliser ce répit pour éviter des décisions précipitées qui pourraient s’avérer funestes. J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de vous exprimer ainsi qu’au Président de la République ma préoccupation, et cela dès juin 2012, quant à la définition de notre politique vis-à-vis de la Syrie. Je n’exprime pas ma seule préoccupation. Elle est aussi celle de Robert Hue et de plusieurs sénateurs du groupe Rassemblement Démocratique Social et Européen (RDSE). En fait nous avons hérité de cette orientation politique. Quand vous êtes arrivé au Quai d’Orsay, notre ambassade à Damas avait déjà été fermée.        <br />
              <br />
       De même l’exigence, avant toute transition, du départ d’Assad, déclaré assassin de son peuple, affaiblissait toute démarche de négociation visant à faire pression sur le régime de Damas.        <br />
              <br />
       En réalité, c’est la nature même de la guerre engagée en Syrie qui faisait et fait encore problème aujourd’hui. C’est une guerre civile et plus que cela une féroce guerre interconfessionnelle. Assad, dictateur brutal, défend les prérogatives d’une minorité, celle des Alaouites qu’il sait soutenus par d’autres minorités, chrétiennes par exemple mais aussi par une fraction de la majorité sunnite qui a longtemps bénéficié de la stabilité des courants d’affaires. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      L’expression « Assad doit partir ! » sous-estimait à l’évidence les appuis dont il disposait. La seule issue de cette guerre civile barbare est une issue négociée entre les deux camps.       <br />
              <br />
       Les Sunnites ou du moins une majorité d’entre eux veulent l’effacement des Alaouites. Ils doutent d’y réussir par la force. Ils comptent sur l’intervention extérieure, à l’exemple de ce qui s’est passé en Libye. Mais comparaison n’est pas raison.       <br />
              <br />
       La résolution 1973 sur la Libye a été prise grâce à l’abstention de la Russie et de la Chine. Cette résolution a été évidemment interprétée dans le sens d’un changement de régime. Je me suis moi-même abstenu quand le gouvernement a demandé, le 12 juillet 2011, l’autorisation de prolonger  l’intervention de nos forces. Le résultat est là : si l’opération militaire a été brillamment conduite, Kadhafi a été assassiné. Les milices tribales et le plus souvent islamistes se sont rendues maîtresses du terrain. Le port de Derna est aux mains d’Al Quaïda, le Mali a été déstabilisé. Sans l’intervention de la France dans le cadre des résolutions de l’ONU que j’ai soutenue fortement, le Mali serait devenu aujourd’hui un sanctuaire de l’islamisme radical, dominé par des groupes terroristes djihadistes. Enfin, par l’interprétation qui a été faite en Libye de la résolution 1973, la notion de responsabilité de protéger a été passablement discréditée aux yeux de la Russie, de la Chine, mais aussi de la plupart des pays émergents qui refusent la notion d’ingérence, elle-même proscrite par la Charte des Nations Unies. L’occidentalisme peut se camoufler en droit de l’hommisme. Celui-ci ignore ou, de manière plus perverse, veut occulter les réalités et les choix politiques.       <br />
              <br />
              <br />
       Or, la France doit d’autant plus se placer sur le terrain du droit international qu’elle est elle-même l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. C’est son intérêt. Pour être une puissance repère, comme l’ont souhaité le Président de la République et vous-même, dans votre brillante intervention en conclusion de la Conférence des Ambassadeurs, la France ne doit pas s’affranchir du Droit. Or, le droit d’ingérence n’existe pas au regard de la Charte des Nations Unies. La mise en œuvre de la responsabilité de protéger, énoncée par l’Assemblée Générale des Nations Unies dans son document final de 2005, souligne que cette responsabilité incombe d’abord à chaque Etat et à défaut à la communauté internationale, je cite : « par une action collective résolue, <span class="u">par l’entremise du Conseil de Sécurité</span>, conformément à la Charte, notamment son chapitre VII. Voilà ce que dit le droit.       <br />
              <br />
       Des frappes aériennes sur la Syrie ne pourraient ainsi s’effectuer qu’en dehors du cadre de la légalité internationale. Vous invoquez la légitimité et même vous essayez d’invoquer une autre source de droit en vous référant à la convention ancienne et aujourd’hui dépassée de 1925 interdisant l’utilisation, en temps de guerre, des armes chimiques dont la Syrie et pour cause – elle était alors sous mandat français – n’était pas partie prenante. Quant à la Convention plus récente sur l’interdiction des armes chimiques signée à Paris le 13 janvier 1993, vous savez pertinemment que ni la Syrie ni l’Egypte ne l’ont signée, le négociateur égyptien de l’époque, M. Amr Moussa, ayant alors expliqué que son pays y adhérerait quand les armes de destruction massive, nucléaires, bactériologiques et chimiques auraient été éliminées du Proche-Orient, la détention d’une telle arme contribuant, selon lui, à un équilibre de dissuasion régional. La Conférence d’examen du Traité de Non Prolifération (TNP) de mai 2010 vise la création d’un Moyen-Orient dénucléarisé. C’est dans ce cadre général qu’il faut agir pour préserver dans cette région les équilibres de sécurité.       <br />
              <br />
       A l’heure actuelle, deux Etats ont signé mais n’ont pas ratifié la Convention d’interdiction des armes chimiques : la Birmanie et Israël, et six autres demeurent en dehors : Angola – Corée du Nord – Egypte – Somalie – Soudan du Sud – Syrie.         <br />
              <br />
       Vous évoquez la notion de crime contre l’humanité mais j’observe que le statut de Rome, portant création de la Cour Pénale Internationale (CPI), définit celui-ci très largement dans son article 7, mais ne mentionne pas spécifiquement l’utilisation d’armes chimiques. Dans la logique morale où vous vous placez, qui ne faut-il pas punir ? Les utilisateurs de bombes à fragmentation, de bombes au napalm, les pays qui refusent de signer les conventions d’interdiction des armes chimiques, bactériologiques, nucléaires, ceux qui n’ont pas ratifié le traité d’interdiction des essais nucléaires, ceux qui répriment par balles leur opposition ? La liste serait longue des Etats qu’il faudrait punir.        <br />
              <br />
       Aussi bien est-on sûr à 100 % de l’origine des frappes ? Or, n’ont été produits jusqu’à présent, au dire même de nos autorités, que des « faisceaux d’indices ». Exerçons le doute méthodique cher à Descartes. L’hypothèse qu’un groupe extrémiste comme le Front Al Nosra alimenté par des fournitures d’armes extérieures ou par des stocks qu’il aurait pu détourner, ait pu perpétrer ce crime abject pour entraîner une intervention occidentale n’a pas été sérieusement examinée. Or, chacun sait que les déclarations du Président Obama d’août 2012 faisant de l’utilisation d’armes chimiques la ligne rouge légitimant une intervention militaire, ont provoqué depuis lors une surenchère d’accusations parmi les groupes d’opposition et leurs relais. Nous savons depuis les guerres yougoslaves que des populations d’un des belligérants peuvent être choisies comme cibles pour justifier une intervention extérieure. Dans une guerre intercommunautaire féroce comme celle-là, nous ne pouvons pas avoir un degré absolu de certitude. Aussi bien on ne discerne pas clairement quel eût été l’intérêt du régime syrien qui avait pris le dessus par des moyens conventionnels, d’ailleurs tout aussi barbares.        <br />
              <br />
       Ainsi la morale remplace le droit. Ce n’est pas un progrès car seul le droit protège tandis que la morale d’où procède la sanction est à l’appréciation des plus forts. La France doit être le soldat du Droit. L’esprit de défense n’a rien à gagner à ce que la France confectionne un droit à sa mesure, en marge du droit international reconnu par l’ONU.       <br />
              <br />
              <br />
       J’en viens maintenant au fond politique de cette affaire. Quels sont nos objectifs politiques ?        <br />
              <br />
       L’opposition syrienne démocratique est divisée. La guerre l’a marginalisée au profit de groupes extrémistes. Le cours des révolutions arabes en Tunisie et plus encore en Egypte doit nous rendre prudents. Le premier acte ne pouvait que recueillir notre sympathie. Le second acte a vu l’islamisme politique prendre le pas sur les revendications démocratiques initiales et tendre à la confiscation du pouvoir. Des minorités de plus en plus importantes se sont senties menacées. En Egypte, l’armée a interrompu le processus, avec d’ailleurs – je le note - le soutien de l’Arabie Saoudite. Est-ce là notre référence ? Quelle cohérence y a-t-il entre notre combat justifié au Mali contre les groupes djihadistes armés et la complaisance dont nous ferions preuve à l’égard de ces mêmes groupes dans la guerre civile qui déchire la Syrie ? La France doit soutenir partout non pas l’islamisme politique mais la démocratie, au Mali, au Niger, en Libye, en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Arabie Saoudite, au Qatar, à Bahreïn, dans le respect du principe de non ingérence, bien sûr, et sous le contrôle du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU).       <br />
              <br />
       Quel effet des frappes américaines et françaises, même brèves et limitées, auront-elles ? D’ores et déjà la menace des frappes a fait se gonfler le flot des réfugiés aux frontières du Liban et de la Jordanie. On ne pourra pas éviter les dommages collatéraux, surtout si les stocks d’armes chimiques sont visés. Que se passera-t-il le jour d’après ?        <br />
              <br />
       D’autres frappes ? Sur la Syrie ? Il serait terriblement imprudent de cibler l’arsenal chimique syrien. Ou sur l’Iran ? Un engrenage incontrôlable risque de se mettre en marche. Encore une fois restons fidèles à Descartes et traitons séparément des dossiers dont la solution doit rester distincte : la Syrie, la Palestine, l’Iran. La « fabrication d’un ennemi » est chose facile. Elle sert rarement la cause de la paix.       <br />
              <br />
       Le rôle de la France doit être de faire pression pour que l’opposition syrienne désigne ses représentants à la Conférence de Genève II et que celle-ci puisse se réunir dans les prochaines semaines. Cette négociation peut se faire par des rencontres bilatérales dans les couloirs du G20, à Saint-Pétersbourg, mais le G20 n’a pas vocation à remplacer le CSNU. C’est dans le cadre de celui-ci que nous pouvons obtenir une trêve dans la guerre civile et un compromis qui préserve autant que possible l’unité de la Syrie. La balkanisation de la Syrie serait, comme nous le voyons aujourd’hui en Irak, la source de malheurs encore plus grands. Des frappes militaires risquent non de faciliter un compromis mais de reporter aux calendes la négociation nécessaire.       <br />
              <br />
       Il faut mettre un peu de cohérence dans notre politique :        <br />
              <br />
       C’est une facilité de crier « Munich ». C’est du même niveau que Guy Mollet assimilant Nasser à Hitler. Ce n’est pas digne des républicains que nous devrions être.        <br />
              <br />
       Le bilan des ingérences passées – Irak, Kosovo, Libye – n’est pas reluisant. Sachons tirer les leçons de l’expérience.       <br />
              <br />
       Pour définir notre attitude et le sens même de notre diplomatie, pensons à servir la France et à défendre la paix. Défions-nous de l’occidentalisme. La France ne se définit pas, comme le disait M. Sarkozy, par son appartenance à la famille des nations occidentales. Elle appartient avant tout à la grande famille des nations humaines. La Révolution de 1789 visait à l’universalité. La France doit servir de pont entre toutes les nations et ne pas se couper des pays dits émergents. Le Président de la République souligne à juste titre la nécessité de préserver notre souveraineté. La souveraineté va avec l’indépendance qui est la condition de la grandeur de la France. Celle-ci n’est pas une question de taille mais de hauteur de vues.       <br />
              <br />
       Mais qu’en est-il, dans la situation présente, je ne dis pas de l’indépendance mais de l’autonomie même de la France ? Où sont passés nos alliés européens ?        <br />
              <br />
       Je souhaite de tout cœur, Monsieur le Ministre, éviter l’enlisement de la France dans une guerre qui serait contraire à ses intérêts et j’ajoute à sa vocation. Je souhaite que vous usiez de votre influence qui est grande pour contribuer à la réunion aussi rapide que possible de la Conférence de Genève II. La France vous en serait reconnaissante. Il ne faut pas effacer la brillante réussite malienne, qui nous doit aussi beaucoup, par une erreur qui, elle, serait gravissime pour l’ensemble de notre politique étrangère et pour nos intérêts dans le monde.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Syrie-le-jour-d-apres_a1506.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>"Nous avons des intérêts et des objectifs communs avec l’Algérie"</title>
   <pubDate>Sat, 08 Jun 2013 18:08:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement au journal algérien El Watan, jeudi 6 juin 2013.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5593865-8342550.jpg?v=1370708089" alt=""Nous avons des intérêts et des objectifs communs avec l’Algérie"" title=""Nous avons des intérêts et des objectifs communs avec l’Algérie"" />
     </div>
     <div>
      <b>El Watan : Vous êtes en Algérie dans le cadre du groupe de travail sur le Sahel du Sénat français. Quel est l’objet de votre visite ?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> C’est une mission d’information et d’enquête du Sénat coprésidée par Gérard Larcher et moi-même sur le Sahel, au sujet des problèmes de sécurité et du développement, qui sont liés. Nous avons centré notre réflexion sur le Mali. Maintenant, nous essayons de l’élargir. C’est l’objet de la visite que nous effectuons à Alger avec les sénateurs. Nous avons été reçus par le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères.       <br />
              <br />
       <b>Lors de vos entretiens avec vos interlocuteurs algériens, avez-vous constaté une convergence de vues à propos de l’analyse de la crise du Sahel ?</b>       <br />
       Je pense que nous avons des intérêts et des objectifs communs. Je pense que la France n’a pas l’intention de maintenir des forces au Mali. Nous allons réduire notre présence à environ 1000 militaires en appui de la force de l’ONU qui va progressivement s’installer à partir du mois du juillet. Une force de maintien de la paix composée de 12 600 Casques bleus. Naturellement, c’est aux Africains eux-mêmes de garantir la sécurité dans ces régions. Le pays le plus important est l’Algérie ; de loin, elle est le pays le plus puissant avec une armée plus forte de 300 000 hommes. Il y a d’autres zones qui posent problème, la Libye, le Niger et, plus largement, tous les pays de la zone qui est quand même très vaste.  Nous œuvrons avec le souci d’associer autant qu’il est possible.        <br />
              <br />
       <b>Selon vous, l’Algérie joue-t-elle le rôle qu’on attendait d’elle ?</b>       <br />
        L’Algérie a ses propres intérêts qui recouvrent largement ce que nous poursuivons. Nous cherchons à stabiliser cette région. C’est un intérêt commun. Les frontières sont ce qu’elles sont, l’Union africaine les reconnaît, comme l’ONU. Il faut faire prévaloir, notamment au Mali, des autorités légitimes. Des élections doivent avoir lieu à la fin du mois de juillet pour désigner un nouveau Président. Et nous souhaitions qu’elles aient lieu dans tout le Mali, au Nord comme au Sud. Il faut faire converger nos efforts pour que le processus de réconciliation aille à son terme. C’est vraiment l’intérêt du Mali et de tous les pays riverains, et celui de la France aussi.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>L’intervention française a effectivement empêché la prise de Bamako par les groupes terroristes. Ces derniers n’ont opposé aucune résistance remarquable quand l’armée est intervenue au Nord-Mali, mais l’action terroriste déplace le terrain de son action, comme le montre le double attentat au Niger. Pensez-vous que la France cerne toute la problématique du Sahel ?</b>       <br />
        Il n’y a pas de solution seulement militaire, comme l’a dit le président Larcher. Il faut des solutions politiques, mais dans l’immédiat nul ne peut accepter qu’un sanctuaire terroriste s’installe. Et c’est ce qui a failli se passer. Ils s’en est  fallu de très peu pour que ce danger se concrétise pour l’ensemble du Mali, donc l’intervention française a été une intervention en urgence, à l’appel des autorités légitimes du Mali, mais nous n’avons pas l’intention de la prolonger indéfiniment. Quand vous dites que les groupes terroristes n’ont pas opposé de résistance, mais si. Dans l’Adrar des Ifoghas, ils étaient constitués en forteresse avec des armes, de la logistique, des caches, des matériels, des engins explosifs improvisés. Il a fallu des combats très durs pour les déloger. Et effectivement, une partie d’entre eux ont pu se disperser dans des pays comme le Niger, la Libye. L’Algérie elle-même a fermé ses frontières.       <br />
              <br />
       <b>Comment ces pays de la bande du Sahel (Mali, Niger, Tchad, Mauritanie) des années après l’indépendance, des Etats forts, n’arrivent toujours pas à se construire ?</b>       <br />
        Ma première réponse, c’est qu’il y a un problème de démographie qui n’est pas maîtrisé. Un pays comme le Mali, avec 15 millions d’habitants, atteindra les 50 millions en 2050. Il en va de même pour le Niger. Or, ces pays sont pauvres. Ces Etats se sont révélés plus fragilisés. Mais il n’y a pas d’autre perspective que de les aider à se reconstituer à se développer, à constituer des forces armées puissantes, faire l’effort de dominer leurs problèmes. Derrière, il y a toute une aide internationale. Trois milliards d’euros ont été promis par la conférence qui s’est tenue à Bruxelles le 15 mai dernier. Le Japon, 750 millions de dollars pour la bande sahélienne. Toute cette aide doit être concentrée sur le développement durable, centré sur les infrastructures, l’agriculture, l’éducation.       <br />
              <br />
       <b>Des voix s’élèvent et pointent du doigt le rôle trouble du Qatar dans la région. Cet Etat est accusé d’avoir financé les groupes islamistes radicaux. Qu’en dites-vous ?</b>       <br />
        Nous évoquons, dans notre rapport, le financement de mosquées, de madrasas (écoles) et d’ONG. Il n’y a pas que le Qatar, nous abordons aussi l’Arabie Saoudite tout en essayant d’être le plus objectif qui soit. Il faut une vision large. Responsabiliser les gouvernements.       <br />
              <br />
       <b>Il semblerait que l’instabilité en Libye est partie pour s’installer dans la durée. Qu’en pensez-vous ?  </b>       <br />
       Au point où nous en sommes, c’est aider le gouvernement libyen à reconstituer une armée, une police, constituer un Etat, une administration, à faire en sorte qu’il puisse contrôler son territoire qui est immense avec une très longue frontière commune avec l’Algérie. Donc l’Algérie peut déjà contrôler sa frontière et c’est important.       <br />
              <br />
       Le Premier ministre nous a rappelé que constitutionnellement, l’armée algérienne n’intervient pas en dehors de ses frontières, mais l’Algérie peut aider à la constitution, à la formation des forces armées, de la police, dans les pays voisins. L’intérêt de l’Algérie est de faire en sorte que les pays riverains soient des Etats dignes de ce nom. C’est-à-dire qu’on les aide à marcher sur leurs jambes.       <br />
              <br />
       <b>Ne pensez-vous pas qu’en intervenant avec le largage des armes, l’OTAN n’avait pas mesuré toutes les conséquences qui pouvaient en découler ?</b>       <br />
       Les appréciations peuvent diverger. Disons que Gueddafi n’était pas un homme très commode. Il faut bien le reconnaître, cela n’aidait pas. On peut toujours refaire l’histoire. Les choses sont ainsi qu’il vaut mieux repartir de la situation actuelle et voir comment on peut les améliorer. J’avais fait quelques réserves sur ce qui a été entrepris à l’époque par Sarkozy. Je suis conscient de l’immense difficulté de traiter ces problèmes. Je dirais que l’interdiction de toute fonction des gens qui ont servi à l’époque de Gueddafi me paraît excessive. On aurait pu limiter cette interdiction au cercle étroit qui avait coopéré à ce gouvernement.        <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Propos recueillis par Hacen Ouali</span>       <br />
       ------------       <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.elwatan.com/actualite/jean-pierre-chevenement-nous-avons-des-interets-et-des-objectifs-communs-avec-l-algerie-06-06-2013-216461_109.php">El Watan</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/5593865-8342550.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Nous-avons-des-interets-et-des-objectifs-communs-avec-l-Algerie_a1492.html</link>
  </item>

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   <title>Syrie: Jean-Pierre Chevènement dénonce les "professionnels de l'ingérence"</title>
   <pubDate>Wed, 15 Aug 2012 17:32:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Dépêche AFP, mercredi 15 août 2012, 17h03.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/4619204-6913207.jpg?v=1345045220" alt="Syrie: Jean-Pierre Chevènement dénonce les "professionnels de l'ingérence"" title="Syrie: Jean-Pierre Chevènement dénonce les "professionnels de l'ingérence"" />
     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC, a dénoncé mercredi les &quot;professionnels de l'ingérence&quot; qui poussent, selon lui, la France &quot;à intervenir militairement&quot; en Syrie, dans une déclaration à l'AFP.       <br />
              <br />
       &quot;La Syrie n'est ni la Tunisie ni l'Egypte. C'est un pays plongé dans une guerre civile inspirée et alimentée de l'extérieur&quot;, estime-t-il.       <br />
              <br />
       Selon l'ancien ministre de la Défense, &quot;des professionnels de l'ingérence poussent aujourd'hui la France à intervenir militairement, fusse par la seule voie aérienne, en violation de la légalité internationale et au côté de pays dont les ambitions et les intérêts ne sont pas les nôtres&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;Le précédent libyen ne saurait être invoqué&quot;, déclare-t-il. La résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU de mars 2011 a, selon lui, &quot;été interprétée au-delà de son objectif proclamé -la protection des civils-, jusqu'à un changement de régime dont l'une des conséquences a été la déstabilisation du Mali&quot;.       <br />
              <br />
       M. Chevènement rappelle que le président François Hollande &quot;a plusieurs fois souligné que la France n'interviendrait pas en dehors d'un résolution du Conseil de sécurité des Nations-unies&quot;. &quot;La politique de la France repose sur des principes et aucune campagne d'opinion ne doit l'en faire dévier&quot;, affirme-t-il.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Selon le sénateur du territoire de Belfort, &quot;la politique de +changement de régime+ a été pratiquée en Irak&quot; par l'ancien président américain George Bush en 2003, mais &quot;elle ne saurait aujourd'hui recevoir la caution de la France&quot;.       <br />
              <br />
       Dans le quotidien Le Monde, l'écrivain et essayiste Bernard-Henri Lévy, en pointe lors de l'intervention occidentale en Libye en 2011, a notamment lancé mardi un appel à une action militaire aérienne en Syrie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/4619204-6913207.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Syrie-Jean-Pierre-Chevenement-denonce-les-professionnels-de-l-ingerence_a1419.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Rousseau, penseur du fondamental: éclairages pour une république moderne</title>
   <pubDate>Mon, 30 Apr 2012 20:19:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au colloque du GIPRI (Institut international de recherche pour la Paix à Genève) à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, vendredi 27 avril 2012     <div>
      De Jean-Jacques Rousseau, le fameux « citoyen de Genève », je n’avais, à mon entrée en politique, dans les années 1960, que des souvenirs scolaires. Et encore …       <br />
              <br />
       Tout au plus me souviens-je d’avoir dû rédiger une dissertation qui laissait le choix aux élèves d’argumenter leur préférence pour Rousseau ou Voltaire. Oserai-je avouer devant vous, ici,  Genève, à l’occasion de ce colloque heureusement organisé par Gabriel Galice et Christophe Miqueu, à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau que j’ai choisi « Voltaire », comme tant d’autres petits misérables. J’en conçois une forte honte rétrospective, car j’ai appris depuis lors, à mieux connaître, et même à lire attentivement l’immortel auteur du <span style="font-style:italic">Contrat Social</span>, de <span style="font-style:italic">l’Emile</span>, de <span style="font-style:italic">la Nouvelle Héloïse</span>, des <span style="font-style:italic">Confessions</span>, des <span style="font-style:italic">Rêveries</span> et de tant de textes profonds et souvent sublimes dans leur formulation, qui reflètent non pas un système clos sur lui-même mais une pensée en mouvement, surplombant des abîmes.       <br />
              <br />
              <br />
       Et pourtant il a été, presque à mon insu, présent dans mon engagement politique, dès le début des années soixante, en Algérie où il était difficile de ne pas reconnaître l’existence d’un peuple algérien différent du nôtre, puis en France : imprégné dès mon adolescence des idées de Pierre Mendès France et désireux de réactiver, à travers une synthèse nouvelle appelée « union de la gauche », le modèle républicain français, j’ai été très tôt « rousseauiste » sans le savoir, tant la pensée de Rousseau a marqué la Révolution française et par suite la tradition politique républicaine à laquelle celle-ci a donné naissance et à laquelle j’appartiens.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Vouloir réunifier la gauche à travers un parti socialiste redressé, au Congrès d’Epinay (1971), puis à travers son programme « Changer la vie » dont François Mitterrand m’avait confié la rédaction et enfin, sur cette base, à travers un programme commun avec l’un des plus puissants partis communistes d’Europe Occidentale, signé à la fin du mois de juin 1972, c’était dans mon esprit, parier sur un Peuple remis debout, en lui confiant à nouveau les clés de son avenir. Il y avait dans ma démarche une dimension de refondation que Rousseau évoque tout en la jugeant très difficile : » Il se trouve des époques violentes où l’Etat renaît pour ainsi dire de ses cendres et reprend la vigueur de la jeunesse … mais ces évènements sont rares » (Contrat social, livre II, chapitre VIII).       <br />
              <br />
              <br />
       Quiconque inscrit son action dans le sillage de la Révolution française et de ses idéaux est, qu’il le veuille ou non, fils de Rousseau. Robespierre, Saint Just et même Bonaparte ont fait du Contrat social leur livre de chevet, chacun le lisant, bien sûr,  à sa façon. C’est en Rousseau que l’idée républicaine en France, beau titre d’un ouvrage de Claude Nicolet paru en 1982, trouve sa source profonde.       <br />
              <br />
       La Révolution a transféré Rousseau au Panthéon en 1794. Le décret fut pris à la fin du régime robespierriste du Comité de Salut public, quand la République naissante se vit acculée, pour survivre, à « forcer à être libres ceux qui refusaient d’obéir à la volonté générale » (Contrat social, livre I, chapitre VII). Ce n’était qu’une interprétation de Rousseau dans laquelle celui-ci ne se serait probablement pas reconnu car il était partisan de la démocratie directe et il a critiqué fortement le système de la représentation.        <br />
              <br />
       L’héritage de Rousseau - puissance du sentiment aussi bien qu’exigence de la raison - reste un héritage éclaté donnant lieu à des interprétations contradictoires. Les républicains, tenants de la souveraineté nationale et populaire et les marxistes se retrouvent dans l’absolutisme théorique de la volonté générale et reconnaissent leur dette à l’égard de Rousseau. A l’inverse les libéraux comme Benjamin Constant, ou les socialistes associationnistes comme Proudhon ou les « political scientists » anglo-saxons, ou encore les théoriciens français de la deuxième gauche comme Jacques Julliard, ne sont pas loin de voir en lui un ancêtre du « totalitarisme ». Kant a mieux compris le sens de la recherche de Rousseau qui est d’abord morale, comme il résulte de ces quelques lignes du Contrat social : « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. Le passage à l’état civil fait d’un animal borné et stupide, un être intelligent et un homme ».       <br />
              <br />
       On pourrait soutenir que le vrai héros de Rousseau a été le Peuple. A travers Thérèse Levasseur, il connaissait la misère du peuple à la fin de l’Ancien Régime. Il n’en avait pas moins érigé, par construction théorique, une collectivité égalitaire dotée d’une personnalité et d’une volonté propres, également appelée « Peuple ». Ce peuple de citoyens s’est dressé à peine dix ans après sa mort sur la scène de l’Histoire. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 est directement inspirée du Contrat social.       <br />
              <br />
       Ainsi, la Constitution de 1791 énonce déjà que « la souveraineté est une, indivisible, inaliénable et imprescriptible. Elle appartient à la Nation et aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice » (article 1er du Titre III).  On croirait lire le Contrat social ! La tradition ne se perdra pas.  La Constitution de 1958 proclame encore l’attachement du peuple français au principe de la souveraineté nationale, énonce que « La France est une République indivisible » … et rappelle que « la souveraineté nationale appartient au peuple » … et « qu’aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice ». Ces formulations font voir la persistance dans nos textes fondateurs d’une veine républicaine directement inspirée de Rousseau.       <br />
              <br />
              <br />
       Même s’il a profondément marqué la tradition française du républicanisme civique, il serait cependant erroné de lire Rousseau à la seule lumière de la Révolution française.        <br />
              <br />
       Rousseau est un penseur du fondamental. Le tragique de la condition humaine ne lui a pas échappé, puisqu’il a réservé explicitement le modèle de sa République à « un peuple de Dieux », ou alors à de très petites cités, où un petit nombre d’hommes simples, attroupés à la mode suisse, à l’ombre d’un grand chêne, seraient capables d’exprimer quelque chose qui ressemblerait à une « volonté générale ». Rousseau est fasciné par l’exigence de l’idée démocratique – je dirais plutôt, quant à moi, « républicaine » - et il en déduit que la démocratie est « si parfaite qu’elle ne convient pas à des hommes » (Contrat social). En fait, Rousseau distingue la souveraineté et le gouvernement : la souveraineté du peuple est bonne par nature, car il est inconcevable que le peuple puisse se vouloir du mal. Mais il ne s’ensuit pas, loin de là, que les gouvernements ne puissent errer.        <br />
              <br />
       Rousseau n’est pas un « political scientist » à l’anglo-saxonne ou un professeur de science politique à la française. C’est un immense philosophe qui se situe au niveau des principes, au niveau de la « Raison pure » selon Kant, son véritable héritier.        <br />
              <br />
       Rousseau se situe, selon moi, au plus haut niveau de l’exigence, à la fois morale et épistémologique. Il ne décrit pas les structures d’un régime démocratique. Il cherche à dégager le principe régulateur. L’idéalité démocratique a pour lui une valeur normative et non pas pratique.        <br />
              <br />
       De même, qu’il décrit les errements des gouvernements soi-disant démocratiques et exposés à dégénérer en « ochlocratie » (pouvoir de la populace), de même Rousseau montre quels mirages peuvent receler les projets de « paix perpétuelle » tels que les a formulés en son temps l’Abbé de Saint-Pierre.       <br />
              <br />
              <br />
       Ainsi, pour ma part, je tire de Rousseau deux leçons :       <br />
              <br />
       •  La première est qu’aucune démocratie, aucune République ne peut résister à la dégénérescence en dehors d’<span style="font-style:italic">un appel constant de la conscience civique au principe qui fonde le contrat social</span>. Rouseau met très haut la barre de l’exigence. Si haut que la plupart des démocrates ou des républicains la perdent de vue dans l’ordinaire des jours des gouvernements.  Mais cette exigence sommeille dans le cœur des citoyens. Elle est ce qui fonde l’espoir d’un réveil civique. C’est à cette exigence que s’adressent Robespierre sous la Première République naissante, Gambetta et Ferry à l’orée de la Troisième, puis successivement Clemenceau, De Gaulle et Pierre Mendès-France, les plus éminents dans la longue lignée des républicains français.        <br />
              <br />
       Sans cette exigence, la politique serait une activité complètement vide et ennuyeuse. Le républicanisme français, nourri de Rousseau à travers la Révolution, tire de son origine historique le projet de former des citoyens par une éducation publique et laïque permanente, de telle sorte qu’on n’ait pas à « les forcer d’être libres », pour reprendre la terminologie du Contrat social. La formation du citoyen est ainsi le moyen d’éviter le renouvellement de la Terreur. L’éducation civique, l’éducation du sens critique du citoyen, sont au cœur des missions de l’Ecole républicaine. Ce n’est pas par hasard qu’on a parlé, sous la IIIe République, de « République enseignante ». Elle l’était doublement : par l’Ecole et par l’exemple. Claude Nicolet opposait à la fadeur du libéralisme anglo-saxon « les éclairs sur l’avenir » et les élans que le républicanisme français tirait de son ancrage historique dans la Révolution.        <br />
              <br />
       •  La seconde leçon que je tire de Rousseau est à l’inverse, si je puis dire, <span style="font-style:italic">une leçon de modestie</span>. Rousseau aperçoit bien les limites des idées qu’il professe dans le Contrat Social ou qu’il révère en apparence dans les « projets de paix perpétuelle » de l’Abbé de Saint-Pierre, souhaitables en théorie, mais dont on peut se demander si « les moyens violents nécessaires à leur réalisation ne devraient pas les faire plutôt craindre que désirer » (jugement de Rousseau sur les écrits de l’Abbé de Saint-Pierre). Ainsi, la crise actuelle de l’euro nous interpelle-t-elle sur l’idée européenne telle qu’elle a été conçue en dehors, voire contre les nations et sur les moyens qu’on a employés pour la faire progresser.        <br />
              <br />
       L’Abbé de Saint-Pierre avait reconnu l’existence d’une identité européenne : « Les Puissances de l’Europe, écrivait-il, forment entre elles une sorte de système qui les unit par une même religion, par un même droit des gens, par les mœurs, par les lettres, par le commerce et par une sorte d’équilibre qui est l’effet nécessaire de tout cela ». Il ajoutait : « Excepté le Turc, il existe entre tous les peuples de l’Europe une liaison sociale imparfaite mais plus étroite que les nœuds généraux et lâches de l’Humanité ». Et l’Abbé de Saint-Pierre en déduisait un principe : « Pour former une Confédération solide et durable, il faut en mettre tous les membres dans une dépendance tellement mutuelle qu’aucun ne soit seul en état de résister à tous les autres ». On ne voit pas, soit dit en passant, comment ce beau principe s’applique dans la zone euro où l’Allemagne, presque seule, impose une politique d’austérité prolongée et simultanée à tous les autres, jusqu’ici du moins.        <br />
              <br />
       Une ligue fédérative européenne, écrit Rousseau, « ferait peut-être plus de mal tout d’un coup, qu’elle n’en préviendrait pour des siècles ». Rousseau, en politique étrangère, comme d’ailleurs en politique intérieure, pourrait passer pour se rattacher aussi, paradoxalement, à l’école de pensée réaliste. En témoignent ainsi certains jugements sur les Bernard-Henri Lévy et les Kouchner de son temps :        <br />
              <br />
       « Le cosmopolitisme ? … une vertu en papier ». « Ces prétendus cosmopolites se vantent d’aimer tout le monde pour avoir droit de n’aimer personne (Manuscrit de Genève). Et s’adressant à Voltaire : « Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins ». « Le beau mot d’humanité est rebattu aujourd’hui jusqu’à la fadeur, jusqu’au ridicule par les gens du monde les moins humains ».        <br />
              <br />
       Ainsi Rousseau peut-il être à la fois le penseur de la Raison pure qui n’existe que dont la théorie et le penseur du réel. L’idéal régulateur, comme toute idée de la raison, est par définition irréalisable mais il est un principe de référence. L’humanité n’est pas un concept politique. La loi en effet ne peut s’appliquer que dans un espace politiquement structuré.        <br />
              <br />
       La raison peut donner une idée du juste ou de l’injuste. Mais elle ne constitue pas un fondement suffisant pour la vertu « Pour faire le bien, il ne suffit pas de le voir. Il faut encore qu’un sentiment nous porte à l’accomplir » (L’Emile).       <br />
              <br />
       Venons-en, une fois prises les précautions épistémologiques nécessaires à une bonne compréhension de la pensée de Rousseau, si vaste et apparemment si contrastée et à l’actualité – ou à l’inactualité – de celle-ci confrontée aux grands mouvements de notre époque :       <br />
              <br />
       • la mondialisation et le sens de la République dans la mondialisation ;       <br />
       • l’Europe et les difficultés de la construction européenne ;       <br />
       • l’universalisme enfin, à travers ses plus récentes moutures, ce qu’on a appelé « le droit de l’hommisme » et le « droit », voire le « devoir d’ingérence ».        <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – La mondialisation et la République</b>       <br />
              <br />
       On connaît les théories de Rousseau sur le luxe et sur le commerce, « le luxe, signe de corruption dans les mœurs et de faiblesse dans le gouvernement … objet de mépris chez les Grecs et les Romains ». « Il était naturel, poursuit-il, que le commerce se sentit du mépris qu’on avait pour le luxe. Quand ces peuples commencèrent à dégénérer ... les particuliers s’enrichirent, le commerce et les arts fleurirent et l’Etat ne tarda pas à dépérir » (Fragments politiques, p. 517). D’un point de vue républicain, la prééminence de l’« homo eoconomicus » sur le citoyen est inenvisageable.       <br />
              <br />
       Or, comment interpréter le grand choc qui eut lieu, il y a plus de trente ans maintenant, entre le néolibéralisme anglo-saxon de Mme Thatcher et de M. Reagan, nourri des doctrines de Hayek et de Milton Friedman, et la volonté affirmée par le « Projet socialiste » de 1980, dont se réclamait François Mitterrand, de changer la société sur la base des idéaux républicains ?       <br />
              <br />
       Comment s’opéra la victoire du néolibéralisme avec l’ouverture en France de ce qu’on a appelé, en mars 1983, « la parenthèse libérale » ? Entre les deux politiques qui lui étaient proposées, une politique industrialiste entée sur une forte dévaluation d’une part et l’accrochage du franc au mark débouchant sur une politique de désinflation compétitive, François Mitterrand, après moult hésitations, choisit la seconde au nom de l’Europe et la dérégulation qui s’ensuivit en vertu de l’Acte unique signé deux ans plus tard en fonction de la même priorité affichée. C’est ainsi qu’a travers ce choix géopolitique à longue portée le socialisme français se rendit sans combattre, histoire que j’ai retracée dans « La France est-elle finie ? » (Fayard, 2011). Et c’est toujours au nom de « l’Europe » que la dérégulation de tous les marchés triompha encore avec «<span style="font-style:italic"> l’Acte Unique</span> » négocié en 1985 à Luxembourg et entré en vigueur en 1987. C’est en vertu de ce traité qu’a été imposée la libération totale des mouvements de capitaux, y compris vis-à-vis des pays tiers, à compter du 1er janvier 1990 et que la Commission européenne fut chargée de faire respecter, en tous domaines, le primat de la concurrence sur les politiques industrielles et  sur la conception française du service public.       <br />
              <br />
       Jean-Jacques Rousseau n’aurait pas cru spontanément à la théorie de l’efficience des marchés professée par l’Ecole de Chicago, si l’on en juge par ces sentences tirées de l’<span style="font-style:italic">Emile</span> : « Il faut étudier la société par les hommes et les hommes par la société : ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux ». Ou encore « Il n’y a des pauvres que parce qu’il y a des riches ». La République, selon Rousseau, met l’égalité en son cœur.       <br />
              <br />
       La gauche française, en opérant au nom de l’Europe sa conversion libérale, a raté une conversion républicaine qui eût impliqué pour l’Europe continentale le maintien d’une certaine dose de réglementation, et pour la France le maintien du principe fondateur de la souveraineté nationale. C’est parce que, placé où j’étais, Ministre d’Etat, chargé de la Recherche et de l’Industrie, je pouvais anticiper pleinement l’ampleur du tournant opéré en mars 1983 que je démissionnai alors du gouvernement. Je n’ai pas conçu ma démission comme seulement le moyen d’« ouvrir ma gueule », selon une phrase devenue célèbre, mais plus profondément comme un appel au peuple des citoyens. En ce sens, cette première démission me faisait « rousseauiste » à mon insu.        <br />
              <br />
       Rousseau ne croit guère aux effets bénéfiques du « doux commerce » : « Nos besoins nous rapprochent à mesure que nos passions nous divisent, et plus nous devenons ennemis de nos semblables, moins nous pouvons nous passer d’eux ». Il pencherait plutôt pour une certaine forme de protectionnisme plus ou moins autarcique : « J’avoue, écrit-il, que l’argent rend les échanges plus commodes. Mais faites mieux : rendez les échanges peu nécessaires. Faites que chacun se suffise à lui-même autant qu’il le pourra ». Ces vues aujourd’hui paraissent datées mais elles traduisent un état d’esprit propre à éclairer le débat actuel entre « libre-échangisme » et protectionnisme appelé par euphémisme « théorie du juste échange ».        <br />
              <br />
       Que dirait Rousseau aujourd’hui des effets sociaux de la dérégulation ? Un capitalisme financier prédateur et spéculatif a façonné un monde déséquilibré et inégal qui court après des règles dont l’abolition a produit la crise dans laquelle il se débat. Rousseau gémissait sur « l’infortune des peuples écrasés par une poignée d’oppresseurs ». Ce n’est pas s’avancer beaucoup de dire que son aspiration à l’égalité « sans laquelle la liberté ne peut subsister »(Contrat social) et à l’existence morale à laquelle la citoyenneté fait accéder l’homme, serait profondément heurtée par le spectacle des inégalités croissantes, de la démission civique et du primat de l’économique sur le politique, qui caractérisent les sociétés régies par le principe dit de « l’acquisition de la valeur par l’actionnaire ».        <br />
              <br />
       Pour réhabiliter le politique, il faudrait restaurer le citoyen. Mais celui-ci se désespère de voir partout bafoués les principes de la souveraineté sans laquelle il ne peut rien et n’est même pas citoyen. Nous voilà « au rouet » comme disait Montaigne …       <br />
              <br />
       Cette défaite de la République a été aussi et d’abord une défaite de la France. Dans l’Europe de 1983, les marges de manœuvre, pour elle, étaient infiniment plus grandes qu’elles ne le sont devenues aujourd’hui, dans un monde entièrement dominé par le capitalisme et les marchés financiers, ouvert aux concurrences les plus inégales, et dans une Europe germanocentrée, où elle peine à remplir son rôle de médiateur naturel entre les pays du Nord de notre continent et ceux du Sud.        <br />
              <br />
              <br />
       La messe est-elle dite ? L’Histoire est-elle finie ? N’y a-t-il pas dans le principe de la souveraineté nationale le ressort d’un éventuel rebond ? La crise du néolibéralisme ne peut-elle faire renaître l’exigence républicaine ? L’Humanité a besoin de repères. Ceux que fournit la République sont pour les hommes d’aujourd’hui des repères plus sûrs que la confiance intéressée ou naïve dans la « main invisible » de marchés devenus fous. C’est ce qu’il faudra démontrer.        <br />
              <br />
       Retour à Rousseau, à travers « l’Europe », en train de se faire et de se défaire.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Retour à Rousseau à travers les soubresauts de « l’Europe »</b>       <br />
              <br />
       Par une vue prémonitoire qui n’appartient qu’à des esprits assez vastes pour concevoir ensemble les contraires, Jean-Jacques Rousseau a perçu dans le jugement qu’il prononce sur le projet de la ligue européenne fédérative, repris  de Sully par l’Abbé de Saint-Pierre, en vue d’assurer à l’Europe une paix perpétuelle, à la fois le caractère fascinant du projet et son caractère hautement problématique.  C’est à Jean Monnet qu’il revient d’avoir conçu des institutions européennes tenant en lisière les souverainetés nationales dans lesquelles il voyait non la source de la démocratie mais l’origine des nationalismes et donc des guerres. C’est à une « Haute Autorité » que par la suite on appela « Commission européenne » que ce véritable « Législateur », au sens rousseauiste du terme, voulut confier la définition de l’intérêt général et le monopole de la proposition. C’est ainsi que s’est édifié un monstre technocratique : l’essentiel des décisions y procède d’autorités non élues (Commission, Banque Centrale, Cour de Justice). Les gouvernements démocratiquement élus ont été relégués à la périphérie, à l’exception sans doute du gouvernement allemand dont la capacité d’influencer les institutions européennes provient à la fois des textes qu’il a inspirés, en particulier sur la monnaie unique, et de la position économiquement dominante acquise par l’Allemagne, grâce à son industrie et à ses excédents.        <br />
              <br />
       En République, ce sont les citoyens qui définissent l’intérêt général à travers le débat démocratique sanctionné par le vote. Dans l’organisation européenne dont Jean Monnet a été l’inspirateur, ce sont les Commissaires et les Gouverneurs de la Banque Centrale qui détiennent l’essentiel du pouvoir. Le Conseil européen définit formellement des orientations qui reflètent pour l’essentiel la philosophie libérale des institutions européennes et les positions allemandes que les autres pays, à commencer par la France, ne se sont pas sentis jusqu’à présent en mesure de contester et ont par conséquent ratifiés, à travers le projet de traité européen signé le 2 mars 2002.        <br />
              <br />
              <br />
       La crise de la monnaie unique était inscrite dans son génôme. Dix-sept pays très différents par leurs structures   économiques, leurs langues, leurs options politiques, ont délégué leur souveraineté monétaire à une Banque Centrale européenne indépendante copiée sur le modèle de la Bundesbank allemande, avec une mission unique : lutter contre l’inflation. On imagine difficilement schéma plus « économiciste » et plus réducteur du point de vue d’une démocratie républicaine où les citoyens interréagissent les uns sur les autres, à la recherche d’un projet qui les dépasse et les élève tous, au service d’un intérêt général qu’il leur incombe de définir.        <br />
              <br />
       Dans la zone euro coexistent des économies hétérogènes qui sont loin de former ensemble la « zone monétaire optimale » rêvée par Robert Mundell. Celle-ci requiert la fluidité des mouvements de main d’œuvre et de puissants mécanismes de transferts interrégionaux. Rien de tout cela n’existe et ne peut exister, à vue d’homme, dans la zone euro, où les inégalités de compétitivité et de développement ont, en douze ans, creusé des écarts que ne peuvent plus compenser, par définition, les anciens mécanismes de dévaluation. Ces écarts s’observent dans les balances commerciales, les taux de croissance, les taux de chômage et bien sûr, le taux d’intérêt des emprunts publics.        <br />
              <br />
       Un économiste allemand très connu, Hans-Werner Sinn, considère qu’il existe des déséquilibres structurels fondamentaux indépassables. Il voit la zone euro comme un tonneau des Danaïdes : « Les plans de sauvetage nous permettront peut-être de respirer pendant cinq ans, mais après ce délai, les coffres des pays bailleurs de fonds seront vides et les nations les plus faibles connaîtront les mêmes problèmes qu’aujourd’hui ».        <br />
              <br />
       Suffirait-il de modifier les règles de la zone euro, notamment en revoyant le rôle de la Banque Centrale, comme les deux principaux candidats en lice pour l’élection présidentielle en France l’ont suggéré ? Où faudra-t-il revoir la nature de l’euro pour restaurer des marges de fluctuation au sein d’un système de monnaie commune ? C’est un autre débat.        <br />
              <br />
       Une vision rousseauiste du monde fait apparaître le danger qu’il y a pour les nations à déléguer leur souveraineté sur des questions aussi essentielles que la monnaie. C’était l’enjeu du traité de Maastricht. On voit que, de fil en aiguille, c’est la souveraineté budgétaire qui est aujourd’hui en question, à travers le traité européen signé le 2 mars 2012. Et c’est la souveraineté économique, sociale et en définitive politique, qui est désormais menacée dans les pays soumis à l’assaut de la spéculation. On évoque aujourd’hui le défaut de grands Etats au cœur de la zone euro, alors que la faillite d’un Etat paraissait encore, il y a quelques années, chose inimaginable. On n’a pas vu cependant qu’on puisse aussi facilement dissoudre les peuples et plus encore les nations. Rousseau évoque bien la réduction d’un peuple en servitude. Ce serait un paradoxal résultat de l’Union européenne que d’aboutir à restaurer l’idée d’une hiérarchie des peuples sur le sol européen.        <br />
              <br />
       Rousseau nous rappelle que « si la force a fait les premiers esclaves seule la lâcheté les a perpétués ». Mais les peuples, d’où viennent-ils ? Qui les a institués ? Qu’est-ce qui fait qu’un peuple est un peuple ? Rousseau nous incite à revenir à l’acte initial qui fonde le contrat social.       <br />
              <br />
       Un contrat social est-il donc imaginable, comme le pensent les tenants du fédéralisme, à l’échelle de l’Europe ? Pour répondre à cette question, il faudrait répondre à beaucoup d’autres : pour quel projet ? Dans quelles limites géographiques ? A travers quelles institutions ? Toutes questions qui débouchent aujourd’hui sur le vide, faute justement qu’il y ait « un peuple européen ». Or, dans les faits, il en existe une bonne trentaine. La Cour Constitutionnelle de Karlsruhe a déduit de l’inexistence d’un « peuple européen » que le Parlement européen n’est pas un Parlement et qu’aucune décision nouvelle par rapport aux traités existants ne peut être prise sans l’aval du Bundestag. Pour qu’un peuple européen existe, il faudrait l’instituer. Moult assemblées, conventions, etc. se sont réunies, qui n’y sont jusqu’ici jamais parvenues.        <br />
              <br />
       Rousseau nous rappelle que « celui qui veut instituer un peuple, doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine » (Contrat social). D’aucuns me rétorqueront : « Mais qui donc a institué la nation française ? » A cette question, Claude Nicolet a fort bien répondu : « Quarante rois ont fait la France, puis la coquille se casse : l’oiseau montre la tête, c’est la République, qui n’est quand même pas française par hasard (dans Claude Nicolet, <span style="font-style:italic">Histoire, nation, République</span>, Editions Jacob, mai 2000).        <br />
              <br />
       L’Allemagne aujourd’hui, par la voie de la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe mais aussi par celle de son gouvernement, affirme avec de plus en plus de force la responsabilité des Etats. A-t-elle tort ? Je ne le crois pas, car les tenants d’une solidarité européenne indéfiniment extensible oublient que celle-ci ne représente aujourd’hui que le quarantième des solidarités nationales : le budget européen pèse 1 % du PIB européen. Or, le montant des prélèvements obligatoires en Europe atteint en moyenne 40 %. On ne peut pas multiplier rapidement le budget européen par 20, 10, 5, voire 2 !        <br />
              <br />
       On ne peut rien construire aujourd’hui en Europe sans s’appuyer sur la souveraineté des nations qui va avec la responsabilité des Etats, même si on tempère ce principe de mille politiques visant à promouvoir un « intérêt général européen » qu’on ne peut d’ailleurs définir en dehors de la volonté des peuples. D’où il résulte que si une « Europe européenne » est éminemment désirable face à la bipolarité sino-américaine du XXIe siècle, cette Europe ne peut être qu’à « géométrie variable ». Il n’y a pas d’Europe démocratique qui vaille sans l’aval des peuples qui la constituent.        <br />
              <br />
       Retour à Rousseau dont je veux d’autant moins en faire un « souverainiste »  que je ne me définis pas moi-même comme tel, mais simplement comme républicain. Car la démocratie est l’autre face de la souveraineté. Rousseau a entrevu l’existence d’une autre perspective qui se pare aujourd’hui des atours du fédéralisme mais signifie autre chose : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maitre, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ».       <br />
              <br />
       C’est l’enjeu de la révision du traité européen du 2 mars, traité dont l’application plongerait l’Europe tout entière dans une récession prolongée et mettrait chaque Etat en position subordonnée par rapport à la Commission et à la Cour de Justice de l’Union. Je doute qu’il soit jamais ratifié. Pour rester fidèle à Rousseau, il faut penser l’Europe à partir des nations, avec les peuples existants et non pas contre eux. C’est pourquoi je suggère qu’on réfléchisse à la transformation de l’euro de monnaie unique en monnaie commune. Cette monnaie serait elle-même un « panier » de monnaies nationales reconstituées. Avec cependant deux tempéraments : les monnaies nationales verraient d’abord leurs parités négociées périodiquement à l’intérieur d’un système monétaire européen bis, pour tenir compte de l’évolution des compétitivités économiques respectives.  Par ailleurs, ces monnaies nationales (euro franc, euro mark, euro lire, etc.) ne seraient convertibles qu’en euros. L’euro, monnaie commune, dont la valeur serait fixée par les marchés monétaires, serait réservée aux transactions internationales.        <br />
              <br />
       Les ajustements monétaires rendus possibles par une simple monnaie commune sont infiniment moins douloureux que les déflations internes auxquelles les institutions européennes, pour maintenir la monnaie unique, entendent soumettre les pays les plus faibles. Ce retour à la responsabilité des Etats ne serait après tout qu’une application du fameux principe de subsidiarité tiré de Saint-Thomas d’Aquin, dont les institutions européennes ont fait leur credo théorique, sans l’appliquer jamais. La souveraineté ne peut jamais s’aliéner, selon Rousseau, mais il admettrait, je le crois, des délégations de compétences, pourvu qu’elles restent démocratiquement contrôlées.       <br />
              <br />
       Jacques Delors définissait l’Europe comme un objet politique non identifié, un OPNI. Rousseau peut nous aider à penser de manière théorique et pragmatique à la fois, le resserrement souhaitable des solidarités entre les peuples européens et l’articulation des souverainetés nationales en vue d’un « bien commun européen » (la paix, le plein emploi, le maintien d’un tissu productif si possible autosuffisant).       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Rousseau, le patriotisme, l’universalisme, la guerre et la paix</b>       <br />
              <br />
       On décrit souvent Rousseau comme un grand sentimental que la Nature seule consolerait de la méchanceté des hommes. On le voit herborisant. Mais Rousseau est tout sauf un enfant de chœur.       <br />
              <br />
       Il sait que le patriotisme est nécessaire à la République. Il écrit aussi que le patriotisme est naturellement « dur aux étrangers ». Ce n’est point pour autant qu’il renie l’humanité.       <br />
              <br />
       Rousseau ne préfigure pas les grands totalitarismes ni même Le Pen. Certes, sa pensée prend le contrepied de celle de Montesquieu, quand celui-ci écrit : « Si je savais quelque chose qui me fut utile et qui serait préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille, mais qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime ».        <br />
              <br />
       Roussseau s’inscrit, au contraire, dans la tradition du patriotisme antique, tel que l’ont formulé Platon et Ciceron. C’est une catégorie du proche et du familier qui permet d’intérioriser la notion du bien commun. Le patriotisme, au niveau de l’affect, consolide la citoyenneté. A l’inverse, la corruption moderne revient à vouloir jouir des bienfaits de l’association politique, sans accepter d’en remplir les devoirs.       <br />
              <br />
       Rousseau constate encore que « le sentiment d’humanité s’éloigne et s’affaiblit, en s’étendant sur toute la terre ». Pour autant, Rousseau s’inscrit dans la théorie du droit naturel : la loi civile ne doit rien commander qui soit contraire à la loi naturelle. Les valeurs républicaines sont des valeurs universelles. Pour autant, le patriotisme et l’humanité sont des valeurs « incompatibles dans leur énergie » … « Le législateur, écrit-il, qui les voudra toutes deux, n’obtiendra ni l’une, ni l’autre » (Lettres écrites de la Montagne). Rouseau reconnaît que « l’amour de l’Humanité donne beaucoup de vertus, comme la douceur, l’équité, la modération mais il n’inspire point le courage ou la fermeté, et ne leur donne point cette énergie qu’elles reçoivent de l’amour de la patrie qui les élève jusqu’a l’héroïsme ». Tout cela est très fort et très bien vu.       <br />
              <br />
       En fait, Rousseau est aussi un réaliste … Il sait ce qui est nécessaire à la conservation d’un Etat républicain : il n’y a pas de civisme sans patriotisme. Il a la sagesse de ne pas vouloir étendre à la terre entière les lois forcément bornées dans leur objet à la cité qu’on appelle aujourd’hui République.       <br />
              <br />
       Montesquieu méconnaît que la catégorie du politique est restreinte à un territoire particulier. Admirons au contraire les formulation de Robespierre refusant, en 1792, de déclarer la guerre aux puissances d’Ancien Régime, comme le voulaient les Girondins, et s’élevant contre les thèses interventionnistes d’Anacharsis Cloots : « Je n’aime pas les missionnaires bottés … Paris n’est pas la capitale du monde … ».       <br />
              <br />
       Si telle République interventionniste prétendait fonder un ordre européen ou mondial, on en a vu le résultat : hier, avec les guerres de la Révolution et de l’Empire, voire avec les guerres de colonisation, faites au nom de la « Civilisation » ; aujourd’hui les guerres préventives comme la guerre d’invasion de l’Irak en 2003, mais aussi en 1990-1991, avec la première guerre du Golfe.        <br />
              <br />
       Celle-ci, formellement a été approuvée par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 30 novembre 1990, moyennant un amendement au projet de résolution américain déposé par M. Chevarnadze, ministre des Affaires étrangères de l’URSS. Ce dernier obtint qu’à l’expression « autorise l’usage de la force » fut substituée une formulation plus douce : « autorise l’emploi des moyens nécessaires ». Cet amendement en disait long sur l’affaissement de l’URSS et de la bipolarité qui pendant quarante-cinq avait fondé l’équilibre du monde.        <br />
              <br />
       J’ai adressé ma lettre de démission le 7 décembre à François Mitterrand au lendemain du vote de cette résolution par le CSNU.  Je l’ai fait dans une complète solitude, par sentiment d’humanité certes, mais surtout, pour reprendre la terminologie de Rousseau, par patriotisme.       <br />
              <br />
       Par sentiment d’humanité d’abord : cette guerre aurait pu être évitée, mais elle avait été décidée dès le départ, le 2 août 1990, par M. Reagan et Mme Thatcher alors réunis dans le Colorado, au moment où Saddam Hussein envahissait le Koweit, croyant sans doute avoir obtenu de l’Ambassadrice américaine à Bagdad une sorte de « feu vert ». Roland Dumas raconte, dans une brochure publiée par l’Institut François Mitterrand en 2011, que François Mitterrand lui demanda, dès le 3 août 1990 au matin, si la France devait se joindre à cette guerre que M. Bush père lui avait annoncée la nuit même au téléphone. Toute la suite n’a été qu’un rideau de fumée, puisqu’une issue diplomatique avait été par avance exclue. J’ai vécu cela de l’intérieur, mais cela pouvait s’observer à travers l’orchestration des médias à l’échelle mondiale.       <br />
              <br />
       La proposition faite par le canal d’Evgueni Primakov par Saddam Hussein, fin octobre 1990, d’une évacuation du Koweit par les troupes irakiennes, moyennant leur remplacement par des troupes arabes (égyptiennes, séoudiennes, etc.) dite « solution arabe », n’a même pas été examinée par MM. Gorbatchev et François Mitterrand alors réunis à Fontainebleau ... de peur d’indisposer les Américains. Ceux-ci étaient résolus à positionner des forces terrestres au Moyen-Orient, région stratégique pour le contrôle du pétrole et du monde, afin de se passer désormais d’un gendarme régional (pacte de Bagdad en 1955, Chah d’Iran, après la chute de la monarchie irakienne en 1958, Saddam Hussein enfin, après l’arrivée au pouvoir de Khomeiny en Iran et l’affaire des otages américains en 1979-80). L’erreur des Etats-Unis a été de choisir pour ce pré-positionnement de leurs forces, le Royaume d’Arabie Séoudite, gardien des lieux saints de l’Islam.       <br />
              <br />
       Cette guerre fut enfin disproportionnée. Il s’agissait, en théorie, de « libérer le Koweit ». Mme Thatcher assena, à l’automne 1990, qu’il s’agissait de « briser les reins de l’Irak ». J’eus beau objecter à mon collègue américain, Dick Cheney, qui avait poussé la politesse jusqu’à me consulter, qu’en « brisant les reins » du principal régime laïc dans la région, les Etats-Unis et leurs alliés ouvriraient la voie au fondamentalisme islamique (je ne prévoyais pas encore Al Quaïda) et feraient de l’Iran la puissance dominante au Moyen-Orient. Rien n’y fit. Ce parti pris de modération appuyé sur l’idée d’un usage proportionné de la force parut sans doute à Dick Cheney un signe de faiblesse.       <br />
              <br />
              <br />
       J’en viens maintenant à l’essentiel de ma motivation qui était le patriotisme : en cautionnant la destruction de l’Irak, la France trahissait l’orientation que le général de Gaulle, depuis 1962, avait donnée à sa diplomatie vis-à-vis du monde arabe : reconnaissance du droit à l’autodétermination des peuples, à commencer par le peuple algérien auquel les accords d’Evian ouvrirent la voie de l’indépendance, refus, en 1967 ; d’entériner la colonisation par Israël des territoires palestiniens ; politique de coopération avec tous les pays de la région.       <br />
              <br />
       Dès la guerre du Golfe terminée, Roland Dumas, dans une interview retentissante donnée au « Monde », déclara qu’il n’y avait jamais eu de « politique arabe de la France. J’ai considéré au contraire, pour ma part, que le monde arabe, certes composé de nations distinctes, fonctionnait comme caisse de résonnance et comprendrait mal que la France, en emboîtant le pas aux Etats-Unis, cessât de faire entendre une voix indépendante. Or, celle-ci était et reste nécessaire pour qu’enfin fût reconnu le droit du peuple palestinien à un Etat, aux côtés d’Israël dont la sécurité serait ainsi mieux garantie que par la prolongation indéfinie d’un conflit qui peut conduire, un jour, à une nouvelle guerre mondiale.       <br />
              <br />
       Ainsi, je puis dire que mon principal moteur a été le patriotisme au sens rousseauiste du terme, évidemment opposé au nationalisme avec lequel certains veulent le confondre. Ma motivation n’était évidemment pas pacifiste, même si, ministre de la Défense, la paix était aussi mon souci. J’observe que Rousseau lui-même n’était pas pacifiste et cherchait à définir les conditions d’une guerre « légitime ».       <br />
              <br />
       Rousseau, en définissant ce qu’il appelle un « état de guerre », intermédiaire entre la guerre et la paix, nous fait voir la compétition permanente des Etats dont les relations changent par gradation. L’intérêt de la République française n ‘était pas, selon moi, de s’aligner sur les Etats-Unis dont la politique au Moyen-Orient obéit à des intérêts qui ne sont pas forcément les nôtres.        <br />
              <br />
       J’aimerais vous avoir convaincus, s’il en était besoin, que la géopolitique aussi a quelque chose à apprendre de Rousseau. Si la paix est préférable à la guerre, « l’état de guerre », c’est-à-dire la rivalité incessante des Puissances doit se gérer avec doigté. L’emploi de la force doit être proportionné à son objet qui est toujours politique. L’organisation qui n’est pas dite par hasard des Nations Unies (ONU) a fixé des règles pour cela. Ainsi, le « devoir », ou le « droit d’ingérence » est aujourd’hui rejeté par l’ONU, même si le CSNU admet dans certains cas « la responsabilité de protéger » une population exposée à une répression criminelle et potentiellement génocidaire de la part de son gouvernement. L’application qui a été faite de ce concept en Lybie l’a fortement dévalorisé, comme on le constate aujourd’hui en Syrie.       <br />
              <br />
       L’interprétation faite en Lybie, jusqu’au « changement de régime » (« régime change ») justifie aujourd’hui aux yeux de la Russie et de la Chine qu’on ne puisse utiliser « le droit de protéger » en Syrie.       <br />
              <br />
       Rousseau ne prohibait pas la guerre. Ce qui l’intéressait c’était à l’intérieur du droit de la guerre, la manière dont on peut la circonscrire et la réglementer, s’agissant notamment du traitement des prisonniers et de la protection des civils.        <br />
              <br />
       Nous pouvons, en nous inspirant de Rouseau, concevoir une diplomatie républicaine, à la fois respectueuse des souverainetés nationales et soucieuse d’instaurer une règle collective, visant à redonner tout son sens au concept de souveraineté. Celle-ci ne peut s’accomplir qu’au service du bien commun.       <br />
              <br />
       Rousseau nous enseigne ainsi la distance entre le réel et l’universel mais aussi la manière de nous en accommoder. Ce génial théoricien de la souveraineté rappelle aussi aux hommes qui savent le lire qu’ils ne sont pas des dieux.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Rousseau-penseur-du-fondamental-eclairages-pour-une-republique-moderne_a1392.html</link>
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   <title>"Contester Angela Merkel, ce n’est pas de la germanophobie"</title>
   <pubDate>Mon, 19 Dec 2011 18:18:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement au magazine Causeur paru dans le numéro de décembre 2011     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3564211-5141721.jpg?v=1324314834" alt=""Contester Angela Merkel, ce n’est pas de la germanophobie"" title=""Contester Angela Merkel, ce n’est pas de la germanophobie"" />
     </div>
     <div>
      <b>Élisabeth Lévy:  Trois d’entre nous ont fait campagne avec vous en 2002, et nous revoilà dix ans après ! Votre candidature à la présidentielle de 2012 nous offre l’occasion de juger ce qu’il reste de nos accords et de nos désaccords.        <br />
       Commençons par une mauvaise blague : j’ai récemment vu la marionnette de Jospin aux Guignols se plaindre de votre nouvelle candidature ... Vous voulez encore faire perdre la gauche, mon cher Jean-Pierre ? </b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement:</b> Cette question est réglée depuis longtemps. Il me suffit de rappeler mes thèmes de campagne de 2002 : je pense avoir été l’un des rares hommes politiques à dénoncer l’hubris du capitalisme financier, la logique à court terme des marchés et le risque inquiétant de leur omnipotence.        <br />
              <br />
       Souvenez-vous de l’université d’été du MEDEF (septembre 2001) où j’ai critiqué la théorie de l’acquisition de la valeur par l’actionnaire, ou du discours de Vincennes (9 septembre 2001) où j’ai présenté mes orientations fondamentales, rappelant notamment que l’horizon de l’Histoire, ce n’étaient pas les marchés financiers mais les nations et les peuples. Je prônais déjà l’élargissement des missions de la Banque centrale, le redressement de l’Europe à partir des nations, la restauration d’une politique industrielle impulsée par un Etat stratège, sans compter quelques repères fermes dans des domaines comme l’école, l’immigration et la sécurité. Ma ligne actuelle reste fidèle à ces grands axes. Je n’ai que le tort d’avoir eu raison trop tôt. La crise ouverte en 2008 et plus encore la crise de l’euro auraient dû, en bonne logique, amener les socialistes qui m’ont transformé en bouc émissaire du 21 avril, à réviser leur jugement.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>EL: Mais c’est votre positionnement « Ni droite ni gauche » qui vous a permis de créer le « rassemblement républicain » autour de ces thèmes ! </b>       <br />
       Je n’ai jamais employé cette expression « ni droite ni gauche ». J’ai dit – ce qui est tout à fait différent : « au-dessus de la droite, au-dessus de la gauche, telles qu’elles sont devenues, il y a la République   ! » Ce n’est pas parce que j’ai levé le voile sur la collusion entre la droite et le PS sur la dérégulation libérale et sur la monnaie unique et leur égale inconsistance sur la plupart des sujets que j’ai perdu de vue la bipolarisation de notre vie politique. J’ai par ailleurs affirmé l’enracinement de la droite et de la gauche  dans notre Histoire depuis 1789, ce qui ne m’a pas empêché de fustiger leurs dérives respectives.       <br />
              <br />
       L’Acte Unique, ratifié en 1986 par un gouvernement de droite avec l’appui du PS, puis le traité de Maastricht, voté en 1992 à l’initiative du PS avec le soutien de Chirac, Balladur, Giscard et Sarkozy, ont bien révélé l’allégeance commune des deux partis majoritaires au néolibéralisme alors triomphant. Allégeance plus ou moins grimée aux couleurs de l’Europe. Ainsi dans la même période, la gauche se détournait du peuple et la droite abandonnait la nation.        <br />
              <br />
       <b>EL: Enfin, rappelez-vous, c’était « bonnet rose » et « rose bonnet » !</b>       <br />
       Non, vous apportez de l’eau au moulin de mes adversaires. J’en ai appelé beaucoup plus profondément à la République, qui se trouve bien au-dessus de la gauche et de la droite telles qu’elles sont devenues, et qui est le seul cap susceptible de redonner du sens et une vision à l’action politique. Tout ce qui s’est passé depuis 2008 m’a malheureusement donné raison. Presque tous les dirigeants, de droite comme de gauche, se retrouvent coincés par les effets de la dérégulation à laquelle ils ont prêté la main! J’invite donc les responsables des dégâts qu’ils déclarent aujourd’hui vouloir combattre, à faire leur autocritique. Ce serait un gage de leur sincérité future.       <br />
              <br />
       <b>EL: Je ne comprends toujours pas : pourquoi, en ce cas, continuer à vous dire de gauche ? Peut-on se réclamer d’une gauche rêvée en dénonçant la gauche réelle ?</b>       <br />
       La gauche, c’est d’abord une idée, vieille de deux siècles. Elle se définit dès 1789, par la foi dans un nouveau départ de l’Humanité fondé sur la raison, l’égalité des hommes et sur la citoyenneté. Ce sont des valeurs universelles qui vont à l’encontre de la fixité des origines et des valeurs de l’Ancien Régime, l’inégalité des hommes assignés à un ordre, la tradition et le privilège garantis par le droit divin. En même temps, je sais très bien que la France a existé avant la République. Dans « La France est-elle finie ? », je rappelle que la France a été la matrice de la République, que l’Edit de Nantes a précédé la liberté de conscience affirmée par la Révolution et que par conséquent la France depuis longtemps portait en elle les valeurs républicaines. La République rompt avec l’ordre ancien qui définissait les Français par leur appartenance à tel ou tel ordre, elle ne fait pas pour autant table rase du passé. Pour moi, la République est le nom moderne de la France. C’est pourquoi il faut protéger la langue française, enseigner notre histoire telle qu’elle s’est faite depuis le partage de l’Empire de Charlemagne, préserver les valeurs de transmission liées à l’école, les valeurs simples que sont la bonne éducation, la politesse, le travail bien fait, etc. Ce sont des valeurs de civilisation qui appartiennent aussi bien à la gauche qu’à la droite, et qu’il faut savoir protéger. Bref la gauche, selon moi, doit aussi veiller à la « transmission » : l’Ecole de ce point de vue est le meilleur exemple du redressement nécessaire.       <br />
              <br />
       <b>EL: Peut-être voulez-vous parler de valeurs qui n’appartiennent ni à la gauche ni à la droite » … </b>       <br />
       Vous poussez le bouchon un peu loin ! Il existe encore à gauche des gens fidèles à l’héritage de la culture républicaine ! J’aimerais que la gauche tout entière se réapproprie l’héritage républicain, qu’elle ferme cette parenthèse « libérale -libertaire » qui a accompagné idéologiquement son ralliement au néolibéralisme.         <br />
              <br />
       <b>Gil Mihaely: Si vous appartenez toujours à cette famille politique, pourquoi n’avez-vous pas, à l’image de Jean-Michel Baylet, participé aux primaires « citoyennes » qui avaient précisément pour but de la rassembler ?</b>       <br />
       Ces primaires m’auraient mis à la merci du courant central social-libéral du PS. Les deux candidats en tête, Aubry et Hollande, différent par leurs tempéraments, mais défendent une ligne politique voisine. J’aurais donc été en concurrence avec Montebourg, dont le score a d’ailleurs surpris beaucoup de monde. Je n’avais ni envie ni intérêt à me mettre dans cette situation qui m’aurait lié par la suite. Je suis conscient que ma candidature m’expose à tous les coups, mais cela importe peu quand on considère l’importance des enjeux. La hargne des bien-pensants et de leurs journaux est pour moi un brevet de vertu républicaine. Dans la crise gravissime que nous traversons, ma voix est plus légitime que d’autres et il est de mon devoir de la faire entendre.        <br />
              <br />
       <b>GM: Si Montebourg avait remporté les primaires, vous seriez-vous présenté ?</b>       <br />
       Montebourg développe deux analyses très intéressantes, l’une sur la nécessité de reprendre le contrôle du système financier, et l’autre sur la protection de notre industrie. Il est plus évasif sur d’autres questions, par exemple sur la crise de l’euro. J’ai été l’un des rares à critiquer en 1992 le transfert de la souveraineté monétaire de la France et des autres pays européens, à un aréopage de banquiers irresponsables dont l’unique mission était de lutter contre l’inflation. J’ai refusé que l’on transpose à toute l’Europe les statuts de la Bundesbank et que l’on fasse une monnaie européenne calquée sur le mark. L’idée qu’en piquant son mark à l’Allemagne on allait corseter du même coup la puissance allemande était une idée courte. Le mark était une monnaie faite sur-mesure pour l’Allemagne, pas pour la plupart des autres pays européens – dont la France ! Le constater n’est pas tomber dans la germanophobie.       <br />
              <br />
       <b>GM: Faut-il comprendre que pour vous, l’inflation ne représente pas un danger ? Les Allemands ne partagent pas ce point de vue…  </b>       <br />
       Il suffit d’allumer la radio ou la télévision pour comprendre à quel point l’ignorance historique conduit certains journalistes à dire des sornettes sur les Allemands. Ce n’est pas l’inflation mais la déflation qui a conduit au nazisme. La politique du chancelier Brüning a créé 8 millions de chômeurs au début des années 30. Si les Allemands sont traumatisés par l’inflation aujourd’hui, la confiscation de 85 % de leurs avoirs en banque au moment de la création du deutschemark par les Américains y est peut-être pour quelque chose ! Evidemment l’inflation n’est pas aujourd’hui le principal danger (du fait de la pression exercée par les pays à très bas coût). Ce qui menace, c’est la déflation !       <br />
              <br />
       <b>Basile de Koch: Vous n’avez toujours pas répondu à la question qu’Élisabeth a tenté à plusieurs reprises de vous poser sur l’obsolescence des vieux clivages ... Mais ce n’est pas la première fois que vous esquivez de la sorte : c’était déjà le cas il y a dix ans ! Alors si vous pouviez répondre à cette question aujourd’hui, ça nous éviterait de vous la reposer dans dix ans…</b>       <br />
       Je dois me méfier de mes « soutiens » quand ils interprètent mal ma pensée. Mon parcours parle pour moi. Je suis un homme de gauche mais un homme de gauche indépendant, bref je suis d’abord un républicain. D’autres ont évolué en sens inverse. Nous pouvons nous retrouver sur la République et ce qu’elle signifie.       <br />
              <br />
       <b>EL: Beaucoup de « gens de droite » vous ont rejoint en 2002 ! Je le sais, j’y ai contribué en les persuadant les uns après les autres que vous ne retourneriez pas ensuite au bercail.</b>       <br />
       Nous nous sommes très bien entendus avec beaucoup de ces républicains « venus de l’autre rive », parce qu’ils ont éprouvé ce besoin d’un  dépassement nécessaire. Mais puis-je vous suggérer de ne pas vous-même « revenir au bercail » ?       <br />
              <br />
       <b>BdK: Il est vrai néanmoins que l’histoire vous a donné raison. Vous vouliez faire bouger les lignes ? Eh bien, elles bougent. Outre Montebourg, Mélenchon, Dupont-Aignan et même Marine Le Pen ont adopté les grandes lignes de votre discours économique, alors ... </b>       <br />
       Vous avez raison, en gros. Sauf sur un point : La nature du Front National n’a pas changé. Il s’est développé et prospère toujours sur la xénophobie ! Quant à mon discours économique, il est trop finement argumenté pour pouvoir être repris par le premier venu …       <br />
              <br />
       <b>BdK: Mais je ne vous parle pas de ça ... Posons le problème autrement. En 2002, vous étiez le seul à défendre haut et fort la souveraineté budgétaire et fiscale, l’Europe confédérale redressée et le remplacement de la monnaie unique par une monnaie commune, nous vous en donnons volontiers acte. Mais dix ans plus tard, pourquoi vouloir à tout prix n’être encore que le candidat d’une fraction minoritaire de la gauche – alors même que vos idées pourraient être l’épicentre d’un rassemblement beaucoup plus large ?</b>       <br />
       Je veux rassembler, mais pas à partir de la droite. Qu’entends-je par là ? Les idées de liberté, d’égalité et de fraternité ont été critiquées dès le départ en France par Bonald, Joseph de Maistre et en Angleterre par Edmund Burke, parce que leur contenu universaliste ne permettait pas selon eux de rendre compte des particularités humaines. Je crois pour ma part que tout en les comprenant il faut dépasser les particularités. Peu importe qu’un être humain soit jaune, noir ou blanc, il est d’abord un être humain.        <br />
              <br />
       <b>BdK: Vous auriez pu faire figurer les rouges dans votre énumération. Si je vous suis, même les gens de droite sont des êtres humains ?</b>       <br />
       Même eux, je ne les exclus pas du genre humain …       <br />
              <br />
       <b>BdK : Je peux en tout cas vous dire que des gens de droite se réclamant de Bonald ou de Burke - dont généralement ils n’ont jamais entendu parler – je n’en connais pas…</b>       <br />
       On peut se réclamer d’idées dont on ignore qui les a professées au départ ...        <br />
              <br />
       <b>BdK: Connaissez-vous des électeurs de droite qui professent des thèses contre-révolutionnaires au nom de l’absolutisme et du droit divin ? En avez-vous rencontrés qui affirment que tous les hommes ne sont pas égaux ?</b>       <br />
       Il faut avoir l’oreille fine. On peut être imprégné d’une tradition idéologique sans la connaître, peut-être même sans le savoir. Il y a des préjugés et un sectarisme de droite comme il y a des préjugés et un sectarisme de gauche. Je m’en tiens également éloigné. Pour moi, le monde de l’universalisme a, sur celui des particularismes, l’avantage de la solidité. La société des identités, des communautés voire des communautarismes trouve en face d’elle l’idée républicaine, celle d’une société de citoyens. Dans une perspective séculaire, je fais confiance à la force de l’idée républicaine.        <br />
              <br />
       <b>EL: Excusez-moi, c’est exactement le contraire ! La République est en train de s’effondrer devant les injections conjointes et contradictoires de « diversité «  et de « métissage ». Vous devriez en parler à vos amis de gauche.</b>       <br />
       Certaines femmes et certains hommes de gauche se croient en effet « plus à gauche » parce qu’ils défendent la  « différence »,  alors qu’ils tournent le dos aux idéaux universalistes. Au nom de la « différence », ils piétinent sans en avoir pleinement conscience l’égalité dont ils nourrissent par ailleurs les envolées lyriques de leurs discours stéréotypés. Si l’absolutisme de la particularité est mortifère, l’universalité ne saurait être un absolu. Du reste, de même qu’il y a des différences entre Herder et Bonald, il n’y a pas eu une seule expression de l’universalisme révolutionnaire. « La Révolution est un bloc » disait Clémenceau. Force est cependant de reconnaître que dans cette cathédrale, il y avait beaucoup de chapelles … Robespierre lui-même disait avec bon sens que Paris n’était pas la capitale du monde et que les peuples n’aimaient pas les missionnaires bottés. Ce sont les plus inconséquents des révolutionnaires, les Girondins, qui ont déclaré la guerre à l’Autriche et à la Prusse. Quant au métissage, je suis pour : y a-t-il plus belle reconnaissance de l’Egalité ?       <br />
              <br />
       <b>EL: Je me demande si l’inconséquence n’est pas parfois préférable à la certitude. Mais passons. Ne croyez-vous pas que ce qu’il y a de plus universel aujourd’hui, c’est le capitalisme ?</b>       <br />
       Le capitalisme mondialisé se fiche éperdument des valeurs. Ou plus exactement il ne s’intéresse qu’à une seule valeur, l’argent. C’est le seul universel qu’il connaisse.        <br />
              <br />
       <b>BdK: Je reviens à la charge, mon général ! Voyez-vous une quelconque filiation entre ce libéral anglais de Burke et ce patriote français de Dupont-Aignan ? </b>       <br />
       Non, Dupont-Aignan s’inscrit plutôt dans la filiation de de Gaulle.        <br />
              <br />
       <b>BdK:  Il sera ravi de l’apprendre ! Mais alors, son petit particule Debout la République n’appartient pas à la droite telle que vous la définissez…</b>       <br />
       De Gaulle lui-même, dont le père était dreyfusard, a compris que la devise de la France Libre ne pouvait  pas seulement être « Honneur et Patrie » mais aussi « Liberté, Egalité, Fraternité ». Dans un magnifique discours du 22 juin 1940, il a développé l’idée que si la France ne restait pas dans le camp de la liberté, elle cesserait d’être une grande nation. Ce pourquoi son choix n’était pas seulement celui de l’Honneur mais plus profondément encore celui de l’intérêt national       <br />
              <br />
       <b>EL: Mais enfin, vous êtes plus proche de Dupont-Aignan que du moins moderniste des socialistes.</b>       <br />
       J’ai beaucoup d’estime pour lui, je trouve son parcours politique intéressant. Mais comme le disait Adenauer, les hommes sont ce qu’ils sont et Nicolas Dupont-Aignan ne vit pas dans la stratosphère : comme moi à Belfort, il doit se faire réélire à Yerres. Lui a choisi la droite, moi la gauche. Moi, j’ai choisi la meilleure : celle des ouvriers d’Alstom, de Peugeot, etc. Notez par ailleurs, que je me suis toujours défini comme républicain et non comme souverainiste. Pour moi, comme pour le général De Gaulle, la souveraineté et la démocratie sont les deux faces d’une même médaille. L’affirmation de la souveraineté nationale doit aller de pair avec l’exigence démocratique, celle d’une République sociale.        <br />
              <br />
       <b>BdK: Je ne lâche pas : et Péguy, il était de gauche ?</b>       <br />
       Péguy était un être complexe dont se réclament aujourd’hui à la fois la droite et la gauche       <br />
              <br />
       <b>BdK: Et alors quoi, seul Péguy a le droit d’être complexe ? Moi aussi, j’ai envie d’être complexe !</b>       <br />
       Je ne vous en empêche pas. Bien au contraire ! Qui a fait plus d’efforts que moi pour comprendre la manière dont raisonnent les gens de droite ? Je suis prêt à faire encore un effort pour vous.       <br />
              <br />
       <b>BdK: Ça finit par être vexant ! C’est comme si, dans le métro chevènementiste, la première classe était réservée aux universalistes-de-gauche  labellisés, tandis que les autres – étaient relégués en seconde – et encore : juste le temps de leur choper leur bulletin de vote …</b>       <br />
       La droite et la gauche sont deux familles constituées de courants multiples. Lorsque je dis que je suis un homme de gauche, c’est en raison de mon parcours, de mon action et sans doute aussi de ma philosophie. Mais cette histoire ne m’empêche pas de penser librement et de tendre la main aux républicains de l’autre rive chaque fois que l’intérêt général le commande, et je pense l’avoir suffisamment démontré. En revanche, à l’exception du général De Gaulle qui a su accueillir les socialistes à Londres et les communistes pendant la Résistance, je ne vois pas beaucoup de républicains de droite qui aient  emprunté la même démarche. Le programme national de la Résistance n’est pas franchement de droite à ce que je sache ! C’est au cœur de l’épreuve que le dépassement a pu avoir lieu. Eh bien, le temps de l’épreuve est devant nous. Pour surmonter cette crise profonde, il faudra donc rassembler, et au-delà de la gauche.        <br />
              <br />
       <b>EL: Vous appelez au rassemblement, mais vos troupes se sont bien dispersées. De Henri Guaino à l’Élysée à Eric Coquerel au Front de gauche en passant par le PS, les Verts et même le FN, les chevènementistes de 2002 se sont répartis sur tout l’échiquier politique. </b>       <br />
       Un seulement et un seul a rejoint le FN, Bertrand Dutheil de la Rochère, qui a oublié que 1789 séparait la droite de la gauche. Il a sans doute une circonstance atténuante : trop d’aïeux, de trop haut lignage … Mais vous avez raison : mon armée est petite. Comme disait Barrès, « Le ventre et  l’esprit se nourrissent à des sources différentes » ...       <br />
              <br />
       <b>EL: Au lieu de bondir à la simple évocation du FN comme si l’important était de se disculper, vous devriez peut-être vous demander pourquoi des gens qui ne viennent pas de l’extrême droite ont franchi le pas. Des idiots ? Des salauds ?</b>       <br />
       Le noyau organisationnel du Front National a des racines historiques assez fétides dans la collaboration et dans l’OAS. Ceux qui le rejoignent aujourd’hui le font pour d’autres raisons, mais il est trop facile de faire de l’immigration la source de tous nos maux ! C’est un bouc émissaire facile. Enfin, il faut le redire : le Front National est, de toute façon, une impasse politique. …       <br />
              <br />
       <b>EL: Quelques mois avant de rallier le FN, au moment des grandes célébrations du 10 mai 1981, Bertrand Dutheil de la Rochère a publié sur Causeur un texte avec lequel vous seriez bien plus d’accord que moi. Il était le même homme qu’aujourd’hui, non ? </b>       <br />
       Je vous ai déjà dit – par ironie bien sûr - que je lui accordais des circonstances atténuantes, même s’il a été exclu dans l’heure du MRC – et à juste titre.        <br />
              <br />
       <b>BdK: Donc c’est moins grave qu’il ait rejoint le « noyau fétide » !</b>       <br />
       Non, c’est suicidaire.       <br />
              <br />
       <b>EL: Mais enfin, vous voyez bien que Marine Le Pen cherche plutôt à capter les frustrés de la  République que les ennemis de la République !</b>       <br />
       Vous ne pouvez pas faire comme si la fille ne procédait pas du père. Qu’elle cherche à récupérer les frustrés de la République devrait inciter les républicains à se mettre davantage à la hauteur …        <br />
              <br />
       <b>EL: Ses électeurs, en tout cas une écrasante majorité d’entre eux.</b>       <br />
              <br />
              <br />
       <b>BdK: En parlant de « faire barrage au FN », vous reprenez l’imprécation « antifasciste » de l’après – 21 avril 2002 ?</b>       <br />
       Non ! Il n’y a jamais eu de menace fasciste dans les deux semaines qui ont suivi le 21 avril. C’était une « manip ». Pour reconquérir l’électorat qui cède aux sirènes du Front National, il faut s’attaquer au chômage, aux inégalités, repenser l’Europe, et surtout organiser le grand retour de la République.       <br />
              <br />
       <b>EL: Vous savez bien que ce sont aussi les ratés de l’intégration des immigrés et les difficultés d’assimilation de l’islam qui sont en cause.       <br />
       Croyez-vous vraiment que les gens qui sont tentés par le FN veulent sortir de l’euro ? Le mot « République » suffit-il à effacer la fragmentation géographique et culturelle des classes populaires ? Gilles Kepel a montré le poids croissant de l’appartenance musulmane dans deux villes de la banlieue parisienne. Et quand Claude Guéant propose de réduire de 10 % le flux d’immigration légale, toute votre famille si sympathiquement universaliste pousse des hurlements parce que pour elle, le petit blanc, prolo déclassé ou menacé de l’être, est un salopard xénophobe et rétrograde. Et votre priorité est de faire savoir à la bonne presse que vous n’avez pas succombé à la tentation lepéniste ! Vous regardez trop Canal + ! </b>       <br />
       Il doit y avoir erreur sur la personne : la bonne presse et Canal + me font rarement des fleurs, et pour ma part je n’éprouve nul mépris pour le prolo déclassé. Revenons aux choses sérieuses. La tendance au repli communautaire s’est renforcée dans notre société de plus en plus plombée par un chômage de masse. J’ai l’impression que Gilles Kepel confond l’islamisation avec le communautarisme. Celui-ci se manifeste – il est vrai - surtout sous la forme du respect de prescriptions alimentaires et religieuses, comme la nourriture hallal ou l’observation du Ramadan mais c’est sous la pression de la communauté. Si on regarde les statistiques, la fréquentation des mosquées par les musulmans en France n’est guère supérieure à celle des chrétiens dans les églises. Ce repli communautariste illustre, en réalité, la tendance à l’exclusion sociale. Il se drape dans le voile religieux, voire fondamentaliste pour marquer son extériorité à une société jugée « impie » et que d’ailleurs les valeurs républicaines irriguent de moins en moins …        <br />
              <br />
       <b>EL: L’immigration massive n’a-t-elle pas freiné le processus d’intégration ?</b>       <br />
       Il est évidemment plus difficile d’intégrer en période de crise économique. Mais on ne parle que des trains qui déraillent. J’ai rencontré, il y a peu de temps, un pneumologue d’origine algérienne qui souhaite pourvoir continuer à travailler en France ; eh bien, il m’a fallu une demi-heure pour comprendre qu’il n’était pas français, tant il s’exprimait dans un langage choisi. À long terme, je crois fondamentalement à la capacité d’intégration de la France. Bien sûr, il y a des réticences ; mais si la France s’aimait un peu plus, si on enseignait son histoire non pas comme une faillite, mais comme une somme d’efforts toujours inachevés pour faire triompher les idéaux républicains, elle intègrerait plus facilement. C’est parce que ses élites se sont détournées d’elle qu’il lui est plus difficile de « faire France » avec ses étrangers.       <br />
              <br />
       <b>Daoud Boughezala. En attendant le triomphe de la Raison républicaine, on a l’impression que vous êtes tiraillé entre deux temporalités et donc entre deux logiques. Vous vous réclamez d’une gauche éternelle et d’idéaux qui n’ont rien à voir avec les dogmes du capitalisme mondialisé devant lesquels se soumet la gauche réelle. Donc vous êtes tenté de prôner le dépassement des clivages d’hier. Et vous ne ménagez pas vos critiques aux uns ni aux autres. Et en même temps, vous finissez toujours par vous inscrire dans cette gauche réelle, comme si l’allégeance au mythe devait obligatoirement l’emporter. Votre nouvelle mission, si je vous ai bien entendu, est de « mettre François Hollande  à la hauteur des défis de la France. »</b>       <br />
       Pas plus lui qu’un autre. Sarkozy aussi et les Français de manière générale, il faudrait les mettre à la hauteur ! D’ailleurs Nicolas Sarkozy, sur la question monétaire, est allé dans le sens que je souhaitais en avançant la proposition d’adosser le Fonds européen de stabilité financière (FESF) aux ressources de la Banque Centrale. Dommage qu’il ait retiré sa proposition ! La période historique particulière que nous traversons exige, comme pendant l’Occupation, un rassemblement républicain très large. La crise du capitalisme financier offre l’occasion de sortir de l’impasse néo-libérale et de s’unir dans l’effort de redressement de la France et de l’Europe. Ne jouons pas avec les mots : vous connaissez mon parcours. J’ai été l’un des auteurs du Programme commun de la gauche ; c’est moi que Mitterrand a chargé de rédiger le projet qui a inspiré les 110 propositions de 1981. En 1983, nos chemins ont commencé à diverger. Je ne pensais pas que nous irions jusqu’à l’application de l’Acte unique, qui a levé toutes les restrictions aux mouvements de capitaux, à l’intérieur de l’Union européenne mais aussi vis-à-vis des pays tiers ; ni jusqu'à l’abandon de la souveraineté monétaire de la France, prélude à l’abandon de la souveraineté budgétaire et fiscale - ce vers quoi M. Sarkozy nous conduit avec son projet de « nouveau traité européen ».       <br />
              <br />
       <b>GM: Mais enfin, François Hollande en fera autant … </b>       <br />
       L’itinéraire de François Hollande n’est pas le mien mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Or, François Hollande est tout sauf un imbécile. Au regard de la crise actuelle, il a besoin de préciser ses analyses et ses préconisations ; par exemple, est-il prêt à poser la question de la Banque centrale comme je le fais dans « Sortir la France de l’impasse » . C’était mon « plan A. Mais il suppose l’accord de l’Allemagne.        <br />
              <br />
       Et puis il y a « le plan B », qui est la mutation de l’euro monnaie unique en monnaie commune – c’est-à-dire en monnaie utilisée par tous les pays d’Europe pour leurs échanges extérieurs, chacun retrouvant en interne sa propre monnaie, les parités étant révisées périodiquement pour permettre de corriger les écarts de compétitivité entre pays européens. Quelle est la position de François Hollande et du PS sur ces perspectives ? Nous n’avons pas encore eu des réponses claires. Mais avec l’accélération de la crise, les lignes commencent à bouger de part et d’autre.       <br />
              <br />
       <b>DB: Quoi qu’il en soit, à la fin, vous vous rallierez à François Hollande. N’avez-vous jamais l’impression de ne pas être vraiment libre ? </b>       <br />
       Vous savez tout mieux que moi. ? Etre libre, c’est avoir l’esprit libre. Pour le reste, toute campagne a sa logique J’ai été très content d’entendre François Hollande chanter une ode à la croissance à l’université d’été de La Rochelle, dans le bien-nommé  Collège de l’Oratoire, mais je ne l’ai pas encore entendu dire par quel moyen il compte sortir de la logique de la réduction de la dette par l’austérité. C’est seulement par l’organisation de la croissance à l’échelle européenne qu’on parviendra à réduire l’endettement et les déficits.        <br />
              <br />
       <b>EL: Emmanuel Todd affirme au contraire que toute relance dans le cadre libre-échangiste ne fera que relancer l’économie chinoise.</b>       <br />
       Comment, en effet, protéger notre industrie ? Tout d’abord, on doit substituer une perspective de croissance en Europe à la perspective de récession dans laquelle nous sommes engagés aujourd’hui à travers les plans d’austérité que Mme Merkel veut généraliser à l’ensemble du continent. Il faudrait mettre en œuvre  un plan européen d’investissement et de croissance, soutenu par  l’intervention de la Banque centrale. La politique de l’euro fort, celle de la rente et de la finance a laminé la production au détriment du monde du travail et des salariés. Nous devons impérativement restaurer notre base productive. Encore faut-il s’attaquer aux vraies causes de son érosion. L’euro est une monnaie branlante mais surévaluée de 25 % par rapport à son cours de lancement, qui s’élevait à 1,16$ et qui a atteint 1,60$ en 2008 et 1.37$ aujourd’hui. Comment notre industrie, handicapée par une monnaie aussi écrasante, pourrait-elle redevenir compétitive ? Cela, M. Sarkozy n’en a pas soufflé mot dans son discours de Toulon du 1er décembre. Pour ma part, je crois plus à l’efficacité de la protection monétaire qu’à la reconstitution d’un tarif extérieur commun dont ni l’Allemagne, ni la Grande-Bretagne, ni les pays européens « libéraux » ne veulent.       <br />
              <br />
       <b>EL: Au sujet de l’intervention de la BCE et de la monétisation d’une partie de la dette, vous avez reconnu que Nicolas Sarkozy s’était heurté au refus allemand. Que faut-il faire, passer au plan C, c’est-à-dire la rupture unilatérale ? </b>       <br />
       Non, il faut instaurer un débat public européen avec tous les acteurs politiques et sociaux en Allemagne mais aussi dans les autres pays européens. Contester les orientations monétaires  de la CD-CSU, ce n’est pas de la germanophobie ! Plutôt que de ranimer des querelles franco-françaises, M. Juppé ferait mieux de s’interroger sur la meilleure manière de défendre les intérêts de la France et, j’ajoute, ceux de l’Europe.       <br />
              <br />
       <b>EL: Vous pensez, sans doute à raison, que pour sortir du marasme, les pays Européens doivent mener des efforts concertés. Mais il faut, disiez-vous, prendre acte de la réalité. Or, la réalité c’est que depuis des années, il n’y a pas en Europe de gouvernants prêts à aller dans la direction que vous indiquez. </b>       <br />
       Il y a des élections en France et en Italie en 2012, et en Allemagne en 2013. Notre tâche est d’organiser le débat républicain en amont de ces élections. Un débat sans tabou.       <br />
              <br />
       <b>GM: Que vous inspire l’appel à la décroissance lancé par les Verts, notamment dans son articulation avec la question énergétique ?</b>       <br />
       Toutes les énergies viennent du soleil. Les énergies fossiles sont issues de la photosynthèse, les énergies renouvelables viennent, soit directement du soleil comme le solaire, thermique ou photovoltaïque, soit du vent lorsqu’il s’agit des éoliennes, qui lui aussi, indirectement, vient du soleil. Seul le nucléaire ne vient pas du soleil mais de la matière. Pour la France, le nucléaire est une énergie abondante et bon marché. Il sera indéfiniment renouvelable, grâce au réacteur de quatrième génération qui fabriquera lui-même son combustible. Il est absurde que la France, qui est à l’avant-garde mondiale dans ce secteur, renonce à sa capacité de produire une énergie qui coûte 45 € le mégawatt/heure, contre 70 € pour le gaz, 90 € pour l’éolien et 250 € pour le solaire photovoltaïque. J’ajoute que l’électricité produite à partir des centrales nucléaires permet aussi de soulager le déficit de notre balance commerciale.       <br />
              <br />
       <b>EL: D’accord mais peut-être faut-il réfléchir au paradigme de la croissance qui érige le « toujours plus » en horizon indépassable – et à l’arrivée le « droit acquis » en dogme. Faut-il laisser cette réflexion aux adeptes de la couche lavable ?</b>       <br />
       Les pays émergents ont confiance dans leur avenir, dans leur technologie et dans leur industrie. Ils ne se posent pas la question de la décroissance, contrairement à l’Occident qui fait de « l’heuristique de la peur » théorisée par le philosophe allemand Hans Jonas, le guide de son action. Il faudra bien, cependant, prendre en compte la croissance démographique et économique de l’Asie et anticiper l’épuisement des énergies d’origine fossile, donc préparer la transition énergétique et modifier le contenu de notre croissance. Bref, il ne faut pas renoncer à la croissance mais changer notre modèle de croissance.       <br />
              <br />
       <b>EL: On a le droit de s’interroger sur le matérialisme et l’économisme qui font que, de bas en haut de l’échelle sociale, on apprécie la réussite d’une existence à l’aune des biens matériels qu’on a pu accumuler. </b>       <br />
       Vous voyez midi à votre porte, chère Élisabeth. Tout le monde ne vit pas très bien en France. Le revenu médian s’élève à 1500 euros par mois. De plus en plus de gens ont du mal à joindre les deux bouts. Je suis l’élu d’une région ouvrière et industrielle, qui connaît en même temps un chômage élevé. Pour autant, quand je parle de la nation ou de la République, je ne fais pas de la croissance matérielle l’objectif ultime. Bien sûr qu’il y a des valeurs qui sont aussi et peut-être plus importantes que l’accumulation des biens matériels.        <br />
              <br />
       <b>Marc Cohen: En attendant, il ne faudrait pas que la campagne électorale soit réservée aux bac + 12. Si la bataille se joue sur des enjeux aussi pointus, personne n’y comprendra rien et tout le monde dira n’importe quoi. Même nous si ça se trouve.</b>       <br />
       Il faudra expliquer simplement aux Français les données complexes du problème, en présentant des cas concrets, en montrant, par exemple, la situation intenable dans laquelle l’Italie est embourbée. Voilà un pays qui doit lever 300 milliards d’euros dans l’année qui vient, et qui doit emprunter à 7 %. C’est intenable ! Alors que les banques peuvent emprunter à la Banque centrale à 1,25 % c’est grotesque ! Tout le monde peut comprendre que l’enjeu principal de la crise est le maintien de la base productive des pays industrialisés donc l’avenir de nos retraites et de l’assurance-maladie. Il faut bien faire comprendre aux électeurs que la France ne peut sacrifier, sur l’autel de l’euro fort tel qu’il a été façonné par ses dirigeants, de gauche et de droite, sa substance économique, son modèle social et sa démocratie.        <br />
              <br />
       <b>MC: Pour la majorité des gens, il n’est pas évident d’établir le lien entre des causes complexes qui appartiennent à la sphère technique de la finance et les effets économiques et sociaux tels qu’ils peuvent les constater tous les jours …</b>       <br />
       Il faut politiser les enjeux. C’est un conflit entre les marchés financiers et les peuples. C’est la survie de notre pays dont il est question. Notre base industrielle a diminué de moitié depuis 1980 : hier 6 millions de personnes travaillaient dans l’industrie. Aujourd’hui 3,2 millions. Tout le monde peut comprendre que cette dégradation ne peut se poursuivre. Le temps est venu pour la France de se réveiller parce que,  une France sans usines serait une France tout simplement sortie de l’Histoire, une France finie ...       <br />
              <br />
       <b>DB: En attendant, sortons quelques instants de nos frontières. Vous  avez approuvé la résolution 1973 de l’ONU, qui a autorisé les frappes de l’OTAN en Libye pour protéger la population civile. Il y a 20 ans, alors que Saddam Hussein avait envahi un Etat souverain, vous vous étiez opposé à la première guerre du Golfe. N’y a-t-il pas là une contradiction ?</b>       <br />
       Je n’ai rien approuvé du tout. Sur l’intervention en Libye, le Parlement n’a été sollicité sur un vote que le 11 juillet 2011. Je me suis abstenu pour tenir compte du contexte des révolutions arabes en Tunisie et en Egypte mais j’ai exprimé de fortes réserves. L’intervention en Libye, décidée par la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU, repose sur le principe de la responsabilité de protéger les populations civiles, principe reconnu par l’ONU en 2005. Rien à voir avec l’ingérence qui n’est pas un droit et que l’ONU condamne. J’ai émis des réserves en ce qui concerne l’interprétation de la résolution n° 1973 parce que la responsabilité que l’on prend en soutenant un mouvement qui se réclame des droits de l’homme ne s’arrête pas lorsque celui-ci est victorieux. Si la protection des civils était légitime à Benghazi, elle continuait à l’être à Syrte. Il y avait là une politique du « deux poids, deux mesures » difficile à admettre.        <br />
       Je suis convaincu que l’interprétation extensive de la résolution 1973 nuira à l’avenir à la notion de « responsabilité de protéger ». Ni la Chine ni la Russie ne s’y laisseront reprendre.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>GM: A-t-on, selon vous, fait  une interprétation trop extensive de la résolution 1973 ?</b>       <br />
       Certainement. Que fallait-il faire ? Après l’intervention justifiée sur Benghazi, on aurait pu favoriser un processus politique et faire en sorte que la région soit moins déstabilisée qu’elle ne l’est aujourd’hui. D’ailleurs, le black-out total des informations sur le terrain est assez déconcertant.        <br />
              <br />
       <b>GM: Et les guerres entre milices ne sont pas de bon augure non plus... </b>       <br />
       Regardez le résultat de la guerre en Irak. L’Iran est devenu la puissance dominante de la région. A la veille de la première guerre du Golfe, j’avais reçu le secrétaire américain à la Défense de l’époque, Dick Cheney qui souhaitait connaître mon avis sur les conséquences. Je lui ai fait part de mon inquiétude quant au risque d’intégrisme, l’écrasement de l’Irak baasiste et laïc ouvrant un boulevard à l’expansion du courant islamiste fondamentaliste. En Libye on court maintenant un risque similaire.        <br />
              <br />
       <b>EL: Il faudrait donc appliquer le principe du moindre mal et privilégier les dictatures autoritaires et laïques au détriment des  dictatures islamistes et théocratiques. </b>       <br />
       Il faut toujours raisonner en tenant compte du contexte historique. Forgée à la fin du XIXe siècle, la philosophie de la Nahda (la renaissance en arabe) a donné naissance d’abord à des mouvements parlementaires auxquels ont succédé des révolutions nationalistes, des régimes socialistes laïcs. Ces régimes nationalistes arabes se sont développés dans les années 50, en Égypte avec Nasser en 1952, puis à partir de 1958 en Syrie et en Irak avec les révolutions baasistes. Ils ont, au départ, bénéficié d’une certaine vitalité, puis se sont sclérosés. Une génération nouvelle a émergé, obéissant à un paradigme culturel nouveau. C’est la génération Internet. Elle réclame la démocratie. Des élections sont organisées. Elles donnent une majorité au courant islamiste qui n’est pas le courant réformateur de la Nahda. Maintenant il faut faire avec.        <br />
              <br />
       <b>GM: Vous avez été nommé au ministère de la Défense quelques semaines après l’affaire de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle Calédonie.  Que pensez-vous de l’interprétation de ces événements que donne Matthieu Kassovitz dans son film L’ordre et la morale? </b>       <br />
       Ma campagne me laisse peu de temps pour aller au cinéma. J’ai vu La Haine de Kassovitz. L’opposition entre les « beurs » et les « keufs » m’a paru extrêmement réductrice. Concernant la prise d’otages d’Ouvéa, nommé ministre de la Défense peu après, je me souviens seulement que j’ai suspendu l’officier de gendarmerie responsable du transport du blessé qui est mort dans la voiture qui l’emmenait à l’hôpital.        <br />
              <br />
       <b>EL: Il y a dix ans, vous critiquiez ouvertement l’hyperpuissance américaine. Aujourd’hui, considérez-vous que c’est la Chine qui est la nouvelle puissance impériale ?</b>       <br />
       J’ai toujours distingué le peuple américain de l’administration américaine. L’Amérique d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Renouer avec la politique de George W. Bush ne serait pas une bonne chose pour les Etats-Unis ni pour l’Europe et le monde d’ailleurs. Même si la crise du capitalisme financier a démontré les limites du modèle américain, le tournant Obama en 2008 a soulevé un vent de liberté et de nouveauté qui me fait souhaiter sa réélection en 2012. Obama a compris que le monde est devenu multipolaire, que les intérêts de l’Amérique sont interdépendants de ceux des autres acteurs internationaux et qu’il doit gérer le rapport avec la Chine, puissance montante du XXIème siècle. Quant à l’Europe, elle doit échapper à la tenaille du G2, cette Chinamérique qui est la bipolarité du XXIe siècle et organiser sa résilience, sa capacité de survie en tant qu’ensemble de nations libres et démocratiques. En tout cas, j’espère que la voie ouverte pas Obama ne se refermera pas. S’il pouvait être élu pour quatre mandats comme Roosevelt, ce serait très bien.        <br />
              <br />
       <b>GM: Ce n’est plus possible aujourd’hui, il y a la limite des deux mandats.</b>       <br />
              <br />
       <b>BdK: Reste toujours la solution Poutine : des pauses entre deux doubles mandats pendant vingt ans renouvelables…</b>       <br />
              <br />
              <br />
       <b>MC: Au soir du 21 avril, l’ambiance était glaciale rue de Paradis, au siège du Pôle Républicain. Vos propres partisans semblaient obnubilés par le piètre score de Jospin, et beaucoup se sentaient coupables de ne pas avoir « voté utile » dès le premier tour. </b>       <br />
       Le résultat m’a également  surpris et déçu mais je n’ai éprouvé aucun sentiment de culpabilité. J’ai défendu une autre politique, voilà tout. Et la suite m’a donné raison. Le vote « Front National » était et reste une impasse. Pour reprendre la boutade du chancelier Adenauer, « les Français sont ce qu’ils sont et il n’y en a pas d’autres ». Il faut faire avec ceux qu’on a. Je n’abandonnerai jamais la rude tâche de former l’esprit public. J’espère y parvenir aussi avec ceux qui se disaient mes partisans. Même avec vous, on devrait pouvoir y arriver !       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.causeur.fr/%C2%AB-contester-angela-merkel-ce-n%E2%80%99est-pas-de-la-germanophobie-%C2%BB,14099">Causeur.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3564211-5141721.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Contester-Angela-Merkel-ce-n-est-pas-de-la-germanophobie_a1323.html</link>
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   <title>Accord PS/EELV: "très fortes inquiétudes" de Chevènement</title>
   <pubDate>Sat, 19 Nov 2011 16:01:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Dépêche AFP, samedi 19 novembre 2011, 13h52.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3453189-4967937.jpg?v=1321714950" alt="Accord PS/EELV: "très fortes inquiétudes" de Chevènement" title="Accord PS/EELV: "très fortes inquiétudes" de Chevènement" />
     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement, candidat à la présidentielle et président d'honneur du MRC, a exprimé samedi auprès de l'AFP, ses &quot;très fortes inquiétudes&quot; à propos de l'accord conclu entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts (EELV) pour 2012.       <br />
              <br />
       Cet accord prévoit notamment &quot;un siège européen&quot; comme membre permament du Conseil de sécurité des Nations Unies. Les cinq membres permanents sont Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Chine et la Russie.       <br />
              <br />
       &quot;J'exprime de très fortes inquiétudes après avoir lu le texte de l'accord PS-EELV&quot;, a-t-il déclaré en expliquant que ces &quot;inquiétudes ne concernaient pas seulement l'aspect nucléaire civil, à (ses) yeux totalement irréaliste, mais aussi le siège européen qui ne peut que procéder d'une européanisation du siège de la France de membre permanent au conseil de sécurité de l'Onu&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      M. Chevènement a dénoncé en outre la suppression du droit de veto, prévu dans l'accord PS/EELV.       <br />
              <br />
       Le candidat s'est inquiété également &quot;de l'avenir de notre dissuation nucléaire et de la décision de ratifier la charte des langues régionales et minoritaires&quot; qui déboucherait, selon lui, sur &quot;la co-officialité de plus de 70 langues sur le territoire national&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;J'ai l'impression, a conclu M. Chevènement, que le parti socialiste, depuis une dizaine d'années, n'a rien appris et rien oublié&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Accord-PS-EELV-tres-fortes-inquietudes-de-Chevenement_a1273.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Jean-Pierre Chevènement sur RTL: "Ne nous donnons pas d'objectifs inaccessibles en Afghanistan!"</title>
   <pubDate>Thu, 14 Jul 2011 11:29:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de RTL jeudi 14 juillet à 7h50. Il répondait aux questions de Philippe Corbé.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <span class="u">A propos de l'Afghanistan :</span>       <br />
       <ul class="list"><li>Nous sommes dans une situation difficile.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Un auteur russe du siècle précédent disait que l'Afghanistan était un pays qui ne pouvait pas être conquis, et, ajoutait-il, qui ne mérite d'ailleurs pas de l'être       
       </li></ul><ul class="list"><li>La démocratie ne s'exporte pas. Il y a certainement dans la population afghane des gens qui ne veulent pas de la dure loi des Talibans.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Il y a les conditions réunies aujourd'hui pour une rupture entre les populations afghanes dans leur diversité, dont l'élément pachtoune, et le terrorisme international, Al-Quaida. C'était le but de guerre initial.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Aujourd'hui nous devons agir comme une grande nation responsable. </li></ul>[…] Nous sommes amenés à suivre le mouvement par l'enchaînement même des décisions prises [par les Etats-Unis]       <br />
       <ul class="list"><li>Il faut laisser aux Afghans la possibilité de créer eux-mêmes leur propre gouvernement. Ne nous donnons pas d'objectifs inaccessibles !       
       </li></ul><ul class="list"><li>On n'imposera pas un modèle de démocratie à l'occidentale à un pays dont on voit bien que le fonctionnement repose sur des assemblées de notables.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Nous sommes à la remorque des impulsions successives de l'administration américaine.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Nous devons faciliter la transition afghane, permettre à un gouvernement afghan de se maintenir. De ce point de vue-là, je pense que même après 2014, il faudra pouvoir apporter des soutiens à un tel gouvernement, y compris par des fournitures d'armes mais pourquoi pas en maintenant quelques bases avec un appui aérien.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Des grandes puissances responsables doivent faire en sorte que leur retrait ne se transforme pas en débâcle.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Croyez-le, je compatis à la douleur des soldats et de leurs familles, j'ai beaucoup d'émotion.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span class="u">A propos de la Libye : </span>       <br />
       <ul class="list"><li>La France doit rester le soldat du droit.       
       </li></ul><ul class="list"><li>La &quot;responsabilité de protéger&quot; n'est pas l'ingérence.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Je me suis abstenu lors du vote au Sénat.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Il est temps de trouver une solution politique.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Kadhafi est destiné à s'effacer mais il faut trouver une solution politique qui permette au peuple libyen de trouver lui-même la voie de son avenir.       <br />
              <br />
              <br />
       <span class="u">A propos de 2012 :</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li>J'officialiserai ma décision à l'automne.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Je constate l'extrême atonie du débat.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Se battre sur une date de retrait en Afghanistan, ce n'est pas nourrir le débat.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Aucun candidat ne fait de proposition face à la crise de l'euro, qui va être la grand événement de l'été.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Par exemple, accroître les missions de la BCE, lui permettre de racheter des titres de dettes pour casser la spéculation, nourrir la croissance, éviter d'avoir une monnaie surévaluée qui favorise les délocalisations industrielles.       
       </li></ul><ul class="list"><li>L'euro est incontestablement en péril à partir du moment où la spéculation s'attaque à des pays aussi importants que l'Espagne et l'Italie.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Le fonds européen de stablisation financière est tout à fait insuffisant.       <br />
              <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.rtl.fr/actualites/politique/article/jean-pierre-chevenement-ne-nous-donnons-pas-d-objectifs-inaccessibles-en-afghanistan-7702550682">RTL.fr</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3130667-4473256.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-sur-RTL-Ne-nous-donnons-pas-d-objectifs-inaccessibles-en-Afghanistan_a1176.html</link>
  </item>

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   <title>L'intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat sur la Libye en vidéo</title>
   <pubDate>Wed, 13 Jul 2011 17:29:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement sur la Libye au Sénat, mardi 12 juillet 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/a08afe6481e3ae71684eff51433caad9baa50456" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/Nous-avons-franchi-les-bornes-de-la-responsabilite-de-proteger-nous-sommes-dans-l-ingerence_a1173.html">Le texte de l'intervention est disponible ici</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/L-intervention-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-Senat-sur-la-Libye-en-video_a1175.html</link>
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   <title>Nous avons franchi les bornes de la responsabilité de protéger, nous sommes dans l’ingérence</title>
   <pubDate>Tue, 12 Jul 2011 19:52:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement sur la Libye au Sénat, mardi 12 juillet 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3127119-4468291.jpg?v=1310493027" alt="Nous avons franchi les bornes de la responsabilité de protéger, nous sommes dans l’ingérence" title="Nous avons franchi les bornes de la responsabilité de protéger, nous sommes dans l’ingérence" />
     </div>
     <div>
      Monsieur le Ministre des Affaires étrangères nous déclarait, le 22 mars dernier : « Nous ne voulons pas nous engager dans une action de longue durée. L’opération aérienne sera limitée dans le temps ». L’opinion publique a d’abord approuvé cette action destinée à protéger des populations agressées par les armes de leurs propres dirigeants. Il ne s’agissait pas d’ingérence humanitaire. Non ! L’ingérence, c’est-à-dire l’action unilatérale déclenchée par un groupe de pays, à sa ou à leur discrétion, en fonction de valeurs qu’il affiche, qui lui sont propres ou prétendues universelles, est bannie expressément, rejetée par les Nations Unies dans une succession de textes que la France a régulièrement votés. Je précise que le talentueux ministre français qui s’est en son temps proclamé le champion de ce qu’il appelait le « droit » ou le « devoir d’ingérence » a, par deux fois, dans un bref communiqué commun signé avec la Chine au printemps 2009, réaffirmé le respect par notre pays du principe de « non-ingérence ».       <br />
              <br />
       Ce qui s’est passé en mars 2011, c’est la mise en œuvre d’un principe consacré par les Nations unies, par le droit international, celui de la « Responsabilité de protéger ». L’idée n’est heureusement ni révolutionnaire ni absolument nouvelle. Rappelons-nous le rôle de la FORPRONU, Force de protection des Nations Unies en Yougoslavie dans les années 1990.       <br />
              <br />
       Mais le principe de la « responsabilité de protéger », tel que consacré par l’assemblée générale des Nations unies en septembre 2005, lors de son sommet du 65ème anniversaire, est plus précis, codifié. Lorsque des menaces particulièrement graves existent, venant d’un gouvernement : crime de guerre, crime contre l’humanité, épuration ethnique, génocide, tout doit être fait par des moyens pacifiques pour convaincre les autorités coupables, de renoncer, mais en cas d’échec, le recours à la force est permis, non pas à la suite d’un choix unilatéral d’un pays quelconque, mais par une décision collective, unanime ou à la majorité du Conseil de sécurité. Il faut donc l’accord de celui-ci, contrairement à ce qui s’est passé lors de l’action de l’OTAN contre le Kosovo en 1999.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      C’est cette voie, difficile à engager mais légale, celle du recours au Conseil de Sécurité – qui a été officiellement suivie par la diplomatie française au printemps de cette année et qui a abouti à la résolution 1973, votée par dix pays avec cinq abstentions : Russie, Chine, Brésil, Inde, Allemagne.       <br />
              <br />
       Le but, on l’a dit, c’est la protection de la population. Ce n’est pas le changement de régime. L’expérience a prouvé qu’il était possible de faire reculer des gouvernements, ainsi en 1995 Milosevic, sans provoquer, dans l’immédiat, leur élimination.       <br />
              <br />
       Quatre mois bientôt se sont écoulés et se vérifie l’adage que je vous rappelais le 22 mars : « On sait comment on commence une guerre. On sait rarement comment on la termine ».       <br />
              <br />
       Le courage et le professionnalisme de nos soldats méritent pleinement d’être salués. Mais être solidaire de nos soldats n’implique pas la solidarité du Parlement avec le gouvernement auquel les militaires obéissent par nécessité. Les parlementaires, pour ce qui les concerne, n’ont de comptes à rendre qu’au peuple français.  Or, vous avez fait évoluer les buts de guerre : Monsieur le Premier ministre avait déclaré, le 22 mars 2011 : « Nous appliquons toute la résolution 1973, rien que la résolution 1973 ». Mais en fait, on est passé de la responsabilité de protéger à l’objectif d’un changement de régime. M. Alain Juppé déclarait le même jour : « Il est possible à tout moment au régime de Kadhafi d’arrêter l’intervention militaire organisée sous mandat des Nations Unies : il lui suffit d’accepter la résolution 1973, c’est-à-dire de respecter un cessez-le-feu, de retirer ses troupes des positions qu’elles occupent et de laisser les Libyens s’exprimer librement. Dans la minute où le régime de Kadhafi respectera les obligations résultant de la résolution 1973, les opérations militaires cesseront. »       <br />
              <br />
       Plusieurs semaines après le déclenchement des opérations, quelle est la situation ?       <br />
              <br />
       Des populations ont été effectivement protégées, et chacun s’en réjouit. Mais les combats se poursuivent. Malgré toutes les précautions prises, les opérations de bombardement menées par l’OTAN, en dépit de nos réserves initiales, entraînent inéluctablement des pertes civiles. Ce résultat est évidemment contraire au principe rappelé dans son préambule (paragraphe 3) par la résolution 1973 selon laquelle « il incombe au premier chef aux parties à tout conflit armé de prendre toutes les mesures nécessaires, voulues pour assurer la protection des civils. » « Aux parties à tout conflit armé » : cette expression désigne tous les intervenants, qu’ils soient Libyens ou forces de l’OTAN.       <br />
              <br />
       En exigeant le départ de Kadhafi que vous receviez à Paris, il y a trois ans, en le faisant inculper par le CPI, en parachutant des armes aux rebelles, vous avez changé la nature de l’intervention. Nous sommes passés de la « responsabilité de protéger » les civils à l’ingérence, si tant est que les mots aient un sens.       <br />
              <br />
       Le but d’un changement de régime n’est pas dans la résolution 1973. Mais il s’inscrit, depuis le début du printemps arabe, dans l’air du temps, tel que le comprennent beaucoup de dirigeants occidentaux. Force est, cependant, de rappeler que l’évolution vers la démocratie ne peut se faire de la même manière dans tous les pays : la révolution démocratique – le renversement des gouvernements par le peuple (ou du moins une fraction militante de celui-ci) peut survenir dans de vieux pays suffisamment homogènes, proches de nos États-nations européens, tels la Tunisie ou l’Egypte.       <br />
              <br />
       La révolution démocratique s’opère – on le voit malheureusement – beaucoup plus difficilement là où les divisions d’opinion se superposent à des fractures tribales ou confessionnelles : Yémen, Bahreïn, Syrie, Liban, Libye. En chacun de ces pays, la guerre civile menace. Et l’action militaire extérieure ne peut qu’exacerber certaines tensions ou aller par les victimes qu’elle occasionne à l’encontre du but poursuivi qui est de protéger tous les civils sans exception.       <br />
              <br />
       La France est membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Elle y dispose d’une influence importante. Le droit est le droit.       <br />
              <br />
       On peut bien sûr interpréter à loisir la résolution 1973 dont les termes sont sans doute trop généraux. Mais est-ce l’intérêt de la France ? La souveraineté nationale a été une conquête de la Révolution de 1789. Elle reste la base de l’ordre international. Ce n’est pas par hasard que l’ONU s’appelle « Organisation des Nations Unies ». La Libye est un Etat fragile qui réunit trois régions très différentes : la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan, aux prégnances tribales encore fortes. Toute guerre est déstabilisatrice, à plus forte raison si elle se prolonge. La dissémination des armes notamment dans le Sahel ne peut que favoriser les activités terroristes. On a découvert des missiles Sam 7, au Niger. L’afflux des réfugiés, le retour des migrants installés en Libye fragilisent les Etats voisins. 470 000 réfugiés s’entassent à la frontière tuniso-libyenne. A proportion des populations, c’est comme si la France devait accueillir 3 millions de réfugiés sur son sol. Qu’a fait la France face à ce drame humain ? Elle a proposé de revoir les accords de Schengen. Plus de 1000 réfugiés au moins ont péri noyés au large de l’île de Lampedusa dans l’indifférence générale. On attend de la France une attitude moins myope et surtout plus généreuse. Partout le désordre et l’anomie menacent. Ils ne sont dans l’intérêt de personne et particulièrement pas du nôtre.       <br />
              <br />
       Nous devons donc faire respecter partout la souveraineté des nations, sous réserve de cette notion de « responsabilité de protéger » qu’une interprétation extensive de la résolution 1973 ne peut qu’affaiblir. Quand donc le Conseil de Sécurité désormais acceptera-t-il d’y recourir, sans qu’un de ses membres permanents y fasse obstacle par l’usage de son droit de veto ? La France doit rester le soldat du droit !       <br />
              <br />
       Il était nécessaire de donner un coup d’arrêt devant Benghazi et d’aider à dégager Misrata, mais ne faudrait-il pas alors favoriser les négociations entre les deux parties plutôt que de nourrir une guerre civile par des parachutages d’armes par exemple ? En réalité, vous vous êtes donné un objectif – le changement de régime dont la résolution 1973 qui proscrit l’utilisation des forces au sol, ne vous donnait pas les moyens militaires, car l’arme aérienne ne peut pas tout.       <br />
              <br />
       On peut le regretter, mais tout montre que vous avez surestimé la capacité d’influence du CNT de Benghazi et sous-estimé la capacité de résistance du régime du colonel Kadhafi. Certes, celui-ci n’est pas sympathique, mais le régime syrien l’est-il tellement davantage ? D’ores et déjà vous faites apparaître un droit international à plusieurs vitesses : n’y aurait-il pas intérêt à protéger aussi d’autres populations ? Et voilà que s’ouvrirait un engrenage sans fin … Bien entendu, vous n’interviendrez pas ailleurs. Non seulement parce que nous sommes, comme l’a dit M. le Ministre de la Défense, « au taquet de nos engagements », mais parce que le CSNU ne l’autorisera pas et parce que l’opinion publique française réprouve à juste titre la notion d’ingérence qu’au demeurant la France n’a jamais acceptée aux Nations Unies. Enfin, les Etats-Unis n’ont nulle envie d’ouvrir de nouveaux fronts. Le Président Obama n’a jamais envisagé qu’un soutien limité et la Chambre des représentants, où les Républicains sont majoritaires, vient de demander la fin de tout engagement américain en Libye même.       <br />
              <br />
       J’avais relevé, le 22 mars, un « léger parfum d’aventurisme » dans votre politique après l’intervention d’un pseudo philosophe, théoricien de longue date du droit d’ingérence, intervention qui a semble-t-il pesé dans les choix du Président de la République. Mais peut-être la décision d’intervenir en Libye servait-elle aussi de rattrapage pour faire oublier un certain « retard à l’allumage » en Tunisie …       <br />
              <br />
       Il est temps maintenant de trouver une solution politique, éventuellement fédérale, sous réserve que soient préservées autant que possible l’intégrité et l’unité du pays. C’est aux Libyens d’en décider. Chaque peuple doit trouver son propre chemin vers la démocratie. Les responsables du CNT seront reçus demain par le Conseil de l’OTAN. Il faudrait les convaincre que l’OTAN ne peut se substituer au peuple libyen.       <br />
              <br />
       Bien évidemment, le départ du colonel Kadhafi serait bienvenu, pourvu, bien sûr, que ne succède pas aussitôt un régime de vengeance, d’exactions, ou d’instabilité, comme la situation au Kosovo n’est pas loin d’en offrir le triste exemple. Mais le « groupe de contact » devrait œuvrer en vue d’un redoublement des efforts diplomatiques, en vue d’une voie négociée.       <br />
              <br />
       L’affaire du Kosovo ne s’est pas conclue – je le rappelle – par la victoire écrasante des forces de l’OTAN et par la reddition des Serbes. La Russie qui n’était pas partie au conflit, qui avait condamné l’intervention militaire, s’est entremise et a facilité un accord qui, de part et d’autre, préservait l’avenir.       <br />
              <br />
       Dans le cas de la Libye, les membres de la Ligue arabe, malgré l’appui donné au départ au principe de la création d’une zone d’exclusion aérienne, manifestent aujourd’hui un soutien plus hésitant à l’action militaire. La Tunisie, l’Egypte sont frappées de plein fouet par l’exode des réfugiés. Des médiations sont entreprises du côté de la Ligue arabe. Le Premier ministre tunisien a reçu des émissaires des deux camps. L’Union africaine, depuis le départ, s’est montrée encore plus ouvertement favorable à la négociation. Un envoyé spécial a d’ailleurs été nommé par le secrétaire général, M. Abdel-Elah Mohamed Al-Khatib pour, je cite, « apporter une solution durable et pacifique à la crise en Libye ». Il semble même que des contacts aient été pris entre le CNT de Benghazi et le régime de Tripoli que l’Union européenne et le gouvernement français ne devraient pas chercher à dissuader.       <br />
              <br />
       Quels sont les développements et les possibles conclusions des contacts qui ont été pris ? Pouvons-nous en tout cas ignorer ces efforts et nous en tenir à la seule option militaire ? Pouvons-nous au contraire, les encourager ?       <br />
              <br />
       Soyons logiques avec nous-mêmes. Nous ne cessons de prôner l’accès au statut de membre permanent du Conseil de sécurité de plusieurs pays dont nous soulignons la maturité, la puissance, l’esprit de responsabilité, etc. : le Brésil, l’Inde, l’Allemagne. Or, que s’est-il passé lors du vote de la résolution 1973 : la Chine, la Russie mais aussi l’Inde, l’Allemagne et le Brésil se sont abstenus. Ne devons-nous pas, pour une fois mettre nos actes en accord avec nos déclarations et nous interroger sur les raisons de la décision de ces pays ? Mieux, montrer que nous attachons vraiment du prix à leur attitude en ouvrant sur ce sujet une discussion avec eux. Que proposent-ils pour la Libye ? Font-ils quelque chose pour convaincre le gouvernement libyen de changer, ou de s’effacer pacifiquement ? Pouvons-nous les assister ? Ou devons-nous tirer la conclusion qu’ils ne se soucient pas vraiment de ce principe, pourtant universellement acclamé, de la « responsabilité de protéger ».       <br />
              <br />
       Il est temps, Messieurs les ministres, de conclure cette opération. Pour ce qui me concerne, je ne puis l’approuver car nous avons franchi les bornes de « la responsabilité de protéger ». Nous sommes dans l’ingérence, même si on peut ratiociner à l’infini sur l’interprétation de la résolution 1973.        <br />
              <br />
       Mais je ne veux pas émettre un vote qui pourrait être interprété comme un désaveu de ceux qui luttent pour la démocratie dans le monde arabe et pour la liberté de leurs peuples. J’exprimerai mes très fortes réserves par un vote d’abstention qui se veut aussi un appel au gouvernement pour qu’il trouve désormais rapidement à ce conflit une solution politique, conforme à l’intérêt de la France.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Nous-avons-franchi-les-bornes-de-la-responsabilite-de-proteger-nous-sommes-dans-l-ingerence_a1173.html</link>
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   <title>La "responsabilité de protéger" doit être interprétée strictement</title>
   <pubDate>Fri, 18 Mar 2011 10:32:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div>
      Le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté hier soir une résolution visant à protéger les populations civiles libyennes. Cette responsabilité de protéger définie par l'ONU en 2005 ne se confond nullement avec un droit d'ingérence ouvert à la France, à la Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et aux pays volontaires.        <br />
              <br />
       Il faut souhaiter que la résolution du Conseil de sécurité soit interprétée strictement. Les frappes doivent être réservées à des cibles militaires. Il faut donc éviter tout dommage collatéral sur les civils.       <br />
              <br />
       La France serait bien inspirée d'agir en contact étroit avec les pays arabes, notamment l'Egypte et les pays du Maghreb.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/La-responsabilite-de-proteger-doit-etre-interpretee-strictement_a1097.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Le « retour » de la France dans l'OTAN : une décision inopportune</title>
   <pubDate>Mon, 18 Jan 2010 16:11:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Un texte de Jean-Pierre Chevènement paru dans "Politique Etrangère", la revue de l'Institut Français de Relations Internationales (Ifri), "L'Alliance atlantique 1949-2009", n.4/2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1823750-2487645.jpg?v=1289480095" alt="Le « retour » de la France dans l'OTAN : une décision inopportune" title="Le « retour » de la France dans l'OTAN : une décision inopportune" />
     </div>
     <div>
      Il est vrai que, comme le font remarquer ses partisans, la décision prise par le Président de la République de faire rejoindre à la France la structure militaire intégrée de l’OTAN entérine certaines évolutions déjà anciennes, dont on pouvait à l’époque discuter l’opportunité mais qui sont, en quelque sorte, rentrées dans les mœurs.        <br />
              <br />
       La France a ainsi contribué à pérenniser l’OTAN, après la fin de la guerre froide, en acceptant qu’elle intervienne, en 1994-1995 en Bosnie-Herzégovine, puis en 1999, cette fois sans mandat de l’ONU, au Kosovo et plus généralement en Yougoslavie. Dès décembre 1995, la France a regagné le Comité militaire de l’OTAN. Nous avons accepté le « hors zone ». L’Alliance atlantique, à laquelle nous n’avions jamais cessé de participer, était au départ une alliance défensive, cantonnée à la zone euro atlantique. Elle est devenue, au fil des ans, et particulièrement depuis 1999 (Kosovo) et 2001 (Afghanistan), une alliance globale, engagée dans des opérations de stabilisation et de rétablissement de la paix. C’est un changement de nature. On nous présente l’OTAN comme un « bras armé de l’ONU ». Cela n’a pas toujours été le cas. Pendant la guerre du Kosovo et pour bombarder les villes yougoslaves, l’OTAN a agi en substitution de l’ONU et sans mandat du Conseil de Sécurité. Espérons que ce fâcheux précédent ne se reproduira pas. Constatons toutefois qu’il a ouvert la voie, quatre ans plus tard, à l’invasion de l’Irak par une « coalition de volontaires » regroupés autour des Etats-Unis et pour la plupart membres de l’OTAN, anciens ou nouveaux. La France, sur sa ligne d’opposition à l’invasion de l’Irak, était alors loin d’être majoritaire au sein de l’organisation que dominent les Etats-Unis aussi bien d’ailleurs qu’au sein de l’Union européenne.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Par ailleurs, nous sommes devenus l’un des principaux contributeurs de ces <span style="font-style:italic">« opérations de stabilisation »</span> de l’OTAN. Fallait-il aller plus loin en rejoignant le Comité des plans de défense ainsi que les Etats-majors de l’OTAN, bref la structure militaire intégrée qui reste placée, du point de vue opérationnel, sous le commandement suprême d’un général américain ? La justification de cette décision n’est pas évidente car c’est là une décision politique et symbolique dont l’importance ne saurait être sous-estimée.       <br />
              <br />
       Les avantages à attendre ne me paraissent pas valoir les inconvénients qu’elle comporte. La justification donnée par le Président de la République (<span style="font-style:italic">« Nous  appartenons à la famille occidentale »</span>) procède, à mes yeux, d’une vue bien rapide. Certes, le déclin de l’Hyperpuissance américaine est inscrit à l’horizon : les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens. Leurs déficits abyssaux contribuent à l’affaiblissement du dollar comme monnaie mondiale. Un compétiteur global a surgi : la Chine dont la puissance économique, dans les quinze ans à venir, égalera la leur et qui, déjà, tient dans ses mains le sort du dollar. Les armées américaines, par ailleurs, sont engagées dans deux conflits simultanés, en Irak et en Afghanistan, dont l’issue est incertaine. Ce n’est évidemment pas le moment de compliquer la tâche des Etats-Unis du Président Obama. Mais sommes-nous prêts, par « occidentalisme » à contribuer à leur effort militaire, en Afghanistan par exemple, comme nous l’avons déjà fait en 2001-2008 ? Quel gage voulons-nous donner, et en quoi cet effort éventuel correspond-il à un intérêt national ? Nous n’avons pas intérêt à être entraînés dans une « guerre des civilisations », pour reprendre l’expression forgée par Samuel Huntington. Le Sud est pluriel et le Nord, heureusement, l’est aussi. Le terrorisme et les guerres asymétriques sont des aspects importants mais probablement pas déterminants du monde qui vient. Ce qui est décisif à long terme, c’est le bouleversement de la hiérarchie des puissances. Le terrorisme est un phénomène multidimensionnel sur lequel les grandes puissances et même les moins grandes peuvent trouver des compromis de façade (les Russes ont leurs Tchétchènes, les Chinois leurs Ouigours). Il n’est pas sûr que les mouvements terroristes obéissent partout aux mêmes logiques. A mes yeux, c’est d’abord une affaire de police que de déjouer leurs agissements.       <br />
              <br />
       Si l’amitié franco-américaine a des racines historiques profondes, nos politiques n’ont pas toujours été accordées. Les Etats-Unis, dans les deux guerres mondiales, ne sont intervenus à nos côtés qu’en 1917 et en décembre 1941, même s’il est vrai que leur intervention a fait pencher la balance. Mais les historiens, au moins, savent que les Etats-Unis n’ont pas respecté en 1919 les engagements pris par Wilson à l’égard de Clemenceau et qu’en l’absence de leur garantie, l’Europe ne pouvait aller que vers une nouvelle guerre mondiale. De même, peut-on oublier que, sans le général de Gaulle, dont le gouvernement n’a été reconnu par Roosevelt qu’en juillet 1944, notre pays eût été traité comme un pays vaincu et occupé ?        <br />
              <br />
       La décision prise par le Président Sarkozy de faire rejoindre par la France la structure militaire intégrée de l’OTAN, coïncide heureusement avec l’élection du Président Obama à Washington. Celui-ci a entamé une révision fondamentale et bienvenue de la politique américaine au Proche et au Moyen-Orient. Mais sommes-nous sûrs d’être consultés sur les grandes orientations quand elles seront concrétisées par des décisions américaines ?        <br />
              <br />
       Tout montre que la décision française de rejoindre les Etats-majors de l’OTAN procède de raisonnements antérieurs à l’élection de Barack Obama, largement développés déjà dans le « Livre blanc sur la Défense et la Sécurité » de juin 2008. Celui-ci évoque <span style="font-style:italic">« le déplacement des intérêts stratégiques communs vers des zones de crises sensibles comme le Moyen-Orient ou l’Asie »</span> (1). Cette communauté d’intérêts mériterait d’être démontrée. Nous n’avons pas toujours eu les mêmes intérêts dans le Golfe arabo-persique. Nous ne sommes pas également engagés dans la zone de la Caspienne, zone où s’exerce l’influence de la Russie, considérée comme un partenaire stratégique de l’Union européenne.       <br />
              <br />
       L’Afghanistan enfin, au cœur du « Heartland », cher à M. Brzensinski, ne fait pas partie de nos zones d’influence traditionnelles et il est bien d’autres pays à la dérive qui peuvent servir de « sanctuaires » au terrorisme. Bref, on a quelquefois l’impression que notre politique vis-à-vis de l’OTAN et notre nouvelle doctrine de sécurité nationale, qui fait du terrorisme djihadiste la principale menace pour la France, retardent d’un Président américain. La nouvelle géographie des puissances n’a pas été prise en compte et il se peut fort bien que nous soyons entraînés, au nom de la « solidarité occidentale », dans des guerres qui ne soient pas vraiment les nôtres. Les Etats-Unis sont profondément engagés en Asie. L’Europe n’est plus leur préoccupation principale. La France et l’Europe, à l’avenir, pourraient bien être amenées à compter davantage sur elles-mêmes. Réintégrer la structure militaire de l’OTAN, vieillie et même franchement dépassée, n’est pas la meilleure manière de nous préparer à relever les défis futurs.       <br />
              <br />
       L’argument selon lequel nous devrions, à partir du moment où nous avons des soldats sur le terrain, avoir des généraux dans les états-majors de l’OTAN, n’est convaincant qu’en apparence : les grandes décisions sont politiques, et ce qui se passe autour de Kaboul ne se décide ni à Lisbonne ni à Norfolk, ni à Mons, mais à Washington. L’argument de la « défense européenne », à laquelle contribuerait notre complète réintégration de l’OTAN, est également très faible : nous lèverions ainsi la suspicion de nos partenaires à l’égard de nos intentions profondes. C’est une vue bien naïve des choses. Nos partenaires s’en remettent à l’OTAN pour ce qui est de leur défense, parce que c’est moins cher et parce que beaucoup d’entre eux préfèrent dépendre de Washington que de Bruxelles – on le comprend – mais aussi que de Paris, Londres ou Berlin. L’Histoire est passée par là. Le grand danger de la complète réintégration de la France dans l’OTAN, c’est le futur partage des rôles. En effet, les Américains voudraient bien partager le fardeau mais pas les responsabilités. S’agissant des limites de l’OTAN, nous ne savons même pas ce qu’elles seront demain. Le principe d’une adhésion future de l’Ukraine et de la Géorgie n ‘a pas été remis en cause, même si la date a été différée. La politique américaine nous entraînera dans son sillage toujours plus à l’Est, au mépris de nos intérêts fondamentaux qui devraient nous conduire à ménager la Russie. Certes, c’est un sentiment actuellement partagé par le Président Obama. Mais demain ? Les Européens risquent de s’habituer toujours plus à dépendre de Washington pour leur sécurité. Et même, la France, à laquelle le général de Gaulle avait voulu rendre la volonté et les moyens de se défendre par elle-même, sans pour autant rompre l’alliance avec les Etats-Unis, peut, crise financière et budgétaire aidant, se résigner à voir se relâcher, peu à peu, son effort de défense, déjà historiquement faible (2).       <br />
              <br />
       Comment ne pas nourrir une profonde inquiétude sur l’avenir de « l’esprit de défense », déjà affaibli dans notre pays par la suppression du service national, en 1996, et que nos engagements extérieurs, sous la bannière de l’OTAN risquent encore de fragiliser ?        <br />
              <br />
       En quoi la décision de réintégrer complètement la structure militaire de l’OTAN nous permet-elle de mieux relever les défis de sécurité des temps à venir ? J’avoue ne pas le discerner clairement. Je vois ce que cela coûte financièrement et humainement. Je vois, non sans tristesse, le coup porté à l’idée que la France, décidément, n’est pas, en Occident, une nation comme les autres. En symbolique, cette décision a un impact très fort, notamment vis-à-vis des pays du Sud, de ceux qu’on dit « émergents » et qui seront les grandes puissances de demain. Nous abdiquons par avance l’idée que la France, et à travers elle l’Europe, pourraient être elles-aussi un « pôle » dans le monde « multipolaire » de demain.       <br />
              <br />
       On nous dit que c’est « symbolique ». Mais le « symbolique », en politique internationale, c’est tout ! C’est l’idée que les autres se font de nous comme grand pays indépendant. Cette idée risque d’être atteinte chez les autres, et par ricochet chez nous. On cherchera à nous rassurer en expliquant que la France ne renonce ni à l’indépendance de sa force de dissuasion nucléaire, ni au principe selon lequel il ne peut y avoir aucune automaticité dans ses engagements, y compris à l’intérieur de l’OTAN. Mais peut-on dire « non » tout le temps dans une organisation dominée par les Etats-Unis et dans laquelle nous aspirons à nouveau à jouer, mieux que les « bons élèves », les premiers rôles ?        <br />
              <br />
       Plusieurs de nos partenaires européens prêchent déjà, à voix basse, pour une Europe « libérée des armes nucléaires » ou pour l’intégration par la France du Comité des plans nucléaires de l’OTAN. Comment ne pas voir que ce serait la porte ouverte à la prise en compte, à brève échéance, de notre force de dissuasion, dans les négociations relatives au désarmement nucléaire ? Il faut tenir bon sur une idée simple : notre dissuasion est « tous azimuts », même si elle contribue à la dissuasion globale de l’Alliance. Tout discours sur une éventuelle « dissuasion élargie » que nos voisins ne nous demandent pas est aujourd’hui inopportun.       <br />
              <br />
       Une décision qui porte atteinte à la spécificité de notre posture de défense indépendante ne peut pas être bonne. Elle rompt avec l’esprit de la décision du général de Gaulle en 1966, même si évidemment la situation géopolitique n’est plus la même. Mais de quoi demain sera-t-il fait ? D’autres puissances montent à l’horizon. Le Président des Etats-Unis ne sera pas toujours Barack Obama. Celui-ci, aussi bien, s’est donné comme tâche de restaurer le leadership des Etats-Unis dans le monde. De ceux-ci, nous sommes les amis. Mais notre souci, à nous, doit rester d’abord l’intérêt national dont seule l’indépendance de notre défense nous fournit une garantie certaine, qui n’exclut nullement d’ailleurs la pratique des alliances. L’Europe, apparemment atlantiste, est en fait pacifiste. Elle aspire à la retraite. Mais en langage militaire, le mot « retraite » a une autre signification. Les Etats-Unis peuvent-ils vraiment compter sur des « alliés » pareils ?       <br />
              <br />
       Nous pouvons, faute de volonté, être conduits à ne plus défendre nos intérêts véritables, coincés que nous sommes déjà entre la dévaluation compétitive du dollar et la concurrence des pays à très bas coûts salariaux. Bref, nous pouvons nous absenter de l’Histoire, y compris en participant à des guerres où nos intérêts fondamentaux ne sont pas engagés : il suffit d’abdiquer ce qui fonde en dernier ressort notre souveraineté : le souci d’une défense réellement « nationale ». Alors, nous, nous serons vraiment « sans défense ».       <br />
              <br />
       On dit aussi d’un corps privé de ses barrières immunitaires, qu’il a perdu « ses défenses ». Ce risque est contenu dans le renoncement à notre souveraineté, particulièrement dans le domaine militaire. Qu’est-ce que l’OTAN ? Que sera demain son « concept stratégique » ? Quels sont les limites de nos engagements ? A ces questions, il eût fallu répondre préalablement. Au lieu de quoi, on adhère. J’entends que nous ne serons engagés en rien qui soit contraire à notre volonté. Mais où est notre volonté ? Apparemment nos partenaires européens se soucient peu de bâtir une défense européenne et nous ne pouvons pas le faire sans eux. Alors, de quoi parle-t-on ?       <br />
              <br />
       Quant aux Etats-Unis, ils se soucient apparemment fort peu d’une France qui semble être venue, d’elle-même, à résipiscence. Une France qui devra faire preuve de beaucoup de courage et de ténacité pour effacer, si faire se peut, dans la conscience des autres et dans la sienne propre, les conséquences d’une décision profondément inopportune.       <br />
              <br />
              <br />
       ----------       <br />
       1/ Livre blanc, p. 107       <br />
       2/ 1,6 % du PIB, si on défalque du budget total de la Défense, celui de la gendarmerie.
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