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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-10-10T00:36:24+02:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>Entretien au Figaro : "Il faut un gouvernement de salut public"</title>
   <pubDate>Thu, 09 Apr 2020 11:03:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Figaro, propos recueillis par Alexandre Devecchio, jeudi 9 avril 2020.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/44632136-36397554.jpg?v=1586424952" alt="Entretien au Figaro : "Il faut un gouvernement de salut public"" title="Entretien au Figaro : "Il faut un gouvernement de salut public"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Le Figaro : Cela fait près d’un mois que la France est confinée et on ne voit pas l’issue de la crise. Que faire ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L’épidémie de coronavirus nous rappelle que l’histoire est tragique. Ce n’est pas « un ultimatum de la nature » comme l’a dit Nicolas Hulot. Ce n’est en rien la conséquence du réchauffement climatique. Cette pandémie est un aspect - pas des plus plaisants - d’une mondialisation laissée à elle-même. Imprévisible par sa soudaineté, sa brutalité, le caractère quasi universel de son expansion, cette pandémie révèle notre incapacité à faire face en l’absence de vaccin. J’ajoute qu’elle met en lumière les dépendances que la France, parmi d’autres, a laissé se créer en transférant à l’autre bout du monde la moitié de son industrie, notamment pharmaceutique et médicale.       <br />
              <br />
       La seule stratégie que j’aperçois, c’est la multiplication des tests, le traçage, le confinement des malades et des personnes à risque en attendant d’ici un an ou deux la production d’un vaccin. Une deuxième crise va s’imposer : c’est la semi-paralysie de notre économie. Plus que tout c’est un état d’esprit qu’il faut changer. J’entends encore s’élever la voix des thuriféraires d’un approvisionnement à bas coût. C’est la voie de la facilité. Les exigences de la sécurité imposent un discours plus rude, c’est le retour du long terme, de la nation, de l’État républicain. L’insouciance a fait son temps. Pour réduire notre dépendance, il faut produire national. Après la bataille de la Marne, il y a eu la guerre des tranchées et cette pandémie peut durer longtemps. Planifier n’est pas un gros mot. L’heure est à l’unité nationale. Je n’entends obtenir l’abjuration publique de personne, mais une salutaire prise de conscience dans nos élites. Il nous faut un gouvernement de salut public. Toutes les forces vives doivent se sentir associées. L’heure n’est pas aux procès, ni aux polémiques politiciennes. Il y a deux scénarios possibles : 1914 ou 1939-1940. Pour ma part, je choisis l’union sacrée. C’est au président de la République qu’incombe le devoir de mettre le pays à la hauteur des défis.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>« Notre priorité, aujourd’hui, est de produire davantage en France », a lancé Emmanuel Macron le 31 mars en visite dans une PME angevine. Que vous inspire cette promesse ?</b>       <br />
              <br />
       J’approuve évidemment cette orientation. La crédibilité de ce tournant a besoin d’être étayée par des actes, notamment la création d’un grand ministère de l’Industrie qui nous fait aujourd’hui défaut. Le proverbe nous dit que c’est au pied du mur qu’on verra le maçon. Une stratégie de mobilisation doit être mise en œuvre. Il faut penser à long terme la réorganisation de nos chaînes de valeur et de production.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>La France n’a pas été capable jusqu’ici de produire des masques massivement et rapidement. Comment expliquer cette situation humiliante ?</b>       <br />
              <br />
       Après les chocs pétroliers intervenus dans la seconde partie de la décennie 1970, nos élites ont fait le choix de la société post-industrielle, c’est-à-dire des services, elles se sont détournées de l’industrie. La politique industrielle est devenue un gros mot. Nous avons accepté les accords de la Jamaïque en 1976, qui ont fait du dollar la monnaie mondiale et nous avons choisi d’accrocher au mark le franc, ce qui en faisait une monnaie surévaluée. Nos élites ont choisi la mise en concurrence des mains-d’œuvre au profit des pays à bas coût. Deux chiffres résument cette politique : le nombre d’emplois dans l’industrie est passé de six millions à moins de trois millions de salariés.       <br />
              <br />
       Quant à la part de l’industrie dans la valeur ajoutée, elle est tombée de 20 à 10 %. L’Europe et les États-Unis ont transféré dans les pays à bas coûts une grande partie de leur industrie. Les États-Unis commençaient de s’en aviser, c’était là l’origine de ce que j’ai appelé la recomposition géopolitique du capitalisme. La guerre commerciale et technologique entre les États-Unis et la Chine constituait les prémices de ce nouveau monde, mais la crise est arrivée par là où on ne l’attendait pas. Cette pandémie mondiale est une rupture fondamentale dans notre histoire aussi grande que la chute du communisme en 1989-1991.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Dès 1983, vous claquiez la porte du ministère de l’Industrie et de la Recherche. Pourquoi ?</b>       <br />
              <br />
       Le projet de la gauche était un projet industrialiste. Quand j’ai vu que François Mitterrand lui tournait le dos et renouait avec la politique précédente notamment par l’accrochage du franc au mark qui allait durablement handicaper notre industrie, le simple sens de l’État, pour ne pas employer de plus grands mots, m’a commandé de résigner mes fonctions de ministre de l’Industrie. Nous avons souffert depuis lors d’une monnaie surévaluée qui est largement à la source de nos déboires économiques.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>L’Allemagne semble justement capable, elle, d’assurer son indépendance. Est-ce-que ce décalage tient au coût du travail ?</b>       <br />
              <br />
       Non, l’Allemagne a su conserver son industrie et même la développer. Cela se voit dans le domaine de la pharmacie où l’Allemagne dégage un très fort excédent. Le coût du travail dans les deux pays est voisin, mais l’Allemagne peut s’appuyer sur la sous-traitance de pays à bas coûts, comme la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, la Slovaquie, bref sur son <span style="font-style:italic">hinterland</span> d’Europe centrale et orientale. Mais il faut se rappeler que l’Allemagne a creusé l’écart dès la fin du XIXe siècle. Les Allemands ont mis leur argent dans leur industrie, tandis que Français et Britanniques investissaient leur épargne dans des emprunts problématiques ou des projets de développement lointains. Pendant les Trente Glorieuses, de 1945 à 1974, la France cependant, a su remonter le courant en s’appuyant sur son État stratège et sur ses propres forces dans les domaines de l’aéronautique, de l’électronucléaire, du ferroviaire, etc.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Comment peut-on concrètement réindustrialiser après tant d’années de désindustrialisation? Cela est-il possible dans un monde ouvert ?</b>       <br />
              <br />
       L’erreur serait de penser qu’on va revenir au <span style="font-style:italic">statu quo ante</span>, après une brève parenthèse. C’est l’ensemble des chaînes de création de la valeur, l’ensemble des chaînes de production, qu’il faut revoir méthodiquement. Et la réponse se trouve d’abord dans une conversion de nos élites à l’industrie et au développement technologique. Le problème que j’avais posé il y a presque une quarantaine d’années est toujours là. Sommes-nous capables de sécréter de nouvelles élites ayant le sens de l’intérêt général et du patriotisme républicain? Sommes-nous capables de faire émerger de grands managers publics qui seraient les Marcel Boiteux, les Louis Armand, les Paul Delouvrier, les Pierre Guillaumat, les Georges Besse de demain?       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Arnaud Montebourg a affirmé dans nos colonnes que «la mondialisation est terminée». N’est-ce pas péremptoire ?</b>       <br />
              <br />
       Non, Montebourg a raison : une certaine mondialisation libérale est terminée. Nous allons vers une recomposition géopolitique du capitalisme, pour reprendre <a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Quelle-recomposition-geopolitique-du-capitalisme_r161.html">le titre d’un récent colloque de la Fondation Res Publica</a>. Le monde de demain va s’organiser autour de deux pôles, les États-Unis et la Chine. Celle-ci va se recentrer sur son marché intérieur. Quant aux États-Unis, ou bien ils persévéreront dans leur unilatéralisme, je pense à l’extra-territorialité du droit américain et à leur politique de taxation unilatérale, ou bien ils reviendront à une politique d’alliance équilibrée avec l’Europe. La question qui se pose est de savoir si l’Europe va trouver sa place dans le nouveau monde.       <br />
              <br />
       En tout état de cause, l’Europe ne pourra le faire que si elle s’étend jusqu’à la Russie, et met en commun toutes ses capacités. La grande Europe que le général de Gaulle avait appelée de ses vœux représente tout de même 700 millions d’habitants.       <br />
              <br />
       Naturellement, à l’intérieur de cette grande Europe, il faudra développer les synergies nécessaires, non pas seulement dans l’aéronautique et le spatial, mais aussi dans des domaines comme le numérique et les batteries électriques afin de remodeler notre industrie automobile. Pour cela, il faut sans doute ressusciter l’équivalent de ce qu’était le commissariat général du plan dans les premières années de la Ve République. Le PIB de la zone euro dépasse dix mille milliards d’euros, la question du financement a été abordée par le mauvais bout. Si les Allemands ne veulent pas de coronabonds, nous n’avons pas les moyens de les leur imposer. Par contre, la Banque centrale européenne a mis sur la table plus de 1 000 milliards d’euros, ce qui se compare tout à fait à ce qu’ont fait la Fed américaine ou la Banque centrale d’Angleterre. La BCE doit selon moi, calquer son comportement sur celui des deux banques centrales anglo-saxonnes.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>« Nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne ». Que vous inspirent ces propos du président de la République ?</b>       <br />
              <br />
       La «souveraineté européenne» n’est pas un bon mot car il n’y a pas de peuple européen, mais elle signifie à mes yeux la mise en commun de nos moyens et l’harmonisation de nos plans de relance. Seule la nation fournit un cadre légitime à la démocratie.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>L’Europe actuelle est-elle à la hauteur ?</b>       <br />
              <br />
       On voit bien que l’Europe de Maastricht touche à sa fin. La mise au rancart du pacte de stabilité budgétaire et l’autorisation des aides d’État manifestent clairement que tous les gouvernements, y compris le gouvernement allemand ont pris conscience d’être face à une crise sans égale qui implique l’usage des grands moyens. Le mécanisme européen de solidarité a été fait pour autre chose : la sauvegarde de l’euro au lendemain de la crise (des dettes souveraines) de 2010. C’est un trop petit fourgon-pompe pour l’incendie qui nous menace. On peut déplorer que l’Europe ne soit pas capable de lancer un emprunt solidaire pour faire face à un péril inédit et qui nous est commun. Il faut se tourner vers ce qui existe véritablement, en l’occurrence la Banque centrale européenne qui va racheter des titres, y compris publics, et permettre aux États de mettre en œuvre des politiques de sécurité dans tous les domaines : la santé mais également l’agriculture, l’industrie et l’énergie. Était-il sensé par exemple de fermer la centrale de Fessenheim qui nous donnait une énergie peu chère et décarbonée ? C’est ce qu’on appelle se tirer une balle dans le pied ! Il est temps de revenir sur les concessions complaisantes faites aux Verts. Bien sûr, chacun adhère au fait qu’il faut préserver les biens communs de l’humanité, mais il faut rompre avec la technophobie, l’idéologie antiscience et l’hostilité à l’énergie nucléaire.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>La Chine peut-elle être le grand vainqueur de cette crise ?</b>       <br />
              <br />
       La Chine va repartir plus tôt que les autres grands pays industriels. Elle a su circonscrire la pandémie à la province du Hubei. Elle va creuser l’écart comme elle l’a déjà fait après la crise de 2008. La Chine a su allier le marché et la planification. Nous devons recréer les outils d’une politique volontariste : nommer des commissaires à la réindustrialisation. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les grandes démocraties ont su s’organiser. La liberté ce n’est pas l’anarchie. Le capitalisme va vers une certaine régionalisation qui n’empêchera pas les échanges mais qui est la condition de la viabilité à long terme de nos économies.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Beaucoup évoquent le « monde d’après » et la refondation qui nous attend. Quels sont les grands axes sur lesquels travailler ?</b>       <br />
              <br />
       Il y en a quatre. Tout d’abord, le retour de l’État, c’est-à-dire du sens de l’intérêt général, du sens du long terme, le retour du patriotisme et du civisme chez les élites et dans le peuple.       <br />
              <br />
       Le deuxième axe, c’est l’autonomie stratégique de l’Europe dans tous les domaines. Je suis inquiet des conséquences que la crise actuelle peut avoir sur notre budget de défense. Ce serait une erreur de relâcher notre effort dans le domaine de la modernisation de notre dissuasion nucléaire. Ce n’est pas non plus le moment d’abandonner notre politique agricole commune.       <br />
              <br />
       En troisième lieu, il faut concevoir une grande Europe de l’Atlantique à la Russie.        <br />
              <br />
       Enfin, en quatrième lieu, il faut revoir la philosophie de l’Union européenne et du marché unique, substituer au primat de la concurrence la politique industrielle. Bien entendu, la concurrence demeure la règle, mais celle-ci doit tolérer autant d’exceptions que l’intérêt général l’exige. Il est temps que la Commission, comme l’a dit M. Thierry Breton, fasse des propositions en matière de politique industrielle européenne. Pour le reste, je crois en la subsidiarité. Il faut accepter les aides d’État pour que chaque pays membre puisse retrouver une autonomie acceptable. Il n’est pas normal par exemple que nous ayons laissé partir à l’autre bout du monde des industries comme la fabrication des appareils d’assistance respiratoire.       <br />
              <br />
       Nous devons repenser l’avenir en dehors des règles posées au plan théorique par Friedrich Hayek et Milton Friedman, et sur le plan politique par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Souvenons-nous que le marché unique a été créé en Europe quand le néolibéralisme était à son zénith. Il faut aussi savoir prendre congés en Europe de Jacques Delors et Pascal Lamy. La concurrence pure et parfaite a eu son heure de gloire, mais elle a aujourd’hui fait son temps.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.lefigaro.fr/vox/politique/jean-pierre-chevenement-il-faut-un-gouvernement-de-salut-public-20200408">Le FigaroVox</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Entretien-au-Figaro-Il-faut-un-gouvernement-de-salut-public_a2091.html</link>
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   <title>"Il faut sortir de l'ultra-libéralisme et revenir à la République"</title>
   <pubDate>Mon, 30 Sep 2019 09:33:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission "Ça vous regarde" consacrée à "Jacques Chirac, le jour d'après" sur LCP. Grand témoin, il répondait également aux questions de Myriam Encaoua au sujet du documentaire de David Pujadas, "Jean-Pierre Chevènement l'indomptable". Le vendredi 27 septembre 2019.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/37755853-33228240.jpg?v=1785071881" alt=""Il faut sortir de l'ultra-libéralisme et revenir à la République"" title=""Il faut sortir de l'ultra-libéralisme et revenir à la République"" />
     </div>
     <div>
      <a class="link" href="http://www.lcp.fr/emissions/ca-vous-regarde/294560-jacques-chirac-le-jour-dapres">Revoir l'émission sur le site de LCP</a>       <br />
              <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur Jacques Chirac</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Myriam Encaoua : Jean-Pierre Chevènement, je rappelle que vous et Jacques Chirac vous êtes opposés à la guerre en Irak de François Mitterrand à l'époque, que vous étiez ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Jospin lorsqu'il était Président de la République en 1997. Vous attendiez-vous à tous ces hommages de la part des Français ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je crois que les Français avaient fini par l'aimer. En 1981 et 1988, ils lui ont marchandé leur confiance, il n'a pas fait des scores formidables. Mais avec le temps, ils se sont habitués à lui, ont aimé ce géant chaleureux et se sont attachés à lui. Il fait partie de notre histoire.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec Jacques Chirac ?</b>       <br />
              <br />
       Ma première rencontre date du moment où Jacques Chirac venait d'être élu maire de Paris. J'allais à l'Hôtel de Ville voir mon ami Georges Sarre, qui présidait à l'époque le groupe socialiste, et ce dernier s'entendait très bien avec Chirac. Il m'a proposé de le rencontrer. Nous avons parlé notamment des questions militaires, nucléaires – un point sur lequel il avait une forte divergence avec Giscard –, et je me suis aperçu dans le feu de la conversation que nous avions beaucoup de convergences. Cela a créé un lien et nous sommes convenus de rester en contact.       <br />
              <br />
              
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>On connaît le Chirac chaleureux. Que dire du Chirac secret, du &quot;mystère Chirac&quot; ? A cet égard, il ressemble à Mitterrand. Y avait-il des points communs entre les deux hommes ?</b>       <br />
              <br />
       Ils étaient très différents. Chirac était beaucoup plus spontané, plus entier, Mitterrand savait où il allait et y allait par des biais sinueux. Il traitait chacun à sa mesure et selon ce qu'il en attendait. Mitterrand était redoutablement complexe. Chirac paraissait plus simple, plus direct. Pour l'avoir bien connu lorsque j'étais son ministre de l'Intérieur, jusque fin 2000, puis après 2002, j'ai eu l'impression qu'il avait pour moi une certaine affection. Je lui suis reconnaissant de ce qu'il a fait par exemple pour Alstom à Belfort, qu'il a sauvé alors qu'une boulette énorme avait été faite (ie la vente des turbines à gaz à un groupe suisse qui frôlait la faillite). En outre, au sein de la classe politique française nous étions peut-être les deux seuls à bien connaître l'Irak, son hétérogénéité. J'ai encore dans l'oreille la phrase qu'il me dit en septembre 2002 : &quot;Je ne connais pas le général sunnite qui pourrait remplacer Saddam Hussein&quot;. De fait, il n'existait pas. Dans un pays majoritairement chiite, il devine la guerre civile et c'est pour cela qu'il ne veut pas de la guerre en Irak.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Quand vous démissionnez en 1991 parce qu'il y a l'invasion du Koweït et que Mitterrand décide la guerre en Irak, pensez-vous que c'est la continuité avec 2003 ?</b>       <br />
              <br />
       C'est un peu différent : ce sont Bush père et Thatcher qui décident alors de faire la guerre à l'Irak. François Mitterrand, il faut bien le dire, y a adhéré dès le début. Je pensais quant à moi qu'il y avait la place pour la diplomatie... La première guerre prépare évidemment la seconde, avec le blocus, puis la destruction de l'Etat irakien, puis la guerre civile entre chiites, sunnites, kurdes, et nous récoltons Daech. Chirac et moi avons vu cela car nous connaissions l'Irak, où la France était très présente dès 1972, année où Pompidou décide que les Français continueront à enlever le pétrole irakien même après la nationalisation par le régime qui vient de prendre le pouvoir après la révolution de 1958.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jacques Chirac a-t-il été un bon Président ?</b>       <br />
              <br />
       La vie de Jacques Chirac est multiple. A certains moments c'est un très grand Président qui honore la France, comme avec la guerre d'Irak qu'il refuse. A d'autres moments il est moyen, comme durant la cohabitation, il s'en sort un peu sur les chapeaux de roue. Et sur l'Europe, je ne partage pas ses idées.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur le documentaire &quot;Jean-Pierre Chevènement l'indomptable&quot;</span> (plus de détails <a class="link" href="https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-l-indomptable-lundi-30-septembre-a-20h30-sur-LCP_a2059.html">ici</a>)       <br />
              <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jean-Pierre Chevènement, vous qui avez fait preuve tout au long de votre carrière d'intuitions justes, qui se sont vérifiées, quelle est votre vision de l'avenir ?</b>       <br />
              <br />
       Mes parents étaient des instituteurs laïques qui m'ont appris qu'il faut d'abord comprendre le monde avant d'agir, que le bon jugement passe avant tout le reste. Il faut faire un effort de conception avant de faire quoi que ce soit.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Que pensez-vous du retour de l'autorité, du patriotisme économique et du Made in France, de la glorification de l'identité de la France ? Vous aviez anticipé tout cela.</b>       <br />
              <br />
       La mondialisation, qui ouvrait sur un monde où les Nations étaient censées devoir s'effacer, était une erreur. D'une part on allait sacrifier notre industrie, ce qui fut le premier motif de ma démission, et malheureusement la suite ne m'a pas donné tort. D'autre part, dans un monde aux inégalités croissantes, au chômage de masse, aux fractures sociales, géographiques, générationnelles, entre pays, on ouvrait la voie aux réactions identitaires, nationales, religieuses.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>On assiste à un renfermement des Etats sur eux-mêmes, à la montée des populismes. Le recul de la mondialisation est-il une bonne chose ?</b>       <br />
              <br />
       La mondialisation a comporté beaucoup d'effets déstructurants que ses partisans n'ont pas vu venir. Ou ils l'ont fait pour gagner plus d'argent, c'était une pulsion d'avidité. Le résultat est là : on se rend compte que le cadre de la démocratie, de la solidarité, est la Nation. En Europe, des gens qu'on ne connaît pas prennent toutes les décisions sans s'appuyer sur les Nations. Le peuple comprend qu'il est complètement dessaisi.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Vous avez longtemps affirmé être au-dessus de la droite et de la gauche. N'y-a-t-il pas un danger à être aujourd'hui coincés entre entre les progressistes et les nationalistes ? La gauche a-t-elle un avenir ? Le PS ?</b>       <br />
              <br />
       Au-dessus de la droite et de la gauche, il y a la République, l'exigence républicaine. Le parti socialiste ne peut pas renaître aujourd'hui, il faudrait qu'il change son logiciel mondialiste et européiste. Si la gauche voulait se reconstruire comme une force politique, il faudrait qu'elle s'efforce de comprendre le monde, de voir comment en Europe l'Etat social peut être défendu durablement, ce qui n'est pas évident.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Si Macron était battu et Le Pen vainqueur aux prochaines élections, pensez-vous que ce serait une catastrophe pour la France ?</b>       <br />
              <br />
       Ça ne se passera pas comme ça. Je crois que Madame Le Pen a atteint son plafond de verre et que Monsieur Macron a encore ses chances, mais c'est très dangereux et il peut arriver que des tendances qui n'ont pas pensé le monde arrivent au pouvoir. Je suis plutôt partisan d'un clivage entre les Républicains et les ultra-libéraux. Il faut sortir de l'ultra-libéralisme et revenir à la République.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Pourquoi vous êtes-vous présenté en 2002 et avez-vous des regrets ? Voudriez-vous parler avec Jospin aujourd'hui ?</b>       <br />
              <br />
       Je n'ai pas vu venir Le Pen mais Jospin non plus, et personne d'autre d'ailleurs ! Je ne regrette pas d'avoir été candidat car j'ai apporté des idées claires et fortes qui ont aujourd'hui toute leur pertinence. J'ai souhaité faire un pôle républicain avec Jospin et je lui en ai parlé à mon retour du Val-de-Grâce. Nous partagions un certain nombre d'idées et j'ai cru que nous pourrions nous entendre, vers 1999. Mais à ce moment-là, on a vu que Jospin était ramené à ses sources : celles du Mitterrandisme, de l'Europe libérale et d'une conception économique qui était celle de Strauss-Kahn qui n'avait rien à voir avec la mienne.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Y a-t-il du chevènementisme chez Macron ?</b>       <br />
              <br />
       D'abord, Macron est un homme très intelligent, ce qui ne fut pas le cas de tous nos présidents de la République. Mais il est entouré de libéraux de droite, de libéraux de gauche et de libéraux du centre. Ca ne suffit pas pour faire une politique innovante. Il faut avoir des Républicains énergiques ! Ce qu'Emmanuel Macron dit sur l'immigration n'est pas stupide, mais qui y a-t-il autour de lui pour porter cette politique qui demande une culture, un humanisme, une finesse, une fermeté ? Le problème d'Emmanuel Macron est qu'il n'a pas d'équipes suffisamment solides.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le budget 2020 était présenté aujourd'hui en Conseil des Ministres. Y a-t-il un tournant keynésien ? S'agit-il d'un budget du pouvoir d'achat, d'une réponse aux Gilets jaunes ?</b>       <br />
              <br />
       Les Etats-Unis ont la monnaie mondiale, alors que nous sommes dans le système de l'Euro. Qu'en pensent les Allemands ? Il suffit de lire les articles dans la presse allemande. Le déficit prévu à 2,2% est en dessous du critère de 3%, mais le TSCG prévoit une descente à 0%. Il prévoit des choses irréalistes ! On ne peut pas avoir une BCE qui met l'argent à zéro et se priver du levier budgétaire, ce qui suppose un accord entre la France et l'Allemagne.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Quid de la situation en Grande-Bretagne, notamment au Parlement où la situation se tend considérablement ?</b>       <br />
              <br />
       Il y a une certaine vitalité de la démocratie britannique ! Tout cela finira bien par une élection et on verra ce qui en sortira.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>&quot;Les policiers sont des barbares&quot;, a dit Jean-Luc Mélenchon. Qu'en pensez-vous ?</b>       <br />
              <br />
       Ce terme est totalement inadéquat. Il faut rejeter résolument les appels à la violence contre les policiers. Il y a en même temps une réflexion à avoir sur les rapports entre la police et la population. Je vous rappelle que j'avais lancé une réforme, la police de proximité, qui visait justement à rapprocher police et population, de sorte que les problèmes se traitent non pas en famille mais à une échelle plus réduite. Nous sommes actuellement dans une surenchère permanente qu'il faut absolument rompre.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Avez-vous aimé les 29 ans durant lesquels vous avez été député ?</b>       <br />
              <br />
       Pour moi c'est une période de combat et j'aime le combat !       <br />
              <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.lcp.fr/emissions/ca-vous-regarde/294560-jacques-chirac-le-jour-dapres">Ça vous regarde - LCP</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/37755853-33228240.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Il-faut-sortir-de-l-ultra-liberalisme-et-revenir-a-la-Republique_a2060.html</link>
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   <title>Chevènement - Sorel: mener un combat résolu pour continuer la France</title>
   <pubDate>Sat, 17 Dec 2016 11:17:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien croisé de Jean-Pierre Chevènement et Malika Sorel, Le Figaro, propos recueillis par Alexandre Devecchio, samedi 17 décembre 2016.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/10799509-17836686.jpg?v=1481969590" alt="Chevènement - Sorel: mener un combat résolu pour continuer la France" title="Chevènement - Sorel: mener un combat résolu pour continuer la France" />
     </div>
     <div>
      <b>Le Figaro: Jean-Pierre Chevènement, votre dernier livre s'intitule Un défi de civilisation. N'y a-t-il pas davantage lieu de croire à un choc des civilisations?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement:</b> L'idée d'un choc des civilisations a été développée par l'essayiste américain Samuel Huntington en 1994. Celui-ci ne souhaite nullement ce choc mais il en perçoit le risque dans l'univers de la globalisation marqué par l'effondrement des grandes idéologies. Sa définition des différents «blocs de civilisation» (occidental, orthodoxe, confucéen, etc.) est contestable. Même la «civilisation musulmane» est loin d'être homogène: il y a une mosaïque de l'islam traversée par plusieurs courants et différentes écoles. L'échec de la Nahda (la Réforme) n'est pas définitif. L'humanité reste composée de nations et la nation, à mes yeux, reste encore un concept plus opératoire que celui de «bloc de civilisation».       <br />
              <br />
       Cela dit, l'hypothèse de Huntington, qui apparaissait lointaine en 1994, s'est considérablement rapprochée depuis. L'idée de choc des civilisations a été portée aux États-Unis par les intellectuels néoconservateurs qui, dès la fin des années 1990, ont théorisé l'idée d'un «nouveau siècle américain» fondée sur l'exportation de la démocratie par la force des armes. Ce courant serait resté complètement marginal sans les attentats du 11 Septembre et la réponse totalement inappropriée qu'y a apportée George Bush Jr. Celui-ci a envahi l'Irak, a détruit son État et créé les conditions de l'émergence de Daech. De l'autre côté, le fondamentalisme religieux s'est affirmé. 1979 est l'année charnière. En Iran avec Khomeyni, en Arabie saoudite avec l'occupation des Lieux saints par des extrémistes wahhabites, et en Afghanistan avec l'invasion soviétique et l'organisation d'un premier djihad armant les moudjahidins afghans. De là naîtra après la guerre du Golfe la nébuleuse al-Qaida. De part et d'autre, des groupes très minoritaires, au départ, ont ainsi entraîné le Moyen-Orient dans un chaos sans fin. Pour moi, le défi de civilisation n'oppose pas le monde musulman et le monde occidental. Il interpelle et traverse aussi bien l'Occident que l'Orient. Il faut rappeler que les Irakiens, les Afghans ou les Algériens ont payé le plus lourd tribut au terrorisme djihadiste. Il faut offrir un horizon de progrès à des peuples qui ont perdu leurs repères, qui ont l'impression d'aller dans le mur. C'est vrai aussi du peuple français. Il faut ouvrir des voies de réussite et d'élévation économique, sociale, morale, spirituelle. Tel est le défi de notre époque.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Malika Sorel:</b> Je partage l'idée que la guerre en Irak a été une faute historique. Cependant, ce conflit à l'intérieur du monde arabo-musulman, mais aussi entre le monde arabo-musulman et l'Europe du fait des flux migratoires, a des racines beaucoup plus lointaines. Les soubresauts avaient commencé bien avant. Ils sont cycliques et s'inscrivent dans le temps long. Dès les années 1920, les Frères musulmans sont revenus en force en Égypte en faisant appel à une dimension de l'inconscient collectif dans les sociétés arabo-musulmanes: l'aspiration au retour d'un grand califat qui est associé à la nostalgie d'une époque glorieuse. Il ne faut pas nier l'influence souterraine des islamistes. Influence qui a débouché notamment sur la guerre civile en Algérie dans les années 1990.       <br />
              <br />
       L'idée de choc des civilisations et celle de défi de civilisation ne sont pas incompatibles. Dès 2003, Hubert Védrine lançait un appel: <span style="font-style:italic">«Plutôt que de nous offusquer de cette théorie du choc des civilisations, trouvons les moyens d'en sortir.»</span> Il ajoutait, et ce sont ses mots, que <span style="font-style:italic">«ce choc a commencé il y a longtemps, qu'il se poursuit sous nos yeux et qu'il peut s'aggraver. (…) Que les racines du choc Islam-Occident plongent profondément dans l'histoire»</span>. D'où un certain nombre de recommandations qu'il formulait pour que l'on puisse en sortir. Le livre de Jean-Pierre Chevènement évoque un défi de civilisation et c'est vrai que nous nous retrouvons, par la faute de nos élites de commandement, confrontés à un défi majeur, celui de la continuité historique de la France et de son peuple. Les principes républicains, qui sont la synthèse des us, coutumes et traditions hérités de l'histoire politique et culturelle des Français, ont été pris comme variables d'ajustement. Chacun des principes qui composent la devise républicaine a été retourné contre la France elle-même.       <br />
              <br />
       <b>L'islam politique est-il la cause première de la décomposition française ou un symptôme parmi d'autres?</b>       <br />
       <b>Malika Sorel:</b> De nombreux éléments ont favorisé cette décomposition française. C'est donc une erreur d'analyse, ou presque, que de tout mettre sur le dos de la globalisation qui a simplement joué le rôle d'accélérateur, vu que cette globalisation a abattu les frontières et érigé en dogme la libre circulation des biens, des flux financiers et des personnes. À présent que le résultat s'étale sous nos yeux, on comprend bien que cela a servi les intérêts des tenants d'un libéralisme devenu fou. Cette libre circulation a également servi les intérêts de tous ceux qui souhaitaient fondre les peuples européens afin qu'ils n'en forment plus qu'un, et que puisse enfin s'établir à sa tête un gouvernement unique. Les nations constituaient l'obstacle majeur à ce projet. C'est pourquoi elles ont été méthodiquement dessaisies de la plupart des leviers de leur souveraineté, comme le développe très bien Jean-Pierre Chevènement dans son ouvrage. L'immigration de cultures extra-européennes a constitué, malgré elle, un merveilleux outil aux mains des apprentis sorciers européens.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement:</b> La crise des élites françaises a ses racines lointaines dans la Première Guerre mondiale dont la France est sortie affaiblie par la mort d'un million cinq cent mille jeunes gens, avec trois millions d'invalides et de blessés, des centaines de milliers de veuves et d'orphelins. Dans un essai intitulé <span style="font-style:italic">Mesure de la France</span> paru en 1922, Drieu la Rochelle écrit: <span style="font-style:italic">«Qu'elle est devenue petite ma patrie! Elle croit avoir gagné la guerre, mais en réalité cette guerre n'est pas celle qui nous opposait aux Allemands dans les tranchés de L'Argonne, c'était d'abord la guerre pour l'hégémonie mondiale entre l'Empire britannique et le Second Reich allemand.»</span>. Nos élites dans l'entre-deux-guerres ne voulaient plus de nouvelle guerre avec l'Allemagne. La droite et la gauche étaient également gangrenées par le pacifisme. La France a perdu confiance en elle-même. Là est l'origine du grand effondrement de 1940. Ainsi comme le décrit Marc Bloch, dans L'Étrange Défaite, nos généraux parlaient-ils déjà de capitulation quinze jours à peine après la percée de Sedan. Nous vivons aujourd'hui une réplique de cette étrange défaite. Les raisons de la crise de confiance de la France en elle-même sont à chercher beaucoup plus loin dans le passé que ne le fait Malika Sorel. Elles ne remontent pas qu'au regroupement familial dans les années 1970 coïncidant avec la montée du chômage. La France en 1974 ne se voit déjà plus que comme «1 % de la population mondiale».       <br />
              <br />
       <b>Dans le débat qui oppose les tenants de l'intégration et ceux de l'assimilation, où vous situez-vous?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement: </b>Le mot d'assimilation figure dans le Code civil. Je préfère cependant le mot d'intégration à la communauté nationale. Celle-ci suppose la maîtrise des codes sociaux qui permet l'exercice des libertés dans la République. Bien sûr, les étrangers qui acquièrent la nationalité française ont le droit de conserver leur quant-à-soi. Ils peuvent parler leur langue à la maison, bien que cela ne soit pas forcément souhaitable. J'entends encore Robert Badinter m'expliquer que son père interdisait le russe dans la famille parce que ce n'était pas la meilleure manière de s'intégrer à la France. La France a toujours accepté des apports extérieurs, mais à condition qu'ils préservent sa personnalité qui, elle, doit demeurer. Il y a incontestablement des formes de communautarisme agressives. La République ne peut pas accepter que des petites filles soient voilées à l'âge de 6 ou 7 ans. Nos élites ont négligé les conséquences qu'allait avoir un chômage de masse dans des quartiers où ont été concentrées des populations d'origine étrangère. La politique de rénovation urbaine telle qu'elle a été impulsée par Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy a certes modifié le visage de beaucoup de quartiers. Mais il ne suffit pas d'agir sur le béton. Il faut agir aussi sur ce qu'il y a dans les têtes. C'est la mission de l'École. La concentration des élèves dans certaines zones et le fait qu'ils ne maîtrisent pas le français dès les petites classes rendent très difficile leur progression ultérieure. Là sont les principales racines de l'échec scolaire, dès l'école primaire.       <br />
              <br />
       <b>Malika Sorel:</b> La politique de la ville a surtout consisté en un ravalement de façade. Or, le défi de l'intégration est d'ordre culturel et non économique. D'après les chiffres de l'Uclat, 67 % des jeunes candidats au djihad sont issus des classes moyennes, 17 % sont même issus de catégories socioprofessionnelles supérieures. Comment continuer à penser que c'est une question de moyens et qu'il faut donner davantage! Ce discours est un piège pour les enfants de l'immigration. Il nourrit leur ressentiment contre la société d'accueil. La langue pratiquée au sein des familles a un rôle dans l'acceptation ou le refus d'intégration. Lorsque j'ai vécu mes dix premières années en France, j'ai vécu à l'heure française. Mes parents s'astreignaient à parler français, malgré leurs difficultés, y compris à la maison. J'ai appris que j'étais d'origine arabe lorsque je suis allée pour la première fois en Algérie. En France, mes parents m'ont laissée me nourrir au lait de la République. Ce n'est plus le cas aujourd'hui à cause de l'explosion des flux migratoires et de l'évolution vers le multiculturalisme ainsi que vers une forme d'indifférence et de relativisme. L'assimilation ne se décrète pas. Il faut respecter la décision des personnes et aussi en tenir compte. C'est d'ailleurs ce que le Code civil prévoit, puisque <span style="font-style:italic">«nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française»</span>. C'est la condition pour pouvoir maintenir un corps politique. Sans cela, la nation est appelée à s'effondrer.       <br />
              <br />
       <b>Quelle est la ligne de crête pour éviter l'embrasement du pays?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement:</b> Ce que nous avons devant nous est un combat résolu pour continuer la France. C'est difficile, mais j'ai des raisons de ne pas être trop pessimiste. Même après soixante-dix ans de paix, alors que le patriotisme semblait s'être effacé, il connaît aujourd'hui un regain manifeste. On sent que la société française tient à ses valeurs et à leur perpétuation. La France va au-devant de secousses depuis longtemps prévisibles, mais elle peut en tirer le meilleur et pas seulement le pire. Le civisme se manifestera à tous les niveaux, y compris et peut-être d'abord chez les Français de culture musulmane. Si nous prenons la population d'origine maghrébine, une moitié se trouve assez bien intégrée, l'autre très insuffisamment. Il faut bien sûr être vigilant, mais ne nourrissons pas un pessimisme systématique. Il y a sept cents djihadistes français en Syrie, et il est légitime de redouter leur retour. Mais il faut mettre en regard de ce chiffre les dix mille soldats de tradition musulmane qui servent aujourd'hui dans l'armée française. Partout je vois émerger chez nos concitoyens de tradition musulmane des élites républicaines. C'est cela qu'il faut encourager. Il y a quatre à cinq millions de musulmans en France, pour la plupart de nationalité française. Il faut en faire des citoyens! Je crois à la puissance de la société d'accueil dès lors qu'elle s'aime assez pour devenir attractive pour les autres. Quels que soient les réticences et les rejets, elle finira par s'exercer. Pour cela, il faut revenir aux sources de la République. Malika Sorel, elle-même, apporte un vivant démenti aux prophètes d'un malheur inéluctable.       <br />
              <br />
       <b>Malika Sorel:</b> J'estime pour ma part que la situation est extrêmement grave et qu'on ne pourra pas s'en sortir en se contentant de dire que la majorité s'intègre, ni en s'en tenant à des considérations d'optimisme ou de pessimisme. Dès 1981, Georges Marchais souhaitait <span style="font-style:italic">«stopper l'immigration officielle et clandestine»</span>. Il faut à tout le moins considérablement réduire les entrées. C'est la première des mesures à adopter. De même, pour ne pas perdre définitivement la main sur la formation des futurs citoyens, il nous faut empêcher la libéralisation de nos écoles. Il nous faut aussi créer les conditions du renouvellement des élites, car notre système politique est bloqué et cela fait peser de lourdes menaces sur notre démocratie. Il est fondamental de supprimer la Commission européenne pour la remplacer par un gouvernement des chefs d'État et de gouvernement, car il nous faut, peu à peu, réactiver le principe de subsidiarité qui nous permettra de faire revenir en France des leviers de notre souveraineté perdue. Mais rien de tout cela ne sera possible si nous ne trouvons pas le moyen d'imposer que soit respectée <span style="font-style:italic">«la libre communication des pensées et des opinions»</span> qui est <span style="font-style:italic">«un des droits les plus précieux de l'homme»</span>, comme le stipule la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. C'est un enjeu décisif, car c'est lui qui permettra enfin aux Français de ne plus avoir peur d'exprimer ce qu'ils sont.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Chevenement-Sorel-mener-un-combat-resolu-pour-continuer-la-France_a1895.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>"La police et la gendarmerie doivent se sentir soutenues"</title>
   <pubDate>Mon, 07 Nov 2016 15:10:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Acteurs Publics, propos recueillis par Bruno Botella et Pierre Laberrondo, lundi 7 novembre 2016.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/10537133-17312382.jpg?v=1478527697" alt=""La police et la gendarmerie doivent se sentir soutenues"" title=""La police et la gendarmerie doivent se sentir soutenues"" />
     </div>
     <div>
      <b>Acteurs Publics: Quand on lit votre dernier livre, Un défi de civilisation (Fayard), on se dit que finalement, la menace terroriste s’explique : elle vient de nos faiblesses…       <br />
       Jean-Pierre Chevènement:</b> D’abord, il y a en effet la sidération de voir notre pays ainsi frappé par d’aussi graves actes terroristes. Puis il faut réfléchir. Les stratèges qui ont élaboré cette campagne d’attentats sont partis de l’idée que la France pouvait être d’autant plus une cible que ses responsables, ses élites, ont laissé se creuser au sein de la société française de profondes fractures. Je pense au chômage, qui touche près de 4 millions de personnes, surtout les jeunes et en particulier les jeunes qui vivent dans nos banlieues. Dans certains quartiers, le chômage peut dépasser les 40 %. Je pense aussi à une immigration mal intégrée. Même si la moitié de nos concitoyens de tradition musulmane est bien intégrée, l’autre moitié a de la peine à se reconnaître dans la France et dans les règles de la République.       <br />
              <br />
       <b>Pour vous, ce n’est pas un hasard si la France est particulièrement ciblée ?</b>       <br />
       Ces commandos djihadistes ne surgissent pas du néant. Ils sont à l’intersection des problèmes de la société française, de sa désintégration, et d’autre part, d’un malaise très ancien entre l’Orient et l’Occident. Un malaise accru par des expéditions déstabilisatrices comme les deux guerres du Golfe ou les “printemps arabes”, salués au départ comme un triomphe de la démocratie. On a vu très vite qu’ils débouchaient sur l’instabilité car il ne suffit pas d’organiser des élections, s’il n’y a pas derrière un terreau culturel, un travail d’éducation préalable des citoyens. La France, faute de s’aimer assez elle-même, a laissé se créer une jeunesse hors sol qui se reconnaît plus dans les combattants palestiniens que dans les poilus de Verdun ou les héros de la Résistance. La France, au XXe siècle, a laissé tomber en lambeaux son “récit national”.       <br />
              <br />
       <b>Pour vous, la mondialisation a clairement une responsabilité…</b>       <br />
       Ce qui pose problème à la France, ce n’est pas tant l’islam que la mondialisation, qui la laisse en panne de projet, et bien sûr, la manière dont l’islam, qui est un peu le conservatoire des traditions, réagit face à cette globalisation. On observe plusieurs attitudes. Il y a la fermeture : c’est l’islamisation des mœurs. Le refus : c’est l’islamisme politique. Et enfin le rejet : le terrorisme djihadiste, dont il faut aussi analyser les étapes. Il y a d’abord eu l’Afghanistan avec le djihad afghan. Après la guerre du Golfe, on a vu émerger le djihad planétaire d’Al Qaida. Et depuis la destruction de l’Irak entre 2003 et 2010, c’est Daech et son djihadisme territorialisé qui a prospéré et nous prend aujourd’hui pour cible.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>“Nous Français, nous sentons plus proches des Algériens que nous connaissons que des Lituaniens !”       <br />
       Mais pourquoi la France ? </b>       <br />
       La France est un pays qui a un passé colonial, mais c’est aussi le pays de la laïcité. Il y a donc un ressac historique. Cette mondialisation que j’évoquais n’a pas touché que le monde musulman. L’Europe n’est plus ce qu’elle était à ses débuts. La France n’est plus le pays central, c’est l’Allemagne qui l’est devenue. Et dans le même temps, l’Europe n’est pas devenue une entité stratégique. Elle s’en est remise dès le départ aux États-Unis pour sa défense. Ce n’est d’ailleurs pas d’Europe qu’il faudrait parler, mais d’une “Euramérique”. La perspective à long terme, qui devrait structurer notre politique étrangère, serait une “Europe européenne” telle qu’évoquée par le général de Gaulle, de l’Atlantique à la Russie. Cette “Europe européenne”, entre les États-Unis et la Chine qui domineront le XXIe siècle, garderait son mot à dire. Je montre dans mon livre qu’il y a des réserves pour la résilience de la France : le patriotisme républicain, une laïcité bien comprise et ce que j’appelle l’universalisme du réel. J’insiste aussi sur la restauration de l’autorité de l’État, les valeurs de la transmission à l’école et la France remise en récit. La France, qui est un pays ouvert sur le monde, doit faire un effort sur ce qui l’unit, sur ce qu’elle a en commun : c’est ce qu’on appelle la République. Il est possible de relever ce défi à condition que notre pays reprenne conscience de lui-même et de ce qu’il signifie. Ses citoyens ne doivent pas être abandonnés aux dérives de l’hyperindividualisme libéral.       <br />
              <br />
       <b>Ce discours qui aurait pu sembler ringard il y a quelques années semble plus audible aujourd’hui et est même repris, notamment à droite de l’échiquier politique. Comment l’expliquez-vous ?</b>       <br />
       La gauche s’est laissée emporter dès 1983 par le cycle libéral-libertaire : “il est interdit d’interdire”, “jouir sans entrave” et autres mots d’ordre soixante-huitards qui ont révélé au fil des décennies leur vacuité et leur dangerosité. En même temps, triomphait le néolibéralisme, la croyance aux marchés, l’obsolescence de l’État et le choix d’une Europe qui se substituerait aux nations. Cette dernière croyance s’est révélée particulièrement mortifère car l’Europe n’est qu’une famille de nations. Ses frontières sont floues et il n’existe pas de sentiment d’appartenance assez fort comme dans la nation pour fonder le fonctionnement d’une société démocratique. Nous Français, nous sentons plus proches des Algériens que nous connaissons que des Lituaniens !       <br />
              <br />
       <b>Qui doit porter ce récit national que vous appelez de vos vœux ?</b>       <br />
       Je donne des éclairages dans mon livre sur les points douloureux de notre histoire au XXe siècle. Il faut expliquer l’effondrement de 1940. Autre sujet : la colonisation. Je montre que le parti colonial a toujours été minoritaire. Fondamentalement, l’empire [colonial, ndlr] français a eu une motivation éminemment politique et non économique. Il s’agissait essentiellement de compenser les déboires subis sur le continent à Waterloo et Sedan. Il faut remettre en perspective notre histoire et faire de la France une nation d’avenir.       <br />
              <br />
       <b>Certains regrettent aujourd’hui ce creuset de la nation que constituait le service militaire obligatoire. Êtes-vous de ceux-là ?</b>       <br />
       Oui, même si je ne suis pas favorable au retour du service militaire tel que nous l’avons connu. J’ai estimé à 8 milliards d’euros le rétablissement d’un service national court de quatre mois, universel et obligatoire, qui comporterait des formules de “volontariat service long” et permettrait la constitution d’une garde nationale en appoint de la gendarmerie pour la protection du territoire national. Mais attention, cela ne doit pas avoir un effet d’éviction sur la dissuasion et sur les capacités de notre armée professionnelle, dont nous avons besoin. Donc cela passe par un effort de défense au moins égal à 2 points du PIB.       <br />
              <br />
       <b>“On ne forme pas des soldats professionnels, aguerris, pour monter une garde statique devant des mosquées ou des synagogues.”</b>       <br />
       Quel type de service militaire souhaiteriez-vous alors voir renaître ?       <br />
       Un service militaire adapté, qui ressemble aux unités du service militaire adapté outre-mer. Ce que je propose est un service court : quatre mois obligatoires avec trois appels dans l’année. Pas besoin de réinvestir dans des casernes en dur, des camps de toile peuvent suffire. Ce qui est important, c’est de restaurer l’esprit de défense et la cohésion nationale dans notre pays.       <br />
              <br />
       <b>La création de la “garde nationale”, voulue par le président de la République, est-elle une bonne chose ?</b>       <br />
       La grande différence avec la formule que je propose est que celle-là est fondée sur le volontariat. Je propose un service obligatoire avec aussi des formules de service long – six mois ou un an –, qui alimenterait des réserves et une garde nationale, qui délivrerait l’armée proprement dite des tâches de protection statiques.       <br />
              <br />
       <b>L’opération Sentinelle est-elle inutile ?</b>       <br />
       C’est un palliatif. On ne forme pas des soldats professionnels, aguerris, pour monter une garde statique devant des mosquées ou des synagogues.       <br />
              <br />
       <b>Sentinelle n’a-t-elle pas pour effet de renforcer la confusion entre les missions de l’armée et les celles des forces de sécurité ?</b>       <br />
       Je ne parlerais pas de confusion, car s’il est vrai qu’il y a une certaine continuité entre la défense et la sécurité, je ne réduis pas la sécurité à la défense et inversement. Ce sont des domaines spécifiques. La police et la gendarmerie, appuyées par une garde nationale, pourraient faire ce travail beaucoup mieux que l’armée professionnelle. En plus, le service national tel que je le propose serait un instrument de cohésion pour tous ces jeunes qui ne se rencontrent pas, sauf à l’école.        <br />
              <br />
       <b>Que pensez-vous de l’idée de créer une sorte de pacte entre les citoyens et les forces de sécurité ? L’idée, au fond, que la sécurité est à coconstruire et qu’elle est l’affaire de tous. </b>       <br />
       Je n’ai cessé d’aller dans ce sens en créant la police de proximité comme ministre de l’Intérieur ou lorsque j’étais ministre de l’Éducation nationale, en réintroduisant en 1985 l’instruction civique à l’école, supprimée par 1968. Comme ministre de la Défense, j’ai aussi fait en sorte que le service national puisse être adapté. Je n’étais pas partisan de sa suspension, instaurée par le Président Chirac. On pouvait le conserver et l’adapter afin de donner à nos armées des amortisseurs, qui lui seraient bien utiles aujourd’hui.       <br />
              <br />
       <b>Vous revenez sans cesse sur le rôle de l’école…</b>       <br />
       Bien sûr, c’est la formation des maîtres qui fait défaut pour ce qui est de l’éducation civique, du récit national et de la cohésion de l’ensemble. Bien entendu, nous sommes différents, mais la différence ne doit pas occulter l’unité de la nation.       <br />
              <br />
       <b>La communauté éducative, comme on la désigne, est-elle prête à aller dans le sens que vous souhaitez ?</b>       <br />
       C’est un problème difficile car l’esprit des anciennes écoles normales, qui formaient jadis les instituteurs, s’est perdu. L’idée de l’école comme institution de la République s’est évaporée et n’a plus été portée dans le cadre universitaire par les IUFM. Je n’attaque pas du tout l’université, mais il y a une formation qui doit être donnée en dehors des universités, plus largement une formation historique, civique, sociale. Le rôle et la spécificité de l’école républicaine doivent être bien compris par les enseignants eux-mêmes.       <br />
              <br />
       <b>Comment expliquez-vous cette dérive ?</b>       <br />
       Le courant qui prônait une pédagogie dite constructiviste l’a emporté. C’est à l’élève qu’il appartiendrait de construire son savoir – slogan très démobilisateur. On a mis l’élève au centre de l’école. C’est le principe de base de la loi d’orientation scolaire de 1989. À partir de là, les enseignants pouvaient regarder l’élève en train d’acquérir le savoir. En général, il ne l’acquérait pas… Cette pédagogie conduisait à accumuler les retards scolaires : des élèves qui n’avaient pas en CP le bagage lexical et syntaxique moyen ne rattrapaient pas leur retard, jusqu’au moment où, admis automatiquement au collège en 6e, l’échec scolaire leur était promis. Je considère que la révolution “pédagogiste” a abouti à cette catastrophe que nous décrivent les enquêtes Pisa [qui établissent tous les trois ans un classement des systèmes éducatifs dans le monde en évaluant le niveau des élèves, ndlr].       <br />
              <br />
       <b>Reliez-vous l’échec scolaire à la situation sécuritaire ?</b>       <br />
       Je fais confiance à “l’effet-maître”. Le maître motive son élève. Il l’incite à apprendre, il l’astreint à mémoriser… Il faut revenir aux apprentissages de base à l’école élémentaire. Il faut revenir aux grands textes, à l’histoire avec des repères chronologiques, qu’on s’élève du local au national, du national à une vision mondiale, de manière à comprendre les grands courants de l’Histoire et ce qui fait la spécificité de la France. En France, l’école a pour but de former les citoyens.       <br />
              <br />
       <b>Ce discours sur l’école, sur le retour aux fondamentaux, on l’a pas mal entendu chez les candidats à la primaire de la droite…</b>       <br />
       Je n’ai pas retrouvé cela dans le livre d’Alain Juppé consacré à l’école. J’y ai lu des idées chères à François Dubet [sociologue spécialiste de l’éducation, ndlr] et toutes ces théories qui ont vertébré toutes les réformes de l’éducation ces dernières années : autonomie des établissements, etc. Je note aussi que la droite dit des choses quand elle est dans l’opposition, puis quand elle gouverne, ne fait rien, par peur des syndicats, des parents d’élèves, et aussi parce qu’elle a des ressources pour ses enfants. Je pense aux cours particuliers et à l’école privée, qui s’est beaucoup développée…       <br />
              <br />
       <b>Comment interprétez-vous la crise que connaît la police nationale aujourd’hui ? Simple coup de fatigue ou malaise plus profond ?</b>       <br />
       Ce n’est pas un coup de fatigue, cela vient de beaucoup plus loin. Il y a l’accumulation des tâches : la lutte contre le terrorisme bien sûr, qui demande beaucoup de moyens. Regardez aussi l’opération de Calais [démantèlement de la “jungle” en octobre, ndlr], qui a mobilisé énormément de moyens humains. Mais aussi Notre-Dame-des-Landes. Quand l’incivisme triomphe jusqu’au sein même du gouvernement pour contester les résultats d’un référendum auquel le président de la République avait appelé alors que tous les conseils élus s’étaient prononcés pour cet aéroport… L’État n’est plus respecté ! Nous avons une contestation importante sur place. La tâche est rude pour les forces de l’ordre. Regardez aussi les manifestations parfois violentes de ces derniers mois contre la loi El Khomri. Et puis l’agression sauvage de Viry-Châtillon ou le guet-apens contre des policiers au Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie, ou les jets de cocktails Molotov à Bastia contre la police. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, c’est inacceptable ! Bernard Cazeneuve, d’ailleurs, l’a dit avec force et je le soutiens, car c’est un bon ministre de l’Intérieur. Il y a aussi un élément que je tiens à souligner : la précédente majorité a commis une lourde erreur en abandonnant la police de proximité et en cassant le lien entre la police et la population.       <br />
              <br />
       <b>Comment retisser ce lien ?</b>       <br />
       La police et la gendarmerie doivent se sentir soutenues. On a en tête le double assassinat de policiers à Magnanville et l’émotion que cela a suscité, les CRS applaudis après les attentats de janvier 2015. Les forces de sécurité ont aussi besoin de se sentir soutenues par la justice. Une violence exercée à l’encontre d’un policer ou d’un gendarme doit être réprimée plus durement car le policier ou le gendarme incarne la force publique.       <br />
              <br />
       <b>Selon vous, il existe toujours un fond de défiance vis-à-vis des forces de sécurité, conséquence d’un certain état d’esprit… </b>       <br />
       Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est le cycle des idées libérales-libertaires qui s’achève. Un certain nombre de gens ne s’en sont pas encore rendu compte. Mais c’est une période qui est derrière nous, car elle ne répond pas aux exigences qui découlent des épreuves qui sont devant nous. C’est une erreur que de croire que les attentats vont s’arrêter. On peut reprendre Mossoul et Raqqa, mais le fond reste là. La violence et la haine sont toujours là. Il faut revenir à un corpus d’idées non pas réactionnaires, mais républicaines. C’est-à-dire le patriotisme, le civisme, le sentiment de la solidarité, la justice sociale. Des valeurs qui aujourd’hui se portent mal car elles sont le contraire de la société néolibérale avancée. Il y a des montres qu’il faut remettre à l’heure.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.acteurspublics.com/2016/11/07/jean-pierre-chevenement-la-police-et-la-gendarmerie-doivent-se-sentir-soutenues">Acteurs Publics</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/La-police-et-la-gendarmerie-doivent-se-sentir-soutenues_a1882.html</link>
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   <title>"La nation, c'est le lieu de la démocratie"</title>
   <pubDate>Wed, 19 Feb 2014 17:58:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission "France Bleu Midi Ensemble" sur France Bleu, lundi 17 février 2014. Il répondait aux questions de Daniela Lumbroso.      <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6334751-9554205.jpg?v=1392774816" alt=""La nation, c'est le lieu de la démocratie"" title=""La nation, c'est le lieu de la démocratie"" />
     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">De la première mondialisation à la deuxième</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Dans la première mondialisation, dominée par l'Angleterre, parce que la mondialisation a besoin d'un patron pour fonctionner, il y a une puissance qui monte à une vitesse accélérée, c'est l'Allemagne impériale. La première mondialisation, comme la seconde d'ailleurs avec la Chine, induit une modification très rapide de la hiérarchie des puissances.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'idéologie pangermaniste, qui irrigue le cerveau des décideurs, notamment militaires, est au fond hésitante sur le fait de savoir si l'Allemagne doit créer un empire colonial en Afrique, ou en Europe même, jusqu'à la mer Noire et à la Baltique.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que cette théorie de l'<span style="font-style:italic">hegemon</span> est la bonne explication de la Première Guerre mondiale. Ensuite il y a des causes immédiates : la bêtise des dirigeants du Second Reich allemand, qui après avoir donnés carte blanche à l'Autriche-Hongrie à la suite de l'attentat de Sarajevo, déclenchent une guerre préventive à la suite de la mobilisation russe, dont le but est d'abattre la France pour se retourner contre la Russie. Ils envahissent dans ce but la Belgique, dont la neutralité est garantie aussi par la Grande-Bretagne. En conséquence ce dernier pays déclare la guerre à l'Allemagne.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les peuples ne sont pas coupables de cette guerre. Aucun ne la voulait vraiment. Ils étaient tous plutôt heureux de la paix. Ils ont tous eu le sentiment qu'ils étaient agressés, à tord ou à raison. Même le peuple allemand a pensé qu'il était agressé par la Russie, parce que c'est ce que ses dirigeants lui ont fait croire.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Par conséquent, je voudrais que l'on lave les nations d'un pêché, d'un crime qu'elles n'ont pas commis. La nation, c'est la démocratie. Il ne faut pas la confondre avec le nationalisme, qui irriguait quelques cerveaux dérangés. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Aucun n'a vu l'horreur de la guerre qui allait être déclenchée, ni sa longueur (ils pensaient tous à une guerre courte), ni ses conséquences, tout au long du XXe siècle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les conséquences de la Première Guerre mondiale, c'est d'abord la révolution bolchévique, le communisme. Ensuite, le fascisme, le nazisme. Bien sûr c'est la crise économique qui emmène Hitler au pouvoir, mais ces idéologies prospèrent sur la critique du traité de Versailles. Cela exprime le refus de la défaite des élites allemandes, qui considèrent qu'elles n'ont pas été vraiment vaincues.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Toutes les monstruosités du XXIe sont contenues dans la Première Guerre mondiale : c'est la boîte de Pandore que des dirigeants inconscients ouvre, et qu'ils ne vont plus être capable de refermer.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous sommes aujourd'hui dans une seconde mondialisation, qui a produit le phénomène des pays émergents, au premier rang desquels la Chine, dont la production dans peu d'années rejoindra celles des USA, qui est dès aujourd'hui le premier client et fournisseur de tous les pays d'Asie, et même de l'Allemagne. Pays formidable de 1 400 millions d'habitants, qui doit gérer sa montée en puissance, légitime, sans bousculer les pots de fleurs. Comme disait Deng Xioping : « <span style="font-style:italic">quand on traverse un fleuve, il faut tâter pour savoir où sont les pierres</span> ».       
       </li></ul><ul class="list"><li> Les USA ont effectué le pivotement de leur flotte de l'Atlantique vers le Pacifique, ils sont en train de tisser un réseau d'alliances commerciales transpacifiques et transatlantiques qui sont destinées à isoler la Chine. Prenons garde à ce que nous ne vivions pas une période similaire à celle qui a précédé la guerre de 1914.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Diagnostic européen </span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> On aurait pu penser que 70 ans après les deux guerres mondiales, l'Europe se serait rétablie. C'est ce qu'on a d'abord pu croire durant les Trente Glorieuses. Depuis l'Europe bat de l'aile, et à mon sens cela résulte de la dévalorisation excessive des nations, qui résulte peut être de ces deux guerres, et de la Première pour commencer.       
       </li></ul><ul class="list"><li> La nation, c'est le lieu de la démocratie, où l'on s'entend, où l'on débat, où l'on décide. Quand on a une Europe aussi technocratique, construite sous ombrelle américaine, et qui le demeure après la fin de l'URSS, une Europe par le marché qui a inscrit en ses textes la soumission à l'orthodoxie du néolibéralisme, c'est à dire la croyance en l'efficience des marchés, on a une construction qu'on n'arrive pas à réformer.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On s'est rué dans la négociation transatlantique avec les Américains, nous n'y avons absolument aucun intérêt.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Tous ces vices de conception de l'Europe ont relégué les nations à la périphérie. Les États ont peu de pouvoir. Cette Europe n'est finalement qu'un chien crevé au fil de l'eau. Il faut absolument la revoir, car je crois à l'idée européenne, je pense qu'il faut resserrer la solidarité entre les nations européennes, mais il faut faire une Europe des nations et des peuples, à géométrie variable, sur les choses essentielles.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Si on fait une Europe de la Méditerranée à la Russie, nous pourrions peser dans le XXIe siècle, qui sera dominé par la Chine et les États-Unis. Sinon, nous serons complètement marginalisés. Donc il faut repenser la construction européenne.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je propose de faire une monnaie commune à la place de la monnaie unique à cause de l'hétérogénéité des nations. La richesse se concentre à un pôle et le sous-développement à un autre. On ne sort pas de là. Et comme il y aura encore beaucoup de secousses à l'avenir, je pense qu'il faudrait que la France, parce qu'elle seule peut le faire, dise à l'Allemagne qu'il faut revoir les règles du jeu, en bonne entente.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Décentralisation</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis contre la fusion de la Bourgogne et de la Franche-Comté. Je pense que ce qui est consacré par 1000 ans d'histoire doit être respecté.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On ne fera pas d'économies avec tout cela. Mais si ça devait se faire, alors je serai pour ce département qui engloberait Belfort, Montbeliard, qui pourrait s'appeler Savoureuse &amp; Allan, que j'orienterai plutôt vers l'Alsace-Lorraine. Mais ce n'est qu'une lubie !        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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   <title>"Chaque épisode de mondialisation modifie l'équilibre des puissances"</title>
   <pubDate>Fri, 22 Nov 2013 07:59:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de La Cité des Livres, à la Fondation Jean-Jaurès, mardi 12 novembre 2013. L'intégralité de sa conférence est disponible en vidéo ci-dessous.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      https://www.chevenement.fr/video/<iframe frameborder="0" width="580" height="326" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/x17g7f5"></iframe>     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>En un mot... démocratie</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      https://www.chevenement.fr/video/<iframe frameborder="0" width="580" height="326" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/x17gqht"></iframe>     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>"Nous vivons en permanence sous la dictature de l'émotion"</title>
   <pubDate>Thu, 17 Oct 2013 09:36:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité jeudi 17 octobre de Bruce Toussaint sur I-télé.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/2b1c9e334158622b391dfea8d78f438ca6d56ac4" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'affaire Leonarda       <br />
       </span><ul class="list"><li> Quand on est ministre de l'Intérieur, on ne donne pas son feu vert à chaque expulsion. Cela se traite au niveau des préfets ou de la police, en l'occurrence il s'agit d'exécuter une décision de justice, donc la police est placée sous l'autorité des juges.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Tout cas particulier est émouvant. Mais en l'occurrence, ces personnes étaient en situation irrégulière sur le territoire national. Ils viennent du Kosovo, qui n'est quand même pas l'Afghanistan.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour autant que je puisse en juger, les choses ont été faites correctement. Mais attendons peut-être la fin de l'enquête administrative !        
       </li></ul><ul class="list"><li> La gauche se tire une balle dans le pied en attaquant Manuel Valls et en attaquant finalement une politique dont aucun gouvernement ne peut faire l'économie. Tout pays a le droit de dire qui peut et ne peut pas s'installer sur son sol, sinon c'est le sans-frontiérisme, le sans-papiérisme.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous vivons en permanence sous la dictature de l'émotion, sachons raison-garder.        
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est favoriser le FN que de ne pas faire appliquer correctement la loi. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur Lampedusa</span>       <br />
       <ul class="list"><li> La toile de fond est démographique : l'Europe, c'était 20% de la population mondiale en 1900, 7% aujourd'hui ; ce sera encore moins demain car tous les pays européens – à l'exception de la France – sont dans une chute démographique prononcée. De plus aujourd'hui il y a 1 milliard d'Africains, mais avant 2050 ils seront 2 milliards. Tout ceci ne peut pas ne pas avoir un certain nombre de conséquences.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pourquoi est-ce que l'Europe décline ? Pourquoi est-ce que ses nations ont été démonisées depuis 1914, alors qu'elles ne sont pas responsables du conflit – je le montre dans mon livre - ? Parce qu'il a bien fallu justifier leur transformation en protectorats impuissantés qui n'ont plus les moyens d'agir.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Que pourrait-on faire ? Les pays du nord de l'Europe pourraient envoyer des patrouilleurs, des avions, des drones, en Méditerranée.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Aujourd'hui nous faisons le bilan de Nicolas Sarkozy. Il y a une décision de l'ancien président qui explique en partie ce dont nous parlons ici. L'intervention détournée du but fixé par le Conseil de Sécurité en Libye a transformé le pays en sanctuaire de milices islamistes et en passoire pour les flux migratoires. Je pense que cette intervention aurait dû se faire autrement : l'objectif était de protéger les populations civiles et non de changer de régime.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nicolas Sarkozy inspiré par Bernard-Henri Levy, à moins que ce ne soit le second qui ait été instrumenté par le premier, a pris une initiative spectaculaire mais peu pensée et dont les résultats sont vraiment catastrophiques. Nous notons cela dans<a class="link" href="http://www.senat.fr/rap/r12-720/r12-7201.pdf"> un rapport du Sénat consacré à la situation au Sahel</a> que j'ai fait avec Gérard Larcher.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">L'Europe au XXIe siècle</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous avons connu un passage de l'hégémonie de l'Europe à l'Amérique avec les deux guerres mondiales. La théorie de l'hegemon est centrale pour comprendre les deux mondialisations, que je compare, avec leurs ressemblances et leurs différences : la mondialisation britannique avant 14, qui débouche sur la 1ère GM ; et puis la mondialisation américaine après la 2ème GM.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La montée du FN s'explique par la politique menée depuis une trentaine d'années, qui creuse le gouffre du chômage, qui fait perdre leurs repaires à nos concitoyens, et je pense que c'est une autre Europe qu'il faut construire, une Europe construite à partir des nations, et qui se donnerait des objectifs humains : le retour de la croissance !       
       </li></ul><ul class="list"><li> Montebourg n'est pas le seul ministre à essayer de tracer une voie républicaine – Valls le fait aussi – mais Montebourg en défendant la réindustrialisation va dans la direction que j'indique. Il n'y a pas d'avenir pour la France si nous continuons dans la pente descendante de la désindustrialisation où nous sommes depuis 30 ans.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je dénonce une monnaie trop forte. On a cru prendre aux Allemands leur monnaie mais on ne transforme pas les Français en Allemands pour autant.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Nous-vivons-en-permanence-sous-la-dictature-de-l-emotion_a1521.html</link>
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   <title>"François Hollande doit faire davantage appel au patriotisme des français"</title>
   <pubDate>Wed, 16 Oct 2013 23:16:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de 19h BFM TV mercredi 16 octobre. Il répondait aux questions de Ruth Elkrief.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express       <br />
       </span>       <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'affaire Leonarda        <br />
       </span><ul class="list"><li> Nous vivons sous la dictature de l'émotion. Les associations qui soutiennent Leonarda ont une ligne politique. Ils sont sans-frontiéristes, sans-papiéristes, et ils contestent le droit qu'a la République de choisir qui peut ou ne peut pas séjourner sur son sol.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La République octroie entre 100 et 150 000 titres de séjour par an, au moins. Et il y a une règle qui est l'opposabilité de l'emploi, nous avons 3 200 000 chômeurs. Bien entendu, si nous manquons de spécialistes dans telle ou telle branche ou pour des raisons qui tiennent à l'asile, on peut accueillir des étrangers qui souhaitent venir s'installer en France.        
       </li></ul><ul class="list"><li> En l'occurrence, cette famille a fait une demande d'asile, il y a presque cinq ans, qui a été rejetée, puis une seconde. Ensuite un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière a été fait par le préfet, qui a été contesté devant un tribunal administratif, sans succès. Enfin un nouvel appel a été rejeté. Donc il arrive un moment où il faut bien appliquer la loi.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense qu'il y a beaucoup d'excès dans les réactions à cette affaire. Le mot rafle est une référence à la période de l'occupation nazie, ça n'a donc rien à voir. Le Kosovo est un État créé par l'OTAN, que reconnaissent les Occidentaux, ce n'est ni la Corée du Nord, ni l'Afghanistan, par conséquent la demande d'asile a été rejetée.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Naturellement il peut y avoir des considérations humanitaires de toutes sortes, il peut y avoir des examens complémentaires, mais au bout de quatre ans et demi, il faut savoir appliquer la loi. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> La police n'est pas montée dans le car, selon les informations dont je dispose. Je connais le préfet du Doubs, puisque c'est ma région, c'est un homme tout à fait respectable.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Aujourd'hui, ne pas avoir un minimum de fermeté dans l'application de la loi, je n'hésite pas à le dire : c'est faire le jeu du Front National. Je pense qu'il faut que le Parti Socialiste se comporte comme un parti de gouvernement, et qu'il manifeste une raisonnable fermeté.         
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous ne sommes pas dans un monde idéal. Il y a des problèmes de développement qui se posent en Afrique. Des problèmes qu'on ne va pas résoudre du jour au lendemain. Et cela, ce n'est pas du ressort du ministre de l'Intérieur.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur Manuel Valls</span>        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que Manuel Valls est un atout pour la gauche et je pense qu'on devrait respecter la difficulté de son travail. Dans ce genre d'exercice la tâche d'un ministre de l'Intérieur n'est pas facile : j'en parle d'expérience.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis derrière Manuel Valls dans la difficulté qui doit être la sienne, car ce n'est pas facile de se faire envoyer à la figure toutes sortes de noms d'oiseaux. Une attitude responsable s'impose et doit être rappelée à un certain nombre de députés de gauche que j'ai entendu s'exprimer.        
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est ne rien comprendre au problème que de dire que Manuel Valls fait du Sarkozy. Historiquement tous les gouvernements ont instauré des législations qui n'avaient pas pour but d'instaurer la liberté de s'installer sur le sol de la France pour quiconque le souhaiterait. Soyons un peu sérieux.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La France et l'Europe dans le monde bipolaire du XXIe siècle</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Mon livre est une réflexion, à bonne hauteur, du déclin des nations européennes. Regardez les nations des pays qu'on dit émergents, ce sont des nations conquérantes. En Europe, les nations rasent les murs. On le voit d'ailleurs dans l'affaire dont on vient de parler : les frontières, on veut les effacer. Mais en réalité on en a besoin pour exister dans le monde du XXIe siècle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous sommes dans un monde qui redevient bipolaire, marqué par la montée de la Chine et le lent déclin des États-Unis. C'est cette bipolarité qui invite à se demander si en temps qu'Européens nous allons exister.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Mon livre est optimiste : je dis que nous pouvons exister en faisant une Confédération de peuples libres, du Maghreb jusqu'à la Russie, nous organisant ainsi pour ne pas dépendre complètement de la Chine ou des États-Unis.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La France doit retrouver confiance en elle-même. François Hollande doit faire davantage appel au patriotisme des français, parce qu'il est par définition l'homme de la Nation. Il faut qu'il montre qu'il y a une place très importante pour la France en Europe, parce que l'Europe sans la France, ça ne marche pas.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Euro monnaie unique est un tonneau des Danaïdes que nous allons encore traîner quelques temps, mais il faut passer à une autre organisation. Dans mon livre j'explique comment cela peut se faire, avec l'accord de l'Allemagne parce que ce pays ne va pas sacrifier sa compétitivité à renflouer tous les États et toutes les banques en difficulté.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut laisser le temps à François Hollande, qui a toutes les qualités pour être à la hauteur. Je pense qu'il doit affirmer son autorité, mais sans autoritarisme.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La France a encore un avenir. En réalité un projet d'Europe européenne implique la France. Je l'ai souvent dit à François Hollande mais François Hollande n'écoute pas que moi.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Francois-Hollande-doit-faire-davantage-appel-au-patriotisme-des-francais_a1520.html</link>
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   <title>"Il faut complètement rebattre les cartes de l'Europe"</title>
   <pubDate>Wed, 16 Oct 2013 18:59:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de France 5 C à dire mercredi 16 octobre 2013. Il répondait aux questions d'Axel de Tarlé.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express: </span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Le marché mondial a besoin d'un état patron pour fonctionner</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Historiquement, nous avons connu deux périodes de mondialisation libérale : la première sous l'égide de la Grande-Bretagne, qui s'étend de 1860 à 1914 environ – et qui se conclut sur la 1ère GM – puis une seconde mondialisation qui s'affirme dans la seconde moitié du XXe siècle. C'est la mondialisation sous l'égide des États-Unis. La comparaison entre les deux mondialisations est utile parce qu'il y a beaucoup de similitudes et quelques différences.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a une chose qui frappe, c'est que le grand marché mondial, pour exister, a besoin de ce que j'appelle un <span style="font-style:italic">hegemon </span>: c'est à dire un patron. Ce patron au XIXe siècle, c'est la Grande-Bretagne, son Empire et sa puissance navale.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour bien comprendre l'éclatement de la 1ère guerre mondiale, il faut passer par la théorie de l'<span style="font-style:italic">hegemon </span>: la montée en puissance de l'Allemagne impériale menaçait l'Empire britannique. La guerre préventive déclenchée par l'Allemagne contre la Russie et la France a entraîné la réaction de la Grande-Bretagne puis des États-Unis. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Nous sommes désormais, jusqu'à aujourd'hui, dans la mondialisation sous l'égide des Etats-Unis, mais on voit que là aussi la hiérarchie des puissances s'est beaucoup modifiée. Il y a les pays émergents et au premier rang d'entre eux, il y a la Chine, formidable puissance dont la Banque Mondiale nous dit que son PNB aura dépassé celui des États-Unis avant 2020. Et 2020, c'est demain !        
       </li></ul><ul class="list"><li> La montée en puissance économique, financière, et demain militaire, de la Chine pose le problème du XXIe siècle, qui est dès maintenant structuré par cette bipolarité.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Les conséquences de l'émergence de la Chine </span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> L'émergence chinoise risque t-elle d'être conflictuelle ? Ce risque existe. Et quand il m'est arrivé de rencontrer des dirigeants chinois, je leur ai dit de ne surtout pas suivre l'exemple de l'Allemagne impériale de Guillaume II, qui s'est ensuivie de la surenchère nazie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les Chinois, s'ils gèrent leur montée en puissance avec trop d'arrogance, dans la mer de Chine par exemple, peuvent ouvrir la voie à des incidents qui pourraient ne pas être contrôlés. Les voisins de la Chine ne voient pas avec sympathie cette ascension.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut apprendre à vivre avec la différence. Beaucoup de Français apprennent le chinois, c'est très bien. Et rappelez-vous une chose, c'est que la bipolarité a un avantage. Il vaut mieux avoir deux patrons qu'un seul, car vous pouvez jouer à la marge. Washington restera notre allié, mais Pékin n'est pas notre ennemi.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur l'hypothèse de l'entrée de Dongfeng au capital de PSA : je tiens à ce que le groupe français préserve son autonomie décisionnelle, et son autonomie technologique. C'est un fleuron de l'économie française qu'on ne doit pas perdre mais Peugeot doit se développer sur le 1er marché du monde : la Chine.        
       </li></ul><ul class="list"><li> A ce jour aucune décision n'est prise. L’État pourrait aussi rentrer dans le capital de PSA. Et General Motors est déjà au capital de PSA : pourquoi pas Dongfeng ? Quant aux proportions, ça se discute et il faut avoir en vue l'intérêt national.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Rebattre les cartes de l'Europe</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe c'est plusieurs nations. Il faut voir grand, et il faut voir l'Europe à la lumière du XXIe siècle. Toutes ces nations, du Maghreb jusqu'à la Russie, il faut leur donner un squelette qu'elles sont loin aujourd'hui d'avoir.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut complètement rebattre les cartes de l'Europe parce que, telle qu'elle a été conçue aujourd'hui, elle nous conduit dans le mur. On le voit malheureusement tous les jours.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur Lampedusa, il faut être pratique, et il ne faut pas céder à la dictature de l'émotion. Une politique migratoire est nécessaire : nous avons 3 200 000 chômeurs, par conséquent on peut accueillir un certain nombre de gens, notamment ceux qui ont des spécialités où nous n'avons pas les qualifications qui seraient nécessaires.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut assumer la politique migratoire, mais l'assumer humainement. La solution est dans le développement de l'Afrique.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Il-faut-completement-rebattre-les-cartes-de-l-Europe_a1518.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Actes du colloque "Occident et mondialisation"</title>
   <pubDate>Fri, 22 Mar 2013 17:16:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Les actes du colloque du 21 janvier 2013 sont en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5343241-7973081.jpg?v=1363968941" alt="Actes du colloque "Occident et mondialisation"" title="Actes du colloque "Occident et mondialisation"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Accueil-d-Alain-Dejammet_a708.html">Accueil d'Alain Dejammet</a>, Ambassadeur de France, Président du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-Occident-et-la-globalisation_a709.html">L’Occident et la globalisation</a>, par Pierre Brochand, Ambassadeur de France, Directeur Général de la DGSE de 2002 à 2008       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Occident-diagnostic_a710.html">Occident, diagnostic</a>, par Régis Debray, Ecrivain, philosophe, fondateur et directeur de la revue &quot;Médium&quot;       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Debat-final-anime-par-Jean-Pierre-Chevenement_a711.html">Débat final animé par Jean-Pierre Chevènement</a>, président de la Fondation Res Publica       <br />
              <br />
              <br />
       Voir les actes du colloque <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Occident-et-mondialisation_r98.html">&quot;Occident et mondialisation&quot;</a> en ligne sur le site de la Fondation Res Publica. Le <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/shop/Cahier-Occident-et-mondialisation_p81.html">cahier imprimé</a> est disponible dans la boutique en ligne de la Fondation.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/5343241-7973081.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-Occident-et-mondialisation_a1474.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-5202674</guid>
   <title>Actes du colloque "Les Etats émergents: vers un basculement du monde?"</title>
   <pubDate>Wed, 06 Feb 2013 23:26:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Les actes du colloque du 10 décembre 2012 sont en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5202674-7763627.jpg?v=1360190102" alt="Actes du colloque "Les Etats émergents: vers un basculement du monde?"" title="Actes du colloque "Les Etats émergents: vers un basculement du monde?"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Accueil-de-Jean-Pierre-Chevenement_a698.html">Accueil de Jean-Pierre Chevènement</a>, président de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Introduction-de-Loic-Hennekinne_a699.html">Introduction de Loïc Hennekinne</a>, Ambassadeur de France, ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay et membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-diplomatie-des-pays-emergents_a700.html">La diplomatie des pays émergents</a>, par Christophe Jaffrelot, Chercheur au CERI (Sciences Po), politologue, auteur de L’enjeu mondial. Les pays émergents (Presses de Sciences PO : 2008)       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-emergence-une-notion-strategique_a701.html">L’émergence, une notion stratégique</a>, par Hervé Juvin, Président d’Eurogroup Institute, auteur de Le renversement du monde – Politique de la crise (Gallimard, 2010)       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-emergence-souverainete-et-interdependance_a702.html">L’émergence : souveraineté et interdépendance</a>, par Yves Saint-Geours, Directeur général de l’Administration et de la Modernisation du MAEE et ancien ambassadeur au Brésil (2009 – août 2012)       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-Indonesie-nouvel-emergent_a703.html">L’Indonésie, nouvel émergent</a>, par Loïc Hennekinne, Ambassadeur de France, ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay et membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-strategie-de-la-France-vis-a-vis-des-Etats-emergents_a704.html">La stratégie de la France vis-à-vis des États émergents</a>, par Jean-Pierre Raffarin, Ancien Premier ministre, Vice-Président du Sénat       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Debat-final-et-conclusion-de-Jean-Pierre-Chevenement_a705.html">Débat final et conclusion de Jean-Pierre Chevènement</a>       <br />
              <br />
       Voir les actes du colloque <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Les-Etats-emergents-vers-un-basculement-du-monde_r97.html">&quot;Les Etats émergents: vers un basculement du monde?&quot;</a> en ligne sur le site de la Fondation Res Publica       <br />
              <br />
       Le cahier imprimé du colloque &quot;Les Etats émergents: vers un basculement du monde?&quot; est <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/shop/Cahier-Les-Etats-emergents-vers-un-basculement-du-monde_p80.html">disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/5202674-7763627.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-Les-Etats-emergents-vers-un-basculement-du-monde_a1463.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Colloque de la Fondation Res Publica: Occident et mondialisation</title>
   <pubDate>Tue, 15 Jan 2013 14:16:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Poursuite du programme de colloques de la Fondation Res Publica lundi 21 janvier 2013 à 18h à la Maison de la Chimie (28, rue Saint Dominique 75007 Paris). En voici le programme ci-dessous.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5126330-7650155.jpg?v=1358255851" alt="Colloque de la Fondation Res Publica: Occident et mondialisation" title="Colloque de la Fondation Res Publica: Occident et mondialisation" />
     </div>
     <div>
      Avec :       <br />
       <ul class="list"><li>Régis Debray, Ecrivain, Philosophe, Fondateur et Directeur de la <a class="link" href="http://www.mediologie.org/">revue &quot;Médium&quot;</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li>Pierre Brochand, Ambassadeur de France, Directeur Général de la DGSE de 2002 à 2008       <br />
       Rencontre présidée par :       
       </li></ul><ul class="list"><li>Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Pour assister au colloque, il est indispensable de s’inscrire au préalable (Merci de préciser vos nom et coordonnées complètes) :       <br />
       <ul class="list"><li>par courriel : <a class="link" href="javascript:protected_mail('info@fondation-res-publica.org')" >info@fondation-res-publica.org</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li>par lettre : Fondation Res Publica, 52, rue de Bourgogne - 75007 Paris       
       </li></ul><ul class="list"><li>par téléphone : 01.45.50.39.50       <br />
              <br />
       Pour consulter les travaux de la Fondation Res Publica, fondation reconnue d'utilité publique par décret du 30 décembre 2005, une seule adresse : <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/">www.fondation-res-publica.org.</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/5126330-7650155.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-Occident-et-mondialisation_a1457.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Rousseau, penseur du fondamental: éclairages pour une république moderne</title>
   <pubDate>Mon, 30 Apr 2012 20:19:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au colloque du GIPRI (Institut international de recherche pour la Paix à Genève) à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, vendredi 27 avril 2012     <div>
      De Jean-Jacques Rousseau, le fameux « citoyen de Genève », je n’avais, à mon entrée en politique, dans les années 1960, que des souvenirs scolaires. Et encore …       <br />
              <br />
       Tout au plus me souviens-je d’avoir dû rédiger une dissertation qui laissait le choix aux élèves d’argumenter leur préférence pour Rousseau ou Voltaire. Oserai-je avouer devant vous, ici,  Genève, à l’occasion de ce colloque heureusement organisé par Gabriel Galice et Christophe Miqueu, à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau que j’ai choisi « Voltaire », comme tant d’autres petits misérables. J’en conçois une forte honte rétrospective, car j’ai appris depuis lors, à mieux connaître, et même à lire attentivement l’immortel auteur du <span style="font-style:italic">Contrat Social</span>, de <span style="font-style:italic">l’Emile</span>, de <span style="font-style:italic">la Nouvelle Héloïse</span>, des <span style="font-style:italic">Confessions</span>, des <span style="font-style:italic">Rêveries</span> et de tant de textes profonds et souvent sublimes dans leur formulation, qui reflètent non pas un système clos sur lui-même mais une pensée en mouvement, surplombant des abîmes.       <br />
              <br />
              <br />
       Et pourtant il a été, presque à mon insu, présent dans mon engagement politique, dès le début des années soixante, en Algérie où il était difficile de ne pas reconnaître l’existence d’un peuple algérien différent du nôtre, puis en France : imprégné dès mon adolescence des idées de Pierre Mendès France et désireux de réactiver, à travers une synthèse nouvelle appelée « union de la gauche », le modèle républicain français, j’ai été très tôt « rousseauiste » sans le savoir, tant la pensée de Rousseau a marqué la Révolution française et par suite la tradition politique républicaine à laquelle celle-ci a donné naissance et à laquelle j’appartiens.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Vouloir réunifier la gauche à travers un parti socialiste redressé, au Congrès d’Epinay (1971), puis à travers son programme « Changer la vie » dont François Mitterrand m’avait confié la rédaction et enfin, sur cette base, à travers un programme commun avec l’un des plus puissants partis communistes d’Europe Occidentale, signé à la fin du mois de juin 1972, c’était dans mon esprit, parier sur un Peuple remis debout, en lui confiant à nouveau les clés de son avenir. Il y avait dans ma démarche une dimension de refondation que Rousseau évoque tout en la jugeant très difficile : » Il se trouve des époques violentes où l’Etat renaît pour ainsi dire de ses cendres et reprend la vigueur de la jeunesse … mais ces évènements sont rares » (Contrat social, livre II, chapitre VIII).       <br />
              <br />
              <br />
       Quiconque inscrit son action dans le sillage de la Révolution française et de ses idéaux est, qu’il le veuille ou non, fils de Rousseau. Robespierre, Saint Just et même Bonaparte ont fait du Contrat social leur livre de chevet, chacun le lisant, bien sûr,  à sa façon. C’est en Rousseau que l’idée républicaine en France, beau titre d’un ouvrage de Claude Nicolet paru en 1982, trouve sa source profonde.       <br />
              <br />
       La Révolution a transféré Rousseau au Panthéon en 1794. Le décret fut pris à la fin du régime robespierriste du Comité de Salut public, quand la République naissante se vit acculée, pour survivre, à « forcer à être libres ceux qui refusaient d’obéir à la volonté générale » (Contrat social, livre I, chapitre VII). Ce n’était qu’une interprétation de Rousseau dans laquelle celui-ci ne se serait probablement pas reconnu car il était partisan de la démocratie directe et il a critiqué fortement le système de la représentation.        <br />
              <br />
       L’héritage de Rousseau - puissance du sentiment aussi bien qu’exigence de la raison - reste un héritage éclaté donnant lieu à des interprétations contradictoires. Les républicains, tenants de la souveraineté nationale et populaire et les marxistes se retrouvent dans l’absolutisme théorique de la volonté générale et reconnaissent leur dette à l’égard de Rousseau. A l’inverse les libéraux comme Benjamin Constant, ou les socialistes associationnistes comme Proudhon ou les « political scientists » anglo-saxons, ou encore les théoriciens français de la deuxième gauche comme Jacques Julliard, ne sont pas loin de voir en lui un ancêtre du « totalitarisme ». Kant a mieux compris le sens de la recherche de Rousseau qui est d’abord morale, comme il résulte de ces quelques lignes du Contrat social : « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. Le passage à l’état civil fait d’un animal borné et stupide, un être intelligent et un homme ».       <br />
              <br />
       On pourrait soutenir que le vrai héros de Rousseau a été le Peuple. A travers Thérèse Levasseur, il connaissait la misère du peuple à la fin de l’Ancien Régime. Il n’en avait pas moins érigé, par construction théorique, une collectivité égalitaire dotée d’une personnalité et d’une volonté propres, également appelée « Peuple ». Ce peuple de citoyens s’est dressé à peine dix ans après sa mort sur la scène de l’Histoire. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 est directement inspirée du Contrat social.       <br />
              <br />
       Ainsi, la Constitution de 1791 énonce déjà que « la souveraineté est une, indivisible, inaliénable et imprescriptible. Elle appartient à la Nation et aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice » (article 1er du Titre III).  On croirait lire le Contrat social ! La tradition ne se perdra pas.  La Constitution de 1958 proclame encore l’attachement du peuple français au principe de la souveraineté nationale, énonce que « La France est une République indivisible » … et rappelle que « la souveraineté nationale appartient au peuple » … et « qu’aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice ». Ces formulations font voir la persistance dans nos textes fondateurs d’une veine républicaine directement inspirée de Rousseau.       <br />
              <br />
              <br />
       Même s’il a profondément marqué la tradition française du républicanisme civique, il serait cependant erroné de lire Rousseau à la seule lumière de la Révolution française.        <br />
              <br />
       Rousseau est un penseur du fondamental. Le tragique de la condition humaine ne lui a pas échappé, puisqu’il a réservé explicitement le modèle de sa République à « un peuple de Dieux », ou alors à de très petites cités, où un petit nombre d’hommes simples, attroupés à la mode suisse, à l’ombre d’un grand chêne, seraient capables d’exprimer quelque chose qui ressemblerait à une « volonté générale ». Rousseau est fasciné par l’exigence de l’idée démocratique – je dirais plutôt, quant à moi, « républicaine » - et il en déduit que la démocratie est « si parfaite qu’elle ne convient pas à des hommes » (Contrat social). En fait, Rousseau distingue la souveraineté et le gouvernement : la souveraineté du peuple est bonne par nature, car il est inconcevable que le peuple puisse se vouloir du mal. Mais il ne s’ensuit pas, loin de là, que les gouvernements ne puissent errer.        <br />
              <br />
       Rousseau n’est pas un « political scientist » à l’anglo-saxonne ou un professeur de science politique à la française. C’est un immense philosophe qui se situe au niveau des principes, au niveau de la « Raison pure » selon Kant, son véritable héritier.        <br />
              <br />
       Rousseau se situe, selon moi, au plus haut niveau de l’exigence, à la fois morale et épistémologique. Il ne décrit pas les structures d’un régime démocratique. Il cherche à dégager le principe régulateur. L’idéalité démocratique a pour lui une valeur normative et non pas pratique.        <br />
              <br />
       De même, qu’il décrit les errements des gouvernements soi-disant démocratiques et exposés à dégénérer en « ochlocratie » (pouvoir de la populace), de même Rousseau montre quels mirages peuvent receler les projets de « paix perpétuelle » tels que les a formulés en son temps l’Abbé de Saint-Pierre.       <br />
              <br />
              <br />
       Ainsi, pour ma part, je tire de Rousseau deux leçons :       <br />
              <br />
       •  La première est qu’aucune démocratie, aucune République ne peut résister à la dégénérescence en dehors d’<span style="font-style:italic">un appel constant de la conscience civique au principe qui fonde le contrat social</span>. Rouseau met très haut la barre de l’exigence. Si haut que la plupart des démocrates ou des républicains la perdent de vue dans l’ordinaire des jours des gouvernements.  Mais cette exigence sommeille dans le cœur des citoyens. Elle est ce qui fonde l’espoir d’un réveil civique. C’est à cette exigence que s’adressent Robespierre sous la Première République naissante, Gambetta et Ferry à l’orée de la Troisième, puis successivement Clemenceau, De Gaulle et Pierre Mendès-France, les plus éminents dans la longue lignée des républicains français.        <br />
              <br />
       Sans cette exigence, la politique serait une activité complètement vide et ennuyeuse. Le républicanisme français, nourri de Rousseau à travers la Révolution, tire de son origine historique le projet de former des citoyens par une éducation publique et laïque permanente, de telle sorte qu’on n’ait pas à « les forcer d’être libres », pour reprendre la terminologie du Contrat social. La formation du citoyen est ainsi le moyen d’éviter le renouvellement de la Terreur. L’éducation civique, l’éducation du sens critique du citoyen, sont au cœur des missions de l’Ecole républicaine. Ce n’est pas par hasard qu’on a parlé, sous la IIIe République, de « République enseignante ». Elle l’était doublement : par l’Ecole et par l’exemple. Claude Nicolet opposait à la fadeur du libéralisme anglo-saxon « les éclairs sur l’avenir » et les élans que le républicanisme français tirait de son ancrage historique dans la Révolution.        <br />
              <br />
       •  La seconde leçon que je tire de Rousseau est à l’inverse, si je puis dire, <span style="font-style:italic">une leçon de modestie</span>. Rousseau aperçoit bien les limites des idées qu’il professe dans le Contrat Social ou qu’il révère en apparence dans les « projets de paix perpétuelle » de l’Abbé de Saint-Pierre, souhaitables en théorie, mais dont on peut se demander si « les moyens violents nécessaires à leur réalisation ne devraient pas les faire plutôt craindre que désirer » (jugement de Rousseau sur les écrits de l’Abbé de Saint-Pierre). Ainsi, la crise actuelle de l’euro nous interpelle-t-elle sur l’idée européenne telle qu’elle a été conçue en dehors, voire contre les nations et sur les moyens qu’on a employés pour la faire progresser.        <br />
              <br />
       L’Abbé de Saint-Pierre avait reconnu l’existence d’une identité européenne : « Les Puissances de l’Europe, écrivait-il, forment entre elles une sorte de système qui les unit par une même religion, par un même droit des gens, par les mœurs, par les lettres, par le commerce et par une sorte d’équilibre qui est l’effet nécessaire de tout cela ». Il ajoutait : « Excepté le Turc, il existe entre tous les peuples de l’Europe une liaison sociale imparfaite mais plus étroite que les nœuds généraux et lâches de l’Humanité ». Et l’Abbé de Saint-Pierre en déduisait un principe : « Pour former une Confédération solide et durable, il faut en mettre tous les membres dans une dépendance tellement mutuelle qu’aucun ne soit seul en état de résister à tous les autres ». On ne voit pas, soit dit en passant, comment ce beau principe s’applique dans la zone euro où l’Allemagne, presque seule, impose une politique d’austérité prolongée et simultanée à tous les autres, jusqu’ici du moins.        <br />
              <br />
       Une ligue fédérative européenne, écrit Rousseau, « ferait peut-être plus de mal tout d’un coup, qu’elle n’en préviendrait pour des siècles ». Rousseau, en politique étrangère, comme d’ailleurs en politique intérieure, pourrait passer pour se rattacher aussi, paradoxalement, à l’école de pensée réaliste. En témoignent ainsi certains jugements sur les Bernard-Henri Lévy et les Kouchner de son temps :        <br />
              <br />
       « Le cosmopolitisme ? … une vertu en papier ». « Ces prétendus cosmopolites se vantent d’aimer tout le monde pour avoir droit de n’aimer personne (Manuscrit de Genève). Et s’adressant à Voltaire : « Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins ». « Le beau mot d’humanité est rebattu aujourd’hui jusqu’à la fadeur, jusqu’au ridicule par les gens du monde les moins humains ».        <br />
              <br />
       Ainsi Rousseau peut-il être à la fois le penseur de la Raison pure qui n’existe que dont la théorie et le penseur du réel. L’idéal régulateur, comme toute idée de la raison, est par définition irréalisable mais il est un principe de référence. L’humanité n’est pas un concept politique. La loi en effet ne peut s’appliquer que dans un espace politiquement structuré.        <br />
              <br />
       La raison peut donner une idée du juste ou de l’injuste. Mais elle ne constitue pas un fondement suffisant pour la vertu « Pour faire le bien, il ne suffit pas de le voir. Il faut encore qu’un sentiment nous porte à l’accomplir » (L’Emile).       <br />
              <br />
       Venons-en, une fois prises les précautions épistémologiques nécessaires à une bonne compréhension de la pensée de Rousseau, si vaste et apparemment si contrastée et à l’actualité – ou à l’inactualité – de celle-ci confrontée aux grands mouvements de notre époque :       <br />
              <br />
       • la mondialisation et le sens de la République dans la mondialisation ;       <br />
       • l’Europe et les difficultés de la construction européenne ;       <br />
       • l’universalisme enfin, à travers ses plus récentes moutures, ce qu’on a appelé « le droit de l’hommisme » et le « droit », voire le « devoir d’ingérence ».        <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – La mondialisation et la République</b>       <br />
              <br />
       On connaît les théories de Rousseau sur le luxe et sur le commerce, « le luxe, signe de corruption dans les mœurs et de faiblesse dans le gouvernement … objet de mépris chez les Grecs et les Romains ». « Il était naturel, poursuit-il, que le commerce se sentit du mépris qu’on avait pour le luxe. Quand ces peuples commencèrent à dégénérer ... les particuliers s’enrichirent, le commerce et les arts fleurirent et l’Etat ne tarda pas à dépérir » (Fragments politiques, p. 517). D’un point de vue républicain, la prééminence de l’« homo eoconomicus » sur le citoyen est inenvisageable.       <br />
              <br />
       Or, comment interpréter le grand choc qui eut lieu, il y a plus de trente ans maintenant, entre le néolibéralisme anglo-saxon de Mme Thatcher et de M. Reagan, nourri des doctrines de Hayek et de Milton Friedman, et la volonté affirmée par le « Projet socialiste » de 1980, dont se réclamait François Mitterrand, de changer la société sur la base des idéaux républicains ?       <br />
              <br />
       Comment s’opéra la victoire du néolibéralisme avec l’ouverture en France de ce qu’on a appelé, en mars 1983, « la parenthèse libérale » ? Entre les deux politiques qui lui étaient proposées, une politique industrialiste entée sur une forte dévaluation d’une part et l’accrochage du franc au mark débouchant sur une politique de désinflation compétitive, François Mitterrand, après moult hésitations, choisit la seconde au nom de l’Europe et la dérégulation qui s’ensuivit en vertu de l’Acte unique signé deux ans plus tard en fonction de la même priorité affichée. C’est ainsi qu’a travers ce choix géopolitique à longue portée le socialisme français se rendit sans combattre, histoire que j’ai retracée dans « La France est-elle finie ? » (Fayard, 2011). Et c’est toujours au nom de « l’Europe » que la dérégulation de tous les marchés triompha encore avec «<span style="font-style:italic"> l’Acte Unique</span> » négocié en 1985 à Luxembourg et entré en vigueur en 1987. C’est en vertu de ce traité qu’a été imposée la libération totale des mouvements de capitaux, y compris vis-à-vis des pays tiers, à compter du 1er janvier 1990 et que la Commission européenne fut chargée de faire respecter, en tous domaines, le primat de la concurrence sur les politiques industrielles et  sur la conception française du service public.       <br />
              <br />
       Jean-Jacques Rousseau n’aurait pas cru spontanément à la théorie de l’efficience des marchés professée par l’Ecole de Chicago, si l’on en juge par ces sentences tirées de l’<span style="font-style:italic">Emile</span> : « Il faut étudier la société par les hommes et les hommes par la société : ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux ». Ou encore « Il n’y a des pauvres que parce qu’il y a des riches ». La République, selon Rousseau, met l’égalité en son cœur.       <br />
              <br />
       La gauche française, en opérant au nom de l’Europe sa conversion libérale, a raté une conversion républicaine qui eût impliqué pour l’Europe continentale le maintien d’une certaine dose de réglementation, et pour la France le maintien du principe fondateur de la souveraineté nationale. C’est parce que, placé où j’étais, Ministre d’Etat, chargé de la Recherche et de l’Industrie, je pouvais anticiper pleinement l’ampleur du tournant opéré en mars 1983 que je démissionnai alors du gouvernement. Je n’ai pas conçu ma démission comme seulement le moyen d’« ouvrir ma gueule », selon une phrase devenue célèbre, mais plus profondément comme un appel au peuple des citoyens. En ce sens, cette première démission me faisait « rousseauiste » à mon insu.        <br />
              <br />
       Rousseau ne croit guère aux effets bénéfiques du « doux commerce » : « Nos besoins nous rapprochent à mesure que nos passions nous divisent, et plus nous devenons ennemis de nos semblables, moins nous pouvons nous passer d’eux ». Il pencherait plutôt pour une certaine forme de protectionnisme plus ou moins autarcique : « J’avoue, écrit-il, que l’argent rend les échanges plus commodes. Mais faites mieux : rendez les échanges peu nécessaires. Faites que chacun se suffise à lui-même autant qu’il le pourra ». Ces vues aujourd’hui paraissent datées mais elles traduisent un état d’esprit propre à éclairer le débat actuel entre « libre-échangisme » et protectionnisme appelé par euphémisme « théorie du juste échange ».        <br />
              <br />
       Que dirait Rousseau aujourd’hui des effets sociaux de la dérégulation ? Un capitalisme financier prédateur et spéculatif a façonné un monde déséquilibré et inégal qui court après des règles dont l’abolition a produit la crise dans laquelle il se débat. Rousseau gémissait sur « l’infortune des peuples écrasés par une poignée d’oppresseurs ». Ce n’est pas s’avancer beaucoup de dire que son aspiration à l’égalité « sans laquelle la liberté ne peut subsister »(Contrat social) et à l’existence morale à laquelle la citoyenneté fait accéder l’homme, serait profondément heurtée par le spectacle des inégalités croissantes, de la démission civique et du primat de l’économique sur le politique, qui caractérisent les sociétés régies par le principe dit de « l’acquisition de la valeur par l’actionnaire ».        <br />
              <br />
       Pour réhabiliter le politique, il faudrait restaurer le citoyen. Mais celui-ci se désespère de voir partout bafoués les principes de la souveraineté sans laquelle il ne peut rien et n’est même pas citoyen. Nous voilà « au rouet » comme disait Montaigne …       <br />
              <br />
       Cette défaite de la République a été aussi et d’abord une défaite de la France. Dans l’Europe de 1983, les marges de manœuvre, pour elle, étaient infiniment plus grandes qu’elles ne le sont devenues aujourd’hui, dans un monde entièrement dominé par le capitalisme et les marchés financiers, ouvert aux concurrences les plus inégales, et dans une Europe germanocentrée, où elle peine à remplir son rôle de médiateur naturel entre les pays du Nord de notre continent et ceux du Sud.        <br />
              <br />
              <br />
       La messe est-elle dite ? L’Histoire est-elle finie ? N’y a-t-il pas dans le principe de la souveraineté nationale le ressort d’un éventuel rebond ? La crise du néolibéralisme ne peut-elle faire renaître l’exigence républicaine ? L’Humanité a besoin de repères. Ceux que fournit la République sont pour les hommes d’aujourd’hui des repères plus sûrs que la confiance intéressée ou naïve dans la « main invisible » de marchés devenus fous. C’est ce qu’il faudra démontrer.        <br />
              <br />
       Retour à Rousseau, à travers « l’Europe », en train de se faire et de se défaire.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Retour à Rousseau à travers les soubresauts de « l’Europe »</b>       <br />
              <br />
       Par une vue prémonitoire qui n’appartient qu’à des esprits assez vastes pour concevoir ensemble les contraires, Jean-Jacques Rousseau a perçu dans le jugement qu’il prononce sur le projet de la ligue européenne fédérative, repris  de Sully par l’Abbé de Saint-Pierre, en vue d’assurer à l’Europe une paix perpétuelle, à la fois le caractère fascinant du projet et son caractère hautement problématique.  C’est à Jean Monnet qu’il revient d’avoir conçu des institutions européennes tenant en lisière les souverainetés nationales dans lesquelles il voyait non la source de la démocratie mais l’origine des nationalismes et donc des guerres. C’est à une « Haute Autorité » que par la suite on appela « Commission européenne » que ce véritable « Législateur », au sens rousseauiste du terme, voulut confier la définition de l’intérêt général et le monopole de la proposition. C’est ainsi que s’est édifié un monstre technocratique : l’essentiel des décisions y procède d’autorités non élues (Commission, Banque Centrale, Cour de Justice). Les gouvernements démocratiquement élus ont été relégués à la périphérie, à l’exception sans doute du gouvernement allemand dont la capacité d’influencer les institutions européennes provient à la fois des textes qu’il a inspirés, en particulier sur la monnaie unique, et de la position économiquement dominante acquise par l’Allemagne, grâce à son industrie et à ses excédents.        <br />
              <br />
       En République, ce sont les citoyens qui définissent l’intérêt général à travers le débat démocratique sanctionné par le vote. Dans l’organisation européenne dont Jean Monnet a été l’inspirateur, ce sont les Commissaires et les Gouverneurs de la Banque Centrale qui détiennent l’essentiel du pouvoir. Le Conseil européen définit formellement des orientations qui reflètent pour l’essentiel la philosophie libérale des institutions européennes et les positions allemandes que les autres pays, à commencer par la France, ne se sont pas sentis jusqu’à présent en mesure de contester et ont par conséquent ratifiés, à travers le projet de traité européen signé le 2 mars 2002.        <br />
              <br />
              <br />
       La crise de la monnaie unique était inscrite dans son génôme. Dix-sept pays très différents par leurs structures   économiques, leurs langues, leurs options politiques, ont délégué leur souveraineté monétaire à une Banque Centrale européenne indépendante copiée sur le modèle de la Bundesbank allemande, avec une mission unique : lutter contre l’inflation. On imagine difficilement schéma plus « économiciste » et plus réducteur du point de vue d’une démocratie républicaine où les citoyens interréagissent les uns sur les autres, à la recherche d’un projet qui les dépasse et les élève tous, au service d’un intérêt général qu’il leur incombe de définir.        <br />
              <br />
       Dans la zone euro coexistent des économies hétérogènes qui sont loin de former ensemble la « zone monétaire optimale » rêvée par Robert Mundell. Celle-ci requiert la fluidité des mouvements de main d’œuvre et de puissants mécanismes de transferts interrégionaux. Rien de tout cela n’existe et ne peut exister, à vue d’homme, dans la zone euro, où les inégalités de compétitivité et de développement ont, en douze ans, creusé des écarts que ne peuvent plus compenser, par définition, les anciens mécanismes de dévaluation. Ces écarts s’observent dans les balances commerciales, les taux de croissance, les taux de chômage et bien sûr, le taux d’intérêt des emprunts publics.        <br />
              <br />
       Un économiste allemand très connu, Hans-Werner Sinn, considère qu’il existe des déséquilibres structurels fondamentaux indépassables. Il voit la zone euro comme un tonneau des Danaïdes : « Les plans de sauvetage nous permettront peut-être de respirer pendant cinq ans, mais après ce délai, les coffres des pays bailleurs de fonds seront vides et les nations les plus faibles connaîtront les mêmes problèmes qu’aujourd’hui ».        <br />
              <br />
       Suffirait-il de modifier les règles de la zone euro, notamment en revoyant le rôle de la Banque Centrale, comme les deux principaux candidats en lice pour l’élection présidentielle en France l’ont suggéré ? Où faudra-t-il revoir la nature de l’euro pour restaurer des marges de fluctuation au sein d’un système de monnaie commune ? C’est un autre débat.        <br />
              <br />
       Une vision rousseauiste du monde fait apparaître le danger qu’il y a pour les nations à déléguer leur souveraineté sur des questions aussi essentielles que la monnaie. C’était l’enjeu du traité de Maastricht. On voit que, de fil en aiguille, c’est la souveraineté budgétaire qui est aujourd’hui en question, à travers le traité européen signé le 2 mars 2012. Et c’est la souveraineté économique, sociale et en définitive politique, qui est désormais menacée dans les pays soumis à l’assaut de la spéculation. On évoque aujourd’hui le défaut de grands Etats au cœur de la zone euro, alors que la faillite d’un Etat paraissait encore, il y a quelques années, chose inimaginable. On n’a pas vu cependant qu’on puisse aussi facilement dissoudre les peuples et plus encore les nations. Rousseau évoque bien la réduction d’un peuple en servitude. Ce serait un paradoxal résultat de l’Union européenne que d’aboutir à restaurer l’idée d’une hiérarchie des peuples sur le sol européen.        <br />
              <br />
       Rousseau nous rappelle que « si la force a fait les premiers esclaves seule la lâcheté les a perpétués ». Mais les peuples, d’où viennent-ils ? Qui les a institués ? Qu’est-ce qui fait qu’un peuple est un peuple ? Rousseau nous incite à revenir à l’acte initial qui fonde le contrat social.       <br />
              <br />
       Un contrat social est-il donc imaginable, comme le pensent les tenants du fédéralisme, à l’échelle de l’Europe ? Pour répondre à cette question, il faudrait répondre à beaucoup d’autres : pour quel projet ? Dans quelles limites géographiques ? A travers quelles institutions ? Toutes questions qui débouchent aujourd’hui sur le vide, faute justement qu’il y ait « un peuple européen ». Or, dans les faits, il en existe une bonne trentaine. La Cour Constitutionnelle de Karlsruhe a déduit de l’inexistence d’un « peuple européen » que le Parlement européen n’est pas un Parlement et qu’aucune décision nouvelle par rapport aux traités existants ne peut être prise sans l’aval du Bundestag. Pour qu’un peuple européen existe, il faudrait l’instituer. Moult assemblées, conventions, etc. se sont réunies, qui n’y sont jusqu’ici jamais parvenues.        <br />
              <br />
       Rousseau nous rappelle que « celui qui veut instituer un peuple, doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine » (Contrat social). D’aucuns me rétorqueront : « Mais qui donc a institué la nation française ? » A cette question, Claude Nicolet a fort bien répondu : « Quarante rois ont fait la France, puis la coquille se casse : l’oiseau montre la tête, c’est la République, qui n’est quand même pas française par hasard (dans Claude Nicolet, <span style="font-style:italic">Histoire, nation, République</span>, Editions Jacob, mai 2000).        <br />
              <br />
       L’Allemagne aujourd’hui, par la voie de la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe mais aussi par celle de son gouvernement, affirme avec de plus en plus de force la responsabilité des Etats. A-t-elle tort ? Je ne le crois pas, car les tenants d’une solidarité européenne indéfiniment extensible oublient que celle-ci ne représente aujourd’hui que le quarantième des solidarités nationales : le budget européen pèse 1 % du PIB européen. Or, le montant des prélèvements obligatoires en Europe atteint en moyenne 40 %. On ne peut pas multiplier rapidement le budget européen par 20, 10, 5, voire 2 !        <br />
              <br />
       On ne peut rien construire aujourd’hui en Europe sans s’appuyer sur la souveraineté des nations qui va avec la responsabilité des Etats, même si on tempère ce principe de mille politiques visant à promouvoir un « intérêt général européen » qu’on ne peut d’ailleurs définir en dehors de la volonté des peuples. D’où il résulte que si une « Europe européenne » est éminemment désirable face à la bipolarité sino-américaine du XXIe siècle, cette Europe ne peut être qu’à « géométrie variable ». Il n’y a pas d’Europe démocratique qui vaille sans l’aval des peuples qui la constituent.        <br />
              <br />
       Retour à Rousseau dont je veux d’autant moins en faire un « souverainiste »  que je ne me définis pas moi-même comme tel, mais simplement comme républicain. Car la démocratie est l’autre face de la souveraineté. Rousseau a entrevu l’existence d’une autre perspective qui se pare aujourd’hui des atours du fédéralisme mais signifie autre chose : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maitre, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ».       <br />
              <br />
       C’est l’enjeu de la révision du traité européen du 2 mars, traité dont l’application plongerait l’Europe tout entière dans une récession prolongée et mettrait chaque Etat en position subordonnée par rapport à la Commission et à la Cour de Justice de l’Union. Je doute qu’il soit jamais ratifié. Pour rester fidèle à Rousseau, il faut penser l’Europe à partir des nations, avec les peuples existants et non pas contre eux. C’est pourquoi je suggère qu’on réfléchisse à la transformation de l’euro de monnaie unique en monnaie commune. Cette monnaie serait elle-même un « panier » de monnaies nationales reconstituées. Avec cependant deux tempéraments : les monnaies nationales verraient d’abord leurs parités négociées périodiquement à l’intérieur d’un système monétaire européen bis, pour tenir compte de l’évolution des compétitivités économiques respectives.  Par ailleurs, ces monnaies nationales (euro franc, euro mark, euro lire, etc.) ne seraient convertibles qu’en euros. L’euro, monnaie commune, dont la valeur serait fixée par les marchés monétaires, serait réservée aux transactions internationales.        <br />
              <br />
       Les ajustements monétaires rendus possibles par une simple monnaie commune sont infiniment moins douloureux que les déflations internes auxquelles les institutions européennes, pour maintenir la monnaie unique, entendent soumettre les pays les plus faibles. Ce retour à la responsabilité des Etats ne serait après tout qu’une application du fameux principe de subsidiarité tiré de Saint-Thomas d’Aquin, dont les institutions européennes ont fait leur credo théorique, sans l’appliquer jamais. La souveraineté ne peut jamais s’aliéner, selon Rousseau, mais il admettrait, je le crois, des délégations de compétences, pourvu qu’elles restent démocratiquement contrôlées.       <br />
              <br />
       Jacques Delors définissait l’Europe comme un objet politique non identifié, un OPNI. Rousseau peut nous aider à penser de manière théorique et pragmatique à la fois, le resserrement souhaitable des solidarités entre les peuples européens et l’articulation des souverainetés nationales en vue d’un « bien commun européen » (la paix, le plein emploi, le maintien d’un tissu productif si possible autosuffisant).       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Rousseau, le patriotisme, l’universalisme, la guerre et la paix</b>       <br />
              <br />
       On décrit souvent Rousseau comme un grand sentimental que la Nature seule consolerait de la méchanceté des hommes. On le voit herborisant. Mais Rousseau est tout sauf un enfant de chœur.       <br />
              <br />
       Il sait que le patriotisme est nécessaire à la République. Il écrit aussi que le patriotisme est naturellement « dur aux étrangers ». Ce n’est point pour autant qu’il renie l’humanité.       <br />
              <br />
       Rousseau ne préfigure pas les grands totalitarismes ni même Le Pen. Certes, sa pensée prend le contrepied de celle de Montesquieu, quand celui-ci écrit : « Si je savais quelque chose qui me fut utile et qui serait préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille, mais qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime ».        <br />
              <br />
       Roussseau s’inscrit, au contraire, dans la tradition du patriotisme antique, tel que l’ont formulé Platon et Ciceron. C’est une catégorie du proche et du familier qui permet d’intérioriser la notion du bien commun. Le patriotisme, au niveau de l’affect, consolide la citoyenneté. A l’inverse, la corruption moderne revient à vouloir jouir des bienfaits de l’association politique, sans accepter d’en remplir les devoirs.       <br />
              <br />
       Rousseau constate encore que « le sentiment d’humanité s’éloigne et s’affaiblit, en s’étendant sur toute la terre ». Pour autant, Rousseau s’inscrit dans la théorie du droit naturel : la loi civile ne doit rien commander qui soit contraire à la loi naturelle. Les valeurs républicaines sont des valeurs universelles. Pour autant, le patriotisme et l’humanité sont des valeurs « incompatibles dans leur énergie » … « Le législateur, écrit-il, qui les voudra toutes deux, n’obtiendra ni l’une, ni l’autre » (Lettres écrites de la Montagne). Rouseau reconnaît que « l’amour de l’Humanité donne beaucoup de vertus, comme la douceur, l’équité, la modération mais il n’inspire point le courage ou la fermeté, et ne leur donne point cette énergie qu’elles reçoivent de l’amour de la patrie qui les élève jusqu’a l’héroïsme ». Tout cela est très fort et très bien vu.       <br />
              <br />
       En fait, Rousseau est aussi un réaliste … Il sait ce qui est nécessaire à la conservation d’un Etat républicain : il n’y a pas de civisme sans patriotisme. Il a la sagesse de ne pas vouloir étendre à la terre entière les lois forcément bornées dans leur objet à la cité qu’on appelle aujourd’hui République.       <br />
              <br />
       Montesquieu méconnaît que la catégorie du politique est restreinte à un territoire particulier. Admirons au contraire les formulation de Robespierre refusant, en 1792, de déclarer la guerre aux puissances d’Ancien Régime, comme le voulaient les Girondins, et s’élevant contre les thèses interventionnistes d’Anacharsis Cloots : « Je n’aime pas les missionnaires bottés … Paris n’est pas la capitale du monde … ».       <br />
              <br />
       Si telle République interventionniste prétendait fonder un ordre européen ou mondial, on en a vu le résultat : hier, avec les guerres de la Révolution et de l’Empire, voire avec les guerres de colonisation, faites au nom de la « Civilisation » ; aujourd’hui les guerres préventives comme la guerre d’invasion de l’Irak en 2003, mais aussi en 1990-1991, avec la première guerre du Golfe.        <br />
              <br />
       Celle-ci, formellement a été approuvée par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 30 novembre 1990, moyennant un amendement au projet de résolution américain déposé par M. Chevarnadze, ministre des Affaires étrangères de l’URSS. Ce dernier obtint qu’à l’expression « autorise l’usage de la force » fut substituée une formulation plus douce : « autorise l’emploi des moyens nécessaires ». Cet amendement en disait long sur l’affaissement de l’URSS et de la bipolarité qui pendant quarante-cinq avait fondé l’équilibre du monde.        <br />
              <br />
       J’ai adressé ma lettre de démission le 7 décembre à François Mitterrand au lendemain du vote de cette résolution par le CSNU.  Je l’ai fait dans une complète solitude, par sentiment d’humanité certes, mais surtout, pour reprendre la terminologie de Rousseau, par patriotisme.       <br />
              <br />
       Par sentiment d’humanité d’abord : cette guerre aurait pu être évitée, mais elle avait été décidée dès le départ, le 2 août 1990, par M. Reagan et Mme Thatcher alors réunis dans le Colorado, au moment où Saddam Hussein envahissait le Koweit, croyant sans doute avoir obtenu de l’Ambassadrice américaine à Bagdad une sorte de « feu vert ». Roland Dumas raconte, dans une brochure publiée par l’Institut François Mitterrand en 2011, que François Mitterrand lui demanda, dès le 3 août 1990 au matin, si la France devait se joindre à cette guerre que M. Bush père lui avait annoncée la nuit même au téléphone. Toute la suite n’a été qu’un rideau de fumée, puisqu’une issue diplomatique avait été par avance exclue. J’ai vécu cela de l’intérieur, mais cela pouvait s’observer à travers l’orchestration des médias à l’échelle mondiale.       <br />
              <br />
       La proposition faite par le canal d’Evgueni Primakov par Saddam Hussein, fin octobre 1990, d’une évacuation du Koweit par les troupes irakiennes, moyennant leur remplacement par des troupes arabes (égyptiennes, séoudiennes, etc.) dite « solution arabe », n’a même pas été examinée par MM. Gorbatchev et François Mitterrand alors réunis à Fontainebleau ... de peur d’indisposer les Américains. Ceux-ci étaient résolus à positionner des forces terrestres au Moyen-Orient, région stratégique pour le contrôle du pétrole et du monde, afin de se passer désormais d’un gendarme régional (pacte de Bagdad en 1955, Chah d’Iran, après la chute de la monarchie irakienne en 1958, Saddam Hussein enfin, après l’arrivée au pouvoir de Khomeiny en Iran et l’affaire des otages américains en 1979-80). L’erreur des Etats-Unis a été de choisir pour ce pré-positionnement de leurs forces, le Royaume d’Arabie Séoudite, gardien des lieux saints de l’Islam.       <br />
              <br />
       Cette guerre fut enfin disproportionnée. Il s’agissait, en théorie, de « libérer le Koweit ». Mme Thatcher assena, à l’automne 1990, qu’il s’agissait de « briser les reins de l’Irak ». J’eus beau objecter à mon collègue américain, Dick Cheney, qui avait poussé la politesse jusqu’à me consulter, qu’en « brisant les reins » du principal régime laïc dans la région, les Etats-Unis et leurs alliés ouvriraient la voie au fondamentalisme islamique (je ne prévoyais pas encore Al Quaïda) et feraient de l’Iran la puissance dominante au Moyen-Orient. Rien n’y fit. Ce parti pris de modération appuyé sur l’idée d’un usage proportionné de la force parut sans doute à Dick Cheney un signe de faiblesse.       <br />
              <br />
              <br />
       J’en viens maintenant à l’essentiel de ma motivation qui était le patriotisme : en cautionnant la destruction de l’Irak, la France trahissait l’orientation que le général de Gaulle, depuis 1962, avait donnée à sa diplomatie vis-à-vis du monde arabe : reconnaissance du droit à l’autodétermination des peuples, à commencer par le peuple algérien auquel les accords d’Evian ouvrirent la voie de l’indépendance, refus, en 1967 ; d’entériner la colonisation par Israël des territoires palestiniens ; politique de coopération avec tous les pays de la région.       <br />
              <br />
       Dès la guerre du Golfe terminée, Roland Dumas, dans une interview retentissante donnée au « Monde », déclara qu’il n’y avait jamais eu de « politique arabe de la France. J’ai considéré au contraire, pour ma part, que le monde arabe, certes composé de nations distinctes, fonctionnait comme caisse de résonnance et comprendrait mal que la France, en emboîtant le pas aux Etats-Unis, cessât de faire entendre une voix indépendante. Or, celle-ci était et reste nécessaire pour qu’enfin fût reconnu le droit du peuple palestinien à un Etat, aux côtés d’Israël dont la sécurité serait ainsi mieux garantie que par la prolongation indéfinie d’un conflit qui peut conduire, un jour, à une nouvelle guerre mondiale.       <br />
              <br />
       Ainsi, je puis dire que mon principal moteur a été le patriotisme au sens rousseauiste du terme, évidemment opposé au nationalisme avec lequel certains veulent le confondre. Ma motivation n’était évidemment pas pacifiste, même si, ministre de la Défense, la paix était aussi mon souci. J’observe que Rousseau lui-même n’était pas pacifiste et cherchait à définir les conditions d’une guerre « légitime ».       <br />
              <br />
       Rousseau, en définissant ce qu’il appelle un « état de guerre », intermédiaire entre la guerre et la paix, nous fait voir la compétition permanente des Etats dont les relations changent par gradation. L’intérêt de la République française n ‘était pas, selon moi, de s’aligner sur les Etats-Unis dont la politique au Moyen-Orient obéit à des intérêts qui ne sont pas forcément les nôtres.        <br />
              <br />
       J’aimerais vous avoir convaincus, s’il en était besoin, que la géopolitique aussi a quelque chose à apprendre de Rousseau. Si la paix est préférable à la guerre, « l’état de guerre », c’est-à-dire la rivalité incessante des Puissances doit se gérer avec doigté. L’emploi de la force doit être proportionné à son objet qui est toujours politique. L’organisation qui n’est pas dite par hasard des Nations Unies (ONU) a fixé des règles pour cela. Ainsi, le « devoir », ou le « droit d’ingérence » est aujourd’hui rejeté par l’ONU, même si le CSNU admet dans certains cas « la responsabilité de protéger » une population exposée à une répression criminelle et potentiellement génocidaire de la part de son gouvernement. L’application qui a été faite de ce concept en Lybie l’a fortement dévalorisé, comme on le constate aujourd’hui en Syrie.       <br />
              <br />
       L’interprétation faite en Lybie, jusqu’au « changement de régime » (« régime change ») justifie aujourd’hui aux yeux de la Russie et de la Chine qu’on ne puisse utiliser « le droit de protéger » en Syrie.       <br />
              <br />
       Rousseau ne prohibait pas la guerre. Ce qui l’intéressait c’était à l’intérieur du droit de la guerre, la manière dont on peut la circonscrire et la réglementer, s’agissant notamment du traitement des prisonniers et de la protection des civils.        <br />
              <br />
       Nous pouvons, en nous inspirant de Rouseau, concevoir une diplomatie républicaine, à la fois respectueuse des souverainetés nationales et soucieuse d’instaurer une règle collective, visant à redonner tout son sens au concept de souveraineté. Celle-ci ne peut s’accomplir qu’au service du bien commun.       <br />
              <br />
       Rousseau nous enseigne ainsi la distance entre le réel et l’universel mais aussi la manière de nous en accommoder. Ce génial théoricien de la souveraineté rappelle aussi aux hommes qui savent le lire qu’ils ne sont pas des dieux.       <br />
       
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   <title>"Le succès d'Arnaud Montebourg m'a fait plutôt plaisir car il porte des idées que je crois justes"</title>
   <pubDate>Mon, 10 Oct 2011 22:26:00 +0200</pubDate>
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   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
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   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Laurent Ruquier et de son équipe pour l’émission "On va s'gêner" sur Europe 1, lundi 10 octobre 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><span style="font-style:italic">A propos du livre d'entretiens avec Luc Chatel «Le monde qu'on leur prépare »</span> : Luc Chatel est un homme très habile. Il se garde bien d'être en désaccord avec moi.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Il y a franche opposition de conceptions. Monsieur Chatel défend l’École comme une entreprise qu'il faut manager. Je défends l'idée que l’École est plutôt une institution de la République qui repose sur des valeurs permanentes : le savoir, l'effort, l'autorité des maîtres.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Il y a également de totales divergences sur l'économie. Lui est un des chantres de la mondialisation heureuse et moi, je suis plutôt un critique de la mondialisation libérale telle qu'elle s'est faite.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Le succès d'Arnaud Montebourg m'a fait plutôt plaisir car il porte des idées que je crois justes.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Cette mondialisation biaisée au profit de pays à très bas coûts, avec une euro surévalué par rapport au dollar et au yuan, aboutit à la désindustrialisation de la France, à un chômage de masse.       
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li><span style="font-style:italic">A propos de sa célèbre phrase « un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne »</span> : C'est un principe déontologique. Même François Mitterrand parlait avec beaucoup de fierté de sa démission du gouvernement Laniel quand ce dernier avait envoyé le Sultan Mohammend V à Madagascar. Mitterrand avait démissionné pour montrer son désaccord.        
       </li></ul><ul class="list"><li>De plus 3 fois c'est relativement peu. J'aurais pu démissionner beaucoup plus de fois.       
       </li></ul><ul class="list"><li><span style="font-style:italic">Sur la décision à venir d'Arnaud Montebourg</span> : C'est difficile de donner un conseil. J'ai beaucoup de sympathie pour les candidats qui restent en lice. J'apprécie le talent de François Hollande et la sincérité de Martine Aubry.       
       </li></ul><ul class="list"><li>J'ai un peu de peine pour Ségolène car j'ai gardé beaucoup de sympathie pour elle. Je lui dis que ce n'est qu'un moment à passer. Courage Ségolène!</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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 	<itunes:summary><![CDATA[Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Laurent Ruquier et de son équipe pour l’émission "On va s'gêner" sur Europe 1, lundi 10 octobre 2011.]]></itunes:summary>
 	<itunes:author>Chevenement.fr</itunes:author>
   <link>https://www.chevenement.fr/Le-succes-d-Arnaud-Montebourg-m-a-fait-plutot-plaisir-car-il-porte-des-idees-que-je-crois-justes_a1228.html</link>
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   <title>Chevènement sur le score de Montebourg: "le vent se lève"</title>
   <pubDate>Mon, 10 Oct 2011 11:41:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Dépêche AFP, lundi 10 octobre, 10h51.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3339875-4794417.jpg?v=1319479214" alt="Chevènement sur le score de Montebourg: "le vent se lève"" title="Chevènement sur le score de Montebourg: "le vent se lève"" />
     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), s'est réjoui lundi matin du bon score d'Arnaud Montebourg à la primaire socialiste, y voyant la force de ses propres idées contre &quot;la mondialisation libérale&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;Le vent se lève&quot;, écrit l'ancien ministre de François Mitterrand dans sa lettre d'information. Le score du député de Saône-et-Loire (17%, arrivé troisième dimanche) &quot;traduit l'existence forte à gauche des idées que nous portons, visant à remettre en cause la mondialisation libérale&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;Ce score manifeste l'exigence d'un redressement par rapport au social-libéralisme&quot;, poursuit le sénateur. &quot;Nous avons besoin de règles, de protections, d'un Etat stratège, d'une Europe de la croissance&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Chevenement-sur-le-score-de-Montebourg-le-vent-se-leve_a1227.html</link>
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   <title>Le vent se lève</title>
   <pubDate>Mon, 10 Oct 2011 10:21:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Le score d'Arnaud Montebourg traduit l'existence forte à gauche des idées que nous portons visant à remettre en cause la mondialisation libérale.     <div>
      Les gens comprennent les conditions biaisées qui sont faites à l'économie française par la concurrence des pays à bas coûts et la surévaluation de l'euro, d'où découlent la désindustrialisation et le chômage qui frappe d'abord la jeunesse.       <br />
              <br />
       Ce score manifeste l'exigence d'un redressement par rapport au social-libéralisme.       <br />
              <br />
       Nous avons besoin de règles, de protections, d'un Etat stratège, d'une Europe de la croissance.       <br />
              <br />
       A l'occasion du débat des primaires, la question de l'euro n'a pas été évoquée. Il serait temps de revoir les règles de l'euro, et notamment le rôle de la Banque centrale, sujet que Mme Merkel et M. Sarkozy se refusent à aborder.       <br />
              <br />
       Plus que jamais, il faut sortir la France de l'impasse.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Le-vent-se-leve_a1226.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-3322726</guid>
   <title>Mourir pour le yuan ? ou pour l’euro ?</title>
   <pubDate>Mon, 03 Oct 2011 18:04:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Dans son essai percutant*, Jean-Michel Quatrepoint ne décevra pas le lecteur.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3322726-4767435.jpg?v=1317657785" alt="Mourir pour le yuan ? ou pour l’euro ?" title="Mourir pour le yuan ? ou pour l’euro ?" />
     </div>
     <div>
      Habitué certes à son alacrité de plume, celui-ci découvrira de surcroît un historien de l’économie, incomparable dans l’art de retrouver le fil conducteur qui conduit de la marginalisation et de l’humiliation de la Chine au XIXe siècle à la revanche qu’elle prend au début du XXIe siècle sur les pays anciennement industrialisés et plus précisément sur ses anciens colonisateurs.       <br />
              <br />
       Jean-Michel Quatrepoint excelle à dresser à plus d’un siècle de distance des parallèles suggestifs entre les deux mondialisations, l’anglaise et l’américaine, entre les prophéties de Norman Angell, journaliste britannique qui déduisait en 1910 de l’intrication des intérêts économiques, la pacification définitive des relations internationales et des thuriféraires actuels de la <span style="font-style:italic">&quot;mondialisation heureuse&quot;</span>, à la Alain Minc.       <br />
              <br />
       La réflexion de Jean-Michel Quatrepoint éclaire de manière suggestive le surgissement d’une nouvelle bipolarité à l’échelle du monde entre la Chine mercantiliste et les Etats-Unis rentiers, comme à l’échelle de l’Europe entre l’Allemagne, elle aussi mercantiliste, et les pays méditerranéens plombés par leur dette.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La force des descriptions de Jean-Michel Quatrepoint vient de ce qu’il analyse toujours les déplacements de l’équilibre géopolitique du monde en les resituant dans leur contexte non seulement économique mais social : le surgissement d’une nouvelle <span style="font-style:italic">&quot;globocratie&quot;</span>, cœur de ce que Zygmunt Bauman appelait <span style="font-style:italic">&quot;les élites mondialisées&quot;</span> et la paupérisation correspondante des classes moyennes qui tiraient leur prospérité des anciennes régulations d’un monde aujourd’hui décompartimenté et globalisé.       <br />
              <br />
       Je ne suis pas sûr cependant que les Chinois, avec 3000 milliards de dollars de réserves, soient encore en mesure de racheter le monde ni que l’Allemagne puisse être longtemps pour l’Europe l’équivalent d’une <span style="font-style:italic">&quot;petite Chine&quot;</span>.       <br />
              <br />
       Jean-Michel Quatrepoint voit clairement en revanche que c’est désormais le dollar qui est dans le collimateur de la Chine. Il voit aussi les points faibles de l’Allemagne : il n’est pas sûr que le mercantilisme allemand soit à terme un bon calcul pour notre voisin d’Outre-Rhin. En fait c’est l’euro plus que le yuan qui plombe l’Europe. C’est notre propre incapacité qu’il faut incriminer plus encore que les appétits de revanche des autres.       <br />
              <br />
       S’interrogeant enfin sur le destin de la France, Jean-Michel Quatrepoint mesure dans son dernier chapitre les atouts qui lui restent et les défis qu’elle doit impérativement relever pour façonner …  <span style="font-style:italic">&quot;une autre mondialisation&quot;</span>.       <br />
              <br />
       Une très bonne lecture pour le prochain Président de la République française.       <br />
              <br />
       -------       <br />
       <span style="font-style:italic">Mourir pour le Yuan ? Comment éviter une guerre mondiale</span>, Jean-Michel Quatrepoint, Bourin Editeur, 2011, 279 pages
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <div align="center"><iframe src="http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?t=chevenement20-21&o=8&p=8&l=as1&asins=2849412570&ref=tf_til&fc1=000000&IS2=1&lt1=_blank&m=amazon&lc1=0000FF&bc1=000000&bg1=FFFFFF&f=ifr" style="width:120px;height:240px;" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" frameborder="0"></iframe></div>

     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Mourir-pour-le-yuan-ou-pour-l-euro_a1224.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Entretien avec Nicolas Baverez dans Le Nouvel Observateur: "Faut-il démondialiser?"</title>
   <pubDate>Thu, 08 Sep 2011 18:00:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien paru dans le Nouvel Observateur du 8 septembre 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3253165-4658695.jpg?v=1315495393" alt="Entretien avec Nicolas Baverez dans Le Nouvel Observateur: "Faut-il démondialiser?"" title="Entretien avec Nicolas Baverez dans Le Nouvel Observateur: "Faut-il démondialiser?"" />
     </div>
     <div>
      <b>Jean-Gabriel Fredet (Nouvel Observateur) - Après avoir encensé la mondialisation, on porte aux nues maintenant la « démondialisation ». Qu’en pensez vous ?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: La crise de la mondialisation financière nous oblige à réfléchir sans tabous. En 2008, l’opinion a découvert que la théorie de l’efficience des marchés relevait du mythe et que nous vivions dans un système hyper-spéculatif , excessivement globalisé, favorisant des mouvements d’amplification irrésistibles.       <br />
              <br />
       Dans le même temps, les Français ont pris conscience du déclassement de l’Europe et du rétrécissement de leur industrie qui ne représente plus que 13% de notre valeur ajoutée aujourd’hui. Dès lors, si le mot de « démondialisation » a l’inconvénient de suggérer qu’on pourrait revenir en arrière, il réintroduit l’idée que l’on peut corriger les excès d’une mondialisation « biaisée » et revenir sur les excès du néolibéralisme.       <br />
              <br />
       <b>Nicolas Baverez</b>: Avant de juger, les faits. La mondialisation n’est ni « heureuse » ni « malheureuse », c’est un fait historique, le grand principe du XXI° siècle. Elle procède de trois mouvements. L’universalisation du capitalisme d’abord qui a fait entrer l’humanité dans l’âge d’une histoire commune à défaut d’être convergente. Ensuite la multipolarité, synonyme de désoccidentalisation du monde. Au-delà de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de la Russie, pointe une deuxième vague d’émergents - Indonésie,Turquie, Afrique du sud- qui fait basculer le centre de gravité du monde et met fin au monopole de l’histoire détenu par l’Occident. Ce système multipolaire est enfin profondément hétérogène tant du point de vue des valeurs que des cultures ou des institutions.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La mondialisation ne tombe pas du ciel ; son histoire démarre en 1979 avec la désinflation organisée par Paul Volcker à la tête de la Banque centrale américaine et la déréglementation initiée par Madame Thatcher. Elle coïncide avec l’invasion de l’Afghanistan et le début de la fin de l’Union soviétique ; avec le lancement des quatre modernisations qui fondent les Trente Glorieuse chinoises.       <br />
              <br />
       Triomphante durant la décennie 1990, après la chute du Mur de Berlin qui fait disparaître toute alternative au capitalisme, cette mondialisation est confrontée, à partir de 2001, à des chocs en chaîne, provoqués par la démesure américaine et les réactions qu’elle suscite : krach des nouvelles technologies et attentats du 11 septembre en 2001, guerres d’Afghanistan et d’Irak, enchaînement des bulles spéculatives culminant avec la chute de Lehman Brothers en 2008. Aujourd’hui, le monde continue à être bouleversé par des chocs dont la violence crée une incertitude permanente: crise de la dette souveraine, déstabilisation de la zone euro et dégradation de la notation financière des Etats-Unis ; révolutions du monde arabo-musulman; tragédies du Japon frappé par la catastrophe de Fukushima.       <br />
              <br />
       Le fil conducteur de cette histoire c’est le surgissement- ou le retour- au premier plan de l’histoire de la Chine et de l’Inde.Alors que dans les années 2000, la croissance mondiale est en moyenne de 1,6% dans les pays développés et de 5,9% dans les émergents, elle est de 7,5% dans les BRIC. La Chine est devenue la deuxième puissance économique derrière les Etats-Unis. Le Brésil, talonne la France. Cette mondialisation compte des gagnants et des perdants, à l’intérieur même des continents et parfois des pays. La Chine, grand gagnant est en même temps le pays le plus inégalitaire du monde et l’ampleur des déséquilibres ne permet plus d’exclure de sérieux dérapages en dépit du pilotage exceptionnel du Parti communiste chinois qui a engagé une profonde modification de son modèle avec une augmentation des salaires et le début d’une protection sociale.       <br />
              <br />
       Le grand succès historique et moral de la mondialisation demeure d’avoir, en deux décennies, sorti plus d’un milliard d’hommes de la pauvreté pour les faire accéder à la classe moyenne grâce à une très forte croissance. Contrepartie : la remise en question des rentes dont bénéficiait la population des démocraties occidentales en termes de niveau de vie, via la capacité d’endettement public et privé. D’où, à l’inverse, un choc négatif sur leurs classes moyennes, confrontées au surendettement et au chômage.       <br />
              <br />
       Si on ne s’oppose pas à un mouvement historique, on peut en revanche peser sur lui, essayer de le réguler, d’aménager des transitions pour soutenir les sociétés les plus déstabilisées.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: Avant de décrire cette mondialisation comme un « fait », il faut dire qu’elle est d’abord un choix politique. Le triomphe du néolibéralisme avec l’élection de Thatcher et de Reagan s’est traduit , au nom du dogme de « l’efficience des marchés » par une complète dérégulation, notamment en matière financière. La financiarisation aboutit à la dictature d’un actionnariat prédateur. En Europe, cette déréglementation s’est faite à partir de l’Acte Unique sur la base du quel 300 directives dont celle de libération des mouvements de capitaux ont être prises. Avec la libéralisation des services publics et  l’interdiction des politiques industrielles, cette dérégulation généralisée à l’échelle du monde a provoqué la crise globale du capitalisme financier. Et c’est par ce que ce choix politique est remis en cause, parce que le système qu’il a mis en place s’effondre que le mot de « démondialisation » rencontre autant d’écho. Car la démondialisation est aussi  politique. C’est la fin de l’hyperpuissance américaine en tant que puissance hégémonique. Le monde se fragmente, avec un « G2 » - les Etats-Unis et la Chine - et entre les deux, variable d’ajustement, l’Europe dont le déclin s’accélère avec les délocalisations. Face à cette mondialisation biaisée, n’avons-nous pas le droit de défendre notre modèle politique et social ?        <br />
               <br />
       <b>Nicolas Baverez</b>: La mondialisation ne se limite pas à l’avènement de la finance. Le développement des émergents n’est pas guidé par la finance mais par l’économie réelle et la production - industrielle en Chine, agricole au Brésil, post-industrielle en Inde. Pas plus qu’on ne doit confondre la mondialisation et la finance, il ne faut pas réduire le capitalisme au modèle de la croissance à crédit des Etats-Unis. Pour être universel, le capitalisme est plastique. C’est un caméléon qui s’adapte à l’hétérogénéité des valeurs et des institutions. Il est né avec la liberté politique mais il s’adapte en Russie ou en Chine avec la fusion du parti communiste et des nouvelles élites économiques.       <br />
              <br />
       Définir la mondialisation par la remise en cause de la démocratie et de l’Etat-Providence n’est pas davantage exact. Parmi les « BRIC », deux pays ne sont pas des démocraties - la Chine et la Russie -, mais deux autres, l’Inde et le Brésil, garantissent la liberté politique. Partout la protection sociale accompagne le développement : en Chine avec la mise en place d’une assurance santé et retraite, comme au Brésil avec les programmes d’aide aux plus pauvres.       <br />
              <br />
       Un mot enfin sur les « avantages » dont la mondialisation nous dépossèderait. Depuis 1992 l’économie mondiale a connu un cycle de croissance historique de 4 à 5% l’an. Avec certes des inégalités, mais surtout l’émancipation d’un milliard d’hommes du cercle infernal de la pauvreté. La mondialisation enrichit le monde mais elle conduit les pays développés à partager des avantages dont ils étaient seuls à bénéficier.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: Cette croissance dont vous parlez est très inégalement répartie. Les émergents qui ont surmonté les crises des années 1990 et ont adopté le modèle japonais fondé sur l’exportation ont connu une forte expansion. Mais le sort des travailleurs migrants en Chine- les « mi-gong »- ne fait pas envie . En Inde le maintien du système des castes s’accompagne de grandes inégalités. Dans les vieux pays industrialisés, la baisse des produits importés s’est accompagnée d’une modification de la répartition du revenu national au détriment des salaires et d’un recours accru à l’endettement. La crise procède de ce libre-échangisme déséquilibré.        <br />
              <br />
       <b>Nicolas Baverez</b>: Le problème c’est que la diversité du capitalisme va de pair avec l’existence de risques systémiques- financiers, sanitaires, environnementaux, industriels- qui excèdent les capacités d’intervention des Etats. Face à ces risques planétaires, les systèmes de pilotage, les régulations, restent nationaux. Ainsi les Etats-Unis abusent de l’incroyable privilège du dollar pour essayer de relancer leur économie en exportant l’inflation au monde entier. Même distorsion dans les négociations sur le commerce de l’OMC ou dans les instances qui visent la régulation financière. Si le G 20 a réussi à faire prévaloir la coopération et contenu les tentations protectionnistes pour éviter une spirale déflationniste après la chute de Lehman Brothers, il patine depuis.       <br />
              <br />
       Dans cet environnement, je suis d’accord pour souligner l’extrême vulnérabilité d’une Europe vieillissante, surendettée, sous-compétitive à l’exception de l’Allemagne, handicapée par une monnaie surévaluée. Mais je défends l’Acte unique comme facteur de croissance, tout en reconnaissant que l’Union n’a su élaborer ni les stratégies ni les concepts pertinents - à commencer par le principe de réciprocité - pour négocier avec les autres pôles qui structurent la mondialisation.        <br />
              <br />
       Par ailleurs, le statut de la BCE fondé sur la seule lutte contre l’inflation est absurde. L’interdiction du soutien financier d’un Etat-membre ou de l’achat par la banque centrale de titres de dette publique était irréaliste et a donc été contournée. L’absence de gouvernement économique pour une monnaie unique est insoutenable. L’Europe s’est révélée incapable de se fixer des règles efficaces permettant d’affronter les chocs du XXIème siècle. Face à la crise des risques souverains, elle a réagi trop tard, trop faiblement et de manière trop dispersée, jusqu’à se trouver enfermée dans un choix entre désendettement et croissance. A la différence des Etats-Unis, elle n’a ni vraie gouvernance économique, ni solidarité des transferts financiers, ni mobilité des facteurs de production. Là voilà donc aujourd’hui confrontée à une heure de vérité. Soit le fédéralisme de la zone euro, soit l’éclatement.        <br />
              <br />
       <b>Le Nouvel Observateur  : L’Europe est-elle prête à faire ce saut vers le fédéralisme ?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: L’idée de ce saut n’a aucune réalité. Un mot sur l’Acte unique. Il précède la mondialisation financière parce qu’il la permet. La monnaie unique a correspondu à un choix erroné. L’erreur a été de penser que pour rééquilibrer l’Europe	après la réunification allemande, nous allions  « chiper » son mark à l’Allemagne et la ligoter. En fait on a plaqué sur des pays comme la France à demi-industrialisée ou la Grèce ( qui ne vit que du tourisme) une monnaie qui ne leur convenait pas.        <br />
              <br />
       Le péché capital a été d’oublier que l’Europe était faite de nations que presque tout -structures économiques, culture politique, repères culturels- opposait. On a cru qu’en les mettant des économies hétérogènes dans une zone monétaire, elles convergeraient. C’est le contraire qui s’est produit. La crise de l’euro est un avatar de la crise du capitalisme financier. Ce n’est pas en multipliant les plans de récession qu’on s’en sortira. L’idée  d’un fédéralisme reposant sur une Union  des transferts financiers entre les Etats n’a aucun sens. Les Allemands qui ont payé 1500 milliards d’euros pour les Länder de l’Est n’ont pas envie de payer pour le Péloponnèse, l’Algarve ou le Connemara.        <br />
              <br />
       Il faut repenser la zone euro, donner à la Banque centrale européenne le droit de racheter les titres de la dette ( ce qui équivaut à une émission monétaire relativement indolore- elle l’a d’ailleurs fait en août pour près de 50 milliards), lui donner aussi le droit d’agir sur le change, de contribuer à la croissance et l’emploi comme le fait la Reserve fédérale américaine. C’est la seule manière de sauver la monnaie unique car avec une solidarité européenne qui ne sera jamais l’égale de la souveraineté nationale, les moyens du Fonds de stabilité européen ne pourront être suffisamment augmentés.        <br />
              <br />
       Certains préconisent l’émission d’ « eurobonds », mais on retombe sur le même problème : pour être efficaces ces émissions devraient être gigantesques. L’Allemagne qui entend imposer un strict contrôle sur le budget des pays endettés s’y refuse. Variante coercitive du fédéralisme : ce que M. Sarkozy appelle « règle d’or » et qui est plutôt une « règle d’airain », avec mise en congé des Parlements et prise du pouvoir par les oligarchies financières et technocratiques. A défaut d’une révision complète de l’architecture de la monnaie unique donnant à la BCE le même statut que la Reserve fédérale américaine, je ne vois pas d’autre issue que la mutation de l’euro en monnaie commune, valable pour les transactions avec l’extérieur.        <br />
              <br />
       <b>Le Nouvel Observateur: En attendant la mondialisation est en train de laminer le « modèle français » ...</b>       <br />
       <b>Nicolas Baverez</b>: Le déclassement des Français est spectaculaire. La richesse par tête est maintenant inférieure à la moyenne européenne, la croissance tourne au ralenti, les gains de productivité sont minimes. La balance commerciale accuse un déficit de 51 milliards d’euros, avec une part des exportations dans la zone euro tombée à 12%. Les dépenses et la dette publiques culminent à 56 % et 85 % du PIB. Notre pays est installé dans un chômage permanent avec 10% de la population en état d’exclusion. Mais la mondialisation et l’Europe sont des boucs émissaires: seule la France et les Français sont responsables de leur marginalisation due à un modèle fondé sur une croissance à crédit, tirée par la seule consommation, elle-même financée par des transferts sociaux, donc par la dette publique. La France est aux limites, avec une dégradation de sa notation presque inéluctable compte tenu de son incapacité à réduire les dépenses publiques et des engagements qui ont été souscrits pour secourir les Etats de la zone euro.       <br />
              <br />
       Si l’on accepte l’idée que la mondialisation est la trame de l’histoire du XXIème siècle, force est de constater que la France refait l’erreur qui a provoqué régulièrement ses chutes vertigineuses : elle refuse le monde tel qu’il est avec ses changements, ses chances et ses risques. C’est le même déni de réalité que dans les années 1930, face à la déflation et à la montée des totalitarismes.        <br />
              <br />
       A force de vivre dans la nostalgie du passé, la France oublie ses atouts : démographie, épargne, pôles d’excellence, infrastructures, services publics, patrimoine, culture, mode de vie. La France et l’Europe peuvent parfaitement gagner dans la mondialisation sans renier leur histoire et leurs valeurs, mais à la condition de se secouer.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: Il faut renverser les règles que nous nous sommes données dans les années 1980-1990 ( Acte Unique, traité de Maastricht, OMC) quand la gauche et la droite, ensemble, ont abandonné le modèle de développement industriel, technologique, scientifique qui était le nôtre depuis la Libération. Au prétexte de l’Europe, nous avons accepté une dérégulation sans principes qui nous a privés des leviers de l’action et de cette confiance élémentaire en lui dont un peuple a besoin. Nous devons récupérer cette confiance conquérante qu’affichent les pays émergents, et pour cela nous redonner un Etat, avec un clair dessein de réindustrialisation.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>Le Nouvel Observateur: Cette question sera au cœur de la campagne...</b>       <br />
       <b>Nicolas Baverez</b>: La campagne présidentielle va nous rappeler la nécessité de réinventer une voie pour la France et l’Europe dans la mondialisation. Sur fond de réplique du choc de 2008, de crise aiguë de la dette et de l’euro, de croissance atone, de chômage massif et de risque de dégradation pour la France (un point d’intérêt de plus représente l’équivalent de l’ISF). Car la France a épuisé le modèle de la Vème République. L’autoritarisme et la centralisation de ses institutions asphyxient l’économie et la société. La  croissance à crédit financée par la dette publique est terminée. La divergence entre les trois France, celle qui est compétitive dans la mondialisation, celle qui est faussement protégée par les protections publiques et celle qui est exclue et dépend tout entière de l’Etat Providence est intenable.       <br />
              <br />
       La priorité absolue est désormais le désendettement, car il conditionne l’indépendance de la nation, la capacité de l’Etat à réagir aux chocs, le retour à une norme de développement durable et l’équité entre les générations. On peut augmenter les impôts mais l’essentiel de l’effort devra être effectué par des coupes dans les dépenses. Pour les inscrire dans un nouveau contrat politique, je vois trois axes. A la « réindustrialisation », je préfère le réinvestissement dans la « production » qui comprend les services publics où l’effort de productivité doit être le plus grand. Pensez à l’éducation qui voit 161.000 jeunes abandonner leur études chaque année sans savoir ni lire, ni écrire, ni compter. Il faut se remettre à produire et pas seulement à distribuer.        <br />
              <br />
       Deuxième priorité : élaborer un nouveau contrat social qui assure le paiement de la dette tout en répondant au défi du vieillissement. Aujourd’hui une petite fille qui naît a une chance sur deux d’être centenaire, et nous allons vers une société à cinq générations. L’organisation ternaire du cycle de vie - j’étudie, je travaille, je suis retraité - ne fonctionne plus. Il faut réorganiser, partager, redistribuer la formation et le travail sur le cycle de vie car une seule génération ne pourra en faire vivre quatre autres.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: Il faut que l’euro retrouve un niveau compatible avec l’effort de réindustrialisation de la France. L’horizon du « triple A » que s’est donné Nicolas Sarkozy ne peut être un projet mobilisateur pour un peuple. La France a besoin d’un projet républicain et dans ce projet il y a le patriotisme, y compris sur le plan économique. Nous avons de grands groupes, 18 parmi les 200 premiers mondiaux. Mais ces groupes font leurs chiffres d’affaires, leurs bénéfices, leurs investissements à l’étranger. Il faut qu’ils investissent en France, traitent mieux leurs sous-traitants. J’ajoute que pour capitaliser sur notre épargne -un atout majeur-, il faut l’orienter vers l’industrie et remettre l’Ecole au cœur de la République. Renouer avec les valeurs de la République pour rendre aux Français la confiance en l’avenir dont leurs élites dirigeantes les ont privé par une politique qui ne se détermine plus à l’aune de l’intérêt national. Seul le projet d’une « Europe européenne » appuyée sur des nations nous permettra de desserrer les tenailles du « G2 » et de redevenir les acteurs de notre destin.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic"> Propos recueillis par Jean-Gabriel Fredet</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Entretien-avec-Nicolas-Baverez-dans-Le-Nouvel-Observateur-Faut-il-demondialiser_a1200.html</link>
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   <title>Vingt ans de laisser-faire, ça suffit !</title>
   <pubDate>Wed, 07 Sep 2011 12:07:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans Causeur n°39, septembre 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3249279-4653366.jpg?v=1315390324" alt="Vingt ans de laisser-faire, ça suffit !" title="Vingt ans de laisser-faire, ça suffit !" />
     </div>
     <div>
      La France est un pays dont la base industrielle s’est rétrécie (30 % de la valeur ajoutée en 1982, 13 % aujourd’hui) et dont le commerce extérieur est presque aussi gravement déficitaire que celui des Etats-Unis (70 milliards d’euros en 2011 pour la France – 600 milliards de dollars pour les Etats-Unis).       <br />
              <br />
       Le discours sur l’endettement public de la France (1 650 milliards d’euros, soit 85 % du PIB) peut être trompeur. Il est dans la moyenne de la zone euro (85 %). L’endettement public des Etats-Unis atteint, lui, 100 % du PIB. Celui du Japon 200 %. Ce qui rend le problème de la dette publique française préoccupant, c’est sa détention, à près des deux tiers, par des « non-résidents » : on s’étonnera que les ménages français, relativement peu endettés et dont l’épargne est abondante (16 % du revenu), ne soient pas admis à souscrire aux émissions de dette publique : ce privilège est réservé aux banques …       <br />
              <br />
       Si on veut prendre une vue d’ensemble, la France n’est pas débitrice à l’égard du reste du monde. Elle est même créancière nette. Par exemple, nos investissements  à l’étranger, qui étaient de 82 milliards, en 1982, atteignent 1 600 milliards d’euros aujourd’hui. Le patrimoine global français atteint 10 000 milliards d’euros, soit cinq fois le revenu national annuel, un record historique : mais il s’agit pour plus de moitié de la valeur estimée au prix du marché des patrimoines immobiliers. Ce niveau record ne doit pas faire illusion : il traduit surtout l’intensité de la spéculation immobilière depuis une trentaine d’années.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Au total,  il y a donc deux visions de la pauvreté ou de la richesse de la France selon qu’on se place du point de vue financier ou du point de vue de l’économie réelle. De ce point de vue, la France est un pays déclinant, dont la production industrielle a été largement délocalisée et dont les parts de marché à l’exportation ont fondu de manière spectaculaire (5,6 % encore en 2000, 3,6 % aujourd’hui).       <br />
              <br />
       C’est cette déconnection que je voudrais mettre en valeur :        <br />
              <br />
       Les Français, surtout les plus riches, se sont considérablement enrichis. L’économie française, elle, s’est fragilisée. Il y a beaucoup de gens pauvres ou très modestes (le salaire médian est inférieur à 1 500 euros), beaucoup de chômeurs (plus de 9 % de la population active, 23  % chez les jeunes).       <br />
              <br />
       Au fond tout s’est passé comme si depuis plus de deux décennies, les intérêts des classes possédantes avaient divergé d’avec les intérêts du pays. Le développement d’un capitalisme financier globalisé a abouti à de très fortes délocalisations industrielles, à l’exode à l’étranger d’une part importante de notre épargne, à l’envol de la richesse des classes possédantes, et à une précarité croissante pour les couches populaires et pour une part importante de la jeunesse. Ce qu’on appelle la « globalisation » a exercé un effet de fracture sur la société française que les choix de rigueur en cours et la récession à nouveau menaçante ne peuvent que creuser encore.       <br />
              <br />
       Ou bien nous poursuivrons sur le chemin de la globalisation et le déclin économique dont les couches salariées font les frais s’accélèrera encore, ou bien un mouvement inverse interviendra (rupture avec la logique des marchés financiers, relocalisations industrielles, réinvestissement de l’espace national par les grands groupes d’origine française, redémarrage de l’investissement productif dans nos entreprises).       <br />
              <br />
       Ce dernier choix, fondé sur une croissance endogène, et qu’il faudrait penser à l’échelle européenne, serait seul conforme à l’intérêt national. Il heurtera les intérêts à courte vue des classes possédantes. Il suppose un euro beaucoup moins cher qu’aujourd’hui. Autant dire qu’il passera par de fortes secousses au triple plan national, européen et international. Ces secousses sont inévitables. Le redressement de la France n’est possible qu’à deux conditions : au prix de beaucoup d’efforts d’abord et seulement si les Français, dans les temps difficiles qui s’annoncent, savent se rassembler sur l’intérêt de la France et sur la nécessité de partager cet effort.       <br />
              <br />
       -----       <br />
       <a class="link" href="http://www.causeur.fr/">Causeur</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3249279-4653366.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Vingt-ans-de-laisser-faire-ca-suffit-_a1199.html</link>
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   <title>Colloque avec Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg: "L'Europe dans la mondialisation: que faire?"</title>
   <pubDate>Tue, 23 Aug 2011 12:12:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg débattront ensemble de la crise, de l'Europe et de la mondialisation, après une discussion entre Jacques Sapir, Jean-Michel Quatrepoint et Olivier Ferrand.     <div>
      Date : mardi 30 août 2011 à 18h30       <br />
       Lieu : 101 Rue de l'Université, 75007 Paris       <br />
              <br />
       <span class="u">Présentation du colloque :</span>        <br />
       Forum de négociation comprenant désormais 27 pays, l’Union européenne fait face à de nombreux défis. L’enjeu de cette rencontre est de faire émerger des pistes concrètes pour permettre d’affronter la crise de l’euro qui se mue en crise de l’Europe.        <br />
              <br />
       Permettre à l’Europe de peser sur la marche du monde, de renforcer son autonomie, d’agir, tel est le but des réflexions de ce colloque.       <br />
              <br />
       <b>19H00 : « Protectionnisme, euro et démocratie »</b>       <br />
       Que peut l’Europe dans la mondialisation ? Comment agir ? Comment convaincre nos partenaires d’une réorientation des politiques économiques sur notre continent ? La place de l’Europe dans la mondialisation est au cœur des solutions politiques à apporter. L’urgence d’agir est désormais évidente face à la crise de l’euro. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Avec :       <br />
       -Jacques Sapir, économiste, auteur de « La Démondialisation », Le Seuil 2011       <br />
       -Jean-Michel Quatrepoint, Journaliste, auteur de &quot;Mourir pour le Yuan?&quot;, Bourin, à paraitre septembre 2011       <br />
       -Olivier Ferrand, Président de Terra Nova       <br />
              <br />
       <b>20H30 : Arnaud Montebourg et Jean-Pierre Chevènement échangeront sur leurs visions respectives de l’avenir de l’Europe. </b>       <br />
       Loin de confondre internationalisme et supranationalité mais attachés à l’idée européenne et au projet de la voir s’ériger en acteur indépendant face au G2, Arnaud Montebourg et Jean-Pierre Chevènement s’attacheront à définir leur vision de l’Europe, du rôle de la France dans celle-ci et du rapport au monde que peut entretenir notre continent…       <br />
              <br />
       Pour assister à ce colloque, envoyer un mél à l'adresse suivante en spécifiant votre nom et votre prénom : <a class="link" href="javascript:protected_mail('inscription.colloque30aout@gmail.com')" >inscription.colloque30aout@gmail.com</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Colloque-avec-Jean-Pierre-Chevenement-et-Arnaud-Montebourg-L-Europe-dans-la-mondialisation-que-faire_a1188.html</link>
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