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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-03-12T11:37:25+01:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>Enjeux sécuritaires transfrontaliers dans l'espace euro-méditerranéen</title>
   <pubDate>Fri, 28 Mar 2014 12:14:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement, à l'occasion de la session internationale euro-méditerranée à l'Ecole militaire, jeudi 27 février 2014.     <div>
      Mon général, Mesdames, Messieurs,       <br />
              <br />
       Vous m’avez demandé de conclure cette session consacrée aux enjeux sécuritaires transfrontaliers dans l’espace euroméditérranéen.       <br />
              <br />
       Je le ferai de trois manières :       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> D’abord en prenant un peu de distance par rapport au sujet tel qu’il est formulé et en soulignant, notamment, l’importance de la géographie et de l’Histoire dans cette région.       <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Ensuite en analysant la stratégie des principaux acteurs dans la région.       <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Enfin en énonçant les principes qui doivent guider l’action en matière de sécurité, elle-même mise au service du développement de l’Afrique, car là est pour nous tous, Européens et Africains, le véritable défi.       
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>I  - Nécessité d’une vue d’ensemble s’agissant de l’espace euro-méditerranéen</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">1. Le poids de la géographie d’abord</span>       <br />
              <br />
       La Méditerranée est une mer tri-continentale qui baigne l’Europe du Sud, l’Afrique du Nord et l’Asie Mineure.       <br />
              <br />
       Longtemps lac quasi fermé, sauf à travers les « Colonnes d’Hercule », aux temps antiques, devenues, aujourd’hui, détroit de Gibraltar, la Méditerranée est depuis le percement de l’isthme de Suez par Ferdinand de Lesseps en 1869, une voie de passage vers le Golfe, les Indes et l’Extrême Orient.       <br />
       Centre du monde, comme à l’époque de l’Empire romain, marginalisé par les grandes découvertes au XVIe siècle, elle est redevenue un enjeu stratégique à l’échelle mondiale avec le canal de Suez et le pétrole.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">2. Je soulignerai ensuite le poids de l’Histoire et des religions</span>        <br />
              <br />
       a) <span class="u">La Méditerranée a été de tous temps le lieu de confrontation des Empires et des civilisations.</span>       <br />
       Egyptiens, Babyloniens, Perses dans la Haute Antiquité - au Ve siècle avant JC - ; Perses et Grecs., Orient et Occident Alexandre créée un Empire tricontinental au IVème siècle avant JC ; Romain et Carthaginois (Phéniciens) autres figures de l’occident et de l’Orient s’affrontent au IIIe et second siècles avant JC ; puis les Grecs et les Romains qui finissent par dominer et unifier le bassin méditerranéen. Celtes et Maures sont progressivement romanisés. Les invasions germaniques mettent bas l’Empire romain d’Occident et vont battre la rive Sud avec les royaumes vandales, puis, revanche de l’Orient, ce sont les invasions arabes sur la rive sud, en Espagne, et enfin l’arrivée des Turcs en  Anatolie et dans les Balkans. La colonisation européenne se développe à partir de l’Expédition d’Egypte de Bonaparte. Puis avec les deux guerres mondiales et le déclin de l’Europe vient le temps de la décolonisation avec les nationalismes arabes généralement laïcs. On le voit : <span class="u">la Méditerranée a rarement été un lac de paix.</span>       <br />
              <br />
       b)<span class="u"> Les religions </span>       <br />
       Le monothéisme est né quelque part entre le Nil et l’Euphrate. Il doit à Akénaton et bien sûr à Moïse. Le judaïsme, le christianisme avec le schisme de 1054 entre Byzance et Rome (la querelle du « Filioque »), sans parler de ses variantes monophysites, l’Islam du Prophète, bientôt rompu entre chiites et sunnites à la bataille de Kerbala (704).       <br />
              <br />
       Le poids du facteur religieux, explicite ou non, continue de s’exercer aujourd’hui : on le voit dans le conflit israélo-palestinien, dans les guerres yougoslaves (Serbes orthodoxes, Croates catholiques, Bosniaques musulmans), au Liban, en Syrie, en Egypte, dans l’opposition de l’Iran et des monarchies sunnites du Golfe, etc. Le facteur religieux ou « culturel », comme on dit, est présent, ou sous-jacent, dans les conflits d’aujourd’hui. Il nourrit les incompréhensions, les malentendus et bien sûr les fanatismes. La religion sert aussi de prétexte ou de camouflage à des conflits tribaux comme on le voit aujourd’hui en Afrique (RCA – Nigéria, Cote d’Ivoire). A noter l’interaction de tous les théâtres : Maghreb – Machrek – Golfe, Iran, Afghanistan, Pakistan, Caucase, Asie centrale, Afrique sahélienne et subsahélienne).  La Méditerranée est une voie de passage pour les combattants, les armes et pour tous les trafics. D’où la nécessité d’une approche culturelle des problèmes : il faut toujours se mettre dans la tête de l’autre : des Arabes, des Iraniens, des Israéliens, des Turcs, des Russes, des Grecs, des chrétiens d’Orient et aussi des Français qui, avec la laïcité, ont longtemps cru de bonne foi avoir inventé la « pierre philosophale ».       <br />
              <br />
       Telle est d’ailleurs mon approche, que Jacques Berque m’a conduit à nuancer fortement en m’apprenant la nécessité du respect de l’authenticité de chaque peuple, non pour renoncer à l’idée du progrès, mais pour l’y entraîner, en prenant appui sur ses traditions et sur ses propres motivations. Ainsi s’exprimait l’auteur d’« Entre les deux rives ».       <br />
              <br />
       Sans remonter aux Croisades, aux invasions arabes qui les ont précédées, à la poussée qui conduisait encore, à la fin du XVIIe siècle, les Ottomans sous les murs de Vienne, à la violence de la colonisation, aux errances de la décolonisation, à l’injustice du sort fait aux Palestiniens dans cette Histoire pleine de bruit et de fureur, notons qu’il y eut place pour de belles amitiés  ou de bonnes alliances : Frédéric II de Hohenstaufen et Saladin, François Ier et Soliman le Magnifique, Abdel Kader et Ismaël Urbain,  sans compter d’innombrables liens teintés d’affection faits d’apports réciproques et d’échanges en tous genres. La Méditerranée est aussi une voie de passage entre les cultures, un lieu privilégié de leur dialogue et pas seulement, heureusement, de leur confrontation.       <br />
              <br />
       <b>II – J’en viens maintenant à la stratégie des principaux acteurs</b>       <br />
              <br />
       Celle-ci est déterminée par l’importance des enjeux :       <br />
              <br />
       - d’abord même si cela est prosaïque, <span class="u">le pétrole et le gaz</span> dont la Méditerranée est une voie d’acheminement essentielle ;       <br />
       - ensuite <span class="u">les enjeux économiques et commerciaux</span> avec un déséquilibre Nord-Sud marqué ;       <br />
       - en troisième lieu, <span class="u">l’enjeu migratoire</span> avec un déséquilibre démographique inversé entre l’Afrique (un milliard d’hommes, deux en 2050) et l’Europe (500 millions) ;       <br />
       - enfin les « <span class="u">enjeux de sécurité</span> » liés à des conflits non résolus (Israël-Palestine), à des processus politiques chaotiques que ne décrit pas l’expression « révolutions arabes », ou au défi de l’islamisme radical que je distingue évidemment de l’Islam.       <br />
              <br />
       L’islamisme radical – double inversé de l’hyperindividualisme libéral : par exemple, la relégation de la femme comme réaffirmation de la différenciation sexuelle, envers de la tentation d’effacement de cette différenciation en Occident. L’Islam apparaît comme le vecteur de la tradition face à la globalisation libérale au plan des mœurs. Il réagit de trois manières :       <br />
       - les réflexes de repli : « islamisation » des mœurs ;       <br />
       - les réflexes de rejet : islamisme politique ;       <br />
       - les réflexes de refus : djihadisme armé – terrorisme.       <br />
              <br />
       Il appartient aux peuples musulmans de séparer eux-mêmes le bon grain de l’Islam de l’ivraie de l’islamisme radical armé. Mais c’est un problème aussi pour les pays occidentaux qui doivent retrouver le sens des valeurs collectives et dépasser l’hyperindividualisme.       <br />
              <br />
       A) A <span style="font-style:italic">tout seigneur tout honneur</span> : commençons par l’<span style="font-style:italic">hegemon</span> de notre temps : les Etats-Unis.       <br />
              <br />
       Leur politique est liée au pétrole. Elle s’est longtemps appuyée sur l’Arabie Séoudite. La relation à Israël est essentielle : Israël se vit comme un Etat très développé mais « <span style="font-style:italic">off shore</span> », une sorte de 52ème Etat américain projeté au Moyen-Orient. Le défi de l’islamisme radical concerne aussi les Etats-Unis (11 septembre). Leur réponse : l’exportation bottée de la démocratie (Le <span style="font-style:italic">Greater Middle East</span>) s’est révélée un échec.        <br />
              <br />
       Avec Obama, on note une inflexion forte : pivotement vers l’Extrême-Orient ; désengagement militaire d’Irak et d’Afghanistan ; discours du Caire et soutien politique aux « révolutions arabes » mais réticence à s’engager dans de nouveaux conflits (Syrie) ; moindre engagement vis-à-vis des pays du Golfe du fait de la découverte du gaz de schiste aux Etats-Unis et de l’autosuffisance énergétique à laquelle ils tendent.       <br />
              <br />
       B)  <span style="font-style:italic">La Chine</span> s’intéresse à l’Afrique (matières premières, pétrole, notamment en Iran mais aussi au Soudan et en Angola), à l’Europe (pour son marché) et donc à la Méditerranée.        <br />
              <br />
       Elle est présente en Grèce (le Pirée), en Algérie (l’autoroute qui va de la frontière avec le Maroc à celle de la Tunisie). La Méditerranée est dans le prolongement de la « nouvelle route de la Soie », axe stratégique du développement de la Chine. Elle n’intervient militairement que pour protéger ses flux maritimes (opération Atalante dans le Golfe d’Oman). Elle s’inquiète de l’islamisme radical (problème des Ouigours) mais reste en retrait politiquement.       <br />
              <br />
       C) <span style="font-style:italic">La Russie</span> veut conserver un accès à la Méditerranée. Elle a une politique vis-à-vis du monde arabe (jadis le soutien aux nationalismes arabes dont il reste la Syrie), de la Turquie, de l’Iran. Son inquiétude face à l’islamisme radical peut se comprendre (Caucase, Asie Centrale, mais aussi Républiques musulmanes de la Volga).       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">D) Les vieilles nations européennes</span>       <br />
              <br />
       1. Le souvenir des rivalités passées s’estompe peu à peu mais demeure l’empreinte des liens tissés (francophonie – migrations (maghrébine en France, turque en Allemagne).)       <br />
              <br />
       2. Les préoccupations de sécurité sont fortes.       <br />
              <br />
       3. Mais les moyens n’y sont pas (exemple : Libye, recours à l’OTAN).       <br />
              <br />
       L’Europe est lente à se mobiliser : au Mali, c’est la France qui réagit. La France se veut une « nation cadre » au plan militaire mais a des lacunes capacitaires :        <br />
       - frappes à distances ; transport aérien       <br />
       - drones – renseignement, etc.       <br />
              <br />
       La Loi de Programmation militaire ne permet pas de combler rapidement ces lacunes. Le recours à la coopération européenne est nécessaire mais insuffisant : On retombe sur l’OTAN. Cela est fâcheux.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">E) La rive Sud.</span>       <br />
              <br />
       L’enjeu démocratique et l’enjeu de la stabilité peuvent-ils être conjugués ?        <br />
              <br />
       - Maroc – Algérie – Tunisie, illustrant chacun à sa manière des processus plus ou moins contrôlés ;       <br />
       - Libye : « on ne peut détruire que ce qu’on remplace » dit le proverbe : on observe aujourd’hui une anomie préoccupante et une contagion au Sahel.       <br />
       - Egypte : le retour au régime militaire suit l’éviction des Frères musulmans.       <br />
              <br />
       F) <span style="font-style:italic">Le vrai défi est celui du développement de l’Afrique</span>        <br />
              <br />
       - démographie multipliée par deux ;       <br />
       - agriculture – eau       <br />
       è décollage du marché africain – croissance et développement des classes moyennes : le rôle de l’Investissement direct extérieur (IDE) ;       <br />
       - importance de la formation – formation des formateurs : là est la priorité ;       <br />
       - risque de l’anomie – aider à la construction d’Etats dignes de ce nom.        <br />
              <br />
       La défense de l’Afrique incombe d’abord aux Africains. Union Africaine et ses organisations régionales : formation de 20000 soldats africains par an (objectif de François Hollande : Conférence France-pays africains du 7 décembre 2013).       <br />
              <br />
       La prise de conscience de ce défi capital est insuffisante. Le tropisme de l’Europe : vers l’Est (l’Ukraine) constitue une erreur fondamentale.        <br />
              <br />
       Le vrai défi est au Sud !       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Les principes qui doivent guider, à mes yeux, l’action en matière de sécurité.</b>       <br />
              <br />
       1. Le premier principe est celui de <span style="font-style:italic">la construction d’Etats capables d’exercer d’abord leurs responsabilités régaliennes</span> : armée – police – justice (y compris système pénitentiaire). Hobbes : « la sécurité premier devoir de l’Etat, base du pacte social). L’Etat de droit va de pair mais il faut d’abord l’Etat.       <br />
              <br />
       2. <span style="font-style:italic">La sécurité à l’égard de ses citoyens est le devoir de chaque Etat</span>. La sécurité de l’Afrique incombe d’abord aux Africains.       <br />
              <br />
       3. Les principes de la Charte de l’ONU : Sont-ils adaptés ? Sont-ils à revisiter ?       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Premier principe : </span>       <br />
              <br />
       a) le  respect de l’intégrité territoriale des Etats est affirmé : ONU – UA – CSCE (1990.  Cas du Mali avec l’autorisation indispensable de l’ONU.       <br />
       b) mais ce principe a été écorné :        <br />
       - Sahara espagnol : En résulte un conflit qui pèse lourdement sur le développement du Maghreb ;       <br />
       - Yougoslavie – Kosovo – Etat maffieux (Pierre Péan) ;       <br />
       - Sud Soudan : référendum non accepté par le Soudan du Nord ;       <br />
       - Crimée : oukase capricieux de Krouchtev (1954) mais viol du traité de 1994 ;       <br />
              <br />
       c) Le référendum est-il une solution ? à condition d’être négocié et admis ! La Russie a choisi de répondre à un processus inconstitutionnel à Kiev par une prise de gage en Crimée. La solution ? Une troisième Europe ? (Russie, Ukraine, Biélorussie, Arménie, Géorgie, Moldavie). Comme l’a exprimé le grand slavisant, Georges Nivat, après l’Europe de l’Ouest, les PECOs, viendra le tour des pays européens de l’ex CEI. Cela prendra du temps.       <br />
              <br />
       d) Comment un principe d’intégrité territoriale peut-il s’appliquer à l’Afrique ? On doit laisser place à des regroupements volontaires sous l’égide de l’OUA et de l’ONU avec la sanction de référendums populaires dont la régularité doit être contrôlée. C’est difficile. Nécessité du pragmatisme mais nécessité aussi de respecter les frontières héritées de l’Histoire.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Deuxième principe</span> :       <br />
              <br />
       Le principe de non-ingérence est le second principe affirmé par l’ONU. Un obstacle se dresse : la faiblesse des Etats, d’où la notion de « responsabilité de protéger » (posée en 2005 par l’AG des Nations Unies) - résolution 1973 : Lybie : dévoiement de fait de cette notion en « régime change » avec des résultats en Libye et dans les pays voisins non convaincants.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Troisième principe :</span>       <br />
              <br />
       La liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes dit encore principe d’autodétermination. Le problème vient de ce qu’il faut le concilier avec les deux précédents et que cela n’est pas toujours facile. L’existence du droit de veto au sein du CSNU complique encore la négociation des ajustements.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Que vaut l’argument du blocage du fonctionnement du Conseil de Sécurité : 5 + 10 par le droit de veto ?</span>       <br />
              <br />
       a) <span class="u">Les problèmes de l’extension du CSNU</span> (Inde – Brésil – Allemagne – Japon – Afrique du Sud) n’ont pu être résolus. On doit pouvoir supprimer la clause de réélection pour les Etats membres non permanents et augmenter à 20 l’effectif du CSNU.       <br />
              <br />
       b) <span class="u">Veto : blocage</span> ? Le CSNU est un outil imparfait mais cet outil vaut mieux que pas d’outil du tout. Il faut négocier. Conditions : respect des principes et négociation pour les adapter à la réalité.       <br />
              <br />
       L’aval de l’ONU est indispensable, en Afrique aussi, pour adapter les trois principes sus-mentionnés aux réalités et cela est vrai aussi de l’espace euro-méditerranéen dans lequel on a souvent fait prévaloir une justice à plusieurs vitesses. Il n’y a pas de solution viable qui ne repose sur des principes. Encore faut-il garder présent à l’esprit le défi principal qui est à l’arrière-plan : celui du développement de l’Afrique, l’Europe et des pays méditerranéens de la rive Sud portant à cet égard une responsabilité historique. Je veux souligner en particulier l’importance d’une coopération étroite entre la France et l’Algérie mais plus généralement entre les pays des deux rives de la Méditerranée.       <br />
              <br />
       Tous ensemble nous avons une responsabilité commune vis-à-vis de l’Afrique. Nous nous connaissons depuis longtemps. La Méditerranée est un carrefour unique de peuples admirables et de sensibilités très diverses qui se sont mutuellement fécondées. Mettons notre expérience au service de la meilleure cause qui soit : celle des Hommes.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Enjeux-securitaires-transfrontaliers-dans-l-espace-euro-mediterraneen_a1611.html</link>
  </item>

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   <title>France, Algérie: nous tourner résolument vers l'avenir</title>
   <pubDate>Mon, 19 Dec 2011 12:58:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement lors du Colloque France Algérie, samedi 17 décembre 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3563257-5140132.jpg?v=1324295838" alt="France, Algérie: nous tourner résolument vers l'avenir" title="France, Algérie: nous tourner résolument vers l'avenir" />
     </div>
     <div>
      Tout d’abord, permettez-moi de remercier chaleureusement tous les intervenants pour leurs communications toujours pertinentes, souvent émouvantes et riches de propositions innovantes, et particulièrement M. Cherif Rahmani, ministre de l’Aménagement du Territoire, M. Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre,  et M. Lahkdar Brahimi, ancien ministre des Affaires Etrangères de la République algérienne démocratique et populaire, ainsi que M. Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre de la République française. Ma gratitude va à tous, écrivains, industriels, cinéastes, journalistes, responsables de grands organismes de recherche ou de grands groupes, anciens ambassadeurs de France en Algérie et particulièrement les intervenants qui ont fait le déplacement d’Alger  et d’Oran à Paris. Je tiens à saluer très amicalement la présence de M. Sbih, ambassadeur d’Algérie en France, de M. Ouali, Consul général et des Consuls d’Ile de France, mais aussi celle de M. Xavier Driencourt, ambassadeur de France à Alger. Mes remerciements vont aussi à tous les participants.       <br />
              <br />
       Cette rencontre montre qu’il existe quelque chose de puissant, d’indéfinissable mais de palpable que j’appellerai « l’identité franco-algérienne » qui transcende nos appartenances nationales. Même en l’absence de traité, cette identité, plus forte encore que l’amitié, existe dans nos cœurs et par les liens humains si denses qui se sont forgés entre nos deux peuples au cours de l’Histoire et se vérifient dans la vie de tous les jours.       <br />
              <br />
       2012 est là, l’année du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. Naturellement cet anniversaire sera célébré en Algérie. En cinquante ans l’Algérie a plus que triplé sa population. Elle a mis en valeur ses richesses. Elle a modernisé ses infrastructures. Elle a entrepris un effort éducatif considérable. Bien sûr, la décennie 1990 l’a montré, l’Algérie est encore à la recherche d’elle-même, quête normale pour un peuple jeune et pour un pays qui est d’ores et déjà un des grands « émergents » du XXIe siècle. Pour la France aussi, 1962 est une date marquante de son histoire. Certains ont vécu l’indépendance algérienne comme le signal d’un repli de la France sur l’Europe, dont la construction semble être devenue le dernier grand projet de ses élites. Mais beaucoup d’autres y voient non pas un désengagement mais le début d’une relation nouvelle, d’égal à égal avec l’Algérie et ne conçoivent pas l’avenir de la France sans le nécessaire équilibre entre les différents tropismes qui ont façonné son histoire, le tropisme continental et l’appel du grand large mais aussi le tropisme vers le Sud, la Méditerranée et l’Afrique.
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      La commémoration de l’indépendance de l’Algérie est approuvée par plus des trois cinquièmes de la population française selon un sondage Louis Harris, même si une minorité émet la crainte qu’une telle commémoration puisse être l’occasion de ranimer des polémiques inutiles. C’est au contraire, à mes yeux, l’occasion pour les Français de parvenir à une lecture pacifiée, enfin raisonnable et pour tout dire positive, du point de vue même de la France, de cet épisode marquant de son Histoire. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai voulu, comme Président de France-Algérie, et avec le soutien de son conseil d’administration, que ce colloque soit délibérément tourné vers l’avenir. Je m’exprimerai donc avec la franchise qui va de pair avec l’amitié, avec le respect que commande la connaissance d’un peuple fier, et avec le souci d’être compris des deux côtés de la Méditerranée, ce qui n’est pas une mince gageure ! Je ne parlerai donc pas deux langages, l’un qui serait pour Paris et l’autre pour Alger. J’ai trop d’estime et de considération pour le peuple algérien pour ne pas lui parler le langage de l’intérêt commun, comme je le fais d’ailleurs en m’adressant au peuple français. Il faut à nos deux pays une vision à long terme partagée. C’est la responsabilité de ceux qui aspirent à être reconnus comme des hommes d’Etat de part et d’autre de la Méditerranée de porter cette vision.       <br />
              <br />
       J’ai voulu que ce colloque soit tourné vers l’avenir, non pas parce que le passé ne devrait pas être assumé, avec ses lumières et avec ses ombres. Rien ne peut faire que le passé n’ait pas existé et que pendant cent trente deux ans le système colonial n’ait pas pesé lourdement sur notre relation. Mais comme l’a écrit Jacques Berque : « Nous ne nous sommes pas entrelacés pendant plus d’un siècle sans qu’il en demeure quelque chose ».        <br />
              <br />
       Que s’est-il vraiment passé entre nos deux peuples ?       <br />
              <br />
       Après Trafalgar et Waterloo qui lui ont fermé définitivement le chemin de l’hégémonie mondiale et continentale, et plus encore après 1871, la France s’est tournée vers la Méditerranée, vers l’Afrique et vers l’Asie parce qu’elle voulait encore rester une puissance dans le concert européen. Comme la Grande-Bretagne, elle a profité de la crise de l’Empire ottoman qu’on disait alors « l’homme malade de l’Europe ». Les raisons de la conquête de l’Algérie qui échappaient encore à Tocqueville en 1840, ne sont pas, selon moi, à chercher ailleurs. La faute de la France est d’avoir vu dans l’Algérie une « plus grande France » et pas – à l’exception de Napoléon III – un pays ayant son Histoire et sa propre identité, qu’il lui incombait de conduire à l’indépendance. Cet aveuglement dont le colonialisme pour les Algériens a été le prix exorbitant n’a pu être surmonté que par la lutte de libération du peuple algérien et l’exceptionnelle lucidité du général de Gaulle, le plus grand homme d’Etat français du XXe siècle, qui a failli par deux fois y laisser la vie.        <br />
              <br />
        Cela s’est fait aussi pour les Français, au prix d’une véritable guerre civile franco-française dont le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie doit également être l’occasion de cicatriser les plaies tant il est vrai qu’il valait mieux, selon le mot du Général de Gaulle en 1961 que cette indépendance se fit avec la France que contre elle. Il est encore temps pour les nostalgiques de s’en convaincre. Bien entendu rien n’effacera la faute commise à l’égard des harkis auxquels une loi de mai 1962, de toute évidence  inconstitutionnelle, a retiré la nationalité française, en raison de leur statut personnel. C’était là ressusciter la notion d’indigénat et revenir sur la conception de la nationalité française fondée non sur l’origine ou la religion, mais sur l’adhésion.  Certes le contexte était difficile. Il n’en reste pas moins que la France a contracté une lourde dette à l’égard des harkis que l’Algérie de son côté devrait traiter avec humanité.       <br />
              <br />
       Le passé ne doit pas étouffer l’avenir. Au contraire : il nous commande de tout faire pour la réussite de l’Algérie. J’aimerais que les Français s’en sentent tous comptables car c’est aussi l’intérêt profond de la France. Il m’est déjà arrivé de dire qu’en tout état de cause l’avenir entre l’Algérie et la France durerait plus longtemps que le passé. L’avenir est chargé de défis sur lesquels je reviendrai. Nous les relèverons ensemble beaucoup mieux que si nous laissions notre relation se teinter d’indifférence.        <br />
              <br />
       La France a su tourner la page avec l’Allemagne, bien que les compromis entre les gouvernements ne soient pas toujours évidents. Mais nous avons fait confiance à une logique historique plus forte que la volonté des gouvernements parce que nous savons que la France et l’Allemagne sortiront l’une et l’autre de l’Histoire, si elles ne sont pas capables de la continuer ensemble.       <br />
              <br />
       Il en va de même, je le crois, entre la France et l’Algérie. Nous devons bâtir un môle solide entre les deux rives de la Méditerranée. En 1962, les Etats avaient compris cela mieux que ne le pouvaient les populations, au sortir de sept ans de guerre dont la fin avait été marquée par  l’insurrection de l’OAS. Les gouvernements, celui du général de Gaulle en France et celui d’Ahmed Ben Bella en Algérie, ont choisi la coopération. Aujourd’hui les peuples le comprennent spontanément, malgré le déclenchement de certaines polémiques récurrentes.       <br />
              <br />
       Grâce notamment à la présence d’une importante communauté algérienne en France et à l’existence d’un bon nombre de Français d’origine algérienne qui ne saurait que croître dans l’avenir, en vertu du droit du sol, grâce aussi à la langue française « notre butin de guerre », comme disait votre grand écrivain, Kateb Yacine, langue partagée d’ailleurs par le Maghreb et une bonne partie de l’Afrique, des liens humains extrêmement forts se sont tissés de sorte qu’à l’inverse de 1962, ce sont les peuples aujourd’hui qui sont en avance sur les Etats.       <br />
              <br />
       Il existe ainsi de part et d’autre de la Méditerranée un véritable continuum franco-algérien qui rend chacun de nos deux pays particulièrement attentif à ce qui se passe chez l’autre. Et à juste titre car les répercussions des évènements qui concernent l’un se font inévitablement sentir chez l’autre. Nous savons bien que l’avenir pour nous tous est chargé de défis qui peuvent s’avérer des menaces redoutables, mais qui peuvent être aussi l’occasion de progrès fulgurants, si nous savons les relever ensemble. Dans la relation entre l’Algérie et la France une page nouvelle doit s’ouvrir.        <br />
              <br />
       La France, selon moi, ne doit pas se trouver peu à peu aspirée par la dimension européenne au point de laisser s’étioler sa relation avec la Méditerranée et l’Afrique qui est au cœur de son Histoire depuis les accords passés par François 1er avec la Sublime Porte et l’appel lancé d’Alexandrie en 1798 par Bonaparte à l’Egypte pour qu’elle « reconquière la maîtrise de son destin ».        <br />
              <br />
       Le rééquilibrage de notre politique vers le Sud est une nécessité. Il se fera jour à travers des évènements dont chacun sent qu’ils sont devant nous. L’avenir de la France n’est pas de se renfermer dans une « Europe nordique aux barrières hautaines », comme Jacques Berque, peu avant sa mort en 1995, en exprimait déjà la crainte.       <br />
              <br />
       Dans le monde arabe des révolutions se réclamant de la démocratie et des droits de l’Homme se déroulent depuis un an. L’aspiration des peuples à la démocratie et à l’autodétermination est universelle. Elle n’est pas une exclusivité occidentale. Partout les demandes sont identiques : plus de liberté, davantage de respect des droits de l’Homme (et de la femme), meilleure répartition des richesses, arrêt de la corruption. Mais cette mondialité de « l’espace communicationnel » cher à Jürgen Habermas, répond mieux, comme l’avait déjà vu Jacques Berque, au modèle américain qui s’accommode fort bien d’un certain fondamentalisme dès lors qu’il s’inscrit dans le mouvement de la globalisation financière et ne conteste pas les orientations de la diplomatie de Washington. Que ces revendications touchent des pays qui nous sont proches, à l’Algérie et à la France, comme la Tunisie et l’Egypte, montre que les peuples vivent. L’Histoire n’est jamais arrêtée.       <br />
              <br />
       Ces révolutions suivent un cours qui en surprend plus d’un. Des élections libres ont pu être organisées. Cela montre que ces peuples n’étaient pas prostrés. Ils ont repris confiance en eux. Maintenant le résultat des élections est ce qu’il est : des partis qui se disent islamistes, selon un nuancier de verts que je ne suis pas le mieux placé pour apprécier, ont gagné, seuls ou avec d’autres, une majorité. Ils vont faire l’épreuve des responsabilités gouvernementales. L’important est qu’ils aident leur pays à épouser leur temps et à se développer en fonction de  leurs propres aspirations. A défaut de la laïcité républicaine, peuvent-ils admettre un certain degré de sécularisation, bref la distinction entre la sphère religieuse et la sphère politique ? On ne peut entrer de plain pied dans le monde moderne – ce qui était l’inspiration première des révolutions arabes, en tout cas de ceux qui les ont déclenchées - sans un certain degré de sécularisation.  Les peuples font leur expérience de la démocratie. Celle-ci ne se réduit pas aux élections. La démocratie a toujours progressé par erreurs corrigées. Cela suppose évidemment que les erreurs puissent être corrigées. C’est ce que la Constitution doit pouvoir garantir. Elle doit exclure du champ démocratique les forces qui veulent imposer autoritairement leur point de vue. En matière d’ouverture démocratique, l’Algérie a, si je puis dire, pris, en 1988, une longueur d’avance. Le contexte était très difficile, le contre-choc pétrolier et la baisse des recettes qui en a résulté pour l’Algérie : la guerre du Golfe, le déclin du nationalisme arabe, l’essor d’Al Quaïda, la victoire des Talibans en Afghanistan constituaient le fond de l’air.        <br />
              <br />
       Ce contexte explique largement la décennie tragique qu’a vécue l’Algérie dans les années quatre-vingt-dix.        <br />
              <br />
       Pour comprendre ce qui s’est passé, Jacques Berque citait le titre, prémonitoire selon lui, d’un livre de Kateb Yacine : « Les Ancêtres redoublent de férocité ». Il insistait sur la nécessité d’un « Islam de progrès » et sur les vertus d’une éducation de masse. C’est dans son enseignement d’ailleurs que j’ai puisé pour lancer en 1999 la Consultation pour un Islam de France qui a donné naissance en 2003 au Conseil français du Culte musulman. Mais c’est un autre débat.       <br />
              <br />
        De cette décennie si difficile pour l’Algérie, il reste cependant des acquis : une forme de pluripartisme, une presse libre dont j’apprécie la liberté de ton et aussi dans le peuple lui-même une sorte de retenue qu’explique le désir de ne pas revivre des affrontements fratricides.       <br />
              <br />
       La démocratie est toujours une découverte. Elle implique la responsabilité, bref le citoyen et le civisme. Le citoyen a des droits, il a aussi des devoirs et son premier devoir est d’assumer la souveraineté dont il est une parcelle. Cette leçon, nous la tirons chacun de notre histoire respective : pour nous c’est le grand acquis de la Révolution. Pour vous c’est l’héritage historique de la lutte de libération nationale. La revendication de la souveraineté nationale a rassemblé toutes les composantes de la société algérienne : les masses rurales, l’intelligentsia urbaine, les minorités berbérophones. Au fond, nous avons en commun l’idée républicaine dont la nation est une dimension essentielle, même si elle a une force qui transcende les frontières.       <br />
              <br />
       Toute révolution est un processus chargé à la fois de potentialités et de risques. Comme l’a écrit Hölderlin : « Là où est le danger croit aussi ce qui sauve ». La France et l’Algérie ont intérêt à aborder ensemble cette période nouvelle. « La mondialisation financière rencontre dans les identités collectives les affinités territoriales, les aires culturelles … des résistances … dont l’humain peut s’armer ». Je cite à nouveau Jacques Berque dans un de ses derniers articles de 1994. Celui-ci en appelait à la solidarité méditerranéenne comme « possibilité d’une résistance à la fois englobante et dépassante » à la mondialisation néolibérale aujourd’hui en crise.       <br />
              <br />
       L’objectif est de faire en sorte que la Méditerranée ne soit pas une zone d’affrontements comme elle l’a souvent été dans le passé, mais un espace de coopération politique fécond, face aux tendances destructurantes de la globalisation. A mes yeux, la relation franco-algérienne est centrale : si nous savons unir nos efforts, nous serons la colonne vertébrale d’un espace de paix, au moins en Méditerranée occidentale. Nous pouvons être un exemple pour les autres.       <br />
              <br />
       Qui ne voit qu’en Algérie aussi, et particulièrement dans la zone sahélienne, la coopération de l’Algérie et de la France peut jouer un rôle de stabilisation qui est dans l’intérêt de l’Afrique tout entière et d’abord des peuples concernés ? Il y a dans l’approfondissement de notre relation un enjeu civilisationnel majeur qui dépasse de loin nos intérêts nationaux. La Mer Méditerranée, que vous appelez en arabe « Mutawassit », mer mitoyenne, mer commune, doit permettre l’échange fécond, le dialogue des cultures, le dépassement des incompréhensions.       <br />
              <br />
       Evoquer les enjeux politiques et civilisationnels conduit naturellement à souligner l’importance des liens humains et des échanges culturels entre les deux rives. L’édition, le cinéma, les coproductions pour les télévisions françaises et algériennes sont des terrains de coopération à privilégier. Il y a beaucoup à faire pour développer en France la compréhension des enjeux de développement de l’Algérie. Vaincre les stéréotypes et susciter la confiance.        <br />
              <br />
       Ainsi, faut-il convaincre les média français de ne pas privilégier systématiquement les évènements les plus négatifs et les prises de position les plus défavorables à l’établissement d’un partenariat de longue durée. Il faut au contraire sensibiliser les média à tout ce qui peut être porteur dans notre relation : lutter contre les préjugés, montrer la grandeur de la tâche qui consiste à ouvrir l’Europe vers son Sud, qui est d’abord le monde arabe et en son sein, l’Algérie, notre voisin le plus proche. La télévision doit servir un dialogue des cultures qui dépasse la relation franco-algérienne, mais dont celle-ci peut être le laboratoire exemplaire.       <br />
              <br />
       Je voudrais signaler un domaine essentiel pour le futur : le développement déjà remarquable de la coopération scientifique et universitaire entre organismes de recherche et universités : plus de 600 accords ont été signés entre Universités algériennes et universités françaises. Avec les techniques modernes de communication, nous pouvons créer un espace commun de recherche entre nos deux pays, favoriser les échanges universitaires, en matière d’ingénierie éducative par exemple. L’Algérie compte 1,1 million d’étudiants et ses ambitions ne s’arrêtent pas là : il y a un immense espace pour notre coopération en matière d’enseignement supérieur et de recherche.       <br />
              <br />
       La présence en France de deux à trois millions d’Algériens ou de Français d’origine algérienne dont le rôle dans la société française s’affirme toujours plus au fil du temps, dans les secteurs les plus variés, est un facteur de dynamisme incomparable, non seulement pour notre relation, mais pour le développement de l’Algérie elle-même. Comme ancien ministre de l’Intérieur, je voudrais souligner l’importance qu’il y a à distinguer le droit de circuler et le droit du séjour. Il n’y a pas de problème insoluble, si nous les abordons de concert avec la volonté de trouver des solutions. Ma conviction est qu’il faut faciliter la circulation entre nos deux pays, ce qui se fera d’autant mieux que le droit du séjour sera respecté. Là encore, il faut trouver ensemble des règles humaines et justes qui répondent à l’intérêt mutuel. Il y a un lien, qui joue dans les deux sens, entre le développement de l’Algérie et la liberté de circulation entre les deux rives qui est, à terme, l’objectif souhaitable.       <br />
              <br />
       L’Algérie peut-elle devenir un des grands pays émergents du XXIe siècle ? Elle a beaucoup d’atouts pour cela.        <br />
              <br />
       Bien entendu, le développement implique la sécurité au sens large, celle des personnes mais aussi celle des biens, bref un Etat qui soit un Etat de droit, avec des procédures transparentes pour tous. Cet objectif est premier. La démocratie est elle-même dans une relation dialectique avec le développement.       <br />
              <br />
       L’Algérie maîtrise sa croissance démographique : 35 millions d’habitants en 2009, selon les chiffres de la Banque mondiale, 50 millions en 2050 selon ses prévisions. Son taux de fécondité est de 2,34 contre 1,88 pour la France. L’espérance de vie moyenne est de 72 ans. Le taux d’urbanisation de 62 % ne manquera pas de croître encore. M. Rahmani m’a fait visiter l’une des nombreuses villes nouvelles qui sont planifiées par le gouvernement algérien.       <br />
              <br />
       Le potentiel de croissance économique de l’Algérie est élevé. Le développement de l’économie algérienne est un moteur pour l’économie française. Qui sait que l’Algérie est, hors OCDE, le troisième partenaire commercial de la France après la Russie et la Chine ?        <br />
              <br />
       Le revenu national brut moyen est le plus élevé des pays du Maghreb : 4190 $ par habitant en 2009, 3480 en Tunisie, 2520 au Maroc). Le potentiel énergétique de l’Algérie est considérable. L’ancien Président de la Sonatrach, M. Cherouati, m’indiquait que les richesses du sous-sol algérien (l’Algérie s’étend sur 2,5 millions de Km2) étaient loin d’avoir été toutes reconnues, aussi bien en ce qui concerne les hydrocarbures que les minerais les plus divers. La tendance haussière à long terme du prix des hydrocarbures devrait, en tout état de cause, assurer à l’Algérie une source de revenus importante et régulière. L’Algérie a cependant intérêt à diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique tout comme son appareil de production. L’énergie solaire a sûrement de très intéressantes perspectives compte tenu de l’ensoleillement mais tant que les prix de revient n’auront pas été substantiellement abaissés, il y a sans doute place pour la construction de centrales nucléaires aux normes sismiques renforcées pour l’alimentation en électricité des grandes conurbations d’Alger, Oran et Annaba. Cette diversification de son approvisionnement énergétique permettrait à l’Algérie de faire durer plus longtemps les ressources de son sous-sol.        <br />
              <br />
       L’énergie n’est assurément pas le seul volet de notre partenariat économique. En matière d’aménagement du territoire, l’urbanisme, les villes, le logement, l’eau, les transports sont des domaines privilégiés dans lesquelles peut s’épanouir notre coopération. Mais tout cela a déjà été dit mieux que je ne saurais le faire moi-même. Il y a un point sur lequel je veux insister : l’intérêt pour un partenariat resserré de s’appuyer sur le tissu des PME françaises afin de favoriser les transferts de technologies dans le domaine des industries courantes. De même que l’Allemagne a su délocaliser la fabrication de composants vers les pays de la Mitteleuropa sans nuire à la compétitivité globale de son industrie, de même la France pourrait nouer des partenariats dans les pays du Maghreb, et particulièrement en Algérie, pour des fabrications qui contribueraient au développement d’un savoir-faire industriel sur l’autre rive. On connaît mon attachement à la réindustrialisation de la France. Si je déplore l’érosion de notre tissu industriel à travers les délocalisations, notamment en Asie, il me semble que des raisons géopolitiques puissantes militent en faveur d’une exception maghrébine et plus particulièrement algérienne. Le développement de la rive Sud est notre intérêt évident et ce qui est vrai pour la France l’est aussi pour l’Espagne et l’Italie. Le but devrait être de créer un espace de circulation commun pour les capitaux. Les capitaux algériens ainsi pourraient être encouragés à prendre des participations dans des entreprises françaises qui en retour pourraient investir en Algérie et procurer des débouchés intéressants pour les productions algériennes. Pour soutenir l’intervention des PME françaises, des mécanismes de financement et de garantie des investissements sont nécessaires. Des coopérations impliquant les Universités et les entreprises pourraient aussi être favorisées.       <br />
              <br />
              <br />
       La construction d’un avenir commun entre les deux pays pourrait enfin s’appuyer sur les jeunes franco-algériens dont l’esprit d’entreprise pourrait s’épanouir dans la construction d’une économie diversifiée dans leur pays d’origine. Ces jeunes pourraient être un pont entre nos deux pays et servir ainsi l’un et l’autre, tout en développant leurs propres entreprises. La proximité géographique, humaine, culturelle et l’imbrication des populations offrent un terreau favorable à l’effort de diversification de l’économie algérienne et à sa montée en puissance technologique.        <br />
              <br />
       Cinquante ans ont passé depuis que le peuple algérien a conquis sa liberté. Il l’a conquise par sa bravoure. Faut-il rappeler que le peuple français, dans sa masse, n’y était pas hostile, puisque par deux fois, consulté par référendum, il y a acquiescé ? Et pourtant la France avait en Algérie des intérêts puissants : un million de Français installés pour beaucoup depuis plusieurs générations ; l’illusion, entretenue par les manuels scolaires, d’une plus grande France. La France, après sept ans de guerre, s’est inclinée, au nom des principes qui étaient les siens, l’autodétermination des peuples, et au nom d’un meilleur avenir entre nos deux peuples Le général de Gaulle a eu raison de trancher le nœud gordien. Ce n’était pas facile. Il fallait, pour le faire un homme de sa stature, muni d’une ample vision historique.       <br />
              <br />
       Pour l’Algérie, je conçois qu’il ne soit pas facile non plus de solder cent trente-deux ans de colonisation française. Il nous faut aujourd’hui transmettre aux générations nouvelles ce lien si particulier tissé dans l’affrontement mais si fort, si riche de virtualités. Ce lien doit passer de génération en génération. C’est un enjeu décisif pour le monde que nous devons construire ensemble.        <br />
              <br />
       Un ancien ministre des Affaires étrangères qui était mon ami, Michel Jobert, a parlé de devoir d’indifférence. Un autre a émis l’idée que la disparition des anciennes générations qui portaient ce lien passionnel et passionné ouvrirait le chemin d’une relation apaisée. Pour moi, tous les deux se trompaient. Il nous appartient, au contraire, de transmettre ce lien si intense, cette mémoire nourricière de l’avenir, bref cette fascination que l’Algérie et la France éprouvent l’une pour l’autre, car elle est le gage d’un partenariat d’exception, la promesse d’un avenir partagé et enfin heureux.       <br />
              <br />
       ------       <br />
       Jean-Pierre Chevènement est président de l'<a class="link" href="http://www.france-algerie.fr/">association France-Algérie</a>.
     </div>
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   <title>Actes du colloque: "Quelles perspectives pour la France en Méditerranée?"</title>
   <pubDate>Mon, 11 Apr 2011 16:52:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
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   Les actes du colloque du 17 janvier 2011 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2882170-4077145.jpg?v=1302534261" alt="Actes du colloque: "Quelles perspectives pour la France en Méditerranée?"" title="Actes du colloque: "Quelles perspectives pour la France en Méditerranée?"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Accueil-d-Alain-Dejammet_a540.html">Accueil d'Alain Dejammet</a>, président du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica,       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Pourquoi-une-politique-mediterraneenne-de-la-France_a541.html">Pourquoi une politique méditerranéenne de la France ?</a>, par Jean-Yves Autexier, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-Mediterranee-un-faux-concept_a542.html">La &quot;Méditerranée&quot; un faux concept</a>, par Hubert Védrine, Ancien ministre des Affaires étrangères       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Faire-souffler-l-esprit-republicain_a543.html">Faire souffler l’esprit républicain</a>, par Georges Corm, Ancien ministre des Finances de la République libanaise, auteur de « Le nouveau gouvernement du monde » (La Découverte, 2010)       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Nouvelles-realites-nouvelles-centralites_a544.html">Nouvelles réalités, nouvelles centralités</a>, par Jacques Huntzinger, Ancien ambassadeur en charge du volet culturel de l’Union pour la Méditerranée, auteur de « Il était une fois la Méditerranée » (CNRS Editions, 2010)       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-Mediterranee-mythe-mobilisateur-et-esperance_a545.html">La Méditerranée, mythe mobilisateur et espérance</a>, par Henri Guaino, Conseiller spécial du Président de la République       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Debat-final-et-conclusion-de-Jean-Pierre-Chevenement_a546.html">Débat final et conclusion de Jean-Pierre Chevènement</a>       <br />
              <br />
       Voir les actes du colloque <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Quelles-perspectives-pour-la-France-en-Mediterrannee_r75.html">&quot;Quelles perspectives pour la France en Méditerranée?&quot;</a> en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.       <br />
              <br />
       Le cahier imprimé du colloque &quot;Quelles perspectives pour la France en Méditerranée?&quot; est <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/shop/Cahier-Quelles-perspectives-pour-la-France-en-Mediterranee_p64.html">disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation</a>.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/2882170-4077145.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-Quelles-perspectives-pour-la-France-en-Mediterranee_a1118.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>"Le candidat de la gauche en 2012 doit porter les idées de mon livre "La France est-elle finie?""</title>
   <pubDate>Tue, 18 Jan 2011 22:30:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement répondait aux questions de Patrick Simonin dans l'émission "L'invité" mardi 18 janvier sur TV5 Monde. L'émission est podcastée ci-dessous.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/a689b3b9a58dec810c52ef1f73b7e7e98dc6593d" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/2626646-3706834.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Le-candidat-de-la-gauche-en-2012-doit-porter-les-idees-de-mon-livre-La-France-est-elle-finie_a1064.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-2555670</guid>
   <title>Colloque de la Fondation Res Publica: Quelles perspectives pour la France en Méditerranée?</title>
   <pubDate>Fri, 14 Jan 2011 01:10:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Poursuite du programme de colloques de la Fondation Res Publica lundi 17 janvier à 18h à l’Institut du Monde Arabe, salle du Haut Conseil,1, rue des Fossés Saint-Bernard, Place Mohammed V, 75236 Paris Cedex 05. En voici le programme ci-dessous.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2555670-3603823.jpg?v=1292588673" alt="Colloque de la Fondation Res Publica: Quelles perspectives pour la France en Méditerranée?" title="Colloque de la Fondation Res Publica: Quelles perspectives pour la France en Méditerranée?" />
     </div>
     <div>
      Avec la participation de :       <br />
       <ul class="list"><li>Jean-Yves Autexier, Membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li>Georges Corm, Ancien ministre des Finances de la République libanaise, auteur de « Le nouveau gouvernement du monde » (La Découverte, 2010)       
       </li></ul><ul class="list"><li>Alain Dejammet, Président du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li>Hubert Védrine, Ancien ministre des Affaires étrangères       
       </li></ul><ul class="list"><li>Henri Guaino, Conseiller spécial du Président de la République       <br />
       et       
       </li></ul><ul class="list"><li>Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica       <br />
              <br />
       Inscrivez-vous à l'adresse électronique <a class="link" href="javascript:protected_mail('info@fondation-res-publica.org')" >info@fondation-res-publica.org</a> (Merci de préciser vos nom et coordonnées complètes). Pour consulter les travaux de la Fondation Res Publica, fondation reconnue d'utilité publique par décret du 30 décembre 2005, une seule adresse : <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org">www.fondation-res-publica.org</a>.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/2555670-3603823.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-Quelles-perspectives-pour-la-France-en-Mediterranee_a1025.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>L’Union pour la Méditerranée : Un concept global de sécurité</title>
   <pubDate>Tue, 01 Apr 2008 16:26:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Forum de Paris, samedi 29 mars 2008.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/899126-1108690.jpg?v=1289480130" alt="L’Union pour la Méditerranée : Un concept global de sécurité" title="L’Union pour la Méditerranée : Un concept global de sécurité" />
     </div>
     <div>
      Je veux d’abord féliciter Albert Mallet pour cette initiative qui vient à son heure et qui peut nourrir la réflexion utilement sur le projet d’Union pour la Méditerranée. J’admire les analyses pénétrantes d’Hubert Védrine. Je m’expose, par l’optimisme de la volonté que je professe, à tomber sous sa critique ravageuse.        <br />
              <br />
       Pour en venir au sujet de mon intervention, la sécurité ne peut être que globale. Isoler un facteur de risque pour le traiter par des moyens purement militaires ne supprime pas le risque mais l’accroît, comme on l’a vu avec l’invasion de l’Irak. Le concept de guerre contre la terreur, en soi légitime, a été ainsi discrédité par l’emploi de moyens inappropriés qui ont accru le risque plus qu’ils ne l’ont conjuré. Une véritable sécurité implique une confiance partagée au Nord comme au Sud de la Méditerranée.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Or, plusieurs facteurs pèsent négativement</span> pour empêcher cette confiance de s’établir :       <br />
              <br />
       -	Le souvenir d’un passé conflictuel et d’abord, au Sud, la crainte de voir se recréer des formes de domination coloniale.       <br />
       -	Les déséquilibres démographiques, et particulièrement la croissance très rapide des populations actives au Sud, ainsi que la disparité des niveaux de vie qui alimentent, au Nord, la crainte de flux migratoires incontrôlés de populations ne partageant pas sur certains points le même système de valeurs.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ces souvenirs et ces craintes s’avivent :       <br />
              <br />
       -	De la multiplication d’actes terroristes, au Sud comme au Nord.       <br />
       -	Des  risques de déstabilisation politique du fait d’une contestation islamiste radicale et souvent violente.       <br />
       -	De la prolifération d’armes de destruction massive et des risques de dissémination nucléaire.       <br />
              <br />
       La coexistence de plusieurs aires culturelles distinctes, dotées d’une constance voire d’une inertie historiques prodigieuses comme l’a bien montré Fernand Braudel, ne sera possible que si le concept de « guerre de civilisations » est clairement rejeté. C’est une civilisation commune que nous devons élaborer sur les bords de notre mer commune.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – L’idée principale que je vais développer est qu’il n’y a pas de codéveloppement possible entre les deux rives de la Méditerranée en dehors du respect de l’identité de chaque peuple établi sur ses rives.</b>       <br />
              <br />
       L’Union pour la Méditerranée s’inspire d’une grande idée juste : les pays de la rive Sud trouveront dans leur relation avec l’Europe, qui représente 40 % du commerce mondial, un vecteur essentiel de leur développement futur et ce développement, source de sécurité, répond à l’intérêt européen bien compris        <br />
              <br />
       Mais cette idée juste ne saurait occulter cette autre idée tout aussi fondamentale : il n’y aura de codéveloppement entre les deux rives de la Méditerranée que fondée sur le respect de l’identité, de l’authenticité et donc de la dignité de chaque peuple établi sur ses rives. Il ne s’agit pas d’exporter la démocratie, de transférer des valeurs ni même des technologies en les plaquant sur des sociétés qui ont chacune leur culture et leur histoire. Il s’agit de faire en sorte que nos sociétés, au Nord comme au Sud, transposent leur identité en termes d’avenir et que chacune, selon l’expression de Jacques Berque, intègre à son propre legs les emprunts qu’elle fait à l’extérieur, bref s’approprie, en s’appuyant sur ses propres déterminations, ce qu’elle aura trouvé ailleurs : les apports migratoires venus du Sud au Nord, les formes modernes de production et d’organisation au Sud. Chacun doit avancer à partir de ce qu’il est. Cette pensée exigeante est à l’opposé des déstructurations coutumières à notre modèle de développement. Elle ne confond pas l’enrichissement mutuel des pays qui bordent la Méditerranée et la renonciation de chacun à être soi-même.        <br />
              <br />
       Le respect de l’identité implique plus que le respect des différences : la permanente disponibilité à s’enrichir de la différence de l’autre, bref un état d’esprit qui va à l’encontre de l’uniformisation marchande, si souvent vectrice d’inégalités et de fragmentations sociales.       <br />
              <br />
       De cette pensée « berquienne » je fais découler quelques conséquences :       <br />
              <br />
       1.	Notre ennemi commun c’est l’ignorance d’où procède l’insécurité. Il faut faire reculer l’ignorance, développer la connaissance de l’autre, de son histoire, de sa langue, de sa littérature, de sa religion.       <br />
              <br />
       2.	Lutter contre le terrorisme ou la prolifération, ce n’est pas seulement se préoccuper de faire reculer la misère et le mépris des droits humains, même si cela est nécessaire, c’est d’abord assécher le terreau où le terrorisme et la course aux armements s’enracinent.       <br />
       <span style="font-style:italic">C’est chercher à résoudre les problèmes politiques pendants</span> : l’occupation de l’Irak par des troupes étrangères, l’absence d’un Etat palestinien viable et d’une paix mutuellement acceptée au Proche-Orient quarante ans après la guerre de 1967. Vouloir assécher le terreau sur lequel prospère le terrorisme, c’est refuser un droit international à deux vitesses, c’est tarir un sentiment légitime d’injustice, d’autant plus vivement ressenti que le souvenir colonial continue de peser dans la mentalité des peuples musulmans. Bref c’est mettre avec soi le sentiment de la dignité.       <br />
              <br />
       3.	<span style="font-style:italic">Il faut que le Nord s’ouvre au Sud </span>: L’Union pour la Méditerranée est une idée incompatible avec la transformation de l’Europe en forteresse. La politique migratoire est à repenser entièrement. J’y reviendrai dans quelques instants. <span style="font-style:italic">Mais il faut aussi que le Sud prenne en considération les besoins légitimes de sécurité des populations établies au Nord et leur attachement aux valeurs et aux principes qu’elles considèrent comme des conquêtes</span> sur un passé d’arbitraire et de domination : la laïcité, l’égalité de l’homme et de la femme. Evidemment, cela suppose qu’inversement la défense des droits de l’homme ne soit pas détournée de son objet.       <br />
              <br />
       4.	<span style="font-style:italic">A cet égard il ne faut pas se tromper d’approche : la démocratie au Sud</span> a certainement beaucoup de progrès à faire mais elle résultera très largement du développement, qui implique – on le sait – une raisonnable transparence. La démocratie sera affermie quand une solide base économique permettra l’émergence de classes moyennes nombreuses. Il faut prendre garde aux politiques de Gribouille qui sous le généreux prétexte de lutter contre la corruption feraient le lit de la confiscation du pouvoir par un islamisme politique radical et violent, qui signerait la fin définitive de toute espérance démocratique. La voie est étroite, mais le mieux est quelquefois – c’est un vieux proverbe qui le dit – l’ennemi du bien.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Comment maintenant passer à l’application ?</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A) Deux précisions préalables :</span>       <br />
              <br />
       1.	Il me semble que l’Union pour la Méditerranée est bien partie pour être un « Euromed plus ». A tort ou à raison, du fait des réticences. Le processus de Barcelone n’avait pas que des défauts. Tout est donc dans le « plus » ; On sait que les flux financiers mobilisés vers les pays du Sud de la Méditerranée ont été dans la période récente très notablement inférieurs à ceux dirigés vers les PECOs : dans un ordre de un à dix. Si cela pouvait être corrigé, ce serait déjà un progrès.       <br />
              <br />
       Ensuite il faut des mécanismes innovants et paritaires.       <br />
              <br />
       2.	Un début d’institutionnalisation peut créer les conditions d’une meilleure appropriation par les peuples du Sud de la Méditerranée des objectifs et des moyens du développement (thème que j’ai entendu développer par l’Ambassadeur Abou Youb). <span style="font-style:italic">L’optimisme de la volonté</span> peut permettre que s’enclenchent des cercles vertueux : le développement suppose une stabilité politique, monétaire, des règles du jeu stables, des procédures transparentes, un secteur bancaire moderne, un souci de la qualité et des délais dont les pays du Sud sont souvent encore loin, même si des progrès remarquables ont pu être observés. Pour créer des cercles vertueux, il faut un mythe moteur par lequel les peuples peuvent s’approprier l’idée d’un progrès partagé.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B) J’ai entendu dire que l’Union pour la Méditerranée se ferait par les projets qu’elle susciterait. </span>       <br />
              <br />
       J’ai entendu les propositions très concrètes proposées par Jacques Attali. Pour ma part, je propose trois grandes pistes.       <br />
              <br />
       1.	<span style="font-style:italic">S’agissant du financement,</span> l’épargne des migrants représentera toujours plus que l’aide publique au développement. Pour le Maghreb seul on l’évalue à près de 100 Milliards d’euros. Il faut donc favoriser des flux temporaires de migration du travail et revoir de fond en comble la politique migratoire, distinguer la circulation et l’établissement, privilégier l’immigration de travail sur le regroupement familial. La circulation doit se faire dans les deux sens : le tourisme du Nord vers le Sud peut générer des flux de devises importants. Mais qui dit tourisme dit aussi sécurité.       <br />
              <br />
       2.	<span style="font-style:italic">Le codéveloppement se fera largement par le biais des IDE </span>(investissements directs). L’Europe devrait orienter les délocalisations industrielles vers les pays de la rive sud de la Méditerranée plutôt que vers l’Asie. C’est son intérêt de penser une politique d’aménagement du territoire à l’échelle euroméditerranéenne. Les investissements extérieurs apporteront les technologies modernes, nécessaires au développement. Le succès de l’Union pour la Méditerranée sera de créer les conditions propices à l’investissement productif (infrastructures, mais aussi et surtout formation sur place d’une main d’œuvre qualifiée).       <br />
              <br />
       3.	<span style="font-style:italic">L’énergie</span> doit être au cœur du processus de développement euroméditerranéen. Il ne faut pas contester aux pays du Sud le droit de contrôler leurs richesses, y compris s’ils le veulent, par la nationalisation. Là n’est pas le problème et il ne faut pas tout mélanger : le terrorisme et les nationalisations, comme il m’est arrivé de le lire sous quelques plumes autorisées. Est-ce que la nationalisation du pétrole irakien en 1972 n’a pas pesé plus lourd que le régime de Saddam Hussein dans la décision d’envahir l’Irak en 2003 ? Les pays producteurs devront bien vendre leur pétrole ou leur gaz quelque soit le statut des entreprises productrices. Il faut donc des contrats à long terme qui autorisent les compagnies productrices à valoriser et à commercialiser, par exemple leur gaz, sur le marché européen.        <br />
       Bien entendu la coopération énergétique doit prendre en compte le « pic de production » des hydrocarbures. Nos principales sources d’approvisionnement en combustibles fossiles, en dehors de l’Algérie et de la Libye, restent en dehors de la Méditerranée : en Russie et dans le Golfe. C’est la raison pour laquelle une grande politique de coopération énergétique avec les pays de la rive Sud doit, pour anticiper, viser essentiellement deux domaines :        <br />
       -	<span class="u">L’énergie solaire</span> pour laquelle les pays du Sud devraient être associés à parité aux programmes européens. Solaire thermique mais surtout photo voltaïque avec l’objectif de réduire drastiquement les coûts. Je propose donc un grand projet de recherche-développement.       <br />
       -	En second lieu, <span class="u">l’énergie nucléaire</span>.       <br />
              <br />
       L’idée de créer en commun des usines d’approvisionnement en matières fissiles à usage civil permettrait d’éviter la prolifération militaire car, on le sait, il est possible, en enrichissant l’uranium ou en fabriquant du plutonium, de passer du civil au militaire.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Je terminerai par la lutte contre la prolifération.</b>       <br />
              <br />
       L’énergie nucléaire doit contribuer à la solution des problèmes énergétiques et climatiques mondiaux. J’approuve l’idée d’un traité d’interdiction de production de matières fissiles à usage militaire proposé par le Président de la République. Mais l’acceptation d’une discipline commune pour éviter la prolifération ne sera acquise que si les armes nucléaires n’existent plus qu’à l’état résiduel. S’agissant des Etats-Unis et de la Russie, c’est encore loin d’être le cas, puisque chacun de ces pays dispose encore de plus de 5000 ogives nucléaires. Mais il est assez évident que la théorie de la dissuasion stabilisatrice ne fonctionnerait plus dans un monde où vingt voire trente puissances nucléaires auraient émergé, surtout dans une région aussi traversée de conflits que la zone du Proche et du Moyen-Orient. Raison de plus pour accélérer le rythme des solutions politiques qui permettront de faire reculer les démons de l’obscurantisme, du fanatisme et de la violence aveugle, au Nord comme au Sud.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Une des principales critiques qu’on a faites au processus de Barcelone est qu’il a été pollué très vite par la fin du processus d’Oslo entre Israël et l’Autorité palestinienne et l’échec de Camp David en juillet 2000.       <br />
              <br />
       Raison supplémentaire pour remettre l’ouvrage sur le métier et peut-être aussi pour maintenir ou développer au sein de l’Union pour la Méditerranée, des approches régionales différenciées : vers le Maghreb (processus à 5 + 5 qui a montré sa pertinence, même s’il manque de moyens de financement), vers le Proche-Orient où l’Europe devrait s’affirmer davantage, vers les Balkans où une Conférence balkanique serait une initiative bienvenue, vers la Turquie enfin qui pose le problème des frontières et de la nature de l’Europe. Il est vrai que celle-ci changeant elle-même de nature, avec l’élargissement, le problème de la Turquie pourra être résolu autrement.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       J’ai conscience de ne pas avoir évoqué la coopération policière et judiciaire sur laquelle vous m’attendiez peut-être. Mais elle va de soi et son efficacité à long terme dépend du contexte économique, politique et en définitive humain dans lequel elle s’inscrit. Et c’est cet aspect humain et donc éminemment politique qui, à terme, me paraît déterminant pour notre sécurité commune.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/L-Union-pour-la-Mediterranee-Un-concept-global-de-securite_a590.html</link>
  </item>

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