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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <dc:date>2026-05-18T01:48:47+02:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>Lettre ouverte à Hubert Védrine</title>
   <pubDate>Mon, 24 Mar 2014 19:35:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Tribune de Jean-Pierre Chevènement, parue dans Marianne, vendredi 21 mars 2014.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6458917-9740701.jpg?v=1395685920" alt="Lettre ouverte à Hubert Védrine" title="Lettre ouverte à Hubert Védrine" />
     </div>
     <div>
      Mon cher Hubert,       <br />
       J’ai trouvé <span style="font-style:italic">La France au défi</span> (Fayard, 2014) perspicace et roboratif. Ton livre, en effet, va à l’os de nos  difficultés : les Français ne croient plus en la France. Là est la racine de ce <span style="font-style:italic">« nœud indémêlable »</span>, de ce <span style="font-style:italic">« verrouillage »</span> qui empêchent la France de sortir de la <span style="font-style:italic">« nasse »</span> dans laquelle elle s’est laissée enfermer : moins par la pyramide de ses déficits et de ses dettes que par le <span style="font-style:italic">« nœud psychologique étroitement serré »</span> d’où procèdent repentance systématique et déni de soi. Au fond de tout cela bien sûr <span style="font-style:italic">« l’effondrement sans précédent de 1940 »</span>, ce vrai <span style="font-style:italic">« passé qui ne passe pas »</span> et qui taraude l’inconscient national. Aucun récit national à ce jour, même celui forgé par De Gaulle qui parlait d’une nouvelle <span style="font-style:italic">« guerre de trente ans »</span> (1914-1945), n’a réussi à enjamber ce gouffre. Parce que sans doute toutes les familles politiques ont leur part dans cet effondrement.       <br />
              <br />
       Bien sûr, tu as raison de décrire l’érosion de nos rentes de situation historiques et la compétition de plus en plus redoutable des pays dits émergents qui maîtrisent aussi bien que nous les technologies. Là est le vrai défi pour la France. Tu analyse très pertinemment le discrédit de ceux que tu appelles les <span style="font-style:italic">« émetteurs »</span>, c’est-à-dire, au fond, les élites politiques, intellectuelles, médiatiques, et même économiques. Tu touches juste quand tu parles de <span style="font-style:italic">« marécage politico-corporatisto-médiatico-judiciaire »</span>. Ceux qui se sont essayés à gouverner savent tous l’immense difficulté à le faire dans une <span style="font-style:italic">« société de défiance généralisée »</span>, où l’égoïsme est roi et le sens de l’Etat nulle part. Tu ajoutes justement que <span style="font-style:italic">« la Vème République »</span>, conçue pour libérer les grands choix politiques des partis, cinquante-six ans après, leur est maintenant complètement assujettie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Avant d’en venir aux remèdes que tu proposes et qui vont dans la bonne direction, je formulerai cependant deux remarques :        <br />
              <br />
       La première est de technique économique : la crise n’est pas seulement une <span style="font-style:italic">« métamorphose »</span>, comme tu le dis. Elle illustre la faille d’un système financier complètement dérégulé (la « finance de l’ombre » draine autant de capitaux que le système bancaire lui-même). L’efficience des marchés est un mythe. Nous l’avons vu et nous le verrons encore,  car la crise de l’euro n’est pas derrière nous : les mêmes causes produiront demain les mêmes effets. La « déflation interne » imposée par le traité budgétaire européen, enferme la zone euro dans une stagnation de longue durée, grosse de secousses en tous genres. Il est de bon ton, depuis trente ans, de sous-estimer l’importance du facteur monétaire. Tu évacues un peu vite, à mon sens, la possibilité d’un réaménagement de l’euro pour tenir compte de la compétitivité dégradée de l’Europe du Sud qui ne tient pas seulement à une mauvaise gestion des finances publiques mais à des structures productives très différentes et depuis très longtemps, de celles de l’Allemagne et des pays de l’Europe du Nord. Une monnaie surévaluée asphyxie. Une monnaie moins forte est mieux adaptée à notre économie et nous donnerait de l’air pour réformer. L’argument inverse que tu donnes d’une dévaluation compétitive espagnole ou italienne parallèle à la nôtre est déjà vraie aujourd’hui : simplement c’est une « dévaluation interne », infiniment plus douloureuse. Tu cites Pascal Lamy : <span style="font-style:italic">« le protectionnisme ne marche pas, dès lors que 40 % de nos exportations sont réalisées à partir de ce que nous importons »</span>. Il reste quand même 60 % de travail « national », qu’un « protectionnisme monétaire » - en fait une parité équitable  - valoriserait. J’observe le monde autour de nous : la livre britannique, le yen, les monnaies des pays émergents dévaluent. L’euro, à l’inverse, a retrouvé des sommets par rapport au dollar et au yuan. Où sont nos principaux déficits ? La Chine, les pays pétroliers, maintenant les Etats-Unis, et bien sûr l’Allemagne (30 % du total).       <br />
              <br />
       J’en viens là à mon observation essentielle que tu suggères entre les lignes : l’Europe pourrait bien n’avoir été qu’un « prétexte » pour la France en tout cas, à « poser sac à terre : on n’en peut plus, on passe le relais à l’Europe ».       <br />
              <br />
       L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les PECOs [pays d'Europe centrale et orientale] ont su faire un très bon usage de la construction européenne telle qu’elle s’est faite pour refaire l’une son unité, les autres leur retard. Mais la France, elle, s’est dépouillée des capacités de son « Etat-stratège » : plus de souveraineté monétaire, ni maintenant budgétaire, plus de politique industrielle, plus de diplomatie. Le récit national a été déconstruit et l’Etat défait. En tous domaines, l’Europe telle qu’elle s’est faite, se résume à <span style="font-style:italic">« des marchandages sans fin »</span>.        <br />
              <br />
       La géopolitique européenne ne favorise plus la France. Elle la met à la remorque. Plus grave, le lien entre la dévalorisation systématique de la France et le choix européiste qui a été fait il y a au moins trois décennies (l’Europe se substituant à la France) mériterait d’être davantage mis en valeur. Il est au ressort du décrochage de la France. Entends-moi bien : je ne remets pas en cause l’idée européenne (celle du resserrement de la solidarité entre les nations européennes, y compris l’Ukraine et la Russie) mais il est temps de poser clairement le problème, de savoir comment nous pouvons concilier la prépondérance économique allemande – qui est un fait – avec la diversité culturelle et l’hétérogénéité économique des autres nations européennes. Cela passe – je le crois – par une reconfiguration stratégique, géographique et institutionnelle du projet européen dans une perspective qui ne soit pas étroitement « occidentaliste », mais mondiale.        <br />
              <br />
       Venons-en aux remèdes. C’est la seule chose qui compte. Tu évoques une coalition de la gauche et de la droite pour une durée de quelques années. C’est infaisable dans le système actuel. Il faut un puissant électrochoc et un rassemblement de salut public. Pour faire quoi ? Je suis d’accord avec la plupart de tes propositions : réhabiliter le travail – et d’abord l’Ecole, rompre avec la démagogie technophobe des Verts, définir et appliquer une politique républicaine en matière d’immigration, de justice et de sécurité, refonder la légitimité démocratique, accepter, bien sûr, l’économie de marché et la rénovation de l’Etat-providence que seul le retour à la croissance pourra permettre et qu’il faut donc concevoir simultanément.       <br />
              <br />
       Tout cela ne sera possible que par un retour à l’Etat que tu évoques, c’est-à-dire aux valeurs collectives de patriotisme et de civisme qui sont à l’opposé de l’hyper individualisme libéral ambiant. Pour parler clair, par un renouveau de la France dont l’Histoire a fourni quelques exemples mais que le jour crépusculaire qui baigne aujourd’hui la conscience de la nation française ne laisse guère apercevoir.       <br />
              <br />
       Est-il possible qu’un tel projet de salut public puisse être porté à l’encontre de nos <span style="font-style:italic">« élites mondialisées »</span> (expression que j’emprunte au sociologue polonais Zygmunt Bauman) et trouver le concours du peuple ? Impossible, sans un énorme choc extérieur !       <br />
              <br />
       Peut-être pouvons-nous le préparer. D’abord par un travail de conscientisation de nos élites et de l’opinion publique auquel ton livre, salubre, participe. Le nœud gordien, c’est la désespérance française. C’est avec cela qu’il faut trancher. En montrant que la résurrection de la France n’est pas incompatible avec l’idée d’une Europe raisonnable, tu peux y aider puissamment, parce que tu es, justement, un homme politique raisonnable et apprécié comme tel.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Notre outil militaire menacé par le futur Pacte de Stabilité</title>
   <pubDate>Mon, 28 Nov 2011 18:55:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement sur le budget de la Défense au Sénat, lundi 28 novembre 2011     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3484361-5016538.jpg?v=1322503757" alt="Notre outil militaire menacé par le futur Pacte de Stabilité" title="Notre outil militaire menacé par le futur Pacte de Stabilité" />
     </div>
     <div>
      Il serait injuste de prétendre que vous n’avez pas cherché à préserver l’enveloppe de crédits de la défense, en principe garantie par la loi de programmation militaire. Le budget que vous nous présentez se situe cependant sensiblement en dessous de ces enveloppes. D’abord du fait des plans d’économies d’août et de novembre 2011. Vous chiffrez vous-même à 311 M d’euros les abattements qu’a dû consentir le Ministère, dont 280 M au titre de la mission Défense.       <br />
              <br />
       A cela s’ajouteront le surcoût des OPEX, 878M d’euros sans compter l’opération Harmattan chiffrée à 430 M d’euros, soit au total, 1308 M d’euros, le financement de la taxation inter-ministérielle suite à la condamnation de Thalès pour l’opération « frégates de Taïwan », soit la modique somme de 230 M d’euros, les surcoûts de la transition liée à la transformation des armées et l’installation des bases de défense, l’épuisement des reports de crédit, le retard des recettes exceptionnelles…       <br />
              <br />
       Je suis d’abord conduit à vous poser la question de savoir si la clause de sauvegarde prévue par la LPM pour les OPEX va être activée et à quelle hauteur ? Sinon, il est temps, Monsieur le Ministre, de mieux contrôler la dérive expéditionnaire, 12 000 hommes sur plus d’une dizaine de théâtres : la capacité de dire « non » fait visiblement défaut à nos autorités politiques.       <br />
              <br />
       En second lieu, je m’inquiète des réductions de crédits qui affectent le maintien en condition opérationnelle des hommes dont je tiens à saluer la valeur. Mais celle-ci ne saurait compenser le niveau d’entraînement. Comme l’a déclaré l’Amiral Guillaud devant notre Commission, dans une expression toute en litotes : « la nouvelle trajectoire financière, en retrait par rapport à celle prévue par la loi de programmation militaire, nous a conduits à accentuer la préparation opérationnelle différenciée, en nous &quot;efforçant d’éviter l’écueil d’une armée à deux vitesses&quot; ».        <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ce serait un comble, en effet, pour des armées dont le format n’a jamais été aussi réduit, depuis que la République existe !       <br />
       C’est la cohérence de l’outil qui est en jeu. Ainsi dans l’armée de terre, le nombre de jours de préparation et d’activité opérationnelles passe de 120 jours en 2010, 116 en 2011, 111 en 2012 et probablement 105 en 2013 selon les déclarations du CEMAT, s’éloignant ainsi de la cible des 120 jours.        <br />
              <br />
       S’agissant de l’équipement des forces, si nous voyons avec satisfaction l’entrée en service de matériels majeurs, nous constatons les lacunes que l’opération Harmattan a fait apparaitre en matière de drônes et de ravitaillement en vol. L’entretien programmé des matériels est une priorité, mais il est préoccupant de voir retardée la rénovation à mi-vie du mirage 2000-D et excessivement étalée la livraison des avions multiravitailleurs MRTT. Pour l’armée de terre outre la mise en service du VBCI et des équipements Felin, un bon point pour la commande du LRU !       <br />
              <br />
       S’agissant de la DGA, je tiens à saluer la manière dont elle s’acquitte de sa mission de préparation de l’avenir.        <br />
              <br />
       De l’avenir, parlons-en, à la veille de la réactualisation de la loi de programmation militaire et d’échéances politiques  décisives pour l’avenir du pays. Les Etats-Unis, sous l’impulsion du Président Obama, ont achevé ou largement entamé leur politique de  retrait militaire d’Irak et d’Afghanistan. Ils devront diminuer de 500 milliards de dollars leur budget de la défense dans les dix prochaines années. Les Etats-Unis s’engagent de plus en plus en Asie de l’Est et dans le Sud-est asiatique. Ils désinvestissent de plus en plus l’Europe. Certains commentateurs américains évoquent une stratégie de <span style="font-style:italic">« lead from behind »</span>, ou si l’on préfère de « tireurs de ficelles ». Je ne suis pas sûr de la pertinence de ce concept. Ce que j’observe, en revanche, c’est l’extension rapide des incertitudes et même des « trous noirs » en Asie de l’Ouest et en Afrique : Afghanistan-Pakistan-Iran-Syrie-Yemen.       <br />
              <br />
       Les révolutions démocratiques dans les pays arabes démontrent la puissance des courants islamistes dans les sociétés. Ce qui se passe en Egypte, en Tunisie, au Maroc même nous concerne directement. L’évolution de contexte géostratégique doit nous conduire à redéfinir nos priorités. Plus que jamais la fonction connaissance et anticipation est décisive. Il faut donc donner une claire priorité aux moyens de renseignemen. A cet égard l’éloignement dans le temps du lancement du satellite Ceres est fâcheux.       <br />
              <br />
       S’agissant de la dissuasion, il serait irresponsable de ne pas continuer un effort dont la valeur tient à son inscription dans la durée. Enfin, il faut le dire, il est temps de mettre un terme aux réductions de format des armées. L’effort de défense de la France est très sensiblement inférieur à l’engagement de le maintenir au moins à 2% du PIB pris, en 2007, par Nicolas Sarkozy, candidat à l’élection présidentielle.        <br />
              <br />
       Ce maintien nécessaire de notre effort de défense se télescope avec la crise qui secoue la monnaie unique, qu’on décrit de manière réductrice comme une crise de la dette, alors que c’est d’abord une crise politique, celle d’une Europe qu’on a prétendu construire en dehors des nations, voire contre elles. Mal pensée, la monnaie unique, loin d’unir les nations, les divise. Or en Europe la position relative de la France s’est détériorée. Le Président du groupe CDU-CSU a déclaré récemment : « L’Europe s’est mise à parler allemand ». Vue myope des choses ! L’Europe n’est pas une nation. Elle n’est pas même une Fédération. Elle est une Confédération d’Etats-nations dont la solidarité doit s’affirmer toujours plus.       <br />
              <br />
       Un Ministre de la défense, soucieux de l’avenir de son budget, ne peut ignorer ce que préparent, par ailleurs, Mme Merkel et M Sarkozy. Chacun sait que celui-ci est engagé dans une négociation, où l’Allemagne entend imposer aux autres Etats de la zone euro un strict contrôle de leur budget par des institutions européennes qu’elle influence fortement. On entend parler de noyau dur des pays notés triple A qui nous mettrait à la merci d’une monnaie encore plus surévaluée qu’aujourd’hui. Notre compétitivité en serait encore plus écrasée. C’en serait fini de ce qui reste de notre base industrielle. Nos recettes budgétaires seraient réduites à proportion. Déjà M Sarkozy a proposé, suivant l’exemple allemand, d’inscrire dans la Constitution, une « règle d’or », en fait d’airain, pour supprimer les déficits. Des dispositions coercitives seraient mises en œuvre par la Commission européenne : dépôt de garantie préalables, avertissements et amendes pour les Etats s’écartant des normes prescrites.       <br />
              <br />
       Qui ne voit que la garantie des enveloppes fixées par la loi de programmation militaire serait aussitôt fragilisée, voire ruinée par ces évolutions et par les intrusions de la Commission européenne dans la procédure budgétaire ? Le Président de la Commission européenne, M. José Manuel Barroso, a mis sur la table, le 23  novembre 2011, du projet de surveillance budgétaire pour tous les Etats de la zone euro. Il propose que tous les pays de l’Union monétaire soumettent leurs projets annuels de budget à la Commission et à l’Eurogroupe avant le 15 octobre de l’année précédant l’exécution du budget. Si un projet de budget ne respecte pas les exigences du Pacte de stabilité et de croissance, qui interdit les déficits supérieurs à 3 % du PIB, ce qui est aujourd’hui le cas de la France, « la Commission aura le droit de donner son avis et de demander des changements », a expliqué M. Barroso.        <br />
              <br />
       Quant aux Etats déjà soumis à une procédure de déficit excessif, ils feront l’objet d’un contrôle encore accru. Les Etats membres de la zone euro seraient également tenus de mettre en place des conseils budgétaires indépendants et de fonder leurs budgets sur des prévisions indépendantes.        <br />
              <br />
       Le degré maximal de contrôle, proche de la tutelle, est prévu pour les Etats les plus fragiles de la zone euro, ceux placés sous un programme d’assistance financière ou « gravement menacés d’instabilité financière ». C’est le cas aujourd’hui, chacun le sait, de grands pays comme l’Espagne et l’Italie, contraints d’emprunter à des taux supérieurs à 7 %. En cas de défaut, la France serait, à son tour, exposée. Que resterait-il alors des droits du Parlement ?       <br />
              <br />
       C’est le début de ce que Hubert Védrine a appelé « l’Europe postdémocratique ». Le système de la monnaie unique, faute d’être adossé à une Banque Centrale disposant de prérogatives ailleurs considérées comme normales, débouche sur un projet de mise en tutelle des Etats. C’était le piège dressé par Jean Monnet pour placer les peuples devant le « fait accompli » d’un pseudo fédéralisme. Des dirigeants politiques élus sont écartés au profit de véritables gouverneurs, technocrates européens, non élus, mais formatés dans le moule des dogmes maastrichtiens : indépendance absolue de la Banque Centrale, concurrence libre et non faussée, mépris de la démocratie et des Parlements. Après MM. Papademos et Monti, à quand M. Trichet à Matignon ?       <br />
              <br />
       Revenons au budget de la Défense : tout cela est très inquiétant, Monsieur le Ministre, pour l’avenir de la programmation militaire. Comment le budget militaire ne serait-il pas impacté non seulement par la récession qui s’annonce et par les resserrements budgétaires que la pression des marchés financiers ne manquera pas de susciter, mais aussi par la contestation de l’arme nucléaire par l’Allemagne et par plusieurs autres pays européens, ralliés au pacifisme en même temps à l’OTAN et à la garantie ultime des armes nucléaires américaines ?       <br />
              <br />
       L’Allemagne à laquelle les traités refusent l’accès aux armes nucléaires voit dans la dissuasion française au mieux un anachronisme, alors qu’elle est la garantie à la fois de la paix et d’une défense européenne indépendante dans le monde de demain qu’on nous décrit comme « multipolaire » et où les Etats-Unis, s’éloigneront de plus en plus des affaires européennes.       <br />
              <br />
       Les affaires de défense sont des choses trop sérieuses pour être laissées aux institutions européennes dont la logique, malgré les apparences, n’est pas technocratique mais politique : c’est une logique d’Empire et d’un Empire où la France serait réduite à un rôle d’accompagnement. Je vous renvoie à la lecture d’un intéressant article du ministre allemand des Affaires étrangères paru dans <span style="font-style:italic">Le Figaro</span> du 20 novembre 2011 où celui-ci écrit : « C’est la machine à forger des compromis de Bruxelles qui assure à la grande Allemagne, au cœur du continent, la confiance et l’amitié de ses nombreux voisins et de ses partenaires européens ». M. Westervelle écrit : « Que nous le voulions ou non, les Allemands ont une responsabilité particulière héritée du passé ». Et de conclure sur « la nécessité d’une nouvelle Constitution européenne qui créerait les bases institutionnelles d’une intégration plus avancée, y compris en matière de politique économique et financière sous le contrôle du Parlement européen ». Fin de citation.       <br />
              <br />
       Quelles seraient les conséquences de cette évolution pour notre défense ? Celle-ci cesserait vite d’être nationale. Peut-être même cesserait-elle d’être une défense. A moins que le vide ayant été fait, on en construise une autre, mais pour des fins qui ne seraient pas forcément les nôtres.       <br />
              <br />
       Quelle serait dans cette perspective l’avenir de notre dissuasion ? On ne l’imagine que trop bien. Trois milliards et demi d’euros sont consacrés annuellement à la dissuasion, mais les armes nucléaires ont une longévité limitée à une vingtaine d’années. L’effort en matière de simulation ne doit pas être relâché. Une veille constante est nécessaire pour assurer l’invulnérabilité de nos sous-marins et préparer la nouvelle génération du SNLE à l’horizon 2030. Il faudra aussi renouveler les infrastructures, lancer des études pour accroître la précision des missiles à longue portée, préparer une nouvelle génération de missiles ASMP-A capables de déjouer les défenses antiaériennes et anti-missiles de l’adversaire.       <br />
              <br />
       Dans cette perspective, la coopération franco-britannique peut se révéler utile dans des domaines comme la simulation, le groupe aéronaval, le ravitaillement en vol et peut-être la construction des sous-marins nucléaires du futur. Il faudrait une volonté politique forte, plus forte encore que la contrainte financière. Quoi qu’il en soit, la coopération franco-britannique ne dispensera jamais d’un effort propre très conséquent, sanctuarisant les crédits de la dissuasion au sein d’un budget de la Défense, lui-même protégé par une nouvelle loi de programmation. Si l’Europe de la défense devait avoir un sens, il faudrait qu’il soit entendu que les dépenses militaires, et en tout cas celles de la dissuasion, seront soustraites du calcul du déficit selon les règles du pacte de stabilité. De lourdes menaces non seulement économiques mais aussi politiques se dessinent ainsi à l’horizon.       <br />
              <br />
       Je ne voterai pas contre votre budget,  Monsieur le Ministre, mais mon abstention traduira l’inquiétude que j’éprouve pour l’avenir de notre outil militaire dans le contexte des négociations européennes que M. Sarkozy a engagées avec Mme Merkel. Je ne suis pas rassuré !       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Notre-outil-militaire-menace-par-le-futur-Pacte-de-Stabilite_a1289.html</link>
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   <title>Nicolas Sarkozy révélateur de la décomposition intellectuelle du social-libéralisme</title>
   <pubDate>Mon, 09 Jul 2007 17:57:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   On m’interroge souvent, par les temps qui courent, sur la politique « d’ouverture » pratiquée par Nicolas Sarkozy à l’égard de certaines personnalités « de gauche ». Je n’y ai que partiellement répondu.     <div>
      Si je désapprouve les débauchages intervenus avant les élections législatives, qui visaient clairement à affaiblir la gauche, je modulerai mon jugement au cas par cas s’agissant des nominations auxquelles le nouveau Président de la République a procédé  depuis lors et à plus forte raison des missions qu’il a distribuées.       <br />
              <br />
       J’ai déjà dit que le rapport sur la mondialisation confié à Hubert Védrine me paraissait pouvoir éclairer utilement le débat public sur le principal défi auquel la France est confrontée. Pour le reste, le Président de la République est dans son rôle qui est de rassembler, en utilisant de préférence des personnalités compétentes. Les responsables socialistes qui acceptent les charges que Nicolas Sarkozy leur confie révèlent simplement à quel point le social-libéralisme qu’ils professent généralement se distingue peu du libéralisme.       <br />
              <br />
       Nicolas Sarkozy est un révélateur de la décomposition intellectuelle de la superstructure du Parti socialiste. Pour lui résister, il eût fallu que le socialisme restât la critique du capitalisme et que ses chefs y crussent. Dès lors que le capitalisme financier mondialisé est devenu l’horizon intellectuel de beaucoup de responsables socialistes, je ne me sens même pas capable de leur reprocher de tomber du côté où ils penchent.        <br />
              <br />
       Nul ne pourra relever la gauche s’il prétend faire l’économie d’une critique du capitalisme globalisé contemporain, tel qu’il s’est installé depuis que Mme Thatcher et M. Reagan ont pris le pouvoir dans les pays anglo-saxons, au début des années quatre-vingts. Le malheur des temps veut que la gauche française soit elle-même venue « aux affaires » dans ces années-là. Sans une relecture lucide des trois décennies écoulées, et les démissions politiques, intellectuelles et morales qui les ont accompagnées, il n’y aura pas de refondation crédible de la gauche dans notre pays.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Nicolas-Sarkozy-revelateur-de-la-decomposition-intellectuelle-du-social-liberalisme_a391.html</link>
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   <title>Salut l’artiste ?</title>
   <pubDate>Tue, 03 Jul 2007 18:08:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   M. Sarkozy, à Strasbourg, a estimé avoir réussi « l’improbable synthèse du oui et du non ». Certes le traité dit « simplifié » ne se prétend plus une « Constitution ».     <div>
      De ce que la « concurrence libre et non faussée » ne figure plus dans la liste des objectifs de l’Union, M. Sarkozy croit également pouvoir déduire que « l’Europe va désormais pouvoir agir contre les dumpings, instaurer une préférence communautaire, mettre en œuvre des politiques industrielles ».       <br />
              <br />
       Faut-il dire « salut l’artiste » ?       <br />
       *   *   *       <br />
              <br />
       Ou bien M. Sarkozy n’entend rien au fonctionnement réel de la machine communautaire, ou bien il se réfugie dans une pure stratégie de communication.       <br />
              <br />
       Car la Commission reste la gardienne vigilante de la concurrence et n’entend pas modifier sa jurisprudence. La Banque Centrale n’a fait aucune concession sur ses objectifs : la timide proposition française d’une « croissance non inflationniste » a été rejetée. Il n’y a pas l’ombre d’une politique industrielle européenne à l’horizon.       <br />
              <br />
       M. Sarkozy attend qu’on salue l’artiste : la meilleure manière de le faire serait de soumettre le traité dit « simplifié » à référendum populaire. Il y aurait une bonne manière d’y parvenir : ce serait, pour le Parti socialiste, de refuser de ratifier la réforme constitutionnelle rendue nécessaire par l’abandon du projet de Constitution européenne au profit du traité « simplifié ». L’argument est imparable : le parallélisme des formes veut qu’on ne puisse faire rentrer par la lucarne parlementaire ce qui a été sorti par la grande porte du suffrage universel. Trop simple peut-être ?        <br />
       *   *   *       <br />
              <br />
       Nicolas Sarkozy vient de confier à Hubert Védrine une mission d’étude et de prospective sur la mondialisation. Enfin, le vrai défi, celui de la mondialisation, est nommé. Hubert Védrine est assurément le mieux placé pour répondre à cette difficile question. C’est pourquoi je ne le désapprouve pas d’avoir accepté. Il y a une différence entre une responsabilité ministérielle – qu’en l’occurrence il a refusée à la veille des législatives – et une mission d’études pour laquelle il est certainement l’une des personnalités les mieux qualifiées. Nous ne sommes pas en guerre civile et c’est de saine pratique d’organiser sur un sujet fondamental un débat qui transcende les frontières d’une majorité et d’une opposition enlisées depuis trop longtemps dans une stérile guerre de tranchées. Cela ne veut pas dire évidemment qu’il n’y ait plus matière à s’opposer. Les vrais débats valent mieux que les oppositions de carton pâte.       <br />
       *   *   *       <br />
              <br />
       Pour ce qui me concerne j’ai procédé hier à la relance de la <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org">Fondation Res Publica</a>*. Cinq colloques sont <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Agenda-des-prochains-colloques_a229.html">prévus</a>, de septembre à décembre 2007 :       <br />
              <br />
       1.	La démocratie peut-elle survivre au système politico-médiatico-sondagier ?       <br />
       2.	Le capitalisme financier et son évolution : peut-on réduire le rôle des fonds spéculatifs ?       <br />
       3.	L’avenir des institutions politiques : vers un véritable système présidentiel à la française ?       <br />
       4.	L’Asie du Sud-Est entre ses géants (Chine-Japon-Inde).       <br />
       5.	L’avenir de l’Allemagne comme principale nation exportatrice mondiale.       <br />
              <br />
       Je ne doute pas que de la forge des idées ne finisse par sortir une démocratie rénovée.       <br />
              <br />
       -------------       <br />
       (*)Je vous invite <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/index.php?action=newsletter">à vous inscrire à la lettre d'informations</a> de la Fondation Res Publica afin de recevoir les invitations pour ses colloques et ses publications.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Salut-l-artiste_a389.html</link>
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