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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-05-20T14:37:37+02:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>La dissuasion, gage de l’indépendance française et de l’autonomie stratégique européenne</title>
   <pubDate>Sat, 14 Oct 2017 08:21:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre au Colloque de la Fondation pour la Recherche Stratégique, « Résistance et Dissuasion », tenu le 5 octobre 2017 à la Bibliothèque Nationale de France.     <div>
      Pour les peuples, la guerre est toujours le moment de la Vérité. C’est-dire qu’elles se gagnent ou se perdent longtemps à l’avance, en fonction des doctrines stratégiques, de l’effort consenti pour faire face aux menaces, de la qualité des hommes, de l’adéquation des systèmes d’armes et, plus que tout, d’un « vouloir vivre national ».        <br />
              <br />
       <b>I. Si j’insiste sur ce dernier point, c’est qu’il ne peut pas y avoir de bonne défense pour un peuple qui se défait.</b> Le patriotisme n’est pas seulement le ressort de l’esprit de sacrifice qu’on attend des soldats. Il est l’ultime garantie que la France saura surmonter demain les épreuves qui sont sur sa route, comme il permit hier à une petite élite exemplaire d’incarner la France Libre et de maintenir la République française au rang des vainqueurs de la Seconde guerre mondiale.       <br />
              <br />
       A. La dissuasion a ainsi été forgée par l’effort de tous ceux qui avaient ressenti la brûlure de 1940. C’est dans le souvenir du grand effondrement de notre pays que celui-ci a puisé la volonté de se doter d’un outil militaire qui lui permettrait de ne jamais plus connaître la honte de la capitulation ourdie par ceux que Marc Bloch appelait <span style="font-style:italic">« les nouveaux Bazaine »</span>.       <br />
              <br />
       « Jamais plus 1940 ! » voilà le cri silencieux des patriotes dans les générations qui ont suivi la Seconde guerre mondiale. Mais avec le temps qui passe, les souvenirs s’effacent.        <br />
              <br />
       De là à voir dans la dissuasion, comme l’écrit le philosophe allemand Sloterdijk, un simple <span style="font-style:italic">« symptôme contraphobique »</span>, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas, car la dissuasion est d’abord à mes yeux un outil politique, moyen pour la France de ne pas être entraînée dans « une guerre qui ne serait pas la sienne ».
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      B. Avec la fin de la guerre froide, l’implosion de l’URSS et les tentatives de désarmement qui se sont fait jour dans les années 1990, la dissuasion a subi sa première grande épreuve.       <br />
              <br />
       C’était aussi par patriotisme qu’une élite scientifique appuyée sur la volonté du Général de Gaulle et de ses successeurs a su tirer de l’effondrement sans précédent de 1940, l’ambition et la capacité de doter la France de l’arme nucléaire, ultime garantie de sa souveraineté, sans cesser jamais de l’adapter au contexte stratégique.       <br />
              <br />
       Ce fut aussi par patriotisme que cette élite, bien sûr renouvelée, sut avec Georges Baleras à la DAM, puis Jacques Bouchard, Alain Delpuech, Daniel Verwaerde et François Geleznikoff doter la France d’une capacité de simulation propre à la doter d’armes nucléaires robustes sans passer par le stade des essais nucléaires.       <br />
              <br />
       Rien ne garantissait après le moratoire de 1992 et la fin des essais nucléaires proclamée en 1996, le succès du programme « Simulation » et pourtant, celui-ci a été mené à bien : la France est aujourd’hui capable de fabriquer ses propres têtes nucléaires robustes, TNA et TNO, sans avoir à recourir aux essais nucléaires. Cet exploit scientifique n’aurait pu être réalisé sans le patriotisme des équipes du CEA et de sa direction des applications militaires.        <br />
              <br />
       C. C’est aussi sur le patriotisme des équipages des SNLE et des « Mirage » et sur celui des ingénieurs et cadres de la DGA, soucieux de maintenir une base industrielle et technologique capable de forger les têtes nucléaires et les vecteurs nécessaires - sous-marins, avions et missiles - qu’a reposé cette grande réussite matinale.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II. Dans cet exposé, je voudrais essentiellement montrer comment s’est forgé le consensus national sur la dissuasion dans les années qui ont précédé et suivi l’accession de la gauche au pouvoir en 1981.</b>       <br />
              <br />
       A. On se souvient qu’au départ de l’effort industriel qui a permis de créer la dissuasion, furent votées contre ceux qui parlaient alors de <span style="font-style:italic">« bombette »</span> ou de <span style="font-style:italic">« bombinette »</span>, deux lois de programmation militaire dont l’adoption nécessita l’utilisation du 49.3.       <br />
              <br />
       On aurait tort, cependant, d’oublier l’effort qu’avaient fait les grands acteurs de la IVème République pour permettre, en 1960, la première expérimentation d’une arme nucléaire française et la campagne « Gerboise » qui a suivi. Trois autres expérimentations eurent lieu en 1960 et 1961.       <br />
              <br />
       Il revient à Pierre Mendès-France et à Guy Mollet d’avoir adopté les décisions de principe, pour le premier en 1954 et d’avoir pourvu aux crédits nécessaires, pour le second en 1956. Je ne dis pas cela pour minimiser l’effort des Guillaumat et Goldschmidt qui œuvraient au CEA mais par simple souci de servir la vérité.        <br />
              <br />
       Il faut rappeler aussi la contribution de Frédéric Joliot dans les cinq années qui ont suivi la Seconde guerre mondiale avant sa révocation parce qu’il était communiste et que la guerre froide commençait. Ce fut une grande perte au plan scientifique.       <br />
              <br />
       B. Je vais maintenant évoquer un épisode moins connu qui est celui du ralliement de la gauche à la dissuasion nucléaire dans la décennie de 1971 à 1981.       <br />
              <br />
       1. Le Congrès d’Epinay a adapté le PS aux institutions de la Vème République. François Mitterrand avait déjà été le candidat unique de la gauche en 1965 grâce à Waldeck Rochet, alors Secrétaire général du PCF qui avait connu Mitterrand à Londres.       <br />
              <br />
       François Mitterrand devient le Premier Secrétaire du PS d’Epinay et donc le candidat désigné de la gauche à l’élection présidentielle par la conjonction de trois forces : la sienne, la CIR (Convention des Institutions Républicaines) et celle de la droite de la SFIO (Mauroy, Defferre) mais aussi celle de la gauche du CERES.       <br />
              <br />
       Le CERES, Centre d’études, d’éducation et de recherches socialistes, était un petit groupe d’anciens élèves de l’ENA et de Polytechnique qui tirait une bonne part de sa force du soutien de l’association des postiers socialistes de Georges Sarre, 8.5 % de mandats qui firent pencher la balance sur une ligne : l’union de la gauche scellée par un programme commun avec le PCF, lui-même élaboré sur la base d’un programme socialiste intitulé « Changer la vie » et dont j’avais reçu la charge. Celui-ci fut adopté en avril 1972.       <br />
              <br />
       Le programme commun le fut, le 30 juin de la même année.       <br />
              <br />
       2. Le CERES en matière d’institutions, de politique étrangère et de défense avait, pour aller vite, les idées du Général de Gaulle.       <br />
              <br />
       Dans un séminaire de 1966, Robert Verdier et Jules Moch dirent à l’un d’entre nous Loïk Hennekinne, qui avait été premier secrétaire à notre ambassade à Saïgon : <span style="font-style:italic">« Comment pouvez-vous faire carrière avec des idées pareilles ? »</span>.       <br />
              <br />
       Un autre Jacques Darmon fut appelé, avec mon accord, au cabinet de Michel Debré alors ministre de la Défense, c’était en 1970.       <br />
              <br />
       Le CERES était un think tank en même temps qu’un mouvement politique immergé au sein du PS.       <br />
              <br />
       A l’époque, revenu d’Algérie, j’avais embrassé avec mes amis, Gomez, Motchane, Hennekinne et quelques autres, la doctrine du Général de Gaulle sur la dissuasion.       <br />
              <br />
       Mais comment convaincre le PS ?       <br />
              <br />
       Je faisais confiance globalement à la logique des institutions.       <br />
       François Mitterrand devait faire son « aggiornamento » mais il fallait l’y amener.       <br />
              <br />
       Juin 1971, je suis alors Secrétaire national du PS, chargé du programme. Il me faut d’abord convaincre Georges Sarre d’introduire trois options dans l’avant-projet de programme soumis au Comité Directeur à l’automne 1971. Ce fut le plus difficile, car Georges Sarre avait sur la question les idées des socialistes de l’époque. Mais il me fit confiance parce qu’il était mon ami. Et son soutien était déterminant pour rallier le CERES à la dissuasion.       <br />
              <br />
       Dans l’avant-projet du programme soumis au Comité Directeur du PS à l’automne 1971, j’introduisis trois options :       <br />
       -	Développement de la dissuasion,       <br />
       -	Maintien en état,       <br />
       -	Suppression.       <br />
              <br />
       Après débat au sein du Comité Directeur, il n’en resta que deux :        <br />
       -	Maintien en état,       <br />
       -	Suppression.       <br />
              <br />
       C’est sur cette formulation qu’eut lieu le débat au sein du parti. La première option sortit minoritaire mais avec un assez bon score. Le CERES était le poisson pilote de cette opération qui fut défendue à la tribune de la Convention par Charles Hernu. Celui-ci était l’agent que François Mitterrand avait désigné pour suivre les questions militaires.       <br />
              <br />
       Au lendemain d’Epinay fut constituée une Commission de la Défense du PS qui dépendait du Secrétaire national au programme que j’étais.       <br />
              <br />
       Charles Hernu, Jacques Huntzinger, Pierre Bercis et moi-même étions chargés de l’animer. Nous créâmes une association dite Convention des officiers de réserve pour l’ « Armée Nouvelle », titre d’un ouvrage de Jaurès sur la mobilisation de la nation en armes. Cette association portait donc le nom de « CORAN ». Il fallait le faire !       <br />
              <br />
       Pendant ce temps, le CERES se développait, faisant plus de 25 % des mandats au Congrès de Pau en 1975, les relations avec le PCF firent voir à celui-ci, ou du moins à Jean Kanapa, chargé de la politique étrangère au bureau politique du PCF, que la dissuasion avait quelque chose à voir avec l’indépendance nationale.       <br />
              <br />
       A tel point qu’au moment de la rupture du programme commun de gouvernement, en 1977, le prétexte allégué par Georges Marchais, en Corse où il passait ses vacances, fut : « François Mitterrand veut renoncer à la dissuasion et donc à l’indépendance nationale… Liliane, fais les valises, etc… ».       <br />
       Ce qui veut dire que la direction du PCF avait fait, depuis 1972, un chemin intellectuel considérable.       <br />
       Au lendemain d’une courte défaite aux législatives de 1978, François Mitterrand jugea l’heure venue de l’« aggiornamento ».       <br />
              <br />
       Une convention nationale sur la défense fut convoquée.       <br />
              <br />
       François Mitterrand sentait bien qu’il ne pouvait pas être candidat à la Présidence de la République en renonçant à la dissuasion.       <br />
       Le débat fut animé. Jean-Pierre Cot défendait la position traditionnelle des socialistes mais se heurta à la conjonction du CERES et de Charles Hernu.       <br />
              <br />
       Les amis de François Mitterrand et tous les leaders des fédérations qui étaient « au parfum », essentiellement le Nord et les Bouches-du-Rhône, se rallièrent à la formulation qu’Hernu et moi leur proposions (« maintien en état » de la dissuasion). La suite est connue, François Mitterrand fut élu, en 1981, et le cap de la dissuasion nucléaire fut maintenu :       <br />
       -	Charles Hernu fut le premier ministre de la Défense (1981-1985),       <br />
       -	Paul Quilès après la démission de Charles Hernu occupa le poste et lancera la plupart des programme (PAN – Leclerc, etc…),       <br />
       -	André Giraud lui succéda et fit voter la loi de programmation militaire 1987-1989 à laquelle succéda la loi de programmation militaire 1990-1993 portée par mes soins (Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense 1988-1991).       <br />
              <br />
       Ce fut la période de montée en puissance régulière de la FNS mais aussi des armes dites « préstratégiques ».       <br />
              <br />
       En 1985, est intervenu le lancement de la TN75.       <br />
       Le Hadès est produit pour remplacer le Pluton. 400 kilomètres de portée au lieu de 80. Engin sur roues qui pouvait être déplacé rapidement et non plus engin chenillé comme le Pluton.       <br />
              <br />
       Le seul incident lié à la cohabitation de 1986-1988 fut l’affaire du S4 dit « missile à roulettes » (missiles embarqués sur des camions banalisés).       <br />
       Pour des raisons liées au consensus, François Mitterrand était contre leur déploiement.       <br />
              <br />
       De cette période où je n’étais pas encore ministre de la Défense, je garde quelques souvenirs :       <br />
       François Mitterrand déclara un jour : <span style="font-style:italic">« la dissuasion c’est moi »</span>. Vue profonde car le Président de la République est en effet l’unique décideur. Il était bien loin le temps où il moquait « la bombinette ». François Mitterrand déclara un jour de façon un peu énigmatique : <span style="font-style:italic">« le plateau d’Albion est la pointe de diamant de notre dissuasion »</span>. Et comme je lui demandais <span style="font-style:italic">« pourquoi ? »</span> : <span style="font-style:italic">« Parce que,</span> me dit-il, <span style="font-style:italic">une attaque contre le plateau d’Albion signerait l’auteur de l’agression et le désignerait aussitôt à notre riposte »</span>. Je me contentai de cette explication, bien qu’à mon sens il faille interpréter plus largement la notion d’intérêt vital.       <br />
              <br />
       Un autre débat avait lieu entre François Mitterrand et moi qui reflétait en fait celui qu’il avait avec Helmut Köhl sur le devenir de nos armes « préstratégiques ».       <br />
              <br />
       Je pensais l’avoir convaincu de leur intérêt pour dissuader tout déploiement de chars et par conséquent toute offensive blindée.       <br />
              <br />
       Je me souviens de la tête d’Helmut Köhl au défilé du 14 juillet 1989 à l’apparition des Plutons sur les Champs-Elysées.       <br />
              <br />
       Dans mon esprit, le Hadès avec sa portée bien supérieure et sa mobilité aurait permis de tempérer les craintes du Chancelier que je pouvais comprendre.       <br />
              <br />
       Mais le Hadès fut progressivement retiré à partir de 1991, c’est-à-dire après mon départ de l’Hôtel de Brienne.       <br />
              <br />
       A ce moment-là, en 1991, notre arsenal comptait près de 600 têtes nucléaires, contre moins de 300 aujourd’hui.       <br />
              <br />
       C. Après 1991 commença, en effet, l’ère du désarmement.       <br />
              <br />
       L’annonce d’un moratoire sur les essais nucléaires, en 1992, par le nouveau Premier Ministre, Pierre Bérégovoy, devant l’Assemblée Nationale, où j’avais retrouvé mon siège, me stupéfia.       <br />
              <br />
       C’était une concession faite aux écologistes à la veille des élections de 1993. J’en étais scandalisé. Car le moratoire annonçait la fin des essais et rien ne garantissait que nous pourrions mettre au point un programme de simulation propre à garantir la pérennité de notre dissuasion stratégique.       <br />
              <br />
       C’était une raison de plus que j’avais de m’éloigner du Parti Socialiste. Ce n’était pas la seule.       <br />
              <br />
       <b>III. L’avenir du consensus sur la dissuasion</b>       <br />
              <br />
       Celle-ci est plus nécessaire que jamais dans un monde multipolaire où les arsenaux nucléaires se développent en Asie de l’Est et du Sud et où l’équilibre est précaire (ainsi au Moyen-Orient).       <br />
              <br />
       Au fond de moi-même, je reste inquiet, malgré les sondages flatteurs.       <br />
              <br />
       1. Il y a d’abord la tentation permanente du désarmement. Le discours d’Obama à Prague, en 2009, a entretenu le mirage d’« un monde sans armes nucléaires ».       <br />
              <br />
       La pression des pays non dotés s’est accrue à l’ONU avec le projet de traité d’interdiction signé mais non ratifié par 122 pays.       <br />
              <br />
       Ce mouvement trouve un écho, y compris dans les plus hautes sphères. Chacun se souvient d’une tribune libre dans <span style="font-style:italic">Le Monde</span>, co-signée par deux anciens Premiers ministres, par un ancien ministre de la Défense et par un ancien Chef d’Etat-Major de l’Armée de l’Air (1).       <br />
              <br />
       La crainte d’un effet d’éviction sur les forces conventionnelles existe chez nos militaires.        <br />
              <br />
       2. Ma crainte est aussi budgétaire du fait de la « bosse » qu’il va falloir absorber pour lancer le SNLE 3ème génération à compter de 2020, par le missile M51-4 à partir de 2022 et enfin par les choix structurants qu’implique le renouvellement de la composante aéroportée. Il s’agit du concept de missile hypervéloce et des conséquences pour l’aéronef porteur.       <br />
              <br />
       3. Troisième source d’inquiétude : aux yeux de l’opinion publique, le terrorisme paraît contourner la dissuasion.       <br />
              <br />
       Avisons-nous, cependant, qu’il peut y avoir demain un terrorisme d’Etat.       <br />
              <br />
       Plusieurs puissances dans le monde peuvent glisser dans une forme d’extrémisme radical et approchent déjà le seuil nucléaire.       <br />
              <br />
       La Corée du Nord et le Pakistan ont déjà les armes nucléaires (comme Israël et l’Inde). L’Iran est sur le seuil. L’accord du 14 juillet 2015 fige heureusement la situation. La Turquie, l’Arabie Saoudite et l’Egypte peuvent être tentées de se rapprocher du seuil.       <br />
       D’où l’intérêt de maintenir le TNP. C’est une digue fragile mais qui a le mérite d’exister.       <br />
              <br />
       4. Le contexte européen, enfin, constitue à mes yeux une quatrième source d’incertitudes.       <br />
       a – L’Europe n’est plus à l’abri de missiles à longue portée venus de l’Asie. Ainsi la Corée du Nord qui a bénéficié de transferts de technologies en matière balistique, opérés à partir de l’Ukraine, semble-t-il, à un échelon non gouvernemental.       <br />
       b – La France est la seule puissance nucléaire sur le continent.       <br />
       c – La dissuasion doit rester nationale.       <br />
       d – Le concept de « dissuasion élargie » se constate le moment venu. Il ne peut donner lieu à des engagements publics préalables, à plus forte raison à des traités. La dissuasion française contribue à la défense européenne mais elle doit rester nationale. Il ne doit y avoir qu’un seul décideur : le Président de la République, qui apprécie les intérêts vitaux de la France.       <br />
       e – Il faut préserver le consensus qui s’est formé autour de la dissuasion. La dissuasion contribue à l’équilibre et à la sécurité de l’Europe. La Russie reste une puissance nucléaire majeure. L’armée russe n’est plus et ne redeviendra plus l’armée soviétique. Nous n’avons pas intérêt à une nouvelle guerre froide sur notre continent. Mais la sécurité européenne implique un équilibre des forces, à négocier, au plus bas niveau possible. La dissuasion nucléaire française ne relève pas et ne doit pas relever du Comité des plans nucléaires de l’OTAN.       <br />
              <br />
       C’est le gage de l’indépendance française et celui de l’autonomie stratégique européenne.       <br />
              <br />
       L’avenir de notre dissuasion dépend de la persistance du consensus national et, en dernier ressort, du patriotisme français lui-même.       <br />
              <br />
       La dissuasion a été, est et sera la fille de l’esprit de résistance du peuple français !       <br />
              <br />
       ------       <br />
       (1) Voir la tribune <a class="link" href="http://www.lemonde.fr/idees/article/2009/10/14/pour-un-desarmement-nucleaire-mondial-seule-reponse-a-la-proliferation-anarchique_1253834_3232.html">« Pour un désarmement nucléaire mondial, seule réponse à la prolifération anarchique »</a> de Messieurs Juppé, Norlain, Richard et Rocard, Le Monde, 14 octobre 2009
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/La-dissuasion-gage-de-l-independance-francaise-et-de-l-autonomie-strategique-europeenne_a1950.html</link>
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   <title>L'avenir de la dissuasion au XXIe siècle</title>
   <pubDate>Thu, 05 Jun 2014 16:04:00 +0200</pubDate>
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   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement devant la Direction des Applications militaires (CEA) à Bruyères-le-Châtel, mercredi 4 juin 2014.     <div>
      Vous m’avez demandé de m’exprimer sur l’avenir de notre dissuasion nucléaire au XXIe siècle. A Bruyères-le-Châtel, je parle devant des experts. C’est donc que vous attendez de moi que je m’exprime en politique.        <br />
              <br />
       J’avais vingt ans quand le général de Gaulle a prononcé à l’Ecole militaire son célèbre discours sur la dissuasion tous azimuts. J’ai tout de suite compris ce que cela voulait dire : quelle que soit la configuration géopolitique, la France devait être capable d’assurer par elle-même sa défense. Ce qui était vrai au XXe siècle le demeure au XXIe. Le général de Gaulle exprimait une vue d’homme d’Etat. Bien sûr, il y avait la guerre froide et la France, sans renier ses alliances, et d’abord celle qui la liait depuis si longtemps aux Etats-Unis devait quand même éviter que son territoire ne soit à nouveau ravagé. De là découlait le refus de la « doctrine MacNamara », dite de « riposte graduée, » qui était, certes, rationnelle du point de vue des Etats-Unis, mais pas du point de vue de la France. Notre dissuasion serait donc stratégique, seul un intérêt vital pouvant entraîner non son exercice, mais le déclenchement du feu nucléaire.       <br />
              <br />
       Celui-ci n’a été employé qu’une seule fois, il y a près de soixante-dix ans, à Hiroshima et à Nagasaki. Depuis lors, l’arme nucléaire a gelé les conflits, ou les a contenus en-dessous d’un certain seuil (guerres de Corée et d’Indochine notamment).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Dans les conflits les opposant, les dirigeants politiques des grandes puissances nucléarisées ne peuvent plus commettre une erreur d’appréciation aussi colossale que celle qui fut faite en 1914 par les dirigeants de l’Allemagne impériale quand ils décidèrent une guerre préventive dont ils pensaient qu’elle serait courte, grâce à l’application du plan Schlieffen et à la mise hors de combat de la France en six semaines. Les responsables du Second Reich mesuraient sans doute les ravages potentiels de l’artillerie mais ils n’ont pas du tout envisagé l’hypothèse d’un conflit qui durerait plus de quatre ans.        <br />
              <br />
       Aujourd'hui la puissance destructrice de l’arme nucléaire interdit le renouvellement d’une telle erreur d’appréciation. L’arme nucléaire est donc le moyen pour la France de se tenir à l’écart d’un conflit entre grandes puissances où ses intérêts fondamentaux ne seraient pas engagés. Dans le monde du XXIe siècle, dont le centre de gravité a basculé vers le Pacifique, il n’y a donc aucune automaticité à ce que la France soit entraînée dans un conflit dont les origines, les tenants et aboutissants et les circonstances par définition évolutives nous échapperaient largement.  Cela ne signifie nullement que nous nous désintéressions des enjeux propres à cette région. Simplement, la disposition d’une défense indépendante doit nous permettre d’échapper à l’engrenage des alliances et de ne pas nous laisser entraîner dans des actions que nous n’aurions pas décidées.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – Combattre la tentation du renoncement</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A) L’esprit de facilité</span>       <br />
              <br />
       La remise en cause de la dissuasion dans l’opinion, après la fin de la guerre froide, peut être favorisée par les déclarations de deux anciens Premier ministres, l’un de gauche, l’autre de droite, selon la terminologie consacrée qui occulte le fait qu’en maints domaines, les uns et les autres en sont venus à penser à peu près la même chose, pour le meilleur pourrait-on croire, mais souvent aussi pour le pire, l’esprit de facilité par exemple. Ajoutons-y un ancien ministre de la Défense qui vient d’y consacrer un livre, des officiers généraux ou supérieurs, et même un expert nucléaire de renom.        <br />
              <br />
       Tout cela s’appuie sur une opinion publique où l’idée nationale n’est plus comprise et que tente le pacifisme. Je dis « n’est plus comprise » parce que le Front National lui-même est plus un symptôme de la crise de l’idée républicaine de la nation – communauté de citoyens – qu’un remède à cette crise. C’est d’en haut, avec une solide armature de principes, que tout cela, un jour, devra être repris.       <br />
              <br />
       Certes les institutions de la Vème République contrarient ce mouvement et permettent de « tenir », tant que subsiste dans l’esprit public et chez un noyau de responsables politiques un esprit de veille qui mérite d’être entretenu. Constatons cependant que le gaullisme s’efface avec le temps et qu’à gauche l’esprit républicain qui, au tournant des années 1980, avait contenu la dérive libertaire et pacifiste pour réaffirmer la pertinence de la doctrine de la dissuasion, peut être battu en brèche par des initiatives saugrenues. Pour les uns, la France devrait, dans une démarche véritablement sacrificielle, encore une fois donner l’exemple du désarmement nucléaire, alors que nous avons réduit le nombre de nos têtes de plus de moitié depuis 1991 (de plus de 600 à moins de 300), renoncé à la composante terrestre de la dissuasion et que nous sommes la seule puissance nucléaire à avoir fermé ses sites d’essais et ses usines de production de matières fissiles à usage militaire. Pour d’autres, il faudrait « européaniser » la force de dissuasion, alors qu’aucun pays européen ne le réclame et que les invocations à la Défense européenne restent généralement lettre morte. Seule la décision de la France d’étendre la protection de sa dissuasion à tel ou tel de ses voisins, dans des circonstances données, peut avoir un sens. Cette dérive de l’esprit public peut être combattue. Je m’y emploie pour ce qui me concerne, y compris en reprenant certaines des propositions de la Commission Evans et en m’appuyant sur le concept de « stricte suffisance » afin de montrer, comme je l’ai fait dans un <a class="link" href="http://www.senat.fr/rap/r09-332/r09-332.html">rapport sénatorial</a> d’avril 2010 « <span style="font-style:italic">Désarmement, non prolifération nucléaire et sécurité de la France</span> », à la veille de la dernière conférence d’examen du TNP, que pour la France, le  moment n’est pas venu de baisser la garde.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B) le prétexte des « économies »</span>       <br />
              <br />
       Il est difficile de ne pas voir le risque, pour la pérennité de notre dissuasion, de la lente désindustrialisation de la France avec ses effets sur nos finances publiques et par conséquent sur le budget de la Défense. Cette désindustrialisation de la France, continue depuis près de quatre décennies, a des causes anciennes et profondes qu’on résume un peu vite par le mot « mondialisation ». Celle-ci, selon moi, n’impliquait nullement que la France se défît de ses capacités d’Etat-stratège. Or, c’est ce qui s’est passé au prétexte illusoire de retrouver cette capacité au niveau européen. Il n’en a rien été, car il n’y a ni politique commerciale, ni politique industrielle, ni politique d’armement ni politique extérieure ou de défense au niveau européen. L’euro est une monnaie surévaluée pour la France, même s’il ne l’est pas pour l’Allemagne, étant donné la position respective des deux pays dans la division internationale du travail. L’Allemagne depuis des décennies, sinon davantage – le premier décrochage industriel français remonte à la fin du XIXe siècle - , maîtrise les segments « haut de gamme » de l’industrie alors que nos entreprises se sont trop souvent cantonnées – à l’exception de l’aéronautique – dans le « moyen de gamme ». Et l’érosion de leurs marges financières ne leur permet guère de remonter le courant. L’inconscience ou le laisser-aller ne font pas une politique car ils conduisent inexorablement au déclassement militaire et politique. Sans préjudice de réformes intérieures et d’un effort collectif indispensables, la révision de notre politique européenne s’impose comme une nécessité nationale.       <br />
              <br />
       Le vrai dilemme pour la France est de choisir entre une redéfinition du projet européen s’appuyant sur les nations qui veulent exister ensemble au XXIe siècle et la poursuite de la construction européenne sur les bases actuelles, qui la vouent, à terme, à la dilution dans une Europe otanisée et mondialisée. La vogue, momentanée sans doute, de l’idéologie occidentaliste ne correspond selon moi ni à l’intérêt de la France ni à celui d’une Europe qui existerait par elle-même, ce qu’avait bien vu, en son temps, le général de  Gaulle, et qui est beaucoup plus vrai encore aujourd’hui, maintenant que l’URSS a disparu.       <br />
              <br />
       En tout état de cause, la France doit pouvoir consacrer 0,2 % de son PNB à la dissuasion. Ainsi, la France se doit-elle de veiller à la préservation à très long terme de son outil nucléaire et en particulier le lancement de la troisième génération de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.       <br />
              <br />
        Ainsi, le discours du Président Obama, à Prague, en 2009, apparaît-il aujourd’hui comme daté. Les orientations prises à la Conférence d’examen du TNP n’ont guère été suivies d’effets. Le Pakistan a rejeté l’idée d’un traité d’interdiction de la fabrication de matières fissiles à usage militaire et les pays d’Asie du Sud et de l’Est n’ont pas manifesté d’enthousiasme pour un moratoire de production. Les Etats-Unis n’ont pas ratifié le TICE. Le traité New Start a été conclu mais n’a pas eu à ce jour de successeur. Environ 1 500 têtes nucléaires stratégiques russes et américaines restent déployées. Des milliers d’engins dits « tactiques » restent disponibles en Russie et aux Etats-Unis. La crise ukrainienne a mis en valeur les risques inhérents à la fragilité de l’espace post-soviétique. Aucune zone dénucléarisée n’a vu le jour au Moyen-Orient. La Corée du Nord reste une menace pour la stabilité en Asie de l’Est et partout dans le monde, par les trafics nucléaires qu’elle alimente. Ainsi la perspective d’un « monde sans armes nucléaires », évoqué par le Président Obama en 2009, est renvoyée à un horizon lointain.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Le développement actuel des arsenaux nucléaires</b>       <br />
              <br />
       La prochaine conférence d’examen du TNP, prévue en 2015, risque d’être difficile. Quel est en effet le tableau des arsenaux nucléaires des puissances « dotées » ?       <br />
              <br />
       Les Etats-Unis disposent de 14 SNLE. Les Russes ont programmé 8 SNLE de la classe Boréi et 12 SNLA de la classe Yasen, mis en œuvre à partir de la base de Ribachy, au Sud-Est du Kamchatka.  La Chine, dans une doctrine proche de la notion de « suffisance », s’équipe de cinq sous-marins lanceurs d’engins de type Jin qui commenceront bientôt leurs premières patrouilles, et de SNA de type Shang, acoustiquement discrets. La Chine dispose de missiles intercontinentaux en silos. Elle s’attache à développer des versions mobiles et surtout navales, le JL2 qui équipera les Jin. Ceux-ci opèreront à partir d’une base sous-marine enterrée au Sud de l’île de Hainan.       <br />
              <br />
       L’Inde qui n’a pas signé le TNP, construit un premier sous-marin de type Arihant. Elle développe également des missiles stratégiques sous-marins. Dans trois décennies, elle sera à son tour une puissance nucléaire majeure.  N’oublions pas enfin le Pakistan et Israël qui n’ont pas signé le TNP et quelques pays candidats non avoués à la prolifération. Il va de soi que, quelques soient les justifications avancées, l’annexion par la Russie de la Crimée, historiquement russe, mais juridiquement ukrainienne au regard du droit international depuis 1991, a mis en valeur la portée limitée de garanties de sécurité apportées par les grandes puissances nucléaires aux pays non nucléaires comme l’Ukraine.       <br />
              <br />
       Dans ce contexte, le maintien par la France d’une dissuasion nucléaire composée de quatre SNLE (comme la Grande-Bretagne) assurant ainsi la permanence à la mer,  apparaît comme une nécessité.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Tableau des « menaces »</b>       <br />
              <br />
       Le pivotement des Etats-Unis vers l’Asie et leur retrait des pays musulmans où ils s’étaient aventurés au lendemain du 11 septembre 2001, n’indiquent pas seulement où sont leurs priorités stratégiques. Ils situent clairement l’Asie comme potentielle « zone des tempêtes » à venir. En fait, nous assistons à une profonde révision de la doctrine d’intervention américaine dont témoigne le discours du Président Obama à West-Point.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A)</span> L’Europe et la France se trouvent confrontées à des défis de sécurité accrus en provenance du Proche et Moyen-Orient et de l’Afrique dont la population en 2050 avoisinera les 2 milliards d’hommes. Le défi de l’islamisme radical peut prendre des formes nouvelles, par exemple la prise du pouvoir dans un grand Etat, sur le modèle de l’Iran. L’accès d’un tel pays à des armes de destruction massive rend nécessaire le maintien d’une dissuasion adaptée à la destruction de certains objectifs politiques ou militaires.       <br />
              <br />
       Quelles qu’en soient les formes (et celles-ci peuvent être diverses), les menaces, y compris de moindre intensité (terrorisme – piraterie), en provenance de cette vaste zone d’instabilité sont certainement les plus préoccupantes non seulement pour notre sécurité et celle de l’Europe mais aussi pour celle des pays en cause, inséparable de leur développement. Notre présence en Afrique est au service des Africains. Toute intervention nécessite l’aval de l’ONU et de l’Union africaine. Ces menaces n’excluent pas que surviennent, par ailleurs, des « surprises stratégiques », comme cela semble avoir été le cas pour certains, avec les révolutions arabes ou la crise ukrainienne.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B)</span> La question de la Russie ne peut être éludée ni par les Européens ni par la France. La crise ukrainienne aurait pu être évitée si un consensus s’était établi depuis la fin de l’URSS sur l’idée que l’Ukraine devait être conçue comme un pont entre l’Europe et la Russie. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. L’implosion de l’URSS a été suivie d’une phase de transition chaotique vers l’économie de marché. La privatisation des moyens de production, antérieurement collectivisés, a fait surgir une nouvelle classe d’oligarques. La régression économique (le PNB russe a chuté de 60 % dans les années 1990) qui s’en est suivie, a entraîné une paupérisation de la population qui n’a été enrayée qu’à partir des années 2000, en Russie d’ailleurs plus qu’en Ukraine, la Russie disposant de ressources énergétiques considérables et ayant retrouvé une certaine forme de stabilité, contrairement à l’Ukraine, enjeu d’affrontements géopolitiques et de luttes internes.        <br />
              <br />
       L’Ukraine a toujours été un champ de bataille entre Russes, Mongols, Turcs, Polonais, Lituaniens, Hongrois, Autrichiens, Allemands, etc. Elle constitue aujourd’hui un enjeu géopolitique du point de vue des Anglo-Saxons notamment. Son hétérogénéité manifeste impliquerait une régionalisation assez poussée. Le peuple ukrainien aspire certainement aux normes de vie occidentales, tout comme le peuple russe d’ailleurs. La différence principale entre la Russie et l’Ukraine est que l’une est depuis très longtemps un Etat et qu’elle a entrepris assez vite, après le passage à vide des années 1990, de le rétablir, alors que l’autre, dont l’indépendance n’a que vingt-deux ans, se débat depuis lors dans un système de factions antagonistes plus ou moins instrumentées de l’extérieur et dominées par ses oligarques. L’Ukraine a besoin d’être stabilisée. Elle a d’abord besoin d’un Etat. Sa situation économique requiert ensuite d’être assainie. Plutôt que d’en faire le lieu de l’affrontement de deux projets géopolitiques assez peu réalistes, d’une part la continuation de l’extension de l’Union européennes vers l’Est, d’autre part la création d’une Union économique eurasiatique autour de la Russie, mieux aurait valu et vaudrait encore harmoniser le partenariat stratégique UE-Russie et le partenariat oriental qui comprend d’abord l’Ukraine, pour bâtir entre l’UE , l’Ukraine et la Russie un vaste espace de libre-circulation allant de l’Atlantique au Pacifique. Il aurait fallu pour cela rompre avec la logique et la mentalité de blocs qui correspondait à l’opposition de deux types d’organisation économique, sociale et politique antagonistes comme aux temps de la guerre froide. Or, cette situation a cessé d’exister. Au lieu de penser une Ukraine neutre entre l’OTAN et la Russie, on a assisté à une tentative d’élargissement de l’OTAN qui a été provisoirement stoppée en 2006, mais dont le projet n’a jamais été véritablement abandonné par les Etats-Unis, ceux-ci répondant aux vœux de la plupart des anciens PECO’s. Cette extension est évidemment ressentie comme une menace par la Russie, avec notamment l’installation d’un bouclier antimissile balistique.       <br />
              <br />
       Les Etats-Unis ont toujours souhaité soustraire l’Ukraine à l’influence de la Russie. Les écrits de Z. Breszinski  datant de 1998, sont clairs à ce sujet : sans l’Ukraine, la Russie ne peut redevenir un Empire. Il est frappant de constater que l’évolution du contexte géostratégique et la montée de la Chine ont amené Z. Breszinski à mettre de l’eau dans son vin : comme H. Kissinger, il avance aujourd’hui l’hypothèse d’une « finlandisation » de l’Ukraine.        <br />
              <br />
       De son côté, l’Union européenne a maintenu vis-à-vis de l’Ukraine une politique ambiguë quant à la finalité ultime de son partenariat : simple association, ou adhésion, comme le Commissaire européen Olli Rehn le laissait encore entendre, en février 2014. L’annexion de la Crimée par la Russie en réponse à la destitution, à coup sûr inconstitutionnelle, du Président Yanoukovitch, s’est voulue  la réponse du berger à la bergère. A coup sûr contraire aux traités et au droit international, cette annexion, quelles que soient les justifications avancées par Moscou (la volonté des intéressés essentiellement), pose problème pour la stabilité future des relations entre la Russie et ses voisins occidentaux.  La Russie a certes donné des assurances assez claires de sa volonté de trouver une issue pacifique à la crise ukrainienne dès lors que seraient réunies certaines conditions quant à la régionalisation et à la neutralisation de l’Ukraine.       <br />
              <br />
       Les Etats-Unis souhaitent-ils véritablement cette normalisation et le nouveau Président ukrainien, M. Porochenko, est-il prêt à entériner de facto la perte de la souveraineté ukrainienne sur la Crimée ? A défaut et en l’absence d’un véritable dialogue entre Kiev et les régions russophones de l’Est, le bras de fer peut se prolonger, au risque d’allumer en Ukraine une véritable guerre civile, sur le modèle yougoslave. Ce n’est certes ni l’intérêt de l’Ukraine, ni celui de la Russie ni celui de l ‘Europe.  Une solution pacifique est probable car la Russie, pour des raisons économiques, souhaite trouver un compromis. Le projet de V. Poutine est un projet national plus qu’impérial. Il vise à faire de la Russie un grand pays moderne et respecté. On ne cite jamais son propos : « Celui qui ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur. Celui qui veut la restaurer n’a pas de tête. » Il reste à la Russie l’arme gazière vis-à-vis de l’Ukraine, mais vis-à-vis de l’Europe celui-ci est à double tranchant. Le retournement vers l’Asie n’est pas une politique : la consommation de gaz par la Chine (38 milliards de m3 par an, selon le contrat récemment signé à Pékin) ne se compare pas au débouché européen (150 milliards de m3 par an).  Tout le monde a intérêt au compromis. Même les Etats-Unis qui ont besoin et auront encore plus besoin, dans l’avenir, de la Russie.       <br />
              <br />
       Si un accord intervient dans le prolongement de celui conclu à Genève le 17 avril, n’en restera pas moins le soupçon de l’utilisation possible par la Russie d’un rapport de forces militaire qui est à son avantage pour trois raisons : la proximité géographique, un armement nucléaire dissuasif vis-à-vis des Etats-Unis et la diminution de l’effort de défense européen. Déjà les voix ne manquent pas - je pense à M. Etienne de Durand dans une communication à l’IFRI - pour réclamer une mise à niveau des armements conventionnels des pays européens membres de l’OTAN.         <br />
              <br />
       La bonne réponse à la crise ukrainienne est certainement un traité garantissant la neutralité de l’Ukraine. Mais chacun sait que les traités ne valent que ce que valent les rapports de forces qui les sous-tendent. L’actualisation du traité de limitation des armements conventionnels (FCE) conclu en 1990 s’impose à l’évidence bien que l’immensité territoriale de la Russie doive conduire à une régionalisation des plafonds autorisés. Les pays européens membres de l’OTAN, à l’exception de la France et de la Grande-Bretagne, s’en sont remis aux Etats-Unis du soin d’assurer leur protection en dernier ressort, à travers les armes nucléaires dont ceux-ci sont les seuls à disposer. On mesure, quatre ans après, la légèreté avec laquelle certains pays européens ont demandé, en 2010, le retrait de leur territoire des armes nucléaires tactiques qu’ils cogéraient, selon le système de la double clé, avec les Américains. Cette demande n’a d’ailleurs jamais eu qu’une portée symbolique, l’équilibre réel s’établissant au niveau des forces aéronavales dotées d’armes nucléaires dont disposent les Etats-Unis sur le théâtre européen.       <br />
              <br />
              <br />
       Il faut attendre aujourd’hui que la crise ukrainienne se décante. Je suis de ceux qui pensent qu’une solution pacifique est non seulement possible mais souhaitable. Le culte de l’instantanéité et la subordination de la politique à la communication ne doivent pas entraîner à remettre en cause précipitamment les fondamentaux du « partenariat  stratégique » tissé entre l’UE et la Russie depuis la fin de la guerre froide.       <br />
              <br />
       L’Europe ne sera pas l’Europe sans la Russie. Les complémentarités sont trop évidentes, en matière énergétique ou industrielle. Simplement un tel projet implique un équilibre de sécurité. Il n’est pas nécessaire de ranimer un esprit de guerre froide mais simplement d’établir, au plus bas niveau possible, un équilibre stable. Les budgets de défense des trois plus grands pays de l’UE sont très largement supérieurs aujourd’hui à celui de la Russie. Il n’y a donc pas de raison de se lancer dans une nouvelle course aux armements conventionnels de surcroît modernisés. Ce sont les doctrines et peut-être la préparation opérationnelle qui peuvent et doivent évoluer.       <br />
              <br />
       Quant à l’équilibre nucléaire, il restera longtemps assuré en dernier ressort par les Etats-Unis et par les contributions à l’Alliance des armes françaises et britanniques, tant du moins qu’une volonté de défense proprement européenne n’aura pas pris corps.       <br />
              <br />
       La crise ukrainienne comporte des leçons qu’il vaut mieux tirer à froid et de préférence collectivement, y compris avec la Russie.        <br />
              <br />
       La France, quant à elle, y trouvera certainement une raison supplémentaire de maintenir sa dissuasion, dont la vocation est par définition défensive et stabilisatrice.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>IV – Perspectives</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A) Politique d’abord !</span>       <br />
              <br />
       Les vraies questions sont celles qu’a posées l’Amiral Rogel devant la Commission de la Défense de l’Assemblée Nationale le 16 avril 2014 : « La France veut-elle rester une puissance mondiale, c’est-à-dire dont les responsabilités se situent à l’échelle mondiale, et sur laquelle on ne peut faire peser aucune forme de chantage ? La France veut-elle avoir une voix indépendante, c’est-à-dire ne dépendant de personne, pour défendre ses intérêts vitaux ou protéger ses intérêts et ses valeurs ? » Il pose une troisième question : « Jusqu’à quel niveau ne pas descendre dans la stricte suffisance pour que la dissuasion reste crédible ? »       <br />
              <br />
       J’ai déjà largement répondu aux deux premières questions : la France veut-elle se diluer dans un magma soi-disant européen mais dans les faits « européiste » et « occidentaliste », c’est-à-dire inféodé ? Ou bien veut-elle prendre les moyens d’une Europe réellement « européenne », certes alliée des Etats-Unis, mais capable de faire entendre, le cas échéant, une voix indépendante ? Là est la question de fond. Elle est fondamentalement politique. Seul le peuple français peut dire s’il veut, comme peuple, continuer d’exister ou, au contraire, se dissoudre.       <br />
              <br />
       Pour moi la réponse est claire : c’est l’intérêt du monde et celui, bien compris, de l’Europe, que la France reste une grande puissance politique, capable de faire entendre une voix distincte.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B) Pertinence de la dissuasion</span>       <br />
              <br />
       La défense antimissile n’est pas un substitut à la dissuasion sauf peut-être au plan financier : on ne pourrait en effet développer la première au niveau du territoire sans compromettre le maintien de la seconde. Seule d’ailleurs peut se justifier une défense de théâtre. Mais cela n’a rien à voir avec la dissuasion.        <br />
              <br />
       Rien par ailleurs ne laisse supposer que l’indétectabilité de nos SNLE puisse être mise en cause. Les autres puissances ne développeraient pas leurs forces sous-marines  si elles ne partageaient pas la même appréciation. Si ce risque venait à apparaître, la seule réponse serait la diversification des composantes et leur dispersion.       <br />
              <br />
       S’agissant de la doctrine, la dissuasion française s’est toujours voulue stratégique, même si depuis 2001 l’idée d’une dissuasion « adaptée » a pu faire son chemin. La stratégie anticité appartient à une autre époque. Le TNP a freiné la prolifération. Une perspective intéressante a été ouverte par la Commission Evans : il faudrait commencer par réduire l’arsenal des puissances surdotées (Russie et Etats-Unis). Cela risque de prendre du temps.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">C) La question financière</span>       <br />
              <br />
       La question financière ne se pose pas seulement au niveau de la dissuasion : 0,2 % du PNB. Elle concerne le niveau de notre effort de défense : 1,5 % du PIB est un plancher. Je me réjouis que le Président de la République ait confirmé que les crédits de la Défense, déjà très contraints, ne seraient pas concernés par le programme de 50 milliards d’économies annoncé et que les équilibres de la Loi de programmation militaire seraient ainsi respectés. Il serait raisonnable, dans le contexte européen et mondial actuel, de relever ce plancher à 2 %. A condition cependant de ne pas nous voir imposer nos choix de l’extérieur. La défense française doit être celle de la France. Nos intérêts sont autant en Méditerranée, au Moyen-Orient et en Afrique qu’en Europe de l’Est. Il n’est pas, selon moi, conforme à l’intérêt de la France d’aller provoquer la Russie en étendant l’OTAN jusqu’à ses frontières. Nous devons nous faire de la Russie une alliée et ne pas la maintenir dans une position d’adversaire qui ne correspond plus aux données du monde actuel.       <br />
              <br />
       L’URSS a disparu. La Russie s’est intégrée à l’économie de marché mondiale, même si son capitalisme n’est pas le capitalisme à l’anglo-saxonne. Mais nous devons nous faire à cette idée qu’il existe plusieurs formes de capitalismes, pas forcément réductibles au capitalisme financier américain. Nous devons intégrer la présence d’une Russie forte, qui n’a rien à voir avec le projet d’une URSS reconstituée, à l’ordre mondial de demain. Bien entendu cela a des conséquences sur notre posture de sécurité, mais là n’et pas la principale menace pour la France et pour l’Europe. Il faudrait apprendre à dépasser une certaine myopie née de la routine plus que de la réflexion prospective. Peut-être aussi faudrait-il surmonter une plus ancienne russophobie qui, en France, remonte au marquis de Custine. Celui-ci écrivait en 1839 « La Sibérie commence à la Vistule ». Cette russophobie, purement idéologique, ne correspond pas aux intérêts de la France, comme deux guerres mondiales l’ont montré.       <br />
              <br />
       Le coût de la dissuasion – un peu plus de 3 milliards – s’accroîtra progressivement dans les années à venir, avec le développement de la troisième génération de sous-marins lanceurs d’engins et des missiles qui lui seront associés. Les études prospectives et les programmes de recherche et de technologie vont doubler d’ici 2020 mais leur montant est modeste, de l’ordre de quelques centaines de millions. Elles sont nécessaires pour préserver les compétences qui permettront de réaliser les rénovations au début des années 2020 (ASMP/A et M51) et les renouvellements à l’horizon 2030. Les compétences de la DGA, du CEA et des industriels du secteur (DCNS, Astrium ST, Herakles, MBDA, Roxel, Thales et Safran-Sagem) doivent être préservées pour la suite. D’ores et déjà les décisions ont été ou doivent être prises pour lancer les SNLE de troisième génération, définir l’architecture du successeur de l’ASMP/A et pour assurer les performances futures des transmissions nucléaires.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">D) Les retombées de la dissuasion</span>       <br />
              <br />
       La dissuasion tire vers le haut à la fois notre industrie et nos forces conventionnelles. Cela a été dit maintes fois mais mérite d’être répété. Les retombées, en fait, sont surtout politiques : abandonner la dissuasion serait accepter le déclassement de la France comme membre du P5 et se résigner à voir l’Europe devenir définitivement un enjeu des relations internationales. Notre siège de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies serait d’autant plus vivement contesté. Sans la dissuasion, notre capacité à nous engager résolument dans la gestion de crises touchant notre sécurité serait inévitablement et gravement affectée.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">E) Ne pas faire des économies de bout de chandelle</span>       <br />
              <br />
       L’abandon de la composante aérienne ou même d’un seul escadron ne procurerait qu’un gain financier minima – de 100 millions d’euros à quelques dizaines. La perte de capacité correspondante serait lourde, car la composante aérienne met en œuvre un missile supervéloce et invulnérable à la défense antimissile balistique. Quant à la force aéronavale nucléaire (FANU), sa valeur de démonstration gagnerait évidemment, si une permanence à la mer était assurée par le lancement d’un second porte-avions. Ce projet raisonnable ne saurait cependant prendre corps que dans le cadre d’un effort de défense porté à 2 % du PNB. Cet effort accru devrait bien sûr prendre en compte les besoins des autres armées, compte tenu de l’évolution du contexte géopolitique.       <br />
              <br />
       Bien entendu, la pérennité de la dissuasion implique aussi que soit poursuivi le programme « simulation » destiné à pallier la fermeture de notre site d’essais dans le Pacifique, et cela dans ses trois volets : calculateurs, tests hydrodynamiques dans l’installation Epure et laser Mégajoule. C’est là la responsabilité éminente de la Direction des Applications militaires à laquelle je souhaite dire ma haute estime.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Conclusion</b>       <br />
              <br />
       La dissuasion, en effet, ce sont aussi des hommes, remarquablement compétents, à la pointe des connaissances et de la recherche pour certains, manifestant tous, où qu’ils servent, un haut niveau de professionnalisme et même d’abnégation, au service de la France. Ils remplissent une mission d’exception et il faut qu’ils sentent que parmi les responsables politiques, mais tout autant dans les profondeurs de la nation, s’expriment à leur égard, souvent de façon trop discrète certes, gratitude et admiration.       <br />
              <br />
       Le Président de la République vient d’effectuer certains choix concernant le futur SNLE 3 G, qui embarquera des missiles M 51-3. Nous ne sommes pas aujourd’hui devant des choix qui seraient fatidiques mais si cette heure devait se rapprocher, il faudrait alors savoir dire « non », car la dissuasion, pour qui veut bien prendre le temps de la réflexion, c’est la France.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/L-avenir-de-la-dissuasion-au-XXIe-siecle_a1637.html</link>
  </item>

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   <title>Non au déclassement stratégique de la France</title>
   <pubDate>Tue, 28 May 2013 17:30:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat, lors du débat sur Livre blanc de la défense, mardi 28 mai 2013.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5554058-8285484.jpg?v=1369755621" alt="Non au déclassement stratégique de la France" title="Non au déclassement stratégique de la France" />
     </div>
     <div>
      Monsieur le Président,       <br />
       Monsieur le Premier Ministre       <br />
       Messieurs les ministres,       <br />
              <br />
       Dans ces temps de grande disette budgétaire, nous apprécions que vous ayiez su obtenir du Président de la République le maintien à son niveau actuel de notre effort de défense, c'est-à-dire 31,4 milliards d’euros pour le budget de la Défense en 2014.       <br />
              <br />
       Ce résultat est à porter à votre actif, M le Ministre de la Défense et du renfort que vous ont apporté tous ceux qui, au Sénat, avec le Président de la commission des affaires étrangères et des forces armées, ont aidé à éviter, au moins pour le moment, le déclassement stratégique qu’eût entrainé une baisse significative des crédits militaires. Le risque a été écarté aussi par l’éclatante démonstration d’efficacité qui a été faite par nos soldats, appelés à sauvegarder l’intégrité, la souveraineté et la liberté de la République du Mali.       <br />
              <br />
       Le Président de la République a annoncé que nos forces armées disposeraient de 365 milliards d’euros sur la période 2014-2025, dont 179,2 pour celle couverte par la loi de programmation militaire de 2014 à 2020.       <br />
              <br />
       Pour maintenir une France forte, le Président de la République a estimé ce chiffre réaliste. Il faudra faire avec.       <br />
              <br />
       J’approuve par ailleurs le recentrage opéré par le Livre blanc 2013 sur l’Afrique, notamment sahélienne, de la définition de notre zone d’intérêts prioritaires. Je l’avais déjà réclamée, mais en vain, lors du débat du 15 juillet 2009 sur l’adoption de la loi de programmation militaire 2008-2013.       <br />
              <br />
       Certaines orientations positives du Livre blanc de 2008 ont été confirmées comme l’accent mis sur la connaissance et l’anticipation.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Nous sommes évidemment concernés par la montée des tensions en Asie, ne serait ce que par le «pivotement » des forces américaines, de l’Atlantique vers le Pacifique, qui obligera l’Europe, dans l’avenir, à pourvoir davantage à sa défense. Or force est de constater que la plupart des pays européens, à l’exception de la Grande-Bretagne et de la France, se sont installés dans un climat de fausse sécurité.       <br />
              <br />
       Non pas vis-à-vis de la Russie qui n’est plus une menace militaire pour l’Europe, mais est davantage préoccupée par la montée de l’islamisme radical dans le Caucase et l’Asie centrale.       <br />
              <br />
       Que la Russie soit aussi une puissance énergétique de première grandeur ne constitue pas davantage une menace, mais au contraire une opportunité. Le fournisseur, qui n’est d’ailleurs pas le seul, dépend autant du client que celui-ci de celui-là.        <br />
              <br />
       Les « menaces de la faiblesse », notamment en Afrique, me paraissent autrement plus graves. C’est de ces menaces que la plupart des pays européens n’ont pas pris conscience. Les pays du Nord de l’Europe s’en sont remis, un peu trop facilement, aux pays du Sud de garder leurs frontières, et aux Etats-Unis et à la France, de préserver l’équilibre fragile, du Moyen-Orient, pour les premiers, et de l’Afrique pour la seconde.       <br />
              <br />
       L’Europe serait bien avisée d’aider à la formation d’armées africaines opérationnelles et à la constitution, à l’échelon régional, de forces de réaction rapides africaines, à partir d’états-majors permanents capables d’entraîner régulièrement des unités professionnelles dédiées dans chaque pays. C’est ce qui a manqué à la CEDEAO et a obligé la France à intervenir en premier au Mali, à l’appel de ses autorités légitimes, parce qu’elle seule pouvait le faire. Je constate que la France contribue pour la moitié à la force européenne, d’ailleurs insuffisamment calibré, de formation des forces maliennes.       <br />
              <br />
       Dans l’immédiat, vous avez conjuré, Monsieur le Ministre de la défense, le risque d’un déclassement stratégique de la France. Mon groupe vous en sait gré.       <br />
              <br />
       Mais ce risque n’est pas écarté pour toujours par l’arbitrage du Président de la République. Je ne parle pas seulement des recettes exceptionnelles-5,9 milliards- qu’il faudra trouver et, je l’espère, autrement que par la liquidation des participations de l’Etat dans le secteur des industries de défense.       <br />
              <br />
       Non, je veux surtout parler de la dégradation de notre situation économique et par conséquent budgétaire, qui résulte de la mécanique mise en place par le traité dit TSCG, dont les effets récessifs, en Europe, risquent de se faire sentir durant une longue période.       <br />
              <br />
       En effet, les moteurs de la croissance-consommation, exportations, investissement- y sont en panne, sauf peut-être, encore que faiblement, en Allemagne. Celle-ci consacre d’ailleurs à sa défense des crédits légèrement supérieurs aux nôtres, en volume. L’Allemagne a entrepris de professionnaliser, à son tour, son armée. Ses capacités en seront accrues, mais dans le cadre de l’OTAN. Celle-ci vaut, aux yeux de son opinion, fondamentalement pacifiste, comme une sorte de traité de réassurance, contre des dangers qu’elle a d’ailleurs de la peine à discerner.       <br />
              <br />
       La dissuasion nucléaire est garantie par les déclarations du Président de la République, mais pour combien de temps ?        <br />
              <br />
       On entend de plus en plus s’élever des voix qui se plaignent de l’effet d’éviction qu’elle exercerait sur les crédits attribués aux forces conventionnelles. Ces critiques à courte vue oublient que la dissuasion est l’outil de notre autonomie stratégique et politique et qu’elle seule peut garantir le maintien d’une diplomatie indépendante et nous tenir à l’abri de guerre qui ne seraient pas les nôtres.       <br />
              <br />
       Le Président Obama vient d’affirmer sa volonté d’aller plus loin que le Traité New Start dans la voie du désarmement nucléaire. A tous ceux qui se laisseraient porter par l’opinion, je veux rappeler que les Etats-Unis disposent aujourd’hui de 1654 têtes nucléaires déployées, sans compter les milliers de têtes non déployées qui n’ont jamais été incluses dans un accord. En regard, la France dispose de moins de 300 têtes, c’est à dire beaucoup moins que la Russie et même que la Chine. Le principe de la stricte suffisance nous interdit de descendre en dessous de quatre sous marins lanceurs d’engins et de deux escadrons aériens. Si les armes nucléaires tactiques américaines étaient retirées d’Europe, nous serions le seul pays en dehors de la Russie, à disposer d’armes nucléaires sur le continent. C’est une garantie de l’équilibre et de la paix sur celui-ci. C’est pourquoi nous ne sommes pas membres du « groupe des plans nucléaires » de l’OTAN, et devons continuer à nous en tenir à l’écart.       <br />
              <br />
       Sans doute, avez-vous raison d’affirmer l’objectif d’une défense européenne, comme le croyant, l’existence de Dieu. Mais la volonté politique chez nos partenaires, fait aujourd’hui défaut. Comme le dit le traité de Lisbonne de 2008, les pays de l’Union européenne membres de l’OTAN contribuent à l’élaboration et à la mise en œuvre de leur défense dans le cadre de cette alliance. Même après avoir rejoint, en 2012, l’organisation militaire intégrée de l’OTAN, la France ne peut renoncer à assurer elle-même, en ultime ressort, le soin de sa défense.       <br />
              <br />
       C’est la condition de notre indépendance et donc du maintien de l’esprit de défense dans le pays.       <br />
              <br />
       La République française est aujourd’hui confrontée au défi de l’islamisme radical. Il ne faut surtout pas confondre celui-ci avec l’Islam qui est la religion de 1200 millions d’hommes et de femmes. Nous devons tout faire, au contraire pour aider les peuples musulmans, dans le respect de leur authenticité, à trouver leur place dans le monde moderne.       <br />
              <br />
       A ce défi, la sophistication des armements n’est pas une réponse suffisante. La bonne réponse est d’abord humaine et politique.       <br />
              <br />
       A cet égard, je ne saurais trop approuver le principe de la différentiation des forces posées par le Livre blanc. Evitons, par une course excessive à la technologisation, de réduire encore le nombre des hommes dans les armées.       <br />
              <br />
       Nous avons besoin de soldats qui comprennent d’autres civilisations que la nôtre. C’était jadis une des traditions de l’armée française. Elle a donné les Lyautey, les Gallieni, les Charles de Foucauld, et combien d’autres ! Il serait temps de réinvestir dans la formation des officiers le champ de la compréhension humaine, et de favoriser l’apprentissage des langues, orientales et africaines. Cela couterait moins cher que les missiles guidés avec précision, mais ce ne serait pas de l’argent perdu !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Non-au-declassement-strategique-de-la-France_a1490.html</link>
  </item>

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   <title>"Une nouvelle grande guerre n’est jamais à exclure"</title>
   <pubDate>Sat, 14 Jul 2012 20:53:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Libération, 14 juillet 2012.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/4512416-6769771.jpg?v=1342253396" alt=""Une nouvelle grande guerre n’est jamais à exclure"" title=""Une nouvelle grande guerre n’est jamais à exclure"" />
     </div>
     <div>
      <b>Libération: Les menaces ont changé de nature, la guerre froide est finie. L’arme nucléaire n’est-elle pas dépassée?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement:</b> La guerre froide est derrière nous mais la Russie et les Etats-Unis gardent des milliers de têtes. Les armes nucléaires vont rester durablement à horizon de l’Histoire. Les Américains, par exemple, consacrent 5 milliards de dollars à la modernisation de leur arsenal. Ils disposent encore de 9 000 têtes nucléaires, les Russes de plus de 10 000! C’est évidemment idiot! La sagesse voudrait qu’ils tendent vers une stratégie de stricte suffisance. Mais l’évolution la plus importante, c’est le développement des arsenaux nucléaires en Asie du Sud et de l’Est. Les Chinois possèdent 300 à 400 têtes et développent une troisième composante (sous-marine), l’Inde et le Pakistan une bonne centaine de têtes chacun. On va vers un nouvel équilibre du monde: une  bi-polarité entre les Etats-Unis et la Chine.       <br />
              <br />
       <b>Comment se situe la France?</b>       <br />
       Elle a réduit ses têtes de 600 à moins de 300 (200 pour la Grande-Bretagne). Elle dépense environ 3 milliards d’euros par an pour son outil de dissuasion nucléaire, soit 10% du budget de défense. Cet outil étant développé, les décisions concernent son renouvellement à long terme. Le plus lourd dans le budget, c’est la simulation et la nouvelle version du M-51. C’est la première fois que des têtes auront été développées à partir de tests en labo.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Cet arsenal a-t-il un sens stratégique?</b>       <br />
       La dissuasion est le seul moyen d’empêcher qu’une guerre régionale ne devienne mondiale. Elle nous permet surtout, comme l’avait vu le Général de Gaulle, de nous tenir en-dehors d’une guerre où nos intérêts vitaux ne seraient pas engagés. Un homme d’Etat se doit de penser constamment à la surprise stratégique. D’abord, une nouvelle guerre entre grandes puissances n’est jamais à exclure. Ensuite, le Moyen-Orient, zone instable s’il en est, est nucléarisé. Enfin, on ne connait pas le terme ultime des révolutions arabes. Par ailleurs, il existe d’autres armes de destruction massive: les armes biologiques et chimiques. On ne peut pas faire comme si elles n’existaient pas! Si une puissance moyen-orientale voulait un jour nous balancer des missiles chimiques, la disposition d’une dissuasion nucléaire suffirait à nous en prémunir. Un pays qui assure sa propre défense est en bien meilleur état moral et politique qu’un pays qui s’en remet à d’autres pour cela.       <br />
              <br />
       <b>Et si toutes les puissances nucléaires décidaient de désarmer ?</b>       <br />
       La seule démarche pratique que je connaisse en matière de désarmement, est celle de la commission Evans – Kawaguchi qui vise un plafonnement à 2000 têtes nucléaires à l’horizon 2025: 1000 pour les Etats-Unis et la Russie, et 1000 pour tous les autres. Quant aux initiateurs de l’appel Golbal Zero, ils ne se cachent pas, tel Henry Kissinger, de ne pas y croire.       <br />
              <br />
       La seule stratégie intelligente au plan international, à mon sens, est, comme l’a décidé la conférence d’examen du TNP (1) en 2010, de promouvoir deux traités permettant de plafonner le développement des arsenaux nucléaires: le traité «cut-off», qui vise à interdire la production de matières fissiles à usage militaire (la France n’en produit plus, elle vit sur son stock) ;  et le traité d’interdiction des essais nucléaires (Tice) qui doit être ratifié pour empêcher la mise au point d'armes plus sophistiquées. Cette « prise en tenailles » permettrait de réduire les arsenaux à un niveau de stricte suffisance.       <br />
              <br />
       <b>Rocard croit au désarmement. Et Quilès cite Allemagne dénucléarisée et forte...</b>       <br />
       Michel Rocard est un animal de communication. Il utilise délibérément la provocation pour attirer l’attention des journalistes. Quant à Paul Quilès, son argument est cohérent avec le choix fait par l’Allemagne de se placer en dernier ressort sous la protection des armes nucléaires américaines. Ce n’est pas le choix de la France.       <br />
              <br />
       <b>Réduire l’outil nucléaire n’aurait pas de sens en temps de restrictions budgétaires?</b>       <br />
       On y a investi près de 200 milliards en cinquante ans. Le coût est marginal pour un gain politique considérable. Le Président Hollande l’a rappelé à juste titre. Notre arsenal est calibré à un niveau de stricte suffisance. Et, sans notre force de dissuasion, on n’aurait pas Ariane ni Airbus. Toute l’industrie aéronautique, la plupart de nos pôles d’excellence en dépendent. L’arsenal français, quand on le connait bien, est impressionnant par la qualité et la sûreté de ses armes, réduites en nombre. Et je peux vous affirmer qu’on fera encore des progrès impressionnants en précision et en indétectabilité!       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Recueilli par Laure Noualhat et Alexandra Schwartzbrod</span>       <br />
              <br />
       -------------       <br />
       (1) Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/4512416-6769771.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Une-nouvelle-grande-guerre-n-est-jamais-a-exclure_a1413.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Défendre le continent européen, avec qui, contre qui?</title>
   <pubDate>Fri, 09 Mar 2012 18:58:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Un texte de Jean-Pierre Chevènement paru dans la Revue Défense Nationale, mars 2012.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3969795-6004086.jpg?v=1331418216" alt="Défendre le continent européen, avec qui, contre qui?" title="Défendre le continent européen, avec qui, contre qui?" />
     </div>
     <div>
      J’observerai d’abord que le continent européen n’a pas d’existence politique propre. Il y a les vingt-sept pays membres de l’Union européenne qui, par le traité de Lisbonne (2008), ont souscrit une obligation de défense mutuelle, mais la politique de défense européenne n’a qu’une existence embryonnaire. Aussi bien, les Etats-Unis n’en veulent pas et la plupart des pays européens non plus, au premier rang desquels la Grande-Bretagne et les pays de l’arc atlantique, mais aussi les pays d’Europe centrale et orientale.       <br />
              <br />
       <b>Les Européens sous tutelle militaire?</b>       <br />
       Depuis 1949 il existe une obligation de défense mutuelle entre les pays de l’Alliance atlantique. Celle-ci s’est dotée à travers une organisation militaire intégrée, l’OTAN, d’un bras armé et d’un Etat-major sous l’autorité d’un général américain. Aux pays de l’Union européenne membres de l’OTAN (22 sur 27), s’ajoutent la Norvège et la Turquie dont le territoire est pour l’essentiel situé en Asie. Les Etats membres de l’Union européenne qui le sont également de l’OTAN se sont engagés par le traité de Lisbonne à faire de cette dernière organisation « l’instance d’élaboration et de mise en œuvre » de leur politique de défense. Ainsi la réponse parait-elle avoir été trouvée : c’est à l’OTAN, c’est-à-dire en dernier ressort aux Etats-Unis, que l’Union européenne a confié sa défense.       <br />
              <br />
       Cette réponse est pourtant fragile : d’une part les Etats-Unis se tournent de plus en plus vers le Pacifique et la Chine. L’Asie de l’Est et du Sud et la région du Golfe arabo-persique viennent désormais dans leurs préoccupations stratégiques bien avant l’Europe. Par ailleurs les Etats-Unis sont engagés dans une vaste opération de réduction de leur budget de défense (de 500 à 1000 Milliards de dollars d’ici 2020, selon les estimations). Ils viennent d’entamer le retrait de deux des quatre brigades qu’ils maintenaient encore en Europe : la présence de leurs forces terrestres y devient ainsi symbolique. La garantie militaire américaine repose donc désormais pour l’essentiel sur les forces aériennes et maritimes des Etats-Unis et, en dernier ressort, sur leurs armes nucléaires. Dans ce contexte, la demande, en 2010, du retrait des armes nucléaires tactiques stationnées sur leur sol par quatre pays européens membres de l’OTAN (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Norvège) illustre le paradoxe d’une Europe devenue pacifiste dans le contexte d’un monde marqué à la fois par le début du repli américain et par la montée en puissance de nations dites « émergentes », qui ne sont pas seulement les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) mais d’autres, situées à nos portes et héritières de civilisations prestigieuses : Turquie, Iran, sans parler du monde arabe agité par ses révolutions démocratiques dont le processus, par définition, nous échappe.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Les pays européens réduisent leur effort de défense tandis que les pays émergents, notamment en Asie, développent le leur. Pour autant il serait prématuré de conclure de ces mouvements contradictoires que les Etats-Unis vont relâcher leur emprise sur l’Europe. Ils prétendent lui faire partager un effort de défense dont ils entendent bien conserver la maîtrise. C’est ainsi qu’au sommet de l’OTAN de Lisbonne (2011), ils ont fait entériner le principe d’un bouclier antimissiles balistiques qui va à la rencontre d’une opinion publique européenne de plus en plus pacifiste. De même est-il probable qu’après le retrait de l’OTAN d’Afghanistan ils veuillent faire supporter aux Européens une part plus importante de l’« afghanisation ».       <br />
              <br />
       L’Union européenne peut-elle se borner à n’être qu’un contributeur financier à un effort de défense global de ce qu’il est convenu d’appeler « l’Occident » ? L’idée même de « défense » peut-elle faire l’impasse sur la volonté de défense ?        <br />
              <br />
       Force est de constater que les peuples européens (à la seule exception de la France et d’une certaine manière de la Grande-Bretagne) ont entièrement délégué le souci de leur propre défense à une puissance extérieure, certes alliée, mais dont les préoccupations stratégiques et les intérêts ne recoupent pas forcément les leurs. La réintégration par la France des Etats-majors de l’OTAN s’inscrit dans cette tendance lourde, même si nos autorités prétendent le contraire, faisant valoir, exemple libyen à l’appui, que l’OTAN n’aurait en rien obéré notre liberté de mouvement. Ce n’est pas ce qu’on entend de l’autre côté de l’Atlantique où on parle d’une stratégie de leadership <span style="font-style:italic">from behind</span>, bref de « tireur de ficelles ». Une chose est sûre en tout cas : l’affaire libyenne a manifesté le vide abyssal du concept de défense européenne. La France et la Grande-Bretagne ont fait l’essentiel du travail, avec – faut-il le rappeler ? - l’appui des frappes et de la logistique américaines, pour un résultat dont l’évaluation finale reste à faire. Quoi qu’on en pense, le conflit libyen a fait apparaître le lien indissociable entre la défense et la nation. Quelle que soit l’évolution future de l’OTAN, l’esprit national restera la clé de tout effort de défense et de tout engagement militaire qui sera, comme en Libye, à géométrie variable. L’Europe est à repenser dans le prolongement des nations ou elle ne sera pas.        <br />
              <br />
       <b>L'identité stratégique</b>       <br />
       La France ne pourrait pas conserver une voix audible à travers une défense européenne confinée à des tâches de sous-traitance. La défense est faite pour soutenir la diplomatie ! Une défense complètement intégrée à celle de l’Amérique sonnerait le glas de notre indépendance, de notre influence, de notre capacité de médiation. Il est de l’intérêt de la France et du monde qu’au sein de l’Occident on n’entende pas que la seule voix des Etats-Unis. Qu’il puisse y avoir un avis modéré, sensé, comme cela fut le cas durant la guerre du Vietnam ou au moment de l’invasion de l’Irak. Que, sur le Proche-Orient, la France puisse favoriser de manière originale une solution de paix qui n’a que trop tardé.       <br />
              <br />
       Compte tenu du texte du traité de Lisbonne, on se demande ce qui peut rester de la défense européenne désormais asservie à l’OTAN : une alouette, un cheval ! A la limite, l’OTAN voudra bien sous-traiter à une pseudo-défense européenne quelques obscures missions de maintien de la paix en Iturie, au nord-est de la République démocratique du Congo, ou bien encore au Kosovo. Pour les choses sérieuses (la Libye par exemple), le recours aux Etats-majors de l’OTAN s’impose et, malgré quelques réticences initiales, notre gouvernement s’y est résigné.       <br />
              <br />
       La France a réintégré l’OTAN au prétexte de faire progresser la défense européenne. On voit le résultat.  La Grande-Bretagne veut bien coopérer avec la France, mais elle ne veut surtout pas d’une « défense européenne ». Pour autant, les accords de Lancaster House sont une bonne chose : mieux vaut une coopération bilatérale que pas de coopération du tout. Il serait temps que la France revienne à cette idée simple que les coopérations doivent se décider à l’aune de l’intérêt national. Seul le ressort national peut permettre à l’effort de défense de ne pas passer en dessous de la limite basse actuelle : 1,5 % du PIB.       <br />
              <br />
       <b>A l'Est du continent européen</b>       <br />
       A ce stade de mon propos, je voudrais aborder la partie du continent européen qui ne fait pas partie de l’Europe : l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie.       <br />
              <br />
       Même si celle-ci s’étend, au-delà de l’Oural, en Asie, son peuple est incontestablement européen. Il est concentré à l’Ouest de l’Oural. Sa civilisation est partie intégrante de la civilisation européenne à laquelle elle a apporté une contribution éminente. L’Administration Obama semble avoir renoncé, au moins provisoirement, à l’élargissement de l’OTAN à l’Ukraine et à la Géorgie pour ne pas heurter les intérêts et la sensibilité russes.       <br />
              <br />
       Cet élargissement à l’Est n’est pas non plus dans l’intérêt de la France. Bien sûr l’évolution de la Russie n’est pas écrite d’avance. Sa population est à 20 % composée de minorités musulmanes. Mais nous devons tout faire pour rapprocher la Russie de l’Europe. Les complémentarités énergétiques et économiques sont fortes. Les peuples européens – y compris le peuple russe – aspirent à la paix. Cette aspiration est légitime. Je ne la confonds pas avec un pacifisme dont l’Histoire a toujours montré le caractère illusoire et même dangereux (ainsi en France, entre 1918 et 1940). La Russie est nécessaire à l’équilibre et à la stabilité du Caucase. Elle est un contrepoids utile, en Asie Centrale, au fondamentalisme islamiste. Sa relation particulière à la Chine et à l’Inde peut contribuer à canaliser l’élan de ces Etats-nations, milliardaires en hommes et héritiers de civilisations millénaires, pour qu’ils prennent leur place dans un monde stable, régi par des règles communes. Pour toutes ces raisons, notre intérêt est d’aider la Russie a réussir enfin sa modernisation. L’Europe ne sera l’Europe que si elle sait développer un étroit partenariat avec la Russie.  C’est l’intérêt de la France, comme de l’Allemagne, si nous voulons peser dans le monde multipolaire de demain.       <br />
              <br />
       <b>Menaces diffuses et régulations souples</b>       <br />
       Les menaces auxquelles l’Europe est et sera de plus en plus confrontée ne seront peut-être pas principalement militaires encore qu’en la matière il soit toujours déraisonnable de baisser la garde.        <br />
              <br />
       Ni le terrorisme, qui est l’arme des faibles contre les forts, ni la piraterie, ou pire encore les risques de blocus des grandes voies maritimes, ne vont disparaître, ni les tentatives de prolifération nucléaire s’interrompre. La menace balistique qui y est associée a été favorisée, dans le passé, par des transferts de technologies en provenance d’URSS, de Chine, puis, dans une période plus récente, de Corée du Nord ou du Pakistan. Cette menace balistique est certainement l’une de celle à laquelle l’Europe devra faire face à l’avenir. Il serait cependant déraisonnable de s’en remettre à la défense antimissiles balistiques dont l’efficacité ne saurait être entièrement garantie et dont la mise en place en Europe, sous égide américaine, risque d’entraîner une vassalisation stratégique et technologique définitive. Tout montre, deux ans après le discours du Président Obama à Prague, que l’arme nucléaire ne va pas disparaître de l’horizon de l’Histoire. Les Etats-Unis ne signeront pas avant longtemps le traité d’interdiction des essais. Le Pakistan et les puissances asiatiques n’entendent pas interrompre la production de matières fissiles à usage militaire. Il est raisonnable pour la France de maintenir son effort nucléaire, ne serait-ce que pour ne pas se laisser entrainer dans l’engrenage de guerres lointaines par leur origine mais où nos intérêts vitaux ne seraient pas engagés. J’ajoute que le maintien d’une dissuasion nucléaire indépendante en Europe occidentale constitue un gage irremplaçable de stabilité sur notre continent. Enfin, la disposition d’une dissuasion nucléaire souple (avec ses deux composantes) interdit toute agression au-delà d’un certain seuil, par un Etat qui voudrait exercer un chantage sur notre politique. Nous devons aussi rester attentifs aux attaques dans le cyberespace et aux tentatives d’espionnage économique.       <br />
              <br />
       L’heure de la fin de l’Histoire n’a pas sonné et celle-ci est fertile en surprises stratégiques. Le trait dominant de la période historique où le XXIe siècle nous a fait entrer est la fin du monopole technologique et politique des pays occidentaux et d’abord des Etats-Unis.  Certes, ceux-ci restent, de toutes les nations occidentales, la plus puissante mais leur déclin est inscrit dans les courbes de la démographie et de l’économie mondiales. Le maintien de l’alliance euro-américaine va de soi, mais la France et d’autres nations européennes n’auraient aucun intérêt de devenir ou rester de simples supplétifs des Etats-Unis. Si eux-mêmes voulaient bien y réfléchir, ce ne serait pas non plus le leur, car des nations qui s’abandonnent ne sont jamais des alliés sûrs.        <br />
              <br />
       Nous n’avons pas de stratégie à long terme vis-à-vis des puissances émergentes.  Notre intérêt est de les faire participer à un ordre mondial raisonnable prenant aussi en compte les intérêts des pays anciennement industrialisés. Ce n’est pas facile car beaucoup de ces pays sont portés par un nationalisme conquérant et quelquefois par le sentiment d’avoir à prendre une revanche sur l’Histoire, c’est-à-dire sur l’Occident.  A cet égard, la poursuite des délocalisations industrielles ou la prise de contrôle d’entreprises stratégiques constituent des menaces tangibles. La crise du capitalisme financier qui s’est développée sur la base d’une totale dérégulation des mouvements de capitaux, des biens, des services et des technologies depuis les années 1980, a marqué l’échec d’une pensée purement économiciste (la croyance dogmatique en la théorie de l’efficience des marchés), entièrement déconnectée de toute considération politique raisonnable. Il n’est pas besoin de s’en prendre à la Chine. C’est l’Occident lui-même qui a réchauffé dans son sein le serpent d’un néolibéralisme suicidaire. Les nations doivent reprendre le contrôle d’un système financier qui, tel Frankenstein, leur a échappé.       <br />
              <br />
       L’Europe ne doit pas s’enfermer dans la stagnation mais trouver d’autres ressorts de croissance, en associant à son développement la Russie, à l’Est, et l’Afrique, au Sud. Le risque de migrations incontrôlées ne sera conjuré que par une politique de codéveloppement avec les pays de la rive Sud de la Méditerranée et avec l’Afrique noire qui découvre aujourd’hui son potentiel de croissance. Le problème des matières premières va se poser avec plus d’acuité avec la croissance de la Chine et des « émergents ». Il faut penser ce monde nouveau, et parce qu’il se fera inévitablement, il vaut mieux qu’il se fasse avec la France et avec l’Europe, plutôt que contre elle.       <br />
              <br />
       Avant que ne s’installe ce nouvel ordre mondial coopératif, il n’est pas déraisonnable d’anticiper les tensions que génère toute transition. La France a un rôle majeur à jouer pour organiser l’Europe sur une base réaliste (la géométrie variable) et pour l’ouvrir à des coopérations fécondes fondées sur le principe de l’intérêt mutuel, avec les pays du Sud de la Méditerranée qu’elle connait souvent mieux que d’autres.       <br />
              <br />
       L’Europe, pour se défendre, doit d’abord s’ouvrir vers l’Est et le Sud. Dans le monde du XXIe siècle que structurera la bipolarité Chine Etats-Unis, l’Europe pour trouver sa place doit s’organiser souplement, car elle ne le fera pas sans les nations (déjà faites, ou encore à construire) mais au contraire avec elles. L’erreur a été de vouloir construire l’Europe en substitut des nations.       <br />
              <br />
       Pour se redresser, l’Europe doit, demain comme hier, s’appuyer sur la force de ses nations. Le reste, c’est-à-dire une défense efficace, viendra par surcroît.       <br />
              <br />
       ------       <br />
       Le site Internet de la <a class="link" href="http://www.defnat.com/">Revue Défense Nationale</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Defendre-le-continent-europeen-avec-qui-contre-qui_a1371.html</link>
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   <title>"Autant nommer M. Trichet Premier Ministre"</title>
   <pubDate>Sun, 27 Nov 2011 10:46:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de RTL 2012, dimanche 27 novembre 2011. Il répondait aux questions de Bernard Poirette.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3477736-5006558.jpg?v=1322386448" alt=""Autant nommer M. Trichet Premier Ministre"" title=""Autant nommer M. Trichet Premier Ministre"" />
     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
       <ul class="list"><li>Nous sommes dans une crise majeure comme il n'y en a pas eu depuis la seconde guerre mondiale. La monnaie unique est en train de s’écrouler.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Un pays comme l'Italie emprunte encore à 7%. C'est intenable quand il lui faut lever 300 milliards de dette.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Je veux marquer dans l'esprit des Français plusieurs repères : une monnaie moins chère, la croissance plutôt que la récession, la préservation de notre souveraineté et enfin une Europe réaliste, de type confédérale       
       </li></ul><ul class="list"><li>Ma réaction sur Les Verts était peut-être un peu vive mais je venais de lire l'accord PS-EELV (…) Tout cela me paraît extrêmement mal négocié. Ce n'est ni fait, ni à faire. Je pense que ce n'est pas François Hollande qui a négocié cet accord, c'est le Parti Socialiste. Il ne peut pas être tenu par un accord si contraire à l'intérêt de la France.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Je suis candidat pour faire bouger les lignes, pour faire passer un message. Si François Hollande évolue dans l'intérêt de pays sur des points essentiels, il est possible que je puisse, le moment venu, retirer ma candidature.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li><span style="font-style:italic">A propos d'une éventuelle modifications des traités européens</span> : Donner un pouvoir d'intrusion budgétaire à la Commission européenne,  composée de 27 hauts fonctionnaires qui n'ont aucune légitimité et dont personne ne connaît le nom, c'est une grave atteinte à la démocratie, aux droits du Parlement.        
       </li></ul><ul class="list"><li>Donner le pouvoir budgétaire à Bruxelles aura des conséquences. Par exemple, croyez vous que la dissuasion nucléaire française restera à l’abri de tous ceux, en Europe, qui veulent la voir disparaître et qui sont nombreux ? Tous nos régimes sociaux vont également se trouver contrôlés. Autant nommer M.Trichet Premier ministre.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Sous prétexte de sauver la monnaie unique, qui nous fait beaucoup de mal, on va abandonner notre souveraineté budgétaire et fiscale et, par conséquent, notre indépendance diplomatique et militaire. C'est très grave !</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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 	<itunes:author>Chevenement.fr</itunes:author>
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   <title>Accord PS/EELV: "très fortes inquiétudes" de Chevènement</title>
   <pubDate>Sat, 19 Nov 2011 16:01:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Dépêche AFP, samedi 19 novembre 2011, 13h52.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3453189-4967937.jpg?v=1321714950" alt="Accord PS/EELV: "très fortes inquiétudes" de Chevènement" title="Accord PS/EELV: "très fortes inquiétudes" de Chevènement" />
     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement, candidat à la présidentielle et président d'honneur du MRC, a exprimé samedi auprès de l'AFP, ses &quot;très fortes inquiétudes&quot; à propos de l'accord conclu entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts (EELV) pour 2012.       <br />
              <br />
       Cet accord prévoit notamment &quot;un siège européen&quot; comme membre permament du Conseil de sécurité des Nations Unies. Les cinq membres permanents sont Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Chine et la Russie.       <br />
              <br />
       &quot;J'exprime de très fortes inquiétudes après avoir lu le texte de l'accord PS-EELV&quot;, a-t-il déclaré en expliquant que ces &quot;inquiétudes ne concernaient pas seulement l'aspect nucléaire civil, à (ses) yeux totalement irréaliste, mais aussi le siège européen qui ne peut que procéder d'une européanisation du siège de la France de membre permanent au conseil de sécurité de l'Onu&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      M. Chevènement a dénoncé en outre la suppression du droit de veto, prévu dans l'accord PS/EELV.       <br />
              <br />
       Le candidat s'est inquiété également &quot;de l'avenir de notre dissuation nucléaire et de la décision de ratifier la charte des langues régionales et minoritaires&quot; qui déboucherait, selon lui, sur &quot;la co-officialité de plus de 70 langues sur le territoire national&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;J'ai l'impression, a conclu M. Chevènement, que le parti socialiste, depuis une dizaine d'années, n'a rien appris et rien oublié&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3453189-4967937.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Accord-PS-EELV-tres-fortes-inquietudes-de-Chevenement_a1273.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Quatre repères d’intérêt vital pour la France et la République</title>
   <pubDate>Sun, 06 Nov 2011 14:15:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Déclaration de Jean-Pierre Chevènement, 5 novembre 2011. Une monnaie moins chère ; une Europe de la croissance plutôt que de la stagnation ; préserver notre souveraineté budgétaire et fiscale, sauvegarder notre indépendance en matière énergétique, de défense et de politique extérieure ; redresser l’Europe : construire une Europe européenne qui soit un pôle dans le monde multipolaire de demain.     <div>
      <b>1.</b>	Tout au long de cette année, j’ai beaucoup réfléchi et écouté. <b>J’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République en 2012</b>, comme je l’avais annoncé, « pour faire bouger les lignes ». Pour mettre la gauche et la France à la hauteur des défis qui sont devant elles.       <br />
              <br />
       <b>2.</b>	Nous sommes en effet à la veille de très fortes secousses. Avec la crise de l’euro, l’Europe se trouve dans l’œil du cyclone.       <br />
              <br />
       <b>3.</b>	Ceux qui nous dirigent ou qui aspirent à le faire, pas plus que nos gouvernants de 1940, ne se sont préparés à y faire face. Or, dans cette période de tempêtes, il faudra maintenir le cap des intérêts de la France et de la République, qu’ils ont souvent perdu de vue depuis longtemps (cf.8). C’est pourquoi je suis candidat, pour aider à trouver un chemin.       <br />
              <br />
       <b>4.</b>	La crise de la monnaie unique a, en effet, sa cause dans la monnaie unique elle-même, que nos dirigeants ont soutenue tous ensemble, à Maastricht, il y a vingt ans. L’erreur du traité que j’ai combattu a consisté à vouloir transférer à un aréopage de banquiers irresponsables la souveraineté monétaire de dix-sept pays très différents par leurs structures économiques, leurs langues, leurs cultures et leurs options politiques. Or, au lieu de converger, leurs économies ont divergé. L’écart s’est creusé entre l’Allemagne industrielle et excédentaire au Nord et les pays du Sud de l’Europe déficitaires et en voie de désindustrialisation rapide. La monnaie unique était censée unir. Elle divise. Les politiques de rigueur conjuguées conduisent à une récession généralisée.       <br />
              <br />
       <b>5.</b>	Le sommet de Bruxelles n’a rien réglé. Il n’a posé que des rustines. Les ressources disponibles du Fonds européen de solidarité financière sont insuffisantes : 250 milliards face aux 3 400 milliards de dettes des cinq pays « sous tension ». Cette insuffisance ouvre la voie à l’ingérence extérieure. Après la Grèce, qui renâcle devant sa mise en tutelle, c’est le tour de l’Italie d’être attaquée et mise sous le contrôle du FMI. La rigueur s’impose par diktat. Au sommet du G20, à Cannes, la crise de l’euro a occulté le reste : la réforme du système monétaire international n’a pas progressé.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>6.</b>	Il y a pourtant des solutions pour réconcilier l’Europe avec le progrès et avec la démocratie, essentiellement deux :       <br />
              <br />
       a)	Pour sauver la monnaie unique, adosser le Fonds européen de solidarité financière aux ressources de la Banque Centrale européenne, comme l’avait proposé initialement le gouvernement français, afin de casser la spéculation. Donner à la Banque Centrale européenne les mêmes prérogatives que la Banque Centrale américaine qui détient 2000 milliards de bons du Trésor américain et soutient la croissance aux Etats-Unis.       <br />
              <br />
       b)	A défaut d’un accord du gouvernement allemand sur cette première solution, le compte à rebours de la dissociation de la zone euro est enclenché. Mais il est encore possible de limiter les dégâts :        <br />
       -	il faudrait organiser de manière négociée la mutation de la monnaie unique en monnaie commune, projet raisonnable, soutenu il y a une vingtaine d’années par M. Bérégovoy et par M. Balladur ;       <br />
       -	il faudrait pour cela négocier un système de parités stables et ajustables pour corriger les écarts de compétitivité entre les différents pays tout en préservant l’euro comme « toit européen commun ». Cet euro pourrait être utilisé dans les échanges extérieurs, les monnaies nationales étant réservées aux transactions internes. Il n’est pas déshonorant de rectifier une erreur et de revenir à un système monétaire moins rigide et plus souple.       <br />
              <br />
       <b>7.</b>	Malheureusement les dirigeants de l’Europe ne sont pas capables de faire des choix viables et cohérents, soit pour sauver la monnaie unique en réformant son architecture, ce que j’ai toujours proposé, soit pour revenir à une monnaie commune, plus robuste. Ils manquent du plus élémentaire réalisme pour sortir de l’impasse à moindres frais.       <br />
              <br />
       <b>8.</b>	Face aux secousses inévitables, il faut garder le cap des  intérêts supérieurs de la France et de la République. Ceux qui nous dirigent ou aspirent à le faire, l’ont le plus souvent perdu de vue. Or, il n’est pas de cap pour qui ne connaît pas le port.        <br />
              <br />
              <br />
       Quels sont ces intérêts majeurs que dans les années à venir il faudra conserver à l’esprit ? J’en vois quatre :       <br />
              <br />
       a)	<span class="u">D’abord une monnaie moins chère que l’euro actuel surévalué de 25 %.</span> Une monnaie moins chère pour permettre la réindustrialisation. Notre base industrielle a rétréci de moitié depuis trente ans. Or, sans base productive solide, pas de protection sociale efficace ! Voilà trente ans que je le répète : une industrie moderne c’est la condition de tout le reste : exportations, recherche, emploi, y compris dans les services, avenir de la jeunesse.       <br />
              <br />
       b)	<span class="u">Deuxièmement, il faut organiser une Europe de la croissance</span>, avec politique monétaire active, une monnaie non surévaluée, un commerce ouvert aux concurrences loyales, un plan d’investissements dans les secteurs d’avenir (transition énergétique, transports et villes durables, etc.). Il n’est pas normal que l’Europe soit le seul continent voué à la stagnation économique.       <br />
              <br />
       c)	<span class="u">Troisièmement il faut préserver, avec la démocratie et les droits du Parlement, notre souveraineté budgétaire et fiscale, sauvegarder notre indépendance en matière énergétique, de défense et de politique extérieure.</span> Pas question de brader l’atout nucléaire de la France. Nos centrales nous donnent une électricité 40 % moins chère que celle qu’il faudrait produire en substitut. Pas question de laisser partir en fumée des centaines de milliards investis depuis un demi-siècle ! Pas question de sacrifier sur l’autel de la règle d’airain budgétaire, la dissuasion nucléaire qui garantit notre sécurité à long terme. Pas question de sacrifier non plus notre siège de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’O NU ou notre réseau diplomatique, le deuxième du monde.       <br />
              <br />
       d)	<span class="u">Il faut enfin redresser l’Europe : construire une Europe européenne qui soit un pôle dans le monde multipolaire de demain.</span> Une Europe non pas fédérale – ce n’est pas mûr – mais confédérale, appuyée sur ses nations et sur la démocratie qui vit en chacune d’elle, une Europe à géométrie variable, avec une monnaie non pas unique mais commune. Pour construire cette « Europe européenne » une France forte est nécessaire.       <br />
              <br />
       <b>9.</b>	Ces quatre grands repères ne sont guère présents à l’esprit de ceux qui nous dirigent ou aspirent à nous diriger.       <br />
              <br />
       a)	Selon Nicolas Sarkozy, « si l’euro explose, l’Europe disparaît ». Cela n’a pas de sens. La Grande-Bretagne n’est pas dans l’euro mais elle est dans l’Europe. Celle-ci existait avant l’euro. Elle existera après. Nicolas Sarkozy nous dit qu’il faut coller à l’Allemagne. Il faut certes dialoguer avec elle mais en s’appuyant sur nos propres atouts. Nos modèles sont différents et nos intérêts peuvent l’être temporairement. Trouvons avec l’Allemagne les compromis nécessaires. Nicolas Sarkozy nous fixe l’horizon du « triple A ». Ce n’est pas un projet républicain dans lequel le peuple puisse se reconnaître. C’est transférer la souveraineté populaire aux agences de notation ! Au total, Nicolas Sarkozy ne nous offre à travers la règle d’or – en fait d’airain – que l’horizon d’une austérité à perpétuité.       <br />
              <br />
       b)	François Hollande refuse, lui, d’inscrire la règle d’or dans la Constitution mais il l’appliquerait, en réduisant dès 2013 le déficit budgétaire à 3 % du PIB. Je ne discerne pas la logique alternative qu’il propose. Il évoque les eurobonds mais l’Allemagne n’est pas prête à mutualiser sa dette avec celle des autres. Tout au plus accepterait-elle peut-être un emprunt européen pour financer quelques travaux d’infrastructures …       <br />
              <br />
       c)	Les invocations au fédéralisme qui se font entendre à gauche et à droite dissimulent le fait que ce fédéralisme ne peut être que coercitif et déboucher sur un espace disciplinaire.       <br />
              <br />
              <br />
       Les Français ont besoin de repères clairs, sur l’Ecole, la sécurité, l’intégration, mais d’abord sur l’Europe car c’est par là que la maison brûle. Il faut donc une vision et d’abord pour remettre l’Europe sur ses pieds.       <br />
              <br />
       La France, depuis trop longtemps, minée par le doute, doit retrouver confiance en elle-même : les secousses sont inévitables et l’effort le sera aussi. Mais cet effort doit avoir un sens, et la justice être au rendez-vous.       <br />
              <br />
       Il faut enfin parler le langage de la vérité, y compris sur les moyens que nous prendrons. C’est le seul moyen d’éviter les déceptions après 2012. Nous ferons ainsi barrage à l’extrême droite.       <br />
              <br />
       Il faut remettre d’aplomb la République et refaire des citoyens. C’est pour cela que j’ai choisi de faire entendre ma voix
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Quatre-reperes-d-interet-vital-pour-la-France-et-la-Republique_a1242.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Réponse à Alain Juppé</title>
   <pubDate>Sun, 06 Nov 2011 14:05:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div>
      J'aimerais <a class="link" href="http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/11/06/97001-20111106FILWWW00045-juppe-raille-la-candidature-de-chevenement.php">être sûr</a> que les restrictions budgétaires ne mettent pas un jour en cause notre dissuasion nucléaire. C'en serait fait alors de l'indépendance stratégique de la France et au delà d'une Europe européenne dont j'ai toujours soutenu la perspective.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Reponse-a-Alain-Juppe_a1248.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Ne soyons pas naïfs, l’idée d’un monde sans armes nucléaires n’est pas pour demain</title>
   <pubDate>Fri, 26 Nov 2010 10:18:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Projet d’intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat, débat sur le budget de la Défense, vendredi 26 novembre 2010.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2507327-3529094.jpg?v=1290763755" alt="Ne soyons pas naïfs, l’idée d’un monde sans armes nucléaires n’est pas pour demain" title="Ne soyons pas naïfs, l’idée d’un monde sans armes nucléaires n’est pas pour demain" />
     </div>
     <div>
      Monsieur le Ministre d’Etat,       <br />
              <br />
       La loi de programmation militaire 2009-2014 est évidemment remise en cause par la crise des finances publiques et les engagements pris à Bruxelles de réduire le déficit public à 3% du PIB en 2013. La mission Défense voit ses crédits réduits de 3,6 milliards d’euros, réduction partiellement compensée par une croissance aléatoire de recettes exceptionnelles. Les trois rapporteurs de la Commission des Finances évaluent à ce titre la perte de ressources potentielles à 5 milliards d’euros sur la période 2009-2014.        <br />
              <br />
       Les rapporteurs évoquent également un risque de cannibalisation des dépenses d’équipement par les dépenses de fonctionnement, dérapage observé en 2009 à hauteur de 1,2 milliard d’euros.        <br />
              <br />
       Ce n’est pas une petite encoche !       <br />
              <br />
       A cela s’ajoute le surcoût des opérations extérieures, seulement partiellement pris en compte par la réserve de précaution interministérielle. Au total, il  pourrait manquer, selon les rapporteurs de la Commission des Finances, entre 10 et 35 milliards d’euros sur la durée de la loi de programmation militaire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Enfin, le risque n’est pas mince de voir les crédits du ministère de la Défense servir de gisement d’économies, si les prévisions de croissance du gouvernement (2 % pour l’an prochain) devaient s’avérer trop optimistes, comme l’indique l’OCDE qui table sur une progression de 1,6 % seulement. Vous devrez donc vous battre, Monsieur le Ministre d’Etat, pour défendre bec et ongles vos crédits ! Dans une enveloppe de plus en plus contrainte, vous êtes en effet affronté à des choix de plus en plus difficiles.       <br />
              <br />
       Dans les arbitrages réalisés, l’argument industriel passe avant l’argument militaire : c’est ainsi que le « bourrage » de votre budget par l’acquisition de treize Rafales supplémentaires va conduire à décaler au-delà de 2014 la rénovation à mi-vie des 77 Mirages 2000-D que le Chef d’Etat major de l’Armée de l’Air qualifiait, le 7 octobre 2009, d’«élément central de notre stratégie de modernisation de l’aviation de combat. »       <br />
              <br />
       La dégradation de notre capacité en matière d’aviation de transport militaire, consécutive au retard de l’A 400 M et à l’obsolescence des Transall, va obérer notre capacité de projection prévue à hauteur de 30 000 hommes sans relève pendant un an sous préavis de six mois. Or, cet objectif, selon le projet de loi, ne serait plus atteint qu’à hauteur de 95 % en 2011 et 90 % en 2013.       <br />
              <br />
       J’observe que les effectifs, en exécution budgétaire, sont inférieurs de 4 000 équivalents temps plein aux prévisions. La modification brutale et injuste du régime de retraite des personnels non officiers est très mal ressentie. Il est nécessaire que vous trouviez une solution pour maintenir le minimum garanti, soit environ 600 euros par mois, après quinze ans de services. C’est un contrat de confiance passé avec nos soldats !       <br />
              <br />
       Le diable se niche, dit-on, dans les détails. Le LRU (lance-roquette unitaire) devait remplacer le LRM depuis l’interdiction des armes à sous munitions respectée par la France mais que n’ont signée ni les Etats-Unis, ni la Russie, ni la Chine, ni l’Inde, ni le Pakistan, ni Israël. Notons que sur deux régiments LRM, l’un, celui de Haguenau, a été supprimé. L’autre, le 1er RA de Belfort, devait recevoir le LRU. Celui-ci devait permettre à l’armée de terre de conserver une capacité de frappe tout temps vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce que ne peut faire l’arme aérienne. Le général, chef d’Etat major de l’Armée de Terre, soulignait en octobre 2009 la valeur dissuasive de ce système d’armes, dont sont dotés Américains et Britanniques, et qui permet d’emporter une charge de 70 kilos à 70 km avec un écart décamétrique. Or, le LRU est décalé : les crédits de paiement, 25 millions d’euros en 2010, sont ramenés à 7,8 millions d’euros en 2011. Cela signifie que nous n’avons quasiment plus d’artillerie. En effet, la Loi de programmation militaire prévoyait par ailleurs la livraison de soixante-neuf automoteurs à roues « Caesar » de 155 mm pendant la période 2009-2014. Les livraisons – vingt-cinq en 2010 – sont ramenées à quatre en 2011. Les autorisations d’engagement tombent de 30 millions en 2010 à 1,97 en 2011. Est-ce bien sérieux ?        <br />
              <br />
       Les arbitrages financiers peuvent-ils se substituer à l’appréciation politico-militaire ? Je souhaite, Monsieur le Ministre d’Etat, que vous vous penchiez sur ce dossier du LRU.       <br />
              <br />
       Bien entendu, un budget, une loi de programmation ne prennent sens que dans une perspective politico-militaire plus large. En 2013, nous avons réintégré la structure militaire de l’OTAN au prétexte de faire avancer la défense européenne. Il n’a évidemment rien résulté de tel, bien au contraire : jamais l’effort de défense des pays européens n’a été aussi réduit – 1 % environ de leur PIB, à l’exception de la France et de la Grande-Bretagne.       <br />
              <br />
       Vous avancerez en sens inverse les accords de défense franco-britanniques du 2 novembre 2010. Mais ces accords se placent, vous le savez bien, sur un strict plan bilatéral et répondent à une logique essentiellement budgétaire.        <br />
              <br />
       Nous avons accepté, par le traité de Lisbonne, que l’OTAN soit pour les pays qui en sont membres, l’instance d’élaboration et de mise en œuvre de leur politique de défense. La réintégration de l’OTAN par la France qui s’en est ensuivie, a un coût, en personnels et en crédits. Rappelons que l’OTAN accuse cette année un déficit de 650 millions de dollars qui pourrait atteindre 1,4 milliard en 2011.  Mais l’OTAN n’est pas seulement une organisation, c’est une politique. C’est d’abord notre participation à la FIAS en Afghanistan. Celle-ci représente plus de 50 % du surcoût des opérations extérieures. Le sommet de Lisbonne a semblé fixer un calendrier de retrait alors qu’il eût fallu réviser à la baisse les objectifs trop ambitieux arrêtés au sommet de Bucarest : nous n’exporterons pas la démocratie à l’occidentale en Afghanistan. En refusant de nous fixer le seul objectif réaliste : dissocier les Pachtounes du terrorisme international d’Al Quäida, nous nous mettrons dans un engrenage dont nous ne pourrons pas sortir honorablement. A cet égard, la résolution sortie du sommet de Lisbonne ne signifie rien d’autre qu’un alignement sur les positions américaines à venir, quelles qu’elles soient. Nous n’avons d’autre moyen de peser sur les décisions, qui seront prises le moment venu par le Président américain, que par la capacité d’influence que vous pourrez peut-être exercer sur les responsables militaires et politiques américains. La politique de contre-insurrection ne peut réussir que si elle est menée par une force autochtone.       <br />
              <br />
       La décision la plus grave prise au sommet de Lisbonne est évidemment le ralliement de la France sans tambour ni trompettes, à une défense antimissile vis-à-vis de laquelle nous avions marqué nos réserves voire notre hostilité depuis 1984. La déclaration finale précise que la défense antimissile deviendra – je cite – « partie intégrante de notre posture générale de défense ». Nous n’avons pas obtenu que soit précisé le fait que la DAMB ne saurait être qu’un complément à la dissuasion et non un substitut. Bien au contraire, l’OTAN endosse la posture de défense américaine qui repose sur une triade : nouvelles armes  conventionnelles, défense antimissile et armes nucléaires dont le rôle est appelé à se réduire. La déclaration de Lisbonne vise à « réduire – je cite – notre dépendance dans la stratégie de l’OTAN à l’égard des armes nucléaires ».        <br />
              <br />
       Cette orientation est néfaste, Monsieur le Ministre d’Etat. Elle contribuera à saper la crédibilité et la légitimité de notre dissuasion nucléaire. Or celle-ci reste nécessaire. La France n’est pas menacée que par le terrorisme. L’évolution rapide de la géographie des puissances en Asie et au Moyen-Orient comporte des risques bien supérieurs. Que seront demain les relations entre la Russie et les Etats-Unis ? Ne soyons pas naïfs, l’idée d’un monde sans armes nucléaires n’est pas pour demain : les Etats-Unis et la Russie détiennent 9 000 et 13 000 têtes nucléaires, plus de 90 % du total. Pour les stratèges du Pentagone, les arsenaux russe et chinois sont dimensionnants. Si nous avons calibré notre dissuasion en fonction du principe de stricte suffisance, la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord continuent de développer leurs arsenaux. Le Pakistan refuse l’ouverture d’une négociation sur l’interdiction de la production de matières fissiles à usage militaire. La Chine sur ce sujet refuse tout moratoire. Les Etats-Unis enfin ne sont pas à la veille de ratifier les traités d’interdiction des essais nucléaires pourtant signés en 1992. Le président Obama ne dispose pas de la majorité des deux tiers au Sénat, soit 67 sénateurs, nécessaire pour pouvoir ratifier le traité. Aussi bien pour des raisons industrielles, le démantèlement des arsenaux existants, à supposer qu’il soit décidé, prendrait au moins trois décennies. La vérité est que les Etats-Unis ont les moyens de mener des guerres conventionnelles à longue distance, pas la France.        <br />
              <br />
       Ce n’est que récemment que la France a fait évoluer son langage sur la défense antimissile. Le Président de la République, dans son discours de Cherbourg, en janvier 2008, a admis que la défense antimissile pouvait être un « complément » de la dissuasion nucléaire. L’argument est connu : la possession d’un glaive ne dispense pas de se donner la protection d’un bouclier.        <br />
              <br />
       Mais dans la lutte entre le glaive et le bouclier, il n’y a pas d’exemple que le glaive ne l’ait pas, en définitive, emporté. Le limes romain, la grande muraille de Chine, la ligne Maginot, le Mur de l’Atlantique ont tous été percés ou contournés. D’ores et déjà, on sait, par des renseignements puisés aux meilleures sources, que les interceptions réalisées par les Etats-Unis, dans des conditions d’exercice, ne réussissent qu’à 80 %. L’étanchéité du bouclier spatial n’est pas assurée. On évoque aussi le souci de sécurité exprimé par nos alliés en Europe. Encore faudrait-il que ceux-ci commencent par renoncer à contester le principe même de la dissuasion nucléaire !       <br />
              <br />
       Le coût de 200 millions d’euros avancé à Lisbonne pour l’accès à un système de commandement et de contrôle dit C2 est évidemment sous-évalué. Le coût de la seule défense de théâtre (ALTBMD), premier objectif de la nouvelle approche phasée et adaptée, définie par le Président Obama à l’horizon 2015, atteindrait 833 millions d’euros selon le directeur aux Affaires Stratégiques du ministère de la Défense, à quoi il faudrait ajouter le coût des phases 3 et 4, relatives à la défense des territoires, actuellement non chiffré.       <br />
              <br />
       Loin d’être complémentaire de la dissuasion, la défense anti-missile se révélera inévitablement comme contradictoire : par le coût financier prohibitif qu’elle représente potentiellement et par le sentiment de fausse sécurité qu’elle ne manquerait pas d’entraîner dans l’opinion, en créant un syndrome « ligne Maginot », profondément démobilisateur pour l’esprit de défense. Il n’est que de regarder autour de nous en Europe pour constater que les partisans de la défense antimissile se recrutent essentiellement parmi les pays qui consacrent à peine        <br />
       1 % de leur PIB à leur défense, dont l’opinion publique est majoritairement pacifiste et qui, nucléairement parlant, proposent un désarmement unilatéral, comme l’Allemagne, le Benelux ou la Norvège.       <br />
              <br />
       Nous aurons l’occasion de débattre à nouveau de cette question. Si une défense de théâtre répondant à la réalité des menaces est pour nous accessible, une défense des territoires évoquée par le Président Obama à Lisbonne est à tous égards un leurre.       <br />
              <br />
       Cet acquiescement à la défense antimissile est une des conséquences fâcheuses de la décision prise de réintégrer l’organisation militaire de l’OTAN. « On ne peut pas ne pas acquiescer, dira-t-on, à la déclaration conjointe de tous nos alliés au sein de l’OTAN. « On ne peut pas ne pas» c’est la philosophie des suivistes. Je ne pense pas que ce soit la vôtre. Eclairez-nous donc, M le Ministre d’Etat, sur la portée que vous donnez à la déclaration que la France a souscrite à Lisbonne.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/2507327-3529094.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Ne-soyons-pas-naifs-l-idee-d-un-monde-sans-armes-nucleaires-n-est-pas-pour-demain_a1021.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Quand les moyens manquent, c’est le message qui compte</title>
   <pubDate>Thu, 25 Nov 2010 19:53:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Projet d’intervention de Jean-Pierre Chevènement, débat au Sénat sur les actions extérieures de l’Etat, jeudi 25 novembre 2010.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2505881-3526914.jpg?v=1290700667" alt="Quand les moyens manquent, c’est le message qui compte" title="Quand les moyens manquent, c’est le message qui compte" />
     </div>
     <div>
      Madame le Ministre d’Etat,       <br />
              <br />
       Votre nomination comme ministre des Affaires étrangères a été bien accueillie. On vous accorde un certain sens de l’Etat. Vous avez l’expérience de trois ministères régaliens. Vous avez une certaine idée de la France. Tout cela vous prépare à l’exercice de ces fonctions emblématiques de Ministre des Affaires étrangères et européennes, mais vous sensibilise aussi certainement à la difficulté de la tâche.       <br />
              <br />
       Vous héritez en effet d’un ministère dont les marges de manœuvre n’ont cessé de se resserrer du fait de la croissance de nos engagements multilatéraux et de la réduction de ses moyens propres sous l’effet de la révision générale des politiques publiques. Vous avez déjà rendu 550 postes d’équivalents temps plein de 2008 à 2010, et vous allez devoir en rendre 610 de 2011 à 2013 (160 en 2011 et 450 en 2012-2013). L’année prochaine, les crédits de soutien du ministère vont baisser de 5 %.       <br />
              <br />
       Comment, dans ces conditions, maintenir l’objectif de l’universalité de notre réseau diplomatique et consulaire ? Votre tâche, Madame le Ministre d’Etat, est difficile. Est-il en bien raisonnable d’appliquer à un ministère, qui incarne le visage de la France à l’étranger et dont le budget dépasse à peine 5 milliards d’euros (5 016 en Autorisations d’Engagement et 5 100 en crédits de paiement), les disciplines uniformément rudes de la RGPP ? La Cour des Comptes, alors présidée par Philippe Seguin, avait fait valoir le caractère pénalisant de cette règle indiscriminée pour certaines fonctions dont l’Etat ne peut s’exonérer et cela est particulièrement vrai pour votre ministère qui depuis longtemps est un ministère maltraité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Le rapporteur de la Commission des Finances, M. Gouteyron, évoque pour justifier la politique de cessions immobilières du Ministère des Affaires étrangères et européennes « des biens emblématiques mais témoins d’une autre époque ». Mais, vous le sentez bien, la cession de l’immeuble des services culturels à New York, du Palais Lenzi à Florence ou de la Résidence de l’Ambassadeur à Buenos Aires seront autant de mauvais coups portés au prestige de la France à l’étranger. Les moyens d’action de nos postes sont sévèrement touchés par cette politique de rigueur qui porte atteinte à ce qui constitue encore un atout majeur de la France : la disposition d’une diplomatie à vocation mondiale. C’est cet atout que vous devez préserver. On ne peut vous tenir rigueur du budget 2011. Ce n’est pas vous qui l’avez préparé. Mais vous devez rendre le Président de la République conscient de la nécessité d’épargner notre outil diplomatique, bref de l’exonérer des effets de la RGPP2 pour les années 2012 et 2013.        <br />
              <br />
       Contrainte de gérer la pénurie en 2011, que pouvez-vous faire, Madame le Ministre d’Etat, pour donner sens à l’action extérieure de l’Etat ? Il ne m’appartient évidemment pas de vous donner des conseils.        <br />
              <br />
       Il me semble qu’il vous faut tout d’abord réussir la mise sur pied de l’Institut français. Celle-ci dépendra beaucoup des synergies qui seront trouvées avec le Ministère de la Culture ou l’audiovisuel extérieur. Il y a là un défi à relever que la réduction des moyens en personnels rendra difficile. De même faudra-t-il veiller à ce que l’expérimentation du rattachement à l’Institut, dans les trois ans à venir, d’une dizaine de centres culturels se fasse à travers des personnels compétents et motivés et ne se traduise pas par une déperdition des acquis. Il ne serait pas acceptable que la création de l’Institut français se traduise en réalité par la poursuite du mouvement de fermetures des centres et instituts culturels déjà plus qu’engagé en Europe. La question de l’Institut français est inséparable de la question de la langue française et donc de la francophonie. Beaucoup de vos collègues acceptent que l’anglais se substitue au français comme langue d’enseignement par exemple dans certaines universités ou grandes écoles. Nous comptons sur vous, Madame le Ministre d’Etat, pour maintenir et promouvoir l’usage du français en France comme dans les institutions internationales, sinon à quoi servirait l’augmentation de nos contributions internationales ? Il y aura plus de 700 millions d’habitants en 2050 dans les pays francophones. Ce devrait être une priorité de votre ministère et de l’Agence française pour le Développement que de soutenir dans ces pays le développement des systèmes éducatifs. Formidable enjeu quand on sait que l’alphabétisation de la jeunesse dans ces pays n’est réalisée qu’aux deux tiers !       <br />
              <br />
       Je ne m’étendrai pas sur le rôle essentiel de « Campus France » pour attirer les étudiants étrangers en France. Cela fait partie du rayonnement de notre pays. De même les perspectives financières de l’AEFE sont-elles préoccupantes. La prise en charge des frais de scolarité a été une erreur grave. Il serait plus efficace et plus juste de revenir à un système de bourses accordées sur critères sociaux.       <br />
              <br />
       Mais tout n’est pas dans les moyens, Madame le Ministre d’Etat. Ce n’est pas à vous que j’apprendrai que quand les moyens manquent, c’est le message qui compte : vous portez la voix de la France mais il y a plusieurs manières de décliner son message. La voix de la France a été entendue dans le passé, non pas seulement parce qu’elle était indépendante, condition nécessaire mais non suffisante, mais parce qu’elle allait au fond des choses.       <br />
              <br />
       L’héritage que vous devez assumer est lourd : ainsi le retour de la France dans les structures militaires intégrées de l’OTAN, et l’enlisement de plus en plus perceptible dans une intervention mal calibrée en Afghanistan, dont les Etats-Unis seuls maîtrisent les objectifs véritables et le cours, au risque de se contredire eux-mêmes par des annonces intempestives. La déclaration de Lisbonne en fait foi, qui annonce un dégagement en précisant simultanément qu’il n’y a pas de calendrier !       <br />
              <br />
       Que penser enfin de cette déclaration de Lisbonne qui entérine le ralliement de la France à l’extension  à l’Europe du bouclier antimissile américain ? Elle reprend ainsi la doctrine de défense des Etats-Unis reposant sur une triade : nouvelles armes conventionnelles, bouclier antimissile balistique et dissuasion nucléaire dont le rôle -  est-il précisé – est appelé à se réduire. Ce n’est pas là notre doctrine ! Ou alors j’ai mal compris !        <br />
              <br />
       La dissuasion nucléaire française ne peut manquer d’être affectée par ce ralliement à la DAMB américaine. Financièrement d’abord : où trouvera-t-on l’argent ? Dans sa crédibilité ensuite : le bouclier antimissile montre qu’on ne croit pas au fond en la dissuasion. Politiquement enfin : pense-t-on que les pays européens membres de l’OTAN qui réclament déjà le retrait des armes tactiques américaines ne vont pas contester de plus en plus notre dissuasion stratégique ?       <br />
              <br />
       Tout se tient : en signant le traité de Lisbonne de 2008 sur l’Union européenne, nous avons accepté que les pays membres de l’OTAN fassent de celle-ci « l’instance d’élaboration et de mise en œuvre de leur défense. » L’OTAN qui devait faire avancer la « défense européenne », selon le Président de la République, a renvoyé celle-ci au magasin des accessoires.        <br />
              <br />
       Croyez-vous enfin que la crise de l’euro s’arrêtera à l’Irlande ? Je connais d’autres pays où les banques françaises sont encore plus fortement engagées ! peut-on exclure qu’après l’Espagne, l’Italie et la France soient à leur tour menacées et voient s’élever l’écart des taux d’emprunt avec l’Allemagne ? C’est le Président de la République lui-même qui déclarait en février dernier qu’il regardait tous les matins les spreads à la télévision, c’est-à-dire l’écart des taux auxquels se placent les enchères de dettes !       <br />
              <br />
       Même si la dissuasion ne représente que 10 % de notre budget de défense, êtes-vous sûre que la pression de nos voisins ne sera pas si forte que nous serons conduits progressivement à l’abandonner ?        <br />
              <br />
       Le traité de Lisbonne crée une diplomatie européenne à travers un service européen d’Action Extérieure. Celui-ci devrait compter entre cinq et six mille agents. Quelle sera la part de la France ? Où prélèverez-vous les postes nécessaires ? Comment ferez-vous pour que cette diplomatie européenne ne soit pas concurrente de la nôtre ? Comment empêcherez-vous l’écrémage de nos cadres ? Vous êtes-vous avisée du régime indemnitaire dont vont bénéficier les membres de ce service européen d’action extérieure ?       <br />
              <br />
       Oui l’héritage est lourd, Madame la ministre d’Etat. Car la France doit rester un pays souverain, même si elle participe à des organisations internationales auxquelles certaines compétences, selon la Constitution, ont été déléguées. Déléguer ce n’est pas abandonner sans retour sa souveraineté. Et cela n’a de sens que si la France, loin de renoncer à peser, entend au contraire démultiplier en influence.       <br />
              <br />
       S’agissant de la dissuasion nucléaire française, elle ne doit en aucun cas voir son utilisation discutée dans le groupe des plans nucléaires de l’OTAN. Il est essentiel que seul le Président de la République puisse en disposer.        <br />
              <br />
       L’OTAN coûte cher, trop cher pour ce qu’elle apporte en contrepartie. Idéalement, elle ne devrait pas réduire les marges de liberté de notre diplomatie. On attend de vous que vous parliez haut, Madame la Ministre d’Etat, bien sûr pour faire entendre la voix de la raison.        <br />
              <br />
       - En Afghanistan, il faut réduire nos objectifs à la dissociation de l’élément pachtoune d’avec le terrorisme d’Al Quaïda       <br />
       - Sur l’Iran, il faut parvenir à une solution négociée. Les initiatives de la diplomatie américaine vont dans le bon sens. Certes nous aimerions être mieux associés. Encore faudrait-il pour cela que nous ne jouions pas les boute-feu. Cela ne ferait à terme que pousser l’Iran dans les bras de la Chine. Beau résultat, après une politique qui depuis vingt ans et après l’écrasement de l’Irak en a fait la puissance dominante de la région du Golfe !       <br />
              <br />
       -S’agissant du bouclier antimissile de l’OTAN, Madame le Ministre d’Etat, il ne répond pas, vous le savez, à une menace balistique immédiate qu’aussi bien nous aurions les moyens de dissuader. Le seul objectif raisonnable que nous puissions nous donner est la défense antimissile de théâtre pour protéger nos forces déployées ou certains sites sensibles mais pas la défense de territoire visant à protéger les populations, objectif assigné par le Président Obama. Nous n’en avons pas les moyens. Aussi bien ce bouclier, vous le savez, est loin d’être étanche, selon des renseignements que nous avons Monsieur de Rohan et moi-même puisés aux meilleures sources. La défense antimissile de théâtre doit enfin préserver notre autonomie technologique. Nous ne devons participer qu’en nature. Pas un sou, au-delà de cet objectif ! Sanctuarisation des crédits de la dissuasion, y compris les crédits d’études amont ! Il y aura fort à faire pour éviter l’otanisation, c’est-à-dire la normalisation des esprits, au sein d’une famille occidentale des nations, à laquelle la France n’appartient qu’après la grande famille humaine.       <br />
              <br />
       De même, la France doit trouver un bon usage des institutions européennes : le rôle croissant du Conseil va dans le bon sens car il est la seule instance politique légitime parce qu’il engage les nations où vit la démocratie.        <br />
              <br />
       J’attire votre attention pour finir, Madame la Ministre d’Etat, sur la nécessité de refuser la politique d’austérité toujours renforcée que le gouvernement allemand cherche à imposer en Europe. Cette voie qui est aussi celle que dictent les marchés financiers dont la vue myope n’a plus besoin d’être démontrée, est une voie sans issue. Elle conduit à la récession et à l’aggravation de la situation des finances publiques. Il faut reréglementer les marchés financiers et notamment le marché des devises. Ce doit être l’objet du G8 et du G20 dont la France, cette année, assure la présidence. Les Affaires européennes sont au cœur de votre ministère. Saisissez-vous de cette question des marchés financiers pendant qu’il en est temps ! Ce n’est pas seulement l’affaire de Bercy. C’est l’avenir même de la construction européenne qui en dépend !       <br />
              <br />
       Bref, vous avez, Madame le Ministre d’Etat, un lourd héritage … mais une grande tâche !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>Eloge du général Gallois</title>
   <pubDate>Tue, 05 Oct 2010 13:30:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   par Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense, Saint-Louis des Invalides, 5 octobre 2010     <div>
      Je veux rendre au général Pierre-Marie Gallois qui nous a quitté le 23 août 2010, l’hommage dû à ce grand patriote, stratège éminent auquel la France doit, pour une grande part, d’avoir pu se doter des moyens d’une défense indépendante. Ce fut pour lui une grande épreuve que la vie presque centenaire du général Gallois ait coïncidé avec la crise nationale de longue durée dans laquelle la France est entrée depuis les années 1930.       <br />
              <br />
       Le général Pierre-Marie Gallois a vingt-neuf ans quand le foudroie, à Alger, le désastre de juin 1940. Pour le jeune officier de l’armée de l’Air, moderniste et déjà imbu des idées sur le bombardement stratégique du général italien Douhet, le patriotisme va désormais s’énoncer simplement : « Plus jamais ça ! Plus jamais juin 1940 ! »       <br />
              <br />
       Exécrant les responsables de la capitulation, il rejoint, en 1943, les Forces Aériennes de la France Libre puis le Bomber Command britannique au sein du groupe « Guyenne ». Engagé sur le front de l’Orne en juillet 1944, il effectuera 27 missions de bombardement lourd sur l’Allemagne et cinq missions de ravitaillement en essence d’Arnhem en Hollande.        <br />
              <br />
       De ces missions dangereuses, plus de la moitié des équipages engagés ne revinrent pas, soit le taux de pertes le plus élevé de l’aviation française pendant toute la durée de la guerre. Le général Gallois est cité à l’ordre de l’armée aérienne en 1945 ; il reçoit la Croix de guerre et est fait chevalier de la Légion d’Honneur.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Le général Gallois était aussi un artiste, un inventeur, un pédagogue, car chez lui les dons étaient multiples. Entre deux missions sur la base d’Elvington, il n’était pas rare de le voir brosser quelques grandes fresques, comme celles dont par la suite il orna les murs qui faisaient face à son appartement parisien. Peut-être l’art du trompe l’œil entre-t-il pour quelque chose dans celui de la stratégie ?       <br />
              <br />
       Pierre-Marie Gallois s’était initié à la pensée stratégique à Londres au sein des « Cahiers de la France Libre » où il avait exercé ses premiers talents d’écrivain militaire, au contact d’esprits originaux comme le polonais Stacho, émule de Clausewitz, ou André Labarthe, ou encore Raymond Aron. L’influence de la géopolitique, à travers la lecture de Camille Rougeron, des anglo-saxons Mackinder, Liddel Hart et de l’école allemande (Haushoffer, Ratzel) va donner à Pierre-Marie Gallois cette vue englobante des choses que nous lui connaissions bien, ces intuitions pénétrantes, allant à l’essentiel, cette souveraine liberté de l’esprit alliée au caractère indomptable qu’il a montré jusqu’à son dernier souffle.       <br />
              <br />
       Patriote épris de modernisme technique, Pierre-Marie Gallois va d’abord se consacrer à l’œuvre de reconstruction d’une aéronautique militaire française dans laquelle il voit le vecteur principal de toute projection de puissance. Affecté au cabinet du général en chef de l’Armée de l’Air en 1948, le général Lechères, il propose le premier plan quinquennal de constructions aéronautiques, rationnel et réaliste, au crédit duquel il faut porter le MD 450 Ouragan, début du règne de Dassault, le Nord-Atlas, le Fouga-Magister, produit à plus de mille exemplaires, l’Alouette II, et enfin la Caravelle. Au milieu des années cinquante, la France est redevenue la troisième puissance aéronautique du monde occidental, talonnant la Grande-Bretagne. Tout cela, me faisait-il observer un jour, sous la IVe République ! La France avait de beaux restes !        <br />
              <br />
       Pierre-Marie Gallois était un esprit libre, mais il n’aurait rien pu faire s’il n’avait été aussi un homme d’influence, et avant tout un pragmatique. Il est, en 1950, un collaborateur proche d’André Maroselli, Secrétaire d’Etat à l’Air dans le gouvernement de Georges Bidault où René Pleven est alors ministre de la Défense nationale. N’affichant pas en public d’affinités politiques, même s’il est proche des gaullistes, Pierre-Marie Gallois collabora avec tous les ministres de la Défense de la IVe république. Il développe ses réseaux dans le monde politique et dans la presse. En 1953, sans cesser d’appartenir au cabinet du ministre de la Défense, il est affecté à Rocquencourt, au SHAPE, le grand quartier général des puissances alliées en Europe, où le général américain Lauris Nordstad, chargé des affaires aériennes et nommé commandant suprême en 1956, va devenir pour lui un second père spirituel après le général Lechères.       <br />
              <br />
       Le colonel Gallois avait eu, en octobre 1945, la révélation des possibilités offertes à la France par l’atome militaire, à travers un article de l’Amiral Castex paru dans la <span style="font-style:italic">Revue de la Défense Nationale</span>. Pour la première fois, celui-ci jetait les bases de ce qu’on appellera « la dissuasion du faible au fort ».       <br />
              <br />
       D’autres que Pierre-Marie Gallois, les colonels Charles Ailleret, André Beaufre, Lucien Poirier, aperçoivent eux aussi la révolution que peut constituer le nucléaire militaire. Ailleret en particulier crée, à Bourges, le « Centre d’Instruction des Armes spéciales » en 1950. Il deviendra Chef d’Etat Major des Armées en 1962 jusqu’à sa mort en 1968.       <br />
              <br />
       Mais c’est Pierre-Marie Gallois, parce qu’il occupe en permanence un poste en cabinet ministériel, qui va convaincre, par sa fougue et son entregent, les hommes politiques responsables - Pleven, Pinay, Mendès-France, Guy Mollet, Bourges-Maunoury, Chaban-Delmas - de la nécessité de l’atome national, ou du moins de ne pas y faire obstacle.       <br />
              <br />
       Pierre-Marie Gallois expose publiquement ses vues dès 1954 : « L’arme aérienne est devenue l’arme essentielle à la fois d’une agression et parallèlement du découragement d’une pareille agression. » 1954, apparaît rétrospectivement comme l’année des choix. Cette question était au cœur de l’affaire de la CED. Le 26 décembre 1954, au terme d’un Conseil de Défense houleux, Pierre Mendès-France accepte le lancement d’un programme secret d’études, même s’il renvoie à plus tard, la décision de fabriquer la bombe.       <br />
              <br />
       Le 14 mars 1956, le général Gallois rencontre Guy Mollet, en compagnie du ministre de la Défense, Chaban-Delmas. Quoique fort réticent, Guy Mollet accepte la poursuite des études engagées. Le 2 avril 1956, c’est l’entrevue du général de Gaulle et de Pierre-Marie Gallois, à l’Hôtel Lapérouse, entrevue curieusement suggérée par le général Norstad.        <br />
              <br />
       Il n’est guère douteux que sans l’effort incessant de Pierre-Marie Gallois, la mise à feu de « Gerboise Bleue » en 1960 n’aurait pas été possible. Certes la décision ultime revint au général de Gaulle, mais celui-ci n’aurait pas pu la prendre sans l’effort de conviction et sans l’action de propagandiste de Pierre-Marie Gallois à laquelle il me paraît juste d’associer Charles Ailleret.        <br />
              <br />
       Homme d’influence, Pierre-Marie Gallois était aussi un militant, ou plus exactement un citoyen car il n’avait en vue que l’intérêt national : n’hésitant pas à faire appel à l’opinion publique, il ne se fit pas que des amis. Cela lui valut une retraite précoce en 1957, mais le libéra aussi pour d’autres tâches : la mise au point de notre premier vecteur nucléaire, le Mirage IV, chez Marcel Dassault, et surtout une contribution essentielle à la pensée stratégique française, avec la parution, en 1960, de son œuvre maîtresse <a class="link" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2755403470?ie=UTF8&amp;tag=chevenement20-21&amp;linkCode=xm2&amp;camp=1642&amp;creativeASIN=2755403470">Stratégie de l’âge nucléaire</a>, préfacée par Raymond Aron, avec lequel il entrera par la suite en controverse sur le point de savoir si le nucléaire périme ou non les alliances.       <br />
              <br />
       Pierre-Marie Gallois évoque, dans son premier chapitre, « les instruments d’une paix forcée » et Raymond Aron opine : « Il vaut mieux préparer une guerre atomique qui ne peut avoir lieu … que de se donner les moyens d’un conflit qui serait possible, parce qu’il serait mené avec des moyens uniquement conventionnels. Problématique toujours actuelle à l’heure où certains évoquent un « monde sans armes nucléaires ».       <br />
              <br />
       De la stratégie à l’âge nucléaire, le général Gallois définit précisément les lois : dissuasion, défensive mais active, invulnérabilité des forces de riposte, dissuasion proportionnelle : une échelle de puissances de destruction pourrait être associée à la hiérarchie des peuples telle que la voit l’agresseur potentiel– justification de la dissuasion nationale qui n’a de sens que dans le cas d’une menace d’anéantissement.       <br />
              <br />
       Ecrite dans un style clair et convaincant, l’œuvre doctrinale du général Gallois a contribué à la création d’un consensus national entre les principales forces politiques du pays depuis la fin des années 1970. Ce consensus ne s’est pas relâché. En décrivant dans son deuxième chapitre de son livre majeur « les conditions de la sécurité », le général Gallois ne s’est pas trompé : la paix a été maintenue sur notre continent tout au long de la guerre froide, grâce à l’atome militaire.        <br />
              <br />
       Le Général Gallois a consacré la deuxième partie de sa vie à l’analyse stratégique pour combattre les dérives doctrinales et les tentations du renoncement. Il a élargi sa vue à l’ensemble des problèmes mondiaux, n’hésitant pas à dire les conséquences ruineuses que ne manqueraient pas d’avoir les « guerres du pétrole » américaines, directes en Irak, ou indirectes en Yougoslavie. Citons encore parmi ses œuvres majeures : <a class="link" href="http://www.amazon.fr/G%C3%A9opolitique-puissance-Pierre-Marie-Gallois/dp/2259023940/ref=sr_1_1?s=books&amp;ie=UTF8&amp;qid=1286278088&amp;sr=1-1">Les voies de la puissance</a> et ses mémoires au titre évocateur : <a class="link" href="http://www.amazon.fr/Sablier-du-si%C3%A8cle-T%C3%A9moignages/dp/2825112380/ref=sr_1_12?s=books&amp;ie=UTF8&amp;qid=1286278028&amp;sr=1-12">Le sablier du siècle</a>. Il se préoccupait aussi, dans les derniers entretiens que j’ai eu avec lui, des conséquences internationales de l’inéluctable montée de la Chine. Citoyen, il l’est resté jusqu’au bout, me faisant l’honneur de défendre à mes côtés, en plusieurs occasions, la souveraineté nationale, sans laquelle il ne peut y avoir de liberté pour la France ni de démocratie.       <br />
              <br />
       La France dispose aujourd’hui, en partie grâce à lui, d’une force de dissuasion autonome calibrée selon un concept de stricte suffisance mais qui ne relève que de l’autorité du Président de la République, comme celui-ci l’a rappelé dans son discours de Cherbourg en janvier 2008. C’est un atout majeur que la France conserve pour préserver sa sécurité et contribuer à l’émergence, un jour, d’une « Europe européenne ». Et c’est la condition du maintien d’un précieux « consensus national » sur les conditions de notre Défense.       <br />
              <br />
       Le général Gallois a bien mérité de la patrie. C’est ce qu’a reconnu le Président de la République, en l’élevant, le 26 août dernier, à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur.       <br />
              <br />
       Nous avons perdu un grand Français. C’est grâce à des hommes comme lui que la France vit et ne disparaîtra pas. Bien que tenté quelquefois par le désespoir, il nous a appris, malgré tout, à garder confiance dans le destin de la patrie. Nous n’oublierons pas cet homme magnifique, généreux, son regard clair, son courage, le stoïcisme dont il a fait preuve jusqu’à ses dernier instants. Sa pensée, son action, son exemple, survivront dans notre cœur.       <br />
              <br />
       J’assure son fils Philippe, toute sa famille et ses proches qui l’ont accompagné jusqu’au bout de notre émotion et de notre peine.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
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     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Eloge-du-general-Gallois_a1008.html</link>
  </item>

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   <title>Réaction de Jean-Pierre Chevènement au décès du général Pierre-Marie Gallois</title>
   <pubDate>Mon, 23 Aug 2010 13:25:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Avec le général Pierre-Marie Gallois, c’est un visionnaire, un patriote, un homme aux multiples talents, un des grands penseurs français de la stratégie nucléaire qui disparaît.     <div>
      Pierre-Marie Gallois était un officier non conformiste. Il n’avait jamais accepté l’effondrement de 1940 et s’était très vite retrouvé à Londres, servant dans l’aviation de bombardement. Son patriotisme était viscéral : plus jamais 1940 !       <br />
              <br />
       Sous la IVe République, il joua un rôle éminent, comme conseiller ministériel, puis comme officier détaché à l’OTAN pour ouvrir la voie d’un armement nucléaire à la France. Consulté par le général de Gaulle dès avant son retour au pouvoir, en 1958, Pierre-Marie Gallois restera comme l’un des théoriciens majeurs de la dissuasion nucléaire et de l’autonomie de décision qu’elle confère.       <br />
              <br />
       Il restera avant tout comme un grand Français, un homme profond, allant tout de suite à l’essentiel. Il ne laissera pas seulement derrière lui une œuvre écrite imposante. Il a été dans toutes les fonctions militaires et industrielles qu’il a occupées, un homme d’influence. Son charisme et sa puissance de conviction ont contribué à ce que notre pays se dote d’abord de l’arme nucléaire et préserve ensuite le noyau dur de la dissuasion : « l’autonomie de décision », encore réaffirmée par le Président de la République dans son discours de Cherbourg, en 2008.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Avec Pierre-Marie Gallois, je perds un ami, un homme généreux, peintre talentueux qui, à ses heures perdues, excellait dans l’art des trompe-l’œil. Son visage rayonnait d’intelligence. Jusqu’au bout de sa très longue vie, il aura montré une fermeté d’âme qui ne s’est jamais démentie.       <br />
              <br />
       Observateur averti et perspicace des réalités internationales, il regardait avec attention, dans les dernières années, la montée de la Chine et ses inévitables conséquences sur les relations internationales.       <br />
              <br />
       Avec le général Pierre-Marie Gallois, la France perd un de ses meilleurs fils. Sa voix manquera. Mais il restera un exemple et une source d’inspiration pour tous ceux qui ne désespèrent pas de l’avenir et du rôle de la France.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Reaction-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-deces-du-general-Pierre-Marie-Gallois_a992.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Actes du séminaire de la Fondation Res Publica : La France et ses stratèges</title>
   <pubDate>Sun, 06 Jun 2010 20:02:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Les actes du séminaire du 22 mars 2010 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2147932-2992140.jpg?v=1289480106" alt="Actes du séminaire de la Fondation Res Publica : La France et ses stratèges" title="Actes du séminaire de la Fondation Res Publica : La France et ses stratèges" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Introduction-de-Jean-Pierre-Chevenement_a485.html">Introduction de Jean-Pierre Chevènement</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-renaissance-de-la-pensee-strategique-francaise-apres-la-deuxieme-guerre-mondiale_a486.html">La renaissance de la pensée stratégique française après la deuxième guerre mondiale</a>, par Christian Malis, auteur de « Raymond Aron et le débat stratégique français (1930-1966) »       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-France-sa-strategie-et-ses-strateges_a487.html">La France, sa stratégie et ses stratèges</a>, par l’amiral Jean Dufourcq, Directeur d’études à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire et rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-Europe-doit-definir-son-rapport-avec-les-Etats-Unis_a488.html">L’Europe doit définir son rapport avec les Etats-Unis</a>, par Pierre Conesa, Ancien directeur adjoint de la Délégation aux affaires stratégiques et de la DGA DDI, directeur général de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS)       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Penser-les-faits_a489.html">Penser les faits</a>, par Gilles Andréani, Conseiller maître à la Cour des Comptes, ancien Directeur du centre d’analyse et de prévisions du ministère des Affaires étrangères       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Le-maillon-manquant-la-souverainete_a490.html">Le maillon manquant : la souveraineté</a>, par Gabriel Robin, Ambassadeur de France       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Debat-final_a491.html">Débat final </a>       <br />
              <br />
       Voir les actes du séminaire<a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-France-et-ses-strateges_r69.html"> &quot;La France et ses stratèges&quot; en ligne sur le site de la Fondation Res Publica. </a>.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/2147932-2992140.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Actes-du-seminaire-de-la-Fondation-Res-Publica-La-France-et-ses-strateges_a966.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Il est illusoire et dangereux de croire que l'on peut mettre un terme à la prolifération nucléaire en supprimant les arsenaux existants</title>
   <pubDate>Thu, 20 May 2010 15:04:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans Le Monde, édition du 21 mai 2010.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2110638-2931484.jpg?v=1289480104" alt="Il est illusoire et dangereux de croire que l'on peut mettre un terme à la prolifération nucléaire en supprimant les arsenaux existants" title="Il est illusoire et dangereux de croire que l'on peut mettre un terme à la prolifération nucléaire en supprimant les arsenaux existants" />
     </div>
     <div>
      Michel Rocard et Georges Le Guelte sont des hommes réputés compétents, chacun dans son domaine. Je suis d'autant plus surpris de les voir tracer ensemble <a class="link" href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/05/03/le-reve-du-docteur-folamour-par-michel-rocard-et-georges-le-guelte_1345938_3232.html">(Le Monde du 4 mai</a>) des perspectives illusoires pour un mot d'ordre simpliste : &quot;Mettre un terme à la prolifération nucléaire, en éliminant les arsenaux&quot;, et négliger les voies praticables du seul objectif aujourd'hui accessible : la minimisation de ces arsenaux en vue de créer une &quot;zone de basse pression nucléaire&quot;, selon la formule du rapport adopté en mars par la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat (<a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Desarmement-non-proliferation-nucleaires-et-securite-de-la-France_a930.html">&quot;Désarmement, prolifération nucléaire et sécurité de la France&quot;</a>).       <br />
              <br />
       Perspective illusoire d'abord que de laisser croire qu'on puisse éliminer les arsenaux nucléaires en moins de quelques décennies. La revue de posture nucléaire américaine NPR publiée le 8 avril, que MM. Rocard et Le Guelte n'ont visiblement pas lue, établit clairement que les capacités industrielles de démantèlement n'y parviendraient pas avant le début de la prochaine décennie, en fait 2024. Cela est encore plus vrai pour les capacités de transformation du plutonium en combustible civil (pas avant la décennie 2030). Tout cela sans compter avec les difficultés politiques aisément prévisibles : les Etats-Unis considèrent notamment l'arsenal russe comme &quot;dimensionnant&quot; pour le leur.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Illusoire de laisser croire qu'un effort de désarmement massif des deux superpuissances nucléaires (ainsi dans les années 1990) entraîne ipso facto un arrêt de la prolifération : l'Inde et le Pakistan sont devenus puissances nucléaires en 1998.       <br />
              <br />
       Michel Rocard et Georges Le Guelte méconnaissent plusieurs faits :       <br />
              <br />
       - Si un accident ne peut jamais être exclu, la dissuasion nucléaire a procuré au monde une paix relative depuis soixante-cinq ans avec notamment la disparition pacifique de l'URSS.       <br />
              <br />
       - Le Traité de non-prolifération (TNP) est plutôt une réussite. Le président Kennedy anticipait de vingt à vingt-cinq le nombre d'Etats nucléarisés en l'an 2000, en plus des cinq existant. Il n'y en a que trois : Israël, Inde, Pakistan, la Corée du Nord ne disposant que d'engins. Le TNP est le môle d'un ordre nucléaire mondial qui intéresse tous les pays, aucun n'ayant intérêt à voir ses voisins devenir des puissances nucléaires.       <br />
              <br />
       - Depuis le pic de la guerre froide (65 000 têtes nucléaires), le stock mondial a diminué de plus de deux tiers.       <br />
              <br />
       MM. Rocard et Le Guelte ne mentionnent pas les facteurs géopolitiques en dehors desquels on ne peut concevoir la sécurité de la France et de l'Europe.       <br />
              <br />
       - La Russie et les Etats-Unis disposent encore à eux deux de 95 % des têtes nucléaires existantes (13 000 et 9 400). Le nouveau traité Start du 6 avril ne prévoit qu'une diminution modeste des armes &quot;déployées&quot; : de 1 700 (plancher du traité SORT) à 1 550 dans les sept ans qui suivront son entrée en vigueur, soit au mieux en 2018.       <br />
              <br />
       - L'Asie est clairement aujourd'hui la zone des tempêtes : Chine, Inde, Pakistan développent leurs arsenaux. Le Moyen-Orient est d'ores et déjà nucléarisé.       <br />
              <br />
       - Les Etats-Unis entendent bien maintenir leur dissuasion. Ils consacrent plus de 7 milliards de dollars par an à leur infrastructure nucléaire et viennent d'annoncer un effort supplémentaire de 5 milliards de dollars sur cinq ans.       <br />
              <br />
       S'ils déclarent vouloir réduire la place du nucléaire dans leur doctrine de défense, c'est parce qu'ils peuvent effectuer des &quot;frappes conventionnelles dévastatrices&quot; par missiles intercontinentaux dotés de têtes &quot;classiques&quot; notamment, dont les autres puissances n'ont pas les moyens. Le désarmement nucléaire ne peut progresser qu'avec la solution politique des conflits régionaux et &quot;sans diminution de la sécurité internationale&quot;. Aux dires mêmes de la NPR, &quot;ces conditions, clairement, ne sont pas réunies&quot;.       <br />
              <br />
       - Enfin et surtout, MM. Rocard et Le Guelte commettent une erreur politique majeure en se situant dans la perspective du &quot;démantèlement des structures de l'Etat-nation&quot;. Tout cela procède d'un eurocentrisme myope. Alors que le centre de gravité du monde bascule vers l'Asie-Pacifique, je ne vois nulle part rien de tel : Chine, Inde, Pakistan, Iran, Russie, Etats-Unis, Brésil, Egypte, Israël, etc.       <br />
              <br />
       MM. Rocard et Le Guelte négligent ainsi, au profit d'une posture médiatique plutôt démagogique, la seule perspective aujourd'hui accessible et qui pourrait être consensuelle : celle d'un objectif de minimisation des arsenaux nucléaires à l'horizon d'une vingtaine d'années, retenu même par la commission Evans-Kawaguchi, référence de l'école abolitionniste. Celle-ci propose que la Russie et les Etats-Unis s'en tiennent à un arsenal de 500 têtes chacun en 2025.       <br />
              <br />
       Je doute pour ma part que la Russie, compte tenu de la faiblesse de ses forces conventionnelles, et les Etats-Unis, compte tenu de la &quot;dissuasion élargie&quot; qu'ils promettent à leurs alliés, en Europe, en Asie de l'Est et dans le Golfe, acceptent de tomber à ce niveau. Faisons cependant le pari.       <br />
              <br />
       Il y a trois moyens de réduire pratiquement les arsenaux nucléaires :       <br />
              <br />
       - La poursuite des négociations américano-russes, au-delà du &quot;New Start&quot;.       <br />
              <br />
       - La ratification du Traité d'interdiction des essais nucléaires (TICE) par les Etats-Unis qui entraînerait celle de la Chine et de l'Inde. Cette ratification, qui exigerait une majorité de soixante-sept sénateurs au Sénat américain, est aujourd'hui loin d'être acquise. Elle n'interviendra pas - au mieux - avant 2011. La France a ratifié, elle, depuis 1992.       <br />
              <br />
       - L'ouverture d'une négociation sur un traité interdisant la production de matières fissiles à usage militaire. Proposée par la conférence du désarmement en mai 2009, à l'unanimité, elle est aujourd'hui bloquée par le Pakistan.       <br />
              <br />
       Ainsi pourrait-on efficacement plafonner, qualitativement et quantitativement, le développement des arsenaux nucléaires. La conférence d'examen du TNP est l'occasion de faire avancer ces objectifs.       <br />
              <br />
       Le vieillissement naturel et le démantèlement des armes permettraient de se diriger vers des niveaux de &quot;stricte suffisance&quot;, à l'exemple de la France, qui dispose de moins de 300 têtes (quatre sous-marins nucléaires pour assurer une permanence à la mer et deux escadrons de Mirage 2000 et Rafale : il est difficile de faire moins !).       <br />
              <br />
       On ne peut demander sérieusement à la France, étant donné l'asymétrie des arsenaux, de &quot;prendre la tête d'une coalition, où elle rejoindrait ses partenaires européens&quot; pour prôner leur disparition : ce serait vouer la France et l'Europe à n'être plus sur la carte qu'un espace vide entre la Russie, qui dispose d'au moins 2 000 armes &quot;tactiques&quot;, et les Etats-Unis, à proximité d'un Moyen-Orient nucléarisé, où la prolifération balistique progresse constamment.       <br />
              <br />
       Ce serait le choix de l'inexistence stratégique, et par conséquent politique. Pour l'Europe, ce ne serait pas le choix de la paix mais celui de la dépendance.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/05/20/il-est-illusoire-et-dangereux-de-croire-que-l-on-peut-mettre-un-terme-a-la-proliferation-nucleaire-en-supprimant-les-arsenaux-existants-par-jean-pierre-chevenem_1360463_3232.html">Le Monde</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/2110638-2931484.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Il-est-illusoire-et-dangereux-de-croire-que-l-on-peut-mettre-un-terme-a-la-proliferation-nucleaire-en-supprimant-les_a956.html</link>
  </item>

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   <title>Jean-Pierre Chevènement invité de RFI mardi 13 avril à 8h20</title>
   <pubDate>Tue, 13 Apr 2010 11:20:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Il est interrogé par Frédéric Rivière pendant 10 minutes sur la question de la prolifération nucléaire.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/bf9755421062d34dffb8bf8e1c39cb94d44fa703" width="608" height="372">
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</object >
     </div>
     <div>
      L'émission pouvait être écoutée <a class="link" href="http://www.rfi.fr/">sur le site de Radio France International</a> en direct ou sur votre radio (89 FM à Paris).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-invite-de-RFI-mardi-13-avril-a-8h20_a939.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>La vidéo intégrale du débat sur le désarmement et la non-prolifération nucléaire au Sénat</title>
   <pubDate>Thu, 25 Mar 2010 19:07:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Voici la vidéo de l'intervention de Jean-Pierre Chevènement devant le Sénat mardi 23 mars 2010, suivi des interventions des sénateurs.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/90eec4902d39382714d47ef724aa049219c882b7" width="608" height="372">
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</object >
     </div>
     <div>
      L'intervention en format texte du Sénateur Chevènement ainsi que son rapport sont disponibles <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/tags/tnp/">dans le dossier &quot;TNP&quot;</a> de ce blog.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1964953-2705992.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/La-video-integrale-du-debat-sur-le-desarmement-et-la-non-proliferation-nucleaire-au-Senat_a934.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-1961463</guid>
   <title>Désarmement, non-prolifération nucléaires et sécurité de la France</title>
   <pubDate>Tue, 23 Mar 2010 20:46:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat, 23 mars 2010.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1961463-2700538.jpg?v=1289480096" alt="Désarmement, non-prolifération nucléaires et sécurité de la France" title="Désarmement, non-prolifération nucléaires et sécurité de la France" />
     </div>
     <div>
      Un an avant la Conférence d’examen du Traité de non prolifération nucléaire qui se tiendra du 3 au 28 mai prochain à New-York, la Commission des Affaires Etrangères, de la Défense et des Forces Armées du Sénat m’a demandé, sur proposition de son Président, de dresser un état des lieux et de faire des propositions qui pourraient inspirer l’action de la France, à l’occasion de cette Conférence. Tel est l’objet du <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Desarmement-non-proliferation-nucleaires-et-securite-de-la-France_a930.html">rapport</a> que j’ai l’honneur de vous présenter aujourd’hui et dont les conclusions ont été approuvées par la Commission.        <br />
              <br />
       La conférence d’examen du TNP se tient, je le rappelle, tous les cinq ans. Elle réunit l’ensemble des Etats signataires, c'est-à-dire la totalité des Etats, sauf trois : l’Inde, le Pakistan et Israël, qui n’ont pas signé le TNP, et un, la Corée du Nord, qui s’en est retiré, en 2003. La Conférence se prononce par consensus. La dernière, celle de 2005 a été un échec, à la différence des précédentes et notamment celle de 1995, qui s’était prononcée pour une prorogation du TNP, initialement conclu pour vingt-cinq ans, pour une durée indéfinie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Un bref état des lieux fait apparaître une décrue d’environ les deux tiers du montant global des arsenaux nucléaires depuis le pic qu’ils avaient atteint pendant la guerre froide : plus de 60 000 têtes nucléaires. Néanmoins, la Russie et les Etats-Unis détiennent encore 96% du nombre total des têtes : 13 000 pour la première et 9 400 pour la seconde. Les autres puissances nucléaires ne disposent ensemble que d’environ 1100 têtes nucléaires : soit approximativement pour les trois autres « Etats dotés » aux termes du TNP 400 têtes pour la Chine, moins de 300 pour la France, moins de 200 pour la Grande-Bretagne ; entre 100 et 200 pour Israël et une petite centaine pour l’Inde et le Pakistan, les trois autres Etats non signataires aujourd’hui nucléarisés ; et enfin moins d’une dizaine d’engins pour la Corée du nord.       <br />
              <br />
       En dynamique, seule la Chine parmi les pays du P5 développe encore son arsenal, il est vrai beaucoup plus réduit que ceux des Etats-Unis et de la Russie, de même que l’Inde et le Pakistan. L’Asie est clairement la « zone des tempêtes », si on ajoute les deux crises de prolifération en cours qui concernent la Corée du Nord et l’Iran. Les quatre autres membres du P5 (Etat-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France) ont décrété un moratoire sur les essais et sur la production de matières fissile à usage militaire.       <br />
              <br />
       On insiste beaucoup en général, sur les facteurs de fragilisation du TNP : la nucléarisation des trois pays non signataires ; le régime spécial consenti à l’Inde par la communauté internationale, en matière de coopération nucléaire civile, sans que les contreparties soient toujours jugées suffisantes ; la politique du fait accompli pratiquée par la Corée du Nord ; les obstacles auxquels se heurtent les contrôles de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique; la non ratification soit du Traité d’Interdiction Complète des Essais nucléaires (neufs Etats sur 44 requis), soit du protocole additionnel de l’AIEA dit 93+2 (une quinzaine d’Etats, parmi ceux qui possèdent les installations nucléaires) ; le retard mis depuis une quinzaine d’années à l’ouverture d’une négociation sur l’interdiction de la production de matière fissiles à usage militaire ; le développement de réseaux de prolifération internationaux ; l’essor de l’énergie nucléaire à l’échelle mondiale combiné au caractère dual des technologies intéressant le cycle du combustible, et enfin le peu d’efficacité des sanctions édictées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.       <br />
              <br />
       Pour réelles qu’elles soient, ces difficultés d’application ne devraient pas dissimuler le succès global du TNP que ses initiateurs étaient loin d’espérer : le Président Kennedy, au début des années suivantes, estimait à 25 ou 30 le nombre de pays qui auraient accédé à l’arme nucléaire, au tournant des années 2000 : ils sont seulement huit, neuf avec la Corée du Nord, soit trois ou quatre de plus qu’en 1970, date d’entrée en vigueur du TNP. Celui-ci est devenu un traité quasi universel, qu’ont rejoint, en 1992, la Chine et la France qui, au départ, s’y étaient opposés.       <br />
              <br />
       Le TNP a été prorogé en 1995 pour une durée indéfinie. Il a été complété en 1996 par la signature du TICE qui, dans les faits, est appliqué sous forme de moratoire sauf par la RDPC. L’application du TNP a été grandement améliorée par l’adoption en 1997, du « protocole additionnel », dit 93+2, qui permet des vérifications renforcées, sous faible préavis. Enfin le TNP, s’il n’a pas empêché, a incontestablement ralenti la prolifération nucléaire. L’Afrique du sud a abandonné ses armes nucléaires. Le Brésil et l’Argentine ont renoncé à en acquérir. Des programmes clandestins - Irak, Libye - ont dû être interrompus. Enfin 14 Républiques ex-soviétiques ont accepté de se dessaisir, au profit de la Russie, des armes nucléaires stationnées sur leur territoire. Cinq zones exemptes d’armes nucléaires ont été créées.        <br />
              <br />
       Ce bilan global est incontestablement positif. Le TNP n’a pas fait preuve de son inefficacité, bien au contraire. C’est pourquoi, il faut renforcer le TNP, instrument irremplaçable de la sécurité internationale. Pour tout Etat, y compris non doté, il vaut mieux que ses voisins restent dépourvus d’armes nucléaires. C’est pourquoi, comme rapporteur de votre commission, je suggère que la France dont le bilan, au regard du désarmement est exemplaire, adopte une approche résolument offensive à l’occasion de la Conférence d’examen, en cherchant à faire avancer sur trois pieds l’application du TNP, ses trois piliers indissociables que sont le désarmement, la promotion des usages pacifiques de l’énergie nucléaire et la lutte contre la prolifération.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I - Les circonstances se prêtent à l’établissement, à l’échelle mondiale, d’une zone de basse pression nucléaire.</b>       <br />
              <br />
       Au-delà du discours de Prague du Président Obama, le 5 avril 2009, qui a marqué les esprits par l’évocation d’un monde sans armes nucléaires, mais qu’il faut lire entièrement pour bien mesurer que le souci de la sécurité des Etats-Unis et de leur leadership, à chaque stade, est toujours présent, on relève une grande convergence entre les propositions du Président des Etats-Unis et celles que le Président Sarkozy a faites, en tant que Président de l’Union européenne, dans la lettre qu’il a dressée au secrétaire général de l’ONU, le 5 décembre 2008 :       <br />
              <br />
       - Priorité à la réduction des arsenaux américain et russe       <br />
       - Ratification du TICE par les pays qui ne l’ont pas encore fait       <br />
       - Etablissement d’un nouveau traité interdisant la production de matières fissiles à usage militaire       <br />
       - Consolidation du TNP par un renforcement des contrôles et des sanctions pour les intervenants       <br />
       - Développement de la coopération nucléaire civile, notamment par la création d’une banque de combustible       <br />
       - Souci de la sécurité nucléaire face au terrorisme       <br />
              <br />
       Il y a certes quelques nuances : accent mis sur la défense antimissile balistique par le Président américain, souci de la prise en compte des armes nucléaires tactiques et de la lutte contre la prolifération balistique chez les Européens. Il est cependant frappant de constater que même la commission Evans-Kawaguchi, qui a présenté, de la manière la plus argumentée, les thèses abolitionnistes, formule des propositions allant dans le même sens, mais sans doute plus loin, pour fixer un objectif de minimisation des arsenaux nucléaires à l’horizon 2025 : 1 000 têtes pour la Russie et les Etats-Unis (500 pour chacun) et 1 000 pour les autres, invités à ne pas augmenter les arsenaux actuels. La faisabilité politique et technique d’un tel objectif est évidemment discutable compte tenu notamment des insuffisantes capacités industrielles de démantèlement des Etats-Unis, et sans doute plus encore, de la Russie. Mac George Bundy avait fait observé que <span style="font-style:italic">« depuis le début de l’ère nucléaire, il ya 65 ans, chaque décennie avait été moins dangereuse que la précédente »</span>. Il n’en est pas moins vraisemblable qu’il faudrait plusieurs décennies pour <span style="font-style:italic">« sortir du nucléaire »</span>, ne serait-ce que pour des raisons de faisabilité technique et indépendamment des difficultés politiques prévisibles.       <br />
              <br />
       Reste que les voies pratiques de l’établissement d’« une basse pression nucléaire » à l’échelle mondiale sont aujourd’hui clairement tracées :       <br />
              <br />
       1.	Priorités aux accords américano-russes, d’abord l’accord post-Start, encore en cours de négociation, suivi de nouvelles réductions portant sur les armes en réserve et sur les armes nucléaires tactiques. Le traité post-Start, en cours de finalisation, bute sur la question de la défense antimissile. Relevons par ailleurs la relative modestie de réductions annoncées : diminution de l’ordre de 25 % du nombre de têtes nucléaires déployées par rapport à celles du traité Sort, et cela sur une durée de sept ans, à compter de l’entrée en vigueur du traité post-Start : 1 675 têtes au lieu de 2 200.        <br />
              <br />
       Il n’y a pas de commune mesure entre les arsenaux des deux superpuissances nucléaires et ceux beaucoup plus modestes des autres puissances, notamment la France. Celle-ci n’a pas de raison d’entrer dans une discussion multilatérale avant que les deux Grands n’aient ramené le nombre de leurs armes à quelques centaines. Ce que nous pouvons demander, à ce stade, c’est la transparence sur le volume et la nature et la destination des armes détenues.       <br />
              <br />
       2.	Il est ensuite nécessaire, par une sorte de « prise en tenailles », de plafonner en quantité et en qualité, les arsenaux existants de par le monde. Deux traités pour cela suffisent :        <br />
              <br />
       - Le TICE conclu en 1996, mais qui n’est pas encore entré en vigueur du fait notamment de sa non-ratification par le Sénat américain. Celle-ci, qui exige la majorité des deux tiers des sénateurs, ne pourra pas intervenir avant 2011, après les élections de « mid-term ». Le Président Obama s’y est engagé. On peut espérer que cette ratification entraîne celle de la Chine, de l’Inde et du Pakistan. L’interdiction des essais mettrait par là même un coup d’arrêt à la modernisation des armes.       <br />
              <br />
       - Second volet de la tenaille, un deuxième traité prohibant la production de matières fissiles à usage militaire mettrait un terme à l’accroissement quantitatif des arsenaux. La Conférence du désarmement avait décidé, en mai 2009, l’ouverture de la négociation à l’unanimité. Depuis lors, le Pakistan a formulé des objections que la communauté internationale doit trouver les moyens de lever.        <br />
              <br />
       Tels sont, mes chers collègues, les trois axes complémentaires d’un effort fécond pour aller vers un monde plus sûr. En regard, l’idée d’une convention d’élimination des armes nucléaires comportant des échéanciers et des dates butoirs n’est pas réaliste : elle méconnaît l’asymétrie des arsenaux existants et elle ne règle pas le problème de la prolifération. Mieux vaut une approche équilibrée, graduelle, méthodique telle que celle sur laquelle les Etats-Unis, l’Europe et la Russie convergent déjà. Cette méthode est aussi bien la seule qui permettrait de canaliser la nucléarisation des grands pays de l’Asie et d’établir une certaine stabilité sur ce continent fracturé. Enfin, et surtout, elle permettrait de créer progressivement les conditions d’un monde sans armes nucléaires, inséparable d’un désarmement général et complet, aux termes de l’article 6 du TNP, d’une manière qui « promeuve la stabilité internationale, sur la base d’une sécurité non diminuée pour tous », aux termes mêmes de la résolution 1887 du CSNU du 24 septembre 2009.       <br />
              <br />
       Le souci du désarmement implique l’universalisation et la vérifiabilité des conventions d’interdiction des armes biologiques et chimiques auxquels trois pays du Proche-Orient ne souscrivent pas : l’Egypte, la Syrie et Israël. De même il convient de prévenir l’apparition de nouveaux déséquilibres conventionnels. A l’arrière-plan des campagnes abolitionnistes, il y a aussi la volonté des Etats-Unis de renouveler leur doctrine de défense avec une nouvelle « triade » : capacité de frappe conventionnelle précise à longue distance (PGS), construction d’une défense antimissile, remise à niveau d’une infrastructure nucléaire destinée à remédier au vieillissement des têtes nucléaires actuelles. La réduction voire l’élimination de la place des armes nucléaires ne doit pas ouvrir la voie à la possibilité de nouvelles grandes guerres conventionnelles. Tel est incontestablement l’esprit de l’article 6.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – La promotion des usages pacifiques de l’énergie nucléaire constitue le deuxième pilier du TNP.</b>       <br />
              <br />
       Des avancées décisives doivent se produire, à l’occasion de la Conférence d’examen. Une grande partie du malaise concernant le TNP provient moins de l’inégalité de départ entre Etats dotés ou non dotés que de l’opposition entre les quelques pays développés qui maîtrisent les technologies nucléaires de l’enrichissement et du retraitement et, par ailleurs, les pays en voie de développement qui ne peuvent y avoir accès, du fait du resserrement des contrôles opéré par les premiers.       <br />
              <br />
       Au plan commercial, le marché des combustibles est dominé par cinq grands groupes : le français AREVA, l’américain USEC, le russe ROSATOM, le consortium germano-anglo-néerlandais URENCO, et le japonais JNFL.       <br />
              <br />
       La lecture faite de l’article 4 du traité de non-prolifération fait prévaloir le souci de la non-prolifération inscrit dans les articles 1 et 2, sur « le droit inaliénable » des parties à développer les utilisations pacifiques de l’atome. La Conférence d’examen doit être l’occasion de sortir de la contradiction qui provient du caractère dual des technologies de l’enrichissement et du retraitement, en attendant que la recherche permette d’y pourvoir par la promotion de nouvelles technologies non-proliférantes.       <br />
              <br />
       C’est à l’AIEA qu’incombe, sous le contrôle du CSNU, le soin de s’assurer des intentions pacifiques des pays qui souhaitent avoir recours à ces technologies sensibles. La réussite de la Conférence d’examen implique que soient concrétisées certaines propositions :       <br />
              <br />
       - mise en place d’assurances d’approvisionnement en combustible ;        <br />
       - constitution de réserves d’uranium enrichi, ainsi celles constituées à l’initiative de la Russie ;       <br />
       - création d’installations internationales d’enrichissement sur une base régionale, sous le contrôle de l’AIEA ;       <br />
       - enfin, en matière d’exportation des technologies sensibles, levée du moratoire institué par le G8 depuis 2004 pour lui substituer un système d’autorisation sur critères :       <br />
       o existence d’un programme électronucléaire crédible ;       <br />
       o garanties, en matière de sûreté, de sécurité et de non-prolifération, notamment par l’adhésion du pays concerné au protocole additionnel de l’AIEA 93+2.        <br />
              <br />
       Un lien serait ainsi établi entre l’autorisation des transferts de technologie et l’adhésion au régime international de non-prolifération. Ce serait là une avancée majeure de la Conférence d’examen. Encore y a-t-il lieu de remarquer qu’à l’exception de l’Inde, aucune tentative de prolifération ne s’est jamais déroulée à partir d’un programme civil.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – La non-prolifération est le troisième pilier du TNP et peut-être sa motivation essentielle, puisqu’elle lui donne son nom.       <br />
       </b>       <br />
       A)	Sa préservation suppose la consolidation d’instruments juridiques       <br />
              <br />
       1.	Ainsi le protocole additionnel de l’AIEA dont l’universalisation est un objectif majeur, à travers notamment l’adhésion des quinze Etats ayant des activités nucléaires qui ne l’ont pas encore ratifié voire signé.       <br />
              <br />
       2.	Le renforcement des moyens de l’Agence est également nécessaire : on ne peut pas à la fois déclarer vouloir lutter contre la prolifération et refuser à l’AIEA les moyens de ses missions.       <br />
              <br />
       3.	L’encadrement du droit de retrait doit s’effectuer par l’adoption de résolutions génériques destinées à éviter le détournement de technologies acquises sous couvert du traité.       <br />
              <br />
       4.	Le rapprochement des trois Etats non signataires du régime international de non-prolifération est souhaitable, dans le prolongement des engagements pris par l’Inde : ratification du protocole additionnel, contrôle des exportations de technologies nucléaires, adhésion au TICE dans l’attente d’un engagement de souscrire à un TIPMF, à un moratoire de production.       <br />
              <br />
       5.	Il est enfin nécessaire de mettre pleinement en œuvre la résolution 1540 du CSNU en vue de lutter contre les trafics illicites et les réseaux non étatiques.       <br />
              <br />
              <br />
       B)	Au-delà des mesures préventives ou coercitives, il est essentiel d’agir sur les déterminants régionaux de la prolifération nucléaire. Celle-ci s’enracine beaucoup moins, comme on le dit, dans la lenteur du désarmement des pays dotés que dans des crises politiques régionales, dont la plupart sont pendantes depuis les lendemains de la deuxième guerre mondiale.       <br />
              <br />
       1.	La normalisation des relations indo-pakistanaises est un objectif majeur pour la stabilité de cette région du monde, au Cachemire, en Afghanistan, entre l’Inde et la Chine. Elle conditionne le plafonnement puis la décrue des arsenaux nucléaires de ces pays.       <br />
              <br />
       2.	L’instauration d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient n’est pas envisageable sans la création d’un Etat palestinien viable et sans la reconnaissance d’Israël par les pays arabes et par l’Iran. Le degré d’engagement des Etats-Unis vers cet objectif sera déterminant. On ne peut pas prôner un monde sans armes nucléaires et accepter la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. Le désarmement nucléaire n’est pas un devoir abstrait. Il implique des engagements politiques concrets.       <br />
              <br />
       3.	De même la normalisation des relations avec l’Iran et la levée des sanctions impliquent que ce pays donne des gages réels de sa volonté de ne pas se doter d’armes nucléaires, afin d’éviter une cascade de prolifération dans la région. L’Iran doit ratifier le protocole additionnel de l’AIEA et le TICE, et entrer dans la négociation d’un TIPMF. A défaut de la suspension des activités d’enrichissement de l’usine de Natanz, votre rapporteur propose de placer cette usine sous le contrôle effectif de l’AIEA, le stock d’uranium faiblement enrichi étant écoulé sur le marché international, en attendant que l’Iran se dote d’un programme électronucléaire crédible, ce qui laisserait le temps de résoudre, sur une base régionale, le problème de l’accès au combustible.       <br />
              <br />
       4.	Enfin, la question nord-coréenne, potentiellement très déstabilisatrice pour toute la région et d’abord pour le Japon, par ailleurs « pays du seuil », ne peut être traité qu’à travers l’engagement de la Chine, qui détient l’essentiel des moyens de pression susceptibles d’infléchir les positions de Pyong-Yang. Elle s’inscrit au premier plan des relations sino-américaines, principal enjeu géostratégique des décennies à venir.        <br />
              <br />
       5.	La lutte contre la prolifération nucléaire implique donc une volonté politique qui dépasse les a priori idéologiques ou les aspects techniques pour s’attacher à la solution de crises depuis trop longtemps pendantes. Le désarmement est un sujet qui doit être traité sans angélisme. <span style="font-style:italic">« L’homme n’est ni ange ni bête, comme l’a dit Pascal, mais qui veut faire l’ange fait la bête »</span>. Il y faut du réalisme et du courage.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>IV – Ces graves questions ont une incidence directe sur la sécurité de la France et sur le maintien d’un équilibre pacifique en Europe.</b>       <br />
              <br />
       La France n’a aucune raison d’aborder de manière frileuse l’échéance de la Conférence d’examen. En matière de désarmement, son bilan, parmi tous les Etats dotés, est sans équivalent : abandon de la composante terrestre et démantèlement de ses sites d’expérimentation et de production de matières fissiles, notamment.       <br />
              <br />
       La France doit, me semble-t-il, privilégier une approche pragmatique et constructive en mettant l’accent sur les conditions qui permettront de progresser vers le désarmement nucléaire, dans la perspective d’un monde plus sûr, sans sécurité diminuée pour quiconque, et d’abord pour elle-même. Le souci de sécurité de la France est légitime. Dimensionnées selon un principe de stricte suffisance, nos forces réduites unilatéralement de moitié, n’ont pas à être prises en compte, au stade actuel, dans une négociation multilatérale. Pour cette raison même, la France doit maintenir une posture de dissuasion indépendante et se tenir en dehors du comité des plans nucléaires de l’OTAN. Pour cette raison là, toute pratique, mais aussi pour une autre qu’avait énoncée le général de Gaulle : <span style="font-style:italic">« Si la défense de la France cessait d’être dans le cadre national … il ne serait pas possible de maintenir chez nous un Etat »</span>.       <br />
              <br />
       La dissuasion française est un élément de stabilité en Europe, même si sa vocation est d’abord nationale. Elle garantit notre autonomie de décision et nous permet de ne pas nous laisser entraîner, selon l’expression du général de Gaulle, <span style="font-style:italic">« dans une guerre qui ne serait pas la nôtre »</span>. L’incertitude étant au fondement de la dissuasion, je suggère que la France assortisse toute <span style="font-style:italic">« garantie négative de sécurité »</span> à l’égard des Etats non dotés de fermes restrictions à l’emploi d’armes de destruction massive ou au non-respect du TNP constaté par le CSNU. Notre stratégie est par nature défensive. Notre dissuasion est au service de la paix. A l’occasion du débat sur le nouveau concept stratégique de l’OTAN, la France devrait s’efforcer de sensibiliser ses alliés européens à la nécessité de maintenir un principe de dissuasion nucléaire en Europe, tant que la Russie conserve, tout comme les Etats-Unis, un important arsenal nucléaire et que le Moyen-Orient n’est pas une zone dénucléarisée. Il ne serait pas prudent de « lâcher la proie pour l’ombre », au profit d’un système de défense antimissile balistique aléatoire, qui nous priverait de surcroît de toute autonomie stratégique.       <br />
              <br />
       La France pourrait demander, lors de la Conférence d’examen, que soient liées les questions relatives à la prolifération balistique et au désarmement nucléaire et la mise en place d’une défense antimissile balistique.       <br />
              <br />
       En matière de désarmement, la France a réalisé des avancées décisives. Elle peut donc adopter à la Conférence d’examen une attitude à la fois offensive et constructive, en posant à chacun de nos interlocuteurs les questions qui doivent l’être.       <br />
              <br />
       De nombreuses décisions ne dépendent pas de nous :        <br />
              <br />
       - l’aboutissement sans doute prochain de la négociation d’un traité post-Start entre les Etats-Unis et la Russie et surtout la poursuite de ces discussions en vue de nouvelles réductions portant sur les armes en réserve et les armes nucléaires tactiques ;       <br />
       - la définition de la nouvelle posture nucléaire américaine qui, au-delà des présentations comptables, ne comportera vraisemblablement que peu de surprises véritables ;       <br />
       - la ratification du TICE par le Sénat américain ;       <br />
       - l’aboutissement de la crise de prolifération nord-coréenne.       <br />
              <br />
       Mais notre détermination peut jouer un rôle important :       <br />
              <br />
       - dans l’aboutissement pacifique de la crise iranienne ;       <br />
       - dans le maintien d’un principe de dissuasion en Europe ;       <br />
       - dans la promotion des usages pacifiques de l’énergie nucléaire dans le monde ;       <br />
       - enfin dans le maintien d’une posture de défense sur laquelle une majorité de Français se retrouvent parce qu’ils sentent que le monde change. La montée de l’Asie va bouleverser les équilibres mondiaux et par conséquent les équilibres de sécurité.       <br />
              <br />
       Dans leur majorité, les Français savent que le fait nucléaire implique, comme l’avait bien vu le général Poirier, la stratégie indirecte et que le maintien de notre posture et par conséquent de notre effort de défense dont la dissuasion représente le dixième seulement, constituent la meilleure garantie de la paix.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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   <title>Actes du colloque de la Fondation Res Publica : Où va l'Iran ?</title>
   <pubDate>Tue, 26 Jan 2010 18:39:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Les actes du colloque du 23 novembre 2009 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1840244-2512169.jpg?v=1289480095" alt="Actes du colloque de la Fondation Res Publica : Où va l'Iran ?" title="Actes du colloque de la Fondation Res Publica : Où va l'Iran ?" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Accueil-par-Jean-Pierre-Chevenement_a452.html">Accueil de Jean-Pierre Chevènement</a>, président de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-societe-iranienne-en-mouvement_a453.html">La société iranienne en mouvement</a>, par Bernard Hourcade, Directeur de recherche au CERES, ancien directeur de l’Institut français de recherche en Iran       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-politique-etrangere-de-l-Iran_a454.html">La politique étrangère de l’Iran</a>, par Loïc Hennekinne, Ambassadeur de France, ancien secrétaire général du Quai d’Orsay       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Le-point-de-vue-iranien_a455.html">Le point de vue iranien</a>, par François Nicoullaud, ancien Ambassadeur en Iran       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-Iran-et-l-arme-nucleaire_a456.html">L’Iran et l’arme nucléaire</a>, par Martin Briens, sous-directeur du désarmement et de la non-prolifération nucléaire au ministère des Affaires étrangères et européennes       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Conclusion-de-Jean-Pierre-Chevenement_a457.html">Conclusion de Jean-Pierre Chevènement</a>, président de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Debat-final_a458.html">Débat final</a>       <br />
              <br />
       Voir le dossier en ligne <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Ou-va-l-Iran_r63.html">sur le site de la Fondation Res Publica</a>.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1840244-2512169.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-Ou-va-l-Iran_a916.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-1756186</guid>
   <title>Ne sacrifions pas notre dissuasion</title>
   <pubDate>Thu, 10 Dec 2009 10:26:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
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   Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans Valeurs actuelles, jeudi 10 décembre 2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1756186-2383346.jpg?v=1289480093" alt="Ne sacrifions pas notre dissuasion" title="Ne sacrifions pas notre dissuasion" />
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      Une main invisible semble guider notre politique militaire. Le général de Gaulle avait voulu que la France assurât par elle-même sa défense. Il l’a bâtie sur la dissuasion et cette doctrine fondée sur un principe de stricte suffisance, étroitement corrélée au souci de l’indépendance nationale.Le général de Gaulle, pour que les choses fussent claires, a fait sortir la France, non pas de l’Alliance atlantique, mais de l’organisation militaire intégrée de l’Otan. Enfin, l’auteur de <span style="font-style:italic">Vers l’armée de métier</span> s’était bien gardé de supprimer le service national.       <br />
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       Tout cela n’est plus. Le service national a été supprimé sans vrai débat en 1996 et sans profit pour l’équipement de nos forces, bien au contraire. La France vient de réintégrer l’organisation militaire de l’Otan. Notre dissuasion réduite de moitié est fragilisée. Enfin, notre effort de défense s’est relâché et il faut beaucoup de bonne volonté pour asséner qu’avec 30,12 milliards d’euros de crédits budgétaires nous consacrons 2 % de notre PIB à notre défense.       <br />
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       Je crains qu’au nom de l’orthodoxie budgétaire,on ne sacrifie encore une fois notre outil militaire. Il y a un lien logique entre le rétrécissement du format de notre défense et la réintégration de la France au sein de l’organisation militaire de l’Otan.Les pays européens membres de l’Organisation s’en remettent inconsciemment aux États-Unis du soin d’assurer leur défense.
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      La France,en démantelant son site d’expérimentation de Mururoa et ses usines de Marcoule et de Pierrelatte, a renoncé à développer son arsenal en qualité et en quantité, et cela avant même qu’une négociation ait été engagée pour convenir d’un traité dit <span style="font-style:italic">cutoff</span>, prohibant la production de matières fissiles à usage militaire. Ce faisant, nous laissons la défense européenne à la veille nucléaire américaine.       <br />
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       Les armes nucléaires tactiques américaines stationnées en Europe vont arriver à obsolescence dans les années qui viennent. Les États-Unis envisagent de les moderniser mais nos amis allemands semblent souhaiter que ces armes soient purement et simplement retirées. Notons que l’accord dit <span style="font-style:italic">post-Start</span>, qui devrait intervenir dans les prochaines semaines, plafonnera, dans une fourchette allant de 1500 à 1650, le nombre de têtes nucléaires russes et américaines “opérationnellement déployées”. Notre arsenal, plafonné à 300 têtes, dont le tiers est “opérationnellement déployé”, paraît bien peu de chose à côté de ces stocks d’armes gigantesques.       <br />
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       Dans le même temps,il semblerait que la Grande-Bretagne envisage de réduire à trois le nombre de ses sous-marins lanceurs d’engins (SNLE). Une telle décision remettrait en question le principe de la permanence à la mer d’un SNLE. On ne peut évidemment souhaiter que la Grande-Bretagne s’en remette désormais entièrement à la relation spéciale qu’elle entretient avec les États-Unis pour assurer sa défense et celle de ses intérêts. Or, il se pourrait bien que les États- Unis, de plus en plus polarisés par le Pacifique et par l’Asie, se désintéressent de l’Europe. Enfin, on peut craindre l’effet médiatique de campagnes prônant le désarmement nucléaire confondant la perspective, en tout état de cause lointaine, d’un monde exempt d’armes nucléaires et la réalité des arsenaux tels qu’ils existent ou se développent (Chine, Inde,Pakistan). On peut s’étonner de voir deux anciens premiers ministres français, MM.Juppé et Rocard, cautionner cette politique d’illusions.       <br />
              <br />
       La vérité est que la France risque d’être isolée en Europe par la conjonction du réalisme américain et du pacifisme européen. On ne peut qu’être surpris de voir que le poste de haut représentant pour la politique extérieure de l’Union européenne a été confié à une militante antinucléaire, madame Catherine Ashton. Le risque est grand que les pays européens se tournent vers un système de défense antimissile américain, éventuellement dans le cadre de l’Otan. Un tel déploiement serait extrêmement coûteux. Il n’est pas compatible avec les moyens dont nous disposons, sauf à remettre en question ceux que nous consacrons à la dissuasion. Enfin, ce bouclier troué serait pour des raisons de délai, de réaction, entièrement dans la main des Américains.       <br />
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       Le prochain sommet de l’Otan à Lisbonne sera l’occasion de pousser ce projet. Avant toute décision sur le “nouveau concept stratégique”, il serait raisonnable de définir plus précisément la menace balistique qui pèse réellement sur l’Europe. La France n’a rien à gagner à entrer dans un système qui sera de toute façon un système américain. Ne sacrifions pas à l’Otan notre autonomie de décision qui va avec notre dissuasion. Plus que jamais le bon sens populaire peut comprendre le sens d’un vieux proverbe: “Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras”.       <br />
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       Source : <a class="link" href="http://www.valeursactuelles.com/parlons-vrai/parlons-vrai/ne-sacrifions-pas-notre-dissuasion.html">Valeurs Actuelles</a>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Ne-sacrifions-pas-notre-dissuasion_a897.html</link>
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