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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <dc:date>2026-03-13T06:42:20+01:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>"La guerre a fait de moi un homme"</title>
   <pubDate>Sat, 21 Oct 2017 09:19:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement à la revue Charles, propos recueillis par Loris Boichot, octobre 2017.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/17778200-22166613.jpg?v=1508569538" alt=""La guerre a fait de moi un homme"" title=""La guerre a fait de moi un homme"" />
     </div>
     <div>
      <b>Revue Charles: Vous naissez le 9 mars 1939 à Belfort, six mois avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale. Vous effectuez ensuite votre service militaire en Algérie à la fin de la guerre d’indépendance. Diriez-vous que la guerre, la conscience du tragique qui résulte de l’expérience d’un conflit, est ce qui sépare votre génération de celle d’un Emmanuel Macron ?        <br />
       Jean-Pierre Chevènement:</b> Devenir Président de la République à trente-neuf ans, c’est une expérience qui vaut mieux que l’expérience de la guerre. La guerre change profondément les hommes. En bien ou en mal. Quelquefois les deux.       <br />
              <br />
       <b>Et vous, comment vous a-t-elle changé ?</b>       <br />
       Oh, elle a fait de moi un homme. Je n’étais pas un homme quand je suis parti en Algérie. J’étaisun grand adolescent à peine sorti de la belle bibliothèque de Sciences Po. L’essentiel de mon temps, je l’avais consacré à la rédaction d’un mémoire sur « La droite nationaliste française et l’Allemagne de 1870 à 1960 ». C’était pour moi, petit provincial sociologiquement « de gauche » un moyen de connaître la droite et ses différentes familles de pensée. Mais je n’avais que 21 ans. Quand je suis rentré deux ans et demi plus tard d’Algérie, j’avais été façonné par une expérience qui m’avait mis au cœur d’évènements où j’avais vu des gens tués près de moi et une société basculer. J’avais vu le massacre de Saint-Denis-du-Sig (un massacre de harkis le 19 mars 1962 suivi d’une « reprise en mains » sanglante, NDLR). Pendant l’insurrection de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), j’avais vu des femmes de ménage algériennes assassinées dans la rue, le port d’Oran bombardé puis incendié. J’avais vu des officiers français assassinés par l’OAS : le général Ginestet et le colonel Randon. J’avais vu beaucoup de choses de très près… Quand on a fait la guerre, on est moins manichéen et en même temps on acquiert un certain sens de l’Histoire. On relativise et en même temps on anticipe mieux les choses … C’est ce que j’ai voulu faire à mon retour d’Algérie en 1963 en préparant « l’après de Gaulle », tout en essayant de conserver de son héritage ce qui méritait de l’être... 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Avant de rencontrer les militaires français et algériens, les premiers militaires que vous avez connus, pendant la Seconde guerre mondiale, furent des occupants allemands…</b>       <br />
       Oui, j’ai gardé le souvenir de l’occupation du premier étage de la maison-école où nous habitions ma mère et moi, dans un petit village du Haut-Doubs, Le Luhier. Cela devait être au début de 1943. Les soldats allemands s’étaient installés au premier étage. Ma mère m’interdisait d’y monter, au prétexte que les bonbons que les soldats allemands me donneraient serait empoisonnés, selon l’habitude qu’ils avaient déjà, selon elle, dans les régions occupées pendant la Première Guerre mondiale. Mais j’ai enfreint la consigne maternelle et je mangeais les oranges que m’offraient les soldats allemands, constatant ainsi à l’âge de quatre ans qu’ils ne méritaient pas tout à fait leur réputation ...       <br />
              <br />
              <br />
       <b>De cette période de guerre, gardez-vous d’autres souvenirs d’enfant ?</b>       <br />
       Bien sûr. Les trois maisons de ma grand-mère incendiées à Frambouhans, petit village voisin du Luhier, le 18 juin 1940. Des soldats français ont eu l’idée de résister aux envahisseurs au lendemain du discours de Pétain. Ils ont tué des motocyclistes allemands. Les chars qui n’arrivaient pas très loin derrière, ont détruit les sept ou huit maisons à l’entrée du village. Alors on a reconstruit après la guerre, parce que c’était l’hôtel-restaurant de ma grand-mère. J’ajoute que mon père était prisonnier dans un stalag. Il travaillait dans une carrière, et pour des raisons médicales – il avait fait un début de tuberculose –, on l’avait envoyé dans une ferme où il a passé le reste de la guerre, aux travaux des champs. Institutrice, ma mère a donc passé toute cette période dans le village du Luhier, dans l’attente de la libération ou de l’évasion de mon père. Je ne dirais pas qu’elle était résistante active, mais enfin elle faisait des tracts avec la postière contre les « Boches » et Vichy, et la Gestapo de Montbéliard l’y avait convoquée. On m’avait mis pendant ce temps chez une voisine, Mme Journot. Je revois donc la séparation d’avec ma mère. On ne savait pas si elle allait revenir. Et elle est revenue. Et mon père aussi, en avril 1945.       <br />
              <br />
       <b>Vous souvenez-vous de la Libération, cette année-là ?</b>       <br />
       J’ai le souvenir des bals de la Libération. Un bal à Bonnétage. Je revois ma mère avec un turban - c’était la mode de l’époque, lancée par les « tabors » marocains. Elle chantait. Elle avait une très jolie voix. Ma prime enfance a donc été marquée par cette période de la guerre. On sentait l’occupant, on vivait la chute de la France et sa libération. Ca ne s’oublie pas …       <br />
              <br />
       <b>Après vos études à Sciences Po, vous sortez en 1961 d’une école militaire, en Algérie, comme jeune officier de réserve. Vous êtes à l’aube de votre service militaire…</b>       <br />
       Je suis sorti de Cherchell, l’école où l’on formait les sous-lieutenants du contingent qui encadraient la masse des appelés. Je suis sorti de l’école dans un assez bon rang parmi les 400 élèves officiers de ma promotion pour pouvoir choisir ce qui me plaisait : je me suis orienté vers les sections administratives spécialisées (SAS). Aussi appelées « Affaires algériennes », elles sont les lointaines descendantes des « bureaux arabes » de l’Armée d’Afrique. Il s’agit d’un travail de proximité au contact des « populations musulmanes », comme on disait à l’époque. J’ai été affecté à Saint-Denis-du-Sig, et après la dissolution des SAS, à la fin du mois de mars 1962, j’ai été volontaire pour servir de chef de cabinet adjoint chargé des affaires militaires à la préfecture d’Oran. Sous-lieutenant, j’étais affecté au 21ème régiment d’infanterie, et par ordre du général Ginestet, mis à la disposition du préfet régional.        <br />
              <br />
       <b>Vous avez répondu à l’appel, alors que vous aviez auparavant milité à l’UNEF en faveur de l’indépendance ?</b>       <br />
       Oui, j’étais tout à fait conscient que l’Algérie allait devenir indépendante, mais je ne voulais pas déserter. Comme le disait le général de Gaulle, si l’Algérie devait devenir indépendante, il valait mieux que ce soit avec la France que contre elle. Je n’étais pas du tout antigaulliste, au contraire. Je considérais que De Gaulle avait raison, que lui seul pouvait trancher le nœud gordien qu’était l’indépendance de l’Algérie dans l’intérêt de la France. Je me suis donc déterminé en patriote, mais en patriote éclairé, pas en patriote borné. Parce qu’il y avait aussi des patriotes, certainement, parmi les gens de l’OAS. Je ne le nie pas. Mais c’étaient vraiment, en dehors des pieds-noirs que je pouvais comprendre, des sacrés connards. Je leur en voulais de leur myopie et de leur violence à l’égard des populations algériennes. Le bombardement de la ville musulmane qu’on appelait aimablement « le village nègre » d’Oran, ou bien encore l’assassinat des dockers sur le port, tous ces meurtres gratuits avaient pour but de créer la guerre civile. La folie de l’OAS n’a malheureusement que trop bien réussi …       <br />
              <br />
       <b>Comment avez-vous traversé cette période ?</b>       <br />
       Je suis arrivé à Alger dans un contexte très dur, au lendemain du putsch des généraux (le 21 avril 1961, NDLR). La présence des appelés en Algérie a d’ailleurs été décisive dans l’échec du putsch. En fait, mon véritable engagement a été le choix que j’ai fait d’aller à Oran dans une période difficile. Dans la préfecture d’Oran, nous étions attaqués presque tous les jours par les gens de l’OAS. Mais comme la préfecture était un immeuble très haut - nous étions au 17ème étage -, les tirs étaient obliques, et à condition de ne pas se mettre trop près de la fenêtre, nous avions de bonnes chances d’en réchapper,       <br />
              <br />
       <b>Vous avez vous-même été attaqué ?</b>       <br />
       Ah oui, j’ai le souvenir d’attaques à la 12.7 (une mitrailleuse lourde, NDLR) et même au bazooka. Les gens de l’OAS étaient souvent liés aux policiers pieds-noirs, qui occupaient les étages inférieurs du bâtiment de la préfecture. Ils savaient que l’état-major de la préfecture était composé de fonctionnaires ou de militaires qui entendaient maintenir une structure administrative aux ordres du gouvernement. Ils voulaient donc nous rendre la vie un peu difficile. Ils ont ainsi fait sauter mon bureau. En mon absence, je le précise.       <br />
              <br />
       <b>Dans Le Courage de décider, publié en 2002, vous écrivez avoir « bien failli disparaître dans la tourmente » du massacre d’Oran, le 5 juillet 1962, trois mois et demi après le cessez-le-feu. Que s’est-il passé ?</b>       <br />
       En effet. J'ai failli me faire descendre alors que je sortais du port d’Oran. J’avais fait embarquer une tapisserie pour le compte du préfet - une mission assez prosaïque. Et, descendant du bateau, me retrouvant sur le quai, j’ai été pris dans les remous de la foule. Il y avait eu un coup de feu à l’origine inconnue, qui avait marqué le début d’incidents. Un certain nombre d’Européens ont été raflés. Moi-même je me suis retrouvé avec un pistolet mitrailleur sur l’abdomen, culasse en arrière, tenu par un ATO (auxiliaire temporaire occasionnel, NDLR) inexpérimenté, recruté à la va-vite, membre d’une police qui dépendait de l’Exécutif provisoire d’Abderrahmane Farès mis en place pour assurer la transition entre l’administration française et la future administration algérienne. J’ai vu tout de suite le péril mortel que je courais, car il suffisait d’une petite secousse pour faire partir la culasse en avant. Heureusement, il y a eu un incident, un cri, de l’autre côté de la rue. Ce jeune ATO a tourné sa mitraillette dans l’autre direction. J’en ai profité pour prendre le large. Ma voiture était garée à cent mètres. Croyez-moi, j’ai fait un sprint rapide. C’était le chaos. Il n’y avait plus d’autorité, ni française puisque l’Algérie était devenue indépendante le matin même, ni algérienne car il y avait une querelle de légitimité entre le gouvernement provisoire de Benkhedda à Alger et le « groupe d’Oudjda », c’est-à-dire Ben Bella et Boumédiène.        <br />
              <br />
       <b>Vous ne parlez pas de massacre, vous parlez du « chaos du 5 juillet 1962 » ? Vous aviez pourtant annoncé 807 morts…</b>       <br />
       Non, j'ai dit que le consulat avait enregistré plus de 800 disparus déclarés. Mais il est apparu que certaines de ces personnes avaient réussi à embarquer. D’autres sont passées en Espagne. Je ne connais pas le nombre exact de disparus. Personne ne le connaît d’ailleurs. C’est un évènement qui ne peut se comprendre que par le désordre résultant de la complète vacance de toute légalité. Il faut le dire par souci de la vérité historique. Il n’est pas imputable à une consigne qui aurait été donnée par une autorité politique quelle qu’elle soit. Il y a eu certainement un massacre. Je ne l’ai pas vu, je n’ai pas vu de gens à terre mais j’ai vu le désordre. J’ai été pris au cœur de ce désordre. J’ai ensuite accompagné le nouveau Consul général pour rencontrer Ben Bella et Boumédiène qui commandait l’armée des frontières, à Tlemcen – cela devait être le 10 juillet 1962 – afin d’obtenir la libération des personnes enlevées – une petite vingtaine. J’étais le premier Français à rencontrer Ben Bella après l’indépendance, avec le consul général M. Herly bien entendu. J’ai vécu des choses que l’on n’a pas l’habitude de vivre à 23 ans. Et parce qu’un de mes amis m’appelait <span style="font-style:italic">« colonel »</span>, les Algériens croyaient que j’avais réellement ce grade : ils m’appelaient <span style="font-style:italic">« Mon colonel »</span>.       <br />
              <br />
       <b>A défaut d’être devenu colonel, vous êtes resté attaché aux questions de défense pendant toute votre vie politique. Pourquoi ?</b>       <br />
              <br />
       Parce que je sais qe la défense est la condition de toute politique étrangère. Il n’y a pas de politique étrangère indépendante sans une défense elle-même indépendante. C’est ce que le général de Gaulle nous avait appris.       <br />
              <br />
       <b>Que vous ont appris vos expériences militaires dans l’exercice du pouvoir ?</b>       <br />
       Cela m’a appris à la fois la nécessité et le bon usage de la force. On ne peut pas simplement rester dans la réflexion. Je croyais, étant jeune, qu’il y avait des « sciences politiques ». J’ai vérifié qu’elles n’existaient pas. La politique n’a rien de scientifique, parce qu’il y a trop de facteurs aléatoires et par conséquent trop d’incertitude. Il faut beaucoup d’intuition et un peu de génie finalement, pour traduire une idée dans l’action, et pour la traduire heureusement. Quand ils sont dignes de ce nom, les hommes politiques n’ont pas seulement une pensée, ils ont un savoir-faire. Il y a un art politique. A cet égard et malgré des désaccords, j’ai beaucoup appris de François Mitterrand. En matière militaire, il faut savoir doser la force. Elle est nécessaire mais doit être maîtrisée.       <br />
              <br />
       <b>Pourquoi ne pas avoir embrassé une carrière militaire ?</b>       <br />
       Parce que, avant même mon  service militaire, en 1960, j’avais déjà été reçu à l’ENA (promotion Stendhal, de 1963 à 1965, NDLR). Après la guerre d’Algérie, nous étions dans une phase de réduction des effectifs. Il n’y avait plus de guerre à l'horizon. La grande ambition, c’était la constitution d’une force de dissuasion.        <br />
              <br />
       <b>Pourtant, après avoir adhéré en 1964 à la SFIO, puis avoir été le principal rédacteur du programme « Changer la vie » du tout jeune PS, vous devenez l’un des négociateurs du programme commun avec le PCF de juin 1972, qui demande la « renonciation à la force de frappe nucléaire stratégique sous quelque forme que ce soit ». N’est-ce pas renier votre conviction profonde que la France a besoin d’une force de dissuasion pour mener une politique étrangère indépendante ?</b>       <br />
       Il y avait quatre groupes de travail. J’ai négocié la partie économique du programme commun. Les socialistes chargés du chapitre « Défense » étaient Robert Pontillon et Gérard Jaquet, qui étaient des atlantistes, des anciens de la SFIO. Mitterrand savait qu’il devait faire de concessions au PCF. Il raisonnait en dynamique. Il voyait dans le programme commun l’outil de mobilisation des masses électorales. Il savait très bien que l’armement atomique de la France n’était pas au cœur des préoccupations des milieux populaires, qui s’intéressaient essentiellement aux dispositions pratiques concernant le pouvoir d’achat, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans, etc. Par conséquent, Mitterrand a accepté cette rédaction. A cette époque, il n’avait pas encore les idées claires sur la question.  Mais il était évident, à mes yeux, qu’en tant que candidat à la Présidence de la République, il finirait par se rallier à la dissuasion. Aussi bien, le programme commun a été dénoncé en 1977 et dès 1978 le parti socialiste s’est rallié à la dissuasion.       <br />
              <br />
       <b>Vous aussi vous avez fait une concession, en participant à la rédaction d’un programme commun qui comporte la fin de la force de frappe nucléaire, que vous jugez pourtant essentielle…</b>       <br />
       Je ne suis pas sûr d’avoir lu le texte, car il a été négocié dans la nuit. Quand l’accord a été paraphé, il devait être… <span style="font-style:italic">(il réfléchit, silence)</span> Je me souviens que nous étions fatigués. Mais cela n’avait aucune importance, à mes yeux, car je faisais confiance à la dynamique des situations … C’est tellement vrai qu’en 1977 Georges Marchais a prétexté de la volonté de Mitterrand d’abandonner la force de frappe pour déclarer caduc le programme commun qui prétendait la faire disparaître ! : <span style="font-style:italic">« Fais tes valises, Liliane, on rentre à Paris ! »</span> (<span style="font-style:italic">« Quand j'ai entendu François Mitterrand refuser de s'engager sur l'existence d'une défense nationale indépendante, j'ai dit à ma femme : “François Mitterrand a décidé d'abandonner le programme commun, fais les valises, on rentre à Paris” »</span>, déclare Georges Marchais dans l’émission « Cartes sur table », le 21 janvier 1980, NDLR).       <br />
              <br />
       <b>La rupture s’est cristallisée sur ce point-là ?</b>       <br />
       Oui, mais le fond de l’affaire était que le parti communiste avait le sentiment de se faire rouler … A l’intérieur du PCF, des gens avec lesquels il m’arrivait de travailler, comme Jean Kanapa, avaient très bien compris que la dissuasion était le gage d’une politique indépendante de la France au sein de l’Alliance Atlantique. Adversaires de la dissuasion nucléaire au début des années 70, les communistes en étaient devenus de chauds partisans à la fin des années 70. Le prétexte de la rupture était moins le fait du dialogue qu’ils entretenaient avec leur grand frère soviétique que le simple résultat de ce qu’ils avaient constaté que la dynamique de l’union de la gauche s’exerçait au profit du parti socialiste et donc à leur détriment.       <br />
              <br />
       <b>Contrairement aux mesures du programme commun de 1972, François Mitterrand propose, dans ses 110 propositions de 1981, le « développement d’une stratégie autonome de dissuasion »…</b>       <br />
       Le meilleur service que j’ai rendu à la défense de la France – enfin, j’en ai rendu beaucoup d’autres (<span style="font-style:italic">rires</span>) -, c’est quand j’ai contribué à rallier le PS à la dissuasion nucléaire, en 1978. Avec mes amis du CERES (Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste, courant de la SFIO fondé en 1966 et animé par Jean-Pierre Chevènement, NDLR), nous avons apporté l’appoint décisif qui a permis au PS de ne pas rester sur la position absurde : <span style="font-style:italic">« Nous allons périmer la force de dissuasion que le général De Gaulle a entrepris de construire et que poursuivent ses successeurs»</span>. François Mitterrand, pour devenir président de la République, avait besoin de rester le maître de la dissuasion et le garant de l’indépendance de la France, et donc de ne pas apparaître comme le président qui allait la liquider. Il a demandé à un de ses proches, Charles Hernu, qu’il a spécialisé dans les questions de défense au sein du Parti socialiste, avec pour mission de combattre la ligne anti-nucléaire traditionnelle de la gauche, et à moi-même qui fournissait les bataillons de jeunes militants, de l’aider à renverser le courant. Comme le désir profond de Mitterrand était compris par un certain nombre de hiérarques socialistes comme Defferre et Mauroy, nous avons pu remettre en cause la position historique du PS et de la gauche : <span style="font-style:italic">« Non à la bombinette ! »</span>. C’est de ce renversement que date le fameux « consensus sur la défense » …       <br />
              <br />
       <b>En 1981, c’est l’alternance. Vous devenez ministre de la Recherche et de la Technologie…</b>       <br />
       A quoi s’ajoute l’Industrie, en juin 1982, quand Pierre Dreyfus l’abandonne pour des raisons de santé.       <br />
              <br />
       <b>1982, c’est justement l’année du pic du nombre d’emplois directs dans le secteur industriel de la Défense : 310 000 emplois à l'époque. Une période faste pour l’industrie de l’armement. Votre périmètre ministériel recouvrait-il ce champ d’action ?</b>       <br />
       Mes attributions concernaient l’industrie en général, donc aussi les industries de défense mais le ministre de la Défense est aussi le « ministre de l’Industrie bis » pour l’industrie de défense. Je n’avais d’ailleurs aucun conflit avec lui.       <br />
              <br />
       <b>Une fois ministre de la Défense, quelles relations avez-vous tissées avec les dirigeants d’industrie d'armement ?</b>       <br />
       Cela passait par le directeur général de l’armement de l'époque. J'avais nommé à ce poste Yves Sillard, un grand ingénieur qui était l’ancien patron du Centre national d’études spatiales. J’ai le plus grand respect pour la Direction générale de l'armement (DGA), qui est un vrai ministère de l'Industrie bis. Bien sûr, j'étais en contact direct avec les patrons de Thomson, Dassault, Lagardère… C’est moi qui ai fait homologuer le Rafale, contre l’avis du Premier ministre de l’époque, Michel Rocard. Donc Serge Dassault m’a quand même passé un coup de fil pour me remercier. C’est la seule fois où il m’a remercié. Et c’est très bien ainsi car tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour servir les intérêts de la France.       <br />
              <br />
       <b>Après votre démission en mars 1983 de l’Industrie, en désaccord avec « le tournant de la rigueur » - « un ministre ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne » - puis un passage à l’Education nationale, vous entrez au ministère de la Défense en mai 1988, immédiatement après la prise d’otages d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie. Avez-vous eu à gérer les suites du massacre, au cours duquel sont morts des gendarmes et des indépendantistes ?</b>       <br />
       En tant que ministre de la Défense, je n'ai fait que sanctionner un capitaine qui commandait l’escorte dans laquelle un indépendantiste blessé avait été acheminé par de mauvaises routes et sans soins suffisants à l’hôpital de Nouméa. Quand il est arrivé, il était mort. Je me suis borné à prendre une décision administrative : le rappel en métropole de cet officier, qui ne pouvait plus commander en Nouvelle-Calédonie. Je pensais le mettre à pied, mais je vais vous faire une confidence que je n’ai jamais faite : je me suis fait morigéner par François Mitterrand. Celui-ci m’a dit : <span style="font-style:italic">« Mais ce capitaine je le connais très bien, il était en poste dans la Nièvre »</span>. Au départ, Mitterrand exigeait des sanctions. Mais quand ces sanctions sont tombées, elles sont mal tombées. Je vous raconte cela pour la petite histoire. Cela montre les difficultés de l’action ministérielle. Mais j’ai eu très peu à voir dans le traitement ultérieur de la Nouvelle-Calédonie et même pas du tout.        <br />
              <br />
       <b>Quel événement vous a confronté, en tant que ministre de la Défense, à la raison d’Etat, à cet intérêt supérieur de l’Etat qui exige de transgresser les règles courantes ?</b>       <br />
       La guerre du Golfe à l’évidence. Cette guerre parfaitement évitable, si on avait eu recours aux ressources de la diplomatie, était, à mes yeux, une catastrophe épouvantable, qui allait ouvrir la voie à une expansion du fondamentalisme, de l’islam radical et du terrorisme, qui allait déséquilibrer complètement le Moyen-Orient et nous aliéner une partie de l’opinion arabe. J’ai eu des discussions très dures avec François Mitterrand sur ce sujet.       <br />
              <br />
       <b>La raison d’Etat commandait François Mitterrand d’engager la France dans ce conflit, selon vous ?</b>       <br />
       Je ne crois pas, je ne connais pas les motivations de François Mitterrand. Il ne me les a jamais véritablement données. Ou alors il m’a dit des choses que je ne veux même pas vous rapporter.        <br />
              <br />
       <b>C’est-à-dire ?</b>       <br />
       Je ne veux pas vous les rapporter. Il m’a dit des choses qui m’ont choqué. Et moi, personnellement, je me suis déterminé en fonction de la raison d’Etat. De la raison d’Etat de la France. Je considérais, comme ministre de la Défense, qu’il valait mieux que je me défasse de mon sabre et que je n’apparaisse pas complice d’une guerre qui porterait un grave préjudice à nos intérêts nationaux, aux intérêts des pays musulmans eux-mêmes, mais aussi à l’intérêt du monde entier, de l’Humanité, et des Etats-Unis eux-mêmes. Les Twin Towers c’est en 2001, c’est dix ans après.        <br />
              <br />
       <b>Il y a une relation de cause à effet entre la guerre du Golfe, en 1991, et les attentats du 11 septembre 2001, selon vous ?</b>       <br />
       Vous pensez que les évènements tombent du ciel ?       <br />
              <br />
       <b>Revenons à la raison d’Etat. Est-ce que vous avez été confronté à une situation difficile où vous avez dû prendre une décision en conscience, à l’image de François Hollande lorsque qu’il commandite au moins quatre opérations « homo », des assassinats ciblés d’ennemis de la nation, comme il le révèle dans Un Président ne devrait pas dire ça ?</b>       <br />
       Je ne crois pas que le ministre de la Défense peut ordonner ce genre d’opérations. Seul le Président de la République peut sans doute le faire. François Hollande a eu tort d’avoir révélé cela. Ce livre avec deux journalistes du « Monde » n’aurait d’ailleurs jamais dû paraître. Le pouvoir politique doit rester maître de sa communication. C’est ce qu’essaie de faire Emmanuel Macron dans l’intérêt public.       <br />
              <br />
       <b>Est-ce que des opérations comme celles-ci ont été commanditées entre 1988 et 1991, quand vous étiez ministre de la Défense ?</b>       <br />
       A ma connaissance, non. Je n’ai pas été confronté à cette situation. Et si tel avait été le cas, je vous répondrais d’ailleurs également « non ».        <br />
              <br />
       <b>Aviez-vous accès à tous les documents classés secret défense, en tant que ministre de la Défense ?</b>       <br />
       Bien sûr. J’avais par exemple accès aux plans de frappe. Mitterrand me déléguait le soin de les compléter quand c’était nécessaire. Il existe beaucoup de classifications : le secret diamant, qui est le sommet, le secret défense proprement dit, le confidentiel défense enfin qui est le degré inférieur… En fait il y a peu de secrets. Les journalistes savent à peu près tout. Enfin, il y a évidemment tout ce qui touche à la dissuasion nucléaire qui relève de la physique. Là c’est moins accessible ….       <br />
              <br />
       <b>Quelle était votre relation, en tant que ministre de la Défense, avec François Mitterrand, le chef des armées ?</b>       <br />
       Mes rapports avec François Mitterrand ont presque toujours été très bons. Je le voyais régulièrement. C’est avec lui que j’ai pu préserver l’essentiel de la loi de programmation militaire qu’avait fait voter André Giraud, mon prédécesseur. Et c’est avec lui que j’ai élaboré le plan « Armées 2000 », que j’avais préparé en secret, c’est-à-dire en dehors des états-majors.  Je ne l’ai appris au général Schmitt, le chef d’état-major des armées, que la veille du conseil des ministres qui l’a entériné. Un exercice qui supprimait la moitié des états-majors territoriaux et visait à adapter l’armée française à l'évolution du contexte européen. J’avais donc une relation de grande confiance avec François Mitterrand.       <br />
              <br />
       <b>Vous démissionnez pourtant en 1991. Vous exprimez votre opposition à l’engagement de la France dans la guerre du Golfe lors du Conseil de défense du 9 août 1990. Vous vous trouvez dans le salon Murat à l’Elysée, avec Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères, Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur, Jacques Lanxade, chef d’état-major particulier du président de la République, les chefs d’état-major des différents corps d’armée, le secrétaire général de l’Elysée et le conseiller diplomatique. Comment la réunion se passe-t-elle ? </b>       <br />
       Une analyse est faite. François Mitterrand ne dit pas tout ce qu’il sait. Il ne dit pas qu’il a reçu, le 3 août 1990, une communication téléphonique de Georges Bush père, lui demandant : <span style="font-style:italic">« Est-ce que la France sera avec nous ou pas dans la guerre ? »</span>. Nous n’étions pas complètement informés. En réalité, la décision était prise au plus haut niveau dès le début.       <br />
              <br />
       <b>Il existe donc une asymétrie d’information entre le président de la République et vous, à ce moment-là ?</b>       <br />
       Oui, et elle durera jusqu’à la fin. Lors du Conseil de Défense du 9 août 1990, Joxe et moi-même faisons valoir des arguments en faveur d’une solution négociée. Nous sommes les seuls, si je me souviens bien, à exprimer notre préférence pour une issue diplomatique.        <br />
              <br />
       <b>Que réplique François Mitterrand à vos réserves ?</b>       <br />
       Il répond dans une intervention télévisée qui a lieu après, dans laquelle il évoque une <span style="font-style:italic">« logique de guerre »</span> (dans une conférence de presse, le 6 septembre 1990, NDLR). Il prépare les Français à cette issue.       <br />
              <br />
       <b>Mais comment réagit-il à votre circonspection ?</b>       <br />
       Il nous écoute. Il nous formule des observations d’ordre général : <span style="font-style:italic">« Saddam Hussein a franchi une ligne rouge, il a remis en cause une frontière internationale…»</span> Des choses que nous savons parfaitement. Mais il n’y a pas un vrai débat géopolitique.       <br />
              <br />
       <b>Vous avez écrit : « J’étais le seul à rompre le lourd silence des Conseils des ministres ». Vous tapiez également du poing sur la table lors des Conseils de défense ?</b>       <br />
       C’est autre chose, c’est plus resserré. Les Conseils de défense sont très techniques. On n’intervient pas sur la politique, mais sur des points précis. C’est déjà très formaté, très préparé. Chacun s’exprime brièvement, puis une décision est prise. Cela ne dure pas longtemps.       <br />
              <br />
       <b>Ils se réunissent fréquemment ?</b>       <br />
       Non, François Hollande les a réunis, à mon sens, beaucoup trop souvent, Mitterrand beaucoup moins. Sauf pendant la période de la Guerre du Golfe, tout à fait à la fin. Il y en avait presque tous les jours.       <br />
              <br />
       <b>Comment avez-vous vécu ce désaccord avec François Mitterrand sur la nécessité d’intervenir face à Saddam Hussein ?</b>       <br />
       Douloureusement. Pour la première fois, on a assisté à une opposition entre un président de la Ve République et son ministre de la Défense sur une question qui touchait à la guerre et à la paix. J’étais pour l’évacuation du Koweït par les moyens de la diplomatie que je savais possible. J’ai toujours pensé que l’avenir du monde arabe était dans le soutien aux éléments les plus progressistes. ,Je considérais que faire la guerre à l’Irak revenait à briser le pays qui permettait de maintenir un équilibre au Moyen-Orient et de contenir le fondamentalisme. François Mitterrand, lui, s’est rallié à la guerre, qui avait été décidée par George Bush père dès le premier jour, c’est-à-dire dès le 3 août 1990. J’ai tous les éléments qui me permettent de le démontrer. Mitterrand considérait, pour des raisons qui lui appartiennent, qu’il ne pouvait pas être en dehors de la guerre, c'est-à-dire donner à la France une position de médiation, bien qu'il ait fait, en septembre, un discours à l’ONU qui allait apparemment dans ce sens, mais qui n’a été suivi d’aucune action de notre diplomatie (<span style="font-style:italic">« Que l'Irak affirme son intention de retirer ses troupes, qu'il libère les otages, et tout devient possible »</span>, affirme Mitterrand à l’ONU le 24 septembre 1990, NDLR).       <br />
              <br />
       <b>François Mitterrand a-t-il essayé de trouver une issue avec vous ?</b>       <br />
       Il m’a proposé de prendre le ministère de l’Equipement, le 21 août 1990. Ce que j’ai refusé, parce qu'un ministre est solidaire de la politique de son gouvernement. Mitterrand s’en est accommodé en me disant : <span style="font-style:italic">« Cela ne me gêne pas que mon ministre de la Défense soit plutôt proche de la paix »</span>. C’était pour tenir compte de l’opinion publique, qui est restée de mon côté jusqu’au déclenchement de la guerre… J’ai quand même pu obtenir un déploiement de l’opération Daguet très au large du Koweït, à 300 km à l’Ouest, face à l’Euphrate, que nos troupes ont pu atteindre sans encourir aucune perte.       <br />
              <br />
       <b>« Notre situation est intenable, c’est impossible d’avoir un ministre de la Défense réticent à une intervention armée contre l’avis de tous, ce n’est plus gérable », aurait confié le chef d’état-major particulier du président de la République, M. Lanxade, à François Mitterrand, un jour de 1990, d’après des propos rapportés par Alexandra Schwartzbrod dans Un président qui n’aimait pas la guerre. Si vous n’aviez pas présenté votre démission, vous auriez quand même été poussé vers la sortie ? </b>       <br />
       Oui, c’était le désir de Lanxade et de Rocard. Et sans doute de beaucoup d’autres. En réalité, j’avais recommandé à Mitterrand l’amiral Lanxade, qui était mon chef de cabinet militaire, pour être son chef d’état-major particulier. C’était un homme intelligent mais ce fut une erreur de ma part, parce que très rapidement l’amiral Lanxade est devenu la courroie de transmission entre Bush père et Mitterrand. Il a fait savoir à Bush que c’était le président de la République qui décidait, et pas le ministre de la Défense. C’était un point que je ne contestais d’ailleurs pas mais j’espérais pouvoir amener Mitterrand à jouer les médiateurs ...       <br />
              <br />
       <b>François Mitterrand refuse d’abord votre démission…</b>       <br />
       Mitterrand m’a demandé de surseoir à ma démission, que je lui ai remise par lettre le 7 décembre 1990. Il m’a dit : <span style="font-style:italic">« Je voudrais avoir le temps d’une médiation, soit avec les Soviétiques, soit avec les Algériens. Laissez-moi le répit de quelques semaines, jusqu'aux fêtes »</span>. Et au lendemain des fêtes, un projet de résolution était en préparation à l’ONU, donc je suis resté. Un vote a aussi été demandé par Mitterrand à l’Assemblée nationale le 16 janvier, et j’ai dit à ma suppléante qu’elle avait la liberté de s’abstenir. C’était original : un ministre de la Défense dont le député suppléant à l’Assemblée s’abstient lors du vote du Parlement sur une intervention militaire.        <br />
              <br />
       <b>Qu’est-ce qui a rendu votre démission effective ?</b>       <br />
       Quand l’amiral Lanxade a été interviewé chez Anne Sinclair, je suis allé voir Mitterrand le lendemain, le lundi soir, et je lui ai dit que nous avions franchi là une limite. Je ne pouvais plus surseoir à ma démission. En effet, on ne peut pas accepter que ce soit le chef d’état-major particulier qui s’exprime dans une émission de grande écoute à la place du ministre de la Défense. Mitterrand me dit, un peu effrayé : <span style="font-style:italic">« Mais vous n’allez quand même pas faire comme Rocard, vous n'allez pas sauter par la fenêtre ? »</span> – parce que Rocard avait démissionné en pleine nuit, en 1985, quand on avait introduit la proportionnelle. Je lui réponds : « Pas du tout »,  et je lui suggère mercredi matin, avant le conseil des ministres. Je transmets donc mes pouvoirs à Joxe ce jour-là (le 29 janvier 1991, NDLR), et ma décision devient effective. En réalité, j’avais déjà désapprouvé le plan d’emploi de nos forces hors du Koweït, et Mitterrand était passé outre. Mais enfin ma démission était là, posée, écrite noir sur blanc et pas seulement manuscrite comme le 7 décembre 1990.        <br />
              <br />
       <b>Après votre rejet de l’intervention française dans le Golfe, certains vous ont qualifié de « pacifiste ». Vous répondez : « Je ne suis pas un pacifiste, je suis un pacifique ». Que voulez-vous dire ?</b>       <br />
       Naturellement, je suis <span style="font-style:italic">pacifique</span> parce qu’il est préférable de résoudre les conflits par la voie diplomatique que par la voie de la violence. Mais je ne suis pas <span style="font-style:italic">pacifiste</span>, sinon je n’aurais pas accepté le ministère de la Défense. Je ne suis pas contre la guerre en général. J’ai par exemple approuvé l’intervention au Mali quand François Hollande l’a décidée, j’aurais été pour l’Union sacrée en 1914 parce que notre pays était l’agressé. Je considère qu’être pacifiste c’est renoncer aux moyens de se défendre. Je me suis donc toujours battu pour les crédits militaires. J’ai préparé le plus haut budget d’équipement que la France ait jamais eu, en 1991.       <br />
               <br />
              <br />
       <b>Quand la guerre est-elle nécessaire ?</b>       <br />
       Quand on ne peut pas l’éviter. Je suis toujours partisan de privilégier la diplomatie, si on peut régler une affaire par cette voie-là. Je me souviens de François Mitterrand, qui a dit à un général qu’il décorait, au mois de juin 1991 : <span style="font-style:italic">« Est-ce que tout cela, au fond, en valait bien la peine »</span> ? Les deux guerres du Golfe qui ont détruit l’Etat irakien ont donné Daesh.        <br />
              <br />
       <b>C’est-à-dire ?</b>       <br />
       La destruction de l'Etat irakien a livré le pays à la guerre civile. Elle a d’abord permis aux chiites de devenir majoritaires et de tenir le gouvernement de Bagdad puis d’opprimer les sunnites. L’Irak est devenu plus ou moins le relais de l’Iran. La destruction de l’Etat irakien a libéré en Irak d’abord, mais aussi dans tout le monde musulman, les forces d’Al-Qaïda, le terrorisme, le fondamentalisme sunnite et enfin Daech. En Irak même, c’est une guerre civile épouvantable, avec des exécutions, des viols, des tortures, peut-être un bilan de plus d’un million de morts depuis 1991. Certes, la dictature de Saddam Hussein était une dictature brutale. Mais si l’on met en rapport les effets de cette dictature avec l’épouvante qui règne aujourd’hui dans la région, on se rend compte que la politique doit se faire avec la morale, au bon sens du terme. Une morale articulée avec la réalité.       <br />
              <br />
       <b>Faut-il nécessairement faire la guerre pour se hisser au rang de grand président ?</b>       <br />
       Je ne raisonne pas comme ça. Il ne faut pas tout mélanger. Pour être un grand président, il faut servir son pays. Et bien le servir. Quelquefois, la guerre est inévitable. Clemenceau l’a faite. Et Lyautey, qui avait conquis le Maroc, a démissionné de son poste de ministre de la guerre en 1917, était en désaccord avec le général Nivelle, avec un certain nombre de chefs militaires, et plus sûrement encore avec Briand, le président du Conseil de l’époque.       <br />
              <br />
       <b>Seriez-vous le Lyautey de 1991 ?</b>       <br />
       Je ne dis pas ça <span style="font-style:italic">(rires)</span>.        <br />
              <br />
       <b>Vous démissionnez un an après la chute du mur de Berlin et quelques mois avant l’effondrement de l’URSS. N’est-ce pas une désertion de quitter ce poste stratégique de ministre de la Défense à un moment où s’opère une recomposition charnière du paysage géopolitique ?</b>       <br />
       Je vous ai expliqué le contraire. Quand je démissionne, en janvier 1991, l’Allemagne a retrouvé son unité. Personne ne prévoit l’implosion de l’URSS. Mitterrand même n’y croira pas. Mais personne – en dehors de moi – n’a anticipé l’Islam radical dans le monde sunnite et le terrorisme. La désertion, cela aurait été de rester à mon poste, compte tenu de ce que j’étais, de ce que je portais depuis Epinay et de la connaissance que j’avais du monde arabe. Je pense avoir mieux préservé l’avenir, vis-à-vis des peuples arabes et des peuples musulmans, que ceux qui ont ordonné des interventions à courte vue, grosses de catastrophes à venir. Malheureusement la guerre du Golfe n’a pas servi de leçon. Ni pour Nicolas Sarkozy en Libye, ni pour François Hollande en Syrie. Il me semble cependant qu’Emmanuel Macron a entrepris de revoir notre politique en Syrie pour y ramener la paix. La force c’est bien, quand elle est au service d’une politique juste.       <br />
              <br />
       <b>Après la démission du chef d'état-major des armées, Pierre de Villiers, estimez-vous qu'« un chef d'état-major des armées, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne » ?</b>       <br />
       La jurisprudence qui s’applique aux Ministres s'applique également au Chef d'état-major des Armées.       <br />
              <br />
       <b>Pierre de Villers a démissionné après avoir protesté contre la suppression de 850 millions d'euros dans le budget 2017 des armées et s'être fait recadrer par Emmanuel Macron devant un parterre de généraux et de subordonnés à l'Elysée. Deux erreurs du président de la République, chef des armées ?</b>       <br />
       La forme aurait pu être améliorée et peut-être cela aurait-il pu changer le fond ... Le Président de la République a choisi de faire passer la réduction du déficit budgétaire à moins de 3% du PIB avant le souci de respecter les objectifs de la loi de programmation militaire. Mais il peut réparer cela très vite : en inscrivant dans le projet de loi de Finances pour 2018 le chiffre qui correspond à l’augmentation de notre effort de défense à hauteur de 2% du PIB à l’horizon 2025. Cet effort est nécessaire pour la modernisation de la dissuasion et pour que la France reste en Europe une puissance militaire de premier rang. C’est le rôle du Président de la République d’imposer ce choix à la technostructure de Bercy.        <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://revuecharles.fr/jean-pierre-chevenement-la-guerre-a-fait-de-moi-un-homme/">Revue Charles</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/17778200-22166613.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/La-guerre-a-fait-de-moi-un-homme_a1951.html</link>
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   <title>La dissuasion, gage de l’indépendance française et de l’autonomie stratégique européenne</title>
   <pubDate>Sat, 14 Oct 2017 08:21:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre au Colloque de la Fondation pour la Recherche Stratégique, « Résistance et Dissuasion », tenu le 5 octobre 2017 à la Bibliothèque Nationale de France.     <div>
      Pour les peuples, la guerre est toujours le moment de la Vérité. C’est-dire qu’elles se gagnent ou se perdent longtemps à l’avance, en fonction des doctrines stratégiques, de l’effort consenti pour faire face aux menaces, de la qualité des hommes, de l’adéquation des systèmes d’armes et, plus que tout, d’un « vouloir vivre national ».        <br />
              <br />
       <b>I. Si j’insiste sur ce dernier point, c’est qu’il ne peut pas y avoir de bonne défense pour un peuple qui se défait.</b> Le patriotisme n’est pas seulement le ressort de l’esprit de sacrifice qu’on attend des soldats. Il est l’ultime garantie que la France saura surmonter demain les épreuves qui sont sur sa route, comme il permit hier à une petite élite exemplaire d’incarner la France Libre et de maintenir la République française au rang des vainqueurs de la Seconde guerre mondiale.       <br />
              <br />
       A. La dissuasion a ainsi été forgée par l’effort de tous ceux qui avaient ressenti la brûlure de 1940. C’est dans le souvenir du grand effondrement de notre pays que celui-ci a puisé la volonté de se doter d’un outil militaire qui lui permettrait de ne jamais plus connaître la honte de la capitulation ourdie par ceux que Marc Bloch appelait <span style="font-style:italic">« les nouveaux Bazaine »</span>.       <br />
              <br />
       « Jamais plus 1940 ! » voilà le cri silencieux des patriotes dans les générations qui ont suivi la Seconde guerre mondiale. Mais avec le temps qui passe, les souvenirs s’effacent.        <br />
              <br />
       De là à voir dans la dissuasion, comme l’écrit le philosophe allemand Sloterdijk, un simple <span style="font-style:italic">« symptôme contraphobique »</span>, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas, car la dissuasion est d’abord à mes yeux un outil politique, moyen pour la France de ne pas être entraînée dans « une guerre qui ne serait pas la sienne ».
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      B. Avec la fin de la guerre froide, l’implosion de l’URSS et les tentatives de désarmement qui se sont fait jour dans les années 1990, la dissuasion a subi sa première grande épreuve.       <br />
              <br />
       C’était aussi par patriotisme qu’une élite scientifique appuyée sur la volonté du Général de Gaulle et de ses successeurs a su tirer de l’effondrement sans précédent de 1940, l’ambition et la capacité de doter la France de l’arme nucléaire, ultime garantie de sa souveraineté, sans cesser jamais de l’adapter au contexte stratégique.       <br />
              <br />
       Ce fut aussi par patriotisme que cette élite, bien sûr renouvelée, sut avec Georges Baleras à la DAM, puis Jacques Bouchard, Alain Delpuech, Daniel Verwaerde et François Geleznikoff doter la France d’une capacité de simulation propre à la doter d’armes nucléaires robustes sans passer par le stade des essais nucléaires.       <br />
              <br />
       Rien ne garantissait après le moratoire de 1992 et la fin des essais nucléaires proclamée en 1996, le succès du programme « Simulation » et pourtant, celui-ci a été mené à bien : la France est aujourd’hui capable de fabriquer ses propres têtes nucléaires robustes, TNA et TNO, sans avoir à recourir aux essais nucléaires. Cet exploit scientifique n’aurait pu être réalisé sans le patriotisme des équipes du CEA et de sa direction des applications militaires.        <br />
              <br />
       C. C’est aussi sur le patriotisme des équipages des SNLE et des « Mirage » et sur celui des ingénieurs et cadres de la DGA, soucieux de maintenir une base industrielle et technologique capable de forger les têtes nucléaires et les vecteurs nécessaires - sous-marins, avions et missiles - qu’a reposé cette grande réussite matinale.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II. Dans cet exposé, je voudrais essentiellement montrer comment s’est forgé le consensus national sur la dissuasion dans les années qui ont précédé et suivi l’accession de la gauche au pouvoir en 1981.</b>       <br />
              <br />
       A. On se souvient qu’au départ de l’effort industriel qui a permis de créer la dissuasion, furent votées contre ceux qui parlaient alors de <span style="font-style:italic">« bombette »</span> ou de <span style="font-style:italic">« bombinette »</span>, deux lois de programmation militaire dont l’adoption nécessita l’utilisation du 49.3.       <br />
              <br />
       On aurait tort, cependant, d’oublier l’effort qu’avaient fait les grands acteurs de la IVème République pour permettre, en 1960, la première expérimentation d’une arme nucléaire française et la campagne « Gerboise » qui a suivi. Trois autres expérimentations eurent lieu en 1960 et 1961.       <br />
              <br />
       Il revient à Pierre Mendès-France et à Guy Mollet d’avoir adopté les décisions de principe, pour le premier en 1954 et d’avoir pourvu aux crédits nécessaires, pour le second en 1956. Je ne dis pas cela pour minimiser l’effort des Guillaumat et Goldschmidt qui œuvraient au CEA mais par simple souci de servir la vérité.        <br />
              <br />
       Il faut rappeler aussi la contribution de Frédéric Joliot dans les cinq années qui ont suivi la Seconde guerre mondiale avant sa révocation parce qu’il était communiste et que la guerre froide commençait. Ce fut une grande perte au plan scientifique.       <br />
              <br />
       B. Je vais maintenant évoquer un épisode moins connu qui est celui du ralliement de la gauche à la dissuasion nucléaire dans la décennie de 1971 à 1981.       <br />
              <br />
       1. Le Congrès d’Epinay a adapté le PS aux institutions de la Vème République. François Mitterrand avait déjà été le candidat unique de la gauche en 1965 grâce à Waldeck Rochet, alors Secrétaire général du PCF qui avait connu Mitterrand à Londres.       <br />
              <br />
       François Mitterrand devient le Premier Secrétaire du PS d’Epinay et donc le candidat désigné de la gauche à l’élection présidentielle par la conjonction de trois forces : la sienne, la CIR (Convention des Institutions Républicaines) et celle de la droite de la SFIO (Mauroy, Defferre) mais aussi celle de la gauche du CERES.       <br />
              <br />
       Le CERES, Centre d’études, d’éducation et de recherches socialistes, était un petit groupe d’anciens élèves de l’ENA et de Polytechnique qui tirait une bonne part de sa force du soutien de l’association des postiers socialistes de Georges Sarre, 8.5 % de mandats qui firent pencher la balance sur une ligne : l’union de la gauche scellée par un programme commun avec le PCF, lui-même élaboré sur la base d’un programme socialiste intitulé « Changer la vie » et dont j’avais reçu la charge. Celui-ci fut adopté en avril 1972.       <br />
              <br />
       Le programme commun le fut, le 30 juin de la même année.       <br />
              <br />
       2. Le CERES en matière d’institutions, de politique étrangère et de défense avait, pour aller vite, les idées du Général de Gaulle.       <br />
              <br />
       Dans un séminaire de 1966, Robert Verdier et Jules Moch dirent à l’un d’entre nous Loïk Hennekinne, qui avait été premier secrétaire à notre ambassade à Saïgon : <span style="font-style:italic">« Comment pouvez-vous faire carrière avec des idées pareilles ? »</span>.       <br />
              <br />
       Un autre Jacques Darmon fut appelé, avec mon accord, au cabinet de Michel Debré alors ministre de la Défense, c’était en 1970.       <br />
              <br />
       Le CERES était un think tank en même temps qu’un mouvement politique immergé au sein du PS.       <br />
              <br />
       A l’époque, revenu d’Algérie, j’avais embrassé avec mes amis, Gomez, Motchane, Hennekinne et quelques autres, la doctrine du Général de Gaulle sur la dissuasion.       <br />
              <br />
       Mais comment convaincre le PS ?       <br />
              <br />
       Je faisais confiance globalement à la logique des institutions.       <br />
       François Mitterrand devait faire son « aggiornamento » mais il fallait l’y amener.       <br />
              <br />
       Juin 1971, je suis alors Secrétaire national du PS, chargé du programme. Il me faut d’abord convaincre Georges Sarre d’introduire trois options dans l’avant-projet de programme soumis au Comité Directeur à l’automne 1971. Ce fut le plus difficile, car Georges Sarre avait sur la question les idées des socialistes de l’époque. Mais il me fit confiance parce qu’il était mon ami. Et son soutien était déterminant pour rallier le CERES à la dissuasion.       <br />
              <br />
       Dans l’avant-projet du programme soumis au Comité Directeur du PS à l’automne 1971, j’introduisis trois options :       <br />
       -	Développement de la dissuasion,       <br />
       -	Maintien en état,       <br />
       -	Suppression.       <br />
              <br />
       Après débat au sein du Comité Directeur, il n’en resta que deux :        <br />
       -	Maintien en état,       <br />
       -	Suppression.       <br />
              <br />
       C’est sur cette formulation qu’eut lieu le débat au sein du parti. La première option sortit minoritaire mais avec un assez bon score. Le CERES était le poisson pilote de cette opération qui fut défendue à la tribune de la Convention par Charles Hernu. Celui-ci était l’agent que François Mitterrand avait désigné pour suivre les questions militaires.       <br />
              <br />
       Au lendemain d’Epinay fut constituée une Commission de la Défense du PS qui dépendait du Secrétaire national au programme que j’étais.       <br />
              <br />
       Charles Hernu, Jacques Huntzinger, Pierre Bercis et moi-même étions chargés de l’animer. Nous créâmes une association dite Convention des officiers de réserve pour l’ « Armée Nouvelle », titre d’un ouvrage de Jaurès sur la mobilisation de la nation en armes. Cette association portait donc le nom de « CORAN ». Il fallait le faire !       <br />
              <br />
       Pendant ce temps, le CERES se développait, faisant plus de 25 % des mandats au Congrès de Pau en 1975, les relations avec le PCF firent voir à celui-ci, ou du moins à Jean Kanapa, chargé de la politique étrangère au bureau politique du PCF, que la dissuasion avait quelque chose à voir avec l’indépendance nationale.       <br />
              <br />
       A tel point qu’au moment de la rupture du programme commun de gouvernement, en 1977, le prétexte allégué par Georges Marchais, en Corse où il passait ses vacances, fut : « François Mitterrand veut renoncer à la dissuasion et donc à l’indépendance nationale… Liliane, fais les valises, etc… ».       <br />
       Ce qui veut dire que la direction du PCF avait fait, depuis 1972, un chemin intellectuel considérable.       <br />
       Au lendemain d’une courte défaite aux législatives de 1978, François Mitterrand jugea l’heure venue de l’« aggiornamento ».       <br />
              <br />
       Une convention nationale sur la défense fut convoquée.       <br />
              <br />
       François Mitterrand sentait bien qu’il ne pouvait pas être candidat à la Présidence de la République en renonçant à la dissuasion.       <br />
       Le débat fut animé. Jean-Pierre Cot défendait la position traditionnelle des socialistes mais se heurta à la conjonction du CERES et de Charles Hernu.       <br />
              <br />
       Les amis de François Mitterrand et tous les leaders des fédérations qui étaient « au parfum », essentiellement le Nord et les Bouches-du-Rhône, se rallièrent à la formulation qu’Hernu et moi leur proposions (« maintien en état » de la dissuasion). La suite est connue, François Mitterrand fut élu, en 1981, et le cap de la dissuasion nucléaire fut maintenu :       <br />
       -	Charles Hernu fut le premier ministre de la Défense (1981-1985),       <br />
       -	Paul Quilès après la démission de Charles Hernu occupa le poste et lancera la plupart des programme (PAN – Leclerc, etc…),       <br />
       -	André Giraud lui succéda et fit voter la loi de programmation militaire 1987-1989 à laquelle succéda la loi de programmation militaire 1990-1993 portée par mes soins (Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense 1988-1991).       <br />
              <br />
       Ce fut la période de montée en puissance régulière de la FNS mais aussi des armes dites « préstratégiques ».       <br />
              <br />
       En 1985, est intervenu le lancement de la TN75.       <br />
       Le Hadès est produit pour remplacer le Pluton. 400 kilomètres de portée au lieu de 80. Engin sur roues qui pouvait être déplacé rapidement et non plus engin chenillé comme le Pluton.       <br />
              <br />
       Le seul incident lié à la cohabitation de 1986-1988 fut l’affaire du S4 dit « missile à roulettes » (missiles embarqués sur des camions banalisés).       <br />
       Pour des raisons liées au consensus, François Mitterrand était contre leur déploiement.       <br />
              <br />
       De cette période où je n’étais pas encore ministre de la Défense, je garde quelques souvenirs :       <br />
       François Mitterrand déclara un jour : <span style="font-style:italic">« la dissuasion c’est moi »</span>. Vue profonde car le Président de la République est en effet l’unique décideur. Il était bien loin le temps où il moquait « la bombinette ». François Mitterrand déclara un jour de façon un peu énigmatique : <span style="font-style:italic">« le plateau d’Albion est la pointe de diamant de notre dissuasion »</span>. Et comme je lui demandais <span style="font-style:italic">« pourquoi ? »</span> : <span style="font-style:italic">« Parce que,</span> me dit-il, <span style="font-style:italic">une attaque contre le plateau d’Albion signerait l’auteur de l’agression et le désignerait aussitôt à notre riposte »</span>. Je me contentai de cette explication, bien qu’à mon sens il faille interpréter plus largement la notion d’intérêt vital.       <br />
              <br />
       Un autre débat avait lieu entre François Mitterrand et moi qui reflétait en fait celui qu’il avait avec Helmut Köhl sur le devenir de nos armes « préstratégiques ».       <br />
              <br />
       Je pensais l’avoir convaincu de leur intérêt pour dissuader tout déploiement de chars et par conséquent toute offensive blindée.       <br />
              <br />
       Je me souviens de la tête d’Helmut Köhl au défilé du 14 juillet 1989 à l’apparition des Plutons sur les Champs-Elysées.       <br />
              <br />
       Dans mon esprit, le Hadès avec sa portée bien supérieure et sa mobilité aurait permis de tempérer les craintes du Chancelier que je pouvais comprendre.       <br />
              <br />
       Mais le Hadès fut progressivement retiré à partir de 1991, c’est-à-dire après mon départ de l’Hôtel de Brienne.       <br />
              <br />
       A ce moment-là, en 1991, notre arsenal comptait près de 600 têtes nucléaires, contre moins de 300 aujourd’hui.       <br />
              <br />
       C. Après 1991 commença, en effet, l’ère du désarmement.       <br />
              <br />
       L’annonce d’un moratoire sur les essais nucléaires, en 1992, par le nouveau Premier Ministre, Pierre Bérégovoy, devant l’Assemblée Nationale, où j’avais retrouvé mon siège, me stupéfia.       <br />
              <br />
       C’était une concession faite aux écologistes à la veille des élections de 1993. J’en étais scandalisé. Car le moratoire annonçait la fin des essais et rien ne garantissait que nous pourrions mettre au point un programme de simulation propre à garantir la pérennité de notre dissuasion stratégique.       <br />
              <br />
       C’était une raison de plus que j’avais de m’éloigner du Parti Socialiste. Ce n’était pas la seule.       <br />
              <br />
       <b>III. L’avenir du consensus sur la dissuasion</b>       <br />
              <br />
       Celle-ci est plus nécessaire que jamais dans un monde multipolaire où les arsenaux nucléaires se développent en Asie de l’Est et du Sud et où l’équilibre est précaire (ainsi au Moyen-Orient).       <br />
              <br />
       Au fond de moi-même, je reste inquiet, malgré les sondages flatteurs.       <br />
              <br />
       1. Il y a d’abord la tentation permanente du désarmement. Le discours d’Obama à Prague, en 2009, a entretenu le mirage d’« un monde sans armes nucléaires ».       <br />
              <br />
       La pression des pays non dotés s’est accrue à l’ONU avec le projet de traité d’interdiction signé mais non ratifié par 122 pays.       <br />
              <br />
       Ce mouvement trouve un écho, y compris dans les plus hautes sphères. Chacun se souvient d’une tribune libre dans <span style="font-style:italic">Le Monde</span>, co-signée par deux anciens Premiers ministres, par un ancien ministre de la Défense et par un ancien Chef d’Etat-Major de l’Armée de l’Air (1).       <br />
              <br />
       La crainte d’un effet d’éviction sur les forces conventionnelles existe chez nos militaires.        <br />
              <br />
       2. Ma crainte est aussi budgétaire du fait de la « bosse » qu’il va falloir absorber pour lancer le SNLE 3ème génération à compter de 2020, par le missile M51-4 à partir de 2022 et enfin par les choix structurants qu’implique le renouvellement de la composante aéroportée. Il s’agit du concept de missile hypervéloce et des conséquences pour l’aéronef porteur.       <br />
              <br />
       3. Troisième source d’inquiétude : aux yeux de l’opinion publique, le terrorisme paraît contourner la dissuasion.       <br />
              <br />
       Avisons-nous, cependant, qu’il peut y avoir demain un terrorisme d’Etat.       <br />
              <br />
       Plusieurs puissances dans le monde peuvent glisser dans une forme d’extrémisme radical et approchent déjà le seuil nucléaire.       <br />
              <br />
       La Corée du Nord et le Pakistan ont déjà les armes nucléaires (comme Israël et l’Inde). L’Iran est sur le seuil. L’accord du 14 juillet 2015 fige heureusement la situation. La Turquie, l’Arabie Saoudite et l’Egypte peuvent être tentées de se rapprocher du seuil.       <br />
       D’où l’intérêt de maintenir le TNP. C’est une digue fragile mais qui a le mérite d’exister.       <br />
              <br />
       4. Le contexte européen, enfin, constitue à mes yeux une quatrième source d’incertitudes.       <br />
       a – L’Europe n’est plus à l’abri de missiles à longue portée venus de l’Asie. Ainsi la Corée du Nord qui a bénéficié de transferts de technologies en matière balistique, opérés à partir de l’Ukraine, semble-t-il, à un échelon non gouvernemental.       <br />
       b – La France est la seule puissance nucléaire sur le continent.       <br />
       c – La dissuasion doit rester nationale.       <br />
       d – Le concept de « dissuasion élargie » se constate le moment venu. Il ne peut donner lieu à des engagements publics préalables, à plus forte raison à des traités. La dissuasion française contribue à la défense européenne mais elle doit rester nationale. Il ne doit y avoir qu’un seul décideur : le Président de la République, qui apprécie les intérêts vitaux de la France.       <br />
       e – Il faut préserver le consensus qui s’est formé autour de la dissuasion. La dissuasion contribue à l’équilibre et à la sécurité de l’Europe. La Russie reste une puissance nucléaire majeure. L’armée russe n’est plus et ne redeviendra plus l’armée soviétique. Nous n’avons pas intérêt à une nouvelle guerre froide sur notre continent. Mais la sécurité européenne implique un équilibre des forces, à négocier, au plus bas niveau possible. La dissuasion nucléaire française ne relève pas et ne doit pas relever du Comité des plans nucléaires de l’OTAN.       <br />
              <br />
       C’est le gage de l’indépendance française et celui de l’autonomie stratégique européenne.       <br />
              <br />
       L’avenir de notre dissuasion dépend de la persistance du consensus national et, en dernier ressort, du patriotisme français lui-même.       <br />
              <br />
       La dissuasion a été, est et sera la fille de l’esprit de résistance du peuple français !       <br />
              <br />
       ------       <br />
       (1) Voir la tribune <a class="link" href="http://www.lemonde.fr/idees/article/2009/10/14/pour-un-desarmement-nucleaire-mondial-seule-reponse-a-la-proliferation-anarchique_1253834_3232.html">« Pour un désarmement nucléaire mondial, seule réponse à la prolifération anarchique »</a> de Messieurs Juppé, Norlain, Richard et Rocard, Le Monde, 14 octobre 2009
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/La-dissuasion-gage-de-l-independance-francaise-et-de-l-autonomie-strategique-europeenne_a1950.html</link>
  </item>

  <item>
   <guid isPermaLink="false">tag:https://www.chevenement.fr,2026:rss-9776396</guid>
   <title>Relever l’idée européenne par la démocratie</title>
   <pubDate>Fri, 01 Jul 2016 10:57:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Tribune de Jean-Pierre Chevènement, Marianne, 1er juillet 2016. Opaque et technocratique, la Commission de Bruxelles a dépossédé les Etats de leurs prérogatives et s'est substituée aux droits nationaux, sans pour autant répondre aux défis de notre époque. Il est de temps de défendre l'Europe et ses travailleurs et de remettre la politique au poste de commande.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/9776396-15782023.jpg?v=1467363072" alt="Relever l’idée européenne par la démocratie" title="Relever l’idée européenne par la démocratie" />
     </div>
     <div>
      Le Brexit n’a pas seulement révélé, comme l’éclair illumine un paysage nocturne, les fragilités de la construction européenne, il a sonné comme un retentissant et cuisant désaveu à l’égard des institutions de Bruxelles.        <br />
              <br />
       La Grande-Bretagne avait un statut à part, dans l’Union européenne. Et pourtant, il faut croire que l’intelligence collective de son peuple a préféré délaisser ce statut avantageux pour reprendre en main et en toute transparence le contrôle entier de son destin. L’opinion claironnée de la plupart des élites européennes, au lendemain du Brexit, est que la Grande-Bretagne s’est tirée une balle dans le pied, que son économie va entrer en récession et que peut-être le Royaume-Uni va éclater. Cela est possible, encore que peu probable.       <br />
              <br />
       Mais si c’était le contraire qui était vrai ? Si la Grande-Bretagne avait quitté un édifice branlant où elle n’avait d’ailleurs mis qu’un pied, avant qu’il ne s’effondre sur sa tête ? La Grande-Bretagne a vu avec inquiétude la prolifération des règles et des normes européennes élaborées, sans aucun contrôle démocratique véritable, par une Commission européenne technocratique et opaque, l’envahissement du droit dérivé et surtout la supériorité du droit européen sur le droit national. En maints domaines, le Parlement de Westminster n’avait plus le dernier mot. Le problème allait donc bien au-delà de l’immigration  polonaise. La question de fond était : est-ce qu’un gouvernement démocratique est encore possible dans nos sociétés dites « avancées » ? Mais en quoi seraient-elles avancées si elles commençaient par renoncer au principe de « self government » ? Ce débat n’était-il pas légitime ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Et si c’était nous, la France et les pays de l’Europe du Sud, particulièrement, qui nous étions fourvoyés dans une construction où nos intérêts fondamentaux ne sont pas pris en compte ? Nous avons renoncé aux politiques budgétaires contracycliques et à notre souveraineté budgétaire elle-même en acceptant tel quel le TSCG de 2012, c’est-à-dire la généralisation de la « règle d’or » conçue pour l’Allemagne. Nous ne pouvons plus mener une politique industrielle ciblée. Nous acceptons sans barguigner la reconduite de sanctions contre la Russie qui pénalisent gravement nos exportations (-50 %), sans tenir compte du blocage par l’Ukraine du volet politique des accords de Minsk. Cette orientation est peut-être celle que souhaitent les Etats-Unis. Mais où est passée l’indépendance de notre politique ? Et si même l’Allemagne se trouvait aujourd’hui empêtrée dans une Europe à vingt-huit, et maintenant à vingt-sept, où elle se trouve isolée par son projet de « grande Suisse » et par un modèle de développement mercantiliste (excédent extérieur de 10,5 % du PIB) intransposable à la plupart des autres pays ?       <br />
              <br />
       L’Europe était le grand projet conçu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, principalement par la France et l’Allemagne. Tant qu’elle était restée pour l’essentiel un marché commun, avec une politique agricole commune, fruit de l’entente entre De Gaulle et Adenauer, les choses paraissaient marcher de façon satisfaisante. Mais n’était-elle que cela ? Ne comportait-elle pas dès l’origine un « projet caché » auquel on ne parviendrait qu’à pas de loup, par une série de faits accomplis qui créeraient l’irréversible ?       <br />
              <br />
       Dans l’esprit de son principal inspirateur – Jean Monnet –, l’Europe n’était pas qu’un marché : c’était en fait un projet hautement politique qui consistait à mettre sur pied une entité supranationale qu’on appellerait, de manière d’ailleurs trompeuse, « Etats-Unis d’Europe », car d’emblée cette entité s’était dépouillée du soin d’assurer sa défense au profit des vrais Etats-Unis qui sont d’Amérique.        <br />
              <br />
       L’Europe de Jean Monnet et de Jacques Delors avait pour ambition affichée de transformer la Commission européenne en gouvernement européen, responsable devant deux Chambres dont l’une serait le pseudo-Parlement européen et l’autre le Conseil des Etats, une sorte de Sénat, ultime avatar dégénéré du Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement.       <br />
              <br />
       C’est ce projet qui a été rejeté. Il faut maintenant construire une autre Europe en phase avec les besoins et les aspirations des peuples et capable de répondre aux défis qui se lèvent à l’horizon.       <br />
              <br />
       <b>Le dogme de la concurrence</b>       <br />
       Comment sauver l’idée européenne d’un naufrage programmé ? La réponse est simple : en la refondant dans la démocratie telle qu’elle vit dans les nations, là où existe un sentiment d’appartenance assez fort pour que la minorité accepte la loi de la majorité. Il y a dans les institutions européennes actuelles un lieu où les peuples sont représentés par les chefs d’Etat et de gouvernement qu’ils ont élus : c’est le Conseil. Il est légitime. Mais le Conseil n’est pas outillé pour décider. Je propose de mettre à sa disposition les services qui dépendent aujourd’hui de la Commission. Les fonctionnaires de Bruxelles ne perdront pas leur emploi : ils seront simplement placés sous l’autorité du Conseil et des représentants permanents des Etats.        <br />
              <br />
       La Commission (à 6 ou à 28 commissaires) n’a aucune vocation à « définir  l’intérêt général » de l’Union : depuis quand a-t-on vu que vingt-huit personnes, fussent-elles méritantes du point de vue des gouvernements qui les désignent, pouvaient penser l’intérêt général de cinq cents millions d’Européens ? Et au nom de quoi ? Du dogme de la concurrence érigée en valeur suprême par l’Acte Unique élaboré entre 1985 et 1987, alors que triomphait la croyance néolibérale en « l’efficience des marchés » ? Cette philosophie a fait du marché européen un marché offert.        <br />
              <br />
       La Commission a, de surcroît, le monopole exorbitant de la proposition en matière de directives ou de règlements européens, reléguant les Etats en bout de table. C’est elle qui conduit les négociations commerciales internationales. C’est ainsi qu’elle a mitonné dans le plus grand secret un traité de libre échange avec les Etats-Unis qui favoriserait, à travers l’harmonisation des normes, l’exode de nos grandes entreprises vers le marché américain et vers les pays à bas coût comme le Mexique. Il est temps de défendre l’Europe et ses travailleurs et de remettre la politique au poste de commande.       <br />
              <br />
       En second lieu, le Parlement gagnerait à être composé de députés élus dans les parlements nationaux.       <br />
       En effet la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe a rappelé fermement qu’il n’était pas un Parlement susceptible d’exprimer une volonté générale, en l’absence de « demos » européen. Tout au plus s’agit-il, à ses yeux, de « la juxtaposition de la représentation de  vingt-sept peuples européens ». Chacun sait que les élections européennes sont celles qui connaissent le taux d’abstention le plus massif – près de 50 % - en moyenne, 80 % en Pologne. Nul ne connaît son député européen, élu en France dans des circonscriptions qui ressemblent à des indicatifs téléphoniques. A part quelques individualités brillantes, la plupart des « députés européens » se caractérisent par leur absentéisme. J’ajoute que les débats au soi-disant Parlement européen se déroulent plutôt en commission qu’en séance publique. Leur opacité n’est dépassée que par celle qui entoure les débats du Conseil européen.        <br />
              <br />
       Je propose qu’on articule les démocraties nationales avec une démocratie européenne qui reste à construire. Les parlementaires nationaux ont une légitimité incontestable. Ils sont connus de leurs électeurs et surtout ils connaissent leurs problèmes. Rien n’empêche, au début de chaque législature, de distraire un pourcentage des parlementaires nationaux pour les affecter au contrôle démocratique des compétences effectivement déléguées à des instances européennes, quelle que soit leur géométrie. On constituerait ainsi une Assemblée parlementaire européenne légitime. L’influx démocratique circulerait en provenance des Parlements nationaux et les débats, au sein de ceux-ci, seraient irrigués par les problématiques européennes développées à Strasbourg ou à Bruxelles. On pourrait aussi constituer des délégations parlementaires spécialisées, pour contrôler telle Agence ou tel domaine dans lequel par exemple aurait été nouée une coopération renforcée.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Pour relever les défis du futur, la géométrie variable s’imposera.        <br />
              <br />
       1.	<b>Ainsi en matière de sécurité européenne,</b> les défis sont plutôt au Sud mais d’autres les voient à l’Est. Il vaudrait mieux négocier un traité de sécurité européenne entre la Russie, les pays européens concernés et les Etats-Unis, garantissant à l’Ukraine un statut de neutralité à l’autrichienne plutôt que de se lancer dans une course aux armements comme au temps de la guerre froide.       <br />
       <b>2.	Inversement, il faudrait réserver des fonds importants pour la défense territoriale,</b> la capacité de projection extérieure et surtout pour le co-développement avec les pays d’Afrique, sources de flux migratoires ingérables.       <br />
       <b>3.	En matière économique, il faudra élaborer un modèle européen de développement</b> qui puisse se substituer au modèle mercantiliste allemand qui est déstabilisateur.       <br />
       <b>4.	S’agissant de la défense des frontières extérieures de l’Europe,</b> je suis convaincu qu’il ne suffira pas de renforcer Frontex. Il faudra une architecture beaucoup plus diversifiée combinant la défense des frontières extérieures, la coopération et le renforcement des contrôles nationaux mobiles.       <br />
              <br />
       Il faudra enfin une politique extérieure vis-à-vis des pays sources (c’est le « co-développement » mais à une échelle encore jamais vue) et bien sûr vis-à-vis des pays de transit       <br />
              <br />
       L’Europe ne sera jamais une Europe fédérale. Elle se sauvera par ses nations coopérant entre elles et mettant ensemble, quand il le faut mais seulement dans ce cas-là, leurs compétences. La démocratie, pour s’exercer, a besoin de structures lisibles : qui est responsable, en dernier ressort ? Et comment les peuples peuvent-ils désigner et contrôler ces responsables ?       <br />
              <br />
       Convoquons une nouvelle Conférence de type Messine, 1955. Qu’elle travaille à l’abri de toute communication prématurée sur la base d’un mandat clair : relever l’idée européenne à partir de la démocratie qui vit dans les nations.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Relever-l-idee-europeenne-par-la-democratie_a1841.html</link>
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   <title>"Nous sommes l’un des pays fondateurs de l’Europe et même le pays fondateur par excellence. Cela nous donne un devoir de responsabilité pour la suite"</title>
   <pubDate>Sun, 26 Jun 2016 18:04:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement avec Atlantico, propos recueillis par Alexis Franco, dimanche 26 juin 2016.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/9745283-15719835.jpg?v=1466957145" alt=""Nous sommes l’un des pays fondateurs de l’Europe et même le pays fondateur par excellence. Cela nous donne un devoir de responsabilité pour la suite"" title=""Nous sommes l’un des pays fondateurs de l’Europe et même le pays fondateur par excellence. Cela nous donne un devoir de responsabilité pour la suite"" />
     </div>
     <div>
      <b>Atlantico : Après plusieurs semaines de débats tendus entre les partisans du maintien et ceux de la sortie, le Royaume-Uni a voté en faveur d’un désengagement de l’Union européenne. En France, le discours eurosceptique jouit d’un écho inédit dans l’opinion au point que selon certains sondages, le camp cumulé en faveur d’une sortie de l’Europe dépasse les 50%. Faut-il, tout comme en Angleterre, organiser un référendum sur ce sujet dans notre pays ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Je ne suis pas intervenu jusqu’à aujourd’hui (ndlr : vendredi 24 juin 2016) dans le débat sur le Brexit.       <br />
              <br />
       C’est une affaire qui regardait d’abord le peuple britannique. Celui-ci s’est exprimé massivement et en toute souveraineté pour sortir de l’Union européenne où la Grande-Bretagne jouit pourtant d’un statut spécial. C’est dire à quel point tous les peuples rejettent le fonctionnement opaque et technocratique des institutions européennes actuelles. La situation de la France n’est pas celle de la Grande-Bretagne. Nous sommes l’un des pays fondateurs de l’Europe et même, on peut le dire, le pays fondateur par excellence, celui qui, seul, pouvait prendre l’initiative de cette construction au début des années 1950. Cela nous donne un devoir de responsabilité pour la suite, quelles qu’aient été les erreurs commises dans cette construction, et il y en eut de nombreuses.       <br />
              <br />
       Les traités européens, en effet, sont marqués au coin du néolibéralisme alors triomphant (Acte Unique 1986, traité de Maastricht 1992, traité de Lisbonne qui reprend les termes du projet de traité constitutionnel européen rejeté par le peuple français en 2005). Vous me dites que, selon certains sondages, une majorité de Français serait en faveur d’une sortie de l’Europe. Le problème pour la France ne se pose pas ainsi. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’idée européenne mérite de survivre mais sur d’autres bases, essentiellement celle de la démocratie qui vit d’abord dans les nations. C’est pourquoi je propose la tenue d’une Conférence européenne à 27 avec un statut d’observateur pour la Grande-Bretagne en vue de revoir les traités. Il faudrait outiller le conseil européen, seule instance démocratique légitime pour préparer et suivre l’exécution de ses décisions. Le Parlement européen, enfin, serait plus légitime s’il procédait des parlements nationaux. On ne peut construire une démocratie européenne qu’à partir des démocraties nationales. C’est seulement dans l’hypothèse où ces propositions ne seraient pas reprises qu’il faudrait interroger les Français et bien sûr par référendum. Mais nous n’en sommes pas là pour le moment.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>A la suite de la victoire du camp du Brexit, vous avez appelé les dirigeants à refonder le projet européen &quot;sur des bases nouvelles : la démocratie, les nations&quot;. Comment la question de l’équilibre entre fédéralisme et souveraineté devra-t-elle posée selon vous ?</b>       <br />
       La question du fédéralisme ne se pose pas aujourd’hui. Il n’y a pas de demos européen. La souveraineté reste donc nationale. Les Britanniques viennent d’en faire la démonstration. Simplement, il y a des compétences qui peuvent être déléguées à certaines institutions à condition d’être démocratiquement contrôlées. Tout texte doit avoir l’aval du Conseil européen, mais en même temps il faut un contrôle des Parlements nationaux où vit la démocratie représentative. En effet, le Parlement européen, comme le dit drôlement Marcel Gauchet, n’est que le placard à balais de la vie politique européenne. Même la Cour constitutionnelle de Karlsruhe considère qu’il n’est pas un Parlement capable d’exprimer une volonté générale mais seulement la juxtaposition de la représentation de 28 peuples. Faisons simple : un pourcentage à définir de nos parlementaires impliqués dans la vie nationale exercerait un contrôle plus efficace que des soi-disant députés européens élus par à peine la moitié des inscrits et que personne ne connaît.       <br />
              <br />
       <b>Cette semaine, suite à sa victoire à Rome, le mouvement populiste 5 étoiles a proposé la tenue d’un référendum sur la sortie de l’euro. De son côté, Arnaud Montebourg a indiqué être &quot;euro-épuisé&quot;. L’Europe est-elle suffisamment solide, après les résultats du référendum au Royaume-Uni, pour engager un nouveau projet ?</b>       <br />
       La solidarité des nations européennes, ou au moins d’une majorité d’entre elles, sera nécessaire pour relever les défis du futur (chômage, numérique, flux migratoires, menaces terroristes, équilibres de sécurité sur notre continent).       <br />
              <br />
       <b>Après la crise grecque durant l'été 2015, et celle des migrants depuis un peu plus d'un an, la solidarité entre les pays membres semble de plus en plus céder sa place aux intérêts nationaux…</b>       <br />
       Parce que l’on ne veut pas poser le problème à son vrai niveau. La crise des réfugiés n’est qu’un élément dans la politique qu’il convient d’adopter face aux mouvements migratoires. Quant à la crise grecque, elle est l’arbre qui cache la forêt. La zone euro fonctionne selon des règles qui ne permettent pas un modèle de développement harmonieux à l’échelle de l’Europe. Le modèle mercantiliste allemand (avec un excédant commercial correspondant à 10% du PIB allemand) n’est pas transposable aux autres pays. Il faut que l’Allemagne utilise ses excédants pour doper la croissance européenne, mais aussi allemande.       <br />
              <br />
       <b>La répartition du vote montre que les populations jeunes et urbaines étaient plus favorables à un maintien dans l’Union européenne. Le résultat des urnes peut-il s’expliquer par la division de la société entre d’une part ceux qui bénéficient de la mondialisation et ceux qui en sont, que cela soit perçu ou réel, les victimes ? Et comment analysez-vous cette fracture générationnelle ?</b>       <br />
       Il y a d’abord une fracture sociale. Il suffit de regarder la carte de l’Angleterre. La City, Oxford, Cambridge d’un côté ; le reste du territoire de l’autre. La fracture générationnelle se résorbe avec le temps.       <br />
              <br />
       Ce qui est en question, c’est en effet la globalisation. Un processus qui n’a d’autre fin que lui-même et qui oublie l’humain.       <br />
              <br />
       <b>L’Europe aura tenu plusieurs décennies sans projet politique rassembleur, malgré plusieurs coups de semonce comme le résultat du référendum de 2005. Voyez-vous des similitudes avec la France et l’absence de vision de la part de ses élites nationales ?</b>       <br />
       Je ne suis pas d’accord avec vous. L’Europe a eu un projet, mais purement économiciste… Marché unique, monnaie unique. Il n’y a jamais eu de vision stratégique. Nos élites portent une lourde responsabilité dans le déni de démocratie qu’a été le Traité de Lisbonne en 2008, traité qui reprenait le texte du projet constitutionnel rejeté en 2005 à 55%. Chacun sait que le traité de Lisbonne n’a pu être adopté par le Congrès que par la connivence du PS et de l’UMP. On pourrait dire la même chose du traité budgétaire européen de 2012 négocié par Nicolas Sarkozy et signé par François Hollande sans avoir été renégocié.       <br />
              <br />
       <b>Dans un contexte de fortes pressions migratoires et de terrorisme, et selon plusieurs sources, François Hollande aurait le projet de raviver l’Union européenne par la relance d’une défense commune entre les pays membres. En tant qu’ancien ministre de la Défense, qu’est-il possible d’envisager concrètement, alors que l’Union européenne a largement délégué sa défense aux Etats-Unis et à l’OTAN ?</b>       <br />
       Le Traité de Lisbonne répond à votre question. La défense des pays européens membres de l’OTAN est élaborée et mise en œuvre dans le cadre de cette alliance. La défense européenne ? Pipeau ! Bien sûr, à l’avenir, quand il y aura une volonté de défense de l’Europe en tant que telle, notamment en Allemagne, on pourra en reparler.       <br />
              <br />
       <b>En France, le gouvernement est empêtré dans les négociations sur le projet de loi El Khomri. Partagez-vous le procès en démocratie fait à François Hollande, notamment sur l’utilisation du 49-3 ?</b>       <br />
       L’erreur du gouvernement a été de laisser entendre dès le départ qu’il allait utiliser le 49-3 pour faire passer la loi El Khomri avant tout débat au Parlement. La suite était écrite.       <br />
              <br />
       <b>De même, les manifestations ont donné lieu à de nombreuses violences de la part de militants d’extrême-gauche. Cette semaine, le directeur de la DGSI exprimait sa crainte d’une &quot;guerre civile&quot;, pointant du doigt la montée &quot;des extrémismes&quot;. La réponse de l’Etat a-t-elle été selon vous à la hauteur des différentes fractures de la société, qu’elles soient d’ordre confessionnelles, sociales ou idéologiques ?</b>       <br />
       Le peuple français a répondu avec sang froid jusqu’à présent aux attentats et à toutes les provocations à la surenchère, d’où qu’elles viennent. C’est à son honneur. Bien sûr, il y a des risques d’escalade, mais il ne faut pas y céder. J’ai lu dans La Revue des deux mondes une excellente interview de Bernard Cazeneuve qui faisait appel à l’esprit de responsabilité de chacun. Le peuple français a un fond républicain solide. Il comprend spontanément qu’il ne doit pas faire le jeu des extrémismes s’il veut éviter les risques d’une guerre civile dont l’heure, heureusement, n’est pas encore arrivée. J’ai confiance dans le patriotisme républicain et dans la résilience du peuple français.       <br />
              <br />
       <b>Les pouvoirs publics n'ont-ils pas également une réponse à formuler à ceux qui tiennent des propos anti-républicains, que ce soit chez les partisans d'un islam fondamentaliste, ou ceux qui appellent à un conflit social ou confessionnel ouvert ?</b>       <br />
       Il faut employer des mots précis pour désigner des maux bien réels. Les casseurs, par exemple, doivent être mis hors d’état de nuire. Quant à l’islam, il doit comprendre ce que la laïcité implique. Celle-ci n’est pas tournée contre la religion mais elle signifie que chacun dans l’espace public fasse un effort pour donner à ses opinions une forme rationnelle et argumentée.       <br />
              <br />
       Il faut éviter les affirmations identitaires qui pourraient être ressenties comme agressives par nos concitoyens.       <br />
              <br />
       <b>Qui, parmi les candidats probables à la présidentielle de 2017, vous paraît le plus capable de résoudre les fractures de la société française ?</b>       <br />
       La campagne, pour le moment, n’est pas encore ouverte. Il y a un président de la République qui est en fonction. Il doit pouvoir aller au terme de son mandat. A ma connaissance, à ce jour, il n’est pas candidat. Ni à l’élection, ni même à la primaire.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Propos recueillis par Alexis Franco</span>       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.atlantico.fr/decryptage/jean-pierre-chevenement-sommes-pays-fondateurs-europe-et-meme-pays-fondateur-excellence-cela-donne-devoir-responsabilite-pour-2746450.html/page/0/1">Atlantico</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Nous-sommes-l-un-des-pays-fondateurs-de-l-Europe-et-meme-le-pays-fondateur-par-excellence-Cela-nous-donne-un-devoir-de_a1837.html</link>
  </item>

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   <title>"Une formule légère du service national serait acceptée par la jeunesse"</title>
   <pubDate>Mon, 30 May 2016 23:18:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de France Bleu Belfort, lundi 3 mai 2016.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/9584355-15405523.jpg?v=1464643221" alt=""Une formule légère du service national serait acceptée par la jeunesse"" title=""Une formule légère du service national serait acceptée par la jeunesse"" />
     </div>
     <div>
      Je pense que supprimer le service militaire en 1995 était une erreur. Je l’ai dit à l’époque au président Chirac, qui était venu à Besançon, et je lui ai expliqué que cela serait très mauvais pour la cohésion nationale et qu’on ne pouvait pas tout subordonner aux OPEX (les opérations extérieures). De toute façon, il était très facile d’avoir des formules de volontariat de service long qui permettraient de conserver pendant 18 mois, 24 mois, voire au-delà dans des formules d’engagement des jeunes que le métier des armes tenterait. Par conséquent, il y avait une diversification du service national qui était possible, une réduction du service militaire et la création d’options qui existaient d’ailleurs (volontariat et service long) mais qui auraient pu être développées encore parce que l’armée a aussi besoin d’informaticiens, de chauffeurs, de cuisiniers et tout cela ne se trouve pas facilement, en tout cas cela coûte cher.        <br />
              <br />
       Le service militaire permettait à des gens de toutes conditions, de toutes classes sociales de se rencontrer, cela fortifiait la cohésion civique de notre peuple qui en a bien besoin. Cela permettait aussi à des jeunes d’acquérir un savoir faire, d’obtenir un permis de conduire, et j’ajoute aujourd’hui qu’un service militaire court serait envisageable- il faut quatre mois pour former un fantassin - et au-delà on peut recourir à des formules de volontariat de service long (de un an, deux ans, ou cinq ans). Ce serait praticable, évidemment d’une autre manière que cela a été fait autre fois, avec des camps de toile, avec trois incorporations par an. C’est une nouvelle manière de penser qu’il faudrait apprendre. Cela correspondrait au défi auquel la France doit faire face. Nous avons aujourd’hui le défi du terrorisme. C’est un défi qui va se présenter pendant longtemps et nous aurions besoin d’une jeunesse rassemblée, d’une jeunesse qui serait capable de faire face.       <br />
              <br />
       Le service militaire pourrait être réintroduit à condition de bien l’expliquer et de faire preuve de beaucoup de pédagogie. En 1995, il y avait encore 70% des Français qui y étaient favorables en 1996 quand M. Chirac l’a supprimé. Je pense qu’une formule légère, nomadisante, sous toile, serait acceptée par la jeunesse qui y trouverait un moyen d’élargir ses horizons, et déjà sur ce qu’est la France aujourd’hui.  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Une-formule-legere-du-service-national-serait-acceptee-par-la-jeunesse_a1832.html</link>
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   <title>Le 13 novembre : une césure historique</title>
   <pubDate>Thu, 03 Dec 2015 19:27:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div>
      Les attentats du 13 novembre marquent une césure profonde dans l’Histoire longue de notre pays, un peu comme mai 1968 l’avait fait en sens inverse, en clôturant les trois décennies qu’avait dominées la figure du général de Gaulle et en donnant le champ libre à l’idéologie libérale-libertaire.       <br />
              <br />
       Le 13 novembre 2015 (le 13.11) donne son congé définitif à cette idéologie qui s’était épanouie dans les trois décennies du néolibéralisme triomphant.  L’Europe, telle qu’elle a été conçue et construite montre aujourd’hui ses limites : Schengen est une passoire. La monnaie unique a creusé le gouffre d’un chômage de masse qui touche d’abord les jeunes. La « défense européenne » apparaît pour ce qu’elle est : un mythe mité. La France doit d’abord compter sur ses propres forces.       <br />
              <br />
       C’est autour de la France et de la République que le pays se rassemble. La nation républicaine, communauté des citoyens, apparaît comme le recours, et non pas la nation ethnique. C’est la puissance tranquille de ce sursaut national qui frappe. La France sent qu’elle doit relever le défi d’une profonde mutation : l’intégration des jeunes nés de l’immigration. Le communautarisme n’est évidemment pas la réponse mais au contraire l’adhésion à la nation française de tous ceux qui, au fond d’eux-mêmes, doutaient et quelquefois se vivaient comme des « Français de papiers ». Ce temps est révolu : un Français, c’est un citoyen français. On a le droit de ne pas être français mais quand on l’est, c’est pour l’être pleinement.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      De l’Etat hier venait tout le mal. Il incarne aujourd’hui le salut. Les nouveaux féodaux se croyaient à la mode. Le moment est venu de revenir à une conception républicaine de la décentralisation. L’hyperindividualisme se déchaînait. Le citoyen se réveille, car les droits de l’Homme ne peuvent être garantis que par l’exercice d’une citoyenneté active. Le civisme découle et se nourrit du patriotisme républicain. A la permissivité doit succéder le respect de la loi et de son esprit. Au laxisme maquillé aux couleurs de l’angélisme, le droit à la sûreté et le respect dû à la force publique, dès lors qu’elle est exercée au bénéfice de tous. Au pédagogisme qui plaçait l’élève construisant ses savoirs au centre de l’Ecole, doit succéder la reconstruction d’une Ecole républicaine moderne remettant à l’honneur la transmission et l’acquisition des savoirs et des valeurs.        <br />
              <br />
       A la politique extérieure inféodée doit succéder une politique étrangère indépendante. A l’occidentalisme et à l’interventionnisme extérieur systématique, une Europe européenne ouverte à la coopération la plus large et d’abord avec l’Afrique et le Moyen-Orient qu’il faut réconcilier avec la justice et ouvrir à la modernité. En matière militaire, la protection du territoire et des populations devra venir compléter la capacité de projection.       <br />
              <br />
       Une nouvelle période historique s’ouvre. La France pourrait y disparaître. Mais elle ne disparaîtra pas. Elle relèvera les défis qui sont devant elle. Il nous revient de construire la France moderne, ouverte, faisant de tous ses enfants, quelle que soit leur origine, autant de bras ouverts aux cultures du monde.        <br />
              <br />
       Le pire reste possible : l’engrenage des haines, des ressentiments et de la violence conduirait à la guerre civile. C’est ce que veulent les ennemis de la France. Mais le pire n’est pas sûr. Nous l’éviterons en relevant le défi moral qui nous a été jeté. C’est en elle-même que la France trouvera les ressources pour se mettre à la hauteur des temps difficiles qui sont devant elle : sang-froid, courage, générosité. Ce défi est aussi une chance, s’il est relevé. C’est pourquoi nous le relèverons, par la force de l’âme. Nous ferons ainsi surgir une France renouvelée, armée pour les défis du XXIe siècle. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Le-13-novembre-une-cesure-historique_a1783.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>"La Turquie porte une certaine responsabilité dans le développement de Daesh"</title>
   <pubDate>Wed, 02 Dec 2015 11:39:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de RFI, mercredi 2 décembre 2015. Il répondait aux questions de Frédéric Rivière.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/c647237fbbcdbcb4c392994e6c5d3d9b14c86a08" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> J'ai été surpris de la démarche dans laquelle l'UE a été entraînée. Je pense que la Turquie porte une certaine responsabilité dans le développement du soi-disant État Islamique, et dans la prise de contrôle de régions entières de la Syrie. La Turquie a une longue frontière avec la Syrie, et on sait qu'elle n'a pas fait tout ce qu'il fallait pour endiguer Daesh, on l'a vu au moment des combats autour de la ville de Kobané. Donc je pense que la Turquie a à se mettre en règle avec la communauté internationale, qui a autorisé tous les moyens nécessaire contre Daesh. La balle est plutôt dans le camp de la Turquie, or on a l'impression que par une habile diplomatie, les choses ont été renversées. C'est l'UE qui va avancer 3 milliards d'euros pour permettre à la Turquie de retenir des réfugiés syriens. C'est méconnaître la nature du conflit syrien que de penser qu'un certain nombre de pays, dont la Turquie, n'y sont pour rien.        
       </li></ul><ul class="list"><li> A mes yeux, il est incontestable que les flux pétroliers dont disposent Daesh ne peuvent s'écouler qu'à travers la frontière turque.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'objectif d'une grande coalition unique est souhaitable. Il se heurte au fait que les pays participants ont des agendas différents. Ce que j'ai dit sur la Turquie tout à l'heure ne doit pas faire croire que je n'ai pas de compréhension pour les problèmes qu'affrontent la Turquie. Il est évident qu'un état kurde indépendant est insupportable pour la Turquie, qui défend son intégrité territoriale. Le problème kurde doit être résolu à travers des dispositions qui débouchent sur une certaine décentralisation ou régionalisation. Mais pour autant la Turquie n'est pas délivrée des obligations qu'elle a vis-à-vis de la communauté internationale. On ne peut pas laisser une organisation comme l'Etat Islamique disposer d'un territoire à partir duquel elle fomente des attentats dans le monde entier. Nous sommes tous menacés, pas seulement les Occidentaux, mais les musulmans eux-mêmes, ceux qui sont considérés comme mécréants, apostats, ainsi que les juifs et les « croisés ». Par conséquent il n'y a aucun pays qui ne soit pas menacé, donc il faut une coalition générale. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Je pense que l'évolution de la politique française vers la Russie est normale, et je tiens à saluer les efforts qu'a fait le Président de la République pour y arriver. Je pense que quand on regarde les choses au sol, il y a 100 000 soldats syriens, moins de 10 000 rebelles dits modérés, si tant est que cette expression a un sens. Elle doit avoir un sens pour quelqu'uns d'entre eux. Mais rapidement on s'aperçoit que la rébellion était surtout islamiste.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le problème c'est de rendre le régime syrien différent, de rendre le gouvernement syrien plus représentatif qu'il n'est aujourd'hui, en s'appuyant non seulement sur les minorités, qui sont nombreuses en Syrie, mais également sur une fraction du monde sunnite. Et de la même manière, il faudrait que l'objectif en Irak soit un Irak fédéral, parce que tous les sunnites irakiens ne se sont pas livrés à Daesh par hasard, mais par la politique ultra-sectaire du Premier ministre irakien Al-Maliki. Et la réélection d'Al-Maliki au moment même où les Etats-Unis quittaient l'Irak a été le signal d'une rechute des provinces de l'ouest irakien, qui se sont tournées non plus vers Al Qaeda comme précédemment, mais vers Daesh. Il faut apporter des solutions politiques, et quand ces solutions politiques auront été davantage affinées, vous verrez que la résistance de Daesh à ce moment-là cédera. Le problème militaire deviendra alors résiduel. On ne fait pas une guerre sans avoir clairement défini ses objectifs : la restauration des frontières des Etats, la transformation des institutions de ces pays de façon à ce que ces pays deviennent vivables pour leurs populations. Mais cela doit se faire par la négociation entre les différents membres de la coalition, c'est ce qui en fait la difficulté.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les attentats du 13 novembre sont une césure dans l'histoire longue de notre pays. Il est évident que rien ne pourra plus être comme avant.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe telle qu'elle a été conçue a montré ses limites dans différents domaines. La monnaie unique a creusé le gouffre du chômage, qui n'est pas pour rien dans la deshérence d'une jeunesse que l'on n'arrive pas à intégrer. Schengen est moribond. Schengen ne permet aucun contrôle sérieux aux frontières de l'Union Européenne. Et l'Europe de la défense, on voit que la France est largement seule. Nous ne sommes pas vraiment aidés par l'Europe.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le fédéralisme n'existe pas en Europe parce qu'il supposerait des transferts financiers qui sont hors d'atteinte, et dont les pays riches, l'Allemagne au premier chef, ne veut pas. L'intégration, c'est le fait de transférer des pouvoirs à des autorités européennes qui ne sont pas responsable devant quelque corps électoral que ce soit. Cela veut dire une Europe technocratique, et cela ne marche pas dans aucun domaine. Par conséquent, quand j'entends dire qu'on va faire une agence européenne de renseignement, c'est ubuesque. Qui sera responsable ? Il faut une responsabilité ! Or en démocratie, la souveraineté c'est le peuple ! C'est la souveraineté nationale ! Alors on peut déléguer des compétences à condition qu'elles soient contrôlées, mais la responsabilité doit être quelque part. Par conséquent il faut construire une Europe confédérale, ou intergouvernementale, et ne pas continuer dans la voie qui a été choisie jusqu'à aujourd'hui et qui montre toutes ses limites. Et encore c'est une litote. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/La-Turquie-porte-une-certaine-responsabilite-dans-le-developpement-de-Daesh_a1782.html</link>
  </item>

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   <title>De la Guerre froide aux nouveaux enjeux de sécurité</title>
   <pubDate>Tue, 26 May 2015 15:42:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au colloque "François Mitterrand et la Défense", Ecole militaire, mercredi 20 mai 2015.     <div>
      <b>I – La fin de la guerre froide</b> [0]       <br />
              <br />
       Les positions de François Mitterrand, tout au long de la guerre froide, sont bien connues. François Mitterrand était hostile au communisme et à l’URSS mais pas à la Russie. Il appuie Kohl et l’OTAN dans la crise des euromissiles en février 1983, à la veille des élections générales en Allemagne qui opposent Kohl (SPD-Verts) à Oskar Lafontaine et à sa coalition pacifiste (SPD-Verts), ce qui renvoie à deux schémas de réunification de l’Allemagne très différents, au sein ou en dehors de l’OTAN. La chose à l’époque est passée inaperçue. Elle permettra la réunification-absorption de 1990. Mais, François Mitterrand va faire bon accueil en 1985, à Gorbatchev et à sa pérestroïka. Il fait le pari de la sincérité de Gorbatchev mais doute que le communisme soit réformable. Aussi va-t-il maintenir une posture de grande prudence sur le plan militaire vis-à-vis de l’Union Soviétique. Car qui peut savoir si Gorbatchev réussira et de quoi demain sera fait ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Jusqu’en 1991, la France ne baissera pas la garde, notamment sur le plan nucléaire. Elle dispose, en 1991, de plus de 500 têtes nucléaires. La notion d’armes « préstratégiques » a disparu. François Mitterrand est très attentif à la doctrine nucléaire. Il n’accorde aucune confiance au programme IDS dit « guerre des étoiles » lancé par le Président Reagan au milieu des années 1980. Il croit davantage à la dissuasion, stratégique s’entend. [<span style="font-style:italic">Il est en effet résolument hostile à l’idée d’une « bataille nucléaire » sur le sol européen. Je lui fais admettre la notion d’ « ultime avertissement », ce qui me permet de sauver – provisoirement – le programme des « Hadès », missiles mobiles à 400 km de portée, rapidement déplaçables en Europe et qui permettent de dissuader toute concentration de chars, le cas échéant à la frontière de la Pologne. L’ « ultime avertissement » peut évidemment revêtir d’autres formes et François Mitterrand mettra fin au programme Hadès en 1992, après mon départ et surtout après l’implosion de l’Union Soviétique. J’ajoute que le Chancelier Kohl n’y était pas favorable. C’est une litote.</span>]       <br />
              <br />
       [<span style="font-style:italic">Pour le reste, la montée en puissance de la dissuasion se poursuit, conformément à la loi de programmation rectifiée que j’ai fait voter. Les essais dans le basalte de Mururoa également.</span>] François Mitterrand est hostile au projet défendu en 1987-88 par André Giraud et Jacques Chirac du S4, « missile à roulettes » à moyenne portée, et il y met un terme en 1988. Ce missile mobile, à ses yeux, peut ébranler le consensus national sur la dissuasion. Il manifeste à l’inverse, son attachement au plateau d’Albion, « pointe de diamant de notre dissuasion », qui obligerait un adversaire à signer son agression. Mais l’essentiel est ailleurs : [<span style="font-style:italic">dans la composante aérienne avec ses Mirage IV-P, que n’ont pas encore remplacés les Mirage 2000, et surtout dans les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins qui patrouillent au fond de l’Océan</span>]. « La dissuasion c’est moi », ajoute François Mitterrand, qui saura faire de celle-ci un usage très politique. Il n’est d’ailleurs guère douteux que la dissuasion contribua aussi à la stature internationale du Chef de l’Etat, en l’autorisant à parler haut en toutes occasions.       <br />
              <br />
       S’agissant des forces conventionnelles, pratiquement tous les grands programmes qui correspondaient au renouvellement des grands équipements majeurs ont été lancés dans la deuxième moitié des années 1980 :        <br />
       [<span style="font-style:italic">- chars Leclerc       <br />
       - porte-avions nucléaire       <br />
       - canons de 155 automoteurs       <br />
       - hélicoptères de combat HAP  HAC       <br />
       - avions Rafale dont il m’est revenu de confirmer la commande en 1988 malgré l’hostilité du Premier ministre de l’époque, y compris pour la version « Marine ».       <br />
              <br />
       Le seul « grand programme » que j’aie lancé en trois ans est, en fait un programme « dual » : l’hélicoptère de Transport NH 90 (décidé fin 1990).</span>] Les budgets d’équipement ont atteint un pic entre 1988 et 1991. Tous ces programmes n’ont pas été déclassés par la fin de la guerre froide, contrairement à une assertion répandue. Au fur et à mesure que la menace soviétique s’estompe à l’horizon (conclusion en 1987 du traité sur les forces nucléaires intermédiaires, impliquant le retrait parallèle des SS20 et des Pershing, chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, traité dit « 4+2 » consacrant la réunification de l’Allemagne (septembre 1990), accord de limitation des armements conventionnels en Europe (FCE) en octobre 1990, retrait programmé des armées soviétiques d’Allemagne de l’Est par un accord direct entre Kohl et Gorbatchev enfin), il me devenait plus difficile de lutter contre l’empressement de ceux qui, au gouvernement et dans la majorité, souhaitaient encaisser « les dividendes de la paix ». Je dois dire que ma prudence était encouragée par celle de François Mitterrand qui n’imaginait pas qu’un formidable Empire comme l’Union soviétique puisse se défaire sans risque de guerres, civile ou extérieures.  L’échec du putsch de Moscou (août 1991) et enfin la dissolution de l’Union soviétique (décembre 1991) accélérèrent le rythme des diminutions de format que j’avais entamées et les mesures de désarmement enclenchées par le gouvernement Bérégovoy en avril 1992.       <br />
              <br />
       Pour en rester au chapitre des armements conventionnels, notre Défense reposait encore largement, de 1988 à 1991, sur le service national. En fait, il s’agissait d’une « armée mixte », composée pour moitié de professionnels et pour moitié d’appelés. J’étais soucieux de conduire en douceur une « réduction du format » raisonnable, s’inscrivant dans le cadre des FCE et qui maintenait l’armée française comme la première d’Europe Occidentale. Il était clair qu’il fallait anticiper : un peu mais pas trop. Ce fut l’objet du plan « Armées 2000 », conçu de manière confidentielle à mon niveau et approuvé par le Président de la République en 1989. Celui-ci supprimait la moitié des Etats-majors en harmonisant les découpages, ce qui permettait « l’interarmisation » mais en distinguant, pour les forces terrestres, les commandements territoriaux et les commandements de forces afin de favoriser la projection et la mobilité. [<span style="font-style:italic">Je m’étais résolu à ramener, en 1990, la durée du service national de un an à dix mois – disposition qui ne deviendra effective qu’en 1991 – tout en favorisant les formules de « volontariat service long » (18 ou 24 mois)</span>]. Ma conviction était qu’il était parfaitement possible de maintenir le service national en en diversifiant les formes.        <br />
              <br />
       Un argument a été utilisé ultérieurement contre le maintien du service national : l’envoi de forces uniquement professionnelles dans l’opération Daguet à la frontière de l’Irak. Il faut croire que François Mitterrand jugeait cette intervention trop problématique du point de vue de l’intérêt national pour y engager la vie de soldats appelés. A l’inverse, il se laissa convaincre ultérieurement d’envoyer des appelés volontaires au titre des forces d’interposition en ex-Yougoslavie en 1992-95.       <br />
              <br />
       [<span style="font-style:italic">Pour atténuer l’impact négatif en termes d’aménagement du territoire des suppressions d’unités inévitables, je proposai, en août 1990, de supprimer une des deux divisions stationnées en Allemagne, ce qui finit par se faire, malgré les réticences initiales du Chancelier Kohl.</span>]       <br />
              <br />
       François Mitterrand ne s’est pas opposé à la réunification allemande, dès lors qu’elle se ferait « démocratiquement et pacifiquement ». Il n’était pas insensible à la modification des rapports de puissance qui allait en résulter entre l’Allemagne et la France. Mais, comme il l’a écrit : « L’Histoire était là, il fallait faire avec » [1]. Sachant que « le droit international est un droit vagabond » [2], François Mitterrand consacra son énergie d’abord à la reconnaissance par l’Allemagne de la frontière Oder-Neisse (traité germano-polonais du 14 novembre 1990), service éminent rendu à la cause de la paix future de l’Europe et ensuite à la fixation d’un calendrier pour l’entrée en vigueur de la monnaie unique : au plus tard 1999.        <br />
              <br />
       François Mitterrand n’était pas un économiste. Il raisonnait en politique et pensait lier ainsi le destin de l’Allemagne et de la France. Qu’il y ait ou non réussi par ce biais  reste matière à débat.        <br />
              <br />
       Il peut paraître paradoxal que François Mitterrand ne se soit pas interrogé sur ce que signifiait son projet, affirmé dès 1982, d’ « effacer Yalta » dans le contexte de la guerre froide. Naturellement l’implosion de l’Union soviétique allait consacrer pour un temps le rôle de l’Hyperpuissance, bref l’unipolarité à l’échelle mondiale et l’acmé du néolibéralisme dont, comme candidat unique de la gauche en 1965, 1974 et au deuxième tour en 1981, François Mitterrand n’avait sans doute pas prémédité le triomphe. De même, l’unification allemande pouvait-elle l’inquiéter : « Je ne me dissimulais pas le risque que courrait la France au retour en force de son puissant voisin … Mais j’avais à traiter l’Histoire telle qu’elle se faisait et non telle qu’elle se rêvait » [3].        <br />
              <br />
       La réponse à toutes ces questions, François Mitterrand la formulait d’un mot : « l’Europe ». « Et si l’Europe n’a pas réponse à tout, ajoute-t-il, sa rentrée au devant de la scène, après trois quarts de siècle d’assujettissement, parfois d’humiliation restituait à nos pays et d’abord à ceux de la Communauté, la chance de faire l’Histoire plutôt que de la subir » [4]. L’Europe telle qu’elle s’est faite depuis vingt ans a-t-elle répondu à son vœu ? Poser la question, c’est aussi une manière d’y répondre.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Les nouveaux enjeux de sécurité</b>       <br />
              <br />
       Comment est-on passé de la guerre froide à ce que les organisateurs du colloque ont appelé « les nouveaux enjeux de sécurité » ?        <br />
              <br />
       1. Si on entend par là les interventions extérieures, encore dites « OPEX », il y en a toujours eu : lors de mon passage à l’Hôtel de Brienne, nous étions engagés dans l’opération « Epervier » au Tchad, depuis 1984 qui mobilisait autant d’hommes que Barkhane aujourd’hui. Et nous avons laissé, en 1990, Idriss Déby  remplacer Hissène Hadré qui portait la tache de la mort du Commandant Galopin quelques années auparavant.       <br />
              <br />
       Il y a eu une opération de maintien de l’ordre à Port-Gentil au Gabon en 1990, visant à protéger la vie de nos concitoyens et le site de Total et puis une opération parfaitement réussie aux Comores sans aucune effusion de sang pour désarmer les milices de Bob Denard et rétablir les autorités légitimes : pour moi un modèle d’OPEX pour ce qui concerne l’utilisation dosée de la force. Maximum de résultats. Minimum de pertes et cela des deux côtés.       <br />
              <br />
       2. D’une tout autre ampleur était évidemment l’intervention dans la guerre du Golfe formellement approuvée par le Parlement le 16 janvier 1991 mais décidée, en fait, dès le 3 août 1990, au lendemain de l’invasion du Koweit par Saddam Hussein, comme en témoigne Roland Dumas dans la petite brochure d’entretiens publiée par l’Institut François Mitterrand [5].  « Que faisons-nous ? » lui demande François Mitterrand le 3 août au matin. J’ai parlé à Bush à deux heures du matin. Il est décidé à y aller. Il va faire la guerre. Alors que faisons-nous ? » J’ai tourné autour du pot, répond Roland Dumas. J’ai dit que nous étions les alliés des Américains. François Mitterrand me répond : « Bon, vous êtes pour que nous suivions ? Je pense que nous ne pouvons pas faire autrement ».       <br />
              <br />
       Le 9 août, François Mitterrand, à l’issue d’un Conseil de Défense où j’exprimai ma préférence pour une solution diplomatique, parlera de logique de guerre. Il fallait ensuite faire accepter celle-ci à l’opinion. Mais c’est une autre affaire. A plusieurs reprises François Mitterrand laissé entendre qu’il aurait préféré trouver une issue diplomatique.        <br />
              <br />
       Tel était mon sentiment que j’exprimai directement à Dick Cheney en octobre 1990 : « Si, comme je l’ai entendu dire par Mme Thatcher, vous voulez briser l’échine de l’Irak, vous allez détruire le seul régime laïc, certes dictatorial mais laïc et moderne qui s’oppose au déferlement de l’intégrisme dans le monde arabo-musulman ». [<span style="font-style:italic">Je pensais bien sûr aux Ayatollah iraniens mais aussi aux ennemis jurés des nationalistes arabes qu’étaient, depuis leur création en 1928, les Frères Musulmans et bien sûr également à Oussama Ben Laden et à ses djihadistes quelque part en Afghanistan.       <br />
              <br />
       Depuis 1979, deux évènements en effet avaient bouleversé la scène moyen-orientale : la prise de pouvoir à Téhéran de l’Ayatollah Khomeiny et l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques contrés immédiatement par les guérilleros islamistes de Gulbuddin Hekmatyar, armés par les services américains et pakistanais</span>].       <br />
              <br />
       J’appris vers la fin octobre 1990 que Saddam Hussein avait proposé à Primakov et à Gorbatchev l’évacuation du Koweït si ses troupes étaient remplacées par des forces arabes. Mais il était – paraît-il – trop tard : les Américains avaient déjà massé près de 500 000 hommes. Ce n’était pas pour jouer aux billes. François Mitterrand me laissa entendre, après que je lui aie remis ma lettre de démission le 7 décembre 1990, qu’il envisageait encore une « médiation de concert soit avec les Soviétiques soit avec les Algériens ». Il me demanda de reporter ma démission jusque là.        <br />
              <br />
       D’août 1990 à janvier 1991, je m’acquittai de mes fonctions de ministre de la Défense en liaison avec le CEMA, le général Schmitt, dont j’avais demandé la prorogation de ses fonctions pour quatre mois.       <br />
              <br />
       J’eus la satisfaction d’obtenir pour la Division Daguet un positionnement très à l’Ouest du Koweït, à hauteur de Rafah, lui réservant ainsi une manœuvre d’enveloppement qui allait conduire nos forces au bord de l’Euphrate en mars  1991, sans pertes inutiles. De même avais-je obtenu à la mi-août 1990 du roi d’Arabie une base aérienne à El Aqsa, distincte de la base américaine de Dharan sur laquelle les Irakiens réussirent à envoyer quelques Scud en février 1991.       <br />
              <br />
       Le 24 janvier, nos avions bombardèrent des cibles qui ne se situaient plus au Koweït, comme les plans le prévoyaient, mais dans le Sud de l’Irak, sur l’Euphrate. Le 27 janvier 1991, l’Amiral Lanxade s’en expliqua à la télévision. Le 28, je demandai à voir le Président de la République pour rendre effective ma démission. Il me demanda deux jours. Ainsi fut fait. Le 30 au matin, je transmis mes pouvoirs à mon successeur, Pierre Joxe.       <br />
              <br />
       3. [<span style="font-style:italic">Sur le fond politique des choses, et qui vaut pour d’autres situations, tout ce que j’avais appris à connaître du monde arabe depuis 1961-62, époque où je servais comme sous-lieutenant de SAS en Algérie, me commandait de ne pas cautionner l’abandon de ce qu’on appelait « la politique arabe de la France, telle que l’avait voulue le général de Gaulle après l’indépendance de l’Algérie. La France devait s’attacher à encourager, dans le monde arabe, les vecteurs de modernisation plutôt que les régressions identitaires : les analyses de Jacques Berque étaient venues conforter mes choix politiques. Je n’apercevais à l’horizon que des conséquences funestes à une guerre évitable et disproportionnée qui nous mettait à la remorque de la politique moyen-orientale des Etats-Unis, dont les présupposés étaient à l’envers des nôtres. De cette politique on voit aujourd’hui les résultats</span>.]       <br />
              <br />
       Je n’aurais aucune peine à démontrer que la guerre du Golfe et la fin de la guerre froide sont une seule et même chose. La prise en gage du Koweït par l’Irak répondait à l’affaissement de l’URSS que Saddam Hussein sentait venir. M. Chevanardzé, au Conseil de Sécurité de l’ONU, permit, le 30 novembre 1990, « l’utilisation de la force » moyennant un simple amendement pour substituer à cette expression trop crue « l’usage des moyens nécessaires ». Les plans soviétiques du cessez-le-feu de février 1991 furent promptement balayés par les Etats-Unis. Et le 3 mars 1991, quand les armes enfin se furent tues, le Président Georges Bush père déclara : « Le syndrome du Vietnam est enterré pour toujours dans les sables de l’Arabie ». [<span style="font-style:italic">On loua fort, à l’époque, le Président Bush père de ne pas avoir poussé jusqu’à Bagdad. Mais ce fut pour laisser massacrer les Chiites et les Kurdes, soulevés à l’appel des Etats-Unis, et pour encager l’Irak pendant douze ans, et à quel prix !        <br />
              <br />
       Le Premier ministre algérien, M. Ghozali, reprochera à la France, au lendemain de la guerre, d’avoir compté le Maghreb « pour moins que rien ». Quelles étaient les raisons de François Mitterrand ? A mon avis, elles avaient plus trait à la politique internationale : en août 1990, la réunification allemande était quasiment faite. François Mitterrand, moins que jamais, ne voulait se couper des Etats-Unis. Ce n’est que mon hypothèse. En public, François Mitterrand n’a jamais évoqué que la violation du droit international par l’Irak.</span>]       <br />
              <br />
       4. La guerre du Golfe n’a cependant en rien permis de prendre en compte les nouveaux enjeux de sécurité. Elle a au contraire ouvert l’ère des « guerres asymétriques ». La décennie 1990 est marquée par le retournement contre les Etats-Unis du djihadisme sunnite en Afghanistan et par les premiers attentats terroristes d’Al Quaïda. La seconde « Guerre du Golfe » en 2003, dont le Président Chirac a su nous tenir à l’écart, marqua le naufrage définitif des politiques expéditionnaires, quand elles ne sont pas décidées à l’appel des gouvernements légitimes et dans le cadre de  l’ONU. Le Président Obama en a tiré sagement la leçon en ordonnant, en 2008, le retrait des forces armées américaines d’Irak et même d’Afghanistan et en privilégiant les stratégies indirectes et les frappes aériennes.       <br />
              <br />
       5. Quel qu’ait été l’effet déstabilisateur dans le monde arabo-musulman d’interventions occidentales que n’éclairait pas, en amont, une réflexion politique approfondie, il faut cependant dire clairement que le terrorisme djihadiste procède d’abord de forces endogènes. Pour répondre au défi que représente pour l’Occident le terrorisme djihadiste il faut, selon moi, apporter en premier lieu des réponses politiques.       <br />
              <br />
       [<span style="font-style:italic">N’oublions pas d’abord que les principales victimes du terrorisme djihadiste sont les peuples musulmans eux-mêmes : en Algérie, en Irak, au Pakistan. Dans la lutte contre le terrorisme, le premier rôle revient aux musulmans. C’est à eux de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie, je veux dire les interprétations extrémistes de leur religion, appuyée sur une lecture littéraliste et partielle du Coran, en dehors de toute contextualisation historique. Nous pouvons aider les musulmans, comme nous le faisons au Mali, dans le cadre de la légalité internationale, et en veillant à répondre toujours à une demande explicite de sécurité du gouvernement légitime. Au plan militaire, nous avons toujours intérêt à privilégier les forces africaines, locales ou régionales et n’intervenir qu’en dernier ressort à la demande des gouvernements sous l’égide de l’Union africaine et de l’ONU.</span>]       <br />
              <br />
              <br />
       6. On a privilégié, depuis la guerre du Golfe, la projection à travers la professionnalisation des armées. On a un peu oublié la défense opérationnelle du territoire pour laquelle l’armée professionnelle n’est pas faite. Un soutien militaire court assorti de formules de « volontariat service long » (VSL) permettrait de constituer une garde nationale vouée à la protection des populations et des sites sensibles. [<span style="font-style:italic">N’oublions pas enfin que dans le monde multipolaire et passablement chaotique qui vient, il n’y aura pas que des « guerres asymétriques ». Il peut y avoir aussi de « vraies guerres ».</span>]       <br />
              <br />
       7. Il y a un dernier point sur lequel je veux insister : de la guerre du Golfe date un tropisme qui nous a habitués à travailler sous commandement opérationnel américain et à privilégier l’interopérabilité, non seulement dans le domaine matériel et en mode opérationnel mais même dans le domaine linguistique. Dans le monde de plus en plus compliqué vers lequel nous allons, je crois qu’il serait bon que la France réapprenne aussi à agir seule, s’il le fallait, ou en alliance, mais pas forcément dans le cadre de l’OTAN, bref selon ses règles et surtout selon ses intérêts. J’incite donc à porter un jugement critique sur l’ensemble de la période 1991-2015, en prenant en compte les défis  du monde de demain : la montée de l’Asie qui implique le maintien de notre dissuasion dont on oublie souvent de rappeler qu’elle est aussi le moyen de ne pas nous laisser entraîner dans des guerres qui ne seraient pas les nôtres, en second lieu, le défi de la sécurité et du développement de l’Afrique et enfin au Proche et Moyen-Orient les équilibres de sécurité entre l’Iran et l’Arabie Séoudite, inséparables du règlement de questions politiques pendantes depuis trop longtemps, et dans le respect des frontières existantes..       <br />
              <br />
       ---------------       <br />
       [0] Avertissement : les partis du texte entre crochets et en italiques n'ont pas toujours été prononcées. Seul le prononcé fait foi.        <br />
       [1] <span style="font-style:italic">De l'Allemagne, de la France</span>, p. 57-58, Odile Jacob, 1996.        <br />
       [2] Ibid, p. 94.       <br />
       [3] Ibid, p. 57-58.        <br />
       [4] Ibid, p. 78.        <br />
       [5] Roland Dumas, Entretiens pp. 56-57, Editions Michel de Maule.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/De-la-Guerre-froide-aux-nouveaux-enjeux-de-securite_a1715.html</link>
  </item>

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   <title>"Nous avons fait en Libye très exactement ce que nous reprochons aux Américains d'avoir fait en Irak en 2003"</title>
   <pubDate>Mon, 04 May 2015 11:21:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité d'Europe 1, dimanche 3 mai 2015. Il répondait aux questions de Sonia Mabrouk et Patrick Roger.      <div>
      <span style="font-style:italic">Sur le Front National </span>       <br />
       <ul class="list"><li> Si Jean-Marie le Pen ne peut plus s'exprimer au nom du Front National, il s'exprimera comme Jean-Marie le Pen. Et entre Jean-Marie le Pen et le Front National, il y a quand même, dans la tête de tous les Français, un signe d'égalité. Donc je pense que les ennuis commencent pour le Front National.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le FN était une petite entreprise familiale, qui capte des électorats extrêmement divers. A l'origine, c'était une sédimentation de toutes les extrêmes droites, rameutées par Jean-Marie le Pen, avec beaucoup d'excès. Ensuite, après la « parenthèse » libérale, ou le tournant de la rigueur, une partie de l'électorat populaire s'est détaché de la gauche, et est venu vers le Front National. Il y a là des déclassés, des gens qui ne savent plus très bien où ils sont, et qui, par colère, par frustration, votent pour un parti qui est très dangereux pour l'avenir, parce que naturellement, s'il devait un jour venir au pouvoir, ce ne serait pas bon pour la France, ni pour son image.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai pensé à un moment à un jeu de rôle entre Marine le Pen et Jean-Marie le Pen, mais je crois que ce n'est pas une bonne hypothèse. Je pense qu'il y a, en effet, une divergence de fond : Jean-Marie le Pen ne voulait pas venir au pouvoir. Sa fille, elle, le veut. Il est évident que, si elle devait y parvenir un jour, ce serait avec la droite, ou une partie de la droite.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'électorat du Front National est divers et friable. S'il y avait des gens qui proposaient vraiment une alternative à la politique qui est menée sans discontinuer par tous les gouvernements depuis trop longtemps, qui a gonflé le chômage, s'il y avait une politique qui donne à la jeunesse le moyen de se projeter vers l'avenir, alors, à ce moment-là, on verrait que le Front National peut se dissocier, et que son électorat n'est pas si solide que cela.        
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Florian Philippot m'utilise comme caution républicaine. Moi je ne le connais pas. Il y a plus de 1,5 millions de gens qui ont voté pour moi en 2002, et il m'a, paraît-il, soutenu. Il dit que je suis son mentor, mais j'ai sûrement eu sur lui une influence très faible, à en juger par son parcours ultérieur. Ce n'est pas un très bon élève, je n'ai pas envie de lui donner une bonne note voyez-vous !</b>       
       </li></ul><ul class="list"><li> </li></ul>[<span style="font-style:italic">Par rapport aux débordements lors du rassemblement FN du 1er mai</span>] Je ne vais pas m’immiscer dans cette affaire. Disons simplement que personne n'est véritablement dans son droit. Ni les Femen, ni le service d'ordre du FN, ni même l'hôtel. Mais c'est un fait divers qu'il ne faut pas grossir plus que cela. Je suis un vieil homme politique, j'ai l'habitude des réunions troublées ! 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur l'enquête à propos des viols d'enfants Centrafricains par des militaires français</span>       <br />
       <ul class="list"><li><b> Si ces faits étaient avérés, ils doivent être sévèrement sanctionnés, car on ne peut pas laisser porter atteinte à l'honneur du drapeau, l'honneur du soldat, comme l'a dit le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian. </b>       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai été à Bangui pendant les premiers mois de l'opération Sangaris. C'était une opération extrêmement difficile, dans un pays où il y a eu des coups d'Etats mais jamais d'Etat, dans un pays en proie a quelque chose de plus atroce d'une guerre civile, la suspicion d'une communauté se disant chrétienne vis-à-vis d'une communauté se disant musulmane, en fait très proches l'une et l'autre de l'animisme ; aucune structure, aucun ordre, et pour les soldats qui devaient rétablir un minimum de concorde, c'était vraiment difficile, parce qu'ils étaient confrontés à des éléments incontrôlés, dans un contexte très dur. J'ai beaucoup admiré le travail des soldats.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut que les faits soit reconnus, avérés. On est dans le temps de l'enquête. Essayons de bien voir ce dont il s'agit. Et surtout, laissons l'armée au-dessus de cela. L'armée rend beaucoup de services et s'acquitte avec beaucoup de professionnalisme des tâches qui lui sont confiées. Son intervention au Mali a permis qu'un grand pays, au cœur de l'Afrique de l'ouest, ne bascule pas dans le djihadisme.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Budget de la Défense</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Président de la République vient de rendre un arbitrage budgétaire qui était important. Il a pris une sage décision</b> compte tenu de ce qu'on demande aussi à nos armées. Depuis la suppression du service national, notre armée est devenue une armée de projection. Ce système est efficace, encore faut-il que les décisions d'intervention soient prises à bon escient.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Intervention en Libye</span>        
       </li></ul><ul class="list"><li> Un exemple de mauvaise décision : la Libye. L'intervention a été mal conduite, parce qu'elle avait un objectif précis, qui était la protection des populations de Benghazi. Il suffisait d'arrêter les colonnes de Kadhafi – c'était le mandat de l'ONU – mais nous n'étions pas mandaté pour renverser le régime de Kadhafi.        
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Nous avons fait en Libye très exactement ce que nous reprochons aux Américains d'avoir fait en Irak en 2003. </b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Lutte contre le terrorisme</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Affecter en permanence, dans le cadre du plan Vigipirate, 7000 hommes à la défense de tous les points sensibles, de tous les édifices religieux, pose un problème d'efficacité. Est-on sûr d'exercer une action réellement dissuasive ? Je me permets d'exprimer un certain doute</b>. Bien sûr, il faut que la présence de l'armée soit visible. C'est rassurant pour la population. Mais <b>je pense que l'essentiel des moyens doit-être consacré au renseignement, à la police – c'est d'ailleurs ce que le gouvernement est en train de faire avec le projet de loi sur le renseignement. Je pense que ce projet de loi est nécessaire.</b> Naturellement, il faut veiller à ce que cela se fasse dans le respect des libertés républicaines, et par conséquent il faut un contrôle sur l'action qui est exercée par les services. Au moins les services ne pourront pas faire n'importe quoi : c'est dans un cadre légal qu'ils devront agir.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Exportation des Rafales</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>La vente des Rafales à l'exportation ne saurait que me réjouir, car j'ai été un de ceux qui ont défendu le Rafale.</b> J'étais ministre de la Défense au moment où le Premier ministre n'était pas d'accord. Maintenant cet avion se vend : on voit que des avions comme cela peuvent durer très longtemps et peuvent être très utiles dans certains types d'opérations.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la situation au Moyen-Orient</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis favorable à ce qu'il y ait un équilibre de sécurité au Moyen-Orient, entre l'Arabie Saoudite et ses alliés, et puis l'Iran.        
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Depuis l'intervention américaine en Irak, on s'est mis dans cette région du monde à la remorque des Américains</b>, qui eux-mêmes ont avec un pacte avec l'Arabie Saoudite depuis 1945.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Aujourd'hui les Américains cherchent à promouvoir un accord avec l'Iran sur le nucléaire, et naturellement, cela provoque un certain agacement à Riyad.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur le dossier ukrainien</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Les Américains ont, au sein de l'UE a 28, des pays qui soutiennent leur politique. Ce sont les pays voisins de la Russie, la Grande-Bretagne, et quelques autres. D'autres pays traînent un peu les pieds parce que, malgré tout, il y a un intérêt majeur à ce que se développent de bonnes relations, économiques, énergétiques, politiques, entre l'Europe occidentale et la Russie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le peuple russe est un grand peuple européen : qui pourrait le contester ? Son apport à la culture, à la civilisation, est tout à fait considérable.        
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Je souffre, et même quelques fois j'ai honte, de voir la russophobie tout à fait excessive, caricaturale, délirante, de certains médias. </b>       
       </li></ul><ul class="list"><li> On ne peut pas demander à la Russie, qui était encore un pays communiste en 1991, de franchir en 25 ans le chemin que nous avons mis deux siècles à parcourir.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'erreur a été de mettre l'Ukraine devant un choix impossible, un dilemme : ou bien vous êtes avec l'Europe, ou bien vous êtes avec la Russie. Or l'Ukraine est un pays composite avec beaucoup de minorités. L'Europe et la Russie devraient coopérer pour aider l'Ukraine à surmonter ses problèmes, qui sont énormes, sur le plan économique : chômage, déficit, inflation, endettement...        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Commémoration par la Russie des 70 ans de la victoire des troupes soviétiques sur l'Allemagne nazie</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Ce n'est pas à moi de dire si Hollande ou Merkel devaient y aller ou pas. Ce que j'observe, c'est que Vladimir Poutine est venue pour la cérémonie anniversaire du débarquement en Normandie. Cela a été très utile puisque cela a permis de mettre sur pied le format quadripartite de négociation qui a débouché sur les accords de Minsk II. Depuis, il ne s'est pas passé quoi que ce soit qui justifierait une sorte de mise à l'écart de la Russie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Qui peut contester que la victoire sur l'Allemagne nazie ait d'abord été obtenue par les troupes soviétiques ? Je pense qu'il faut savoir comprendre ce que signifie la Deuxième Guerre mondiale pour la Russie, et notamment ses 25 millions de morts. Comment n'aurions-nous pas un minimum de respect ?</b>        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y aura, à l'occasion de ces commémorations, un responsable français de très haut niveau, mais ce n'est pas à moi de vous dire qui.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Affaire de la « jupe trop longue »</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Je ne suis pas naïf. La loi interdit les signes ostentatoires d'appartenance religieuse. Ces gamines sont très malignes. Il y a un petit côté provocation. </b>       
       </li></ul><ul class="list"><li> L'islamisme est capable de déplacer la manière dont il nous défie : nous, la République, la France.         
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Ne rentrons pas dans une surenchère : il ne faut pas revoir la loi, il faut l'appliquer. </b>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne serais pas contre un retour de l'uniforme à l'école. Cela avait du bon en mettant tout le monde sur un pied d'égalité. Mais, j'admets que peut-être les mœurs ont tellement évoluées que cela serait difficile à appliquer. Donc je ne fais pas de propositions irréalistes.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Réforme du collège</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Beaucoup de gens, y compris de gauche, sont très inquiets de cette réforme des collèges. <b>Je ne sais pas qui compose ce Conseil National des Programmes, mais vous connaissez cette affaire : quand on dit à une commission « dessinez moi un cheval », elle vous dessine un dromadaire !</b> C'est exactement ce qu'il vient d'arriver.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Dans un langage abscons, on supprime l'enseignement de certaines tranches de l'histoire. <b>Il est temps de revenir à une version non-pénitentielle de notre histoire. On peut être fiers d'être Français !</b> Il suffit quand même de montrer ceux qui n'ont pas failli et pas toujours ceux qui ont failli ! Il n'y a pas que des horreurs dans l'histoire de France ! Et nous pouvons être fiers d'être le pays qui a fait la Révolution française, qui a été la matrice du monde moderne, à l'échelle mondiale !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour aider les élèves à faire leur chemin dans un monde très complexe,  il faut aussi demander un certain effort à l'élève.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les fondamentaux à l'école sont la base à partir de quoi on peut construire la liberté de penser par soi-même et de comprendre ce qui vous entoure.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On vous dit que la querelle des républicains et des pédagogistes est dépassée, mais lisez les 500 pages épouvantables de charabia sur la réforme des programmes et vous comprendrez qu'elle n'est pas dépassée, que ce sont toujours les mêmes qui sévissent !        
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Je suis pour l'interdisciplinarité, comme on dit, mais à condition que les fondements disciplinaires soient bien assurés, parce que l'interdisciplinarité sur la base de rien, c'est également rien. </b>       
       </li></ul><ul class="list"><li> A l'école, on devrait s'intéresser plus aux grandes œuvres. Il n'en est pas du tout fait mention dans ces nouveaux programmes. Une pièce de Molière, de Racine, une fable de la Fontaine, un texte de Maupassant, de Mérimée, de Victor Hugo, c'est formidable, et cela fait rentrer l'élève dans un monde merveilleux, celui de la fiction.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Ce n'est pas l'administration qui commande rue de Grenelle : c'est un réseau dans l'administration qui fait que, quelque que soit le gouvernement, progresse toujours la même conception assez débile des choses.        
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Si je pouvais donner un conseil à Najat Vallaud-Belkacem, ce serait : ces programmes, qu'elle n'a pas commandé, qui viennent d'arriver, j'aimerais qu'elle les retire, pour se donner le temps de la réflexion.</b> Qu'elle reprenne l'affaire en main !        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Dialogue avec l'acteur Jacques Weber </span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a deux choses dans ce que dit Jacques Weber : d'abord, le fatalisme, la résignation, un monde où s'est installé des millions de chômeurs, une pauvreté, une précarité insupportable que nous ne voulons pas voir. <b>Madame Thatcher avait résumé cela dans une formule, « TINA » : « There Is No Alternative » (il n'y a pas d'autres politiques possibles). Moi j'ai toujours pensé le contraire. </b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Réfugiés, Afrique et co-développement</span>        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a un homme politique qui a dit que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais il faut prendre le problème autrement : comment l'Afrique peut-elle se stabiliser dans la durée ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous savons que l'Afrique est malheureusement accablée par une croissance démographique excessive, qui crée des déséquilibres très profonds. Pourtant il y a un courant dit « afro-optimiste » : l'Afrique a toutes ses chances, elle a beaucoup de terres, de richesses, il y a des classes moyennes qui se forment...        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je sais par expérience que, sans Etat, il n'y a pas de développement. Pas d'Etat, donc pas de sécurité. Si l'armée française a une petite justification, dans le cadre de l'ONU et de l'Union africaine, c'est effectivement de préserver les conditions de paix et de stabilité qui permettront le développement.        
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est l'affaire des Africains de se développer et nous de les aider à le faire. <b>J'avais inventé un concept de « co-développement », qui vaut ce qu'il vaut car il faudra le mettre en pratique. Mais je pense qu'il faut essayer de penser l'Afrique sur le siècle qui vient – ce sera difficile – et se délivrer d'obsessions qui n'ont pas de raison d'être : on ne va pas arrêter l'immigration ! On peut la réguler, cela est nécessaire. </b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A propos du changement de nom de l'UMP</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Si on est vraiment républicain, il faut considérer que tous les citoyens ont le droit de se dire républicain. Si on veut faire appel à leur esprit républicain, on ne peut pas dire qu'on sera un parti qui au nom de la République, serait déjà la République !        
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Je pense qu'il y a une espèce d'imitation un peu bête de ce qui se fait en Amérique : appelons-les « the Americans » ou « the Republicans » ! </b>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Cette proposition de nom est la négation même de la République. C'est franchement ridicule.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur une vie politique</span>        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'ai pas voulu être Président de la République. J'ai aidé F. Mitterrand à devenir Premier secrétaire du Parti Socialiste et j'ai essayé de pousser dans la direction que je croyais juste. <b>En 2002, j'ai jeté quelques jalons qui valent toujours pour aujourd'hui.</b> A mon avis, ces idées progressent : tout le monde se dit républicain aujourd'hui. Mais qui comprend vraiment l'exigence de ce que cela représente ? </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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 	<itunes:subtitle><![CDATA[Jean-Pierre Chevènement était l'invité d'Europe 1, dimanche 3 mai 2015. Il répondait aux questions de Sonia Mabrouk et Patrick Roger.]]></itunes:subtitle>
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   <title>"La France et les OPEX"</title>
   <pubDate>Fri, 31 Oct 2014 11:41:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Tribune de Jean-Pierre Chevènement dans "La Croix", vendredi 31 août 2014.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/7129746-10928063.jpg?v=1414752459" alt=""La France et les OPEX"" title=""La France et les OPEX"" />
     </div>
     <div>
      Le concept d’« opération extérieure » ne va pas de soi : la Défense nationale exclut, par définition, les guerres d’agression. Il est vrai que la France a contracté des alliances, ainsi l’alliance atlantique, ou souscrit à des obligations dans le cadre de l’Union européenne. Mais ces obligations ne peuvent résulter que d’agressions dirigées contre nos partenaires euro-atlantiques. Dans les faits, 23 sur 28 des membres de l’Union européenne sont membres de l’Alliance atlantique dont la principale puissance est constituée par les États-Unis d’Amérique, garants, en dernier ressort, de la sécurité de l’ensemble, grâce à leur arsenal nucléaire. Compte tenu des incertitudes liées à leur emploi, la France a entendu se doter d’une dissuasion nucléaire fondée sur le principe de stricte suffisance, afin de pouvoir garantir, en tout état de cause, son indépendance et ses intérêts vitaux. La France a par ailleurs signé un certain nombre d’accords de défense avec plusieurs États africains dont l’indépendance remonte à un peu plus d’un demi-siècle.       <br />
              <br />
       Enfin et surtout, la France, depuis 1945, est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. C’est de là que résulte la légitimité des opérations extérieures qu’elle peut être amenée à conduire. Ainsi les interventions au Mali (Serval) et en Centrafrique (Sangaris) réunissent-elles les conditions de légitimité d’une « opération extérieure » : appel du gouvernement de l’État menacé ou agressé, résolution du Conseil de sécurité autorisant le déploiement de forces armées. Ainsi en va-t-il également pour la force d’interposition (Casques bleus) mise en place par l’ONU au Liban et à laquelle la France contribue. C’est ainsi le Conseil de sécurité qui définit la légitimité des « Opex ».
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La France est bien placée, comme membre permanent du Conseil de sécurité, et eu égard aux responsabilités qu’elle assure dans les opérations de maintien de la paix, pour établir la légalité internationale des opérations extérieures. C’est pourquoi, à mon sens, elle ne saurait y manquer sans grave dommage pour elle-même et pour la paix dans le monde.       <br />
              <br />
       L’argument selon lequel le droit de veto dont disposent également la Russie et la Chine rendrait le Conseil de sécurité impotent ne peut être retenu valablement : d’abord parce qu’il part d’un point de vue étroitement « occidentaliste » : le P3 (États-Unis – Grande-Bretagne – France) concentrerait la légitimité véritable. Cette vision, outre qu’elle méconnaît le rôle croissant des pays émergents, occulte le fait qu’il est toujours possible de négocier : ainsi l’a-t-on vu pour l’élimination de l’arsenal chimique syrien par accord entre les États-Unis et la Russie. Cet accord a rendu inutile des frappes militaires projetées des États-Unis et de la France sur les forces armées syriennes, qui, en l’absence d’une résolution du CSNU, eussent été manifestement illégales. De même peut-on soutenir que l’intervention de l’Otan en Libye a dépassé l’objectif fixé par les Nations unies : la protection des populations civiles de Benghazi, et non le changement de régime. On en voit les résultats non seulement sur le terrain libyen mais également dans la détérioration de l’atmosphère des relations internationales depuis 2011.       <br />
              <br />
       Les interventions de l’Otan au Kosovo (1999) et des États-Unis en Irak (2003), en l’absence d’une résolution du CSNU les y autorisant, avaient déjà créé un fâcheux précédent. Les frappes aériennes effectuées contre l’État islamique par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne en Irak, en septembre-octobre 2014, l’ont été à la demande du gouvernement irakien de Bagdad et avec l’assentiment du Conseil de sécurité. Il n’en va pas de même des frappes américaines, britanniques exercées en Syrie contre le même adversaire, bien que le gouvernement de Damas – reconnu par les Nations unies – semble les tolérer.       <br />
              <br />
       Ainsi les OPEX conduites par la France respectent-elles, à ce jour, la légalité internationale : la tentation de s’écarter de cette dernière pour effectuer des frappes en Syrie doit être repoussée. Elle ne serait conforme ni au bon sens ni au rôle reconnu de la France comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Les moyens de la France ne sont pas illimités. Ils doivent être utilisés au service du droit et à bon escient, de préférence dans les zones géographiques où la France exerce traditionnellement son influence : en Afrique par exemple plutôt qu’en Irak où nous jouons les mouches du coche depuis trop longtemps.       <br />
              <br />
       En tout état de cause, la France n’a rien à gagner à agir en dehors du droit international dont elle est l’une des cinq puissances garantes. Négocier, négocier toujours est pour la France la posture dont elle ne doit se défaire à aucun prix, sauf si, à bout d’arguments, le CSNU l’y autorise.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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   <title>"Jean-Pierre Chevènement, une histoire politique"</title>
   <pubDate>Sun, 05 Oct 2014 11:51:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission "La voix est libre" sur France 3 Franche-Comté, samedi 4 octobre 2014. Il répondait aux questions de Jérémy Chevreuil.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim :</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> Je suis allé au terme de ce que je pouvais faire comme parlementaire. J'ai été élu pour la première fois il y a 41 ans, en 1973. Mais Jean-Pierre Chevènement peut exister autrement qu'en étant sénateur ou député dans le paysage politique. Par conséquent, je continuerai à m'exprimer.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai consacré l'essentiel de mon temps à l'action politique, mais une politique qui ne se séparait pas du combat des idées, par conséquent aussi à la lecture, à la réflexion. Je pense être resté fidèle à cette conception très ancienne de la politique, où on ne sépare son engagement politique d'une vision du monde. C'est un engagement de l'être tout entier au service de ses concitoyens, de son pays. Par conséquent, on ne se ménage pas. On lui accorde peu de repos.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Au moment où on approchait de la fin du septennat du général de Gaulle, l'idée de refonder la Ve République sur des bases de gauche, d'unir la gauche, avec un Parti Socialiste entièrement rénové (je suis l'un des principaux artisans du congrès d'Epinay), est enthousiasmante. Et cela a réussi. J'ai adhéré au Parti Socialiste en 1964. L'alternance avec François Mitterrand fonctionne en 1981. C'était un travail de patience, et je m'y suis pleinement investi, en rédigeant notamment les programmes du PS.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'accident d'anesthésie de Jean-Pierre Chevènement</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Cet épisode a renforcé mon caractère, mais il ne l'a pas changé.       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai une bonne santé, c'est ce que les médecins m'ont dit, car j'ai surmonté une épreuve qui m'a été très difficile. Mon cœur s'est arrêté pendant 55 minutes. Il fallait ensuite récupérer. J'étais aussi très motivé. Je pense que cela m'a donné une certaine force.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Mes amis, qui sont des laics intransigeants, ne voulaient surtout pas que je sois miraculé d'autre chose, d'où l'expression « le miraculé de la République ». Le miracle devait s'être déroulé dans le strict espace républicain et laic. C'est une plaisanterie !       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai vu la mort à deux ou trois reprises d'assez près dans ma vie. Pendant la guerre d'Algérie, je me suis fait arrêté en quelque sorte par une police supplétive, des gens qui n'avaient aucune formation, et je revois le pistolet mitrailleur appuyé sur mon estomac, avec la culasse en arrière, dans une position extrêmement dangereuse. Et heureusement, quelqu'un pousse un cri de l'autre côté. Et le « policier » occasionnel tend sa mitraillette dans la direction opposée. Donc je ne me suis pas fait prier, et j'ai pris la poudre d'escampette. C'était en juillet 1962, les premiers jours de l'indépendance de l'Algérie.        
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur les 3 démissions de Jean-Pierre Chevènement</span>       <br />
       <ul class="list"><li> En février 1983, j'avais une discussion avec François Mitterrand sur la politique industrielle, dont je lui réclamais les moyens. Quand je suis revenu au ministère de l'Industrie, les journalistes m'attendaient pour une conférence de presse, et m'ont demandé ce que je pensais de la négociation qui allait s'engager sur le maintien ou non de la France dans le Système Monétaire Européen. Et j'ai donc dit : « <span style="font-style:italic">Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l'ouvrir, ça démissionne</span> ». Et j'ai ajouté que pour le moment je fermais ma gueule. J'ai démissionné du gouvernement le mois suivent.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'ai pas quitté le gouvernement sur un choix mineur, ou des questions de susceptibilité, mais sur des questions majeures. L'accrochage du franc au mark allait déterminer  toute la politique ultérieure de libéralisation.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai démissionné une seconde fois pour protester contre la première guerre du Golfe en 1991. Je n'y reviens pas. On en voit aujourd'hui les résultats. Le Califat islamiste, c'est la conséquence de cette première guerre du Golfe, redoublée par une seconde, qui a détruit l'Irak, alors qu'on pouvait éviter cette guerre, je vous le certifie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai démissionné la troisième fois à propos de la question corse. Transférer le pouvoir réglementaire aux régions, c'est revenir à l'Ancien régime, où on changeait de loi plus souvent que de cheval, comme disait Voltaire en traversant la France ! Cela devient un pays éclaté, ce n'est plus la République. La République comporte une loi, qui est la même pour tous. L'idée que l'on puisse transférer, non seulement le pouvoir réglementaire, mais aussi le pouvoir législatif à la Corse, me hérissait.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut dire non à des choses très importantes. J'aurais pu démissionner mille fois ! En 1988-89, quand j'ai vu qu'en application de l'Acte unique, on allait libéraliser les mouvements de capitaux, non seulement à l'intérieur de l'Europe mais aussi vis-à-vis des pays tiers, sans aucune harmonisation fiscale, croyez-moi, j'ai ouvert ma gueule en Conseil des ministres ! Mais j'étais le seul. Tous les arbitrages avaient été rendus. Par conséquent ça s'est fait, au 1er janvier 1990. Cette décision est fondatrice du capitalisme financier, dans la crise duquel nous nous débattons aujourd'hui. Peut-être que là j'aurais pu démissionner, et peut-être même l'aurais-je dû.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur les conséquences de la première guerre du Golfe</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Si je raisonne dans le cadre de notre politique extérieure, de notre politique arabe, de notre politique au Moyen-Orient, oui, je considère que François Mitterrand a fait une grave erreur en participant à la guerre du Golfe. Il a retourné la politique qui était celle du général de Gaulle. Et pour moi, c'était très dur à supporter, parce que j'adhérais à cette politique.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La modernisation du monde arabe devait être encouragée, et pas les tendances les plus fondamentalistes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On voit aujourd'hui le résultat : on a cassé l'Irak, qui était le verrou par rapport à l'Iran. On a ouvert la voie à Ben Laden et à Al Qaeda, et aujourd'hui les sunnites irakiens se sentent laissés pour compte, et se sont livrés au Califat islamiste.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Très franchement, je ne sais pas ce que sera la suite, mais nous n'avons pas fini de boire le calice jusqu'à la lie.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur les cycles politiques de longue période de la gauche</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> François Mitterrand à Epinay, a pris la tête du PS alors qu'il n'en avait pas la carte 24 heures auparavant, cela notamment grâce à l'aide du CERES. Mais il avait été le candidat de l'union de la gauche en 1965, et c'est cela qui lui avait donné une stature extrêmement attirante pour les couches populaires.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Avec l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, beaucoup de choses ont changé. L'abolition de la peine de mort, la décentralisation, la retraite à soixante ans, les lois Auroux, une certaine démocratisation de l'enseignement... beaucoup a été fait. Mais il y a un retournement fondamental qui est intervenu au milieu des années 1980. L'ampleur de ce qu'on a appelé la « parenthèse libérale », qui ne s'est jamais refermée, l'ampleur de la conversion au libéralisme, la dérégulation appliquée non seulement en France, mais aussi en Europe et dans le reste du monde, est immense.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a malheureusement des Français éminents, considérés en tout cas comme tel, Jacques Delors et un certain nombre d'autres technocrates bien connus, qui ont joué un rôle tout à fait décisif au printemps 1983, et par la suite au moment de l'Acte unique, qui étend le néo-libéralisme a toute l'Europe, puis la monnaie unique, en 1992.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Soyons clairs : la gauche au pouvoir aujourd'hui n'est pas la même gauche. Nous ne sommes plus dans la même situation. La globalisation financière s'est installée, via l'Europe et en particulier le nœud français de 1983, par le ralliement de la Chine à l'économie de marché en 1979, et l'implosion de l'URSS en 1991.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La masse des capitaux, qui font ce que l'on appelle les marchés financiers, sont les arbitres de vie ou de mort des entreprises et des États. Nous sommes dans un monde très différent, et par conséquent, il faut imaginer une stratégie nouvelle, qui reste fidèle aux inspirations initiales.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous sommes dans un monde où il faut penser que la France soit un pays qui reste inspiré et voué à l'universel, voué à servir de pont entre l'Occident et les pays émergents.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur François Mitterrand</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> En 1979, François Mitterrand me reçoit à son domicile. Me raccompagnant, il se penche vers moi et me dit : « Vous savez Jean-Pierre, nous sommes d'accord sur tout, vous et moi. Mais malheureusement, à votre différence, je crois que, à notre époque, la France ne peut plus faire autre chose que passer à travers les gouttes ». C'est une des rares phrases que j'ai noté, parce que je pense qu'elle a bien symbolisé jusqu'à l'épisode de la guerre du Golfe.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Mitterrand était un homme qui a commis des erreurs. Le traité de Maastricht en était une, et elle n'était pas mince ! Mais pour autant, c'était un homme tout à fait fascinant, qui avait un recul historique, une culture, qui impressionnait. Les hommes politiques d'aujourd'hui sont formés à une autre école.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'ENA</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai donné mon sentiment sur l'ENA dans un petit livre, intitulé : « <span style="font-style:italic">L'énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise</span> », en 1967, que j'ai écrit avec deux copains sous le pseudonyme de Jacques Mandrin. En fait, l'ENA c'est deux concours : un concours d'entrée et un concours de sortie. Il faut les réussir ! Mais entre les deux, ce n'est rien.        
       </li></ul><ul class="list"><li> A l'ENA, je n'ai appris qu'à servir le vin ! C'est l'anecdote que je raconte pour faire rire : mon préfet, chez lequel je faisais un stage dans le Morbihan, m'avait appris à tourner le goulot de la bouteille, de telle manière que d'un coup sec, je pouvais éviter que la goutte ne tombe sur la nappe.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur quelques considérations liées à notre époque</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Avec la mondialisation libérale, on trouve le triomphe de l'argent. Les gens sont mus davantage par l'envie de gagner de l'argent. C'est le règne de la pantoufle, du parachute dorée. Il y a aussi l'instantanéité, le court-termisme qui s'est substituée à la réflexion de long terme.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le système médiatique s'est profondément transformé. Il y a beaucoup plus de télévisions et de radios, les réseaux sociaux sont là... Chacun est en position d'être le valet de chambre de tous les hommes politiques que nous avons en activité !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il n'y a plus de respect du secret de l'instruction, de la présomption d'innocence, de la vie privée. Je pense que c'est regrettable.        
       </li></ul><ul class="list"><li> De Gaulle disait : « <span style="font-style:italic">L'autorité ne va pas sans prestige, et le prestige ne va pas sans éloignement</span> ». Aujourd'hui, l'éloignement n'est plus possible. Tout se diffuse, les conseillers parlent, les attachés parlent... Pratiquement, pour être sûr de garder un secret, il faut le garder pour soi-seul, et n'en parler à personne !        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la Russie et l'Ukraine</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour faire l'histoire, il ne faut pas se mettre à la remorque des États-Unis. Prenons le cas de l'Ukraine. Je pense que l'histoire s'est passée d'une façon différente de ce qui nous est raconté. Je pense que les tords sont très partagés. On donne une description souvent outrée de la Russie d'aujourd'hui. La Russie d'aujourd'hui, ce sont des classes moyennes qui partent à l'assaut des aéroports. La Russie, ça change.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur Manuel Valls</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que Manuel Valls a été un très bon ministre de l'Intérieur. Il a très bien compris le rôle de la règle : la règle protège, et la liberté écrase. Pour être un bon Premier ministre, il doit savoir que la République ne s'applique pas qu'à l'ordre public : la République, c'est aussi quelque chose qui doit intervenir dans l'ordre économique et social. Il pose à bon escient le problème de l'euro, qui est une monnaie surévaluée, qui nous plombe depuis trop d'années, qui a contribué largement à notre désindustrialisation.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la campagne présidentielle de 2002</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne me suis pas préparé à être Président de la République ou Premier ministre. En 2002, mon intention était de créer un courant républicain qui pèse suffisamment sur la gauche plurielle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Tout ce que j'ai dit reste juste, et les axes principaux de ma campagne, je peux les reprendre aujourd'hui à mon compte. Mais je ne me suis pas préparé à être Président de la République quand je le pouvais, c'est à dire au moment où j'ai été élu député, à l'âge de 34 ans. Si à ce moment là, j'avais voulu me mettre dans la roue de François Mitterrand, je n'aurais pas fait le CERES, j'aurais caché mes dissentiments, je n'aurais  démissionné en aucune circonstance. J'aurais alors peut-être pu devenir Président ou Premier ministre, mais ce n'est pas sûr. Et en agissant de la sorte, je me serais confondu avec la couleur de la muraille.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je considère qu'il est très injuste de faire de moi le bouc-émissaire de la défaite du candidat socialiste, qui lui doit quand même beaucoup, par sa politique et par sa campagne, qui n'était quand même pas formidable. Et pourquoi avoir donné des parrainages à Besancenot ? Pourquoi n'avoir pas découragé Taubira qui était prête à se retirer ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> Lionel Jospin n'avait pas accroché quelques étoiles à son firmament. Je le lui ai dit sous cette forme en 2000. C'était un très bon Premier ministre, avec beaucoup de compétence, mais je pense qu'il n'avait pas la capacité de devenir Président de la République. Il n'avait pas la vision. Il avait été pour la Constitution européenne. Il avait été l'un des suppôts de Maastricht. L'expression « <span style="font-style:italic">parenthèse libérale</span> » est la sienne à l'origine. On ne peut pas dissimuler que nous avions deux lignes différentes. Ce n'est pas criminel !       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur le Front National</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'ai pas du tout le même itinéraire que Marine le Pen. Sur des sujets fondamentaux, nous ne pensons pas du tout la même chose. Le problème aujourd'hui, c'est de savoir comment on desserre la contrainte monétaire. Ce que je propose est quand même plus fin que ce que propose Marine le Pen.        
       </li></ul><ul class="list"><li> S'agissant de la République, je la crois fondée sur la citoyenneté. L'idée que l'on puisse distinguer un Français par son origine me fait horreur.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a des gens qui se revendiquent de moi dans tous les partis politiques. Ma pensée a essaimé largement, et peu, je crois, au FN, parce que je suis un partisan ardent de la citoyenneté, que la France est naturellement un pays métissé. Je demande simplement à ceux qui veulent la nationalité française de respecter la loi républicaine, et l'esprit de la loi : se conformer à quelques usages raisonnables.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je combats le racisme, l'islamophobie, l'antisémitisme, tout ce qui vise à ranger les Français dans une catégorie particulière. Je pense que quand on est citoyen français, on est citoyen français. Point final.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Pour Belfort</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Avoir été maire de Belfort pendant plus ou moins 30 ans, c'est une charge, mais c'est d'abord un honneur. Belfort est devenue une ville universitaire. Le TGV, après 25 ans d'efforts, y arrive. Les fondements industriels ont été consolidés, et je n'y suis pas tout à fait pour rien. L'organisation territoriale a été modifiée. Nous avons répondu à la disparition de Bull par une stratégie : Technum. Il y a aujourd'hui, sur le site de Technum, autant d'emplois qu'il y en avait à l'époque de Bull et d'Alstom. Il a fallu intervenir constamment pour que le bateau reste à flot et continue d'avancer.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'avenir de la gauche</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> La vie politique procède par cycles de longue durée. La gauche reviendra quand elle se sera refondée intellectuellement, qu'elle aura pris la mesure du monde, qu'elle aura une nouvelle grille de lecture qui lui permettra de comprendre où elle se situe et où elle doit aller. J’œuvrerai pour ma part, dans les années qui me restent, à lui fournir ces clefs, à faire ce travailleur d'instituteur républicain, à montrer que la France reste un grand pays universaliste, qui peut tendre la main à tous, qui peut jouer un rôle pour construire une Europe européenne, peser dans le monde de demain entre les États-Unis et la Chine, défendre notre modèle social en le modernisant.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je préside la Fondation Res Publica, qui en est à son 85ème cahier - un immense travail de fond y est fait par les meilleurs experts, dans tous les domaines. Je traduirai aussi cette œuvre sous la forme des livres que je vais écrire. Il y aura certainement quelque chose que je ferai sur la théorie de la République, qui me paraît un peu oubliée, pour montrer la cohérence du concept, sur le récit national, qui doit être vrai et non falsifié, pour redonner à la France l'estime de soi qui lui manque tellement, et puis construire un programme de Salut public ! </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur les questions de sécurité</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Sauvageons et racaille, cela n'a rien à voir ! Sauvageons, c'est un arbre non-greffé. En utilisant ce terme, je pointais le défaut d'éducation. Racaille, c'est une expression choquante. J'ai tendance à penser qu'il faut toujours offrir une voie de rédemption. Je suis toujours pour des réactions très proportionnées. Sauvageon, ça n'a peut-être pas été compris, beaucoup ont été choqués car ils ont entendu « sauvage », mais ils ont fait des progrès en Français, puisque je leur ai expliqué ce que ça voulait dire !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y avait une très mauvaise conception de la sécurité à gauche. On se mettait toujours à la place des victimes, on était dans la culture de l'excuse. Tout cela faisait sûrement honneur au cœur tendre de ceux qui exprimaient cette vision, mais la réalité c'est qu'il y a une délinquance qu'il faut combattre. La sécurité est quand même l'un des premiers droits de l'homme et du citoyen.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur ces questions, il y a en fait une double démagogie : un angélisme de gauche, et une démagogie de droite, un catastrophisme qui ne paraît pas non plus très raisonnable. Il y avait 1000 personnes qui étaient tuées chaque année quand j'étais ministre de l'Intérieur, aujourd'hui c'est 600. On ne dit jamais les choses qui vont mieux. Quant aux chiffres... les policiers étaient astreints à en produire sous Sarkozy. Ils ne faisaient plus la police, ils remplissaient des formulaires pour faire les statistiques !       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur de Gaulle, Mitterrand et Chirac</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai eu l'occasion de déjeuner avec le Président Chirac, qui m'a dit : « <span style="font-style:italic">Il y a deux grands présidents, de Gaulle et Mitterrand. Moi je me sens plutôt mitterrandiste</span> ». J'ai failli lui répondre, et je le fais devant vous, que moi je me sens plutôt gaulliste, car je sais ce que la France doit au général de Gaulle. Il n'y a pas d'équivalent à l'effondrement de 1940 dans notre histoire, et si la France continue, c'est grâce à de Gaulle. De Gaulle a aussi su trancher le nœud gordien de l'Algérie. Il fallait que l'Algérie soit indépendante.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'admire de Gaulle comme étant le plus grand homme d’État français du XXe siècle. J'admire aussi François Mitterrand mais pour d'autres raisons. Et surtout, je suis attaché à l'homme qu'était François Mitterrand, plus qu'à ses choix politiques d'ailleurs, avec lesquels je me suis dissocié, de son temps.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'état de la gauche à Belfort</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Le candidat que j'avais installé dans le fauteuil du maire de Belfort a changé de parti après sa défaite aux législatives. C'était un choix malheureux pour lui-même. Je me suis senti blessé dans la fidélité à ce qu'était nos idées communes. C'était une question de dignité et d'intérêt. Il avait une chance d'être réélu, en restant au MRC. Il a fait le choix inverse, il a divisé son camp, et il porte lui, et ceux qui l'ont débauché, la responsabilité de cette échec.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Mais je vous l'ai dit, je suis optimiste pour le long terme. La vague va et vient, et elle reviendra. La gauche refondée, républicaine, reviendra à Belfort.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">FC Sochaux ou Eurockéennes ?</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'étais plutôt footballeur, j'étais ailier, mais il y a très longtemps.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour ce qui est du rock, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. La création des Eurockéennes doit tout à Christian Proust.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il m'arrive d'aller au stade voir Sochaux ou au Stade de France.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai quand même organisé, comme ministre de l'Intérieur, la Coupe du Monde de 1998 : croyez-moi, ce n'était pas de la tarte !        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'association France-Algérie</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis Président de l'association France-Algérie. J'irai la semaine prochaine 4 jours en Algérie. Je suis très attaché à préserver le continuum entre ces deux pays. Il s'est passé beaucoup de choses entre la France et l'Algérie. J'essaye de maintenir des liens entre les sociétés civiles : un prix de cinéma, un prix littéraire... </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-une-histoire-politique_a1664.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Une ingérence inacceptable</title>
   <pubDate>Wed, 23 Jul 2014 11:54:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
        <div>
      Les déclarations de Monsieur Cameron et du Département d’Etat américain concernant les Mistrals français constituent une ingérence grossière et inacceptable dans les affaires de la France. Que valent les accords de Lancaster House dès lors qu’un partenaire s’autorise de telles pratiques ?       <br />
              <br />
       La résiliation du contrat concernant la vente de deux coques non armées à la Russie porterait un grave coup à la signature internationale de la France. C’est peut-être là le but recherché : mettre nos industries de défense en difficulté sur les marchés très concurrentiels à l’exportation.       <br />
              <br />
       La priorité est encore une fois d’y voir clair dans l’origine du crash et surtout d’amener l’Ukraine à la table des négociations pour faire place à ses citoyens de l’est russophone.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Une-ingerence-inacceptable_a1650.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>L'avenir de la dissuasion au XXIe siècle</title>
   <pubDate>Thu, 05 Jun 2014 16:04:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement devant la Direction des Applications militaires (CEA) à Bruyères-le-Châtel, mercredi 4 juin 2014.     <div>
      Vous m’avez demandé de m’exprimer sur l’avenir de notre dissuasion nucléaire au XXIe siècle. A Bruyères-le-Châtel, je parle devant des experts. C’est donc que vous attendez de moi que je m’exprime en politique.        <br />
              <br />
       J’avais vingt ans quand le général de Gaulle a prononcé à l’Ecole militaire son célèbre discours sur la dissuasion tous azimuts. J’ai tout de suite compris ce que cela voulait dire : quelle que soit la configuration géopolitique, la France devait être capable d’assurer par elle-même sa défense. Ce qui était vrai au XXe siècle le demeure au XXIe. Le général de Gaulle exprimait une vue d’homme d’Etat. Bien sûr, il y avait la guerre froide et la France, sans renier ses alliances, et d’abord celle qui la liait depuis si longtemps aux Etats-Unis devait quand même éviter que son territoire ne soit à nouveau ravagé. De là découlait le refus de la « doctrine MacNamara », dite de « riposte graduée, » qui était, certes, rationnelle du point de vue des Etats-Unis, mais pas du point de vue de la France. Notre dissuasion serait donc stratégique, seul un intérêt vital pouvant entraîner non son exercice, mais le déclenchement du feu nucléaire.       <br />
              <br />
       Celui-ci n’a été employé qu’une seule fois, il y a près de soixante-dix ans, à Hiroshima et à Nagasaki. Depuis lors, l’arme nucléaire a gelé les conflits, ou les a contenus en-dessous d’un certain seuil (guerres de Corée et d’Indochine notamment).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Dans les conflits les opposant, les dirigeants politiques des grandes puissances nucléarisées ne peuvent plus commettre une erreur d’appréciation aussi colossale que celle qui fut faite en 1914 par les dirigeants de l’Allemagne impériale quand ils décidèrent une guerre préventive dont ils pensaient qu’elle serait courte, grâce à l’application du plan Schlieffen et à la mise hors de combat de la France en six semaines. Les responsables du Second Reich mesuraient sans doute les ravages potentiels de l’artillerie mais ils n’ont pas du tout envisagé l’hypothèse d’un conflit qui durerait plus de quatre ans.        <br />
              <br />
       Aujourd'hui la puissance destructrice de l’arme nucléaire interdit le renouvellement d’une telle erreur d’appréciation. L’arme nucléaire est donc le moyen pour la France de se tenir à l’écart d’un conflit entre grandes puissances où ses intérêts fondamentaux ne seraient pas engagés. Dans le monde du XXIe siècle, dont le centre de gravité a basculé vers le Pacifique, il n’y a donc aucune automaticité à ce que la France soit entraînée dans un conflit dont les origines, les tenants et aboutissants et les circonstances par définition évolutives nous échapperaient largement.  Cela ne signifie nullement que nous nous désintéressions des enjeux propres à cette région. Simplement, la disposition d’une défense indépendante doit nous permettre d’échapper à l’engrenage des alliances et de ne pas nous laisser entraîner dans des actions que nous n’aurions pas décidées.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – Combattre la tentation du renoncement</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A) L’esprit de facilité</span>       <br />
              <br />
       La remise en cause de la dissuasion dans l’opinion, après la fin de la guerre froide, peut être favorisée par les déclarations de deux anciens Premier ministres, l’un de gauche, l’autre de droite, selon la terminologie consacrée qui occulte le fait qu’en maints domaines, les uns et les autres en sont venus à penser à peu près la même chose, pour le meilleur pourrait-on croire, mais souvent aussi pour le pire, l’esprit de facilité par exemple. Ajoutons-y un ancien ministre de la Défense qui vient d’y consacrer un livre, des officiers généraux ou supérieurs, et même un expert nucléaire de renom.        <br />
              <br />
       Tout cela s’appuie sur une opinion publique où l’idée nationale n’est plus comprise et que tente le pacifisme. Je dis « n’est plus comprise » parce que le Front National lui-même est plus un symptôme de la crise de l’idée républicaine de la nation – communauté de citoyens – qu’un remède à cette crise. C’est d’en haut, avec une solide armature de principes, que tout cela, un jour, devra être repris.       <br />
              <br />
       Certes les institutions de la Vème République contrarient ce mouvement et permettent de « tenir », tant que subsiste dans l’esprit public et chez un noyau de responsables politiques un esprit de veille qui mérite d’être entretenu. Constatons cependant que le gaullisme s’efface avec le temps et qu’à gauche l’esprit républicain qui, au tournant des années 1980, avait contenu la dérive libertaire et pacifiste pour réaffirmer la pertinence de la doctrine de la dissuasion, peut être battu en brèche par des initiatives saugrenues. Pour les uns, la France devrait, dans une démarche véritablement sacrificielle, encore une fois donner l’exemple du désarmement nucléaire, alors que nous avons réduit le nombre de nos têtes de plus de moitié depuis 1991 (de plus de 600 à moins de 300), renoncé à la composante terrestre de la dissuasion et que nous sommes la seule puissance nucléaire à avoir fermé ses sites d’essais et ses usines de production de matières fissiles à usage militaire. Pour d’autres, il faudrait « européaniser » la force de dissuasion, alors qu’aucun pays européen ne le réclame et que les invocations à la Défense européenne restent généralement lettre morte. Seule la décision de la France d’étendre la protection de sa dissuasion à tel ou tel de ses voisins, dans des circonstances données, peut avoir un sens. Cette dérive de l’esprit public peut être combattue. Je m’y emploie pour ce qui me concerne, y compris en reprenant certaines des propositions de la Commission Evans et en m’appuyant sur le concept de « stricte suffisance » afin de montrer, comme je l’ai fait dans un <a class="link" href="http://www.senat.fr/rap/r09-332/r09-332.html">rapport sénatorial</a> d’avril 2010 « <span style="font-style:italic">Désarmement, non prolifération nucléaire et sécurité de la France</span> », à la veille de la dernière conférence d’examen du TNP, que pour la France, le  moment n’est pas venu de baisser la garde.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B) le prétexte des « économies »</span>       <br />
              <br />
       Il est difficile de ne pas voir le risque, pour la pérennité de notre dissuasion, de la lente désindustrialisation de la France avec ses effets sur nos finances publiques et par conséquent sur le budget de la Défense. Cette désindustrialisation de la France, continue depuis près de quatre décennies, a des causes anciennes et profondes qu’on résume un peu vite par le mot « mondialisation ». Celle-ci, selon moi, n’impliquait nullement que la France se défît de ses capacités d’Etat-stratège. Or, c’est ce qui s’est passé au prétexte illusoire de retrouver cette capacité au niveau européen. Il n’en a rien été, car il n’y a ni politique commerciale, ni politique industrielle, ni politique d’armement ni politique extérieure ou de défense au niveau européen. L’euro est une monnaie surévaluée pour la France, même s’il ne l’est pas pour l’Allemagne, étant donné la position respective des deux pays dans la division internationale du travail. L’Allemagne depuis des décennies, sinon davantage – le premier décrochage industriel français remonte à la fin du XIXe siècle - , maîtrise les segments « haut de gamme » de l’industrie alors que nos entreprises se sont trop souvent cantonnées – à l’exception de l’aéronautique – dans le « moyen de gamme ». Et l’érosion de leurs marges financières ne leur permet guère de remonter le courant. L’inconscience ou le laisser-aller ne font pas une politique car ils conduisent inexorablement au déclassement militaire et politique. Sans préjudice de réformes intérieures et d’un effort collectif indispensables, la révision de notre politique européenne s’impose comme une nécessité nationale.       <br />
              <br />
       Le vrai dilemme pour la France est de choisir entre une redéfinition du projet européen s’appuyant sur les nations qui veulent exister ensemble au XXIe siècle et la poursuite de la construction européenne sur les bases actuelles, qui la vouent, à terme, à la dilution dans une Europe otanisée et mondialisée. La vogue, momentanée sans doute, de l’idéologie occidentaliste ne correspond selon moi ni à l’intérêt de la France ni à celui d’une Europe qui existerait par elle-même, ce qu’avait bien vu, en son temps, le général de  Gaulle, et qui est beaucoup plus vrai encore aujourd’hui, maintenant que l’URSS a disparu.       <br />
              <br />
       En tout état de cause, la France doit pouvoir consacrer 0,2 % de son PNB à la dissuasion. Ainsi, la France se doit-elle de veiller à la préservation à très long terme de son outil nucléaire et en particulier le lancement de la troisième génération de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.       <br />
              <br />
        Ainsi, le discours du Président Obama, à Prague, en 2009, apparaît-il aujourd’hui comme daté. Les orientations prises à la Conférence d’examen du TNP n’ont guère été suivies d’effets. Le Pakistan a rejeté l’idée d’un traité d’interdiction de la fabrication de matières fissiles à usage militaire et les pays d’Asie du Sud et de l’Est n’ont pas manifesté d’enthousiasme pour un moratoire de production. Les Etats-Unis n’ont pas ratifié le TICE. Le traité New Start a été conclu mais n’a pas eu à ce jour de successeur. Environ 1 500 têtes nucléaires stratégiques russes et américaines restent déployées. Des milliers d’engins dits « tactiques » restent disponibles en Russie et aux Etats-Unis. La crise ukrainienne a mis en valeur les risques inhérents à la fragilité de l’espace post-soviétique. Aucune zone dénucléarisée n’a vu le jour au Moyen-Orient. La Corée du Nord reste une menace pour la stabilité en Asie de l’Est et partout dans le monde, par les trafics nucléaires qu’elle alimente. Ainsi la perspective d’un « monde sans armes nucléaires », évoqué par le Président Obama en 2009, est renvoyée à un horizon lointain.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Le développement actuel des arsenaux nucléaires</b>       <br />
              <br />
       La prochaine conférence d’examen du TNP, prévue en 2015, risque d’être difficile. Quel est en effet le tableau des arsenaux nucléaires des puissances « dotées » ?       <br />
              <br />
       Les Etats-Unis disposent de 14 SNLE. Les Russes ont programmé 8 SNLE de la classe Boréi et 12 SNLA de la classe Yasen, mis en œuvre à partir de la base de Ribachy, au Sud-Est du Kamchatka.  La Chine, dans une doctrine proche de la notion de « suffisance », s’équipe de cinq sous-marins lanceurs d’engins de type Jin qui commenceront bientôt leurs premières patrouilles, et de SNA de type Shang, acoustiquement discrets. La Chine dispose de missiles intercontinentaux en silos. Elle s’attache à développer des versions mobiles et surtout navales, le JL2 qui équipera les Jin. Ceux-ci opèreront à partir d’une base sous-marine enterrée au Sud de l’île de Hainan.       <br />
              <br />
       L’Inde qui n’a pas signé le TNP, construit un premier sous-marin de type Arihant. Elle développe également des missiles stratégiques sous-marins. Dans trois décennies, elle sera à son tour une puissance nucléaire majeure.  N’oublions pas enfin le Pakistan et Israël qui n’ont pas signé le TNP et quelques pays candidats non avoués à la prolifération. Il va de soi que, quelques soient les justifications avancées, l’annexion par la Russie de la Crimée, historiquement russe, mais juridiquement ukrainienne au regard du droit international depuis 1991, a mis en valeur la portée limitée de garanties de sécurité apportées par les grandes puissances nucléaires aux pays non nucléaires comme l’Ukraine.       <br />
              <br />
       Dans ce contexte, le maintien par la France d’une dissuasion nucléaire composée de quatre SNLE (comme la Grande-Bretagne) assurant ainsi la permanence à la mer,  apparaît comme une nécessité.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Tableau des « menaces »</b>       <br />
              <br />
       Le pivotement des Etats-Unis vers l’Asie et leur retrait des pays musulmans où ils s’étaient aventurés au lendemain du 11 septembre 2001, n’indiquent pas seulement où sont leurs priorités stratégiques. Ils situent clairement l’Asie comme potentielle « zone des tempêtes » à venir. En fait, nous assistons à une profonde révision de la doctrine d’intervention américaine dont témoigne le discours du Président Obama à West-Point.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A)</span> L’Europe et la France se trouvent confrontées à des défis de sécurité accrus en provenance du Proche et Moyen-Orient et de l’Afrique dont la population en 2050 avoisinera les 2 milliards d’hommes. Le défi de l’islamisme radical peut prendre des formes nouvelles, par exemple la prise du pouvoir dans un grand Etat, sur le modèle de l’Iran. L’accès d’un tel pays à des armes de destruction massive rend nécessaire le maintien d’une dissuasion adaptée à la destruction de certains objectifs politiques ou militaires.       <br />
              <br />
       Quelles qu’en soient les formes (et celles-ci peuvent être diverses), les menaces, y compris de moindre intensité (terrorisme – piraterie), en provenance de cette vaste zone d’instabilité sont certainement les plus préoccupantes non seulement pour notre sécurité et celle de l’Europe mais aussi pour celle des pays en cause, inséparable de leur développement. Notre présence en Afrique est au service des Africains. Toute intervention nécessite l’aval de l’ONU et de l’Union africaine. Ces menaces n’excluent pas que surviennent, par ailleurs, des « surprises stratégiques », comme cela semble avoir été le cas pour certains, avec les révolutions arabes ou la crise ukrainienne.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B)</span> La question de la Russie ne peut être éludée ni par les Européens ni par la France. La crise ukrainienne aurait pu être évitée si un consensus s’était établi depuis la fin de l’URSS sur l’idée que l’Ukraine devait être conçue comme un pont entre l’Europe et la Russie. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. L’implosion de l’URSS a été suivie d’une phase de transition chaotique vers l’économie de marché. La privatisation des moyens de production, antérieurement collectivisés, a fait surgir une nouvelle classe d’oligarques. La régression économique (le PNB russe a chuté de 60 % dans les années 1990) qui s’en est suivie, a entraîné une paupérisation de la population qui n’a été enrayée qu’à partir des années 2000, en Russie d’ailleurs plus qu’en Ukraine, la Russie disposant de ressources énergétiques considérables et ayant retrouvé une certaine forme de stabilité, contrairement à l’Ukraine, enjeu d’affrontements géopolitiques et de luttes internes.        <br />
              <br />
       L’Ukraine a toujours été un champ de bataille entre Russes, Mongols, Turcs, Polonais, Lituaniens, Hongrois, Autrichiens, Allemands, etc. Elle constitue aujourd’hui un enjeu géopolitique du point de vue des Anglo-Saxons notamment. Son hétérogénéité manifeste impliquerait une régionalisation assez poussée. Le peuple ukrainien aspire certainement aux normes de vie occidentales, tout comme le peuple russe d’ailleurs. La différence principale entre la Russie et l’Ukraine est que l’une est depuis très longtemps un Etat et qu’elle a entrepris assez vite, après le passage à vide des années 1990, de le rétablir, alors que l’autre, dont l’indépendance n’a que vingt-deux ans, se débat depuis lors dans un système de factions antagonistes plus ou moins instrumentées de l’extérieur et dominées par ses oligarques. L’Ukraine a besoin d’être stabilisée. Elle a d’abord besoin d’un Etat. Sa situation économique requiert ensuite d’être assainie. Plutôt que d’en faire le lieu de l’affrontement de deux projets géopolitiques assez peu réalistes, d’une part la continuation de l’extension de l’Union européennes vers l’Est, d’autre part la création d’une Union économique eurasiatique autour de la Russie, mieux aurait valu et vaudrait encore harmoniser le partenariat stratégique UE-Russie et le partenariat oriental qui comprend d’abord l’Ukraine, pour bâtir entre l’UE , l’Ukraine et la Russie un vaste espace de libre-circulation allant de l’Atlantique au Pacifique. Il aurait fallu pour cela rompre avec la logique et la mentalité de blocs qui correspondait à l’opposition de deux types d’organisation économique, sociale et politique antagonistes comme aux temps de la guerre froide. Or, cette situation a cessé d’exister. Au lieu de penser une Ukraine neutre entre l’OTAN et la Russie, on a assisté à une tentative d’élargissement de l’OTAN qui a été provisoirement stoppée en 2006, mais dont le projet n’a jamais été véritablement abandonné par les Etats-Unis, ceux-ci répondant aux vœux de la plupart des anciens PECO’s. Cette extension est évidemment ressentie comme une menace par la Russie, avec notamment l’installation d’un bouclier antimissile balistique.       <br />
              <br />
       Les Etats-Unis ont toujours souhaité soustraire l’Ukraine à l’influence de la Russie. Les écrits de Z. Breszinski  datant de 1998, sont clairs à ce sujet : sans l’Ukraine, la Russie ne peut redevenir un Empire. Il est frappant de constater que l’évolution du contexte géostratégique et la montée de la Chine ont amené Z. Breszinski à mettre de l’eau dans son vin : comme H. Kissinger, il avance aujourd’hui l’hypothèse d’une « finlandisation » de l’Ukraine.        <br />
              <br />
       De son côté, l’Union européenne a maintenu vis-à-vis de l’Ukraine une politique ambiguë quant à la finalité ultime de son partenariat : simple association, ou adhésion, comme le Commissaire européen Olli Rehn le laissait encore entendre, en février 2014. L’annexion de la Crimée par la Russie en réponse à la destitution, à coup sûr inconstitutionnelle, du Président Yanoukovitch, s’est voulue  la réponse du berger à la bergère. A coup sûr contraire aux traités et au droit international, cette annexion, quelles que soient les justifications avancées par Moscou (la volonté des intéressés essentiellement), pose problème pour la stabilité future des relations entre la Russie et ses voisins occidentaux.  La Russie a certes donné des assurances assez claires de sa volonté de trouver une issue pacifique à la crise ukrainienne dès lors que seraient réunies certaines conditions quant à la régionalisation et à la neutralisation de l’Ukraine.       <br />
              <br />
       Les Etats-Unis souhaitent-ils véritablement cette normalisation et le nouveau Président ukrainien, M. Porochenko, est-il prêt à entériner de facto la perte de la souveraineté ukrainienne sur la Crimée ? A défaut et en l’absence d’un véritable dialogue entre Kiev et les régions russophones de l’Est, le bras de fer peut se prolonger, au risque d’allumer en Ukraine une véritable guerre civile, sur le modèle yougoslave. Ce n’est certes ni l’intérêt de l’Ukraine, ni celui de la Russie ni celui de l ‘Europe.  Une solution pacifique est probable car la Russie, pour des raisons économiques, souhaite trouver un compromis. Le projet de V. Poutine est un projet national plus qu’impérial. Il vise à faire de la Russie un grand pays moderne et respecté. On ne cite jamais son propos : « Celui qui ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur. Celui qui veut la restaurer n’a pas de tête. » Il reste à la Russie l’arme gazière vis-à-vis de l’Ukraine, mais vis-à-vis de l’Europe celui-ci est à double tranchant. Le retournement vers l’Asie n’est pas une politique : la consommation de gaz par la Chine (38 milliards de m3 par an, selon le contrat récemment signé à Pékin) ne se compare pas au débouché européen (150 milliards de m3 par an).  Tout le monde a intérêt au compromis. Même les Etats-Unis qui ont besoin et auront encore plus besoin, dans l’avenir, de la Russie.       <br />
              <br />
       Si un accord intervient dans le prolongement de celui conclu à Genève le 17 avril, n’en restera pas moins le soupçon de l’utilisation possible par la Russie d’un rapport de forces militaire qui est à son avantage pour trois raisons : la proximité géographique, un armement nucléaire dissuasif vis-à-vis des Etats-Unis et la diminution de l’effort de défense européen. Déjà les voix ne manquent pas - je pense à M. Etienne de Durand dans une communication à l’IFRI - pour réclamer une mise à niveau des armements conventionnels des pays européens membres de l’OTAN.         <br />
              <br />
       La bonne réponse à la crise ukrainienne est certainement un traité garantissant la neutralité de l’Ukraine. Mais chacun sait que les traités ne valent que ce que valent les rapports de forces qui les sous-tendent. L’actualisation du traité de limitation des armements conventionnels (FCE) conclu en 1990 s’impose à l’évidence bien que l’immensité territoriale de la Russie doive conduire à une régionalisation des plafonds autorisés. Les pays européens membres de l’OTAN, à l’exception de la France et de la Grande-Bretagne, s’en sont remis aux Etats-Unis du soin d’assurer leur protection en dernier ressort, à travers les armes nucléaires dont ceux-ci sont les seuls à disposer. On mesure, quatre ans après, la légèreté avec laquelle certains pays européens ont demandé, en 2010, le retrait de leur territoire des armes nucléaires tactiques qu’ils cogéraient, selon le système de la double clé, avec les Américains. Cette demande n’a d’ailleurs jamais eu qu’une portée symbolique, l’équilibre réel s’établissant au niveau des forces aéronavales dotées d’armes nucléaires dont disposent les Etats-Unis sur le théâtre européen.       <br />
              <br />
              <br />
       Il faut attendre aujourd’hui que la crise ukrainienne se décante. Je suis de ceux qui pensent qu’une solution pacifique est non seulement possible mais souhaitable. Le culte de l’instantanéité et la subordination de la politique à la communication ne doivent pas entraîner à remettre en cause précipitamment les fondamentaux du « partenariat  stratégique » tissé entre l’UE et la Russie depuis la fin de la guerre froide.       <br />
              <br />
       L’Europe ne sera pas l’Europe sans la Russie. Les complémentarités sont trop évidentes, en matière énergétique ou industrielle. Simplement un tel projet implique un équilibre de sécurité. Il n’est pas nécessaire de ranimer un esprit de guerre froide mais simplement d’établir, au plus bas niveau possible, un équilibre stable. Les budgets de défense des trois plus grands pays de l’UE sont très largement supérieurs aujourd’hui à celui de la Russie. Il n’y a donc pas de raison de se lancer dans une nouvelle course aux armements conventionnels de surcroît modernisés. Ce sont les doctrines et peut-être la préparation opérationnelle qui peuvent et doivent évoluer.       <br />
              <br />
       Quant à l’équilibre nucléaire, il restera longtemps assuré en dernier ressort par les Etats-Unis et par les contributions à l’Alliance des armes françaises et britanniques, tant du moins qu’une volonté de défense proprement européenne n’aura pas pris corps.       <br />
              <br />
       La crise ukrainienne comporte des leçons qu’il vaut mieux tirer à froid et de préférence collectivement, y compris avec la Russie.        <br />
              <br />
       La France, quant à elle, y trouvera certainement une raison supplémentaire de maintenir sa dissuasion, dont la vocation est par définition défensive et stabilisatrice.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>IV – Perspectives</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A) Politique d’abord !</span>       <br />
              <br />
       Les vraies questions sont celles qu’a posées l’Amiral Rogel devant la Commission de la Défense de l’Assemblée Nationale le 16 avril 2014 : « La France veut-elle rester une puissance mondiale, c’est-à-dire dont les responsabilités se situent à l’échelle mondiale, et sur laquelle on ne peut faire peser aucune forme de chantage ? La France veut-elle avoir une voix indépendante, c’est-à-dire ne dépendant de personne, pour défendre ses intérêts vitaux ou protéger ses intérêts et ses valeurs ? » Il pose une troisième question : « Jusqu’à quel niveau ne pas descendre dans la stricte suffisance pour que la dissuasion reste crédible ? »       <br />
              <br />
       J’ai déjà largement répondu aux deux premières questions : la France veut-elle se diluer dans un magma soi-disant européen mais dans les faits « européiste » et « occidentaliste », c’est-à-dire inféodé ? Ou bien veut-elle prendre les moyens d’une Europe réellement « européenne », certes alliée des Etats-Unis, mais capable de faire entendre, le cas échéant, une voix indépendante ? Là est la question de fond. Elle est fondamentalement politique. Seul le peuple français peut dire s’il veut, comme peuple, continuer d’exister ou, au contraire, se dissoudre.       <br />
              <br />
       Pour moi la réponse est claire : c’est l’intérêt du monde et celui, bien compris, de l’Europe, que la France reste une grande puissance politique, capable de faire entendre une voix distincte.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B) Pertinence de la dissuasion</span>       <br />
              <br />
       La défense antimissile n’est pas un substitut à la dissuasion sauf peut-être au plan financier : on ne pourrait en effet développer la première au niveau du territoire sans compromettre le maintien de la seconde. Seule d’ailleurs peut se justifier une défense de théâtre. Mais cela n’a rien à voir avec la dissuasion.        <br />
              <br />
       Rien par ailleurs ne laisse supposer que l’indétectabilité de nos SNLE puisse être mise en cause. Les autres puissances ne développeraient pas leurs forces sous-marines  si elles ne partageaient pas la même appréciation. Si ce risque venait à apparaître, la seule réponse serait la diversification des composantes et leur dispersion.       <br />
              <br />
       S’agissant de la doctrine, la dissuasion française s’est toujours voulue stratégique, même si depuis 2001 l’idée d’une dissuasion « adaptée » a pu faire son chemin. La stratégie anticité appartient à une autre époque. Le TNP a freiné la prolifération. Une perspective intéressante a été ouverte par la Commission Evans : il faudrait commencer par réduire l’arsenal des puissances surdotées (Russie et Etats-Unis). Cela risque de prendre du temps.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">C) La question financière</span>       <br />
              <br />
       La question financière ne se pose pas seulement au niveau de la dissuasion : 0,2 % du PNB. Elle concerne le niveau de notre effort de défense : 1,5 % du PIB est un plancher. Je me réjouis que le Président de la République ait confirmé que les crédits de la Défense, déjà très contraints, ne seraient pas concernés par le programme de 50 milliards d’économies annoncé et que les équilibres de la Loi de programmation militaire seraient ainsi respectés. Il serait raisonnable, dans le contexte européen et mondial actuel, de relever ce plancher à 2 %. A condition cependant de ne pas nous voir imposer nos choix de l’extérieur. La défense française doit être celle de la France. Nos intérêts sont autant en Méditerranée, au Moyen-Orient et en Afrique qu’en Europe de l’Est. Il n’est pas, selon moi, conforme à l’intérêt de la France d’aller provoquer la Russie en étendant l’OTAN jusqu’à ses frontières. Nous devons nous faire de la Russie une alliée et ne pas la maintenir dans une position d’adversaire qui ne correspond plus aux données du monde actuel.       <br />
              <br />
       L’URSS a disparu. La Russie s’est intégrée à l’économie de marché mondiale, même si son capitalisme n’est pas le capitalisme à l’anglo-saxonne. Mais nous devons nous faire à cette idée qu’il existe plusieurs formes de capitalismes, pas forcément réductibles au capitalisme financier américain. Nous devons intégrer la présence d’une Russie forte, qui n’a rien à voir avec le projet d’une URSS reconstituée, à l’ordre mondial de demain. Bien entendu cela a des conséquences sur notre posture de sécurité, mais là n’et pas la principale menace pour la France et pour l’Europe. Il faudrait apprendre à dépasser une certaine myopie née de la routine plus que de la réflexion prospective. Peut-être aussi faudrait-il surmonter une plus ancienne russophobie qui, en France, remonte au marquis de Custine. Celui-ci écrivait en 1839 « La Sibérie commence à la Vistule ». Cette russophobie, purement idéologique, ne correspond pas aux intérêts de la France, comme deux guerres mondiales l’ont montré.       <br />
              <br />
       Le coût de la dissuasion – un peu plus de 3 milliards – s’accroîtra progressivement dans les années à venir, avec le développement de la troisième génération de sous-marins lanceurs d’engins et des missiles qui lui seront associés. Les études prospectives et les programmes de recherche et de technologie vont doubler d’ici 2020 mais leur montant est modeste, de l’ordre de quelques centaines de millions. Elles sont nécessaires pour préserver les compétences qui permettront de réaliser les rénovations au début des années 2020 (ASMP/A et M51) et les renouvellements à l’horizon 2030. Les compétences de la DGA, du CEA et des industriels du secteur (DCNS, Astrium ST, Herakles, MBDA, Roxel, Thales et Safran-Sagem) doivent être préservées pour la suite. D’ores et déjà les décisions ont été ou doivent être prises pour lancer les SNLE de troisième génération, définir l’architecture du successeur de l’ASMP/A et pour assurer les performances futures des transmissions nucléaires.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">D) Les retombées de la dissuasion</span>       <br />
              <br />
       La dissuasion tire vers le haut à la fois notre industrie et nos forces conventionnelles. Cela a été dit maintes fois mais mérite d’être répété. Les retombées, en fait, sont surtout politiques : abandonner la dissuasion serait accepter le déclassement de la France comme membre du P5 et se résigner à voir l’Europe devenir définitivement un enjeu des relations internationales. Notre siège de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies serait d’autant plus vivement contesté. Sans la dissuasion, notre capacité à nous engager résolument dans la gestion de crises touchant notre sécurité serait inévitablement et gravement affectée.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">E) Ne pas faire des économies de bout de chandelle</span>       <br />
              <br />
       L’abandon de la composante aérienne ou même d’un seul escadron ne procurerait qu’un gain financier minima – de 100 millions d’euros à quelques dizaines. La perte de capacité correspondante serait lourde, car la composante aérienne met en œuvre un missile supervéloce et invulnérable à la défense antimissile balistique. Quant à la force aéronavale nucléaire (FANU), sa valeur de démonstration gagnerait évidemment, si une permanence à la mer était assurée par le lancement d’un second porte-avions. Ce projet raisonnable ne saurait cependant prendre corps que dans le cadre d’un effort de défense porté à 2 % du PNB. Cet effort accru devrait bien sûr prendre en compte les besoins des autres armées, compte tenu de l’évolution du contexte géopolitique.       <br />
              <br />
       Bien entendu, la pérennité de la dissuasion implique aussi que soit poursuivi le programme « simulation » destiné à pallier la fermeture de notre site d’essais dans le Pacifique, et cela dans ses trois volets : calculateurs, tests hydrodynamiques dans l’installation Epure et laser Mégajoule. C’est là la responsabilité éminente de la Direction des Applications militaires à laquelle je souhaite dire ma haute estime.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Conclusion</b>       <br />
              <br />
       La dissuasion, en effet, ce sont aussi des hommes, remarquablement compétents, à la pointe des connaissances et de la recherche pour certains, manifestant tous, où qu’ils servent, un haut niveau de professionnalisme et même d’abnégation, au service de la France. Ils remplissent une mission d’exception et il faut qu’ils sentent que parmi les responsables politiques, mais tout autant dans les profondeurs de la nation, s’expriment à leur égard, souvent de façon trop discrète certes, gratitude et admiration.       <br />
              <br />
       Le Président de la République vient d’effectuer certains choix concernant le futur SNLE 3 G, qui embarquera des missiles M 51-3. Nous ne sommes pas aujourd’hui devant des choix qui seraient fatidiques mais si cette heure devait se rapprocher, il faudrait alors savoir dire « non », car la dissuasion, pour qui veut bien prendre le temps de la réflexion, c’est la France.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.chevenement.fr/L-avenir-de-la-dissuasion-au-XXIe-siecle_a1637.html</link>
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   <title>L'histoire nous crée un devoir d'humanité</title>
   <pubDate>Tue, 25 Feb 2014 21:07:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat dans le cadre du débat concernant la prolongation de l'intervention des forces armées en République centrafricaine, mardi 25 février 2014.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      La décision d’intervenir en République centrafricaine a sans doute été tardive, eu égard aux violences initialement perpétrées par la Seleka mais une intervention ne pouvait avoir lieu en dehors d’un mandat du Conseil de Sécurité des Nations-Unies.       <br />
              <br />
       On aurait pu espérer un retour au calme plus rapide par l’exercice de ce que certains ont appelé un « effet de sidération ». C’était compter sans le potentiel de haines mis en mouvement et sans les violences aveugles déchaînées par les milices « anti-balaka », abusivement décrites comme des milices « chrétiennes ». L’Afrique n’est plus ce qu’elle était : les autorités traditionnelles se sont effondrées. Aucun Etat digne de ce nom ne les a remplacées. L’usage des armes à feu s’est banalisé. La République Centrafricaine était déjà réputée être « la cendrillon de l’Afrique », selon un ouvrage de Louis Brustier ; Georges Conchon s’en inspirait en 1964 pour écrire l’« Etat sauvage » dans un ouvrage qui reçut alors le prix Goncourt. Les choses depuis lors ne se sont pas arrangées : la Centre Afrique a toujours été sous-administrée et mal gouvernée. Au point de déliquescence où les choses en étaient arrivées, notre intervention a-t-elle du moins évité des massacres de masse, comme le Ministre de la Défense l’a souligné devant la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées le 17 février dernier.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      1 600 hommes ont été envoyés, auxquels 400 ont été ajoutés pour répondre à l’appel du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban-Ki-Moon. A cela il faut bien sûr ajouter les contingents de la MICSA, 6000 hommes provenant des Etats frontaliers : Tchad – Cameroun – Congo-Brazzaville – République démocratique du Congo, ou voisins : Gabon – Guinée Equatoriale – Burrundi et Rwanda.        <br />
              <br />
       Le 20 janvier 2014, il a été décidé d’envoyer une force européenne de 500 hommes composée de soldats estoniens, lettons, géorgiens, polonais, portugais, roumains qui permettait au moins de relayer sur Bangui la force Sangaris. L’effectif total des forces engagées ne suffira pas à ramener la sécurité sur toute l’étendue d’un pays dont la superficie équivaut à celle de la France. La première priorité consiste à sécuriser la route qui rejoint Bangui à Douala pour permettre l’acheminement de vivres et ainsi enrayer la famine. La décision de mise en œuvre du programme alimentaire mondial (PAM) permettra-t-elle de l’éviter ?       <br />
              <br />
       Il paraît clair à ce stade que l’armée française n’est pas faite pour des missions d’interposition. Les effectifs disponibles ne le permettent pas et surtout nos forces armées ont été conçues pour remplir des missions d’intervention dont il est important qu’elles restent limitées dans le temps et non des missions d’interposition qui immobilisent des effectifs pendant des années. Nous risquons d’être pris dans un engrenage si une opération de maintien de la paix n’est pas promptement décidée et mise en œuvre par l’ONU.       <br />
       *       <br />
       Force nous est de constater, en RCA comme sur d’autres théâtres, la faiblesse de la solidarité internationale, financière d’abord, comme vous l’avez souligné Monsieur le Ministre, mais aussi politico-militaire. Il est frappant de constater que les pays européens qui ont annoncé un concours sont pour la plupart des pays périphériques. Aucun, à part le Portugal, n’appartient à l’Europe d’avant la chute du Mur. Cela fait réfléchir à ce qu’il faut attendre de la « défense européenne », thème si fréquemment mis en avant, y compris par le « Livre blanc ». Comment ne pas relever la sous-estimation frappante par nos partenaires européens des risques entraînés par le naufrage de certains Etats africains ? Ni l’Allemagne, ni la Grande-Bretagne, ni l’Italie, ni l’Espagne  ne se sentent véritablement concernés, si on en juge par la modestie, voire l’inexistence, de leur contribution. Or, l’Afrique aura doublé sa population en 2050 et l’Afrique sahélienne triplé. Aucun développement harmonieux ne pourra se produire si les conditions de sécurité qui permettent l’essor des activités économiques ne sont pas réunies.       <br />
              <br />
       Il paraît clair que les grands pays européens n’ont pas pris la mesure des risques de l’islamisme radical et du djihadisme armé pour l’Afrique mais aussi pour l’Europe, et pas davantage des risques humanitaires et migratoires induits. L’absence de développement ne peut que conduire à des formes de régression barbares dont nous avons eu un premier avant-goût avec l’application de la charia dans le domaine pénal dans le Nord du Mali, en 2012-2013.       <br />
              <br />
       C’est l’honneur de la France d’avoir pris conscience de ces dangers et d’avoir secouru le Mali, comme d’avoir pris les devants en République Centre-africaine, en anticipant une opération de maintien de la paix de l’ONU qu’il serait encore plus difficile de mettre en route, si la France n’avait pas manifesté sa réactivité.        <br />
              <br />
       C’est  pourquoi je vous apporte le soutien des sénateurs du groupe RDSE car l’Histoire a existé. Elle nous a liés, il y a plus d’un siècle, aux populations de l’Oubangui-Chari. Nous n’oublions pas que les territoires de l’Afrique Equatoriale française ont rallié la France Libre, dès le mois d’août 1940, sous l’impulsion du gouverneur Eboué et des colonels Leclerc et Larminat.        <br />
              <br />
       L’histoire a existé et par delà l’époque révolue de l’Union française et de la Communauté, elle nous crée encore des devoirs. Si la France n’avait pas envoyé ses soldats en avant-garde d’une mission d’interposition qui, encore une fois, incombe à l’ONU, quelle autre nation l’aurait fait ? Certes nous voyons bien les risques de l’engrenage, Monsieur le Ministre, mais nous devons aussi sous-peser les inconvénients, ceux de l’action et ceux de l’inaction, comme le Président de la République, votre collègue et vous-même l’avez fait. Dès lors qu’il existait un mandat de l’ONU, nous vous donnons raison d’avoir fait prévaloir les considérations d’humanité. Non que celles-ci ne soient pas quelquefois le paravent de desseins moins avouables. Mais, en l’occurrence, nous n’en voyons pas. Certes la RCA occupe en Afrique une position stratégique à la frontière de pays instables comme le Nigéria et le Nord du Cameroun menacés par Boka-Haram, ou bien à la frontière du Sud-Soudan dont la sécession d’avec le Soudan n’a pas eu que des résultats heureux. Nous le constatons dans ce pays plongé lui aussi dans le chaos.       <br />
              <br />
       C’est pourquoi nous approuvons le souci que vous avez manifesté, en accord avec l’Union Africaine et les Etats riverains, de refuser une partition entre l’Est de la RCA, principalement musulman, et le Sud animiste et chrétien.  Certes il faudra du temps pour construire un Etat centrafricain  et sans doute faudra-t-il envisager  une très forte décentralisation pour tenir compte de la diversité des territoires et de leur peuplement. Les mécanismes de l’aide internationale et leur territorialisation doivent être conçus de manière à tenir compte de l’hétérogénéité du pays. Cependant, dans l’immédiat, l’accent doit être mis sur les prérogatives régaliennes d’un Etat qui est à bâtir de fond en comble : lui donner une police, une armée, une justice, un système pénitentiaire. Lors du sommet franco africain du 7 décembre, le Président Hollande a évoqué la formation de 20 000 soldats africains par an, dans le cadre de l’Union africaine, j’imagine. Pouvez-vous nous dire où en est ce projet dont nous mesurons l’ambition et les moyens qu’il requiert ?  Car, comme vous l’avez dit vous-même : « Que faire des coupeurs de chemins et des brigands dès lors qu’ils auront été arrêtés et jugés, s’il n’y a pas de prison pour les mettre hors d’état de nuire ?       <br />
              <br />
       A plus long terme, pouvons-nous cependant imaginer une stabilisation de la région dans le seul cadre centrafricain ? La République centre-africaine se situe à la charnière entre les régions islamisées du Nord et les régions du Sud, animistes ou chrétiennes. Il est très important d’assurer la coexistence de ces populations. Seul un gouvernement d’union nationale peut le permettre. Faut-il beaucoup attendre des élections dans un pays dont une partie de la population n’est même pas inscrite sur les listes électorales ? N’y a-t-il pas lieu de mettre en place des commissions de réconciliation à l’image de celles qui ont été instituées en Afrique du Sud et au Rwanda ?       <br />
              <br />
       Certains en viennent à imaginer des regroupements régionaux inédits, allant du Cameroun au Kenya en passant par la République Centre-africaine et le Soudan du Sud, avec une façade sur l’Atlantique et une autre sur l’Océan indien. Il me semble qu’on ne doit rien exclure a priori. L’Afrique a son Histoire devant elle. Si le respect des frontières héritées de la période coloniale est sans doute sage dans l’immédiat, on ne doit pas écarter à l’avenir la perspective de regroupements régionaux plus vastes, à condition qu’ils soient voulus par les populations, concertés dans le cadre de l’Union africaine et de l’Organisation des Nations Unies et ratifiés par les peuples. La France ne doit pas se substituer à l’ONU. Son intervention au service de l’Afrique et des Africains ne peut être que provisoire. Il doit donc y avoir une date butoir à l’opération Sangaris : celle de la mise en place par l’ONU d’une opération de maintien de la paix. Le désengagement militaire est le terme normal de notre intervention, ce qui ne signifie nullement un désengagement sur le plan politique, administratif et financier. Quels que soient les qualités de nos soldats, il ne serait pas sain qu’ils se substituent durablement aux administrateurs et aux coopérants civils.       <br />
              <br />
       L’opération Sangaris entraînera un surcoût annuel de 200 millions d’euros, selon les déclarations que vous avez faites devant la Commission de la Défense et des Forces armées, essentiellement du fait des rémunérations et des dépenses de logistique. Mais nous connaissons la fragilité des équilibres définis par la loi de programmation militaire. Il est donc très important que celle-ci soit non seulement épargnée par les coupes budgétaires mais aussi réalisée dans tous ses aspects – je pense en particulier aux recettes exceptionnelles.        <br />
              <br />
       Au total, et malgré les réserves que j’ai exprimées au nom d’un nécessaire devoir de vigilance, les sénateurs du groupe RDSE approuveront, comme moi-même et à l’unanimité, la prolongation de l’opération Sangaris. Ils expriment par la même occasion l’affectueuse sollicitude de la nation aux hommes qui en ont la charge.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/L-histoire-nous-cree-un-devoir-d-humanite_a1597.html</link>
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   <title>"Le problème n'est pas de sortir de l'euro, c'est de se mettre d'accord avec l'Allemagne"</title>
   <pubDate>Mon, 06 Jan 2014 15:40:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était invité du Talk Orange - Le Figaro, lundi 6 janvier 2014. Il répondait aux questions de Yves Thréard.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Trois questions où l'interviewé doit répondre par « oui » ou « non »</span>       <br />
       <ul class="list"><li> <span style="font-style:italic">Manuel Valls a t-il raison de vouloir interdire les spectacles de Dieudonné ?</span> Non        
       </li></ul><ul class="list"><li> <span style="font-style:italic">François Hollande a t-il raison de vouloir procéder par ordonnances ?</span> Cela dépend des sujets.        
       </li></ul><ul class="list"><li> <span style="font-style:italic">Les vœux aux Français de François Hollande marquent-ils un tournant de sa politique économique ?</span> Non       <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut attendre de voir comment les orientations déjà affirmées mais très générales des vœux de François Hollande vont être concrétisées.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Hollande a déjà donné des orientations : le Traité budgétaire européen inscrit les finances publiques sur une certaine trajectoire de réduction des déficits.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On a parlé de baisse des impôts à terme : ça c'est nouveau. Je demande à voir où et comment ça va se traduire, et comment cela sera compensé.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense qu'il y a deux politiques qu'il faut sanctuariser : la défense et la politique familiale. La politique familiale est l'un des succès de la politique française depuis 1945. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> En 1983, le choix est fait d'accrocher le franc à un mark surévalué. Conséquence : désindustrialisation continue du pays depuis trente ans. Je l'avais prévu, j'en ai tiré les conséquences, j'ai quitté le gouvernement.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Évidemment l'euro est un handicap pour l'économie française aujourd'hui. C'est une monnaie surévaluée pour l'économie française. Elle ne l'est pas pour l'économie allemande qui a des créneaux de spécialisation haut de gamme, mais pour l'économie française, qui est très sensible à ce qu'on appelle l'élasticité prix, c'est à dire au niveau des prix, c'est une monnaie qui est trop chère.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'estime que, à travers une mutation de l'euro, on devrait arriver à une dévaluation moyenne de l'euro de 20% pour que l'Europe soit plus compétitive, et notamment les pays de l'Europe du sud, sans s'infliger des exercices de déflation interne extrêmement douloureux. Prenez l'Espagne : 27% de chômage, c'est intolérable ! Et 12,5% pour toute l'Europe !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le problème n'est pas de sortir de l'euro, c'est de se mettre d'accord avec l'Allemagne, qui elle-même ne veut pas de transferts. Elle l'a montré avec l'union bancaire, qui est un accord en trompe l’œil, un simulacre, un très petit accord. Vous appelez cela l'intégration solidaire ? Non, c'est une mystification.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On ne doit pas renoncer au cap de l'unité européenne. Je pense que les peuples y sont attachés, resserrer toujours plus leur union, c'est bien. La discussion porte sur les modalités. Est-ce qu'avec la monnaie unique, on n'a pas commis un énorme contresens, en juxtaposant des économies très hétérogènes ? La richesse se concentre en un pôle et la pauvreté en un autre.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut faire avec l'Allemagne un effort de réflexion, car les Allemands ne veulent pas compromettre leur compétitivité en procédant à des transferts qui seraient massifs, si on voulait aller vers l'union fédérale dont certains parlent avec légèreté.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe disciplinaire n'est pas tenable. Par conséquent il vaut mieux discuter à tête reposée avec nos amis allemands pour essayer de voir comment on peut corriger les erreurs qui ont été commises.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je vais rencontrer François Hollande prochainement. Je ne manquerai pas de lui montrer de nouveau les impasses dans lesquelles nous sommes engagés, et dont il faut bien sortir.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a un certain mérite à dire que l'on s'est trompé à un certain moment, que l'on doit revenir en arrière, pour prendre la bonne bifurcation, et on fait quelque chose qui sauvegarde le dessein européen, mais en s'appuyant sur des concepts solides, les nations, la démocratie, l'Europe européenne.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Si nous nous laissons aller pieds et poings liés à ce qui est en cours, je ne saurais qu'être pessimiste. Mais comme je pense que la France est une nation politique, et qu'elle le montrera, je pense aussi qu'elle a des capacités de sursaut.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il n'y a pas aujourd'hui de contestation argumentée de la part de la France, bien entendue, de la voie qui a été choisie à l'initiative de madame Merkel. L'évocation de la croissance est sympathique, mais cela ne s'est pas traduit dans la réalité.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Hollande doit aller au fond des choses, avoir une vraie discussion sur l'avenir à moyen et long terme de la construction européenne. Il faut remettre les choses au clair, jouer carte sur table. Sinon c'est le laminage industriel, social, politique de la France.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous ne pouvons pas l'accepter. Donc il faut parler franchement aux Allemands. Les Allemands ont besoin de la France aussi.        
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Le-probleme-n-est-pas-de-sortir-de-l-euro-c-est-de-se-mettre-d-accord-avec-l-Allemagne_a1576.html</link>
  </item>

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   <title>Ce contrat nous engage tous</title>
   <pubDate>Wed, 11 Dec 2013 00:24:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement, dans le cadre de la deuxième lecture du projet de loi de programmation militaire au Sénat, mardi 10 décembre 2013.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6127437-9150684.jpg?v=1386717719" alt="Ce contrat nous engage tous" title="Ce contrat nous engage tous" />
     </div>
     <div>
      Monsieur le Président, Monsieur le Ministre,       <br />
              <br />
       L’adoption par le Sénat en deuxième lecture de la loi de programmation militaire dans le texte issu des travaux de l’Assemblée Nationale, et utilement précisé à cette occasion, marquera la fin positive d’un long marathon que vous avez su mener à bien à partir de l’arbitrage initial du Président de la République assurant à nos armées une ressource totale de crédits de 190 milliards d’euros sur six ans.       <br />
              <br />
       Mon concours, et plus généralement celui des sénateurs RDSE, au nom desquels je m’exprime, ne vous manqueront pas plus à l’issue de la seconde lecture que de la première.        <br />
              <br />
       Comme l’a rappelé le Président de la CAEDFA du Sénat, M. Jean-Louis Carrère, dont je tiens à saluer le travail considérable et l’implication constante, l’Assemblée Nationale a approuvé la plupart des avancées introduites par le Sénat et notamment les clauses de sauvegarde permettant le respect de la trajectoire financière dessinée par la LPM. A l’initiative du gouvernement a été introduite une majoration potentielle éventuelle des recettes exceptionnelles, à hauteur de 500 millions d’euros, pour compenser les annulations de crédits de la fin de gestion 2013. En effet, le Ministère de la Défense a dû contribuer, à hauteur de 486 millions d’euros, à l’effort de réduction des déficits publics demandé à tous les ministères pour que l’Etat puisse tenir les engagements européens qu’il a pris en la matière. C’est à ce prix que la Commission européenne a accordé son satisfecit au budget 2014.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Par ailleurs, votre Ministère devra prendre en charge un dépassement de la masse salariale de 232 millions d’euros, dû pour les trois quarts aux dysfonctionnements du système Louvois. Je ne vous demanderai pas combien vous espérez récupérer du trop versé … Vous avez obtenu, Monsieur le Ministre,  le dégel de la plus grande partie des crédits liés à la réserve de précaution et la couverture par des crédits interministériels de l’intégralité du surcoût des OPEX, soit 1,26 milliard d’euros, dont 630 millions seulement avaient été budgétés.        <br />
              <br />
       Je mesure tout ce qu’il vous a fallu de ténacité pour obtenir ces résultats. Il n’en reste pas moins que vous héritez d’une « bosse » de près de 3 milliards d’euros en reports de charges pesant principalement sur le programme 146, c’est-à-dire sur les programmes d’équipement. Cette bosse, qui n’est pas de votre fait, puisque vous en avez hérité de la gestion précédente, n’en fait pas moins peser un lourd handicap de départ sur le respect de la trajectoire financière de la programmation, inévitablement exposée à de multiples aléas. Le surcoût réel des opérations extérieures dépassera inévitablement les 450 millions prévus par la loi de finances 2014, avec la prolongation de Serval qui mobilise encore au Mali 2000 hommes et le lancement en Centrafrique de l’opération Sangeris avec 1 600 hommes.       <br />
              <br />
       J’ajoute qu’il faudra financer la formation de 20 000 soldats africains par an à laquelle le Président de la République s’est engagé au sommet africain de Paris, le 6 décembre dernier.       <br />
              <br />
       Le Président de la République a annoncé que l’opération Sangeris serait courte. Il est plus facile cependant de prendre un billet aller qu’un billet de retour. Au Mali, le deuxième tour des élections législatives a lieu dimanche prochain, le 15 décembre. Le Mali est un pays indépendant. Son Président nous l’a rappelé très récemment. Il lui incombe donc de résoudre par lui-même le problème structurel qui est le sien depuis l’indépendance en 1960 et de le faire par le dialogue autant que possible, conformément aux accords de Ouagadougou. Pour ce qui concerne Serval, il paraîtrait raisonnable d’atteindre rapidement l’objectif de 1 000 hommes initialement prévu pour la fin de l’année. Les autorités maliennes savent que les groupes terroristes, pour être réduits, doivent être coupés de la population dont le soutien conditionne le retour à une paix durable. La formation de troupes africaines de maintien de l’ordre est donc un objectif essentiel et urgent, comme l’a déclaré le Président de la République. On n’imagine pas cependant que la Communauté internationale, l’ONU et l’Union européenne en particulier, puissent  se décharger de cette mission sur la France.       <br />
              <br />
              <br />
       Pour en revenir aux inévitables tensions qui pèsent d’ores et déjà sur l’exécution de votre budget 2014, il est nécessaire, Monsieur le Ministre, que vous obteniez de vos collègues des Finances et du Budget l’inscription, dans la prochaine loi de finances rectificative, des 500 millions de ressources exceptionnelles dont l’article 3 du projet de loi dit qu’elles peuvent être mobilisées pour sécuriser la programmation des opérations d’armement jusqu’à la clause de revoyure prévue en 2015. Cette activation rapide est d’autant plus nécessaire que la réalisation des recettes exceptionnelles prévues par la LPM peut prendre du temps, comme l’avait fait observer la Cour des Comptes dans un rapport de juillet 2012. J’ajoute que les ressources exceptionnelles pour les années 2014, 2015 et 2016, atteignent 4,8 milliards d’euros, soit 5,4 % des crédits consacrés à la Défense. Des décisions rapides peuvent être prises concernant l’ouverture du capital d’entreprises publiques qui ne se situent pas forcément dans le secteur de l’armement mais où la participation de l’Etat est très fortement majoritaire, sans préjudice donc pour l’indépendance nationale.       <br />
              <br />
       La contradiction entre nos engagements européens et le souci que vous avez réitéré de voir la France conserver en Europe une posture militaire de premier rang, implique en toute bonne logique que les dépenses consacrées à la défense viennent en déduction du déficit autorisé par les traités européens. Il me semble que cette demande devrait être effectuée officiellement par le Président de la République et par le gouvernement au Conseil européen. L’impotence stratégique de l’Europe n’est plus à démontrer. Seul un Etat comme la France ou la Grande-Bretagne a la vélocité qui lui permet d’intervenir militairement de façon efficace, dans le cadre des résolutions de l’ONU, bien entendu.       <br />
              <br />
       J’aimerais, pour conclure, Monsieur le Ministre, que vous puissiez nous confirmer les propos du Délégué général pour l’Armement devant notre Commission le 2 octobre 2013, s’agissant des perspectives de vente à l’exportation du Rafale et que vous nous précisiez où en est la coopération avec la Grande-Bretagne et d’autres partenaires européens, s’agissant de la construction d’une industrie européenne des drones.       <br />
              <br />
       Il serait paradoxal que le déclassement stratégique de la France apparaisse comme la résultante du choix européen fait il y a plus de deux décennies et maintenu depuis lors par les plus hautes autorités de l’Etat. Il serait peut-être temps de revoir non pas l’objectif mais les termes du contrat.       <br />
              <br />
       Sous cette modeste réserve qui m’est personnelle, j’approuve, comme l’ensemble des sénateurs du groupe RDSE, le projet de loi de programmation militaire avec les modifications introduites par l’Assemblée Nationale, qui ne changent pas la structure du texte sur lequel nous nous étions déjà prononcés le 21 octobre.       <br />
              <br />
       Ce contrat nous engage tous, car c’est de la survie de la France comme grande nation politique qu’il s’agit. Vous vous êtes battu pou y arriver mais nous avons encore à nous battre tous ensemble pour qu’il soit, jusqu’au bout, intégralement tenu.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Ce-contrat-nous-engage-tous_a1563.html</link>
  </item>

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   <title>"Je ne suis pas contre l'Europe, mais contre la manière de la faire"</title>
   <pubDate>Sun, 24 Nov 2013 13:16:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de "Salut les Terriens" sur Canal + samedi 23 novembre 2013. Il répondait aux questions de Thierry Ardisson.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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</object >
     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> Si j'avais dû démissionner à chaque fois que j'étais en désaccord, j'aurais démissionné souvent !        
       </li></ul><ul class="list"><li> La guerre de 1914 était en fait une guerre de trente ans, parce que les élites allemandes étaient les mêmes depuis le début du 2nd Reich, depuis Bismarck. L'alliance de l'aristocratie militaire et des propriétaires terriens de l'est, avec les industriels bourgeois de l'ouest, notamment de la Ruhr, a duré très longtemps.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les responsables allemands n'ont pas accepté la défaite de 1918, ils considéraient qu'ils n'avaient pas été vaincus, en tout cas pas sur leur sol, et que l'armistice était le résultat d'un coup de poignard dans le dos. Tout ceci n'était pas exact d'ailleurs...       
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous devons la paix après 1945 à la bombe H. L'Europe est détruite, il y a deux superpuissances qui peuvent s'anéantir mutuellement, donc c'est la paix. On a donné à l'Europe des prestiges qu'au fond elle n'a pas vraiment.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne suis pas contre l'Europe, c'est une bonne idée. Je suis contre la manière de la faire.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La transformation de l'euro monnaie unique en monnaie commune permettrait des ajustements monétaires, qui seraient infiniment moins douloureux que les déflations internes que l'on voit opérer en Grèce, en Espagne, et aussi, il faut le dire, en France, où nous avons comme perspective une stagnation économique à perte de vue.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Hollande sait où il va, mais ne veut pas le dire. Il a quelques circonstances atténuantes qu'il faudrait lui donner. Le Hollande <span style="font-style:italic">bashing</span>, comme me le disait l'autre jour un chef d'entreprise, ça va finir par devenir ennuyeux, car cela nous décrédibilise complètement, nous la France, nous les entreprises françaises aussi.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne pense pas que cela soit encore venu à l'esprit de Hollande de me nommer Premier ministre !</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/7becc4c5b5730ca793feb6d5b80b0cf8dabf688b" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Débat : « François Hollande peut-il connaître le destin des Bleus ? »</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Je ne partage pas ce pessimisme à perte de vue. Je pense que la France est un pays qui, comme de Gaulle disait,  va de déclins en renouveaux. La France a par ailleurs de nombreux atouts.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a de très bons ministres dont on ne parle pas du tout. Je vais prendre l'exemple de Le Drian, le ministre de la Défense. C'est un très bon ministre.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Dans l'état actuel médiatique, un ministre qui ne fait pas parler de lui, est un bon ministre.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pourquoi parler tant de Hollande aujourd'hui, comme de Sarkozy hier... Leurs caractéristiques personnelles, finalement, on s'en fiche. Ce qui compte, c'est le choix politique. C'est la vision. Or, sur ce plateau on parle d'essayer de réduire les déficits, mais je n'entends rien de très original par rapport à ce que disent les hommes politiques !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Moi je veux dire une chose : la monnaie ! La monnaie vous dis-je !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le peuple français est un bon peuple. On peut en tirer beaucoup de choses. Mais ce qu'il faut, c'est la vista.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Après tout, Louis XI n'était certainement pas plus charismatique que François Hollande !       <br />
              <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Je-ne-suis-pas-contre-l-Europe-mais-contre-la-maniere-de-la-faire_a1554.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>"François Hollande doit aller très loin dans la voie d'un véritable changement de politique"</title>
   <pubDate>Wed, 13 Nov 2013 22:05:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Radio Télévision Suisse, mardi 12 novembre 2013. Il répondait aux questions de Simon Matthey-Doret.      <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6045556-9018754.jpg?v=1384378368" alt=""François Hollande doit aller très loin dans la voie d'un véritable changement de politique"" title=""François Hollande doit aller très loin dans la voie d'un véritable changement de politique"" />
     </div>
     <div>
      L'entretien est podcasté sur le blog ci-dessus.        <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A propos du 11 novembre</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Les personnes qui ont hué le Président de la République le 11 novembre ont démontré leur incivisme. Le 11 novembre est un moment de recueillement. Il n'y a pas de place pour les hués.       
       </li></ul><ul class="list"><li> La Première Guerre mondiale a été le début d'une guerre de trente ans, qui ne s'est véritablement achevée qu'en 1945.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Critique des institutions européennes</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> La nation est le cadre de la démocratie. Elle est par conséquent le ressort du politique. Et je constate que si l'Europe a beaucoup déclinée au cours du siècle passé, ce n'est pas seulement du fait des deux guerres mondiales, mais aussi d'un mécanisme de décision totalement aboulique.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les institutions européennes nous privent de toute politique cohérente en matière commerciale, industrielle, monétaire. Nous avons une monnaie tout à fait surévaluée. Le citoyen se trouve dépourvu de toute prise sur les décisions que prennent la Commission européenne, la Banque centrale, etc. Nous sommes en pilotage automatique.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les marges de manœuvre des gouvernements se sont tellement réduites qu'ils ne peuvent plus rien faire, sinon peut-être faire la guerre. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur les négociations pour le marché transatlantique</span>       <br />
       <ul class="list"><li> La France a imposé la prise en compte de l'exception culturelle dans les négociations transatlantiques. Mais aussitôt M. Barroso a déclaré que cette position était réactionnaire. Nous sommes aux mains d'institutions ultralibérales, qui veulent détruire, par exemple, les normes qui protègent l'Europe.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a lieu d'être préoccupé quand nous voyons qu'en réalité, l'Europe n'est qu'une construction à l'ombre de la tutelle américaine.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis européen mais je ne suis pas européiste. L'européisme consiste à faire un grand marché, et pour ce qui est des questions militaires ou diplomatiques, on s'en remet pour l'essentiel aux États-Unis. C'est aussi le cas pour les questions économiques, pour les réglementations environnementales, sanitaires.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je mets en cause cette conception de l'Europe, et je pense qu'une autre Europe, fondée sur la réalité des nations, permettrait de mieux définir ce que nous avons en commun, et de mieux définir les efforts que nous avons à faire pour exister dans un XXIe siècle qui sera dominé par les États-Unis et la Chine.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">De la monnaie unique à la monnaie commune</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> La monnaie unique s'applique à des pays dont la structure économique est extrêmement différente. Sans même prendre la Grèce, il y a beaucoup de différences entre l'Allemagne et l'Italie, par exemple. L'Allemagne a un tissu dense de moyennes entreprises compétitives et exportatrices. La France a tout sacrifié à la constitution de grands groupes de taille mondiale. Mais cela a beaucoup d'inconvénients, car ces grands groupent investissent et font leurs profits à l'étranger, et oublient un peu la France.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous sommes dans une situation où, du point de vue monétaire, une monnaie forte convient très bien à l'industrie allemande. Mais cette monnaie écrase l'industrie française, qui est sensible à la concurrence par les prix. On calcule que l'Allemagne peut s’accommoder d'un euro à 1,80$ tandis que la France souffre au dessus de 1,24$.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut un système où une monnaie commune chapeaute des monnaies nationales reconstituées, mais qui fluctuent dans d'étroites bandes fixées par négociation en fonction de la compétitivité de chaque pays. On pourrait imaginer une circulation parallèle des deux monnaies, l'euro étant réservé aux transactions internationales. On pourrait aussi imaginer des <span style="font-style:italic">travelers cheques</span> en euro.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Cette monnaie commune permettrait de faire l'économie de déflations internes très douloureuses. Une dévaluation monétaire serait beaucoup moins douloureuse que les dévaluations internes pratiquées en Grèce ou en Espagne.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Quand on a fait une erreur, et la monnaie unique est une erreur, il faut être capable de la corriger.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur le FN</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Le mot eurosceptique me laisse perplexe. Il y a des gens qui critiquent la construction européenne pour des raisons assez différentes. Il ne faut pas tout mélanger : le FN, le FdG, le MRC, le mouvement de M. Dupont-Aignan. Ce sont des gens différents, comme il y a des gens différents parmi les fanatiques de la monnaie unique à droite et à gauche.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a des campagnes du FN qui prétendent que d'ex-MRC rejoignent le FN. Il y a un dirigeant du FN qui déclare avoir soutenu ma candidature en 2002. Moi je ne l'ai jamais rencontré. Si c'est vrai, il a pu ensuite se radicaliser.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le FN a développé son audience sur la base d'une politique gravement erronée, celles menées par des gouvernements de droite et de gauche.        
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est en 1983 que les socialistes acceptent la « parenthèse libérale », ce sacrifice des politiques nationales dont on disposait jusque-là. Le FN apparaît ensuite aux municipales à Dreux puis aux européennes en 1984. Donc il y a une étroite corrélation entre cette politique pseudo-européenne, en fait néolibérale, et la montée de ce parti démagogique, venu de l'extrême-droite et qui, aujourd'hui, essaye de revêtir une tenue camouflée.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la situation en Bretagne</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne soutiens pas la révolte des Bonnets rouges, qui s'en prend essentiellement aux portiques et aux symboles de l’État, parce que je considère qu'un dialogue doit exister entre les travailleurs concernés, dont je comprends la réaction – que les choses soient claires – et le gouvernement.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a des choses à faire. La crise résulte très largement de la concurrence à monnaie surévaluée : le Brésil par exemple ici. Il y a l'action du gouvernement précédent, dont le ministre de l'Agriculture Bruno le Maire, que l'on entend guère s'exprimer, avait prévu d'arrêter les restitutions. Enfin, il y a une directive européenne qui permet l'emploi à très bas coûts de travailleurs des pays de l'Europe centrale et orientale en Allemagne, pays sans salaire minimum.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'exprime ma sympathie aux travailleurs bretons qui sont frappés par les effets d'une politique qui vient de très loin, et qui n'est pas simplement le fait des choix du gouvernement actuel.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Pour un véritable changement de politique</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a une tendance, peut-être française, à critiquer les personnes plutôt que le fond des politiques. Je n'attaque jamais les personnes, et j'incite les Français à faire preuve de plus de civisme à l'égard d'un Président qu'ils ont élu au suffrage universel pour cinq ans.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Hollande fera le moment venu les choix nécessaires. Je souhaite qu'il aille très loin dans la voie d'un véritable changement de politique.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Allemagne, par son poids économique et l'ampleur de ses excédents (7%) du PIB, déséquilibre la zone euro. Il faut que ce pays joue le rôle de locomotive de la croissance. La BCE doit se comporter comme les autres. Et il faut corriger le vice originel de la monnaie unique et pour négocier un système qui soit viable dans la longue durée.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la Russie</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Ce qui se dit sur la Russie de Poutine est souvent excessif. Poutine a été élu conformément à la Constitution, qui a d'ailleurs vingt ans, il dispose incontestablement d'une majorité. L'opposition est divisée. Je ne dis pas que tout ce que fait Poutine est bien et que j'y adhère. Non. Mais ce qui est dit est tout à fait exagéré.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur les affaires militaires et diplomatiques</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Cette décennie ne doit pas être celle du déclassement militaire français. Je pense que la loi de programmation est calibrée au plus juste. Aucun programme majeur n'a été sacrifié, ils ont simplement été étalés dans le temps. Et nous espérons tous que la France sorte de la stagnation prolongée dans laquelle elle se trouve, et qui est très largement due au système de la monnaie unique tel que nous le connaissons.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La Libye n'était peut-être pas une intervention parfaitement opportune. En tout cas, l'opération est allée très au-delà de ce qui était prévu dans la résolution 1973 de l'ONU, qui ne visait pas au changement de régime. Aujourd'hui, le pays est aux mains de milices islamistes : il faudrait quand même faire des analyses <span style="font-style:italic">a posteriori</span>.        
       </li></ul><ul class="list"><li> S'agissant du Mali, l'intervention était tout à fait justifiée et a évité que ce pays devienne un sanctuaire d'Aqmi. Pour autant tant que la concorde ne sera pas restaurée entre les populations du Sud et du Nord, je ne serai pas rassuré sur les perspectives d'éradication du terrorisme dans ce pays.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous avons une armée qui exerce pleinement sa fonction de protection du territoire national et des Français, sa fonction de dissuasion (nous avons la seule dissuasion réellement autonome en Europe, ne dépendant que d'elle-même), une capacité de projection que tous les pays européens peuvent encore nous envier.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la Suisse</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> En étant en dehors de l'Union Européenne, la Suisse en recueille tous les avantages et aucun des inconvénients. Franchement, je trouve que vous avez bien joué. J'admire la Suisse moi-même, me sentant un peu Suisse puisque mes racines viennent du canton de Fribourg et même de sa partie germanophone.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La Suisse a réussi à faire une belle synthèse démocratique entre trois peuples. Mais vous jouez un certain jeu dans la mondialisation que tout le monde ne pourrait pas se permettre !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je crois que l'Europe doit se faire avec les nations, avec la Suisse si son peuple le décidait, avec l'Angleterre, avec la Russie, et même un jour avec les pays du Maghreb, qui appartiennent  à l'espace méditerranéen, et que nous avons, à mon avis, intérêt à ancrer au développement du Nord, c'est à dire de l'Europe tout entière.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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   <title>La France doit rester une grande puissance politique et militaire</title>
   <pubDate>Mon, 21 Oct 2013 16:00:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement, dans le cadre du débat sur la loi de programmation militaire au Sénat, le 21 octobre 2013     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5974678-8907463.jpg?v=1382363922" alt="La France doit rester une grande puissance politique et militaire" title="La France doit rester une grande puissance politique et militaire" />
     </div>
     <div>
      Monsieur le Ministre,       <br />
              <br />
        I - <span style="font-style:italic">Je veux d’abord saluer, en mon nom propre et au nom du groupe RDSE, l’effort qui a été le vôtre, tenace, courageux</span> et en définitive couronné de succès, pour obtenir du Président de la République un arbitrage financier couvrant les six années de la Loi de Programmation militaire (2014-2019), à hauteur de 190 milliards d’euros en valeur 2013 – et non pas en valeur courante, rassurez-nous – de ressources totales dont 183,86 milliards de crédits budgétaires. Ce chiffre qui correspond à 1,5 % du PIB est sans doute la limite basse extrême de l’effort de défense nécessaire au maintien d’un outil de défense performant, au-dessus et même très au-dessus des esquisses dessinées par le Ministère de l’Economie et des Finances avant l’arbitrage présidentiel. Sans doute le Ministère de la Défense doit-il contribuer à l’effort de rigueur auquel s’astreint l’Etat en vertu des engagements européens auxquels il a souscrits. Mais la question se pose de savoir si ceux-ci sont à terme compatibles avec le maintien du rang stratégique et militaire de la France.       <br />
              <br />
       Nos armées viennent d’apporter encore une fois, au Mali, la démonstration éclatante de leurs capacités. Elles font l’admiration de tous, et particulièrement de ceux qui ont pu rencontrer sur place nos soldats. La France a fait la preuve de sa réactivité politique au plus haut niveau, de l’excellence de son outil militaire et des  hommes qui le servent, et enfin de la capacité diplomatique que lui donne en particulier sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La loi de programmation militaire, par un véritable tour de force, de rigueur et d’imagination permet d’apporter à cette question du maintien du rang stratégique de la France une réponse positive, pour autant que de nouvelles secousses économiques ou géostratégiques ne viendront pas bouleverser notre environnement. La loi de programmation militaire nous achemine vers un modèle d’armées qui, à l’horizon 2025, devrait permettre à celles-ci de remplir leurs missions, avec des équipements performants, un niveau de préparation opérationnel suffisant, une condition militaire maintenue à un niveau satisfaisant, et cela malgré l’effort exceptionnel de réduction de format engagé déjà depuis 2009 par la précédente loi de programmation militaire, au total 88 000 suppressions de postes. En 2019, la mission Défense permettra de rémunérer 235 940 équivalents temps plein dont 220 000 militaires. Format réduit au minimum, il est vrai compensé par des équipements de haute technologie.       <br />
              <br />
       Comme l’a déclaré, devant la Commission des Affaires étrangères et de la Défense, l’Amiral Guillaud, Chef d’Etat-Major des Armées, « la Loi de programmation militaire permet ainsi de conjuguer engagement opérationnel et préparation de l’avenir. »       <br />
              <br />
              <br />
       II – Un mot d’abord, Monsieur le Ministre, sur <span style="font-style:italic">l’environnement géostratégique</span>.        <br />
              <br />
       1. Le pivotement opéré par les Etats-Unis sur l’Asie-Pacifique, la réduction certaine de leur budget militaire, il est vrai exceptionnellement élevé, obligent les Européens à faire un effort de défense plus conséquent. Pourquoi la France ne proposerait-elle pas à Bruxelles, pour les y encourager, de déduire des déficits budgétaires autorisés, les crédits alloués à la Défense ?       <br />
              <br />
       2. La montée des arsenaux en Asie du Sud et de l’Est, comme au Moyen-Orient, aura d’inévitables répercussions diplomatiques et peut-être militaires. Avec l’allongement de la portée des missiles stratégiques, l’Europe ne peut spéculer sur l’éloignement des théâtres d’opérations éventuels pour la mettre à l’abri de chantages de toute nature ou de fortes secousses en matière de flux commerciaux et énergétiques par exemple.       <br />
              <br />
       3. Au Moyen-Orient, l’élection du Président Rohani en Iran et surtout la proposition de l’Iran de signer le protocole additionnel de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), c’est-à-dire d’accepter des inspections intrusives sur son territoire, constituent des signes positifs que la France ne doit pas ignorer. L’objectif de non prolifération nucléaire doit être réaffirmé, sans ambiguïté, s’agissant de l’Iran qui a signé le TNP. Les moyens doivent être pris de s’assurer qu’en effet l’Iran ne cherche pas à se doter d’armes nucléaires, au-delà d’un droit à l’enrichissement à des fins pacifiques qui lui revient, comme à tous les Etats signataires du TNP. Mais l’objectif doit être de parvenir à un règlement négocié. La France, République laïque, n’a pas à prendre parti dans un conflit religieux propre à l’Islam (sunnites, chiites, etc.). Ses accords de défense visent à garantir la stabilité politique de la région mais le souhait de développer des relations étroites avec l’Arabie Saoudite ne doit pas nous conduire à méconnaître l’importance de l’Iran dans la région et les potentialités que ce pays offrira le jour où pourront être levées les sanctions qui le frappent. Sur ce dossier, comme dans l’affaire syrienne, la politique de la France doit être au service de la paix. C’est cela qui fortifiera le mieux le lien Armée-Nation, auquel je vous sais profondément attaché.       <br />
              <br />
       4. J’approuve, ainsi que le groupe RDSE au nom duquel je m’exprime, le recentrage stratégique opéré sur l’Afrique par le rapport annexé à la LPM. C’est là que sont nos responsabilités plus encore que nos intérêts, un grand nombre de nos ressortissants et que se joue l’avenir de la francophonie.  Avec le Président Carrère et mes collègues, Gérard Larcher, Jean-Marie Bockel et Jeanny Lorgeoux, je soutiendrai tout à l’heure un amendement approuvé par la Commission des Affaires étrangères et de la Défense tendant au maintien des forces pré-positionnées, en accord avec les Etats concernés, dans la bande sahélienne et sur les façades Est et Ouest de l’Afrique, afin de consolider les architectures sous-régionales de sécurité de l’Union africaine.       <br />
              <br />
       La France n’est pas le gendarme de l’Afrique. Elle est à son service, au service de son développement, inséparable de sa sécurité, mais elle ne peut non plus se laisser entraîner dans des conflits sans fin. Ainsi, au Mali, ne faut-il pas se voiler la face : sans une refondation du pacte national malien recueillant l’assentiment des populations, au Nord comme au Sud, les groupes djihadistes armés pourraient reprendre le dessus. Toute l’expérience accumulée sur tous les continents montre qu’on ne peut éradiquer le terrorisme qu’avec l’appui des populations. La France n’est donc pas au Mali pour l’éternité. Les Etats africains sont les responsables au premier chef de leur sécurité.       <br />
              <br />
       5. Les conflits sahéliens font apparaître les interconnections entre plusieurs régions : Afrique de l’Ouest, Maghreb, Machreck, Golfe, Pakistan, Afghanistan, voire Caucase et Asie Centrale. Le cours heurté des révolutions arabes suscite de légitimes inquiétudes. Puis-je vous rappeler, Monsieur le Ministre, la recommandation à l’unanimité de la Commission des Affaires étrangères, formulée dans <a class="link" href="http://www.senat.fr/rap/r12-720/r12-7201.pdf">le rapport intitulé « Sahel : pour une approche générale »</a>, produit par une délégation sénatoriale coprésidée par M. Gérard Larcher et moi-même : Il faut introduire de la cohérence dans notre approche, face au continuum que peut représenter dans une certaine mesure l’islamisme politique, le salafisme et le djihadisme armé. Il faut distinguer entre l’Islam et l’islamisme politique qui détourne la religion à des fins politiques pour bâtir un  modèle de société où les valeurs républicaines (alternance, égalité homme-femme) ne trouvent pas forcément leur compte. Il est indispensable d’approfondir nos analyses sur les changements politiques dans le monde arabo-musulman. Je souhaite que cet appel à la vigilance face à la montée de l’islamisme radical soit entendu.       <br />
              <br />
       6. Le rapport annexé à la loi de programmation militaire prône un engagement dynamique de la France dans l’OTAN, certes pour y exprimer sa vision, sans qu’on en sache beaucoup plus à ce sujet, sinon la réaffirmation du rôle de l’Europe et d’une hypothétique « défense européenne crédible et autonome ». La mention faite d’une « combinaison appropriée de capacités nucléaires, conventionnelles et de défense antimissile » est, je l’espère, une concession de langage, car nous n’avons pas les moyens d’une défense antimissile de territoire, aléatoire et dont le principe est contradictoire avec celui de la dissuasion. Le rapport d’ailleurs n’en fait pas mention.       <br />
              <br />
              <br />
       III – Ce qui est important, Monsieur le Ministre, c’est <span style="font-style:italic">le maintien de notre autonomie stratégique, au bénéfice de la liberté d’action de la France.</span>       <br />
              <br />
       Je réaffirme ici l’importance de la dissuasion pour ceux qui croient à la pérennité de la France et à son rôle d’équilibre dans la construction d’une Europe réellement européenne. Nous sommes certes les alliés des Etats-Unis, mais pas dans une position de vassalité qui serait humiliante et, en fin de compte, démobilisatrice pour l’esprit de défense, inséparable de l’esprit national.       <br />
              <br />
       Le Président de la République a confirmé le maintien des deux composantes de la dissuasion dont il faut sans cesse rappeler la complémentarité. La vraie question est celle de la volonté de maintenir dans la durée un effort constant mais modeste au total (11 à 12 % du budget de la Défense), afin notamment que la simulation permette de garantir la fiabilité de nos armes dans le temps et que soient financés les travaux d’élaboration du sous-marin nucléaire lanceur d’engins de troisième génération (SNLE3G). J’aimerais, Monsieur le Ministre, que vous puissiez nous apporter des assurances quant à la date et au financement sur ressources budgétaires de ces travaux. Il est important que le politique combatte les arguments de ceux qui voudraient mettre la dissuasion à la casse, tout simplement parce qu’ils n’ont pas compris ou se sont toujours refusés à comprendre qu’elle était le seul moyen pour la France de ne pas se laisser entraîner dans des conflits où ses intérêts fondamentaux ne seraient pas engagés, bref qu’elle est le seul moyen de garantir dans la longue durée la paix à notre pays et à l’Europe.       <br />
              <br />
              <br />
       IV – J’en viens maintenant, Monsieur le Ministre, à <span style="font-style:italic">notre capacité d’intervention sur des théâtres extérieurs.</span>       <br />
              <br />
       Notre capacité de projection est maintenue mais les grands programmes d’équipements sont étalés ; le renouvellement des matériels se fera attendre. Un principe de différenciation a été introduit, à juste titre, s’il ne crée pas une armée à plusieurs vitesses : il faut que les missions puissent être remplies. Là est l’essentiel.       <br />
              <br />
       J’ai été surpris, en m’adonnant à une deuxième lecture du rapport annexé au projet de ne voir que très peu, voire pas du tout, mentionnés le rôle des Nations Unies et celui du Conseil de Sécurité de l’ONU. Or, c’est là un atout majeur de la France. Nous devrions être d’autant plus attachés à le crédibiliser qu’il semble avoir permis de régler heureusement la question de l’arsenal chimique syrien. Négocier est une tâche difficile. Encore faut-il ne pas prendre d’emblée des positions qui rendent la négociation impossible. Etait-il vraiment opportun de cautionner le refus de l’Arabie Séoudite de siéger au Conseil de Sécurité comme membre non permanent ? Est-ce le rôle de la France que de contribuer à décrédibiliser si peu que ce soit l’importance et le rôle du CSNU ?       <br />
              <br />
       Si j’exprime à haute voix cette inquiétude, Monsieur le Ministre, c’est que le Parlement, en France, n ‘est appelé qu’à donner un avis a posteriori sur la décision d’engager nos armées sur des théâtres d’opérations extérieures. Le gouvernement doit savoir qu’une intervention effectuée au dehors du cadre de la légalité internationale pourrait rompre le si précieux consensus sur la défense. Pour me faire mieux comprendre, je retiendrai l’exemple de notre intervention en Libye en 2011 dont la résolution 1973 ne précisait pas qu’elle avait pour but un changement de régime. Nous pouvons mesurer aujourd’hui sur le terrain qu’elle a eu des conséquences qu’on aurait dû éviter en cherchant, le moment venu, une issue négociée.       <br />
              <br />
       Je dis tout cela, Monsieur le Ministre, parce que je connais votre humanisme et que je sais que vous êtes un homme raisonnable, soucieux de n’utiliser la force que pour des objectifs accessibles et reconnus comme légitimes par la communauté internationale.       <br />
              <br />
              <br />
       V – A ce stade de mon propos, Monsieur le Ministre, je voudrais évoquer<span style="font-style:italic"> la question des hommes</span> dont je sais qu’elle vous tient profondément à cœur. L’effort de réduction des effectifs est conséquent : 23 800 s’ajoutant à la déflation résiduelle de la loi de programmation précédente, soit 10 381.        <br />
              <br />
       La réduction prévue concerne 5 800 officiers, 11 200 sous-officiers, 9 300 hommes de rang, selon un cadencement d’environ 7 500 par an. Pour atteindre ces objectifs ambitieux, il ne faudra pas lésiner sur les mesures d’incitation des personnels au départ, de reconversion et de reclassement dans les fonctions publiques. A défaut, les enveloppes prévues pour la masse salariale se révèleront insuffisantes, l’hypothèse d’un glissement vieillesse – technicité quasiment nul apparaissant comme particulièrement « volontariste ». Or, il en va du moral des armées qui doivent s’adapter à des réformes de structures constantes et maîtriser les dépenses courantes de fonctionnement strictement contenues par la LPM. Vous savez l’importance du moral des armées. Celles-ci doivent ressentir l’attention affectueuse que leur porte le peuple français à travers la représentation nationale dont la vigilance sur cette question cruciale ne peut se relâcher.       <br />
              <br />
              <br />
       VI – Ces considérations m’amènent naturellement à souligner <span style="font-style:italic">les tensions qui risquent de marquer l’application de la loi de programmation</span>. La LPM a évoqué les risques de la faiblesse, s’agissant de nombreux Etats africains. Après le Mali, la République Centre-Africaine et peut-être d’autres demain. La Libye illustre le fait qu’il est plus facile de détruire que de reconstruire. Chaque nouvelle OPEX pèsera sur l’équilibre de la LPM. D’autres incertitudes grèvent le projet : la conjoncture économique et les rentrées fiscales,  la concrétisation de l’achat des Rafales, le retard éventuel de la réalisation des ressources exceptionnelles prévues. C’est pour parer à toutes ces éventualités que certains amendements ont été déposés par le Président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense et par M. Yves Krattinger, au nom de la Commission des Finances, visant à sécuriser les ressources de la LPM ou a préserver certaines capacités critiques au moment de la réactualisation prévue à la fin de 2015. Je soutiendrai bien sûr ces amendements       <br />
              <br />
              <br />
       VII – Un mot encore Monsieur le Ministre, sur <span style="font-style:italic">les conséquences de l’étalement de nos programmes sur les industries de défense</span>. Il faut naturellement soutenir l’effort d’exportation mais aussi de larges coopérations industrielles, des co-entreprises avec les pays émergents qui pèsent dès aujourd’hui plus dans le PNB mondial que les pays anciennement industrialisés. Il faut plus d’audace dans la vision de ce que nous pouvons faire à condition que l’Etat reste présent dans le capital de nos principales entreprises de défense. Vendre les bijoux de familles ne sert qu’une fois. Toute ouverture de capital doit aller de pair avec un plan de développement stratégique conforme en dernier ressort aux intérêts de sécurité de la France. Je demande qu’aucune décision ne soit prise concernant l’avenir des participations publiques au capital des entreprises du secteur de la défense sans un débat préalable au Parlement.       <br />
              <br />
       Si la trajectoire de redressement des finances publiques ne permettait pas le respect des enveloppes prévues, il ne faudrait pas accepter, Monsieur le Ministre, le déclassement stratégique de la France. Une France forte est nécessaire à l’Europe. Sacrifier notre outil de défense sur l’autel d’une fiction idéologique serait commettre un péché contre l’esprit. Le Président de la République, en rendant ses arbitrages, ne s’y est pas trompé. La France est et doit rester une grande puissance politique et donc militaire. C’est le sens même de la construction européenne qui est en jeu.        <br />
              <br />
              <br />
       VIII – Avant de conclure, je voudrais présenter une dernière observation sur <span style="font-style:italic">l’aspect normatif de la LPM. </span>       <br />
              <br />
       Le rapport annexé a confirmé le concept de sécurité national sur lequel j’avais émis en 2009 quelques réserves, car s’il est vrai que la sécurité intérieure et la sécurité extérieure de la France peuvent se recouper, les questions de police et les questions militaires concernent des objets distincts qu’on ne peut confondre sans inconvénient. C’est pourquoi je souhaite que l’extension des compétences de la Commission de renseignement, prévue à l’article 5 du projet de loi, permette effectivement de garantir que l’accès des services de renseignement aux fichiers de police, aux banques de données de compagnies aériennes et au recueil contrôlé des données de géolocalisation, ainsi que les dispositions qui seront prises au titre de la cyberdéfense, ne viendront pas télescoper la nécessaire confidentialité des données personnelles et n’entraîneront pas une régression des libertés individuelles.       <br />
              <br />
       Des préoccupations légitimes peuvent quelquefois entrer en contradiction. Il appartiendra à la Commission du renseignement de faire en sorte que les nécessaires précautions soient prises pour qu’en dernier ressort la liberté des citoyens ait toujours le dernier mot.       <br />
              <br />
       Sous réserve de ces quelques observations, dont certaines me sont d’ailleurs personnelles, j’apporte mon soutien et plus généralement celui du groupe RDSE au projet de loi de programmation militaire que vous nous présentez. Les voix des sénateurs RDSE ne manqueront pas pour soutenir l’ambition certes rigoureuse mais noble qui structure l’effort de 190 milliards d’euros dont nos armées ont besoin pour poursuivre leur modernisation.       <br />
              <br />
       Nos armées ont besoin d’un cap et le projet de loi de programmation le leur fournit.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
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   <link>https://www.chevenement.fr/La-France-doit-rester-une-grande-puissance-politique-et-militaire_a1527.html</link>
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   <title>Non au déclassement stratégique de la France</title>
   <pubDate>Tue, 28 May 2013 17:30:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat, lors du débat sur Livre blanc de la défense, mardi 28 mai 2013.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/5554058-8285484.jpg?v=1369755621" alt="Non au déclassement stratégique de la France" title="Non au déclassement stratégique de la France" />
     </div>
     <div>
      Monsieur le Président,       <br />
       Monsieur le Premier Ministre       <br />
       Messieurs les ministres,       <br />
              <br />
       Dans ces temps de grande disette budgétaire, nous apprécions que vous ayiez su obtenir du Président de la République le maintien à son niveau actuel de notre effort de défense, c'est-à-dire 31,4 milliards d’euros pour le budget de la Défense en 2014.       <br />
              <br />
       Ce résultat est à porter à votre actif, M le Ministre de la Défense et du renfort que vous ont apporté tous ceux qui, au Sénat, avec le Président de la commission des affaires étrangères et des forces armées, ont aidé à éviter, au moins pour le moment, le déclassement stratégique qu’eût entrainé une baisse significative des crédits militaires. Le risque a été écarté aussi par l’éclatante démonstration d’efficacité qui a été faite par nos soldats, appelés à sauvegarder l’intégrité, la souveraineté et la liberté de la République du Mali.       <br />
              <br />
       Le Président de la République a annoncé que nos forces armées disposeraient de 365 milliards d’euros sur la période 2014-2025, dont 179,2 pour celle couverte par la loi de programmation militaire de 2014 à 2020.       <br />
              <br />
       Pour maintenir une France forte, le Président de la République a estimé ce chiffre réaliste. Il faudra faire avec.       <br />
              <br />
       J’approuve par ailleurs le recentrage opéré par le Livre blanc 2013 sur l’Afrique, notamment sahélienne, de la définition de notre zone d’intérêts prioritaires. Je l’avais déjà réclamée, mais en vain, lors du débat du 15 juillet 2009 sur l’adoption de la loi de programmation militaire 2008-2013.       <br />
              <br />
       Certaines orientations positives du Livre blanc de 2008 ont été confirmées comme l’accent mis sur la connaissance et l’anticipation.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Nous sommes évidemment concernés par la montée des tensions en Asie, ne serait ce que par le «pivotement » des forces américaines, de l’Atlantique vers le Pacifique, qui obligera l’Europe, dans l’avenir, à pourvoir davantage à sa défense. Or force est de constater que la plupart des pays européens, à l’exception de la Grande-Bretagne et de la France, se sont installés dans un climat de fausse sécurité.       <br />
              <br />
       Non pas vis-à-vis de la Russie qui n’est plus une menace militaire pour l’Europe, mais est davantage préoccupée par la montée de l’islamisme radical dans le Caucase et l’Asie centrale.       <br />
              <br />
       Que la Russie soit aussi une puissance énergétique de première grandeur ne constitue pas davantage une menace, mais au contraire une opportunité. Le fournisseur, qui n’est d’ailleurs pas le seul, dépend autant du client que celui-ci de celui-là.        <br />
              <br />
       Les « menaces de la faiblesse », notamment en Afrique, me paraissent autrement plus graves. C’est de ces menaces que la plupart des pays européens n’ont pas pris conscience. Les pays du Nord de l’Europe s’en sont remis, un peu trop facilement, aux pays du Sud de garder leurs frontières, et aux Etats-Unis et à la France, de préserver l’équilibre fragile, du Moyen-Orient, pour les premiers, et de l’Afrique pour la seconde.       <br />
              <br />
       L’Europe serait bien avisée d’aider à la formation d’armées africaines opérationnelles et à la constitution, à l’échelon régional, de forces de réaction rapides africaines, à partir d’états-majors permanents capables d’entraîner régulièrement des unités professionnelles dédiées dans chaque pays. C’est ce qui a manqué à la CEDEAO et a obligé la France à intervenir en premier au Mali, à l’appel de ses autorités légitimes, parce qu’elle seule pouvait le faire. Je constate que la France contribue pour la moitié à la force européenne, d’ailleurs insuffisamment calibré, de formation des forces maliennes.       <br />
              <br />
       Dans l’immédiat, vous avez conjuré, Monsieur le Ministre de la défense, le risque d’un déclassement stratégique de la France. Mon groupe vous en sait gré.       <br />
              <br />
       Mais ce risque n’est pas écarté pour toujours par l’arbitrage du Président de la République. Je ne parle pas seulement des recettes exceptionnelles-5,9 milliards- qu’il faudra trouver et, je l’espère, autrement que par la liquidation des participations de l’Etat dans le secteur des industries de défense.       <br />
              <br />
       Non, je veux surtout parler de la dégradation de notre situation économique et par conséquent budgétaire, qui résulte de la mécanique mise en place par le traité dit TSCG, dont les effets récessifs, en Europe, risquent de se faire sentir durant une longue période.       <br />
              <br />
       En effet, les moteurs de la croissance-consommation, exportations, investissement- y sont en panne, sauf peut-être, encore que faiblement, en Allemagne. Celle-ci consacre d’ailleurs à sa défense des crédits légèrement supérieurs aux nôtres, en volume. L’Allemagne a entrepris de professionnaliser, à son tour, son armée. Ses capacités en seront accrues, mais dans le cadre de l’OTAN. Celle-ci vaut, aux yeux de son opinion, fondamentalement pacifiste, comme une sorte de traité de réassurance, contre des dangers qu’elle a d’ailleurs de la peine à discerner.       <br />
              <br />
       La dissuasion nucléaire est garantie par les déclarations du Président de la République, mais pour combien de temps ?        <br />
              <br />
       On entend de plus en plus s’élever des voix qui se plaignent de l’effet d’éviction qu’elle exercerait sur les crédits attribués aux forces conventionnelles. Ces critiques à courte vue oublient que la dissuasion est l’outil de notre autonomie stratégique et politique et qu’elle seule peut garantir le maintien d’une diplomatie indépendante et nous tenir à l’abri de guerre qui ne seraient pas les nôtres.       <br />
              <br />
       Le Président Obama vient d’affirmer sa volonté d’aller plus loin que le Traité New Start dans la voie du désarmement nucléaire. A tous ceux qui se laisseraient porter par l’opinion, je veux rappeler que les Etats-Unis disposent aujourd’hui de 1654 têtes nucléaires déployées, sans compter les milliers de têtes non déployées qui n’ont jamais été incluses dans un accord. En regard, la France dispose de moins de 300 têtes, c’est à dire beaucoup moins que la Russie et même que la Chine. Le principe de la stricte suffisance nous interdit de descendre en dessous de quatre sous marins lanceurs d’engins et de deux escadrons aériens. Si les armes nucléaires tactiques américaines étaient retirées d’Europe, nous serions le seul pays en dehors de la Russie, à disposer d’armes nucléaires sur le continent. C’est une garantie de l’équilibre et de la paix sur celui-ci. C’est pourquoi nous ne sommes pas membres du « groupe des plans nucléaires » de l’OTAN, et devons continuer à nous en tenir à l’écart.       <br />
              <br />
       Sans doute, avez-vous raison d’affirmer l’objectif d’une défense européenne, comme le croyant, l’existence de Dieu. Mais la volonté politique chez nos partenaires, fait aujourd’hui défaut. Comme le dit le traité de Lisbonne de 2008, les pays de l’Union européenne membres de l’OTAN contribuent à l’élaboration et à la mise en œuvre de leur défense dans le cadre de cette alliance. Même après avoir rejoint, en 2012, l’organisation militaire intégrée de l’OTAN, la France ne peut renoncer à assurer elle-même, en ultime ressort, le soin de sa défense.       <br />
              <br />
       C’est la condition de notre indépendance et donc du maintien de l’esprit de défense dans le pays.       <br />
              <br />
       La République française est aujourd’hui confrontée au défi de l’islamisme radical. Il ne faut surtout pas confondre celui-ci avec l’Islam qui est la religion de 1200 millions d’hommes et de femmes. Nous devons tout faire, au contraire pour aider les peuples musulmans, dans le respect de leur authenticité, à trouver leur place dans le monde moderne.       <br />
              <br />
       A ce défi, la sophistication des armements n’est pas une réponse suffisante. La bonne réponse est d’abord humaine et politique.       <br />
              <br />
       A cet égard, je ne saurais trop approuver le principe de la différentiation des forces posées par le Livre blanc. Evitons, par une course excessive à la technologisation, de réduire encore le nombre des hommes dans les armées.       <br />
              <br />
       Nous avons besoin de soldats qui comprennent d’autres civilisations que la nôtre. C’était jadis une des traditions de l’armée française. Elle a donné les Lyautey, les Gallieni, les Charles de Foucauld, et combien d’autres ! Il serait temps de réinvestir dans la formation des officiers le champ de la compréhension humaine, et de favoriser l’apprentissage des langues, orientales et africaines. Cela couterait moins cher que les missiles guidés avec précision, mais ce ne serait pas de l’argent perdu !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Non-au-declassement-strategique-de-la-France_a1490.html</link>
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