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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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   <title>Modernité de Clemenceau</title>
   <pubDate>Tue, 25 Nov 2014 14:45:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pïerre Chevènement au colloque "La pensée politique de Georges Clemenceau", samedi 22 novembre 2014.     <div>
      On m’a demandé de conclure. Or, sur un sujet pareil, il n’est pas possible de conclure. Eu égard d’abord à la qualité de tant d’intervenants prestigieux, infiniment plus savants que moi. Et surtout, parce qu’on ne peut pas conclure sur Clemenceau, tout en jaillissements et saillies, qui surprend toujours, se renouvelle en cinquante ans de vie politique active qui lui font enjamber le siècle, au premier rang de tous les combats majeurs, et pourtant si étonnamment fidèle jusqu’à la mort au jeune homme qu’il a été, républicain romantique dont on peut contempler l’image à sa sortie de prison en 1862, qui m’évoque Courbet, lui aussi emprisonné, dix ans après, au lendemain de la Commune . L’individu Clemenceau séduit. Mais l’homme politique, lui, a-t-il encore quelque chose à nous dire ? C’est la modernité de la pensée de Clemenceau que je veux soutenir à travers trois idées : l’autodétermination des peuples, le dialogue des cultures, et l’individu-citoyen, fondement du républicanisme civique.       <br />
              <br />
       <b>I – L’autodétermination des peuples, d’abord.</b>       <br />
              <br />
       Clemenceau, à cet égard, est le fils de la Révolution française. La liberté des peuples est son programme et il l’accomplit à travers les traités de Versailles comme elle s’est réalisée déjà en Amérique Latine, Yves Saint-Geours l’a excellemment montré.  Et cette idée va triompher à la chute de tous les Empires, coloniaux ou autres.       <br />
              <br />
       C’est une chose incroyable que le « Père la Victoire » de 1918, qui a su, à soixante-seize ans, galvaniser la France, au bord de l’abîme, ait été dans sa jeunesse, soixante ans auparavant, l’ami de Blanqui et que le même homme ait incarné à la fois la recherche de la Vérité dans l’affaire Dreyfus contre l’obstination butée et injuste de l’Etat-Major, et le meilleur soutien de Foch et des chefs militaires, au printemps 1918, quand nos armées ont semblé fléchir devant l’ultime assaut des troupes allemandes. Miracle de la constance et de la longévité conjuguées, Clemenceau, maire de Montmartre en septembre 1870, élu à l’Assemblée Nationale en février 1871, est l’un des trente-six députés protestataires qui, après avoir refusé le 1er mars d’approuver l’armistice proposée par Bismarck, déclarent « tenir pour non avenue l’annexion de l’Alsace et la Lorraine ». Et c’est le même homme qui confie au lendemain du 11 novembre 1918 : « Moi qui attendais cela depuis cinquante ans – c’est long pour le cœur – je n’ai pas su dire un mot, j’ai pris ma tête dans mes mains, je me suis mis à pleurer … à pleurer ». Clemenceau est alors le dernier survivant des députés protestataires de 1871. C’est une tranche de vie !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      On tendra aujourd’hui à minimiser cet accomplissement : Au nom de l’Europe et d’une réconciliation franco-allemande absolument nécessaire mais pas toujours bien comprise.        <br />
              <br />
       Ce serait une vue superficielle des choses de faire de Clemenceau un vulgaire « revenchard ». Ce serait méconnaître l’enjeu : le caractère fondamental de l’opposition entre deux conceptions de la nation : l’une illustrée, en 1889, par Renan de la nation fondée sur la citoyenneté, « plébiscite de tous les jours », conception héritée de la Révolution française, et l’autre, fondée sur la langue et l’ethnie, héritage de Fichte et du « Volk ». En matière de nationalité, l’Allemagne a d’ailleurs abandonné en 1998 le <span style="font-style:italic">jus sanguinis</span> pour adopter le droit du sol, sous l’impulsion de mon ami, Otto Schily, alors ministre de l’Intérieur de la RFA. Mais la question de l’autodétermination des peuples reste partout d’une brûlante actualité. Ce sera le premier point de ma conclusion visant à établir la modernité de Clemenceau.       <br />
              <br />
       Qui ne voit dans l’Europe d’aujourd’hui la renaissance des ethnismes ? Il a été donné à Clemenceau de faire consacrer par le traité de Versailles le principe républicain de l’autodétermination des peuples, non seulement en Alsace-Lorraine, mais dans toute l’Europe. Clemenceau fut pour cela beaucoup et injustement critiqué. Car y avait-il un autre principe de réorganisation territoriale pour assurer la succession des Empires d’Ancien Régime (austro-hongrois, allemand, russe, etc.) ? L’Histoire, me semble-t-il, a tranché en Europe et depuis lors, dans le monde entier : c’est le principe de l’autodétermination des peuples qui l’a emporté, certes mâtiné du respect des frontières héritées, ainsi en Afrique. Mais il faut accorder aux jeunes nations ce droit à l’Histoire dont ont abondamment usé nos vieilles nations européennes avant que de devenir « postnationalistes », pour reprendre l’expression de l’historien allemand August Winckler.       <br />
              <br />
       Le traité de Versailles comportait deux erreurs. Il n’a pas fixé d’emblée le montant des réparations à un montant et selon un échéancier raisonnable. La seconde erreur est celle de l’article 231 qui impute la responsabilité du conflit à l’Allemagne. Cette formulation est injuste : le peuple allemand n’a pas voulu la guerre, pas plus qu’aucun autre d’ailleurs. Et il faut distinguer, comme l’a bien vu Karl Jaspers en 1946, la responsabilité politique qui incombait aux dirigeants, notamment militaires qui ont choisi de mettre en œuvre le plan Schlieffen et par ailleurs la responsabilité morale qu’on ne pouvait imputer aux Allemands en général. Pour autant, les faiblesses du traité de Versailles tenaient moins au tracé des nouvelles frontières qu’à deux facteurs géopolitiques majeurs : d’abord le refus du Sénat américain de ratifier le traité de Versailles et d’honorer la garantie donnée par Wilson à Clemenceau en cas de nouvelle agression allemande, et ensuite la révolution bolchevique en Russie qui excluait ce grand pays du concert européen traditionnel.        <br />
              <br />
       Le retour à l’isolationnisme américain et la mise hors jeu de l’Union soviétique ont conduit à l’isolement de la France bien avant 1940. Là sont les vraies misères de la Victoire. Clemenceau n’en a pas été responsable.       <br />
              <br />
       Clemenceau, dans le cours des années vingt, flétrissait l’affaissement des caractères ; la doctrine militaire n’était pas en accord avec la diplomatie. Le devoir d’assistance à nos alliés de la petite Entente et la construction de la ligne Maginot étaient deux projets contradictoires. La France n’a pas su se doter de la Force rapide mécanisée préconisée par le Colonel de Gaulle et elle a encore moins su intervenir, en mars 1936, quand Hitler remilitarisa la rive gauche du Rhin, en violation du traité de Versailles. Nos dirigeants ont oublié qu’en cas de péril mortel, un Etat digne de ce nom ne peut compter que sur lui-même plutôt que de s’en remettre à une alliance britannique, alors avant tout soucieuse d’apaisement avec l’Allemagne nazie. On n’oubliera pas que si Churchill, pendant la Seconde Guerre mondiale, a pu jouer le rôle de Clemenceau dans la Première, c’est aussi parce que la Grande-Bretagne, en 1940, a bénéficié du formidable fossé anti-chars naturel que constituait la Manche, et dont la France était privée par la géographie. Cela n’enlève rien à la gloire du Vieux Lion qui, seul pendant près d’un an et demi, tint tête à l’hydre nazie mais cela ne fait que mieux ressortir le caractère d’exception que la venue au pouvoir d’un Clemenceau constitue dans la vie d’un peuple. Il faudra un autre homme d’exception, le général de Gaulle, pour comprendre que non seulement l’honneur mais l’intérêt de la France étaient de poursuivre le combat dans le camp de la Liberté. Ainsi s’exprimait-il le 22 juin 1940, fidèle à l’esprit de Clemenceau qui ne concevait pas la France sans la Liberté.  Dialoguant avec le grand mort, il lui dit le 11 novembre 1941 : « Président Clemenceau, la France vivra … Je vous jure qu’elle sera victorieuse. Alors avec tous les morts dont est pétrie la terre de France, vous pourrez dormir en paix. » C’est à cela aussi, me semble-t-il, qu’on peut juger un homme, à sa vertu d’exemple : Clemenceau, à travers de Gaulle inspirait encore la Résistance.       <br />
              <br />
       Si Clemenceau a été le professeur d’énergie sans lequel la France de 1917 et du printemps 1918 se serait effondrée, sous la pression conjuguée du défaitisme et des offensives ultimes de l’armée allemande, revenue en force sur le front occidental après le traité de Brest-Litovsk, il serait tout à fait faux d’en faire le héraut d’une revanche de la France sur l’Allemagne. Certes, il suffit de relire le discours du 17 septembre 1918 à la Chambre pour comprendre à quel point ce qu’il appelle « la paix germanique » entre 1871 et 1914, lui fut insupportable : « Pas un jour sans une menace de guerre. Pas un jour sans une savante brutalité de tyrannie ». Ces élans vers la victoire qu’il pressent proche ne peuvent faire oublier ses déclarations de 1912 : « De bonne foi, nous voulons la paix … mais si on nous impose la guerre,  on nous trouvera … Nous sommes pacifistes, pacifiques pour dire le mot exact, mais nous ne sommes pas soumis. » Ainsi, Clemenceau, avant 1914, ne souhaitait pas la guerre. Faut-il aussi rappeler qu’il imposa à Foch et à Poincaré non seulement l’armistice du 11 novembre 1918, mais l’abandon d’un projet de dissociation de la rive gauche du Rhin d’avec l’Allemagne, ce qui eût créé une Alsace-Lorraine à l’envers.       <br />
              <br />
       La modernité de Clemenceau est présente même là où on ne l’attend pas, car Clemenceau était non seulement un réaliste mais un homme de principes. Malgré les apparences, il ne méconnaissait pas la grandeur de l’Allemagne. Il était sensible à la noble figure de Goethe. Mais il exprimait avant tout le refus d’abaisser la France en-dessous de ce qu’elle avait été.       <br />
              <br />
       *       <br />
       *   *       <br />
              <br />
       Je veux également souligner la modernité de Clemenceau dans deux autres domaines : d’abord ce que nous appelons « le dialogue des civilisations » ou plus exactement « des cultures », et enfin dans sa véritable conception de l’individu, très éloignée de l’hyperindividualisme actuel, culminant au contraire dans un républicanisme civique.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II - Le dialogue des cultures</b>       <br />
              <br />
       Son anticolonialisme, à rebours de l’esprit du temps, son rejet de l’idée d’une supériorité de la civilisation occidentale sur les autres, enraciné dans son universalisme républicain et dans sa croyance en l’égalité fondamentale de tous les hommes, son intérêt et même sa fascination pour les civilisations de l’Orient, du Japon, de l’Inde, de la Chine : « Je suis bouddhiste », déclarait-il par boutade. Tout cela fait de Clemenceau un précurseur dans ce qu’on appelle aujourd’hui le dialogue des cultures, en tout cas un homme particulièrement ouvert à l’altérité. Séduit par l’envol du Japon de l’ère Meiji et soucieux, dès avant  1914, de l’intégrer à la vie internationale, Clemenceau en rabattra quelque peu devant les premières manifestations d’un nationalisme nippon plus soucieux d’expansionnisme en Chine que de participation aux responsabilités de la société internationale. Clemenceau ne s’est pas avisé que le mot d’ordre de la Révolution Meiji était « Technologie occidentale, âme japonaise ». Pour autant, fidèle à son « Japon intérieur », Clemenceau n’a jamais cessé de voir dans la capacité de réforme économique et politique du Japon démocratique, la chance d’un « partenariat durable et privilégié pour la France », comme l’a écrit Matthieu Séguéla dans « Clemenceau et la tentation du japon ».        <br />
              <br />
       Clemenceau, loin d’être un nationaliste borné – il était au contraire le seul homme politique de son temps à avoir une vision géopolitique aussi large, étendue jusqu’à l’Extrême-Orient –, ne conçoit le patriotisme français qu’au service de l’idéal humain. On sait combien cette conciliation est difficile. « La patrie sans justice, a-t-il dit, au temps de l’affaire Dreyfus, n’est qu’une geôle ». Clemenceau n’aime pas l’impérialisme de Rome. Il met cent fois au-dessus le miracle grec, avec sa culture de la Beauté, son ouverture à l’esprit de libre examen, son invention de la Démocratie. La fin de l’hellénisme antique devant le christianisme a été pour lui une catastrophe de civilisation. « A la vie pour vivre, écrit-il en 1908 dans « Le Grand Pan », va succéder la vie pour mourir ». Phrase digne de Nietzsche. Il ne s’y résout pas. La Révolution française, héritière des Lumières, a, à ses yeux, ranimé la flamme : le bonheur est redevenu depuis lors « une idée neuve en Europe », selon le mot célère de Saint-Just.        <br />
              <br />
       Il me semble que Clemenceau n’a pas aperçu d’emblée le ressort moral qui procède du christianisme, et cela à son insu même, car qui croyait davantage que lui en cette valeur chrétienne laïcisée qu’est l’égalité de tous les hommes ? Je dis à son insu, mais il semble bien qu’il ait atténué, à la fin de sa vie, sinon son anticléricalisme du moins son antichristianisme.           <br />
              <br />
       A quatre-vingt-cinq ans, Clemenceau entreprend de définir dans « <span style="font-style:italic">Au soir de la pensée</span> » sa position philosophique. En deux tomes ! Combien d’hommes politiques aujourd’hui seraient-ils capables d’une aussi folle ambition que celle de dire, par rapport à l’état actuel des connaissances, ce qui fonde leur action ? Or, pour qui sait lire, c’est bien l’esprit de libre examen, l’exercice du doute méthodique qui fonde le progrès humain aux yeux de Clemenceau. Il fait un cours d’épistémologie. Cite Rutherford à propos de la structure de l’atome, pressent le quark, un « au-delà de l’au-delà » mais se refuse à figer une fois pour toutes notre représentation du monde.       <br />
              <br />
       La Vérité n’est réductible à aucune « loi cosmique », mathématique ou physique. Sa recherche ne peut se confondre avec la vénération d’aucune entité, fût-elle « la déesse Raison ». Clemenceau moque ces républicains de pacotille qui croient à l’idole d’une « déesse au bonnet rouge » : « On avait voulu délivrer le monde. On n’avait pas su se délivrer soi-même des primitives procédures d’intelligence qui avaient immobilisé l’homme dans le culte des entités. »       <br />
              <br />
       Clemenceau est vraiment un homme libre en ce qu’il met la liberté de l’esprit au-dessus de toutes les croyances établies. La modernité de Clemenceau est dans sa pensée d’abord, absolument délivrée des dogmes et des révélations.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – L’individu-citoyen, fondement du républicanisme civique</b>       <br />
              <br />
       Il y a donc une puissante logique à ce que Clemenceau déclare mettre l’individu au-dessus de tout mais il le fait dans le débat qui l’oppose aux socialistes sur le « collectivisme ». Le « doute investigateur » est « l’agent primordial de toute compréhension », écrit-il dans « <span style="font-style:italic">Au soir de la Pensée</span> » : et encore « C’est une redoutable entreprise que de vivre libre, c’est-à-dire en état de se gouverner soi-même, sans entreprendre sur la liberté d’autrui. » Son éloge de l’individu doit être compris par rapport au « collectivisme » auquel il s’oppose mais il me semble que ce serait se méprendre que de faire de Clemenceau le thuriféraire d’un « hyperindividualisme », un disciple de Stirner .       <br />
              <br />
       Dans le célèbre débat sur le droit de grève qui l’oppose à Jaurès en 1906, à la tribune de la Chambre des députés, il s’exclame : « C’est notre idéal à nous, magnifier l’homme, la réalité plutôt que le rêve, tandis que vous vous enfermez, et tout l’homme avec vous, dans l’étroit domaine d’un absolutisme collectif anonyme. Nous mettons notre idéal dans la beauté de l’individualisme, dans la splendeur de l’épanouissement de l’individu au sein d’une société qui ne le règle que pour le mieux développer »…       <br />
              <br />
       Il poursuit : « Si vous réformez l’individu, si vous vous attachez je ne dis pas uniquement mais principalement à la réforme de la personnalité humaine, l’homme saura trouver de lui-même le cadre d’organisation qui lui convient… »       <br />
              <br />
       Il conclut à l’adresse de Jaurès : « Vous avez le pouvoir magique d’évoquer de votre baguette, des palais de féerie. Je suis l’artisan modeste des cathédrales, qui apporte une pierre, obscurément à l’ensemble de l’œuvre, et ne verra jamais le monument qu’il élève. J’ai l’air de rabaisser mon rôle. Dans ma pensée, je le grandis, car vos palais de féerie s’évanouiront en brouillard, au contact des réalités, tandis qu’un jour la grande cathédrale républicaine lancera sa flèche vers les cieux … Vous prétendez fabriquer directement l’avenir. Nous fabriquons, nous, l’homme qui fabriquera l’avenir, et nous accomplissons un prodige beaucoup plus grand que le vôtre ! »       <br />
              <br />
       Ainsi, Clemenceau met l’accent sur l’éducation. Il nous fait mieux comprendre, avec le recul, le sens du combat républicain pour la Séparation de l’Eglise et de l’Etat, pour la liberté de conscience et pour la laïcité. Clemenceau se méfie tout autant de l’omnipotence de l’Etat que de celle de l’Eglise. Il se prononce ainsi, contre Jaurès, pour la liberté d’enseignement et contre le monopole public.        <br />
              <br />
       Quand Jaurès monte à la tribune pour lui répondre, il se garde bien de tomber dans le piège que Clemenceau lui tend, et d’opposer, de façon binaire, l’individu et la société :  « Toute grande réforme, toute grande œuvre, déclare Jaurès, suppose, en même temps que la foi dans l’individu, la transformation du milieu où il doit agir … Votre doctrine de l’individualisme absolu, votre doctrine qui prétend que la réforme sociale est contenue tout entière dans la réforme morale des individus, c’est laissez moi vous le dire, la négation de tous les vastes mouvements de progrès qui ont déterminé l’Histoire, c’est la négation de la Révolution française elle-même ! »       <br />
              <br />
       Jaurès va sans doute un peu loin en confondant l’action collective dont Clemenceau, aussi peu homme de parti fût-il, ne méconnaissait pas la nécessité, et l’organisation collective, souvent caricaturée par Clemenceau en « collectivisme ». Jaurès glisse malicieusement : « En 1894, M. Clemenceau était formellement opposé, en matière d’assurance sociale, à ce que nous appelons obligation. Il me suffit aujourd’hui de constater sa signature en bas de la déclaration gouvernementale qui s’engage à faire aboutir, au Sénat, le projet de loi sur les retraites ouvrières voté par la Chambre, pour  savoir que par une évolution tout à fait honorable et heureuse, les idées de M. Clemenceau se sont modifiées. Il accepte maintenant ce principe de l’obligation dans l’assurance sociale, qui n’était alors formulé que par une poignée de militants socialistes. »       <br />
              <br />
       Jaurès a raison, en ce qu’il ne prône pas seulement l’action collective mais aussi l’organisation collective au sein de ce qu’on appelle aujourd’hui « l’Etat social ».        <br />
              <br />
       Mais cet « Etat social », fruit des luttes démocratiques et ouvrières du dernier siècle n’est pas le collectivisme, même s’il peut comporter des dérives vers l’assistanat. Pour l’essentiel notre modèle social reste un phare pour le développement de l’Humanité tout entière. Mais ce modèle peut-il survivre aux dérèglements du capitalisme financier mondialisé, si d’une part le citoyen n’est pas conscient de l’équilibre qui doit prévaloir entre les prestations versées et les contributions – cotisations ou impôts – qui les financent et si, d’autre part, un effort de régulation n’est pas mené à l’échelle mondiale pour maîtriser la spéculation ? Il est peu probable qu’un tel effort puisse être mené sans le concours actif des grandes nations et sans la mobilisation consciente des opinions publiques. Clemenceau était trop républicain pour tomber dans le piège de l’idéologie libéral-libertaire qui a frayé le chemin du capitalisme absolu, je veux dire le capitalisme financier mondialisé.  Clemenceau était l’ennemi de tous les absolutismes, qu’il prétendent tenir leur pouvoir de Dieu, de la classe, de la race ou d’un Capital délivré du contrôle des peuples et désormais souverain. Clemenceau n’était évidemment pas contre l’organisation collective mais contre l’idée qu’une entité quelconque, baptisée prolétariat ou même République, puisse avoir toujours raison. Clemenceau reproche aux socialistes d’encourager la classe ouvrière à « croire qu’elle ne peut avoir tort et qu’il lui suffit de retourner contre autrui l’oppression dont elle a souffert … Ceux qui agissent contre la classe ouvrière sont ceux qui retardent son éducation. » ou encore « En ne décourageant pas les violents, vous vous plaindrez plus tard des mœurs que vous aurez faites. »       <br />
              <br />
       Clemenceau était, en fait, pour la conscience. Peu théoricien, il dessinait par son verbe et dans l’action, les contours d’un républicanisme civique. L’individu qu’il mettait au-dessus de tout dans les joutes oratoires qui l’opposaient aux socialistes était, en fait, le citoyen éclairé et conscient de ses devoirs et nullement l’individu égoïste, esclave des modes et de ses passions. « C’est la grande Révolution qui de l’homme gouverné fera peut-être l’homme se gouvernant » écrit-il dans <span style="font-style:italic">Au soir de la pensée</span>. Vous entendez le « peut-être » qui reflète moins le « pessimisme de l’intelligence » que « l’optimisme de la volonté » dont témoigne toute une vie vouée à l’action.        <br />
              <br />
       Clemenceau avait de qui tenir : de son père il disait « son état naturel était l’indignation ». Le docteur Benjamin Clemenceau n’avait pas attendu Stéphane Hessel ! C’est pourquoi je dis qu’il y avait chez son fils Georges, qui a choisi de reposer à ses côtés dans la terre de Vendée, quelque chose qu’il mettait encore au-dessus de l’individu : le citoyen.        <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Que dirait aujourd’hui Clemenceau d’une République où le Parlement ne vote plus le budget que s’il s’inscrit dans la trajectoire fixée par une autorité extérieure ? Pierre Mendès-France, autre radical de bonne souche, a dit, sur ce sujet, des choses très fortes dans son discours du 18 janvier 1957: « L’abolition d’une démocratie peut prendre deux formes : soit le recours à une dictature interne, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une « politique » au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »        <br />
              <br />
       On ne peut faire parler les morts : je doute cependant que Clemenceau soutienne la thèse de « l’acceptation du joug volontaire, seul à même de nous sauver des cataclysmes » (discours du 17 septembre 1918).  Clemenceau ne refuserait sans doute pas l’organisation de l’Europe mais il aurait sans  doute veillé à ce que celle-ci ne se fasse pas « au détriment du droit des peuples à une vie indépendante. »       <br />
              <br />
       Clemenceau était un individu, au sens plein qu’il donnait à ce mot. C’est ce qui faisait et fait encore son charme. Mais il a été aussi et plus que tout un grand citoyen. Et c’est le grand citoyen qu’il fut qui fait l’unité de la vie de Clemenceau. C’est donc cette leçon de citoyenneté active que je retiendrai dans ma conclusion pour établir la modernité de Clemenceau. Il n’y a pas de doctrine ni de politique qui vaille, en effet, sans que le citoyen n’en soit partie prenante par la pensée. Clemenceau dicte aujourd’hui aux hommes politiques le premier le leurs devoirs : convaincre leurs concitoyens, tout faire pour leur faire partager par la raison et pas seulement par le cœur les vues qu’ils croient justes et les plus conformes à l’intérêt public. Car c’est ainsi seulement qu’on peut faire vivre la République. Bref, il faut y croire !       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Modernite-de-Clemenceau_a1673.html</link>
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   <title>"La guerre de 14 s'est terminée en 1945"</title>
   <pubDate>Sun, 10 Nov 2013 20:52:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Journal du Dimanche le 10 novembre 2013. Propos recueillis par Laurent Valdiguié.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6036058-9003452.jpg?v=1384111928" alt=""La guerre de 14 s'est terminée en 1945"" title=""La guerre de 14 s'est terminée en 1945"" />
     </div>
     <div>
      <b>Le JDD : Vous étiez à l'Élysée jeudi, comment avez-vous trouvé le discours de François Hollande lançant les commémorations de la guerre de 14-18?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> C'était un discours rassembleur qui se voulait &quot;au-dessus de la mêlée&quot;. Le Président a évité les aspérités, en renvoyant aux historiens et aux chercheurs le soin d'interpréter les origines, le déroulement et la portée de la guerre. Cette liberté laissée à la recherche me convient tout à fait.       <br />
              <br />
       <b>Certains historiens sont choqués du mélange entre le poilu et le résistant, autrement dit du mélange des commémorations du centenaire de la Grande Guerre avec celles du 70e anniversaire du débarquement de 1944…</b>       <br />
       Moi non. On doit lier 1914 à 1945. J'estime même qu'on ne peut ni comprendre ni commémorer 1914 si on n'en fait pas le début d'une guerre de trente ans. L'armistice de 1918 n'a été qu'une trêve aux yeux de l'état-major allemand qu'inspirait l'idéologie du pangermanisme. La guerre s'est terminée en 1945 avec la capitulation sans condition de l'Allemagne.       <br />
              <br />
       <b>Pourquoi tout commence en 1914?</b>       <br />
       Il y a une explication fondamentale, celle de la première mondialisation sous hégémonie britannique. Cette mondialisation d'avant 1914 s'est traduite par le remarquable essor de l'économie allemande qui a multiplié sa production par trois tandis que la Grande-Bretagne doublait à peine la sienne. Cette montée de l'Allemagne impériale, dans le domaine des armements navals notamment, a fortement inquiété les élites britanniques. L'erreur des dirigeants du IIe Reich est d'avoir voulu mener une guerre préventive contre la Russie et la France, en envahissant la Belgique dont l'Angleterre garantissait la neutralité. Ma thèse est donc que la Première Guerre mondiale n'est pas d'abord une guerre franco-allemande, mais un conflit d'hégémonie entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne impériale. Chaque fois que je rencontre un dirigeant chinois aujourd'hui, je lui dis : &quot;Vous qui allez dépasser les États-Unis, ne commettez jamais l'erreur des dirigeants du IIe Reich. Rappelez-vous le conseil de Deng Xiaoping : 'Soyez prudents, avant de traverser le fleuve, tâtez les pierres…'&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>«Les origines de la guerre de 14 risquent d'être occultées dans les commémorations. Or, les mêmes risques existent aujourd'hui dans la seconde mondialisation.»</b></div>
     <div>
      <b>Vous rendez les Allemands totalement responsables de l'entrée en guerre, mais sur une série d'erreurs d'appréciation. Vous parlez même dans votre livre * de &quot;bêtise allemande&quot;…</b>       <br />
       La France n'était nullement une puissance agressive en 1914. Ses dirigeants n'envisageaient plus de faire la guerre pour reconquérir l'Alsace-Lorraine. Le peuple allemand non plus ne voulait pas la guerre, mais ses dirigeants ont donné carte blanche en juillet à l'Autriche-Hongrie pour attaquer la Serbie. Tout est décidé par l'état-major allemand. Il a pris le risque d'un conflit européen parce qu'il croyait en une guerre limitée et courte : les Français devaient être battus en six semaines grâce au plan Schlieffen d'invasion de la Belgique, qui dormait dans ses cartons depuis 1905. Mais la guerre est une boîte de Pandore : quand on l'ouvre, on libère des monstres qu'on ne peut plus rattraper. La bêtise des dirigeants allemands s'est répétée en 1917 avec la guerre sous-marine à outrance, qui a conduit les États-Unis, dont l'opinion était alors isolationniste, à intervenir… Les origines de la guerre de 14 risquent d'être occultées dans les commémorations. Ce serait dommage, car les mêmes risques existent aujourd'hui dans la seconde mondialisation.       <br />
              <br />
       <b>Que faut-il commémorer aujourd'hui?</b>       <br />
       Je crains que ces commémorations ne soient utilisées pour discréditer encore plus les nations européennes qui se seraient prétendument lancées d'elles-mêmes dans cette gigantesque boucherie. Or ce ne sont pas les nations européennes qui ont voulu la guerre, elles étaient toutes pacifiques. Ce sont des dirigeants aveugles qui ont précipité cette catastrophe. J'ai peur qu'on dévalorise encore les nations européennes pour mieux justifier une conception de ­l'Europe qui aujourd'hui prend l'eau parce que justement elle fait litière des nations qui sont le ressort de la démocratie et par conséquent de la volonté politique. Je suis pour l'Europe, mais dans le prolongement des nations ! ­L'Europe &quot;post-nationale&quot; actuelle, où l'on a donné à une Commission européenne composée d'inconnus d'immenses pouvoirs et le monopole de la proposition législative et réglementaire, est à bout de souffle. On n'a plus de politique industrielle, plus de politique monétaire… Nous crevons d'une monnaie surévaluée. C'est cette démission du politique que je n'aimerais pas voir consacrée par les commémorations.       <br />
              <br />
       <b>Vous décrivez l'Europe actuelle comme si l'Allemagne avait gagné la guerre de 14 en six semaines…</b>       <br />
       Non, l'Allemagne a beaucoup souffert des deux guerres mondiales, matériellement et moralement. Mais c'est aujourd'hui une démocratie. Économiquement, elle est aujourd'hui très puissante, mais politiquement elle n'a plus de projet de domination politique. Militairement, elle compte très peu et elle n'a pas de politique extérieure autre qu'économique. L'Allemagne est aujourd'hui prise dans une contradiction : le traité budgétaire européen enferme les pays ­d'Europe du Sud dans une stagnation de longue durée et l'euro devient pour elle un fardeau qui menace sa compétitivité. Or les trois quarts des excédents de l'Allemagne sont réalisés aujourd'hui hors d'Europe. Il serait temps de comprendre que l'euro, surévalué de 20 %, asphyxie notre économie et que l'Europe a besoin d'une autre organisation monétaire pour retrouver la croissance et l'emploi.       <br />
              <br />
       <b>Comment Mitterrand aurait-il commémoré 1914 ?</b>       <br />
       Il aurait réfléchi aux conséquences de la monnaie unique. Il était européen, mais parce qu'il était un patriote français. Il était né en 1916. Il a vécu l'effondrement de la France en 1940, il a été blessé à Verdun et fait prisonnier. L'Europe était pour lui le moyen d'exorciser la guerre. Mais la monnaie unique était une fausse bonne idée. Elle juxtapose des nations économiquement trop hétérogènes. ­François Mitterrand était un réaliste. Il aurait corrigé l'erreur initiale qu'a été le choix de la monnaie unique. Il serait revenu à l'idée d'une monnaie commune réservée aux transactions internationales.       <br />
              <br />
       <b>Vous étiez ministre au moment des commémorations du bicentenaire de la Révolution en 1989, vous aviez mis sur pied le comité des historiens. Quel bilan en tirez-vous?</b>       <br />
       Un bilan mitigé. Le bicentenaire en 1989 n'est pas allé plus loin que le centenaire en 1889, on a fait du surplace. On en est resté à Danton alors qu'on aurait dû réhabiliter Robespierre dans le contexte d'une révolution qui substituait au droit divin les droits de l'homme et du citoyen. Robespierre a sauvé la république qu'il a fondée face à l'invasion étrangère et à la sédition des contre-révolutionnaires. Relisez Jaurès dans l'Histoire socialiste de la Révolution française. Il lui a rendu justice. Une commémoration, c'est l'occasion de porter un regard plus juste, plus équilibré. Le grand homme de la guerre de trente ans, 1914-1945, c'est de Gaulle autant que Clemenceau. Et peut-être même davantage. Il n'a pas désespéré de la patrie et il a sauvé la république. Il faudra, à lui aussi, rendre justice.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.lejdd.fr/Societe/Chevenement-La-guerre-de-14-s-est-terminee-en-45-638089">Le JDD</a>       <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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  <item>
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   <title>La France à la reconquête de son destin (vidéo)</title>
   <pubDate>Fri, 02 Jul 2010 12:18:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Voici la vidéo du discours de clôture de Jean-Pierre Chevènement au Congrès du Mouvement Républicain et Citoyen, Paris, dimanche 27 juin 2010.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      Le texte de cette intervention est <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/La-France-a-la-reconquete-de-son-destin_a974.html">disponible ici</a>.       <br />
              <br />
       Vous pouvez également retrouver cette vidéo chapitrée en six parties sur <a class="link" href="http://www.youtube.com/user/jpchevenement#grid/user/438C315CBFB55FDC">YouTube</a>, <a class="link" href="http://www.dailymotion.com/playlist/x1cubo_jpchevenement_congres-mrc-2010">Dailymotion</a> et <a class="link" href="http://www.facebook.com/jpchevenement?v=app_2392950137">Facebook</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>La France à la reconquête de son destin</title>
   <pubDate>Sun, 27 Jun 2010 12:41:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Grands textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Discours de clôture de Jean-Pierre Chevènement au Congrès du Mouvement Républicain et Citoyen, Paris, dimanche 27 juin 2010.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2190927-3054361.jpg?v=1476647029" alt="La France à la reconquête de son destin" title="La France à la reconquête de son destin" />
     </div>
     <div>
      Dans moins de deux ans d’ici, l’élection présidentielle qui est, dans le système politique français, l’élection primordiale, « la mère des batailles » en quelque sorte, nous donnera, si nous le voulons, l’occasion de peser pour redonner à notre pays, non pas un futur comme aujourd’hui, mais un avenir.       <br />
              <br />
       Le MRC est avant tout une ligne politique, indissociablement au service du monde du travail et au service de la France, continue dans la durée, à la fois cohérente et exigeante, ambitieuse enfin pour la République et pour la nation. Je vous parlerai de la crise qui est devant nous, des perspectives qu’elle offre à notre projet et enfin des moyens que nous avons de peser d’ici 2012 et après.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – La crise</b>       <br />
              <br />
       Elle est fondamentalement celle du capitalisme financier dont nous avons combattu la mise en place en France et en Europe, dès 1983. Elle est aussi la crise de la monnaie unique, celle de l’euro que nous avions prévue depuis la création de celui-ci en 1992 par le traité de Maastricht. Il n’y avait pas besoin d’être grand clerc pour deviner que l’abandon de la souveraineté monétaire à une Banque Centrale européenne indépendante, copiée sur le modèle allemand de la Bundesbank, conduirait à des tensions insupportables dans une Europe faite de nations diverses, aux structures économiques et aux cultures différentes, et aux politiques économiques souvent divergentes.       <br />
              <br />
       A ce pari fou sur une convergence économique improbable des nations dans la zone euro, nous avons dès le départ manifesté une opposition solidement argumentée, non pas contre l’Europe mais pour une Europe des peuples avec leurs nations et non pas sans elles, voire contre elles. L’heure des comptes est arrivée. L’arrogance de nos élites bien-pensantes perd déjà de sa superbe.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">(La vidéo intégrale du discours)</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      https://www.chevenement.fr/video/<object type="application/x-shockwave-flash" id="104896" data="http://www.chevenement.fr/v/34b1bb00f2c040992badafe7acaf022216d74942" width="432" height="243"><param name="movie" value="http://www.chevenement.fr/v/34b1bb00f2c040992badafe7acaf022216d74942"><param name="allowscriptaccess" value="always"><param name="allowfullscreen" value="true"><param name="quality" value="high" /></object>     </div>
     <div>
      1.	La crise du capitalisme financier est inséparable de la déréglementation néolibérale mise en oeuvre dans le monde anglo-saxon d’abord par Mme Thatcher et M. Reagan, en Europe ensuite en vertu des traités européens et particulièrement de l’Acte Unique de 1987. Au nom de la « concurrence », trois cents directives européennes ont interdit les politiques industrielles et cassé les services publics. La seule régulation admise était celle du capital dont la liberté de mouvement, y compris vis-à-vis des pays tiers, a été consacrée le 1er janvier 1990. Tout le pouvoir aux actionnaires !        <br />
              <br />
       Leurs exigences de rentabilité ont fini par commander tous les choix économiques. Les délocalisations industrielles s’ensuivirent. L’épargne française s’est envolée à l’étranger, les capitaux investis à l’extérieur passant de 80 milliards d’euros en 1982 à 880 milliards en 2006, soit onze fois plus. Les effectifs employés dans l’industrie française ont fondu dans le même temps de 6 millions à 3,5 millions. Une quasi stagnation industrielle a marqué les deux dernières décennies, installant notre pays dans un chômage de masse (10 %), frappant particulièrement les jeunes (20 %).       <br />
              <br />
       Le capitalisme financier à l’anglo-saxonne est entré, depuis 2007, dans une crise de longue durée. Il a vu son principe se retourner contre lui avec la crise des subprimes. L’Hyperpuissance américaine, qui soutient le capitalisme financier comme la clé de voûte la cathédrale, s’est enlisée militairement et financièrement. Obama solde les comptes de G.W .Bush.       <br />
              <br />
       Dès le 4 septembre 2001, <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Discours-de-Vincennes_a30.html">je vous avais dit à Vincennes</a> : « Les marchés financiers ne sont pas l’horizon de l’Humanité. Ce sont les nations et les peuples qui font la permanence de l’Histoire ». Nous y sommes. Notre motion d’orientation fait une large place à l’analyse de cette crise que nous avions vu venir depuis longtemps, et en particulier à la situation de l’Europe prise en étau dans les tenailles du G2, ou si vous préférez de la « Chinamérique », je veux dire l’alliance objective des Etats-Unis, dont la monnaie - le dollar - est aussi la monnaie mondiale, et de la Chine qui a bâti sa croissance, tirée par l’exportation, sur l’exploitation par les multinationales d’une immense armée de réserve industrielle dont la qualité est d’ailleurs indéniable.        <br />
              <br />
       Le centre de gravité du monde a glissé vers le Pacifique. L’Europe est devenue un continent périphérique. Le traité de Lisbonne a achevé de la réduire à l’impuissance, à travers un mécanisme décisionnel opaque et inopérant. Quel échec  tous égards pour les prophètes de Maastricht !       <br />
              <br />
              <br />
       2.	La crise de l’euro manifeste la fragilité pour ne pas dire l’absurdité d’une construction européenne fondée sur la négation des nations et de leur irréductible diversité. Les marchés financiers s’en prennent au maillon faible, c’est-à-dire aux Etats de la zone euro, à commencer par ceux qui sont les plus endettés. Il est loin le temps où le général de Gaulle déclarait « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ».       <br />
              <br />
       Invité à une émission de télévision, en février 2009, le Président de la République déclarait : « J’observe tous les jours l’évolution de ce qu’on appelle les « spreads », les primes de risque sur un certain nombre de pays. » Monnaie unique ou pas, la pression des marchés financiers recrée, non plus entre les monnaies mais entre les Etats, les tensions que reflétaient autrefois – avant 1999-, les parités monétaires affrontées à la spéculation. Quel désaveu pour cette monnaie unique, dès le départ mal pensée !       <br />
              <br />
       L’erreur initiale de la monnaie unique conçue à Maastricht et même avant, dès 1989, a été de faire comme si les nations n’existaient pas. La souveraineté monétaire de chaque pays a été transférée à une instance déconnectée du suffrage universel, la Banque Centrale Européenne indépendante, sans qu’ait été mis en place un gouvernement économique de la zone euro dont le rôle eût été de ne pas laisser se creuser les écarts de compétitivité entre les différents pays et d’ouvrir à tous un sentier de croissance partagé. Le mot « gouvernement économique » semble aujourd’hui accepté, y compris par Mme Merkel mais les interprétations divergent du tout au tout quant à son contenu.       <br />
              <br />
       Le Fonds européen de stabilisation financière, mis en place le 9 mai dernier, n’est pas un remède suffisant à la crise de l’euro. J’observe en effet que contre l’avis initial de la France, l’Allemagne a obtenu que chaque pays ne garantisse les futures levées d’argent qu’à hauteur de sa contribution au Fonds.       <br />
              <br />
       Le refus de la solidarité financière des Etats pour la mise en œuvre de plans de sauvetage éventuels est une grave faute. Un tel dispositif, en cas de crise grave, favorisera le creusement d’écarts de taux entre les différents pays. Bref, il aggravera la crise ! L’Europe navigue sur un volcan ! Ces Etats peuvent être acculés à la faillite par la pression des marchés. La responsabilité de tous ceux qui ont soutenu le traité de Maastricht et encore hier approuvé le traité de Lisbonne est engagée. « l’autocritique doit être partagée » entre le PS et l’UMP. Pour autant je ne pense pas qu’il faille faire la politique du pire en prenant par avance son parti du défaut possible de tel ou tel pays et de l’éclatement de la zone euro. La monnaie unique est devenue réalité. Elle a coûté beaucoup de sacrifices. Mais elle a eu aussi beaucoup d’inconvénients : un euro trop fort pénalise nos exportations et favorise les délocalisations industrielles. Certes, là où la BCE avait échoué : obtenir une parité un peu plus réaliste, la crise actuelle a provisoirement réussi mais la méthode n’est pas satisfaisante ! Elle est même franchement insuffisante. Nous sommes partisan de défendre la zone euro dans son intégrité mais en changeant les règles du jeu, en introduisant par exemple la croissance et l’emploi parmi les objectifs de la BCE. Le modèle américain, quoi ! Or, un concours de plans de rigueur s’organise dans toute la zone euro sous la pression des marchés financiers et à l’initiative de Mme Merkel. Il est sans doute nécessaire de responsabiliser les Etats. Solidarité de l’Europe et responsabilité des Etats sont deux principes qui doivent aller de pair.       <br />
              <br />
       Mais on ne peut raisonnablement demander à la Grèce de réduire son déficit de 13,6 % de son PIB en 2009 à 3 % d’ici à 2013. L’Irlande a de même un déficit de 13,4 %, le Portugal de 9,4 %, l’Espagne de 11,2 %. La purge imposée à ces pays, blocage voire diminution des salaires et des retraites à la clé, n’a aucune chance de réussir en si peu de temps.       <br />
              <br />
       En France, les engagements pris – réduire de 100 milliards notre déficit budgétaire d’ici 2013 - risquent de casser la reprise. Il eût fallu distinguer la bonne dette et la mauvaise : la bonne qui prépare l’avenir à travers l’investissement, et la mauvaise qui couvre les frais de fonctionnement et qu’il faut effectivement supprimer. Mais tout cela ne peut se faire sur le dos du monde du travail. Une réforme fiscale de grande ampleur s’impose. On ne peut pas non plus, pour équilibrer nos régimes de retraites mais aussi pour calmer les marchés financiers, remettre en cause la conquête essentielle qu’a été pour la classe ouvrière la retraite à soixante ans. L’espérance de vie pour les ouvriers est de sept ans inférieure à la moyenne. Nous demandons que pour les ouvriers de l’industrie, l’âge de départ à la retraite soit maintenu à soixante ans. Ce sera une bonne manière de revaloriser à la fois le travail et l’industrie.       <br />
              <br />
       Joseph Stiglitz l’a dit clairement « Si l’Union européenne continue dans la voie d’un plan coordonné d’austérité, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années trente, que ce n’est pas ce qu’il faut faire ! ». Le pronostic de Joseph Stiglitz pour la monnaie unique est pessimiste. Je le cite « Pour Athènes, Madrid ou Lisbonne se posera sérieusement la question de savoir s’ils ont intérêt à poursuivre le plan d’austérité imposé par le FMI et par Bruxelles, ou au contraire, à redevenir maîtres de leur politique monétaire. » Le Président de la BCE a déclaré qu’il n’avait pas de plan B. Est-ce prudent ? Je ne le crois pas. Il faut préparer un plan B. Il n’est pas nécessaire de le dire. Mais il faut le faire.       <br />
              <br />
       Nicolas Sarkozy a fait malheureusement à Mme Merkel deux concessions majeures en acceptant :       <br />
              <br />
       -	que le droit de vote d’un pays au sein du Conseil européen puisse être suspendu pour laxisme, en contravention avec les traités existants ;        <br />
       -	que la coordination économique et budgétaire s’opère au niveau de l’Union à vingt-sept, et pas au niveau des seize pays qui ont adopté la monnaie unique où se pose justement ce problème, les onze autres pays qui ont gardé leur monnaie pouvant procéder à des ajustements monétaires.       <br />
              <br />
       Même suivisme pour constitutionnaliser l’interdiction du déficit budgétaire. Cette reculade est inquiétante. M. Trichet a proposé un « fédéralisme budgétaire » qui priverait les Parlements nationaux de leur prérogative essentielle : le vote du budget de la nation. Ce n’est pas ainsi qu’on remédiera au déficit démocratique des institutions européennes.       <br />
              <br />
       Nous ne saurions accepter l’idée d’un visa préalable de la Commission européenne sur les budgets nationaux. C’est le Parlement qui vote le budget et personne d’autre. Monsieur Trichet sort de son rôle quand il parle de « fédéralisme budgétaire ». Ce discours ne peut avoir qu’un sens : soustraire à la délibération des Parlements l’élaboration des budgets. C’est une remise en cause fondamentale de la démocratie. Parler de fédéralisme relève de l’intoxication.        <br />
              <br />
       Celui-ci est impraticable : le budget européen dépasse à peine 1 % du PIB européen. Le taux moyen des prélèvements obligatoires en Europe est d’environ 40 %. Le mot « fédéralisme » dissimule en réalité la volonté de priver les peuples de toute possibilité d’expression et d’influence politique.       <br />
              <br />
       Ce qui serait raisonnable ce serait un processus itératif : le Conseil européen approuverait un cadre général de prévisions macroéconomiques, éventuellement ventilé par pays. Il reviendrait aux Parlements nationaux de délibérer et d’établir une programmation, d’ailleurs révisable, des recettes et des dépenses. En cas de désaccord, le Conseil européen chercherait à dégager un compromis, à charge par le gouvernement concerné de le faire ratifier par son Parlement. Il s’agirait donc d’un document de programmation concernant l’évolution de l’économie dans son ensemble aussi bien que celle des Finances publiques. Les parlements continueraient, dans ce cadre, à voter le budget.       <br />
              <br />
       Le gouvernement allemand devrait être incité à infléchir sa politique en relâchant la pression qu’il exerce notamment sur l’évolution des normes salariales. Sans doute est-ce là d’abord l’affaire du patronat et des syndicats. Mais dans le passé le gouvernement allemand n’a-t-il pas impulsé des plans comme l’Agenda 2010 ou les différents plans Harz, du nom du conseiller économique de M. Schröder ?       <br />
              <br />
       De même, la BCE devrait-elle être encouragée à ouvrir davantage le robinet monétaire, en prenant en pension, en cas de besoin manifeste et comme elle l’a déjà fait occasionnellement pour les titres de l’Etat grec, les titres d’emprunt d’Etat de façon à stopper la spéculation. Il y a là un vrai mécanisme de solidarité européenne défensive. Sur ce sujet, il est important qu’un accord intervienne entre la France et l’Allemagne avant le remplacement de M. Trichet à la tête de la BCE. M. Axel Weber, président de la Bundesbank, s’il est nommé à la place, doit l’être sur la base d’un contrat. La cohésion franco-allemande est sans doute nécessaire, mais elle ne saurait se confondre avec l’alignement !       <br />
              <br />
       On ne peut que regretter rétrospectivement le projet de monnaie commune soutenu en 1990 par la Grande-Bretagne, dit encore « hard écu », la monnaie commune ayant cours vers l’extérieur et laissant subsister, à l’intérieur, des monnaies nationales inconvertibles autrement qu’à travers un accord politique fixant leur parité par rapport à la monnaie commune. Ce système simple permettait, sous un « toit européen » commun, les ajustements monétaires rendus nécessaires par les évolutions divergentes que le pacte de stabilité de 1997, rudimentaire et arbitraire, n’a pas permis d’empêcher et qu’on ne pourra jamais empêcher, car ils sont enracinés dans les comportements nationaux façonnés par des siècles d’Histoire.       <br />
              <br />
              <br />
       La situation st aujourd’hui gravissime. Après la Grèce, ce peut être le tour d’un grand pays comme l’Espagne et ensuite le détricotage de toute la zone euro. Nous devons nous préparer à toutes les hypothèses en nous efforçant d’approfondir le dialogue avec l’Allemagne et d’élaborer des positions communes, y compris des scénarios alternatifs.        <br />
              <br />
       Nous savons ce que nous ne voulons pas : il ne serait pas réaliste et même franchement contraire à l’intérêt national de vouloir redécouper la zone euro pour en exclure les pays autrefois désignés comme « pays du club Med ». La France ne pourrait pas accepter une union monétaire à cinq ou six avec l’Allemagne et le Benelux. Ce qui reste de notre industrie n’y résisterait pas. Ce serait inacceptable pour l’idée que nous nous faisons de l’Europe. Nous devrons le faire savoir à nos amis allemands. La zone euro doit être défendue dans ses limites actuelles. Il serait inacceptable de revenir à la conception d’un noyau dur à cinq (Allemagne-Benelux-France) tel que proposé en 1994.        <br />
              <br />
       Pouvons-nous faire confiance aux milieux dirigeants français, toutes tendances confondues, pour manifester une telle volonté ? Non, nous ne le pouvons pas ! Ils ont trop investi sur l’Europe de Maastricht et sur la monnaie unique. Leur orgueil nourrit leur aveuglement. Nos élites, comme dans les années trente, manquent de confiance en la France. Voilà pourquoi nous devons peser. Ici et maintenant !        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Notre projet</b>       <br />
              <br />
       Notre projet est clairement de refaire de la France un grand pays industriel et technologique. Pour cela nous n’avons aucune confiance dans ceux qui nous ont fourvoyés.  Combien d’emplois ont créés en France depuis dix ans les entreprises du CAC40 ? A ma connaissance, aucun. Elles se développent à l’étranger. Nos dirigeants manifestent tous les jours à quel point ils ne croient pas en l’avenir de la France. Et nous, nous voulons rendre confiance à la France et à sa jeunesse. Nous voulons rendre à la France une éthique républicaine exigeante, et avec elle sa fierté et son ambition.       <br />
              <br />
       C’est possible ! Nos atouts restent immenses et d’abord dans la formation, la recherche, l’innovation, et ensuite dans notre épargne, l’une des plus élevées du monde ! Ce qui manque c’est la volonté de créer un cadre propice à la valorisation des atouts de la France. Notre mot d’ordre est le même qu’en 1981 : d’abord l’emploi !       <br />
              <br />
       Nous disons non à la dictature de l’Argent ! Non à « l’acquisition de la valeur par l’actionnaire », comme disent nos financiers. Nous voulons faire la Révolution. Au sens étymologique du terme : remettre les choses à l’endroit. Faire passer le souci de l’Homme avant celui de la Finance.        <br />
              <br />
       Ce n’est pas si difficile que cela :       <br />
              <br />
       -	Il nous faut d’abord une monnaie qui n’écrase pas notre compétitivité.       <br />
       -	Et nous devons imaginer et mettre en œuvre un contrôle public du crédit, afin de soustraire le développement de nos entreprises à la dictature du court terme et à la myopie de nos élites financières.       <br />
              <br />
       Voilà le projet de salut public qui éclaire nos quarante propositions.       <br />
              <br />
       Nous voulons une autre Europe, fondée sur la démocratie qui vit dans les nations. Nous voulons une ligue de peuples étendue jusqu’à la Russie. Nous devons organiser la « résilience » de l’Europe. Certes, les temps où l’Europe dominait le monde sont définitivement derrière nous. Nous nous réjouissons du développement légitime de grands pays milliardaires en hommes. Mais pas au prix de la destruction de notre industrie, de notre modèle social et de notre avenir !       <br />
              <br />
       Je suis persuadé qu’un projet commun peut réunir Paris et Berlin vers la Russie d’une part, vers la Méditerranée et l’Afrique d’autre part. Et ce projet européen peut associer Rome, Madrid, Varsovie, et d’ailleurs toutes les autres capitales européennes. C’est de la « résilience » de l’Europe qu’il s’agit, bref de la survie d’un ensemble de nations libres, démocratiques et que nous voulons maintenir prospères. Oui le moment approche où il faudra repenser ce que le mot « Europe » veut dire !       <br />
              <br />
       Il faut faire bouger les lignes. Que le vrai débat s’ouvre. Nos élites ne comprennent qu’un langage : celui des rapports de forces. Nous sommes seuls ? Mais ouvrons les yeux : en Europe, les peuples n’acceptent pas la purge. Les Etats-Unis d’Obama non plus, qui ont besoin d’une locomotive européenne pour les aider à combler leurs déficits.        <br />
              <br />
       Regardons le calendrier : après 2012 en France, il y a en Allemagne 2013, l’échéance des élections générales ! Or, la gauche allemande reprend du poil de la bête, même si ses divisions entre le SPD, die Linke et les Verts constituent pour elle un handicap historique. Une France progressiste pourrait l’aider à surmonter ce handicap. Parions que de toute façon les évènements feront bouger les mentalités chez notre grand voisin. À condition que la France se tienne et qu’elle joue son rôle, celui de la nation forte qu’elle a été et qu’elle doit redevenir !       <br />
              <br />
       Je ne m’étends pas davantage sur notre projet : Il est de rendre la France exemplaire !       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Comment peser ?</b>       <br />
              <br />
       1. Comment d'abord mettre la France à la hauteur des formidables défis qui sont devant nous ?        <br />
              <br />
       Je ne dirai que peu de mots de Nicolas Sarkozy. Sa fonction n’est pas en cause. Il a été élu démocratiquement Président de la République. Mais c’est son projet, libéral, européiste et atlantiste que nous combattons. Il ne met pas la France sur la bonne pente. Nicolas Sarkozy peut être battu, mais il n’y a pas aujourd’hui d’alternative politiquement et intellectuellement construite : Le Parti socialiste reste prisonnier d’une vision libérale et européiste dépassée. Comme hier avec les Verts, au sein de la « gauche plurielle », l’alliance avec Europe Ecologie pose problème. Certes, sur divers sujets de société ou même de politique extérieure, et sur les questions environnementales, nous pouvons trouver des convergences ou des compromis avec cette formation, mais sa thématique (décroissance, sortie du nucléaire, rejet de la philosophie des Lumières, au nom de la contestation du « progrès »), tourne trop souvent le dos aux orientations d’une politique de salut public.       <br />
              <br />
       Comment, dans ces conditions, substituer une régulation politique à la dictature des marchés financiers, sinon en se tournant vers le peuple lui-même ? C’est tout simplement notre devoir, car il faut que notre peuple soit à nouveau rendu maître de son avenir.       <br />
              <br />
       2. Nous devons donc remédier à l’insuffisance de l’offre politique.        <br />
              <br />
       Non que les hommes ou les femmes qui prétendent à concourir soient médiocres.        <br />
              <br />
       Nicolas Sarkozy a des défauts, mais il a aussi d’incontestables qualités, d’habileté et de pragmatisme. Cela ne suffit pas. Dominique de Villepin a beaucoup de qualités, mais il a aussi quelques défauts, par exemple d’avoir gardé sa carte à l’UMP.       <br />
              <br />
       Pouvons-nous nous tourner en confiance vers le PS ? Martine Aubry est une femme énergique. Elle donne le sentiment de savoir où elle va mais si son projet rencontrait le nôtre, elle ne nous marcherait pas sur les pieds tous les jours.        <br />
              <br />
       Je ne reviendrai pas sur les régionales où neuf de nos candidats, placés en position éligible et inamovible, aux termes mêmes de l’accord dûment paraphé par Martine et par moi-même, ont été purement et simplement éjectés entre les deux tours.        <br />
              <br />
       Je ne dirai rien sur les élections européennes où les conversations engagées ont tourné court, du fait du PS.        <br />
              <br />
       Je ne dirai rien sur les municipales où quand nous sommes en position forte, comme à Belfort, nous devons affronter une liste socialiste au premier tour. Encore, avec 13 % se désiste-t-elle au second tour pour la liste conduite par Etienne Butzbach qui l’avait nettement devancée au premier avec 33 % des voix.       <br />
              <br />
       Rien de tel aux sénatoriales, où le Président du Conseil général socialiste se maintient contre moi au deuxième tour bien que je l’aie devancé au premier. Cela ne m’a d’ailleurs pas empêché d’être élu contre le candidat de l’UMP, ce qui est normal, et contre celui du PS, ce qui ne l’est pas du tout.        <br />
              <br />
       Bref, le Parti socialiste ne nous tolère que lorsque cela lui est utile ou qu’il y est contraint. Autrement, il nous écrase. Il ne reconnaît pas la légitimité du débat qui nous oppose à lui sur maints sujets. Il est incapable d’une autocritique sérieuse, sur Maastricht par exemple ou sur 2002 où il nous transforme en bouc émissaire commode pour ne pas avoir à remettre en cause la ligne politique qui l’a conduit à la défaite. Il délaisse le social pour le sociétal et au point où il est parvenu, il transformerait volontiers la gauche en organisation caritative.       <br />
              <br />
       Dominique Strauss-Kahn, a de remarquables facilités intellectuelles. Comme Martine Aubry, je le connais bien. Nous avons eu longtemps des relations sympathiques. Sauf sur la politique industrielle, sur l’Europe dont, dans un rapport remis à Romano Prodi en 2004, il voulait faire une nation, thèse peu sérieuse pour un candidat potentiel à la Présidence de la République française, sauf enfin sur les plans de rigueur qu’il administre à la tête du FMI. Au sein de celui-ci, les Etats-Unis disposent d’une minorité de blocage. Etait-il si prudent de les introduire dans la bergerie européenne ? Et de mettre d’éventuels plans de sauvetage de l’euro sous tutelle américaine ?        <br />
              <br />
       Ségolène Royal est courageuse. Sa personnalité est charismatique. Elle n’a malheureusement pas respecté jusqu’au bout l’accord politique qui la liait à nous.        <br />
              <br />
       François Hollande est talentueux. C’est le meilleur orateur chez les socialistes. J’ajoute, à titre personnel, qu’il est très sympathique. Mais sur l’essentiel, ces quatre-là pensent la même chose. Ce sont des sociaux-libéraux. Ils ne voient rien, au-delà de l’horizon des marchés financiers. C’est embêtant.        <br />
              <br />
       Je ne dirai rien du Parti communiste et du Parti de gauche. Il faut d’abord qu’ils s’entendent sur la procédure.       <br />
              <br />
       3. Nous avions un moment envisagé, avec circonspection mais esprit d’ouverture, des primaires de toute la gauche. Elles n’auraient été possibles que sur la base d’un dessein à peu près partagé. Sinon le désistement n’aurait eu que le sens d’un ralliement. En sommes-nous là aujourd’hui ? Certainement pas. Il faut donc faire bouger les lignes !       <br />
              <br />
       Par ailleurs, il faudrait bien sûr un accord sur l’organisation de ces primaires. Mais les dirigeants du PS n’ont-ils pas commencé à vider eux-mêmes ces « primaires » de leur substance en passant par avance des pactes de désistement ? Pacte de Marrakech entre Dominique Strauss Kahn et Martine Aubry … Pacte du Boulevard Raspail où se sont rencontrées Ségolène Royal et Martine Aubry … François Hollande lui-même exprime sa crainte de passer pour un « diviseur » s’il se présente à ces primaires ! Bonjour l’ambiance !       <br />
              <br />
       Bref, les choses de ce côté là ne sont pas mûres … Il faudrait que sur tous les sujets de fond s’engage un débat fracassant !  Sinon ces primaires risquent de se résumer à une campagne médiatique arbitrée par les sondages.       <br />
              <br />
       Pouvons-nous changer la donne ?       <br />
              <br />
       4. Devant tant d’incertitudes, nous devons prendre nos résolutions.  Pour faire bouger les lignes et engager un débat sur le fond, le MRC doit se préparer à présenter un candidat républicain – je cite notre motion d’orientation. C’est la seule manière de faire que 2012 soit le début de la reconquête par la France de son destin.       <br />
              <br />
       La tâche est infiniment rude car la gravité de la situation financière va très vite mettre le salut public à l’ordre du jour. Ce n’est pas seulement une candidature républicaine qui fera bouger les lignes. Ce seront les évènements eux-mêmes. Pour préparer l’avenir d’une Europe des peuples, avec en son cœur une compréhension franco-allemande renforcée, il faut une France forte et une France capable de raisonner mondial. La crise du capitalisme financier mondialisé implique en effet une réponse mondiale. Notre meilleur allié aujourd’hui s’appelle Obama. Car le Président américain doit résorber les énormes déficits de la balance commerciale (700 milliards de dollars) et du budget général américain (12 % du PIB !).       <br />
              <br />
       Il ne le peut qu’à travers une croissance forte, non seulement aux Etats-Unis mais dans le reste du monde. Il doit pouvoir compter sur une France  capable de jouer son rôle de contrepoids en Europe, dans l’intérêt de l’Europe et de l’Allemagne elle-même. Car celle-ci réalise 60 % de son excédent commercial sur la zone euro. L’Allemagne aussi a ses problèmes. Elle connaît notamment une précarité grandissante. Une relance de la demande intérieure, y compris par la voie salariale, peut ranimer la croissance allemande. Bref un compromis européen est nécessaire à tous égards, y compris pour aider les Etats-Unis à surmonter leur crise.       <br />
              <br />
       Voilà le discours que devrait tenir un candidat républicain, animé d’une vision qui réponde à l’intérêt national mais plus largement encore à l’intérêt de l’Humanité tout entière dans cette période historique dangereuse où la guerre peut, comme dans toutes les périodes de crise, à tout moment, surgir à l’horizon.       <br />
              <br />
       5. Qui peut nous inspirer confiance dans ces circonstances difficiles ? Objectivement, il n’y a pas beaucoup d’hommes d’Etat à l’horizon. Certes on ne naît pas homme d’Etat. On le devient. Je suggère que nous ne prenions pas aujourd’hui de décision précipitée sur la personne du candidat républicain dont la France a besoin et que nous soutiendrons. Un candidat à la Présidence de la République peut être soutenu par un parti. Mais il ne peut être le candidat d’un parti. Pour ma part, vous le savez, je n’ai jamais été tenaillé depuis l’adolescence par l’envie rentrée de devenir Président de la République. Je n’ai pas calibré ma carrière en conséquence.       <br />
              <br />
       Je me suis borné à une fonction d’instituteur républicain, en quelque sorte, au sens étymologique du terme. Si je me suis résolu à être candidat en 2002, c’est pour témoigner d’une vision républicaine qui n’était portée par aucun autre. Je ne retire rien des vues que j’ai exprimées qui n’avaient en général que le défaut d’être prémonitoires. Sur l’Europe par exemple.       <br />
              <br />
       Je récuse évidemment le procès imbécile qui m’a été fait d’avoir fait perdre le candidat socialiste. Si 11 % des ouvriers seulement ont voté pour lui, ce n’est quand même pas la faute de Chevènement. Trêve donc de balivernes ! En démocratie il est légitime de porter le débat devant l’électeur.       <br />
              <br />
       Aujourd’hui, je ne veux rien exclure. Certes, je ne suis plus jeune. Mais l’expérience est irremplaçable. Depuis quarante ans, depuis le Congrès d’Epinay, j’ai vu qui était qui, qui faisait quoi. J’ai compris beaucoup de choses. Et je ne suis animé que par le souci de servir mon pays. J’observe qu’en 1917, Clemenceau avait soixante-dix-sept ans. Quelle leçon d’énergie il a laissée ! Celle-ci serait aujourd’hui bien nécessaire !       <br />
              <br />
       6. Quel profil d’ailleurs doit avoir un Président de la République par les temps qui courent ?       <br />
              <br />
       La hauteur de vues, c’est le principal.       <br />
       La volonté ensuite de rétablir dans l’Etat une stricte déontologie républicaine.        <br />
       Le souci enfin d’aller à l’essentiel, en laissant le Premier ministre gouverner et recevoir, par exemple, Thierry Henry.       <br />
              <br />
       Bref, du grand classique ! En outre, le souci de rassembler largement, sans sectarisme  et sans démagogie, car le Président de la République doit être « l’Homme de la Nation » et pas celui d’un parti. C’est ce qui est embêtant aujourd’hui : les institutions de la Vème République n’étaient pas faites pour être ainsi confisquées par deux partis. Il faudrait donner un peu d’air à tout cela ! Voilà pour le profil du candidat.       <br />
              <br />
       7. Le moment est-il venu de décider ? Chacun comprendra qu’il faut créer d’abord un espace politique. C’est là votre mission. Pour ma part, je porterai dans le pays le message de la République à chaque occasion       <br />
              <br />
       Comment créer cet espace politique ? Je ne vois qu’un moyen : convaincre nos concitoyens que ceux qui les ont fourvoyés depuis Maastricht, et même avant et jusqu’à Lisbonne en 2008, ne sont pas les mieux placés pour solliciter leur confiance. Faites donc entendre le langage de la vérité ! Vous le connaissez ! Faites connaître nos analyses et notre projet. Sachez que pour ma part, je suis disponible !  Alors, vous verrez, d'ici un an, vous ferez bouger les lignes. C’est ainsi que vous ferez revivre la République, que vous aiderez au grand retour de la France et que vous ouvrirez non pas un misérable futur, mais un bel avenir à notre jeunesse. 
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