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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-03-13T14:11:16+01:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>"L’idée républicaine, une idée exigeante"</title>
   <pubDate>Tue, 17 Dec 2019 16:11:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement au rassemblement du "Printemps Républicain" le 30 novembre 2019 à la Bellevilloise (Paris)     <div>
      <ul class="list"><li> <span class="u">Actualité de l’idée républicaine</span>       <br />
              <br />
       Par un paradoxe qui n’est qu’apparent, l’idée républicaine en France a repris de la force au fur et à mesure que la société française se fragmentait. Ce n’est pas par hasard qu’on parle aujourd’hui de « l’archipel français ».       <br />
              <br />
       Cette fragmentation a plusieurs causes :       <br />
              <br />
       D’abord et avant tout par l’effet d’un néo-libéralisme triomphant tout au long des années 1980-1990-2000. Près de trois décennies de déréglementation, de dérégulation installent un capitalisme financier mondialisé, la libération des mouvements de capitaux favorisant les délocalisations industrielles et la désindustrialisation. Partout les fractures se creusent, économiques, sociales, territoriales, générationnelles. On n’a pas fini de faire le bilan de « la mondialisation heureuse » et de cette Europe transformée en « petit coin de Paradis ».       <br />
              <br />
       La sécession des élites fait étroitement corps avec cette dérégulation généralisée qui s’installe en Europe et dans le monde à la faveur de l’Acte Unique. Elle l’explique et elle s’en nourrit.       <br />
              <br />
       La deuxième cause de cette fragmentation sociale est dans l’idéologie libérale-libertaire et particulièrement dans l’hyper-individualisme libéral qui fait émerger « la société des individus », aux antipodes des valeurs collectives républicaines.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Les Rebeus, les Céfrans, le bobos, les gilets jaunes les paysans abandonnés au fond de leurs déserts ruraux composent un paysage éclaté sur lequel règnent Last, but not the least « les élites mondialisées ».       <br />
              <br />
       Ces deux forces de déconstruction font apparaître le besoin du commun au fur et à mesure qu’elles le détruisent. Ce besoin du commun peut s’exprimer sous des formes caricaturales, on parlera de « populisme », mais il peut faire renaître une conception exigeante de la République, seul antidote à l’archipélisation de la France.       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <span class="u">L’idée républicaine, une idée exigeante</span>       <br />
              <br />
       Il y a un lien étroit entre la souveraineté et la citoyenneté, le citoyen est une parcelle du souverain ; Entre la citoyenneté et l’École, formatrice du citoyen ; Entre la liberté, notamment religieuse, et la laïcité ; Entre la laïcité et l’espace du débat républicain d’où résulte la définition de l’intérêt général sanctionnée par le suffrage universel ; Il y a un lien enfin entre la liberté et l’égalité : égalité devant la loi, égalité des chances qui n’est pas l’égalitarisme, mais la chance donnée à chacun d’aller au bout de ses possibilités. C’est le but de l’État social appuyé sur l’idée du service public.       <br />
              <br />
       Il y a un lien enfin entre la souveraineté populaire et la nation entendue au sens de communauté de citoyens proscrivant toute distinction fondée sur la race, le sexe, la religion ou la philosophie. A ne pas confondre avec la conception ethnique de la nation.       <br />
              <br />
       Pour résumer, oui au métissage, non au communautarisme. La nation fonde ce puissant sentiment d’appartenance sans lequel il n’y a pas de démocratie. Seul ce sentiment d’appartenance peut fonder l’acceptation du fait majoritaire.       <br />
              <br />
       C’est pourquoi le civisme suppose le patriotisme républicain, car le citoyen ne va pas sans abnégation et cette abnégation implique qu’on reconnaisse l’existence d’une réalité plus grande que soi : la nation française, l’intérêt de la collectivité. La nation telle qu’il nous appartient de la continuer. C’est pourquoi la République est un combat.       <br />
              <br />
       Oui, j’ai dit combat, car les déconstructeurs de la République sont allés trop loin.       <br />
              <br />
       Le moment est venu de rompre en visière avec une conception hors-sol de l’Europe, avec une vision purement économiciste du monde, avec les déconstructeurs de la France républicaine et avec la masse de ceux qui ont renoncé à porter ses valeurs.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <span class="u">Le combat républicain exige des idées claires</span>       <br />
              <br />
       <b>I. Un combat sur deux fronts</b>       <br />
              <br />
       Oui, la République avec ses élus et ses fonctionnaires – je pense en particulier aux professeurs - est en première ligne pour prévenir et combattre les régressions identitaires que constituent aussi bien l’islamisme que le suprémacisme blanc et pour faire triompher les éternels principes de la Révolution française que sont la liberté, l’égalité, la fraternité auxquels j’ajouterai la laïcité qui d’ailleurs en découle.       <br />
              <br />
       Ces principes sont plus actuels que jamais au XXIe siècle et il incombe à la France de les réaffirmer pour ce qui la concerne, étant donné, bien entendu, qu’il appartient à chaque peuple de s’en saisir à sa manière. Un écrivain allemand, Ernst Curtius, écrivait jadis que l’universalisme était la spécificité de la France. Qu’on nous reconnaisse donc le droit de défendre cette spécificité contre les tenants du droit divin que sont les islamistes. Ceux-ci, si on les écoutait, nous ramèneraient non pas au Moyen-Âge mais bien avant, au VIIème siècle de notre ère, au temps du Prophète et de ses compagnons. Si nous appliquions ce principe à la France, il nous faudrait revenir au temps du roi Dagobert ! Plutôt que de couper nos pantalons à mi-mollet, il nous faudrait mettre notre culotte à l’envers !       <br />
              <br />
       D’un côté les islamistes qui fournissent le terreau du djihadisme et favorisent le repli communautariste et de l’autre, ceux que j’appelle les « suprémacistes blancs », qui sont les partisans de la nation ethnique et qui récusent par définition la conception civique de la nation, la France comme communauté de citoyens sans distinction de race, de sexe ou de religion.       <br />
              <br />
       C’est ce combat sur deux fronts que, par les temps difficiles qu’elle affronte, la République doit mener avec des idées claires. L’idée qu’une religion – en l’occurrence l’islam – serait au-dessus de la critique n’est pas acceptable. Mais si la critique des textes bibliques et du Nouveau Testament n’avait pas existé, il n’y aurait eu ni la Réforme ni l’évolution libérale de l’Église catholique qui n’est plus aujourd’hui celle du Syllabus.       <br />
              <br />
       <b>II. Ne pas confondre les actes anti-musulmans et l’exégèse coranique</b>       <br />
              <br />
       Les actes criminels commis contre les musulmans doivent être condamnés avec la même force que les attentats visant les synagogues et les églises. Contre de tels actes, je suis prêt à aller manifester. Mais je ne veux pas me faire complice de ceux qui entendent soustraire les textes sacrés à tout effort d’exégèse comme le prétendent les tenants de l’interprétation littéraliste de ces textes. Encore moins ne veux je me faire complice de ceux qui, prennant appui sur le ressentiment, veulent entretenir les musulmans français dans un état d’esprit victimaire propice à tous les repliements.       <br />
              <br />
       Que, dans une manifestation récente contre ce concept fumeux et ambivalent d’islamophobie, on ait vu une fillette arborer l’étoile jaune, comme si la situation des musulmans en France aujourd’hui était comparable à celle des juifs sous l’occupation, en dit long sur la perversité de ce genre de manifestation et sur la dérive idéologique de leurs instigateurs. Honte à eux ! Honte à ceux qui mélangent la juste indignation devant le crime de Bayonne et l’islamisme militant qui faisait crier « Allah ou akbar ! » à une poignée de manifestants.       <br />
              <br />
       Naturellement, je ne suis pas sans apercevoir les relents d’électoralisme et la complaisance affichée par certains élus à l’égard des dérives que leur devoir serait de combattre chez les musulmans enclins au repliement victimaire plutôt que de les encourager !       <br />
              <br />
       Bien entendu, ce combat serait plus facile si la République s’efforçait parallèlement de faire mieux vivre son message d’égalité, en permettant à chacun d’aller au bout de ses possibilités. C’était le but des CODAC, des commissions départementales d’accès à la citoyenneté que j’ai créées en 1999 pour promouvoir dans les administrations et dans les entreprises un recrutement « à l’image de la population ».       <br />
              <br />
       Ne confondons donc pas le racisme anti-musulman et la liberté de penser qui appartient à tous les citoyens, musulmans ou autres. Ne tombons pas otages des obscurantistes qui veulent empêcher l’islam d’évoluer, comme toutes les religions, et de se mettre en phase avec le monde moderne. Jamais le Prophète n’a condamné l’effort de la connaissance, bien au contraire. Ancien Président de la FIF, je cite : « Allez chercher le savoir… jusqu’en Chine ».       <br />
              <br />
       Halte donc à la manipulation des musulmans par de faux frères que ne motivent que le clientélisme électoral et le souci de faire fructifier leur fonds de commerce ! Halte à l’exploitation du ressentiment pour semer la haine et miner la paix civile.       <br />
              <br />
       <b>III. L’Islam n’est pas l’islamisme</b>       <br />
              <br />
       À ce stade, je veux mettre en garde contre une seconde confusion : l’islam compatible avec les valeurs de la République n’est pas l’islamisme. L’islam est une religion, la République la respecte. L’islamisme, lui, est une idéologie d’autant plus dangereuse qu’elle se pare des atours de la religion. Ceux qui confondent islam et islamisme font le jeu de celui-ci : ce sont des fauteurs de guerre civile.       <br />
              <br />
       Un besoin de clarté se fait jour parce qu’il y a beaucoup de confusion. La pédagogie est nécessaire pour que la France puisse sortir de la zone des tempêtes où elle est entrée, happée par ce que les Anglo-saxons appellent la globalisation, depuis déjà au moins trois décennies. Cette globalisation a multiplié les fractures de toutes natures jusqu’à menacer l’unité nationale elle-même. Et pour défendre « l’espace du commun », il n’y a que la République. Notre tâche commune est de mener un combat pédagogique pour faire reculer les obscurantismes et pour réconcilier les Français sur ce que « République » signifie. Nous sommes confrontés à plusieurs défis : non seulement le terrorisme mais aussi le communautarisme qui nie l’espace commun et mine des territoires qui se sentent abandonnés par la République.       <br />
              <br />
       En troisième lieu, le défi migratoire qui résulte de déséquilibres à long terme insupportables. Un défi qu’on ne peut relever que si la société d’accueil est capable d’intégrer les « nouveaux arrivants », dans l’intérêt de tous, y compris celui des immigrants d’hier, désormais intégrés à la communauté nationale. Enfin, se greffant sur toutes ces menaces à l’unité nationale, un quatrième défi : la montée continue de l’extrême droite depuis 1984. Celle-ci est la mauvaise réponse à de bonnes questions, comme disait jadis un ancien Premier ministre. Son accès au pouvoir nous rapprocherait dangereusement de la guerre civile. Celle-ci s’avance toujours à bas bruit.       <br />
              <br />
       <b>IV. D’abord des idées claires</b>       <br />
              <br />
       Pour répondre à tant de défis et mettre en œuvre les réponses adéquates, il faut d’abord avoir les idées claires et savoir ce que les mots veulent dire. On mélange trop souvent, je l’ai dit, islam et islamisme, on confond asile et migration. Des idées fausses circulent sur la laïcité dont une bonne compréhension serait pourtant un des éléments de la solution de nos problèmes. La laïcité n’a jamais tué personne !       <br />
              <br />
       Ce confusionnisme s’exprime même au sein du parti majoritaire, où on voit un député donner des leçons à un ministre qui a eu le courage de dire ce qu’il fallait dire, en déconseillant une manifestation évidente de différentialisme, tout en précisant qu’il voulait convaincre et non pas interdire.       <br />
              <br />
       La France compte environ 5 millions de citoyens de confession ou de culture musulmane. Ces musulmans ont le droit de pratiquer leur culte et j’ai, en tant que ministre de l’Intérieur, œuvré, comme mes successeurs, à faire en sorte qu’ils puissent le faire dignement. La contrepartie était l’engagement, signé le 28 janvier 2000, de respecter sans exception les principes de la République. Cet engagement a-t-il été respecté ? Je répondrai tout à l’heure à cette question.       <br />
              <br />
       Revenons aux concepts :       <br />
              <br />
       La laïcité n’est pas seulement une règle d’organisation. C’est un principe qui n’a été acquis qu’à la suite d’un combat de plus d’un siècle, de 1789 à 1905. Ce principe, qui découle de la liberté d’opinion religieuse proclamé par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, ne peut être détaché de son substrat historique et culturel qu’est l’idéal des Lumières.       <br />
              <br />
       La laïcité sépare le domaine des religions du domaine où, ensemble, quelle que soit leur croyance, les citoyens participent à l’élaboration de la volonté générale, c’est-à-dire de la loi républicaine, et cela à la lumière de la Raison naturelle, sans exciper de la Révélation propre à chacun pour imposer son dogme. C’est pour cela que l’École laïque a été créée, l’école qui forme le citoyen, à la fois par la transmission des connaissances et par l’éducation du sens critique, c’est-à-dire de la capacité à penser par soi-même, indissociable du sens civique. C’est Jean Macé, le fondateur de la Ligue de l’Enseignement qui définissait la laïcité comme « le combat contre l’ignorance ». J’invite ses lointains successeurs à revenir aux sources.       <br />
              <br />
       Bien sûr, chacun peut trouver dans sa foi les motivations qui le feront agir. Mais dans l’espace public de la citoyenneté, il est fermement invité à ne pas cultiver des arguments d’autorité mais des arguments autant que possible rationnels. C’est cela l’esprit laïque.       <br />
              <br />
       <b>V. Pour un Islam de France compatible avec la République</b>       <br />
              <br />
       Le problème posé par l’organisation de l’islam est qu’il n’existait quasiment pas en France avant 1905, sauf en Algérie où la loi ne s’est pas appliquée. Alors que les trois « cultes reconnus » auparavant avaient été, eux, organisés avec le concours et l’aval de l’État, dès le début du XIXème siècle. Dans le cadre de la loi de 1905, l’État n’a pas le droit d’intervenir dans ce domaine de l’organisation des cultes. Comme la morale de Kant, « l’État a les mains pures, mais il n’a pas de mains ». Donc l’islam est laissé à lui-même, ce qui n’est le cas dans aucun pays musulman.       <br />
              <br />
       Cette situation fait que la formation des imams en France est assurée pour l’essentiel par les Frères musulmans, la Turquie, c’est-à-dire le ministère des Affaires religieuses d’Ankara, la « Dianet » portant un projet dans l’Est de la France. Cette situation est-elle satisfaisante, sachant que les ministres du culte, dans les trois religions reconnues avant 1905, sont formés à Bac + 5 ? Comment dans ces conditions combattre le salafisme et l’islamisme qui est le terreau du djihadisme ?       <br />
              <br />
       Bernard Cazeneuve avait envisagé un double dispositif : la création d’une Fondation laïque reconnue d’utilité publique, à vocation principalement éducative et culturelle, et par ailleurs une association cultuelle relevant de financements privés et des musulmans eux-mêmes. Cette association n’a pas encore vu le jour.       <br />
              <br />
       La Fondation pour l’islam de France, que préside après moi Ghaleb Bencheikh, citoyen courageux et théologien éclairé, fait un travail remarquable, mais cette fondation ne dispose que d’un soutien « epsilonesque ». D’où vient le désintérêt des Pouvoirs publics pour cette fondation pourtant infiniment précieuse ? Est-ce la marque d’une méconnaissance du sujet ? Ou tout simplement d’une incapacité intellectuelle à se saisir du sujet ? J’ai fait plusieurs propositions qui sont restées jusqu’à ce jour sans écho : création par exemple, à Strasbourg, d’une Faculté de théologie musulmane à côté des deux facultés existantes, l’une catholique, l’autre protestante.       <br />
              <br />
       Les Pouvoirs publics ne peuvent se désintéresser de la formation des imams. Bernard Cazeneuve a suscité la création de diplômes universitaires « laïcité, religion, République ». Initiative utile et méritoire, mais tout à fait insuffisante. Les Pouvoirs publics sont de fait paralysés. Ils ne pourront intervenir que si, au nom de l’ordre public et du maintien de la cohésion sociale, ils prennent les moyens de vérifier le contenu des formations des imams que les mosquées seront autorisées à recruter. L’adjonction d’un simple visa est parfaitement conforme à la loi de 1905 qui vise expressément l’ordre public comme limite à l’expression de la foi religieuse.       <br />
              <br />
       <b>VI. Ce que nous voile le voile : la montée du communautarisme</b>       <br />
              <br />
       L’affaire du voile cristallise les passions. Je n’ai pas à me prononcer sur les motivations des femmes qui le portent, volontairement ou parce qu’il leur est imposé. Qu’on le veuille ou non, le voile est un marqueur identitaire. Cette signalétique vestimentaire, plus encore que les habitudes alimentaires, débouche sur un séparatisme identitaire de fait. Dès lors que la religion n’est plus seulement une affaire de croyance mais une affaire de mœurs, elle peut heurter les valeurs républicaines. Comme l’écrit Philippe Gaudin1 : « Si le voile désigne au premier coup d’œil une femme comme étant musulmane, cela signifie en islam (qu’elle le sache ou non, que cela lui plaise ou non) qu’elle est réservée à un homme musulman et que ses enfants seront, du seul fait de leur naissance, des musulmans ». Et Philippe Gaudin ajoute que ce point de vue est celui de tous les fondamentalistes y compris les quiétistes. Ce point soulevé par un chercheur à l’esprit large, professeur à l’École Pratique des Hautes Études, ne me paraît guère contestable.       <br />
              <br />
       Le repli identitaire qu’affichent certains de nos concitoyens à travers une signalétique vestimentaire ou capillaire particulière (et cela s’applique à toutes les religions) pose problème, mais ce n’est pas tant un problème de laïcité que de cohésion sociale, ou si l’on préfère de bonne intégration à la communauté des citoyens qui est la définition de la République française. L’intégration souvent caricaturée veut simplement dire « appropriation des codes sociaux qui permettent à la liberté de s’exercer ». À juste titre, le CFCM a réclamé pour les musulmans vivant en France un « droit à l’indifférence ». Mais qui ne voit que ce « droit à l’indifférence » implique qu’on ne multiplie pas les signes de sa différence ?       <br />
              <br />
       Il me semble que c’est l’intérêt bien compris de nos concitoyens musulmans de faire l’effort qu’ont fait, avant eux, les vagues migratoires successives qui ont façonné la France au long des siècles. C’est la seule manière de prévenir les antagonismes, les surenchères et les différentes formes de radicalisation. Il va de soi qu’en contrepartie, la République doit faire l’effort d’intégrer les nouveaux citoyens, non seulement au plan économique et social, mais aussi et surtout à travers leur apport à la construction de notre nation : la France d’hier et plus en encore celle du XXIe siècle.       <br />
              <br />
       Je connais bien évidemment tous les arguments mis en avant pour justifier une altérité de mœurs qui – osons le dire – ne peut que saper la cohésion sociale et créer les conditions d’un affrontement que notre tâche est de prévenir par un effort de compréhension et d’éducation réciproques. Ces arguments (piété, pudeur) ne sont pas sérieusement étayés par les textes sacrés de l’islam, comme je me le suis fait plusieurs fois confirmer par les plus hautes autorités religieuses de l’islam. Bien sûr, ce peut être une forme d’affirmation identitaire. Mais une telle affirmation sert-elle la concorde civique ? Je ne propose pas d'interdire tel ou tel affichage, mais je ne m’interdis pas, comme Jean-Michel Blanquer, de dire ce que j’en pense. La confrontation des idées est nécessaire. Car il en va de la concorde civile et de l’amitié civique qui répondent à l’intérêt de tous nos concitoyens, à commencer par ceux de confession musulmane.       <br />
              <br />
       Ai-je, en développant cette opinion, outrepassé les bornes de la bienséance ? Il me semble que j’ai seulement voulu aider à l’émergence tranquille au sein de la société française d’un islam éclairé, moderne et accepté de tous. C’est d’abord une affaire de cohésion sociale et de bonne intégration. Ce n’est que secondairement une affaire de « laïcité ». Cessons de caricaturer celle-ci et essayons de la comprendre à la lumière de son contexte historique et sociologique.       <br />
              <br />
       La loi de 1905 a posé un principe, celui de la séparation et donc de neutralité de l’État, principe auquel elle a d’emblée apporté quelques exceptions, à son article 2.       <br />
              <br />
       Il me semble que le modèle républicain a une ambition plus vaste : prévenir les dérives communautaristes et différentialistes qui susciteraient ou aggraveraient des phénomènes de ségrégation et des inégalités croissantes au sein de la société française. La République a quelque chose à voir avec l’égalité et le slogan « égaux mais séparés » qui était la justification de l’apartheid ne saurait être le sien. C’est à ce combat d’idées qu’il faut appeler nos concitoyens à participer, quelle que soit leur religion ou leur croyance pour « faire France » à nouveau. Une France multiethnique, multiconfessionnelle, métissée donc mais pas « communautariste », au sens où la loi doit y rester la même pour tous.       <br />
              <br />
       Ce combat exigeant pour tous va au-delà de ce qu’implique une stricte définition de la laïcité mais pas de ce qu’exige la République. Celle-ci est un corps de principes cohérent dont on ne peut isoler un seul (la laïcité, la citoyenneté ou l’égalité) sans ruiner l’ensemble.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/L-idee-republicaine-une-idee-exigeante_a2075.html</link>
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   <title>Seule la lutte politique ouvrira un nouveau chemin</title>
   <pubDate>Mon, 12 Oct 2009 18:20:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Carnet de Jean-Pierre Chevènement]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Edito de Jean-Pierre Chevènement à Citoyens Militants, le bulletin d'informations du Mouvement Républicain et Citoyen, octobre 2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1638364-2205328.jpg?v=1289480081" alt="Seule la lutte politique ouvrira un nouveau chemin" title="Seule la lutte politique ouvrira un nouveau chemin" />
     </div>
     <div>
      La crise du capitalisme financier mondialisé ne sera pas réglée par les décisions timorées prises au sommet de Pittsburgh. Les déséquilibres économiques majeurs au niveau de l’épargne ou du commerce extérieur n’ont pas été corrigés, mais accrus par les plans de relance, notamment américains.       <br />
              <br />
       Le système monétaire international fondé sur la prééminence du dollar ne subsiste qu’avec l’aval de la Chine. Les boniments sur la « moralisation » du capitalisme ont fait long feu. Ce qu’on appelle « la crise » manifeste la contradiction entre le capital financier et les intérêts généraux de l’Humanité. Tant que le capital financier régnera en maître, nous ne serons pas tirés d’affaire !       <br />
              <br />
       Des réformes profondes s’imposeront dans les années venir :        <br />
       - pour réformer la fiscalité et relancer l’idée d’une « politique des revenus » ;       <br />
       - pour mettre en œuvre des politiques industrielles cohérentes ;       <br />
       - pour relancer les économies sur la base d’un nouveau modèle de croissance à l’échelle mondiale ;       <br />
       - pour réformer le système monétaire international ;       <br />
       - pour créer les conditions d’une concurrence équitable dans le commerce international.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La France, nation politique, peut beaucoup pour inspirer cette « sortie de crise ». Encore faut-il couper le cou aux idées fausses, comme l’idée de « décroissance » propagée par les Verts. Croissance écologique oui, décroissance non. Les besoins de l’Humanité sont immenses et les ressources de l’esprit humain sont immenses.        <br />
              <br />
       Maintenir la gauche sur ses fondamentaux républicains, c’est-à-dire sur une approche rationnelle de la politique et des phénomènes sociaux, cette tâche incombe particulièrement au MRC, alors que se mettent en place, peu à peu, les conditions que nous appelions de nos vœux, pour que s’organisent enfin des « Assises de la gauche », étape indispensable dans la voie d’une refondation républicaine. Le combat sera rude, car la tentation de fuir dans un prophétisme obscurantiste guette la gauche, non seulement en France, mais dans toute l’Europe. Perdre nos repères républicains serait faire le jeu de nos adversaires.       <br />
              <br />
       Les maîtres de la Finance, après avoir été renfloués, entendent bien que tout continue comme avant. La refondation d’une gauche digne de ce nom se fera dans l’action. Une action fidèle aux deux valeurs cardinales qui ont toujours sous-tendu notre entreprise : la volonté de raison et la lutte pour l’égalité réelle des droits, permettant à chacun d’épanouir toutes ses capacités. La crise du capitalisme financier globalisé nous jette un défi sans précédent : notre but est de substituer à « la logique des marchés », celle des maîtres de la finance, une autre logique, celle de la démocratie appuyée sur la volonté des peuples, tant il est vrai que l’Histoire ne se fait pas sur les marchés financiers, mais toujours, en dernier ressort, sur le terrain des luttes politiques.       <br />
              <br />
       A nous donc de les impulser pour sortir la gauche française et la gauche européenne de leur coma !        <br />
              <br />
       Le MRC peut être et sera, si nous le voulons, l’étincelle de ce renouveau.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Seule-la-lutte-politique-ouvrira-un-nouveau-chemin_a858.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>François Furet, le passé d’une illusion</title>
   <pubDate>Wed, 04 Jun 2008 14:02:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Intervention de Jean-Pierre Chevènement à l’IUFM de Franche-Comté, mardi 20 mai 2008. L’Histoire de la Révolution française reste un objet chaud, comme l’a montré la commémoration du bicentenaire, en 1989.     <div>
      Certes, dès 1978, François Furet la déclarait-elle « terminée », depuis qu’à la fin du XIXe siècle, la IIIe République avait été instituée sur des bases solides. Mais l’historiographie de gauche ne partageait pas ce point de vue : qu’elle fut communiste, socialiste, radicale et même mitterrandienne. 1989 fut aussi l’année de la chute du mur de Berlin, deux ans avant celle de l’URSS. Et la tentation était grande de faire de la défaite de la révolution d’octobre 1917, une défaite de la révolution française dans sa phase jacobine et terroriste. Un grand publiciste français dans la mouvance de François Furet déclara ainsi : <span style="font-style:italic">« Je suis pour la Révolution française, jusqu’aux « Feuillants »»</span>.       <br />
              <br />
       Dans les années précédentes, le Professeur Ernst Nolte, dont je salue la présence,  avait cherché à montrer que le national-socialisme ne pouvait se comprendre dans son époque que comme réplique au bolchevisme. A travers le concept de guerre civile européenne, il européise le national-socialisme en le rattachant au fascisme et même à l’Action française, omettant le fait que celle-ci n’a jamais pu l’emporter en France par la voie électorale, mais seulement de façon d’ailleurs partielle à la faveur d’une défaite et d’une capitulation, auxquelles elle s’était résignée de bon cœur, derrière son maître, Charles Maurras. Ce faisant Ernst Nolte évacue trop vite, à mon sens, la question de la filiation pangermaniste du national-socialisme. Il réduit celui-ci à un antibolchevisme et fait la part trop belle aux émotions bourgeoises et petites-bourgeoises qui pouvaient le faire comprendre, sinon le justifier.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Or il ne serait pas difficile de montrer que les principaux ingrédients du national-socialisme  étaient déjà présents dans l’Allemagne d’avant 1914 bien que séparément : pangermanisme, désir de conquêtes quasi coloniales à l’Est de l’Europe perçues comme une légitime compensation à l’éviction de l’Allemagne du partage du monde, racialisme, antisémitisme, etc.       <br />
              <br />
       Certes ces éléments étaient séparés avant 1914 et leur cristallisation dans une idéologie totalitaire n’a pu s’opérer qu’à la faveur de la guerre, de la défaite et de l’ardent désir de revanche qui en était né, sans parler de la crise économique du début des années trente, qui éprouva particulièrement l’Allemagne, et fournit l’occasion de l’accession de Hitler au pouvoir.       <br />
              <br />
       Le rapprochement du bolchevisme et du national-socialisme peut bien sûr se fonder sur des traits communs mais méconnaît l’enracinement du premier dans une idéologie universaliste, à la différence du second, particularisme exacerbé, au nom de la race.       <br />
              <br />
       L’extermination des Juifs et la liquidation des « koulaks » en tant que classe, quelque horribles qu’aient pu en être les formes, ne peuvent être assimilées l’une à l’autre. Et il ne suffit pas d’extraire quelques citations de Zinoviev et de Trotski mettant le terrorisme au service de la Révolution pour établir un pendant convaincant avec l’antisémitisme d’extermination de Hitler, tel que formulé dans son discours du 15 janvier 1939, si ce n’est déjà dans <span style="font-style:italic">Mein Kampf</span>.       <br />
              <br />
       L’assimilation du communisme et du national-socialisme est tentante. Cette thèse, développée par E. Nolte, soutient le livre noir du communisme de Stéphane Courtois mais cette <span style="font-style:italic">« réductio ad hitlerum »</span>, pour parler comme Pierre-André Taguieff, repose sur l’idée que le XXe siècle, de 1917 à 1991, n’aurait été qu’une parenthèse. Elle ne rétablit le temps long de l’Histoire que pour affirmer avec François Furet une filiation directe entre le jacobinisme et le bolchevisme. La thèse d’Ernst Nolte omet de rappeler que la première guerre mondiale a commencé en 1914 et qu’elle conclut ce qu’on a appelé la <span style="font-style:italic">« première mondialisation »</span>. Cette thèse identifiant les deux totalitarismes est démentie par les conditions tout à fait inédites de l’effondrement du communisme. Celui-ci procède en effet d’une remise en question radicale de ses postulats de base par les dirigeants communistes eux-mêmes.       <br />
              <br />
       C’est le ralliement de Gorbatchev aux valeurs universelles et la fin du monopole accordé au PCUS qui ont entraîné la dissociation de l’Etat soviétique. Cette contradiction interne entre les objectifs et la réalité n’existait pas dans le national-socialisme qui se voulait une subversion complète des valeurs judéo-chrétiennes laïcisées qu’on appelle en France les valeurs républicaines et ailleurs les valeurs libérales. Il est vrai que ces deux appellations ne recouvrent pas tout à fait les mêmes réalités conceptuelles. La République, en France, comporte deux ailes : une aile au repos qu’on peut qualifier de libérale, celle qui considère la Révolution comme terminée, et une aile marchante, pour laquelle la Révolution garde une valeur d’annonciation. Ainsi Clemenceau, peu suspect de tendresse pour le bolchevisme, déclarait-il de la Révolution qu’elle était <span style="font-style:italic">« un bloc »</span> et de la République <span style="font-style:italic">« une idée toujours neuve »</span>.       <br />
              <br />
       Clemenceau se disait anti-collectiviste, mais se réclamait d’un socialisme individualiste, au moins dans la période qui va de 1871 à 1914. Longtemps rejeté du Panthéon de la gauche, tant que celle-ci n’avait pu connaître une expérience longue du pouvoir, en gros jusqu’en 1981, il est aujourd’hui en voie de réhabilitation, comme le montre le livre récent de Michel Winnock. Le combat des historiens est une forme raffinée de guerre civile. Le déroulement des évènements met en valeur tantôt l’une ou l’autre thèse. Après 1991, l’historien américain Francis Fukuyama a proclamé <span style="font-style:italic">« la fin de l’Histoire »</span> et le triomphe définitif du libéralisme. On a vu, avec l’autonomisation des pays émergents, à la fin de la décennie 1990, avec la crise américaine en 2000, le 11 septembre 2001, et avec l’invasion de l’Irak en 2003, débouchant sur <span style="font-style:italic">« un clash de civilisations »</span> et sur une crise profonde à la fois de la globalisation et de l’Hyperpuissance qui la soutient, que la thèse d’Huntington était plus opératoire que celle de Fukuyama.       <br />
              <br />
       Le retour de la Russie n’a rien à voir avec celui de l’URSS mais la Russie actuelle est loin de disqualifier entièrement l’héritage soviétique. A certains égards l’analyse de l’historien américain Moshe Lewin sur « le siècle soviétique » permet de séparer le bon grain de l’ivraie dans une histoire qui a duré quand même soixante-treize ans. Il y a une nostalgie de la social-démocratie d’Etat que Poutine cherche à satisfaire. Chaque pays dans son histoire a connu une période de violence révolutionnaire comme l’Angleterre au XVIIe siècle, la France au XVIIIe et XIXe siècles, et la Russie au XXe, ou contre-révolutionnaire comme l’Allemagne de 1933 à 1945, ou les deux comme l’Italie, du Risorgimento au fascisme.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       L’idée d’égalité ne s’est pas imposée facilement dans l’Histoire humaine parce qu’elle est contraire à l’apparence. L’idée de différence est beaucoup plus accessible et potentiellement plus dangereuse. Si l’égalité des citoyens existait dans la cité grecque ou dans la République romaine, elle laissait de côté les métèques et les esclaves. C’est le christianisme qui a donné à l’idée de l’égalité cette force propulsive universelle qui existe aussi dans l’Islam, mais l’égalité des musulmans ne vaut que dans « l’Oumma » alors que c’est la Révolution française qui a laïcisé l’idée chrétienne en disposant que tous les Hommes, partout, naissent libres et égaux en droit.       <br />
              <br />
       Par définition, l’égalité est toujours à réaliser, même si on ne parle que de l’égalité en droit. Les conditions de départ n’étant pas les mêmes pour les uns et pour les autres, des mesures correctrices s’imposent même, s’il doit être établi que chacun doit pouvoir aller au bout de toutes ses capacités. C’est ce que j’avais appelé en 1984 <span style="font-style:italic">« l’élitisme républicain »</span>, qui ne faisait au fond que reprendre le mot d’ordre de Paul Langevin s’agissant des missions de l’Ecole : <span style="font-style:italic">« assurer la promotion de tous et la sélection des meilleurs »</span>.       <br />
              <br />
       Cette conception de l’égalité s’oppose bien évidemment à l’égalitarisme niveleur et à l’idéologie de la communauté éducative dite pédagogiste qui voudrait empêcher les uns de progresser de manière à ne pas faire sentir aux autres leur retard. Cette conception de l’éducation n’a évidemment rien à voir avec l’idéal républicain des Lumières. Elle lui tourne le dos en proclamant plus désirable l’égalité dans l’obscurantisme que les lumières offertes à tous.       <br />
              <br />
       Je ne suis pas si loin de mon sujet qu’il apparaît : La Révolution française s’est heurtée dès le départ à une pensée contre-révolutionnaire organisée : Burke et Maistre. La Révolution française ne s’est pas arrêtée avec le triomphe des Républicains en 1877-1881. La conquête de la République sociale restait à réaliser. Tel était le sens de la synthèse jaurésienne, de l’<span style="font-style:italic">« histoire socialiste de la Révolution française »</span> et de sa définition du socialisme comme <span style="font-style:italic">« la République accomplie jusqu’au bout »</span>. La révolution d’octobre et l’Union soviétique ont éclipsé pendant le court XXe siècle la force de l’idée républicaine, telle que l’a décrite et illustrée Claude Nicolet. Celle-ci est cependant restée vivante dans la gauche socialiste et radicale et dans le gaullisme. C’est à partir du milieu des années 1970 que se développe la contre-offensive des idées dites libérales, mais en réalité contre-révolutionnaires – car elles allaient bien au-delà d’une critique du communisme et renouaient avec une critique beaucoup plus ancienne de la Révolution française. On ne peut abstraire ce moment idéologique de la victoire du courant néo-conservateur et libéral dans le monde anglo-saxon et de la « globalisation » subséquente. Soljenitsyne, François Furet, Ernst Nolte pour ne pas parler des pseudos « nouveaux philosophes » en France ou des publicistes néo-conservateurs aux Etats-Unis appartiennent à un moment idéologique aujourd’hui en voie de dépassement. Car l’Histoire continue. La globalisation financière est entrée en crise. Le programme de néo-conservatisme libéral comme retour à un monde d’avant 1914 que l’histoire n’aurait jamais dû quitter apparaît comme une illusion.       <br />
              <br />
       La seconde mondialisation, sous égide américaine, révèle sa fragilité. L’avènement d’un monde multipolaire, gros de tensions, semble inévitable. Dans ce contexte la lutte pour l’égalité entre puissances installées et puissances émergentes, élites mondialisées et couches populaires assignées au local n’a nullement perdu de son acuité. De nouveaux équilibres et de nouvelles règles du jeu doivent être trouvés.       <br />
              <br />
       Le XXe siècle a ébranlé en profondeur la domination de l’Occident sur le monde. Dans la fin des empires coloniaux européens et dans l’avènement du communisme en Chine, l’URSS a joué un rôle déterminant. Vu de ce qu’on appelait autrefois le Tiers-monde, notre court vingtième siècle ne s’est pas borné à l’affrontement de deux totalitarismes.       <br />
              <br />
       La victoire de l’URSS en 1945 a déplacé très sensiblement le rapport des forces sociales et politiques dans le monde entier. La classe ouvrière d’Europe occidentale en a d’ailleurs bénéficié, elle aussi, de 1945 à 1974 car elle a pu négocier le Welfare State grâce à la peur du communisme. Après le cycle du New-Deal, celui des trente glorieuses est venu un autre cycle, celui du néo conservatisme libéral et de la globalisation financière. Moins de vingt ans séparent la chute de Saïgon en 1975 et la chute de l’URSS en 1991. Mais il est probable que nous apercevons les prémices de la fin de ce cycle, dont la philosophie, à la différence du précédent, était et reste imprégnée de valeurs inégalitaires.       <br />
              <br />
       Au fond, c’est bien de l’égalité qu’il s’agit et des valeurs que l’Ecole a pour rôle de transmettre. Dans l’héritage de la Révolution française, la valeur d’égalité est centrale, même si elle ne doit pas être confondue avec ses déviations égalitaristes. Je ne souhaite pas pour ma part que la critique abusive de deux Révolutions injustement confondues, aboutisse à miner les croyances qui sous-tendent l’Ecole républicaine car on n’enseigne que ce à quoi on croit, comme l’a souligné avec force Hannah Arendt dans <span style="font-style:italic">« Crise de la culture »</span>. L’Histoire a certes toujours besoin d’être revisitée et je suis pour la liberté de la recherche dans ce domaine comme dans tous les autres, mais ce qu’on appelle révisionnisme au sens d’entreprise généralisée de remise en cause des valeurs nées de la Révolution française, doit trouver sa limite dans la résistance des valeurs républicaines que les enseignants, depuis Jules Ferry, ont la charge de faire vivre. De l’interprétation de l’Histoire depuis 1789 découle bien évidemment une conception de l’Ecole.        <br />
              <br />
       François Furet, Ernst Nolte ont certes nourri le débat d’idées au tournant des années quatre-vingt. Mais qui dit débat dit forcément contradiction. Ce ne serait pas servir l’Ecole de la République que d’étouffer cette contradiction motrice. Je suis sûr que l’IUFM de Franche-Comté saura replacer cette controverse dans le cadre d’une réflexion philosophique et historique approfondie avec le souci de demeurer fidèle aux valeurs que les Pères fondateurs de l’Ecole républicaine lui ont donné mission de transmettre.       <br />
              <br />
              <br />
       --------------       <br />
       <span class="u">Annexes</span>       <br />
              <br />
              <br />
       <b>I.</b>       <br />
       Je ne résiste pas au plaisir d’une citation :       <br />
              <br />
       (Préface au <span style="font-style:italic">« Siècle de l’avènement républicain »</span> - 1983 Gallimard)       <br />
       François Furet et M. Ozouf, présentent une histoire de nos Républiques et concluent :       <br />
              <br />
       « Il arrive pourtant à nouveau qu’on use du mot République comme d’un mot-programme, d’un mot combat supposé réveiller et galvaniser les énergies. Se dire républicain, c’est alors bien plus que donner son assentiment au régime … C’est dans un monde hédoniste, individualiste, menacé d’engourdissement civique et de platitude, manifester son attachement à un modèle de participation politique et d’intégrité morale que diffusait l’Ecole des hussards noirs et faire fond à nouveau sur <span style="font-style:italic">une pédagogie délibérément normative</span>. C’est célébrer la communion sociale et poursuivre la critique du libéralisme si centrale dans la politique française ».       <br />
              <br />
       Il ajoute, il est vrai :       <br />
              <br />
       « C’est au moment où s’éteint la culture révolutionnaire, tenter d’en tisonner encore les centres. Car l’idée républicaine, autrefois considérée comme tout juste bonne à asseoir et à camoufler la domination bourgeoise, <span style="font-style:italic">symbole même du passé à dépasser par l’idée socialiste paraît en préparer aujourd’hui l’avenir</span> …       <br />
              <br />
       Ironie de l’histoire …        <br />
       Ignorance de l’Histoire, tant les valeurs invoquées s’alimentent à une représentation largement imaginaire de la IIIe République. On peut enfin douter des chances de succès d’une idée si visiblement défensive et substitutive. Mais dans ces textes neufs de l’idée républicaine, on retrouve toujours une vieille étoffe : l’idée de Révolution qui, même discréditée, même vaincue, continue de mettre sur l’idée républicaine en France une marque inimitable ».       <br />
              <br />
       Mes observations  :        <br />
       1.	Qui disait la Révolution comme discréditée, vaincue ? F. Furet et M. Ozouf       <br />
       2.	Tous deux méconnaissent l’exigence républicaine, présente chez les Pères fondateurs même sous la Ve République avec le général de Ga	ulle, présente chez Mendès-France et encore aujourd’hui chez d’autres.       <br />
       3.	Il est vrai que l’idée républicaine telle que je l’ai conçue correspondait dans les années soixante-dix à une stratégie gramscienne : gagner à la gauche du PCG (socialistes et communistes) les « autres » et d’abord les gaullistes. Puis au fil du temps elle est devenue une exigence opposée à l’opportunisme de la gauche, en ce sens seulement « défensive ».       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II.</b>       <br />
              <br />
       Alain Joxe montre que dans le peuple russe après 1991, adepte d’une stratégie à la Koutousof, il demeure une nostalgie de la social-démocratie d’Etat que lui assurait le régime soviétique et que Poutine va peu à peu et partiellement reconstituer grâce au rétablissement de l’économie à partir de l’an 2000.       <br />
              <br />
       Nostalgie aussi sans doute de la grandeur russe, et du respect que le monde éprouvait vis-à-vis  de l’URSS. Poutine ne peut reconstituer la puissance de l’URSS encore moins l’URSS mais il peut refaire de la Russie une grande nation respectée et ayant retrouvé le sens de sa dignité.       <br />
              <br />
       En ce sens le peuple russe n’est pas dans la situation du peuple allemand qui doit annuler l’épisode national-socialiste, comme s’il n’avait pas existé. Le peuple russe peut « traiter » sa révolution, en faire une partie de sa mémoire, trier le bon grain de l’ivraie. Le PC de Russie reste la deuxième force politique avec 17 % des voix. Le peuple russe reste avec la Révolution d’Octobre dans un rapport beaucoup plus proche de la manière dont la France au XIXe siècle a traité la Révolution française.       <br />
              <br />
       Le socialisme a été une illusion, mais il a été aussi une réalité : sinon un raccourci du moins une méthode d’industrialisation, d’urbanisation, d’accès à la modernité (Raymond Aron – Charles Morazé).       <br />
              <br />
       L’idée d’un peuple tirant de ses propres forces la capacité de transformer sa société au prix de souffrances inhumaines mais qui se sépare de son régime non pas sans douleur car la décennie Eltsine sera terrible mais presque sans effusion de sang (si on excepte l’affaire tchétchène).       <br />
              <br />
       Vers la réconciliation des deux grands peuples européens que sont le peuple allemand et le peuple russe, réconciliation qui ne peut se faire en renvoyant dos à dos l’utopie communiste et la folie de conquête et de domination, au nom de la race, du national-socialisme. Cette réconciliation ne peut se faire, selon moi, que sur une base socialiste ou social-démocrate (critique de la révolution bolchevique comme aventuriste, méconnaissant la réalité du sous-développement économique et social de la Russie mais rejet absolu du national-socialisme (ce qui ne signifie pas du peuple allemand).       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III.</b>       <br />
              <br />
       Il y a quelque chose d’émouvant chez Ernst Nolte et à certains égards de bien compréhensible, la souffrance que peut éprouver un Allemand à devoir supporter l’assimilation de l’Allemagne au national-socialisme.       <br />
              <br />
       Sans doute une partie des forces politiques allemandes peut-être exonérée des crimes du nazisme : les partis de gauche et même le Zentrum .       <br />
              <br />
       Mais la droite dite nationale, en fait nationaliste, même si elle a, sur la fin, répudié le nazisme (Stauffenberg) porte comme une tunique de Nessus d’avoir appelé Hitler au pouvoir.       <br />
              <br />
       Quand au peuple allemand, ses vertus même ont été détournées au service du mal, ce qui l’interpelle encore aujourd’hui sur les valeurs dont il se sent, et à juste titre, historiquement porteur.       <br />
              <br />
       L’enracinement du national-socialisme dans l’Histoire allemande n’est sans doute pas le déterminant unique du national-socialisme mais il en est le principal :       <br />
       -Idéologie völkisch       <br />
       -Antisémitisme       <br />
       -Pangermanisme       <br />
              <br />
       Ajoutons que la guerre de 1914-1918 a agi comme facteur de « brutalisation » (George Mosse)       <br />
              <br />
       Mais le peuple allemand ne saurait être identifié au national-socialisme.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Francois-Furet-le-passe-d-une-illusion_a622.html</link>
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   <title>« Reconquête républicaine »</title>
   <pubDate>Mon, 26 Mar 2007 17:27:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Communiqué de Jean-Pierre Chevènement à l'AFP, lundi 26 mars 2007.     <div>
      En faisant chanter la Marseillaise et en rappelant que le drapeau tricolore est celui du peuple français tout entier, Ségolène Royal reprend le terrain trop souvent abandonné par la gauche depuis des lustres à la droite et à l’extrême-droite. Elle ne vas pas <span style="font-style:italic">« à la rencontre de leurs idées »</span>, comme se ridiculisent à le dire Sarkozy et Le Pen. Elle illustre en effet de la manière la plus claire une différence essentielle : elle affirme la valeur d’égalité, qui est au coeur du patriotisme républicain, contre les tenants des idéologies inégalitaire (Le Pen et Sarkozy) ou raciste (Le Pen).       <br />
              <br />
       Le ministre de l’Education Nationale qui a réintroduit en 1984 la Marseillaise dans le répertoire scolaire apprécie pleinement cette reconquête de la France par la gauche. Si cette reconquête est bien expliquée comme un retour aux sources de la République, elle marquera un tournant essentiel dans la campagne.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <link>https://www.chevenement.fr/Reconquete-republicaine_a269.html</link>
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   <title>Crise des banlieues et refondation républicaine</title>
   <pubDate>Sun, 13 Nov 2005 13:19:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualités]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   par Jean-Pierre Chevènement, Marianne, 13 novembre 2005     <div>
      En cet automne 2005, la crise des banlieues n’illustre pas seulement les effets des propos du ministre de l’Intérieur. La poudrière était déjà là. Nicolas Sarkozy, en choisissant ses mots, a fait des étincelles. Il n’a pas inventé la poudre.       <br />
              <br />
       La crise des banlieues révèle déjà bien davantage les conséquences pernicieuses de l’abandon de la police de proximité mise en place à partir de 1999 et progressivement vidée de sa substance depuis 2002. Plus profondément, cette crise témoigne de l’incapacité croissante de notre pays à « faire France ».       <br />
              <br />
       Ce qui s’est passé à Clichy-sous-Bois, le 27 octobre, est évidemment un accident, mais cet accident traduit à coup sûr un rapport profondément perturbé de la jeunesse des cités à la police. Certes, je ne tomberai pas dans l’angélisme : la réduction imbécile de la vie des jeunes de banlieue à l’affrontement avec les « keufs » ne date pas d’aujourd’hui. Il suffit de revoir un film déjà ancien de Matthieu Kassovitz, « La haine », pour s’en souvenir.       <br />
              <br />
       C’est pour combler ce fossé d’incompréhension que j’avais mis sur pied une police dite « de proximité », testée, à partir de 1999, dans soixante-sept circonscriptions de police, puis généralisée en 2000-2001. Ces circonscriptions ont été découpées en plusieurs secteurs, en vue de territorialiser l’action de la police, de rapprocher la police de la population, de favoriser la connaissance mutuelle et l’action partenariale (avec les collectivités locales, les bailleurs sociaux, les compagnies de transport en commun, les commerçants, etc.), dans le cadre des contrats locaux de sécurité. Contrairement à la caricature qu’en fait M. Sarkozy quand il évoque <span style="font-style:italic">« une conception hémiplégique de la police »</span> [1], la police de proximité exerçait dans leur plénitude ses pouvoirs de police judiciaire. J’ai toujours considéré comme stupide d’opposer la prévention et la répression., le <span style="font-style:italic">« tout éducatif »</span> d’une certaine gauche angélique et le <span style="font-style:italic">« tout répressif »</span> d’une police réduite à sa seule fonction d’intervention, quand déjà le feu brûle et qu’il est trop tard pour prévenir l’incendie. Bien évidemment la police doit marcher sur ses deux jambes : la prévention est souhaitable, autant que possible et la répression autant que nécessaire.       <br />
              <br />
       La loi dite d’orientation et de programmation sur la sécurité intérieure du 29 août 2002 a donné à M. Sarkozy 13.500 emplois supplémentaires dans la police et la gendarmerie sur cinq ans. 6.400 étaient en principe destinés à la police de proximité. Qu’en a-t-il fait ?       <br />
              <br />
       En réalité, une lecture attentive de la circulaire du 24 octobre 2002 laissait deviner le virage doctrinal du ministre de l’Intérieur, confirmé par le limogeage à grand spectacle du Directeur de la Sécurité Publique de la Haute Garonne, en février 2003, agrémenté, en public, de ces fortes paroles : «<span style="font-style:italic"> La police n’est pas faite pour organiser des matchs de foot avec les jeunes des quartiers »</span>. L’effet en était garanti : les unités territorialisées ont été vidées de leurs effectifs. L’action partenariale a été délaissée. L’objectif d’une meilleure connaissance réciproque de la police et de la population a été perdu de vue. L’équilibre nécessaire entre prévention et répression a été rompu.       <br />
              <br />
       Il ne suffira pas cependant de rendre de la substance, c’est-à-dire des effectifs à la police de proximité, pour recréer la confiance dans les cités. Le mal est beaucoup plus profond. A travers la crise des banlieues, c’est l’incapacité de notre société à « faire France » qui éclate aujourd’hui.       <br />
              <br />
       Alain Touraine et la gauche différentialiste avec lui croient trouver dans cette incapacité un argument supplémentaire contre le républicanisme français identifié à l’universalisme ... <span style="font-style:italic">« ce qui entraîne le plus souvent le rejet ou l’infériorisation de ceux qui sont différents »</span> [2]. Ils ne s’avisent pas que leur apologie du <span style="font-style:italic">« droit à la différence »</span> et du modèle communautariste qu’elle sous-tend constitue à la fois un symptôme et un accélérateur de cette désagrégation sociale qu’ils prétendent déplorer. Comme si étaient en cause non pas le chômage et le délaissement, mais <span style="font-style:italic">« le droit de chacun de vivre dans le respect de ses appartenances culturelles ... en associant toujours liberté des organisations religieuses et liberté religieuse des individus »</span> [3]. C’est ne pas voir que l’égalité est une idée beaucoup plus difficile que la différence. C’est surtout faire de la crise des banlieues d’abord une crise culturelle voire religieuse plutôt qu’une crise sociale et mettre en scène « le choc des civilisations » à Clichy-sous-Bois : un rêve pour les néo-conservateurs américains ! Ils s’en réjouissent à pleines pages !       <br />
              <br />
       Cette crise interpelle à coup sûr l’idéal républicain : celui-ci est-il encore capable de donner corps à ses principes ou au contraire doit-il capituler en rase campagne, en livrant les banlieues aux communautarismes ? Je ne suis nullement étonné que la gauche différentialiste penche pour la deuxième solution. Elle a toujours traîné les pieds pour donner corps à l’idéal de la citoyenneté : j’avais proposé, en 1999, de créer, sur le modèle des anciens IPES, des préparations rémunérées aux concours de la Fonction Publique pour tous les jeunes défavorisés et pas seulement pour les jeunes adjoints de sécurité préparant les concours de gardiens de la paix. Alors que vont partir à la retraite des centaines de milliers de « baby-boomers », c’eût été et ce serait encore l’occasion de mettre le pied à l’étrier à des dizaines de milliers de jeunes de banlieue qui manquent plus de ressources et d’entregent que de talents. La réunion interministérielle de mars 2000 consacrée à la citoyenneté n’a abouti à rien de tel, seulement à une modeste mesure : l’ouverture d’une ligne téléphonique - le 114 - pour signaler les cas de discrimination, généralement à l’entrée des discothèques ... Ce ne fut pas le fait du hasard mais de « l’incapacité de toute la gauche à tenir un discours homogène » pour parler comme Lionel Jospin [4], sur cette question de l’accès à la citoyenneté comme sur celle de la sécurité.       <br />
              <br />
       En fait, la gauche différentialiste ne croit pas à la République, tout simplement parce qu’elle plonge ses racines ailleurs. La République est donc aujourd’hui sommée de faire ses preuves. C’est de toute évidence la question de la justice sociale qui est posée. N’est-ce donc pas aussi celle d’une Banque Centrale européenne dont la philosophie est de maintenir en Europe un chômage structurel de 10 % de la population active pour que l’inflation reste contenue en dessous de 2 % par an ?       <br />
              <br />
       La crise des banlieues renvoie aux mêmes raisons qui ont rendu le « non » majoritaire à 55 %, le 29 mai dernier. Le vrai clivage n’est pas entre « la racaille » et les « Français », comme voudrait le faire accroire Nicolas Sarkozy. Il est entre la France populaire et celle des beaux quartiers, ou plus précisément encore entre les perdants et les gagnants de la mondialisation libérale. Faire de la crise des banlieues d’abord une crise « culturelle » c’est nier sa dimension sociale pour opposer les couches populaires entre elles. On ne peut pas reprocher à la gauche différentialiste - pas plus qu’à la droite communautariste - de manquer de cohérence idéologique.       <br />
              <br />
       La crise des banlieues illustre l’impasse dans laquelle notre pays s’est fourvoyé depuis le milieu des années soixante-dix, impasse du laisser-faire et du laisser-aller et de la renonciation paresseuse, au nom d’une Europe fantasmée, à maîtriser son destin. La droite et la gauche y ont chacune leur part. C’est une crise de la France beaucoup plus qu’un problème de la France avec ses « beurs ».       <br />
              <br />
       C’est pourquoi le remède est suprêmement politique. Il faut faire, en tous domaines, retour à la République, rendre pour tous son lustre à la citoyenneté, ensemble indissociable de droits et de devoirs. Il faut aussi redonner un sens à la France au XXIe siècle.       <br />
              <br />
       Jacques Chirac semblait en avoir eu l’intuition en 2002-2003, en refusant de cautionner l’invasion de l’Irak par l’Hyperpuissance américaine. Pour traduire ce bon mouvement dans l’ordre intérieur, il ne suffira pas de « poursuivre l’action engagée », comme l’a déclaré dimanche dernier le Président de la République. C’est d’une refondation républicaine dont la France a, à nouveau, besoin, comme à la fin du XIXe siècle, ou aux lendemains de la Deuxième guerre mondiale. Vaste programme !       <br />
              <br />
       ---------       <br />
       [1] <span style="font-style:italic">Le Monde</span>, 5 novembre       <br />
       [2] <span style="font-style:italic">Le Monde</span>, 8 novembre 2005, Alain Touraine « Les Français piégés par leur moi national »       <br />
       [3] <span style="font-style:italic">Le Monde</span>, 8 novembre 2005, Alain Touraine « Les Français piégés par leur moi national       <br />
       [4] Lionel Jospin, <span style="font-style:italic">Le monde comme je le vois</span>, p. 240
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Crise-des-banlieues-et-refondation-republicaine_a24.html</link>
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