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  <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
  <description><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-04-17T01:30:59+02:00</dc:date>
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   <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
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   <title>Entretien au Point : "Je m'inquiète pour la République"</title>
   <pubDate>Mon, 10 Aug 2020 14:52:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Point, propos recueillis par Jérôme Cordelier, samedi 15 août 2020.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/48886734-38204952.jpg?v=1597521622" alt="Entretien au Point : "Je m'inquiète pour la République"" title="Entretien au Point : "Je m'inquiète pour la République"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Le Point : Emmanuel Macron est-il à la hauteur de la crise que nous traversons ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je suis beaucoup moins sévère que la plupart des commentateurs sur la gestion de la crise par Emmanuel Macron. À part la pénurie de masques que nous aurions pu éviter si on avait maintenu la politique de stocks stratégiques définie il y a dix ans, les mesures prises pour indemniser le chômage partiel ou pour accorder aux entreprises des prêts garantis par l'État ou encore pour reporter les charges sociales et fiscales ont permis jusqu'à présent de préserver notre tissu entrepreneurial. La crise a mis en lumière nos profondes dépendances, et pas seulement dans le domaine sanitaire. Indépendance est pour moi un maître mot. Il s'agit de retrouver des marges de manœuvre, une capacité à s'orienter par soi-même, ce qui est au fondement même de la République. Cette crise nous invite à prendre nos distances par rapport à la règle de l'approvisionnement au plus bas coût possible, qui a prévalu tout au long de trois décennies de mondialisation débridée. Nous avons ainsi laissé notre pays se désindustrialiser, au prix de fractures sociales de plus en plus insupportables. Il faut remonter la pente.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Le souverainisme redevient à la mode… Vous devez en être content ?</b>        <br />
              <br />
       Je n'aime pas employer ce mot, qui est source de confusion avec certaines expressions que je ne fais pas miennes. Je me dis simplement républicain. Je me garde des amalgames. Je suis pour la souveraineté nationale, intitulé du titre premier de la Constitution de 1958, parce qu'elle est la condition de la République. Je considère que les étrangers venus sur notre sol ont vocation à s'intégrer à la République. Ils ne doivent pas être rejetés a priori ; en même temps, la politique d'immigration dépend de la capacité d'intégration du pays d'accueil. Il faut tenir les deux bouts de la chaîne.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le nouveau cap fixé par Emmanuel Macron, et notamment le gouvernement Castex, a-t-il une coloration « chevènementiste » ?</b>       <br />
              <br />
       J'observe que la nomination de monsieur Castex a permis une certaine embellie dans l'opinion publique, à la fois pour le président de la République et le gouvernement. Mais la politique du gouvernement Castex sera jugée sur le long terme sur sa capacité à reconquérir l'indépendance industrielle et technologique de la France pour laquelle s'était engagé le président. On a fait appel à des « poids lourds » politiques, c'est une bonne chose, mais je ne discerne pas dans l'état actuel ce qui, dans les structures du gouvernement, traduirait la volonté de reconquête de notre indépendance.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Sur quels axes politiques doit-il orienter sa politique ?</b>       <br />
              <br />
       La reconquête de l'indépendance ne se fera pas sans ressourcement républicain. Nous sommes dans une société gravement fracturée, et de plus en plus violente. Cette France éclatée est menacée par la montée des communautarismes. Je m'inquiète pour la République, elle ne tient que par la force des idéaux de citoyenneté et de laïcité. Je déplore l'évanescence du patriotisme français sans lequel il ne peut y avoir de civisme ni de sens de l'État.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Que pensez-vous de la polémique sur les violences policières ?</b>       <br />
              <br />
       Je me refuse d'accoler ces deux termes, dont l'association signifierait que ces violences seraient le fait d'une institution de la République. Il existe des violences commises par des policiers, il y a des brebis galeuses partout, mais des « violences policières » propres à l'institution, non. La police est une institution républicaine faite pour la sûreté de tous, les policiers sont soumis à une stricte déontologie et, parmi tous les corps de fonctionnaires, ils sont les plus sanctionnés. Il faut s'interroger sur les violences dont sont de plus en plus victimes les policiers : verbales et physiques. Elles signalent la crise de l'autorité et de la citoyenneté.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, parle d'« ensauvagement » de la société, et tout le monde s'est alors souvenu du terme de « sauvageons » que vous aviez employé en 1999, à cette même place, et les polémiques qu'il avait suscitées…</b>       <br />
              <br />
       L'expression « sauvageon » (en vieux français un arbre non greffé) pointait un défaut d'éducation. L'explosion de violences dans la société française dont parle monsieur Darmanin résulte de sa fracturation, d'autres diraient de son « archipélisation ». Y porter remède ne peut être de la seule responsabilité du ministre de l'Intérieur.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Comment avez-vous  réagi à la multiplication des déboulonnages de statues ?</b>       <br />
              <br />
       L'histoire doit être écrite par les historiens. Déboulonner les statues de Jacques Cœur ou de Colbert est une atteinte grave à l'identité de la France. Jean-Marc Ayrault a découvert que Colbert n'était pas un personnage républicain, ni un grand parlementaire, alors qu'il a présidé le groupe socialiste à l'Assemblée pendant des années salle Colbert. Pendant tout ce temps-là, il n'a jamais demandé que l'on débaptise cette salle. Avant la République, la France s'est construite avec des hommes d'État comme Colbert qui a créé la Compagnie des Indes, fondé la manufacture des Gobelins, contribué à l'industrialisation de la France. Je n'essaye même pas d'expliquer que le Code noir était le premier essai de juridicisation des rapports entre les esclaves et leurs propriétaires, car l'esclavage est évidemment une abomination. Le mouvement indigéniste ou décolonial fraie la voie à l'apartheid et à l'extrême droite. Les Républicains doivent le combattre résolument. Contrairement à la lutte des classes qui a nourri le réformisme social, la lutte des races n'offre aucune perspective de progrès. Il ne faut pas céder à l'intimidation des partis décoloniaux, des réunions de « racisés » et autres manifestations de déconstruction du modèle républicain.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le taux d’abstention aux municipales est-il le signe d’une crise politique structurelle ?</b>       <br />
              <br />
       On ne peut que constater la désaffection croissante des électeurs pour l'offre politique qui leur est présentée. J'espère que cette crise sera un jour surmontée. Il faut que le président de la République donne sens à la dernière partie de son quinquennat, sinon, nous irons vers la poursuite du dégagisme. L'intérêt national n'est plus clairement l'aune à laquelle se définissent nos politiques.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Sur quoi repose une telle affirmation ?</b>       <br />
              <br />
       Regardez, par exemple, notre politique énergétique : elle est, à mes yeux, profondément contraire à l'intérêt national. Supprimer quatorze tranches nucléaires, et donc renoncer à la production d'une électricité décarbonée et peu chère, n'a pas de sens. En effet, le recours à des énergies intermittentes va imposer des centrales à gaz ou à charbon, en l'absence de moyens de stockage d'énergie intermittente, dont aucun n'est opérationnel aujourd'hui. C'est un saut sans parachute.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>12 maires écologistes de grandes villes, est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?</b>       <br />
              <br />
       Je distingue l'écologie en tant que science visant à préserver les biens communs de l'humanité, et à laquelle j'adhère, de l'idéologie des Verts qui est, pour moi, essentiellement régressive par rapport à l'horizon historique, substituant l'idée de la catastrophe à celle du progrès. Cette idéologie est née en Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec le philosophe Hans Jonas, dont la théorie du « principe de précaution » débouche sur la technophobie, la sortie du nucléaire, par exemple, ou l'hostilité à la 5G… Nous avons la faiblesse de nous mettre dans le sillage de l'Energiewende allemande, qui a abouti à un fiasco total. Martine Aubry, en 2011, a élaboré dans la foulée d'Angela Merkel un programme socialiste qui prévoyait la fermeture de très nombreuses centrales nucléaires, François Hollande l'a repris dans sa loi de 2015, Emmanuel Macron a amélioré la prestation en repoussant la fermeture de quatorze réacteurs de 2025 à 2035. Mais on a déjà fermé deux réacteurs nucléaires, à Fessenheim, ce qui va coûter 1 milliard de dédommagements à EDF et 5 % de notre potentiel électrique ! Un pays se suicide-t-il avec plus de méthode ? Faire tourner, à la place, des centrales à charbon et au lignite représente un acte grave. Il serait temps de revenir aux idéaux des Lumières et ne pas céder aux tendances anti-sciences du courant soi-disant écologiste. Il faut éviter une écologie réglementaire, paperassière, contraignante, punitive, qui rendra la vie très difficile aux agriculteurs, sans parler des chasseurs ou des pêcheurs, qui ont quand même le droit d'exister. Les électeurs des métropoles ne sont pas tout l'électorat. S'il s'agit d'imposer un diktat idéologique à la société, je crains qu'on aille vers des tensions qui nourriront l'extrême droite.       <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Les municipales ont-elles marqué un réveil de la gauche ?</b>       <br />
              <br />
       Au plan de la sensibilité peut-être, mais pas au plan idéologique. Le problème de la gauche est qu'elle ne veut pas faire l'autocritique de sa pratique depuis 1983, c'est-à-dire de son ralliement au néolibéralisme. Elle ne met pas en cause cette dérégulation généralisée de l'économie qui s'est faite au prétexte de l'Europe, mais qui lui a fait tourner le dos à ses valeurs fondatrices. Elle ne remet pas en cause la politique économique associée à la mondialisation qui a conduit à la désindustrialisation et à la dépendance productive et financière dans laquelle nous sommes. La gauche républicaine traditionnelle a capitulé au profit d'une sentimentalité mièvre qu'elle a en commun avec les écologistes. Au départ, les socialistes pensaient que les écologistes leur apporteraient un appoint électoral. Finalement, ceux-ci se sont hissés sur leurs épaules. La sensibilité écologiste a grignoté de l'intérieur la gauche républicaine traditionnelle. Et maintenant, nous voyons fleurir des exhortations à la décroissance, à la frugalité, à la sobriété, à travailler moins. Est-il sûr que ces recommandations conduiront à une société plus harmonieuse, plus équilibrée, plus heureuse ?       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Si vous aviez 20 ans aujourd’hui, sur quel combat vous engageriez-vous ?</b>       <br />
              <br />
       À chaque génération d'inventer son combat. Je suis d'une génération qui, au début des années 60, fut confrontée aux luttes de libération nationale par rapport au colonialisme. J'ai fait partie de l'une des dernières classes qui ont été engagées dans la guerre d'Algérie, en 1961-1962. Puis, j'ai inventé mon combat puisque j'ai choisi de créer un think tank pour influencer l'union de la gauche, le Ceres. Pour moi, aujourd'hui, le combat digne d'être mené, c'est celui qui vise à maintenir le modèle républicain à l'échelle nationale, mais aussi européenne et mondiale. La démocratie ne trouve guère son compte dans le fonctionnement des institutions européennes actuelles. Je suis pour une Europe à géométrie variable où les Parlements nationaux continuent de jouer leur rôle de contrôle des exécutifs, tant nationaux qu'européens. Et je suis pour une Europe indépendante face aux deux empires qui se disputent la domination du monde.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>La laïcité est-elle encore une valeur de gauche ?</b>       <br />
              <br />
       Ce n'est pas une valeur de gauche, c'est une valeur républicaine. La République est laïque comme il est mentionné dans la Constitution depuis 1946. L'actualité de la laïcité, c'est la réponse donnée à juste titre à des courants qui veulent rétablir le droit divin, qui, aujourd'hui, ne sont pas principalement des courants chrétiens, mais musulmans. Un vieux combat qui, en Europe, date de 1789 et reste moderne. À la gauche de porter cette lutte si elle veut rester fidèle à elle-même. Comme elle doit conserver l'héritage de la nation, cadre privilégié de la démocratie et de la solidarité. Pourquoi la gauche a-t-elle abandonné à Le Pen en 1984 la défense de la nation ? Pourquoi a-t-il fallu qu'en 1985 je rétablisse, en tant que ministre de l'Éducation, l'apprentissage de la Marseillaise sous les quolibets d'une partie de la gauche ? Nous sommes un pays pluriethnique, pluriconfessionnel, mais pas pluriculturel : il y a une culture française.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Regardez-vous la série Baron noir ?</b>       <br />
              <br />
       Cela m'arrive. J'aime Kad Merad, sans doute la seule figure socialiste à laquelle, à l'ère de l'immédiateté, les Français s'identifient facilement aujourd'hui. Entre François Mitterrand et Kad Merad, il n'y a pas eu grand monde dans la mémoire collective. La génération qui a sucé le lait de SOS Racisme n'est pas allée loin en politique.       <br />
              <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.lepoint.fr/politique/jean-pierre-chevenement-je-m-inquiete-pour-la-republique-15-08-2020-2387797_20.php">Le Point</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Entretien-au-Point-Je-m-inquiete-pour-la-Republique_a2111.html</link>
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   <title>"Je lance un appel à la paix civile, au sang froid, à la civilité"</title>
   <pubDate>Fri, 15 Nov 2019 08:18:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était l'invité du 6h30-9h30 de franceinfo:, mardi 12 novembre 2019. Il répondait aux questions de Samuel Etienne.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      https://www.chevenement.fr/video/<iframe width="600" height="315" src="//embedftv-a.akamaihd.net/3f52cb1bf8bee7e0990195266e2dbaa0" frameborder="0" scrolling="no" allowfullscreen></iframe>     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Samuel Etienne : Le séisme en Ardèche pose-il la question du nucléaire en France ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ce séisme est d'un magnitude modérée. Je vois pourtant sur France 2 des militants écologistes venir dire que l'on pourrait sortir d'une nucléaire et ne tirer notre énergie que du renouvelable, comme en Allemagne...       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>La ministre de l'Ecologie elle-même a demandé à EDF de plancher sur ce scénario.</b>       <br />
              <br />
       Si c'est vrai, cela me scandalise ! Nous sommes en train de gâcher un atout industriel majeur de la France. Nous avons une électricité à bas coût – 58 tranches de nucléaires qui assurent 75% de notre approvisionnement électrique – et on le gâche en demandant des études absurdes à EDF, placé sous la tutelle de ce ministre de la &quot;transition&quot; écologique. Que veut dire &quot;transition&quot; ? Où va-t-on ? Nul le sait ! Tout cela montre la complaisance à l'égard de l'écologie comme idéologie, que je distingue de l'écologie comme science.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Faut-il poursuivre la construction de centrales nucléaires ? Quid de la sécurité ?</b>       <br />
              <br />
       Je comprends parfaitement toutes les préoccupations en matière de sécurité. Mais nous sommes en présence d'un phénomène idéologique hautement dangereux pour bien des activités comme l'agriculture, l'industrie... On finira par ne plus avoir d'appareil productif ! L'idéologie que je veux dénoncer est celle qui consiste à mettre la catastrophe à l'horizon de l'histoire alors qu'avant c'était le progrès. Un philosophe allemand, Hans Jonas, a parlé de &quot;l'heuristique de la peur&quot; : on fait peur aux gens pour qu'ils progressent dans leur manière de consommer ou de produire. En réalité, on ne produit plus ! Je suis très déçu qu'Elisabeth Borne ait demandé cette étude à EDF. On se tire une balle dans le pied !</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Pourtant, tous les partis politiques verdissent leurs programmes...</b>       <br />
              <br />
       C'est l'électoralisme le plus plat ! Ils courent après des électeurs qui ont voté pour les écologistes aux élections européennes car ils ne voulaient plus voter pour les socialistes. C'est un vote qui n'a pas beaucoup de signification... C'est une complaisance coupable à l'égard des intérêts réels de la France que de céder à cette mode. Je voudrais demander au Gouvernement de préciser sa position et de renoncer à ces fermetures de tranches nucléaires. Regardez ce qui s'est passé en Allemagne : le tournant énergétique de Madame Merkel est un retentissant fiasco ! Les Allemands rejettent 8 à 10 fois plus de gaz carbonique que les Français. Les énergies renouvelables sont intermittentes : quand le soleil se couche ou que le vent tombe, il faut faire tourner les centrales à charbon ou à lignite, très polluantes. En outre, cela coûte cher car il faut subventionner les énergies dites &quot;renouvelables&quot;, en fait intermittentes, ce qui a abouti à ce que la facture d'électricité pour un Allemand soit deux fois plus élevée que celle d'un Français. Est-ce cette écologie punitive que nous voulons pour nos concitoyens ?       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>L'actualité ce matin, c'est également la Turquie qui commence à renvoyer dans leurs pays d'origine des djihadistes. 11 Français figurent dans cette liste. Ankara souhaite que la France récupère ses terroristes, ce que la France a toujours refusé. Que répond-on ?</b>       <br />
              <br />
       La position du Gouvernement, judicieuse, est que ces terroristes doivent être jugés dans les pays où ils ont commis leurs crimes. La Turquie, qui a ouvert ses frontières vers la Syrie en 2011 et qui a largement contribué à la guerre qui a sévi pendant 5 ans, prétend nous envoyer aujourd'hui les djihadistes, demain les migrants ! Nous avons affaire à un pays qui n'est pas très coopératif... Beaucoup de pays refusent de recevoir leurs ressortissants. Et qui sont ces djihadistes ? Des Français ? Ce sont des Français de papier ! En rejoignant Daech, ils ont abandonné la nationalité française donc nous ne sommes pas tenus de les récupérer.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Sur la manifestation contre l'islamophobie de dimanche, il y a eu beaucoup de protestations. Céline Pina par exemple, dit qu' &quot;une gauche dévoyée s'est faite l'alliée des islamistes&quot;.</b>       <br />
              <br />
       L'appel à manifester relève d'une grave erreur conceptuelle. La manifestation était dirigée contre &quot;l'islamophobie&quot;, mais cette dernière mélange deux choses : la juste réprobation des actes anti-musulmans, pour laquelle j'aurais manifesté car la tentative d'incendie de la mosquée de Bayonne est inadmissible, de même que les attentats commis contre ces deux malheureux qui servaient de gardiens. Tout cela est totalement condamnable. Mais on ajoute à cela qu'il y a une religion qui est au-dessus de la critique et que quiconque critique l'islam se met en faute. Or, s'il n'y avait pas eu la critique biblique, le christianisme n'aurait pas évolué, il n'y aurait pas eu l'évolution de l'Eglise catholique vers des chemins plus libéraux, hors de l'obscurantisme qui était traditionnellement le sien. C'est très grave : il s'agit d'un confusionnisme, d'un amalgame coupable. Et quand je vois une étoile jaune parmi les manifestants, je dis que c'est insupportable de mettre sur le même plan la situation de nos concitoyens musulmans – qui doivent naturellement être traités à égalité – avec la situation des juifs sous l'Occupation. Ca n'a rigoureusement rien à voir. C'est une horrible démagogie que je tiens à condamner fermement. Ces gens qui appellent à manifester contribuent à la surenchère avec le RN qui, à terme, nous conduira vers la guerre civile. Car la guerre civile progresse toujours à bas bruit. Je pourrais vous donner l'exemple des guerres de religion en France : en 1523, un premier protestant est brûlé sur un bûcher, mais les grands massacres de Wassy et de la Saint-Barthélémy n'ont lieu qu'en 1562 et 1572, presque 50 ans après. Si l'on continue comme cela, et je mets en garde nos concitoyens contre ces agissements irresponsables, on ira vers la guerre civile. Je lance un appel à la paix civile, au sang froid, à la civilité, l'écoute, l'argumentation. Je me tiens éloigné de toutes ces manifestations qui ne peuvent faire que beaucoup de mal à nos concitoyens musulmans.       <br />
              <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.francetvinfo.fr/replay-jt/franceinfo/6h30-9h30/l-invite-du-6h30-9h30/jt-l-invite-du-6h30-9h30h-mardi-12-novembre-2019_3699565.html">6h30-9h30 - franceinfo</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link>https://www.chevenement.fr/Je-lance-un-appel-a-la-paix-civile-au-sang-froid-a-la-civilite_a2072.html</link>
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   <title>Programmation énergétique : savoir aller contre le vent</title>
   <pubDate>Mon, 22 Oct 2018 17:07:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Une tribune de Jean-Pierre Chevènement, parue dans L'Opinion le 22 octobre 2018.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/26788485-27348841.jpg?v=1540307742" alt="Programmation énergétique : savoir aller contre le vent" title="Programmation énergétique : savoir aller contre le vent" />
     </div>
     <div>
      La France avait acquis à la fin du siècle dernier une remarquable maîtrise du cycle complet de l’énergie nucléaire. L’outil industriel constitué au fil des générations était un atout majeur de notre pays dans la compétition internationale.        <br />
              <br />
       Sous l’effet d’orientations prises au début du quinquennat précédent, cet atout est en train d’être complètement gâché. EDF, sous la tutelle de M. de Rugy, prépare un plan dit PPE1 prévoyant la fermeture d’au moins une demi-douzaine de centrales nucléaires. A-t-on vu quelque part dans le monde un pays qui manifeste une telle défiance à l’égard de ses propres capacités et au point de porter un tel coup à la crédibilité de son industrie ?        <br />
              <br />
       Les raisons avancées – la sûreté et la lutte contre le réchauffement du climat – ne sont que des trompe-l’œil. La vraie raison est idéologique : la lutte contre le nucléaire est le noyau d’une idéologie millénariste post-Seconde Guerre mondiale qui a substitué la catastrophe au progrès à l’horizon de l’Humanité. Cette idéologie va bien au-delà des Verts. Elle imprègne « l’air du temps ». Ce n’est pas par hasard qu’elle est née en Allemagne après 1945 avec Hans Jonas, l’inventeur du « principe de précaution ». C’est dans ce contexte hautement idéologique qu’il faut replacer le naufrage quasiment programmé de notre industrie nucléaire. L’Allemagne de Mme Merkel a décidé unilatéralement, en 2011, de « sortir du nucléaire », ruinant ainsi la perspective d’une politique énergétique européenne cohérente. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      En Allemagne, les subventions aux « renouvelables » ont explosé, la facture d’électricité aux ménages aussi, et plus encore les émissions de gaz à effet de serre engendrées par le recours au charbon rendu nécessaire par le caractère intermittent du solaire et de l’éolien.        <br />
              <br />
       En France, par l’effet d’une procrastination très politique, il s’est écoulé trois décennies entre le lancement, en 1981, des derniers réacteurs de deuxième génération (Civaux notamment) et celui de troisième génération, l’EPR de Flamanville qui accumule des retards. Quoi d’étonnant à ce que les savoir-faire industriels français se soient perdus ? Rien de tel en Chine où l’EPR de Taishan est entré en service dans les délais prévus ! Et voilà maintenant qu’au prétexte de la solidarité européenne, la France est en train de programmer la réduction de 80% à 50% de notre production d’électricité nucléaire.        <br />
              <br />
       En réalité, nous nous conformons aux objectifs du programme que le Parti socialiste avait adopté à la fin de 2011, lui-même consécutif à la décision de Mme Merkel de « sortir du nucléaire ». François Hollande a coulé dans le bronze de la loi en 2015 le rabougrissement à 50% de la part de l’électricité d’origine nucléaire dans la consommation de la France, au mépris de l’intérêt national. Les erreurs de la politique énergétique allemande sont aujourd’hui patentes – elles ont amené la Commission de Bruxelles à revoir à la baisse ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre (de 40% à 35% en 2030), mais nous nous obstinons par idéologie à vouloir reproduire ces erreurs et à nous y adapter par suivisme. Il suffit de prendre connaissance des investissements évoqués pour la conversion de Fessenheim – ils sont liés au démantèlement de la filière nucléaire ou à la programmation d’une centrale photovoltaïque non rentable – pour se convaincre que la fermeture d’une centrale amortie et produisant de l’électricité bon marché est une ânerie.        <br />
              <br />
       Pour montrer le caractère déraisonnable de la programmation énergétique telle qu’on nous l’annonce, je ne prendrai que l’exemple de l’énergie éolienne. On a pris l’habitude d’opposer les « énergies renouvelables » au nucléaire. C’est une fausse opposition. D’abord parce que le nucléaire, grâce à la faculté d’utiliser bientôt le thorium, et aux surgénérateurs qu’élaborent actuellement divers pays, restera très compétitif à l’horizon des prochains siècles, sans émettre de gaz à effet de serre. On peut réduire considérablement le coût des réacteurs de génération III sans préjudice pour la sûreté et en réduire la taille (jusqu’à 200MW) selon la préconisation du MIT pour mieux s’adapter à la demande. Le terme « énergies renouvelables » rassemble des produits d’une extrême hétérogénéité.        <br />
              <br />
       L’hydroélectricité est assurément une forme d’énergie sans carbone, et pilotable (c’est-à-dire qu’on peut l’appeler à tout instant). Mais en France, la quasi-totalité des sites propices sont équipés. Plus prometteur est le solaire thermique, utilisé notamment pour les chauffe-eau ; il n’est productif qu’une partie du temps (12% seulement dans notre pays, en moyenne), mais la chaleur emmagasinée se conserve durant plusieurs jours. Aussi ce solaire thermique doit-il aujourd’hui être préféré au photovoltaïque, car à l’heure actuelle le stockage de l’électricité reste extrêmement coûteux.        <br />
              <br />
       Le concept d’énergies renouvelables est le manteau sous lequel se dissimule l’éolien, promue sans cesse par un groupe de pression surpuissant malgré les inconvénients qui en résultent. Non seulement parce que l’éolien est en train de détruire l’identité paysagère de notre pays, qui était faite d’harmonie et de mesure. Le préfet des Ardennes a ainsi autorisé 63 engins de 200 mètres de haut.        <br />
              <br />
       Plus graves encore les conséquences induites par le développement de l’éolien pour les finances publiques et pour l’environnement. Ces conséquences vont à rebours du but recherché. Cette production d’électricité d’origine éolienne permettrait de réduire celle des sources fossiles – charbon, fioul et gaz. Mais la part des fossiles, en France, est déjà tombée très bas : moins de 6% de notre électricité, en année normale. Elle ne peut baisser davantage, en raison de l’irrégularité des énergies intermittentes. Les éoliennes, dans notre pays, ne sont utilisées qu’à raison de 24% de l’année, en moyenne). Pour que les consommateurs soient convenablement desservis, il faut donc faire appel aux sources pilotables mais polluantes (charbon, lignite, gaz).        <br />
              <br />
       Dès lors, le supplément d’électricité produit par les nouvelles éoliennes ne pourrait avoir que deux destinations :        <br />
       - une exportation à perte (en année normale, la France exporte déjà le dixième de sa production, avec une perte de l’ordre de la moitié du prix de revient d’EDF, financée par le consommateur français) ;        <br />
       - le remplacement d’une fraction de la production nucléaire ; celle-ci étant exempte de carbone, un tel remplacement n’aurait aucune utilité pour le climat, bien au contraire.        <br />
              <br />
       Ce remplacement nous placerait d’ailleurs devant un second dilemme :        <br />
       - ou bien le complément d’électricité rendu nécessaire par l’intermittence de l’éolien et photovoltaïque serait fourni par les centrales nucléaires ; cela signifierait que celles-ci devraient réduire leur production actuelle, alors que leurs installations sont amorties, et ne nécessitent, pour continuer à servir, que des investissements de sécurité supplémentaires (« grand carénage »). Le simple maintien de la production totale actuelle avec des éoliennes serait obtenu à grand frais (le développement des réseaux d’interconnexion coûte extrêmement cher) alors que nous pouvons y parvenir pour un prix relativement modique, en nous dispensant d’éoliennes supplémentaires ;       <br />
       - ou bien, deuxième hypothèse, le complément d’électricité nécessaire serait fourni par des sources fossiles ; d’un point de vue technique, c’est la solution la plus aisée ; les Allemands l’ont mise en œuvre (charbon, lignite) ; mais du point de vue de l’environnement, c’est la pire formule.        <br />
              <br />
       Instruisons-nous de leurs erreurs. Il y dans le modèle allemand des formules dont nous devrions nous inspirer (la cogestion par exemple), mais tout n’est pas à transposer mécaniquement. Ai-je besoin d’ajouter que la programmation énergétique française n’a pas à adapter notre modèle aux erreurs commises outre-Rhin et que nos amis allemands commencent eux-mêmes à mesurer ?       <br />
              <br />
       Du fait de son mariage forcé avec des énergies fossiles, l’éolien est une fausse énergie renouvelable, une fausse énergie propre.       <br />
              <br />
       Retenons notre souffle à l’annonce de la publication, dans les prochaines semaines, de la nouvelle « programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE). J’ai pensé et je continue à espérer que l’élection d’un nouveau Président de la République permettra de retrouver le chemin de la raison. Il n’est jamais trop tard pour revenir sur une erreur, même quand elle est portée par le vent. La mode est ce qui se démode : un vent l’apporte, un autre la remporte.        <br />
              <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.lopinion.fr/edition/politique/programmation-energetique-savoir-aller-contre-vent-jean-pierre-166055">L'Opinion</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/26788485-27348841.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Programmation-energetique-savoir-aller-contre-le-vent_a2001.html</link>
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   <title>Bonnes vacances, Monsieur Hulot !</title>
   <pubDate>Mon, 03 Sep 2018 08:51:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Une tribune de Jean-Pierre Chevènement, parue dans Le Parisien, édition du 2 septembre 2018.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/25131700-26569608.jpg?v=1536161197" alt="Bonnes vacances, Monsieur Hulot !" title="Bonnes vacances, Monsieur Hulot !" />
     </div>
     <div>
      Dans toute démission, dans celle de Monsieur Hulot comme dans d’autres, il y a la forme et il y a le fond.       <br />
              <br />
       La forme en a surpris plus d’un, à commencer sans doute par le Président de la République.       <br />
              <br />
       Puis-je rappeler un souvenir ? A deux reprises, sur la politique industrielle et sur la guerre du Golfe, François Mitterrand m’a demandé de surseoir à ma démission de plusieurs jours et même de plusieurs semaines. « Vous n’allez pas démissionner la nuit, comme Rocard ? » m’avait-il ainsi interrogé le 29 janvier 1991. Nous sommes convenus que la passation de pouvoirs à l’Hôtel de Brienne se ferait le surlendemain et François Mitterrand connaissait ma décision depuis le 7 décembre 1990 !       <br />
              <br />
       Aujourd’hui tout se gère à l’aune de la « communication ». Monsieur Hulot était pour le Président Macron une splendide prise médiatique. Il a plutôt une bonne tête. Depuis Ushuaia, l’émission qui l’a rendu célèbre, il jouit de la faveur de l’opinion. De surcroît, Monsieur Hulot n’est pas vraiment un « Vert ». Il était là pour permettre au gouvernement de gérer cette petite frange de l’opinion qui met la notion vague d’écologie au sommet de ses priorités.       <br />
              <br />
       Soyons clairs : que les questions environnementales et la préservation des biens communs à toute l’humanité (eau, air, sol, etc…) soient d’une importance primordiale, je suis le premier à en convenir. Mais il en va tout autrement de l’idéologie des Verts qui est une forme de millénarisme : depuis 1945, l’humanité a substitué à son horizon le mythe de la catastrophe en lieu et place de celui du progrès. En réaction au nazisme, le philosophe allemand Hans Jonas a inventé le « principe de précaution ». Ce principe, inscrit dans notre Constitution, n’a rien de scientifique. Un gouvernement qui voudrait l’appliquer pleinement ne devrait pas se borner à abandonner le projet de Notre-Dame-des-Landes. Il lui faudrait fermer toutes les usines non seulement nucléaires mais chimiques, renoncer aux grands projets d’infrastructures, multiplier les conflits avec les agriculteurs et les entrepreneurs à force de réglementations tracassières. Tel n’était pas l’état d’esprit de Monsieur Hulot. Depuis qu’on sait qu’il ne trouvait plus le sommeil, l’opinion s’interrogeait : que cachait depuis six mois ce chantage public et permanent à la démission ? Comment se terminerait ce ballet d’hésitations ? Sur quel grand sujet le ministre choisirait-il de tomber ?        <br />
              <br />
       Depuis quelques jours, on respire : ce n’était que la chasse et la présence d’un « lobbyste » à l’Élysée ! Comme si les politiques ne passaient pas une grande partie de leur temps à écouter – et d’ailleurs à juste titre – les représentants des intérêts particuliers, leur tâche étant de faire prévaloir, in fine, l’intérêt général.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ainsi, la chasse n’était, pour le ministre, qu’un prétexte. En réalité, Monsieur Hulot gère au plus près son « capital médiatique ». L’écologie politique est un fonds de commerce et la concurrence est rude : même Jean-Luc Mélenchon vient d’annoncer avoir découvert le problème de l’eau : chaude ou froide, il ne précise pas…       <br />
              <br />
       Dans toute cette affaire, je ne vois guère le souci de l’État. Monsieur Hulot donne à Emmanuel Macron un coup dont il se relèvera. En quoi l’avait-il mérité, sinon d’en avoir fait son ministre de l’Écologie ?       <br />
              <br />
       Quelle est, sur le fond, la question qui justifie la décision de Monsieur Hulot ? Je n’en vois qu’une, à vrai dire, c’est la place du nucléaire dans l’approvisionnement énergétique de la France. En démissionnant à la radio, le ministre s’est lâché : il a incriminé le nucléaire, « cette folie inutile, économiquement et techniquement, dans laquelle on s’entête ».       <br />
              <br />
       Nicolas Hulot sait très bien qu’Emmanuel Macron, à juste titre, juge totalement irréaliste l’objectif de ramener à 50 % la part du nucléaire dans l’électricité produite en France en 2025. L’objectif en question a été fixé dans le programme du PS de 2011. C’est François Hollande qui l’a fait passer dans la loi, en 2015. Cet « objectif » est complètement démagogique, purement électoraliste et contraire à l’intérêt du pays.       <br />
              <br />
       Le solaire et l’éolien sont des énergies intermittentes qui rendent nécessaire de maintenir le nucléaire, source permanente, la moins chère et la moins polluante.       <br />
              <br />
       On voit ce que coûte aux Allemands la décision de Madame Merkel, en 2011, de renoncer au nucléaire : ils doivent recourir au charbon et acquitter, s’agissant des particuliers, une facture d’électricité près de deux fois supérieure à celle payée par les ménages français. S’engager dans cette voie serait, de surcroît pour notre pays, un terrible gâchis industriel ! Voit-on que la Chine, l’Inde, la Russie, la Grande-Bretagne, le Japon même après Fukushima, aient renoncé au nucléaire ?       <br />
              <br />
       Tout au contraire ! Rosatom en Russie a un carnet de commande à l’exportation de 33 projets de centrales. Tout cela était à notre portée, si la main de l’État n’avait pas tremblé sous la pression du lobby écologiste.       <br />
              <br />
       Depuis des décennies, notre industrie nucléaire s’étiole. Elle perd ses savoir-faire. Il faut dire que la dernière centrale construite, celle de Civaux a été décidée en 1981 et inaugurée en 1999, il y a vingt ans !       <br />
              <br />
       Voilà le « mal français » : depuis des décennies nos élites ont fait le choix de laisser s’effilocher le tissu industriel.       <br />
              <br />
       On en voit le résultat : une balance commerciale déficitaire de près de 70 milliards d’euros en 2017 quand l’Allemagne affiche un excédent de 254 milliards ! Comment, dans ces conditions, remettre la France « au centre du jeu européen » ? Notre seul vrai problème est celui de notre compétitivité. Le solde de notre balance commerciale n’a cessé de se dégrader depuis 2003. Le déficit énergétique (38 milliards d’euros en 2017) s’ajoute au déficit manufacturier (plus de 30 milliards).       <br />
              <br />
       Or, l’hostilité viscérale au nucléaire est le noyau, si je puis dire, de l’idéologie des Verts, fondamentalement réactionnaire et technophobe.       <br />
              <br />
       Le choix du nucléaire est un choix de longue portée, une affaire de générations.       <br />
              <br />
       Un rapport commandé par Nicolas Hulot préconise de construire six EPR à partir de 2025 pour une entrée en service en 2035. Le centre d’enfouissement des déchets ultimes de Bure dans la Meuse n’entrera en service que dans la décennie 2040. Or le centre de Bure concentre déjà l’hostilité violente des Verts, à l’échelle européenne ! Et cela ne fait que commencer !       <br />
              <br />
       L’avenir d’un atout industriel majeur de la France est ainsi l’objet d’un bras de fer entre d’une part une minorité de décideurs qui se refusent à brader l’héritage des générations en même temps que l’avenir du pays, et d’autre part une petite minorité extrémiste (à peine 3% des électeurs) qui entend prendre en otage l’opinion, à travers un système politico-médiatique dont l’indépendance de la France est devenue le cadet des soucis. Sur ce dossier vital, Nicolas Hulot n’avait pas la capacité de trancher en homme d’État.       <br />
              <br />
       Tel est l’éclairage de fond qui donne sens à sa démission : d’un côté les fantasmes d’une idéologie millénariste, de l’autre le souci de maintenir la France dans l’Histoire. Monsieur Hulot a bien raison de dire : « Je ne pouvais plus me mentir ! ». Il y avait, en effet, de quoi perdre le sommeil pour un l’homme d’État qui sans doute sommeillait en lui ! Si cette hypothèse d’une contradiction intenable pour Monsieur Hulot, ministre, s’avérait exacte, alors il faudrait lui dire sincèrement : Bonnes vacances, Monsieur Hulot ! ».
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/25131700-26569608.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Bonnes-vacances-Monsieur-Hulot _a1990.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Chevènement: pourquoi je suis encore candidat</title>
   <pubDate>Wed, 21 Dec 2011 09:27:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevènement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Mediapart, publié mercredi 21 décembre 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3570217-5153783.jpg?v=1324454358" alt="Chevènement: pourquoi je suis encore candidat" title="Chevènement: pourquoi je suis encore candidat" />
     </div>
     <div>
      <b>Mediapart: En étant candidat, vous voulez faire «bouger les lignes». François Hollande vient d'annoncer qu'il voulait renégocier le traité européen et fait un appel au «patriotisme industriel». Cela vous suffit-il?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement. </b>J'apprécie positivement la déclaration de François Hollande au terme de laquelle il renégocierait le traité européen. Ce traité ne répond pas à l'urgence, ne résoud en aucune manière le problème de l'endettement, ne peut manquer d'avoir des effets récessionnistes et d'enfermer l'Europe dans une spirale de déclin. Il porte atteinte à la démocratie et aux droits du parlement... Il y a là un ensemble de décisions qui inaugure l'Europe postdémocratique dont ont parlé Hubert Védrine et Jürgen Habermas.       <br />
              <br />
       <b>Face à ce traité dont vous pointez les dangers, estimez-vous que la réaction de la gauche est suffisante?</b>       <br />
       Non, parce que j'ai l'expérience du pacte de stabilité, qualifié de super-Maastricht par Lionel Jospin avant les élections de 1997 et auquel nous nous sommes ralliés illico presto. C'était le 18 juin 1997 et je me suis à l'époque tourné vers le secrétaire général du gouvernement (Chevènement est alors ministre de l'intérieur) pour lui demander de bien vouloir inscrire au procès-verbal du conseil des ministres ma ferme opposition à la signature par la France de ce pacte.       <br />
              <br />
       Jacques Chirac avait à l'époque expliqué qu'il fallait respecter la parole de la France. Mais si le général de Gaulle avait respecté la parole de la France, nous serions toujours dans les structures de l'OTAN -d'ailleurs nous y sommes revenus. S'il avait fallu appliquer bêtement le traité de Rome, il n'y aurait jamais eu de politique agricole commune. Il n'y aurait pas eu de politique de la chaise vide. Il n'y aurait pas eu de droit de veto. On n'a jamais vu sur la scène internationale un gouvernement, démocratiquement élu, qui se sente lié par les engagements pris par son prédécesseur.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Faites-vous confiance à François Hollande pour ne pas reproduire Jospin?</b>       <br />
       C'est une bonne question... Je pense que cela va beaucoup dépendre de la configuration de forces dans un contexte politique radicalement nouveau. Car nous sommes entrés dans une crise profonde depuis 2008. Un gouvernement qui procéderait d'une majorité de gauche ne pourrait pas aller aussi durement et bêtement contre les aspirations de ceux qui lui ont fait confiance.        <br />
              <br />
       <b>Confiance modérée donc?</b>       <br />
       Confiance modérée, oui, mais je fais confiance à la logique des situations.       <br />
              <br />
       <b>Vous êtes, à cette élection présidentielle, le seul candidat déclaré à avoir participé à la fondation du PS d'Epinay, avant de le quitter. Quel regard portez-vous sur l'évolution de ce parti aujourd'hui, y compris sur les affaires touchant plusieurs fédérations?</b>       <br />
       Je n'ai pas tendance à idéaliser le passé. Le PS a toujours fonctionné sur un système de sections et de fédérations qui épousaient étroitement les fiefs électoraux de Pierre, Paul ou Jacques. Mais la sociologie du PS a beaucoup changé. C'était un parti de vieux ouvriers, d'employés ou de professeurs, et je ne conteste pas la rigueur et l'honnêteté de ces militants que j'ai connus jadis. Ils se rappelaient des querelles des années 1920 ou 1930 sur la prise du pouvoir ou sur la gestion du capitalisme. Est-ce le moment pour le PS de venir au pouvoir? Est-ce encore un parti qui a une doctrine? Même la SFIO se flattait encore d'en avoir une... Aujourd'hui le PS ne se pose plus ce genre de questions: le pouvoir est désirable en soi. Cela n'a jamais été vraiment ma conception: je reste de ce point de vue là un vieux socialiste.       <br />
              <br />
       <b>Depuis cette époque, toute la gauche a été irriguée par le paradigme écologique. Vous semblez être encore le seul à y résister. Pourquoi?</b>       <br />
       Parce que je le replace dans un combat culturel qui structure toute l'histoire de l'Occident. la contestation des valeurs de la connaissance commence avec Eve qui dérobe la pomme sur l'arbre de la connaissance. Elle commence avec Prométhée qui a volé le feu aux dieux pour le donner aux hommes. J'éprouve une certaine méfiance à l'égard de cette soumission à une entité plus forte que l'homme, qu'on peut appeler Dieu ou la Nature. Je reste fidèle à la tradition cartésienne celle du doute méthodique.       <br />
              <br />
       C'est en Allemagne à la fin de la Seconde guerre mondiale qu'émerge une réflexion légitime sur les raisons ayant pu conduire à un déraillement complet de l'histoire allemande. C'est Hans Jonas qui écrit un livre intitulé Le principe responsabilité qu'il oppose au principe d'espérance d'Ernst Bloch. En fait, le principe de responsabilité, c'est le principe de précaution: on ne doit rien faire sans en avoir analysé toutes les conséquences. Ce principe n'a aucune valeur scientifique. Il nous ramène au proverbe de nos grands-mères: &quot;Deux précautions valent mieux qu'une&quot;.       <br />
              <br />
       C'est un principe d'immobilisme, une idéologie de la peur dont je constate les ravages dans des domaines très divers. Cela concerne par exemple les nanotechnologies où les scientifiques sont conscients de travailler dans un contexte hostile. De même avec les OGM. Qui sait en France que la superficie cultivée en OGM dans le monde représente cinq fois la superficie de la France, et qu'on a d'ores et déjà mis au point des variétés beaucoup plus résistantes, qui peuvent se contenter d'une très petite quantité d'eau et peuvent, par conséquent, vaincre la malnutrition? Il y a énormément de préjugés.       <br />
              <br />
       Aujourd'hui, on est tout à fait à la mode quand on a une moustache et une pipe et qu'on s'inscrit contre des idées de ce genre! Et ce que je dis là vaut pour le nucléaire ou les ondes électromagnétiques. Il n'y a guère de domaine qui échappe à cette suspicion généralisée. C'est l'idéologie du déclin. Elle traduit les deux guerres mondiales et le doute profond qui s'est emparé de tous nos pays, notamment de l'Allemagne. Je me méfie de la technophobie, de l'idéologie anti-science.       <br />
              <br />
       <b>Vous n'êtes pas ébranlé par une catastrophe comme Fukushima ou par le rôle joué par des multinationales comme Monsanto dans la privatisation des brevets?</b>       <br />
       Je ne nie pas que les grands groupes ont des stratégies d'appropriation. Je suis aussi tout à fait contre la logique de sous-traitance dans le nucléaire. S'agissant de Fukushima, c'est un accident qui est dû à l'insufffisance des mesures de sécurité. La vague très haute est allée jusqu'à 23 mètres, alors que le mur de protection n'était que de 7 mètres. Tepco (le groupe nucléaire japonais) n'a pas pris les mesures de sécurité nécessaires, pas plus que l'autorité de sûreté qui est une émanation du ministère et qui est dans les mains du Medef japonais... Il faut tirer de Fukushima les leçons qui méritent de l'être.       <br />
              <br />
       Par ailleurs, on sait désormais que la réduction des zones contaminées prendra entre 10 et 20 ans. Cela ne veut donc pas dire qu'on n'y arrivera pas. J'ajoute que le nombre de morts dans l'industrie charbonnière oscille chaque année entre 2.000 et 3.000. Fukushima, c'est un mort ou deux -je parle de l'accident nucléaire, je ne parle pas du tsunami qui a fait 30.000 vicitimes. Il faut toujours raison garder. L'idéologie de la peur ne doit pas triompher.       <br />
              <br />
       Le nucléaire est une énergie qui n'émet pas de gaz à effet de serre et qui est bon marché. Le jour où les Français seront confrontés à une augmentation de 30% de leur facture d'électricité, je ne suis pas sûr qu'ils soient d'accord! J'ajoute que nous avons une balance commerciale avec 75 milliards de déficit. Or la fermeture d'un tiers de nos réacteurs aboutit à un alourdissement de notre balance commerciale de 12 milliards...       <br />
              <br />
       <b>Mais le recours à la sous-traitance dans le nucléaire ou la privatisation des brevets sont le produit de décisions politiques. En ces temps de rigueur budgétaire et de déréglementation, quelles garanties pouvez-vous avoir que le contrôle sera suffisant?</b>       <br />
       En matière nucléaire, c'est très facile car on répercute dans le prix de l'électricité les précautions que l'on va prendre. Les Etats, et la commission de Bruxelles encore moins, ne reculent jamais devant les prescriptions relatives à la dépollution de l'eau, à l'accès des bâtiments publics par les handicapés... Tout cela coûte horriblement cher et j'observe que nous avons des autorités prescriptrices qui produisent constamment des normes, qui ensuite doivent être satisfaites dans des conditions de plus en plus difficiles par les collectivités. En matière nucléaire, le fait qu'on puisse incorporer dans le prix le coût du renforcement des normes règle le problème.       <br />
              <br />
       <b>Quelles différences voyez-vous entre votre candidature et celle de Jean-Luc Mélenchon qui reprend certaines thématiques patriotiques, revendique le socialisme historique et appelle à une renégociation profonde des traités européens?</b>       <br />
       Ma démarche est plus enracinée dans le temps. Mélenchon a fait beaucoup de progrès, et je l'en félicite, depuis l'époque où il a voté pour le traité de Maastricht.       <br />
              <br />
       <b>Mais il a voté &quot;non&quot; au référéendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen...</b>       <br />
       Il a beaucoup progressé depuis dix ans. Son chemin de Damas est relativement récent. Mais la principale critique que je fais à Mélenchon, en dehors de prises de position démagogiques comme la sortie du nucléaire ou la régularisation générale de tous les étrangers sur notre sol, est son approche de la souveraineté nationale. J'y vois, pour ma part, le point d'appui indispensable pour que la France puisse exercer un effet de levier dans l'Europe et dans le monde.       <br />
              <br />
       Si nous nous laissons emprisonner dans un réseau d'obligations juridiques ou de faits qui nous empêchent d'agir, nous ne pourrons plus agir dans le sens du redressement de la construction européenne ou du témoignage pour un monde qui s‘inspirerait des valeurs républicaines dont la France est l'héritière. Je pense que la France représente un patrimoine assez précieux pour ne pas être dilapidé. Je ne le dis pas par un patriotisme désuet, mais dans une perspective gramscienne.       <br />
              <br />
       Mélenchon, lui, peut être tenté de céder à une certaine phraséologie fédéraliste européenne, qui ne repose pas sur une analyse rigoureuse des rapports de forces. La souveraineté nationale, pour moi, c'est la condition d'une action politique internationale. Le patriotisme et l'internationalisme vont de pair. La souveraineté nationale peut très bien se conjuguer avec certaines délégations de compétences, dès qu'elle reste démocratiquement contrôlée. De ce point de vue, le conseil européen est un progrès par rapport à la commission car y siègent les gouvernements démocratiquement légitimes.       <br />
              <br />
       <b>Vous qui avez été perçu par les socialistes comme un des principaux responsables du 21 avril 2002, quel regard portez-vous sur ces appels au vote utile lancés dès le début de la campagne de François Hollande?</b>       <br />
       Il y a là un relent de jospinisme. C'est faire totalement l'impasse sur le débat de fond. Quand on est candidat à la présidence, il faut que les Français sachent comment on voit l'avenir de la France. Je revendique pleinement la thématique qui était la mienne en 2002: la critique des marchés financiers. Ils ne sont pas l'horizon de l'histoire. Ce sont les peuples et les nations qui en sont les acteurs. Je propose de redresser l'Europe, d'élargir les missions de la BCE, de renouer avec une politique industrielle, de poser en tous domaines des repères fermes, dans l'éducation, la sécurité ou l'intégration des immigrés.       <br />
              <br />
       Une pensée de gauche doit être une pensée structurée, qui ne doit pas se dissoudre dans des formulations trop floues. Je n'aime pas cette conception du vote utile: la gauche doit avoir un discours articulé, elle doit élever la conscience des citoyens. C'est la raison pour laquelle je suis candidat. Et je pense être légitime pour le faire, étant donné l'ancienneté de mon opposition au tournant libéral, dès 1983, à la politique de la monnaie forte, à l'abandon de la politique industrielle, à l'application de l'acte unique à travers la libération des mouvements de capitaux, puis à la monnaie unique en 1992, qui m'a amené à quitter le PS. Il y a une certaine logique à mon parcours.       <br />
              <br />
       <b>En 2002, vous aviez fait appel aux &quot;républicains des deux rives&quot;, provoquant des tensions au sein même de votre courant. Rediriez-vous la même chose aujourd'hui?</b>       <br />
       Oui. Y a-t-il une si grande distance entre ces deux rives? Entre ce que dit Dupont-Aignan et ce que je dis? Peut-être ai-je sur la monnaie unique un discours plus argumenté et plus fin, car j'ai bien conscience que la monnaie unique existe. Néanmoins, il y a un socle de valeurs sur lesquelles nous pouvons nous retrouver. Comme je le dis dans un de mes derniers livres, La France est-elle finie?, il y a des valeurs de transmission qui transcendent la gauche et la droite. La gauche est une notion relativement récente puisqu'elle date de la révolution française. Je la prends pleinement en compte mais la France a préexisté à la République, elle a même été la matrice de la République. On peut dire par exemple que l'édit de Nantes est quelque chose qui balise le chemin vers l'affirmation de la liberté de conscience, qui est proclamée par la déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen. Il y a un continuum à notre histoire.       <br />
              <br />
       <b>Cela veut-il dire que, pour vous, la question sociale n'est plus suffisamment déterminante pour y voir une différence fondamentale avec Nicolas Dupont-Aignan?</b>       <br />
       Nicolas Dupont-Aignan se laisserait facilement amené sur des politiques qui reprendraient l'inspiration du Conseil national de la résistance. C'est un gaulliste de gauche.       <br />
              <br />
       <b>Comment vivez-vous que certains nationaux-républicains qui vous soutenaient en 2002 nourrissent aujourd'hui les analyses de Marine Le Pen?</b>       <br />
       Il y a un cas, celui de Bertrand Dutheil de la Rochère. Un autre, Florian Philippot, se réclame de moi mais je ne le connais pas. Il prétend avoir été dans mes comités de soutien en 2002. J'ai obtenu 1,5 million de voix, je n'en suis pas responsable...       <br />
              <br />
       <b>Mais il y a aussi Paul-Marie Coûteaux qui a participé à votre campagne en 2002...</b>       <br />
       Parce qu'il m'a rejoint. Il était député pasquaïen, il est reparti ensuite avec Philippe de Villiers. Cela fait partie des itinéraires complexes. Un candidat, en principe, ne refuse pas les voix qui appellent à voter pour lui. Mais je n'ai pas toujours suivi les avis que me donnait Paul-Marie Coûteaux: j'ai par exemple refusé d'appeler à un moratoire sur l'immigration. Je n'ai jamais été prisonnier de mes soutiens. Quant à l'entourage de Marine Le Pen, il n'y a que Dutheil de la Rochère dont la démarche me paraît suicidaire.       <br />
              <br />
       <b>Mais comment l'expliquez-vous? Certains à gauche, y compris des anciens du MRC, explique ce basculement vers l'extrême droite par un abandon de la question sociale...</b>       <br />
       Ce n'est certainement pas le cas de Dutheil de la Rochère, qui était au Parti communiste. Son itinéraire est très particulier. Je dis souvent qu'entre la droite et la gauche, il y a 1789. Dutheil de la Rochère aurait quelques circonstances atténuantes pour l'avoir oublié, étant donné qu'un de ses ancêtres a probablement dû y perdre le chef.       <br />
              <br />
       <b>Pour vous cela reste l'exception d'un parcours politique marginal?</b>       <br />
       Oui. Car il n'a entraîné personne.       <br />
              <br />
       <b>Mais au-delà des rangs stricts du MRC, dans la mouvance national-républicaine, beaucoup de militants de Riposte laïque se sont rapprochés du Front national.</b>       <br />
       Je ne les connais pas.       <br />
              <br />
       <b>Il y a pourtant Christine Tasin qui était au MRC, et qui est une des responsables de Riposte laïque.</b>       <br />
       Je ne la connais pas. Je suis président de l'association France-Algérie. Je crois qu'il y a une sorte d'entité franco-algérienne qu'il faut soigneusement préserver et qui est un grand atout pour la France et l'Algérie au 21e siècle. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut oublier le passé. Il faut l'assumer.       <br />
              <br />
       <b>En quoi votre politique d'immigration serait-elle différente de celle de Nicolas Sarkozy?</b>       <br />
       Je distinguerai davantage circulation et droit du séjour. Je l'ai fait comme ministre de l'intérieur avec Hubert Védrine (ministre des affaires étrangères de Lionel Jospin): nous avons considérablement élargi les possibilités de visa offertes. Sur le droit au séjour, je suis plus restrictif: nous traversons une crise économique grave et nous ne pouvons pas considérer que la France peut renoncer à réglementer le séjour. Je serais plus libéral que M. Guéant s'agissant des étudiants. Des étudiants peuvent travailler en France et ensuite mettre à la disposition de leur pays d'origine l'expérience acquise en France.       <br />
              <br />
       <b>Donc vous êtes d'accord avec le durcissement des conditions du séjour mis en place par Nicolas Sarkozy, ou les quotas...</b>       <br />
       Non, on applique la loi, on ne fixe pas des objectifs a priori. Cela n'a pas de sens.       <br />
              <br />
       <b>Et sur le séjour?</b>       <br />
       Je ne peux pas répondre en général. Mais moi, je n'ai pas peur de l'étranger. La France a une capacité d'accueil et d'intégration qui reste puissante, bien que je sois sensible à la montée des communautarismes. Je suis pour une politique d'intégration qui veut qu'on demande à ceux qui veulent acquérir la nationalité française de savoir quelques mots de français. Mais cela s'apprécie au cas par cas. Car si un grand scientifique demande à devenir français, même s'il ne le parle pas parfaitement, je serais tout à fait d'accord pour qu'on lui donne la nationalité. Je suis le ministre qui a ouvert le CNRS aux étrangers. Je ne dis pas cela pour les postiers, les cheminots etc. Une politique d'immigration intelligente consiste à attirer en France tous ceux qui peuvent servir son rayonnement.       <br />
              <br />
       <b>La gauche peut-elle aujourd'hui renouer avec les milieux populaires, notamment avec cette France des déclassés qui touche les classes moyennes, souvent périurbaines et blanches, sans avoir un discours sur la laïcité ou l'immigration?</b>       <br />
       Je suis issu d'une famille d'instituteurs et d'ouvriers: je n'ai aucun problème à avoir un contact avec les Français de base. J'en suis un. Il faut tenir à ces Français qui vivent difficilement un discours qui les rassure, qui leur offre la sécurité qui leur manque en terme de pouvoir d'achat, d'emploi, de logement, d'école. Un discours de sécurité vis-à-vis de la délinquance au quotidien.       <br />
              <br />
       C'est aussi ce que j'ai fait comme ministre de l'intérieur. On m'a reproché l'emploi de l'expression de sauvageons parce que les gens ne parlent plus le français. C'est un très vieux mot qui désigne un arbre non greffé, dont j'évoquais le manque d'éducation. Beaucoup de choses se ramènent à un manque d'éducation, de savoir-vivre, de politesse -toutes ces valeurs de transmission qui transcendent la gauche et la droite, mais que la gauche ferait bien de reprendre à son compte.       <br />
              <br />
       <b>Vous vous êtes déjà expliqué sur votre logement parisien. Mais ne pensez-vous pas que cela puisse choquer l'électorat populaire?</b>       <br />
       Je savais qu'en étant candidat, je m'en prendrais plein la gueule. Cette affaire a éclaté trois jours après ma déclaration de candidature! A propos d'un logement que j'occupe depuis 28 ans... Je l'ai obtenu quand j'ai quitté le ministère de la recherche et de l'industrie, pour ne pas avoir à déménager et à changer d'école mes enfants qui étaient jeunes. A l'époque, je ne m'en suis pas occupé, c'est ma femme qui s'occupe de ces choses-là. Tout locataire qui est dans ses meubles depuis un certain nombre d'années ne paie pas le loyer de la spéculation, surtout dans des quartiers où elle est galopante. Et je n'appartiens pas au logement social comme mes adversaires essaient de le faire croire, mais au patrimoine libre de la Ville de Paris. Cela prouve jusqu'où va un certain esprit de vindicte. Tout cela est assez triste...       <br />
              <br />
       <b>Certains parmi vos amis socialistes disent que vous êtes candidat pour obtenir des circonscriptions pour vos proches. On sait déjà que le PS en a réservé 4 ou 5 pour le MRC...</b>       <br />
       Vous me l'apprenez. C'est une initiative propre au Parti socialiste. Il n'y a aucun accord aujourd'hui entre le MRC et le PS.       <br />
              <br />
       <b>Ces circonscriptions vous suffiraient-elles?</b>       <br />
       C'est assez dérisoire pour ce que nous représentons politiquement et historiquement. Sur le 1,5 million de voix qui s'est porté sur moi en 2002, je dois bien en avoir conservé quelques centaines de milliers. Je pense que ma parole peut avoir un poids pendant la campagne. Je ne suis candidat que pour des raisons totalement désintéressées.       <br />
              <br />
       <b>Au Sénat, certains disent que votre candidature est aussi liée à la non-obtention d'une présidence de commission après la victoire de la gauche...</b>       <br />
       Jean-Pierre Bel (le nouveau président PS du Sénat) m'avait laissé entendre que je pourrais être président de la commission des affaires étrangères et de la défense. La décision a été prise dans des conditions qui me sont restées très opaques de donner la présidence à un de mes collègues. Mais il n'y aucune déception de ma part. J'aurais de toute façon été candidat à la présidence de la république.       <br />
              <br />
       <b>A quelles conditions pourriez-vous retirer cette candidature dont vos proches disent eux-mêmes qu'elle pourrait ne pas aller au bout?</b>       <br />
       Il faut qu'on s'entende mieux sur ce que pourrait être la croissance à l'échelle européenne. Comment l'organiser? Comment peser sur l'Allemagne et sur sa psychorigidité en matière monétaire? Nous devons être plus fermes sur la souveraineté de la France et sur l'avenir de la dissuasion nucléaire, sur notre indépendance à la fois militaire et diplomatique. Nous devons avoir une vision plus réaliste et plus souple sur l'Europe. Bien évidemment, l'accord PS-Verts ne nous engagera jamais. Et nous souhaitons que le candidat se souvienne qu'il est candidat à la présidence de la République et non dans une négociation type gauche plurielle. Cette combinaison politicienne ne conduit nulle part.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Propos recueillis par Stéphane Alliès et Lénaïg Bredoux</span>       <br />
              <br />
       Source: <a class="link" href="http://www.mediapart.fr/journal/france/191211/chevenement-pourquoi-je-suis-encore-candidat">Mediapart</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
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   <title>"Hollande et Sarkozy me semblent prisonniers de l'horizon du triple A"</title>
   <pubDate>Tue, 08 Nov 2011 21:46:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Chevenement.fr</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Jean-Pierre Chevènement était mardi 8 novembre 2011 l'invité du Chat du Monde.fr. Voici ses réponses ci-dessous.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3417645-4916313.jpg?v=1320785213" alt=""Hollande et Sarkozy me semblent prisonniers de l'horizon du triple A"" title=""Hollande et Sarkozy me semblent prisonniers de l'horizon du triple A"" />
     </div>
     <div>
      <b>Antoine : Soutenez-vous les indignés qui manifestent à la Défense ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Oui, je suis de cœur avec eux. Cette crise fait beaucoup de victimes. Y compris, souvent, chez les jeunes. Pour beaucoup, l'avenir s'est rétréci. Il est scandaleux que l'Europe soit enkystée dans une stagnation économique de longue durée. L'euro devait nous protéger mais dans la zone euro, il y a plus de 10 % de chômeurs.       <br />
              <br />
       Est-il normal que la Banque centrale européenne puisse prêter des centaines de milliards d'euros aux banques à 1,25 %, que les banques puissent acheter des titres d'Etat qui leur rapportent entre 2 et 7 %, et que la Banque centrale ne puisse pas intervenir sur les marchés de la dette pour casser d'emblée la spéculation?       <br />
              <br />
       Si on savait que la Banque centrale pouvait casser une spéculation à la hausse, les spéculateurs y perdraient leurs chemises, ils renonceraient. Pour moi, la seule manière de sauver la monnaie unique serait de donner à la Banque centrale européenne les mêmes prérogatives que celles de la Banque centrale américaine, la Fed. Cette dernière a acheté près de 2 000 milliards de bons du trésor américain.       <br />
              <br />
       <b>Visiteur :  Quel est votre avis sur la façon avec laquelle Nicolas Sarkozy (et ses ministres de l'intérieur) a (ont) traité la question des minorités en France ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Ils ont oublié que le peuple français se définit comme un peuple de citoyens. Je suis hostile à la stigmatisation aussi bien qu'à l'instrumentalisation de telle ou telle minorité ou communauté.       <br />
              <br />
       J'aimerais dire quelque chose à propos de M. Sarkozy. Tel Tarzan qui saute de liane en liane, il ébaubit le peuple. Mais jusqu'à quand ? Prenons le sommet de Bruxelles. Le Fonds de stabilité européen se révélait insuffisant. On allait créer un véhicule spécial pour attirer les investisseurs internationaux, chinois, brésiliens, américains, etc... et M. Sarkozy de tendre la sébile à M. Hu Jintao [le président chinois] et à Mme Tilma Roussef [la présidente brésilienne].       <br />
              <br />
       Que croyez-vous qu'il arriva ? La sébile resta vide. Le mendiant aurait dû ravaler son humiliation. Heureusement, M. Obama, lui-même en mal de réélection, l'a couvert d'éloges. Ceux-ci ont fait oublié l'échec sensationnel du G20 dont personne ne semble encore s'être avisé. Mais maintenant, c'est M. Fillon qui a saisi une autre liane, nous entraînant dans un ballet torride dont les Français commencent à se demander s'il ne serait pas temps de l'arrêter.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Guest : Comment jugez-vous les résultats de la politique industrielle menée ces dernières années ? Que proposez-vous pour les années à venir ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> La France a abandonné sa politique industrielle depuis une trentaine d'années. Elle a choisi la monnaie forte et celle-ci a favorisé les délocalisations industrielles.       <br />
              <br />
       Une monnaie moins chère est une condition essentielle de la réindustrialisation de la France. Ce n'est évidement pas la seule. Il faut mettre le paquet sur les technologies nouvelles et, d'abord, sur celle du numérique. Sans oublier aucun des secteurs que vous avez mentionnés.       <br />
              <br />
       Car comme me le disait un de mes prédécesseurs, Pierre Dreyfus, il n'y a pas de vieilles industries, il n'y a que des technologies obsolètes. Bien entendu, il faudrait canaliser notre épargne très importante, 17 % de notre revenu, vers l'industrie plutôt que vers des placements à l'étranger.       <br />
              <br />
       Savez-vous que ceux-ci étaient de 80 milliards d'euros quand j'étais ministre de l'industrie en 1982, et qu'ils dépassent aujourd'hui 1 600 milliards ?       <br />
              <br />
       <b>Minitel  : La crise financière, la crise de l'Euro vous donne en grande partie raison. Comment se fait-il alors que votre parti soit si marginal et votre candidature jugée illégitime ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement : </b>Je ne sais pas si j'ose vous répondre par une citation de Barrès : &quot;Le ventre et l'esprit se nourrissent à des sources différentes&quot;.       <br />
              <br />
       <b>AutrePolitique : Peut-on réindustrialiser la France sans quitter l'Union Européenne, qui interdit le protectionnisme ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> L'Europe doit se protéger des concurrences déloyales. Elle le pourrait mieux déjà si sa monnaie n'était pas surévaluée de 25 % par rapport au dollar et bien davantage par rapport au yuan. Il sera difficile d'aller vers un protectionnisme européen, compte tenu de l'opposition de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne et des PECO. Mais on peut sans doute créer une taxe carbone et maintenir des droits anti-dumpings sur un fondement social ou environnemental.       <br />
              <br />
       Ce sont les Etats-Unis qui donneront le la en matière de protection. L'Europe en est malheureusement incapable.       <br />
              <br />
       <b>Franck : Vous critiquez l'horizon du triple A, mais quelle alternative proposez vous pour pouvoir continuer a emprunter ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Je propose une action politique vigoureuse auprès de l'ensemble des acteurs politiques et sociaux, en Allemagne d'abord, mais aussi dans les autres pays d'Europe. Le but serait d'élaborer un plan de relance à l'échelle européenne se substituant à la conjugaison d'un grand nombre de plans d'austérité dans pratiquement tous les pays d'Europe.       <br />
              <br />
       Pour cela, il faudrait admettre que la Banque centrale puisse faire des avances au Fonds européen de stabilité financière. Les moyens de celui-ci sont dramatiquement insuffisants, avec 250 milliards d'euros disponibles alors que la dette des cinq pays sous tension dépasse 3 000 milliards. L'Italie, aujourd'hui, emprunte à 6,7 % à dix ans.       <br />
              <br />
       Ces échéances de dettes en 2012 atteindront 300 milliards d'euros. C'est intenable. On nous a beaucoup parlé de la Grèce, mais l'arbre grec nous cache la forêt de l'euro et d'abord l'arbre italien, sans parler de l'arbre espagnol, de l'arbre portugais et peut-être un jour de l'arbre français.       <br />
              <br />
       La deuxième préconisation, c'est un emprunt européen pour financer, par exemple, un plan de transition énergétique, la construction de transports et de villes durables, un grand effort de recherche dans toutes les technologies de l'avenir (biotechnologie, nanotechnologie, énergies nouvelles, etc.).       <br />
              <br />
       <b>Marini : L'écologie est-elle un concept incompatible avec la croissance et donc toute sortie de crise ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Non. Encore faut-il s'entendre sur ce que l'on appelle écologie. Si on entend par là la conscience des limites physiques de notre planète, je suis pour. Mais trop souvent, l'écologie sur le plan culturel se présente comme une idéologie de la peur. Cette idéologie s'est développée en Allemagne après la fin de la deuxième guerre mondiale. Un philosophe allemand, Hans Jonas, avait parlé de l'heuristique de la peur. En français, la peur est bonne conseillère.       <br />
              <br />
       Cela a donné la société du risque d'Ulrich Beck et puis le principe de précaution qui a été introduit dans notre constitution en 2004, alors que ce principe n'a rien de scientifique. Pour ma part, je reste cartésien, je crois aux ressources de la raison. Je suis pour la liberté de la recherche et je crois que celle-ci peut apporter beaucoup de solutions aux problèmes que nous nous posons et qui peuvent rester provisoirement irrésolus.       <br />
              <br />
       L'homme n'a vraiment volé qu'avec Clément Ader puis Louis Blériot. Il a attendu pour cela quelques millénaires.       <br />
              <br />
       <b>Lazzuli  : Que pensez-vous de la déclaration de François Hollande qui veut préserver la construction d'un EPR de Flammanville ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement : </b>C'est l'intérêt de la France. L'électricité d'origine nucléaire est deux fois moins chère que celle qui provient de l'éolien marin. Et cinq à six fois moins cher que celle qui vient du solaire photovoltaïque, dont les panneaux sont fabriqués en Chine. Nous sommes en négociation avec la Grande-Bretagne (six EPR), la Chine (deux EPR), l'Inde (deux EPR), la Finlande, la Pologne, la République tchèque et d'autres pays encore.       <br />
              <br />
       <b>Ginette Dugeno  : Voulez-vous faire sortir la France de l'Union européenne ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement : </b>Non. Mais je pense que l'Union européenne n'est pas mûre pour le fédéralisme. Elle peut être une confédération car les nations européennes sont une famille de peuples.       <br />
              <br />
       Il faut faire évoluer avec pragmatisme la construction européenne sans jamais perdre de vue l'objectif qu'avait fixé jadis le général de Gaulle. Une Europe européenne, actrice de son destin qui soit elle-même un pôle dans le monde de demain qu'on nous décrit comme multipolaire. Bien entendu, cette Europe sera à géométrie variable. Il faut avancer avec ceux qui le veulent, conformément à la doctrine posée par la jurisprudence de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe.       <br />
              <br />
       Je regrette que trop peu de Français ne connaissent pas ses attendus. Ceux-ci sont pourtant lumineux. L'Union européenne est une organisation internationale, elle juxtapose une trentaine de peuples et la souveraineté réside dans chacun d'eux. C'est pourquoi les droits du Parlement, en l'occurrence le Bundestag doivent être respectés. Il faut réconcilier l'Europe avec le progrès et avec la démocratie. Voilà ma ligne, elle n'est pas nationaliste, ni souverainiste, elle est tout simplement républicaine.       <br />
              <br />
       <b>sim :  Vous êtes candidat à l'élection présidentielle, qu'est-ce qui vous distingue de Nicolas Dupont-Aignan ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Nous n'avons pas le même itinéraire, même si nous pouvons converger sur de nombreux points. J'ai de l'estime pour M. Dupont-Aignan. Je pense néanmoins que sa préconisation de sortie de l'euro a besoin d'être sérieusement étayée, nuancée. Autant, on pouvait être contre le traité de Maastrich, qui a créé la monnaie unique en 1992, autant, aujourd'hui, la monnaie unique est un fait, certes fragile, attaqué de toute part par la spéculation. Mais quand un avion a pris de la hauteur, on ne saute pas par le hublot, on cherche à en prendre les commandes pour atterrir en douceur.       <br />
              <br />
       Je me résume. Je souhaite que de cette période très difficile, les peuples d'Europe puissent se sortir à moindres frais.       <br />
              <br />
       <b>CMC  : Pourquoi n'avez vous pas été candidat à la primaire socialiste ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Parce que c'étaient des primaires socialistes. Ouvertes, certes, mais le centre de gravité devait inévitablement déboucher sur la désignation d'un candidat social libéral. Sur ce point, François Hollande et Martine Aubry ne se distinguent guère. Arnaud Montebourg est arrivé troisième avec un score remarquable de 17 % qui m'a impressionné.       <br />
              <br />
       Je ne suis pas sûr que je l'aurais fait, même si j'aurais fait mieux que 0,6 % comme M. Baylet. Bref, je ne voulais pas me mettre à la merci de l'opinion majoritaire au sein du Parti socialiste ou dans sa mouvance. Je représente une sensibilité républicaine. Je suis un homme de gauche indépendant. Je préfère avoir un dialogue avec les autres partis de gauche. Sans me fondre d'emblée dans une absence épaisse.       <br />
              <br />
       <b>Yoann : Que répondez-vous à ceux qui pensent que votre candidature risque de nous faire revivre le même scénario que le 21 avril 2002 ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement : </b>Le 21 avril 2002, c'est l'extincteur du débat politique. Une fois que l'on a crié &quot;21-avril&quot;, il n'y a plus de place pour argumenter. En 2002, je critiquais déjà l'omnipotence des marchés financiers, je préconisais le redressement de l'Europe, l'élargissement des missions de la Banque centrale européenne au soutien à la croissance et à l'emploi, le renouveau de la politique industrielle, l'affirmation de repères clairs en matière d'éducation, de sécurité et d'intégration. Je n'avais que le tort d'avoir raison trop tôt.       <br />
              <br />
       <b>Louloutte : Que pensez-vous de la candidature de Mélenchon ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement : </b>M. Mélenchon a fait beaucoup de progrès depuis le traité de Maastricht. J'ai de la sympathie pour son effort qui est méritoire. Mais je ne crois pas qu'il sera présent au second tour.       <br />
              <br />
       <b>Sim : Quels sont vos points de désaccord avec le Front de Gauche ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Mon principal désaccord est le suivant. Je pense qu'il faut s'appuyer sur la souveraineté nationale pour exercer un effet de levier, en Europe et dans le monde. Accessoirement, bien que ces sujets soient importants, je ne suis pas pour la sortie du nucléaire, qui renchérirait de 50% la facture de l'électricité des couches populaires, auxquelles M. Mélenchon et moi-même nous nous adressons. Et je n'ai jamais été pour une régularisation générale des sans-papiers.       <br />
              <br />
       <b>Relique : Quelles mesures soutenues par Hollande ou par Mélenchon pourraient vous permettre de les soutenir ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Je pense que M. Hollande a défini deux axes qui me paraissent justes. La priorité à la jeunesse et à l'éducation et la nécessité d'une réforme fiscale qui réponde au souci de la justice sociale. L'effort est nécessaire, mais il doit être équitablement partagé. Et surtout, il doit avoir un sens. Or, aujourd'hui, M. Hollande comme M. Sarkozy me paraissent prisonniers de l'horizon du triple A.       <br />
              <br />
       <b>Jean Bar : Arnaud Montebourg propose que les députés ne puissent être investis après 67 ans. Vous qui le soutenez, ne devriez-vous pas renoncer ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Oui, c'est un léger point de divergence que j'ai avec lui. Beaucoup de nos grands hommes d'Etat avaient dépassé cet âge. Je ne suis pas pour des limites d'âge. Il y a des jeunes qui sont déjà vieux et des vieux qui restent jeunes très longtemps.       <br />
              <br />
       <b>Aurélien  : Quel regard portez-vous sur le ralliement de plusieurs de vos anciens soutiens à Marine Le Pen ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> C'est le cas d'un seul, Bertrand Dutheil de La Rochère, qui a été exclu dans l'heure et n'a entraîné absolument aucun militant derrière lui. Dutheil a oublié qu'entre le MRC et le FN, il y a une différence, c'est 1789, la citoyenneté, l'égalité humaine. Valeurs auxquelles nous avons la faiblesse de tenir.       <br />
              <br />
       <b>Modeste : Vous engagerez vous à quitter votre appartement du parc social de la Ville de Paris que vous occupez depuis de nombreuses années afin qu'une personne plus nécessiteuse puisse en profiter à juste titre ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> Je ne suis pas dans un appartement HLM. Ma situation est parfaitement légale. Je paie le loyer que le bailleur me demande puisque je suis dans un appartement ILN, immeuble à loyer normal. Un homme politique doit s'attendre à toutes les attaques. Et celle-là ne me surprend pas.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Chat Modéré par Eric Nunès et Thomas Wieder</span>       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/11/08/hollande-et-sarkozy-prisonniers-de-l-horizon-du-triple-a-selon-chevenement_1600769_1471069.html?utm_source=dlvr.it&amp;utm_medium=twitter#xtor=RSS-3208001">Lemonde.fr</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3417645-4916313.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.chevenement.fr/Hollande-et-Sarkozy-me-semblent-prisonniers-de-l-horizon-du-triple-A_a1251.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Jean-Pierre Chevènement invité du Rendez-vous des politiques sur France Culture samedi 26 décembre à 11h</title>
   <pubDate>Sat, 26 Dec 2009 11:56:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevenement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Agenda et médias]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Il sera interrogé par Laurent Bouvet (professeur de science politique à l’Université de Nice et à Sciences Po), Pierre-Henri Tavoillot (maître de conférences en philosophie politique à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), président du Collège de philosophie) et Eric Mandonnet (journaliste à «L’Express»).     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1774904-2411586.jpg?v=1289480094" alt="Jean-Pierre Chevènement invité du Rendez-vous des politiques sur France Culture samedi 26 décembre à 11h" title="Jean-Pierre Chevènement invité du Rendez-vous des politiques sur France Culture samedi 26 décembre à 11h" />
     </div>
     <div>
      L'<a class="link" href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/rdv_politiques/index.php">émission</a> dure 55 minutes, peut être écoutée sur France Culture et est podcastée sur le blog ci-dessous.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1774904-2411586.jpg</photo:imgsrc>
 	<enclosure url="http://www.chevenement.fr/docs/audiovideo/2001226-Rdv_des_politiques.mp3" length="0" type="audio/mpeg" />
 	<itunes:explicit>no</itunes:explicit>
 	<itunes:subtitle><![CDATA[Il sera interrogé par Laurent Bouvet (professeur de science politique à l’Université de Nice et à Sciences Po), Pierre-Henri Tavoillot (maître de conférences en philosophie politique à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), président du Collèg...]]></itunes:subtitle>
 	<itunes:summary><![CDATA[Il sera interrogé par Laurent Bouvet (professeur de science politique à l’Université de Nice et à Sciences Po), Pierre-Henri Tavoillot (maître de conférences en philosophie politique à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), président du Collège de philosophie) et Eric Mandonnet (journaliste à «L’Express»).]]></itunes:summary>
 	<itunes:author>Jean-Pierre Chevenement</itunes:author>
   <link>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-invite-du-Rendez-vous-des-politiques-sur-France-Culture-samedi-26-decembre-a-11h_a904.html</link>
  </item>

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   <title>Seize thèses pour penser l'avenir</title>
   <pubDate>Mon, 31 Aug 2009 12:29:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Jean-Pierre Chevènement</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Grands textes]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Développements de Jean-Pierre Chevènement, après son intervention à l'université d’été du Parti socialiste à La Rochelle, samedi 29 août 2009. (Ce texte n’est pas celui de l’intervention de Jean-Pierre Chevènement. Il la nourrit et la développe)     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1560897-2088348.jpg?v=1477349311" alt="Seize thèses pour penser l'avenir" title="Seize thèses pour penser l'avenir" />
     </div>
     <div>
      <b>Première thèse : Le cycle néo-libéral se ferme</b>       <br />
              <br />
       Le problème de la gauche aujourd’hui est que, confrontée à la grande crise du capitalisme financier, qu’elle a non seulement laissé s’installer mais fortement contribué à mettre ou à maintenir en selle en Europe, en France après 1983, en Grande-Bretagne avec Tony Blair, en Allemagne avec Gerhard Schröder, et en Italie avec Romano Prodi, elle se bat les flancs sans voir quoi d’autre mettre à la place. C’est une crise de l’imagination qui n’est pas sans lien avec une pratique politique opportuniste qui a éloigné de la gauche les couches populaires.        <br />
              <br />
       Pour beaucoup de femmes et d’hommes se disant « de gauche », la dictature de l’actionnariat à travers les marchés financiers régentant l’allocation du capital, la production, les échanges et la reproduction sociale paraît être aujourd’hui inévitable et comme procédant de la nature des choses. Sans doute la gauche sociale-libérale peut-elle imaginer quelques correctifs à la marge (RMI, CMU) mais la domination des marchés financiers qui s’est installée depuis trente ans sur les décombres du fordisme, du keynésianisme, de l’Etat-providence et des régulations nationales, semble borner son horizon. Cette gauche doit donc penser l’impensable : qu’il puisse y avoir un « au-delà » du capitalisme financier, que les marchés financiers  ne bornent pas l’horizon de l’Humanité, que ce sont les peuples et les nations qui font l’Histoire et qu’il est temps de remettre celle-ci consciemment en marche. A une gauche digne de ce nom, il faut donc penser et proposer un dépassement du capitalisme financier à travers des mesures concrètes réalistes et convaincantes. C’est ainsi seulement qu’elle pourra surmonter le discrédit qui est le sien dans les couches populaires, convaincues aujourd’hui que le social-libéralisme n’a été et ne peut être qu’une stratégie d’accompagnement de la mondialisation financière honnie. Bref, il lui faut être crédible et elle ne peut l’être, comme après Epinay, qu’à partir d’une autocritique, qui vaille rupture aux yeux du plus grand nombre, avec la pratique antérieure.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Deuxième thèse : La social-démocratie correspond à un âge aujourd’hui révolu</b>       <br />
              <br />
       L’équilibre entre le travail et le capital a été rompu par la globalisation financière. L’effondrement du communisme, dont la puissance d’intimidation avait d’ailleurs depuis longtemps décliné, a privé la social-démocratie d’un moyen de chantage et d’une rente de situation commodes. La part des salaires dans le revenu national a diminué de dix points depuis les années quatre-vingt. Sur trente ans, en France, le pouvoir d’achat des salaires n’a augmenté que de 0,8 % par an. Le lien entre productivité et rémunération du travail a été rompu à l’échelle mondiale. Parallèlement, les taux de syndicalisation enfin ont fortement chuté. La politique social-libérale, dite « de troisième voie », a échoué. La gauche dominait onze gouvernements de l’Union européenne sur quinze à la fin des années quatre-vingt-dix. Elle a partout perdu le pouvoir ou est en voie de le perdre, ainsi en Grande-Bretagne et en Espagne.        <br />
              <br />
       Comment cette gauche échouée pourrait-elle relever ce défi qui peut paraître sans précédent ? Au moins cinq « fins de cycles » se superposent : la fin de la domination occidentale sur le monde avec le déclin plus qu’engagé de l’hégémonie américaine, celles, au fond, jumelles, du communisme et de la social-démocratie, l’épuisement déjà ancien de la gauche libérale classique et enfin l’achèvement du cycle court social-libéral avec la crise du capitalisme financier dont il n’était au fond que l’ombre portée.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Troisième thèse : Le ressourcement de la gauche dans les valeurs de la République</b>       <br />
              <br />
       A ce stade, la gauche ne peut se ressourcer qu’à ce qui fait son identité historique depuis plus de deux siècles :       <br />
              <br />
       -	d’abord une volonté d’égalité qui n’est pas l’égalitarisme, mais la capacité donnée à chacun d’aller au bout de ses possibilités ;       <br />
       -	ensuite une volonté de raison qui doit nous inciter à « penser le monde » d’aujourd’hui mais aussi à revenir aux sources de la République en s’adressant au peuple tout entier.       <br />
              <br />
       La « classe des producteurs » ne s’identifie plus, en effet, à un « bloc de classe » homogène. Les services multipliés font partie de la production. Des statuts différenciés recouvrent la réalité de la création de la valeur. Celle-ci ne peut plus s’analyser que dans un contexte mondial. Et s’il y a des gagnants et des perdants dans la globalisation, le fait majeur est aujourd’hui la paupérisation des classes moyennes. La définition de la social-démocratie comme parti de la classe ouvrière ne correspond plus à la réalité observable. Le retour aux sources de la République esquissé jadis par Jaurès : l’appel à la raison du citoyen correspond mieux au stade actuel de développement de la société. La gauche gagnerait donc à se définir comme « parti républicain du peuple », en fonction d’un intérêt général répondant à l’intérêt social global.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Quatrième thèse : Le sens de la mutation républicaine</b>       <br />
              <br />
       La gauche doit donc faire sa mutation républicaine. Cela ne la détournera pas, bien au contraire, des couches populaires qu’elle ne pourra reconquérir que sur cette base. Et pas davantage des couches moyennes dont l’instabilité peut d’autant mieux être combattue par un appel permanent au civisme et au dépassement qu’elles se trouvent précarisées par la logique du capitalisme financier.        <br />
              <br />
       Que signifie l’appel à l’intérêt général ? Celui du peuple français, bien sûr, dont la gauche sollicite les suffrages. Mais intérêt général aussi de l’Humanité tout entière car la planète est devenue petite, intérêt général à l’intérieur duquel il y a évidemment place pour un intérêt européen bien compris : l’Europe n’existera en effet que si elle ne se laisse pas  écraser entre les Etats-Unis et la Chine. Dans un monde devenu multipolaire, c’est le rôle de la France de faire émerger un pôle européen autonome.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Cinquième thèse : Comprendre la crise, économique mais aussi géopolitique</b>       <br />
              <br />
       Pour penser l’intérêt général il faut d’abord comprendre le monde. La montée de pays émergents et la nouvelle multipolarité du monde marquent la fin d’une période de plus d’un demi-siècle, celle de l’hégémonie américaine. Certes ce grand pays a tout son avenir devant lui et les Etats-Unis resteront encore longtemps une « nation incontournable ». Ce qui marquera les prochaines décennies ce sera la montée de l’Asie, et plus généralement des pays milliardaires en hommes, à commencer par la Chine et l’Inde.       <br />
              <br />
       La relation sino-américaine est d’ores et déjà structurante pour le XXIe siècle. Elle l’est dès aujourd’hui pour l’avenir du libre-échange et pour celui du dollar. La parité entre le yuan et le dollar exprime la réalité actuelle de ce qu’on a appelé improprement le G2. Le modèle de développement qui a prévalu depuis trente ans a été fondé sur la liberté donnée au capital occidental, aux firmes multinationales et aux fonds d’investissement de mettre en concurrence les territoires et les mains d’œuvre, sous l’égide d’une monnaie mondiale qui est aussi et d’abord celle des Etats-Unis. Ce modèle a généré des déséquilibres profonds entre pays excédentaires en marchandises et en épargne (Chine, Japon, Allemagne, pétromonarchies) et pays déficitaires (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Espagne). La stagnation du pouvoir d’achat a favorisé l’endettement.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Sixième thèse : Ces déséquilibres vont s’accroître</b>       <br />
              <br />
       Les plans d’assainissement financiers et les plans de relance mis en œuvre depuis 2008 vont accroître les déséquilibres au lieu de les corriger.        <br />
              <br />
       De nouvelles crises sont à l’horizon : au plan monétaire, au plan économique et au plan commercial. Le capitalisme financier va voir sauter les unes après les autres les « régulations de marché » sur lesquelles il a fondé son développement : marchés financiers par une remise en cause de la liberté de mouvement des capitaux et par des mesures de sauvegarde monétaire, échanges internationaux par une remise en cause d’un libre échangisme qui fait fi des sociétés et des nations qu’on ne peut « délocaliser » comme les entreprises en vertu de la loi ricardienne des avantages comparatifs. Cela se fera à bas bruit pour commencer, et cela partira de la tête, c’est-à-dire des pays leaders : Etats-Unis, Chine d’abord.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>Septième thèse</b>       <br />
              <br />
       Le premier risque dans le monde qui vient est de voir s’opposer les pays du Nord et les pays du sud.       <br />
              <br />
       -	Le premier épisode a été la « guerre des civilisations » décrétée d’une part par Al-Quaïda et, d’autre part  stupidement, en réponse, par l’Administration Bush, en 2001-2003. On a vu avec l’invasion de l’Irak que les enjeux de cette guerre étaient dissimulés. La globalisation financière porte en elle des tensions qui se déchargent en crispations identitaires, violences paranoïaques, mises en scène guerrières et stratégies prédatrices.       <br />
              <br />
       -	Le deuxième risque est celui d’un conflit ouvert entre les Etats-Unis et la Chine.       <br />
              <br />
       -	Le troisième risque, pour nous décisif, voit déjà l’Europe prise en étau et en otage de la relation sino-américaine, écrasée entre la concurrence du dollar et celle des marchandises produites à très bas coût.        <br />
              <br />
       Ce risque est d’autant plus difficile à conjurer que l’Union européenne actuelle est une machine d’impuissance : structurellement libérale et tournée vers la préservation des actifs boursiers, elle nous désarme sur le plan commercial, à l’OMC, comme sur le plan monétaire, avec un euro toujours plus fort. Au cœur de cette impuissance, il n’y a pas seulement l’effondrement du mythe fédéraliste européen (il était inévitable et il a au moins l’avantage de nous débarrasser d’illusions coûteuses), il y a surtout une politique économique non coopérative de l’Allemagne : déflation salariale et recherche de l’hypercompétitivité, accumulation d’un excédent commercial massif au détriment d’abord des partenaires européens, refus d’un gouvernement économique de la zone euro et recherche d’un euro fort. L’Allemagne a la politique de sa démographie vieillissante. Il lui faut accumuler des excédents propres à nourrir une stratégie d’investissement et de placements extérieurs, sources de dividendes et de revenus ultérieurs, censés lui permettre de financer ses retraites et ses dépenses de santé. En fait cette stratégie se confond avec celle du capital financier. Elle n’a pas empêché la régression de la base industrielle du pays.        <br />
              <br />
       Nous sommes loin de « l’Allemagne européenne » prêchée jadis par le Chancelier Kohl. Il est sans doute heureux que l’Allemagne redevienne une nation « normale ». Il serait plus heureux encore qu’elle ne revienne pas à sa tradition particulariste (le « Sonderweg ») mais qu’elle fasse sienne une conception républicaine de la nation ouverte sur l’Universel. Car cette stratégie d’accumulation d’excédents est à courte vue. Elle est fondée sur une restriction de la demande qui pèse sur la croissance allemande aussi bien que sur la croissance européenne. Une nation allemande « républicaine » doit être capable de dialoguer avec les autres nations européennes sur la base d’un intérêt général partagé, sous réserve, bien évidemment, de réciprocité.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>Comment sortir de cette crise systémique ?       <br />
              <br />
              <br />
       Huitième thèse : Le capitalisme se veut « sensiblement éternel »</b>       <br />
              <br />
       Depuis que le système capitaliste a pris forme, à partir de la révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle, ou même, selon Immanuel Wallerstein, depuis le début du XVIe siècle, il n’a cessé d’aller de crise en crise, par oscillations successives vers des développements toujours nouveaux.       <br />
              <br />
       Le capitalisme lui-même est fondé sur une prétention à retarder indéfiniment le moment de sa chute. Fondé sur un déséquilibre structurel, bien mis en valeur par Karl Marx, il revendique, grâce à des modèles de croissance constamment renouvelés, une capacité inépuisable à affronter le futur : le capitalisme, parce qu’il se veut « naturel », conforme à la nature des choses et d’abord à la « nature humaine », se présente comme « sensiblement éternel », comme les nations, selon Maurras.       <br />
              <br />
       Un doute, certes, l’a envahi, dont témoigne l’expression désormais banale, de « croissance soutenable ». Mais la pensée conforme, celle de ceux qui pensent à l’intérieur du système, ne peut imaginer par définition qu’il puisse y avoir un quelconque « au-delà ».        <br />
              <br />
       Par « croissance soutenable », le capitalisme désigne une « croissance verte » où il intègre les coûts de l’environnement et développe de nouveaux secteurs. Il ne se remet pas en cause : le vert est aussi la couleur du dollar.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>Neuvième thèse : Une autre logique que celle de l’accumulation financière</b>       <br />
              <br />
       Sans prétendre substituer du jour au lendemain un autre système au capitalisme financier actuel, nous pouvons imaginer l’introduction d’une autre logique, politique celle-là, dans le fonctionnement des marchés financiers, en vue de les orienter, de les encadrer voire de les réduire.       <br />
              <br />
       Notre première tache sera donc de parvenir à la définition d’un intérêt général mondial et européen dans l’inévitable compétition des monnaies et des économies. La vocation européenne de la France ne se substitue pas en effet à une vocation mondiale plus générale. La France est membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies, et figure au nombre des puissances nucléaires reconnues. Elle est la tête de la francophonie, répandue sur cinq continents. Sa diplomatie est une des toutes premières du monde. Son histoire, enfin, la rend comptable de l’avenir des idées républicaines et de l’héritage de la Révolution de 1789, non seulement en Europe mais dans le reste du monde.       <br />
              <br />
       Pour ce qui est de l’Europe, la question-clé sera évidemment celle de l’avenir de la zone euro, hétérogène économiquement et sujette à des divergences profondes de politique économique. Cette zone euro n’a pas de pilote. Le traité de Maastricht qui, en matière de change, donne le pouvoir à l’Eurogroupe, n’est pas appliqué. Il faudra amener l’Allemagne à une vision plus coopérative de sa politique économique. La limitation constitutionnelle à 0,35% du PIB du déficit budgétaire, à horizon 2012, ne rendra pas facile cette coopération. Évidemment la question de l’euro est indissociable de celle du dollar.       <br />
              <br />
       Le principe de la concurrence ne doit plus s’opposer à celui d’une politique industrielle si possible à l’échelle européenne (par exemple dans le domaine de l’énergie) même si cette politique européenne reste une juxtaposition coordonnée de politiques nationales. Pas davantage le principe de la concurrence ne doit faire obstacle à la réaffirmation du rôle des services publics.       <br />
              <br />
       La tâche des Européens, dans l’ordre international, est de ne pas se laisser entraîner dans une quelconque croisade, soit contre l’Islam (mais tel ne paraît pas être l’orientation du Président Obama), soit contre la Russie ou encore contre la Chine, ou plus généralement contre les pays émergents. Les crises favorisent toujours les guerres. À cet égard, la question du « modèle de développement » est centrale pour « penser l’avenir ».       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Dixième thèse : Modèle de développement soutenable et révolution énergétique</b>       <br />
              <br />
       Les trois quarts de l’Humanité aspirent au développement. C’est pour quatre milliards d’hommes une question vitale et c’est une question de dignité. Le problème de notre modèle de développement actuel est qu’il n’est pas reproductible tel quel. Nous devons le faire évoluer en même temps que nous devons promouvoir un développement soutenable à l’échelle de la planète, c’est-à-dire économe des biens rares dont dispose l’Humanité (énergies fossiles, eau, air, sols, etc.). Et nous devons le faire en coopération avec les pays émergents. La révolution énergétique est, de ce point de vue, évidemment décisive : préservation de la forêt notamment dans les zones équatoriales, charbon propre et capture du CO2 notamment en Chine et en Inde, économies d’énergies, énergies nouvelles notamment solaire, énergie nucléaire dans la perspective notamment d’un réacteur de quatrième génération.       <br />
              <br />
       Pour mener à bien cette révolution énergétique, il faut se défaire de tout dogmatisme. Le problème des énergies renouvelables telles que l’énergie solaire est qu’elles sont encore très loin d’être compétitives. Le coût du Kwh d’origine solaire photovoltaïque est encore cinq fois supérieur à celui du Kwh produit à partir d’une turbine à gaz ou d’une centrale nucléaire. Celui du Kwh d’origine éolienne en représente le double. Il faut donc que le consommateur ou le contribuable paye la différence. Certes, on peut parier sur l’élévation inévitable du prix des carburants fossiles et sur l’abaissement probable des coûts de production résultant des progrès de la recherche en matière d’énergies nouvelles, mais cette prise de risque ne peut se faire inconsidérément, indépendamment d’une vue économique des choses au sens étymologique du terme.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Onzième thèse : Pour une négociation globale entre le Nord et le Sud</b>       <br />
              <br />
       Penser cette transition énergétique implique que nous évitions d’opposer l’Homme à la Nature le premier devenant le grand « perturbateur » d’une vie naturelle rêvée. Éviter aussi d’organiser de « fausses peurs » comme on l’a vu sur d’autres sujets : pluies acides, poulet à la dioxine, etc. Il faut aussi cesser d’apporter de l’eau au moulin du capitalisme financier en crise, en cultivant le mythe de la « décroissance ». Le problème des inégalités ne pourra être résolu par le malthusianisme. Celui-ci s’est révélé être, depuis les prophéties de Malthus au début du XIXe siècle, une erreur historique : car si la limitation des ressources naturelles est une évidence, les ressources de l’Homme, en inventivité, créativité, progrès des connaissances et de la technologie sont, elles, illimitées. Confiance en l’Homme !       <br />
              <br />
       La gauche est inséparable de la volonté de raison et elle ne doit pas renier l’héritage des Lumières, c’est-à-dire le primat des valeurs de la connaissance. Il n’y a pas de raison de jeter un interdit sur une technologie comme l’énergie nucléaire ou le génie génétique sans débat approfondi sur les avantages, les risques, les conséquences éventuelles, etc. Prenons garde à ce qu’un certain catastrophisme écologique ne serve pas de munition contre les pays émergents, dans une « guerre des civilisations » d’un nouveau type. L’enfer est pavé de bonnes intentions.        <br />
              <br />
       Le droit au développement des pays du Sud est un droit inaliénable. Ainsi l’objectif que se fixe la Chine de parvenir à une économie de « moyenne aisance » généralisée à l’horizon 2025 pour l’ensemble de sa population n’est pas contestable. Encore faut-il que la Chine et les pays émergents soient sensibilisés à l’intérêt général de l’Humanité. Une négociation globale est nécessaire liant tous les enjeux (commercial, monétaire, climatique, maîtrise des armements, etc.). La communauté internationale doit élaborer les règles dont nous avons besoin pour lutter par exemple contre le réchauffement du climat, pour opérer la transition énergétique, pour combattre les pandémies d’un nouveau type, etc. On ne doit pas faire l’économie d’une certaine planification des investissements à l’échelle mondiale. La France a tout son rôle à jouer pour animer et aider à coordonner les négociations internationales nécessaires.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Douzième thèse : La question du modèle de développement est indissociable du dépassement du capitalisme financier</b>       <br />
              <br />
       A)	<span style="font-style:italic">La tâche la plus urgente est de remédier aux déséquilibres économiques fondamentaux qui ont engendré la crise.</span>       <br />
              <br />
       Déficits abyssaux aux Etats-Unis. Excédents commerciaux et excès d’épargne chez les autres. On n’en a pas pris le chemin. Une relance équilibrée et réellement concertée n’a pas été possible jusqu’ici. C’est un échec du G20. La réforme du système monétaire international a été différée, mais chacun pressent qu’elle ne pourra plus l’être indéfiniment. L’assainissement financier du système bancaire est sans doute loin d’être terminé. L’<span style="font-style:italic">ubris</span> des financiers guette plus que jamais.       <br />
              <br />
       B)	Les propositions que j’avance sont des pistes à explorer pragmatiquement en fonction des alliances internationales qui pourront être nouées :       <br />
              <br />
       1.	Relance concertée des économies dans le cadre d’un New Deal mondial. Un effort supplémentaire sera demandé à chacun (davantage d’épargne aux Etats-Unis, relance du marché intérieur en Chine, sécurité sociale, relance allemande et japonaise, financement du développement de l’Afrique et des PMA).       <br />
       2.	Création d’une nouvelle monnaie internationale de réserve reflétant la place des différents pays dans l’économie mondiale et ayant vocation à se substituer au dollar. L’émission de 250 Milliards de DTS par le FMI est un premier pas. Il faut aller beaucoup plus loin pour aider au développement des pays pauvres.       <br />
       3.	Nouveaux « accords du Louvre », fixant des fourchettes aux parités monétaire (dollar, euro, yen, yuan) afin de parvenir à une concurrence équitable.       <br />
       4.	Redéfinition du mandat de l’OMC (en fonction des principes comme la « concurrence équitable » et la « souveraineté alimentaire »).       <br />
       5.	Plan mondial d’aide à l’Afrique et aux PMA.       <br />
       6.	Contrôle du crédit par la voie de nationalisations bancaires.       <br />
       7.	Réglementation des marchés financiers visant à éliminer les fonds purement spéculatifs.       <br />
       8.	Chasse aux paradis fiscaux et traçabilité obligatoire des mouvements de capitaux, les banques devant être tenues de communiquer à la police et à la justice leurs archives informatiques.       <br />
       9.	Réintroduction d’éléments de planification au niveau régional et mondial par exemple en matière :       <br />
       -	de politique énergétique ;       <br />
       -	d’autosuffisance alimentaire (suspension des négociations agricoles de l’OMC et redéfinition du mandat de l’OMC sur cette  base) ;       <br />
       -	de planification industrielle ;       <br />
       -	d’eau potable et de grandes infrastructure (assainissement, routes, chemins de fer, hôpitaux, écoles).       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Treizième thèse : Le rôle des nations</b>       <br />
              <br />
       Une impulsion mondiale est nécessaire. La France doit porter cette vision, en Europe et dans le monde. Mais cette impulsion ne dispense pas, bien au contraire, d’efforts nationaux. Ce sont les peuples qui sont à l’initiative de l’Histoire et pas les réunions épisodiques de dirigeants confiant à des technocrates le soin de mettre en œuvre des orientations imprécises. Le ressort de la démocratie est nécessaire. Celle-ci vit d’abord dans les nations. Celles-ci sont les briques de base de toute construction internationale.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Quatorzième thèse : Le retour de la France et de la République</b>       <br />
              <br />
       Le mythe fédéraliste européen épuisé, il faut revenir à l’idée de nation républicaine, seul socle solide d’une Confédération européenne efficace. Celle-ci est une tâche d’autant plus urgente que l’Europe ne peut s’en remettre indéfiniment aux choix de l’Administration américaine et devra de plus en plus apprendre à compter sur elle-même.       <br />
              <br />
       La France a un rôle majeur à jouer en Europe et dans le monde : rôle de catalyseur, rôle d’intercesseur. La gauche doit assumer sans complexe la nation française, son histoire, ses valeurs républicaines, et bien sûr ses intérêts légitimes.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Quinzième thèse : En France même, défrichons quelques pistes pour refaire l’Etat</b>       <br />
              <br />
       1.	<span style="font-style:italic">Les fonctions régaliennes</span> – police, justice, immigration - doivent être assumées fermement et humainement, sans complaisance pour les idéologies victimaires-compassionnelles incompatibles avec l’exercice d’une politique républicaine qui seule peut donner confiance aux couches populaires. Refus du communautarisme et de la dictature des minorités autoproclamées – appel au civisme républicain et pratique active de la démocratie.       <br />
              <br />
       2.	<span style="font-style:italic">Constitution d’un MITI à la française</span> liant tous les moyens de l’Etat y compris en matière d’aménagement du territoire :       <br />
       -	pour favoriser les secteurs d’avenir (énergies, transports, industrie agroalimentaire, pharmacie, services) ;       <br />
       -	préserver le noyau dur de nos industries (automobile), réindustrialiser le pays à partir de stratégies de recherche et d’innovation conçues à géométrie variable à l’échelle européenne si possible et en coopération avec les régions et les collectivités.       <br />
              <br />
       3.	<span style="font-style:italic">Donner la priorité au développement des ressources humaines</span> - formation, recherche - en mettant l’accent sur l’effort, le travail, le mérite, tout en valorisant l’ensemble des ressources humaines dont dispose le pays à commencer par sa jeunesse, vivier privilégié.       <br />
              <br />
              <br />
       4.	<span style="font-style:italic">Affirmer la nécessité d’un effort partagé</span> :       <br />
       -	à travers la politique des revenus et la limitation des rémunérations les plus élevées ;       <br />
       -	à travers la fiscalité (fin du « bouclier fiscal »). Progrès et justice doivent aller de pair.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Seizième thèse : L’alternative au capitalisme financier mondialisé : une république des peuples</b>       <br />
              <br />
       L’alternative n’est pas entre capitalisme et social-démocratie, pas même entre deux formes de capitalismes, néo-conservateur d’un côté, social-libéral de l’autre. Elle est entre un libéralisme mondialisé destructeur de richesses et de valeurs et une République des peuples, prenant appui dans la démocratie, le sens de l’intérêt collectif, liant dans chaque nation un sein patriotisme républicain et un civisme ouvert à l’universel.        <br />
              <br />
       Ce n’est pas le socialisme ? Non, c’est la République, mais la République au sens fort du terme, une exigence de tous les instants, une éthique à la fois de la conviction et de la responsabilité.       <br />
              <br />
       Pourquoi opposer l’une à l’autre, en effet ? C’est le propre de la République de faire aller de pair l’exigence dans la recherche de la vérité et la mesure dans l’action, c’est-à-dire l’audace raisonnée qui consiste à savoir où on va et à chaque moment ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, ou pas encore.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Jean-Pierre Chevènement invité de France 24 jeudi 11 juin à 16h40</title>
   <pubDate>Mon, 15 Jun 2009 21:27:00 +0200</pubDate>
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