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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-04-22T01:36:40+02:00</updated>
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   <title>"La Turquie porte une certaine responsabilité dans le développement de Daesh"</title>
   <updated>2015-12-03T02:21:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/La-Turquie-porte-une-certaine-responsabilite-dans-le-developpement-de-Daesh_a1782.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <published>2015-12-02T11:39:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de RFI, mercredi 2 décembre 2015. Il répondait aux questions de Frédéric Rivière.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> J'ai été surpris de la démarche dans laquelle l'UE a été entraînée. Je pense que la Turquie porte une certaine responsabilité dans le développement du soi-disant État Islamique, et dans la prise de contrôle de régions entières de la Syrie. La Turquie a une longue frontière avec la Syrie, et on sait qu'elle n'a pas fait tout ce qu'il fallait pour endiguer Daesh, on l'a vu au moment des combats autour de la ville de Kobané. Donc je pense que la Turquie a à se mettre en règle avec la communauté internationale, qui a autorisé tous les moyens nécessaire contre Daesh. La balle est plutôt dans le camp de la Turquie, or on a l'impression que par une habile diplomatie, les choses ont été renversées. C'est l'UE qui va avancer 3 milliards d'euros pour permettre à la Turquie de retenir des réfugiés syriens. C'est méconnaître la nature du conflit syrien que de penser qu'un certain nombre de pays, dont la Turquie, n'y sont pour rien.        
       </li></ul><ul class="list"><li> A mes yeux, il est incontestable que les flux pétroliers dont disposent Daesh ne peuvent s'écouler qu'à travers la frontière turque.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'objectif d'une grande coalition unique est souhaitable. Il se heurte au fait que les pays participants ont des agendas différents. Ce que j'ai dit sur la Turquie tout à l'heure ne doit pas faire croire que je n'ai pas de compréhension pour les problèmes qu'affrontent la Turquie. Il est évident qu'un état kurde indépendant est insupportable pour la Turquie, qui défend son intégrité territoriale. Le problème kurde doit être résolu à travers des dispositions qui débouchent sur une certaine décentralisation ou régionalisation. Mais pour autant la Turquie n'est pas délivrée des obligations qu'elle a vis-à-vis de la communauté internationale. On ne peut pas laisser une organisation comme l'Etat Islamique disposer d'un territoire à partir duquel elle fomente des attentats dans le monde entier. Nous sommes tous menacés, pas seulement les Occidentaux, mais les musulmans eux-mêmes, ceux qui sont considérés comme mécréants, apostats, ainsi que les juifs et les « croisés ». Par conséquent il n'y a aucun pays qui ne soit pas menacé, donc il faut une coalition générale. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Je pense que l'évolution de la politique française vers la Russie est normale, et je tiens à saluer les efforts qu'a fait le Président de la République pour y arriver. Je pense que quand on regarde les choses au sol, il y a 100 000 soldats syriens, moins de 10 000 rebelles dits modérés, si tant est que cette expression a un sens. Elle doit avoir un sens pour quelqu'uns d'entre eux. Mais rapidement on s'aperçoit que la rébellion était surtout islamiste.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le problème c'est de rendre le régime syrien différent, de rendre le gouvernement syrien plus représentatif qu'il n'est aujourd'hui, en s'appuyant non seulement sur les minorités, qui sont nombreuses en Syrie, mais également sur une fraction du monde sunnite. Et de la même manière, il faudrait que l'objectif en Irak soit un Irak fédéral, parce que tous les sunnites irakiens ne se sont pas livrés à Daesh par hasard, mais par la politique ultra-sectaire du Premier ministre irakien Al-Maliki. Et la réélection d'Al-Maliki au moment même où les Etats-Unis quittaient l'Irak a été le signal d'une rechute des provinces de l'ouest irakien, qui se sont tournées non plus vers Al Qaeda comme précédemment, mais vers Daesh. Il faut apporter des solutions politiques, et quand ces solutions politiques auront été davantage affinées, vous verrez que la résistance de Daesh à ce moment-là cédera. Le problème militaire deviendra alors résiduel. On ne fait pas une guerre sans avoir clairement défini ses objectifs : la restauration des frontières des Etats, la transformation des institutions de ces pays de façon à ce que ces pays deviennent vivables pour leurs populations. Mais cela doit se faire par la négociation entre les différents membres de la coalition, c'est ce qui en fait la difficulté.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les attentats du 13 novembre sont une césure dans l'histoire longue de notre pays. Il est évident que rien ne pourra plus être comme avant.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe telle qu'elle a été conçue a montré ses limites dans différents domaines. La monnaie unique a creusé le gouffre du chômage, qui n'est pas pour rien dans la deshérence d'une jeunesse que l'on n'arrive pas à intégrer. Schengen est moribond. Schengen ne permet aucun contrôle sérieux aux frontières de l'Union Européenne. Et l'Europe de la défense, on voit que la France est largement seule. Nous ne sommes pas vraiment aidés par l'Europe.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le fédéralisme n'existe pas en Europe parce qu'il supposerait des transferts financiers qui sont hors d'atteinte, et dont les pays riches, l'Allemagne au premier chef, ne veut pas. L'intégration, c'est le fait de transférer des pouvoirs à des autorités européennes qui ne sont pas responsable devant quelque corps électoral que ce soit. Cela veut dire une Europe technocratique, et cela ne marche pas dans aucun domaine. Par conséquent, quand j'entends dire qu'on va faire une agence européenne de renseignement, c'est ubuesque. Qui sera responsable ? Il faut une responsabilité ! Or en démocratie, la souveraineté c'est le peuple ! C'est la souveraineté nationale ! Alors on peut déléguer des compétences à condition qu'elles soient contrôlées, mais la responsabilité doit être quelque part. Par conséquent il faut construire une Europe confédérale, ou intergouvernementale, et ne pas continuer dans la voie qui a été choisie jusqu'à aujourd'hui et qui montre toutes ses limites. Et encore c'est une litote. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>"Le référendum grec est légitime et démocratique"</title>
   <updated>2015-07-03T12:55:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Le-referendum-grec-est-legitime-et-democratique_a1731.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2015-07-03T12:44:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement accordé au Figaro, vendredi 3 juillet 2015. Propos recueillis par Alexandre Devecchio.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/7980719-12415497.jpg?v=1435920666" alt=""Le référendum grec est légitime et démocratique"" title=""Le référendum grec est légitime et démocratique"" />
     </div>
     <div>
      <b>LE FIGARO : Le premier ministre Alexis Tsipras va soumettre le plan d'aide à la Grèce à référendum. Que vous inspire cette décision ?</b>       <br />
       <b>JEAN-PIERRE CHEVÈNEMENT :</b> Cela me paraît être une décision démocratique et légitime. Le plan d'aide est très critiquable. Les institutions de Bruxelles auraient pu bouger sur au moins deux volets. D'abord, le volet financier : le premier ministre grec demandait qu'on allonge de cinq à neuf mois la durée du plan d'aide actuel. Cela était tout à fait raisonnable. Ensuite, sur le volet de la dette. Des Prix Nobel d'économie comme Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, mais aussi en France le directeur de la recherche et des études de Natixis, Patrick Artus, qui n'a rien d'un gauchiste, s'accordent à reconnaître que la dette grecque, qui représente 177 % du PIB, n'est pas soutenable ni donc remboursable. Il y a une volonté punitive dans ce « plan d'aide » : on voulait par avance donner une leçon au Portugal, à l'Espagne, à l'Italie, voire à la France. Plus largement, il est le symbole de l'échec de la « règle d'or » imposée en 2012 à tous les pays d'Europe après avoir été adoptée par l'Allemagne dès 2009. Mais ce qui vaut pour l'Allemagne ne peut pas valoir pour tous les autres. On touche au vice originel de la monnaie unique qui juxtapose des pays très hétérogènes et fait diverger leurs économies au lieu de les faire converger. Par un mécanisme bien connu, les zones les plus productives ont vu leur production croître tandis que les zones moins compétitives ont vu la leur décliner et se sont donc appauvries. Il y a un défaut de conception au départ dont le résultat était tout à fait prévisible.       <br />
              <br />
       <b>Certains dirigeants européens se sont agacés de cette décision. Comprenez-vous cette réaction ?</b>       <br />
       Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a dit : « Il n'y a pas de démocratie en Europe en dehors des traités. » Or le traité de Lisbonne reprend la quasi-totalité, la « substance » comme l'a dit M me Merkel, du projet de « traité constitutionnel » qui avait justement été rejeté par le peuple français en 2005 par référendum. Par ailleurs, M. Juncker ne me paraît pas le mieux placé pour mener le combat du oui au référendum grec. En effet, il a été un excellent premier ministre luxembourgeois mais du point de vue du Luxembourg qu'il a organisé, avec succès, comme un véritable paradis fiscal ! Cela ne le qualifie pas pour prêcher la solidarité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Pourquoi ces démocrates revendiqués semblent-ils redouter le choix du peuple ?</b>       <br />
       L'Europe s'est construite par effraction et l'essence du système européen est oligarchique. Le Conseil européen des chefs d'État est la seule institution légitime, mais ne se réunit que périodiquement et ne dispose pas d'outils pour traduire ses impulsions. La Commission européenne est composée de hauts fonctionnaires qui ne sont pas élus mais nommés de manière très opaque. Comme l'affirme la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe, le Parlement européen n'est pas un parlement. Il ne peut pas l'être car il n'y a pas de peuple européen, mais une trentaine de peuples différents. Dès le départ, l'Europe repose sur un postulat non vérifié : on a voulu faire l'Europe contre les nations ; on pensait qu'elle pouvait s'y substituer. Or les nations sont le cadre d'expression de la démocratie. Il faut désormais aller sur la voie de l'Europe confédérale, la seule qui soit légitime et démocratique : celle qu'avait proposée le général de Gaulle en 1962 avec le plan Fouchet. Seule une Europe à géométrie variable, souple envers chaque pays, pourra avancer. Cette nouvelle Europe aurait vocation à déboucher sur une « Europe européenne » et non inféodée. Le traité transatlantique, s'il était adopté, serait un nouveau coup porté à ce qui reste de notre souveraineté. Celui-ci ne comporte pas d'avantages évidents pour la France et nous soumettrait à des normes et juridictions influencées par les États-Unis. J'attends que la France fasse entendre sa voix sur un sujet qui, du temps du général de Gaulle, ne serait pas passé inaperçu.       <br />
              <br />
       <b>Sur le fond, êtes-vous favorable au oui ou au non comme Alexis Tsipras ?</b>       <br />
       Je n'ai pas à me prononcer à la place du peuple grec qui doit prendre ses responsabilités. C'est un peuple courageux. Il l'a montré à plusieurs reprises dans son histoire : dans sa guerre d'indépendance puis, en 1940, face à l'Italie fasciste qu'il a fait reculer et face à l'invasion nazie en 1941. Traditionnellement, il y a un sentiment philhéllène qui s'exprime en France. Je me compte d'ailleurs parmi les gens qui aiment la Grèce car pour moi ce pays représente aussi l'Antiquité, le grec ancien, la démocratie. Ne serait-ce que pour avoir eu jadis un accessit au concours général de version grecque, je ne peux pas leur en vouloir ! Sans la Grèce, il manquerait quelque chose d'essentiel à l'Europe.       <br />
              <br />
       <b>Pour le président la Commission européenne, un non voudrait dire, indépendamment de la question posée, que la Grèce dit non à l'Europe. Partagez-vous ce point de vue ?</b>       <br />
       C'est absurde ! Comment un président de la Commission européenne peut-il parler ainsi ? Il confond la zone euro qui compte dix-huit membres et l'Union européenne qui en regroupe vingt-huit. Il existe donc dix pays qui ne sont pas dans l'union monétaire et qui sont dans l'Union européenne. La Grèce restera dans l'Europe. Et si elle doit sortir de l'euro, nous devons l'aider à le faire dans des conditions qui ne soient pas trop douloureuses. Si la Grèce sort de l'euro, elle dévaluera sa monnaie qu'on pourrait appeler l'euro-drachme et rester attachée à l'euro dans un rapport stable de l'ordre de 70 %. Il faudrait restructurer la dette à due proportion. Cette hypothèse est réaliste et remettrait la Grèce sur un sentier de croissance. Elle rendrait le pays encore plus attractif pour les touristes. Elle permettrait à la balance agricole grecque de redevenir excédentaire, ce qu'elle était avant l'euro, et de développer une économie de services notamment dans la logistique et les transports. C'est un pays magnifique, l'un des plus beaux endroits du monde, qui bénéficie d'une véritable attractivité sur le plan géographique et d'un patrimoine historique pratiquement sans équivalent. La Grèce a les moyens de se redresser.       <br />
              <br />
       <b>Au-delà du cas grec, l'éclatement voire la disparition de la monnaie unique sont-ils inévitables ?</b>       <br />
       La monnaie unique a énormément accru les divergences de compétitivité entre pays européens. Prenons le cas de l'économie française. Elle avait un déficit commercial par rapport à l'Allemagne de 28 milliards de francs en 1983. Aujourd'hui, le déficit de la France sur l'Allemagne serait selon certaines sources (Eurostat) de 35 milliards d'euros. Comme l'euro représente six fois et demie le franc, le déficit a au moins quadruplé en tenant compte de l'inflation depuis 1983. La monnaie unique, qui a définitivement empêché la France de dévaluer, nous met une sorte de noeud coulant qui se resserre. Nous sommes désormais tombés au niveau d'industrialisation de la Grèce (12 % du PIB). Nos fleurons du CAC 40 se développent, mais à l'étranger.       <br />
              <br />
       <b>Une sortie ordonnée de la zone euro ou du moins de la monnaie unique est-elle possible ?</b>       <br />
       Lorsqu'on a fait fausse route, il faut savoir revenir à la bifurcation et prendre la bonne direction. La monnaie commune pourrait être celle-ci. L'euro perdurerait comme symbole de notre volonté d'aller vers une Europe toujours plus unie, mais deviendrait monnaie commune et non plus unique. Elle serait valable dans les échanges internationaux en gardant des subdivisions nationales : l'euro-drachme, l'euro-lire, l'euro-mark, l'euro-franc, etc. Certains pays pourraient augmenter de quatre ou cinq pour cent la valeur de leur monnaie interne, d'autres la garder stable et certains, comme la Grèce, la diminuer. Tous les deux ou trois ans, on pourrait procéder à de légers ajustements pour tenir compte des compétitivités relatives qui permettraient de tenir dans la durée. Cette monnaie commune serait le panier des subdivisions nationales. Elle serait cotée sur le marché mondial des devises. Rien de plus simple ; le monde est flexible. Il y aurait une cotation qui interviendrait tous les jours et une certaine stabilité s'installerait entre cette monnaie commune, le dollar et le yuan. Derrière tout cela se profile la réorganisation du système monétaire international profondément malade.       <br />
              <br />
       <b>Après les attentats de janvier, la France a une nouvelle fois été victime du terrorisme. Avons-nous sous-estimé la menace ?</b>       <br />
       Elle était tout à fait prévisible. J'ai dit à l'époque au président de la République que nous allions avoir devant nous des décennies de terrorisme. Aucune démocratie n'a chaviré à cause de celui-ci. Il s'agit d'une réalité douloureuse, mais auquel un grand État doit savoir faire face. Pour réduire le terrorisme, il faut garder son sang-froid, avoir une vue large et longue, une parole publique claire. Le but des islamistes est de créer un affrontement du monde musulman tout entier contre l'Occident. Ils veulent le choc des civilisations, mais nous ne devons pas tomber dans ce piège. Il faut assécher le terreau sur lequel le terrorisme djihadiste se développe. C'est beaucoup plus difficile qu'à l'époque d'Action directe car ce mouvement terroriste n'avait absolument aucun soutien dans la classe ouvrière française, alors qu'aujourd'hui un certain nombre de jeunes « paumés » peuvent être tentés par une démarche de radicalisation. Mais il faut rejeter par avance toute culture de l'excuse !       <br />
              <br />
       <b>Manuel Valls a eu tort d'utiliser le terme de « choc de civilisation »...</b>       <br />
       Il faudrait lui donner le temps de s'expliquer. Samuel Huntington, lui-même, n'employait pas ce mot pour le recommander, mais pour montrer qu'il était à l'horizon. Je réfute l'idée du choc des civilisations : c'est ce que veut Daech. Ne tombons pas dans ce piège. Mais la menace de ruptures majeures pour la France vient incontestablement non pas de l'Est, mais du Sud, notamment pour des raisons démographiques. Dans l'Afrique subsahélienne, il existe des pays dont le taux de fécondité va jusqu'à sept enfants par femme. Il sera impossible de promouvoir le développement dans ces pays s'ils ne font pas l'effort de se responsabiliser et si les religions ne nous y aident pas.       <br />
              <br />
       <b>Notre pays est en proie à une crise économique et sociale, mais aussi à une crise identitaire profonde. Ce type d'attentat peut-il déstabiliser la société en profondeur ?</b>       <br />
       Nous avons des tensions liées à la situation économique et des tensions qui résultent de la concentration de populations immigrées dans certains quartiers ou dans certaines zones, comme la Seine-Saint-Denis ou les quartiers Nord de Marseille. Tout cela témoigne d'une grande cécité historique de la part des pouvoirs publics. Il faut mener une politique d'intégration, mais cela suppose d'abord que la France s'aime assez elle-même pour donner envie à ses enfants de s'intégrer à elle.       <br />
              <br />
       <b>Un mot sur Charles Pasqua...</b>       <br />
       Il a marqué la Place Beauvau comme ministre de l'Intérieur. Charles Pasqua était un homme qui avait été formé dans la Résistance et qui avait sans doute gardé de cette période des méthodes pas toujours très orthodoxes. On le lui a reproché. Mais cela ne doit pas masquer l'essentiel : il était un patriote et un grand serviteur de l'État. À titre personnel, je n'ai pas oublié qu'en 1992, nous avons livré un combat commun contre le traité de Maastricht, puis, en 2005, contre le traité constitutionnel européen. J'appréciais aussi l'acteur qu'il était dans tous les sens du terme. Il a puissamment animé notre scène politique, si bien que même ses adversaires ne pouvaient pas le détester.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/07/02/31007-20150702ARTFIG00313-jean-pierre-chevenement-le-referendum-grec-est-legitime-et-democratique.php">LE FIGARO</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"François Hollande se fie aux astres mais cela ne va pas changer substantiellement le niveau du chômage"</title>
   <updated>2015-06-22T17:01:00+02:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
   <published>2015-06-22T15:42:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité du Talk Le Figaro-Orange, mardi 22 juin 2015. Il répondait aux questions de Yves Thréard.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> François Hollande se fie aux astres parce que les taux d'intérêts, le cours de l'euro et celui du pétrole, favorisent une légère reprise de la croissance. Mais cela ne va pas changer substantiellement le niveau du chômage. Je pense qu'il ne faut pas confondre la carte et le territoire, la réalité – 600 chômeurs de plus – et plus la réalité qu'on peut en donner à la faveur de l'inflexion d'une courbe.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'enjeu, c'est la reconquête par la France de sa compétitivité. Le jour où on verra un excédent de notre balance commerciale, là, on pourra dire : nous sommes sur le bon chemin. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan ont en commun de poser le problème de la souveraineté, et donc de la réorientation de l'Europe. Je ne suis pas contre l'Europe, mais je pense qu'il faut la faire à partir des nations, et il faut la redresser. Prenons l'exemple des migrants : ce n'est pas un commissaire européen, qui a forcément une très mauvaise image, arrogant et tout, de fixer des quotas. Chaque pays doit prendre sa part en fonction de ses spécificités. Sur le plan démographique, il y a des pays qui vieillissent, comme l'Allemagne. Sur le plan économique, il y a des pays qui ont beaucoup de chômage, par exemple l'Espagne. Et puis enfin, il y a la spécificité politique : la France a un vrai problème avec la montée du FN. Il y a un seuil d'intolérance qui se manifeste. Donc il faut un accord intergouvernemental, et distinguer les demandeurs d'asiles et les réfugiés économiques.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je fais appel à tous ceux qui ont un sens aigu de la République, qui ont une vision exigeante de la République, pour offrir une autre politique, qui désarme le Front National, et son électorat de gens en plein désarrois, qui se sont portés sur le FN, dont la venue au pouvoir ne serait pas une bonne chose pour le pays.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A propos des négociations avec la Grèce sur sa dette</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> On va, selon mon pronostic, vers un mauvais accord : un certain étalement de la dette grecque, mais qui va reporter les échéances sans rien régler. Le vrai problème c'est de mettre la Grèce en situation d'avoir une croissance forte et durable. Pour cela, la bonne solution serait d'avoir un euro-drachme, qui vaudrait 30% de moins que l'euro, et une restructuration des dettes de façon à faire passer son montant de 180% de son PIB à 120%.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La politique appliquée à la Grèce jusqu'ici a donné de mauvais résultats. La chute de PNB de 25% est dû à la politique imbécile qui a été préconisée, c'est à dire à une politique simultanée d'austérité dans toute l'Europe. Il serait temps de penser l'avenir de l'Europe d'une manière plus sérieuse.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La monnaie unique n'est pas viable, mais une monnaie commune dont l'euro-drachme pourrait être en quelque sorte le signal avancé, serait quelque chose qui permettrait de tenir dans la durée. Ce ne serait pas un démantèlement de l'euro : l'euro resterait comme monnaie commune réservée aux échanges internationaux. Cette construction permettrait, au lieu d'appliquer des politiques de dévaluation interne, des corrections monétaires qui sont indispensables pour corriger les niveaux de compétitivité très différents d'une zone hétérogène.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La monnaie unique a été un choix erroné. Quand on se trompe, il faut savoir rectifier.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Tsipras vient d'arriver, il a été élu, c'est un problème de démocratie : est-ce que l'Europe veut tenir compte de la démocratie ? J'ai entendu M. Juncker dire qu'il n'y a pas de démocratie en dehors des traités. Dans ce système d'allégeance, la voix du citoyen disparaît.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A propos de la crise ukrainienne et des relations avec la Russie</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> La crise ukrainienne pouvait être évitée. La responsabilité de l'UE est considérable, parce qu'elle n'a pas analysé le problème dans toutes ses dimensions, et elle s'est laissée manipuler par les Américains.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les sanctions sont aussi contre nous. Nous allons perdre un demi point de PIB à cause de ces sanctions, et l'Allemagne un point ! Nous nous tirons une balle dans le pied.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il serait temps que la France fasse entendre sa voix, et demande la levée des sanctions, parce qu'aujourd'hui c'est l'Ukraine de Kiev qui bloque l'application du volet politique de l'accord, parce que Kiev devait permettre des élections dans un cadre décentralisé, et la Rada de Kiev, c'est à dire le Parlement, s'y refuse absolument, veut d'abord obtenir le désarmement des groupes armés, mais c'est prendre le problème à l'envers.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut dialoguer avec Poutine. C'est le bon sens. Ce qui est absurde, c'est de rejeter la Russie vers la Chine.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Tsipras ne se solidarise pas, et il a tout à fait raison, avec certains de ses collègues européens, sur cette question. Il est courageux tout simplement. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Francois-Hollande-se-fie-aux-astres-mais-cela-ne-va-pas-changer-substantiellement-le-niveau-du-chomage_a1728.html" />
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   <title>La reconduction des sanctions prises contre la Russie n'est ni juste ni raisonnable</title>
   <updated>2015-06-19T13:47:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/La-reconduction-des-sanctions-prises-contre-la-Russie-n-est-ni-juste-ni-raisonnable_a1726.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2015-06-19T13:46:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
      La reconduction des sanctions prises à l’encontre de la Russie depuis septembre 2014 a été décidée le 17 juin au niveau des Ambassadeurs de  l’Union européenne.       <br />
              <br />
       Cette décision qui doit être entérinée lundi 22 juin par les ministres des Affaires étrangères, puis par les Chefs d’Etat et de gouvernement n’est ni juste ni raisonnable. Elle n’est pas juste parce que la non-application des accords de Minsk II résulte essentiellement du refus de l’Ukraine d’appliquer leur volet politique concernant la décentralisation des régions russophones de l’Est.        <br />
              <br />
       Elle n’est pas non plus raisonnable. Nos exportations vers la Russie, composées aux deux tiers de produits de haute technologie ont déjà chuté de 9 à 6,7 Milliards d’euros de 2012 à 2014, soit du quart. Pour le premier trimestre de 2015  elles chutent encore du tiers (-33,6 %) par rapport au premier trimestre 2014.       <br />
              <br />
       L’institut autrichien Wifo évalue à un point du PIB en 2015 l’impact négatif sur la croissance allemande et à 0,5 % et 15 000 emplois de moins l’impact sur la France.  C’est l’ensemble du commerce extérieur qui est grippé et pas seulement les secteurs visés par les sanctions, du fait de la frilosité des banques elles-mêmes tétanisées par l’application extraterritoriale et arbitraire du droit américain.       <br />
              <br />
       Il me semble que la voix de la France devait se faire entendre et pas seulement celle de la Grèce, pour refuser une politique qui, à travers l’Union européenne, fait de  notre politique étrangère l’otage de la politique américaine.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Les Etats-Unis ne veulent pas d’une « Europe européenne ». A travers ce que Donald Rumsfeld appelait déjà en 2003 « La nouvelle Europe », ils veulent prendre en otage les pays de la vieille Europe (France, Allemagne, Italie, etc.) qui en constituent pourtant le noyau fondateur. Ils instrumentent la crise ukrainienne dont ils ont favorisé l’éclosion pour empêcher un partenariat raisonnable entre l’UE et la Russie.       <br />
              <br />
       Il est temps de dire à M. Donald Tusk, président polonais du Conseil européen et aux pays baltes que nous avons accueillis en 2004 au sein de l’Union européenne que la France n’acceptera pas de mettre sa politique étrangère à la remorque de rancœurs  historiques dépassées, alibi des faucons américains pour entretenir un brandon de discorde entre l’Europe et la Russie. Un tel projet qui rejette la Russie vers la Chine est-il d’ailleurs intelligent ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/La-reconduction-des-sanctions-prises-contre-la-Russie-n-est-ni-juste-ni-raisonnable_a1726.html" />
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   <title>"Il n'y a pas d'indépendance de la France sans une Russie forte"</title>
   <updated>2014-09-22T15:00:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Il-n-y-a-pas-d-independance-de-la-France-sans-une-Russie-forte_a1662.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/7010228-10724963.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2014-09-22T14:38:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Courrier de Russie, réalisé le 16 et paru le 22 septembre 2014. Propos recueillis par Nina Fasciaux.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/7010228-10724963.jpg?v=1411390778" alt=""Il n'y a pas d'indépendance de la France sans une Russie forte"" title=""Il n'y a pas d'indépendance de la France sans une Russie forte"" />
     </div>
     <div>
      <b>Le Courrier de Russie : Parlez-nous de votre enfance.</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Je suis originaire de l’Est de la France, je suis né à Belfort. Mes parents étaient instituteurs, mais j’ai été très tôt attiré par la politique. Peut-être est-ce lié au fait que je suis né en 1939 et que mes premiers souvenirs remontent à la Seconde Guerre mondiale. Mon père avait été fait prisonnier, et l’école où ma mère enseignait a été occupée un moment par les Allemands. Ma mère m’avait interdit de manger les oranges que les soldats allemands m’offraient – elles venaient probablement de Tunisie, en 1943 – mais j’ai pu vérifier par la suite que ces oranges étaient inoffensives, contrairement à ce qu’elle me racontait. Mon enfance a été celle-là.       <br />
              <br />
       <b>Un premier souvenir d’ « éveil » politique ?</b>       <br />
       À quinze ans, je me suis mis à soutenir Pierre Mendès-France, qui avait mis un terme à la guerre d’Indochine. J’étais « mendésiste », comme on disait alors, mais je n’ai pas adhéré au parti radical. Plus tard, quand j’ai étudié les sciences politiques à Paris, je suis resté sur cette orientation. J’ai cependant regretté que Mendès-France n’aide pas de Gaulle en 1958, puis en 1962, car le Général était seul à pouvoir mettre un terme à la guerre d’Algérie. Au fond, j’étais assez gaulliste. Lorsque j’ai été appelé comme sous-lieutenant en Algérie, en 1961, j’étais déjà convaincu qu’elle devait être indépendante – mais qu’il valait mieux que ce soit avec la France que contre.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Qu’est-ce qu’il vous reste de ce séjour en Algérie ?</b>       <br />
       Ce fut une période très difficile, qui a constitué une transition à la fois nécessaire et violente et comporté beaucoup de souffrances. J’avais volontairement pris la responsabilité des relations militaires entre les armées française et algérienne au niveau de la préfecture d’Oran [où a eu lieu le massacre du 5 juillet 1962, ndlr]. Il faut rappeler qu’au cours des trois mois qui ont précédé l’indépendance, il y a eu une véritable sédition de l’OAS. J’ai été le premier Français à voir Ben Bella et Boumédiène [devenus par la suite présidents de l’Algérie, ndlr] à Tlemcen, en juillet 1962, et cela a très fortement marqué mon engagement. Je suis retourné en Algérie à la fin de mon service militaire pour faire un stage à l’ENA, jusqu’en juillet 1963. Je reste aujourd’hui président de l’Amitié France-Algérie : pour moi c’est un lien qui demeure, je suis sensible à tout ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée.       <br />
              <br />
       <b>Et ensuite ?</b>       <br />
       À mon retour en France, j’ai élaboré un projet prospectif : il s’agissait de changer le parti socialiste de l’intérieur en faisant alliance avec le parti communiste – de Gaulle était âgé et je préparais sa succession. Je voulais prolonger ainsi la Vème république en lui assurant des bases de gauche. J’ai créé un mouvement qui s’appelle le CERES (aile gauche du PS) et, en 1971, nous avons mis Mitterrand au pouvoir – après sept ans d’effort. Mitterrand m’avait chargé de rédiger le programme socialiste, que j’ai élaboré avec les communistes. La suite est connue : après avoir été député (la première fois en 1973), j’ai été maire de Belfort, quatre fois ministre [sous Mitterrand, puis Chirac, ndlr], et enfin sénateur – je suis un vieil homme politique !       <br />
              <br />
       <b>Quelle fierté tirez-vous de votre carrière politique, et quels regrets ?</b>       <br />
       On n’est jamais content de ce que la réalité n’est pas conforme à l’idée qu’on s’en faisait. Je ne suis pas particulièrement réjoui par l’évolution de la gauche… Mais en même temps, nous avons assuré une certaine continuité de l’État, dans le domaine de la défense surtout, ce qui est important dans le maintien d’une politique. J’ai été confronté à des choix libéraux, en 1983 [sous Mitterrand, ndlr], qui m’ont poussé à démissionner [il était alors ministre d’État, ministre de la recherche et de l'industrie, ndlr]. Je considérais en effet que l’idée d’un « État stratège » devait être maintenue et j’avais été l’homme des grandes entreprises publiques – je n’ai pas approuvé l’orientation de la politique économique du gouvernement Mitterrand. Mais ensuite, j’ai été rappelé pour remettre de l’ordre dans l’éducation nationale, en 1984, puis à la Défense, en 1988. J’ai le souvenir de grandes réalisations.       <br />
              <br />
       <b>Mais vous avez à nouveau démissionné du ministère de la défense…</b>       <br />
       J’ai pu mener la politique que j’entendais mener jusqu’en 1990-1991, date à laquelle j’ai effectivement quitté le gouvernement pour la deuxième fois – afin de protester contre l’engagement de l’armée française en Irak. Enfin, j’ai été ministre de l’intérieur, en 1997, pendant trois ans et demi : j’ai pu y conduire des réformes importantes dans le domaine de l’intercommunalité. Et puis, j’ai démissionné pour la troisième fois, parce que j’étais en désaccord avec le Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, sur l’avenir de la Corse – j’ai toujours été pour une politique nationale unitaire.       <br />
              <br />
       <b>Décidément…</b>       <br />
       Je n’ai démissionné, à chaque fois, que sur des sujets vraiment importants : politique économique et européenne, politique étrangère ou organisation de l’État. Vous le savez peut-être, je me suis également positionné contre le Traité de Maastricht : je pense que l’Europe doit se faire dans le prolongement des nations – je ne suis pas contre l’idée européenne, mais je suis pour une Europe européenne, c’est-à-dire capable de défendre ses intérêts propres et pas inféodée aux États-Unis. Je suis un homme de gauche original, en quelque sorte. On pourrait dire que je suis un « gaulliste de gauche ». Ou alors un socialiste républicain à la forte adhérence gaulliste…       <br />
              <br />
       <b>Qu’est-ce que vous n’êtes pas ?</b>       <br />
       Je ne suis pas de droite, au sens du libéralisme économique mondialisé. Je suis évidemment encore moins d’extrême-droite – je crois en l’égalité des êtres humains. Je ne suis pas communiste non plus, parce que j’appartiens à une tradition plus souple : le communisme ne fait pas la part des choses entre le collectif et l’individu – il y a un équilibre à trouver. Mes parents étaient plutôt socialistes, mais avec un esprit critique, parfois même, ils étaient individualistes. Il leur est arrivé de voter de Gaulle. Donc, je garde un esprit pragmatique. Voilà ce que je ne suis pas. Je pense que je ressemble à beaucoup de Français.       <br />
              <br />
       <b>Qu’est-ce qui fait la force d’un homme politique ? Son intégrité ?</b>       <br />
       J’ai fait des compromis – j’aurais pu démissionner bien plus souvent ! Ce qui me motive, c’est la continuité de notre politique dans des domaines essentiels, parmi lesquels figurent les relations franco-russes.       <br />
              <br />
       <b>Pour quelle raison ?</b>       <br />
       Parce qu’il en va de l’intérêt de la France et de celui de la Russie. Il n’y a pas d’indépendance de la France sans une Russie forte. Et la Russie aussi a besoin d’avoir, à l’ouest de l’Europe, un grand partenaire amical. Au fond, il n’y a pas d’antagonisme fondamental entre la Russie et la France, les deux pays ne se sont jamais heurtés. Bien sûr, il y a eu l’épisode napoléonien, mais c’est plutôt un accident de l’Histoire !       <br />
              <br />
       <b>C’est-à-dire ?</b>       <br />
       Les guerres napoléoniennes étaient dirigées contre l’Angleterre – Napoléon voulait diriger le blocus continental, il ne souhaitait pas s’en prendre aux Russes. Mais ça s’est trouvé comme ça, et les Russes se sont défendus. Cela n’a pas affecté nos relations et nous célébrons la bataille de Borodino comme une victoire à la fois russe et française. Et je suis très attaché à maintenir ce lien, même dans le moment difficile que nous traversons.       <br />
              <br />
       <b>On fait fausse route, alors ?</b>       <br />
       Il y a des responsabilités partagées des deux côtés, beaucoup de malentendus et d’incompréhension. Ce qui est arrivé en Ukraine aurait pu être évité.       <br />
              <br />
       <b>Comment ?</b>       <br />
       Si les institutions européennes avaient, par exemple, négocié l’accord d’association avec l’Ukraine en étroite concertation avec la Russie, afin d’anticiper les problèmes à venir. S’il y avait eu un meilleur climat, au départ, entre la Russie et l’UE, et peut-être un meilleur contrôle sur les agissements des grands pays – Allemagne, France, Italie. Bien sûr, l’Ukraine n’est pas n’importe quel pays pour son voisin russe, et je ne crois pas que l’intention de la France soit de placer l’Ukraine face à un choix impossible entre Russie et UE. Peut-être, en revanche, que l’Ukraine est effectivement un objet politique pour les États-Unis : certains voient dans cette affaire l’occasion de semer la discorde entre l’Europe de l’ouest et la Russie. Mais ça n’a jamais été le dessein de la France ! Ce qui s’est passé à Maïdan a véritablement été une surprise. L’accord conclu ensuite, le 21 février 2014, par les ministres français, allemand et polonais des affaires étrangères aurait pu fournir une porte de sortie, mais il n’a pas été appliqué. C’est n’importe quoi – et les Russes ont répondu à n’importe quoi par n’importe quoi.       <br />
              <br />
       <b>À quel moment ?</b>       <br />
       L’annexion de la Crimée est une entorse au principe de la souveraineté de l’État. Je crois que les initiatives prises par les habitants de Sébastopol ont placé la Russie devant le fait accompli. Et celle-ci a choisi d’aller dans le sens de leur demande de rattachement, sans mesurer les problèmes qui allaient en découler, ni l’utilisation qu’allaient en faire les partisans d’une nouvelle guerre froide en Europe. Nous sommes alors entrés, malheureusement, dans un processus incontrôlé, malgré les efforts entrepris depuis quelques mois – y compris par le président français. Un cessez-le-feu précaire est en place et des élections régionales sont prévues à Donetsk et Lougansk, mais on est loin des projets évoqués par Angela Merkel et François Hollande. On voit bien, pourtant, quel genre de compromis pourrait se dessiner : une certaine régionalisation de l’Ukraine, une « neutralisation » du territoire, de façon à ce que les Russes n’aient pas le sentiment que l’Ukraine est appelée à devenir un pays de l’OTAN. Il faudrait d’ailleurs écarter définitivement cette perspective et procéder à une remise à niveau économique de l’Ukraine. Aujourd’hui, il y a une mécanique qui s’est mise en mouvement, c’est la mécanique de la bêtise. Il faut savoir l’arrêter, trouver un point de retour. Le processus dit « de Normandie », qui a réuni les présidents russe et ukrainien, ainsi que le président français et la chancelière allemande, le 6 juin dernier, a constitué un premier pas. Mais il faut aussi convaincre les Américains que la Russie ne doit pas être repoussée vers l’Asie.       <br />
              <br />
       <b>Vous êtes confiant ?</b>       <br />
       Je suis inquiet. Je suis inquiet face aux conséquences des sanctions adoptées, à la façon dont elles sont interprétées. La Russie doit convaincre du caractère national de son projet, elle doit convaincre qu’elle veut se moderniser et non reconstituer l’URSS. Je trouve très forte cette citation de Poutine, qu’on connaît trop peu en Occident : « <span style="font-style:italic">Celui qui ne regrette pas l’URSS n’a pas de cœur, et celui qui souhaite son retour n’a pas de tête.</span> » Naturellement, il y a des problèmes humains à résoudre, et en premier lieu celui des Russes qui vivent hors de Russie. Mais cela doit se faire dans un cadre international stable. Il faut restaurer la confiance entre les parties, trouver des garanties de sécurité. Cette tâche-là est la plus difficile, car, dans un processus d’escalade, le procès d’intention l’emporte toujours. La Russie doit aussi tenter de s’expliquer. Mais je pense que ce qui s’est passé n’était pas délibéré : je ne sous-estime pas la part de l’émotionnel dans toute cette affaire. Il faudrait revenir à un peu plus d’objectivité.       <br />
              <br />
       <b>Y compris du côté américain ?</b>       <br />
       Il faut distinguer le petit noyau de géo-stratèges, où la part d’émotionnel est faible, et l’opinion, qui ne connaît pas vraiment la Russie et pense que l’on va vers une nouvelle guerre froide – alors que les bases mêmes d’un conflit de ce type n’existent plus. Nous sommes dans un système d’économie de marché, la modernisation de l’économie russe implique certains changements, que nous pouvons saluer. En cela, les sanctions sont contre-productives et vont créer un climat irrationnel.       <br />
              <br />
       <b>Vous êtes entendu, sur cette question des sanctions ?</b>       <br />
       L’avenir le dira. En tous cas, je m’exprime. Je suis en contact direct avec les autorités gouvernementales, et je m’exprime dans la presse.       <br />
               <br />
       <b>Quelles ont été les erreurs de la France, dans la crise ukrainienne ?</b>       <br />
       Il y a eu des soutiens français inconséquents au processus de Maïdan – mais Bernard Henri-Lévy n’est pas la France. Peut-être que, pour des raisons qui tiennent à notre adhésion à l’UE, nous sommes un peu à la remorque d’un certain nombre de pays qui ont sur la crise ukrainienne des positions radicales et obéissent à des impulsions de l’extérieur. J’aimerais que la France ne soit pas à la traîne, qu’elle travaille au succès d’une Europe existant par elle-même – non contre la Russie, mais avec elle. Et, cela n’engage que moi, mais je considère qu’il faut honorer les contrats Mistral.       <br />
              <br />
       <b>Comment la Russie peut-elle être « garante de l’indépendance de la France », comme vous le disiez ?</b>       <br />
       En développant nos relations économiques, notre concertation politique. La Russie est un pays qui compte à l’échelle planétaire, un grand pays, ainsi qu’un acteur majeur de la politique mondiale. Et elle le restera. Elle constitue un contrepoids dans les relations internationales.       <br />
              <br />
       <b>Faites-vous confiance à Vladimir Poutine ?</b>       <br />
       C’est un homme d’État. Il en a les qualités, et probablement aussi les défauts. Mais j’ai eu l’occasion de le rencontrer, et j’ai été impressionné : par sa capacité à argumenter, mais aussi par le fait qu’au-delà de la rationalité, c’est un homme d’une certaine affectivité. Je ne vous dirai pas, comme le président Bush Junior, que j’ai « vu son âme » – je suis un républicain laïc, fondamentalement cartésien. Mais je pense que le président Poutine est un homme avec qui l’on peut discuter. Il faut – comme toujours – éviter les malentendus, comprendre ce que l’autre a à l’esprit, car nous nous racontons tous une histoire. On ne peut pas faire abstraction, en politique, des éléments psychologiques. Et quoiqu’il en soit, M. Poutine est le président de la Russie, il a été élu – et je ne crois pas qu’il y ait d’opposition capable de lui succéder, ni qu’il faille mettre la Russie au ban des nations.       <br />
              <br />
       <b>Qu’est-ce qui vous lie à la Russie, personnellement ?</b>       <br />
       La littérature. Le peuple. Et je ne suis pas de ces gens qui ont perdu la mémoire – je me souviens très bien des deux guerres mondiales et de la contribution importante de la Russie à ces conflits.       <br />
              <br />
       <b>Y a-t-il des choses qui vous effraient ?</b>       <br />
       Beaucoup de choses m’effraient. La bêtise, principalement. Surtout quand elle est au pouvoir. L’irresponsabilité. L’absence de culture.       <br />
              <br />
       <b>Vous n’êtes jamais découragé ?</b>       <br />
       Je surmonte le découragement.       <br />
              <br />
       <b>Comment ?</b>       <br />
        le travail. J’écris des livres.       <br />
              <br />
       <b>Quels conseils donneriez-vous à un jeune homme épris de politique, et qui sortirait tout juste de l’ENA ?</b>       <br />
       Je lui dirais d’abord qu’il est mal parti ! En 1967, j’ai écrit avec Alain Gomez et Didier Motchane L’Enarchie – je sortais tout juste de l’ENA moi-même, promo 1965. Et c’est un livre qui n’a pas vieilli. Il dresse un tableau assez juste de la haute administration française. Il est amusant – je vous le conseille. Les fonctionnaires ont toujours les mêmes vices.       <br />
              <br />
       <b>Savez-vous que de nombreux Français aimeraient vous voir au gouvernement ?</b>       <br />
       Ah non, j’ai exclu cette perspective ! La ligne politique du gouvernement actuel n’est pas vraiment la mienne, et si je revenais, ce serait donc pour en prendre la tête… Mais je crois que ce n’est pas vraiment la disposition d’esprit de François Hollande, et je veux laisser à Manuel Valls l’espace dont il a besoin – je ne suis pas un concurrent.       <br />
              <br />
       <b>La France d’aujourd’hui manque-t-elle d’hommes d’État ?</b>       <br />
       Ce sont les circonstances qui révèlent les hommes d’État. Donc, il ne faut pas désespérer. Mais vous me faites côtoyer des précipices. Vous – parlez-moi de votre enfance, maintenant.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.lecourrierderussie.com/2014/09/jean-pierre-chevenement-france-russie/">Le Courrier de Russie</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Il-n-y-a-pas-d-independance-de-la-France-sans-une-Russie-forte_a1662.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>A Moscou, l'envoyé du président français pour une levée des sanctions contre la Russie</title>
   <updated>2014-09-18T11:46:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/A-Moscou-l-envoye-du-president-francais-pour-une-levee-des-sanctions-contre-la-Russie_a1661.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2014-09-18T11:45:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Dépêche AFP du jeudi 18 septembre 2014, 10h42.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6998760-10706446.jpg?v=1411033568" alt="A Moscou, l'envoyé du président français pour une levée des sanctions contre la Russie" title="A Moscou, l'envoyé du président français pour une levée des sanctions contre la Russie" />
     </div>
     <div>
      Le représentant spécial du président français auprès de la Russie, Jean-Pierre Chevènement, a plaidé jeudi pour une levée sous conditions des sanctions européennes prises à l'encontre de Moscou et appelé à se détourner des &quot;fauteurs de guerre&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;Pour nous, les sanctions sont vouées à être levées à partir du moment où deux conditions sont rassemblées: le maintien du cessez-le-feu (dans l'est de l'Ukraine) et une application stricte des accords de Minsk&quot;, a déclaré à Moscou M. Chevènement, rappelant la position de la France.       <br />
              <br />
       &quot;Les sanctions et contre-sanctions sont un processus de représailles dont tout le monde voudrait sortir. (...) Elles sont dommageables pour les deux camps&quot;, a ajouté le sénateur du territoire de Belfort.       <br />
              <br />
       &quot;Les exportations françaises en Russie représentent un demi point de PIB. Ce ne sont pas des enjeux que nous pouvons ignorer&quot;, a rappelé M. Chevènement, qui s'exprimait au nom de la France.       <br />
              <br />
       La Russie a décrété en août un &quot;embargo total&quot; sur les importations de produits alimentaires en provenance de l'Union européenne en réponse à plusieurs vagues successives de sanctions prises à son encontre par les Occidentaux.       <br />
              <br />
       M. Chevènement, qui a rencontré au cours de sa visite en Russie des chefs d'entreprises français et russes, mais également des responsables politiques comme le président du Parlement russe Sergueï Narichkine, a affirmé ne pas avoir évoqué la question des Mistrals, navires de guerre dont la livraison est devenu un casse-tête pour Paris.       <br />
              <br />
       &quot;Mon avis reste que les contrats ont été signés et qu'ils doivent être exécutés. La France est un pays souverain&quot;, a expliqué le sénateur.       <br />
              <br />
       &quot;La France est partisane d'une résolution politique et pacifique de la situation actuelle, qui résulte d'incompréhensions dont l'accumulation au fil du temps a conduit à cette crise ukrainienne dont personne ne voulait au départ&quot;, a poursuivi M. Chevènement.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      &quot;Tout autre chemin que le compromis serait dommageable à toutes les parties. (...) Nous devons reprendre le contrôle politique de la situation. Il ne faut pas écouter les fauteurs de guerre&quot;, a-t-il ajouté.       <br />
              <br />
       Moscou a apporté mercredi son soutien aux solutions politiques proposées par le président ukrainien Petro Porochenko pour parvenir à une paix avec les rebelles prorusses dans l'est de l'Ukraine, où règne une trêve précaire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  <entry>
   <title>Israël et Palestine : "Il faut aller vers une solution à deux Etats" </title>
   <updated>2014-08-07T10:07:00+02:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
   <published>2014-08-06T15:14:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité d'Europe 1, mercredi 6 aout 2014. Il répondait aux questions de Jean-Philippe Balasse.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> La France a le droit de dire qui peut, ou ne peut pas, s'installer à demeure sur son sol. C'est un principe de base. A partir de là, il faut traiter la politique migratoire sans démagogie, avec fermeté mais avec humanité.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On ne peut pas sortir des problèmes d'immigration sans chercher à résoudre, bien en amont, les problèmes de développement, de sécurité, qui génèrent ces flux, à travers notamment la Méditerranée. En particulier, tant que la zone sahélienne ne sera pas stabilisée, à travers une politique générale, on ne pourra pas faire front à cette immigration désordonnée.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Prenons un exemple, la Libye, dont la situation actuelle est chaotique. La Libye de Khadafi avait beaucoup de défauts, mais elle exerçait un contrôle sur ses frontières. Nous avons détruit la Libye !        
       </li></ul><ul class="list"><li> La France, l'Angleterre, sous l'impulsion, il faut le dire, de M. Sarkozy, peut-être de Bernard Henri-Lévy, ont décidé qu'il fallait faire le ménage. On a violé la résolution des Nations Unies, qui nous donnait le droit de protéger les populations civiles de Benghazi, et on est allé jusqu'au changement de régime. Résultat de l'ingérence : aujourd'hui c'est le désordre complet.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La politique d'ingérence est à la mode depuis très longtemps. Regardez la situation de l'Irak aujourd'hui. On vient se plaindre du sort des chrétiens d'Irak. Mais on a préféré la guerre à la paix. Aujourd'hui l'Irak n'est plus un Etat : beau résultat de la politique d'ingérence ! </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> La guerre n'est pas la solution que l'on doit rechercher. Elle peut se révéler inévitable, et je ne suis pas pacifiste, sinon je n'aurais pas été ministre de la Défense évidemment. Mais il est préférable de trouver des solutions politiques que d'ouvrir des boîtes de Pandore.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La question qui se pose pour la France, c'est d'abord de savoir qui nous sommes. Est-ce que nous sommes membre de la famille des nations occidentales, comme le disait M. Sarkozy, ou l'aîné de la grande famille des nations humaines en général ? C'était la définition que la France se donnait depuis la révolution de 1789.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> En 1967, le général de Gaulle avait parlé des malheurs grandissant qu’Israël connaîtrait à occuper des territoires peuplés d'arabes. Et bien voilà : aujourd'hui nous sommes aux résultats.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Si on veut travailler réellement à la sécurité d’Israël, il faut aller vers une solution à deux Etats, et ne pas chercher à coloniser les territoires palestiniens. Ou alors se poursuivra le conflit, qui débouchera sur la radicalisation du monde musulman, et le naufrage des Etats que nous soutenions jadis, que ce soit l'Irak, la Syrie. Nous irons vers la fragmentation.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur l'Ukraine, les responsabilités sont partagées. Qu'est-ce que les institutions européennes recherchaient en allant chatouiller les moustaches de l'ours russe en Ukraine ? Il y avait un projet de libre-échange en direction de l'Ouest et un autre en direction de l'Est. Il fallait faire converger ces projets.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Chacun sait que la nature de l'Ukraine est particulière. C'est un pays hétérogène, peuplé à l'ouest de gens qui sont des ressortissants d'Europe centrale, et à l'est de russophone.. Cette réalité aujourd'hui est méconnue. L'opinion aujourd'hui est sous-informée, manipulée.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Ukraine est d'abord aujourd'hui un objet géopolitique. Brezinski avait écrit que, pour empêcher la Russie de redevenir une grande puissance, il fallait soustraire l'Ukraine à son influence. Nous y sommes. Il y avait eu la révolution Orange en 2004.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Maintenant, je dois dire que j'ai exercé moi-même un certain rôle pour obtenir que la Russie reconnaisse les élections qui ont abouti à l'élection de M. Porochenko. Mais M. Porochenko a été élu pour faire la paix, pas la guerre. Qu'elles sont les initiatives qui sont prises aujourd'hui par les institutions européennes pour peser sur M. Porochenko ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a eu 1800 morts en Palestine, 1100 en Ukraine, ce n'est pas suffisant ? On a vu des chars, des avions, tirer sur leur population... Il y a quand même un moment où l'Europe, si elle était libre, si elle était européenne pour reprendre l'expression du général de Gaulle, dirait : &quot;Ecoutez, il y a quand même un terrain d'entente à trouver, une certaine régionalisation de l'Ukraine, pour que chacun s'y sente à l'aise&quot;.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a beaucoup de gens qui se réclament plus ou moins de moi aujourd'hui. Naturellement, je laisse faire et dire, parce que je ne peux pas corriger. J'ai toujours essayé d'avoir une vision d'homme d'Etat, qui tienne compte du monde tel qu'il est. Si on avait écouté ce que j'avais dit en 1983, plutôt que de s'accrocher à la monnaie forte, ce qui a abouti à la désindustrialisation de la France, sur le Moyen-Orient, sur la réforme de l'Etat et des collectivités territoriales engagée en Corse, aujourd'hui généralisée en dépit du bon sens, on devrait se dire qu'il y a un retour aux fondamentaux républicains qui est nécessaire.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le monde a changé, et la France doit se positionner par rapport au monde tel qu'il est, avec courage et avec ambition. La France n'est pas finie.        <br />
              
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Ukraine : il est temps qu'une parole raisonnable se fasse entendre"</title>
   <updated>2014-05-23T16:13:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Ukraine-il-est-temps-qu-une-parole-raisonnable-se-fasse-entendre_a1631.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2014-05-23T16:13:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Tribune de Jean-Pierre Chevènement, publiée dans Marianne, jeudi 22 mai 2014.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6660232-10047420.jpg?v=1400854017" alt=""Ukraine : il est temps qu'une parole raisonnable se fasse entendre"" title=""Ukraine : il est temps qu'une parole raisonnable se fasse entendre"" />
     </div>
     <div>
      La crise ukrainienne est, à coup sûr, la plus grave survenue en Europe depuis la fin de la guerre froide et l’implosion de l’Union soviétique. Ralliée aux valeurs occidentales et ayant, sans guerre, dissous son Empire en 1991, la Russie estime, non sans quelques bonnes raisons, n’avoir pas été payée de retour. Les thérapies de choc libérales qui lui furent administrées dans les années 1990 conduisirent à l’effondrement de moitié de son PNB et à une réelle paupérisation de la majorité de ses citoyens. L’OTAN s’étendit bien au-delà des limites connues au moment de la réunification allemande. Quant au problème de la « troisième Europe » comme dit George Nivat, c'est-à-dire des pays européens appartenant à l’ex CEI et, des minorités russes dispersées en son sein, il ne fut tout simplement pas pris en considération. La seule chose qui ait intéressé l’Occident a été le contrôle de l’arsenal nucléaire soviétique, confié par commodité à la Russie. Depuis lors, celle-ci et l’Occident ne se racontent pas la même histoire.       <br />
              <br />
       Certes l’Union européenne a bien conclu des « partenariats » assortis de maigres crédits (programme TACIS) avec ses « voisins proches », partenariat dit « stratégique » avec la Russie et « oriental » pour les autres, au premier rang desquels l’Ukraine.       <br />
              <br />
       Mais celle-ci n’est pas tout à fait un partenaire comme les autres, par sa taille, sa population (45M d’habitants), son histoire et son économie étroitement intriquée à celle de la Russie. C’est ici que la géopolitique s’en mêle : Zbigniew Brezinski, dans un livre de 1998, le « grand échiquier », écrivait sans fard que le seul moyen de s’assurer que la Russie ne puisse plus reconstituer son Empire, était de soustraire définitivement l’Ukraine à son influence. Certes, depuis lors, les Etats-Unis se sont aperçus que l’Empire qui montait à l’horizon n’était pas la Russie, mais la Chine. M Brezinski a donc mis de l’eau dans son vin. Il s’est prononcé récemment, comme M Kissinger d’ailleurs, pour une « finlandisation » de l’Ukraine, entre l’Union européenne et la Russie. Tout le monde à Washington ne partage pas cet avis : M. Mac Cain et le Vice-Président Joe Biden sont venus à Kiev pour soutenir le mouvement de Maïdan. Le gouvernement américain appelle à des sanctions renforcées contre la Russie après l’annexion de la Crimée d’autant plus qu’elles toucheraient essentiellement l’Europe et fort peu par les Etats-Unis. Le courant néo-conservateur demeure puissant aux Etats-Unis et trouve des relais en Europe.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      En 2006 déjà, l’Administration Bush avait proposé d’inscrire l’Ukraine et la Géorgie dans une procédure de pré-adhésion à l’OTAN (le MAP). Le moins qu’on puisse dire est que les vingt dernières années n’ont pas été mises à profit pour développer le partenariat stratégique entre l’UE et la Russie. Celui-ci, en 2012, se trouvait enlisé par manque de volonté politique. Quant au projet d’accord d’association préparé avec l’Ukraine, il n’a donné lieu à aucune concertation préalable avec la Russie.       <br />
              <br />
              <br />
       Chacun voit midi à sa porte : pour les institutions de Bruxelles, quoi de plus normal que l’Europe chercher à exporter ses normes libérales, ses standards écologiques et ses valeurs « démocratiques » ? Pour Moscou, c’est le « Drang nach Osten » qui reprend sous une autre forme. Derrière l’UE, la Russie devine l’OTAN. Le messianisme des uns nourrit ainsi le nationalisme obsidional des autres.        <br />
              <br />
       L’Ukraine d’aujourd’hui pose un problème majeur : celui de l’intrication tissée par l’Histoire de son appareil productif avec celui de la Russie. Mais au lieu de confier à des experts le soin d’étudier comment on pourrait créer, par étapes, l’espace de libre circulation de l’Atlantique au Pacifique pourtant prévu par le partenariat stratégique, Bruxelles propose à Kiev un accord d’association imprégné de l’idéologie de la concurrence, au risque de transformer l’Ukraine en une nouvelle RDA (sans cependant le filet de sécurité jadis offert à cette dernière par l’Allemagne occidentale). Que les manifestants de Maïdan aient été pour la plupart des démocrates, je veux bien le croire, encore que remplis d’illusions sur la manne financière que l’Europe était prête à leur accorder.  Ils n’en reste pas moins que le service d’ordre était confié à des formations d’extrême droite, Svoboda et Pravy Sektor, aux pratiques violentes et à l’idéologie trouble.       <br />
              <br />
       Les russophones de l’Est ont pu à bon droit s’estimer provoqués par la destitution inconstitutionnelle d’un Président, certes corrompu, mais élu démocratiquement, ainsi que par l’adoption par la Rada (Assemblée Nationale) d’une loi supprimant le russe comme langue officielle, loi, il est vrai, non promulguée. Ce qui est Révolution pour les uns est coup d’Etat pour les autres. Les Ukrainiens de l’Ouest et ceux de l’Est n’ont pas la même histoire ni la même mémoire. Elle est anticommuniste à l’Ouest, antifasciste à l’Est. Souvent ils ne se réclament pas de la même religion.       <br />
              <br />
       La prise en gage de la Crimée a constitué, du point de vue de la Russie, une réponse à Maïdan et une correction historique de la décision arbitraire de Khrouchtchev en 1954, prise sans consultation des populations et en méconnaissance de leur caractère historiquement russe. L’accord de Genève passé le 14 avril entre l’Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l’Union européenne, entérine le fait, en ne le mentionnant pas, mais elle ne le reconnaît pas en droit.       <br />
              <br />
       L’application stricte de l’accord de Genève est seule de nature à ouvrir la voie à une solution politique à la crise ukrainienne. Il s’agit de se mettre d’accord sur le principe d’une réforme constitutionnelle qui devra suivre immédiatement l’élection du 25 mai. Un accord avant cette date est possible sur quelques principes simples : à l’Etat central les prérogatives régaliennes (politique extérieure, défense, justice, police nationale), aux régions des exécutifs élus compétents pour l’éducation, la langue, la culture, le développement économique (avec un levier fiscal et la police locale).       <br />
              <br />
       Il n’est pas raisonnable de renvoyer à une nouvelle Rada, qui ne pourra être élue au mieux qu’à l’automne, l’élaboration d’une simple loi de décentralisation. Dans leur déclaration commune du 10 mai 2014, la Chancelière d’Allemagne et le Président de la République française ont clairement demandé « le lancement dans les prochains jours d’un processus de réforme constitutionnelle comprenant un calendrier court et un processus de consultation inclusif ». Force est de constater à ce jour, lundi 19 mai, que le « dialogue national » exigé par Angela Merkel et François Hollande, « avant le 25 mai, entre les représentants du gouvernement ukrainien et ceux de toutes les régions d’Ukraine », n’a pas été engagé par le gouvernement de Kiev qui s’est borné à un « long soliloque » [1]. Cette obstruction à l’application de l’accord de Genève du 14 avril est extrêmement grave. En refusant le dialogue avec les populations de l’Etat ukrainien, le gouvernement de Kiev ne répond pas aux ouvertures qui viennent d’être faites par Moscou.       <br />
              <br />
       Vladimir Poutine en effet n’a pas légitimé les référendums d’autodétermination du Donbass. Serguei Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, a déclaré « respecter la volonté exprimée par les populations », mais a souhaité que « la mise en œuvre se fasse à l’intérieur de l’Ukraine par l’organisation d’un dialogue national ». L’attitude inconséquente du gouvernement de Kiev fait penser à celle de M. Saakachvili, le président géorgien, en 2008. Elle l’expose à un isolement dramatique.        <br />
              <br />
       Dans la crise ukrainienne deux récits antithétiques s’opposent sur le terrain comme dans les chancelleries. Aveuglés par une russophobie d’origine essentiellement idéologique, la plupart des médias français n’en ont repris qu’un seul. Quiconque veut avancer un jugement argumenté et nuancé, pour sortir d’une logique d’affrontement profondément contraire aux intérêts de la France et de l’Europe, est aussitôt rejeté dans les ténèbres d’un nouvel « Empire du Mal ». Les propagandistes d’une nouvelle guerre froide en Europe ont diabolisé Vladimir Poutine qui se prête quelquefois – il est vrai – à l’exercice. Vladimir Poutine peut bien dire qu’il veut construire la Russie comme une grande nation moderne et respectée : il est clair, pour la plupart des commentateurs, qu’il veut en réalité rétablir l’URSS. Ainsi la nature essentiellement nationale de son projet échappe-t-elle au sens commun. Si aucun mémorandum sur la future réforme constitutionnelle n’est validé d’ici l’élection du 25 mai, c’est-à-dire demain, les scenarios du pire se rapprocheront (guerre civile, risque de partition, nouvelle guerre froide, entièrement artificielle, au cœur de l’Europe).        <br />
              <br />
       Il est temps de faire entendre une parole raisonnable. Le pire n’est pas inévitable : une Ukraine neutre « à l’autrichienne », fédérale ou en tout cas fortement régionalisée, une économie assainie avec le concours de tous les partenaires (Union européenne, FMI, Russie à travers un prix du gaz abaissé) est la solution. Encore faut-il l’inscrire dans une perspective historique qui ne rejette pas la Russie hors de l’Europe. Selon la formule de Talleyrand, ce serait plus qu’une faute, une erreur. Ce serait ouvrir pour l’Europe tout entière une nouvelle ère d’instabilité.       <br />
              <br />
       Il est temps de reprendre politiquement le contrôle de la crise ukrainienne en replaçant sa solution dans le cadre d’un grand projet paneuropéen de développement et de paix…       <br />
              <br />
       Plus que jamais, souvenons-nous de Jaurès : « Le courage ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l’exaltation de l’homme et ceci en est l’abdication … Le courage c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ». Sur l’Ukraine il est temps que la raison reprenne ses droits sur une russophobie aveugle : C’est de la paix et de l’Europe qu’il s’agit !       <br />
              <br />
       -----------------       <br />
       [1] Le Monde du 17 Mai 2014, p. 4. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Préserver et - pourquoi pas ? - développer la relation franco-russe en 2014</title>
   <updated>2014-04-25T17:32:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Preserver-et-pourquoi-pas-developper-la-relation-franco-russe-en-2014_a1617.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2014-04-25T17:32:00+02:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement au colloque France Russie organisé par l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), jeudi 24 avril 2014.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6565385-9902042.jpg?v=1398439914" alt="Préserver et - pourquoi pas ? - développer la relation franco-russe en 2014" title="Préserver et - pourquoi pas ? - développer la relation franco-russe en 2014" />
     </div>
     <div>
      Ma thèse est que la relation franco-russe, en 2014, doit rester dominée par ses fondamentaux : une relation enracinée dans l’Histoire de nos deux peuples que la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale va encore illustrer, en rappelant le rôle qu’a joué le front russe de 1914 à 1917 dans la victoire finale des alliés ; relation nourrie par la complémentarité économique des deux économies et par l’intérêt réciproque de leur développement ; relation faite de l’attraction que deux des plus grandes cultures européennes exercent l’une sur l’autre ; relation politique et diplomatique enfin, entre deux puissances membres, à titre permanent, du Conseil de Sécurité de l’ONU, aucun grand problème à la surface de la Terre n’étant soluble sans le concours d’au moins un de nos deux grands pays et le plus souvent par le concours des deux, qu’il s’agisse de l’Afghanistan, de l’Iran, de la Syrie, du problème israélo-palestinien, de l’Ukraine, de la sécurité du Sahel, du développement de l’Afrique, de la lutte contre le terrorisme djihadiste partout où il se manifeste, du contrôle des armes nucléaires et de la paix dans le monde. Combien de sujets où il est nécessaire que nous parvenions ensemble à une vue plus générale et plus cohérente des choses, pour mieux servir la cause des hommes !       <br />
              <br />
       Bien sûr, il peut y avoir et il y a des divergences de points de vue entre nos deux pays, mais il y a surtout de puissants intérêts communs – ce n’est pas que mon avis car il est partagé par beaucoup de responsables politiques en France. Dans le cours du XXIe siècle, il y a toutes les raisons de rapprocher l’Ouest et l’Est de notre continent européen. C’est ainsi que nous serons fidèles à la vision formulée, en son temps, par le général de Gaulle, d’une « Grande Europe », existant par elle-même et pour elle-même, et allant de l’Atlantique non pas à l’Oural, mais jusqu’au Pacifique, jusqu’à ces rivages auxquels la Russie a reculé les limites de la civilisation européenne.
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      Nous ne devons pas céder aux mirages du temps court, à la fascination de l’instantanéité qui caractérise trop souvent la perception de beaucoup de politiques, comme si ceux-ci devaient adopter les grilles de lecture simplifiées des présentateurs de télévision. La politique ne se résume pas à la communication. Elle implique la perception de la longue durée, bref de l’Histoire.       <br />
              <br />
       La crise ukrainienne sera résolue par la voie politique, parce que tout autre choix serait suicidaire. Ramenons-la par avance à ses véritables dimensions et cherchons ensemble à comprendre le point de vue de l’autre. Le cinéaste japonais, Kurosawa, a montré que la réalité ne se laissait pas enfermer dans une interprétation unique. Dans « Rashomon », il livre quatre récits différents d’un même crime, émanant de ses trois protagonistes et de son unique témoin. Aucun ne recoupe l’autre. Il est toujours important de se demander ce qui se passe dans la tête de l’autre : de toute évidence cet exercice salutaire est peu pratiqué. Ainsi les Etats-Unis et l’Union européenne ne voient pas l’avenir autrement que comme l’extension indéfinie de leurs normes économiques et politiques : libéralisme économique et démocratie à l’occidentale. A leurs yeux, l’accord d’association proposé à l’Ukraine allait dans ce sens. Son rejet par le Président Yanoukovitch valait condamnation morale de celui-ci et légitimait le soutien apporté à « Maïdan », mouvement qu’on peut qualifier de « révolution » aussi bien que de « coup d’Etat », selon le point de vue auquel on se place.        <br />
              <br />
       Toujours est-il que la Russie, se sentant poussée dans ses retranchements par un processus évidemment anticonstitutionnel, s’est crue autorisée à remettre en cause un principe fondamental du droit international : l’intégrité territoriale d’un Etat, au nom d’un autre principe : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Si l’affaire est complexe, la Crimée étant historiquement russe, chacun comprend que la conciliation des deux principes reconnus par l’ONU ne peut résulter que d’une négociation et d’un accord avalisé par le Conseil de Sécurité de l’ONU et donnant lieu à un référendum. Tel n’a pas été précisément le cas. A un processus assurément inconstitutionnel, mais interne à l’Ukraine, la Russie a répondu par la prise en gage d’un territoire formellement et juridiquement ukrainien. L’attachement au droit international est une question politique de fond. La Chine elle-même l’a rappelé par son vote à l’ONU. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment éviter la déstabilisation de l’Ukraine telle qu’elle a été historiquement dessinée en 1920 et qui pourrait engendrer une crise économique et politique grave en Europe. Il faut d’abord appliquer l’accord de Genève conclu entre les quatre parties : Ukraine – Russie – Etats-Unis – Union européenne. Celui-ci prévoit l’évacuation des bâtiments publics. Il prévoit aussi l’octroi d’une autonomie substantielle aux régions. Il faut avoir la volonté d’appliquer ces accords en réunissant des tables rondes entre le gouvernement de Kiev et les représentants des régions russophones de l’Ukraine. A défaut, les élections du 25 mai risquent de mal se passer mais la déstabilisation durable de l’Ukraine n’est de l’intérêt de personne, ni de la Russie, ni de l’Union européenne. Le problème ukrainien comporte au fond trois dimensions. C’est un problème économique. C’est aussi un problème de structure politique. C’est enfin un problème de statut politico-militaire.       <br />
              <br />
       Ces problèmes peuvent être résolus sur la base de principes à la fois réalistes et conformes au droit international. Telle est ma conviction, parce que c’est l’intérêt commun de tous les Européens. Ni l’Union européenne ni la Russie n’ont intérêt à une nouvelle guerre froide. Les bases matérielles et idéologiques de celles-ci, à savoir deux systèmes économiques et politiques antagonistes, n’existent plus.       <br />
              <br />
       Je ne pense pas que le Président Poutine veuille recréer l’URSS, comme certains le prétendent, mais il veut assurément faire de la Russie un grand pays moderne et qui compte. L’URSS appartient définitivement au passé. C’est pourquoi j’ai confiance : la réalité et le réalisme l’emporteront sur l’idéologie. Il suffit pour cela de replacer les problèmes qui se posent dans leur véritable et plus vaste contexte : la création d’un espace de libre circulation de l’Atlantique au Pacifique. Tel est d’ailleurs l’objet du partenariat Union européenne – Russie lancé en 2003 et que nous avons malheureusement laissé s’enliser.       <br />
              <br />
       Il faut donc aider à la désescalade et à l’assainissement  négocié de la situation actuelle. Un statut qui ferait de l’Ukraine un pont entre l’Union européenne et la Russie est parfaitement concevable. Ce statut tourne autour de quelques mots :        <br />
       -	fédéralisation ou décentralisation poussée de l’Ukraine, l’essentiel étant une répartition claire des compétences entre le niveau national et les régions ;       <br />
       -	neutralité internationalement garantie ;       <br />
       -	remise à niveau économique, ce qui implique une aide extérieure quelle qu’en soit la forme : subventions, prêts, tarifs préférentiels pour le gaz, à condition qu’y répondent des réformes de structures permettant de mettre un terme aux phénomènes de rente et de corruption. L’Union européenne et la Russie pourraient veiller, avec le concours du FMI, à la bonne utilisation de cette aide extérieure.        <br />
              <br />
       Si j’ai insisté sur l’assainissement d’une situation de crise qui pèse sur la relation franco-russe, c’est que je crois nécessaire de revenir rapidement aux fondamentaux de cette relation. Je n’aborderai pas le fond politique des grands dossiers internationaux, encore que je sois convaincu que ce qui nous rapproche soit infiniment plus important que ce qui nous divise. Je me concentrerai sur la relation économique, sans oublier les autres questions : libéralisation des visas – reconnaissance des diplômes – promotion des échanges culturels, universitaires et scientifiques.       <br />
              <br />
       La France est en Russie un investisseur important : environ 12 milliards d’euros. Les exportations françaises ont atteint 9,1 milliards en 2012, le solde global de nos échanges étant cependant déficitaire de quelques milliards du fait de nos importations de gaz et de pétrole (13 milliards en 2012). Nous exportons, pour plus des deux tiers, des biens de haute technologie. Nous sommes cependant surclassés quant au montant total de nos échanges par l’Allemagne et l’Italie.        <br />
              <br />
       L’Allemagne exporte vers la Russie des montants globalement quatre fois supérieurs aux nôtres. Il n’y a qu’une rubrique où nous faisons mieux que l’Allemagne : c’est l’aéronautique et l’espace. Notre part de marché dans ce domaine est de 52 % contre 10 % à l’Allemagne et 1,3 % à l’Italie.        <br />
              <br />
       Même dans le secteur agro-alimentaire, y compris les boissons, les Allemands font trois fois mieux que nous (8,6 % du marché contre 2,5 % à la France et 2,4 % à l’Italie). Il y a là une carence dont j’espère que le voyage de notre ministre de l’Agriculture, M. Stéphane Le Foll, la comblera.        <br />
              <br />
       En matière automobile, notre part de marché est huit fois inférieure à celle de l’Allemagne. Cela ne correspond pas à l’investissement de nos firmes sur le marché russe ni à la qualité de nos productions.       <br />
              <br />
       En 2013, du fait de la récession ou de la stagnation qui touche nos deux pays, le montant des échanges globaux a régressé de 14,4 %. Pour les onze premiers mois de l’année, les exportations françaises sont tombées à 7,2 milliards et les importations à 9,7, le solde global s’établissant à 2,5 milliards d’euros en faveur de la Russie. Il semble que les investissements français en Russie génèrent trop peu de courants d’exportation de la France vers la Russie malgré leur importance dans des secteurs comme la distribution, l’automobile, l’énergie, etc. Les investissements russes en France restent faibles : 1 milliard d’euros. Ils souffrent sans doute du contexte psychologique actuel.        <br />
              <br />
       On note, à l’inverse, les bons résultats de nos exportations dans le domaine de la pharmacie et des produits chimiques.       <br />
              <br />
       Au total, la Russie, troisième débouché de la France hors Union européenne, après la Chine et les Etats-Unis, pourrait certainement fournir un relais de croissance plus important à l’économie française et notamment aux petites et moyennes entreprises. La désindustrialisation relative de notre pays n’est pas une explication suffisante à la place encore modeste de nos productions sur le marché russe. Sans doute, certains secteurs méritent-ils d’être davantage promus comme l’agroalimentaire et le luxe, mais c’est tout le tissu industriel français qu’il faudrait intéresser par des missions de prospection d’Ubi France dans les régions russes éloignées. Nos ventes restent sans doute excessivement concentrées sur des régions comme Moscou et Saint-Pétersbourg.       <br />
              <br />
       Enfin, certains secteurs comme le nucléaire pourraient-ils faire l’objet d’une coopération plus intense. La stagnation économique dans nos deux pays ne peut seule expliquer le relatif tassement de nos échanges en 2013. Qu’on le veuille ou non, le facteur politique inter-réagit fortement avec l’économie dans la relation entre la France et la Russie. Je suis persuadé que la relance d’une relation politique forte peut aider à surmonter « le trou d’air » actuel. L’idée qu’on puisse « compartimenter » notre relation n’est pas juste, même si naturellement la responsabilité des entreprises dans les flux économiques reste majeure. Mais il appartient aux Etat de recréer un contexte politique et psychologique favorable, en France comme en Russie.        <br />
              <br />
       En France, la russophobie de beaucoup de nos médias, essentiellement idéologique, peut être contrariée parce que l’opinion publique dans ses profondeurs reste russophile eu égard aux liens tissés par l’Histoire et que les responsables politiques et économiques ne partagent pas cette orientation profondément contraire aux intérêts du pays.  En Russie enfin, il faut que les responsables s’avisent que leur politique de modernisation de la Russie – tel est l’objectif central fixé par le président Poutine – implique la priorité donnée à la négociation dans tous les domaines. Les relations internationales sont tellement intriquées à tous les niveaux que la pédagogie et la sensibilité à l’autre doivent être, des deux côtés, privilégiées. Pour ma part, je reste fondamentalement optimiste quant à l’avenir de la relation franco-russe parce que son développement répond à l’intérêt mutuel de nos deux pays. Il y a un adage qui définit la mode comme ce qui se démode. Alors ne cédons pas aux modes et gardons le cap de l’essentiel.       <br />
       
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