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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-07-16T19:14:12+02:00</updated>
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  <entry>
   <title>Comment l’Ecole peut-elle contribuer à relever le défi de l’intégration?</title>
   <updated>2018-01-15T11:17:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Comment-l-Ecole-peut-elle-contribuer-a-relever-le-defi-de-l-integration_a1958.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2017-11-28T19:13:00+01:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement au colloque de la Fondation Res Publica, L’Ecole au défi de l’intégration républicaine, 27 novembre 2017.     <div>
      Mes remerciements vont bien évidemment d’abord aux intervenants dans ce colloque auquel la Fondation attache une particulière importance à la mesure des enjeux de l’Education et des défis auxquels notre pays est confronté.       <br />
               <br />
       L’importance du sujet nous a fait choisir d’y consacrer une après-midi entière de 14h30 à 19h, autour de deux tables rondes.        <br />
       J’introduirai la première et laisserai Marie-Françoise Bechtel, vice-présidente de la Fondation, le soin d’animer la seconde.        <br />
              <br />
       La tâche de l’Ecole républicaine est de former des citoyens. Dans les programmes de 1882, l’instruction morale et civique vient en tête.       <br />
              <br />
       <b>I. L’hétérogénéité croissante de la société française actuelle nourrit la crise de l’Ecole républicaine.</b>       <br />
       Cette hétérogénéité s’est cristallisée sur la jeunesse née de l’immigration, pourtant elle-même extrêmement diverse, comme le montrent les enquêtes et travaux réalisés par le lycée Le Corbusier d’Aubervilliers.        <br />
              <br />
       1974. Le regroupement familial a changé la nature de l’immigration moins de travail que de peuplement. Or c’est aussi la fin des « Trente Glorieuses » et le début d’une crise économique marquée par l’apparition d’un chômage de masse durable qui frappe particulièrement les jeunes.       <br />
              <br />
       1981. Vénissieux. Les Minguettes s’enflamment alors que la gauche vient d’arriver au pouvoir. <span style="font-style:italic">« La Marche des Beurs »</span> manifeste la pérennité de la croyance aux valeurs d’égalité de la République.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Jacques Berque (1982, « La Recherche au service du développement ») fait en 1985 à ma demande un nouveau rapport intitulé <span style="font-style:italic">« L’immigration à l’Ecole de la République »</span>. Il prônait une <span style="font-style:italic">« transformation du système éducatif propre à enrichir la culture nationale dans son ensemble par l’apport des cultures méditerranéennes »</span>, sans rien concéder au <span style="font-style:italic">« droit à la différence »</span> qui aboutirait à une <span style="font-style:italic">« ségrégation de l’allogène »</span>. Bref une <span style="font-style:italic">« France à la fois ouverte et structurée »</span>. Le Professeur Moatassime dans une annexe suggérait d’écrire <span style="font-style:italic">« une nouvelle Histoire andalouse de demain »</span>, dans une <span style="font-style:italic">« Méditerranée latino-arabe… »</span>.        <br />
       Les orientations de ce rapport qui mettait l’accent sur l’irréversibilité d’un phénomène appelé à se développer et sur la nécessité d’une vue prospective pour gérer le système éducatif (ne pas subir : anticiper cette <span style="font-style:italic">« face islamo-méditerranéenne de la mondialisation »</span>) n’ont pas été prises en compte.        <br />
              <br />
       1989. L’affaire du voile soldée en 2004 : 15 ans d’errements.        <br />
              <br />
       1991. Guerre du Golfe.        <br />
              <br />
       2000. 2ème Intifada.       <br />
              <br />
       11 septembre 2001. Twin Towers.        <br />
       octobre 2001. La Marseillaise sifflée au Stade de France.       <br />
              <br />
       2004. Rapport Obin : élèves se déclarant de nationalité non pas française mais &quot;musulmane&quot;. Le problème du sentiment d’appartenance est posé.        <br />
              <br />
       2005. Crise dite « des banlieues » avec en arrière-plan des tensions croissantes avec et au sein du monde arabo-musulman.        <br />
              <br />
       2003. Invasion de l’Irak. Guerre civile en Irak. Al Qaida (2004-2006) puis Daesh (2011-2017).       <br />
              <br />
       2011. Printemps arabes. Conflits (Tunisie, Egypte) et guerres (Libye, Syrie).        <br />
              <br />
       Janvier 2015. Refus d’élèves de s’associer à une minute de silence en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo. Cette attitude rend sensible la fracture interne à l’Ecole pas seulement dans l’acquisition des savoirs et notamment de la langue mais également dans les représentations mentales.       <br />
              <br />
       <b>II.	Distinguons deux phénomènes.</b>       <br />
              <br />
       1.	Il y a une crise propre à l’Ecole.        <br />
       Ecarts de performances liés à la concentration des populations en difficulté et en fonction de l’origine sociale ou culturelle et à l'insuffisante maîtrise du français,        <br />
       * tensions liées à la religion ou à l’interprétation des prescriptions religieuses (cantines scolaires, pratique du sport et de l’éducation physique),       <br />
       * violences scolaires y compris vis-à-vis des enseignants,        <br />
       * le tout dans un contexte de relatif déclin de l’Ecole française (enquêtes PISA).       <br />
              <br />
       2.	Mais il y a un problème qui touche la nation toute entière,       <br />
       la manifestation d’un certain séparatisme identitaire contre lequel le Président de la République a mis en garde dans son discours au CFCM (juin 2017). Le principe de la République comme « communauté de citoyens » est remis en cause par l’importation en France du conflit israélo-palestinien, pas seulement dans les médias mais aussi dans la rue et même dans les écoles, avec des débordements antisémites ou le développement en riposte d’un racisme anti-arabe, comme si les Arabes étaient à l’origine de la Shoah !       <br />
              <br />
       <b>III.	La crise de l’intégration. </b>       <br />
       L’Ecole reflète ainsi la crise du modèle républicain d’intégration qui va au-delà de l’hétérogénéité de la société française.        <br />
              <br />
       La société française au XIXème siècle était moins homogène qu’on le dit – exode rural – tensions sociales – force des ancrages provinciaux. Et pourtant elle a réussi à « faire Nation ».        <br />
              <br />
       1.	Définition de l’intégration.        <br />
       a. J’ai parlé de modèle d’intégration plutôt que d’assimilation.        <br />
       En effet l’assimilation est ressentie comme réduction à l’identique préexistant. Elle semble faire litière des apports que l’immigration peut faire à la culture et à la personnalité de la France sans porter atteinte à ce qui la structure, problématique bien posée par Jacques Berque dès 1985.        <br />
              <br />
       b. L’intégration à la communauté nationale, à la fois à la communauté des citoyens et à la culture majoritaire essentiellement à travers la langue française, s’oppose encore plus fortement à l’inclusion qui juxtapose les identités dans un ensemble dit <span style="font-style:italic">« multiculturel »</span> (rapport Tuot de 2013). Le rapport Tuot comporte une critique de l’intégration : <span style="font-style:italic">« L’intégration mêne des personnes mal définies sur un parcours incertain pour rejoindre on ne sait quoi »</span>. Alors qu’avec <span style="font-style:italic">« l’inclusion », « la société qui intègre se transforme autant qu’elle transforme celui qui s’intègre »</span>.        <br />
       La République française se veut unitaire. L’égalité est sa loi.        <br />
              <br />
       c. La France a toujours été multiethnique. Elle est multireligieuse depuis la Révolution. Elle n’a jamais été « multiculturelle », même si elle est exposée aux replis communautaires.        <br />
              <br />
       La culture de la France est enracinée dans une Histoire millénaire, depuis l’Antiquité gréco-romaine, la chrétienté médiévale et l’esprit des Lumières qui est au fondement de notre République. L’Islam tardivement arrivé ne pose pas de problème en tant que religion mais comme système de mœurs qui heurte en certains domaines les valeurs républicaines. Le multiculturalisme a échoué en Grande-Bretagne et en Allemagne. Madame May et Madame Merkel l’ont reconnu, pour ce qui concerne leurs pays respectifs (concept de <span style="font-style:italic">Leitkultur</span> en Allemagne ; rapport Casey en Grande-Bretagne). Le modèle républicain peut-il encore réussir ?       <br />
              <br />
       d. La République privilégie le commun. La laïcité définit cet espace commun de débat public où chaque citoyen est appelé à élaborer l’intérêt général à partir de sa raison naturelle et non à partir des dogmes qui lui sont propres. Le modèle républicain implique une certaine discrétion dans l’expression de sa foi religieuse, mais la laïcité n’est pas tournée contre la religion. Elle admet la transcendance, chacun pouvant trouver dans la sienne la motivation de ses actes.        <br />
              <br />
       2.	La France connaît depuis près d’un siècle une crise nationale de longue durée.       <br />
       - 1914-18,       <br />
       - 1940,       <br />
       - la fin de l’Empire colonial (1945-62).        <br />
       La réponse a été la Vème République au plan institutionnel et le dessein gaullien d’une France capable <span style="font-style:italic">« d’épouser son temps »</span>.        <br />
              <br />
       3.	Depuis la mort du général de Gaulle, la France « du chagrin et de la pitié » a repris le dessus.       <br />
       La France a reconnu Vichy comme une part d’elle-même. Une vision pénitentielle de notre Histoire a fini par s’imposer indépendamment d’une lecture historique plus profonde de ce qu’a été notre XXème siècle et de ce qu’a eu de spécifique la colonisation française :        <br />
       - un Empire de compensation par rapport à nos déboires continentaux  (Waterloo, Sedan),        <br />
       - sous-tendu par une motivation beaucoup plus politique qu’économique (à la différence de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas).       <br />
       Comment un pays qui a cessé de s’aimer peut-il agréger de nouveaux citoyens ? Et comment de nouveaux arrivants pourraient-ils s’agréger à lui, surtout s’ils vivent leur Histoire comme une humiliation beaucoup plus qu’une émancipation ?       <br />
       La guerre des mémoires qui fait rage en France n’est pas un facteur propice à l’intégration.       <br />
              <br />
       <b>IV.	Ce qui est surprenant c’est que l’intégration continue néanmoins à fonctionner cahin-caha. </b>       <br />
              <br />
       Elle a ses ratés.        <br />
       On peut la croire en panne.        <br />
       Mais on en voit encore les réussites, sensibles à travers la diversification de la sociologie des populations de confession ou de tradition musulmane : non plus seulement ouvriers sans qualification mais commerçants, entrepreneurs, professions libérales, enseignants, fonctionnaires, chercheurs etc.        <br />
              <br />
       A la promotion de nouvelles générations l’Ecole contribue encore grandement.        <br />
              <br />
       En France c’est l’Ecole, en Allemagne c’est l’emploi qui constitue le principal vecteur d’intégration.       <br />
              <br />
       Qui ne voit que la crise économique et le chômage des jeunes qui frappe particulièrement nos quartiers, constituent aujourd’hui le principal frein à la reprise du processus de l’intégration qui pourrait aussi favoriser le regain de confiance en lui-même du pays ?       <br />
              <br />
       Un regain de confiance est sensible depuis l'élection d'E. Macron à la présidence de la République.       <br />
              <br />
       La France peut reprendre une place centrale en Europe. Elle peut être à la source d’un projet méditerranéen avec les pays du Maghreb et entraîner l’Europe dans un grand projet de développement tourné vers l’Afrique.       <br />
              <br />
       Tel est l’enjeu des temps qui viennent.       <br />
              <br />
       C’est dans ce sens-là qu’il faut agir.       <br />
              <br />
       Au total, la France a montré une capacité de résilience qui n’était pas évidente, après les attentats de 2014-2015-2016.       <br />
              <br />
       C’est toute notre politique étrangère qui est en cours de redéfinition et qui constitue le pendant d’un projet interne de reprise du mouvement de l’intégration à la République. Le chemin est ardu mais il n’y en a pas d’autre.       <br />
              <br />
       <b>V.	Maintenant, comment l’Ecole peut-elle contribuer à relever le défi de l’intégration ?</b>       <br />
              <br />
       Le dédoublement des classes de grande maternelle et de cours préparatoire dans les zones d’éducation prioritaire renforcée mis en œuvre par le ministre Jean-Michel Blanquer à cette rentrée est une initiative majeure que je veux saluer.       <br />
              <br />
       Elle sera étendue à la rentrée prochaine à l’ensemble des zones d’éducation prioritaire. Cette excellente mesure portera ses fruits si les enseignants sont conduits à permettre les rattrapages nécessaires en matière de vocabulaire et de syntaxe. Je crois à l’effet maître si le maître est suffisamment motivé pour effectuer cette mise à niveau dans l’apprentissage de la langue française qui est la condition de tout.       <br />
              <br />
       Les enfants issus de l’immigration ont un bagage de mots très insuffisant. Souvent on ne parle pas français à la maison. Le ministre veut impliquer positivement les parents pour qu’ils soutiennent les enseignants.       <br />
              <br />
       Il a raison. Il veut développer la lecture à travers des opérations telles qu’« un livre pour l’été ». La remise en mouvement de l’Ecole passe par là.       <br />
              <br />
       L’avenir de ces jeunes est en France et nulle part ailleurs, une France ouverte sur la Méditerranée.       <br />
              <br />
       Dans un livre magistral, <span style="font-style:italic">« Ecole démocratie et société »</span>, Christophe Kerrero rappelle qu’<span style="font-style:italic">« il est un principe – la laïcité – plus que jamais d’actualité pour faire Nation… La laïcité est née de l’Ecole et à l’Ecole avant d’être un grand principe républicain. Car elle est éminemment protectrice.        <br />
       Le préalable à l’Ecole c’est en effet la sécurité. Pas seulement la sécurité physique mais aussi la sécurité de pouvoir penser librement…»</span>. Monsieur Kerrero poursuit : <span style="font-style:italic">« Il s’agit donc de construire un sanctuaire protecteur »</span>.       <br />
              <br />
       L’enjeu pour l’Ecole aujourd’hui est le partage des valeurs et d’abord la lutte contre ses propres fractures ; les 20% d’élèves qui ne maîtrisent pas les fondamentaux ».       <br />
              <br />
       Est-il possible de ‘déségréguer’, c’est-à-dire d’ouvrir la carte scolaire, en convaincant les parents d’élèves que la mixité sociale peut-être un atout pour leurs enfants ?       <br />
              <br />
       Faut-il aller plus loin ?       <br />
              <br />
       Vaste question que je laisse aux débats qui vont suivre.       <br />
              <br />
       L’Ecole comme instance de culture, acharnée à viser la plus haute culture est évidemment une institution de la République et peut-être la plus fondamentale de toutes.        <br />
              <br />
       Peut-elle s’accommoder de l’autonomie des établissements et jusqu’où ? Ne risque-t-on pas de favoriser l’hétérogénéité, à rebours du but poursuivi : l’unité de la nation ?       <br />
              <br />
       A cette question que lui posait Catherine Kintzler, le ministre Monsieur Jean-Michel Blanquer a répondu : <span style="font-style:italic">« C’est une question d’équilibre entre un impératif d’unité nationale et un impératif d’autonomie, de liberté et de responsabilité, qui permettra aux acteurs de développer leurs projets et leurs méthodes. Je n’ai jamais plaidé pour une autonomie absolue. Il s’agit de faire évoluer notre système scolaire, grâce à la liberté vers plus d’égalité »</span>.       <br />
              <br />
       Je fais confiance au ministre sur la base d’une évaluation rigoureuse des résultats. Il faudra donner au ministère et aux rectorats les moyens d’évaluation et de pilotage correspondants. C’est le grand défi de cette réforme que, sous cette réserve importante, j’accepte, dans le souci de « positiver » mon approche des problèmes éducatifs qui sur le fond, naturellement n’a pas changé.       <br />
              <br />
       Parmi les intervenants, le Recteur Chanet, Recteur des Académies de Bourgogne et Franche-Comté et éminent historien de l’Education, nous rappellera que l’Ecole Républicaine a dans sa tradition de « faire France ». Encore faut-il qu’on ne le lui impute pas à crime, comme c’est devenu trop souvent la mode. Oui, il faut faire France à nouveau. Là est le véritable humanisme et non dans la désespérance entretenue qui conduirait à ces formes de guerres civiles que dans notre Histoire, on a appelé « guerres de religion » et qu’on voit sévir à nouveau, hélas, dans des pays traditionnellement ouverts et pacifiques comme l’Egypte.       <br />
       Je donnerai ensuite la parole à Natacha Polony, journaliste exigeante – mais n’a-t-elle pas été d’abord professeur de lettres ? – et essayiste dont chaque essai est en fait une recherche. Je recommande le dernier <span style="font-style:italic">« Changer la vie, Pour une reconquête démocratique »</span> qui sans rien céder sur la fermeté des concepts me paraît ouvrir des chemins à l’espérance.       <br />
              <br />
       Paul Thibaud, ancien directeur d’Esprit, a écrit dès 1989 <span style="font-style:italic">« La fin de l’Ecole républicaine »</span>. 1989 c’est l’année où a été votée la loi d’orientation scolaire. Le pronostic était assez juste mais le moment n’est-il pas venu de reconstruire l'Ecole de la République ?       <br />
              <br />
       Madame Catherine Robert, professeur de philosophie au lycée Le Corbusier d’Aubervilliers a initié un projet intitulé « Anthopologie pour tous » qui me paraît être la réalisation en acte du rapport Berque en ce que, à travers la connaissance mutuelle d’élèves infiniment divers, elle participe à la création d’un lycée de la fraternité.       <br />
              <br />
       Enfin, Monsieur Edouard Geffray, directeur général des ressources humaines au ministère de l’Education Nationale nous montrera comment la République et son Ecole peuvent privilégier le commun en faisant reculer l’esprit de communautarisme et de séparatisme identitaire et ce que cela impliquerait du point de vue du recrutement et de la formation des enseignants.       <br />
              <br />
       Voilà pour la première table ronde. La seconde sera animée par Marie-Françoise Bechtel, vice-présidente de la Fondation Res Publica, ancienne députée, qui fut jadis à mon cabinet quand j’étais ministre de l’Education Nationale, elle-même agrégée de philosophie.       <br />
              <br />
       Cette deuxième table ronde visera à mettre en lumière comment l’Ecole peut être un remède à la crise de l’intégration républicaine. Elle nous permettra d’entendre les meilleurs experts. Yves Cristofari, Inspecteur général de l’Education Nationale, chef du service de l’instruction publique à la Dgesco, Thierry Rocher, statisticien au ministère de l’Education Nationale, Pascal Jardin, Inspecteur général honoraire de l’Education Nationale sur la crise des vocations enseignantes, Pierre-Etienne Pommier, Président Directeur Général de Pythagora sur le bon usage du numérique, Madame Nathalie Mons enfin, professeur de sociologie à l’Université de Cergy-Pontoise et Présidente du CNESCO (Conseil National d’Evaluation du Système Scolaire).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <title>Chevènement en Algérie pour une "conscience" française du passé</title>
   <updated>2011-06-21T21:28:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Chevenement-en-Algerie-pour-une-conscience-francaise-du-passe_a1162.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2011-06-21T21:28:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Dépêche AFP, mardi 21 juin 2011, 18h25.     <div>
      Le nouveau président de l'Association France-Algérie (Afa) Jean-Pierre Chevènement, s'est prononcé mardi à Alger pour une &quot;conscience&quot; française plutôt qu'une &quot;repentance&quot; pour son passé colonial, lors d'une conférence de presse.       <br />
              <br />
       &quot;La repentance est une suggestion imprégnée d'esprit chrétien. Du point de vue de la République française qui est une république laïque je préfère le travail de la conscience&quot;, a déclaré le sénateur du Territoire de Belfort.       <br />
              <br />
       &quot;Je pense que la France doit être consciente de ce qui s'est passé entre nous&quot;, mais a-t-il aussi estimé, &quot;nous avons tous à faire un travail de conscience&quot;. Ancien ministre socialiste de l'Industrie, de l'Intérieur et de la Défense,  Jean-Pierre Chevènement est président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC).       <br />
              <br />
       Nombre d'officiels algériens veulent une repentance ou des excuses de la part de la France, ce que Paris a jusqu'à présent refusé.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé avait déclaré le 16 juin lors de sa visite en Algérie que les Français &quot;n'étaient pas encore prêts&quot; à la repentance et appelé à ne &quot;pas ressasser indéfiniment&quot; le passé colonial.       <br />
              <br />
       L'Algérie a vécu 132 ans sous le joug colonial de la France avant qu'elle ne gagne son indépendance par les armes en 1962.       <br />
              <br />
       &quot;Ce 50e anniversaire je veux que nous le célébrions en regardant vers l'avenir sur ce que la France et l'Algérie peuvent faire ensemble au 21e siècle&quot;, a déclaré M. Chevènement, élu président de l'AFA fin janvier, en référence aux célébrations de 2012.       <br />
              <br />
       &quot;Le problème pour la France c'est qu'elle n'ait pas pensé à acheminer l'Algérie vers l'indépendance, ce qui aurait été le terme tout à fait normal, et c'est vraiment dommage&quot;, a-t-il regretté.       <br />
              <br />
       &quot;Je pense que sur le passé il faut certainement en parler mais en ayant toujours à l'esprit qu'il ne faut pas obscurcir l'avenir&quot;, a-t-il cependant déclaré.       <br />
              <br />
       Le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC) effectue  depuis dimanche une visite de cinq jours dans ce pays qui lui a permis de rencontrer nombre de personnalités dont des ministres et il devrait être reçu jeudi par le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia.       <br />
              <br />
       Personnalité très populaire en Algérie, où il était présent en tant que militaire juste avant l'indépendance, il avait été longuement reçu par le président Abdelaziz Bouteflika le 22 septembre dernier lorsqu'il était venu faire deux conférences pour le Centre culturel français.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Chevenement-en-Algerie-pour-une-conscience-francaise-du-passe_a1162.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Quelques réflexions sur le Japon de 2008</title>
   <updated>2008-12-23T19:41:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Quelques-reflexions-sur-le-Japon-de-2008_a736.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1157221-1490831.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2008-12-23T19:35:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
S’il est vrai, comme le dit Paul Morand, que pour connaître un pays il faut y passer trente ans ou trois jours, rien ne vaut, quand on effectue un court séjour au Japon que de commencer par la visite du fameux sanctuaire Yasukuni.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1157221-1490831.jpg?v=1289480054" alt="Quelques réflexions sur le Japon de 2008" title="Quelques réflexions sur le Japon de 2008" />
     </div>
     <div>
      Celui-ci, sorte de musée des guerres menées par le Japon depuis le début de l’ère Meiji, est à la fois un mémorial – les noms de tous les soldats tombés pour le Japon s’y trouvent consignés – et un sanctuaire <span style="font-style:italic">shinto</span>, où l’âme des héros est censée devoir vivre toujours. Le <a class="link" href="http://www.yasukuni.or.jp/english/">sanctuaire Yasukuni</a> est une fondation privée. Il cristallise des passions violentes, depuis qu’y ont été inscrits – une initiative privée, mais on l’imagine, avec l’accord des bonzes – le nom des sept condamnés à mort des procès de Tokyo, au lendemain de la seconde guerre mondiale, à commencer par celui du général Hideki Tojo, Premier ministre au moment de l’attaque de Pearl Harbor et qui déclara alors : <span style="font-style:italic">« Il y a des moments où un homme doit être capable de se jeter dans le vide ». « Un homme oui, mais un peuple ? »</span> interroge le Professeur Yoïchi Higuchi, avec lequel j’aurai à débattre le lendemain. Le propos du général Tojo me fait penser à celui du chancelier allemand Bethmann-Hollweg, le jour où l’Allemagne déclara la guerre à la fois à la Russie et à la France, le 2 août 1914 : <span style="font-style:italic">« Wir springen in das Schwartze »</span> (<span style="font-style:italic">« Nous sautons dans le noir »</span>).       <br />
              <br />
       La visite de l’ancien Premier ministre Koizumi au sanctuaire Yasukuni avait provoqué un tollé en Chine. C’est le dilemme de tous les Premiers ministres japonais : y aller ou pas ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Yasukuni illustre la profondeur des plaies laissées dans la conscience nationale du peuple japonais et dans celle des autres peuples d’Asie (Chine, Corée notamment) par le souvenir de la <span style="font-style:italic">« grande guerre de l’Asie de l’Est »</span> (1931-45).       <br />
              <br />
       A vrai dire Yasukuni n’est pas qu’une sorte de Musée de l’Armée, comme on en trouve aux Invalides. C’est une revisitation de l’Histoire qui, pour minorer les responsabilités du Japon, prend évidemment le contre-pied de la version officielle. Tout commence avec le Commodore Perry qui avec ses croiseurs cuirassés contraignit le shogunat à ouvrir le Japon, fermé depuis deux siècles à l’Occident. S’ensuivirent la chute de Shogunat, la restauration de l’Empereur et la proclamation de l’« Ere Meiji » : se mettre à l’école de l’Occident, mais pour mieux lui résister, avec un slogan simple <span style="font-style:italic">« Technologie occidentale, âme japonaise »</span> ou encore selon une autre formule <span style="font-style:italic">« Sortir d’Asie, rejoindre l’Occident »</span>. Comment ne pas comprendre ce mouvement de libération nationale, en quelque sorte préventif ?       <br />
              <br />
       Le problème vient qu’à se mettre à l’école de l’Occident, le Japon va lui emprunter le meilleur et le pire. Dès 1895, c’est la première guerre sino-japonaise. Le Japon annexe Taïwan. En 1890, c’est la conquête et l’annexion de la Corée. On nous montre l’armée japonaise débarquant dans la baie d’Inchon, près de Séoul. En 1904-1905, c’est la guerre avec la Russie tsariste : les Japonais emportent Port Arthur (Daïren), puis Moukden. La flotte russe de secours, venue de St-Petersbourg et de Sébastopol en empruntant le chemin du cap de Bonne Espérance, est défaite à son tour par la marine impériale japonaise embossée derrière les îles TsuShima. La paix est bientôt faite à Portsmouth. C’est un triomphe pour le Japon qui, l’ayant emporté sur l’immense Empire russe, s’affirme à l’égal des puissances européennes. On peut dire que le Japon alors, « entre dans la cour des Grands ».       <br />
              <br />
       Le Japon a ainsi emprunté à l’Occident le meilleur : la technologie et même le parlementarisme. La Charte impériale de 1889 reconnaît sous l’autorité divine de l’Empereur le pouvoir de la Diète qui sera élue à partir de 1925 au suffrage universel masculin.        <br />
              <br />
       Mais le Japon a aussi emprunté à l’Occident le moins bon et même le pire : l’impérialisme. Celui-ci va se manifester particulièrement dans la seconde guerre sino-japonaise : celle qui commence par « l’incident » du pont Marco-Polo, en 1931, et par l’invasion de la Mandchourie bientôt devenue « Mandchuku », sous le règne de Pu-Yi, règne évidemment factice, car ce sont les militaires japonais qui tirent les ficelles.       <br />
              <br />
       Yasukuni passe très vite sur « l’incident de Nankin », en fait des massacres de civils présentés comme ceux de soldats en fuite. La guerre de Chine est une première illustration du révisionnisme historique qui a cours dans certains milieux proches du PLD (parti libéral démocrate), au pouvoir depuis cinquante ans. Mais Yasukuni met aussi en scène les efforts répétés de la diplomatie japonaise pour desserrer l’embargo sur le pétrole que les Etats-Unis ont instauré, en mai 1941, à l’encontre du Japon. Yasukuni montre le visage impassible du secrétaire d’Etat américain Cordell Hull devant les négociateurs japonais impuissants.        <br />
              <br />
       On voit par ailleurs l’armée impériale japonaise aux Philippines, en Insulinde, en Birmanie, aux frontières de l’Inde britannique. Le message subliminal est que le Japon bien évidemment a ébranlé de manière décisive la domination occidentale sur l’Asie : une grande carte montre à travers la date des indépendances que l’Asie a précédé d’une bonne quinzaine d’années les indépendances africaines. Yasukuni, bien sûr, est aussi un hommage aux soldats japonais qui de la bataille de Midway (juin 1942) à la capitulation finale en août  1945, vont livrer une héroïque résistance à la progression des forces américaines dans le Pacifique. Mais le message principal n’est évidemment pas là : Yasukuni fait voir comme une montée continue l’histoire du Japon du choix de l’occidentalisation au milieu du XIXe siècle, jusqu’à l’écrasement final moins d’un siècle plus tard.       <br />
              <br />
       Yasukuni fait comprendre à l’inverse le choix des démocrates japonais comme le professeur Hoïchi Higuchi de rompre en visière avec le militarisme japonais et de contrecarrer toute tentation « nationaliste ».       <br />
              <br />
       A vrai dire, la configuration idéologique est paradoxale et le débat du lendemain, 19 décembre 2008, à la maison franco-japonaise le fera bien voir, entre le Professeur Higuchi, éminent spécialiste de droit institutionnel comparé et moi-même, débat arbitré par le Professeur Nobutaka Miura, intellectuel plein d’une grande finesse et lui aussi parfait francophone.        <br />
              <br />
       Le Professeur Higuchi illustre la permanence d’un courant démocrate tourné vers l’Occident qui s’était déjà épanoui au Japon de 1910 à 1925 sous le nom de <span style="font-style:italic">« démocratie taïsho »</span>. Cette démocratie s’appuyait sur la Charte Impériale de 1889 pour imposer la garantie des droits, la séparation des pouvoirs et la responsabilité du gouvernement devant la Diète. Le Professeur Higuchi se présente comme un ferme soutien de la Constitution de 1946 et de sa clause pacifiste de l’article 9, tout en refusant la subordination de la politique étrangère du Japon à celle des Etats-Unis. Paradoxalement les courants nationalistes au Japon qui critiquent la « Constitution américaine » de 1946, imposée par Mac Arthur, sont aussi les principaux soutiens de l’étroite alliance nippo-américaine. Comment y voir clair dans cette controverse ? Le Professeur Higuchi par exemple refuse toute perspective pour le Japon de se doter d’armes nucléaires, même sous la forme gaulliste d’une dissuasion minimale, visant à ne pas faire dépendre le Japon de la protection nucléaire américaine en cas de conflit avec la Chine (les Etats-Unis disposent d’armes nucléaires stationnées au Japon ou dans les ports japonais). Bien entendu, le Japon a signé le traité de non-prolifération nucléaire mais chacun sait qu’il fait partie des puissances qui approchent le seuil critique : il peut, s’il le décide, se doter, en peu de mois, de lanceurs et de têtes nucléaires. Mais une telle décision, outre qu’elle serait illégale du point de vue du droit international – et bien évidemment du point de vue constitutionnel japonais - serait inacceptable pour la Chine, la plupart des pays d’Asie et, j’ajoute, sans doute pour les Etats-Unis.       <br />
              <br />
       Le Professeur Higuchi – et c’est la clé du paradoxe apparent de sa position – ambiguïté qu’il revendique d’ailleurs – tient à ce qu’il considère comme prioritaire une réconciliation de fond avec les peuples de l’Asie et d’abord avec le peuple chinois. Il y a une deuxième raison à ce paradoxe apparent. Le Professeur Higuchi pointe l’insuffisance de la démocratie japonaise, l’absence actuelle de véritable débat entre les citoyens sur les questions de fond. Situation curieuse au moment où la Diète japonaise est elle-même divisée (le parti libéral-démocrate est majoritaire à la Chambre des représentants, mais la majorité est détenue à la Chambre haute (Chambre des Conseillers) par le parti démocrate du Japon.       <br />
              <br />
       Des rencontres que j’ai pu avoir avec les parlementaires des deux partis, il apparaît que les différences programmatiques ne sont pas immédiatement perceptibles. Au fond le discours du parti démocrate se résume simplement : pour la première fois depuis cinquante ans, le peuple japonais va avoir la chance de connaître une véritable alternance (les élections législatives auront lieu au plus tard en septembre 2009, et peut-être avant, si l’actuel Premier ministre, M. Taro Aso, le décide).       <br />
              <br />
       Le parti démocrate entend rompre avec « le pouvoir des hauts-fonctionnaires » (au METI (ministère des finances et de l’industrie) qui a remplacé le MITI (ministère de l’Industrie et du commerce international) et au Ministère des Affaires Etrangères (le <span style="font-style:italic">Gaimusho</span>). Selon le parti démocrate, cette rupture est fondamentale. A ma question sur les inflexions politiques à apporter, la réponse est assez vague : elle tient pour l’essentiel à un surcroît de décentralisation. En fait, ni la relation avec les Etats-Unis ni l’avenir des relations avec la Chine, ni le contenu d’une relance économique chiffrée à 200 milliards de dollars, mais non encore votée par le Parlement, ni la question du chômage qui dépasse à nouveau 5% ne sont au cœur du débat. L’avenir des retraites et leur financement et la prorogation de missions de soutien logistique aux forces de l’OTAN dans l’Océan Indien constituent pour la presse les thèmes principaux de préoccupation d’une opinion publique qui s’exprime jusqu’à présent plus par la voix des sondages que par celle des urnes.       <br />
              <br />
       La question est souvent évoquée d’un « projet national japonais » qui souderait le peuple japonais dans une nouvelle ambition collective, comparable au désir de rattrapage de l’Occident pendant l’ère Meiji ou à la volonté de reconstruction après la deuxième guerre mondiale et pendant toute la période de « haute croissance » (jusqu’en 1990). Faute qu’une réponse claire y soit apportée, la crainte s’exprime, par exemple chez le Professeur Higuchi, que l’emporte encore une fois la tentation du « bon vieux nationalisme ».        <br />
              <br />
       Il y a sans aucun doute d’autres directions à explorer :       <br />
              <br />
       -	D’abord <span style="font-style:italic">l’activation d’une véritable démocratie japonaise</span> enracinée dans les choix de l’individu-citoyen (et non de l’individu consommateur). Il se peut que l’alternance probable en 2009 marque le début de cette activation bien nécessaire selon le Professeur Higuchi qui déplore le poids du conformisme social et politique dans son pays.       <br />
              <br />
       -	Ensuite dans <span style="font-style:italic">le rapprochement du Japon avec la Chine et la Corée</span>, non seulement sur le plan économique (dès aujourd’hui la Chine est le premier client et le premier fournisseur du Japon) mais aussi sur le plan politique, culturel et psychologique. A la différence de l’Europe, l’Asie n’a pas tourné la page de la deuxième guerre mondiale. Défaut de « repentance » de la part du Japon ? Instrumentation par le gouvernement chinois des souvenirs amers de l’occupation  japonaise ? Volonté des Etats-Unis de tenir le couvercle fermé, la relation sino-américaine primant évidemment toutes les autres ? La complémentarité du développement avancé du Japon et du développement en cours de la Chine est évidente. Aucun peuple de l’Asie ne peut souhaiter une guerre qui serait ravageuse, que ce soit à propos de la Corée ou de Taiwan. Reste que le rattrapage des Etats-Unis par la Chine est inscrit à l’horizon des vingt ou trente prochaines années. La question de ces trente années n’ira pas sans tension. Le Japon pourra-t-il contribuer à les atténuer ? et même pourrait-il se tenir à l’écart d’un dérapage ?       <br />
              <br />
       Le Japon a un rôle à jouer vis-à-vis  de toutes les puissances asiatiques hors la Chine (ASEAN, Inde) et vis-à-vis de l’Australie pour créer un contexte favorable à la coopération et à la paix. On souligne souvent la progression des budgets de défense de la Chine (+ 17 % par an). C’est oublier que la Chine part d’assez bas et que son budget de défense n’est sans doute que le dixième de celui des Etats-Unis. Reste que la Chine est une puissance nucléaire et spatiale et que sa marine dispose avec la proximité des côtes chinoises d’un avantage stratégique en mer de Chine, que ne contrebalance que la présence d’une flotte et de forces armées américaines dans les ports du Japon et en Corée.       <br />
              <br />
       Le Japon depuis 1990 (l’éclatement de la bulle immobilière et de la bulle financière) n’a connu qu’une croissance ralentie (1). Au moment où, à partir de 2005-2006 il paraissait en sortir, le voilà à nouveau frappé par la crise. L’économie japonaise en 2008 est entrée en récession. La dette publique japonaise se situe à un niveau record – 170% du PNB- très au-dessus de l’Italie (110 %) et même de l’Allemagne et de la France (un peu en dessous de 70%), mais cette considération doit être tempérée par une autre, tenant au faible endettement des ménages japonais et à l’assainissement de leur système bancaire depuis près de vingt ans. La dette privée (ménages et entreprises) est de 80 % du PNB au Japon contre 170 % aux Etats-Unis.       <br />
              <br />
       Cette situation des finances publiques pourrait faire penser que la « remboursabilité » de la dette publique est un problème soutenable. Ce serait oublier cependant que la Banque du Japon maintient depuis quinze ans un taux d’intérêt extrêmement bas, voire proche de zéro, condition qui en Europe n’est pas et ne peut pas être remplie, compte tenu du statut de la BCE. Les inégalités ont crû au Japon comme ailleurs. Les efforts de réduction du déficit budgétaire ont été contrariés par le déficit croissant des pensions. Le nombre de personnes retraitées qui ont repris un travail ne cesse cependant d’augmenter (2). Il est néanmoins certain que, outre le vieillissement, la diminution de la population pose désormais problème.       <br />
              <br />
       L’économie japonaise est frappée de langueur. Les exportateurs français de produits de luxe constatent la saturation du marché. Dans ces conditions y a-t-il beaucoup à attendre des efforts de relance que s’apprête à faire le gouvernement japonais ? Un facteur positif domine cependant le paysage : le Japon consacre à la recherche et à l’innovation 3,5 % de son produit intérieur brut, et cela, pour l’essentiel, à travers ses grandes et moyennes entreprises privées, dynamisées par le METI. C’est cette recherche industrielle que la France n’a pas su développer malgré le lancement en 1983 de « programmes mobilisateurs » qui ont bien vite tourné court, et malgré l’expérience récente d’une soixantaine de pôles de compétitivité souvent peu ou pas articulés entre eux.        <br />
              <br />
       Je m’étais rendu au Japon en 1981 comme ministre de la Recherche, puis en 1990 comme ministre de la Défense. Je constate en 2008 qu’il y a toujours des leçons à prendre au Japon !       <br />
              <br />
       Je conclurai ces brèves considérations par un retour comparatif sur nos deux démocraties :       <br />
              <br />
       La Constitution de 1946 a, au Japon, un rôle structurant du point de vue de l’identité nationale (comme la loi fondamentale allemande de 1949 en Allemagne). C’est pourquoi le Professeur Higuchi peut parler comme J. Habermas en Allemagne de « patriotisme constitutionnel ». L’exemple de la Constitution américaine de 1787 pourrait être évoqué mais il ne me paraît pas significatif : la Constitution américaine est réellement fondatrice du lien national qu’ont contracté entre elles les treize anciennes colonies britanniques.       <br />
              <br />
       Rien de tel en France : c’est la République qui structure l’identité nationale. Malgré les états de service de la Constitution de la Ve République, elle n’est pas « fondatrice ». La France a une identité républicaine née de la Révolution française. Elle n’a pas d’identité constitutionnelle (malgré l’emploi de cette expression par le Conseil Constitutionnel, en 2003, pour limiter par avance l’emprise de la « Constitution européenne » que le peuple, alors, n’avait pas encore rejetée).        <br />
              <br />
       Et la République, c’est d’abord le débat civique dans un espace commun, soustrait à l’empire des dogmes.        <br />
              <br />
       Pour la curiosité du lecteur, je joins à cette courte note le canevas de l’intervention que j’ai prononcée en partie et développée à la maison franco-japonaise de Tokyo, m’efforçant de dissiper le malentendu qui existe à propos de la nation (entendue comme nation civique (démos) et non comme nation « holiste » (ethnos)), souvent confondue avec le nationalisme qui en est une maladie, alors qu’elle est d’abord le cadre de l’expression démocratique légitime.        <br />
              <br />
       Les récents développements de la crise en Europe l’ont montré abondamment : ce sont les Etats-nationaux qui, parce qu’ils sont démocratiquement légitimes, ont pu imposer des plans de sauvegarde bancaire ou des plans de relance, l’Europe n’ayant fourni que le cadre – plus ou moins cohérent – de leur emboîtage.       <br />
              <br />
       Peut-il exister une « République européenne » ? m’ont demandé mes interlocuteurs japonais. Certainement, leur ai-je répondu, car la République se définit plus à partir de la « Res Publica » - la chose publique - que par opposition à un système monarchique.       <br />
              <br />
       Or, il y a certainement une « res publica » européenne, comme il y a d’ailleurs une « res publica » universelle, et donc potentiellement une « République universelle ». Simplement, il faut partir de la « brique de base » - la nation – qu’il faut rendre consciente d’elle-même civiquement en tant que « communauté de citoyens » et non idolâtrer ou démoniser, au risque de faire le jeu des ennemis de la démocratie.       <br />
              <br />
       -------------       <br />
       1) 4 % de 1980 à 1990 ; 1,64% de 1990 à 1995 ; 1,28 % de 1995 à 2003.       <br />
       2) 21,7 % de la population de plus de 65 ans contre 2,8 % en Allemagne et 1,3 % en France.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  <entry>
   <title>Jean-Pierre Chevènement invité de Radio J dimanche 23 novembre à 14h20</title>
   <updated>2008-11-23T19:25:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-invite-de-Radio-J-dimanche-23-novembre-a-14h20_a717.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1111618-1419350.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2008-11-22T10:15:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Il est en particulier interrogé par Frédéric Haziza (LCP et Radio J) et Eric Mandonnet (L'Express).     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1111618-1419350.jpg?v=1289480049" alt="Jean-Pierre Chevènement invité de Radio J dimanche 23 novembre à 14h20" title="Jean-Pierre Chevènement invité de Radio J dimanche 23 novembre à 14h20" />
     </div>
     <div>
      L'émission peut être écoutée sur Radio J (94.8 FM à Paris) ou <a class="link" href="http://www.radiorcj.info/">sur son site Internet</a>.       <br />
       Elle est podcastée sur ce blog ci-dessous en deux parties de vingt minutes chacune.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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