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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-06-13T19:53:01+02:00</updated>
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   <title>Entre Trump et Merkel, adapter la politique de la France</title>
   <updated>2018-09-07T12:00:00+02:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2018-09-06T12:47:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Une tribune de Jean-Pierre Chevènement, parue dans Le Figaro, édition du 6 septembre 2018.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/25236158-26617086.jpg?v=1536311332" alt="Entre Trump et Merkel, adapter la politique de la France" title="Entre Trump et Merkel, adapter la politique de la France" />
     </div>
     <div>
      La critique que l'establishment nord-américain exerce à l'égard de la politique de Donald Trump juxtapose de très nombreux griefs. Ainsi, l'ancien président Obama incrimine un réflexe de conservatisme émanant de couches sociales menacées dans leur «stabilité économique», leur «statut social», leurs «privilèges» ou leur «identité culturelle» (discours de Johannesburg du 17 juillet 2018). Cette critique trop rapide me paraît révélatrice d'une certaine tache aveugle qui dissimule à l'establishment nord-américain les fractures sociales engendrées par la globalisation dans les régions industrielles traditionnelles - ainsi la «Rust Belt» - et surtout la montée d'une inquiétude plus générale dans la société américaine: et si la globalisation conduisait non seulement à la désindustrialisation mais aussi à un certain déclin des États-Unis?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Trump, sans le dire explicitement, incrimine les conséquences des choix opérés il y a quatre décennies par l'establishment américain, républicain d'abord puis démocrate, en faveur du libre-échange notamment avec la Chine. L'actuel déficit commercial américain (862,7 milliards de dollars en 2017 dont 395,8 milliards avec la Chine) ne montre pas que les États-Unis vivent au-dessus de leurs moyens: pour Trump, ce déficit abyssal est d'abord le résultat de l'alliance déséquilibrée nouée entre les firmes multinationales américaines et le Parti communiste chinois au temps de Deng Xiaoping.       <br />
              <br />
       Trump attaque sur tous les fronts à la fois. D'abord le déficit commercial avec la Chine, dont par ailleurs le PIB (en dollars courants) s'approche de celui des États-Unis (12.237 milliards de dollars contre 19.390) et l'a même nettement dépassé en parité de pouvoir d'achat (23.000 milliards de dollars contre 19.000), selon la Banque mondiale, une Chine qui n'applique qu'avec réticence les règles de l'OMC en matière de propriété intellectuelle et de subventions publiques. Ensuite la dénucléarisation de la Corée du Nord, véritable test à l'égard de Pékin. En troisième lieu le déficit avec l'Union européenne (160,8 milliards de dollars), principalement avec l'Allemagne qui ne consacre par ailleurs qu'un très modeste effort à sa défense (1,1 % de son PIB). Trump, enfin, veut remettre en cause la domination de l'Iran sur le Moyen-Orient, résultat des deux guerres du Golfe, en dénonçant l'accord du 14 juillet 2015 qui était pourtant un autre moyen de la contenir.       <br />
              <br />
       Le président des États-Unis se veut «antisystème»: il combat le libre-échange qui est la philosophie de base des institutions de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale) et plus encore de l'OMC. Il rompt avec le multilatéralisme qui organisait autour de l'establishment américain la solidarité de tous les autres, y compris le Parti communiste chinois, au sein d'un ensemble mondial hiérarchisé. Son mot d'ordre: «America first!» exprime avant tout la volonté de rebattre les cartes d'un jeu dont il estime que les règles doivent être revues, l'objectif central étant évidemment d'enrayer la montée de la Chine sur le long terme et de perpétuer l'hégémonie mondiale des États-Unis.       <br />
              <br />
       Ce retournement de tendance historique par rapport au paradigme libre-échangiste et multilatéral qui organisait depuis quarante ans l'hégémonie «soft» des États-Unis sur leurs alliés prend ceux-ci par surprise. Ils sont confrontés à une hégémonie «hard» qui les transforme en États tributaires. Ainsi leurs entreprises, si elles rechignent à plier devant les oukases du Centre (en matière d'investissements à l'étranger par exemple), sont-elles mises à l'amende en vertu de l'extraterritorialité du droit américain. En maintenant un conflit à demi gelé en Ukraine, les États-Unis croient s'être enfin approprié la clé de la sécurité européenne.       <br />
              <br />
       Dans le système de domination états-unien, un paradigme dur s'est ainsi substitué à un paradigme mou. À bien y réfléchir, cela a commencé avant Trump: avec les «révolutions arabes» et la crise ukrainienne. Dans les deux cas, la volonté d'exporter les «valeurs occidentales» a engendré la crise (sanctions ou diverses formes d'ingérence en Libye et en Syrie).       <br />
              <br />
       Ce changement de paradigme se fait au nom de l'intérêt national américain: ce sont deux conceptions de l'intérêt national qui s'affrontent dans le débat de politique intérieure américaine sur le multilatéralisme.       <br />
              <br />
       La cristallisation de ce débat autour de la Russie n'est qu'un trompe-l'œil. Le vrai sujet, c'est la Chine. Trump avec elle raisonne d'abord en termes commerciaux. L'establishment traditionnel met davantage en avant les «valeurs» face aux régimes qualifiés d'«autoritaires». La Russie à cet égard n'est qu'une pièce dans un dispositif plus vaste. Confrontés à l'échec de leur politique de «changement de régime» à Moscou, les États-Unis aujourd'hui ne peuvent espérer freiner le rapprochement de la Russie avec la Chine et l'Asie qu'en revoyant une politique des sanctions manifestement contreproductive. Il suffirait pour cela d'exercer sur l'Ukraine les pressions qui l'amèneraient à appliquer enfin les clauses de l'accord de Minsk qui lui incombent. Tel ne semble pas être aujourd'hui le chemin choisi. En attendant, rien ne s'opposerait à des «deals» circonscrits (à la Syrie par exemple), où la realpolitik, des deux côtés, trouverait son compte, si la question de l'Iran n'y faisait obstacle.       <br />
              <br />
       Fondée sur des rapports de force brutaux, la politique de Trump peut paraître procéder d'une logique simpliste: un déficit commercial abyssal peut-il être réduit par la hausse des droits de douane? Cette politique ne sera-t elle qu'une parenthèse qui se refermera bien vite? Il peut paraître bizarre de substituer à une politique étrangère globale visant à rassembler des alliés une somme de «deals» dont le premier effet est de rapprocher adversaires et partenaires. Ceux-ci dans l'immédiat paraissent tétanisés et divisés quant à la réponse à apporter à une politique dont le véritableobjet - la perpétuation de la suprématie américaine - est soustrait au débat public.       <br />
              <br />
              <br />
       L'Union européenne est divisée par nature. Elle n'est pas capable aujourd'hui de définir une relation stratégique avec la Chine ou face aux États-Unis. Sur l'Iran ou en matière commerciale, Trump est en position de force. Il peut sans peine exciter au sein de l'Union européenne les contradictions: Brexit, taxation des grosses cylindrées, insuffisant effort de défense des Européens, et notamment de l'Allemagne, dont le statut politico-militaire limite la capacité qu'elle a de jouer «dans la cour des grands», sanctions rédhibitoires à l'égard des entreprises qui ne respecteraient pas les orientations de la politique américaine en Iran, faiblesse intrinsèque de la monnaie unique face aux secousses internationales prévisibles, etc.       <br />
              <br />
       Une lecture historique de la première mondialisation (1860-1914) ne permet pas sans aveuglement d'écarter un scénario qui ressusciterait encore une fois le «piège de Thucydide», c'est-à-dire le déclenchement par accident d'une «guerre préventive» entre deux coalitions formées l'une autour d'une puissance dominante (Athènes au Ve siècle avant J.-C. ou la Grande-Bretagne au XIXe siècle), l'autre autour d'une puissance montante (Sparte dans la guerre du Péloponnèse ou le IIe Reich allemand avant 1914).       <br />
              <br />
       Ce scénario qui fait partie du jeu de Trump face à la Chine peut rester virtuel. Y a-t-il une alternative? La Chine sera de toute façon demain une très grande puissance mais pas forcément la puissance hégémonique mondiale.       <br />
              <br />
       L'Union européenne, à certaines conditions réalistes, pourra peut-être devenir une entité stratégique. Ce n'est pas tant le néoprotectionnisme de Trump qui menace la paix dans le monde. En effet, le regain du protectionnisme à la fin du XIXe siècle a montré que la croissance de l'économie mondiale et même celle du commerce international pouvaient s'en accommoder. L'accord avec le Mexique est un bon accord, malheureusement trop peu commenté, qui subordonne l'importation aux États-Unis de voitures fabriquées au Mexique à un salaire minimum des ouvriers mexicains. Le néoprotectionnisme peut aller de pair avec le recentrage des économies chinoise et américaine sur leur marché intérieur. C'est plutôt de la configuration bipolaire du monde (en «G2») et de l'exacerbation des tensions entre les deux pôles que procède aujourd'hui le plus grand danger.       <br />
              <br />
       Un certain multilatéralisme peut-il être restauré? Avec peu de moyens, la Russie a rétabli sa souveraineté. L'Union européenne ne peut, selon moi, y parvenir par la voie de l'intégration. Les rapports de force en son sein sont trop déséquilibrés. Les résultats de notre commerce extérieur témoignent du manque de compétitivité de l'économie française qui depuis quatre décennies a laissé s'effilocher son industrie. Moins que jamais le gouvernement de Mme Merkel issu des élections de 2017 ne veut d'une «union de transferts» que le président Macron ne lui a d'ailleurs pas proposée. Un budget de la zone euro «à deux chiffres» ne peut être l'outil d'une politique économique contracyclique sérieuse. Certes la France pourrait proposer une politique contracyclique plus efficace où les investissements s'effectueraient principalement sur le territoire des pays contributeurs. Il serait peut-être ainsi possible de tempérer le mercantilisme allemand (un excédent de la balance courante, manifestement excessif,de 8,1 % du PIB).       <br />
              <br />
       La France et l'Allemagne pourraient aussi essayer de promouvoir l'euro comme monnaie internationale parallèlement au dollar, mais la volonté politique en existe-t-elle alors que les Européens, depuis les accords de la Jamaïque (1976), se sont toujours accommodés de l'abus du privilège du dollar par les États-Unis?       <br />
              <br />
       Plus encore qu'une politique économique contracyclique, ce qui fait défaut à l'Union européenne, c'est une capacité d'action stratégique dans le domaine monétaire mais aussi en matière de politique extérieure et d'intervention militaire, de politique migratoire, d'aide au développement, et enfin de promotion des technologies du futur.       <br />
              <br />
              <br />
       À ces défis, l'intégration n'est pas une bonne réponse: les processus de décision à vingt-sept ou à dix-neuf sont trop lents. Surtout manque la volonté politique appuyée sur un puissant sentiment d'adhésion populaire qui pourrait fonder une ambition stratégique à l'échelle mondiale. Soyons réalistes: l'Union européenne restera pour l'essentiel une union de nations, c'est-à-dire une confédération. La nation reste en effet le cadre de la démocratie et de l'affirmation de la volonté politique des peuples. Au sein de l'Union européenne, plusieurs grands États pourraient ensemble constituer le noyau d'une entité stratégique opérationnelle. Un traité dans les traités serait sans doute pour cela nécessaire. Il n'y a pas de contradiction entre ce «noyau dur» et l'UE à vingt-sept ou la zone euro à dix-neuf, mais au contraire complémentarité. Ce qui compte, c'est la volonté politique de défendre les intérêts européens. Par ailleurs, le bon sens commanderait de réfléchir à un nouveau partenariat stratégique avec la Russie pour lever l'hypothèque de la sécurité européenne.       <br />
       Desserrer les pinces du «G2» et contribuer à restaurer un véritable multilatéralisme       <br />
              <br />
       L'Europe, à ces conditions seulement, pourrait peser comme acteur stratégique mondial. Elle pourrait ainsi desserrer les pinces du «G2» et contribuer à restaurer un véritable multilatéralisme, plus propice que le tête-à-tête sino-américain à la stabilité et à la paix dans le monde.       <br />
              <br />
       L'Union européenne pourrait même tirer parti du néoprotectionnisme américain: la défense de l'État social en effet exige des frontières. Une certaine régionalisation de l'économie mondiale permettrait une meilleure régulation sociale au plan intérieur. De même, en matière migratoire, la prise en compte de tous les facteurs (développement des pays d'origine qui ont besoin de leurs élites, capacité d'intégration des sociétés d'accueil) pourrait conduire à un «mix» consensuel entre pays du Nord et pays du Sud, autour de formules équilibrées, cohérentes avec le maintien des valeurs universelles: il faudrait pour cela aider les pays du Sud à devenir de véritables États nations.       <br />
              <br />
       Trump incarne un défi qui ne peut être relevé que sur la base d'une vision stratégique, par une France remise  au centre du jeu européen», selon la formule employée, un jour, parle président de la République. De toute évidence, des révisions s'imposent à notre politique pour tenir compte des changements majeurs intervenus depuis un an.       <br />
              <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://premium.lefigaro.fr/vox/monde/2018/09/05/31002-20180905ARTFIG00350-jean-pierre-chevenement-entre-trump-et-merkel-adapter-la-politique-de-la-france.php">Le Figaro</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  </entry>
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   <title>Alstom, Europe, Blanquer... mon entretien au Figaro</title>
   <updated>2017-09-29T14:38:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Alstom-Europe-Blanquer-mon-entretien-au-Figaro_a1942.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2017-09-29T14:38:00+02:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Figaro, propos recueillis par Alexandre Devecchio, vendredi 29 septembre 2017 (version longue).     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/17374634-21882775.jpg?v=1506688005" alt="Alstom, Europe, Blanquer... mon entretien au Figaro" title="Alstom, Europe, Blanquer... mon entretien au Figaro" />
     </div>
     <div>
      <b>Le Figaro: Alstom et Siemens ont annoncé ce mardi leur mariage. Quelles peuvent être les conséquences de cet accord ?</b>        <br />
       Il faut appeler un chat un chat : une absorption est une absorption. Qui détient la majorité du capital d’une entreprise détient le pouvoir. Le reste est pipeau. Les engagements pris à quatre ans sont des chiffons de papier que le premier coup de vent boursier fera s’envoler. Parlementaire du Territoire de Belfort de 1973 à 2014 et maire de Belfort, pendant plus de 20 ans, ville mère d’Alstom, j’aurai connu un véritable Trafalgar en 2014 avec la vente d’Alstom-Energie à l’américain General Electric sous une présentation au demeurant falsifiée et aujourd’hui le Waterloo final avec le bradage d’Alstom-Transport à Siemens.       <br />
              <br />
       Deux coups majeurs portés à notre tissu industriel. On s’étonnera après cela du déficit de notre balance commerciale - plus de 60 milliards – alors que l’Allemagne dégage un excédent de plus de 250 milliards ! L’Etat vient de renoncer à monter au capital d’Alstom à hauteur de 20 % comme convenu avec Bouygues, en 2014, pour donner un peu de consistance aux trois « co-entreprises » créées avec Général Electric, notamment dans le domaine des turbines nucléaires. La présence de l’Etat au capital aurait en outre permis de fédérer l’actionnariat français pour créer un équilibre avec Siemens dans Alstom-Transport. Un peu de patriotisme économique aurait permis d’éviter ce naufrage, épilogue de la décomposition d’Alcatel-Alstom annoncée par son président, Monsieur Tchuruk quand il se faisait, il y a 20 ans, le prophète d’une <span style="font-style:italic">« entreprise sans usine »</span>. Mission accomplie !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      On nous parle de <span style="font-style:italic">« souveraineté européenne »</span> mais où est le <span style="font-style:italic">« demos »</span> européen ? Le Président de la République, que je sache, n’a pas été élu par un peuple européen qui aux dires même du Tribunal Constitutionnel de Karlsruhe n’existe, pas mais par le peuple français.       <br />
              <br />
       Le prétexte de la Chine ? s’il tenait, il faudrait brader aux autres pays européens toutes nos entreprises. Le modèle Airbus ? Alors que la France en 1999 avait apporté l’essentiel de la mise initiale dans le consortium, EADS nos dirigeants feraient bien de s’aviser que, pour la première fois, en 2016, dans le domaine des produits aéronautiques, l’Allemagne dégage un excédent supérieur à celui de la France (22 milliards contre 17). Encore faudrait-il qu’ils s’intéressent à la localisation des chaînes de production…       <br />
       Tout se passe comme si nos élites n’avaient plus de culture industrielle, mais seulement financière. Jadis la CGE (Compagnie Générale d’Electricité) devenue Alcatel-Alstom pesait aussi lourd que Siemens. Après la perte des turbines, celle des chantiers navals, des télécommunications et maintenant du ferroviaire, je ne crois plus ce désastre réparable pour notre tissu productif, dans des technologies pourtant pleines d’avenir. C’est le « plan Morgenthau » de pastoralisation de l’Allemagne conçu en 1944 qui s’applique aujourd’hui à la France !       <br />
              <br />
       Historiquement, la France a décroché industriellement d’avec l’Allemagne depuis la fin du XIXe siècle. Mais elle avait rétabli un certain équilibre à travers l’Etat notamment grâce aux nationalisations de la Libération et aux « Trente glorieuses ». On peut s’en réjouir ou le déplorer, mais c’est ainsi. On ne peut pas faire que la France et l’Allemagne ne soient pas des pays différents. La France est une création politique où l’Etat a toujours joué un rôle majeur. L’Allemagne a une autre cohérence qui tient à une conception de la nation qui a plus à voir avec la culture et avec la langue.        <br />
              <br />
       <b>Pourtant, Emmanuel Macron à travers ses propositions à la Sorbonne pour « refonder l’Europe » semble prôner « un grand bond fédéral ».</b>       <br />
       La construction européenne est aujourd’hui profondément déséquilibrée. Economiquement d’abord. Notre déficit va s’aggravant. Quel meilleur indice de la compétitivité y-a-t-il que la balance commerciale ?  Ce déséquilibre entre la France et l’Allemagne s’est également creusé avec les pays d’Europe du Sud qui sont à la peine depuis la crise de l’Euro de 2010. L’Allemagne a imposé à travers le TSCG, la règle d’or qu’elle avait faite sienne, c’est-à-dire la réduction du déficit budgétaire à quasiment zéro, au prix d’inégalités et de déséquilibres croissants. L’Allemagne dégage même cette année un excédent budgétaire. Mais cet objectif est impossible à réaliser par les autres pays. La zone euro s’est installée dans une croissance très faible depuis presque dix ans. L’idée d’Emmanuel Macron, dans son interview au <span style="font-style:italic">Point</span>, était de donner un moteur à la zone euro, grâce à un budget de la zone euro constitué de plusieurs points de PIB. Or, plusieurs points de PIB, c’est plusieurs centaines de milliards d’euros car le PIB de la zone euro représente plus de dix-mille milliards. Je ne pense pas que le résultat des élections allemandes permette d’avancer beaucoup dans cette direction. Le Président de la République l’a compris. Dans son discours à la Sorbonne, il a gommé cette perspective qui fondait pourtant notre politique budgétaire. La conjonction des astres qui aurait permis la réalisation de ce projet n’est clairement pas réalisée au vu du résultat des élections en Allemagne. Le parti libéral qui a fait plus de 10% des voix est hostile à un budget de la zone euro et si la chancelière s’y était déclaré en principe favorable, elle restait vague sur le sujet des institutions européennes : parlement de la zone euro et ministre des finances. Le Président de la République sera inévitablement amené à introduire du temps dans ses équations et peut-être même à les revoir. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’idée européenne. L’Europe est dans bien des domaines un espace pertinent et juste. A ceci près que pour construire cette Europe, il faut s’appuyer sur les nations. Dans les nations se trouve, en effet, la source de l’énergie démocratique. Il y a un sentiment d’appartenance qui existe dans les nations et qui n’existe pas en Europe et ne peut se créer que dans la longue durée. Or le sentiment d’appartenance est nécessaire à la démocratie. Si vous êtes minoritaire, vous pouvez accepter de vous incliner devant la loi de la majorité car vous espérez qu’un jour vous arriverez à la majorité. Une minorité peut accepter sa situation dans un cadre national, elle ne l’acceptera pas dans le cadre européen qui est pour cela beaucoup trop flou. On ne connait même pas les frontières de l’Europe. Où s’arrêtent-elles véritablement ? Certains voudraient les reculer jusqu’à l’Ukraine. Et pourquoi pas jusqu’à la Russie dans un schéma de grande Europe qui irait de l’Atlantique au Pacifique ? Par conséquent, il faut mettre du temps dans cette équation européenne et ne pas jeter le manche avant la cognée.       <br />
              <br />
       <b>Macron insiste également sur l’idée de « souveraineté européenne »…</b>       <br />
       S’il s’agit de dire que les nations européennes doivent s’unir pour trouver le niveau pertinent de leur action dans l’Histoire, il a raison. Est-ce à dire qu’il faut pour autant gommer les nations ? Elles sont des réalités puissantes à ne pas sous-estimer. Elles ne vont pas se fondre dans l’Europe comme un comprimé d’aspirine dans un verre d’eau. Si on veut une Europe forte il nous faut des nations fortes. J’ai compris jusqu’à présent qu’Emmanuel Macron voulait mettre la France davantage au centre de l’Europe. Pour cela, il ne faut pas dissoudre la France.       <br />
              <br />
       Que s’est-il passé depuis les débuts de l’entreprise européenne ? La France était au départ le pays dominant. Celui qui était dans le camp des vainqueurs de la seconde guerre mondiale, et qui n’avait pas à faire oublier le nazisme ou le fascisme. C’était une attitude généreuse de la part de la France que de mettre tous les pays à égalité. Mais le temps a passé. L’Allemagne par son travail et sa ténacité, a su se reconstruire dans le contexte de la guerre froide et grâce à ses alliés, les Etats-Unis et la France au premier chef. La situation aujourd’hui n’est plus la même depuis l’effondrement du mur de Berlin, avec l’élargissement à l’Est de l’Union européenne. L’Allemagne retrouve une position centrale par la géopolitique et l’économie. Ses entreprises accèdent facilement aux économies à bas coût de travail qui la jouxtent. Par conséquent, elle peut délocaliser à proximité les composants à faible valeur ajoutée tout en gardant la maitrise de l’assemblage. A contrario la politique industrielle française est en crise profonde depuis que le ministère de l’industrie a été dissout en 1986-87. On a l’impression que l’Etat stratège français n’a plus de mains.        <br />
              <br />
       <b>Le Monde du 7/09 rapporte que Macron aurait dit : « Si Merkel s’allie aux libéraux, je suis mort …»</b>       <br />
       Un président de la République française n’est jamais mort. Il a forcément plusieurs plans alternatifs ou alors il n’est pas un président. Tous les présidents de la Ve République ont effectué des virages sur l’aile. Le général de Gaulle a modifié sa politique en Algérie. Malgré sa constance, Pompidou, en intégrant la Grande-Bretagne dans le marché commun, a rompu avec une partie de l’héritage gaulliste et, on peut le dire, introduit le loup libéral dans la bergerie communautaire. Giscard d’Estaing était un partisan du serpent monétaire européen avant de le quitter peu d’années après son élection. François Mitterrand, en 1983, a abandonné son programme initial (« D’abord l’emploi !) pour ouvrir une parenthèse libérale qui ne s’est jamais refermée.        <br />
              <br />
       <b>Comment Emmanuel Macron peut-il rebondir ? </b>       <br />
       Tout dépend de la coalition qui va se former à Berlin et des engagements que Madame Merkel a pris à son égard. Comme je l’avais prévu, l’Allemagne est devenue plus difficilement gouvernable. A cause de l’AfD qui radicalise le paysage politique. Mais surtout parce que Madame Merkel est obligée de composer avec les Verts et les Libéraux qui sur des sujets importants ont des positions contradictoires. Ainsi sur les questions énergétiques ou sur la Russie. La divergence principale porte sur l’idée d’un budget européen dont les Verts sont partisans, mais pas les libéraux. La bonne solution pour Emmanuel Macron serait que le SPD revienne dans une coalition avec la CDU/CSU. Pour l’heure, ses dirigeants n’y sont pas disposés. Mais comme les négociations vont être difficiles avec le FDP et avec Die Grünen, cette perspective ne peut être tout à fait exclue. Ce serait pour le SPD l’occasion de jouer un rôle moteur dans la refondation européenne conformes aux propos de Sigmar Gabriel à la Conférences des Ambassadeurs en août dernier. Le SPD s’acquererait la sympathie de cette opinion éclairée, qui sait bien que l’Allemagne, étant donné sa position dominante, a une responsabilité à exercer vis-à-vis de l’Europe. L’Allemagne dégage un excédent commercial qui est égal à 8,5% de son PIB. Si vous ajoutez l’excédent des services et des capitaux, il dépasse 10% du PIB. Même la Chine ne fait qu’un excédent extérieur de 3,5 %. C’est une situation tout à fait intenable à la longue car l’excédent des uns est forcément le déficit des autres. La politique qui a été imposée, certes par traité, est une politique déflationniste dont le résultat est un nombre anormal de chômeurs, singulièrement de jeunes chômeurs, dans beaucoup de pays dont le nôtre. Madame Merkel veut-elle devenir la Chancelière qui aura ruiné le projet européen ou au contraire voudra-t-elle donner un contenu à l’idée d’une « Allemagne européenne » ?       <br />
              <br />
       <b>Comment expliquez-vous la disparition de la social-démocratie partout en Europe et dans le monde sauf peut-être d’une certaine manière en France ? </b>       <br />
       La social-démocratie se proposait de mettre un peu de beurre sur les tartines. Rien de plus. Quand il n’y a plus de beurre, sa fonction n’est pas évidente. La « troisième voie » imaginée par Tony Blair et théorisée par Anthony Giddens au tournant des années 2000 impliquait une certaine redistribution des fruits de la croissance vers l’éducation, la réduction des inégalités ou des services publics. Mais lorsqu’il n’y a plus de surplus à redistribuer, la social-démocratie est en crise. Elle apparait peut-être comme un parti responsable mais sa politique a coûté le pouvoir à Gerhardt Schröeder et au SPD. C’est ce qu’a voulu faire aussi François Hollande avec le pacte de responsabilité, mais celui-ci contredisait les engagements qu’il avait pris dans son discours du Bourget. Emmanuel Macron, au moins, n’a pas ce handicap. On ne peut pas lui reprocher de réaliser le programme qu’il a annoncé. Néanmoins, il faut se rappeler qu’au premier tour, Emmanuel Macron n’a réuni que 24% des voix. C’est une erreur fréquemment commise de dire qu’en élisant Emmanuel Macron, les Français ont voté pour l’Europe ou la monnaie unique. En réalité, ils ont voté contre Marine Le Pen qui apparaissait comme une candidate incompétente. Elle a largement discrédité l’idée de monnaie commune qui devait être présentée comme une construction négociée avec l’Allemagne pour faire face à une crise soudaine.  C’est une illusion que de penser que les Français se sont prononcés pour une politique européiste. Les Français sont divisés en plusieurs courants de pensée dont au moins la moitié est très réservée vis-à-vis des institutions européennes telles qu’elles fonctionnent.       <br />
              <br />
       <b>Comment analysez-vous la percée de l’AfD ?</b>       <br />
       L’Afd s’était constituée au départ en réaction contre les engagements jugés excessifs de l’Allemagne en ce qui concerne l’euro. La critique se polarisait sur la politique de la banque centrale européenne. Puis rapidement cette thématique a cédé la place à la critique de la politique d’accueil d’un million de réfugiés par an annoncée par Madame Merkel. L’arrivée d’un million de réfugiés en 2015 a été un traumatisme pour la société allemande et nous avons assisté à l’émergence d’un parti d’extrême droite comme il en existe dans d’autres pays européens. A cet égard, c’est une normalisation par rapport au reste de l’Europe. A ceci près que l’histoire allemande n’est pas tout à fait une histoire comme les autres. Pour autant, je ne qualifierai pas l’AfD de parti nazi. C’est un parti nationaliste, d’extrême droite, cependant assez policé, car recrutant dans des couches moyennes, beaucoup plus que dans le peuple sauf dans les Länder de l’Est. Cela aboutira a de profonds changements dans la politique allemande. Madame Merkel a déjà dit qu’il n’y aurait plus jamais d’accueil de réfugiés tel qu’en l’an 2015. Elle est consciente d’avoir pris une décision solitaire et peut-être précipitée. Ce n’est pas la première fois. En matière énergétique, son retrait du nucléaire au lendemain de Fukushima était déjà une décision purement personnelle. Une concertation avec la France qui, en matière nucléaire, était la première concernée, aurait peut-être permis de limiter des rejets de gaz carbonique liés à l’utilisation du charbon. Par habitant, l’Allemagne rejette deux fois plus de Co2 que la France. Mais le seul fait d’évoquer ces questions apparait comme une agression à l’égard de nos voisins d’Outre-Rhin. Je n’ai pas cet état d’esprit. Je suis conscient qu’historiquement la France et l’Allemagne se sauveront ensemble, si du moins nos deux nations veulent se sauver. Je sais ce que l’Europe doit à l’Allemagne et à son génie. Je le respecte et je l’admire. Mais l’Europe doit aussi beaucoup à la France. Il faut que ces deux inspirations soient présentes. Pour faire avancer l’Europe, il ne faut pas démobiliser les nations.        <br />
              <br />
       <b>L’enjeu des migrants peut-il déstabiliser l’Europe ? </b>       <br />
       C’est un enjeu majeur qui n’a de solution, comme l’a dit le président de la République à juste titre, que dans le développement de l’Afrique. Il faut que l’Afrique arrive à se développer et à dominer sa démographie. Il faut avoir le courage de le dire. Il y a une limite à l’immigration : la capacité d’intégration de la société d’accueil.        <br />
              <br />
       <b>Sur le plan de la politique étrangère, Macron a rompu avec le néoconservatisme de ses prédécesseurs …</b>       <br />
       Je suis reconnaissant à Emmanuel Macron d’avoir mis fin à une brouille absurde de la France avec les deux plus grands acteurs de la diplomatie mondiale, c’est-à-dire Vladimir Poutine et Donald Trump. C’était nécessaire. Il faut parler avec ces deux dirigeants. Emmanuel Macron a également revu notre position diplomatique en Syrie en acceptant que dans la transition politique tous les partis soient entendus, y compris les représentants de Bachar el-Assad. C’est une rupture avec la politique précédente qui a abouti à la « cornerisation » de la France au Levant. Je vois avec inquiétude l’indépendance proclamée du Kurdistan d’Irak. Ceux qui y applaudissent ne mesurent pas qu’il y a plus de quinze millions de Kurdes en Turquie, un million en Syrie et quatre millions en Iran. Par conséquent, soutenir l’indépendance du Kurdistan irakien c’est déséquilibrer l’Irak où les Sunnites de l’Ouest deviendraient très minoritaires. Ce serait ouvrir un cycle de guerres qui s’ajouterait à celui qui prévaut depuis la destruction de l’Etat irakien. On ne dira jamais assez que Daech est la conséquence de la destruction de l’Etat irakien commencé avec la première guerre du Golfe, dont Huntington disait qu’elle était la première « guerre civilisationnelle ». Elle s’est poursuivie par un long et cruel blocus puis enfin par la guerre de 2003 à laquelle Jacques Chirac a eu tout à fait raison de s’opposer.        <br />
              <br />
       <b>En tant qu’ancien ministre de l’Education nationale, que pensez-vous de la démission de Monsieur Lussault … </b>       <br />
       J’approuve fondamentalement l’orientation que cherche à donner Monsieur Blanquer au ministère de l’Education nationale. Il a mis le doigt sur l’essentiel, c’est-à-dire les inégalités qui se créent dès la petite enfance. On peut observer dès l’âge de cinq ou six ans une différence fondamentale entre un enfant qui ne bénéficie que d’un stock de 200 mots à côté de ses petits camarades qui eux, de par leur famille, en possèdent 2000. Par conséquent, il est extrêmement important d’avoir fait ce dédoublement des classes de cours préparatoire dans des zones d’éducation prioritaire renforcées. Je crois à « l’effet-maître ». C’est une politique réellement progressiste qui rompt avec le bla-bla pédagogiste. La réussite de cette politique suppose qu’on mette l’accent sur la mémorisation, sur l’acquisition du vocabulaire et sur le calcul mental. Cela suppose que les programmes soient clairement fixés. C’est, en dernier ressort, le rôle du Ministre.       <br />
              <br />
       A cet égard, je trouve que Monsieur Lussault, Président d’un « Comité Théodule » chargé d’élaborer les programmes, a eu l’honnêteté de démissionner. Monsieur Lussault, il y a un an, s’était insurgé contre la possibilité d’enseigner le récit national, au risque disait-il de « désespérer Billancourt », entendez les salles de professeurs dans les collèges et les lycées. J’avais eu alors l’occasion de lui faire observer que le récit national était nécessaire à la démocratie car il faut un « demos » pour que la République puisse vivre. Et ce « demos », c’est le sentiment d’appartenance collective qui nous réunit en tant que citoyens français. Nous sommes une nation de citoyens, mais nous ne sommes pas décidés à perdre la mémoire de ce que nous avons fait ensemble et de ce qui nous a faits. La démission de Monsieur Lussault est donc plutôt une bonne nouvelle pour la République.        <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Alstom-Europe-Blanquer-mon-entretien-au-Figaro_a1942.html" />
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   <title>L’Europe face aux relations sino-américaines</title>
   <updated>2017-09-04T17:29:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/L-Europe-face-aux-relations-sino-americaines_a1937.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/16898368-21513748.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2017-09-02T16:02:00+02:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre, au séminaire de la Fondation Prospective et Innovation, Futoroscope de Poitiers, 25 août 2017. Ce texte s'appuie sur un travail d'analyse des chiffres du commerce extérieur réalisé par la Fondation Res Publica : « Une vue d'ensemble sur les relations commerciales internationales ».     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/16898368-21513748.jpg?v=1779518463" alt="L’Europe face aux relations sino-américaines" title="L’Europe face aux relations sino-américaines" />
     </div>
     <div>
      Un grand merci d’abord à Jean-Pierre Raffarin et à sa Fondation « Prospective et Innovation » pour ce onzième colloque consacré à la Chine dont vous êtes devenu, Monsieur le Premier Ministre, le meilleur connaisseur parmi nos responsables politiques. Comment l’Europe peut-elle se positionner utilement dans la relation sino-américaine ?        <br />
              <br />
       <b>I - L’imprévisibilité de Trump a ses racines dans les déséquilibres  mondiaux croissants induits par la mondialisation.</b>       <br />
              <br />
       L’accession de Donald Trump à la Présidence des Etats-Unis « rend tout et son contraire possible » (comme l’a fort bien dit le romancier américain Philippe Roth). Le bras de fer envisagé par Donald Trump avec la Chine et avec l’Europe, principaux fournisseurs de l’économie américaine, a jusqu’ici tourné court. L’approche de Trump qui entend redresser une situation américaine compromise, repose sur une vision économique qu’on peut trouver brutale et marquée d’un économicisme simplet. Essayons cependant d’en comprendre la logique : elle repose sur le constat bien réel d’un déficit commercial abyssal (719 milliards d'euros) que Trump voudrait réduire.        <br />
              <br />
       A – Analysons d’abord ce déséquilibre commercial dans lequel Trump voit, du point de vue des Etats-Unis, la principale menace à résorber.       <br />
              <br />
       1. L’excédent chinois sur les Etats-Unis atteint 330 milliards d’euros en 2016 (contre 100 en 2001). Il a donc triplé. Du point de vue des Etats-Unis, le taux de couverture des imports (435 milliards) par les exports (104 milliards) est de moins du quart ! Mais c’est la conséquence de la politique initiée et suivie par tous les gouvernements américains depuis Nixon-Mao, et surtout Deng-Xiao Ping-Reagan. Le déficit des Etats-Unis avec l’Allemagne est moindre mais reste conséquent : il atteint un peu moins de 50 milliards d’euros par an, avec l'Union Européenne, il atteint 128 milliards. Quant au déficit de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine, il atteint 238 milliards d’euros en 2016, moindre donc de 100 milliards que le déficit américain. Le problème principal du point de vue de    Donald Trump et de ses soutiens est donc celui du déséquilibre du commerce extérieur des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      2. La Chine et l’Allemagne sont les deux premiers exportateurs mondiaux en dehors des Etats-Unis. 1 895 milliards d'euros pour la première, 1 211 pour la seconde qui arrive presque à faire jeu égal avec les Etats-Unis dont les exportations ont atteint, en 2016, 1 313 milliards (contre 2 032 pour les importations. Le déficit commercial global des Etats-Unis est donc de 719 milliards d'euros soit un taux de couverture des importations globales par les exports de 65 %. Même si le dollar reste la monnaie mondiale, on conçoit qu’il y ait pour les dirigeants américains de quoi s’inquiéter ! Ainsi, l’emploi textile aux Etats-Unis a-t-il été divisé par dix depuis 2001 (de 1 million d’emplois à 100 000).       <br />
              <br />
       3. Une analyse fine des statistiques du commerce extérieur des trois principales puissances industrielles et commerciales du monde montre que le déficit américain s’observe vis-à-vis de l’Allemagne comme de la Chine sur les machines industrielles. Vis-à-vis de l’Allemagne, il concerne aussi les produits automobiles. Vis-à-vis de la Chine les produits textiles confectionnés. La Chine est devenue une puissance industrielle majeure même si elle enregistre encore un déficit pour les produits de la navigation aérienne et spatiale. Elle dégage même un excédent sur l’Allemagne dans le domaine des machines industrielles (5.8 milliards, les exports chinoises sur l’Allemagne étant de 21 milliards et celles de l’Allemagne sur la Chine de 15 milliards). Pour compléter le tableau des déséquilibres de l’économie mondiale, il faut cependant souligner l’émancipation des Etats-Unis dans le domaine de l’énergie, grâce au gaz de schiste.       <br />
              <br />
       4. Ainsi, l’économie chinoise a muté. Elle fabrique de plus en plus de produits de haute technologie. Ses investissements à l’étranger ont doublé en 2016 atteignant plus de 211 milliards de dollars (en flux) contre 97 en 2015 (et 104 milliards pour le seul premier semestre 2017).        <br />
              <br />
       L’Etat chinois essaie de reprendre la main sur quatre grands groupes qui ont multiplié les acquisitions à l’étranger. Il s’agit de mettre fin à des fuites de capitaux dans des secteurs comme le loisir, l’immobilier, l’hôtellerie, etc. jugés non « stratégiques » pour l’économie nationale.       <br />
              <br />
       5. La relation sino-européenne répond à des caractéristiques différentes. D’abord le marché européen est le plus vaste (46 000 milliards de $, si on inclut les échanges intracommunautaires. Dans les faits, il a la taille du marché américain. Ainsi le poids du commerce extérieur de l’Union européenne avec la Chine (515 milliards d’euros, soit 15 %) approche-t-il le poids du commerce extérieur sino-américain mais le déficit commercial de l’Union européenne n’atteint, si l’on peut dire, que 238 milliards d’euros.       <br />
              <br />
       Si les importations venant de Chine représentent 20 % du total des importations européennes totales de l’Union européenne, les exportations vers la Chine représentent 10 % seulement en 2016, soit un peu plus que la Suisse, 8 % ! Le déficit des pays européens vis-à-vis de la Chine est général à tous les pays. Il est à peu près équivalent en valeur absolue pour l’Allemagne (- 18 milliards) et pour la France (- 17) mais pas en valeur relative (les exportations allemandes vers la Chine atteignent 77 milliards d’euros en 2016 contre 46 pour la France).       <br />
              <br />
       6. Quoi qu’on pense du style et des initiatives de Monsieur Trump, il y a un déséquilibre réel des échanges que les variations monétaires permettent de corriger avec l’Allemagne (appréciation de 17 % de l'euro depuis janvier 2017) plus qu’avec la Chine (stabilité relative du yuan à environ 6.8 dollars). En fait, la guerre des monnaies se livre essentiellement entre l’Europe et les Etat-Unis.       <br />
              <br />
       7. L’imprévisibilité de la nouvelle Administration américaine pourra-t-elle être réduite au fil du temps ?  L’Europe peut-elle proposer une autre perspective que l’affrontement ? Certes il est légitime qu’elle défende, elle aussi, ses intérêts.       <br />
              <br />
       a) Il paraît justifié que l’Europe se dote de mécanismes de contrôle des investissements stratégiques, comme le demandent l’Allemagne, la France et l’Italie. Une certaine souplesse sera sans doute laissée aux Etats. L’Union européenne n’entend donc pas restreindre les investissements chinois mais mieux les canaliser dans l’intérêt mutuel. Les rachats doivent se faire à l’amiable et avec l’accord des gouvernements concernés.        <br />
       b) La question du protectionnisme de fait des méga-entreprises chinoises par rapport aux entreprises européennes est régulièrement posée par la Chambre de Commerce européenne à Pékin. Elle doit être traitée.        <br />
       c) Mais les questions principales sont entre l'Europe et les Etats-Unis (parité euro-dollar, contrôle des GAFA).       <br />
              <br />
              <br />
       B – Comme l’a fait justement observer Jean-Pierre Raffarin, l’Europe et la Chine, situées aux extrémités de l’Eurasie, n’ont pas de rivalité géopolitique. Il y a même depuis la fin du Moyen-Age une tradition ancienne de sinophilie en Europe.       <br />
              <br />
       Il faut donc harmoniser l’intérêt européen, l’intérêt américain et l’émergence pacifique de la Chine désormais entrée dans une nouvelle phase, celle d’une économie développée.        <br />
              <br />
       <b>II. - Le rôle principal de l’Europe devrait être d’offrir une vision politique : la réconciliation des pays du Nord - Etats-Unis, Europe, Russie, Chine - pour répondre aux défis majeurs de notre temps venus du Sud.</b> Les déséquilibres (Afrique, monde musulman principalement) : multiplication des Etats fragiles voire faibles, terrorisme djihadiste, blocages de l’Islam, déséquilibres démographiques et flux migratoires croissants et inabsorbables par le Nord. Il faut faire mûrir une « nouvelle donne », solvabiliser les pays pauvres, les aider à maîtriser leur démographie, à assurer leur sécurité et à fixer leur population en y multipliant les emplois sur place.       <br />
              <br />
       Bien sûr, il y a des problèmes pendants au Nord (Corée du Nord, Ukraine notamment) mais c’est au Sud que se font jour les déséquilibres les plus préoccupants. Plutôt que d’avoir une réaction purement défensive vis-à-vis de la Chine, l’Europe et les Etats-Unis devraient associer leurs efforts à ceux de la Chine pour offrir un horizon de progrès aux peuples du Sud. A cet égard, le projet dit « OBOR » (<span style="font-style:italic">one belt, one road</span>), autrement dit celui de nouvelles routes de la soie, offre de grandes opportunités. Non seulement sur le plan technique et financier (le Président Xi a annoncé des investissements à hauteur de plusieurs centaines de  milliards de dollars) mais aussi sur le plan géopolitique.        <br />
              <br />
       Distinguons dans ce projet OBOR plusieurs axes :       <br />
       a) un axe terrestre septentrional par la Russie ;       <br />
       b) un axe plus méridional par le Kazakhstan, le Turkménistan, puis l’Iran ou la Turquie via la Caspienne et l’Azerbaïdjan. Ce deuxième axe est plus aléatoire géopolitiquement ;       <br />
       c) un troisième axe, maritime, via le détroit de Malacca, que pourraient raccourcir une voie à travers la Birmanie et une autre via le Pakistan, vers Djibouti puis Suez, ou vers l’Ethiopie, ou vers Mombasa et l’Afrique orientale.        <br />
              <br />
       Ce projet OBOR peut contribuer non seulement à résoudre les problèmes de la Chine, ce qui est de sont point de vue, légitime (consolidation de sa croissance et sécurisation de ses approches), mais il peut aider les pays du Sud à relever leurs propres défis qui sont gigantesques.       <br />
              <br />
       <b>III – Le projet OBOR répond certes à une vision géopolitique</b>       <br />
              <br />
       1. La géopolitique classique (Mahan, Mackinder, Haushofer) distinguait les <span style="font-style:italic">« puissances de la Mer »</span> et les <span style="font-style:italic">« puissances de la Terre »</span>. Les Etats-Unis sont évidemment aujourd’hui maîtres des mers face à l’Eurasie et, en son sein, la Chine, puissance de la Terre par excellence. La Chine est un pays enclavé, entouré au Sud et à l’Ouest de montagnes très élevées. C’est seulement vers le Nord qu’elle est ouverte sur le désert mongol ou la taïga sibérienne. Mais le projet OBOR peut s’analyser aussi comme une diversification des voies de passage vers le reste de l’Asie, l’Europe et l’Afrique, et comme un possible contournement terrestre de la voie maritime à travers les îles de la Sonde. En ce sens, il requiert au premier chef, la coopération de la Russie et du Kazakhstan (près de 10 000 kilomètres de frontières communes si on inclut la Mongolie). L’axe principal relie le Sin-Kiang chinois et le Kazakhstan, puis la Russie. Le contournement de la voie maritime passe par une étroite coopération entre la Chine et la Russie qui peut aider à stabiliser l’Asie centrale face au défi de l’Islamisme radical. Ce caractère stratégique de la Russie met en lumière l’importance de ce « trou noir » de la géopolitique mondiale qu’est l’Ukraine.  Si ce conflit se transformait en abcès de fixation durable, c’est la pertinence de la route de la voie terrestre qui serait remise en cause, mais, au-delà, la vision d’un  Nord réconcilié pour aider les pays du Sud à « faire face ».       <br />
              <br />
       2. Le rapprochement de la Russie avec la Chine au sein de l’Organisation de Shanghai au plan sécuritaire a été accéléré au plan économique par les sanctions occidentales. Le gazoduc qui doit livrer 38 milliards de m3 à la Chine sera opérationnel en 2019. Xi Jing Ping, à Moscou, vient d’annoncer la création d’un fonds d’investissement de 10 milliards de dollars pour favoriser l’innovation dans l’économie russe. Le rapprochement n’est peut-être pas aussi rapide qu’espéré mais il entre dans la réalité. Il y a encore d'autres projets (gazoduc, lignes ferroviaires), néanmoins en retard.       <br />
              <br />
       3. Le bon sens est de réduire l’abcès ukrainien. Il faut que l’Ukraine et la Russie acceptent les accords de Minsk et ce qui va avec : une neutralisation « à l’autrichienne » de l’Ukraine qui deviendrait un pont entre l’Europe et la Russie et une œuvre commune des deux Europe pour assurer son développement.        <br />
              <br />
       <b>IV – Que peut donc faire l’Europe dans le contexte actuel ?</b>       <br />
              <br />
       1. La Chine a un projet : consolider à l’échelle mondiale sa montée en puissance, en sécurisant ses voies d’approvisionnement et de trafic et en désenclavant des régions pourvoyeuses de matières premières dont l’économie chinoise a besoin.       <br />
              <br />
       2. Les Etats-Unis ont aussi un projet : le maintien de leur leadership ou en tout cas le ralentissement de son érosion.       <br />
              <br />
       3. Quant à l’Europe, qui a été le carrefour du monde et à l’origine des premières mondialisations, ambitionne-t-elle de retrouver un rôle à sa mesure de pont entre les nations et les différentes aires culturelles du monde ? Cette ambition, elle l’a de toute évidence sacrifiée sur l’autel d’un économicisme à courte vue. Elle doit renouer avec la politique, la grande politique, la politique mondiale ! C’est ce à quoi répond la volonté du nouveau Président français de rééquilibrer l’Europe pour la dynamiser.       <br />
              <br />
       Même si le Parlement européen peut jouer un rôle utile dans la prise de conscience collective ce qui fait défaut à  l’Europe c’est la capacité stratégique que les institutions à vingt-sept interdisent même si la Commission peut jouer un rôle dans la négociation commerciale et la régulation de la concurrence si elle remonte la pente de son ultralibéralisme congénital. Le maintien de l’embargo européen sur les armes destinées à la Chine, 28 ans après 1989, comme l’extraterritorialité du droit américain, manifestent la dépendance, en apparence, irréversible de l’Union européenne par rapport aux Etats-Unis.       <br />
              <br />
       4. L’Ukraine a été deux fois dans le passé au cœur des affrontements géopolitiques majeurs (de 1917 à 1920 puis de 1941 à 1943). Elle risque de le redevenir au XXIe siècle, terrain de confrontation entre les Etats-Unis et la Chine, par Europe et Russie interposées, comme un expert russe des relations internationales, Monsieur Karaganov, en développe la thèse.       <br />
              <br />
       5. L’enjeu d’une monnaie mondiale s’apprécie notamment à travers les politiques de sanctions extraterritoriales que s’autorisent aujourd’hui les Etats-Unis, à partir du privilège que leur confère l’utilisation mondiale de leur monnaie. La guerre des monnaies est une menace toujours présente à l’horizon. La monnaie unique et la lourdeur des institutions de l’Union européenne la mettent en situation de faiblesse structurelle. L’Union européenne tire des bénéfices de la croissance chinoise : la Chine la fournit en produits de qualité à bas coûts. Elle exerce un effet stimulant sur ses entreprises mais aussi un effet d’érosion sur le tissu industriel européen. L’Union européenne trouve aussi en la Chine un pays qui souscrit à sa dette mais son endettement la conduit à parler doucement à son banquier. Or, il faut pouvoir se parler franchement.       <br />
              <br />
       6. L’Europe, pour être à l’initiative, a besoin de mobiliser ses Etats et d’abord les principaux – France - Allemagne (sans oublier l’Italie et l’Espagne au sein de la zone euro). Ce ne peut être qu’à partir du Conseil européen qui a la légitimité pour cela. L’Union européenne évoluera, selon moi, vers une Europe à géométrie variable que pourrait structurer un pôle franco-allemand rééquilibré. Mais ce rééquilibrage est-il à notre portée ? L’Europe est-elle capable de mettre sur la table 150 milliards d’euros, comme l’a suggéré un précédent intervenant.       <br />
              <br />
       7. Il y a une opportunité historique pour l’Europe et pour le monde. Elle est politique. Cette occasion s’appelle peut-être Donald Trump, si les Européens comprennent qu’ils doivent d’abord compter sur eux-mêmes. Verrons-nous s’opérer le sursaut d’un « gaullisme européen » ? Celui-ci consisterait à convaincre les Etats-Unis de l’intérêt d’une grande alliance du Nord au service non seulement du Sud mais aussi des intérêts généraux de l’Humanité.       <br />
              <br />
       8. La Chine donne l’exemple d’une gestion placide des tensions créées par Donald Trump.  Mais sa politique en mer de Chine suscite des interrogations … La Chine est en marche vers la puissance mondiale et pas seulement régionale. Mais cela devrait la rendre prudente. Toute puissance génère des contre-puissances. Un faux pas est toujours possible. Est-il envisageable que l’Europe et la Chine se rapprochent assez pour co-gérer avec les Etats-Unis l’émergence de nouveaux équilibres dans le monde et offrir aux peuples du Sud un horizon de progrès ?	       <br />
       ⁃ en Asie du Nord Est ;       <br />
       ⁃ en Asie du Sud-Est et du Sud ;       <br />
       ⁃ en Asie Centrale ;       <br />
       ⁃ au Moyen-Orient ;       <br />
       ⁃ en Afrique et en Amérique latine ?       <br />
              <br />
       Le projet OBOR va modeler autour de la Chine une ceinture d’Etats dont beaucoup sont déjà dans son orbite. Il doit viser plus loin. La Chine doit montrer qu’à sa permanente référence à l’harmonie, correspondent un vrai désir de partager les responsabilités du monde et le souci d’une gestion prudente des inévitables tensions qui résulteront de son émergence. Il faut donner du temps au temps pour que se crée entre tous les peuples du monde « l’intimité culturelle » dont a justement parlé Jean-Pierre Raffarin.       <br />
              <br />
       <b>V - Est-il envisageable de créer un monde multipolaire où l’Europe aiderait la Chine dans son émergence pacifique non pas contre mais avec les Etats-Unis et au service de l’Humanité tout entière ?</b>       <br />
              <br />
       1. La Chine a besoin de la Russie, mais pour la Russie la Chine ne peut remplacer l’Europe.       <br />
              <br />
       2. Les défis qui assaillent l’Europe lui commandent de se rapprocher de la Chine et de la Russie, tout en conservant leurs liens avec les Etats-Unis.        <br />
              <br />
       3. Sur le climat, l’environnement, la lutte contre l’islamisme radical, le développement de l’Afrique (délocalisation industrielles, achats de produits manufacturés made in Africa, fixation de la main d’œuvre sur place, maintien de la stabilité politique), il y a des convergences évidentes.       <br />
              <br />
       Y-a-t-il un conflit irréductible entre l’Occident et le BRICs ? Je ne le crois pas, le BRICs sont multiples. Les Etats-Unis et l’Europe ne sont pas la même chose. Il faut éviter de durcir les oppositions. Nos pays sont certes différents mais les valeurs individuelles et les valeurs collectives sont également nécessaires à la civilisation. Il faut refuser les oppositions manichéennes et comprendre historiquement les problèmes. Ainsi, les Etats-Unis, à l’époque des «barons brigands» (à la fin du XIXème siècle) restaient quand même une démocratie riche de potentialités !       <br />
              <br />
       <b>Conclusion</b>       <br />
       Mais stratégiquement l’Europe veut-elle exister ? Il lui manque un dessein, celui de faire l’Europe avec les nations car la vie démocratique et l’influx politique passent par elles. Il faut le comprendre pour désembourber l’Europe, au service d’un projet qui puisse unir l’Humanité. La France peut y trouver un rôle digne d’elle.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/L-Europe-face-aux-relations-sino-americaines_a1937.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>"Il faut avancer vers une entité européenne stratégique"</title>
   <updated>2017-06-15T16:56:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Il-faut-avancer-vers-une-entite-europeenne-strategique_a1923.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2017-06-01T15:53:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Zemmour & Naulleau sur Paris Première, mercredi 31 mai 2017.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      https://www.chevenement.fr/video/<iframe frameborder="0" width="600" height="338" src="//www.dailymotion.com/embed/video/x5om4mq?start=750" allowfullscreen></iframe><br /><a href="http://www.dailymotion.com/video/x5om4mq_zemmour-naulleau-31-mai-2017_tv?start=750" target="_blank">Zemmour &amp; Naulleau 31 Mai 2017</a> <i>par <a href="http://www.dailymotion.com/News360x" target="_blank">News360x</a></i>     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement parle entre les 12ème et 41ème minutes.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Il-faut-avancer-vers-une-entite-europeenne-strategique_a1923.html" />
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   <title>Politique étrangère et intérêt national - Entretien avec l'IFRI</title>
   <updated>2017-02-24T11:48:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Politique-etrangere-et-interet-national-Entretien-avec-l-IFRI_a1906.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2017-02-24T11:48:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement présente sa contribution à l'ouvrage collectif "Notre intérêt national. Quelle politique étrangère pour la France?", sous la direction de Thierry de Montbrial et Thomas Gomart, Editions Odile Jacob, janvier 2017.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <iframe width="610" height="343" src="https://www.youtube.com/embed/47qxvD0sBXg?rel=0" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>     </div>
     <div>
      <a class="link" href="https://www.ifri.org/fr/publications/publications-ifri/ouvrages-ifri/interet-national-politique-etrangere-france">Voir sur le site de l'IFRI</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Politique-etrangere-et-interet-national-Entretien-avec-l-IFRI_a1906.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Quatrième rencontre de République Moderne: "Quelle politique étrangère pour la France?" le 15/06 à l’Assemblée nationale</title>
   <updated>2016-05-31T13:05:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Quatrieme-rencontre-de-Republique-Moderne-Quelle-politique-etrangere-pour-la-France-le-15-06-a-l-Assemblee-nationale_a1833.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/9588120-15412760.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2016-05-31T13:05:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/9588120-15412760.jpg?v=1464692738" alt="Quatrième rencontre de République Moderne: "Quelle politique étrangère pour la France?" le 15/06 à l’Assemblée nationale" title="Quatrième rencontre de République Moderne: "Quelle politique étrangère pour la France?" le 15/06 à l’Assemblée nationale" />
     </div>
     <div>
      Le grand basculement du monde vers l’Asie – Pacifique, le rôle des nouveaux États émergents, condamnent-ils l’Europe et la France au déclin ?       <br />
              <br />
       Comment contribuer à la réorientation de l’Union européenne et à l’essor d’une Europe européenne ?       <br />
              <br />
       Quelle contribution la France peut-elle apporter à la solution pacifique des crises au Proche et Moyen Orient, au Sahel, ou au développement de l’Afrique ?       <br />
              <br />
       Comment construire l’indépendance nationale dans le nouveau désordre du monde, et définir la politique étrangère d’une France républicaine ?       <br />
              <br />
       <b>Quelle politique étrangère pour la France ? »       <br />
       Mercredi 15 Juin 2016       <br />
       De 17h à 20h30       <br />
       A l’Assemblée nationale, salle Colbert, 126 rue de l'université, Paris</b>       <br />
              <br />
       Pour en débattre, République Moderne accueillera :       <br />
       <b>Arnaud Montebourg</b>, ancien ministre       <br />
       <b>Hervé Gaymard</b>, ancien ministre       <br />
       <b>Loïc Hennekinne</b>, ambassadeur de France, ancien secrétaire général du Quai d’Orsay       <br />
       <b>Thierry de Montbrial</b>, président de l’IFRI       <br />
       et <b>Jean-Pierre Chevènement</b>, président de République Moderne
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Inscription préalable indispensable avant le jeudi 9 juin à 16h00.</b>       <br />
              <br />
       Compte tenu du dispositif de sécurité de l’Assemblée nationale, il est impératif de renvoyer l’ensemble des informations mentionnées ci-dessous à l’adresse suivante : <a class="link" href="javascript:protected_mail('repmoderne@gmail.com')" >repmoderne@gmail.com</a> jusqu'au jeudi 09/06/2016 (vous recevrez un mail de confirmation). La présentation d’une pièce d’identité à l’accueil de l’Assemblée nationale sera impérative. Nous insistons bien sur l’obligation de nous envoyer ces informations avant la date limite, aucune dérogation ne sera accordée de la part du service de sécurité de l’Assemblée nationale.       <br />
              <br />
       Nom : ……………………………………………………………………       <br />
              <br />
       Prénom : ……………….……………………………………………….       <br />
              <br />
       Date de naissance : …………………………………………………….       <br />
              <br />
       Lieu de naissance : …………………………………………………….
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Quatrieme-rencontre-de-Republique-Moderne-Quelle-politique-etrangere-pour-la-France-le-15-06-a-l-Assemblee-nationale_a1833.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Politique étrangère et intérêt national</title>
   <updated>2016-02-19T09:51:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Politique-etrangere-et-interet-national_a1815.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/8976001-14242447.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2016-02-19T09:51:00+01:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Discours de Jean-Pierre Chevènement, devant le groupe de travail "politique étrangère de la France" de l'IFRI, jeudi 18 février 2016.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/8976001-14242447.jpg?v=1455870864" alt="Politique étrangère et intérêt national" title="Politique étrangère et intérêt national" />
     </div>
     <div>
      <b>Introduction</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Principes</span>       <br />
              <br />
       La place de la politique étrangère dans les institutions peut être centrale ou subordonnée : c’est ainsi que Couve de Murville écrit « C’est devenu presque un lieu commun de dire que la Ve République pendant onze ans, fut d’abord sinon essentiellement, une politique extérieure, la pensée du général de Gaulle ayant été tout entière dominée par la volonté de rendre à la France dans le monde, la place et le rôle qu’il estimait devoir lui revenir, et son action, dans tous les autres domaines, ne visait qu’à réunir les moyens d’atteindre cet objectif suprême. » (1)       <br />
              <br />
       Cette ambition n’a pas survécu longtemps au général de Gaulle. Les choix opérés par les Présidents Giscard d’Estaing et Mitterrand en matière européenne ont abouti à des transferts massifs de souveraineté que leurs successeurs n’ont nullement remis en cause, bien au contraire ; Notre diplomatie a conduit la France à revenir dans le giron de l’Alliance atlantique, et cela bien après la fin de la guerre froide : le retour à l’organisation militaire intégrée de l’OTAN intervient en 2008, presque vingt ans après la chute du Mur de Berlin.        <br />
              <br />
       Pourtant l’indépendance nationale n’a rien perdu de son sens dans un monde « zéropolaire ». Reste à le démontrer, comme y incite le rapport Védrine sur la réintégration de l’organisation militaire de l’OTAN par la France. Si l’indépendance redevient le maître mot de notre politique étrangère, si la France continue à se définir comme pont entre les cultures et trait d’union entre les nations, alors la politique étrangère peut redevenir centrale dans notre politique car elle éclaire et donne sens à l’ensemble.        <br />
              <br />
       Reste le problème des moyens : La France se flatte encore de disposer de la gamme complète des instruments de la puissance. A l’horizon 2050, elle peut théoriquement demeurer dans le peloton de tête des dix ou douze premières nations (Le P5, l’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Brésil et un petit nombre d’« émergents »). Mais si l’érosion de sa substance matérielle, principalement industrielle, se poursuit, la contradiction apparaîtra entre une économie déclinante et le maintien des outils de sa puissance. C’est la question des moyens qui, alors, devient centrale.       <br />
              <br />
       A quelles conditions soutenables la France peut-elle retrouver la croissance nécessaire à son maintien au rang des grandes nations indépendantes ? La dialectique de la fin et des moyens, dans le cadre des contraintes européennes que nous avons acceptées, pose le problème de la volonté politique. En d’autres termes, la France a-t-elle les ressources non seulement matérielles mais aussi morales qui lui permettent de rester une « grande nation » ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>I – L’intérêt national aujourd’hui</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">1.	De l’effacement au regain du sentiment national</span>       <br />
              <br />
       Peu de décisions aujourd’hui se prennent encore explicitement à l’aune de l’intérêt national (quel est sur tel ou tel dossier l’intérêt du pays ?). Le concept même est devenu évanescent. On évoque plus volontiers les « valeurs » qui fonderaient la politique étrangère de la France que son « intérêt » qui serait, par définition, médiocre. La référence aux « Droits de l’Homme », abstraitement définis, a relégué à l’arrière-plan l’intérêt du pays et l’adage gaullien selon lequel « il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités ». On a oublié que le réalisme en politique étrangère était plus soucieux des moyens de la France et souvent plus conforme aux intérêts de l’Humanité : « aller à l’idéal et comprendre le réel », disait déjà Jaurès.        <br />
              <br />
       Le sentiment de la France s’est affaissé, particulièrement dans les élites, depuis le début des années 1970, renouant ainsi avec une évolution déjà sensible dans les années 1920-1940. Fin du gaullisme ? Ressac à retardement des années quarante ? Remords colonial ? Choix de l’Europe, « notre avenir », ou tout simplement effet de trois décennies de « globalisation », comme disent les Anglo-Saxons, où l’idée de la France se dissout, presque par définition, dans le « global » ?         <br />
              <br />
       Or, le vent a, semble-t-il, tourné. La crise de 2008 n’a pas été surmontée. La mécanique européenne s’est enlisée : avec la crise de la monnaie unique et celle des migrants dans l’espace Schengen, l’idéologie du « postnational » a fortement reculé dans l’opinion. Surtout, depuis les attentats de 2015, le peuple français se resserre autour de la Nation, de la République et de leurs symboles. Un  regain de patriotisme se manifeste dans le peuple. La nation reprend des couleurs. Le besoin se fait sentir de « recaréner » la République pour affronter la zone de tempêtes dans laquelle nous sommes entrés, sans doute pour longtemps.        <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">2.	Intérêt national, intérêt européen, intérêt de l’Humanité</span>       <br />
              <br />
       Pour relever la notion même d’intérêt national, il faut évidemment l’inscrire dans un « grand dessein ». Celui-ci peut-il être « l’Europe » ? Mais laquelle ? L’Union européenne à vingt-huit ? La zone euro à dix-neuf ? Ou la « Grande Europe », celle de la géographie, incluant la Russie ? Les contours de l’Europe sont flous. Le sentiment d’appartenance va d’abord à la nation. A la différence des Etats-Unis créés, au départ, autour de treize colonies britanniques, l’Europe est faite d’une trentaine de peuples dont l’identité s’enracine dans une Histoire séculaire, voire millénaire. L’impossibilité de faire émerger à vue d’homme une « nation européenne » rend illusoire aujourd’hui, et sans doute pour longtemps, l’idée d’un « grand saut fédéral ». On le voit avec la monnaie unique, coiffant une zone économique hétérogène où les écarts se creusent naturellement sans que des transferts financiers d’ampleur puissent les compenser, pour des raisons politiques plus encore que juridiques (clause de « no bail out » (2)). Beaucoup plus réaliste que l’idée d’une Fédération européenne, en l’absence d’un sentiment d’appartenance européenne assez puissant, apparaît l’idée d’une Confédération, tendant à bâtir pour le siècle qui vient, une « Europe européenne », renforçant dans les domaines essentiels les solidarités qui unissent, de fait, les grands pays européens. Une telle confédération, née du sentiment d’une solidarité de destin, reposerait sur des coopérations renforcées et peut impliquer des délégations de compétences pourvu qu’elles soient démocratiquement contrôlées. Cette voie est la seule qui permette de concilier l’idée européenne et le respect de la démocratie, à laquelle les peuples européens sont attachés.       <br />
              <br />
       On ne peut donc substituer « l’intérêt européen » à l’intérêt national. L’intérêt de l’Humanité, d’un point de vue éthique, est d’ailleurs au-dessus de l’intérêt européen. La République a le souci des valeurs universelles, mais dans le respect des principes du droit international (souveraineté, liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes). L’intérêt européen se confond trop souvent avec la promotion des standards et des normes de l’économie ou de la démocratie libérales, au risque, parfois, de l’ingérence. L’intérêt national consiste donc en priorité, selon moi, à défendre et à fortifier la République dans le cadre d’un grand dessein européen (« l’Europe européenne ») et mondial (le développement et la paix).        <br />
              <br />
       La globalisation libérale modifie la hiérarchie des puissances. La montée de la Chine et des émergents entraîne un déclin relatif des pays anciennement industrialisés. Mais ces mutations ne doivent pas conduire à restaurer des « blocs » : l’Occident d’un côté, les émergents de l’autre. L’Occident est pluriel et les émergents le sont aussi. La globalisation, fondée sur la croyance en l’efficience des marchés, conduit en fait au chaos. Pour le prévenir, elle suscite des formes nouvelles d’allégeance. De nouveaux « blocs » apparaissent dans la vie internationale (l’OTAN, les BRICS, etc.). Mais ces blocs sont largement artificiels. Ils coagulent toujours des nations : ce sont les nations qui restent les briques de base de l’ordre international. Le rôle de la France est de contribuer au dialogue des nations et des cultures parce qu’elle n’est pas un pays « occidental » comme un autre. Parce qu’elle a une vocation universaliste, elle ne peut réduire sa politique étrangère à un simple « occidentalisme ». L’indépendance doit rester le maître-mot de notre politique extérieure. Toute politique étrangère est porteuse d’une vision du monde. C’est cette « Weltanschaung » républicaine, au sens classique du terme, qui doit inspirer la politique étrangère de la France dans les temps difficiles qui sont devant nous. La République n’est pas un concept dépassé. Face aux intégrismes religieux, il y a un recours : c’est le patriotisme républicain. La République est, depuis deux siècles, le nom moderne de la France. Celle-ci plonge ses racines dans un passé plus ancien dont la République est l’héritière. Il n’y a donc pas lieu d’opposer la France et la République. Ceux qui pensent que la France a commencé en 1789 se trompent, comme se trompent ceux qui pensent qu’elle s’est arrêtée en 1789. Le patriotisme républicain englobe tout notre passé. C’est cet enracinement dans notre plus vieille histoire qui nous permettra de faire reculer l’hydre du terrorisme et de donner son plein sens à la laïcité : non pas un simple « édit de tolérance », mais une croyance profonde en la capacité des citoyens à trouver ensemble, par l’exercice de la Raison naturelle et dans une fraternité en action, la définition du bien commun. Le patriotisme républicain fait corps avec toute notre Histoire, comme l’ont toujours compris les grands fondateurs ou refondateurs de la République, de Ferry à De Gaulle, sans oublier Marc Bloch. C’est ce patriotisme républicain qui nous permettra de « faire France » à nouveau et de continuer notre Histoire.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">3.	Comme le patriotisme républicain, le concept d’intérêt national (« Quel est l’intérêt du pays ? ») ne peut donc se comprendre pleinement qu’à la lumière des réalités qui ont façonné la France, celles de la géographie et celles de l’histoire longue.</span>       <br />
              <br />
       <span class="u">a)	La France, c’est d’abord sa géographie particulière </span>       <br />
       « Tout pays, disait Napoléon, a la politique de sa géographie ». La France est à la fois un cap et un isthme.        <br />
       -	Elle est le cap du continent eurasiatique. Les migrations s’arrêtent à l’Océan. Son peuple est naturellement issu de mélanges. De cette situation de cap de l’Eurasie découlent deux tropismes : l’un continental, l’autre océanique et deux axes de politique étrangère : l’un tourné vers l’Europe, l’autre vers le grand large, c’est-à-dire vers le monde.       <br />
       -	Mais la France est aussi un isthme entre la Manche et la Méditerranée : Elle est donc naturellement un trait d’union entre le Sud et le Nord de l’Europe. Il lui incombe donc de rendre vivable cette coexistence de deux Europe(s) très différentes. De son ouverture méditerranéenne découlent également deux politiques étrangères : l’une tournée vers l’Afrique, l’autre vers le Proche et le Moyen-Orient.        <br />
       -	La géographie a également donné à la France une richesse agricole longtemps sans équivalent en Europe et par conséquent une démographie qui a été longtemps dominante et pourrait le redevenir au XXIe siècle, après un hiver démographique prolongé, de la fin du XVIIIe siècle à 1945.       <br />
              <br />
       <span class="u">b)	Plus encore que de la géographie, la France est le fruit de l’Histoire : elle est une création suprêmement politique :</span>       <br />
              <br />
       -	La vocation à l’indépendance :        <br />
       La France n’est ni l’Allemagne ni l’Angleterre. Dès le Moyen-Age, elle s’est distinguée des deux autres principales puissances européennes avec lesquelles elle aurait pu se confondre : l’Allemagne (« le roi de France est empereur en son Royaume ») et l’Angleterre (Jeanne d’Arc, à la fin de la guerre de Cent Ans  entend « bouter l’Anglais hors de France »). La France est ainsi indépendante par vocation.        <br />
              <br />
       Elle a su, après Pavie (1525), desserrer l’étreinte de l’Empire de Charles Quint et établir pendant plus d’un siècle et demi (1648-1815) une hégémonie continentale.  Mais elle a perdu à Trafalgar et Waterloo la guerre d’hégémonie maritime et mondiale qu’elle avait engagée avec l’Angleterre qui a su coaliser l’Europe contre la Révolution et l’Empire. Cette défaite manifeste le handicap qui résulte de notre double vocation maritime et continentale. Ce handicap est l’envers de nos atouts.        <br />
              <br />
       -	Mais la défaite militaire et politique de la France en 1815 a eu pour contrepartie une victoire intellectuelle et morale, celle des principes posés par la Révolution française.        <br />
       La Révolution française a dans l’Histoire de la France une centralité incontestable : proclamation des droits de l’Homme et du Citoyen, de la souveraineté nationale et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, affirmation de la laïcité dans l’espace public et du rôle de l’Ecole dans la formation du citoyen, construction d’un modèle républicain fondé sur le triptyque – liberté – égalité – fraternité – et doté d’une dynamique propre (la République, en 1945, s’est voulue « sociale ») recherche, en toutes circonstances, d’un intérêt général commun à tous les citoyens, idée du service public,  définition de « biens communs ».        <br />
              <br />
       -	Ce modèle républicain français qui a besoin d’être constamment refondé s’est répandu largement et a influencé l’Europe (traité de Versailles) et le reste du monde à commencer, dès le XIXe siècle, par l’Amérique Latine. Les anciens Empires coloniaux et l’Empire soviétique ont accouché ensuite de jeunes nations, il est vrai aujourd’hui souvent encore fragiles. Mais il n’y a pas de raison de penser que le modèle républicain soit périmé. Simplement il lui faut du temps pour s’inscrire peu à peu dans l’Histoire. Il est frappant de voir que le modèle issu de la Révolution française a survécu à celui né de la Révolution de 1917, qui prétendait le dépasser.        <br />
              <br />
       La France s’était créée, au XIXe siècle, en compensation de ses déboires continentaux (Waterloo et Sedan), un deuxième Empire colonial d’où procèdent aujourd’hui une vingtaine de nations indépendantes mais qui ont partagé un temps notre Histoire. Les deux guerres mondiales ont marqué la fin de l’hégémonie des nations européennes au profit des Etats-Unis mais aussi la victoire des idéaux démocratiques d’où ont découlé aussi la décolonisation et la généralisation au monde entier du modèle de l’Etat-nation. Dans ce bilan – provisoire – de l’Histoire, la France peut reconnaître la trace d’une influence dont elle n’a pas à rougir et dont les autres peuples n’ont pas perdu le souvenir.       <br />
              <br />
       <span class="u">c)	La France doit au général de Gaulle d’avoir, au XXe siècle, sauvegardé et modernisé le modèle républicain.</span>       <br />
       Il a, de 1940 à 1945, maintenu la France parmi les démocraties combattantes et ainsi remise au rang des vainqueurs à l’issue d’une longue guerre de trente ans (1914-45). Il a donné à la Libération un contenu économique et social avancé au modèle républicain, à travers le programme du CNR.        <br />
       En 1958, les institutions de la Ve République ont fait du Président de la République « l’homme de la nation ». Le français, consacré comme langue de la République, est aussi aujourd’hui la langue de la francophonie (plus de 200 millions de locuteurs). La dissuasion nucléaire permet à la France d’assurer sa défense par elle-même, en dernier ressort. C’est le fondement ultime qui autorise l’exercice d’une politique étrangère indépendante. La France, enfin, est depuis 1945 l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies. A ce titre, elle se doit de respecter et de faire respecter la légalité internationale, à commencer par les principes qui fondent l’ordre international : souveraineté des Etats, autodétermination des peuples, non-ingérence, concept que vise à tempérer, depuis 2005, la notion de « responsabilité de protéger ».        <br />
              <br />
       Si je rappelle ces principes, c’est qu’ils doivent être intégrés par nos décideurs, qui ont eu tendance à s’en écarter ces dernières années (Lybie, Syrie) au plus grand dommage non seulement des populations concernées et de la stabilité du monde mais aussi du rôle de médiation qui, dans un monde pluriel, devrait naturellement incomber à la France.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">4.	On ne peut pas définir une politique étrangère sans une certaine projection vers ce que sera le XXIe siècle.</span>       <br />
              <br />
       a)	<span class="u">La montée des pays dits émergents et d’abord de la Chine restera la tendance de fond</span>, par-delà les phases de ralentissement voire de crise. La démographie, l’effet de rattrapage, la mondialisation même, y contribueront. Par temps de crise, ces pays sauront, grâce à l’effet de taille, se doter mieux que d’autres de plans nationaux de développement.       <br />
              <br />
       b)	Dans ces conditions, <span class="u">les Etats-Unis</span> verront inéluctablement s’éroder leur poids relatif qui reste, aujourd’hui encore, dominant. Ils ont pu vérifier les limites du « hard power » et répugnent aux engagements au sol. Le Président Obama a entrepris une reconversion de leur politique extérieure, mais le « smart power » que les Etats-Unis exercent se fait autant au détriment de leurs alliés que de leurs adversaires : je veux notamment parler de l’extraterritorialité du droit américain qui pénalise gravement nos entreprises, non seulement par le fait des amendes colossales qui leur sont infligées que par l’effet de tétanisation exercé sur nos banques. Nous perdons ainsi des milliards de dollars dans notre commerce avec la Russie et avec l’Iran par l’effet d’une interprétation extensive des sanctions internationales et notamment américaines. <span class="u">Notre tradition d’indépendance nationale devrait nous conduire à suspendre la ratification du traité de libre-échange transatlantique tant qu’un accord ne sera pas intervenu pour mettre un terme à l’abus de position dominante manifeste que constitue l’extraterritorialité du droit américain.</span>        <br />
              <br />
       c)	 Notre politique étrangère s’est coulée depuis une douzaine d’années dans <span class="u">un « occidentalisme » à courte vue</span>, comme s’il fallait resserrer les rangs derrière les Etats-Unis face à la montée des émergents (Chine, Russie, Iran, etc.). Si les Etats-Unis restent nos alliés de toujours et si notre alliance reste structurante pour le monde de demain, ils doivent aussi respecter nos intérêts. Ce n’est pas le cas dans nos rapports avec la Russie et l’Iran par exemple. Il ne faut donc pas confondre alliance et alignement. Avant de faire partie de la famille des nations occidentales, la France fait partie de la famille des nations humaines. Tout en restant fidèle à ses engagements vis-à-vis de ses alliés européens et occidentaux, la France doit développer ses relations avec les émergents lointains que sont la Chine, l’Inde, le Brésil, mais aussi les émergents plus proches que sont la Turquie et surtout l’Iran avec lequel il est temps de rebâtir une relations de long terme, et bien sûr le monde arabe, notre voisin immédiat : le Maghreb, l’Egypte, le Machreck et les pays du Golfe.       <br />
              <br />
       d)	<span class="u">L’indépendance de notre politique étrangère qui répond à la vocation de la France reste une posture adaptée au monde actuel.</span> L’Occident est pluriel. La France y tient une place originale. Mais les émergents eux-mêmes sont pluriels. Nous ne sommes pas dans un match où des puissances anciennement colonisées ou dominées par l’Occident auraient résolu de concert de prendre une revanche historique sur une Europe qui les aurait jadis humiliées. Au contraire, beaucoup d’entre eux ont besoin que l’Europe s’affirme comme un acteur indépendant et non comme un « sous-ensemble » dominé par les Etats-Unis. Evitons les manichéismes. Nous ne sommes pas engagés dans une guerre de civilisations. Il appartient à la France de rompre les engrenages fatals dont se nourrissent l’islamisme radical d’un côté et le néoconservatisme occidentaliste de l’autre.       <br />
              <br />
       e)	<span class="u">Notre posture au XXIe siècle.</span>       <br />
       -	Il faut dépasser ces cycles de ressentiment et développer l’empathie à l’égard d’aires culturelles que nous devons connaître mieux. Le monde est pluriel et le maintien du rôle de la France implique que nous restions un passeur entre les cultures.       <br />
       -	L’empathie à l’égard des autres ne signifie pas le déni de soi-même. Notre modèle républicain, souvent critiqué, est plus probablement en avance sur beaucoup d’autres, car la laïcité est une garantie de paix civile entre les citoyens et de concorde entre les religions. Nous n’avons pas à nous excuser d’être ce que nous sommes. Simplement devons-nous faire comprendre le modèle républicain sans agressivité, à la lumière de l’Histoire et des valeurs qu’il porte de liberté et de paix civile.       <br />
       -	Notre politique étrangère doit rompre aussi bien avec un occidentalisme inféodé qu’avec une version pénitentielle de notre Histoire. Le récit national a ses ombres, mais il a aussi ses lumières : le pays qui a fait la Révolution française n’a pas à rougir de son Histoire et la France n’occupe pas la première place au podium des méfaits du colonialisme. Bref, dans nos rapports internationaux, nous devons assumer ce qui fait l’originalité et l’universalité de la France, dans l’esprit de ce que j’ai appelé, comme ministre de l’Education Nationale, « l’élitisme républicain », soucieux simultanément d’assurer l’égalité des chances entre les hommes et de reconnaître les mérites de chacun. La France, au XXIe siècle,  doit continuer d’incarner à la fois la démocratie et l’excellence. Nous ne ferons pas, en effet, l’économie de l’effort et de l’innovation, dans une compétition mondiale exacerbée.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – La question de l’Europe est évidemment centrale dans la définition de notre politique étrangère.</b>       <br />
              <br />
       Il y a soixante-cinq ans qu’a été engagée, à l’initiative de la France par un geste généreux à l’égard de l’Allemagne, celui de Robert Schuman, en 1950, et celui du général de Gaulle, en 1962, la construction européenne : cela nous donne plus qu’un droit d’aînesse : une responsabilité particulière dans la refondation de l’Europe.  Bien sûr notre économie a besoin d’être adossée à un marché puissant : l’Europe, au sens large, représente 70 % de nos exportations. Mais force est de reconnaître que l’Europe à vingt-huit n’est plus l’Europe à Six des commencements.       <br />
              <br />
       Les élargissements successifs ont déporté vers l’Est le centre de gravité de la construction européenne. La construction communautaire, avec sa Commission à vingt-huit, est devenue impotente et inefficace et de surcroît illisible pour les peuples. J’observe simplement la montée en puissance dans les institutions européennes du Conseil européen, tout simplement parce que les chefs d’Etats et de gouvernement incarnent seuls une légitimité démocratique évidente. En effet, le Parlement européen « juxtapose la représentation de vingt-huit peuples », aux dires mêmes du Tribunal Constitutionnel de Karlsruhe, bref il n’est pas vraiment un Parlement, en l’absence d’un « demos européen ». La démocratie implique un sentiment d’appartenance qui rend acceptable la loi de la majorité par la minorité. Ce sentiment d’appartenance existe dans les nations. Au niveau européen il y a seulement le sentiment d’appartenir à une même famille de nations. Ainsi, nous rapprochons-nous du modèle gaulliste de « l’Europe des nations » : il faut pour cela outiller le Conseil européen et sans doute à terme revoir les traités pour enregistrer le déplacement vers le Conseil européen du centre de gravité des institutions européennes.       <br />
              <br />
       Tout aussi importante est la question de nos relations avec la Russie. Dans l’Europe à vingt-huit, la relation avec la Russie est prise en otage par les pays de l’Union européenne qui sont ses voisins et qui relaient trop facilement un vieux rêve de la politique étrangère américaine consistant à enfoncer, à travers l’Ukraine, un coin entre l’Europe et la Russie. Ce dessein méconnaît une réalité profonde : la Russie est non seulement un pays européen mais un pays essentiel à l’Europe. Ce serait une hérésie de vouloir  construire l’Europe contre la Russie. Celle-ci éprouve le sentiment de ne pas avoir été payée de retour, après la chute du communisme en 1989-91, à laquelle elle a contribué de manière décisive. Nous avons beaucoup d’intérêts communs, économiques et géopolitiques. Dans des régions comme le Caucase et l’Asie Centrale, nous n’avons pas intérêt à l’affaiblissement de la Russie. Celle-ci est un partenaire incontournable sur un grand nombre de dossiers. Elle est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’Europe ne pèsera pas au plan international, si elle n’établit pas de relations de confiance avec la Russie.        <br />
              <br />
       Le « partenariat oriental », conçu en 2009, n’a pas tenu compte des intérêts de la Russie et a abouti à une crise ukrainienne qui était parfaitement évitable dans le cadre d’une vaste zone de libre échange, de l’Atlantique au Pacifique. L’enlisement du processus de Minsk, suite au refus de l’Ukraine d’appliquer le volet politique de l’accord et notamment d’adopter une révision constitutionnelle prévoyant la décentralisation du Donbass, risque de conduire à un nouveau conflit. Cette fixation sur l’Ukraine nous détourne des vraies menaces – le terrorisme djhihadiste – et des vrais défis -  le non-développement et la crise migratoire. La levée des sanctions frappant la Russie devrait être à l’ordre du jour de la politique étrangère française. Pour peser dans le monde au XXIe siècle dominé par les Etats-Unis et la Chine, l’Europe et la Russie doivent redéfinir leur partenariat sur la base de leurs intérêts communs. Il faut donc travailler au rétablissement de relations confiantes et d’un équilibre stable de sécurité en Europe garanti par un nouveau traité incluant l’ensemble des pays européens et les Etats-Unis. C’est la seule voie raisonnable, si nous ne voulons pas recréer sur notre continent une nouvelle guerre froide, grosse de conflits politiques et militaires qui nous détourneraient de l’essentiel : la pacification durable du Moyen-Orient et une initiative majeure de co-développement avec l’Afrique.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Le Proche et le Moyen-Orient constituent par excellence la région où la France peut jouer un rôle utile en exerçant une puissance de médiation. </b>       <br />
              <br />
       Entre Israël, la Palestine et le monde arabo-musulman, une occasion unique se présente encore de faire reconnaître à la fois un Etat palestinien dans ses frontières de 1967, et la garantie de la sécurité d’Israël, par la présence à ses frontières de contingents militaires des cinq pays membres permanents du CSNU.        <br />
              <br />
       Un désordre sans précédent s’est installé au Moyen-Orient depuis un demi-siècle, du fait d’interventions extérieures déstabilisatrices (Irak, Lybie, Syrie) mais aussi de facteurs endogènes (échec des nationalismes arabes, montée de l’islamisme radical, absence de démocratie, impasse des « révolutions arabes », antagonismes politico-religieux, etc.). On ne remédiera pas à ce désordre sans revenir à quelques principes simples :       <br />
              <br />
       1.	Le soi-disant Etat-islamique est une menace pour le monde entier, et d’abord pour les pays musulmans. Son élimination rapide est une priorité.       <br />
       2.	Plutôt qu’un remodelage du Moyen-Orient, gros de nouveaux conflits, il faut s’orienter vers la restauration de l’intégrité territoriale des Etats qui existent depuis un siècle (Irak, Syrie notamment), à condition qu’ils soient rendus vivables pour leurs populations : Irak fédéral, gouvernement représentatif à Damas. La crise syrienne n’est pas seulement une crise interne (« révolution arabe »). Elle est aussi depuis 2012 une guerre par procuration entre l’Arabie Séoudite, le Qatar et la Turquie d’une part et l’Iran d’autre part. Il est temps de le reconnaître.       <br />
       3.	Le début de la restauration d’une gouvernance mondiale entre les Etats-Unis et la Russie, après l’accord du 14 juillet 2015 avec l’Iran, doit s’approfondir et recueillir le soutien de la France. Celle-ci doit jouer un rôle de pont et non de frein pour la normalisation des rapports intersyriens comme des relations entre l’Arabie Séoudite et l’Iran. L’alignement pur et simple sur l’Arabie Séoudite n’est pas une politique. Le gouvernement français doit concourir à la réussite de la Conférence de Genève sur la Syrie : un gouvernement d’union nationale doit pouvoir préparer des élections ouvertes à tous sous l’égide des Nations Unies. Il ne sert à rien de poser des conditions qui rendent tout progrès ultérieur impossible. La France ne peut jouer un rôle de médiation que si elle apparaît comme un pays indépendant et non aligné par avance sur les positions de tel ou tel protagoniste.        <br />
       4.	Les quatre acteurs régionaux principaux : Turquie – Iran  - Egypte – Arabie Séoudite doivent contribuer à éteindre les conflits en cours au Yémen et à réduire le terrorisme d’un soi-disant Etat islamique là où il se manifeste.        <br />
       5.	De même faut-il associer l’Egypte et l’Algérie au règlement de l’affaire libyenne. Cela passe par la reconstitution d’un gouvernement libyen unique et la construction d’un Etat.       <br />
       6.	Au total, la France, de concert avec les Etats-Unis et la Russie, doit faire prévaloir le principe de la stabilité des Etats non seulement en Irak et en Syrie mais aussi :       <br />
       -	en Egypte       <br />
       -	au Yémen par une reprise des relations entre l’Arabie Séoudite et l’Iran ;       <br />
       -	en Turquie où le problème kurde doit être réglé « en interne » ;       <br />
       -	en Lybie, enfin, où le soutien de l’Algérie est crucial.       <br />
              <br />
              <br />
       IV – De même <b>en Afrique</b>, la stabilité des pays du Sahel implique que soient reconstituées (ou  constituées) dans chaque pays des forces régaliennes (armée-police) sans lesquelles il n’y aura pas de sécurité ni par conséquent  de développement. Les déséquilibres démographiques faciles à anticiper sont colossaux. Ils commandent une initiative européenne, voire mondiale, de grande ampleur pour aider les Etats africains et notamment ceux du Sahel à se mettre sur pied et à engager un immense effort de développement en matière d’agriculture, d’eau, d’électricité, d’infrastructures de transports et de télécommunications, d’éducation à la santé et à la maîtrise de la démographie, d’enseignement enfin. La francophonie doit comporter en priorité un projet de formation des enseignants. Elle a besoin d’être repensée (ou même simplement pensée). Or, le projet francophone aujourd’hui n’est pas porté par l’Etat français. Il a été délégué à des Agences qui ne disposent que de moyens médiocres en dehors de la bonne volonté de ceux qui les animent. Il y a une contradiction manifeste entre le discours sur la francophonie et la réalité de l’action publique. Ce problème doit être traité au plus haut niveau. L’Afrique doit aussi se développer au plan industriel, en visant d’abord à satisfaire ses besoins de base : industries agroalimentaires, textiles, habillement, chaussures, etc. Il n’y a aucune raison pour que ne s’y développent pas par ailleurs, dans ces secteurs ou dans d’autres, des unités de production compétitives à l’échelle mondiale.       <br />
              <br />
       Il faudra favoriser les investissements croisés entre notamment l’Europe, le Maghreb et les Etats du Sahel de façon à stabiliser cette région fragile qui pourrait, en l’absence d’une telle initiative, devenir une véritable « mine » pour toute l’Afrique et pour l’Europe, à l’horizon d’une quinzaine d’années.        <br />
              <br />
       Le reste de l’Afrique a davantage de ressources et d’atouts, mais les Etats aussi y sont fragiles. La France a une responsabilité particulière parce qu’elle connaît l’Afrique et parce que celle-ci est partiellement francophone mais ses moyens ne lui permettront pas de faire face, si elle ne suscite pas une initiative européenne « Afrique », de grande ampleur. Il est vain de croire que la force Barkhane pourra assurer longtemps la sécurité des pays du Sahel et plus généralement des pays africains. C’est à eux qu’il revient de prendre rapidement la relève, à peine de graves mécomptes dans un avenir proche.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>V – Asie et Amérique Latine</b>       <br />
              <br />
       Si elle veut rester une puissance mondiale, la France ne peut être absente de l’Asie. C’est le continent de l’avenir mais c’est là aussi que résident les plus graves menaces pour la paix du monde. La France doit s’investir en Asie et d’abord à travers l’apprentissage des langues par ses nationaux : chinois en premier lieu mais aussi japonais, coréen, hindi, ourdou, vietnamien, bahasa indonesia. La France doit avoir une politique à long terme avec la Chine, l’Inde, le Japon. Politique de paix et d’équilibre mais aussi volonté de tisser des liens privilégiés entre notamment la Chine et l’Europe. En effet, la Chine a besoin d’un interlocuteur politique en Europe et la France comme l’Europe ont besoin de pouvoir dialoguer avec la Chine pour ne pas se laisser enfermer dans les pinces du G2.       <br />
              <br />
       De même, l’Amérique Latine à laquelle nous relient de profondes affinités culturelles a besoin d’une Europe indépendante des Etats-Unis. La latinité doit être une composante de notre politique étrangère … Une France indépendante retrouverait en Amérique Latine le prestige qu’elle a laissé s’éroder.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>VI – Europe européenne et choix du monde</b>       <br />
              <br />
       1.	Au total la France ne doit pas renoncer au choix européen mais en revoir les modalités pour construire une « Europe européenne » capable d’exister par elle-même et pour elle-même, bref d’être un acteur à part entière de la politique mondiale. Un tel choix implique le resserrement des solidarités entre les grands Etats européens, au plan économique, industriel, technologique mais aussi en politique extérieure pour faire face aux défis que constituent l’abus de leur position dominante par les Etats-Unis, le rachat éventuel de nos entreprises stratégiques par l’une ou l’autre des Superpuissances de demain, et enfin les menaces de déstabilisation venues du Sud : terrorisme, immigration non contrôlée. L’accueil durable sur notre sol doit être proportionné à la capacité d’intégration du pays. Pour continuer à « faire France » à nouveau, il faut que le pays ait envie de faire d’étrangers des Français et prenne les moyens d’une véritable politique d’intégration. Il faut aussi que les nouveaux citoyens aient envie de s’intégrer à la France. C’est l’image que donne la France, à elle-même et aux autres, qu’il faut relever. Dans ces conditions, l’immigration pourra être un atout pour la France.        <br />
              <br />
       2.	La construction d’une « Europe européenne » est un projet de longue haleine. Elle ne dispense nullement la France de faire le choix du monde, bien au contraire. Les grandes entreprises multinationales françaises sont les vecteurs privilégiés de cette ouverture mais y contribuent aussi nos 125 000 entreprises exportatrices encore trop peu nombreuses par rapport aux 350 000 allemandes ainsi que nos 2,5 millions de concitoyens vivant à l’étranger. Le réseau de nos établissements d’enseignement joue également un rôle majeur. Enfin, les DOM-TOM doivent davantage contribuer au rayonnement de la France dans leur espace géographique.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>VII – La contradiction majeure : entre les outils et les moyens de la puissance.</b>       <br />
              <br />
       La France pourra-t-elle maintenir un réseau diplomatique qui est le deuxième mondial, une dissuasion nucléaire crédible, une capacité de « projection de forces » significative, tout en veillant à la protection de son territoire et de sa population,  si elle ne sort pas de la stagnation dans laquelle elle semble s’être enfermée depuis près de dix ans ?        <br />
              <br />
       Notre compétitivité stagne ou s’érode si on la mesure par le déficit de  nos échanges de produits manufacturés (hors énergie et matériels de défense) : 23 Milliards  en 2015 contre 13,7 en 2008 et par la faible progression de nos exportations globales (455 Milliards en 2015 contre 417,6 Milliards en 2008). Notre tissu industriel s’effiloche. Nos grands groupes passent sous pavillon étranger (Arcelor, Pechiney, Alcatel, Alstom, Lafarge). Rien de tout cela n’était inévitable.       <br />
              <br />
       Dans le système de la monnaie unique, nous ne pouvons plus dévaluer. Nous avons laissé se creuser l’écart avec nos compétiteurs européens : écart des coûts, salariaux et généraux d’abord, mais aussi de la compétitivité par l’innovation, du fait de la réduction des marges des entreprises qui n’investissent pas assez, notamment dans la recherche. Nous enregistrons ainsi un déficit avec tous les pays de la zone euro. Soit on change ce système (monnaie commune par exemple), soit on opère les fameuses « réformes » que tous les gouvernements appellent de leurs vœux sans que le contenu en soit jamais précisément défini. J’ai cru comprendre qu’il s’agissait principalement du temps de travail, du coût du travail à travers les heures supplémentaires et de la durée de l’indemnisation du chômage. J’observe que ces réformes doivent être politiquement soutenables. Si elles intervenaient, elles ne le feraient pas dans le même contexte économique porteur que les réformes Schröder de 2004. Le chemin de la dévaluation compétitive, s’il est suivi par tous, nourrit la récession. C’est bien le reproche qui est fait à la monnaie unique dans tous les pays du Sud de l’Europe. Globalement d’ailleurs, le taux de croissance dans la zone euro est inférieur de moitié à celui des Etats-Unis et inférieur à celui de nombreux pays européens situés en dehors (Grande-Bretagne, Suède, Pologne, etc.) sans parler de la Chine et de l’Inde qui caracolent entre 6,5 et 7,5 %.        <br />
              <br />
       Le peuple français peut-il être convaincu de la nécessité de l’effort ? Nous ne travaillons pas assez. Mais la répartition et la rémunération de l’effort comptent aussi parce que la demande est le moteur de la croissance. Naturellement la politique salariale devrait être définie à l’échelle européenne. J’entends que la compétitivité par les coûts passe aussi par des économies. Certaines ont été effectuées. D’autres sont certainement possibles … Mais j’observe que les réformes autour desquelles on fait grand tapage – la réforme territoriale par exemple – ne rapportent en fait aucune économie mais constitueront au contraire un facteur de dispersion et de désorganisation des Administrations régionalisées de l’Etat.        <br />
              <br />
       Le modèle mercantiliste allemand (excédent commercial de 8,5 points du PIB) doit tenir compte des responsabilités qui incombent à l’Allemagne en Europe. Un modèle de développement plus tourné vers le marché intérieur permettrait de nourrir une croissance européenne plus forte.       <br />
              <br />
       Que faire ? La compétitivité par l’innovation est préférable à la compétitivité par les salaires. Mais le niveau de l’investissement en France ne permet pas de nourrir assez les innovations. Nous voilà « au rouet », ramenés au casse-tête des parités internes à l’euro. Il serait souhaitable de combler les écarts qui se sont creusés depuis 1999 entre grands pays industriels européens. Pouvons-nous convaincre nos amis allemands de mener en Europe une stratégie plus coopérative ? S’ils veulent que la France puisse jouer, à leurs côtés,  son rôle d’équilibre et de proposition en Europe, ils le comprendront, dans leur intérêt même. Mais s’ils restent indifférents à la strangulation ottomane dont souffre, pour des raisons historiques et structurelles anciennes, l’économie française par rapport à la leur, en régime de change bloqué, il appartiendra à un gouvernement français désireux de prévenir une dérive extrémiste, de prendre les mesures que commande le salut public, et cela dans l’intérêt de l’Europe tout entière. Le temps des choix difficiles est devant nous. Les marges sont étroites. Seul y réussira un gouvernement de large rassemblement qui devra inventer une politique assez nouvelle et ambitieuse pour qu’elle puisse susciter l’adhésion populaire.       <br />
              <br />
       Le peuple français est ainsi placé en face de choix décisifs : Quel est aujourd’hui l’intérêt du pays ? Voulons-nous que la France reste une grande nation et sommes-nous prêts à en prendre les moyens ou acceptons-nous l’effacement de la France ? Un regain de patriotisme s’observe dans notre peuple depuis les attentats de 2015. Mais il faut que ce patriotisme inspire l’action collective et que les élites elles-mêmes en donnent l’exemple, notamment  à la tête de nos grandes entreprises par les choix de localisation, la politique des rémunérations ou par le comportement quotidien (refus de l’évasion fiscale et de la débine permanente de la France). Si une rupture s’opère dans l’attitude des élites, je suis convaincu que le peuple, dans sa masse, acceptera de relever le défi de l’effort. Là est la clé. La France, comme elle a su le faire à plusieurs reprises dans son Histoire, a besoin de prendre un nouveau départ. Sinon, de crise en crise, ce serait l’effacement et la fin de la France. Qui se résignerait d’un cœur  léger, à la disparition de ce qui fut une très grande chose ? Pour ma part, je garde confiance : les secousses prévisibles à l’horizon favoriseront ce nouveau départ, si une élite, dès aujourd’hui, se dégage pour le préparer.       <br />
              <br />
       -----       <br />
       1. Couve de Murville, <span style="font-style:italic">Une politique étrangère, 1958-1969</span>, p. 15, Plon 1971.       <br />
       2.  Clause qui interdit le renflouement des Etats.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Le 13 novembre : une césure historique</title>
   <updated>2015-12-03T19:28:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Le-13-novembre-une-cesure-historique_a1783.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2015-12-03T19:27:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
      Les attentats du 13 novembre marquent une césure profonde dans l’Histoire longue de notre pays, un peu comme mai 1968 l’avait fait en sens inverse, en clôturant les trois décennies qu’avait dominées la figure du général de Gaulle et en donnant le champ libre à l’idéologie libérale-libertaire.       <br />
              <br />
       Le 13 novembre 2015 (le 13.11) donne son congé définitif à cette idéologie qui s’était épanouie dans les trois décennies du néolibéralisme triomphant.  L’Europe, telle qu’elle a été conçue et construite montre aujourd’hui ses limites : Schengen est une passoire. La monnaie unique a creusé le gouffre d’un chômage de masse qui touche d’abord les jeunes. La « défense européenne » apparaît pour ce qu’elle est : un mythe mité. La France doit d’abord compter sur ses propres forces.       <br />
              <br />
       C’est autour de la France et de la République que le pays se rassemble. La nation républicaine, communauté des citoyens, apparaît comme le recours, et non pas la nation ethnique. C’est la puissance tranquille de ce sursaut national qui frappe. La France sent qu’elle doit relever le défi d’une profonde mutation : l’intégration des jeunes nés de l’immigration. Le communautarisme n’est évidemment pas la réponse mais au contraire l’adhésion à la nation française de tous ceux qui, au fond d’eux-mêmes, doutaient et quelquefois se vivaient comme des « Français de papiers ». Ce temps est révolu : un Français, c’est un citoyen français. On a le droit de ne pas être français mais quand on l’est, c’est pour l’être pleinement.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      De l’Etat hier venait tout le mal. Il incarne aujourd’hui le salut. Les nouveaux féodaux se croyaient à la mode. Le moment est venu de revenir à une conception républicaine de la décentralisation. L’hyperindividualisme se déchaînait. Le citoyen se réveille, car les droits de l’Homme ne peuvent être garantis que par l’exercice d’une citoyenneté active. Le civisme découle et se nourrit du patriotisme républicain. A la permissivité doit succéder le respect de la loi et de son esprit. Au laxisme maquillé aux couleurs de l’angélisme, le droit à la sûreté et le respect dû à la force publique, dès lors qu’elle est exercée au bénéfice de tous. Au pédagogisme qui plaçait l’élève construisant ses savoirs au centre de l’Ecole, doit succéder la reconstruction d’une Ecole républicaine moderne remettant à l’honneur la transmission et l’acquisition des savoirs et des valeurs.        <br />
              <br />
       A la politique extérieure inféodée doit succéder une politique étrangère indépendante. A l’occidentalisme et à l’interventionnisme extérieur systématique, une Europe européenne ouverte à la coopération la plus large et d’abord avec l’Afrique et le Moyen-Orient qu’il faut réconcilier avec la justice et ouvrir à la modernité. En matière militaire, la protection du territoire et des populations devra venir compléter la capacité de projection.       <br />
              <br />
       Une nouvelle période historique s’ouvre. La France pourrait y disparaître. Mais elle ne disparaîtra pas. Elle relèvera les défis qui sont devant elle. Il nous revient de construire la France moderne, ouverte, faisant de tous ses enfants, quelle que soit leur origine, autant de bras ouverts aux cultures du monde.        <br />
              <br />
       Le pire reste possible : l’engrenage des haines, des ressentiments et de la violence conduirait à la guerre civile. C’est ce que veulent les ennemis de la France. Mais le pire n’est pas sûr. Nous l’éviterons en relevant le défi moral qui nous a été jeté. C’est en elle-même que la France trouvera les ressources pour se mettre à la hauteur des temps difficiles qui sont devant elle : sang-froid, courage, générosité. Ce défi est aussi une chance, s’il est relevé. C’est pourquoi nous le relèverons, par la force de l’âme. Nous ferons ainsi surgir une France renouvelée, armée pour les défis du XXIe siècle. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Jean-Pierre Chevènement, une histoire politique"</title>
   <updated>2014-10-05T19:13:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-une-histoire-politique_a1664.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <published>2014-10-05T11:51:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission "La voix est libre" sur France 3 Franche-Comté, samedi 4 octobre 2014. Il répondait aux questions de Jérémy Chevreuil.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim :</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> Je suis allé au terme de ce que je pouvais faire comme parlementaire. J'ai été élu pour la première fois il y a 41 ans, en 1973. Mais Jean-Pierre Chevènement peut exister autrement qu'en étant sénateur ou député dans le paysage politique. Par conséquent, je continuerai à m'exprimer.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai consacré l'essentiel de mon temps à l'action politique, mais une politique qui ne se séparait pas du combat des idées, par conséquent aussi à la lecture, à la réflexion. Je pense être resté fidèle à cette conception très ancienne de la politique, où on ne sépare son engagement politique d'une vision du monde. C'est un engagement de l'être tout entier au service de ses concitoyens, de son pays. Par conséquent, on ne se ménage pas. On lui accorde peu de repos.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Au moment où on approchait de la fin du septennat du général de Gaulle, l'idée de refonder la Ve République sur des bases de gauche, d'unir la gauche, avec un Parti Socialiste entièrement rénové (je suis l'un des principaux artisans du congrès d'Epinay), est enthousiasmante. Et cela a réussi. J'ai adhéré au Parti Socialiste en 1964. L'alternance avec François Mitterrand fonctionne en 1981. C'était un travail de patience, et je m'y suis pleinement investi, en rédigeant notamment les programmes du PS.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'accident d'anesthésie de Jean-Pierre Chevènement</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Cet épisode a renforcé mon caractère, mais il ne l'a pas changé.       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai une bonne santé, c'est ce que les médecins m'ont dit, car j'ai surmonté une épreuve qui m'a été très difficile. Mon cœur s'est arrêté pendant 55 minutes. Il fallait ensuite récupérer. J'étais aussi très motivé. Je pense que cela m'a donné une certaine force.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Mes amis, qui sont des laics intransigeants, ne voulaient surtout pas que je sois miraculé d'autre chose, d'où l'expression « le miraculé de la République ». Le miracle devait s'être déroulé dans le strict espace républicain et laic. C'est une plaisanterie !       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai vu la mort à deux ou trois reprises d'assez près dans ma vie. Pendant la guerre d'Algérie, je me suis fait arrêté en quelque sorte par une police supplétive, des gens qui n'avaient aucune formation, et je revois le pistolet mitrailleur appuyé sur mon estomac, avec la culasse en arrière, dans une position extrêmement dangereuse. Et heureusement, quelqu'un pousse un cri de l'autre côté. Et le « policier » occasionnel tend sa mitraillette dans la direction opposée. Donc je ne me suis pas fait prier, et j'ai pris la poudre d'escampette. C'était en juillet 1962, les premiers jours de l'indépendance de l'Algérie.        
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/fb8e362f7884c003fb7520c1ba55933ec91f37e6" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur les 3 démissions de Jean-Pierre Chevènement</span>       <br />
       <ul class="list"><li> En février 1983, j'avais une discussion avec François Mitterrand sur la politique industrielle, dont je lui réclamais les moyens. Quand je suis revenu au ministère de l'Industrie, les journalistes m'attendaient pour une conférence de presse, et m'ont demandé ce que je pensais de la négociation qui allait s'engager sur le maintien ou non de la France dans le Système Monétaire Européen. Et j'ai donc dit : « <span style="font-style:italic">Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l'ouvrir, ça démissionne</span> ». Et j'ai ajouté que pour le moment je fermais ma gueule. J'ai démissionné du gouvernement le mois suivent.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'ai pas quitté le gouvernement sur un choix mineur, ou des questions de susceptibilité, mais sur des questions majeures. L'accrochage du franc au mark allait déterminer  toute la politique ultérieure de libéralisation.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai démissionné une seconde fois pour protester contre la première guerre du Golfe en 1991. Je n'y reviens pas. On en voit aujourd'hui les résultats. Le Califat islamiste, c'est la conséquence de cette première guerre du Golfe, redoublée par une seconde, qui a détruit l'Irak, alors qu'on pouvait éviter cette guerre, je vous le certifie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai démissionné la troisième fois à propos de la question corse. Transférer le pouvoir réglementaire aux régions, c'est revenir à l'Ancien régime, où on changeait de loi plus souvent que de cheval, comme disait Voltaire en traversant la France ! Cela devient un pays éclaté, ce n'est plus la République. La République comporte une loi, qui est la même pour tous. L'idée que l'on puisse transférer, non seulement le pouvoir réglementaire, mais aussi le pouvoir législatif à la Corse, me hérissait.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut dire non à des choses très importantes. J'aurais pu démissionner mille fois ! En 1988-89, quand j'ai vu qu'en application de l'Acte unique, on allait libéraliser les mouvements de capitaux, non seulement à l'intérieur de l'Europe mais aussi vis-à-vis des pays tiers, sans aucune harmonisation fiscale, croyez-moi, j'ai ouvert ma gueule en Conseil des ministres ! Mais j'étais le seul. Tous les arbitrages avaient été rendus. Par conséquent ça s'est fait, au 1er janvier 1990. Cette décision est fondatrice du capitalisme financier, dans la crise duquel nous nous débattons aujourd'hui. Peut-être que là j'aurais pu démissionner, et peut-être même l'aurais-je dû.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur les conséquences de la première guerre du Golfe</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Si je raisonne dans le cadre de notre politique extérieure, de notre politique arabe, de notre politique au Moyen-Orient, oui, je considère que François Mitterrand a fait une grave erreur en participant à la guerre du Golfe. Il a retourné la politique qui était celle du général de Gaulle. Et pour moi, c'était très dur à supporter, parce que j'adhérais à cette politique.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La modernisation du monde arabe devait être encouragée, et pas les tendances les plus fondamentalistes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On voit aujourd'hui le résultat : on a cassé l'Irak, qui était le verrou par rapport à l'Iran. On a ouvert la voie à Ben Laden et à Al Qaeda, et aujourd'hui les sunnites irakiens se sentent laissés pour compte, et se sont livrés au Califat islamiste.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Très franchement, je ne sais pas ce que sera la suite, mais nous n'avons pas fini de boire le calice jusqu'à la lie.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur les cycles politiques de longue période de la gauche</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> François Mitterrand à Epinay, a pris la tête du PS alors qu'il n'en avait pas la carte 24 heures auparavant, cela notamment grâce à l'aide du CERES. Mais il avait été le candidat de l'union de la gauche en 1965, et c'est cela qui lui avait donné une stature extrêmement attirante pour les couches populaires.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Avec l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, beaucoup de choses ont changé. L'abolition de la peine de mort, la décentralisation, la retraite à soixante ans, les lois Auroux, une certaine démocratisation de l'enseignement... beaucoup a été fait. Mais il y a un retournement fondamental qui est intervenu au milieu des années 1980. L'ampleur de ce qu'on a appelé la « parenthèse libérale », qui ne s'est jamais refermée, l'ampleur de la conversion au libéralisme, la dérégulation appliquée non seulement en France, mais aussi en Europe et dans le reste du monde, est immense.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a malheureusement des Français éminents, considérés en tout cas comme tel, Jacques Delors et un certain nombre d'autres technocrates bien connus, qui ont joué un rôle tout à fait décisif au printemps 1983, et par la suite au moment de l'Acte unique, qui étend le néo-libéralisme a toute l'Europe, puis la monnaie unique, en 1992.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Soyons clairs : la gauche au pouvoir aujourd'hui n'est pas la même gauche. Nous ne sommes plus dans la même situation. La globalisation financière s'est installée, via l'Europe et en particulier le nœud français de 1983, par le ralliement de la Chine à l'économie de marché en 1979, et l'implosion de l'URSS en 1991.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La masse des capitaux, qui font ce que l'on appelle les marchés financiers, sont les arbitres de vie ou de mort des entreprises et des États. Nous sommes dans un monde très différent, et par conséquent, il faut imaginer une stratégie nouvelle, qui reste fidèle aux inspirations initiales.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous sommes dans un monde où il faut penser que la France soit un pays qui reste inspiré et voué à l'universel, voué à servir de pont entre l'Occident et les pays émergents.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur François Mitterrand</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> En 1979, François Mitterrand me reçoit à son domicile. Me raccompagnant, il se penche vers moi et me dit : « Vous savez Jean-Pierre, nous sommes d'accord sur tout, vous et moi. Mais malheureusement, à votre différence, je crois que, à notre époque, la France ne peut plus faire autre chose que passer à travers les gouttes ». C'est une des rares phrases que j'ai noté, parce que je pense qu'elle a bien symbolisé jusqu'à l'épisode de la guerre du Golfe.        
       </li></ul><ul class="list"><li> François Mitterrand était un homme qui a commis des erreurs. Le traité de Maastricht en était une, et elle n'était pas mince ! Mais pour autant, c'était un homme tout à fait fascinant, qui avait un recul historique, une culture, qui impressionnait. Les hommes politiques d'aujourd'hui sont formés à une autre école.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'ENA</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai donné mon sentiment sur l'ENA dans un petit livre, intitulé : « <span style="font-style:italic">L'énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise</span> », en 1967, que j'ai écrit avec deux copains sous le pseudonyme de Jacques Mandrin. En fait, l'ENA c'est deux concours : un concours d'entrée et un concours de sortie. Il faut les réussir ! Mais entre les deux, ce n'est rien.        
       </li></ul><ul class="list"><li> A l'ENA, je n'ai appris qu'à servir le vin ! C'est l'anecdote que je raconte pour faire rire : mon préfet, chez lequel je faisais un stage dans le Morbihan, m'avait appris à tourner le goulot de la bouteille, de telle manière que d'un coup sec, je pouvais éviter que la goutte ne tombe sur la nappe.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur quelques considérations liées à notre époque</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Avec la mondialisation libérale, on trouve le triomphe de l'argent. Les gens sont mus davantage par l'envie de gagner de l'argent. C'est le règne de la pantoufle, du parachute dorée. Il y a aussi l'instantanéité, le court-termisme qui s'est substituée à la réflexion de long terme.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le système médiatique s'est profondément transformé. Il y a beaucoup plus de télévisions et de radios, les réseaux sociaux sont là... Chacun est en position d'être le valet de chambre de tous les hommes politiques que nous avons en activité !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il n'y a plus de respect du secret de l'instruction, de la présomption d'innocence, de la vie privée. Je pense que c'est regrettable.        
       </li></ul><ul class="list"><li> De Gaulle disait : « <span style="font-style:italic">L'autorité ne va pas sans prestige, et le prestige ne va pas sans éloignement</span> ». Aujourd'hui, l'éloignement n'est plus possible. Tout se diffuse, les conseillers parlent, les attachés parlent... Pratiquement, pour être sûr de garder un secret, il faut le garder pour soi-seul, et n'en parler à personne !        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la Russie et l'Ukraine</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour faire l'histoire, il ne faut pas se mettre à la remorque des États-Unis. Prenons le cas de l'Ukraine. Je pense que l'histoire s'est passée d'une façon différente de ce qui nous est raconté. Je pense que les tords sont très partagés. On donne une description souvent outrée de la Russie d'aujourd'hui. La Russie d'aujourd'hui, ce sont des classes moyennes qui partent à l'assaut des aéroports. La Russie, ça change.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur Manuel Valls</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que Manuel Valls a été un très bon ministre de l'Intérieur. Il a très bien compris le rôle de la règle : la règle protège, et la liberté écrase. Pour être un bon Premier ministre, il doit savoir que la République ne s'applique pas qu'à l'ordre public : la République, c'est aussi quelque chose qui doit intervenir dans l'ordre économique et social. Il pose à bon escient le problème de l'euro, qui est une monnaie surévaluée, qui nous plombe depuis trop d'années, qui a contribué largement à notre désindustrialisation.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur la campagne présidentielle de 2002</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne me suis pas préparé à être Président de la République ou Premier ministre. En 2002, mon intention était de créer un courant républicain qui pèse suffisamment sur la gauche plurielle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Tout ce que j'ai dit reste juste, et les axes principaux de ma campagne, je peux les reprendre aujourd'hui à mon compte. Mais je ne me suis pas préparé à être Président de la République quand je le pouvais, c'est à dire au moment où j'ai été élu député, à l'âge de 34 ans. Si à ce moment là, j'avais voulu me mettre dans la roue de François Mitterrand, je n'aurais pas fait le CERES, j'aurais caché mes dissentiments, je n'aurais  démissionné en aucune circonstance. J'aurais alors peut-être pu devenir Président ou Premier ministre, mais ce n'est pas sûr. Et en agissant de la sorte, je me serais confondu avec la couleur de la muraille.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je considère qu'il est très injuste de faire de moi le bouc-émissaire de la défaite du candidat socialiste, qui lui doit quand même beaucoup, par sa politique et par sa campagne, qui n'était quand même pas formidable. Et pourquoi avoir donné des parrainages à Besancenot ? Pourquoi n'avoir pas découragé Taubira qui était prête à se retirer ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> Lionel Jospin n'avait pas accroché quelques étoiles à son firmament. Je le lui ai dit sous cette forme en 2000. C'était un très bon Premier ministre, avec beaucoup de compétence, mais je pense qu'il n'avait pas la capacité de devenir Président de la République. Il n'avait pas la vision. Il avait été pour la Constitution européenne. Il avait été l'un des suppôts de Maastricht. L'expression « <span style="font-style:italic">parenthèse libérale</span> » est la sienne à l'origine. On ne peut pas dissimuler que nous avions deux lignes différentes. Ce n'est pas criminel !       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur le Front National</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je n'ai pas du tout le même itinéraire que Marine le Pen. Sur des sujets fondamentaux, nous ne pensons pas du tout la même chose. Le problème aujourd'hui, c'est de savoir comment on desserre la contrainte monétaire. Ce que je propose est quand même plus fin que ce que propose Marine le Pen.        
       </li></ul><ul class="list"><li> S'agissant de la République, je la crois fondée sur la citoyenneté. L'idée que l'on puisse distinguer un Français par son origine me fait horreur.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a des gens qui se revendiquent de moi dans tous les partis politiques. Ma pensée a essaimé largement, et peu, je crois, au FN, parce que je suis un partisan ardent de la citoyenneté, que la France est naturellement un pays métissé. Je demande simplement à ceux qui veulent la nationalité française de respecter la loi républicaine, et l'esprit de la loi : se conformer à quelques usages raisonnables.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je combats le racisme, l'islamophobie, l'antisémitisme, tout ce qui vise à ranger les Français dans une catégorie particulière. Je pense que quand on est citoyen français, on est citoyen français. Point final.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Pour Belfort</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Avoir été maire de Belfort pendant plus ou moins 30 ans, c'est une charge, mais c'est d'abord un honneur. Belfort est devenue une ville universitaire. Le TGV, après 25 ans d'efforts, y arrive. Les fondements industriels ont été consolidés, et je n'y suis pas tout à fait pour rien. L'organisation territoriale a été modifiée. Nous avons répondu à la disparition de Bull par une stratégie : Technum. Il y a aujourd'hui, sur le site de Technum, autant d'emplois qu'il y en avait à l'époque de Bull et d'Alstom. Il a fallu intervenir constamment pour que le bateau reste à flot et continue d'avancer.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'avenir de la gauche</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> La vie politique procède par cycles de longue durée. La gauche reviendra quand elle se sera refondée intellectuellement, qu'elle aura pris la mesure du monde, qu'elle aura une nouvelle grille de lecture qui lui permettra de comprendre où elle se situe et où elle doit aller. J’œuvrerai pour ma part, dans les années qui me restent, à lui fournir ces clefs, à faire ce travailleur d'instituteur républicain, à montrer que la France reste un grand pays universaliste, qui peut tendre la main à tous, qui peut jouer un rôle pour construire une Europe européenne, peser dans le monde de demain entre les États-Unis et la Chine, défendre notre modèle social en le modernisant.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je préside la Fondation Res Publica, qui en est à son 85ème cahier - un immense travail de fond y est fait par les meilleurs experts, dans tous les domaines. Je traduirai aussi cette œuvre sous la forme des livres que je vais écrire. Il y aura certainement quelque chose que je ferai sur la théorie de la République, qui me paraît un peu oubliée, pour montrer la cohérence du concept, sur le récit national, qui doit être vrai et non falsifié, pour redonner à la France l'estime de soi qui lui manque tellement, et puis construire un programme de Salut public ! </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/7f45f68989d639d6cfb168b259539662fdb16377" width="608" height="372">
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     <div>
      <span style="font-style:italic">Sur les questions de sécurité</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Sauvageons et racaille, cela n'a rien à voir ! Sauvageons, c'est un arbre non-greffé. En utilisant ce terme, je pointais le défaut d'éducation. Racaille, c'est une expression choquante. J'ai tendance à penser qu'il faut toujours offrir une voie de rédemption. Je suis toujours pour des réactions très proportionnées. Sauvageon, ça n'a peut-être pas été compris, beaucoup ont été choqués car ils ont entendu « sauvage », mais ils ont fait des progrès en Français, puisque je leur ai expliqué ce que ça voulait dire !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y avait une très mauvaise conception de la sécurité à gauche. On se mettait toujours à la place des victimes, on était dans la culture de l'excuse. Tout cela faisait sûrement honneur au cœur tendre de ceux qui exprimaient cette vision, mais la réalité c'est qu'il y a une délinquance qu'il faut combattre. La sécurité est quand même l'un des premiers droits de l'homme et du citoyen.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Sur ces questions, il y a en fait une double démagogie : un angélisme de gauche, et une démagogie de droite, un catastrophisme qui ne paraît pas non plus très raisonnable. Il y avait 1000 personnes qui étaient tuées chaque année quand j'étais ministre de l'Intérieur, aujourd'hui c'est 600. On ne dit jamais les choses qui vont mieux. Quant aux chiffres... les policiers étaient astreints à en produire sous Sarkozy. Ils ne faisaient plus la police, ils remplissaient des formulaires pour faire les statistiques !       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur de Gaulle, Mitterrand et Chirac</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai eu l'occasion de déjeuner avec le Président Chirac, qui m'a dit : « <span style="font-style:italic">Il y a deux grands présidents, de Gaulle et Mitterrand. Moi je me sens plutôt mitterrandiste</span> ». J'ai failli lui répondre, et je le fais devant vous, que moi je me sens plutôt gaulliste, car je sais ce que la France doit au général de Gaulle. Il n'y a pas d'équivalent à l'effondrement de 1940 dans notre histoire, et si la France continue, c'est grâce à de Gaulle. De Gaulle a aussi su trancher le nœud gordien de l'Algérie. Il fallait que l'Algérie soit indépendante.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'admire de Gaulle comme étant le plus grand homme d’État français du XXe siècle. J'admire aussi François Mitterrand mais pour d'autres raisons. Et surtout, je suis attaché à l'homme qu'était François Mitterrand, plus qu'à ses choix politiques d'ailleurs, avec lesquels je me suis dissocié, de son temps.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'état de la gauche à Belfort</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Le candidat que j'avais installé dans le fauteuil du maire de Belfort a changé de parti après sa défaite aux législatives. C'était un choix malheureux pour lui-même. Je me suis senti blessé dans la fidélité à ce qu'était nos idées communes. C'était une question de dignité et d'intérêt. Il avait une chance d'être réélu, en restant au MRC. Il a fait le choix inverse, il a divisé son camp, et il porte lui, et ceux qui l'ont débauché, la responsabilité de cette échec.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Mais je vous l'ai dit, je suis optimiste pour le long terme. La vague va et vient, et elle reviendra. La gauche refondée, républicaine, reviendra à Belfort.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">FC Sochaux ou Eurockéennes ?</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> J'étais plutôt footballeur, j'étais ailier, mais il y a très longtemps.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour ce qui est du rock, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. La création des Eurockéennes doit tout à Christian Proust.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il m'arrive d'aller au stade voir Sochaux ou au Stade de France.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'ai quand même organisé, comme ministre de l'Intérieur, la Coupe du Monde de 1998 : croyez-moi, ce n'était pas de la tarte !        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur l'association France-Algérie</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis Président de l'association France-Algérie. J'irai la semaine prochaine 4 jours en Algérie. Je suis très attaché à préserver le continuum entre ces deux pays. Il s'est passé beaucoup de choses entre la France et l'Algérie. J'essaye de maintenir des liens entre les sociétés civiles : un prix de cinéma, un prix littéraire... </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-une-histoire-politique_a1664.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Crise ukrainienne, crise de l’Europe</title>
   <updated>2014-04-18T13:25:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Crise-ukrainienne-crise-de-l-Europe_a1616.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/6541088-9865321.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2014-04-17T15:31:00+02:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Article de Jean-Pierre Chevènement à paraître dans le numéro de mai 2014 de la Revue Défense Nationale     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6541088-9865321.jpg?v=1397741405" alt="Crise ukrainienne, crise de l’Europe" title="Crise ukrainienne, crise de l’Europe" />
     </div>
     <div>
      Il serait tout à fait erroné de présenter la crise ukrainienne comme une « surprise stratégique ».       <br />
              <br />
       <b>Une transition avec l’ère soviétique peu coopérative.</b>       <br />
       Déjà en 2006, alors que Georges W. Bush était au milieu de son deuxième mandat, la question de l’entrée dans l’OTAN de l’Ukraine (et de la Géorgie) avait provoqué une mini-crise au sein même de l’Organisation entre l’Allemagne et la France, qui y étaient hostiles, et les Etats-Unis qui, en fin de compte, n’avaient pas trop insisté.       <br />
              <br />
       C’est que l’Ukraine est le « gros morceau » d’un problème plus vaste, celui des ex Républiques soviétiques qui se sont détachées politiquement de la Russie, en décembre 1991, mais dont les liens de tous ordres avec elle demeurent étroits (minorités russes – étroitesse des relations économiques…)       <br />
              <br />
       Le cas des Pays Baltes a été réglé par le retour au statut qui était le leur avant 1939 et leur inclusion dans l’Union européenne et dans l’OTAN. Mais partout ailleurs, une situation nouvelle s’est créée : en Ukraine, en Biélorussie, en Moldavie, dans le Caucase, en Asie centrale, ces pays anciennement soviétiques ont plus ou moins admis le principe de l’économie de marche, privatisé de larges pans de leur appareil productif, au bénéfice de quelques oligarques, eu recours à des élections plus ou moins transparentes pour désigner leurs dirigeants. De tous ces nouveaux pays, l’Ukraine est évidemment celui que la Russie considère comme lui étant le plus proche par l’Histoire (elle a fait partie de l’Empire russe depuis 1657), l’intensité des relations économiques, en particulier dans les régions industrielles de l’Est de l’Ukraine et enfin la culture (proximité linguistique-orthodoxie sauf dans la partie galicienne, catholique uniate, et tournée vers l’Europe Centrale, hier la Pologne, avant-hier l’Autriche-Hongrie).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La Russie depuis 1991 a vu avec inquiétude l’inclusion des PECOs dans l’Union européenne et surtout l’extension de l’OTAN à l’Est, contrairement aux engagements pris en 1990 au moment de la réunification de l’Allemagne. La persistance à l’Ouest d’un schéma binaire Europe-Russie, alors que l’URSS avait disparu, a peu à peu réveillé en Russie un nationalisme obsidional qui a culminé au moment de la guerre du Kosovo et de son détachement de la Serbie (1999). C’est à ce moment là que le premier Président de la Russie, Boris Eltsine a appelé comme Premier ministre Vladimir Poutine. Celui-ci, élu Président en 2000, en 2004, puis réélu en 2012, après le mandat de D. Medvedev, s’est acquis une certaine popularité dans l’opinion publique russe en rétablissant l’ordre, la croissance économique (+7% par an dans la décennie 2000-2010) et en donnant le sentiment d’interrompre le déclassement stratégique de la Russie (deuxième guerre de Tchétchénie, conflit géorgien (2008), accord New Start avec les Etats-Unis (2010)).       <br />
              <br />
       C’est peu dire que la Russie n’a pas vu d’un bon œil les « révolutions de couleur » soutenues par les Etats-Unis dans les pays qu’elle considère comme faisant partie de son « étranger proche », c'est-à-dire de sa zone d’influence traditionnelle. Les pays de la CEI sont ainsi devenus un enjeu entre l’Union européenne et la Russie avec, en arrière-plan, l’OTAN et les Etats-Unis, peu désireux d’atténuer les tensions.       <br />
              <br />
       La réélection de Vladimir Poutine, en 2012, et l’effacement de M. Medvedev qui incarnait un certain « soft power » russe, mais dont l’image avait été atteinte par le « feu vert » qu’il avait donné, en 2011, à l’intervention de l’OTAN en Libye, ont ressuscité les tensions (affaire Magnitski - tentation russe d’idéologiser l’opposition entre un Occident hyperindividualiste et décadent et une Russie restée fidèle aux valeurs traditionnelles, à quoi répond un retour de russophobie dans les pays occidentaux).       <br />
              <br />
       <b>Ces remugles de guerre froide correspondent-ils à quelque chose de profond ?</b>       <br />
        Pour ma part, j’en doute. En effet, les bases matérielles et idéologiques qui opposaient deux systèmes économiques et politiques et deux visions du monde incompatibles n’existent plus. L’URSS a disparu, ce dont nos médias en général tardent à s’aviser. La Russie est certes un vaste pays, grand comme trente quatre fois la France, mais son étendue même et la rigueur de son climat sont source d’innombrables difficultés. La démographie russe est stagnante. Avec 140 millions d’habitants, la Russie d’aujourd’hui est deux fois moins peuplée que l’URSS il y a vingt-deux ans. Sa population est au niveau de celle l’Empire tsariste en 1914. Le peuple russe est un grand peuple européen. 20% de sa population est de tradition musulmane (Tatars, Bachkirs de la Volga, Caucase du Nord, Sibérie méridionale) ou allogène (Sibérie du Nord, extrême Orient russe).       <br />
              <br />
       Entre l’Europe et l’Asie la Fédération de Russie (plus de 80 « sujets » c'est-à-dire entités constitutives) est un gigantesque « Etat-tampon » entre l’Europe et l’Asie ; elle est à cet égard indispensable et incontournable, comme elle l’est également par sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, par sa puissance nucléaire, par ses richesses énergétiques et par l’attrait de sa culture.       <br />
              <br />
       Economiquement, le PNB russe se situe au 8ème rang mondial. La Russie réalise près de la moitié de son commerce extérieur avec l’Union européenne principalement l’Allemagne (total des échanges de 74 Milliards d’euros), l’Italie (30 milliards) et la France (23 milliards).       <br />
              <br />
       Raisonnons en cinétique : dans quelques années (vers 2020), le PNB chinois aura rattrapé celui des Etats-Unis. Les capacités financières et budgétaires de la Chine vont égaler voire dépasser celles des Etats-Unis dans la prochaine décennie. Dans un XXIe siècle que structurera toujours plus la bipolarité sino-américaine, la place de l’Europe va continuer à rétrécir à tous points de vue, démographique (Europe : 20 % de la population mondiale en 1900, 7 % aujourd’hui, 4 % en 2050), mais aussi économique et budgétaire.       <br />
              <br />
              <br />
       Dans de nombreux domaines, l’Union européenne ne pèsera plus assez lourd en 2050 pour exister face à la concurrence des Etats-Unis, de la Chine, voire d’autres pays émergents, à supposer qu’elle le veuille. Or, quelles que soient les tentations « eurasiatiques » de la Russie, il faut se persuader que celle-ci est d’abord « d’Europe ». Sa culture est européenne. Les aspirations de son peuple la tournent vers l’Europe, à commencer par celles des classes moyennes nombreuses qui s’y développent rapidement et offrent un marché aux produits européens. Cela ne l’empêche pas de chercher des débouchés en Asie pour son gaz, mais c’est une autre affaire… Si nous raisonnons toujours en cinétique, nous serons amenés à constater que l’Europe occidentale et la Russie, si elles ne coopèrent pas dans l’avenir, seront amenées à « sortir du jeu » dans un monde dont le centre de gravité se sera définitivement fixé au milieu de ce siècle dans le Pacifique.       <br />
              <br />
       On comprend que les néoconservateurs américains ne voient pas d’un bon œil le resserrement de la coopération entre les deux parties de l’Europe. Pourtant d’anciens secrétaires d’Etat comme MM. Kissinger ou Breszinski à la vue moins myope en viennent à admettre ce qu’ils appellent « une finlandisation » de l’Ukraine (terme qui évoque quand même la guerre froide). Sans doute dans leur esprit le « problème russe » n’a-t-il pas la même ampleur que le « problème chinois ».       <br />
              <br />
       <b>La crise ukrainienne : distorsions et erreurs</b>       <br />
       Ce détour par la Russie permet de relativiser l’ampleur de la crise ukrainienne de 2014. Celle-ci traduit l’incapacité à penser ce que Georges Nivat appelle « la troisième Europe », après la première et la seconde,  celles d’avant et d’après la chute du mur de Berlin. L’implosion de l’URSS a créé un « espace post-soviétique » voué pour l’essentiel après 1991 aux « thérapies de choc » libérales. Les Etats-Unis, à l’époque des Présidents Bill Clinton et George W. Bush ont encouragé les « révolutions de couleur ». Si la Russie, humiliée, a voulu reprendre la main dans son « étranger proche », on ne peut pas dire que l’Union européenne ait fait preuve de beaucoup de perspicacité dans le traitement du problème « post-soviétique ».       <br />
              <br />
       La principale erreur a été de vouloir traiter séparément le partenariat stratégique avec la Russie et le partenariat oriental avec les autres membres de la CEI. Le partenariat stratégique avec la Russie se trouvait en 2012 dans l’impasse (libéralisation non achevée des visas – « troisième paquet énergétique » en panne, etc.) quand les premiers accords d’association avec l’Ukraine, la Moldavie, l’Arménie, etc. commencèrent à être finalisés.       <br />
              <br />
       Certes la politique de l’Union européenne porte la marque d’impulsions contradictoires, provenant les unes des pays voisins (Pologne et pays baltes), les autres de l’Allemagne, de l’Italie et de la France, les pays anglo-saxons cultivant, à l’enseigne des « Droits de l’Homme », une idéologie non exempte d’une certaine russophobie. L’exportation des standards de la démocratie occidentale et d’une économie de marché concurrentielle ne pouvait que se heurter à la réalité des économies et des régimes post-soviétiques. La Russie elle-même s’efforçait de promouvoir une zone de libre-échange eurasiatique dont l’Ukraine était le gros morceau. Ces deux projets de « libéralisation » auraient pu confluer sur le papier. Dans la réalité, il n’en a rien été. Le bras de fer engagé avant le sommet de Vilnius (28 novembre 2013) entre le projet d’accord d’association porté par l’Union européenne et l’accord financier et gazier russo-ukrainien, a tourné à l’avantage de la Russie, le Président ukrainien Yanoukovitch ayant fait monter les enchères pour céder aux offres, plus alléchantes, il est vrai, de la Russie (15 milliards de prêts et forte réduction des prix du gaz russe). C’était sans compter sur les « tropismes européens » de l’Ukraine, pays composite et fragile, et le soulèvement de Maïdan, encouragé par maints dirigeants européens et américains. La destitution et la fuite du Président Yakounovitch aboutissaient à la formation d’un nouveau gouvernement ukrainien dont la Russie conteste la légitimité.        <br />
              <br />
       L’annexion de la Crimée a été la réplique apportée par la Russie à ce processus évidemment inconstitutionnel. Cette réplique viole évidemment la convention de Budapest de 1994 enlevant à l’Ukraine ses armes nucléaires mais garantissant en retour ses frontières de l’époque. Il est vrai que celles-ci étaient récentes, le décret rattachant une Crimée, historiquement russe, à l’Ukraine résultant d’un caprice de Khrouchtchev, lui-même ukrainien et désireux de commémorer, à sa façon, le trois-centième anniversaire du rattachement de l’Ukraine à la Russie. Ce transfert, à l’époque soviétique, ne changeait rien à la réalité du pouvoir. Il ne donna lieu à aucun référendum qui eût permis de connaître l’avis des Criméens.       <br />
              <br />
       Le viol de la légalité internationale était cependant caractérisé. Il n’est guère douteux non plus que les « forces locales d’autodéfense » qui ont pris le pouvoir en Crimée, devaient être fortement noyautées par des forces spéciales russes … La Russie allègue le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes reconnu par l’ONU. Mais la Charte des Nations Unies reconnaît d’abord le principe de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats. Dans l’idéal, une négociation aurait pu permettre de concilier ces deux principes. Dans les faits, il n’en a rien été. La Russie a opéré une simple « prise de gage », Peut-être craignait-elle la remise en cause par le nouveau gouvernement ukrainien du contrat de concession du port de Sébastopol à la Russie jusqu’en 2042.       <br />
              <br />
              <br />
       Si les dirigeants européens voulaient bien, de leur côté, procéder à cet « examen de conscience » auquel les bons pères forment les élèves qui leur sont confiés, ils devraient reconnaître que le comportement de maints de leurs dirigeants a frôlé l’ingérence. Rien non plus n’autorisait le Commissaire Olli Rehn à affirmer que le but de l’accord d’association était l’adhésion pure et simple de l’Ukraine à l’Union européenne. Le Conseil européen n’avait rien décidé de tel. Quant aux déclarations faites en pleine crise par le Secrétaire général de l’OTAN, M. Rasmussen, elles n’étaient pas adroites. Si corrompu qu’il soit, le Président Yanoukovitch n’en était pas moins un Président élu. A un processus évidemment inconstitutionnel mais largement interne à l’Ukraine, la Russie quant à elle a apporté une réponse qui viole le droit international et dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a pas péché par excès de subtilité. Il n’est cependant guère douteux que si la population criméenne devait être à nouveau consultée, sous l’égide des Nations Unies, elle confirmerait son choix en faveur de la Russie.        <br />
              <br />
       Depuis l’échange téléphonique Poutine-Obama suivi de la rencontre entre les deux ministres des Affaires étrangères des Etats-Unis et de la Russie, fin mars 2014, il semble bien, au moment où j’écris (9 avril 2014), que la Russie n’ait pas l’intention de pousser en Ukraine l’avantage qu’elle a sur le terrain même si la situation dans les villes de l’Est ukrainien peut évidemment déraper. Au plan économique, la Russie aurait beaucoup à y perdre mais les pertes, pour l’Allemagne, l’Italie, la France et d’autres ne seraient pas nulles.        <br />
              <br />
       <b>Comment rendre possible la troisième Europe ?</b>       <br />
       Le moment est donc venu, dans l’intérêt de l’Europe tout entière, d’engager une désescalade et de ne pas céder aux sirènes des partisans d’une nouvelle « guerre froide ». Celle-ci serait contraire à l’intérêt de la France et de l’Europe tout entière. Les conditions dans lesquelles se dérouleront les élections prévues le 25 mai en Ukraine devraient permettre d’amorcer le retour à la légitimité démocratique. Leur liberté et leur transparence doivent être assurées. Ce sont ces garanties qu’il faut réunir.       <br />
              <br />
       La fédéralisation à tout le moins ou une décentralisation poussée de l’Ukraine ne doit pas être un tabou. La seule vraie question est celle des compétences de l’Etat ukrainien et donc aussi celles des régions. La création, à brève échéance, d’une Commission impliquant les régions et visant à préparer cette transformation de l’organisation interne de l’Ukraine permettrait de détendre l’atmosphère. La garantie internationale de la neutralité de l’Ukraine entre les pays de l’OTAN et la Russie serait de bon sens. La Russie n’a ni les moyens ni la volonté d’une guerre avec l’OTAN et celle-ci n’a pas vocation à s’étendre plus à l’Est. A plus long terme, la libéralisation des échanges doit se faire progressivement de Brest à Vladivostok. Ce processus, inscrit dans les traités, doit se réaliser par étapes. La Russie fait aujourd’hui partie de l’OMC. Il n’y a aucune bonne raison de traiter séparément l’Ukraine et la Russie. L’intérêt bien compris de l’Europe n’est pas, encore une fois, de ranimer les brandons de la guerre froide.        <br />
              <br />
       La crise ukrainienne de 2014 illustre surtout l’incapacité de penser le problème européen dans son ensemble, à l’échelle de la grande Europe, jadis évoquée par le général de Gaulle, celui d’une Europe vraiment européenne, qui ne recréerait pas en son sein la frontière qui séparait jadis l’Empire byzantin de l’Empire romain d’Occident. Dans l’immédiat, l’Union européenne et la Russie feraient bien de se concerter, sous l’égide du FMI, pour stabiliser l’Ukraine dont l’économie est au bord de la banqueroute. La guerre du gaz évoquée par les médias n’a pas de sens. Le gaz ne coulera pas d’Ouest en Est, pas plus que l’eau des fleuves ne remonte à sa source. Mais on peut attendre que dans l’intérêt européen commun, la Russie accorde un rabais sur le prix du gaz qu’elle vend à l’Ukraine. En ce sens, la crise ukrainienne de 2014 est bien une « crise européenne », celle de la « troisième Europe » qu’il nous faut aujourd’hui surmonter si nous voulons qu’à l’avenir notre continent cesse d’être un objet et redevienne un sujet des relations internationales.       <br />
              <br />
       -------       <br />
       Le site internet de la <a class="link" href="http://www.defnat.com/">Revue Défense Nationale</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>La France fait d’abord partie des nations humaines</title>
   <updated>2014-01-13T17:50:00+01:00</updated>
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   <category term="Actualités" />
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   <published>2014-01-08T18:08:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat, dans le cadre du débat concernant la politique étrangère de la France, le mercredi 8 janvier 2014     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      Dans son discours du 27 août 2012 devant la Conférence des Ambassadeurs, le Président de la République assignait à la France un rôle de « pont entre les nations, y compris, disait-il, les émergentes, entre le Nord et le Sud, entre l’Orient et l’Occident. Notre pays, ajoutait-il, est un acteur et un médiateur entre les civilisations. C’est son indépendance qui rend la France précieuse au monde » !       <br />
              <br />
       Cette définition m’a paru tout à fait judicieuse. La France ne saurait se définir, comme l’avait fait le Président Sarkozy, par sa simple appartenance « à la famille des nations occidentales ». La République française, fidèle à ses idéaux, appartient d’abord à la grande famille des nations humaines.        <br />
              <br />
       Vous-même, Monsieur le Ministre, avez pleinement intégré cette dimension en évoquant, dans votre intervention remarquée du 29 août 2013 devant la Conférence des ambassadeurs, ce que vous appelez « le chambardement du monde » à horizon de dix ans, avec notamment le développement des pays émergents au premier rang desquels la Chine, « la relation sino-américaine structurant de plus en plus les relations internationales ».        <br />
              <br />
       Face à la bipolarité qui se dessine entre la Chine dont le PNB aura dépassé, avant peu d’années, celui des Etats-Unis, et ceux-ci qui disposeront encore longtemps d’atouts que la Chine n’a pas, ou du moins pas encore, l’Europe est en voie d’être marginalisée. D’abord l’Europe n’est plus ce qu’elle était : l’Europe à vingt-huit n’est plus l’Europe à six où la France tenait les premiers rôles. La géographie, la géopolitique et l’intégration des économies ont façonné une Europe germano-centrée. On nous promettait, il y a vingt ans, de faire l’Europe sans défaire la France. Le Président de la République, dans ses vœux, le 31 décembre 2013, a déclaré : « Ce n’est pas en défaisant l’Europe qu’on fera la France de demain ». Certes, mais c’est en en changeant l’ambition, la dimension et les règles qu’on refera de l’Europe l’actrice de son destin. C’est ainsi seulement que la France pourra rester une grande nation politique.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La reconquête de notre compétitivité est un objectif juste, mais peut-on l’atteindre dans le cadre actuel sans toucher aux « fondamentaux » que vous avez évoqués, s’agissant notamment de notre capacité de projection militaire et de notre dissuasion nucléaire ?       <br />
              <br />
       Comment pourrions-nous tenir les équilibres si fragiles de la loi de programmation militaire alors que des nouvelles coupes budgétaires, outre celles entraînées par le traité dit TSCG se profilent à l’horizon ?        <br />
              <br />
       La monnaie unique qui réunit des économies nationales profondément hétérogènes, bien loin d’unir les peuples les divise. Plombée par son vice de conception initial, la monnaie unique est bien loin d’avoir surmonté sa crise comme le rappelle l’économiste allemand Hans Werner Sinn.       <br />
              <br />
       La Chancelière allemande elle-même, Mme Merkel, vient de déclarer le 19 décembre dernier : « Tôt ou tard, la monnaie unique explosera, sans la cohésion nécessaire ». Chacun sait que la Chancelière et l’opinion allemande, toutes tendances confondues, refusent catégoriquement les transferts gigantesques, d’environ 10 % du PNB allemand, qu’impliquerait une véritable union fédérale. Le refus est compréhensible car l’Allemagne sacrifierait ainsi la compétitivité de son économie. Même à un niveau plus modeste, les réticences de la Chancelière restent entières : on vient encore de le constater avec l’accord sur l’union bancaire. Celui-ci n’est qu’un simulacre vidé de toute substance. Le fonds de résorption des crises bancaires n’atteindra le ridicule montant de 60 milliards d’euros qu’en 2026 ! En cas de faillite bancaire, ce sont les actionnaires, les créanciers mais aussi les déposants au dessus de 100 000 euros qui paieront. Chypre, comme l’avait dit M. Dijsselbloem, Président de l’Eurogroupe, était bien « un cas d’école », c’est-à-dire un précédent. Mme Merkel propose des « contrats contraignants » à ses partenaires européens. La voie ainsi dessinée serait celle d’une récession et d’une régression historiques d’où la France sortirait industriellement, socialement et politiquement laminée. Car on peut très bien défaire la France sans pour autant faire l’Europe.       <br />
              <br />
       Alors que faire ?        <br />
              <br />
       D’abord quand on a pris des décisions erronées, il faut savoir les corriger. La France n’est pas pieds et poings liés par des choix faits en matière monétaire il y a plus de vingt ans. L’Allemagne a besoin de la France. En effet, l’Allemagne joue mondial et elle ne veut pas sacrifier sa compétitivité sur les marchés tiers à une solidarité européenne qui la plomberait. Il faut donc que l’Allemagne et la France s’entendent pour changer les règles du jeu de l’euro, comme le suggère Hans Werner Sinn, dans l’intérêt de l’Europe elle-même. Il faut en revenir, parce que c’est le bon sens, à la responsabilité des Etats.       <br />
              <br />
       Il faut reconstruire l’Europe à partir de concepts clairs : la démocratie qui vit dans les nations. Géométrie variable donc. La monnaie mise au service de l’économie, et non l’inverse. Un projet d’Europe européenne recentré sur l’essentiel. Des institutions revues et corrigées. De vrais partenariats, de la Méditerranée à la Russie.        <br />
              <br />
       Quel sens, à cet égard, pouvait avoir, le 28 novembre dernier, le projet d’un accord d’association de l’Union européenne avec l’Ukraine, mené sans concertation avec la Russie ? A long terme et souvent même à court terme, les intérêts stratégiques de la Russie ne sont pas différents de ceux de l’Europe occidentale. Défions-nous de la russophobie de certains de nos médias. Elle est à courte vue : le développement de la Russie et de ses classes moyennes fera plus sûrement avancer la cause de la démocratie dans ce grand peuple européen qu’un anti-poutinisme systématique et réducteur qui prend M Khodorkovski pour un défenseur des droits de l’Homme et les aventuriers de l’Arctic Sunrise pour de pieux missionnaires. Pour que l’Europe soit un pôle, dans un monde structuré demain par la nouvelle bipolarité sino-américaine, elle doit développer un partenariat avec la Russie.       <br />
              <br />
       Retrouver la France, Monsieur le Ministre, ce n’est pas seulement en faire une nation de principes comme je l’ai entendu dire. Vous même, vous décriviez notre diplomatie comme « une diplomatie des valeurs et de la démocratie ». « Exporter la démocratie », vous le savez bien, n’est pas en soi un projet. En la matière, on ne prêche bien que d’exemple. A vouloir exporter la démocratie, les Etats-Unis se sont cassés les dents. Samedi 4 janvier, le Département d’Etat américain s’est dit inquiet de voir « l’Etat islamique en Syrie et au Levant », organisation affiliée à Al Quaïda, imposer son autorité en Irak et en Syrie. Fallujah, à 60 Km de Bagdad, vient de tomber entre ses mains. Beau résultat, vingt-trois ans après la première guerre du Golfe et onze ans après la seconde : l’Irak vouée à la partition et à la guerre civile. L’Iran érigée en puissance dominante de la région ! …       <br />
              <br />
       Le général de Gaulle avait l’habitude de dire qu’« on ne fait pas de bonne politique en dehors des réalités ». Le réalisme n’est pas contraire à la morale, à la vraie morale, à celle qui, selon Pascal, « se moque de la morale ».       <br />
              <br />
       Le droit international n’est sans doute pas parfait, mais c’est dans ce cadre que la France doit agir en distinguant ce qui est souhaitable de ce qui est possible et en privilégiant toujours la négociation.       <br />
              <br />
       Ce qui vaut pour l’Irak vaut pour la Syrie. Je ne vous ai pas caché ma perplexité au début du mois de septembre dernier quand se dessinait la perspective de frappes militaires franco-américaine en Syrie en dehors d’une résolution du CSNU, dont nous sommes pourtant un membre permanent. Certes, la Syrie s’est défaite de son armement chimique, mais cet heureux résultat est dû à une initiative russe et à un accord direct entre les Présidents Poutine et Obama. La France n’a rien à gagner à donner, vis-à-vis des pays émergents, l’impression d’être à l’Ouest de l’Ouest.        <br />
              <br />
       Cette tendance s’était certes manifestée sous la Présidence de M Sarkozy qui, non content de réintégrer l’organisation militaire de l’OTAN, avait utilisé celle-ci pour donner une interprétation manifestement excessive de la résolution 1973.       <br />
              <br />
       En confondant la « responsabilité de protéger » avec le changement de régime (« Khadafi doit partir ! » disait M. Juppé), le précédent gouvernement a contribué à discréditer la première notion.        <br />
              <br />
       <b>L’occidentalisme tourne le dos à la vocation de la France, à savoir le dialogue entre les cultures et entre les nations, justement prôné par le Président de la République.</b> On peut habiller l’ingérence autant qu’on voudra de références aux droits de l’homme. Dois-je rappeler que ceux-ci ne vont pas sans les droits du citoyen, selon la Déclaration de 1789 elle-même. Ceux-ci garantissent ceux-là. En l’occurrence l’Arabie Séoudite est-elle pour notre diplomatie le meilleur point de référence ?       <br />
              <br />
       République laïque, la France a-t-elle à prendre parti dans une querelle qui oppose, au sein du monde musulman, sunnites et chiites ? La politique arabe de la France, au temps du général de Gaulle consistait plutôt à favoriser, au sein du monde arabe, les forces de progrès. Cette vocation progressiste ne commanderait-elle pas aujourd’hui une certaine retenue dans ce qui est aussi une nouvelle guerre de religions ?        <br />
              <br />
       <b>Nous voulons tendre la main aux nations émergentes qui façonnent et façonneront toujours plus le monde de demain. Alors n’allons pas au rebours du monde ! La communauté mondiale est pour le respect de la Charte de l’ONU et d’abord de la souveraineté nationale, pour l’intégrité des frontières et pour la non-ingérence. L’indépendance de la France ne peut aller contre ces principes sans saper ses propres fondements.</b>       <br />
              <br />
       Je vous ai parlé avec franchise, Monsieur le Ministre, et je ne vous ai certainement pas étonné. Je connais votre perspicacité, votre intelligence et vos talents qui rendent et peuvent rendre de très grands services à notre pays. C’est aussi dans l’intérêt du pays, tel que le conçois, que je me suis exprimé ce soir.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  <entry>
   <title>Le débat interdit</title>
   <updated>2012-02-10T15:53:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Le-debat-interdit_a1363.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2012-02-10T12:54:00+01:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
      L’idée de Mme Merkel de considérer les affaires européennes comme des affaires de &quot;politique intérieure&quot; est l’illustration même d’une dérive européiste grosse de dangers.       <br />
              <br />
       Cette idée est une nouvelle formulation du &quot;droit d’ingérence&quot;. Comme chacun sait, on n’a jamais vu les faibles s’ingérer dans les affaires des forts. A l’inverse, on voit Mme Merkel, et à ses côtés M. Sarkozy, bien mal inspiré, tancer la Grèce de très haut pour n’appliquer pas assez vite les recettes déflationnistes conçues par le nouvel &quot;hégemon&quot; (puisqu’on s’exprime ainsi désormais).        <br />
              <br />
       Mme Merkel s’est aussi immiscée de manière malencontreuse dans la campagne présidentielle française en appuyant M. Sarkozy. L’un et l’autre veulent faire avaler la prétendue &quot;règle d’or&quot; au peuple français, à deux mois de l’élection présidentielle.       <br />
              <br />
       Cette potion est absurde : Joseph Stiglitz et Paul Krugmann, deux prix Nobel d’Economie, sans parler de beaucoup de nos économistes parmi les plus chevronnés (Jean-Paul Fitoussi et j’en passe…) ont démontré que la mise en œuvre simultanée de plans de déflation dans toute l’Europe conduirait à une récession générale. Ce point essentiel ne peut-il être débattu ? La zone euro est et reste fragile. Ce n’est pas parce que les banques, inondées de liquidités à trois ans, à un taux de 1%, ont momentanément souscrit des bons d’Etat à 5,8% en Italie que la crise des dettes souveraines est derrière nous. La récession en marche fera sauter les fragiles barrières imaginées par &quot;Merkozy&quot; : croit-on ainsi que le MES (mécanisme européen de stabilité), au capital de 80 milliards d’euros, pourra recueillir par voix d’émissions sur les marchés financiers, les 500 milliards d’euros prévus qui seraient de toutes façons insuffisants pour faire face à un défaut espagnol ou italien ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Les problèmes structurels (hétérogénéité de la zone euro, écarts de compétitivité insupportables) n’ont pas été résolus. Les écarts de compétitivité se reflètent dans les excédents et les déficits de balances courants des pays membres de la zone euro. Pierre Lellouche citait hier au Sénat le montant de l’excédent automobile allemand en 2011 : 100 milliards d’euros à comparer au déficit français : 5 milliards d’euros. Il y a encore cinq ou six ans, l’automobile était dans la balance du commerce extérieur français un poste excédentaire (environ 10 milliards d’euros en 2005). Ainsi l’automobile représente aujourd’hui près de la moitié de l’écart qui sépare l’excédent global allemand (150 milliards) et le déficit français (70 milliards) : 105 milliards sur 220 milliards.        <br />
              <br />
       Comment allons-nous remonter cet écart ? A partir de quelles marges financières aujourd’hui écrasées de nos entreprises, de quelles aides publiques aujourd’hui taries, de quelle médecine de cheval, sinon celle d’une austérité à perpétuité inscrite dans le traité européen qui doit être signé le 1er mars prochain ?       <br />
              <br />
       Il est d’autant plus choquant qu’un journal comme <span style="font-style:italic">Le Monde</span> (certes depuis longtemps au cœur du &quot;cercle de la raison&quot; cher à Alain Minc) puisse appeler dans l’éditorial de première page de son édition du 10 février 2012 à &quot;ne pas toucher au pacte budgétaire&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;Il ne faut pas rouvrir la négociation sur ce traité&quot; intime <span style="font-style:italic">Le Monde</span> à François Hollande, à grand renfort d’arguments particulièrement spécieux.       <br />
              <br />
       Nos bien-pensants vont encore une fois invoquer &quot;la parole de la France&quot; (pour mieux enterrer celle-ci). Deux rappels historiques :        <br />
       -	Le Général de Gaulle n’a-t-il pas subordonné l’entrée en vigueur du traité du Marché Commun, signé en 1957, à l’adoption d’une politique agricole commune (1962) et à la reconnaissance d’un droit de véto (crise de la &quot;chaise vide&quot; en 1965) ?        <br />
       -	Deuxième exemple : le Général de Gaulle s’est-il senti &quot;lié par la parole de la France&quot; quand il a décidé en 1966 le retrait de notre pays des Etats-majors intégrés de l’OTAN (mis en place au début des années cinquante) après la ratification du traité de l’Atlantique Nord ?       <br />
              <br />
       On assiste là à un dévoiement par l’Establishment de la politique extérieure de la France. Celle-ci deviendrait ouvertement un carcan destiné à étouffer la voix du peuple français. C’est &quot;le débat interdit&quot;. Et après cela, <span style="font-style:italic">Le Monde</span> viendra dénoncer la montée des &quot;populismes&quot;!
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Le-debat-interdit_a1363.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Notre politique étrangère porte la marque d’une improvisation et d’une incohérence</title>
   <updated>2012-02-13T14:42:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Notre-politique-etrangere-porte-la-marque-d-une-improvisation-et-d-une-incoherence_a1360.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2012-02-07T16:28:00+01:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement lors du débat de politique étrangère au Sénat, le mardi 7 février 2012.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      Monsieur le Ministre d’Etat,       <br />
              <br />
       Je souhaite attirer votre attention sur la situation passablement chaotique qui se développe en Libye depuis la chute de Mouamar Khadafi :       <br />
       Arrestations arbitraires, actes de torture relevés par des organisations humanitaires comme Amnesty International ou Human Rights Watch, comme ceux qui ont laissé mort l’ancien ambassadeur libyen à Paris, M. Brebech à Zentane, le 20 janvier 2012, ville où par ailleurs se trouve détenu Saïf Islam Kadhafi, traitement racistes de travailleurs africains, heurts armés, ainsi dans la ville de Beni Oulid, où un « Conseil des Anciens » issu de la tribu des Warfalla semble désormais s’être affranchi du gouvernement de transition, développement des féodalités locales fragmentant le pays, dissémination d’armes dans la bande sahélienne, avec les menaces qui recommencent à peser sur le Mali, le Niger, le Tchad, dissensions enfin à l’intérieur du Conseil National de Transition qui vient d’adopter une loi électorale fondée sur un système de listes pour élire la prochaine assemblée constituante. Or ce système de listes adopté sous la pression des Frères musulmans ne peut évidemment que leur profiter. Le CNT a aussi décidé de faire de la charia la source principale du droit et d’autoriser à nouveau la polygamie que la Libye était avec la Tunisie le seul pays arabe à avoir aboli.       <br />
              <br />
       Vous nous confirmerez, M. le Ministre, si là était bien le résultat recherché et, sinon, quelles démarches le gouvernement français a entrepris auprès des autorités libyennes pour faire respecter les doits de l’Homme dont se réclamait la révolution libyenne soutenue par l’OTAN. Nous ne pouvons que nous interroger sur le fait de savoir s’il n’eût pas mieux valu à l’été 2011 rechercher une issue politique, comme il semble que cela eût été possible, sous l’égide de l’Union africaine.       <br />
              <br />
       Vous-même, dans votre intervention du 12 juillet à la tribune du Sénat déclariez : « L’intervention militaire n’est qu’un moyen et non une fin ; la fin c’est la recherche d’une solution politique et nous y travaillons d’arrache-pied ». Vous évoquiez « un processus politique » et souhaitiez qu’une force de stabilisation internationale, de préférence une force de l’ONU, soit dépêchée sur place. C’eût été la sagesse pour favoriser une paix sans exaction, sans vengeance et sans esprit de revanche.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      En réalité, nous sommes allés bien au-delà de la « responsabilité de protéger » qui était au fondement de la résolution 1973 adoptée le 17 mars 2011 par le Conseil de sécurité de l’ONU.       <br />
              <br />
       Vous avez interprété la résolution 1973 comme si elle fondait un droit d’ingérence pour permettre le fameux <span style="font-style:italic">regime change</span>, le changement de régime contraire au principe de non ingérence qui, jusqu’à nouvel ordre, guide la doctrine de l’ONU et constitue un principe de notre politique extérieure, réaffirmé y compris par l’un de vos prédécesseurs, M. Kouchner, à l’occasion d’un communiqué franco-chinois signé en avril 2009. J’ai encore dans l’oreille la déclaration du Premier ministre le 22 mars 2011 devant le Sénat : « Nous appliquons toute la résolution 1973 et rien que la résolution 1973 ». Or nous l’avons interprétée de manière très extensive.       <br />
              <br />
       Ce jusque-au-boutisme a favorisé le désordre actuel.       <br />
              <br />
       Vous me direz sans doute, monsieur le Ministre d’Etat, qu’il est trop tard pour revenir sur le passé.       <br />
       Eh bien non ! Il n’est pas trop tard, car en allant bien au-delà de la résolution 1973, vous avez discrédité la notion de « responsabilité de protéger » que l’ONU avait adoptée en 2005, notion qu’elle distinguait bien évidemment du prétendu « droit » ou « devoir d’ingérence ». Distorsion telle que l’un des vrais concepteurs du principe de la responsabilité de protéger, l’ancien ministre des Affaires étrangères australien, M. Gareth Evans, s’en est ému dans un article récent.       <br />
              <br />
       Et nous voilà projetés au cœur du drame syrien où la « responsabilité de protéger » serait bien utile mais ne peut s’exercer du fait de l’obstruction au Conseil de Sécurité de pays comme la Chine et la Russie qui s’étaient abstenus, le 17 mars 2001, sur la résolution 1973 relative à la Libye. Le précédent libyen pèse lourd en Syrie.       <br />
              <br />
       La Russie soutient, certes pour des raisons intéressées, le régime de Bachar El Assad contre ce qu’elle appelle « l’ingérence étrangère » laquelle est en fait une révolution populaire où s’affirment des éléments islamistes extrémistes. Au-delà de la revendication de la liberté et de la démocratie pour le peuple syrien, n’y a-t-il pas de forces qui veulent transformer la Syrie en champ clos d’une rivalité autrement plus décisive entre l’Iran et l’Arabie Séoudite ? Et ne peut-on craindre, en toute lucidité, à la lumière de l’évolution de l’Irak, les conséquences qui s’ensuivront à terme pour des minorités, notamment chrétiennes, au sort desquelles la France déclarait n’être pas indifférente ?       <br />
              <br />
       On en vient ainsi naturellement à l’Iran. La France se situe à l’avant-garde de l’embargo décrété par l’UE sur le pétrole iranien, au prétexte de conduire l’Iran à la table des négociations et d’éviter ainsi des frappes israéliennes. Cette attitude qui s’insère dans une logique de surenchère ne garantit pas la suite et comporte dans l’immédiat un effet certain qui ira l’inverse du but recherché : les puissances asiatiques, à commencer par la Chine, occuperont la place laissée vide par les Occidentaux.       <br />
              <br />
       Le Golfe arabo-persique cesserait ainsi, par la force des choses, d’être essentiellement orienté vers le monde occidental.       <br />
              <br />
       Une nouvelle étape de la désoccidentalisation du monde se profile ainsi à l’horizon ce qui explique une plus grande retenue américaine. Dans le même temps, dans le contexte des retraits occidentaux d’Afghanistan, se lève chez les Iraniens la crainte d’un encerclement de leur pays par un intégrisme sunnite dominé par l’alliance du Pakistan et de l’Arabie Séoudite. La France a-t-elle bien mesuré les risques d’engrenage ?       <br />
              <br />
       On comprend la circonspection de la Turquie de M. Erdogan. Celle-ci a pris une position d’arbitre. La Turquie est évidemment une puissance d’équilibre dans la région. Etait-il bien judicieux de nous la mettre à dos par le vote d’une loi prétendant écrire l’Histoire ?       <br />
              <br />
       Cette politique porte la marque d’une improvisation et d’une incohérence qui ne vous ressemble pas. Il serait temps que la France revienne à une politique à la fois plus réaliste et plus proche des principes qui sont traditionnellement les siens : refus de l’ingérence, respect de l’autodétermination des peuples et protection égale de tous. Un certaine retenue accompagnée d’un effort lucide d’impartialité et d’objectivité, seraient plus conformes à nos intérêts qu’une diplomatie qui semble puiser son inspiration dans une forme d’interventionnisme expéditif, proche de celui pratiqué en 2003 par les néoconservateurs américains beaucoup plus que dans la tradition réaliste de notre politique étrangère dont nous pensions qu’elle était aussi la vôtre.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Notre-politique-etrangere-porte-la-marque-d-une-improvisation-et-d-une-incoherence_a1360.html" />
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   <title>France, Algérie: nous tourner résolument vers l'avenir</title>
   <updated>2011-12-19T13:03:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/France-Algerie-nous-tourner-resolument-vers-l-avenir_a1322.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2011-12-19T12:58:00+01:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
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    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement lors du Colloque France Algérie, samedi 17 décembre 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3563257-5140132.jpg?v=1324295838" alt="France, Algérie: nous tourner résolument vers l'avenir" title="France, Algérie: nous tourner résolument vers l'avenir" />
     </div>
     <div>
      Tout d’abord, permettez-moi de remercier chaleureusement tous les intervenants pour leurs communications toujours pertinentes, souvent émouvantes et riches de propositions innovantes, et particulièrement M. Cherif Rahmani, ministre de l’Aménagement du Territoire, M. Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre,  et M. Lahkdar Brahimi, ancien ministre des Affaires Etrangères de la République algérienne démocratique et populaire, ainsi que M. Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre de la République française. Ma gratitude va à tous, écrivains, industriels, cinéastes, journalistes, responsables de grands organismes de recherche ou de grands groupes, anciens ambassadeurs de France en Algérie et particulièrement les intervenants qui ont fait le déplacement d’Alger  et d’Oran à Paris. Je tiens à saluer très amicalement la présence de M. Sbih, ambassadeur d’Algérie en France, de M. Ouali, Consul général et des Consuls d’Ile de France, mais aussi celle de M. Xavier Driencourt, ambassadeur de France à Alger. Mes remerciements vont aussi à tous les participants.       <br />
              <br />
       Cette rencontre montre qu’il existe quelque chose de puissant, d’indéfinissable mais de palpable que j’appellerai « l’identité franco-algérienne » qui transcende nos appartenances nationales. Même en l’absence de traité, cette identité, plus forte encore que l’amitié, existe dans nos cœurs et par les liens humains si denses qui se sont forgés entre nos deux peuples au cours de l’Histoire et se vérifient dans la vie de tous les jours.       <br />
              <br />
       2012 est là, l’année du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. Naturellement cet anniversaire sera célébré en Algérie. En cinquante ans l’Algérie a plus que triplé sa population. Elle a mis en valeur ses richesses. Elle a modernisé ses infrastructures. Elle a entrepris un effort éducatif considérable. Bien sûr, la décennie 1990 l’a montré, l’Algérie est encore à la recherche d’elle-même, quête normale pour un peuple jeune et pour un pays qui est d’ores et déjà un des grands « émergents » du XXIe siècle. Pour la France aussi, 1962 est une date marquante de son histoire. Certains ont vécu l’indépendance algérienne comme le signal d’un repli de la France sur l’Europe, dont la construction semble être devenue le dernier grand projet de ses élites. Mais beaucoup d’autres y voient non pas un désengagement mais le début d’une relation nouvelle, d’égal à égal avec l’Algérie et ne conçoivent pas l’avenir de la France sans le nécessaire équilibre entre les différents tropismes qui ont façonné son histoire, le tropisme continental et l’appel du grand large mais aussi le tropisme vers le Sud, la Méditerranée et l’Afrique.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La commémoration de l’indépendance de l’Algérie est approuvée par plus des trois cinquièmes de la population française selon un sondage Louis Harris, même si une minorité émet la crainte qu’une telle commémoration puisse être l’occasion de ranimer des polémiques inutiles. C’est au contraire, à mes yeux, l’occasion pour les Français de parvenir à une lecture pacifiée, enfin raisonnable et pour tout dire positive, du point de vue même de la France, de cet épisode marquant de son Histoire. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai voulu, comme Président de France-Algérie, et avec le soutien de son conseil d’administration, que ce colloque soit délibérément tourné vers l’avenir. Je m’exprimerai donc avec la franchise qui va de pair avec l’amitié, avec le respect que commande la connaissance d’un peuple fier, et avec le souci d’être compris des deux côtés de la Méditerranée, ce qui n’est pas une mince gageure ! Je ne parlerai donc pas deux langages, l’un qui serait pour Paris et l’autre pour Alger. J’ai trop d’estime et de considération pour le peuple algérien pour ne pas lui parler le langage de l’intérêt commun, comme je le fais d’ailleurs en m’adressant au peuple français. Il faut à nos deux pays une vision à long terme partagée. C’est la responsabilité de ceux qui aspirent à être reconnus comme des hommes d’Etat de part et d’autre de la Méditerranée de porter cette vision.       <br />
              <br />
       J’ai voulu que ce colloque soit tourné vers l’avenir, non pas parce que le passé ne devrait pas être assumé, avec ses lumières et avec ses ombres. Rien ne peut faire que le passé n’ait pas existé et que pendant cent trente deux ans le système colonial n’ait pas pesé lourdement sur notre relation. Mais comme l’a écrit Jacques Berque : « Nous ne nous sommes pas entrelacés pendant plus d’un siècle sans qu’il en demeure quelque chose ».        <br />
              <br />
       Que s’est-il vraiment passé entre nos deux peuples ?       <br />
              <br />
       Après Trafalgar et Waterloo qui lui ont fermé définitivement le chemin de l’hégémonie mondiale et continentale, et plus encore après 1871, la France s’est tournée vers la Méditerranée, vers l’Afrique et vers l’Asie parce qu’elle voulait encore rester une puissance dans le concert européen. Comme la Grande-Bretagne, elle a profité de la crise de l’Empire ottoman qu’on disait alors « l’homme malade de l’Europe ». Les raisons de la conquête de l’Algérie qui échappaient encore à Tocqueville en 1840, ne sont pas, selon moi, à chercher ailleurs. La faute de la France est d’avoir vu dans l’Algérie une « plus grande France » et pas – à l’exception de Napoléon III – un pays ayant son Histoire et sa propre identité, qu’il lui incombait de conduire à l’indépendance. Cet aveuglement dont le colonialisme pour les Algériens a été le prix exorbitant n’a pu être surmonté que par la lutte de libération du peuple algérien et l’exceptionnelle lucidité du général de Gaulle, le plus grand homme d’Etat français du XXe siècle, qui a failli par deux fois y laisser la vie.        <br />
              <br />
        Cela s’est fait aussi pour les Français, au prix d’une véritable guerre civile franco-française dont le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie doit également être l’occasion de cicatriser les plaies tant il est vrai qu’il valait mieux, selon le mot du Général de Gaulle en 1961 que cette indépendance se fit avec la France que contre elle. Il est encore temps pour les nostalgiques de s’en convaincre. Bien entendu rien n’effacera la faute commise à l’égard des harkis auxquels une loi de mai 1962, de toute évidence  inconstitutionnelle, a retiré la nationalité française, en raison de leur statut personnel. C’était là ressusciter la notion d’indigénat et revenir sur la conception de la nationalité française fondée non sur l’origine ou la religion, mais sur l’adhésion.  Certes le contexte était difficile. Il n’en reste pas moins que la France a contracté une lourde dette à l’égard des harkis que l’Algérie de son côté devrait traiter avec humanité.       <br />
              <br />
       Le passé ne doit pas étouffer l’avenir. Au contraire : il nous commande de tout faire pour la réussite de l’Algérie. J’aimerais que les Français s’en sentent tous comptables car c’est aussi l’intérêt profond de la France. Il m’est déjà arrivé de dire qu’en tout état de cause l’avenir entre l’Algérie et la France durerait plus longtemps que le passé. L’avenir est chargé de défis sur lesquels je reviendrai. Nous les relèverons ensemble beaucoup mieux que si nous laissions notre relation se teinter d’indifférence.        <br />
              <br />
       La France a su tourner la page avec l’Allemagne, bien que les compromis entre les gouvernements ne soient pas toujours évidents. Mais nous avons fait confiance à une logique historique plus forte que la volonté des gouvernements parce que nous savons que la France et l’Allemagne sortiront l’une et l’autre de l’Histoire, si elles ne sont pas capables de la continuer ensemble.       <br />
              <br />
       Il en va de même, je le crois, entre la France et l’Algérie. Nous devons bâtir un môle solide entre les deux rives de la Méditerranée. En 1962, les Etats avaient compris cela mieux que ne le pouvaient les populations, au sortir de sept ans de guerre dont la fin avait été marquée par  l’insurrection de l’OAS. Les gouvernements, celui du général de Gaulle en France et celui d’Ahmed Ben Bella en Algérie, ont choisi la coopération. Aujourd’hui les peuples le comprennent spontanément, malgré le déclenchement de certaines polémiques récurrentes.       <br />
              <br />
       Grâce notamment à la présence d’une importante communauté algérienne en France et à l’existence d’un bon nombre de Français d’origine algérienne qui ne saurait que croître dans l’avenir, en vertu du droit du sol, grâce aussi à la langue française « notre butin de guerre », comme disait votre grand écrivain, Kateb Yacine, langue partagée d’ailleurs par le Maghreb et une bonne partie de l’Afrique, des liens humains extrêmement forts se sont tissés de sorte qu’à l’inverse de 1962, ce sont les peuples aujourd’hui qui sont en avance sur les Etats.       <br />
              <br />
       Il existe ainsi de part et d’autre de la Méditerranée un véritable continuum franco-algérien qui rend chacun de nos deux pays particulièrement attentif à ce qui se passe chez l’autre. Et à juste titre car les répercussions des évènements qui concernent l’un se font inévitablement sentir chez l’autre. Nous savons bien que l’avenir pour nous tous est chargé de défis qui peuvent s’avérer des menaces redoutables, mais qui peuvent être aussi l’occasion de progrès fulgurants, si nous savons les relever ensemble. Dans la relation entre l’Algérie et la France une page nouvelle doit s’ouvrir.        <br />
              <br />
       La France, selon moi, ne doit pas se trouver peu à peu aspirée par la dimension européenne au point de laisser s’étioler sa relation avec la Méditerranée et l’Afrique qui est au cœur de son Histoire depuis les accords passés par François 1er avec la Sublime Porte et l’appel lancé d’Alexandrie en 1798 par Bonaparte à l’Egypte pour qu’elle « reconquière la maîtrise de son destin ».        <br />
              <br />
       Le rééquilibrage de notre politique vers le Sud est une nécessité. Il se fera jour à travers des évènements dont chacun sent qu’ils sont devant nous. L’avenir de la France n’est pas de se renfermer dans une « Europe nordique aux barrières hautaines », comme Jacques Berque, peu avant sa mort en 1995, en exprimait déjà la crainte.       <br />
              <br />
       Dans le monde arabe des révolutions se réclamant de la démocratie et des droits de l’Homme se déroulent depuis un an. L’aspiration des peuples à la démocratie et à l’autodétermination est universelle. Elle n’est pas une exclusivité occidentale. Partout les demandes sont identiques : plus de liberté, davantage de respect des droits de l’Homme (et de la femme), meilleure répartition des richesses, arrêt de la corruption. Mais cette mondialité de « l’espace communicationnel » cher à Jürgen Habermas, répond mieux, comme l’avait déjà vu Jacques Berque, au modèle américain qui s’accommode fort bien d’un certain fondamentalisme dès lors qu’il s’inscrit dans le mouvement de la globalisation financière et ne conteste pas les orientations de la diplomatie de Washington. Que ces revendications touchent des pays qui nous sont proches, à l’Algérie et à la France, comme la Tunisie et l’Egypte, montre que les peuples vivent. L’Histoire n’est jamais arrêtée.       <br />
              <br />
       Ces révolutions suivent un cours qui en surprend plus d’un. Des élections libres ont pu être organisées. Cela montre que ces peuples n’étaient pas prostrés. Ils ont repris confiance en eux. Maintenant le résultat des élections est ce qu’il est : des partis qui se disent islamistes, selon un nuancier de verts que je ne suis pas le mieux placé pour apprécier, ont gagné, seuls ou avec d’autres, une majorité. Ils vont faire l’épreuve des responsabilités gouvernementales. L’important est qu’ils aident leur pays à épouser leur temps et à se développer en fonction de  leurs propres aspirations. A défaut de la laïcité républicaine, peuvent-ils admettre un certain degré de sécularisation, bref la distinction entre la sphère religieuse et la sphère politique ? On ne peut entrer de plain pied dans le monde moderne – ce qui était l’inspiration première des révolutions arabes, en tout cas de ceux qui les ont déclenchées - sans un certain degré de sécularisation.  Les peuples font leur expérience de la démocratie. Celle-ci ne se réduit pas aux élections. La démocratie a toujours progressé par erreurs corrigées. Cela suppose évidemment que les erreurs puissent être corrigées. C’est ce que la Constitution doit pouvoir garantir. Elle doit exclure du champ démocratique les forces qui veulent imposer autoritairement leur point de vue. En matière d’ouverture démocratique, l’Algérie a, si je puis dire, pris, en 1988, une longueur d’avance. Le contexte était très difficile, le contre-choc pétrolier et la baisse des recettes qui en a résulté pour l’Algérie : la guerre du Golfe, le déclin du nationalisme arabe, l’essor d’Al Quaïda, la victoire des Talibans en Afghanistan constituaient le fond de l’air.        <br />
              <br />
       Ce contexte explique largement la décennie tragique qu’a vécue l’Algérie dans les années quatre-vingt-dix.        <br />
              <br />
       Pour comprendre ce qui s’est passé, Jacques Berque citait le titre, prémonitoire selon lui, d’un livre de Kateb Yacine : « Les Ancêtres redoublent de férocité ». Il insistait sur la nécessité d’un « Islam de progrès » et sur les vertus d’une éducation de masse. C’est dans son enseignement d’ailleurs que j’ai puisé pour lancer en 1999 la Consultation pour un Islam de France qui a donné naissance en 2003 au Conseil français du Culte musulman. Mais c’est un autre débat.       <br />
              <br />
        De cette décennie si difficile pour l’Algérie, il reste cependant des acquis : une forme de pluripartisme, une presse libre dont j’apprécie la liberté de ton et aussi dans le peuple lui-même une sorte de retenue qu’explique le désir de ne pas revivre des affrontements fratricides.       <br />
              <br />
       La démocratie est toujours une découverte. Elle implique la responsabilité, bref le citoyen et le civisme. Le citoyen a des droits, il a aussi des devoirs et son premier devoir est d’assumer la souveraineté dont il est une parcelle. Cette leçon, nous la tirons chacun de notre histoire respective : pour nous c’est le grand acquis de la Révolution. Pour vous c’est l’héritage historique de la lutte de libération nationale. La revendication de la souveraineté nationale a rassemblé toutes les composantes de la société algérienne : les masses rurales, l’intelligentsia urbaine, les minorités berbérophones. Au fond, nous avons en commun l’idée républicaine dont la nation est une dimension essentielle, même si elle a une force qui transcende les frontières.       <br />
              <br />
       Toute révolution est un processus chargé à la fois de potentialités et de risques. Comme l’a écrit Hölderlin : « Là où est le danger croit aussi ce qui sauve ». La France et l’Algérie ont intérêt à aborder ensemble cette période nouvelle. « La mondialisation financière rencontre dans les identités collectives les affinités territoriales, les aires culturelles … des résistances … dont l’humain peut s’armer ». Je cite à nouveau Jacques Berque dans un de ses derniers articles de 1994. Celui-ci en appelait à la solidarité méditerranéenne comme « possibilité d’une résistance à la fois englobante et dépassante » à la mondialisation néolibérale aujourd’hui en crise.       <br />
              <br />
       L’objectif est de faire en sorte que la Méditerranée ne soit pas une zone d’affrontements comme elle l’a souvent été dans le passé, mais un espace de coopération politique fécond, face aux tendances destructurantes de la globalisation. A mes yeux, la relation franco-algérienne est centrale : si nous savons unir nos efforts, nous serons la colonne vertébrale d’un espace de paix, au moins en Méditerranée occidentale. Nous pouvons être un exemple pour les autres.       <br />
              <br />
       Qui ne voit qu’en Algérie aussi, et particulièrement dans la zone sahélienne, la coopération de l’Algérie et de la France peut jouer un rôle de stabilisation qui est dans l’intérêt de l’Afrique tout entière et d’abord des peuples concernés ? Il y a dans l’approfondissement de notre relation un enjeu civilisationnel majeur qui dépasse de loin nos intérêts nationaux. La Mer Méditerranée, que vous appelez en arabe « Mutawassit », mer mitoyenne, mer commune, doit permettre l’échange fécond, le dialogue des cultures, le dépassement des incompréhensions.       <br />
              <br />
       Evoquer les enjeux politiques et civilisationnels conduit naturellement à souligner l’importance des liens humains et des échanges culturels entre les deux rives. L’édition, le cinéma, les coproductions pour les télévisions françaises et algériennes sont des terrains de coopération à privilégier. Il y a beaucoup à faire pour développer en France la compréhension des enjeux de développement de l’Algérie. Vaincre les stéréotypes et susciter la confiance.        <br />
              <br />
       Ainsi, faut-il convaincre les média français de ne pas privilégier systématiquement les évènements les plus négatifs et les prises de position les plus défavorables à l’établissement d’un partenariat de longue durée. Il faut au contraire sensibiliser les média à tout ce qui peut être porteur dans notre relation : lutter contre les préjugés, montrer la grandeur de la tâche qui consiste à ouvrir l’Europe vers son Sud, qui est d’abord le monde arabe et en son sein, l’Algérie, notre voisin le plus proche. La télévision doit servir un dialogue des cultures qui dépasse la relation franco-algérienne, mais dont celle-ci peut être le laboratoire exemplaire.       <br />
              <br />
       Je voudrais signaler un domaine essentiel pour le futur : le développement déjà remarquable de la coopération scientifique et universitaire entre organismes de recherche et universités : plus de 600 accords ont été signés entre Universités algériennes et universités françaises. Avec les techniques modernes de communication, nous pouvons créer un espace commun de recherche entre nos deux pays, favoriser les échanges universitaires, en matière d’ingénierie éducative par exemple. L’Algérie compte 1,1 million d’étudiants et ses ambitions ne s’arrêtent pas là : il y a un immense espace pour notre coopération en matière d’enseignement supérieur et de recherche.       <br />
              <br />
       La présence en France de deux à trois millions d’Algériens ou de Français d’origine algérienne dont le rôle dans la société française s’affirme toujours plus au fil du temps, dans les secteurs les plus variés, est un facteur de dynamisme incomparable, non seulement pour notre relation, mais pour le développement de l’Algérie elle-même. Comme ancien ministre de l’Intérieur, je voudrais souligner l’importance qu’il y a à distinguer le droit de circuler et le droit du séjour. Il n’y a pas de problème insoluble, si nous les abordons de concert avec la volonté de trouver des solutions. Ma conviction est qu’il faut faciliter la circulation entre nos deux pays, ce qui se fera d’autant mieux que le droit du séjour sera respecté. Là encore, il faut trouver ensemble des règles humaines et justes qui répondent à l’intérêt mutuel. Il y a un lien, qui joue dans les deux sens, entre le développement de l’Algérie et la liberté de circulation entre les deux rives qui est, à terme, l’objectif souhaitable.       <br />
              <br />
       L’Algérie peut-elle devenir un des grands pays émergents du XXIe siècle ? Elle a beaucoup d’atouts pour cela.        <br />
              <br />
       Bien entendu, le développement implique la sécurité au sens large, celle des personnes mais aussi celle des biens, bref un Etat qui soit un Etat de droit, avec des procédures transparentes pour tous. Cet objectif est premier. La démocratie est elle-même dans une relation dialectique avec le développement.       <br />
              <br />
       L’Algérie maîtrise sa croissance démographique : 35 millions d’habitants en 2009, selon les chiffres de la Banque mondiale, 50 millions en 2050 selon ses prévisions. Son taux de fécondité est de 2,34 contre 1,88 pour la France. L’espérance de vie moyenne est de 72 ans. Le taux d’urbanisation de 62 % ne manquera pas de croître encore. M. Rahmani m’a fait visiter l’une des nombreuses villes nouvelles qui sont planifiées par le gouvernement algérien.       <br />
              <br />
       Le potentiel de croissance économique de l’Algérie est élevé. Le développement de l’économie algérienne est un moteur pour l’économie française. Qui sait que l’Algérie est, hors OCDE, le troisième partenaire commercial de la France après la Russie et la Chine ?        <br />
              <br />
       Le revenu national brut moyen est le plus élevé des pays du Maghreb : 4190 $ par habitant en 2009, 3480 en Tunisie, 2520 au Maroc). Le potentiel énergétique de l’Algérie est considérable. L’ancien Président de la Sonatrach, M. Cherouati, m’indiquait que les richesses du sous-sol algérien (l’Algérie s’étend sur 2,5 millions de Km2) étaient loin d’avoir été toutes reconnues, aussi bien en ce qui concerne les hydrocarbures que les minerais les plus divers. La tendance haussière à long terme du prix des hydrocarbures devrait, en tout état de cause, assurer à l’Algérie une source de revenus importante et régulière. L’Algérie a cependant intérêt à diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique tout comme son appareil de production. L’énergie solaire a sûrement de très intéressantes perspectives compte tenu de l’ensoleillement mais tant que les prix de revient n’auront pas été substantiellement abaissés, il y a sans doute place pour la construction de centrales nucléaires aux normes sismiques renforcées pour l’alimentation en électricité des grandes conurbations d’Alger, Oran et Annaba. Cette diversification de son approvisionnement énergétique permettrait à l’Algérie de faire durer plus longtemps les ressources de son sous-sol.        <br />
              <br />
       L’énergie n’est assurément pas le seul volet de notre partenariat économique. En matière d’aménagement du territoire, l’urbanisme, les villes, le logement, l’eau, les transports sont des domaines privilégiés dans lesquelles peut s’épanouir notre coopération. Mais tout cela a déjà été dit mieux que je ne saurais le faire moi-même. Il y a un point sur lequel je veux insister : l’intérêt pour un partenariat resserré de s’appuyer sur le tissu des PME françaises afin de favoriser les transferts de technologies dans le domaine des industries courantes. De même que l’Allemagne a su délocaliser la fabrication de composants vers les pays de la Mitteleuropa sans nuire à la compétitivité globale de son industrie, de même la France pourrait nouer des partenariats dans les pays du Maghreb, et particulièrement en Algérie, pour des fabrications qui contribueraient au développement d’un savoir-faire industriel sur l’autre rive. On connaît mon attachement à la réindustrialisation de la France. Si je déplore l’érosion de notre tissu industriel à travers les délocalisations, notamment en Asie, il me semble que des raisons géopolitiques puissantes militent en faveur d’une exception maghrébine et plus particulièrement algérienne. Le développement de la rive Sud est notre intérêt évident et ce qui est vrai pour la France l’est aussi pour l’Espagne et l’Italie. Le but devrait être de créer un espace de circulation commun pour les capitaux. Les capitaux algériens ainsi pourraient être encouragés à prendre des participations dans des entreprises françaises qui en retour pourraient investir en Algérie et procurer des débouchés intéressants pour les productions algériennes. Pour soutenir l’intervention des PME françaises, des mécanismes de financement et de garantie des investissements sont nécessaires. Des coopérations impliquant les Universités et les entreprises pourraient aussi être favorisées.       <br />
              <br />
              <br />
       La construction d’un avenir commun entre les deux pays pourrait enfin s’appuyer sur les jeunes franco-algériens dont l’esprit d’entreprise pourrait s’épanouir dans la construction d’une économie diversifiée dans leur pays d’origine. Ces jeunes pourraient être un pont entre nos deux pays et servir ainsi l’un et l’autre, tout en développant leurs propres entreprises. La proximité géographique, humaine, culturelle et l’imbrication des populations offrent un terreau favorable à l’effort de diversification de l’économie algérienne et à sa montée en puissance technologique.        <br />
              <br />
       Cinquante ans ont passé depuis que le peuple algérien a conquis sa liberté. Il l’a conquise par sa bravoure. Faut-il rappeler que le peuple français, dans sa masse, n’y était pas hostile, puisque par deux fois, consulté par référendum, il y a acquiescé ? Et pourtant la France avait en Algérie des intérêts puissants : un million de Français installés pour beaucoup depuis plusieurs générations ; l’illusion, entretenue par les manuels scolaires, d’une plus grande France. La France, après sept ans de guerre, s’est inclinée, au nom des principes qui étaient les siens, l’autodétermination des peuples, et au nom d’un meilleur avenir entre nos deux peuples Le général de Gaulle a eu raison de trancher le nœud gordien. Ce n’était pas facile. Il fallait, pour le faire un homme de sa stature, muni d’une ample vision historique.       <br />
              <br />
       Pour l’Algérie, je conçois qu’il ne soit pas facile non plus de solder cent trente-deux ans de colonisation française. Il nous faut aujourd’hui transmettre aux générations nouvelles ce lien si particulier tissé dans l’affrontement mais si fort, si riche de virtualités. Ce lien doit passer de génération en génération. C’est un enjeu décisif pour le monde que nous devons construire ensemble.        <br />
              <br />
       Un ancien ministre des Affaires étrangères qui était mon ami, Michel Jobert, a parlé de devoir d’indifférence. Un autre a émis l’idée que la disparition des anciennes générations qui portaient ce lien passionnel et passionné ouvrirait le chemin d’une relation apaisée. Pour moi, tous les deux se trompaient. Il nous appartient, au contraire, de transmettre ce lien si intense, cette mémoire nourricière de l’avenir, bref cette fascination que l’Algérie et la France éprouvent l’une pour l’autre, car elle est le gage d’un partenariat d’exception, la promesse d’un avenir partagé et enfin heureux.       <br />
              <br />
       ------       <br />
       Jean-Pierre Chevènement est président de l'<a class="link" href="http://www.france-algerie.fr/">association France-Algérie</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/France-Algerie-nous-tourner-resolument-vers-l-avenir_a1322.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Sur une pente fatale</title>
   <updated>2011-11-29T19:52:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Sur-une-pente-fatale_a1290.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2011-11-29T19:52:00+01:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement sur le budget des affaires étrangères et européennes, mardi 29 novembre 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3488887-5023021.jpg?v=1322592789" alt="Sur une pente fatale" title="Sur une pente fatale" />
     </div>
     <div>
      En juillet 2010, vous signiez avec Hubert Védrine, <a class="link" href="http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/06/cessez-d-affaiblir-le-quai-d-orsay_1383828_3232.html">une tribune dans Le Monde</a>, dénonçant l’amoindrissement des moyens du Quai d’Orsay…Hélas, le budget que vous présentez s’inscrit dans la continuité.       <br />
              <br />
       La RGPP est passée par là, soulevant les clameurs, souvent justifiées que l’on sait. Je ne suis pourtant pas de ceux qui jugent indispensable l’accroissement sans fin des dépenses ou des effectifs et j’ai longtemps observé qu’en diplomatie, notamment multilatérale, peu d’hommes et de femmes déterminés travaillaient souvent plus efficacement et parfois avec plus de bonheur que de gros bataillons. Mais une préoccupation reste primordiale si l’on veut encore que notre action extérieure soit qualifiée de française : c’est celle des moyens de notre présence culturelle. Que vive l’Institut français certes, mais que nous le dotions de capacités suffisantes, fût-ce au prix d’arbitrage. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Je le regrette. Enfin, et c’est vital, tout simplement pour le maintien de notre pays sur la carte du monde, faisons venir en France des étudiants étrangers. Ranimons cette politique de bourses généreuse qui expliqua l’épanouissement de la francophonie, temps aujourd’hui hélas en voie de disparition.. J’imagine, Monsieur le Ministre, que si votre séjour au Canada vous a familiarisé avec les beautés de la langue anglaise, il vous a convaincu aussi, que les défenseurs de notre langue méritaient un vrai soutien, venu de notre cœur, venu de notre bourse aussi.        <br />
              <br />
       Quant au fond de votre action, cette année, j’en conviens, a été dense : Côte d’Ivoire, printemps arabe, Lybie, etc. Ces crises ont le mérite de nous ramener à deux questions fondamentales et d’actualité de la vie internationale : le rôle du Conseil de sécurité des Nations unies ; le rôle de ces instances plus récentes, parfois dressées en concurrence de l’ONU : G7, G8, G20. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Pour traiter de ces crises, vous avez finalement adopté la manière forte, loin de cette diplomatie dite d’influence, dont on se gargarisait dans votre propre ministère, il y a à peine un an.        <br />
              <br />
       Mais pour recourir aux sanctions et en fin de compte aux armes, vous avez choisi la voie du Conseil de sécurité, comme vous l’aviez d’ailleurs fait voici dix-sept ans pour déclencher l’opération turquoise au Rwanda. Choix juste, qui se distingue heureusement de l’action strictement unilatérale, pratiquée par un groupe de pays, OTAN ou coalition <span style="font-style:italic">ad hoc</span>, contre la Serbie en 1999 ou l’Irak en 2003. Dans ces deux derniers cas, c’est l’exercice de l’ingérence qui fut en jeu ce qui est tout sauf un droit, et qui reste condamné tant par les Nations unies que par des textes bilatéraux, tel par exemple ce communiqué franco-chinois d’avril 2009 réaffirmant avec éclat l’adhésion de notre pays au principe de non-ingérence.        <br />
              <br />
       Mais l’intervention extérieure est admise, si, loin d’être unilatérale elle est décidée collectivement par le Conseil de sécurité. C’est la mise en œuvre du principe de la responsabilité de protéger, codifié par un sommet des Nations unies en 2005, mais en réalité pratiqué depuis longtemps par les Nations unies.        <br />
              <br />
       Il suffit de se rappeler les très nombreuses résolutions du Conseil qui ont imposé la décolonisation, l’abolition de l’apartheid. Rien donc de très nouveau sinon que ce sommet de 2005, en précisant les conditions de mise en jeu de la responsabilité de protéger, en détaillant notamment les motifs acceptables d’intervention a accru, en vérité, l’obligation d’une réflexion responsable de tous les membres du Conseil.        <br />
              <br />
       Je ne discuterai donc pas les décisions prises, mais je m’interroge, Monsieur le Ministre, sur les modalités d’exécution et de strict respect des résolutions. La résolution 1973 sur la Lybie excluait formellement le détachement de troupes au sol par les coalitions. Soyons francs. La fanfaronnade de certains aidant, on voit bien que des éléments étrangers ont aidé sur le terrain à la victoire des rebelles. La résolution rappelait que toutes les parties devaient veiller à protéger les populations civiles quelle qu’elles soient. Fut-ce bien le cas lors des attaques par ceux qu’on appelait encore les rebelles contre la ville de Syrte ? Certains témoignages de journalistes ou d’ONG sont accablants. Chacun, enfin, a compris que l’objectif des coalisés, absents de la résolution, était bien celui d’un changement de régime, par la force, et non par la négociation ou la pression politique ou diplomatique, comme ce fut le cas en Tunisie ou en Egypte. Et on sait désormais, à la lumière de l’expérience, que plusieurs pays qui laissèrent passer en mars 2011 la résolution 1973 du Conseil, ne récidiveront plus. Est-ce un progrès ?       <br />
              <br />
       La logique de votre action, Monsieur le Ministre, doit donc vous conduire aujourd’hui, à rester plus que vigilant, face au comportement, de ceux que nous avons soutenus, à agir, pacifiquement certes, mais à intervenir autrement que par de simples discours, si des exactions ou des dérives s’accentuent. Vous devez rester exemplaire si vous voulez convaincre vos partenaires du Conseil car ceux-ci, vous le savez, ne sont pas des interlocuteurs faciles. Ces grands pays dont la France souhaitait l’accès au statut de membre permanent du Conseil, y sont aujourd’hui présents, par la vertu de l’élection. Ils se révèlent tels qu’ils sont, Brésil, Inde, Afrique du Sud, bientôt Pakistan, grands, ambitieux, méfiants parfois de nos supposées bonnes intentions. Ils vous rendront la vie compliquée. Mais c’est ainsi. Le monde n’est pas celui des emportements, des passades et bravades. Il est aussi celui de l’action continue, patiente, et par-dessus tout sans équivoque. Au nom des droits de l’homme, nous nous réjouissons tous des révolutions pacifiques dans le monde arabe. Mais ayons le courage de rappeler nos principes, ceux-là même de la déclaration universelle des droits de l’homme, dès que des dérapages surgissent, touchant le sort des minorités, ainsi les Coptes en Egypte.       <br />
              <br />
       Quand la menace du tribalisme se dessine, vous n’avez pas à encourager la guerre civile.       <br />
              <br />
       Vous avez mesuré, Monsieur le Ministre, que votre action face à ces nouveaux partenaires du Conseil serait rude. Que cette conviction ne vous entraîne pas à essayer d‘autres voies d’actions, à revenir à d’autres formules, celles du G8 ou du G20. Ces instances sont outillées pour traiter des problèmes financiers, monétaires, économiques, pour lesquels elles ont été créées. Il reste bon de rappeler que 174 pays sur 194 n’en sont pas membres, qu’un seul pays africain, l’Afrique du Sud, participe au G20. Vous savez la fâcheuse tendance qui emporte les <span style="font-style:italic">happy few</span>, les <span style="font-style:italic">beati possidentes</span>, etc. à se trouver bien entre eux, en club, à vouloir déborder le cadre de leurs compétences et à tout faire, bref à prendre en mains, comme ils disent, la gouvernance du monde. L’échec sera certain. On ne détruira pas la démocratie internationale, si exigeante et difficile soit-elle.        <br />
              <br />
       Tenez-vous en, Monsieur le Ministre, aux principes établis : la légitimité internationale repose, qu’on le veuille ou non, sur l’Onu. Acceptons-en les règles, si difficiles soient-elles.        <br />
              <br />
       Je n’ai pas parlé de l’Europe. La crise de la monnaie unique est une crise politique, la crise d’une Europe qu’on a voulu faire en dehors des nations, en imposant à dix-sept pays très différents le carcan d’un mark-bis.        <br />
       Au lieu de chercher à réconcilier l’Europe avec la croissance, vous évoquez une « Europe fédérale », comme si la régulation budgétaire mise en œuvre de Bruxelles pouvait donner autre chose qu’un système coercitif. Nous avons aujourd’hui une zone euro sans moteur, du fait du refus allemand de s’appuyer sur la Banque centrale européenne. La dictature d’une orthodoxie à courte vue installe partout ses hommes en balayant les gouvernements élus par des élections anticipées ou en remplaçant par des technocrates européens non élus, M Monti, en Italie, et M. Papademos en Grèce. Pour remodeler l’architecture financière de l’euro, nous n’avons guère d’alliés en Europe.       <br />
              <br />
       Devant la régression et le désordre prévisible, il est temps d’explorer les voies d’une transition aussi harmonieuse que possible. Je pense à la mutation de l’euro de la monnaie unique en monnaie commune.       <br />
              <br />
       Il est temps de refonder sur des bases réalistes, conforme à l’histoire et aux aspirations des peuples, l’esprit et les mécanismes d’une entreprise de solidarité européenne évidemment nécessaire. C’est un autre débat. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Sur-une-pente-fatale_a1290.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Avec l’après-Kadhafi, les difficultés vont commencer</title>
   <updated>2011-08-22T16:11:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Avec-l-apres-Kadhafi-les-difficultes-vont-commencer_a1187.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2011-08-22T16:08:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
      Personne ne regrettera la chute de Kadhafi, mais c’est maintenant que les difficultés vont commencer. Il est souhaitable que toutes les composantes de la société libyenne soient associées à la construction d’une Libye démocratique et pacifique. L’intérêt de la France est d’aider à stabiliser cet immense pays et non de tolérer vengeances et exactions qui empêcheraient la nécessaire réconciliation de tous les Libyens.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Avec-l-apres-Kadhafi-les-difficultes-vont-commencer_a1187.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Jean-Pierre Chevènement sur RTL: "Ne nous donnons pas d'objectifs inaccessibles en Afghanistan!"</title>
   <updated>2011-07-14T11:31:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-sur-RTL-Ne-nous-donnons-pas-d-objectifs-inaccessibles-en-Afghanistan_a1176.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2011-07-14T11:29:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de RTL jeudi 14 juillet à 7h50. Il répondait aux questions de Philippe Corbé.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/965d5e621633ebaef1716ba1f0887ce72a363e8f" width="608" height="372">
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</object >
     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <span class="u">A propos de l'Afghanistan :</span>       <br />
       <ul class="list"><li>Nous sommes dans une situation difficile.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Un auteur russe du siècle précédent disait que l'Afghanistan était un pays qui ne pouvait pas être conquis, et, ajoutait-il, qui ne mérite d'ailleurs pas de l'être       
       </li></ul><ul class="list"><li>La démocratie ne s'exporte pas. Il y a certainement dans la population afghane des gens qui ne veulent pas de la dure loi des Talibans.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Il y a les conditions réunies aujourd'hui pour une rupture entre les populations afghanes dans leur diversité, dont l'élément pachtoune, et le terrorisme international, Al-Quaida. C'était le but de guerre initial.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Aujourd'hui nous devons agir comme une grande nation responsable. </li></ul>[…] Nous sommes amenés à suivre le mouvement par l'enchaînement même des décisions prises [par les Etats-Unis]       <br />
       <ul class="list"><li>Il faut laisser aux Afghans la possibilité de créer eux-mêmes leur propre gouvernement. Ne nous donnons pas d'objectifs inaccessibles !       
       </li></ul><ul class="list"><li>On n'imposera pas un modèle de démocratie à l'occidentale à un pays dont on voit bien que le fonctionnement repose sur des assemblées de notables.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Nous sommes à la remorque des impulsions successives de l'administration américaine.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Nous devons faciliter la transition afghane, permettre à un gouvernement afghan de se maintenir. De ce point de vue-là, je pense que même après 2014, il faudra pouvoir apporter des soutiens à un tel gouvernement, y compris par des fournitures d'armes mais pourquoi pas en maintenant quelques bases avec un appui aérien.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Des grandes puissances responsables doivent faire en sorte que leur retrait ne se transforme pas en débâcle.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Croyez-le, je compatis à la douleur des soldats et de leurs familles, j'ai beaucoup d'émotion.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span class="u">A propos de la Libye : </span>       <br />
       <ul class="list"><li>La France doit rester le soldat du droit.       
       </li></ul><ul class="list"><li>La &quot;responsabilité de protéger&quot; n'est pas l'ingérence.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Je me suis abstenu lors du vote au Sénat.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Il est temps de trouver une solution politique.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Kadhafi est destiné à s'effacer mais il faut trouver une solution politique qui permette au peuple libyen de trouver lui-même la voie de son avenir.       <br />
              <br />
              <br />
       <span class="u">A propos de 2012 :</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li>J'officialiserai ma décision à l'automne.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Je constate l'extrême atonie du débat.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Se battre sur une date de retrait en Afghanistan, ce n'est pas nourrir le débat.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Aucun candidat ne fait de proposition face à la crise de l'euro, qui va être la grand événement de l'été.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Par exemple, accroître les missions de la BCE, lui permettre de racheter des titres de dettes pour casser la spéculation, nourrir la croissance, éviter d'avoir une monnaie surévaluée qui favorise les délocalisations industrielles.       
       </li></ul><ul class="list"><li>L'euro est incontestablement en péril à partir du moment où la spéculation s'attaque à des pays aussi importants que l'Espagne et l'Italie.       
       </li></ul><ul class="list"><li>Le fonds européen de stablisation financière est tout à fait insuffisant.       <br />
              <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.rtl.fr/actualites/politique/article/jean-pierre-chevenement-ne-nous-donnons-pas-d-objectifs-inaccessibles-en-afghanistan-7702550682">RTL.fr</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-sur-RTL-Ne-nous-donnons-pas-d-objectifs-inaccessibles-en-Afghanistan_a1176.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>L'intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat sur la Libye en vidéo</title>
   <updated>2011-07-13T17:55:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/L-intervention-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-Senat-sur-la-Libye-en-video_a1175.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3129005-4470881.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-07-13T17:29:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement sur la Libye au Sénat, mardi 12 juillet 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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     </div>
     <div>
      <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/Nous-avons-franchi-les-bornes-de-la-responsabilite-de-proteger-nous-sommes-dans-l-ingerence_a1173.html">Le texte de l'intervention est disponible ici</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/L-intervention-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-Senat-sur-la-Libye-en-video_a1175.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Le syndrome de la guerre du Golfe</title>
   <updated>2011-07-13T13:18:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Le-syndrome-de-la-guerre-du-Golfe_a1174.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2011-07-13T13:16:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
      Le vote massif et inconditionnel d’approbation à la poursuite des opérations en Libye m’a irrésistiblement fait penser au syndrome de la guerre du Golfe. Aucune vue longue.       <br />
              <br />
       La majorité des parlementaires, sous prétexte de solidarité avec nos soldats, se montrent en réalité solidaires du gouvernement qui, comme il se doit, donne des ordres aux militaires.       <br />
              <br />
       Les socialistes se retrouvent naturellement dans l’ingérence, concept qui historiquement leur doit beaucoup. Bernard Kouchner, là où il est, et Bernard Henri Lévy peuvent se frotter les mains. Le souci du respect de la légalité internationale passe au second plan, comme si la légalité internationale n’était pas aussi l’intérêt de la France.       <br />
              <br />
       Dans quel état seront demain la Libye, le Maghreb, le Sahel ? Ces grandes questions sont évacuées.       <br />
              <br />
       Une option militaire à courte vue a été privilégiée. Plus le conflit durera et plus la Libye sera déstabilisée. La tâche de la force de l’ONU, qui sera demain chargée de rétablir l’ordre, ne sera pas de tout repos. Politiquement, on peut se demander quel moyen de pression le PS conservera encore pour conduire le gouvernement à privilégier une issue politique.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Le-syndrome-de-la-guerre-du-Golfe_a1174.html" />
  </entry>
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   <title>Nous avons franchi les bornes de la responsabilité de protéger, nous sommes dans l’ingérence</title>
   <updated>2011-07-12T19:52:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Nous-avons-franchi-les-bornes-de-la-responsabilite-de-proteger-nous-sommes-dans-l-ingerence_a1173.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3127119-4468291.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-07-12T19:52:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement sur la Libye au Sénat, mardi 12 juillet 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3127119-4468291.jpg?v=1310493027" alt="Nous avons franchi les bornes de la responsabilité de protéger, nous sommes dans l’ingérence" title="Nous avons franchi les bornes de la responsabilité de protéger, nous sommes dans l’ingérence" />
     </div>
     <div>
      Monsieur le Ministre des Affaires étrangères nous déclarait, le 22 mars dernier : « Nous ne voulons pas nous engager dans une action de longue durée. L’opération aérienne sera limitée dans le temps ». L’opinion publique a d’abord approuvé cette action destinée à protéger des populations agressées par les armes de leurs propres dirigeants. Il ne s’agissait pas d’ingérence humanitaire. Non ! L’ingérence, c’est-à-dire l’action unilatérale déclenchée par un groupe de pays, à sa ou à leur discrétion, en fonction de valeurs qu’il affiche, qui lui sont propres ou prétendues universelles, est bannie expressément, rejetée par les Nations Unies dans une succession de textes que la France a régulièrement votés. Je précise que le talentueux ministre français qui s’est en son temps proclamé le champion de ce qu’il appelait le « droit » ou le « devoir d’ingérence » a, par deux fois, dans un bref communiqué commun signé avec la Chine au printemps 2009, réaffirmé le respect par notre pays du principe de « non-ingérence ».       <br />
              <br />
       Ce qui s’est passé en mars 2011, c’est la mise en œuvre d’un principe consacré par les Nations unies, par le droit international, celui de la « Responsabilité de protéger ». L’idée n’est heureusement ni révolutionnaire ni absolument nouvelle. Rappelons-nous le rôle de la FORPRONU, Force de protection des Nations Unies en Yougoslavie dans les années 1990.       <br />
              <br />
       Mais le principe de la « responsabilité de protéger », tel que consacré par l’assemblée générale des Nations unies en septembre 2005, lors de son sommet du 65ème anniversaire, est plus précis, codifié. Lorsque des menaces particulièrement graves existent, venant d’un gouvernement : crime de guerre, crime contre l’humanité, épuration ethnique, génocide, tout doit être fait par des moyens pacifiques pour convaincre les autorités coupables, de renoncer, mais en cas d’échec, le recours à la force est permis, non pas à la suite d’un choix unilatéral d’un pays quelconque, mais par une décision collective, unanime ou à la majorité du Conseil de sécurité. Il faut donc l’accord de celui-ci, contrairement à ce qui s’est passé lors de l’action de l’OTAN contre le Kosovo en 1999.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      C’est cette voie, difficile à engager mais légale, celle du recours au Conseil de Sécurité – qui a été officiellement suivie par la diplomatie française au printemps de cette année et qui a abouti à la résolution 1973, votée par dix pays avec cinq abstentions : Russie, Chine, Brésil, Inde, Allemagne.       <br />
              <br />
       Le but, on l’a dit, c’est la protection de la population. Ce n’est pas le changement de régime. L’expérience a prouvé qu’il était possible de faire reculer des gouvernements, ainsi en 1995 Milosevic, sans provoquer, dans l’immédiat, leur élimination.       <br />
              <br />
       Quatre mois bientôt se sont écoulés et se vérifie l’adage que je vous rappelais le 22 mars : « On sait comment on commence une guerre. On sait rarement comment on la termine ».       <br />
              <br />
       Le courage et le professionnalisme de nos soldats méritent pleinement d’être salués. Mais être solidaire de nos soldats n’implique pas la solidarité du Parlement avec le gouvernement auquel les militaires obéissent par nécessité. Les parlementaires, pour ce qui les concerne, n’ont de comptes à rendre qu’au peuple français.  Or, vous avez fait évoluer les buts de guerre : Monsieur le Premier ministre avait déclaré, le 22 mars 2011 : « Nous appliquons toute la résolution 1973, rien que la résolution 1973 ». Mais en fait, on est passé de la responsabilité de protéger à l’objectif d’un changement de régime. M. Alain Juppé déclarait le même jour : « Il est possible à tout moment au régime de Kadhafi d’arrêter l’intervention militaire organisée sous mandat des Nations Unies : il lui suffit d’accepter la résolution 1973, c’est-à-dire de respecter un cessez-le-feu, de retirer ses troupes des positions qu’elles occupent et de laisser les Libyens s’exprimer librement. Dans la minute où le régime de Kadhafi respectera les obligations résultant de la résolution 1973, les opérations militaires cesseront. »       <br />
              <br />
       Plusieurs semaines après le déclenchement des opérations, quelle est la situation ?       <br />
              <br />
       Des populations ont été effectivement protégées, et chacun s’en réjouit. Mais les combats se poursuivent. Malgré toutes les précautions prises, les opérations de bombardement menées par l’OTAN, en dépit de nos réserves initiales, entraînent inéluctablement des pertes civiles. Ce résultat est évidemment contraire au principe rappelé dans son préambule (paragraphe 3) par la résolution 1973 selon laquelle « il incombe au premier chef aux parties à tout conflit armé de prendre toutes les mesures nécessaires, voulues pour assurer la protection des civils. » « Aux parties à tout conflit armé » : cette expression désigne tous les intervenants, qu’ils soient Libyens ou forces de l’OTAN.       <br />
              <br />
       En exigeant le départ de Kadhafi que vous receviez à Paris, il y a trois ans, en le faisant inculper par le CPI, en parachutant des armes aux rebelles, vous avez changé la nature de l’intervention. Nous sommes passés de la « responsabilité de protéger » les civils à l’ingérence, si tant est que les mots aient un sens.       <br />
              <br />
       Le but d’un changement de régime n’est pas dans la résolution 1973. Mais il s’inscrit, depuis le début du printemps arabe, dans l’air du temps, tel que le comprennent beaucoup de dirigeants occidentaux. Force est, cependant, de rappeler que l’évolution vers la démocratie ne peut se faire de la même manière dans tous les pays : la révolution démocratique – le renversement des gouvernements par le peuple (ou du moins une fraction militante de celui-ci) peut survenir dans de vieux pays suffisamment homogènes, proches de nos États-nations européens, tels la Tunisie ou l’Egypte.       <br />
              <br />
       La révolution démocratique s’opère – on le voit malheureusement – beaucoup plus difficilement là où les divisions d’opinion se superposent à des fractures tribales ou confessionnelles : Yémen, Bahreïn, Syrie, Liban, Libye. En chacun de ces pays, la guerre civile menace. Et l’action militaire extérieure ne peut qu’exacerber certaines tensions ou aller par les victimes qu’elle occasionne à l’encontre du but poursuivi qui est de protéger tous les civils sans exception.       <br />
              <br />
       La France est membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Elle y dispose d’une influence importante. Le droit est le droit.       <br />
              <br />
       On peut bien sûr interpréter à loisir la résolution 1973 dont les termes sont sans doute trop généraux. Mais est-ce l’intérêt de la France ? La souveraineté nationale a été une conquête de la Révolution de 1789. Elle reste la base de l’ordre international. Ce n’est pas par hasard que l’ONU s’appelle « Organisation des Nations Unies ». La Libye est un Etat fragile qui réunit trois régions très différentes : la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan, aux prégnances tribales encore fortes. Toute guerre est déstabilisatrice, à plus forte raison si elle se prolonge. La dissémination des armes notamment dans le Sahel ne peut que favoriser les activités terroristes. On a découvert des missiles Sam 7, au Niger. L’afflux des réfugiés, le retour des migrants installés en Libye fragilisent les Etats voisins. 470 000 réfugiés s’entassent à la frontière tuniso-libyenne. A proportion des populations, c’est comme si la France devait accueillir 3 millions de réfugiés sur son sol. Qu’a fait la France face à ce drame humain ? Elle a proposé de revoir les accords de Schengen. Plus de 1000 réfugiés au moins ont péri noyés au large de l’île de Lampedusa dans l’indifférence générale. On attend de la France une attitude moins myope et surtout plus généreuse. Partout le désordre et l’anomie menacent. Ils ne sont dans l’intérêt de personne et particulièrement pas du nôtre.       <br />
              <br />
       Nous devons donc faire respecter partout la souveraineté des nations, sous réserve de cette notion de « responsabilité de protéger » qu’une interprétation extensive de la résolution 1973 ne peut qu’affaiblir. Quand donc le Conseil de Sécurité désormais acceptera-t-il d’y recourir, sans qu’un de ses membres permanents y fasse obstacle par l’usage de son droit de veto ? La France doit rester le soldat du droit !       <br />
              <br />
       Il était nécessaire de donner un coup d’arrêt devant Benghazi et d’aider à dégager Misrata, mais ne faudrait-il pas alors favoriser les négociations entre les deux parties plutôt que de nourrir une guerre civile par des parachutages d’armes par exemple ? En réalité, vous vous êtes donné un objectif – le changement de régime dont la résolution 1973 qui proscrit l’utilisation des forces au sol, ne vous donnait pas les moyens militaires, car l’arme aérienne ne peut pas tout.       <br />
              <br />
       On peut le regretter, mais tout montre que vous avez surestimé la capacité d’influence du CNT de Benghazi et sous-estimé la capacité de résistance du régime du colonel Kadhafi. Certes, celui-ci n’est pas sympathique, mais le régime syrien l’est-il tellement davantage ? D’ores et déjà vous faites apparaître un droit international à plusieurs vitesses : n’y aurait-il pas intérêt à protéger aussi d’autres populations ? Et voilà que s’ouvrirait un engrenage sans fin … Bien entendu, vous n’interviendrez pas ailleurs. Non seulement parce que nous sommes, comme l’a dit M. le Ministre de la Défense, « au taquet de nos engagements », mais parce que le CSNU ne l’autorisera pas et parce que l’opinion publique française réprouve à juste titre la notion d’ingérence qu’au demeurant la France n’a jamais acceptée aux Nations Unies. Enfin, les Etats-Unis n’ont nulle envie d’ouvrir de nouveaux fronts. Le Président Obama n’a jamais envisagé qu’un soutien limité et la Chambre des représentants, où les Républicains sont majoritaires, vient de demander la fin de tout engagement américain en Libye même.       <br />
              <br />
       J’avais relevé, le 22 mars, un « léger parfum d’aventurisme » dans votre politique après l’intervention d’un pseudo philosophe, théoricien de longue date du droit d’ingérence, intervention qui a semble-t-il pesé dans les choix du Président de la République. Mais peut-être la décision d’intervenir en Libye servait-elle aussi de rattrapage pour faire oublier un certain « retard à l’allumage » en Tunisie …       <br />
              <br />
       Il est temps maintenant de trouver une solution politique, éventuellement fédérale, sous réserve que soient préservées autant que possible l’intégrité et l’unité du pays. C’est aux Libyens d’en décider. Chaque peuple doit trouver son propre chemin vers la démocratie. Les responsables du CNT seront reçus demain par le Conseil de l’OTAN. Il faudrait les convaincre que l’OTAN ne peut se substituer au peuple libyen.       <br />
              <br />
       Bien évidemment, le départ du colonel Kadhafi serait bienvenu, pourvu, bien sûr, que ne succède pas aussitôt un régime de vengeance, d’exactions, ou d’instabilité, comme la situation au Kosovo n’est pas loin d’en offrir le triste exemple. Mais le « groupe de contact » devrait œuvrer en vue d’un redoublement des efforts diplomatiques, en vue d’une voie négociée.       <br />
              <br />
       L’affaire du Kosovo ne s’est pas conclue – je le rappelle – par la victoire écrasante des forces de l’OTAN et par la reddition des Serbes. La Russie qui n’était pas partie au conflit, qui avait condamné l’intervention militaire, s’est entremise et a facilité un accord qui, de part et d’autre, préservait l’avenir.       <br />
              <br />
       Dans le cas de la Libye, les membres de la Ligue arabe, malgré l’appui donné au départ au principe de la création d’une zone d’exclusion aérienne, manifestent aujourd’hui un soutien plus hésitant à l’action militaire. La Tunisie, l’Egypte sont frappées de plein fouet par l’exode des réfugiés. Des médiations sont entreprises du côté de la Ligue arabe. Le Premier ministre tunisien a reçu des émissaires des deux camps. L’Union africaine, depuis le départ, s’est montrée encore plus ouvertement favorable à la négociation. Un envoyé spécial a d’ailleurs été nommé par le secrétaire général, M. Abdel-Elah Mohamed Al-Khatib pour, je cite, « apporter une solution durable et pacifique à la crise en Libye ». Il semble même que des contacts aient été pris entre le CNT de Benghazi et le régime de Tripoli que l’Union européenne et le gouvernement français ne devraient pas chercher à dissuader.       <br />
              <br />
       Quels sont les développements et les possibles conclusions des contacts qui ont été pris ? Pouvons-nous en tout cas ignorer ces efforts et nous en tenir à la seule option militaire ? Pouvons-nous au contraire, les encourager ?       <br />
              <br />
       Soyons logiques avec nous-mêmes. Nous ne cessons de prôner l’accès au statut de membre permanent du Conseil de sécurité de plusieurs pays dont nous soulignons la maturité, la puissance, l’esprit de responsabilité, etc. : le Brésil, l’Inde, l’Allemagne. Or, que s’est-il passé lors du vote de la résolution 1973 : la Chine, la Russie mais aussi l’Inde, l’Allemagne et le Brésil se sont abstenus. Ne devons-nous pas, pour une fois mettre nos actes en accord avec nos déclarations et nous interroger sur les raisons de la décision de ces pays ? Mieux, montrer que nous attachons vraiment du prix à leur attitude en ouvrant sur ce sujet une discussion avec eux. Que proposent-ils pour la Libye ? Font-ils quelque chose pour convaincre le gouvernement libyen de changer, ou de s’effacer pacifiquement ? Pouvons-nous les assister ? Ou devons-nous tirer la conclusion qu’ils ne se soucient pas vraiment de ce principe, pourtant universellement acclamé, de la « responsabilité de protéger ».       <br />
              <br />
       Il est temps, Messieurs les ministres, de conclure cette opération. Pour ce qui me concerne, je ne puis l’approuver car nous avons franchi les bornes de « la responsabilité de protéger ». Nous sommes dans l’ingérence, même si on peut ratiociner à l’infini sur l’interprétation de la résolution 1973.        <br />
              <br />
       Mais je ne veux pas émettre un vote qui pourrait être interprété comme un désaveu de ceux qui luttent pour la démocratie dans le monde arabe et pour la liberté de leurs peuples. J’exprimerai mes très fortes réserves par un vote d’abstention qui se veut aussi un appel au gouvernement pour qu’il trouve désormais rapidement à ce conflit une solution politique, conforme à l’intérêt de la France.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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