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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-03-17T09:48:32+01:00</updated>
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  <entry>
   <title>Nicolas Baverez-Jean-Pierre Chevènement: le monde danse-t-il sur un volcan?</title>
   <updated>2016-03-04T10:13:00+01:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2016-03-04T10:10:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien croisé entre Nicolas Baverez et Jean-Pierre Chevènement paru dans Le Figaro, vendredi 4 mars 2016, propos recueillis par Marie-Laetitia Bonavita.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/9060698-14401277.jpg?v=1457082366" alt="Nicolas Baverez-Jean-Pierre Chevènement: le monde danse-t-il sur un volcan?" title="Nicolas Baverez-Jean-Pierre Chevènement: le monde danse-t-il sur un volcan?" />
     </div>
     <div>
      <b>Le Figaro : Quelle est la nature de la crise que nous traversons ?       <br />
       Nicolas Baverez:</b> L’étymologie grecque de crise, krisis, renvoie au point décisif de la maladie où l’on se dirige vers la mort ou vers la guérison. La crise actuelle fait coexister un monde qui meurt et un monde qui naît. Loin d’être achevée, elle se prolonge parce qu’elle correspond à une grande transformation du capitalisme et du système international : nous sommes donc sortis de la récession, mais nullement de la crise.       <br />
              <br />
       Les séquelles du monde qui meurt sont immenses : pressions déflationnistes, 200 millions de chômeurs, fin des Trente Glorieuses en Chine, 200 000 milliards de dollars de dettes supplémentaires depuis 2008. Malgré les liquidités qu’elles déversent, les banques centrales ne parviennent pas à traiter les problèmes structurels. Ils ne peuvent être résolus que par le politique qui ne cesse de reporter les réformes indispensables.       <br />
              <br />
       Les défis du monde qui naît sont nombreux : révolution démographique liée à l’urbanisation et au vieillissement de la population, surgissement des nouvelles classes moyennes du Sud, émergence d’un capitalisme plus entrepreneurial et partenarial, ère numérique, préoccupation écologique, réveil des tensions géopolitiques autour des passions nationales et religieuses. Or, l’Occident et l’État, qui ont réassuré l’histoire du monde depuis le XVIe siècle, non sans tragédies et sans échecs, sont remis en question.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      L’État n’est pas fini, mais il se trouve en situation d’effondrement dans de nombreux pays ou de faillite en raison de son surendettement, notamment dans le monde développé. Il ne dispose plus ni de la légitimité ni des moyens de répondre seul aux risques économiques, financiers, sanitaires, environnementaux ou sécuritaires. Il doit s’appuyer sur les autres États et sur le secteur privé, à l’image du système mondial de surveillance, par ailleurs condamnable, mis en place par la NSA avec le concours des firmes technologiques de la Silicon Valley, les Google, Apple, Facebook…       <br />
              <br />
       L’Occident, pour sa part, conserve le monopole décisif de la liberté politique mais il a perdu le monopole de l’histoire du monde et du capitalisme universel.       <br />
              <br />
       Pour tous, individus, entreprises, nations, continents, le défi lancé par cette nouvelle donne est donc clair : s’adapter ou se trouver marginalisé.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement:</b> Le livre de Nicolas Baverez recense de manière aussi exhaustive que possible les facteurs actuels de risques et d’incertitudes mondiaux. Cette ambition, aujourd’hui rare, confine à un exercice impossible tant il est difficile d’avoir une vue globale et prospective d’un monde devenu aussi complexe. Néanmoins, je regrette que la tendance fondamentale du capitalisme à la déflation ne soit pas suffisamment mise en valeur. Le capitalisme a toujours cherché à réduire ses coûts de production, sans compenser la baisse de la demande de biens. Aujourd’hui, compte tenu du fort endettement des banques centrales, nous pouvons nous demander si le monde n’a pas reculé en 2008 pour mieux sauter dans les années qui viennent.       <br />
              <br />
       Selon moi, le paradigme néolibéral est toujours présent. La théorie de la création de la valeur pour l’actionnaire reste au cœur des mécanismes du capitalisme financier. Je ne crois pas, sauf volonté politique forte, que les facteurs de croissance avancés par Nicolas Baverez soient suffisants pour tirer la croissance mondiale : nouveau capitalisme entrepreneurial, avec l’apparition de start-up et de petites entreprises, création d’emplois liée à la révolution numérique, allongement de la durée du travail des seniors qui sont, malgré tout, fatigués. De même, si l’Afrique peut lancer la construction de centrales solaires pour satisfaire ses besoins d’électricité, encore faut-il trouver les financements. Un nouveau « New Deal » à l’échelle mondiale est nécessaire pour combattre la tendance fondamentale du capitalisme financier à la déflation.       <br />
              <br />
       <b>Que dire alors des crises politique et géopolitique ?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement:</b> La globalisation engendre le chaos. On aurait pu penser qu’un monde unipolaire serait plus stable que le monde bipolaire. C’est le contraire qui est vrai. Les puissances « régionales » s’autonomisent. Certes, avec l’émergence de la Chine, une nouvelle bipolarité s’esquisse à l’horizon, mais nous n’en sommes pas encore là.       <br />
              <br />
       Le développement du terrorisme djihadiste à l’échelle planétaire remonte non pas aux attentats du 11 septembre 2001 mais à 1979, avec l’arrivée au pouvoir de Khomeyni en Iran, l’occupation des Lieux saints de La Mecque par les groupes extrémistes salafistes et l’organisation du djihad afghan contre l’URSS. Ce djihadisme sunnite va ultérieurement se retourner contre l’Occident, les régimes « mécréants » et les musulmans « apostats ». L’Occident a joué avec le feu.       <br />
              <br />
       Il ne faut pas sous-estimer le ressentiment historique du monde arabo-musulman envers l’Occident ni le caractère déstabilisant des interventions militaires, en 1990-1991 puis en 2003 en Irak. Aujourd’hui, cette menace du terrorisme djihadiste qui a aussi des causes endogènes (ossification dogmatique de l’Islam, absence de liberté civique, etc.) touche également la France, en raison d’une intégration en panne depuis des décennies.       <br />
              <br />
       <b>Nicolas Baverez:</b> La situation au Moyen-Orient est révélatrice de l’interaction entre les facteurs de crise : économiques avec le contre-choc pétrolier et la fin de la dépendance des États-Unis vis-à-vis des pays du Golfe grâce aux hydrocarbures non conventionnels ; nationaux avec l’éclatement de l’Irak et de la Syrie ; religieux avec la guerre sunnites-chiites et la mondialisation du djihad ; internationaux avec les interventions rivales de l’Iran et de la Turquie, de la Russie et de la coalition conduite par les États-Unis ; idéologiques avec la pénétration de l’État islamique via les réseaux sociaux au cœur de la jeunesse des démocraties.       <br />
              <br />
       Cette globalisation des risques montre les limites des institutions internationales mises en place après 1945 telles que l’ONU, la Banque mondiale, le FMI ou le GATT devenu OMC. Par ailleurs, la seule puissance globale, les États-Unis, reste relative et contestée. Les démocraties entrent encore en guerre mais elles ne savent ni les gagner ni construire les conditions de la paix.       <br />
              <br />
       La menace que constitue l’État islamique continue à être sous-estimée, notamment par Barack Obama. Il est essentiel de désigner l’ennemi et de le combattre sans haine mais avec une détermination totale. Face à l’État islamique, il manque une stratégie globale qui le cible dans toutes ses dimensions : forces armées, ressources économiques, cyberpropagande, idéologie.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement:</b> Le phénomène du terrorisme djihadiste impose que l’on restaure une gouvernance mondiale. L’ONU ne mérite pas la perte de considération dont elle est l’objet, et notamment de la part de la France.       <br />
              <br />
       Nous avons besoin de la Russie pour combattre Daech qui est une menace pour le monde entier. On commence, semble-t-il, à s’en apercevoir. Sans renier naturellement nos alliances avec les États-Unis et les pays européens, nous devons nous souvenir que la France est une aînée dans la grande famille des nations humaines. Nous devons dialoguer avec la Russie, la Chine, l’Inde, si nous voulons rester fidèles à notre vocation.       <br />
              <br />
       La Russie de Vladimir Poutine ne ressemble pas à la lecture occidentaliste qui en est faite par la plupart de nos commentateurs qui ne connaissent pas la Russie. Ce pays ne nous menace pas : sa population compte seulement 140 millions d’habitants dont 20 % de tradition musulmane. Le budget militaire de la Russie (78 milliards de dollars) est très inférieur à celui des États-Unis (575 milliards). La Russie n’est pas la Chine, avec son Parti communiste de 86 millions de membres. C’est un pays capitaliste récent. Quant à la crise ukrainienne, elle était évitable, le partenariat oriental conçu en 2009 sous l’impulsion d’Angela Merkel procédait d’une conception erronée car il a été conduit sans aucune concertation avec la Russie. Les sanctions occidentales sont contre-productives et repoussent la Russie vers la Chine.       <br />
              <br />
       Nicolas Baverez nous met en garde à juste titre contre les schémas de pensée anciens : nous n’avons pas besoin d’une nouvelle guerre froide avec la Russie.       <br />
              <br />
       <b>Nicolas Baverez:</b> Il ne faut ni assimiler la Russie à Vladimir Poutine, à l’image de ce qui a été fait avec la Libye du colonel Kadhafi, l’Irak de Saddam Hussein ou la Syrie de Bachar el-Assad, ni laisser les émotions prendre le pas sur les intérêts stratégiques. De même, la Russie n’est en rien une simple puissance régionale comme a cru pouvoir l’affirmer Barack Obama.       <br />
              <br />
       Il reste que la Russie de Vladimir Poutine inquiète à bon droit. Elle n’est plus communiste mais réconcilie le tsarisme et le soviétisme dans l’impérialisme. Elle joue sur les passions nationales et religieuses, avec le retour en force de l’orthodoxie. Elle s’est dotée d’un système de pouvoir très particulier avec la fusion de l’État, des services secrets et des grands monopoles aux mains des oligarques.       <br />
              <br />
       La nouvelle autocratie qui permet à Vladimir Poutine de concentrer tous les pouvoirs depuis 1999 fait des émules en Chine avec Xi Jinping et en Turquie avec Recep Erdogan. La volonté, après l’effondrement de l’Union soviétique, de reconstruire l’empire intérieur s’est traduite par un recours permanent à la guerre en Tchétchénie, en Géorgie puis en Ukraine, demain peut-être en Moldavie. La Russie est enfin intervenue directement en Syrie pour sauver le régime de Damas, non sans arguments.       <br />
              <br />
       Dans le même temps, la démographie russe s’effondre ; l’économie est en récession violente ; la société est bloquée et les classes moyennes révoltées. Vladimir Poutine est donc surtout fort de nos faiblesses.       <br />
       Aussi devons-nous retrouver un dialogue stratégique avec la Russie, en étant à la fois extrêmement fermes sur la sécurité de l’Europe et extrêmement ouverts à une coopération pour contenir le chaos dans le monde arabo-musulman.       <br />
              <br />
       <b>L’Europe semble impuissante devant la crise des migrants...</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement:</b> Il est vrai que l’Afrique devrait préoccuper sérieusement l’Europe, car le Sahel est une mine explosive à quinze ans. L’opération « Barkhane », avec nos 3 500 hommes, ne fera pas éternellement la police de la région. Il est important que les États du Sahel se dotent de forces militaires et de police ainsi que d’une administration efficace. Parallèlement, l’Europe doit mettre en place une initiative de codéveloppement. Cela suppose que l’on y consacre des sommes beaucoup plus importantes que le 1,8 milliard d’euros décidé lors du sommet européen de Malte.       <br />
              <br />
       Quant à l’Europe, la zone de libre circulation dite espace Schengen est moribonde. Faire reposer notre protection seulement sur des pays périphériques comme la Grèce et ses centaines d’îles en mer Égée n’est pas sérieux. L’agence Frontex de surveillance aux frontières de l’Europe compte seulement quatre cents postes pourvus sur un total de sept cents. Pire, le système Eurodac, qui vise à prélever les empreintes digitales, n’est même pas branché sur les ordinateurs de la police.       <br />
              <br />
       L’Europe actuelle souffre d’un défaut de conception qui est son péché originel. C’est une technocratie irresponsable. On a voulu la faire en dehors des nations. Il faut la refaire autour des nations, car ce sont elles qui résistent sur la longue durée, et sur un projet qui associe la Russie. Il faut donner un sens politique et humain au siècle qui vient.       <br />
              <br />
       <b>Nicolas Baverez:</b> La crise des migrants, à l’égal du Brexit, constitue un test majeur pour l’Europe. L’espace Schengen comme l’euro ont été créés avec des règles insoutenables, dans l’illusion que le monde était spontanément stable et que les chocs appartenaient au passé. La réponse ne peut être que globale : définition et application de règles communes en matière d’immigration et d’asile ; déploiement d’une stratégie de codéveloppement en Afrique ; lutte active contre le terrorisme ; réarmement de l’Europe avec pour objectif d’assurer la sécurité de sa population, de ses infrastructures et de ses frontières.       <br />
              <br />
       <b>Comment la France peut-elle sortir de cette impasse ?</b>       <br />
       <b>Nicolas Baverez:</b> La chute de la France s’accélère. Et ce en dépit de ses incontestables atouts. Le blocage combiné de l’État et du système politique explique l’incapacité de notre pays à se réformer. 2017 se présente donc comme l’élection de la dernière chance, avant le basculement dans l’extrémisme et la violence. L’optimisme vient des Français : la French Tech, l’engagement des jeunes, l’évolution rapide des mentalités prouvent que notre société est beaucoup plus libre, mobile et mobilisée que ne le pensent nos dirigeants. Les deux mamelles du redressement de notre pays sont le patriotisme et la réforme. Les Français doivent s’en emparer pour se ressaisir de leur destin.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement:</b> L’État reste une instance incontournable de légitimation. Nos concitoyens aspirent au retour de l’État républicain, comme on l’a vu au lendemain des attentats de janvier et novembre 2015. Ils ont besoin de repères, de vision claire, de projets audacieux. Oui, le patriotisme républicain est la ressource psychologique et morale qui permettra au peuple français de résister dans la durée et de montrer sa résilience historique.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Entretien avec Nicolas Baverez dans Le Nouvel Observateur: "Faut-il démondialiser?"</title>
   <updated>2011-09-08T18:00:00+02:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2011-09-08T18:00:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien paru dans le Nouvel Observateur du 8 septembre 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3253165-4658695.jpg?v=1315495393" alt="Entretien avec Nicolas Baverez dans Le Nouvel Observateur: "Faut-il démondialiser?"" title="Entretien avec Nicolas Baverez dans Le Nouvel Observateur: "Faut-il démondialiser?"" />
     </div>
     <div>
      <b>Jean-Gabriel Fredet (Nouvel Observateur) - Après avoir encensé la mondialisation, on porte aux nues maintenant la « démondialisation ». Qu’en pensez vous ?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: La crise de la mondialisation financière nous oblige à réfléchir sans tabous. En 2008, l’opinion a découvert que la théorie de l’efficience des marchés relevait du mythe et que nous vivions dans un système hyper-spéculatif , excessivement globalisé, favorisant des mouvements d’amplification irrésistibles.       <br />
              <br />
       Dans le même temps, les Français ont pris conscience du déclassement de l’Europe et du rétrécissement de leur industrie qui ne représente plus que 13% de notre valeur ajoutée aujourd’hui. Dès lors, si le mot de « démondialisation » a l’inconvénient de suggérer qu’on pourrait revenir en arrière, il réintroduit l’idée que l’on peut corriger les excès d’une mondialisation « biaisée » et revenir sur les excès du néolibéralisme.       <br />
              <br />
       <b>Nicolas Baverez</b>: Avant de juger, les faits. La mondialisation n’est ni « heureuse » ni « malheureuse », c’est un fait historique, le grand principe du XXI° siècle. Elle procède de trois mouvements. L’universalisation du capitalisme d’abord qui a fait entrer l’humanité dans l’âge d’une histoire commune à défaut d’être convergente. Ensuite la multipolarité, synonyme de désoccidentalisation du monde. Au-delà de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de la Russie, pointe une deuxième vague d’émergents - Indonésie,Turquie, Afrique du sud- qui fait basculer le centre de gravité du monde et met fin au monopole de l’histoire détenu par l’Occident. Ce système multipolaire est enfin profondément hétérogène tant du point de vue des valeurs que des cultures ou des institutions.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La mondialisation ne tombe pas du ciel ; son histoire démarre en 1979 avec la désinflation organisée par Paul Volcker à la tête de la Banque centrale américaine et la déréglementation initiée par Madame Thatcher. Elle coïncide avec l’invasion de l’Afghanistan et le début de la fin de l’Union soviétique ; avec le lancement des quatre modernisations qui fondent les Trente Glorieuse chinoises.       <br />
              <br />
       Triomphante durant la décennie 1990, après la chute du Mur de Berlin qui fait disparaître toute alternative au capitalisme, cette mondialisation est confrontée, à partir de 2001, à des chocs en chaîne, provoqués par la démesure américaine et les réactions qu’elle suscite : krach des nouvelles technologies et attentats du 11 septembre en 2001, guerres d’Afghanistan et d’Irak, enchaînement des bulles spéculatives culminant avec la chute de Lehman Brothers en 2008. Aujourd’hui, le monde continue à être bouleversé par des chocs dont la violence crée une incertitude permanente: crise de la dette souveraine, déstabilisation de la zone euro et dégradation de la notation financière des Etats-Unis ; révolutions du monde arabo-musulman; tragédies du Japon frappé par la catastrophe de Fukushima.       <br />
              <br />
       Le fil conducteur de cette histoire c’est le surgissement- ou le retour- au premier plan de l’histoire de la Chine et de l’Inde.Alors que dans les années 2000, la croissance mondiale est en moyenne de 1,6% dans les pays développés et de 5,9% dans les émergents, elle est de 7,5% dans les BRIC. La Chine est devenue la deuxième puissance économique derrière les Etats-Unis. Le Brésil, talonne la France. Cette mondialisation compte des gagnants et des perdants, à l’intérieur même des continents et parfois des pays. La Chine, grand gagnant est en même temps le pays le plus inégalitaire du monde et l’ampleur des déséquilibres ne permet plus d’exclure de sérieux dérapages en dépit du pilotage exceptionnel du Parti communiste chinois qui a engagé une profonde modification de son modèle avec une augmentation des salaires et le début d’une protection sociale.       <br />
              <br />
       Le grand succès historique et moral de la mondialisation demeure d’avoir, en deux décennies, sorti plus d’un milliard d’hommes de la pauvreté pour les faire accéder à la classe moyenne grâce à une très forte croissance. Contrepartie : la remise en question des rentes dont bénéficiait la population des démocraties occidentales en termes de niveau de vie, via la capacité d’endettement public et privé. D’où, à l’inverse, un choc négatif sur leurs classes moyennes, confrontées au surendettement et au chômage.       <br />
              <br />
       Si on ne s’oppose pas à un mouvement historique, on peut en revanche peser sur lui, essayer de le réguler, d’aménager des transitions pour soutenir les sociétés les plus déstabilisées.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: Avant de décrire cette mondialisation comme un « fait », il faut dire qu’elle est d’abord un choix politique. Le triomphe du néolibéralisme avec l’élection de Thatcher et de Reagan s’est traduit , au nom du dogme de « l’efficience des marchés » par une complète dérégulation, notamment en matière financière. La financiarisation aboutit à la dictature d’un actionnariat prédateur. En Europe, cette déréglementation s’est faite à partir de l’Acte Unique sur la base du quel 300 directives dont celle de libération des mouvements de capitaux ont être prises. Avec la libéralisation des services publics et  l’interdiction des politiques industrielles, cette dérégulation généralisée à l’échelle du monde a provoqué la crise globale du capitalisme financier. Et c’est par ce que ce choix politique est remis en cause, parce que le système qu’il a mis en place s’effondre que le mot de « démondialisation » rencontre autant d’écho. Car la démondialisation est aussi  politique. C’est la fin de l’hyperpuissance américaine en tant que puissance hégémonique. Le monde se fragmente, avec un « G2 » - les Etats-Unis et la Chine - et entre les deux, variable d’ajustement, l’Europe dont le déclin s’accélère avec les délocalisations. Face à cette mondialisation biaisée, n’avons-nous pas le droit de défendre notre modèle politique et social ?        <br />
               <br />
       <b>Nicolas Baverez</b>: La mondialisation ne se limite pas à l’avènement de la finance. Le développement des émergents n’est pas guidé par la finance mais par l’économie réelle et la production - industrielle en Chine, agricole au Brésil, post-industrielle en Inde. Pas plus qu’on ne doit confondre la mondialisation et la finance, il ne faut pas réduire le capitalisme au modèle de la croissance à crédit des Etats-Unis. Pour être universel, le capitalisme est plastique. C’est un caméléon qui s’adapte à l’hétérogénéité des valeurs et des institutions. Il est né avec la liberté politique mais il s’adapte en Russie ou en Chine avec la fusion du parti communiste et des nouvelles élites économiques.       <br />
              <br />
       Définir la mondialisation par la remise en cause de la démocratie et de l’Etat-Providence n’est pas davantage exact. Parmi les « BRIC », deux pays ne sont pas des démocraties - la Chine et la Russie -, mais deux autres, l’Inde et le Brésil, garantissent la liberté politique. Partout la protection sociale accompagne le développement : en Chine avec la mise en place d’une assurance santé et retraite, comme au Brésil avec les programmes d’aide aux plus pauvres.       <br />
              <br />
       Un mot enfin sur les « avantages » dont la mondialisation nous dépossèderait. Depuis 1992 l’économie mondiale a connu un cycle de croissance historique de 4 à 5% l’an. Avec certes des inégalités, mais surtout l’émancipation d’un milliard d’hommes du cercle infernal de la pauvreté. La mondialisation enrichit le monde mais elle conduit les pays développés à partager des avantages dont ils étaient seuls à bénéficier.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: Cette croissance dont vous parlez est très inégalement répartie. Les émergents qui ont surmonté les crises des années 1990 et ont adopté le modèle japonais fondé sur l’exportation ont connu une forte expansion. Mais le sort des travailleurs migrants en Chine- les « mi-gong »- ne fait pas envie . En Inde le maintien du système des castes s’accompagne de grandes inégalités. Dans les vieux pays industrialisés, la baisse des produits importés s’est accompagnée d’une modification de la répartition du revenu national au détriment des salaires et d’un recours accru à l’endettement. La crise procède de ce libre-échangisme déséquilibré.        <br />
              <br />
       <b>Nicolas Baverez</b>: Le problème c’est que la diversité du capitalisme va de pair avec l’existence de risques systémiques- financiers, sanitaires, environnementaux, industriels- qui excèdent les capacités d’intervention des Etats. Face à ces risques planétaires, les systèmes de pilotage, les régulations, restent nationaux. Ainsi les Etats-Unis abusent de l’incroyable privilège du dollar pour essayer de relancer leur économie en exportant l’inflation au monde entier. Même distorsion dans les négociations sur le commerce de l’OMC ou dans les instances qui visent la régulation financière. Si le G 20 a réussi à faire prévaloir la coopération et contenu les tentations protectionnistes pour éviter une spirale déflationniste après la chute de Lehman Brothers, il patine depuis.       <br />
              <br />
       Dans cet environnement, je suis d’accord pour souligner l’extrême vulnérabilité d’une Europe vieillissante, surendettée, sous-compétitive à l’exception de l’Allemagne, handicapée par une monnaie surévaluée. Mais je défends l’Acte unique comme facteur de croissance, tout en reconnaissant que l’Union n’a su élaborer ni les stratégies ni les concepts pertinents - à commencer par le principe de réciprocité - pour négocier avec les autres pôles qui structurent la mondialisation.        <br />
              <br />
       Par ailleurs, le statut de la BCE fondé sur la seule lutte contre l’inflation est absurde. L’interdiction du soutien financier d’un Etat-membre ou de l’achat par la banque centrale de titres de dette publique était irréaliste et a donc été contournée. L’absence de gouvernement économique pour une monnaie unique est insoutenable. L’Europe s’est révélée incapable de se fixer des règles efficaces permettant d’affronter les chocs du XXIème siècle. Face à la crise des risques souverains, elle a réagi trop tard, trop faiblement et de manière trop dispersée, jusqu’à se trouver enfermée dans un choix entre désendettement et croissance. A la différence des Etats-Unis, elle n’a ni vraie gouvernance économique, ni solidarité des transferts financiers, ni mobilité des facteurs de production. Là voilà donc aujourd’hui confrontée à une heure de vérité. Soit le fédéralisme de la zone euro, soit l’éclatement.        <br />
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       <b>Le Nouvel Observateur  : L’Europe est-elle prête à faire ce saut vers le fédéralisme ?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: L’idée de ce saut n’a aucune réalité. Un mot sur l’Acte unique. Il précède la mondialisation financière parce qu’il la permet. La monnaie unique a correspondu à un choix erroné. L’erreur a été de penser que pour rééquilibrer l’Europe	après la réunification allemande, nous allions  « chiper » son mark à l’Allemagne et la ligoter. En fait on a plaqué sur des pays comme la France à demi-industrialisée ou la Grèce ( qui ne vit que du tourisme) une monnaie qui ne leur convenait pas.        <br />
              <br />
       Le péché capital a été d’oublier que l’Europe était faite de nations que presque tout -structures économiques, culture politique, repères culturels- opposait. On a cru qu’en les mettant des économies hétérogènes dans une zone monétaire, elles convergeraient. C’est le contraire qui s’est produit. La crise de l’euro est un avatar de la crise du capitalisme financier. Ce n’est pas en multipliant les plans de récession qu’on s’en sortira. L’idée  d’un fédéralisme reposant sur une Union  des transferts financiers entre les Etats n’a aucun sens. Les Allemands qui ont payé 1500 milliards d’euros pour les Länder de l’Est n’ont pas envie de payer pour le Péloponnèse, l’Algarve ou le Connemara.        <br />
              <br />
       Il faut repenser la zone euro, donner à la Banque centrale européenne le droit de racheter les titres de la dette ( ce qui équivaut à une émission monétaire relativement indolore- elle l’a d’ailleurs fait en août pour près de 50 milliards), lui donner aussi le droit d’agir sur le change, de contribuer à la croissance et l’emploi comme le fait la Reserve fédérale américaine. C’est la seule manière de sauver la monnaie unique car avec une solidarité européenne qui ne sera jamais l’égale de la souveraineté nationale, les moyens du Fonds de stabilité européen ne pourront être suffisamment augmentés.        <br />
              <br />
       Certains préconisent l’émission d’ « eurobonds », mais on retombe sur le même problème : pour être efficaces ces émissions devraient être gigantesques. L’Allemagne qui entend imposer un strict contrôle sur le budget des pays endettés s’y refuse. Variante coercitive du fédéralisme : ce que M. Sarkozy appelle « règle d’or » et qui est plutôt une « règle d’airain », avec mise en congé des Parlements et prise du pouvoir par les oligarchies financières et technocratiques. A défaut d’une révision complète de l’architecture de la monnaie unique donnant à la BCE le même statut que la Reserve fédérale américaine, je ne vois pas d’autre issue que la mutation de l’euro en monnaie commune, valable pour les transactions avec l’extérieur.        <br />
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       <b>Le Nouvel Observateur: En attendant la mondialisation est en train de laminer le « modèle français » ...</b>       <br />
       <b>Nicolas Baverez</b>: Le déclassement des Français est spectaculaire. La richesse par tête est maintenant inférieure à la moyenne européenne, la croissance tourne au ralenti, les gains de productivité sont minimes. La balance commerciale accuse un déficit de 51 milliards d’euros, avec une part des exportations dans la zone euro tombée à 12%. Les dépenses et la dette publiques culminent à 56 % et 85 % du PIB. Notre pays est installé dans un chômage permanent avec 10% de la population en état d’exclusion. Mais la mondialisation et l’Europe sont des boucs émissaires: seule la France et les Français sont responsables de leur marginalisation due à un modèle fondé sur une croissance à crédit, tirée par la seule consommation, elle-même financée par des transferts sociaux, donc par la dette publique. La France est aux limites, avec une dégradation de sa notation presque inéluctable compte tenu de son incapacité à réduire les dépenses publiques et des engagements qui ont été souscrits pour secourir les Etats de la zone euro.       <br />
              <br />
       Si l’on accepte l’idée que la mondialisation est la trame de l’histoire du XXIème siècle, force est de constater que la France refait l’erreur qui a provoqué régulièrement ses chutes vertigineuses : elle refuse le monde tel qu’il est avec ses changements, ses chances et ses risques. C’est le même déni de réalité que dans les années 1930, face à la déflation et à la montée des totalitarismes.        <br />
              <br />
       A force de vivre dans la nostalgie du passé, la France oublie ses atouts : démographie, épargne, pôles d’excellence, infrastructures, services publics, patrimoine, culture, mode de vie. La France et l’Europe peuvent parfaitement gagner dans la mondialisation sans renier leur histoire et leurs valeurs, mais à la condition de se secouer.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: Il faut renverser les règles que nous nous sommes données dans les années 1980-1990 ( Acte Unique, traité de Maastricht, OMC) quand la gauche et la droite, ensemble, ont abandonné le modèle de développement industriel, technologique, scientifique qui était le nôtre depuis la Libération. Au prétexte de l’Europe, nous avons accepté une dérégulation sans principes qui nous a privés des leviers de l’action et de cette confiance élémentaire en lui dont un peuple a besoin. Nous devons récupérer cette confiance conquérante qu’affichent les pays émergents, et pour cela nous redonner un Etat, avec un clair dessein de réindustrialisation.        <br />
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       <b>Le Nouvel Observateur: Cette question sera au cœur de la campagne...</b>       <br />
       <b>Nicolas Baverez</b>: La campagne présidentielle va nous rappeler la nécessité de réinventer une voie pour la France et l’Europe dans la mondialisation. Sur fond de réplique du choc de 2008, de crise aiguë de la dette et de l’euro, de croissance atone, de chômage massif et de risque de dégradation pour la France (un point d’intérêt de plus représente l’équivalent de l’ISF). Car la France a épuisé le modèle de la Vème République. L’autoritarisme et la centralisation de ses institutions asphyxient l’économie et la société. La  croissance à crédit financée par la dette publique est terminée. La divergence entre les trois France, celle qui est compétitive dans la mondialisation, celle qui est faussement protégée par les protections publiques et celle qui est exclue et dépend tout entière de l’Etat Providence est intenable.       <br />
              <br />
       La priorité absolue est désormais le désendettement, car il conditionne l’indépendance de la nation, la capacité de l’Etat à réagir aux chocs, le retour à une norme de développement durable et l’équité entre les générations. On peut augmenter les impôts mais l’essentiel de l’effort devra être effectué par des coupes dans les dépenses. Pour les inscrire dans un nouveau contrat politique, je vois trois axes. A la « réindustrialisation », je préfère le réinvestissement dans la « production » qui comprend les services publics où l’effort de productivité doit être le plus grand. Pensez à l’éducation qui voit 161.000 jeunes abandonner leur études chaque année sans savoir ni lire, ni écrire, ni compter. Il faut se remettre à produire et pas seulement à distribuer.        <br />
              <br />
       Deuxième priorité : élaborer un nouveau contrat social qui assure le paiement de la dette tout en répondant au défi du vieillissement. Aujourd’hui une petite fille qui naît a une chance sur deux d’être centenaire, et nous allons vers une société à cinq générations. L’organisation ternaire du cycle de vie - j’étudie, je travaille, je suis retraité - ne fonctionne plus. Il faut réorganiser, partager, redistribuer la formation et le travail sur le cycle de vie car une seule génération ne pourra en faire vivre quatre autres.       <br />
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       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>: Il faut que l’euro retrouve un niveau compatible avec l’effort de réindustrialisation de la France. L’horizon du « triple A » que s’est donné Nicolas Sarkozy ne peut être un projet mobilisateur pour un peuple. La France a besoin d’un projet républicain et dans ce projet il y a le patriotisme, y compris sur le plan économique. Nous avons de grands groupes, 18 parmi les 200 premiers mondiaux. Mais ces groupes font leurs chiffres d’affaires, leurs bénéfices, leurs investissements à l’étranger. Il faut qu’ils investissent en France, traitent mieux leurs sous-traitants. J’ajoute que pour capitaliser sur notre épargne -un atout majeur-, il faut l’orienter vers l’industrie et remettre l’Ecole au cœur de la République. Renouer avec les valeurs de la République pour rendre aux Français la confiance en l’avenir dont leurs élites dirigeantes les ont privé par une politique qui ne se détermine plus à l’aune de l’intérêt national. Seul le projet d’une « Europe européenne » appuyée sur des nations nous permettra de desserrer les tenailles du « G2 » et de redevenir les acteurs de notre destin.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic"> Propos recueillis par Jean-Gabriel Fredet</span>
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   <title>"La mondialisation doit être rééquilibrée: la crise est encore devant nous"</title>
   <updated>2011-05-24T12:01:00+02:00</updated>
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   <published>2011-05-18T13:23:00+02:00</published>
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Jean-Pierre Chevènement était l'invité de "Midi Magazine" avec Philippe Tesson et Nicolas Baverez sur Fréquence Protestante. En voici le podcast (durée 50 minutes).     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
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