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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-06-13T21:05:23+02:00</updated>
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   <title>"Lettre à mes amis de Marianne"</title>
   <updated>2015-11-09T08:17:00+01:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2015-11-07T15:03:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Lettre de Jean-Pierre Chevènement à l'hebdomadaire Marianne, le 6 novembre 2015.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/8489391-13344046.jpg?v=1446904446" alt=""Lettre à mes amis de Marianne"" title=""Lettre à mes amis de Marianne"" />
     </div>
     <div>
      Cher Jean-François Kahn, chers amis,       <br />
              <br />
       J’avais été choqué et attristé par la parution, le mardi 15 septembre dernier, il y a donc plus d’un mois, de cinq pages du journal « Libération » clouant au pilori Michel Onfray sur le thème : « Comment Michel Onfray fait le jeu du Front National ».       <br />
              <br />
       Cette « <span style="font-style:italic">reductio ad Le Penum</span> », pour parler comme Pierre-André Taguieff qui évoquait, jadis, la « <span style="font-style:italic">reductio ad Hitlerum</span> », comme moyen de disqualifier a priori l’adversaire, me peinait d’autant plus qu’elle touchait un homme dont la générosité m’a toujours paru évidente. Elle venait de surcroît de l’ancien Rédacteur en chef du « <span style="font-style:italic">Crayon entre les Dents</span> », « périodique jeunes » du Ceres dans les années 1970 que j’apréciais particulièrement, Laurent Joffrin, aujourd’hui directeur de « <span style="font-style:italic">Libération</span> ». La reprise d’une interview donnée à un autre journal pour y répondre point par point, en l’absence de l’intéressé, est une forme de dialogue qui restait à inventer.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      J’observe d’abord que Laurent Joffrin réfutait souvent moins les propos que les omissions de Michel Onfray. Mais l’essentiel était ailleurs : « Le peuple français est méprisé, déclarait Michel Onfray, depuis que Mitterrand a converti le socialisme à l’Europe libérale, en 1983. Ce peuple est oublié au profit de micro-peuples de substitution ». En quoi est-ce pendable ? Que le choix de mars 1983 ait été le choix fondateur des deux septennats de François Mitterrand et ait permis à la fois le grand acte de dérégulation libérale qu’a été l’Acte Unique et la monnaie unique dont nous éprouvons à l’usage les conséquences, n’est plus sérieusement contesté par personne. L’économiste américain Rawi Abdelal a parlé du retournement de mars 1983 comme d’un « combat pour l’âme même du socialisme français ».       <br />
              <br />
       Quant à la substitution aux couches populaires de minorités diverses additionnées pour permettre au parti socialiste de rester majoritaire, celle-ci a été théorisée par le « <span style="font-style:italic">think tank</span> » Terra Nova dont je ne sache pas qu’il soit proche de Marine Le Pen. Onfray, il est vrai, va plus loin : « J’en veux moins, déclare-t-il, à Marine Le Pen qu’à ceux qui la rendent possible ! »       <br />
              <br />
       Laurent Joffrin, pour lui voler dans les plumes, lui prête des projets dont je suis bien placé pour savoir qu’ils ne sont pas les siens : supprimer l’aide médicale ou le logement d’urgence aux sans-papiers, renvoyer chez eux les étrangers, etc. » Ces attaques sont caricaturales. Onfray propose qu’on se préoccupe du peuple dans son entier, y compris ses étrangers, sans donner le sentiment qu’on oppose le premier aux seconds. Laurent Joffrin veut rejeter dans l’enfer du racisme tous ceux qui ne partagent pas sa propre cécité au tournant social-libéral et à ses effets ravageurs sur notre pays.       <br />
              <br />
              <br />
       Je suis bien placé pour connaître la chanson : Le Pen, le 21 avril 2002, c’était moi ! Ce n’étaient pas les erreurs de campagne du candidat socialiste, encore moins les impasses du social-libéralisme que j’avait été le premier à pressentir en mars 1983, quand Le Pen, alors, n’existait pas. Le pays s’était installé dans un chômage de masse et la courbe du chômage avait repris sa progression depuis avril 2001.        <br />
              <br />
       Mais le coupable c’était moi ! Et non pas Christiane Taubira et encore moins ceux qui depuis 1983 avaient cautionné cette impasse décrite comme simple « parenthèse ». Les jugements critiques que je portais sur le capitalisme financier, sur la manière de faire l’Europe en dehors des nations et sur l’abandon du rôle de l’Etat républicain dans l’Ecole et dans la société me désignaient évidemment à la vindicte de la gauche bien-pensante, je veux dire celle qui ne pense pas plus loin que le bout de son nez. Cette gauche bien-pensante eût été mieux inspirée de corriger sa trajectoire ! Elle avait dix ans pour cela. Elle ne l’a pas fait et la voilà prisonnière de la même impasse qu’en 2002 ! Il fallait un bouc émissaire. Ce fut Michel Onfray.       <br />
              <br />
              <br />
       Votre débat n’est plus ce soir Michel Onfray mais est devenu « peut-on encore débattre librement aujourd’hui ? » Ma réponse est non et cela ne date pas d’hier.       <br />
              <br />
       A) Je parle évidemment de l’essentiel qu’est la politique économique et la politique européenne de la France qui sont une seule et même chose. En 1983, Jacques Delors me traitait d’« Albanais » parce que je craignais que le choix d’une monnaie forte – alors l’accrochage du franc au mark, aujourd’hui l’euro – n’accélère notre désindustrialisation. Je ne dis pas que la surévaluation de la monnaie soit le seul facteur de notre régression industrielle mais c’est le facteur principal. En 1992, le même Jacques Delors conseillait à tous ceux qui combattaient le traité de Maastricht de prendre leur retraite ou de changer de métier.         <br />
              <br />
       Le 29 mai 2005, le peuple français a rejeté le projet  de traité constitutionnel européen à une majorité de 55 % des voix. Trois ans plus tard, en 2008, par accord de l’UMP et du PS, on lui a fait avaler le traité de Lisbonne qui reprenait – dixit Mme Merkel – la « substance du projet de traité constitutionnel européen ». Et cela, comme à un enfant à qui on fait réingurgiter l’huile de foie de morue qu’il avait recrachée.  Même manège avec le TSCG de 2012, signé en mars et ratifié en octobre. Au printemps 2015, M. Juncker, Président de la Commission européenne, a ainsi pu déclarer : « La démocratie ne peut s’exercer qu’à l’intérieur des traités ». Comprenez : « y compris à travers la législation européenne  et le droit dérivé. » Il ne reste pas grand chose : moins de 20 % de notre législation.       <br />
              <br />
       On a vu ensuite à quoi servait le référendum grec : M. Tsipras a dû plier. Beaucoup s’interrogent à juste titre sur ce que signifie encore une démocratie ainsi réduite à la portion congrue.       <br />
              <br />
              <br />
       B) Sans doute est-il encore possible de faire entendre sa petite musique, à ses risques et périls : il y a au moins les réseaux sociaux. Marianne et, sur les sujets de politique extérieure, le Figaro pour rompre le blocus. Partout ailleurs, ou presque, ce ne sont que grilles de lecture pré-formatées quand ce ne sont pas les procès en sorcellerie ou tout simplement le silence. Alors, il est vrai que par le livre quelques corsaires de talent arrivent encore à se faire entendre, atteignant des tirages souvent impressionnants : Onfray, Zemmour, Finkielkraut, Debray, etc. Ce sont ceux-là qu’il faut faire taire par toutes les techniques de l’insinuation et de l’amalgame car ces quatre là n’ouvrent évidemment pas sur le même horizon.       <br />
              <br />
       Je ferai observer au parti socialiste qu’il se nuirait gravement en « dézinguant » des intellectuels comme Michel Onfray ou Régis Debray, dont il ne méprisait pas le soutien, il n’y a encore pas si longtemps. Plus généralement, il n’a rien à gagner à attaquer les intellectuels même qualifiés de « pseudo-intellectuels ». Il vaut mieux discuter, le cas échéant réfuter leurs arguments, mais toujours écouter. Pour changer le monde, la gauche a besoin de le comprendre. Elle a besoin des intellectuels, de tous les intellectuels, y compris de ceux qui la combattent de manière argumentée.       <br />
              <br />
              <br />
       C) Pour l’homme politique, il y a une déontologie qui s’applique, quelque difficulté qu’il ait à convaincre dans l’instant. Pierre Mendès France a écrit une galerie de portraits de grands républicains qu’il a intitulée « La vérité guidait leurs pas ». Pour un républicain qui croit à la République la vérité finit toujours par se faire jour.        <br />
              <br />
       Si on pensait que l’euro par exemple était dès le départ, c’est-à-dire 1991, une monnaie mal fichue, fallait-il le dire ou fallait-il le taire ? Si l’euro comportait par construction ordo-libérale – c’est-à-dire dès 1989 – un gène récessionniste dont on voit les effets dans toute l’Europe, fallait-il le dire ou fallait-il le taire ? Si c’était une erreur de faire l’Europe sans les nations, voire contre elles, comme si on pouvait la substituer aux trente nations qui la composent depuis mille ans, fallait-il le dire ou fallait-il le taire ?       <br />
              <br />
       Un essayiste, Pierre Manent qui a fondé « <span style="font-style:italic">Commentaire</span> » - il n’est donc pas de mon bord – écrit dans un livre récent « <span style="font-style:italic">Situation de la France</span> » : « En dépit des efforts constants conduits depuis près d’un demi-siècle par une classe dirigeante presque unanime, les Européens vivent encore principalement dans leurs vieilles nations, et la perspective d’un saut dans une Europe post nationale a perdu presque toute plausibilité ». Si cela est vrai, faut-il le dire, c’est-à-dire le répéter, ou faut-il le taire ?       <br />
              <br />
       Il y a à ces questions deux réponses : Celle donnée dans les colonnes de Libération du 8 août 2015 par M. François Foret : « La monnaie a toujours eu une dimension religieuse, elle repose sur un acte de foi … L’Euro n’arbore pas de dimension religieuse aussi explicitement que le dollar, arborant fièrement sa devise : « In God we trust ». Il constitue pourtant en lui-même un « nouveau sacré européen » justifiant tous les sacrifices. Quitter l’euro, ce serait aussi quitter la communauté des croyants en l’euro … » Si l’euro et la conception de l’Europe qui le sous-tend est une nouvelle religion, il faut en effet brûler les hérétiques et interdire le débat.       <br />
              <br />
              <br />
       Mais il y a une autre réponse que nous connaissons bien, celle de Jaurès : « Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire ».       <br />
              <br />
              <br />
       D) Ce que j’ai suggéré à propos de la monnaie unique à savoir qu’il vaut mieux la réformer par accord mutuel des participants que de s’entêter à conserver une formule qui ne marche pas, j’aurais pu le dire aussi à propos de notre politique au Moyen-Orient. Nous prétendons lutter contre le terrorisme mais nous cultivons le terreau du salafisme où il plonge ses racines. Nous voulons lutter contre Daech, mais nous ménageons Al Nostra, c’est-à-dire une filiale d’Al Quaïda. Si tout cela est vrai, faut-il le dire, ou faut-il le taire ?       <br />
              <br />
              <br />
       Le dire serait – paraît-il – faire le jeu de Le Pen.       <br />
              <br />
       Eh bien non ! Ce qui fait le jeu de Le Pen, c’est cette permanente omerta sur ce qu’est le bien public. Ce qui fait le jeu de Le Pen, c’est de lui avoir laissé, il y a déjà bien longtemps, la nation, la Marseillaise et d’autres symboles, et de lui avoir ainsi permis de les dévoyer.       <br />
              <br />
       Ce qui fait le jeu de Le Pen, c’est l’oubli de l’intérêt de la France qui ne consiste pas à dresser certains de ses citoyens contre les autres, mais au contraire à fortifier l’amitié civique en soudant la nation derrière des projets dignes d’elle et à la hauteur des défis de notre temps. Ce n’est pas une République décolorée et purement incantatoire qu’il faut opposer à Le Pen, mais une République exigeante et généreuse offrant à tous un horizon de progrès partagé. C’est ce recours qu’il faut préparer dès aujourd’hui par le libre débat, car si la tempête est en vue, le naufrage n’est pas certain.        <br />
              <br />
       La seule chose sûre est qu’il n’y a pas de cap pour qui ne connaît pas le port. Mais le port, nous le savons, c’est le bien commun. C’est le civisme et le patriotisme qui le rend possible. Bref, il nous faut redécouvrir que les droits de l’homme n’ont de sens que s’ils sont garantis par les droits du citoyen. En défendant le libre débat,  en préparant une véritable alternative, nous défendons donc ensemble la République et le sursaut qui viendra après les secousses inévitables.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Un document à encadrer</title>
   <updated>2007-11-14T19:32:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Un-document-a-encadrer_a478.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
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   <published>2007-11-14T18:35:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Pour avoir une bonne idée de l'épaisseur du conformisme et de la bêtise qui flottent dans l'air du temps, rien n'est plus instructif que de se reporter aux «grandes signatures» qui servent la soupe à Bernard-Henri Lévy dans la publicité faite à ses dernières élucubrations.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/774312-947641.jpg?v=1289480121" alt="Un document à encadrer" title="Un document à encadrer" />
     </div>
     <div>
      Un document à encadrer !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Un-document-a-encadrer_a478.html" />
  </entry>
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   <title>Pour un grand parti de gauche</title>
   <updated>2007-05-15T17:25:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Pour-un-grand-parti-de-gauche_a338.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2007-05-15T17:23:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
      Sami Naïr, dans <a class="link" href="http://www.liberation.fr/rebonds/253784.FR.php">une longue tribune</a> à <span style="font-style:italic">Libération</span> du 15 mai, sonne <span style="font-style:italic">« l’heure du rassemblement »</span>. Je l’approuve entièrement, non pas seulement parce que la proximité des élections législatives le commande, mais parce que la création d’un grand parti de gauche, enraciné dans les couches populaires, capable de gouverner, donc républicain et rassembleur, s’impose pour offrir à notre peuple, dans le monde de la globalisation, le projet d’une Europe à la fois sociale et indépendante.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Pour-un-grand-parti-de-gauche_a338.html" />
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  <entry>
   <title>Tribune de Sami Naïr dans Libération : L'heure du rassemblement</title>
   <updated>2007-05-15T13:28:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Tribune-de-Sami-Nair-dans-Liberation-L-heure-du-rassemblement_a335.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2007-05-15T13:24:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
L'heure du rassemblement, Sami Naïr, Libération, 15 mai 2007. Sami Naïr est secrétaire national du MRC, ancien député européen. Il est candidat aux élections législatives dans la 3ème circonscription de Seine et Marne.     <div>
      <a class="link" href="http://www.liberation.fr/rebonds/253784.FR.php">Lire la tribune de Sami Naïr sur le site de Libération</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Tribune-de-Sami-Nair-dans-Liberation-L-heure-du-rassemblement_a335.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Libération : «La gauche doit savoir où elle habite»</title>
   <updated>2007-05-08T08:40:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-Liberation-La-gauche-doit-savoir-ou-elle-habite_a330.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2007-05-08T08:17:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
«La gauche doit savoir où elle habite», propos recueillis par Renaud Dély, Libération, mardi 8 mai 2007.     <div>
      <b>Libération : Cette défaite, c'est la faute de la candidate, de la stratégie, du projet ? </b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Très clairement, ce n'est pas de la faute de la candidate, qui a donné le meilleur d'elle-même. C'est le résultat de l'état relatif de la gauche et de la droite. Nicolas Sarkozy a su, depuis des années, détourner un certain nombre de valeurs républicaines : le travail ­ c'est un comble ! ­ l'effort, le mérite, la nation même, valeurs que la gauche n'aurait jamais dû laisser choir. Notre candidate a cherché à les récupérer. Elle a insisté sur l'indissociabilité des droits et des devoirs, le <span style="font-style:italic">«gagnant-gagnant»</span>, le refus de l'assistanat. Mais elle ne pouvait, à elle seule, pallier en peu de mois l'insuffisance d'une réflexion et d'une action collectives.       <br />
              <br />
       <b>Une panne qui remonte au désastre du 21 avril 2002 ? </b>       <br />
       Bien avant. Depuis la fin des années 80, le PS n'a pris aucune distance avec son tournant social-libéral. Il ne l'a ni critiqué, ni assumé. Il n'a pas fait sa conversion républicaine, il a fait, sans le dire, sa conversion libérale. Les socialistes auraient pu prendre le temps de trier le bon grain de l'ivraie. Mais, sous François Mitterrand, c'était le règne des «Commandements de Dieu». Puis vint l'époque d'un <span style="font-style:italic">«droit d'inventaire»</span> qui, de fait, n'a jamais été exercé. Enfin, depuis le 21 avril 2002, la gauche s'est tétanisée. Il n'y a pas eu de critique réfléchie des années 1997- 2002. Cette période est devenue taboue. Ségolène Royal a été amenée à faire des avancées qui étaient plutôt des échappés belles mais solitaires, sur des questions comme la République, la nation, dont on ne parlait plus beaucoup à gauche depuis longtemps, la sécurité ou l'Education.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Avec «l'ordre juste», ou l'autorité, certains reprochent à Royal de s'être placée sur le terrain de l'adversaire..</b>.        <br />
       C'est une erreur fondamentale. Historiquement, ce sont des valeurs républicaines. Mai 68 a été un moment de l'Histoire mais il serait absurde de lui opposer Jules Ferry. Moi-même, j'ai souhaité que l'école de la République relève les défis de la modernité dès que je suis devenu ministre de l'Education en 1984. L'habileté de Sarkozy a été d'enfermer la gauche dans cette caricature de laxisme et d'esprit soixante-huitard. La gauche n'avait pourtant aucune raison de se laisser ainsi «encager». Sarkozy a exploité abusivement les incidents de la gare du Nord en rejetant Ségolène Royal du côté des délinquants. Sarkozy a amalgamé dans une sorte d'enclos les immigrés, les «assistés» et les délinquants, en dressant contre eux la masse des «honnêtes gens», comme on disait au XIXe siècle. C'est la technique classique du bonapartisme : <span style="font-style:italic">«Que les méchants tremblent et que les bons se rassurent !»</span>        <br />
              <br />
       <b>Alors, sur quelles bases refonder la gauche ? </b>       <br />
       Il faut que la gauche récupère la République, dont les valeurs sont aussi le travail, la liberté, la laïcité, le refus des communautarismes, le patriotisme, etc. Elle doit se réapproprier le regard républicain, qui s'oppose au regard ethnique et voit dans l'autre ses qualités avant de voir s'il a le cheveu crépu ou la tignasse blonde. Il est nécessaire de trouver ces «points justes» qui permettront à la gauche de reconquérir une hégémonie culturelle.       <br />
              <br />
       <b>Redoutez-vous que les dirigeants du PS veuillent «rénover» la gauche en s'inspirant de Tony Blair ? </b>       <br />
       Sur beaucoup de choses, Tony Blair n'a pas eu tout faux, par exemple sur les services publics. Et je l'ai moi aussi souvent cité : <span style="font-style:italic">«Dur avec le crime, dur avec les causes du crime.»</span> Mais on ne peut pas importer en France le modèle britannique. Depuis deux siècles, le modèle français, c'est le modèle républicain. La gauche doit se doter d'un projet ouvert à ceux qui se disent sociaux-démocrates, communistes, radicaux, démocrates, chrétiens progressistes et, bien sûr, aux républicains de tradition socialiste, qui sont beaucoup plus nombreux que les adhérents du MRC.       <br />
              <br />
       <b>Vous souhaitez un nouvel Epinay ? </b>       <br />
       A terme, oui. Le cycle inauguré en 1971 s'est achevé. Il n'y a plus de bipolarité du monde. L'influence du PCF est résiduelle. Cela ne veut pas dire qu'il faille plier devant la globalisation, la dictature de l'actionnariat, le capitalisme financier sans frontières. Il faut comprendre le monde pour le transformer. La gauche française manquerait à sa vocation si elle n'était que gestionnaire. Il faut trouver le centre de gravité d'un grand parti de gauche, rassembleur, qui renoue avec un débat d'idées qui nous a beaucoup manqué depuis une vingtaine d'années.       <br />
              <br />
       <b>Ce parti pourrait-il se tourner vers le centre ? </b>       <br />
       Il ne doit exclure aucune stratégie d'alliances, mais les alliances ne viennent qu'après. Avant de pratiquer l'ouverture, il faut savoir où l'on habite, sinon l'on n'est qu'un camp volant. Je suis contre une gauche sans domicile fixe. Bâtir un nouveau parti réformiste ? Pourquoi pas. Mais avec une grille de lecture du monde et la volonté de le changer.       <br />
              <br />
       <b>Quel rôle doit jouer Royal ? </b>       <br />
       Elle a un rôle évident. On ne rassemble pas impunément 17 millions d'électeurs. Mais je crois à la force de l'élaboration collective.       <br />
              <br />
       <b>Vous souhaitez des états généraux de la gauche ? </b>       <br />
       Pourquoi pas ? Mais il faut que ce genre de rendez-vous soit bien préparé. Quelle perspective pour la France dans la mondialisation ? Telle est la question à laquelle la gauche doit répondre. Il y a dans la société française un bouillonnement qu'il faut savoir capter. Nous avons su le faire, sur un projet, lors du congrès d'Epinay. Il faut le refaire. Pour ma part, j'y consacrerai mes efforts.       <br />
              <br />
       -------       <br />
       <a class="link" href="http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/252413.FR.php">L'entretien sur le site de Libération</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-Liberation-La-gauche-doit-savoir-ou-elle-habite_a330.html" />
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   <title>Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Libération</title>
   <updated>2006-11-18T12:16:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-Liberation_a90.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2006-11-18T12:08:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement2007</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Le quotidien Libération publie samedi 18 novembre un long entretien avec Jean-Pierre Chevènement. L'occasion pour le candidat de développer les axes forts de son programme après la désignation de Ségolène Royal comme candidate officielle du Parti socialiste.     <div>
      «Ma candidature se justifie toujours», entretien de Jean-Pierre Chevènement à <span style="font-style:italic">Libération</span>, propos recueillis par Renaud Dély et Pascal Virot, 18 novembre (page 5):       <br />
              <br />
       Extrait :       <br />
       <span style="font-style:italic">« On ne peut redresser la France si on ne modifie pas les orientations libérales de la construction européenne. Je propose l'envoi de deux mémorandums à Bruxelles, le premier pour mettre sur pied un «gouvernement économique» de la zone euro, le second pour une Europe qui protège (taxe anti-dumping social notamment). Je le dis clairement : si nous n'arrivons pas à renégocier certaines clauses des traités européens, sur la concurrence et les services publics par exemple, nous ne devons pas exclure de suspendre celles-ci, après référendum bien évidemment. A 27, et bientôt 30, il faut admettre une Europe à géométrie variable.»</span>       <br />
              <br />
       Lire l'intégralité de l'entretien sur le site Internet de Libération :       <br />
       <a class="link" href="http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/217961.FR.php">http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/217961.FR.php</a>
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