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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-07-11T03:45:11+02:00</updated>
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  <entry>
   <title>"Je pense qu'on ira inéluctablement vers une Europe à géométrie variable"</title>
   <updated>2014-01-26T15:08:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Je-pense-qu-on-ira-ineluctablement-vers-une-Europe-a-geometrie-variable_a1584.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2014-01-25T19:35:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de la Fondation Pour l'Innovation Politique (Fondapol) mardi 14 janvier 2014, pour un débat sur le thème : "Où en est l'Europe ?". Le débat était animé par Dominique Reynié.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express :</span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Quelques distinctions introductives au débat</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Le mot « libéral » ne me fait pas peur politiquement parlant bien sûr, ni même économiquement. Simplement, je ne crois pas à la théorie de l'efficience des marchés.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne suis pas non plus contre l'idée européenne, mais contre l'idéologique européiste, que je distingue de l'idée européenne.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Chacun comprend que les nations européennes ont une certaine solidarité de destin, qu'elles doivent resserrer leur cohésion. Le débat qui se pose, c'est de savoir comment cela doit se faire, avec quelles modalités, et comment celles qui ont prévalues ont été choisies.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Les deux mondialisations libérales et leurs conséquences</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Dans mon livre, je compare deux mondialisations, celle sous égide britannique, qui se termine en 1914, et celle sous égide américaine, qui commence après 1945 et culmine aux alentours de l'an 2000.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Ces deux mondialisations induisent des modifications dans la hiérarchie des puissances. Dans la première mondialisation, l'Allemagne est poussée au premier rang. La Première Guerre mondiale a son origine profonde dans cette modification de l'équilibre des puissances.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je caractérise la Première Guerre mondiale comme une guerre anglo-allemande plutôt que franco-allemande.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Dans la seconde mondialisation, on observe le même mouvement avec la Chine, qui se développe même encore plus rapidement que l'Allemagne il y a un siècle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Dans la mondialisation libérale, quelle qu'elle soit, il faut un patron, un <span style="font-style:italic">hegemon</span>. Les conflits pour l'hégémonie sont évidemment ce qui doit attirer le regard, et aussi conseiller la prudence aux uns et aux autres.        
       </li></ul><ul class="list"><li> J'espère que nous éviterons que la seconde mondialisation se termine comme la première.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Critique de la construction européenne actuelle </span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Le déclin de l'Europe est spectaculaire dans tous les domaines (démographique, économique, commercial). L'accélération à travers la crise de 2008 est frappante.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe est également absente des affaires diplomatiques et militaires. Quand une crise survient, notamment en Afrique, c'est une nation, la France, qui intervient, parce que seules les nations ont l'agilité nécessaire.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La thèse que je soutiens dans mon livre, c'est que les nations européennes ne méritent pas le discrédit dont elles font l'objet, parce que ce ne sont pas les nations qui ont fait la guerre de 1914. De nombreux historiens s'accordent sur ce point.       
       </li></ul><ul class="list"><li> La responsabilité politique de cette guerre est évidemment celle d'un étroit cénacle de dirigeants politiques, à la tête des empires centraux, l'Allemagne impériale et l'Autriche-Hongrie.         
       </li></ul><ul class="list"><li> La Première Guerre mondiale a été la matrice du XXe siècle et de ses horreurs : le communisme, le fascisme, la Seconde Guerre mondiale, même si on ne peut bien comprendre l'accession des nazis au pouvoir qu'en introduisant la grande crise des années 1930.        
       </li></ul><ul class="list"><li> A l'arrière plan de cela, il y a ce qu'explique très bien Joschka Fisher : l'alliance de classe entre les junkers de l'est et la bourgeoisie industrielle de l'ouest, qui a remis le pouvoir à Hitler en 1933 et qui ne s'est dissocié d'Hitler qu'en 1944.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Après 1945, ce qui interroge, c'est la façon dont l'Europe a été reconstruite, sous l'impulsion de Jean Monnet. C'est une Europe qui se fait par le marché, autour d'une Commission en principe en charge d'un intérêt général européen – chose curieuse, car en principe l'intérêt général se définit par le débat républicain – et sous l'ombrelle américaine – c'est la Guerre Froide, l'OTAN, une OTAN survivant à l'effondrement de l'URSS. Cela aboutit à une Europe construite en dehors des nations.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe aujourd'hui repose sur une croyance en l'efficience des marchés, qui procède de l'Acte unique, duquel la Commission européenne a tiré des centaines de directives. Cette croyance est à mes yeux quelque peu magique. Elle fait litière de toute politique industrielle.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les institutions pour l'essentiel sont technocratiques. Le Parlement européen ne représente pas un peuple européen mais juxtapose la représentation de 28 peuples. La Commission comme la Cour de justice sont par définition des instances composées de gens non élus. La Banque centrale est coupée de toute influence relevant des gouvernements ou du suffrage universel.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il n'est pas tout à fait étonnant, aux vus des résultats bien différents de ceux annoncés au moment du référendum sur le traité de Maastricht, que les peuples se sentent assez éloignés de cette construction.        
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe à 28 n'est plus l'Europe à 6, où la France jouait le premier rôle. Depuis l'effondrement de l'URSS et la réunification allemande, c'est une Europe germano-centrée.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Pour une Europe des nations</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Ce que je mets en cause, ce n'est pas la construction de solidarités toujours croissantes entre les peuples européens, c'est la méthode choisie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La monnaie unique juxtapose des économies nationales très différentes, hétérogènes. Sans avoir lu Robert Mundell, on peut comprendre que dans une telle union monétaire imparfaite, où les transferts sont impossibles et même impensables, cela ne peut pas marcher.       
       </li></ul><ul class="list"><li> On ne bâtit rien de solide sur des rêves. Il faut partir de la réalité, c'est à dire les nations, parce que c'est là où on s'entend. Elles peuvent mettre en commun l'essentiel : l'économie, la monnaie, l'énergie, la défense, la politique étrangère. Pour le reste, on devrait laisser aux nations la liberté de décider de ce qui après tout les regardent.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Cette mise en commun ne pourrait se faire que dans le cadre d'une Europe à géométrie variable.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On gagnerait à redéfinir le cadre géographique de l'Europe, à accepter des partenariats stratégiques avec la Russie, la Turquie, les pays du Maghreb.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les institutions européennes doivent être assouplies. Ce qui est légitime, c'est le Conseil européen, l'assemblée des Chefs d'états et de gouvernements. Ce n'est pas un hasard si on voit les progrès de l'intergouvernemental et le déclin du communautaire.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La monnaie unique polarise les richesses à un pôle et le sous-développement à un autre. C'est la théorie et c'est aussi la pratique. A terme, je ne crois pas que la monnaie unique soit viable. Peut-on la transformer en monnaie commune ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je finirai sur une citation de M. Von Rompuy : « <span style="font-style:italic">La différence entre l'Europe et une locomotive, c'est que quand la locomotive déraille, elle s'arrête</span> ».        <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Réponses aux questions de Dominique Reynié</span>       <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense quand même qu'il faut distinguer nation et nationalisme. Le nationalisme est une perversion de la nation. La nation est le cadre de la démocratie, et est devenue le lieu de la solidarité.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La nation est le cadre de la démocratie parce que c'est là où on s'entend, et que ce n'est pas facile de faire accepter la loi d'une majorité à une minorité. Ce n'est possible que dans un cadre ancien, reconnu, la nation, où existe ce sentiment d'appartenance sans lequel il ne peut y avoir de démocratie.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je veux distinguer la nation citoyenne, conception de la Révolution française, de la nation ethnique, qui n'est pas notre concept. Et le concept de nation citoyenne en Europe est loin d'avoir pris le dessus.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La nation est la brique de base de l'internationalisme, ou en tout cas d'une construction européenne éventuelle. De ce point de vue là, l'idée républicaine transcende les frontières d'une nation. On peut très bien avoir un intérêt général européen, et même un intérêt général de l'humanité toute entière. Ces concepts peuvent s'emboiter avec les intérêts nationaux, légitimes par ailleurs.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Allemagne refuse les transferts pour la monnaie unique, mais prétend imposer des disciplines aux autres pays. N'y a t-il pas un vice de conception originel dans la monnaie unique ?        
       </li></ul><ul class="list"><li> Un <span style="font-style:italic">hegemon</span> est nécessaire pour faire fonctionner la mondialisation, parce que le marché a besoin de règles, sans lesquelles elle n'existe pas.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a un redoutable conflit d'hégémonie qui se profile à l'horizon du siècle, c'est celui entre la Chine, qui aspire tous les pays asiatiques dans son sillage, et les États-Unis, observant avec inquiétude la montée de cet astre au firmament.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour résister à la mondialisation, il vaudrait mieux une monnaie moins chère (l'euro est surévalué) plutôt qu'un protectionnisme tarifaire.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Le Conseil européen devrait pouvoir fonctionner, dans certains cas au moins, à géométrie variable.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je suis effrayé de la légèreté de ce que se disent les dirigeants à propos de l'évolution des révolutions arabes, par exemple.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je peux dire que les conditions dans lesquelles on peut engager une guerre ne sont guère différentes que celles qui prévalaient en 1914. En réalité la planification militaire n'est pas connue par les dirigeants politiques, qui vont la découvrir au dernier moment, et quand ils engagent la force, c'est souvent sans en avoir mesuré les conséquences.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut sortir de la repentance. Dans ses rapports avec l'Allemagne, l'impérialisme français ne joue aucun rôle ! C'est quand même la France qui est envahie ! Elle n'est pas en situation de provoquer.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La colonisation française était une réaction de compensation politique à l'humiliation qu'avait été la défaite de 1870-71. La France ne voulait pas être marginalisée.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Si on fait l'impasse complète sur le fait que l'état-major allemand était imprégné des idées pangermanistes, on ne comprend pas, par exemple, le plan Schlieffen.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne reviens pas sur le Conseil européen à géométrie variable, dont je suis partisan. C'est inévitablement la direction vers laquelle on ira. Vous avez le débat en Grande-Bretagne sur le fait de savoir si le pays doit faire partie de l'UE : bien évidemment oui, mais dans le cadre d'une UE assouplie, à géométrie variable. Je pense également que madame Merkel, au fond d'elle-même, a accepté cette perspective.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Que peuvent faire les nations ? Elles peuvent s'entendre, tout simplement.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La compétitivité n'est pas seulement une question monétaire. C'est une question plus profonde qui consiste à remonter nos handicaps et à valoriser nos atouts. Nous ne valorisons pas assez l'atout recherche et intellectuel de la France. Nos handicaps sont bien connus en matière industriel et d'esprit national. Nous avons un pays qui se débine, au niveau de nos élites.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense qu'il est temps de reconstruire le récit national, qui a été systématiquement rabaissé depuis 50 ans. On peut lire cette histoire de deux manières : fin de l'histoire ? Ou au contraire capacité de résilience. La suite n'est pas écrite, et on pourra lire l'histoire d'une façon ou d'une autre selon la suite. Mais nous ne nous donnons pas les moyens d'écrire cette suite.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On peut considérer que les Poilus sont morts pour que vive la France. Alors si on considère que la France est morte, c'est vain. Ils sont morts pour rien. Mais si on considère que la France doit continuer, ils ne sont pas morts pour rien, ils sont morts pour la France.        <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> Les élections européennes sont des élections intérieures. Personne ne connaît son député européen. Ce dernier a un pouvoir de décision maigre, mal compris par les citoyens.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le Parlement européen ne représente pas un peuple européen, mais juxtapose la représentation de l'ensemble des peuples qui composent l'Union Européenne, ainsi que l'a affirmé la Cour constitutionnelle allemande.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le Parlement européen élu au suffrage universel est-il un progrès par rapport à l'ancienne Assemblée européenne, composée de députés nationaux ? Moi personnellement je ne le crois pas, parce que dans le précédent système, il y avait une articulation entre la démocratie nationale et le niveau européen qui était beaucoup plus intéressante que ce qui existe aujourd'hui avec le Parlement européen actuel.        <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.fondapol.org/debats/debat-ou-en-est-leurope-jean-pierre-chevenement-et-dominique-reynie/">Fondapol</a>        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Je-pense-qu-on-ira-ineluctablement-vers-une-Europe-a-geometrie-variable_a1584.html" />
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   <title>"Le MRC est plus qu’un parti politique"</title>
   <updated>2012-12-19T19:41:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Le-MRC-est-plus-qu-un-parti-politique_a1454.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2012-12-19T19:27:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Discours de Jean-Pierre Chevènement lors du Congrès de Paris du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 16 décembre 2012.     <div>
      Chers camarades,       <br />
              <br />
       Le MRC est plus qu’un parti politique. C’est d’abord un courant d’idées ancré dans 40 ans d’histoire politique française depuis le Congrès d’Epinay en 1971. C’est un superbe logiciel, rarement pris en défaut. Bref, c’est une boussole, indispensable à la gauche et à la France car il n’y a pas de cap pour qui ne connaît pas le port.       <br />
              <br />
       Quelle capacité avons-nous d’influer dans la vie politique française ?       <br />
              <br />
       D’abord parler le langage de la vérité qui, par principe, est celui de l’intérêt général. Combattre la facilité, celle du mensonge triomphant qu’ânonnent ceux qui se soumettent par principe aux puissants. Être libres, être citoyens, être Français, c’est-à-dire hommes et femmes de caractère, francs comme l’est le nom de notre pays. Nous devons retrouver la « grande vue », la vue générale, qui nous permettra de sortir la France de l’ornière.       <br />
              <br />
       Depuis la fin du communisme et le choix fait par la Chine du marché mondial, la France et l’Europe ont perdu la rente de situation sur laquelle elles avaient vécu depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. À la faveur de la globalisation libérale, de nouvelles puissances ont émergé, quelquefois milliardaires en hommes, qui maîtrisent la technologie, développent une croissance rapide et montrent une ambition conquérante.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Face à ce renversement du monde, les nations européennes, particulièrement la France, doutent d’elles-mêmes. Elles ont fait, il y a trente ans, derrière les États-Unis, le choix d’un néolibéralisme qui les vide de leur substance industrielle.       <br />
              <br />
       Il est temps de réagir, de rétablir des règles du jeu équilibrées en matière commerciale et monétaire, de remobiliser les atouts de la France. C’est possible. Il n’y a pas de raison que l’Allemagne excelle et que la France périclite. Le rapport Gallois nous dit que la cote d’alerte est atteinte. Sur la base de ce constat et des propositions du rapport Gallois, le gouvernement et François Hollande ont fait un choix stratégique clair : la reconquête de la compétitivité conditionne la réindustrialisation de la France et le retour à l’emploi.       <br />
              <br />
        Le chemin a été ouvert. Il faut s’y engager pleinement, mobiliser le pays. C’est le rôle de la gauche d’abord et, en son sein, de notre parti, le MRC, qui se veut la « boussole républicaine » de la majorité mais aussi du pays tout entier. Car c’est aussi le rôle de toutes les forces vives, de tous ceux pour lesquels le mot « patriotisme » a gardé un sens.        <br />
              <br />
       C’est ainsi que la France ira « du déclin au renouveau », selon l’expression employée jadis par le Général De Gaulle.       <br />
              <br />
       Certes il y a beaucoup à faire pour repenser l’euro d’abord mais aussi pour fonder un nouveau « pacte social », afin de réaliser cette « Alliance des productifs » qui est la clé du redressement.       <br />
              <br />
       La France est un grand pays au cœur de l’Europe. Ouverte sur le grand large et vers le monde, mais pays méditerranéen aussi, tourné vers le monde arabe et vers l’Afrique. Elle doit appuyer son renouveau sur l’essor des pays émergents : la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, l’Algérie, le Maroc, l’Afrique mais aussi la Turquie et demain l’Iran quand celui-ci aura accepté le protocole additionnel de l’AIEA, en échange de la levée des sanctions.       <br />
              <br />
       Où sommes-nous dans la majorité présidentielle ?       <br />
              <br />
       Nous soutenons François Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Nous ne les soutenons pas les yeux fermés. Ils connaissent nos analyses. Nous n’en faisons pas mystère. Elles s’expriment d’ailleurs rationnellement, de façon argumentée. Nous apportons une contribution précieuse à la majorité présidentielle. Nous voulons en effet sa réussite parce qu’elle est celle de la France.       <br />
              <br />
       Cinq ans nous séparent des échéances de mai 2017. Ne gâchons pas tout ce temps.       <br />
              <br />
       Rassemblons les Français sans sectarisme sur l’essentiel. Je suis persuadé que les communistes n’ont pas oublié ce que signifie le mot production et je suis convaincu aussi qu’il est des hommes et des femmes venus de l’autre rive qui peuvent comprendre ce que signifie l’intérêt national, dès lors qu’on cesse d’ânonner le bréviaire européiste et libéral.       <br />
              <br />
       Pour réorienter l’Europe, il faut rompre avec la rigidité d’une monnaie unique qui a d’emblée méconnu la spécificité et l’hétérogénéité des nations. Il faut remettre la charrue derrière les bœufs et refonder l’Europe, non dans la coercition, mais dans la politique.       <br />
              <br />
       Comme l’a dit Joschka Fischer, Madame Merkel ne peut pas prendre la responsabilité de faire apparaître l’Allemagne, pour la troisième fois en l’espace d’un siècle, comme le pays qui conduit l’Europe au naufrage. Ayons avec l’Allemagne une bonne et franche discussion. Nous lui proposons « l’union solidaire ». Mais l’Allemagne ne veut pas payer au-delà d’une certaine limite. L’Allemagne défend en principe la responsabilité des États.  Elle a raison jusqu’à un certain point. Mais si c’était le système européen, tel qu’il a été conçu, qui conduisait à des distorsions insoutenables ? N’est-il pas possible de le corriger ? de rétablir des amortisseurs tenant compte de la compétitivité relative de chaque pays ?       <br />
              <br />
       J’ai la conviction que nous pouvons être « le sel de la terre » à condition de présenter nos vues de manière positive, en nous appuyant sur la marche des événements.       <br />
              <br />
       Bien sûr, il y a des choix politiques à faire. Pour ce qui nous concerne nous n’acceptons pas le fameux grand saut fédéral qui serait aujourd’hui un saut dans le vide, dans cette Europe « post-démocratique » dont a parlé Jurgen Habermas. Un livre, récemment primé, est intitulé « Le passage à l’Europe ». Nous n’acceptons pas que ce passage soit payé du sacrifice de la France et de la fin de la démocratie.       <br />
              <br />
       J’ai un peu réfléchi sur l’avenir du MRC dans l’actuelle majorité. Souvenez-vous que nous valons par la qualité de notre logiciel. La Fondation de recherche Res Publica que j’anime par ailleurs est un précieux outil de réflexion.       <br />
              <br />
       Pour ma part, je sais que le Président d’Honneur est destiné à s’effacer. Je me réjouis de voir la troïka constituée autour de notre Président, Jean-Luc Laurent, avec nos deux autres parlementaires, également vice-présidents. Ils constituent la direction effective du Mouvement.       <br />
              <br />
       Mon rêve est celui du Tao Te King, selon Lao Tseu :       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">« Il agit sans rien faire       <br />
         Et enseigne sans rien dire       <br />
         Les choses apparaissent et il les laisse venir       <br />
         Les choses disparaissent et il les laisse partir       <br />
         Il a, mais ne possède pas       <br />
         Agit mais n’attend rien       <br />
         Son œuvre accomplie, il l’oublie       <br />
         C’est pourquoi elle dure toujours. »</span>       <br />
              <br />
       Je vous lègue ce dernier distique. Il vous demande une rude tâche.       <br />
              <br />
       Soyez fidèles au peuple, c’est-à-dire aux simples gens,       <br />
       À la France, terre de liberté, d’où un « cavalier français – Descartes – partit un jour d’un si bon pas »,       <br />
       Liberté qui donne le caractère et non le laisser aller,       <br />
       Pays de citoyens où la République est exigence ou bien n’est pas.       <br />
              <br />
       Bon courage, chers camarades.       <br />
       Je ne m’effacerai pas tout à fait, me réservant de parler si possible à bon escient.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Le-MRC-est-plus-qu-un-parti-politique_a1454.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Rousseau, penseur du fondamental: éclairages pour une république moderne</title>
   <updated>2012-05-14T23:22:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Rousseau-penseur-du-fondamental-eclairages-pour-une-republique-moderne_a1392.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2012-04-30T20:19:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement au colloque du GIPRI (Institut international de recherche pour la Paix à Genève) à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, vendredi 27 avril 2012     <div>
      De Jean-Jacques Rousseau, le fameux « citoyen de Genève », je n’avais, à mon entrée en politique, dans les années 1960, que des souvenirs scolaires. Et encore …       <br />
              <br />
       Tout au plus me souviens-je d’avoir dû rédiger une dissertation qui laissait le choix aux élèves d’argumenter leur préférence pour Rousseau ou Voltaire. Oserai-je avouer devant vous, ici,  Genève, à l’occasion de ce colloque heureusement organisé par Gabriel Galice et Christophe Miqueu, à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau que j’ai choisi « Voltaire », comme tant d’autres petits misérables. J’en conçois une forte honte rétrospective, car j’ai appris depuis lors, à mieux connaître, et même à lire attentivement l’immortel auteur du <span style="font-style:italic">Contrat Social</span>, de <span style="font-style:italic">l’Emile</span>, de <span style="font-style:italic">la Nouvelle Héloïse</span>, des <span style="font-style:italic">Confessions</span>, des <span style="font-style:italic">Rêveries</span> et de tant de textes profonds et souvent sublimes dans leur formulation, qui reflètent non pas un système clos sur lui-même mais une pensée en mouvement, surplombant des abîmes.       <br />
              <br />
              <br />
       Et pourtant il a été, presque à mon insu, présent dans mon engagement politique, dès le début des années soixante, en Algérie où il était difficile de ne pas reconnaître l’existence d’un peuple algérien différent du nôtre, puis en France : imprégné dès mon adolescence des idées de Pierre Mendès France et désireux de réactiver, à travers une synthèse nouvelle appelée « union de la gauche », le modèle républicain français, j’ai été très tôt « rousseauiste » sans le savoir, tant la pensée de Rousseau a marqué la Révolution française et par suite la tradition politique républicaine à laquelle celle-ci a donné naissance et à laquelle j’appartiens.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Vouloir réunifier la gauche à travers un parti socialiste redressé, au Congrès d’Epinay (1971), puis à travers son programme « Changer la vie » dont François Mitterrand m’avait confié la rédaction et enfin, sur cette base, à travers un programme commun avec l’un des plus puissants partis communistes d’Europe Occidentale, signé à la fin du mois de juin 1972, c’était dans mon esprit, parier sur un Peuple remis debout, en lui confiant à nouveau les clés de son avenir. Il y avait dans ma démarche une dimension de refondation que Rousseau évoque tout en la jugeant très difficile : » Il se trouve des époques violentes où l’Etat renaît pour ainsi dire de ses cendres et reprend la vigueur de la jeunesse … mais ces évènements sont rares » (Contrat social, livre II, chapitre VIII).       <br />
              <br />
              <br />
       Quiconque inscrit son action dans le sillage de la Révolution française et de ses idéaux est, qu’il le veuille ou non, fils de Rousseau. Robespierre, Saint Just et même Bonaparte ont fait du Contrat social leur livre de chevet, chacun le lisant, bien sûr,  à sa façon. C’est en Rousseau que l’idée républicaine en France, beau titre d’un ouvrage de Claude Nicolet paru en 1982, trouve sa source profonde.       <br />
              <br />
       La Révolution a transféré Rousseau au Panthéon en 1794. Le décret fut pris à la fin du régime robespierriste du Comité de Salut public, quand la République naissante se vit acculée, pour survivre, à « forcer à être libres ceux qui refusaient d’obéir à la volonté générale » (Contrat social, livre I, chapitre VII). Ce n’était qu’une interprétation de Rousseau dans laquelle celui-ci ne se serait probablement pas reconnu car il était partisan de la démocratie directe et il a critiqué fortement le système de la représentation.        <br />
              <br />
       L’héritage de Rousseau - puissance du sentiment aussi bien qu’exigence de la raison - reste un héritage éclaté donnant lieu à des interprétations contradictoires. Les républicains, tenants de la souveraineté nationale et populaire et les marxistes se retrouvent dans l’absolutisme théorique de la volonté générale et reconnaissent leur dette à l’égard de Rousseau. A l’inverse les libéraux comme Benjamin Constant, ou les socialistes associationnistes comme Proudhon ou les « political scientists » anglo-saxons, ou encore les théoriciens français de la deuxième gauche comme Jacques Julliard, ne sont pas loin de voir en lui un ancêtre du « totalitarisme ». Kant a mieux compris le sens de la recherche de Rousseau qui est d’abord morale, comme il résulte de ces quelques lignes du Contrat social : « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. Le passage à l’état civil fait d’un animal borné et stupide, un être intelligent et un homme ».       <br />
              <br />
       On pourrait soutenir que le vrai héros de Rousseau a été le Peuple. A travers Thérèse Levasseur, il connaissait la misère du peuple à la fin de l’Ancien Régime. Il n’en avait pas moins érigé, par construction théorique, une collectivité égalitaire dotée d’une personnalité et d’une volonté propres, également appelée « Peuple ». Ce peuple de citoyens s’est dressé à peine dix ans après sa mort sur la scène de l’Histoire. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 est directement inspirée du Contrat social.       <br />
              <br />
       Ainsi, la Constitution de 1791 énonce déjà que « la souveraineté est une, indivisible, inaliénable et imprescriptible. Elle appartient à la Nation et aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice » (article 1er du Titre III).  On croirait lire le Contrat social ! La tradition ne se perdra pas.  La Constitution de 1958 proclame encore l’attachement du peuple français au principe de la souveraineté nationale, énonce que « La France est une République indivisible » … et rappelle que « la souveraineté nationale appartient au peuple » … et « qu’aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice ». Ces formulations font voir la persistance dans nos textes fondateurs d’une veine républicaine directement inspirée de Rousseau.       <br />
              <br />
              <br />
       Même s’il a profondément marqué la tradition française du républicanisme civique, il serait cependant erroné de lire Rousseau à la seule lumière de la Révolution française.        <br />
              <br />
       Rousseau est un penseur du fondamental. Le tragique de la condition humaine ne lui a pas échappé, puisqu’il a réservé explicitement le modèle de sa République à « un peuple de Dieux », ou alors à de très petites cités, où un petit nombre d’hommes simples, attroupés à la mode suisse, à l’ombre d’un grand chêne, seraient capables d’exprimer quelque chose qui ressemblerait à une « volonté générale ». Rousseau est fasciné par l’exigence de l’idée démocratique – je dirais plutôt, quant à moi, « républicaine » - et il en déduit que la démocratie est « si parfaite qu’elle ne convient pas à des hommes » (Contrat social). En fait, Rousseau distingue la souveraineté et le gouvernement : la souveraineté du peuple est bonne par nature, car il est inconcevable que le peuple puisse se vouloir du mal. Mais il ne s’ensuit pas, loin de là, que les gouvernements ne puissent errer.        <br />
              <br />
       Rousseau n’est pas un « political scientist » à l’anglo-saxonne ou un professeur de science politique à la française. C’est un immense philosophe qui se situe au niveau des principes, au niveau de la « Raison pure » selon Kant, son véritable héritier.        <br />
              <br />
       Rousseau se situe, selon moi, au plus haut niveau de l’exigence, à la fois morale et épistémologique. Il ne décrit pas les structures d’un régime démocratique. Il cherche à dégager le principe régulateur. L’idéalité démocratique a pour lui une valeur normative et non pas pratique.        <br />
              <br />
       De même, qu’il décrit les errements des gouvernements soi-disant démocratiques et exposés à dégénérer en « ochlocratie » (pouvoir de la populace), de même Rousseau montre quels mirages peuvent receler les projets de « paix perpétuelle » tels que les a formulés en son temps l’Abbé de Saint-Pierre.       <br />
              <br />
              <br />
       Ainsi, pour ma part, je tire de Rousseau deux leçons :       <br />
              <br />
       •  La première est qu’aucune démocratie, aucune République ne peut résister à la dégénérescence en dehors d’<span style="font-style:italic">un appel constant de la conscience civique au principe qui fonde le contrat social</span>. Rouseau met très haut la barre de l’exigence. Si haut que la plupart des démocrates ou des républicains la perdent de vue dans l’ordinaire des jours des gouvernements.  Mais cette exigence sommeille dans le cœur des citoyens. Elle est ce qui fonde l’espoir d’un réveil civique. C’est à cette exigence que s’adressent Robespierre sous la Première République naissante, Gambetta et Ferry à l’orée de la Troisième, puis successivement Clemenceau, De Gaulle et Pierre Mendès-France, les plus éminents dans la longue lignée des républicains français.        <br />
              <br />
       Sans cette exigence, la politique serait une activité complètement vide et ennuyeuse. Le républicanisme français, nourri de Rousseau à travers la Révolution, tire de son origine historique le projet de former des citoyens par une éducation publique et laïque permanente, de telle sorte qu’on n’ait pas à « les forcer d’être libres », pour reprendre la terminologie du Contrat social. La formation du citoyen est ainsi le moyen d’éviter le renouvellement de la Terreur. L’éducation civique, l’éducation du sens critique du citoyen, sont au cœur des missions de l’Ecole républicaine. Ce n’est pas par hasard qu’on a parlé, sous la IIIe République, de « République enseignante ». Elle l’était doublement : par l’Ecole et par l’exemple. Claude Nicolet opposait à la fadeur du libéralisme anglo-saxon « les éclairs sur l’avenir » et les élans que le républicanisme français tirait de son ancrage historique dans la Révolution.        <br />
              <br />
       •  La seconde leçon que je tire de Rousseau est à l’inverse, si je puis dire, <span style="font-style:italic">une leçon de modestie</span>. Rousseau aperçoit bien les limites des idées qu’il professe dans le Contrat Social ou qu’il révère en apparence dans les « projets de paix perpétuelle » de l’Abbé de Saint-Pierre, souhaitables en théorie, mais dont on peut se demander si « les moyens violents nécessaires à leur réalisation ne devraient pas les faire plutôt craindre que désirer » (jugement de Rousseau sur les écrits de l’Abbé de Saint-Pierre). Ainsi, la crise actuelle de l’euro nous interpelle-t-elle sur l’idée européenne telle qu’elle a été conçue en dehors, voire contre les nations et sur les moyens qu’on a employés pour la faire progresser.        <br />
              <br />
       L’Abbé de Saint-Pierre avait reconnu l’existence d’une identité européenne : « Les Puissances de l’Europe, écrivait-il, forment entre elles une sorte de système qui les unit par une même religion, par un même droit des gens, par les mœurs, par les lettres, par le commerce et par une sorte d’équilibre qui est l’effet nécessaire de tout cela ». Il ajoutait : « Excepté le Turc, il existe entre tous les peuples de l’Europe une liaison sociale imparfaite mais plus étroite que les nœuds généraux et lâches de l’Humanité ». Et l’Abbé de Saint-Pierre en déduisait un principe : « Pour former une Confédération solide et durable, il faut en mettre tous les membres dans une dépendance tellement mutuelle qu’aucun ne soit seul en état de résister à tous les autres ». On ne voit pas, soit dit en passant, comment ce beau principe s’applique dans la zone euro où l’Allemagne, presque seule, impose une politique d’austérité prolongée et simultanée à tous les autres, jusqu’ici du moins.        <br />
              <br />
       Une ligue fédérative européenne, écrit Rousseau, « ferait peut-être plus de mal tout d’un coup, qu’elle n’en préviendrait pour des siècles ». Rousseau, en politique étrangère, comme d’ailleurs en politique intérieure, pourrait passer pour se rattacher aussi, paradoxalement, à l’école de pensée réaliste. En témoignent ainsi certains jugements sur les Bernard-Henri Lévy et les Kouchner de son temps :        <br />
              <br />
       « Le cosmopolitisme ? … une vertu en papier ». « Ces prétendus cosmopolites se vantent d’aimer tout le monde pour avoir droit de n’aimer personne (Manuscrit de Genève). Et s’adressant à Voltaire : « Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins ». « Le beau mot d’humanité est rebattu aujourd’hui jusqu’à la fadeur, jusqu’au ridicule par les gens du monde les moins humains ».        <br />
              <br />
       Ainsi Rousseau peut-il être à la fois le penseur de la Raison pure qui n’existe que dont la théorie et le penseur du réel. L’idéal régulateur, comme toute idée de la raison, est par définition irréalisable mais il est un principe de référence. L’humanité n’est pas un concept politique. La loi en effet ne peut s’appliquer que dans un espace politiquement structuré.        <br />
              <br />
       La raison peut donner une idée du juste ou de l’injuste. Mais elle ne constitue pas un fondement suffisant pour la vertu « Pour faire le bien, il ne suffit pas de le voir. Il faut encore qu’un sentiment nous porte à l’accomplir » (L’Emile).       <br />
              <br />
       Venons-en, une fois prises les précautions épistémologiques nécessaires à une bonne compréhension de la pensée de Rousseau, si vaste et apparemment si contrastée et à l’actualité – ou à l’inactualité – de celle-ci confrontée aux grands mouvements de notre époque :       <br />
              <br />
       • la mondialisation et le sens de la République dans la mondialisation ;       <br />
       • l’Europe et les difficultés de la construction européenne ;       <br />
       • l’universalisme enfin, à travers ses plus récentes moutures, ce qu’on a appelé « le droit de l’hommisme » et le « droit », voire le « devoir d’ingérence ».        <br />
              <br />
              <br />
       <b>I – La mondialisation et la République</b>       <br />
              <br />
       On connaît les théories de Rousseau sur le luxe et sur le commerce, « le luxe, signe de corruption dans les mœurs et de faiblesse dans le gouvernement … objet de mépris chez les Grecs et les Romains ». « Il était naturel, poursuit-il, que le commerce se sentit du mépris qu’on avait pour le luxe. Quand ces peuples commencèrent à dégénérer ... les particuliers s’enrichirent, le commerce et les arts fleurirent et l’Etat ne tarda pas à dépérir » (Fragments politiques, p. 517). D’un point de vue républicain, la prééminence de l’« homo eoconomicus » sur le citoyen est inenvisageable.       <br />
              <br />
       Or, comment interpréter le grand choc qui eut lieu, il y a plus de trente ans maintenant, entre le néolibéralisme anglo-saxon de Mme Thatcher et de M. Reagan, nourri des doctrines de Hayek et de Milton Friedman, et la volonté affirmée par le « Projet socialiste » de 1980, dont se réclamait François Mitterrand, de changer la société sur la base des idéaux républicains ?       <br />
              <br />
       Comment s’opéra la victoire du néolibéralisme avec l’ouverture en France de ce qu’on a appelé, en mars 1983, « la parenthèse libérale » ? Entre les deux politiques qui lui étaient proposées, une politique industrialiste entée sur une forte dévaluation d’une part et l’accrochage du franc au mark débouchant sur une politique de désinflation compétitive, François Mitterrand, après moult hésitations, choisit la seconde au nom de l’Europe et la dérégulation qui s’ensuivit en vertu de l’Acte unique signé deux ans plus tard en fonction de la même priorité affichée. C’est ainsi qu’a travers ce choix géopolitique à longue portée le socialisme français se rendit sans combattre, histoire que j’ai retracée dans « La France est-elle finie ? » (Fayard, 2011). Et c’est toujours au nom de « l’Europe » que la dérégulation de tous les marchés triompha encore avec «<span style="font-style:italic"> l’Acte Unique</span> » négocié en 1985 à Luxembourg et entré en vigueur en 1987. C’est en vertu de ce traité qu’a été imposée la libération totale des mouvements de capitaux, y compris vis-à-vis des pays tiers, à compter du 1er janvier 1990 et que la Commission européenne fut chargée de faire respecter, en tous domaines, le primat de la concurrence sur les politiques industrielles et  sur la conception française du service public.       <br />
              <br />
       Jean-Jacques Rousseau n’aurait pas cru spontanément à la théorie de l’efficience des marchés professée par l’Ecole de Chicago, si l’on en juge par ces sentences tirées de l’<span style="font-style:italic">Emile</span> : « Il faut étudier la société par les hommes et les hommes par la société : ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux ». Ou encore « Il n’y a des pauvres que parce qu’il y a des riches ». La République, selon Rousseau, met l’égalité en son cœur.       <br />
              <br />
       La gauche française, en opérant au nom de l’Europe sa conversion libérale, a raté une conversion républicaine qui eût impliqué pour l’Europe continentale le maintien d’une certaine dose de réglementation, et pour la France le maintien du principe fondateur de la souveraineté nationale. C’est parce que, placé où j’étais, Ministre d’Etat, chargé de la Recherche et de l’Industrie, je pouvais anticiper pleinement l’ampleur du tournant opéré en mars 1983 que je démissionnai alors du gouvernement. Je n’ai pas conçu ma démission comme seulement le moyen d’« ouvrir ma gueule », selon une phrase devenue célèbre, mais plus profondément comme un appel au peuple des citoyens. En ce sens, cette première démission me faisait « rousseauiste » à mon insu.        <br />
              <br />
       Rousseau ne croit guère aux effets bénéfiques du « doux commerce » : « Nos besoins nous rapprochent à mesure que nos passions nous divisent, et plus nous devenons ennemis de nos semblables, moins nous pouvons nous passer d’eux ». Il pencherait plutôt pour une certaine forme de protectionnisme plus ou moins autarcique : « J’avoue, écrit-il, que l’argent rend les échanges plus commodes. Mais faites mieux : rendez les échanges peu nécessaires. Faites que chacun se suffise à lui-même autant qu’il le pourra ». Ces vues aujourd’hui paraissent datées mais elles traduisent un état d’esprit propre à éclairer le débat actuel entre « libre-échangisme » et protectionnisme appelé par euphémisme « théorie du juste échange ».        <br />
              <br />
       Que dirait Rousseau aujourd’hui des effets sociaux de la dérégulation ? Un capitalisme financier prédateur et spéculatif a façonné un monde déséquilibré et inégal qui court après des règles dont l’abolition a produit la crise dans laquelle il se débat. Rousseau gémissait sur « l’infortune des peuples écrasés par une poignée d’oppresseurs ». Ce n’est pas s’avancer beaucoup de dire que son aspiration à l’égalité « sans laquelle la liberté ne peut subsister »(Contrat social) et à l’existence morale à laquelle la citoyenneté fait accéder l’homme, serait profondément heurtée par le spectacle des inégalités croissantes, de la démission civique et du primat de l’économique sur le politique, qui caractérisent les sociétés régies par le principe dit de « l’acquisition de la valeur par l’actionnaire ».        <br />
              <br />
       Pour réhabiliter le politique, il faudrait restaurer le citoyen. Mais celui-ci se désespère de voir partout bafoués les principes de la souveraineté sans laquelle il ne peut rien et n’est même pas citoyen. Nous voilà « au rouet » comme disait Montaigne …       <br />
              <br />
       Cette défaite de la République a été aussi et d’abord une défaite de la France. Dans l’Europe de 1983, les marges de manœuvre, pour elle, étaient infiniment plus grandes qu’elles ne le sont devenues aujourd’hui, dans un monde entièrement dominé par le capitalisme et les marchés financiers, ouvert aux concurrences les plus inégales, et dans une Europe germanocentrée, où elle peine à remplir son rôle de médiateur naturel entre les pays du Nord de notre continent et ceux du Sud.        <br />
              <br />
              <br />
       La messe est-elle dite ? L’Histoire est-elle finie ? N’y a-t-il pas dans le principe de la souveraineté nationale le ressort d’un éventuel rebond ? La crise du néolibéralisme ne peut-elle faire renaître l’exigence républicaine ? L’Humanité a besoin de repères. Ceux que fournit la République sont pour les hommes d’aujourd’hui des repères plus sûrs que la confiance intéressée ou naïve dans la « main invisible » de marchés devenus fous. C’est ce qu’il faudra démontrer.        <br />
              <br />
       Retour à Rousseau, à travers « l’Europe », en train de se faire et de se défaire.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Retour à Rousseau à travers les soubresauts de « l’Europe »</b>       <br />
              <br />
       Par une vue prémonitoire qui n’appartient qu’à des esprits assez vastes pour concevoir ensemble les contraires, Jean-Jacques Rousseau a perçu dans le jugement qu’il prononce sur le projet de la ligue européenne fédérative, repris  de Sully par l’Abbé de Saint-Pierre, en vue d’assurer à l’Europe une paix perpétuelle, à la fois le caractère fascinant du projet et son caractère hautement problématique.  C’est à Jean Monnet qu’il revient d’avoir conçu des institutions européennes tenant en lisière les souverainetés nationales dans lesquelles il voyait non la source de la démocratie mais l’origine des nationalismes et donc des guerres. C’est à une « Haute Autorité » que par la suite on appela « Commission européenne » que ce véritable « Législateur », au sens rousseauiste du terme, voulut confier la définition de l’intérêt général et le monopole de la proposition. C’est ainsi que s’est édifié un monstre technocratique : l’essentiel des décisions y procède d’autorités non élues (Commission, Banque Centrale, Cour de Justice). Les gouvernements démocratiquement élus ont été relégués à la périphérie, à l’exception sans doute du gouvernement allemand dont la capacité d’influencer les institutions européennes provient à la fois des textes qu’il a inspirés, en particulier sur la monnaie unique, et de la position économiquement dominante acquise par l’Allemagne, grâce à son industrie et à ses excédents.        <br />
              <br />
       En République, ce sont les citoyens qui définissent l’intérêt général à travers le débat démocratique sanctionné par le vote. Dans l’organisation européenne dont Jean Monnet a été l’inspirateur, ce sont les Commissaires et les Gouverneurs de la Banque Centrale qui détiennent l’essentiel du pouvoir. Le Conseil européen définit formellement des orientations qui reflètent pour l’essentiel la philosophie libérale des institutions européennes et les positions allemandes que les autres pays, à commencer par la France, ne se sont pas sentis jusqu’à présent en mesure de contester et ont par conséquent ratifiés, à travers le projet de traité européen signé le 2 mars 2002.        <br />
              <br />
              <br />
       La crise de la monnaie unique était inscrite dans son génôme. Dix-sept pays très différents par leurs structures   économiques, leurs langues, leurs options politiques, ont délégué leur souveraineté monétaire à une Banque Centrale européenne indépendante copiée sur le modèle de la Bundesbank allemande, avec une mission unique : lutter contre l’inflation. On imagine difficilement schéma plus « économiciste » et plus réducteur du point de vue d’une démocratie républicaine où les citoyens interréagissent les uns sur les autres, à la recherche d’un projet qui les dépasse et les élève tous, au service d’un intérêt général qu’il leur incombe de définir.        <br />
              <br />
       Dans la zone euro coexistent des économies hétérogènes qui sont loin de former ensemble la « zone monétaire optimale » rêvée par Robert Mundell. Celle-ci requiert la fluidité des mouvements de main d’œuvre et de puissants mécanismes de transferts interrégionaux. Rien de tout cela n’existe et ne peut exister, à vue d’homme, dans la zone euro, où les inégalités de compétitivité et de développement ont, en douze ans, creusé des écarts que ne peuvent plus compenser, par définition, les anciens mécanismes de dévaluation. Ces écarts s’observent dans les balances commerciales, les taux de croissance, les taux de chômage et bien sûr, le taux d’intérêt des emprunts publics.        <br />
              <br />
       Un économiste allemand très connu, Hans-Werner Sinn, considère qu’il existe des déséquilibres structurels fondamentaux indépassables. Il voit la zone euro comme un tonneau des Danaïdes : « Les plans de sauvetage nous permettront peut-être de respirer pendant cinq ans, mais après ce délai, les coffres des pays bailleurs de fonds seront vides et les nations les plus faibles connaîtront les mêmes problèmes qu’aujourd’hui ».        <br />
              <br />
       Suffirait-il de modifier les règles de la zone euro, notamment en revoyant le rôle de la Banque Centrale, comme les deux principaux candidats en lice pour l’élection présidentielle en France l’ont suggéré ? Où faudra-t-il revoir la nature de l’euro pour restaurer des marges de fluctuation au sein d’un système de monnaie commune ? C’est un autre débat.        <br />
              <br />
       Une vision rousseauiste du monde fait apparaître le danger qu’il y a pour les nations à déléguer leur souveraineté sur des questions aussi essentielles que la monnaie. C’était l’enjeu du traité de Maastricht. On voit que, de fil en aiguille, c’est la souveraineté budgétaire qui est aujourd’hui en question, à travers le traité européen signé le 2 mars 2012. Et c’est la souveraineté économique, sociale et en définitive politique, qui est désormais menacée dans les pays soumis à l’assaut de la spéculation. On évoque aujourd’hui le défaut de grands Etats au cœur de la zone euro, alors que la faillite d’un Etat paraissait encore, il y a quelques années, chose inimaginable. On n’a pas vu cependant qu’on puisse aussi facilement dissoudre les peuples et plus encore les nations. Rousseau évoque bien la réduction d’un peuple en servitude. Ce serait un paradoxal résultat de l’Union européenne que d’aboutir à restaurer l’idée d’une hiérarchie des peuples sur le sol européen.        <br />
              <br />
       Rousseau nous rappelle que « si la force a fait les premiers esclaves seule la lâcheté les a perpétués ». Mais les peuples, d’où viennent-ils ? Qui les a institués ? Qu’est-ce qui fait qu’un peuple est un peuple ? Rousseau nous incite à revenir à l’acte initial qui fonde le contrat social.       <br />
              <br />
       Un contrat social est-il donc imaginable, comme le pensent les tenants du fédéralisme, à l’échelle de l’Europe ? Pour répondre à cette question, il faudrait répondre à beaucoup d’autres : pour quel projet ? Dans quelles limites géographiques ? A travers quelles institutions ? Toutes questions qui débouchent aujourd’hui sur le vide, faute justement qu’il y ait « un peuple européen ». Or, dans les faits, il en existe une bonne trentaine. La Cour Constitutionnelle de Karlsruhe a déduit de l’inexistence d’un « peuple européen » que le Parlement européen n’est pas un Parlement et qu’aucune décision nouvelle par rapport aux traités existants ne peut être prise sans l’aval du Bundestag. Pour qu’un peuple européen existe, il faudrait l’instituer. Moult assemblées, conventions, etc. se sont réunies, qui n’y sont jusqu’ici jamais parvenues.        <br />
              <br />
       Rousseau nous rappelle que « celui qui veut instituer un peuple, doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine » (Contrat social). D’aucuns me rétorqueront : « Mais qui donc a institué la nation française ? » A cette question, Claude Nicolet a fort bien répondu : « Quarante rois ont fait la France, puis la coquille se casse : l’oiseau montre la tête, c’est la République, qui n’est quand même pas française par hasard (dans Claude Nicolet, <span style="font-style:italic">Histoire, nation, République</span>, Editions Jacob, mai 2000).        <br />
              <br />
       L’Allemagne aujourd’hui, par la voie de la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe mais aussi par celle de son gouvernement, affirme avec de plus en plus de force la responsabilité des Etats. A-t-elle tort ? Je ne le crois pas, car les tenants d’une solidarité européenne indéfiniment extensible oublient que celle-ci ne représente aujourd’hui que le quarantième des solidarités nationales : le budget européen pèse 1 % du PIB européen. Or, le montant des prélèvements obligatoires en Europe atteint en moyenne 40 %. On ne peut pas multiplier rapidement le budget européen par 20, 10, 5, voire 2 !        <br />
              <br />
       On ne peut rien construire aujourd’hui en Europe sans s’appuyer sur la souveraineté des nations qui va avec la responsabilité des Etats, même si on tempère ce principe de mille politiques visant à promouvoir un « intérêt général européen » qu’on ne peut d’ailleurs définir en dehors de la volonté des peuples. D’où il résulte que si une « Europe européenne » est éminemment désirable face à la bipolarité sino-américaine du XXIe siècle, cette Europe ne peut être qu’à « géométrie variable ». Il n’y a pas d’Europe démocratique qui vaille sans l’aval des peuples qui la constituent.        <br />
              <br />
       Retour à Rousseau dont je veux d’autant moins en faire un « souverainiste »  que je ne me définis pas moi-même comme tel, mais simplement comme républicain. Car la démocratie est l’autre face de la souveraineté. Rousseau a entrevu l’existence d’une autre perspective qui se pare aujourd’hui des atours du fédéralisme mais signifie autre chose : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maitre, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ».       <br />
              <br />
       C’est l’enjeu de la révision du traité européen du 2 mars, traité dont l’application plongerait l’Europe tout entière dans une récession prolongée et mettrait chaque Etat en position subordonnée par rapport à la Commission et à la Cour de Justice de l’Union. Je doute qu’il soit jamais ratifié. Pour rester fidèle à Rousseau, il faut penser l’Europe à partir des nations, avec les peuples existants et non pas contre eux. C’est pourquoi je suggère qu’on réfléchisse à la transformation de l’euro de monnaie unique en monnaie commune. Cette monnaie serait elle-même un « panier » de monnaies nationales reconstituées. Avec cependant deux tempéraments : les monnaies nationales verraient d’abord leurs parités négociées périodiquement à l’intérieur d’un système monétaire européen bis, pour tenir compte de l’évolution des compétitivités économiques respectives.  Par ailleurs, ces monnaies nationales (euro franc, euro mark, euro lire, etc.) ne seraient convertibles qu’en euros. L’euro, monnaie commune, dont la valeur serait fixée par les marchés monétaires, serait réservée aux transactions internationales.        <br />
              <br />
       Les ajustements monétaires rendus possibles par une simple monnaie commune sont infiniment moins douloureux que les déflations internes auxquelles les institutions européennes, pour maintenir la monnaie unique, entendent soumettre les pays les plus faibles. Ce retour à la responsabilité des Etats ne serait après tout qu’une application du fameux principe de subsidiarité tiré de Saint-Thomas d’Aquin, dont les institutions européennes ont fait leur credo théorique, sans l’appliquer jamais. La souveraineté ne peut jamais s’aliéner, selon Rousseau, mais il admettrait, je le crois, des délégations de compétences, pourvu qu’elles restent démocratiquement contrôlées.       <br />
              <br />
       Jacques Delors définissait l’Europe comme un objet politique non identifié, un OPNI. Rousseau peut nous aider à penser de manière théorique et pragmatique à la fois, le resserrement souhaitable des solidarités entre les peuples européens et l’articulation des souverainetés nationales en vue d’un « bien commun européen » (la paix, le plein emploi, le maintien d’un tissu productif si possible autosuffisant).       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Rousseau, le patriotisme, l’universalisme, la guerre et la paix</b>       <br />
              <br />
       On décrit souvent Rousseau comme un grand sentimental que la Nature seule consolerait de la méchanceté des hommes. On le voit herborisant. Mais Rousseau est tout sauf un enfant de chœur.       <br />
              <br />
       Il sait que le patriotisme est nécessaire à la République. Il écrit aussi que le patriotisme est naturellement « dur aux étrangers ». Ce n’est point pour autant qu’il renie l’humanité.       <br />
              <br />
       Rousseau ne préfigure pas les grands totalitarismes ni même Le Pen. Certes, sa pensée prend le contrepied de celle de Montesquieu, quand celui-ci écrit : « Si je savais quelque chose qui me fut utile et qui serait préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille, mais qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime ».        <br />
              <br />
       Roussseau s’inscrit, au contraire, dans la tradition du patriotisme antique, tel que l’ont formulé Platon et Ciceron. C’est une catégorie du proche et du familier qui permet d’intérioriser la notion du bien commun. Le patriotisme, au niveau de l’affect, consolide la citoyenneté. A l’inverse, la corruption moderne revient à vouloir jouir des bienfaits de l’association politique, sans accepter d’en remplir les devoirs.       <br />
              <br />
       Rousseau constate encore que « le sentiment d’humanité s’éloigne et s’affaiblit, en s’étendant sur toute la terre ». Pour autant, Rousseau s’inscrit dans la théorie du droit naturel : la loi civile ne doit rien commander qui soit contraire à la loi naturelle. Les valeurs républicaines sont des valeurs universelles. Pour autant, le patriotisme et l’humanité sont des valeurs « incompatibles dans leur énergie » … « Le législateur, écrit-il, qui les voudra toutes deux, n’obtiendra ni l’une, ni l’autre » (Lettres écrites de la Montagne). Rouseau reconnaît que « l’amour de l’Humanité donne beaucoup de vertus, comme la douceur, l’équité, la modération mais il n’inspire point le courage ou la fermeté, et ne leur donne point cette énergie qu’elles reçoivent de l’amour de la patrie qui les élève jusqu’a l’héroïsme ». Tout cela est très fort et très bien vu.       <br />
              <br />
       En fait, Rousseau est aussi un réaliste … Il sait ce qui est nécessaire à la conservation d’un Etat républicain : il n’y a pas de civisme sans patriotisme. Il a la sagesse de ne pas vouloir étendre à la terre entière les lois forcément bornées dans leur objet à la cité qu’on appelle aujourd’hui République.       <br />
              <br />
       Montesquieu méconnaît que la catégorie du politique est restreinte à un territoire particulier. Admirons au contraire les formulation de Robespierre refusant, en 1792, de déclarer la guerre aux puissances d’Ancien Régime, comme le voulaient les Girondins, et s’élevant contre les thèses interventionnistes d’Anacharsis Cloots : « Je n’aime pas les missionnaires bottés … Paris n’est pas la capitale du monde … ».       <br />
              <br />
       Si telle République interventionniste prétendait fonder un ordre européen ou mondial, on en a vu le résultat : hier, avec les guerres de la Révolution et de l’Empire, voire avec les guerres de colonisation, faites au nom de la « Civilisation » ; aujourd’hui les guerres préventives comme la guerre d’invasion de l’Irak en 2003, mais aussi en 1990-1991, avec la première guerre du Golfe.        <br />
              <br />
       Celle-ci, formellement a été approuvée par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 30 novembre 1990, moyennant un amendement au projet de résolution américain déposé par M. Chevarnadze, ministre des Affaires étrangères de l’URSS. Ce dernier obtint qu’à l’expression « autorise l’usage de la force » fut substituée une formulation plus douce : « autorise l’emploi des moyens nécessaires ». Cet amendement en disait long sur l’affaissement de l’URSS et de la bipolarité qui pendant quarante-cinq avait fondé l’équilibre du monde.        <br />
              <br />
       J’ai adressé ma lettre de démission le 7 décembre à François Mitterrand au lendemain du vote de cette résolution par le CSNU.  Je l’ai fait dans une complète solitude, par sentiment d’humanité certes, mais surtout, pour reprendre la terminologie de Rousseau, par patriotisme.       <br />
              <br />
       Par sentiment d’humanité d’abord : cette guerre aurait pu être évitée, mais elle avait été décidée dès le départ, le 2 août 1990, par M. Reagan et Mme Thatcher alors réunis dans le Colorado, au moment où Saddam Hussein envahissait le Koweit, croyant sans doute avoir obtenu de l’Ambassadrice américaine à Bagdad une sorte de « feu vert ». Roland Dumas raconte, dans une brochure publiée par l’Institut François Mitterrand en 2011, que François Mitterrand lui demanda, dès le 3 août 1990 au matin, si la France devait se joindre à cette guerre que M. Bush père lui avait annoncée la nuit même au téléphone. Toute la suite n’a été qu’un rideau de fumée, puisqu’une issue diplomatique avait été par avance exclue. J’ai vécu cela de l’intérieur, mais cela pouvait s’observer à travers l’orchestration des médias à l’échelle mondiale.       <br />
              <br />
       La proposition faite par le canal d’Evgueni Primakov par Saddam Hussein, fin octobre 1990, d’une évacuation du Koweit par les troupes irakiennes, moyennant leur remplacement par des troupes arabes (égyptiennes, séoudiennes, etc.) dite « solution arabe », n’a même pas été examinée par MM. Gorbatchev et François Mitterrand alors réunis à Fontainebleau ... de peur d’indisposer les Américains. Ceux-ci étaient résolus à positionner des forces terrestres au Moyen-Orient, région stratégique pour le contrôle du pétrole et du monde, afin de se passer désormais d’un gendarme régional (pacte de Bagdad en 1955, Chah d’Iran, après la chute de la monarchie irakienne en 1958, Saddam Hussein enfin, après l’arrivée au pouvoir de Khomeiny en Iran et l’affaire des otages américains en 1979-80). L’erreur des Etats-Unis a été de choisir pour ce pré-positionnement de leurs forces, le Royaume d’Arabie Séoudite, gardien des lieux saints de l’Islam.       <br />
              <br />
       Cette guerre fut enfin disproportionnée. Il s’agissait, en théorie, de « libérer le Koweit ». Mme Thatcher assena, à l’automne 1990, qu’il s’agissait de « briser les reins de l’Irak ». J’eus beau objecter à mon collègue américain, Dick Cheney, qui avait poussé la politesse jusqu’à me consulter, qu’en « brisant les reins » du principal régime laïc dans la région, les Etats-Unis et leurs alliés ouvriraient la voie au fondamentalisme islamique (je ne prévoyais pas encore Al Quaïda) et feraient de l’Iran la puissance dominante au Moyen-Orient. Rien n’y fit. Ce parti pris de modération appuyé sur l’idée d’un usage proportionné de la force parut sans doute à Dick Cheney un signe de faiblesse.       <br />
              <br />
              <br />
       J’en viens maintenant à l’essentiel de ma motivation qui était le patriotisme : en cautionnant la destruction de l’Irak, la France trahissait l’orientation que le général de Gaulle, depuis 1962, avait donnée à sa diplomatie vis-à-vis du monde arabe : reconnaissance du droit à l’autodétermination des peuples, à commencer par le peuple algérien auquel les accords d’Evian ouvrirent la voie de l’indépendance, refus, en 1967 ; d’entériner la colonisation par Israël des territoires palestiniens ; politique de coopération avec tous les pays de la région.       <br />
              <br />
       Dès la guerre du Golfe terminée, Roland Dumas, dans une interview retentissante donnée au « Monde », déclara qu’il n’y avait jamais eu de « politique arabe de la France. J’ai considéré au contraire, pour ma part, que le monde arabe, certes composé de nations distinctes, fonctionnait comme caisse de résonnance et comprendrait mal que la France, en emboîtant le pas aux Etats-Unis, cessât de faire entendre une voix indépendante. Or, celle-ci était et reste nécessaire pour qu’enfin fût reconnu le droit du peuple palestinien à un Etat, aux côtés d’Israël dont la sécurité serait ainsi mieux garantie que par la prolongation indéfinie d’un conflit qui peut conduire, un jour, à une nouvelle guerre mondiale.       <br />
              <br />
       Ainsi, je puis dire que mon principal moteur a été le patriotisme au sens rousseauiste du terme, évidemment opposé au nationalisme avec lequel certains veulent le confondre. Ma motivation n’était évidemment pas pacifiste, même si, ministre de la Défense, la paix était aussi mon souci. J’observe que Rousseau lui-même n’était pas pacifiste et cherchait à définir les conditions d’une guerre « légitime ».       <br />
              <br />
       Rousseau, en définissant ce qu’il appelle un « état de guerre », intermédiaire entre la guerre et la paix, nous fait voir la compétition permanente des Etats dont les relations changent par gradation. L’intérêt de la République française n ‘était pas, selon moi, de s’aligner sur les Etats-Unis dont la politique au Moyen-Orient obéit à des intérêts qui ne sont pas forcément les nôtres.        <br />
              <br />
       J’aimerais vous avoir convaincus, s’il en était besoin, que la géopolitique aussi a quelque chose à apprendre de Rousseau. Si la paix est préférable à la guerre, « l’état de guerre », c’est-à-dire la rivalité incessante des Puissances doit se gérer avec doigté. L’emploi de la force doit être proportionné à son objet qui est toujours politique. L’organisation qui n’est pas dite par hasard des Nations Unies (ONU) a fixé des règles pour cela. Ainsi, le « devoir », ou le « droit d’ingérence » est aujourd’hui rejeté par l’ONU, même si le CSNU admet dans certains cas « la responsabilité de protéger » une population exposée à une répression criminelle et potentiellement génocidaire de la part de son gouvernement. L’application qui a été faite de ce concept en Lybie l’a fortement dévalorisé, comme on le constate aujourd’hui en Syrie.       <br />
              <br />
       L’interprétation faite en Lybie, jusqu’au « changement de régime » (« régime change ») justifie aujourd’hui aux yeux de la Russie et de la Chine qu’on ne puisse utiliser « le droit de protéger » en Syrie.       <br />
              <br />
       Rousseau ne prohibait pas la guerre. Ce qui l’intéressait c’était à l’intérieur du droit de la guerre, la manière dont on peut la circonscrire et la réglementer, s’agissant notamment du traitement des prisonniers et de la protection des civils.        <br />
              <br />
       Nous pouvons, en nous inspirant de Rouseau, concevoir une diplomatie républicaine, à la fois respectueuse des souverainetés nationales et soucieuse d’instaurer une règle collective, visant à redonner tout son sens au concept de souveraineté. Celle-ci ne peut s’accomplir qu’au service du bien commun.       <br />
              <br />
       Rousseau nous enseigne ainsi la distance entre le réel et l’universel mais aussi la manière de nous en accommoder. Ce génial théoricien de la souveraineté rappelle aussi aux hommes qui savent le lire qu’ils ne sont pas des dieux.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Nous voulons une autre Europe, solidaire et volontaire</title>
   <updated>2012-04-18T12:40:00+02:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2012-04-18T10:56:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
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    <![CDATA[
Tribune de Jean-Pierre Chevènement, Arnaud Montebourg et Guillaume Bachelay parue dans le quotidien Libération, mercredi 18 avril 2012.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/4102168-6225494.jpg?v=1334667321" alt="Nous voulons une autre Europe, solidaire et volontaire" title="Nous voulons une autre Europe, solidaire et volontaire" />
     </div>
     <div>
      Nous représentons trois générations de militants et responsables de gauche. Trois générations aussi de républicains inquiets de l’Europe telle qu’elle va, ou plutôt telle qu’elle ne va pas.        <br />
              <br />
       En 2005, nous avons refusé le traité constitutionnel au nom d’une Europe plus offensive et moins naïve dans la mondialisation. Depuis, la réalité a hélas dépassé nos craintes. Elus de territoires industriels, nous vivons les effets de l'investissement timide, de la concurrence rigide, de la politique monétaire fautive, de la stratégie commerciale passive.        <br />
              <br />
       Pro-européens convaincus mais alter-européens résolus, nous voulons que l’Europe soit la puissance solidaire et volontaire qu'attendent les peuples. C’est pour que le changement en France rende possible le changement en Europe que nous nous engageons aux côtés de François Hollande.       <br />
              <br />
       En 2007, le candidat sortant avait promis de se battre pour une Europe qui protège. Ont suivi cinq ans de renoncements face à l’ultra-libéralisme et à l’hyper-austérité sur le continent. L’agenda social et les enjeux commerciaux n’ont pas été inscrits à l’ordre du jour de la présidence française de l’UE en 2008, pas plus qu’ils n’ont été abordés au G20 que M. Sarkozy présida en 2011.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Les pactes « de compétitivité » et « pour l’euro plus », conçus par le président français et la chancelière Merkel, ont imposé le versant libéral du modèle allemand : pseudo-règles d'or dans les constitutions des Etats, désindexation des salaires sur les prix, retraite progressivement reculée à 67 ans, harmonisation de l’impôt sur les sociétés vers le moins-disant. En revanche, ont été ignorées des solutions, positives celles-là, éprouvées outre-Rhin tels que le financement des PME ou la formation des salariés.        <br />
              <br />
       Même approche pour le « Traité de stabilité » adopté à l’initiative des droites franco-allemandes : tout pour l'austérité, rien contre la récession et le chômage. Qu'elle étrangle le peuple grec ou asphyxie l’Espagne n’ébranle pas leur dogmatisme.        <br />
              <br />
       Face à cette panne d’Europe, l’élection de François Hollande est d’intérêt général européen.        <br />
       Parce que son projet vise à dépasser le Oui et le Non de 2005 sur la base d’une synthèse dynamique. Parce qu’il sait que sans relance de gauche, l’Europe libérale ne fera que renforcer les inégalités sociales et géographiques.       <br />
              <br />
       François Hollande renégociera et complètera l’accord européen pour combattre la crise et préparer l’après-crise. Dès son élection, il proposera à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance : coordination des politiques économiques pour des projets d’infrastructures énergétiques, de transport et de santé ; fonds européen face aux marchés avec la Banque centrale européenne ; euro-obligations pour financer les grands chantiers et mutualiser une partie des dettes souveraines ; reprise en main du secteur bancaire ; réciprocité commerciale face au dumping ; politique du taux de change pour en finir avec l’euro cher qui plombe les entreprises européennes. Afin de relever ensemble ces défis, François Hollande proposera un traité d'amitié dans l'égalité entre la France et l’Allemagne. Cinquante ans après le texte de l'Elysée signé par De Gaulle et Adenauer, il symbolisera la nouvelle espérance européenne.       <br />
              <br />
       De son côté, le candidat sortant agite les peurs : « vous n’y arriverez pas ». Ce n’est pas parce qu’il a déserté la cause de l’Europe et échoué à changer la vie des Européens qu’il doit interdire à la gauche de vouloir réussir.        <br />
              <br />
       Au fond, ce qu'il dit importe peu. Déterminante, en revanche, est la mobilisation des citoyens – et d’abord à gauche – à l’heure où peuvent bouger les lignes et où la gauche européenne a tiré les leçons de l’expérience.        <br />
              <br />
       A la fin des années 1990, le libéralisme était triomphant. Aujourd'hui, les solutions régulatrices et interventionnistes sont portées à tous les échelons : par les socialistes français et leurs alliés, par le SPD allemand, par le Parti socialiste européen. A gauche en Europe, tous en conviennent : nous vivons une crise de système et non de conjoncture.        <br />
              <br />
       En 1997, rares étaient les dirigeants à considérer que l’Europe faisait fausse route. En 2012, alors qu’une nouvelle crise financière est possible et que l'Union compte 25 millions de chômeurs, la prise de conscience se généralise. Certes, face à l’urgence, les dirigeants européens ont accepté les conditions dictées par les conservateurs allemands pour tenter de juguler la spéculation. Les pays qui avaient le couteau sous la gorge n’ont guère eu le choix. Quant à M. Sarkozy, il les a acceptées sans ciller, commettant à nos yeux sa plus lourde faute. Si la réduction de l’endettement ne fait pas débat – il en va de la souveraineté du politique face aux marchés –, le consensus grandit pour admettre que l’austérité généralisée relève du suicide collectif et non du plan de sauvetage. La dette ou la diète n’est pas une alternative.       <br />
              <br />
       Pour s'enclencher, la réorientation européenne doit être portée par un pays et un responsable profondément attachés à la construction européenne. C’est le cas de la France, pays fondateur dont les choix furent souvent des avant-gardes. C’est le cas de François Hollande, militant inlassable de l’unité des Européens, qui sait que les révoltes doivent trouver un débouché politique dans les réformes. Changer d'Europe suppose d'être sérieusement à gauche et d’une gauche sérieuse.        <br />
              <br />
       Droite austéritaire ou gauche de croissance ? Le choix de l'élection présidentielle ne concerne pas 43 millions d’électeurs français, mais un demi-milliard de citoyens ou futurs citoyens en Europe. Une fois encore, pour une Europe de progrès, la France a rendez-vous avec l’Histoire.        <br />
              <br />
       -------       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b>, président d’honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC).       <br />
       <b>Arnaud Montebourg</b>, député PS de Saône-et-Loire.        <br />
       <b>Guillaume Bachelay</b>, vice-président PS de la Région Haute-Normandie.        <br />
              <br />
       Via <a class="link" href="http://www.liberation.fr/politiques/2012/04/17/nous-voulons-une-autre-europe-solidaire-et-volontaire_812385">Liberation</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Nous-voulons-une-autre-Europe-solidaire-et-volontaire_a1387.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Pourquoi je serai candidat</title>
   <updated>2011-06-26T15:30:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/2012/</id>
   <category term="Campagne présidentielle de 2012" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3081233-4395221.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-06-25T15:25:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Dans cette brochure de 24 pages, Jean-Pierre Chevènement expose les raisons de sa future candidature.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3081233-4395221.jpg?v=1309007609" alt="Pourquoi je serai candidat" title="Pourquoi je serai candidat" />
     </div>
     <div>
      <b>La France est mal partie. Plus de deux millions d’emplois industriels ont disparu depuis 1983. Notre pays s’est installé dans un chômage de masse structurel </b>(environ 9 % de la population active), <b>désespérant pour sa jeunesse</b>. C’est que, depuis trente ans, notre base industrielle se rétrécit : l’industrie est passée de 30 % à 13 % de la valeur ajoutée. Nos parts de marché, à l’échelle mondiale, se sont réduites (de 5,5 % à 3,6 %). Le déficit de notre commerce extérieur s’est creusé à 51 milliards d’euros en 2010 (un record qui met la France, toutes proportions gardées, dans une situation déficitaire comparable à celle des Etats-Unis).       <br />
              <br />
       Plus grave encore,<b> la France ne maîtrise plus les moyens de l’action économique et politique, ni sa monnaie, ni son commerce extérieur, ni ses flux financiers, ni son droit devenu un droit subordonné.</b> En réintégrant l’OTAN enfin, la France est revenue dans le bercail atlantique, à la remorque d’intérêts qui ne sont pas les siens.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Comment en est-on arrivé là ?</b></div>
     <div>
      <b>Cette situation résulte, pour l’essentiel, de choix politiques associant le Parti socialiste et la droite </b>: Acte Unique (1985-1987), traité de Maastricht (1992), pacte de stabilité et de croissance (1997), OMC (1994), traité de Lisbonne (2008), copie conforme du projet de traité constitutionnel rejeté, trois ans avant, par 55 % du peuple français.       <br />
              <br />
       <b>L’adoption de la monnaie unique en réponse à la réunification allemande a été une monumentale erreur </b> de nos classes dirigeantes, toutes tendances confondues : l’euro est un mark-bis. Or, le mark était une monnaie faite pour l’Allemagne, qui dispose d’un fort tissu de PMI exerçant pour la plupart, dans leur spécialité, un monopole technique à l’échelle mondiale. L’euro convient à l’Allemagne mais pas à la France dont les exportations dépendent beaucoup plus des prix. L’euro, cela va sans dire, convient encore moins aux pays sous-industrialisés de l’Europe du Sud. C’est de surcroît une monnaie surévaluée qui écrase notre compétitivité et celle de la plupart des pays européens. On ne peut envisager de  réindustrialiser le pays sans un euro durablement moins cher.       <br />
              <br />
       La crise financière et économique mondiale de 2008-2009 et la crise de l’euro de 2010 viennent sanctionner <b>une autre erreur majeure d’orientation, l’acceptation de la dérégulation néolibérale et le choix de construire l’Europe sans, voire contre, ses nations.</b> L’Europe, dès avant le traité de Lisbonne s’était dotée d’institutions (Commission, Cour de justice) permettant de verrouiller les pays de l’Union au sein de ce modèle. Ces choix mortifères n’ont pu procéder que d’un <b>profond manque de confiance de la France en elle-même</b>, lui-même né du doute issu des malheurs de notre Histoire dans la première moitié du vingtième siècle. <b>C’est cette confiance qu’il faudra restaurer et d’abord pour redresser l’Europe qui a besoin d’une France forte.</b>       <br />
              <br />
       Le capitalisme financier que nous avons laissé s’installer <b>depuis la fin des années 1980 est un système de prédation</b> : il confisque au profit de la sphère financière les bénéfices de l’économie réelle. <b>Ce système qui a explosé en vol en 2008</b> a été ravalé avec l’appui  massif des Etats, c’est-à-dire des contribuables. <b>Mais tout est reparti comme avant</b> : aux Etats-Unis, comme en Europe, les banques ont renoué avec les super profits et avec des bonus extravagants.       <br />
              <br />
       Parallèlement,<b> la crise de l’euro n’a été que reportée par la mise en place de mécanismes de stabilisation insuffisants</b> pour renflouer les pays qui chavirent. Les économies des pays dits « périphériques » sont engagées dans un cercle vicieux de récession, entraînant moins-values fiscales, déficits budgétaires accrus, et explosion de l’endettement public. <b>Les plans d’aide peuvent se surajouter les uns aux autres : ils ne font que reculer l’échéance, dès lors que la tendance récessive de l’économie n’a pas été renversée par une politique de croissance</b> conçue et mise en œuvre à l’échelle européenne, ce que ni l’organisation de l’UE ni la volonté des Etats qui la composent ne permettent aujourd’hui.       <br />
              <br />
       <b>Or, face à ces défis redoutables, quelle est la réaction de ceux qui s’apprêtent à solliciter les suffrages des Français ?</b>       <br />
              <br />
       Nicolas Sarkozy est tétanisé par les marchés financiers : « Si on n’avait pas fait la réforme des retraites et le « 1 sur 2 » dans la Fonction publique, écrit-il, la France ne serait plus notée « triple A », ce qui nous permet d’emprunter à 3,6 %, quand la Grèce emprunte, elle, à 16 %, à échéance de dix ans »1. Comment mieux avouer que<b> la souveraineté nationale est désormais passée dans les mains de « Standard and Poors » ? Le pacte dit « de compétitivité » imposé par Mme Merkel conduit l’Europe et la France dans le mur.</b> La croissance, quand elle subsiste, est trop faible pour permettre le retour à l’équilibre. L’Europe tout entière est emportée dans un déclin accéléré. L’Allemagne elle-même est fragilisée par la crise dans le reste de la zone euro. Sa politique à courte vue l’enferme dans une contradiction insoluble : à quoi bon la recherche de la compétitivité sur les marchés émergents, si la contrepartie est la chute de ses exportations sur la zone euro, où l’Allemagne réalise 60 % de ses excédents ?        <br />
              <br />
       Ce manque de volonté au plan européen se redouble d’un constat d’impuissance au plan mondial. À l’échelle mondiale, les facteurs de crise demeurent : importance des actifs toxiques et du « système bancaire de l’ombre » (le marché des « dérivés » représente 650 000 Milliards de dollars, dix fois le PIB mondial !), déséquilibres macro-économiques loin d’avoir été résorbés entre la Chine et le reste du monde comme entre l’Allemagne et les autres pays de la zone euro. Quant à la réforme du système monétaire international, c’est une affaire de long terme !       <br />
              <br />
       Au quotidien, notre politique reste donc à la merci des marchés financiers, de leurs secousses et de l’appréciation des agences de notation.       <br />
              <br />
       Y a-t-il une probabilité que l’un des candidats socialistes potentiels permette de nous soustraire à la dictature des marchés financiers ? Si on met à part l’évocation par Arnaud Montebourg d’une « démondialisation » dont les modalités restent encore floues, <b>aucun candidat potentiel n’esquisse la moindre autocritique par rapport aux choix du parti socialiste qui ont permis l’installation du capitalisme financier dans notre pays. Le droit d’inventaire, si souvent évoqué, n’a jamais été exercé. La « parenthèse libérale », ouverte en 1983, n’a jamais été refermée</b> ni par François Mitterrand ni par Lionel Jospin. Le « bon bilan » autoproclamé des années 1997-2002 pèse comme un couvercle sur l’esprit critique des dirigeants. C’est pourquoi les candidats socialistes potentiels ont tant de mal à remettre en cause le système de contraintes héritées de choix qu’ils ont avalisés par conformisme et auquel ils devraient immédiatement faire face s’ils revenaient aux affaires : la financiarisation de l’économie qu’a permise l’Acte Unique européen, le libre-échangisme inégal codifié par l’OMC et prêché par son directeur Pascal Lamy, et surtout le système de l’euro qui met l’Etat emprunteur à la merci des marchés financiers. <b>Tout laisse à penser que la tyrannie du « triple A » s’exercerait sur les socialistes comme sur l’actuel Président de la République, faute qu’ils aient élaboré dans leur tête une stratégie alternative. </b>Reconnaissons à leur décharge que l’entreprise est exceptionnellement difficile.       <br />
              <br />
       <b>Le projet socialiste 2012 peut paraître comporter à première vue quelques dispositions méritoires mais il est plus probable qu’il est destiné à fonctionner comme un leurre. Le montant des mesures proposées (de 25 à 100 milliards d’euros, selon les estimations) n’est pas finançable dans le cadre actuel du système de l’euro</b>. De surcroît, une lecture attentive montre que les mesures qui seraient décisives ne sont que timidement évoquées, quand, encore, elles le sont. <b>Le projet socialiste 2012 est muet sur la crise de l’euro. Il n’affronte pas vraiment les problèmes auxquels la gauche victorieuse serait inévitablement confrontée.</b> Et comment croire que la création d’une banque d’investissement pour soutenir l’industrie pourrait être autre chose qu’un faux-semblant, si on ne reréglemente pas la sphère financière et si on ne remet pas en cause les règles européennes sur la libre concurrence et la libre circulation des capitaux ?       <br />
              <br />
       <b>Un candidat crédible à la Présidence de la République française doit pouvoir parler à l’Allemagne (pour le moment celle de Mme Merkel) le langage de la franchise qui est aussi celui de la véritable amitié</b>. Quelles que soient les divergences actuelles sur la politique économique et monétaire, sur le nucléaire et sur la politique en Méditerranée ou sur la défense, les intérêts de la France et de l’Allemagne sont solidaires dans le long terme. Ou bien nos deux pays trouveront le moyen de continuer de concert leur Histoire, ou bien ils sortiront ensemble de l’Histoire, comme l’Egypte antique ou les cités de l’Ancienne Grèce. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Comment parler à l’Allemagne ?</b></div>
     <div>
      L’Allemagne est prise dans une contradiction dont elle doit sortir : elle a fait de la zone euro son marché intérieur. Elle y réalise 60 % des ses excédents commerciaux. Mais dans le même temps, elle vise la compétitivité sur les marchés extérieurs, et cela au prix d’une compression salariale qui, depuis 2000, a déséquilibré presque tous ses partenaires européens. Si tous avaient mené la même politique qu’elle, l’Europe tout entière aurait plongé dans la récession dès 2003. En fait l’Allemagne peut-elle concevoir avec nous un projet d’« Europe européenne » pour le XXIè siècle, ou bien reste-t-elle prisonnière d’un projet national à courte vue ? L’Allemagne croit trouver dans la technologie et la compétitivité sur les marchés émergents un remède à sa démographie vieillissante. Mais y a-t-il une réponse autre qu’européenne à la montée des pays de l’Asie ? L’Allemagne peut-elle séparer son sort de celui du reste de l’Europe ? L’Allemagne a fait l’impasse sur le nucléaire. C’est un pari hasardeux et coûteux. L’Allemagne n’a pas de politique extérieure et de défense qui lui soit propre. Ainsi, la dimension méditerranéenne du projet européen semble lui échapper. Or, les Etats-Unis se détourneront toujours plus de l’Europe. Cette impasse, à long terme, est grosse de périls. Il est capital qu’une bonne entente franco-allemande assure les fondements d’un projet européen cohérent, à l’Est comme au Sud. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>De nouvelles règles du jeu pour la zone euro</b></div>
     <div>
      Dans l’immédiat, il faut donc amener l’Allemagne à revoir ses choix économiques et à accepter la renégociation des règles du jeu de la monnaie unique. C’est un enjeu prioritaire. Les questions à traiter sont <b>d’abord la modification des statuts de la BCE, dont la mission doit être étendue au soutien de la croissance et de l’emploi, à l’intervention sur le marché des changes ainsi qu’au rachat des titres de dettes des Etats sur les marchés financiers ce qui permettrait de casser la spéculation.</b> Il faut trouver un bon compromis entre le principe de responsabilité des Etats inscrit dans les traités, et que l’Allemagne défend à juste titre, et la nécessaire solidarité entre Etats, même si le degré de solidarité, au sein de l’Europe, ne peut pas avoir la même force qu’au sein de chaque nation. <b>Plutôt que d’abonder constamment le Fonds européen de stabilisation financière et de multiplier les « conditionnalités » vis-à-vis des pays déficitaires, ne vaut-il pas mieux élargir le rôle de la Banque Centrale ?</b> Une certaine imprévisibilité de la politique monétaire permettrait de mieux contenir la spéculation que des engagements publics faciles à déjouer. Enfin, il ne faut pas renoncer à <b>reréglementer les marchés financiers</b>, en interdisant certains types de transactions (sur les titres d’assurances, par exemple) aux non-détenteurs des titres de dette concernés. La reréglementation de la sphère financière s’imposera à la prochaine crise. Encore faut-il y être prêt !        <br />
              <br />
       <b>L’Europe doit ensuite pouvoir emprunter pour financer une politique d’investissement et de recherche</b>, ce qui implique la modification des traités européens actuels. Depuis 1994, la Commission européenne parle de financer ainsi un vaste programme d’infrastructures. Mais rien ne se fait, parce que les textes ne le permettent tout simplement pas. Ainsi l’Europe sombre-t-elle dans le psittacisme1 …       <br />
              <br />
       <b>Le plus important est de rompre avec la politique d’austérité à perte de vue qu’entraînerait mécaniquement l’application du pacte Merkel-Sarkozy</b>, dit abusivement de compétitivité. Il est nécessaire de <b>concevoir une initiative de croissance</b> à l’échelle de l’Europe tout entière. Cette initiative pourrait s’appuyer d’abord sur une <b>relance salariale</b> dans les pays excédentaires conjuguée avec une <b>politique de change</b> destinée à faire baisser le cours de l’euro vis-à-vis des principales devises. Nous nous heurterons là à la solidarité objective des Etats-Unis et de la Chine qui ont également intérêt à un euro surévalué. L’expérience historique montre que la réforme du système monétaire international est une affaire de longue durée. Mais certaines mesures correctrices doivent intervenir rapidement pour préfigurer le sens souhaitable de l’évolution.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Réforme du système monétaire international et protection</b></div>
     <div>
      Le yuan est sous-évalué et tant que le déficit de l’Union européenne sur la Chine avoisinera les 200 Milliards d’euros, la première sera fondée à prendre des mesures correctrices. Quant aux Etats-Unis, ils sont tentés de faire baisser le cours du dollar, grâce à leur politique de « planche à billets », pour favoriser à la fois la réduction de leur déficit commercial et leur réindustrialisation. Il est vrai que pour continuer à attirer l’épargne extérieure, ils ne doivent pas trop affaiblir le dollar. Mais rien ne justifie une parité de l’euro avec le dollar supérieure de 20 %, voire davantage, au cours de lancement de la monnaie unique (1,16 dollar pour un euro). Le libre-échangisme actuel est biaisé par des asymétries qu’il faudrait corriger sans tarder (coûts de main d’œuvre – absence d’harmonisation sociale et environnementale – privilège du dollar). Car, comme le disait Keynes, « à long terme, nous serons tous morts » !         <br />
              <br />
       Mais là encore tout laisse penser que le retour à un degré de <b>protection raisonnable</b>, à l’échelle des grandes régions mondiales (Amérique, Asie, Europe) ne pourra intervenir qu’à l’occasion d’une prochaine crise. Encore faudrait-il qu’un éventuel Président de la République de gauche s’y soit mentalement préparé.       <br />
              <br />
       La zone euro ne peut pas rester indéfiniment la lanterne rouge de la croissance mondiale. Elle doit renouer avec le dynamisme de grands projets technologiques, allumer de nouveaux moteurs, rompre avec l’immobilisme qui n’avantage que les rentiers et condamne au déclassement les nouvelles générations. Elle doit affronter sans préjugés la question de l’approvisionnement et de la production énergétiques pour le siècle qui vient.       <br />
              <br />
       C’est tout cela qu’il faut faire entendre à l’Allemagne si nous voulons bâtir une identité européenne qui ait un contenu et à laquelle finalement tous, y compris l’Allemagne, ont intérêt.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un plan B</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3081233-4396311.jpg?v=1309007610" alt="Pourquoi je serai candidat" title="Pourquoi je serai candidat" />
     </div>
     <div>
      <b>Si ce « plan A » qui implique la modification des règles du jeu de la zone euro</b> et l’inversion vers la croissance d’une politique qui pousse aujourd’hui à la récession ne pouvait être mis en œuvre, du fait de l’inertie des milieux dirigeants allemands et de la complicité des élites financières et rentières dans le reste de l’Europe, il faudrait se préparer à de fortes secousses non seulement dans les pays périphériques aujourd’hui sous tente à oxygène (Grèce, Irlande, Portugal), mais aussi dans de grands pays comme l’Espagne, voire l’Italie, ou même la Belgique. Plutôt que d’attendre massivement l’explosion en vol de l’euro, il serait préférable de <b>préparer un « plan B »</b>. Il s’agirait d’abord de <b>transformer l’euro de monnaie unique en « monnaie commune »</b>, valable dans les transactions internationales. Il s’agirait ensuite de ressusciter un SME bis, permettant des ajustements négociés à l’intérieur de fourchettes de parités entre des monnaies nationales rétablies mais uniquement pour les transactions intérieures à la zone euro rénovée. Les pays aujourd’hui asphyxiés pourraient ainsi retrouver une compétitivité raisonnable. La Grèce devrait peut-être dévaluer de 40 % par rapport à l’euro. Celui-ci, redevenu, comme avant 2002, un panier de monnaies continuerait à fluctuer vis-à-vis du dollar, du yen, du yuan, de la livre britannique, etc.       <br />
              <br />
       Cette « politique harmonisée », en vue de sortir du système de la monnaie unique pour y substituer une monnaie commune, éviterait les « dévaluations compétitives ». Elle préserverait un « toit européen ». Elle permettrait surtout l’extension de la zone euro à la Grande-Bretagne, aux pays scandinaves, aux PECO’s qui s’en tiennent, à juste titre, éloignés, mais aussi à la Russie, à l’Ukraine, aux pays de l’Euroméditerranée, etc. Ce serait un système réaliste pour tout le monde, où des ajustements de parité négociés permettraient de corriger les déséquilibres commerciaux excessifs. Le cours de l’euro redeviendrait plus raisonnable. On s’étonne que les responsables des grands pays européens n’aient pas préparé ce « plan B », par prudence d’abord mais aussi par souci bien compris de l’intérêt général des peuples européens. Cécité ? Dogmatisme ? Inféodation à la rente financière et aux couches sociales privilégiées, voire à de « grands intérêts » extérieurs ?  Il y a sans doute une part de tout cela dans l’épais manteau de conformisme qui empêche nos soi-disant « maîtres du monde » de penser le bien public.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Remettre la France sur une pente ascendante</b></div>
     <div>
      Nous nous acheminons ainsi vers de violentes secousses auxquelles les candidats potentiels du Parti socialiste ne semblent pas s’être mentalement préparés. Leur pragmatisme aligné dissimule en fait une insuffisance de réflexion et une absence complète de volontarisme. Qu’attendons-nous donc d’un candidat de gauche pour qu’une victoire, en mai 2012, ne débouche pas très rapidement sur des déceptions et des frustrations qui provoqueraient assez vite la coagulation de la droite revenue à l’opposition et de l’extrême droite maquillée sous les traits de Marine Le Pen ?        <br />
       Non pas des promesses qu’il ne pourrait tenir mais la ferme volonté de remettre la France sur une pente ascendante.        <br />
              <br />
       Que signifie d’abord cette expression « remettre la France sur une pente ascendante » ?       <br />
              <br />
       Des choses simples : <b>réinscrire la France sur un trend de croissance à long terme. Il est impossible de préserver l’Etat social sans un appareil productif capable de le financer.</b> Veiller à sa <b>réindustrialisation</b>, en lui faisant prendre le train de la <b>révolution technologique du XXIè siècle</b> : la révolution numérique, en drainant vers l’industrie notre abondante épargne en reréglementant le secteur bancaire, en faisant en sorte que les multinationales françaises renvoient l’ascenseur, en échange de l’aide multiforme qu’elles reçoivent et investissent davantage sur le territoire national, en suscitant enfin la création et le développement de PMI à haute intensité technologique, sur le modèle allemand. Un tel <b>projet de réindustrialisation s’inscrit dans la perspective d’une démondialisation marchande et financière</b>. Il faut remettre un peu de viscosité dans une économie mondiale imprudemment globalisée et décompartimentée.       <br />
              <br />
       Parallèlement, un Président de la République de gauche aurait l’impérieux devoir d’organiser un <b>nouveau « grand bond en avant » de l’Ecole républicaine</b>, pour réduire de quatre à un l’échec scolaire et donner à la moitié d’une classe d’âge la possibilité d’accéder à un diplôme de l’enseignement supérieur long (50 % donc contre 25 % aujourd’hui), sur le modèle des pays scandinaves ou des pays de l’Asie Orientale. Ce grand bond en avant implique une réforme de la formation des maîtres, une claire priorité donnée à l’école primaire et la réforme des bacs technologiques pour remédier à la panne de l’Ecole qui depuis 1995 ne porte plus que 68 % des jeunes « au niveau du bac ». Sur 500 000 bacheliers chaque année, la moitié seulement est apte à poursuivre des études supérieures longues. Ce « pari sur l’intelligence » est évidemment indissociable du grand objectif de l’Ecole républicaine qui est de former des citoyens.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Savoir projeter la France vers le monde</b></div>
     <div>
      La France conserve de grands atouts : la qualité de son peuple, sa démographie, sa position géographique au cœur de l’Europe Occidentale, son ouverture vers l’océan atlantique, la Méditerranée et l’Afrique, ainsi que vers l’Europe Continentale, la modernité de l’idée républicaine qu’attestent les mouvements démocratiques enclenchés en Tunisie et en Egypte, sa langue et sa culture, sa diplomatie mondiale, sa défense et sa dissuasion nucléaire, son épargne abondante (17 % de son revenu, comme l’Allemagne et le Japon), un réseau de firmes mondiales qui la met au troisième rang derrière les Etats-Unis et le Japon, au niveau de la Grande-Bretagne et de la Chine.        <br />
              <br />
       On ne peut pas demander à un candidat à la Présidence de la République un plan détaillé d’action dans l’ordre international. Rappelons que De Gaulle a essayé de 1958 à 1968 plusieurs politiques (vers les Etats-Unis, vers l’Allemagne, vers l’URSS et la Chine). <b>Ce qu’on peut demander à un Président de la République de gauche, c’est un patriotisme profond, un dévouement entier au peuple français, un sens élevé de l’Etat, un mental d’acier pour jouer avec méthode, mais aussi pragmatisme, les atouts de la France.</b>       <br />
              <br />
       Dans la situation actuelle de la France où la plupart de nos choix sont contraints par notre appartenance à l’Union européenne, nous devons influencer celle-ci de manière décisive. La France n’est peut-être plus le numéro un en Europe, ce rôle étant aujourd’hui tenu par l’Allemagne, mais celle-ci a ses faiblesses. Elle a besoin de la France pour donner un vernis européen à sa politique. <b>Nicolas Sarkozy a tort de donner sans conditions ni contreparties la caution qu’il apporte à Mme Merkel pour mettre en œuvre des politiques sans imagination qui ne donnent pas d’autre horizon à l’Europe qu’une austérité à perpétuité.</b> C’est en réalité le choix du déclin, peut-être encore confortable pour nos élites rentières, mais de plus en plus douloureux pour notre peuple et d’abord sa  jeunesse qui subissent un chômage de masse, le creusement d’inégalités scandaleuses et insupportables, la précarité pour beaucoup et un déclassement de plus en plus prononcé. La France a un besoin de croissance d’autant plus impératif que sa démographie est plus vigoureuse que celle de ses voisins.       <br />
              <br />
       <b>C’est cet abandon à un déclin programmé dont il faut inverser le cours</b>, en desserrant progressivement les bandelettes d’un néolibéralisme aujourd’hui en crise et en réformant les textes européens imprégnés de cette philosophie. Comment le faire, sinon en parlant à l’Allemagne, aujourd’hui celle de Mme Merkel, le langage de la franchise que la conscience d’une véritable solidarité de destin autorise ? Entre l’Europe nordique et l’Europe méditerranéenne, nos deux nations remplissent une fonction d’équilibre. Elles doivent s’entendre dans leur intérêt même. Un siècle et demi de guerres les a opposées. Elles ont failli faire chavirer le monde. L’hégémonie européenne n’y a pas survécu. La France se souvient qu’à deux reprises, au XXè siècle, elle a failli périr. L’Allemagne elle-même a payé de son écrasement matériel et moral et d’un demi-siècle de division la folie de ses dirigeants. Nous avons voulu tirer un trait définitif sur cette période. Il est très important que nous sachions ensemble <b>opérer les changements qui s’imposent aujourd’hui : l’Europe ne doit pas être écrasée dans les pinces de la « Chinamérique », cette alliance conflictuelle mais objective de l’Hyperpuissance d’hier et de la Superpuissance de demain. Au contraire, elle doit s’affirmer elle-même comme un pôle, dans un monde devenu multipolaire. Or, cela passe d’abord par une entente profonde de nos deux peuples.</b>       <br />
              <br />
       <b>Il faut donc que le Président de la République française sache parler un langage clair à l’Allemagne, un langage sans arrogance, au contraire, plein du respect que mérite un grand peuple.</b> Les grandes qualités de l’Allemagne, sa discipline même, sa cohésion ne l’autorisent cependant pas à méconnaître l’intérêt général européen. C’est celui-ci qui est à redéfinir à l’aune des réalités mondiales actuelles que nous ne devons pas affronter avec les recettes du passé. L’Allemagne par égoïsme a courte vue commettrait des erreurs aussi funestes que celles qui, à la fin du XIXè siècle ou dans les années trente, ont conduit au naufrage, un naufrage collectif qui a d’abord été le sien. Si nous nous plaçons dans l’horizon des marchés financiers, nous oublierons les peuples. Or, ce sont ceux-ci qui, dans la longue durée, façonnent l’Histoire. Il faut rechercher les arguments qui montrent à l’Allemagne que son intérêt à long terme est dans un changement de cap.       <br />
              <br />
       <b>Il faut donc que le Président de la République française trouve dès aujourd’hui le langage qu’il faut pour parler</b>, non seulement à la Chancelière mais à l’opinion publique allemande et à toutes les forces politiques qui entrent dans le fonctionnement de la démocratie allemande. <b>L’intérêt européen au XXIe siècle est forcément aussi celui de l’Allemagne. Il faut lui en faire prendre conscience par un langage clair et fort. L’Europe ne peut retrouver une croissance forte que si elle est capable de protéger raisonnablement son marché.</b>       <br />
              <br />
       Un candidat de gauche à la Présidence de la République doit commencer à réunir les concours nécessaires aussi dans les autres pays pour <b>réorienter le cours de la politique européenne</b>. Le débat devrait faire rage au sein du PSE (parti socialiste européen). On attendrait du candidat de gauche à la Présidence de la République française qu’il propose <b>la réunion d’une « Conférence européenne » sur les moyens de surmonter la crise et sur la modification des règles du jeu afin de jeter les bases d’un pacte de  prospérité pour l’Europe. Il faut y associer nos voisins, la Russie mais aussi les pays de la rive Sud de la Méditerranée qui ont besoin de notre aide pour réussir leur révolution démocratique.</b>       <br />
              <br />
       Il doit se rendre aux Etats-Unis pour étudier les modalités d’une « sortie de crise par le haut », concertée entre les deux rives de l’Atlantique.       <br />
              <br />
       Il doit également se rendre à Pékin pour refonder notre partenariat stratégique et pour que la Chine prenne mieux en considération  les intérêts des couches salariées dans les anciens pays industriels et les nécessités d’un « juste échange ». Il lui faudra trouver les leviers de négociation nécessaires, en faisant appel aux intérêts à moyen terme de la Chine.       <br />
              <br />
       Bien sûr, Nicolas Sarkozy va se mettre en avant à l’occasion du G20 qu’il préside mais le G20 n’est pas un organe d’exécution. Il n’en sortira pas grand-chose dans l’immédiat. C’est au mieux un forum utile. Certains l’ont décrit comme un « GO » (gentil organisateur). Ce qui sera décisif, ce seront les décisions que les pays de la zone euro pourront prendre entre eux au titre <b>d’un véritable gouvernement économique et monétaire pour reréglementer les marchés financiers, interdire les paradis fiscaux, casser la spéculation, dépoussiérer les textes, relancer la croissance, etc. </b>       <br />
              <br />
       À défaut d’une telle action, c’est le plan B qui s’imposera : une mutation si possible harmonisée de l’euro qui de monnaie unique pourrait devenir monnaie commune. Ainsi la France doit-elle avoir plusieurs fers au feu. Nos partenaires doivent être convaincus que nous ne pratiquerons pas la politique du « chien crevé au fil de l’eau ». Si l’objectif central est bien la réindustrialisation du pays, nous devons être capables de créer pour cela les conditions les plus favorables.       <br />
              <br />
       <b>D’un candidat de gauche à la Présidence de la République, la France est en droit d’attendre non pas un projet tout ficelé mais une large vision, une ligne directrice, une volonté et, bien sûr, une capacité pédagogique. Un cap.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un cap républicain</b></div>
     <div>
      Qui dit pédagogie dit forcément République. Il s’agit, en présentant au débat collectif un projet que puissent s’approprier les citoyens, de créer les conditions qui permettront de battre en brèche la domination des marchés financiers.       <br />
              <br />
       Il faudra donc <b>rappeler le lien entre la République et ses valeurs fondatrices, au premier chef les valeurs d’égalité mais aussi les valeurs de la connaissance, la laïcité, l’Ecole, la Science</b>. Rien n’est plus éloigné de l’idéal républicain que la technophobie ambiante. La République est fille des Lumières. Elle ne doit pas laisser se rompre ce cordon ombilical, comme y inciteraient les tenants d’un nouvel obscurantisme opposant à l’Homme une Nature divinisée. La République rejette donc l’épithète méprisante de « scientiste » que voudraient lui accoler ces nouveaux obscurantistes.        <br />
              <br />
       Il nous faut <b>organiser la transition énergétique</b> pour lutter contre l’émission de gaz à effet de serre et pour préparer l’après-pétrole. Un accord se fera facilement sur la nécessité d’économiser l’énergie. Pour le reste, on ne peut faire l’impasse sur le coût de l’électricité. Le kWh d’origine éolienne est près de deux fois plus cher que le kWh du nucléaire ou du gaz. Le solaire photovoltaïque près de dix fois plus cher, dans l’état actuel de la recherche. Cet écart ne se résorbera pas avant longtemps.       <br />
              <br />
       <b>Le choix du nucléaire est stratégique pour la France</b>. Nous sommes dans cette filière au premier rang mondial. Le choix inverse de l’Allemagne ne modifiera pas ceux de la Chine, de l’Inde et des grands pays émergents. Le Japon lui-même ne remet pas en cause le nucléaire. S’il y a des leçons à tirer de l’accident de Fukushima, dont l’origine est un tsunami géant qui n’avait pas été prévu, c’est la nécessité de maintenir l’industrie nucléaire dans le giron de la puissance publique pour le soustraire à une logique de rentabilité à courte vue, et d’établir l’indépendance des autorités de sûreté.       <br />
              <br />
       Le pari de l’Allemagne sur les énergies renouvelables est un pari hautement aléatoire qui risque de déboucher dans les prochaines années sur le développement de nouvelles centrales à charbon. Il faudra penser à long terme le problème de l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Pour cela, il faudra d’abord que s’instaure un climat de sérénité dans le débat.        <br />
              <br />
       Le choix de maintenir la filière nucléaire au cœur de notre approvisionnement énergétique est capital. C’est un grand atout de la France que nous ne laisserons pas brader. Même élu avec l’appoint des Verts, un Président de la République de gauche doit être capable d<b>’imposer un débat vigoureux sur la politique énergétique de la France</b>, à l’abri du terrorisme intellectuel des antinucléaires et dans le seul souci de l’intérêt national. C’est aussi à cela qu’on jugera s’il peut porter « le destin de la France ».       <br />
              <br />
       <b>La République est ennemie de tout dogme</b> : elle fait confiance aux citoyens, à la lumière de leur seule raison naturelle, pour définir le bien commun. La République est naturellement « enseignante ». Elle doit former des républicains.<b> L’Ecole doit redevenir une priorité budgétaire de l’Etat</b>, avec trois axes majeurs : la formation des enseignants, l’Ecole primaire pour éradiquer l’échec scolaire, l’enseignement supérieur enfin, où doit s’organiser le grand bond en avant rendu nécessaire par les exigences de la compétition mondiale.       <br />
              <br />
       N’oublions pas, cependant, que le projet de la République est aussi un projet philosophique, étroitement lié à ce que Condorcet appelait « les progrès de l’Esprit humain ». L’Ecole républicaine doit former des citoyens. Bien sûr la République est ouverte en permanence au débat, à la remise en cause. Elle est ce régime qui s’est donné la liberté à la fois comme fin et comme moyen.       <br />
              <br />
       À cet égard, il serait bon de remettre au goût du jour ce que Claude Nicolet appelait la laïcité ou la République intérieure, c’est-à-dire à la fois l’esprit de libre examen et l’esprit « juste », attentif à toutes les argumentations. C’est notre héritage et c’est notre meilleur viatique pour affronter l’avenir.       <br />
              <br />
       C’est l’arme la plus efficace pour tenir en lisière les fondamentalismes, les communautarismes et plus généralement le différentialisme qui, sous des apparences généreuses, remet en cause les fondamentaux de la République. La laïcité n’est pas seulement une arène de neutralité. Elle est un état d’esprit. Un acte de confiance en l’Homme.       <br />
              <br />
       De même convient-il d’<b>affirmer avec force la conception républicaine de la nation, fondée sur le consentement et l’adhésion</b>. Ainsi ferons-nous reculer les partisans d’une identité figée, frileuse, contraire à la définition républicaine de la France, aussi bien que les idéologies qui sanctifient la différence au mépris de l’égalité.       <br />
              <br />
       Cette philosophie républicaine a évidemment des conséquences directes sur l’Ecole dont la tâche – transmettre des connaissances et former le jugement - doit être constamment rappelée à ceux qui, à divers prétextes, rabaissent le niveau d’exigence.        <br />
              <br />
       <b>La République a également des implications en matière de sécurité et d’intégration des jeunes nés de l’immigration </b>: la loi républicaine, la même pour tous, doit être intériorisée et respectée par chacun. Ainsi verrons-nous reculer le racisme plus sûrement qu’à travers la discrimination positive ou par le biais d’une judiciarisation de l’espace public. La liberté d’expression est au fondement de la République. Elle doit être défendue contre tous les terrorismes intellectuels, y compris celui du « politiquement correct ». Mais cela suppose des républicains combatifs, capables d’argumenter par eux-mêmes, et de ne pas laisser les adversaires de la République s’ériger hypocritement en victimes.       <br />
              <br />
       <b>L’exigence républicaine est plus que jamais actuelle. Elle commande un combat sur deux fronts : d’abord contre la droite et l’extrême droite</b> « identitaires », contre le racisme, les injustices et les inégalités dont souffrent les jeunes nés de l’immigration, mais aussi contre l’idéologie victimaire – compassionnelle, l’angélisme, la culture de l’excuse, bref contre le différentialisme, souvent plus difficile à combattre car paré des meilleures intentions et qui se manifeste souvent au sein de la gauche elle-même. Ainsi la tâche de la gauche républicaine est difficile mais elle répond seule à l’intérêt profond du pays. Or, comment la gauche pourrait-elle appeler à l’effort et se maintenir au pouvoir si son action ne paraissait pas d’abord inspirée par le souci de l’intérêt général ?       <br />
              <br />
       <b>Un Président de la République de gauche doit ainsi réaffirmer l’identité républicaine de la France</b>. C’est nécessaire à l’intérieur. Mais c’est nécessaire aussi vis-à-vis de l’extérieur. Le monde ne ressemblera plus jamais à celui dominé par l’Europe puis par les Etats-Unis que nous avons connu. Des nations milliardaires en hommes qui sont aussi des civilisations millénaires – la Chine et l’Inde – se sont réveillées. Les nations émergentes, particulièrement en Asie, se sont saisies de la technologie qu’elles maîtrisent désormais aussi bien que nous. Nous entrons dans une phase de l’Histoire où des identités conquérantes apparaissent déjà à l’horizon. Mais nous n’avons aucune raison de ne pas défendre et illustrer notre modèle politique et notre modèle social, y compris dans l’intérêt bien compris des peuples des nations émergentes.       <br />
              <br />
       La seule réponse idéologique que nous pouvons donner est l’affirmation de l’identité républicaine de la France. La France a préexisté à la République. Celle-ci n’est pas née sur une table rase mais elle a refondé notre identité collective. La République est le nom moderne de la France. <b>Le patriotisme républicain qui est l’amour des siens se différencie du nationalisme qui est la haine des autres</b>. La mission pédagogique de la France doit donc s’exercer sans faiblesse.       <br />
              <br />
       C’est en affirmant la conception républicaine de la Nation que nous servirons le mieux la cause des autres peuples et d’abord des peuples européens. Le but pour la France est de faire avancer l’idée d’<b>une Confédération européenne élargie à la Russie, à l’Est, et à l’Euroméditerranée, au Sud</b>. Un Président de la République de gauche doit <b>offrir une perspective de civilisation.</b>       <br />
              <br />
       Remettre la France dans le jeu, en ce début du XXIè siècle, ne peut se faire qu’avec un grand dessein.       <br />
              <br />
       Notre pays a failli périr deux fois au XXè siècle : en 1914-18 et en juin 1940. Il lui faut surmonter le doute qui l’étreint depuis lors. L’Europe que Jean Monnet a voulu faire, essentiellement par le marché et contre les nations, était une idée courte. <b>Le « pari pascalien » de François Mitterrand sur un au-delà des nations appelé « Europe » trouve aujourd’hui ses limites dans les modalités choisies qui la confondaient avec la mondialisation néolibérale. Le moment est venu de les remettre en cause, sans abandonner le grand dessein géopolitique visant à resserrer la solidarité des peuples européens.</b>       <br />
              <br />
       <b>Une nouvelle grande page est à écrire : ni la République ni la France ne doivent disparaître. Elles se sauveront ensemble l’une et l’autre.</b>       <br />
              <br />
       La République parce qu’elle offre à chaque nation le moyen de concilier son legs historique particulier avec les exigences de l’universel.       <br />
              <br />
       La France parce qu’elle est un facteur d’équilibre essentiel pour l’Europe à construire et qu’elle doit rester un phare pour l’Humanité tout entière, encore loin d’avoir su définir, pour chacune de ses nations, un chemin d’universalisation. On pourra discuter longtemps de la nation et de la citoyenneté, de la laïcité et de la sécularisation, de la démocratie et de la République :<b> il est essentiel que la France redevienne une grande nation politique, capable de faire vivre chez elle ses valeurs, pour éclairer le chemin de l’Humanité. C’est cette foi hors du commun qu’on attend du prochain Président de la République française.</b>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <title>"Le PS a embrassé très tôt la doxa néolibérale"</title>
   <updated>2011-06-06T16:45:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Le-PS-a-embrasse-tres-tot-la-doxa-neoliberale_a1152.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/3034500-4323730.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-06-06T15:46:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au magazine l'Expansion, propos recueillis par Bernard Poulet, 6 juin 2011     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/3034500-4323730.jpg?v=1307369816" alt=""Le PS a embrassé très tôt la doxa néolibérale"" title=""Le PS a embrassé très tôt la doxa néolibérale"" />
     </div>
     <div>
      Pourquoi les socialistes se sont-ils convertis au néolibéralisme peu après être arrivés au pouvoir, en 1981, se demande Jean-Pierre Chevènement dans son dernier livre, La France est-elle finie ? (Fayard, 315 pages, 19 euros). A l'approche de la présidentielle, l'ancien ministre socialiste explique pour L'Expansion les raisons de ce tournant dont ses anciens camarades ne sont jamais revenus. Au passage, il en étrille quelques-uns.       <br />
              <br />
       <b>L'Expansion : Pourquoi pensez-vous que la gauche doit réévaluer l'histoire du tournant économique du début des années 80 ?</b>       <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement</b> : A chaque étape, la gauche n'est repartie qu'en se mettant au clair avec elle-même. Or, en 1981, à l'instar de Christophe Colomb, la gauche française a cru découvrir les Indes - le socialisme -, et elle doit réaliser qu'elle a trouvé l'Amérique - le néolibéralisme. Même si l'environnement international n'était pas favorable, rien n'obligeait les socialistes français à opérer ce tournant néolibéral, ni à aller aussi loin : l'Acte unique européen, négocié par Roland Dumas, et la libération totale des mouvements de capitaux, y compris vis-à-vis de pays tiers, ou l'abandon de la clause d'harmonisation fiscale préalable qui figurait dans le traité de Luxembourg. Ou encore le Matif [Marché à terme international de France], créé en 1984, et la loi de libéralisation financière, en 1985. Tout cela était une manière de mettre Margaret Thatcher au coeur de la construction européenne, d'accepter d'abandonner l'Europe, pieds et poings liés, au capitalisme financier. En critiquant ces choix, je n'ignore pas l'existence du monde extérieur, mais on n'était pas obligé d'appliquer toutes les règles de la doxa néolibérale. On aurait pu maintenir quelque chose ressemblant à une économie mixte. L'Etat pouvait garder la maîtrise de quelques mécanismes de régulation essentiels. L'idéologie néolibérale a fait admettre comme vérité d'évangile que, grâce à la désintermédiation bancaire, les entreprises s'alimenteraient à plus faible coût sur les marchés financiers.       <br />
              <br />
       L'entrée dans une mécanique irréversible en souscrivant à toutes les dérégulations prévues par l'Acte unique, la libéralisation des mouvements de capitaux, l'interdiction des politiques industrielles et des aides d'Etat, l'introduction de la concurrence dans les services publics, tout cela, personne ne nous le demandait vraiment.       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Quels ont été les motifs des architectes de cette politique ?</b>       <br />
       Robert Lion et Jean Peyrelevade, qui dirigeaient alors le cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy, Philippe Lagayette, qui était aux manettes de celui de Jacques Delors aux Finances, comme tous les hiérarques du ministère de l'Economie et des Finances, Michel Camdessus, directeur du Trésor, Renaud de La Genière, gouverneur de la Banque de France, et plus tard Jean-Claude Trichet, lui aussi à la tête du Trésor, ou Pascal Lamy, directeur de cabinet du président de la Commission européenne (1), tous croyaient fermement à la théorie de l'efficience des marchés. Ils étaient convaincus que tout ce qui était réglementation devait disparaître pour sortir de ce qu'ils appelaient l'&quot;eurosclérose&quot; et libérer l'économie des contraintes bureaucratiques qui l'empêchaient de se développer. Comment tant d'hommes dont je ne puis suspecter l'honnêteté ont-ils pu opérer pareille conversion ? Cette énigme doit être résolue.       <br />
              <br />
       <b>C'étaient des représentants de la haute fonction publique...</b>       <br />
       Haute fonction publique qui avait, pour l'essentiel, sa carte au Parti socialiste, où, il est vrai, elle était plutôt orientée &quot;deuxième gauche&quot;. Personne parmi eux n'était résolu à mener une politique un tant soit peu volontariste. Tout s'est passé comme s'il leur fallait user la gauche au pouvoir et l'amener au &quot;tournant libéral&quot; que la technocratie bien-pensante avait, déjà avant 1981, imaginé pour elle. On les appelait &quot;les rocardiens&quot; ; en fait, ils étaient partout, et Rocard n'y était pour rien !       <br />
              <br />
       Tout cela a été conçu par des gens qui savaient où ils allaient et qui étaient décidés à se faire un allié de la puissance des marchés. Jacques Delors était cohérent. Il a passé consciemment un pacte avec ce qu'il appelle &quot;les vents dominants&quot; de la mondialisation. Très peu de gens dans l'administration, en dehors de ceux qui étaient avec moi à l'Industrie, s'opposaient à ce courant dominant, et la plupart de ceux qui avaient la charge d'appliquer le programme sur lequel François Mitterrand avait été élu, en 1981, n'y croyaient tout simplement pas. Il y avait une sorte de frénésie idéologique qui voulait que plus on libéralisait, plus on était &quot;moderne&quot;.       <br />
              <br />
       <b>Mais où était le Parti socialiste ?</b>       <br />
       Le Parti socialiste était presque absent sur les questions industrielles, monétaires et de régulation, qui lui paraissaient très techniques. Il estimait qu'il s'agissait d'une parenthèse qui ne changeait pas les orientations fondamentales, à commencer par le souci prioritaire de l'emploi. Le premier secrétaire du PS d'alors, Lionel Jospin, s'est porté garant de cette continuité politique et de l'absence de tournant réel, d'autant que François Mitterrand affirmait haut et fort ne pas avoir changé d'orientation. Le Parti communiste n'intervient pas non plus en 1983. Car il ne veut pas apparaître comme le parti de la dévaluation. L'affaire ne se joue finalement qu'entre un très petit nombre d'hommes.       <br />
              <br />
       <b>C'est donc Jacques Delors qui a joué le rôle clé ?</b>       <br />
       Il était lié à François Mitterrand depuis les années 60. C'était un militant chrétien social, l'homme du dialogue social au cabinet de Jacques Chaban-Delmas. Je le reconnais comme un maître en idéologie. Il a toujours agi avec une bonne conscience inaltérable. Son discours pieux déconnectait parfaitement l'économique et le social, et, avec son disciple Pascal Lamy, il était sans doute convaincu que l'autorégulation des marchés tendait à favoriser la croissance. J'aime ces deux-là. Leur dogmatisme libéral sans peur et sans reproche, tout enrobé de bonne conscience chrétienne moralisante, fait plaisir à voir !       <br />
              <br />
       Delors jouait dans les médias le rôle de saint Sébastien, criblé de flèches par ses camarades de parti, alors qu'il organisait le désengagement de l'Etat et la désintermédiation bancaire. Mystification conceptuelle qui conduisit en fait à l'explosion des revenus financiers. Mais je ne crois pas qu'il ait bien vu monter le capitalisme financier à l'horizon de la société. A l'époque, très peu de gens avaient compris qu'on avait tourné la page de l'ère du New Deal et du keynésianisme. Ne mesurant sans doute pas ce qu'il faisait, c'est lui qui a mis en place la dérégulation sur le continent. Il a fait la politique que Margaret Thatcher et Ronald Reagan appliquaient en Angleterre et aux Etats-Unis.       <br />
              <br />
       Mitterrand n'y comprenait pas grand-chose, mais il souhaitait un accord européen, car il ne voulait pas que la France soit &quot;isolée&quot;. Il raisonnait comme si elle était toujours le n° 1 en Europe. Quand il poussera à l'adoption de la monnaie unique, il ne verra pas non plus que la réunification allait faire de l'Allemagne le pays central, gouvernant l'euro comme un &quot;mark bis&quot;.       <br />
              <br />
       <b>Depuis, la conversion au néolibéralisme ne s'est plus démentie, puisque c'est Dominique Strauss-Kahn, ministre des Finances de Jospin, qui autorisera le rachat d'actions par les entreprises. Comment l'expliquer ?</b>       <br />
       Dominique Strauss-Kahn a théorisé la non-intervention de l'Etat dans l'économie lors d'un séminaire tenu à Rambouillet en septembre 1999. Je fus alors le seul, avec Martine Aubry, à le contredire. Deux semaines plus tard, Lionel Jospin dira que &quot;l'Etat ne peut pas tout faire&quot;. Ce qui se jouait, c'était l'idée que l'Etat n'avait plus rien à faire dans l'organisation de l'économie et que les décisions de structures devaient être laissées à des autorités indépendantes. Dominique Strauss-Kahn en fut le théoricien, ce qui l'amena, par exemple, à liquider les dernières participations de l'Etat dans Usinor.       <br />
              <br />
       Si vous lisez son rapport à Romano Prodi en 2004, il est à mes yeux proprement confondant d'irréalisme. Il propose littéralement de former une nation européenne, de faire des listes plurinationales aux élections, de créer des médias transnationaux. On y sent à l'oeuvre la volonté de gommer la nation et d'en faire disparaître les repères. Comme chez Jean Monnet, qui est quand même, dès 1943, le grand inspirateur de cette construction d'une Europe par le marché. Vision purement économiciste, où la souveraineté populaire disparaît, happée par celle de l'empire (en l'occurrence américain).       <br />
              <br />
       <b>Mitterrand ne s'est-il pas servi de la construction européenne comme d'un prétexte pour cacher ses abandons ?</b>       <br />
       Un prétexte, peut-être, mais aussi, chez lui, une conviction sincère. Je n'arrive d'ailleurs pas à rejeter sa vision, au moins quant à l'objectif final. L'idée que les peuples d'Europe doivent se rapprocher toujours plus me semble juste, surtout quand on est coincé comme aujourd'hui entre la Chine et les Etats-Unis. Le problème, ce sont les modalités de la construction européenne. Je ne crois pas que celle-ci impliquait un ralliement aussi complet au néolibéralisme. Pour construire une Europe &quot;européenne&quot;, il ne fallait pas faire l'impasse sur les peuples, qui sont du ressort de la démocratie.       <br />
              <br />
       <b>Pour vous, le socialisme n'a plus de sens aujourd'hui...</b>       <br />
       Je n'ai jamais beaucoup cru à l'autogestion. Mais je crois en la citoyenneté. Le socialisme, aujourd'hui, ça veut dire la perfection de la république, bref, la république sociale, comme l'avait pressenti Jean Jaurès. Le socialisme comme modèle de société toute faite dans laquelle on entrerait comme on enfile ses chaussures ne me séduit pas. Je n'aime pas me gargariser de formules dont je ne comprends pas le sens. Je suis viscéralement hostile à tout millénarisme et ne me range pas dans la catégorie des socialistes utopistes. &quot;Aller à l'idéal, oui, mais comprendre le réel&quot;, disait Jean Jaurès.       <br />
              <br />
       <b>Pourquoi les socialistes n'ont-ils pas refait cette histoire ?</b>       <br />
       Sans doute parce qu'ils restent prisonniers d'une confusion entre l'idée européenne et le logiciel néolibéral présent dans les traités qu'ils ont signés. Ils sont du parti du &quot;Bien&quot;. Ils se veulent avant tout de &quot;bons européens&quot;. L'Europe les sanctifie. Ils ne se rendent pas compte que l'Europe telle qu'ils l'ont façonnée est régie par des règles essentiellement néolibérales.       <br />
              <br />
       <b>Ils ne sont pas idiots, quand même ?</b>       <br />
       Non, ils ne sont pas idiots, mais ils n'osent pas penser. Et puis leur ciment, c'est leur attachement au pouvoir. Etre &quot;européen&quot;, c'est ce qui fait leur crédibilité vis-à-vis de gens qui ne pensent pas comme eux. François Mitterrand l'avait compris d'emblée en 1972 : je fais le Programme commun, disait-il, mais je suis européen, alors vous pouvez quand même me faire confiance.       <br />
              <br />
       --------------       <br />
       (1) Jacques Delors à partir de 1984.        <br />
              <br />
       --------------       <br />
       Source : <a class="link" href="http://lexpansion.lexpress.fr/economie/le-ps-a-embrasse-tres-tot-la-doxa-neoliberale_256641.html">Lexpansion.lexpress.fr</a>       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Le-PS-a-embrasse-tres-tot-la-doxa-neoliberale_a1152.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Parti socialiste, gauche, Mélenchon, "Front de gauche": Jean-Pierre Chevènement dans L'Humanité Dimanche</title>
   <updated>2011-01-21T12:57:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Parti-socialiste-gauche-Melenchon-Front-de-gauche-Jean-Pierre-Chevenement-dans-L-Humanite-Dimanche_a1067.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2011-01-21T12:57:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
"Pour Chevènement, il faut fermer la "parenthèse libérale"", entretien de Jean-Pierre Chevènement à L'Humanité Dimanche, jeudi 20 janvier 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2634007-3717049.jpg?v=1295610313" alt="Parti socialiste, gauche, Mélenchon, "Front de gauche": Jean-Pierre Chevènement dans L'Humanité Dimanche" title="Parti socialiste, gauche, Mélenchon, "Front de gauche": Jean-Pierre Chevènement dans L'Humanité Dimanche" />
     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Avec &quot;La France est-elle finie?&quot;, Jean-Pierre Chevènement analyse les circonstances et les raisons politiques et idéologiques qui ont conduit le PS à se rallier au libéralisme dans les années 1980, au nom de la construction de l'Europe. L'ancien ministre socialiste explique sur quoi, selon lui, il faudra s'appuyer pour fermer cette &quot;parenthèse&quot; ouverte avec le soutien de Mitterrand.</span>       <br />
              <br />
       <b>Humanité Dimanche : Pourquoi avez-vous décidé de sortir ce livre maintenant ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement :</b> C’est que la crise de 2008/2009 éclaire d’une lumière crue les erreurs commises dans les années 80 et 90. Il faut les connaître pour trouver les moyens du redressement. Prenons la monnaie unique : les règles de la monnaie unique sont fixées en 1989 par le groupe Delors composé des gouverneurs de banques centrales et notamment de celui de la banque centrale allemande. Et c’est lui qui tient la plume et impose l’indépendance de la BCE, la lutte contre l’inflation identifiée comme la seule mission de la BCE. Règles copiées sur celle de la Bundesbank et acceptées par la France au Conseil européen de Madrid (juin 1989). La libération des capitaux à l’égard de tous les pays du marché commun mais aussi à l’égard des pays tiers, y compris les paradis fiscaux, apparaît dans l’acte unique négocié en 1985. Cette clause est imposée en fait par Margaret Thatcher. Ce texte est ratifié en 1987 par les socialistes mais aussi par la droite, alors majoritaire. La libération des capitaux intervient, le 1er janvier 1990, sans harmonisation préalable de la fiscalité sur l’épargne, sous l’impulsion du Chancelier Kohl et sans objection de la France. Elle introduit une inégalité fondamentale entre le capital et le travail et va ouvrir la voie aux délocalisations industrielles.        <br />
              <br />
       <b>HD : C’est donc au milieu des années 80 que les socialistes Français commencent à dériver vers le social-libéralisme ?       <br />
       JPC :</b> Lorsque je démissionne en mars 1983, le choix vient d’être fait par François Mitterrand de ce que Lionel Jospin - alors Premier secrétaire du PS - appelle la « parenthèse libérale ». Une parenthèse qui reste ouverte… avec les conséquences que l’on connait. En effet, après la période 1981-1983, le PS met en œuvre sur le continent avec Helmut Kohl, les politiques de dérégulation que Thatcher, Reagan avaient initiées dans le monde anglo-saxon. François Mitterrand substitue la perspective de l’union politique de l’Europe au projet national de transformation de la société française qui était celui de 1981. C’est ce que j’appelle son « pari pascalien » sur l’Europe en référence à ce que Pascal écrit à propos de Dieu : « si vous pariez sur Dieu vous gagnez tout et vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter ». Mitterrand, lui, fait le pari sur un au-delà des nations appelé « Europe ». Comparé à la misère des nations telle que l’ont révélée les deux guerres mondiales, l’Europe est un au-delà merveilleux qui nous protègera et nous garantira la prospérité et la paix. On sait ce qu’il en est advenu : l’Europe a été le masque du ralliement au libéralisme. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>HD : Comment faire, pour que la gauche « remette les yeux en face des trous », pour reprendre une de vos expressions ?       <br />
       JPC :</b> Après leurs séjours prolongés dans le bain acide du néo-libéralisme, il faut dépasser la droite et la gauche telles qu’elles sont devenues, l’une ayant tourné le dos à la nation, l’autre aux couches populaires par une stratégie de rassemblement républicaine sur un projet de gauche profondément renouvelé. Il faut une gauche rassembleuse sur un projet de redressement de la France dans l’Europe et de l’Europe elle-même. Une Europe fondée sur les nations qui sont les cadres essentiels de formation de la volonté démocratique. C’est en s’appuyant sur la volonté démocratique des peuples qu’on redonnera l’élan à l’Europe et à ses nations.       <br />
              <br />
       Avoir « les yeux en face des trous » c’est comprendre que la crise est devant nous et s’armer pour y faire face, c’est savoir qu’en dernier ressort on ne pourra s’appuyer que sur la souveraineté nationale pour redresser l’Europe. La France doit peser pour amener le gouvernement allemand à revoir ses priorités budgétaires et monétaires dans l’intérêt de l’Europe et de l’Allemagne elle-même, qui n’a pas intérêt à une récession européenne généralisée. C’est aborder la crise de l’euro de préférence en en changeant les règles du jeu pour préserver l’euro et sinon en préparant un plan B en changeant de jeu- monnaie commune-SME bis- pour enrayer la désindustrialisation qui fragilise notre modèle social.       <br />
       C’est également assumer les valeurs qu’avait su assumer la Troisième République et soi dit en passant le Parti communiste à la Libération dans des domaines comme l’école, la science, les valeurs de la connaissance, l’effort, le souci de la sécurité, et enfin le civisme qui ne va pas lui-même sans le patriotisme… Nous ne devons pas laisser ces valeurs à la droite. Bref, nous devons rompre aussi avec l’héritage libéral-libertaire.       <br />
              <br />
       <b>HD : Quel regard portez vous sur ce qui se passe à la gauche du PS ?        <br />
       JPC :</b> Ce qui se passe à la gauche du PS m’intéresse. Jean-Luc Mélenchon n’a pas toujours eu les même choix que les miens. Il était pour le traité de Maastricht, mais à tous pécheurs miséricorde ! Je lui trouve un certain mérite. Il a eut la volonté de rompre avec le PS. Mais est-ce qu’il suffit de créer un pôle de radicalité ou un pôle de gauche à coté du PS ? Est-ce qu’il ne faut pas avoir une ambition plus large ? C’est là que se trouve la pertinence de l’idée républicaine, pour rassembler plus largement, pour imprimer un autre cours à la politique Française. Le Front de gauche, à mon sens, porte certaines ambigüités sur la nation, la souveraineté nationale et le bon usage que l’on peut en faire pour rassembler, redresser la construction européenne et peser sur le cours de la politique allemande actuelle pour pouvoir l’amener l’Europe et l’Allemagne, encore une fois dans son intérêt même, à revenir sur un certains nombre de choix budgétaires et monétaires qui risquent de plonger l’Europe dans une profonde régression.       <br />
              <br />
       <b>HD : Serez-vous candidat à l’élection présidentielle de 2012 ?       <br />
       JPC :</b> Je constate une chose, dans le système politique actuel, la seule véritable occasion de peser c’est la présidentielle. En 2012, il faut un candidat républicain avancé et capable de rassembler largement. Je n’en écarte pas l’hypothèse, y compris pour moi-même.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Propos recueillis par Stéphane Sahuc</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Parti-socialiste-gauche-Melenchon-Front-de-gauche-Jean-Pierre-Chevenement-dans-L-Humanite-Dimanche_a1067.html" />
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  <entry>
   <title>Débat Chevènement-Julliard dans Marianne: "Comment la gauche s'est ralliée au néolibéralisme"</title>
   <updated>2011-01-08T12:42:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Debat-Chevenement-Julliard-dans-Marianne-Comment-la-gauche-s-est-ralliee-au-neoliberalisme_a1038.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/2600566-3667573.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-01-08T09:52:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Débat entre Jean-Pierre Chevènement et Jacques Julliard paru dans Marianne n°716, 8 janvier 2010.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2600566-3667573.jpg?v=1294475061" alt="Débat Chevènement-Julliard dans Marianne: "Comment la gauche s'est ralliée au néolibéralisme"" title="Débat Chevènement-Julliard dans Marianne: "Comment la gauche s'est ralliée au néolibéralisme"" />
     </div>
     <div>
      <b>Marianne : Vous partagez le constat selon lequel la gauche s’est un compromise avec le néo-libéralisme. De quand datez-vous ce tournant?</b>       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> L’esprit libéral était présent dès l’origine du marché commun, mais à un niveau modéré. Le tournant a été pris en 1984 avec l’acte unique et les 300 directives de déréglementation qui généralisent au niveau de l’Europe continentale ce que Margaret Thatcher et Ronald Reagan avaient instauré en Grande-Bretagne aux États-Unis , comme l’avait très bien expliqué André Gauron, qui était conseiller technique de Pierre Bérégovoy. Le traité de Maastricht a aussi ses règles du jeu fixées par Karl Otto Pôhl, le président de la Bundesbank, comme le reconnaît d’ailleurs Jacques Delors lui-même. Les règles de la monnaie unique ont été fixées dès juin 1989. Le calendrier en a été imposé par François Mitterrand en contrepartie de l’acquiescement à la réunification de l’Allemagne.       <br />
               <br />
       <b>Marianne : Dans votre esprit, le tournant libéral de la gauche ne s’effectue donc pas lors de l’adoption du plan de rigueur de 1983 ?</b>       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Le tournant de 1983 est très important parce qu’il signifie l’abandon de la politique industrielle, l’alignement du Franc sur le Mark, c’est-à-dire la monnaie forte. Or la monnaie forte est totalement contradictoire avec un dessein d’industrialisation ou de développement technologique d’un pays comme le nôtre       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> L’Allemagne est la preuve du contraire. L’Allemagne est beaucoup plus industrialisée que la France depuis la fin du XIXe siècle ; elle vit sur son tissu de PMI, alors que la France a de grands groupes mais elle n’a pas les PMI équivalentes. Par conséquent, si on voulait muscler le tissu industriel français, on ne pouvait pas le faire avec une monnaie trop forte. Or le choix de 1983 qui prélude quand même à l’acheminement vers l’euro, est celui de la monnaie forte, avec une parenthèse. On dit le franc fort à l’époque.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> On dit le franc fort, on dira ensuite l’euro qui sera une monnaie forte avec une seule parenthèse, la période 1998-2001 où l’euro ne vaut plus que 82 centimes, le dollar. C’est donc une fenêtre exceptionnelle qui explique la croissance non seulement en France mais dans toute l’Europe à cette période.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Jacques Julliard :</b> A partir de quand peut-on considérer que la gauche s’est mouillée, pour ne pas dire compromise avec le libéralisme ? En vérité, les choses se sont compliquées à partir du moment où le capitalisme lui-même a changé de nature. Et là, je fais un constat qui ne se traduit pas par une date précise, mais par un mouvement, lorsque nous sommes passés d’un capitalisme managérial, comme disait Alain Minc, à un capitalisme patrimonial. C’est à ce moment-là que le compromis social, à la base des Trente glorieuses, qui avait émergé sous le premier de Gaulle, à la Libération et qui s’est poursuivi par ce que Michel Albert appelait le capitalisme rhénan, est devenu impossible. Ce constat est fondamental. On me dit parfois que j’ai changé de position, que je me suis « gauchi ». En réalité, c’est la situation qui a changé. Sous le capitalisme « rhénan », il était possible de concevoir un accord entre les trois principaux acteurs de la société, les entrepreneurs, l’État et les syndicats représentatifs des travailleurs. En France, cet accord se bâtissait au sein du plan. Les travailleurs, pour ne parler que de ceux-là, s’en sont bien trouvés. C’est une période de hausse des salaires, d’amélioration de la situation des travailleurs dans l’entreprise en ce qui concerne les conditions de travail.       <br />
               <br />
       <b>Marianne : Quand ce compromis ne fonctionne-t-il plus ?</b>       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Je situe le changement durant la décennie 1980-90.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Pouvons-nous être plus précis ? La libération des capitaux à l’égard de tous les pays du marché commun mais aussi à l’égard des pays tiers, y compris les paradis fiscaux, apparaît dans l’acte unique. Cette clause est imposée par Margaret Thatcher. Nous avons accepté dans ce traité signé en 1985 et ratifié en 1987 par les socialistes mais aussi par la droite, alors majoritaire, la libération des mouvements de capitaux. Dans le texte de l’acte unique, il était précisé que l’harmonisation fiscale suivrait cette réforme... Cette clause a été rejetée par la suite sous la pression des Allemands. François Mitterrand a accepté qu’il n’y ait pas d’harmonisation fiscale préalable ; je me souviens du Conseil des ministres où cette décision a été prise, j’étais le seul opposant - je n’ai pas démissionné parce qu’on ne peut pas démissionner tous les jours - mais j’ai su que Pierre Bérégovoy lui-même était contre l’acceptation de cette règle de non harmonisation fiscale préalable qui fait qu’aujourd’hui, par exemple, l’Irlande a un taux d’imposition sur les sociétés de 12,5%. Je dirais que la décision initiale a été prise très exactement en 1989 puisque la libération des capitaux intervient le 1er janvier 1990 ; elle introduit une inégalité fondamentale entre le capital et le travail : le capital peut circuler à la vitesse de la lumière, le travail est assigné au local. A partir de ce moment, les fonds de pension, d’investissement et les hedge funds vont s’en donner à cœur joie. Mais le renversement du rapport entre salaires et profits est bien antérieur. Il date de la politique des taux très élevés de Paul Volcker, 1979, et en France du blocage des prix et des salaires en 1982-83. J’ai démissionné en 1983 quand le choix réel a été fait par Mitterrand de ce que Lionel Jospin - alors Premier secrétaire du PS - appelait la « parenthèse libérale ». Une parenthèse qui ne s’est jamais refermée ensuite… Mais, à ce moment-là, toutes les conditions étaient créées pour que nous ne puissions plus faire une dévaluation forte, comme je l’ai préconisée dès 1981. Quand on est dans un gouvernement, on essaie de peser. J’ai démissionné en 1983 car je pensais que le choix effectué était grave et je le craignais irréversible. Il s’est avéré, malheureusement, irréversible.       <br />
              <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Je ne poserai pas le problème comme ça parce qu’il ne s’agit pas d’une mécanique inéluctable. Il y a eu toute une période européenne qui a été bénéfique et ça je trouve que vous ne le dites pas dans votre livre et c’est dommage parce que ça permet de mieux comprendre les comportements.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> La part des salaires dans le revenu national baisse de 10 points dans la décennie 80.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Oui mais vous écrivez aussi dans votre livre que, à un moment donné, les salaires avaient augmenté tellement plus vite que les changes que cette réduction de la part des salaires dans le revenu était inévitable.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> C’était vrai dans une certaine proportion, de l’ordre de 4 à 5 points, mais la baisse énorme de 10 points marque l’irruption d’un capitalisme financier. Si je suis d’accord avec l’essentiel des <a class="link" href="http://www.liberation.fr/politiques/0101614214-vingt-theses-pour-repartir-du-pied-gauche">20 thèses développées par Jacques Julliard pour repartir du pied gauche</a>, je diverge avec lui quand il dit que l’Europe est une forfaiture. En fait, les textes fondateurs même sont d’inspiration libérale voire néo-libérale, la réalité qui se développe est conforme aux traités.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Vous avez raison sur les textes, mais vous avez tort sur l’esprit car il ne se situait pas exclusivement dans une optique libérale. Cette période a été très prospère pour le monde entier grâce à la libération des échanges. Le monde non occidental profite énormément de cette libération des échanges. Ce n’est pas pour rien que les Chinois encore aujourd’hui sont partisans de l’OMC. Je ne peux pas me placer exclusivement du point de vue français ni même du point de vue européen. Je pense que cette période a été bénéfique pour le tiers monde qui a connu un essor sans précédent.       <br />
              <br />
       <b>Marianne : La période de croissance et de progrès social dure-t-elle jusqu’en 1974 ou jusqu’en 1990 ? Beaucoup de libéraux soulignent comme vous que la libération des échanges avec les pays émergeants permet une sorte de rattrapage entre pays riches et pays pauvres. Mais cette progression de la puissance économique des pays pauvres coïncide avec une formidable progression des inégalités à l’intérieur des pays riches comme des pays pauvres.</b>       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> La période de progrès coïncide avec le capitalisme, capitalisme dit fordisme, managérial. Mais on ne peut pas raisonner comme s’il s’agissait d’une période unique : à partir de 1976 on constate un ralentissement de la croissance partout et notamment en Europe. Le capitalisme financier ne survient qu’ensuite, dans les années 1990.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Il y a bel et bien deux phases comme l’a bien expliqué Alain Minc dans <span style="font-style:italic">www.capitalisme.fr</span>       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Je considère que ce compromis social commence à s’effriter à partir de 1974-75. La France compte assez vite un million de chômeurs, 2 en 1983 et ce chômage va venir à l’appoint des politiques de Wolcker pour modifier le partage entre le capital et le travail.       <br />
              <br />
       <b>Marianne : Comment expliquez vous l’un et l’autre la dérive néolibérale de la gauche ?</b>       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Il y a certainement l’influence des autres pays européens qui étaient d’emblée beaucoup plus libéraux que nous. L’ambiance bruxelloise, européenne pèse sur les socialistes. A partir d’un certain moment, les socialistes, à quelques heureuses exceptions près, sont devenus des dogmatiques d’une doctrine qui n’était pas la leur, celle du libéralisme. J’ai pris conscience de cela trop tard. A partir du moment où l’on constatait cette transformation du capitalisme, les socialistes devaient reprendre à frais nouveaux toute leur analyse. Autre élément, il y a le facteur Mitterrand lui-même. Car Mitterrand s’est converti au marxisme social beaucoup plus qu’au marxisme économique. Autrement dit, il avait compris que la lutte des classes n’était jamais terminée, et que le capital était, plus que le travail, en position agressive. Mais François Mitterrand a fait l’impasse sur cette dimension au nom de l’idée européenne. Il a voulu coller à l’Allemagne, chose qu’on peut comprendre, d’autant plus que la réciproque était un peu vrai, Jean-Pierre Chevènement ne le dit pas assez, du temps de Kohl, la volonté de l’Allemagne de coller à la France était au moins égale à la volonté inverse. C’est d’ailleurs ce qui permettait à l’Europe d’avancer. Pour conclure sur ce point, il me semble que par dessus ces deux explications (l’Europe et Mitterrand) la carence intellectuelle, théorique de la gauche, son incapacité à penser le changement du capitalisme a été la plus déterminante.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> La gauche n’a pas vraiment livré la bataille pour laquelle nous croyions l’avoir préparée. Après deux années assez aléatoires, 1981-1983, elle s’est ralliée aux politiques de Thatcher, de Reagan et de Kohl. François Mitterrand a justifié cet alignement par une idée : il ne faut pas que la France s’isole de ses partenaires européens. Mitterrand sait qu’il faut ouvrir une perspective, et il réalise, non sans y avoir beaucoup réfléchi, un changement de paradigme comme l’explique Hubert Védrine dans son livre <span style="font-style:italic">Les mondes de François Mitterrand</span>. Il substitue l’Europe comme perspective politique d’ensemble à la transformation de la société française. Il fait ce que j’appelle un pari pascalien. Pascal est écrit : Dieu est ou n’est pas, nous sommes embarqués, il faut parier et si nous parions qu’il existe, nous ne perdons rien, nous gagnons tout. Mitterrand, lui, fait le pari de l’Europe décrite comme un au-delà des nations et qu’il oppose à la misère des nations au XXe siècle dont témoignent deux guerres mondiales suicidaires. Bref, le pari sur l’Europe nous assure un avenir infiniment meilleur que ce que pourrait nous donner les nations dans leur misère. Mitterrand effectue un choix quasi mystique, téléologique où les fins vont justifier les moyens, et où, si l’Europe souffre, s’est toujours faute d’Europe.       <br />
              <br />
       <b>Marianne :  Dans le pari pascalien on doit choisir Dieu parce que sinon il n’y a rien. Si l’on applique la métaphore à l’idée européenne, cela signifie que la nation n’est rien…</b>       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> On aboutit en effet à la mise en congé implicite de la nation et on fait comme Pascal, on jette de l’eau bénite, on dit des messes, on met le drapeau européen au fronton des mairies, on chante l’hymne à la joie au congrès de l’association des maires de France et on invente une monnaie qui va permettre aux Européens de payer en euro et on va installer la foi en l’Europe dans la vie. Le ralliement au néo-libéralisme a été habillé par cette mystique européenne sans laquelle on ne comprendrait pas que des socialistes sincères se soient ralliés à cette perspective si contraire à celle pour laquelle nous avions mobilisé depuis le Congrès d’Epinay.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Le socialisme a abandonné l’internationalisme prolétariat et y a substitué une sorte d’internationalisme libéral dont on est obligé de constater qu’il a eu dans un premier temps des effets bénéfiques. Aujourd’hui, l’euro est à revoir à cause de l’élargissement de l’Europe : on est passé d’une Europe franco-allemande dont je maintiens qu’elle était excellente à une Europe à 27. En réalité, c’est moins Mitterrand et Kohl qui ont cédé à Thatcher que l’effondrement des Soviétiques et l’élargissement de l’Europe qui réorientent l’Europe dans des conditions incompatibles avec tout ce qui avait été décidé précédemment.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Mais cet élargissement était tout de même prévisible, en 1991-92. La ratification du traité de Maastricht intervient en février 1993. Cette année-là, on ouvre le processus d’élargissement à trois pays : la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie sous la pression allemande et anglaise. Les incohérences et les contradictions de l’euro sont aujourd’hui visibles, elles éclatent et compte tenu de la différence des taux d’intérêt auxquels sont contraints d’emprunter les pays de la zone euro, celle-ci ne peut pas survivre. Sauf si on en change complètement.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> J’en appelle au Jean-Pierre Chevènement positif de la fin de son livre quand il dit qu’il ne faut pas renoncer à l’euro.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Nous sommes embarqués dans un vol auquel je me suis opposé dès le décollage. Mais je ne suis pas de ceux qui proposent de sauter par le hublot de l’avion, autrement dit de sortir de l’euro : j’ai combattu Maastricht mais, en même temps, maintenant que nous y sommes, essayons de nous poser en douceur.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Imaginez ce qu’aurait été la situation de divers pays s’il n’y avait pas eu l’euro, pour faire un peu d’uchronie.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Vous parlez de quels pays ? De la Grèce ? De l’Espagne ? Voyez au prix de quels déséquilibres s’est organisée leur intégration !       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Ce n’est pas l’euro qui est responsable de la situation grecque.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Mais si l’euro n’avait pas permis d’emprunter à un très bas taux pendant longtemps, la Grèce ne serait pas l’état calamiteux où elle est.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Vous êtes pour un euro non laxiste, comme les banquiers allemands !       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Il faut qu’on trouve un équilibre entre le principe de solidarité et le principe de responsabilité. Je fais trois propositions : doubler le montant du fond de stabilisation ; permettre à la banque centrale européenne de racheter en quantité des titres pour casser la spéculation ; et étudier les conditions dans lesquelles on pourrait lancer des «eurosbonds». Si par ailleurs, il y a une initiative de croissance au niveau européen, je pense, peut-être qu’on pourrait sauver l’euro. Mais l’Allemagne étant hostile à toutes ces propositions, il y a très peu de chances qu’elles se réalisent. Voilà pourquoi je préconise une mise à l’étude d’un plan B, une sortie organisée de l’euro.       <br />
              <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> La crise a formidablement fait avancer les idées, y compris en Allemagne. Les Allemands ont accepté une intervention de la BCE et, progressivement, l’idée d’un gouvernement économique, même si le mot n’est pas prononcé, a beaucoup avancé.       <br />
               <br />
       <b>Marianne : Dans son premier éditorial à Marianne, Jacques Jacques Julliard a rappelé la gauche à être morale. L’avant dernier chapitre du livre de Jean-Pierre Chevènement est un appel républicain. Est-ce que la morale et la République peuvent au fond se rapprocher ?</b>       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Nous assistons à l’effondrement d’une vision du monde économiciste. Cela est vrai pour le capitalisme financier fondé sur la théorie de Milton Friedman sur l’efficience des marchés ; cela est vrai pour la conception de l’Europe selon Jean Monnet où on mettait de côté les États nations, réduits, je le cite, à un rôle de purs agents d’exécution parce que l’Europe ne pouvait se construire que sur la base de souveraineté nationale marginaliste. Elle ne pouvait accéder à la prospérité que si on en finissait avec les souverainetés nationales. Or, je pense que ces deux visions du monde économiciste ont pris l’eau. Seule la politique peut changer le cours des choses. La gauche ne peut s’en sortir que si elle fait corps avec la nation, si elle lui donne une identité républicaine, progressiste, ouverte, si elle tend la main aux autres nations, si elle redresse l’Europe à travers ses nations, car les nations sont l’énergie de l’idée de droit, le cadre de la démocratie, l’élan, la force qui peut faire de l’Europe une réalité résiliente. Regardez le monde autour de nous : États-Unis, Chine, Inde, Brésil, Vietnam, Iran, Turquie, tous ces pays ont confiance en eux, croient en leur avenir ; nous, nous avons un futur et, pour croire à nouveau dans notre avenir, nous avons besoin de réinvestir la nation, non pas contre l’Europe, mais avec elle car je pense, et là-dessus je ne serai sans doute pas en désaccord avec Jacques Julliard, que l’Europe et les nations vont de pair. La succession de Charlemagne, c’est le partage entre la Francia occidentaliste et la Francia orientaliste et puis on se partagera la Lotharingie. Mais l’histoire, elle, est ensuite celle des nations du concert européen ; on ne peut pas penser l’Europe indépendamment de ses nations. L’Europe n’est pas l’Amérique. Nous sommes une trentaine de peuples qui ne sont pas des colonies britanniques jetées là par l’intolérance ou la misère. Nous venons du fond de l’histoire.       <br />
               <br />
       <b>Marianne : On ne peut que constater la faiblesse des réactions du mouvement ouvrier face aux attaques contre les salariés, leurs droits sociaux conquis durant les Trente Glorieuses. La gauche peut-elle exister sans cet appui social ?</b>       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Jean-Pierre Chevènement est un homme politique volontariste. Mais il ne faut pas abuser des bonnes choses. J’ai l’impression que vous attribuez à la nation une vertu de capacité de réveil. Votre démarche est sympathique mais je crois qu’elle ne repose pas sur des éléments concrets. C’est votre sacre de Reims, votre fête de la Fédération.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> C’est aussi la Résistance, le programme de son conseil national.       <br />
              <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Mais ça ne suffit pas. Il faut que le peuple soit présent. Si la gauche politique continue d’être en mauvais état, nous assistons à réveil du mouvement social. Je n’ai pas tout approuvé dans les grèves qui ont eu lieu récemment. La question des retraites n’était pas résolue par le gouvernement et le prochain reprendra en partie, même s’il est de gauche, la réforme. On sent bien que désormais, il y a une volonté de ce peuple. La France n’est pas finie, elle a des capacités de rebond. Nos syndicats qui passent pour les plus faibles d’Europe, et ils le sont quantitativement, ont une capacité d’entraînement, de mobilisation, de coagulation autour d’eux que les grandes centrales allemandes, anglaises ou nordiques n’ont pas eue. Il faut faire confiance au mouvement social, je retrouve là l’une des dimensions de la deuxième gauche.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Oui, vous avez proposé de réunir d’abord les syndicats pour relancer la dynamique.       <br />
               <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Quelle est la richesse de la France ? C’est sa culture, sa société. La politique vient bien après. La gauche ne peut imposer un programme que si elle est appuyée sur un véritable mouvement social. Si elle est simplement appuyée par une victoire électorale numérique, je ne donne pas cher, sinon d’elle-même, du moins de ses idées. La démocratie n’est plus l’apanage des politiques. Nous le vivons tous les jours, à travers Internet, la rue, la vie quotidienne, c’est là-dessus qu’il faut chercher les forces pour rebondir et, à mon avis, ça ne peut se faire qu’au niveau européenne et pas en se resserrant sur le cadre national.       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Je ne propose pas qu’on se resserre sur le cadre national, je dis qu’il faut partir des briques de base que sont les nations pour redresser l’Europe.       <br />
               <br />
       <b>Marianne : Ce que vient de dire Jacques Jacques Julliard sur le mouvement social, la nécessité d’avoir le peuple avec soi, est-ce que ce n’est pas ce que vous vouliez dire quand vous écrivez la gauche française a perdu au début des années 80 une bataille pour laquelle elle s’était préparée mais qu’elle n’a pas livrée ? Pourquoi ? Parce que, peut-être dans les années 80, il n’y a pas eu de mouvement social, contrairement à ce qui s’était passé en 1936</b>.       <br />
               <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Parce que la conversion libérale à cette époque était plus facile que la conversion républicaine. Il était possible sur la base d’une autre politique de garder la confiance du peuple. Evidemment, on ne peut rien faire sans le peuple mais il ne suffit pas de crier mouvement social !       <br />
              <br />
       <b>Jacques Julliard :</b> Pas plus de crier République !       <br />
              <br />
       <b>Jean-Pierre Chevènement :</b> Ah mais la République est une exigence, elle permet de définir un intérêt public partagé avec d’autres nations, même. Et par conséquent, elle indique une voie. Et je pense que s’il y a eu un mouvement social à la Libération, c’est le mouvement d’enthousiasme des gens qui retrouvaient la liberté et qui étaient décidés à travailler pour construire un avenir de progrès. Mais, pour nous, la tâche sera rude car l’Europe est prise dans les tenailles du G2 ; d’un côté la Chine, de l’autre les États-Unis. Le yuan et le dollar. Et, par conséquent, il faudra que nous travaillions dur dans le monde qui vient pour maintenir un modèle social qui tienne la route car ce qui m’a beaucoup affecté,  quand j’étais ministre de l’Industrie en 1982-83, c’est l’érosion continue de notre base productive. Je ne pense pas qu’on puisse maintenir un modèle social progressiste sur une base productive rétrécie. Je ne suis pas pour la monnaie forte pour cette raison-là.         <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Propos recueillis par Philippe Cohen et Jean-Dominique Merchet</span>       <br />
       <span style="font-style:italic">Nota Bene : la version publiée dans Marianne papier est légèrement réduite</span>       <br />
              <br />
       ----------       <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.marianne2.fr/Chevenement-Julliard-1-2-Il-faut-reinvestir-la-nation_a201361.html">Marianne2.fr (1ère partie)</a> et <a class="link" href="http://www.marianne2.fr/Chevenement-Julliard-2-2-La-gauche-doit-reinvestir-la-nation_a201363.html">Marianne2.fr (2nde partie)</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Debat-Chevenement-Julliard-dans-Marianne-Comment-la-gauche-s-est-ralliee-au-neoliberalisme_a1038.html" />
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   <title>Jean-Pierre Chevènement invité du Rendez-vous des politiques sur France Culture samedi 26 décembre à 11h</title>
   <updated>2009-12-26T12:09:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-invite-du-Rendez-vous-des-politiques-sur-France-Culture-samedi-26-decembre-a-11h_a904.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2009-12-26T11:56:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Il sera interrogé par Laurent Bouvet (professeur de science politique à l’Université de Nice et à Sciences Po), Pierre-Henri Tavoillot (maître de conférences en philosophie politique à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), président du Collège de philosophie) et Eric Mandonnet (journaliste à «L’Express»).     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1774904-2411586.jpg?v=1289480094" alt="Jean-Pierre Chevènement invité du Rendez-vous des politiques sur France Culture samedi 26 décembre à 11h" title="Jean-Pierre Chevènement invité du Rendez-vous des politiques sur France Culture samedi 26 décembre à 11h" />
     </div>
     <div>
      L'<a class="link" href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/rdv_politiques/index.php">émission</a> dure 55 minutes, peut être écoutée sur France Culture et est podcastée sur le blog ci-dessous.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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 	<itunes:summary><![CDATA[Il sera interrogé par Laurent Bouvet (professeur de science politique à l’Université de Nice et à Sciences Po), Pierre-Henri Tavoillot (maître de conférences en philosophie politique à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), président du Collège de philosophie) et Eric Mandonnet (journaliste à «L’Express»).]]></itunes:summary>
 	<itunes:author>Jean-Pierre Chevenement</itunes:author>
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   <title>L'intervention de Jean-Pierre Chevènement à l'université d'été du Parti socialiste à la Rochelle</title>
   <updated>2009-08-30T15:47:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/L-intervention-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-l-universite-d-ete-du-Parti-socialiste-a-la-Rochelle_a834.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2009-08-30T15:41:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Il s'exprimait sur le thème "Penser l'avenir" aux côtés notamment de Benoît Hamon, Cécile Duflot et Betrand Delanoë (son intervention débute à partir de la 20ème minute de la vidéo).     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      https://www.chevenement.fr/video/<div><object width="480" height="309" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/xabme2_penser-lyavenir-partie-2_news"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed src="http://www.dailymotion.com/swf/xabme2_penser-lyavenir-partie-2_news" type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="309" allowFullScreen="true" allowScriptAccess="always"></embed></object><br /></div>     </div>
     <div>
      La première partie de la discussion est accessible <a class="link" href="http://www.dailymotion.com/video/xabgnb_penser-lyavenir-partie-1_news">ici</a> (s'y expriment en particulier Michel Wievorka, Jean-Baptiste Prévost, Jean-Claude Ameisen, Jacques Lévy).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Chevènement à La Rochelle défend une "République des peuples"</title>
   <updated>2009-08-29T21:10:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Chevenement-a-La-Rochelle-defend-une-Republique-des-peuples_a831.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2009-08-29T21:10:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Dépêche AFP, samedi 29 août, 19h09.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1559034-2085440.jpg?v=1289480073" alt="Chevènement à La Rochelle défend une "République des peuples"" title="Chevènement à La Rochelle défend une "République des peuples"" />
     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a appelé samedi à un débat sans concession entre partis de gauche et défendu la création d'une <span style="font-style:italic">&quot;République des peuples&quot;</span> comme alternative au <span style="font-style:italic">&quot;libéralisme mondialisé&quot;</span>, s'exprimant pour la première fois devant les militants socialistes à La Rochelle.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">&quot;Trois ans avant 2012, il faut savoir s'il y aura une alternative&quot;</span>, a-t-il souligné lors d'un débat à l'univeristé d'été de La Rochelle, aux côtés de Bertrand Delanoë et Cécile Duflot (Verts) et face à la première secrétaire du PS Martine Aubry et l'ancien Premier ministre Pierre Mauroy, assis au premier rang.       <br />
              <br />
       Rappelant que lui-même et Pierre Mauroy étaient au Congrès d'Epinay en 1971 aux côtés de François Mitterrand mais avec des positions divergentes, il a relevé que <span style="font-style:italic">&quot;cela prouve qu'on n'a pas besoin d'être forcément d'accord pour travailler ensemble!&quot;</span>.       <br />
              <br />
       Le sénateur a <span style="font-style:italic">&quot;soutenu la nécessité d'un débat entre les partis de gauche, exigeant, rigoureux, sans concession, sans polémique excessive&quot;</span>. Selon lui, <span style="font-style:italic">&quot;l'alternative n'est pas entre le capitalisme et la social-démocratie&quot;</span>, mais entre <span style="font-style:italic">&quot;le libéralisme mondialisé et une République des peuples&quot;</span>.       <br />
              <br />
       A l'adresse de la secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot, qui était intervenue avant lui pour défendre avec ardeur les thèses écologistes, M. Chevènement a lancé: <span style="font-style:italic">&quot;je dis à Cécile, je ne crois pas qu'avec la décroissance, on puisse réduire les inégalités&quot;</span>.       <br />
              <br />
       A l'issue du débat, M. Mauroy s'est dit auprès de l'AFP heureux de la présence de Jean-Pierre Chevènement mais, a-t-il plaisanté, <span style="font-style:italic">&quot;j'ai l'impression qu'il défend les mêmes idées depuis 25 ans&quot;</span>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Chevenement-a-La-Rochelle-defend-une-Republique-des-peuples_a831.html" />
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  <entry>
   <title>La crise fait revenir la Nation au premier plan et démontre sa solidité</title>
   <updated>2009-04-23T14:48:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/La-crise-fait-revenir-la-Nation-au-premier-plan-et-demontre-sa-solidite_a792.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1338827-1766593.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-04-23T14:48:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Portrait de Jean-Pierre Chevènement par Philippe Plassart et Julien Tarby, paru dans Le Nouvel Economiste, 23 avril 2009, n°1473.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1338827-1766593.jpg?v=1469969429" alt="La crise fait revenir la Nation au premier plan et démontre sa solidité" title="La crise fait revenir la Nation au premier plan et démontre sa solidité" />
     </div>
     <div>
      Conversation sous forme de confession politique avec le “Che”. Sous les ors de la salle des pas perdus du Sénat.       <br />
              <br />
       On ne s'attendait pas à retrouver le “Che” dans un fauteuil de sénateur. S'il avoue s'y trouver “un peu par hasard”, suite à une déconvenue électorale dans son bastion belfortain, il semble y avoir trouvé assez vite ses marques, fort de sa longue expérience de la vie politique. Qu'on l'aime ou pas, Jean-Pierre Chevènement figure parmi les plus lourds de la politique française. Il fut la cheville ouvrière de l'alliance avec le PC et le concepteur des 101 propositions qui allaient amener Mitterrand au pouvoir. Depuis lors, sa vie politique a été ponctuée par trois démissions gouvernementales, une sécession corps et bien d'avec le Parti socialiste, une campagne prometteuse à la présidentielle de 2002 qui le plaçait au statut enviable de “troisième homme” mais qui finira dans les décombres de la poussée lepéniste à moins de 6 %...       <br />
       Aujourd'hui, l'homme, outrage du temps passant, semble en avoir rabattu sur ses ambitions. Feinte ? “Même mort, je reviendrai”, prévient-il, reprenant la maxime latine devenue fétiche depuis sa résurrection post-comatique. Donnant la clé de sa longévité : “Pour survivre en politique, l'essentiel est d'être en harmonie avec soi-même et avec ce que l'on croit.” Et quand Jean-Pierre Chevènement, l'artisan des nationalisations de 1981, plaide aujourd'hui pour une politique industrielle et une programmation dans laquelle l'Etat aurait plus que son mot à dire, il prouve sa constance.       <br />
       <span style="font-style:italic">Par Philippe Plassart et Julien Tarby</span>
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      ------------------------------------       <br />
       &quot;Les conséquences de la crise sont loin d’avoir été toutes tirées. Beaucoup des tenants de la doctrine officielle estiment qu’elle ne sera qu’une parenthèse. Et qu’une fois celle-ci refermée, il sera possible de repartir comme avant. Ceux-là font une grave erreur. Il n’y a plus de boussole, les repères ont été perdus. Il faut faire un saut conceptuel pour imaginer les trente prochaines années. Rien ne serait plus nécessaire que de cerner ce que l’on veut pour le monde de l’après-pétrole, du combat contre le réchauffement climatique. Or on ne sait pas où on va. Une politique industrielle à moyen terme serait plus que jamais utile. L’Etat est légitime, s’il le juge nécessaire, pour réinvestir les secteurs stratégiques. Il y a certainement place pour une planification rénovée. J’emploie à dessein ce mot “planification” car il ne fait pas moderne, mais la notion de “programmation” convient très bien à sa place. On va y revenir. Mon combat est à contre-courant. Je note qu’avec la crise, la nation sur laquelle certains s’acharnent montre sa solidité. Les plans de relance sont conçus à cette échelle, ensuite on les coordonne. Et ce n’est pas étonnant. La nation qui vient du fond de l’histoire est la brique de base à partir de laquelle on peut bâtir. Tout ce qu’on a fait miroiter par ailleurs — le régionalisme, le communautarisme — ne tient pas la route quand les temps sont difficiles.       <br />
              <br />
       <b>Républicain d’abord</b>       <br />
       Pour éviter tout malentendu, je ne me présente jamais comme souverainiste, notion accolée à des courants avec lesquels je ne me sens aucune affinité. Je suis d’abord républicain. Pour moi la démocratie ne peut pas s’exercer sans la souveraineté. Charles de Gaulle l’a dit : ce sont l’avers et l’envers d’une même médaille. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : cela ne veut pas dire que je suis contre le partage des compétences dès lors que l’on contrôle démocratiquement leur exercice. Par exemple, dès lors que l’euro existe, non seulement j’admets mais je revendique un gouvernement économique de la zone euro. Je ne regrette absolument pas les combats que j’ai menés ces trente dernières années. Ils témoignent peut- être d’une opiniâtreté excessive, trait de caractère, dit-on, des Belfortains. Ma première inclinaison a été pour Mendès France à 15 ans. Ensuite, j’ai conçu, avec d’autres, au Ceres, la stratégie du programme commun et de l’alliance avec le Parti communiste, comme moyen de redynamiser la gauche, de provoquer l’alternance et de mettre en œuvre un programme progressiste. Par la suite, je n’ai jamais donné dans les “ponts aux ânes” libéraux. Je n’ai jamais été pour le Matif, la Bourse remplaçant la banque, la Commission faisant régner la loi de la concurrence sur le marché européen. Je me suis opposé en Conseil des ministres à la libéralisation des capitaux sans contrepartie sur le plan de l’harmonisation fiscale. De même, je n’étais pas favorable au traité de Maastricht qui donnait une totale indépendance en dehors de tout contrôle du suffrage universel. J’ai le sentiment, permettez-moi de le dire à la lumière de la situation d’aujourd’hui, que tout cela était tout à fait justifié, si bien que je ne me sens pas en porte-à- faux avec moi-même, comme certains socialistes qui ont en quelque sorte adoubé le libéralisme dans leur propre maison. Et qui sont obligés aujourd’hui de se contorsionner. Je n’ai jamais fait des marchés financiers l’horizon de l’humanité.       <br />
              <br />
       <b>La pédagogie par la démission</b>       <br />
       Certes j’ai démissionné trois fois mais en même temps, j’ai été l’un des ministres les plus longtemps en poste au gouvernement avec Jack Lang. Mes démissions ne doivent pas oblitérer les décisions que j’ai prises : la relance de la recherche en 1981-1982, le redressement de l’école publique en 1984, avec l’instauration en particulier du baccalauréat professionnel, la défense, et le plan armée 2000, la police de proximité, l’intercommunalité, la définition d’un équilibre dans la politique de l’immigration. Il est vrai cependant qu’à plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion de marquer nettement mon désaccord ; une première fois au moment du tournant libéral en 1983, une deuxième fois avec la guerre du Golfe en janvier 1991 et enfin au sujet de la Corse, la République et de l’Europe en 2000. Pour moi, cela fait partie de la déontologie républicaine car il y a des moments où il faut savoir dire non et prendre du champ. Sous la IIIe République, ce type de décisions était très courant. Cela s’est perdu parce que sous la Ve République et jusqu’à la dernière réforme constitutionnelle, le démissionnaire ne retrouvait pas automatiquement son siège de député, son suppléant devant démissionner mais sans que rien ne l’y oblige.       <br />
              <br />
       Le mien l’a fait sans aucune difficulté. Démissionner ? C’est toujours une décision douloureuse, surtout si on quitte un gouvernement dans lequel on a le sentiment d’œuvrer utilement. Je ne l’ai jamais prise facilement. Pour moi, ces démissions avaient une dimension pédagogique pour “marquer le coup”. En 1983, contre le “tout marché” dont trop de camarades étaient devenus les thuriféraires ; en 1991, contre l’aberration des guerres Nord-Sud et du clash des civilisations. En 2000, contre la dissolution de la nation.       <br />
              <br />
       Faisant le constat de mon incapacité à pouvoir changer le cours des choses de l’intérieur, je prends alors date. Ma démission de 1983 trouve aujourd’hui à mon sens, vingt-cinq ans plus tard, toute sa justification. Idem pour celle de 1991, ou quand la France a refusé en 2003 de cautionner l’invasion de l’Irak. Quant à la Corse, les Corses eux-mêmes ont rejeté le statut particulier qu’on leur offrait en 2003 et les Français ont dit non en 2005 à la Constitution européenne ; il y a toujours dans la démission un pari sur l’avenir. A court terme, la réaction des gens est variable. Beaucoup s’écartent de vous dès lors que vous n’êtes plus en mesure de distribuer les postes et les honneurs. Et en quittant un gouvernement, vous perdez beaucoup de moyens. En même temps, certains vous soutiennent tandis que chez d’autres ce comportement suscite de l’incompréhension. Le temps en général éclaircit les choses. Par exemple, à Belfort, les gens n’ont pas compris sur le coup ma démission au moment de la guerre du Golfe. Sans doute peuvent-ils mieux la comprendre aujourd’hui.       <br />
              <br />
       <b>La ressource intellectuelle</b>       <br />
       Pour faire de la politique dignement, il faut défendre des idées que l’on croit justes. Cela passe par un investissement intellectuel collectif. On est plus intelligent à plusieurs que tout seul. J’ai toujours eu cette capacité à fédérer autour de moi des compétences de qualité. Il faut pour cela une certaine exigence intellectuelle et une certaine rectitude et aussi incarner quelque chose à un moment donné. Je pense que j’ai incarné une conception républicaine que la gauche pouvait signifier et apporter à la France.       <br />
              <br />
       Le Ceres était un think-tank composé de jeunes gens de 20 à 25 ans dont beaucoup sortaient de l’ENA ou de l’X. Son premier opuscule sur les nationalisations publié en avril 1968 avait pour thème la gauche et la politique industrielle. Et quatorze ans plus tard, la gauche au pouvoir conduisait son programme de nationalisations. Cela prouve que les idées anticipatrices peuvent cheminer. Par la suite j’ai créé un club, République moderne, en lettre mensuelle. Et il y a cinq ans, j’ai fondé une fondation, Res Publica. Celle-ci a une production intellectuelle abondante. Elle doit en être à son quarantième cahier sur des sujets extrêmement variés qui vont de l’école à l’Allemagne, la Russie, l’Onu, le décollage du Maghreb, l’instruction civique. Du Ceres à Res Publica, les ressorts sont les mêmes : les participants apportent leur contribution parce qu’ils ont envie d’agir et de s’inscrire dans une perspective. Mon ancrage local au territoire de Belfort est tout aussi essentiel. J’ai été élu député du Territoire de Belfort en 1973 - cela fait 38 ans - et mon mandat de sénateur court jusqu’en 2014. C’est dire combien je me suis puissamment investi dans la destinée de ce territoire. Sans lui, ma vie politique, singulièrement depuis que je suis sénateur, n’aurait pas le même intérêt. “Même mort, je reviens !” J’ai fais mienne cette devise latine depuis mon coma. Pour survivre en politique, l’essentiel est d’être en harmonie avec soi-même, avec ce que l’on croit, et avoir des convictions. Des convictions non pas figées — mes grands-parents m’en ont forgé de fortes que je renie pas — mais avec la volonté de comprendre le monde dans lequel on est et non pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Mes analyses, je les ai puisées à la fois à la tradition républicaine, à Jaurès, à l’analyse de Marx — je dis bien à l’analyse, pas au prophétisme. Un creuset que je ne récuse pas car encore aujourd’hui, ces grilles de lecture m’ont paru assez sûres. Il convient bien sûr de toujours essayer de se perfectionner et d’actualiser ses interprétations. Les cahiers de Res Publica y contribuent.       <br />
              <br />
       <b>L’Europe, l’Allemagne</b>       <br />
       Je ne suis pas en campagne. Ces élections n’ont pas à mes yeux beaucoup de signification. Le Parlement de Strasbourg est une institution fantôme qui ne forme aucune volonté générale. Les députés s’y expriment trois minutes tour à tour. C’est plutôt un alibi pratique qu’un outil de démocratie. J’observe que dans la vie politique française, personne n’a pu faire prospérer un succès à ces élections. Ni Le Pen, ni de Villiers, ni Pasqua, ni Tapie. C’est une élection où chaque force politique mesure son influence. Cela permet aussi d’investir à Strasbourg les recalés du suffrage universel. Qui connaît le nom de son député européen ? On a prétendu rapprocher les députés européens des électeurs en découpant la France en cinq grandes régions, on les en a encore davantage éloignés. C’est pourquoi mon mouvement ne concourt pas à ses élections. Pour ma part, je voterai blanc. Les relations entre la France et l’Allemagne sont un sujet très ancien et très difficile ; force est de constater que les rapports franco-allemands ne sont jamais spontanément au beau fixe. A amener ces deux peuples contigus à travailler ensemble est une tâche à renouveler en permanence. Il faut qu’ils se persuadent l’un l’autre qu’aucun d’eux ne peut dominer l’Europe d’une manière ou d’une autre, soit par la diplomatie, la technologie ou l’industrie. Et que l’ère du leadership européen est close. Conscients de leur solidarité de destin, Français et Allemands peuvent ensemble impulser une grande politique européenne. Trop souvent, il y a d’un côté une certaine arrogance ou de l’autre une certaine suffisance qu’il faut surmonter. Le traité de Lisbonne va avoir des conséquences dommageables. Il va créer un déséquilibre durable entre la France et l’Allemagne, cette dernière disposant d’un tiers de voix supplémentaires au Conseil européen. Cela rompt les équilibres fondateurs établis en 1951 par les pères fondateurs – l’exacte parité des votes entre les deux pays quoi qu’il puisse arriver. Il s’agit pour le coup d’une véritable rupture.       <br />
              <br />
       Quant à la réintégration de la France dans l’Otan, c’est une erreur.       <br />
              <br />
       <b>L’Otan, l’Irak</b>       <br />
       Intégrer l’Otan ? Personne ne nous demandait de prendre cette décision. Elle va nous entraîner dans des guerres qui ne seront pas les nôtres, comme par exemple l’affaire d’Afghanistan. Cela correspond à un tropisme de la politique américaine, l’élargissement vers l’Est. Je fais tout à fait crédit aux initiatives prises ou à venir de Barack Obama. Mais sa présidence ne sera qu’un moment de l’histoire, alors que l’alliance de l’Otan perdure depuis 1949. La distance marquée par le général de Gaulle aurait dû être conservée. Quant à l’intégration ou pas de la Turquie, elle est d’abord une affaire européenne et on aimerait bien que les limites de l’Europe soient fixées par les Européens eux-mêmes, et non pas par les Américains. Je suis très américanophile et le peuple américain est très hospitalier. Mais l’administration américaine, c’est autre chose. Elle mène une politique qui vise à dominer le monde et les Etats-Unis n’ayant plus les moyens de le dominer, ils ont besoin d’auxilliaires qu’ils viennent chercher en Europe ou ailleurs. Obama a bien compris que l’Amérique vivait au-dessus de ses moyens. J’attends de voir comment il va réussir à sortir son pays du guêpier moyen-oriental.       <br />
              <br />
       L’Irak est un pays composite, une sorte de Grand Liban. Saddam Hussein avait un régime qui se voulait laïque, par rapport à un environnement plus fondamentaliste. En écrasant l’Irak, on a ouvert la voie aux fondamentalistes. Al Qaida ne se serait pas développé si les troupes américaines ne s’étaient pas installées durablement en Arabie Saoudite. Par ailleurs on a redonné un rôle prédominant à l’Iran dans la région. Etait-ce très intelligent ? Saddam Hussein avait proposé au Russe Primakov — j’ai encore le télégramme — que son armée évacue le Koweït et son remplacement par des troupes arabes. Proposition sans suite. Or les responsables politiques doivent pouvoir porter un jugement sur une situation. Si l’on pouvait sortir pacifiquement de cette situation, c’était cent fois préférable plutôt que d’ouvrir la voie à la famine, à l’encagement et au final à l’invasion du pays et à son explosion. Disant cela, on veut me faire passer pour un soutien inconditionnel de Saddam Hussein. Cela relève de procédés de propagande auxquels se heurtent tous ceux qui se mettent contre le flot dominant.       <br />
              <br />
       <b>L’Etat, les élites, la jeunesse</b>       <br />
       Sarkozy cite souvent le cas d’Alstom. Pourquoi ne pourrait-on pas imaginer que l’Etat prenne des participations stratégiques dans des secteurs absolument stratégiques ? On ne peut pas faire l’impasse sur une politique industrielle à moyen terme. Je crains que l’on cherche à changer les choses pour que rien ne change. Aujourd’hui, il faut penser les nouvelles formes d’énergie, une économie sans effet de serre qui permette de nourrir la planète. Dans ce domaine de l’éducation, il y a tout à faire et à refaire dans notre pays. Je m’inquiète beaucoup du déclin des filières scientifiques. Car l’avenir d’un pays se dessine par la science. Il est question paraît-il de supprimer la filière S. Complètement stupide. On encourage les jeunes à faire des métiers qui ne préparent pas l’avenir du pays. Les projets individuels sont déconnectés d’une ambition collective. Or l’un ne va pas sans l’autre. Il n’y pas d’épanouissement individuel s’il n’y a pas en même temps de succès collectif. Le manque de patriotisme des élites m’alarme. De même que les progrès de la démagogie à tous les niveaux, cette idée répandue que tout à chacun a droit à tout : les uns ont droit aux parachutes dorés et les autres à des pensions de retraite revalorisées ad vita eternam. Or cela ne marche pas comme cela. On oublie de mettre l’accent sur l’intelligence, la production, l’industrie, la technologie et la compréhension du monde. Pour la France et l’Europe, ce monde-là n’est pas facile car nous rapetissons à toute vitesse. Le concept de nation républicaine a été sapé méthodiquement. Ce faisant, on sape le civisme et c’est le règne du chacun pour soi. Nous sommes à un moment de l’esprit public où l’esprit national a été considérablement dévalué. Cela vient de très loin. On a connu cela pendant l’entre-deux-guerres, sous Vichy et la collaboration.&quot;       <br />
              <br />
       <b>Bio express       <br />
       Parcours national tourmenté</b>       <br />
       Jean-Pierre Chevènement est né le 9 mars 1939 à Belfort. Sorti de l’ENA, il adhère à la SFIO en 1964 et fonde avec d’autres en 1966 le Ceres qui deviendra un des principaux courants du PS à partir du congrès d’Épinay de 1971. Pendant ce temps, JPC est élu député aux élections législatives de 1973 à 1997, et en 2000, dans le Territoire de Belfort. De même il a été maire de Belfort entre 1983 et 2007. Ministre de la Recherche sous Pierre Mauroy, il refuse de participer au troisième gouvernement pour s’opposer au “tournant libéral” du PS. Ministre de l’Education nationale sous Laurent Fabius puis ministre de la Défense sous Michel Rocard, il démissionne en 1991 pour s’opposer à la guerre des Etats-Unis contre l’Irak. En 1992 il quitte la direction du PS afin de faire campagne pour le non au traité de Maastricht. Il fonde en 1992 le Mouvement des citoyens (MDC) et démissionne du PS. Ministre de l’Intérieur du gouvernement de Lionel Jospin, il démissionne en 2000 pour s’opposer au processus de Matignon visant à donner le pouvoir législatif à la Corse. Candidat à l’élection présidentielle de 2002, il obtient 5,33 %. Il devient président de la Fondation de recherche Res Publica. J.T       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.nouveleconomiste.fr/s1473/AVH-Chevenement.html">Le Nouvel Economiste</a>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Vous pouvez également télécharger ci-dessous le portrait tel qu'imprimé par Le Nouvel Economiste</span>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/La-crise-fait-revenir-la-Nation-au-premier-plan-et-demontre-sa-solidite_a792.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Face à la crise, le retour du politique</title>
   <updated>2009-04-07T17:16:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Face-a-la-crise-le-retour-du-politique_a790.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1313167-1728234.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-04-07T17:16:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Article de Jean-Pierre Chevènement, paru dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, avril 2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1313167-1728234.jpg?v=1289480068" alt="Face à la crise, le retour du politique" title="Face à la crise, le retour du politique" />
     </div>
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      Finie l’ère du tout marché, du principe de la concurrence libre et non faussée, de l’interdiction des aides d’Etat, de la prohibition des déficits et des endettements excessifs ! Depuis l’automne 2008, la « main invisible » censée réaliser l’optimum social pourvu que l’autorité publique ne s’en mêlât point n’inspire plus confiance. Les dieux du Marché sont tombés de leurs autels. Les grands prêtres se sont tu. La foule qui se prosternait à l’énoncé de vérités éternelles qui tombaient de leurs bouches a déserté leurs temples.       <br />
              <br />
       L’Etat est revenu avec ses gros sabots pour assurer plans de refinancement et plans de relance face à la dépression. C’est celle-ci qui a conduit, en catastrophe, les politiques, libéraux de doctrine ou fraîchement convertis, à changer de pied devant les foules éberluées.       <br />
              <br />
       « A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ». C’est par centaines de milliards de dollars ou d’euros que s’énoncent les plans destinés à sauver les banques de la faillite. Les pays anglo-saxons ne reculent pas devant les nationalisations. D’autres, de tradition moins libérale, comme la France, se bornent paradoxalement à prêter à leurs banques à des taux presque usuraires pour qu’elles continuent de financer l’économie à des taux bien inférieurs. Comprenne qui pourra : La plus grande de nos banques par exemple qui continue de déclarer des bénéfices, s’endette à grands frais auprès de l’Etat et rachète dans le même temps des activités bancaires dans les pays voisins. Dans tout cela flotte comme un air d’improvisation. Les doctrinaires du désendettement public viennent maintenant expliquer qu’il y a « la bonne dette » à côté de la mauvaise, et que l’explosion des déficits n’est en fait qu’une illusion d’optique. Après les plans de refinancement viennent les plans de relance, dont l’effet paraît nul, tant le bruit sourd d’un effondrement continu monte des profondeurs de l’économie : deux millions et demi d’emplois supprimés aux Etats-Unis en quelques mois. Un million de chômeurs supplémentaires en Espagne en moins d’un an. En un trimestre, les ventes et la production d’automobiles plongent presque partout de 40 %.
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     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Une chose cependant devrait frapper les esprits : si leurs effets ne sont pas encore visibles, les plans de relance ont été annoncés partout par les autorités nationales, à l’instar des Etats-Unis. En Europe, c’est le Président en exercice de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, qui a pris l’initiative de lancer son plan à travers une instance qui ne s’était jamais encore réunie, le G4, c’est-à-dire les quatre principales économies européennes, puis le G16, instance tout aussi improvisée puisqu’elle consistait à faire entrer la Grande-Bretagne dans l’Eurogroupe. Il en a résulté deux choses : un montage qui juxtaposait les plans nationaux et qu’approuva in fine l’Union à vingt-sept, et enfin l’initiative d’un G20 imposée à un G.W. Bush finissant. Il est vrai qu’une relance coordonnée répondait à l’intérêt bien compris des Etats-Unis. Dans cette affaire, non seulement Nicolas Sarkozy, mais aussi Gordon Brown et l’Administration américaine elle-même, ont donné l’exemple d’une réactivité inattendue de la part de dirigeants présumés libéraux. C’est en tout cas dans le cadre national que des décisions d’une ampleur jamais vue depuis des décennies ont été prises. L’Union à vingt-sept et le G20 n’ont été que de vastes mises en scène. De bout en bout, les décisions ont été nationales, y compris dans l’Allemagne de Mme Merkel, au départ la plus réticente à agir dans un cadre européen ou même tout simplement multilatéral. Les décisions ont été nationales pour une raison toute simple : la nation reste le seul cadre démocratique où des gouvernants appuyés sur l’opinion publique et sur le Parlement ont la légitimité pour agir avec force à l’échelle requise. La Commission européenne a disparu dans un trou de souris. Le FMI fait des communiqués. Les textes européens ont été « suspendus ». Le retour du  politique s’est donc fait dans un cadre national. Seuls jusqu’alors des responsables politiques portés sur la théorie, c’est-à-dire isolés, avaient osé soutenir que les marchés financiers n’étaient pas l’horizon de l’humanité mais que les peuples et les nations restaient les permanences de l’Histoire. Depuis près de trois décennies, la « doxa » libérale avait réussi à diaboliser l’intervention de l’Etat dans l’économie et à ringardiser l’idée même d’une politique industrielle. Mais dans l’immense désarroi qui s’est emparé des esprits après la chute des géants de la finance de Wall Street, on s’est tourné d’emblée et comme instinctivement, vers les pouvoirs qui trouvaient leur source dans le vouloir-vivre des nations. Celles-ci qu’on avait démonisées comme l’origine des pires fléaux, retrouvaient leurs couleurs. Certes il ne s’agit pas d’un retour au nationalisme, perversion de l’idée de nation, mais simplement de la réaffirmation du rôle démocratique des nations qui, au début du XXIe siècle, partagent d’ailleurs les mêmes valeurs et les mêmes principes.        <br />
              <br />
       Le retour à la nation a des raisons plus prosaïques : C’est qu’il allait falloir payer. On se tournait vers le citoyen. On se tournait aussi vers le contribuable. Seul l’Etat en effet pouvait offrir une garantie pour les prêteurs. Lui seul paraissait assez armé pour tirer des traites sur l’avenir.       <br />
              <br />
       Mais quel avenir ? Arrivés à ce point, les thuriféraires du libéralisme hésitent. Leur voix tremble. Ils veulent se rassurer. Il ne saurait, bien évidemment, à leurs yeux, n’être question que d’ouvrir une « parenthèse interventionniste » comme il y eut pour d’autres, jadis, en 1983, une « parenthèse libérale ». Ils se refusent encore à réglementer, à prendre des participations publiques au capital des entreprises, à fixer des plafonds aux rémunérations. Ils préfèrent s’en remettre aux codes de bonne conduite qu’on laisse aux patrons le soin d’élaborer. La faiblesse de cette position commence à apparaître.       <br />
              <br />
       Car on devine que la crise sera longue et profonde. Immenses sont les problèmes qui restent irrésolus : réglementation des <span style="font-style:italic">hedge funds</span> et des banques en général, prohibition des paradis fiscaux, politique des revenus, parités monétaires, programmes publics et politiques industrielles capables de soutenir une relance enfin efficace, etc.       <br />
              <br />
       Le retour du politique prendra du temps, lui aussi. Il s’avance à tâtons et ne sait encore la forme qu’il prendra. Une chose est sûre : il faudra inventer ou réinventer l’Etat, développer les capacités d’anticipation, de prévision et de programmation, articuler le renouveau du civisme à de nouvelles formes de patriotisme, trouver des formes de coordinations encore inédites à l’échelle internationale, penser une Europe à géométrie variable, des institutions économiques et monétaires mondiales, associant aux vieux pays riches les puissances émergentes, sans oublier – espérons-le – les pays qui n’émergent pas.        <br />
              <br />
       Surtout il faudra donner forme humaine au retour du politique : recréer l’espoir en pensant le monde avec trente ans d’avance. Déjà on devine que d’immenses investissements sont nécessaires pour préparer l’après-pétrole, limiter l’émission de gaz à effet de serre, nourrir l’humanité, économiser les biens rares : eau, air, sols, et que l’idée de service public garde toute sa force pour faire de la santé, de l’éducation, de la culture et de la recherche les vraies priorités du développement humain. Ces priorités, pourtant incontestables, ne s’imposeront pas d’elles-mêmes. Pour dépasser les concurrences et les tensions inévitables et préparer un monde réellement meilleur, on ne fera pas l’impasse des luttes et de la conscience, bref de ce qu’on appelle « la politique ».       <br />
              <br />
       ----------       <br />
       <a class="link" href="http://www.aaeena.fr/publications.php?c=2&amp;magNum=62">Voir le sommaire de la revue</a> de l'ENA, dont le dossier est &quot;Le monde face à la crise&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Face-a-la-crise-le-retour-du-politique_a790.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Voilà pourquoi notre gauche est muette (réponse à Paul Thibaud)</title>
   <updated>2009-03-13T08:20:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Voila-pourquoi-notre-gauche-est-muette-reponse-a-Paul-Thibaud_a771.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2009-03-13T08:20:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Tribune de Jean-Pierre Chevènement, à paraître dans Marianne, 14 mars 2009. Le PS a sacrifié ses valeurs au capitalisme financier. Et reste incapable de réinventer un système de valeurs collectives.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1270604-1663676.jpg?v=1289480062" alt="Voilà pourquoi notre gauche est muette (réponse à Paul Thibaud)" title="Voilà pourquoi notre gauche est muette (réponse à Paul Thibaud)" />
     </div>
     <div>
      <a class="link" href="http://www.marianne2.fr/Une-gauche-imperturbable-et-sterile_a176405.html">Selon Paul Thibaud</a> (<span style="font-style:italic">Marianne</span> du 21 février), la gauche, depuis 1962, n’est plus capable de refonder et de <span style="font-style:italic">« relancer le destin national »</span>. Son échec dans la décolonisation la poursuivrait encore aujourd’hui à travers le désir de revanche incarné de 1958 à 1981 par François Mitterrand qui aurait étouffé tout effort de refondation intellectuelle et morale.       <br />
              <br />
       Paul Thibaud incrimine l’immobilisme idéologique, celui du programme commun contre le <span style="font-style:italic">« mouvement d’émancipation culturelle et générationnelle »</span> de 1968 débouchant sur le vide politique. C’est pourquoi la victoire politique de 1981, celle d’un <span style="font-style:italic">« volontarisme politique artificiel »</span>, se serait avérée <span style="font-style:italic">« creuse »</span>. La gauche serait toujours aujourd’hui sur la ligne mitterrandienne (<span style="font-style:italic">« la foi sans les œuvres »</span>, d’où un <span style="font-style:italic">« immobilisme agité, velléitaire, dangereux, qui déprime les Français »</span>).       <br />
              <br />
       Certes il y a du vrai dans la description de Paul Thibaud : François Mitterrand n’était pas porté sur l’autocritique, mais De Gaulle non plus. Il s’est servi de l’union de la gauche pour venir au pouvoir mais surtout il a substitué au projet de transformation sociale de 1981 - non sans hésitation d’ailleurs - une Europe technocratique et libérale tournant le dos aux aspirations populaires. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La relance par De Gaulle de l’Histoire nationale, après 1962, s’est incarnée dans des choix (des institutions stables, la dissuasion, la sortie de l’OTAN, l’indépendance de notre politique extérieure) beaucoup plus que dans une modernisation économique entamée, elle, par la IVe République, sur la base du programme du CNR, programme d’union nationale, mais marqué par la gauche. Pour relancer à nouveau l’histoire nationale, en 1981, la gauche devait rebattre les cartes en matière économique et sociale.        <br />
              <br />
       Ce n’est pas la passion de la revanche (passion bien ordinaire) qui a nourri l’immobilisme idéologique de la gauche, c’est son incapacité à rendre compte du tournant qu’elle a opéré dans les années quatre-vingt en cédant au vent néolibéral qui soufflait d’Amérique : revalorisation de la Bourse, réhabilitation du profit et d’abord dans le partage de la valeur ajoutée, sacralisation du principe de la concurrence à travers l’Acte Unique, libération des mouvements de capitaux et enfin, et peut-être surtout, dévalorisation de la nation à travers le mythe européen. Cette incapacité à <span style="font-style:italic">« refonder »</span> va de pair avec le choix libéral et européen qui renvoie la nation aux oubliettes. La vision instrumentale de l’union de la gauche a relégué à l’arrière plan l’effort conceptuel qui avait été fait pour donner à la gauche un projet moderne : politique et restructurations industrielles à travers les nationalisations, priorité à la recherche et à sa valorisation, modernisation du <span style="font-style:italic">« dialogue social »</span>, etc. Cette politique a été bel et bien torpillée par l’ouverture de la « parenthèse libérale » en mars 1983.       <br />
              <br />
       Naturellement on peut discuter à l’infini de la faisabilité d’une <span style="font-style:italic">« autre politique »</span>. Constatons simplement où a conduit <span style="font-style:italic">« la seule politique possible »</span> : à l’éloignement des couches populaires à l’égard de la gauche et à la crise actuelle de la « mondialisation libérale à laquelle le PS a sacrifié l’originalité de son projet et de ses valeurs.        <br />
              <br />
       Relancer le destin national ? De Gaulle n’y pouvait parvenir seul dans les années soixante avec l’appui d’une droite qui se méfiait de lui. La translation opérée de droite à gauche à travers la stratégie de l’union de la gauche était alors le seul moyen de sauver ce que la Ve République apportait de fondamentalement positif (des institutions stables, une défense moderne reposant sur la dissuasion, une politique extérieure indépendante). Mais cela supposait aussi que la gauche fût capable d’innover par une politique industrielle et par un projet national adaptés.       <br />
              <br />
       La stérilité actuelle de la gauche, procède de son auto-trépanation de 1983, de son incapacité à avoir su devancer la crise (bien au contraire elle a contribué – en pratique et en théorie - à installer le capitalisme financier dans notre pays) et de son absence de réponse face à ses développements. Elle s’est réfugiée dans une vieille incantation (Europe ! Europe ! Europe !) plutôt que de chercher dans une vision moderne de la République, en France et en Europe, le moyen de refonder un système de valeurs et de croyances collectives. C’est pourquoi le PS se trouve pris à contrepied par la crise au moment même où il vient de ratifier le traité de Lisbonne et d’officialiser son ralliement au libéralisme. Et voilà pourquoi « notre gauche » est muette.       <br />
              <br />
       Je partage cependant la conclusion de Paul Thibaud : <span style="font-style:italic">« C’est encore à la gauche de renouer avec l’éthique de responsabilité, le devoir de « faire société », de retrouver la capacité de synthèse qui donne espoir à un peuple, à une nation »</span>. Mais peut-être lui faudrait-il d’abord se réconcilier avec la nation, dans sa conception républicaine, évidemment ...        <br />
              <br />
       -------       <br />
       Ce texte est également publié <a class="link" href="http://www.marianne2.fr/Voila-pourquoi-notre-gauche-est-muette_a176954.html">sur Marianne2.fr</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Voila-pourquoi-notre-gauche-est-muette-reponse-a-Paul-Thibaud_a771.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Jean-Pierre Chevènement invité de BFM Radio vendredi 14 novembre à 18h45</title>
   <updated>2008-12-27T12:51:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-invite-de-BFM-Radio-vendredi-14-novembre-a-18h45_a714.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2008-11-14T16:55:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
L'entretien dure 7 minutes. Le podcast est disponible ci-dessous.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1108967-1415187.jpg?v=1289480049" alt="Jean-Pierre Chevènement invité de BFM Radio vendredi 14 novembre à 18h45" title="Jean-Pierre Chevènement invité de BFM Radio vendredi 14 novembre à 18h45" />
     </div>
     <div>
      BFM Radio : 96.4 FM à Paris et <a class="link" href="http://www.radiobfm.com">sur Internet</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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 	<itunes:author>Chevenement.fr</itunes:author>
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   <title>Quelle politique face à la mondialisation?</title>
   <updated>2009-04-30T23:29:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Quelle-politique-face-a-la-mondialisation_a705.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2008-10-22T00:07:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement au forum "Quelle alternative politique dans la mondialisation", organisé par le PS, le MRC, le PCF, le PRG et le Verts, mardi 21 octobre 2008.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1078187-1369192.jpg?v=1477130560" alt="Quelle politique face à la mondialisation?" title="Quelle politique face à la mondialisation?" />
     </div>
     <div>
      Nous avons un devoir de lucidité. A moins de quatre ans de la prochaine élection présidentielle, la gauche française est-elle en état d’apporter une réponse convaincante au défi immense de la crise actuelle ? Maryse Dumas nous a demandé de créer la confiance. Mais les deux économistes nous ont alerté sur la profondeur de la crise. « Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté », jamais l’exhortation de Gramsci n’a été plus actuelle.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>I – D’abord comprendre</b>       <br />
              <br />
       La crise actuelle n’est pas seulement celle du capitalisme financier. Elle s’enracine dans de profonds déséquilibres économiques et géopolitiques.       <br />
              <br />
       A)	<span style="font-style:italic">Le capitalisme financier a pris le pas sur le capitalisme industriel à la faveur de la « globalisation » voulue par les Etats-Unis</span>. La crise actuelle clôt un cycle entamé dans les années soixante-dix avec le flottement des monnaies et poursuivie, sous l’impulsion de Mme Thatcher et de M. Reagan, par une dérégulation progressivement généralisée de l’économie mondiale. De cette dérégulation, l’Europe libérale a été le relais à travers l’Acte Unique négocié en 1985 et ratifié en 1987, et le traité de Maastricht signé en décembre 1991.       <br />
              <br />
       Le capitalisme financier a peu à peu imposé sa loi, celle de « l’acquisition de valeur pour l’actionnaire », avec l’ouverture généralisée des marchés notamment ceux des capitaux (France 1990), les privatisations, la fin de toutes les protections (OMC), la mise en concurrence des territoires et des mains d’œuvre et son cortège de délocalisations. Des politiques d’abaissement du coût du travail, qu’a stigmatisées Maryse Dumas, en ont naturellement résulté. A la faveur d’une véritable dictature de l’actionnariat, l’habitude s’est prise d’exiger des taux de rentabilité mirobolants, évidemment impossibles à satisfaire à long terme.       <br />
              <br />
       Cette frénésie d’enrichissement sans cause s’est traduite par des « bulles financières » successives : 1997-98 (crises asiatiques et russe), 2000  (éclatement de la bulle technologique) 2007-2008, crise des subprimes, la plus grave de toutes car elle touche le système en son cœur. C’est la fin d’un cycle de trente ans.       <br />
              <br />
       B)	<span style="font-style:italic">Cette crise traduit non seulement les excès du capitalisme financier lui-même (la « titrisation ») mais des déséquilibres économiques et géopolitiques plus profonds.</span>       <br />
              <br />
       •	Déséquilibres économiques : fuite en avant dans l’endettement et les déficits aux Etats-Unis ; excédents et thésaurisation en Chine, au Japon, dans les pétromonarchies, mais aussi en Allemagne dont l’excédent commercial (200 Milliards d’euros) a ceci de particulier qu’il se fait à 75% sur ses voisins de l’Union européenne.       <br />
       •	Déséquilibres géopolitiques aussi : la « surextension » de l’Empire américain décrite par Paul Kennedy est devenue évidente : les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens et n’ont plus les moyens de dominer seuls le monde. L’enlisement au Moyen-Orient le démontre.       <br />
              <br />
       C)	<span style="font-style:italic">La récession risque d’être longue car ces déséquilibres ne se corrigent pas en un jour</span> : épargne des ménages US (moins de 1 % de leurs revenus) – mode de vie américain dispendieux et énergétivore – le rétablissement des comptes par la réindustrialisation ne peut se faire que dans la durée.       <br />
              <br />
       Le rétablissement des équilibres de l’économie américaine n’est guère compatible avec le libre-échangisme déséquilibré qui prévaut aujourd’hui entre des pays de niveau économique et social hétérogène. Ce retour au protectionnisme peut être limité par un plan de relance coordonnée à l’échelle mondiale où les pays excédentaires : Chine-Japon. Allemagne, donc Europe, serviraient de « locomotives ». Mais l’instauration de protections est aussi inévitable que souhaitable aux Etats-Unis et en Europe pour des raisons sociales et environnementales.        <br />
              <br />
       Quant aux pays émergents il est probable qu’ils devront privilégier davantage le développement de leur marché intérieur et la prise en compte de leurs besoins sociaux. C’est un nouveau modèle de développement qu’il faut inventer, avec notamment le souci de limiter les émissions de gaz à effet de serre.       <br />
              <br />
       La lucidité s’applique aussi à l’action. Sachons nous défier des chimères et garder les yeux ouverts.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – La réponse à la crise est et ne peut être qu’à la fois nationale et internationale. Elle remet en cause toutes les sacrosaintes règles du néolibéralisme.</b>       <br />
              <br />
       A)	<span style="font-style:italic">La réponse est d’abord nationale.</span>       <br />
              <br />
       •	Les Etats-Unis  ont donné le branle avec le Plan Paulson d’abord amendé par le Congrès puis par l’Administration américaine elle-même ;       <br />
       •	L’Europe a suivi par un enchaînement de décisions nationales progressivement coordonnées : G4, le 4 octobre, puis dans les jours suivants : Eurogroupe à quinze + Grande Bretagne ; Union européenne à 27.       <br />
              <br />
       C’est une Europe des cercles qui s’est mise en mouvement. Les modalités et l’ampleur de la réponse diffèrent d’un pays à l’autre pour des raisons diverses et souvent légitimes (RFA : système bancaire décentralisé).       <br />
              <br />
       Le fait national a ainsi éclaté en plein jour : Seuls les Etats nationaux ont la légitimité démocratique pour agir par gros temps.        <br />
              <br />
       Les « autorités » européennes sont condamnées à suivre ou à s’effacer : Commission – Banque Centrale européenne qui a dû baisser ses taux, contrairement à la volonté de M. Trichet exprimée quelques jours auparavant.        <br />
              <br />
       La désuétude des règles européennes inscrites dans les traités est justifiée au nom de « circonstances exceptionnelles » (Jouyet, 3 octobre, interview aux Echos) :       <br />
       •	Principe de la concurrence libre et non faussée (le principe que rappelait encore le protocole n° 6 du traité de Lisbonne) ;       <br />
       •	Prohibition des aides d’Etat.       <br />
              <br />
       Les critères de Maastricht en matière de dette et de déficit sont « explosés ». Bref, « nécessité fait loi ».       <br />
              <br />
       Une contradiction majeure apparaît ainsi entre le texte et la philosophie des traités telle que la Commission les interprétait et la nécessité urgente de l’intervention des Etats. Les idéologues du libéralisme et les dirigeants patronaux se dressent contre les remises en cause qu’ils observent ou plus encore, devinent à l’horizon.       <br />
              <br />
              <br />
       B)	<span style="font-style:italic">Les décisions nationales doivent être et ont été jusqu’ici internationalement coordonnées. </span>       <br />
              <br />
       Un nouveau Bretton Woods ?        <br />
              <br />
       Il est difficile de revenir à des parités stables sans corriger les déséquilibres économiques de fond.        <br />
              <br />
       Le contenu d’un nouveau Bretton Woods ne peut se borner à quelques corrections comptables ou prudentielles. La « régulation » doit aller beaucoup plus loin jusqu’à l’interdiction des paradis fiscaux. Surtout un nouveau Bretton Woods implique d’abord un plan de relance coordonné pour corriger les déséquilibres économiques fondamentaux. Ensuite, on pourra fixer des fourchettes aux parités monétaires si la volonté politique est au rendez-vous et réformer l’ensemble des institutions internationales.       <br />
              <br />
       C)	<span style="font-style:italic">Une nouvelle redistribution du pouvoir est inévitable.</span>       <br />
              <br />
       Elle n’ira pas sans tensions :       <br />
              <br />
       1.	La tentation d’une fuite en avant dans la guerre doit être conjurée (Iran, Pakistan, Russie, Chine).       <br />
              <br />
       2.	Les Etats-Unis doivent redevenir la grande nation qu’ils sont : Ils n’ont plus les moyens d’une domination universelle, mais ils restent « la nation indispensable » que Mme Allbright évoquait, sans s’y être vraiment résignée, comme on l’a vu dans les Balkans en 1999.       <br />
              <br />
       3.	Le monde multipolaire est déjà une réalité. Sachons l’organiser sur la base du droit, c’est-à-dire dans le cadre de l’ONU et d’institutions internationales rénovées, FMI, Banque Mondiale, OMC, OIT, Organisation mondiale de l’environnement, etc.       <br />
              <br />
       La France et l’Europe doivent y trouver leur place car il serait paradoxal que la France et l’Europe cessent d’être un pôle dans un monde devenu multipolaire. La France a un rôle particulier à jouer pour combattre l’idée d’un « choc des civilisations ».       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – La gauche a un très bel espace à occuper et une tâche historique à remplir</b>       <br />
              <br />
       1.	<span style="font-style:italic">Pour renouer à la fois avec l’idée de progrès social et avec les couches populaires, </span>       <br />
              <br />
       L’idée de service public n’a jamais été aussi moderne (hôpital public, logement, éducation, mais aussi eau et ressources rares, crédit car la recapitalisation des banques par l’Etat doit se traduire par des participations publiques au capital et par une politique de transformation de l’épargne au profit de l’investissement, avec un changement inévitable des équipes dirigeantes). Un nouveau modèle de développement est à construire : plusieurs révolutions technologiques sont devant nous. Sachons en prendre les moyens.       <br />
              <br />
       2.	<span style="font-style:italic">Mais la gauche ne pourra devenir hégémonique qu’à une condition impérative : qu’elle reprenne le drapeau du patriotisme républicain</span> qu’elle a laissé échapper, qu’elle se réapproprie l’idée nationale (≠ nationalisme). C’est une gauche refondée sur une base républicaine qui peut à nouveau faire aimer la France à tous ceux qui l’habitent. C’est parce que nos élites ont abandonné le patriotisme, le drapeau et la Marseillaise à Le Pen, que la signification même des symboles nationaux s’est perdue et pas seulement chez les immigrés. Comment en effet faire aimer par d’autres un pays qui ne s’aime pas lui-même, qui laisse piétiner son Histoire et son identité par tous les communautarismes, par les contempteurs de l’idée nationale et par tous ceux qui voient dans la France un obstacle à leurs ambitions  ? Oui, la gauche, pour être audible, doit se remettre à la hauteur de la France car l’Histoire de la France n’est pas finie. On peut être européen sans renvoyer la France aux oubliettes.       <br />
              <br />
       3.	<span style="font-style:italic">L’avenir, en effet, n’est pas à une Europe libérale et technocratique. Il n’est pas non plus à une Europe fédérale</span> dont ni la Grande-Bretagne, ni les PECO, ni les pays nordiques ni même l’Allemagne ne veulent (je ne parle pas du peuple français  auquel on ne demande plus son avis). Il est à une Europe des peuples, des nations donc des Etats (autant de gros mots), une Europe à géométrie variable et s’assumant comme telle.        <br />
              <br />
       Sans être fédéraliste, mais seulement euroréaliste, on peut souhaiter un gouvernement économique de la zone euro, pour le jour où l’Allemagne l’acceptera. Tel n’est pas le cas aujourd’hui, mais on peut toujours espérer. Cultivons le principe : « Autant d’Europe que possible, mais autant de France que nécessaire ».       <br />
              <br />
       Le problème de l’Europe c’est en grande partie le problème de l’Allemagne. Il faut aider celle-ci à penser l’intérêt européen en même temps que l’intérêt du monde du travail en Allemagne. Cela n’est sans doute possible en Allemagne que par le rapprochement entre le SPD et « Die Linke ». Une victoire ou même un redressement de la gauche en France dynamiserait ce processus.       <br />
              <br />
       4.	<span style="font-style:italic">Je voudrais terminer sur une idée simple.</span>       <br />
              <br />
       La gauche doit créer un électrochoc, si elle veut devenir majoritaire dans le pays. Il n’y a aucune raison pour que nous ne nous retrouvions pas tous dans un même parti. Nos divergences sont réelles, mais elles n’empêchent nullement la coexistence dans une même organisation démocratique de sensibilités radicales au sens étymologique du terme, et de sensibilités plus gestionnaires. C’est même une condition d’une victoire électorale possible.       <br />
              <br />
       Les cartes sont sur la table. J’ai envie de dire « A vous de jouer ! » Le PS et le PCF tiendront leur Congrès en novembre et décembre prochains. J’espère qu’ils feront avancer à la fois l’idée d’une réorientation  profonde, à la hauteur du défi immense qui est devant nous et l’idée d’une grande organisation de toute la gauche qui donnerait le signal d’un nouveau départ. Et puisque certains sont encore réticents devant l’idée d’un grand parti, bâtissons au moins sans tarder une Confédération qui serait chargée d’organiser en 2011 des primaires ouvertes à tous les militants et à tous les sympathisants pour désigner le candidat de la gauche à la présidentielle de 2012. Cela aurait de la gueule. Cela ferait se lever de grands débats et souffler sur le pays le vent du renouveau !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  <entry>
   <title>Jean-Pierre Chevènement invité de RFI mardi 21 octobre à 8h15</title>
   <updated>2008-12-27T12:51:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-invite-de-RFI-mardi-21-octobre-a-8h15_a704.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2008-10-21T10:47:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Il est interrogé par Frédéric Rivière pendant 15 minutes.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1076941-1367011.jpg?v=1289480048" alt="Jean-Pierre Chevènement invité de RFI mardi 21 octobre à 8h15" title="Jean-Pierre Chevènement invité de RFI mardi 21 octobre à 8h15" />
     </div>
     <div>
      L'émission peut être écoutée <a class="link" href="http://www.rfi.fr/">sur le site de Radio France International</a> en direct ou sur votre radio (89 FM à Paris). Elle est podcastée ci-dessous. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Un véritable débat national sur la crise financière</title>
   <updated>2009-09-17T19:44:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Un-veritable-debat-national-sur-la-crise-financiere_a698.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2008-10-08T23:48:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat lors du débat sur la crise financière, 8 octobre 2008.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <object type="application/x-shockwave-flash" id="" data="https://www.chevenement.fr/v/f6002e67e24f72469a89c149530e9e87dd3f4eb2" width="608" height="372">
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     </div>
     <div>
      Devant une crise majeure, qui se répercutera immanquablement dans l’ordre international – paix ou guerre entre les nations – sur l’avenir de l’euro et dans la vie de dizaines de millions de Français et d’abord des plus démunis, l’appel à dépasser des clivages devenus secondaires n’est pas à rejeter <span style="font-style:italic">a priori</span>. Mais on n’a pas le droit de parler d’« union nationale » avant qu’un vrai débat national ait eu lieu, permettant d’aller aux racines de la crise et de dégager des propositions répondant à la fois à l’intérêt du pays et à la justice sociale. Ce bref débat parlementaire ne saurait être que la préfiguration du grand débat national souhaitable. Encore faut-il que le gouvernement et le Parlement définissent un cadre pour ce débat national.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>I – Ne nous voilons pas la face : cette crise sera profonde et durable</b>, à la mesure des déséquilibres qui se sont creusés : entre l’économie réelle et la sphère financière d’abord, mais aussi et surtout dans l’habitude qu’ont prise les Etats-Unis, au cœur d’une globalisation qu’ils ont impulsée, de vivre tellement au-dessus de leurs moyens, s’endettant à tout va (316 % du PIB), captant 80 % de l’épargne mondiale, avec un déséquilibre de leurs comptes extérieurs équivalant à 6 points de leur produit intérieur brut. On incrimine à juste titre les dérives du capitalisme financier et notamment la titrisation des prêts qui a déresponsabilisé les prêteurs. Mais ces dérives ont été encouragées ! Elles l’ont été par M. Alan Greenspan, ce grand magicien, hier encensé, et aujourd’hui découronné !  Tout simplement parce que pour sortir de la crise née en 2000 de l’éclatement de la bulle technologique et soutenir les choix dispendieux de l’Administration Bush, il n’a pas trouvé d’autre moyen que de créer une autre bulle, la bulle immobilière en favorisant l’endettement des ménages, le crédit hypothécaire et la titrisation. L’endettement des ménages ne touche certes pas que les Etats-Unis - la Grande-Bretagne et l’Espagne ont suivi leur exemple -, mais pour l’essentiel, la crise est américaine. Elle obéit à une logique qui est d’abord américaine. Notons que les partenaires des Etats-Unis, par suivisme, et les institutions internationales, par inféodation, se sont trouvés incapables d’enrayer cette dérive.       <br />
              <br />
       Il faudra du temps pour que les ménages américains se remettent à épargner et pour que les Etats-Unis rétablissent leurs comptes extérieurs et délaissent le rêve impossible d’un Empire universel, en acceptant d’être la grande nation qu’ils sont, dans un monde devenu irréversiblement multipolaire.       <br />
              <br />
       Cette crise n’est pas une simple crise psychologique, comme le dit M. Minc.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II - Cette crise clôt un cycle de trente ans qui avait commencé avec l’élection de Mme Thatcher et de M. Reagan et peut-être avant</b>, avec le flottement des monnaies autour du dollar, consacré monnaie mondiale par les accords de la Jamaïque en 1976 : elle clôt le cycle de la finance globalisée, des marchés ouverts « à coup de barre à mine », la fin de toutes les protections avec l’OMC se substituant au GATT en 1994, le cycle des privatisations, la mise en concurrence des territoires et des main d’œuvre, avec son cortège des délocalisations, pour satisfaire aux exigences insatiables de « l’acquisition de valeur pour l’actionnaire », bref la dictature de l’actionnariat, au mépris des exigences du long terme et des entreprises elles-mêmes. Rappelez-vous le marché-roi dont le fonctionnement était censé assurer l’intérêt général, le principe de la concurrence libre et non faussée inscrit dans l’Acte Unique de 1987 et dans le traité de Maastricht de 1992 et repris dans le protocole n° 6 du traité de Lisbonne. Rappelez-vous la vigilance sourcilleuse de la Commission européenne vis-à-vis de toute intervention qui aurait pu fausser le libre jeu du marché !       <br />
              <br />
       	C’était hier, mais cela paraît soudain dater d’il y a cent ans ! Francis Fukuyama décrétant la fin de l’Histoire et le triomphe définitif du libéralisme, c’était en 1992. Mais l’Histoire, pour le meilleur ou pour le pire, s’est remise en marche. Un débat surréaliste a surgi, il y a quelques jours, aux journées parlementaires de l’UMP, à propos des critères de Maastricht que M. Guaino proposait de relativiser. Les thuriféraires de l’orthodoxie maastrichtienne s’en sont donnés à cœur joie, comme s’il n’était pas évident que les dotations allouées aux banques, comme Dexia, les garanties données aux épargnants, les plans de soutien multipliés n’allaient pas, en dernier ressort, obérer le budget de l’Etat. Ces cris de vierges effarouchées ont été bien vite noyés par l’accélération des évènements. M. Jouyet, le 3 octobre, est obligé de reconnaître que l’Union européenne est revenue sur deux dogmes fondamentaux : l’un concernant les règles de la concurrence, l’autre les aides de l’Etat (les Echos, 3 octobre). Après que l’Allemagne eût rejeté l’idée d’un « plan Paulson à l’européenne », Mme Merkel impose le 4 octobre une simple « coordination de mesures nationales » sous le régime de l’urgence, c’est-à-dire en dehors des règles posées par la Commission. Le lendemain, 5 octobre, elle est la première - non ! la seconde après l’Irlande, qu’elle avait pourtant critiquée ! - à annoncer, sans prévenir, une garantie illimitée à tous les déposants allemands. La réalité de l’Union européenne éclate aux yeux mêmes de ceux qui ne veulent pas voir : c’est le chacun pour soi. Je ne m’en réjouis pas, bien qu’ayant toujours prédit que le fait national ne disparaîtrait pas.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III  - La leçon est claire : il faut innover franchement et pour cela se délivrer des mythes, du politiquement correct, de parler faux libéral et pseudo européen.</b> Autant d’Europe que possible oui, notamment par la création d’un gouvernement économique de la zone euro, mais autant de national que nécessaire ! Car nécessité fait loi : Mieux vaut l’Europe des Etats que pas d’Europe du tout. Il faut revenir à un interventionnisme qui redonne aux Etats, c’est-à-dire aux peuples, la possibilité d’encadrer et de réguler le marché, si possible de concert. Oui, il faut que les Etats reprennent leurs droits par rapport à des instances entièrement déconnectées du suffrage universel comme la Commission et la Banque Centrale européenne. Seuls les Etats ont la légitimité démocratique pour agir efficacement, mais ensemble de préférence, cela va de soi.       <br />
              <br />
       *       <br />
       	       <br />
       	L’urgence impose d’agir dans quatre directions :        <br />
              <br />
       1.	<span class="u">Il faut, bien sûr, empêcher les faillites bancaires en chaîne et pour cela privilégier les recapitalisations publiques et les conversions de dettes en actions</span> plutôt que la reprise aléatoire, arbitraire et d’ailleurs insuffisante d’actifs toxiques, sur le modèle du Plan Paulson. Le contribuable, à défaut de rentrer dans ses frais, doit trouver des contreparties solides à l’effort qu’on lui demande. Toute garantie publique doit être gagée par des participations publiques. Puisque les contribuables seront contraints de payer, que les financiers soient expropriés ! Ce ne serait que justice que les banques qui remplissent en fait une véritable mission de service public et ont acquis le monopole de fait de la création monétaire, redeviennent, conformément au préambule de la Constitution de 1946, propriété de la collectivité. Et que les conséquences en soient tirées quant au choix des dirigeants et quant à la définition de nouvelles conditions d’octroi des crédits. La recréation d’un grand pôle financier public est d’ailleurs un élément de la solution comme outil d’un plan de relance ciblé.       <br />
              <br />
       2.	La deuxième urgence en effet est d’<span class="u">enrayer la contraction massive du crédit</span> aujourd’hui observable pour éviter l’approfondissement de la crise. La révision des normes comptables et l’aménagement des contraintes prudentielles ne suffisent pas. Sans doute serait-il souhaitable d’obtenir aussi de la Banque Centrale européenne une baisse des taux d’intérêt et l’allongement sur plusieurs jours de la durée des refinancements qu’elle procure. Mais il faut aller plus loin : il faut que l’Etat garantisse, comme l’a fait l’Allemagne, tous les dépôts, c’est-à-dire en vienne à une renationalisation au moins provisoire du crédit.       <br />
              <br />
       3.	En troisième lieu, il faut <span class="u">concevoir rapidement un plan de relance économique</span> :       <br />
              <br />
       -	Orienter l’épargne vers l’économie réelle. Les Français ont une épargne abondante. Il faut la transformer au bénéfice de l’investissement productif.       <br />
       -	Au-delà du rachat de 30.000 logements en déshérence grâce aux excédents du Codevi, il ne faut pas hésiter à utiliser les excédents de collecte du livret A, au moins 12 Milliards d’euros, pour amplifier l’effort sur le logement.       <br />
       -	Aider par priorité les PME et les collectivités locales par des prêts bonifiés en utilisant les fonds d’épargne en gestion financière de la Caisse des Dépôts.       <br />
       -	Mettre en œuvre un programme d’aides aux industries en difficulté comme l’automobile pour favoriser la recherche sur les véhicules électriques et hybrides, la pile à combustible et l’économie de l’hydrogène, avec obligation de localisation ou de relocalisation.       <br />
       -	Aider  la mutation énergétique à investir dans la sûreté nucléaire et les économies d’énergie.       <br />
       -	Bref remettre la politique industrielle à l’ordre du jour.       <br />
       -	Lancer un grand plan d’infrastructures ferroviaires : nouvelles lignes TGV et de fret ferroviaire, modernisation et fiabilisation du réseau.       <br />
              <br />
       Est-ce témoigner de trop d’audace que de préparer le lancement d’un grand emprunt d’Etat d’équipement de 30 Milliards d’euros ? Enfin, on ne devrait pas faire l’économie d’une relance concertée du pouvoir d’achat en Europe et au plan international. Cela aiderait d’ailleurs les Etats-Unis à rétablir leurs comptes.       <br />
              <br />
       4.	Le quatrième axe d’une politique anticrise efficace consiste à <span class="u">agir internationalement</span> :       <br />
              <br />
       -	pour mettre un terme à la croissance incontrôlée de l’endettement et maîtriser, sous l’égide du FMI, les mouvements de capitaux spéculatifs ;       <br />
       -	pour rétablir les équilibres financiers mondiaux en stimulant la demande des pays excédentaires et aider ainsi au rétablissement d’un taux d’épargne positif aux Etats-Unis.       <br />
              <br />
       C’est seulement si ces conditions sont réunies qu’on pourra fixer des fourchettes à la fluctuation des parités monétaires.        <br />
              <br />
       Il faut donc frapper vite et fort sans faire l’économie du débat. Voilà le défi !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain</title>
   <updated>2009-04-30T23:31:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Aider-le-peuple-francais-a-renouer-avec-son-Histoire-pour-construire-une-Europe-des-peuples-dans-le-monde-multipolaire_a669.html</id>
   <category term="Grands textes" />
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   <published>2008-09-07T14:09:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Projet d’intervention de Jean-Pierre Chevènement lors de l'université d'été du MRC, Belfort, dimanche 7 septembre 2008 (seul le prononcé fait foi). Le discours intégral est disponible en format audio à la fin de l'article.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1029568-1295193.jpg?v=1473375177" alt="Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain" title="Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain" />
     </div>
     <div>
      <b>I – Le ralliement à contretemps de la gauche au libéralisme.</b>       <br />
              <br />
       La crise de la gauche en France et en Europe tient pour l’essentiel, à mon sens, au fait qu’elle s’est progressivement résignée à accepter comme une fatalité la domination du capital financier, la dictature de l’actionnariat et la loi des multinationales qui, au nom de la globalisation, mettent en concurrence les territoires et les mains-d’œuvre. La mondialisation est une stratégie. Les « armées de réserve industrielle » des pays à bas coûts de production pèsent sur les salaires et la protection sociale en France et en Europe occidentale, mais les pays émergents comme la Chine ne sont pas les premiers responsables de cette régression. Le capitalisme financier qui les domine, eux aussi, n’a pas attendu l’émergence de ces pays pour opérer, dès les années quatre-vingt, le grand renversement du partage de la valeur ajoutée entre le travail et le capital au profit de ce dernier. C’est ce capital financier qui met en œuvre la stratégie de la globalisation. Le chômage a été le principal moyen utilisé pour opérer  une véritable déflation salariale, ainsi en France à partir de 1983.       <br />
              <br />
       La dérégulation qui a suivi s’insérait dans un dessein libéral néo-conservateur, né dans le monde anglo-saxon et mis en œuvre à partir de la victoire électorale en Grande-Bretagne de Mme Thatcher en 1979 et de M. Reagan aux Etats-Unis, l’année suivante. Cette volonté de déréglementation généralisée théorisée au départ par des économistes comme Friedrich Hayek et Milton Friedman, a correspondu à la volonté des Etats-Unis d’ouvrir les marchés aux produits de leurs multinationales et à leurs investissements, en cassant l’intervention des Etats dans l’économie et en faisant reculer partout, y compris à domicile, l’Etat providence. Cette politique a été mise en œuvre, au niveau mondial, par le GATT, devenu OMC en 1994, et par les politiques d’ajustement structurel du FMI. Elle a été relayée par l’Europe libérale  à travers l’Acte Unique de 1987 et le traité de Maastricht de 1992. Elle a enfin été parachevée politiquement par le rapprochement entre les Etats-Unis et la Chine, et l’ouverture de celle-ci aux multinationales dans les années 78-80, et surtout par l’implosion du communisme en 1989-91, suivie de l’application de thérapies de choc libérales aux ex « pays socialistes ». Pour la première fois depuis 1914, l’économie de marché coïncidait à nouveau avec les limites de la planète. C’est ce capitalisme financier qui n’a pu se développer et ne peut se survivre qu’avec le soutien de l’Hyperpuissance américaine qui se débat aujourd’hui dans d’insolubles contradictions. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      On se souvient des théories de Francis Fukuyama proclamant, au début des années quatre-vingt-dix « la fin de l’Histoire ». En France, François Furet, dès 1989, déclarait « la Révolution française terminée », en fait, selon lui, depuis Gambetta. La gauche n’avait plus qu’à se convertir au libéralisme. Ce qu’elle a fait avec peut-être plus de réticences apparentes en France que dans le reste de l’Europe, avec Tony Blair en Grande-Bretagne, d’Allema et Walter Veltroni en Italie et Gerhard Schröder en Allemagne, mais qu’elle a fait quand même, à mots couverts, pour finir aujourd’hui par un ralliement officiel au libéralisme, sous couleur de « modernité ». Ralliement si tardif qu’il s’opère aujourd’hui à contretemps : pour s’afficher « moderne », on se dit libéral, au moment où la globalisation libérale entre dans une crise systémique qui, pour la première fois, ouvre la perspective de sa remise en cause !       <br />
              <br />
       A son Université d’été de La Rochelle, le parti socialiste a donné le sentiment de se désintéresser des questions de fond, qu’il s’agisse de la crise économique mondiale ou des risques d’une nouvelle guerre froide sur notre continent. Le débat sur l’Europe qui avait traversé le parti socialiste lui-même en 2005 a été refermé. Cette attitude n’est pas tenable dans la durée.        <br />
              <br />
       La gauche européenne qui a longtemps défendu « l’Etat-Providence », retarde de plusieurs guerres, pour n’avoir pas su inscrire son projet dans une analyse d’ensemble de l’évolution du capitalisme financier contemporain et de la crise de la globalisation libérale.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Une méconnaissance de la nature même de la globalisation.</b>       <br />
              <br />
       Comme ses homologues européens, le parti socialiste en France méconnaît, dans la plupart de ses composantes, le rôle central des Etats-Unis dans la globalisation. Ce sont eux qui, dès les années soixante-dix, l’ont impulsée en faisant du dollar la monnaie mondiale, et en se comportant comme si cette monnaie était seulement la leur. John Mc Cain est toujours sur cette ligne quand il déclare : « Le libre-échange sert la politique extérieure des Etats-Unis. » Terrible cécité : La crise financière actuelle n’est pas seulement la conséquence d’une politique bancaire aventurée. Elle résulte du fait que, depuis longtemps, les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens. Leur déficit commercial dépasse 700 milliards de dollars, soit 6 % de leur PIB. L’endettement des ménages américains, encouragé par le Trésor et le Federal Reserve Board, équivaut à ce même PIB. L’épargne américaine est dramatiquement insuffisante. Le financement de l’économie des Etats-Unis n’est possible que parce que celle-ci capte 80 % de l’épargne mondiale ! Le monde marche ainsi sur la tête. Pour enrayer la chute du dollar, les Etats-Unis ont choisi avec M. Bush la fuite en avant dans le domaine de la politique extérieure, avec le dessein de contrôler l’essentiel des richesses pétrolières et gazières mondiales. Malgré un budget militaire colossal de plus de 450 milliards de dollars, à lui seul la moitié des budgets de la défense dans le monde, les Etats-Unis se trouvent aujourd’hui enlisés militairement en Irak et en Afghanistan. Le choix est aujourd’hui entre le désengagement ou l’escalade. Logique avec lui-même, M. Mc Cain déclare que les troupes américaines resteront en Irak cent ans, s’il le faut.       <br />
              <br />
       C’est cette logique globale que les gauches européenne et française, dans leur majorité, se refusent à comprendre. Elles vivent dans l’illusion irénique qu’un retrait américain d’Irak suffirait à résoudre le problème. La crise de la globalisation libérale et le destin de l’Empire américain sont étroitement liés : on ne peut envisager une refondation progressiste de l’ordre international et l’organisation à l’échelle mondiale d’un nouveau « New-Deal » que dans le cadre d’un monde multipolaire régi par le droit et d’institutions internationales rénovées. C’est cette absence de vision historique et géopolitique qui explique l’incapacité de la gauche française et européenne à proposer une politique réellement alternative. Bien entendu, cette incapacité s’enracine aussi dans un attachement à l’hégémonie américaine, lié à un passé révolu. J’ai parlé d’« occidentalocentrisme » à propos de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy. En réalité, cet occidentalocentrisme se retrouve largement dans la pensée de la majorité des dirigeants du PS, ce qui explique leurs contradictions dans le domaine de la politique extérieure, y compris européenne. C’est ainsi qu’ils se révèlent incapables de remettre en cause l’orientation libérale de la construction européenne : beaucoup de dirigeants socialistes ont volé au secours de Nicolas Sarkozy pour faire approuver le traité de Lisbonne. C’est ainsi encore qu’on voit certains de ces dirigeants se lancer dans de dangereuses surenchères sur la situation en Géorgie, comme si celle-ci n’était pas aussi le résultat de la politique américaine mise en œuvre pour s’assurer le contrôle des richesses pétrolières et gazières autour de la Mer Caspienne. Ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy utilise Bernard Kouchner et Jean-Pierre Jouyet pour mettre en œuvre sa politique. Celle-ci reflète le consensus de l’Establishment financier et des élites bien pensantes pour mettre en œuvre la politique que j’ai décrite comme « du pareil au même ».       <br />
              <br />
       Nous sommes donc confrontés à l’incapacité actuelle de la gauche française à « penser mondial ». La plupart des courants majoritaires du parti socialiste ne se distinguent guère dans la surenchère social-libérale. Ils veulent tous « adapter la France à la mondialisation ». Ils comptent avant tout sur les difficultés et les échecs de la droite pour revenir au pouvoir en 2012. Or, à préparer une alternance sans alternative, ils prennent le risque de se couper non seulement des couches populaires abandonnées à la droite dure ou à la gauche radicale, mais aussi de cette fraction consciente de l’électorat qui entend se déterminer d’abord en fonction des intérêts du pays et d’un projet politique convaincant que j’appelle le « courant républicain », soit deux à trois millions d’électeurs, une minorité donc, mais bien souvent capable de faire la décision.       <br />
              <br />
       Beaucoup d’hommes de gauche sincères se bercent encore de l’illusion que l’Union européenne à vingt-sept puisse agir par elle-même pour infléchir le cours de la globalisation libérale, ce dont à mon sens elle est absolument incapable sans une reprise de conscience politique de ses nations, et d’abord de la nôtre.       <br />
              <br />
       L’incapacité de la gauche française et européenne à « penser mondial » s’enracine donc dans la crise de l’idée républicaine et dans le discrédit de la nation comme vecteur principal de notre responsabilité vis-à-vis du monde : telle est la thèse que je voudrais au moins esquisser en conclusion de notre Université d’été.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>III – Démonisation des nations et régression démocratique.</b>       <br />
              <br />
       1.	La construction européenne telle qu’elle s’est faite après les deux guerres mondiales a reposé sur l’illusion d’une démocratie post-nationale. Or, la démonisation et la démobilisation des nations comme cadre politique opératoire au profit d’une Europe dominée par des instances technocratiques - Commission, Banque Centrale, Cour de Justice européenne – dont la prépotence ne peut être dissimulée par les oripeaux d’un Parlement fantôme, a livré nos pays d’Europe à des politiques libérales menées au nom du « principe de la concurrence », relayant sur notre continent la globalisation libérale impulsée par les Etats-Unis.        <br />
              <br />
       Ce sont les peuples qui ont été frappés d’impuissance par cette démonisation de la nation. Quand on prive les peuples de leur passé, on les prive également de leur avenir. La France serait le pays de l’affaire Dreyfus, le pays de la collaboration et de Vichy, le pays du « Code noir » et de l’esclavagisme, un pays indécrottablement colonialiste. Il faut donc rappeler que la France c’est le pays de la Révolution française dont les adversaires animés par une féroce idéologie antiégalitaire et antisémite ont réussi, en 1894, à faire condamner le capitaine Dreyfus. Mais on oublie de rappeler que dans cette affaire ce sont les républicain, à la fin, qui ont gagné : le capitaine Dreyfus a été solennellement réhabilité en 1906 et la République est sortie victorieuse par la voie du suffrage universel de sa confrontation avec les courants nationalistes et antisémites de la fin du XIXe siècle.        <br />
              <br />
       Les contempteurs de la nation nous expliquent que la France a été irréparablement souillée par la collaboration. Ils oublient de dire que la France n’a pas mis au pouvoir un gouvernement fasciste par la voie des urnes. En 1936 elle a élu une Chambre de Front Populaire. La défaite de 1940 a été préparée et utilisée  par les adversaires de la République. Mais a-t-on le droit d’oublier le général de Gaulle, la France Libre, Jean Moulin, la Résistance et l’hostilité de l’immense majorité du peuple français à l’occupant nazi ?       <br />
              <br />
       Les mêmes contempteurs de la nation française veulent faire de celle-ci la complice du « Code Noir » et de l’esclavagisme. C’est oublier le combat des philosophes, la Révolution, l’abolition de l’esclavage en 1794 par Robespierre et en 1848 par la Seconde République et Victor Schoelcher.        <br />
              <br />
       La France serait un pays indécrottablement colonialiste. On retient Voulet-Chanoine mais on oublie Savorgnan de Brazza. On oublie que le peuple français consulté par référendum s’est prononcé massivement pour l’autodétermination de l’Algérie en 1962 et par conséquent pour son indépendance dans la coopération avec la France. Il faut renouer avec notre histoire, avec ses ombres certes, mais aussi avec ses lumières ; C’est la seule manière pour notre peuple de retrouver la raisonnable confiance en lui-même dont il a besoin pour construire à nouveau son avenir.       <br />
              <br />
       Et de la même manière les autres peuples d’Europe doivent renouer avec le fil de leur Histoire pour qu’ensemble nous puissions nous tourner vers l’avenir.       <br />
              <br />
       2.	En même temps que la mise en congé de la nation républicaine débouchait sur la crise du civisme, l’avènement du « tout marché » entraînait le creusement des inégalités, la mise à l’encan des services publics, et le repli sur soi. C’est ainsi que le Président de la Poste, M. Jean-Paul Bailly, déclarait, selon Le Figaro du 29 août, que la mise en Bourse de la Poste aurait deux avantages : « elle aurait l’assentiment de la Commission européenne et pourrait créer un choc culturel au sein de l’entreprise ». Nous sommes bien placés dans nos départements pour observer, avant l’heure, les conséquences de cette privatisation du service public : fermetures de bureaux de postes dans les zones rurales, et les quartiers périphériques, allongement des délais d’acheminement du courrier ordinaire, au prétexte d’affronter la concurrence. C’est à juste titre que le Comité de liaison de la gauche a décidé de lancer une pétition contre la privatisation de la poste.       <br />
              <br />
       Mais cette libéralisation à outrance n’est pas tombée du ciel : elle a été voulue ou acceptée par tous nos gouvernements successifs – faut-il rappeler les sommets de Lisbonne et de Barcelone ? M. Jouyet officiait déjà au cabinet du Premier ministre … C’est au nom de la concurrence qu’on a libéralisé les prix de l’énergie, au bénéfice, paraît-il, du consommateur. Curieusement, la facture de l’électricité et du gaz a explosé ! Demain la concurrence prévaudra aussi dans le domaine ferroviaire.       <br />
              <br />
       La politique de M. Sarkozy donne ainsi une cohérence d’ensemble à un choix d’alignement sur le tout-marché : le pouvoir d’achat est rogné par l’inflation. Le gouvernement prétend le sauvegarder en supprimant les protections dont bénéficiaient les petits commerces de centre-ville. En fait, « travailler plus et gagner moins », tel est le programme réel que des économistes soutenant le gouvernement, tel M. Nicolas Baverez, revendiquent ouvertement. Sous le nom de « révision générale des politiques publiques », c’est un repli systématique de l’Etat qui se met en œuvre autour des chefs-lieux de régions, laissant les autres départements en quasi déshérence du point de vue de l’administration de l’Etat. Le département lui-même, en tant que collectivité décentralisée, est menacé au prétexte de la suppression d’un échelon administratif, sans qu’on réponde à la question de savoir à quel niveau ses compétences, notamment en matière sociale, seraient mieux exercées. Chacun sent bien que c’est le service public de proximité qui en souffrira en premier lieu. Tout cela se passe en silence, en l’absence de tout débat public.       <br />
              <br />
       En réalité, la politique de M. Sarkozy est télescopée de plein fouet par la crise de la globalisation libérale. Le « fondamentalisme de marché » qui a soutenu le thatchérisme, le reaganisme, le consensus de Washington et, en France, la politique de rigueur, a creusé partout les inégalités, nourri la spéculation et engendré une crise systémique sans précédent. Joseph Stieglitz, prix Nobel d’Economie, a dénoncé l’illusion selon laquelle « les marchés sont auto correcteurs, distribuent efficacement les ressources et servent l’intérêt général. » Or c’est cette illusion-là qui soutient partout les politiques libérales au niveau national, européen et mondial.       <br />
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       <b>IV – Caractère central de la question européenne dans la refondation de la gauche</b>       <br />
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       La politique mise en œuvre par M. Sarkozy est une facette redoublée de cette politique néfaste que poursuit dans toute l’Europe la Commission européenne. C’est pourquoi il n’est pas possible d’ouvrir une alternative véritable sans remettre en cause l’orientation libérale imposée d’en haut par les instances européennes. Cette constatation de bon sens rencontre fréquemment l’objection que les politiques européennes sont celles qu’ont acceptées au Conseil des ministres les gouvernements nationaux. Cette objection fréquemment avancée par beaucoup de dirigeants socialistes ne tient pas la route, car le poids de la bienpensance européenne est tel que les gouvernements nationaux sont d’avance tétanisés à l’idée de vouloir s’en affranchir tant soit peu : ils seraient aussitôt taxés de régression « nationaliste », et mis au ban de l’Europe bien pensante, c’est-à-dire libérale.       <br />
              <br />
       C’est pourquoi la tâche de la gauche n’est pas seulement de réhabiliter le concept de nation républicaine comme communauté de citoyens mais d’en faire le vecteur d’une autre idée de l’Europe. Car l’Europe de MM. Barroso et Solana est une Europe anémiée, invertébrée, réduite à une bien-pensance libérale qui l’empêche d’être un acteur de son destin.       <br />
              <br />
       L’Europe a besoin de l’entente de ses nations et d’abord de ses grandes nations : l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, la Grande-Bretagne, la Pologne délivrée des cauchemars du passé et j’ajoute même la Russie. Comment oublier qu’en 2003 c’est l’entente du Président de la République française, du Chancelier de l’Allemagne fédérale et du Président russe qui ont privé l’invasion américaine de l’Irak du sceau de la légalité et par conséquent de la respectabilité internationale ? Immense service rendu à la cause de ce qu’on appelle le dialogue des civilisations ou plus justement dialogue des cultures. L’Europe a besoin de nations vivantes et démocratiques capables de s’inscrire ensemble dans une vision partagée de l’avenir. Une vision de progrès social mais aussi d’identité politique par rapport aux autres aires géographiques de la planète. L’Europe ne peut pas être une filiale ou plutôt un ensemble de filiales de la holding américaine.       <br />
              <br />
       Il faut avoir le courage d’affronter la question européenne. Nous ne sommes évidemment pas contre l’idée européenne. Au contraire, nous sommes favorables à l’organisation d’une Europe à géométrie variable, car fondée sur la démocratie qui vit dans ses nations. Nous militons pour un gouvernement économique de la zone euro afin de contrebalancer l’omnipotence actuelle de la Banque Centrale européenne et de mieux protéger nos industries. Nous ne croyons pas non plus que la France soit vouée à s’effacer pour s’aligner sur la politique décidée à Washington. C’est pourquoi nous avons toujours refusé et nous refuserons toujours de donner congé à la souveraineté populaire. Nous savons que l’idée même du peuple français est aujourd’hui en danger parce qu’elle est combattue de droite par les élites ralliées à la domination du capital financier et souvent aussi, hélas, de gauche, par des courants libéraux ou même anarchistes qui n’ont jamais compris ce qu’est la République.       <br />
              <br />
       La République porte des idéaux universels mais elle s’enracine dans une identité collective, celle de la France. Oublier notre histoire, ignorer une géopolitique élémentaire, ne plus savoir même quelle place nous occupons sur la carte du monde, c’est évidemment méconnaître les intérêts fondamentaux de notre peuple, s’exposer à de terribles régressions, laisser la France et sa riche histoire à la droite et à l’extrême droite. Cette vue myope des choses serait suicidaire pour la gauche en France mais aussi en Europe..       <br />
              <br />
       Elle le serait d’autant plus que l’Empire américain, tel qu’il s’est établi depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, touche à sa fin. Il est clair que les Etats-Unis n’ont plus aujourd’hui la capacité de dominer seuls le monde. Ils cherchent partout en Europe, au Japon, et même en Inde, des supplétifs. Ils n’ont évidemment pas renoncé à exercer partout leur hégémonie, se concevant eux-mêmes, comme l’a rappelé utilement Hubert Védrine dans le Monde Diplomatique, comme le moyeu d’une roue de bicyclette dont chaque pays serait un rayon, s’instituant ainsi comme une sorte de « hub », de « passage obligé », pour les autres nations, en fonction du principe que chaque pays préfère l’hégémonie américaine à celle de son voisin plus puissant. Cette vision est cependant trop sommaire. Nous entrons dans une ère nouvelle où plusieurs pôles existeront dans l’ordre international : Chine, Inde, Russie, etc. La question qui se pose est celle de savoir quelle place l’Europe et la France tiendront dans cette nouvelle organisation du monde. La réponse apportée par la politique de M. Sarkozy est simple, c’est : aucune. Ni la France ni l’Europe, avec la politique de Nicolas Sarkozy, ne seront jamais un pôle dans le monde de demain.       <br />
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       <b>V – La tentation de l’occidentalocentrisme</b>       <br />
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       Dans un livre récent, trop peu lu, « Pour une Union occidentale », M. Balladur à l’école duquel Nicolas Sarkozy s’est formé, a théorisé ce que j’appelle « l’occidentalocentrisme » : les pays de souche européenne ne sont plus aujourd’hui à l’échelle du monde qu’une minorité déclinante. Pour préserver les avantages acquis de l’Occident, en fait ceux du capital financier, il est essentiel, selon cette théorie, de resserrer les rangs autour des Etats-Unis pour faire face à la montée des pays émergents. Je résume bien entendu la thèse développée par M. Balladur, observant qu’elle est, en fait, mise en œuvre par M. Sarkozy qui inscrit la politique française dans le sillage de la politique américaine, que ce soit en Afghanistan, ou face à l’Iran, ou en Géorgie face à la Russie, ou encore en annonçant son intention de rejoindre l’organisation militaire intégrée de l’OTAN, au prétexte illusoire de construire par ailleurs une « défense européenne ».        <br />
              <br />
       De Gaulle avait soustrait nos états-majors au commandement d’officiers généraux américains pour affirmer le principe d’une France indépendante, capable de faire valoir ses vues, raisonnablement s’entend, partout dans le monde. Qui peut contester que les vues du général de Gaulle étaient prémonitoires, vis-à-vis de la Chine, sur la guerre du Vietnam, ou encore sur les conséquences désastreuses de l’occupation des territoires palestiniens pour Israël ?       <br />
              <br />
       C’est à près d’un demi-siècle de politique étrangère indépendante, ou en tout cas relativement indépendante, que M. Sarkozy va mettre fin, et il le fera au plus mauvais moment, au nom de cette théorie erronée et dangereuse que j’ai appelée « l’occidentalocentrisme ».       <br />
              <br />
       Il est bien vrai que les pays du Sud ont généralement en commun le fait d’avoir été à un moment ou à un autre colonisés par tel ou tel pays européen. Mais faut-il figer et perpétuer cette opposition Nord-Sud qui fait l’impasse sur la diversité des civilisations et des nations au Sud comme au Nord ? Qui ne voit le danger d’un tel manichéisme qui coaliserait le Nord contre le Sud et réciproquement, les pays du Sud contre un Occident blanc replié sur lui-même ou théorisant la guerre-préventive, ou pourquoi pas la possibilité de l’emploi en premier de l’arme nucléaire, comme on l’a vu faire récemment par cinq anciens chefs d’Etat-Major, dont l’Amiral Lanxade pour la France ?       <br />
              <br />
       Cette idéologie occidentalocentriste est dangereuse pour la paix. Elle est dangereuse pour l’Europe au sein de laquelle la France affirmait traditionnellement une certaine volonté d’autonomie, pour le bien des autres autant que pour le sien propre. Elle est dangereuse enfin pour la France qui ne peut méconnaître sans graves conséquences à la fois le centre de gravité de ses intérêts et sa vocation universelle. Cette idéologie occidentalocentriste n’épargne malheureusement pas des secteurs importants de la gauche.        <br />
              <br />
       L’idéologie des droits de l’homme, déconnectés des droits des citoyens, constitue une couverture commode pour toutes les dérives expéditionnaires et nous devrions davantage prêter l’oreille à ceux qui, au Sud, voient dans le « devoir d’ingérence » professé par Bernard Kouchner la résurgence d’un état d’esprit colonial ou néocolonial.       <br />
              <br />
       Je vais prendre quatre exemples qui ne m’éloigneront qu’en apparence du sujet de notre Université d’été qui est – je le rappelle – la refondation républicaine de la gauche. Celle-ci en effet ne sera possible que si la gauche rompt avec l’occidentalocentrisme et renoue avec l’universalisme républicain.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">1.	Premier exemple</span> : Etait-il bien judicieux, en septembre 2007, à la Conférence des Ambassadeurs, d’évoquer, comme l’ont fait Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, l’imminence d’une guerre avec l’Iran, alors que Barak Obama, s’il est élu en novembre prochain, évoque publiquement l’idée d’une négociation entre les Etats-Unis et ce pays ? Les expéditions militaires desservent la cause de la non-prolifération nucléaire parce qu’elles donnent un argument de poids aux pays qui veulent se doter d’une arme atomique. L’alignement français sur les positions de M. Bush a évidemment nui à nos intérêts et à notre image dans le monde.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">2.	Deuxième exemple : L’Afghanistan</span>. Le Président de la République a renforcé notre contingent militaire et étendu ses missions, contre la meilleure intuition du candidat  Sarkozy qui ne jugeait pas la contribution de nos forces « décisive » pour la solution du problème afghan. Nous voilà aujourd’hui embarqués dans une croisade pour les valeurs démocratiques, au nom d’une « guerre contre la terreur » proclamée par le Président Bush, concept extrêmement flou qui n’opère pas la distinction nécessaire entre Al Quaïda et les tribus pachtounes qui représentent plus de la moitié des Afghans. L’idée qu’on puisse faire passer l’Afghanistan du Moyen Age au XXIe siècle à coup de bombes plus ou moins téléguidées est évidemment absurde. Les guérillas auxquelles les forces de l’OTAN sont affrontées n’ont pour la plupart rien à voir avec Ben Laden. On ne fera rien en Afghanistan sans s’appuyer d’abord sur le peuple afghan. En attendant, voici nos forces enlisées derrière celles des Etats-Unis dans une zone géographique qui n’a jamais correspondu à nos intérêts géopolitiques, et associées à l’idée pernicieuse d’une « guerre des civilisations ».       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">3.	Troisième théâtre : La Géorgie et le Caucase</span>. On ne peut traiter de cette question complexe en faisant comme si la politique américaine dans cette région n’avait pas pesé lourdement dans le contentieux entre la Géorgie et la Russie et comme si l’Europe n’avait pas des intérêts propres distincts de ceux des Etats-Unis. Le partenariat stratégique avec la Russie est évidemment un enjeu décisif pour l’autonomie de notre continent et pas seulement sur le plan énergétique. Ce qui est en jeu c’est l’autonomie politique de l’Europe et sa capacité à s’affirmer comme un pôle autonome dans le monde de demain. Certes la reconnaissance par la Russie de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie est contraire au droit international mais celle du Kosovo par les Etats-Unis et la plupart des pays de l’Union européenne, ce printemps, ne l’était pas moins. La crise géorgienne démontre la folie que serait une extension de l’OTAN à la Géorgie et à l’Ukraine et l’inconséquence d’un retour de la France dans les structures militaires intégrées de l’OTAN.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">4.	Ce retour dans l’organisation militaire intégrée de l’OTAN serait une quatrième erreur</span>. Une nouvelle guerre froide diviserait notre continent. Elle peut arranger les Etats-Unis : Samuel Huntington dans « Le clash des civilisations », en 1994, n’avait pas dessiné par hasard une frontière entre une soi-disant « civilisation occidentale » et une soi-disant « civilisation orthodoxe ». « Diviser pour mieux régner » a toujours été l’adage des puissances dominantes. Mais les intérêts prioritaires de la France ne sont pas en Mer Noire et encore moins en Caspienne ou en Asie Centrale. Ils sont d’abord là où nous sommes, c’est-à-dire en Europe. Il est dangereux de se laisser entraîner trop loin du centre de gravité de ses intérêts. Il faut accepter que les valeurs universelles de la République puissent être défendues de manière différente selon qu’elles engagent ou non les intérêts fondamentaux du pays. La première mondialisation a sombré dans la première guerre mondiale que la mécanique d’alliances trop rigides a rendue inévitable. Evitons qu’il en aille ainsi de l’actuelle mondialisation américaine et que la France par le biais de l’OTAN ne soit de plus en plus entraînée selon l’expression du Général de Gaulle « dans des guerres qui ne sont pas les siennes ».       <br />
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              <br />
       <b>VI – La gauche et la nation.</b>       <br />
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       La question de l’intérêt national est évidemment au cœur des débats de la gauche. Il y a ceux pour lesquels cette question existe et ceux qui, par légèreté et inconséquence, selon moi, font comme si elle n’existait pas. Je propose donc que la question de la nation républicaine soit mise au cœur du débat sur la refondation de la gauche. Elle sera ainsi fidèle à la pensée de Jaurès. Elle transcendera des clivages dépassés. Clémenceau a été l’homme de la France, mais il était aussi un homme de gauche, et on ne peut plus le démoniser aujourd’hui qu’au nom d’un révolutionnarisme dépassé, comme l’a très bien montré Michel Winnock dans la biographie qu’il lui a consacré. Et De Gaulle, qui se voulait « l’homme de la nation », qui peut contester que la France lui doit, en 1944-45, les avancées sociales les plus décisives qu’elle ait jamais connues ? La gauche, si elle veut devenir hégémonique en France, au plan des idées, doit rompre avec le sectarisme de vues étriquées.       <br />
              <br />
       Elle doit à la fois rassembler et renouer avec les couches populaires dont le patriotisme n’est pas éteint. Ringardise ? Non ! Le patriotisme défini comme l’amour des siens, à la différence du nationalisme qui est la haine des autres, est nécessaire à la renaissance du civisme ! Le sentiment d’appartenance à une identité collective forte est indispensable à l’acceptation de règles définies en commun.       <br />
              <br />
       Notre pays vit une grave crise de société et d’identité. Il doit réapprendre à s’aimer et il ne pourra s’aimer qu’en parlant librement aux autres. La France d’aujourd’hui ne tient plus par grand-chose, sinon par ce qui reste du service public et par l’exceptionnel maillage démocratique de ses communes. Mais combien cela est fragile !       <br />
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       <b>VII – Une gauche de projet</b>       <br />
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       C’est donc d’un sursaut civique et démocratique que peut procéder le redressement. Ce redressement est la tâche qui incombe à une gauche refondée. Si la gauche n’est pas capable de concevoir ce sursaut salvateur, elle ne reviendra pas au pouvoir en 2012, car il ne faut pas sous-estimer Nicolas Sarkozy ou tomber dans un antisarkozysme primaire ; la gauche a besoin d’un projet solide s’inscrivant dans une vision d’avenir et non d’une opposition systématique et quasi pavlovienne qui ferait seulement voir l’inconsistance de ses positions de fond. Je ne prendrai qu’un exemple qui paraîtra mineur : je suggère que nous réfléchissions objectivement sur le RSA (revenu social d’activité). Il est évident que les titulaires du RMI doivent trouver un avantage financier substantiel pour travailler à nouveau. Sinon que répondre à ceux qui vous disent : « Je perdrais de l’argent en reprenant une activité » ?  Il ne m’échappe pas que le RSA peut encourager le travail à temps partiel mais le travail à temps partiel a un effet de socialisation et vaut mieux en définitive que l’inactivité.       <br />
              <br />
       Enfin, le mode de financement, c’est-à-dire la taxation des revenus du capital, va dans le sens que nous avons toujours souhaité, même s’il ne remet pas en cause un « paquet fiscal » que nous avons critiqué en son temps. A ma connaissance il n’a jamais été envisagé à ce jour de faire passer à la caisse les collectivités locales et nous y serions évidemment opposés. Il me semble que dans notre manière de nous opposer, il doit y avoir une préfiguration de ce que sera notre action future. Si nous disons non à tout, c’est qu’en fait nous ne proposons rien. Soyons donc capables de dire oui à ce que nous réclamons nous-mêmes et mettons quelquefois  en œuvre dans certains départements.       <br />
              <br />
       Refusons la démagogie et travaillons dès maintenant à construire une opposition responsable. La responsabilité n’est nullement exclusive d’une grande ambition.       <br />
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              <br />
       <b>VIII – Une refondation à la fois nationale, européenne et mondiale.</b>       <br />
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       J’en viens aux perspectives de la refondation de la gauche. Le débat sur ce sujet ne fait que commencer. Je n’ignore rien des rivalités de boutique et des objections que suscite la création d’un grand parti de toute la gauche. Il faut un évènement qui fasse électrochoc. Nous avons des divergences ? La belle affaire ! Elles peuvent, je le crois, se régler par le débat dès lors que les questions de fond auront été abordées.       <br />
              <br />
       Permettez-moi d’abord une observation : Le parti socialiste est certes la formation la plus nombreuse à gauche, mais elle est loin d’être majoritaire dans le pays. Et il ne lui sert à rien de dominer à gauche, si la gauche est durablement confinée dans l’opposition. Il faut un électrochoc ! Peu importe, à la limite,  la structure : nouvelle formation, fédération, confédération. Ce qui est important c’est d’affirmer un dessein pour la France, c’est d’organiser le retour de la France en Europe et dans le monde. C’est ce débat-là qu’il faut lancer, sur le fond des choses ! La crise de la globalisation libérale nous offre la chance de proposer ce nouveau dessein :       <br />
              <br />
       -	Refondation des institutions internationales pour un monde multipolaire et pacifique, régi par le droit.       <br />
       -	Organisation d’un nouveau « New-Deal » à l’échelle mondiale pour concilier le progrès social dans les anciens pays industriels, l’émergence des grands pays du Sud et la construction d’Etats dignes de ce nom, dans les pays qu’on dit « les moins avancés ».       <br />
       -	Réorientation de la construction européenne au plan monétaire, industriel et social, ce qui implique un changement de cap politique en Allemagne, auquel la gauche française devrait s’intéresser davantage. Nous avons une occasion historique de refonder la gauche à la fois au niveau français, européen et mondial. Prenons pleinement conscience de l’épuisement du capitalisme financier qui a été l’horizon de toutes les politiques économiques depuis vingt-cinq ans. La négligence des questions industrielles, sociales, environnementales aussi bien que des enjeux de long terme que seuls les Etats peuvent maîtriser, ne peut plus durer ! L’OMC doit être cantonnée à un rôle d’arbitre entre plusieurs zones régionales d’intégration commerciale. Les déséquilibres sociaux, environnementaux et monétaires doivent être pris en compte dans les règles du commerce international. A défaut, l’Union européenne doit rétablir une préférence communautaire. Le FMI doit être absorbé dans la Banque Mondiale qui doit financer les infrastructures des pays les plus pauvres, à commencer par l’Afrique. Les statuts de la BCE doivent être modifiés, un gouvernement économique de la zone euro institué. Le paquet fiscal doit être abrogé. Les ressources dégagées iront aux investissements nécessaires dans l’économie de la connaissance. L’encadrement législatif des relations sociales doit veiller au rôle des représentants des salariés. Bref, la gauche doit changer d’horizon, et s’affranchir du capital financier.       <br />
       -	Enfin en France même elle doit susciter une renaissance républicaine, comme celles que notre pays a connues à la fin du XIXe siècle ou après la deuxième guerre mondiale.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>IX – Des primaires à gauche</b>       <br />
              <br />
       Faisons d’abord lever ce débat ! la Fédération ou la Confédération de toute la gauche n’organiserait-elle pas de vastes primaires à gauche en 2011, largement ouvertes à tous les militants et sympathisants ? J’entends dire que cette ouverture qui réussit assez bien aux Etats-Unis ferait perdre au parti socialiste son rôle directeur. Mais c’est une vue étroite des choses. Il faut sortir de l’esprit de boutique et parler au pays. Je crois que celui-ci est prêt à entendre un langage audacieux qui lui apprendrait à penser à nouveau collectivement et à comprendre ce que le mot « peuple » veut dire.       <br />
              <br />
       Ce que le regard collectif a défait, comme l’a montré Patrick Quinqueton, la « classe ouvrière », le « citoyen », le regard collectif doit le retrouver : le « peuple en corps », c’est-à-dire l’ensemble des citoyens, à nouveau convoqués à l’existence politique.       <br />
              <br />
       C’est cela que nous avons à réinventer : « le peuple français » d’abord mais aussi le peuple français s’adressant à une Europe des peuples, capable d’exister par elle-même et de parler au monde entier ; c’est cette ambition et le regard qui manquent aujourd’hui à la gauche. Il est temps de les lui redonner. Nous n’y parviendrons pas seuls, mais au moins nous pouvons, seuls s’il le faut, témoigner de cette exigence !       <br />
              <br />
       Nous aiderons ainsi le peuple français à se retrouver et à poursuivre son Histoire, dans une Europe renouvelée, une Europe des peuples, qui pourra, elle, être aussi un pôle dans le monde de demain, un pôle nécessaire, indispensable au dialogue des nations et des cultures. Voilà un projet exaltant et réaliste à la fois. Il faudra l’incarner car nous ne pouvons pas laisser plus longtemps la gauche en déshérence.       <br />
              <br />
       Courage donc camarades, imagination et détermination ! Croyons en la France, croyons en notre capacité d’action collective, croyons en l’avenir du peuple français !
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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 	<itunes:author>Chevenement.fr</itunes:author>
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   <title>Chevènement (MRC): «il est temps que le PS se reprenne»</title>
   <updated>2008-08-31T20:44:00+02:00</updated>
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   <category term="Actualités" />
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   <published>2008-08-31T20:39:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
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    <![CDATA[
Dépêche AFP, dimanche 31 août 2008, 17h17.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1023054-1285529.jpg?v=1289480039" alt="Chevènement (MRC): «il est temps que le PS se reprenne»" title="Chevènement (MRC): «il est temps que le PS se reprenne»" />
     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républician et citoyen (MRC), a exorté dimanche le PS à &quot;se reprendre&quot;, estimant que lors de son université d'été à La Rochelle &quot;il a donné le sentiment de se désintéresser des questions de fond&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;Le PS a donné le sentiment de se désintéresser des questions de fond, qu'il s'agisse de la crise économique mondiale ou des risques d'une nouvelle guerre froide sur notre continent&quot;, a déploré M. Chevènement dans un communiqué.       <br />
              <br />
       En outre, selon lui, &quot;le débat sur l'Europe qui avait traversé le parti socialiste lui-même, a été refermé&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;Il est temps que le PS se reprenne pour refonder la gauche sur des bases républicaines et offrir au peuple français une alternative véritable au fondamentalisme de marché dont l'échec est partout visible&quot;, a-t-il conclu.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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