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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-08-13T21:04:02+02:00</updated>
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   <title>Face à la crise, le retour du politique</title>
   <updated>2009-04-07T17:16:00+02:00</updated>
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   <category term="Actualités" />
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   <published>2009-04-07T17:16:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Article de Jean-Pierre Chevènement, paru dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, avril 2009.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1313167-1728234.jpg?v=1289480068" alt="Face à la crise, le retour du politique" title="Face à la crise, le retour du politique" />
     </div>
     <div>
      Finie l’ère du tout marché, du principe de la concurrence libre et non faussée, de l’interdiction des aides d’Etat, de la prohibition des déficits et des endettements excessifs ! Depuis l’automne 2008, la « main invisible » censée réaliser l’optimum social pourvu que l’autorité publique ne s’en mêlât point n’inspire plus confiance. Les dieux du Marché sont tombés de leurs autels. Les grands prêtres se sont tu. La foule qui se prosternait à l’énoncé de vérités éternelles qui tombaient de leurs bouches a déserté leurs temples.       <br />
              <br />
       L’Etat est revenu avec ses gros sabots pour assurer plans de refinancement et plans de relance face à la dépression. C’est celle-ci qui a conduit, en catastrophe, les politiques, libéraux de doctrine ou fraîchement convertis, à changer de pied devant les foules éberluées.       <br />
              <br />
       « A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ». C’est par centaines de milliards de dollars ou d’euros que s’énoncent les plans destinés à sauver les banques de la faillite. Les pays anglo-saxons ne reculent pas devant les nationalisations. D’autres, de tradition moins libérale, comme la France, se bornent paradoxalement à prêter à leurs banques à des taux presque usuraires pour qu’elles continuent de financer l’économie à des taux bien inférieurs. Comprenne qui pourra : La plus grande de nos banques par exemple qui continue de déclarer des bénéfices, s’endette à grands frais auprès de l’Etat et rachète dans le même temps des activités bancaires dans les pays voisins. Dans tout cela flotte comme un air d’improvisation. Les doctrinaires du désendettement public viennent maintenant expliquer qu’il y a « la bonne dette » à côté de la mauvaise, et que l’explosion des déficits n’est en fait qu’une illusion d’optique. Après les plans de refinancement viennent les plans de relance, dont l’effet paraît nul, tant le bruit sourd d’un effondrement continu monte des profondeurs de l’économie : deux millions et demi d’emplois supprimés aux Etats-Unis en quelques mois. Un million de chômeurs supplémentaires en Espagne en moins d’un an. En un trimestre, les ventes et la production d’automobiles plongent presque partout de 40 %.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Une chose cependant devrait frapper les esprits : si leurs effets ne sont pas encore visibles, les plans de relance ont été annoncés partout par les autorités nationales, à l’instar des Etats-Unis. En Europe, c’est le Président en exercice de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, qui a pris l’initiative de lancer son plan à travers une instance qui ne s’était jamais encore réunie, le G4, c’est-à-dire les quatre principales économies européennes, puis le G16, instance tout aussi improvisée puisqu’elle consistait à faire entrer la Grande-Bretagne dans l’Eurogroupe. Il en a résulté deux choses : un montage qui juxtaposait les plans nationaux et qu’approuva in fine l’Union à vingt-sept, et enfin l’initiative d’un G20 imposée à un G.W. Bush finissant. Il est vrai qu’une relance coordonnée répondait à l’intérêt bien compris des Etats-Unis. Dans cette affaire, non seulement Nicolas Sarkozy, mais aussi Gordon Brown et l’Administration américaine elle-même, ont donné l’exemple d’une réactivité inattendue de la part de dirigeants présumés libéraux. C’est en tout cas dans le cadre national que des décisions d’une ampleur jamais vue depuis des décennies ont été prises. L’Union à vingt-sept et le G20 n’ont été que de vastes mises en scène. De bout en bout, les décisions ont été nationales, y compris dans l’Allemagne de Mme Merkel, au départ la plus réticente à agir dans un cadre européen ou même tout simplement multilatéral. Les décisions ont été nationales pour une raison toute simple : la nation reste le seul cadre démocratique où des gouvernants appuyés sur l’opinion publique et sur le Parlement ont la légitimité pour agir avec force à l’échelle requise. La Commission européenne a disparu dans un trou de souris. Le FMI fait des communiqués. Les textes européens ont été « suspendus ». Le retour du  politique s’est donc fait dans un cadre national. Seuls jusqu’alors des responsables politiques portés sur la théorie, c’est-à-dire isolés, avaient osé soutenir que les marchés financiers n’étaient pas l’horizon de l’humanité mais que les peuples et les nations restaient les permanences de l’Histoire. Depuis près de trois décennies, la « doxa » libérale avait réussi à diaboliser l’intervention de l’Etat dans l’économie et à ringardiser l’idée même d’une politique industrielle. Mais dans l’immense désarroi qui s’est emparé des esprits après la chute des géants de la finance de Wall Street, on s’est tourné d’emblée et comme instinctivement, vers les pouvoirs qui trouvaient leur source dans le vouloir-vivre des nations. Celles-ci qu’on avait démonisées comme l’origine des pires fléaux, retrouvaient leurs couleurs. Certes il ne s’agit pas d’un retour au nationalisme, perversion de l’idée de nation, mais simplement de la réaffirmation du rôle démocratique des nations qui, au début du XXIe siècle, partagent d’ailleurs les mêmes valeurs et les mêmes principes.        <br />
              <br />
       Le retour à la nation a des raisons plus prosaïques : C’est qu’il allait falloir payer. On se tournait vers le citoyen. On se tournait aussi vers le contribuable. Seul l’Etat en effet pouvait offrir une garantie pour les prêteurs. Lui seul paraissait assez armé pour tirer des traites sur l’avenir.       <br />
              <br />
       Mais quel avenir ? Arrivés à ce point, les thuriféraires du libéralisme hésitent. Leur voix tremble. Ils veulent se rassurer. Il ne saurait, bien évidemment, à leurs yeux, n’être question que d’ouvrir une « parenthèse interventionniste » comme il y eut pour d’autres, jadis, en 1983, une « parenthèse libérale ». Ils se refusent encore à réglementer, à prendre des participations publiques au capital des entreprises, à fixer des plafonds aux rémunérations. Ils préfèrent s’en remettre aux codes de bonne conduite qu’on laisse aux patrons le soin d’élaborer. La faiblesse de cette position commence à apparaître.       <br />
              <br />
       Car on devine que la crise sera longue et profonde. Immenses sont les problèmes qui restent irrésolus : réglementation des <span style="font-style:italic">hedge funds</span> et des banques en général, prohibition des paradis fiscaux, politique des revenus, parités monétaires, programmes publics et politiques industrielles capables de soutenir une relance enfin efficace, etc.       <br />
              <br />
       Le retour du politique prendra du temps, lui aussi. Il s’avance à tâtons et ne sait encore la forme qu’il prendra. Une chose est sûre : il faudra inventer ou réinventer l’Etat, développer les capacités d’anticipation, de prévision et de programmation, articuler le renouveau du civisme à de nouvelles formes de patriotisme, trouver des formes de coordinations encore inédites à l’échelle internationale, penser une Europe à géométrie variable, des institutions économiques et monétaires mondiales, associant aux vieux pays riches les puissances émergentes, sans oublier – espérons-le – les pays qui n’émergent pas.        <br />
              <br />
       Surtout il faudra donner forme humaine au retour du politique : recréer l’espoir en pensant le monde avec trente ans d’avance. Déjà on devine que d’immenses investissements sont nécessaires pour préparer l’après-pétrole, limiter l’émission de gaz à effet de serre, nourrir l’humanité, économiser les biens rares : eau, air, sols, et que l’idée de service public garde toute sa force pour faire de la santé, de l’éducation, de la culture et de la recherche les vraies priorités du développement humain. Ces priorités, pourtant incontestables, ne s’imposeront pas d’elles-mêmes. Pour dépasser les concurrences et les tensions inévitables et préparer un monde réellement meilleur, on ne fera pas l’impasse des luttes et de la conscience, bref de ce qu’on appelle « la politique ».       <br />
              <br />
       ----------       <br />
       <a class="link" href="http://www.aaeena.fr/publications.php?c=2&amp;magNum=62">Voir le sommaire de la revue</a> de l'ENA, dont le dossier est &quot;Le monde face à la crise&quot;.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Face-a-la-crise-le-retour-du-politique_a790.html" />
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   <title>Mieux que la social-démocratie : la République</title>
   <updated>2009-04-07T16:40:00+02:00</updated>
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   <category term="Actualités" />
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   <published>2008-07-02T12:10:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Article de Jean-Pierre Chevènement, paru dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, mai 2008.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/979338-1221532.jpg?v=1289480135" alt="Mieux que la social-démocratie : la République" title="Mieux que la social-démocratie : la République" />
     </div>
     <div>
      <span style="font-style:italic">La social-démocratie en France n’a pas de réalité organisationnelle.</span>       <br />
              <br />
       La République en France plonge ses racines dans l’événement fondateur de la Révolution française.       <br />
              <br />
       La relation à la République du mouvement ouvrier naissant au XIXe siècle n’a pas été simple. A deux reprises en effet – en 1848 et en 1871 – la République libérale a pris le visage de la répression. Ce divorce initial s’inscrira durablement dans le paysage institutionnel. La Charte d’Amiens, en 1902, proclamera l’apolitisme, ou en tout cas la réserve des syndicats par rapport aux partis. Dans le même temps, en 1905, l’unification socialiste se réalisera, au sein de la SFIO, sur une base idéologique précise : la synthèse opérée par Jaurès entre l’idée républicaine et la pensée marxiste.       <br />
              <br />
       Si Jaurès avait anticipé le rôle des réformes sociales pour combler le fossé entre la classe ouvrière et la République, il faudra attendre le Front Populaire puis la Libération pour réaliser la fusion du mouvement social et de l’idée républicaine. Et cette fusion procède moins de la lutte syndicale que d‘une victoire électorale d’abord, en 1936, et surtout du programme du Conseil National et la Résistance à la Libération. Politique d’abord, cette conception est celle de la République, non celle de la social-démocratie. Celle-ci, en France, n’a pas de réalité, au plan de l’organisation.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <span style="font-style:italic">Social-démocratie et partage de la valeur ajoutée</span>       <br />
              <br />
       L’hégémonie des idées social-démocrates devint manifeste en Europe, tout au long des trente glorieuses, c’est-à-dire dans une période où le rapport des forces à l’échelle mondiale favorisait les intérêts du monde du travail : victoire en 1945 du New-Deal mais aussi du communisme. Les partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe de l’Ouest surent monnayer efficacement la crainte du communisme et leur ralliement à l’atlantisme, en avantages sociaux sonnants et trébuchants au bénéfice du monde du travail. Si on entend par social-démocratie non pas une organisation liant les syndicats et un parti politique comme en Suède, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, mais un partage de la valeur ajoutée favorable aux salariés et au monde du travail, on peut dire que la IVe République aussi bien que le gaullisme et le pompidolisme furent sociaux-démocrates à leur manière.       <br />
              <br />
       Ce pacte se défit progressivement à partir du milieu des années 70 et jusqu’au début des années 90 avec le triomphe de la « globalisation : l’ouverture généralisée des marchés sous l’égide du néo-conservatisme libéral anglo-saxon et de l’Hyperpuissance américaine.       <br />
              <br />
       Dans ce contexte, le modèle républicain français va être mis à rude épreuve. Sommée par l’Europe de remettre en cause, au nom du principe de la « concurrence libre et non faussée », le compromis social né du programme du CNR, la France donnera toujours l’impression d’être en retard d’une guerre. Ce n’est pas le moindre paradoxe de la période de voir les socialistes au gouvernement présider, à partir de 1983, au grand renversement du partage entre les salaires et les profits. L’intérêt général et l’intérêt du monde du travail semblent diverger, même si la gauche essaie de limiter le creusement des inégalités par la progression de l’assistance sociale (RMI – CMU – APA, etc.).       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Face à la mondialisation, la refondation républicaine de la gauche</span>       <br />
              <br />
       Quel peut être le rôle de la gauche (on a vu que la social-démocratie, en France, n’existe pas) face à la mondialisation ? Et que reste-t-il du modèle républicain dans une Europe contrainte à s’ouvrir et à subir aussi bien la loi du moins disant social dans les pays à bas coûts salariaux, que l’hégémonie monétaire destructrice du dollar ?       <br />
              <br />
       Poser la question c’est y répondre : la République française a accepté par le traité de Lisbonne de ne pas remettre en cause des règles du jeu sociales, commerciales, monétaires, que pourtant le peuple français avait rejetées le 29 mai 2005. Elle est donc prisonnière, pour l’heure, d’un équilibre géopolitique qui fait dépendre des évolutions intérieures allemandes (politiques, syndicales, patronales) une réorientation d’ensemble de la construction européenne qu’impose le développement de la crise financière mondiale.       <br />
              <br />
       Ce serait désespérer de la République que de la voir durablement condamnée à l’impuissance. La gauche ne fera pas l’économie d’une refondation républicaine. C’est en se battant contre la domination du capital financier et pour de nouvelles règles du jeu à l’échelle française, européenne et mondiale que la gauche retrouvera de l’espace, jettera les bases d’un nouveau compromis social, favorisant le monde du travail, et s’ancrera à nouveau dans les couches populaires.. Ainsi la gauche aurait grand tort de prendre congé de l’idée républicaine, car c’est dans la conscience civique – en France mais pas seulement – que réside l’espoir d’un nouveau cours.       <br />
              <br />
       Le fil de l’Histoire n’a pas été définitivement tranché par la ratification, par voie parlementaire, du traité de Lisbonne. La souveraineté populaire, qui est une autre définition de la République, n’a pas encore dit son dernier mot.       <br />
              <br />
       ----------       <br />
       Voir le <a class="link" href="http://www.aaeena.fr/publications.php?c=2&amp;magNum=54">sommaire</a> de la revue de l'ENA, dont le dossier est &quot;Quel avenir pour la social-démocratie ?&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  </entry>
  <entry>
   <title>L’avenir européen de l’idée républicaine</title>
   <updated>2009-04-07T16:39:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/L-avenir-europeen-de-l-idee-republicaine_a452.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2007-10-23T12:41:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Article de Jean-Pierre Chevènement pour L’Ena hors les murs (revue des anciens de l'ENA), La République, n° 375, octobre 2007.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/754949-924049.jpg?v=1289480120" alt="L’avenir européen de l’idée républicaine" title="L’avenir européen de l’idée républicaine" />
     </div>
     <div>
      Si la République se définit d’abord par la souveraineté du Peuple, il se pourrait bien qu’elle nous divise aujourd’hui plus qu’elle ne nous réunisse. En effet, loin des consensus mous qui nous font si souvent communier dans la religion de l’existant (la République identifiée au suffrage universel) ou bien dans la bienpensance (la « Constitution européenne  » prématurément intégrée à notre Constitution), la République est d’abord une exigence de responsabilité civique. Le citoyen est une parcelle du Souverain et la citoyenneté s’apprend. C’était le rôle de l’Ecole publique d’« éduquer à la liberté », dans un espace laïque où la seule religion était celle de l’intérêt commun. La citoyenneté demande à chacun d’oublier son intérêt particulier pour se hausser à la hauteur de l’intérêt général.        <br />
              <br />
       Or, que reste-t-il de ce modèle qui met l’intérêt commun et la Raison au cœur de la République, quand celle-ci cesse de s’identifier à la communauté nationale, cadre naturel du débat démocratique, qu’en conséquence la grande majorité des règles qui nous régissent sont élaborées dans des instances européennes très largement déconnectées du suffrage universel et qu’enfin le « marché » (ou « la concurrence »), en fait et en droit, impose sa loi ? Que reste-t-il de la « volonté générale » dont Rousseau avait formulé la théorie, quand « les marchés » et le droit européen imposent leur primauté ? Le verdict du marché au jour le jour ne saurait en effet s’identifier à l’intérêt général parce que le marché ne connaît pas le long terme et qu’aussi bien l’économie ne saurait absorber le politique. Au-dessus du marché, il y a le citoyen. La loi n’est l’expression de la volonté générale, que si le peuple dont elle émane conserve sa souveraineté, c’est-à-dire une raisonnable autonomie. C’est cette difficile équation que le nouveau Président de la République, grand adepte du volontarisme en politique, prétend résoudre.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Or, nous nous trouvons aujourd’hui emportés dans une « globalisation » qui nous échappe : ainsi la crise de l’immobilier américain, dernière péripétie d’une crise américaine beaucoup plus profonde, fragilise l’ensemble du système financier mondial, annonçant sans doute une récession qui risque de bouleverser toutes les prévisions et de remettre en cause, en France, les engagements pris devant le peuple au printemps dernier. Mais redoublant la pression des « marchés », ce sont les institutions européennes, conçues il y a cinquante ans mais appliquées aujourd’hui dans le contexte d’une mondialisation sans règles, qui paralysent et contrarient de plus en plus l’expression d’une volonté générale qui n’aurait de sens que dans un projet d’autonomie identifié au dessein d’une « Europe européenne », comme aurait dit le général de Gaulle, c’est-à-dire capable d’exister et de vouloir par elle-même. Une telle « Europe européenne » serait l’alliée des Etats-Unis certes, mais refuserait l’inféodation à une Hyperpuissance qui cherche à perpétuer sa domination par une perpétuelle fuite en avant en matière économique, monétaire, diplomatique et militaire.       <br />
              <br />
       L’idée républicaine en France, telle qu’elle s’est affirmée depuis deux siècles, est inséparable de l’existence de la nation française. Que la nation s’effondre – on l’a vu de 1940 à 1944 – et la République s’affaisse avec elle. Or, le développement de la construction européenne sur des bases « libérales » qui en font le simple relais d’une globalisation voulue avec constance depuis plus d’un demi-siècle par les Etats-Unis et de plus en plus déséquilibrée aujourd’hui par la montée de l’Asie, sape les fondements mêmes du modèle républicain français. On le constate depuis 1995 sinon 1983, à travers la politique monétaire, financière, commerciale, industrielle et même la diplomatie : la décision échappe de plus en plus à ceux qui nous gouvernent. Au sein de l’Union européenne à vingt-sept, nous sommes enserrés dans un réseau de contraintes qui frappe de plus en plus de caducité toute volonté politique propre. La crise de confiance vis-à-vis du politique en a été le résultat naturel.       <br />
              <br />
       Le traité européen « modifié », en cours de négociation, non seulement ne change rien au contenu des textes précédents (Rome, Maastricht, Amsterdam, Nice) qui demeurent, mais il reprend la « substance » de la « Constitution européenne » pourtant rejetée par le peuple français sans aucune contrepartie de nos partenaires, notamment allemands, quant aux statuts de la Banque Centrale européenne et à un gouvernement économique de la zone euro. Ce traité « modifié », dont le seul avantage est de ne plus s’appeler « Constitution », nous enfoncera encore plus dans l’ornière, en renforçant les entraves qui brident nos initiatives. Dois-je rappeler que les deux candidats de second tour à l’élection présidentielle du printemps dernier, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, s’étaient engagés à dépasser le clivage du « oui » et du « non », au référendum du 29 mai 2005, sur le projet de Constitution européenne ? Que reste-t-il aujourd’hui de ces velléités ? Une alouette, un cheval : je pense non seulement aux orientations de la politique monétaire telle qu’elle est définie, « en toute indépendance », par la Banque Centrale européenne mais aussi à l’extension du vote à la majorité qualifiée, à la rupture de l’égalité de vote au Conseil entre l’Allemagne et la France, aux prérogatives accordées au Haut Représentant de l’Union pour la politique extérieure et enfin à l’extension  de la jurisprudence européenne sur la base de la Charte des Droits fondamentaux.       <br />
              <br />
              <br />
       Il semble avoir échappé, depuis longtemps, à nos dirigeants, de droite comme de gauche, qu’après la chute de l’URSS, l’élargissement inévitable jusqu’à un certain point de l’Union européenne à l’Est allait créer un espace germanocentré, où le rôle de la France irait inévitablement en s’affaiblissant. La volonté politique exprimée par le peuple français n’a plus qu’un poids relatif au Conseil, à la Commission et au Parlement européen. A l’inverse, l’Allemagne, suivie d’une nombreuse cohorte d’Etats ralliés d’avance à ses intérêts, dispose d’une minorité de blocage naturelle et peut constituer, sans difficulté, des majorités favorables à ses intérêts ou tout simplement à ses conceptions.        <br />
              <br />
       Bien entendu les intérêts de la France et de l’Allemagne ne sont plus aujourd’hui aussi antagonistes qu’ils l’ont été dans le passé, même si la volonté affirmée de deux Présidents américains successifs (George Bush et Bill Clinton) de créer avec l’Allemagne un partenariat privilégié (« partnership in the leadership ») visait à enfoncer un coin entre nos deux pays. On peut penser, au contraire, que les contraintes géopolitiques et le rétrécissement objectif de l’Europe, dans le monde actuel, favoriseront à long terme une véritable « solidarité de destin » entre nos deux peuples. Mais cela suppose qu’ils s’entendent sur un intérêt européen commun et qu’aucun ne veuille imposer son modèle à l’autre. Or, le modèle allemand (industrie bien positionnée et tirée par l’exportation sur le marché mondial, monnaie forte, démographie vieillissante et donc moindre besoin de croissance, tropisme atlantiste résultant de l’Histoire autant que d’une volonté de défense limitée) diverge d’avec le modèle français (économie de plus en plus orientée vers les services, faiblesse relative du tissu industriel, commerce extérieur déficitaire, tropisme plus méditerranéen et africain que vers l’Est européen, besoin d’une croissance forte, compte tenu d’une démographie plus prolifique, tradition d’indépendance notamment sur le plan militaire). Cette divergence des modèles économiques est encore redoublée par celle des modèles politiques (Etat nation centralisé fondé sur la citoyenneté et la souveraineté nationale d’un côté, fédération fondée sur le principe de subsidiarité de l’autre).       <br />
              <br />
       Cette divergence des modèles a pu être surmontée dans le passé grâce à une volonté politique forte et à un équilibre qui favorisait relativement la France. Cette situation est révolue. La France n’a pas d’allié « structurel » au sein de l’Europe à vingt-sept. Chaque pays cherche plutôt à trouver le meilleur compromis avec le partenaire le plus puissant, c’est-à-dire avec l’Allemagne, qui se trouve ainsi au « centre du jeu ». On l’a vu avec la réunion à Madrid des dix-huit pays qui avaient approuvé le projet de « Constitution européenne », réunion dont le but était clairement d’isoler la France en pleine campagne présidentielle.       <br />
              <br />
       La France est une vieille nation. Elle a hérité d’une diplomatie mondiale. Elle seule sur le continent est membre permanent du Conseil de Sécurité et dispose d’une dissuasion nucléaire. C’est cette « exception » que la plupart des autres pays supportent de moins en moins bien. Leur problématique particulière consiste d’abord, pour la plupart d’entre eux, à rattraper leur retard économique. Les autres, historiquement plus avancés (Grande-Bretagne, Suède, Danemark, Pays-Bas), se tiennent de plus en plus à l’écart. Le thème de « l’Europe des régions » traduit bien ce tropisme vers le « développement local » et cet éloignement de la politique mondiale pour laquelle l’habitude s’est prise de s’en remettre aux Etats-Unis.       <br />
              <br />
       Les règles institutionnelles européennes contrarient les initiatives politiques que l’Etat français pourrait prendre. Le modèle français, éminemment politique, et qui fait naturellement une large place à l’intervention de la Puissance publique est en porte-à-faux dans une construction elle-même fondée sur la concurrence et la subsidiarité et où le « débat républicain » n’a pas sa place. Deux idées se confrontent ainsi : l’idée républicaine portée par la nation française et qui rencontre des échos dans les autres nations et l’idée d’un « Saint Empire » post-moderne. Celui-ci n’est pas une Fédération, car il n’y a pas de « nation européenne » qui puisse le fonder et les nations existantes n’en veulent d’ailleurs pas. Ce Saint Empire n’est pas chrétien. Sa religion est le marché mais la bienpensance imprègne sa Charte des droits fondamentaux sur laquelle s’appuiera la Cour de Justice de l’Union européenne pour « dire le droit ». Il crée un espace « post-républicain », régi par des normes ou des décisions qui émanent d’autorités indépendantes (Banque Centrale, Commission en matière de concurrence, Cour de Justice de l’Union européenne) entièrement déconnectées du suffrage universel. Le Parlement européen, enfin, n’exprime aucune « volonté générale » européenne, faute qu’il existe un « peuple européen ». Ce « Parlement » joue essentiellement un rôle de légitimation.       <br />
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       L’avenir de cette construction est contenu dans celui de la globalisation. Ou bien, si l’Allemagne joue le jeu du leadership partagé que les Etats-Unis lui proposent,  cette Europe germanocentrée fournira aux Etats-Unis la béquille dont ils ont besoin pour remédier à leur influence déclinante. La République se dissoudra alors dans l’Empire. « Finis Franciae ».       <br />
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       Ou bien la crise qui est devant nous conduira les principales nations européennes à fonder une Confédération de nations indépendantes, capable de se protéger des secousses internationales et des concurrences déloyales par des politiques communes adaptées en matière monétaire, commerciale, industrielle ou de défense. C’est dans le cadre d’une « Europe européenne » englobant ses partenaires stratégiques (Russie et espace russophone, monde arabe, Turquie) et capable de défendre ses intérêts propres que la République française peut survivre et s’épanouir, car la volonté populaire doit trouver un cadre dans lequel elle puisse s’exprimer et se reconnaître. Cette « République européenne » (1) implique une France résistante, capable d’impulser dans la durée une pédagogie politique ambitieuse : sortir les nations européennes – y compris la nôtre – de leur provincialisme et leur apprendre à « penser mondial ». Faire une « Europe européenne », tel est aujourd’hui, selon moi, la vocation de la France et le sens du combat républicain. Cette « République européenne des nations » loin de déboucher sur « un monde multipolaire antagoniste … dérivant vers le choc de politiques de puissances », comme a semblé le craindre le Président de la République dans son récent discours aux Ambassadeurs, est la seule capable, à mes yeux, de retenir l’Hyperpuissance sur la pente des tentations de la démesure auxquelles elle cède naturellement, en politique intérieure (déficit, dollar, crédit) comme en politique extérieure (Moyen-Orient), dès lors qu’aucune volonté ne se manifeste en dehors d’elle, pour y faire contrepoids.       <br />
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       1 Jean-Pierre Chevènement, <a class="link" href="http://astore.amazon.fr/chevenement20-21/detail/2213630836">La faute de Monsieur Monnet</a>, Fayard, 2006.       <br />
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       <a class="link" href="http://www.aaeena.fr/publications.php">Voir la présentation de la revue L’Ena hors les murs</a>
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