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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-06-13T21:06:30+02:00</updated>
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   <title>"Conversion républicaine"</title>
   <updated>2015-01-30T12:18:00+01:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2015-01-23T12:58:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Tribune de Jean-Pierre Chevènement, parue dans Marianne le 22 janvier 2015.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/7384417-11371344.jpg?v=1422014941" alt=""Conversion républicaine"" title=""Conversion républicaine"" />
     </div>
     <div>
      Le peuple français s’est mis debout, le 11 janvier 2015, pour dire son attachement à la République. D’abord à un mode de vie fondé sur la liberté et particulièrement celle de s’exprimer, bref à une civilisation. Il a refusé le chantage à la peur que prétend exercer sur lui un terrorisme d’un autre âge.  Mais ce sursaut républicain devra s’inscrire dans la longue durée. En effet, nous n’éradiquerons pas facilement ce terrorisme là, qui se développe à l’intersection des plaies de notre société et des conflits qui frappent le monde musulman (1200 millions d’hommes et de femmes). Il faudra des années, voire des décennies, pour y parvenir.       <br />
              <br />
       La raison en est simple : Pour venir à bout du terrorisme, il faut le couper de sa base potentielle. Aucune action policière, si efficace qu’ait été celle qui a été conduite et si nécessaire soit-elle dans les temps à venir, ne peut se substituer à cet axe stratégique fondamental.        <br />
              <br />
       Les pays européens ont connu des mouvements terroristes dans les années 1970-1980 (Fraction armée rouge, Brigades rouges, Action directe). Ces mouvements ont échoué parce que les masses ouvrières dont ils se réclamaient ne se reconnaissaient  nullement dans leurs méthodes et dans leurs objectifs.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Il en va différemment avec le djihadisme armé. Celui-ci prétend imposer par la terreur – et d’abord aux musulmans – son identité politico-religieuse totalitaire, basée sur le retour à l’Islam des origines. Il naît du salafisme, lui même encouragé par le wahabisme. L’explosion de la richesse pétrolière dans les pays du Golfe depuis le début des années 1970 a fait basculer vers ceux-ci le centre de gravité du monde arabe et d’une partie du monde musulman. Sous l’influence de leurs « fondations », l’influence du salafisme a grandi partout, des confins pakistanais au Sahel africain, en passant par le cœur du monde arabe, le Machrek. Al Quaïda est née comme une projection du Moyen-Orient sur l’Afghanistan. Daesh est d’abord le fruit vénéneux de la politique américaine vis-à-vis de l’Irak.  Mais nos banlieues elles-mêmes ne sont pas épargnées. Les conflits du Moyen-Orient, favorisés par le non règlement du problème israélo-palestinien depuis plusieurs décennies et attisés par un interventionnisme occidental à courte vue (Irak, Libye, Syrie), ont malheureusement l’avenir devant eux : on n’assèchera pas facilement le terreau des conflits dans le monde arabo-musulman. Peut-être pourrons-nous aider à préserver le Maghreb.        <br />
              <br />
              <br />
       Prévisible depuis longtemps [1], le conflit qui frappe la France à son tour  s’alimente à deux sources : la perte de repères d’une jeunesse précarisée et le sentiment d’injustice et de persécution que le monde musulman éprouve à tort ou à raison à l’endroit du monde occidental. A raison, parce que l’interventionnisme paré de prétextes humanitaires hypocrites a trop souvent pris le relais du colonialisme. Mais à tort aussi dans la mesure où l’Islam, tenté il y a un siècle par la réforme (la « Nadha ») ne l’a pas vraiment réalisée, n’acceptant pas un rapport libre à la religion qui dégagerait en lui d’immenses potentialités. Malek Chebel rappelle un hadith du Prophète : « Allah a voulu se faire connaître. Il a créé le monde pour que l’Homme, saisi de sa Sublime Beauté, puisse le vénérer à sa guise » [2].       <br />
              <br />
       Faire de l’Islam en France un Islam éclairé qui rayonnerait dans le monde musulman, telle était l’intuition de Jacques Berque. Elle m’a inspiré, en 1999, le lancement d’une consultation (« Istichara ») ouverte à toutes les sensibilités musulmanes présentes sur notre sol (y compris l’UOIF et le Tabligh). Toutes ont contresigné une déclaration portant sur les principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les Pouvoirs publics et le culte musulman en France [3] (laïcité, séparation de l’Eglise et de l’Etat égalité homme-femme, etc.). Sans doute certains problèmes – la formation des imams - sont restés pendants mais, aujourd’hui, les musulmans disposent dans la plupart de nos villes de lieux de cultes dignes. Un Islam compatible avec la République doit pouvoir combattre et isoler les tentations de djihadisme armé de quelques voyous égarés.       <br />
              <br />
              <br />
       Ce terrorisme djihadiste frappe d’abord les musulmans. Dois-je rappeler que plus de cent journalistes algériens ont payé de leur vie, dans les années 1990, la conquête de leur liberté d’expression face à l’obscurantisme ? Refusons les amalgames trop rapides qui confondraient l’ensemble des musulmans avec une poignée de fanatiques. Ce serait faire le jeu du terrorisme. Les agressions contre les lieux de culte musulmans ne sont pas seulement odieuses et criminelles. Elles sont imbéciles. Combattre le terrorisme, c’est aussi combattre l’esprit de croisade. C’est aux musulmans d’abord qu’il revient pourtant de séparer le bon grain de l’ivraie. Les pays occidentaux peuvent les y aider et d’abord en ne multipliant pas les ingérences expéditionnaires et déstabilisatrices.        <br />
              <br />
       La France, parce qu’elle a une politique claire, est fondée à demander à ses citoyens, qu’ils soient musulmans, juifs ou chrétiens, de ne pas importer sur son sol le conflit israélo-palestinien, a fortiori sous la forme d’horribles attentats antisémites qui frappent des Français en raison de leur religion.        <br />
              <br />
              <br />
       La France, parce qu’elle a une politique claire, est devant un défi de longue durée. Il lui faut aussi balayer devant sa porte. Ce n’est pas la République qui est la cause des ratés de l’intégration des jeunes issus de l’immigration dans la communauté des citoyens. C’est le défaut ou l’insuffisance de République.        <br />
              <br />
       De bons apôtres présentent le multiculturalisme comme remède alors qu’il n’est bien souvent que l’alibi des communautarismes. Il faut, au contraire, défendre la République comme un régime où, en dehors de ce qui est prohibé par la loi, la liberté est la règle. Une certaine bien-pensance s’en prend à la laïcité présentée comme « agressive ». La laïcité se borne à séparer le domaine du religieux propre à chacun de l’espace commun où tous les citoyens  sont conviés, à travers l’exercice de leur raison naturelle, à participer à la définition de l’intérêt général. La laïcité n’est nullement dirigée contre les religions. La lettre de Jules Ferry aux instituteurs (1883) rappelle que le maître, dans ses cours d’éducation morale, ne peut rien avancer devant ses élèves, qui blesserait la conscience d’un de leurs parents. Un professeur de dessin dans l’Ecole de la République ne saurait caricaturer Mahomet. La République, pour être refondée, doit l’être sur la base de concepts clairs.        <br />
              <br />
              <br />
       La République a besoin d’un nouveau programme du CNR [4] pour résorber les fractures de notre société. Il y a, bien évidemment, celle que crée le chômage et d’abord celui des jeunes. Chacun le ressent : l’Europe doit rompre avec une politique de stagnation économique qui détruit des emplois au lieu d’en créer.        <br />
              <br />
       Outre l’emploi, il y a aussi l’éducation et la culture. Il faut mettre l’accent sur ce qui unit et non sur ce qui divise, sur ce qui rassemble et non sur ce qui sépare. Arrêtons avec le « droit à la différence » qui débouche toujours sur la différence des droits.        <br />
              <br />
       Pour la gauche, qui a deux ans devant elle, le moment est venu de faire cette « conversion républicaine » à laquelle elle a trop souvent tourné le dos (affaire du voile en 1989). On entend encore récemment que l’addition des minorités permettrait de remplacer la majorité populaire dans laquelle la gauche trouvait traditionnellement sa base et sa raison d’être. L’heure de la refondation républicaine ne sonnera pas deux fois. Un pays qui ne s’aime plus ne saurait intégrer de nouveaux citoyens. Le récit national français a été détruit par tous ceux qui, dans leur tête, avaient déjà abandonné la France à Le Pen il y a trente ans : il faut reconstruire ce récit national, rompre avec les discours masochistes, aider la France à retrouver l’estime de soi, sans laquelle elle ne pourra surmonter sa crise d’identité actuelle. Là est le rôle, magnifique, de l’Ecole de la République. Pour transmettre les connaissances et les valeurs républicaines, pour expliquer la laïcité, pour faire aimer la France, notamment  à travers sa littérature et son histoire, les programmes de l’Ecole devront être revus et publiés sous une forme accessible à tous. Il faut à nouveau étudier les grandes œuvres. La formation des maîtres est la clé : « on ne transmet, disait Hannah Arendt, que cela à quoi on croit ».       <br />
              <br />
       L’accès à la citoyenneté permettra seul d’« assécher le terreau » où peut germer le terrorisme djihadiste. Cela prendra du temps mais cela donnera du sens à la politique.       <br />
              <br />
              <br />
       Je n’ai rien dit au chapitre de la sécurité parce que le Président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, assurant une efficace coordination des forces de police et de gendarmerie, se sont montrés tout à fait à la hauteur des évènements et que je leur fais confiance pour perfectionner notre dispositif centralisé de lutte contre le terrorisme, tout en préservant l’Etat de droit.        <br />
              <br />
       Pour autant la refondation républicaine est une tâche autrement plus vaste. Elle sera de longue haleine.  C’est une immense révolution intellectuelle et morale qu’il faut conduire.        <br />
              <br />
       L’unité nationale qui s’est manifestée le 11 janvier sera fondatrice si le gouvernement parle clair et juste en tous domaines et s’il appelle la France à l’exigence et à l’effort. Le monde dans lequel nous sommes entrés est difficile. Il ne nous fait et ne nous fera pas de cadeaux. La gauche est-elle capable d’effectuer, au bord du gouffre, cette « conversion républicaine »  à laquelle j’ai souvent appelé ?       <br />
              <br />
       Le peuple français n’attend que cela. Il a déjà rendu à la France ce qui lui faisait le plus défaut : la fierté. La France, nation suprêmement politique, peut encore, si nous le voulons, montrer le chemin à une Europe et à un monde qui ont besoin d’être éclairés par les valeurs que la République incarne.       <br />
              <br />
       ----------------       <br />
       [1] Jean-Pierre Chevènement, <span style="font-style:italic">Défis républicains</span>, Fayard, 2004, p. 388-415.        <br />
       [2] Malek Chebel, <span style="font-style:italic">L'inconscient de l'Islam</span>, CNRS Editions, décembre 2014.        <br />
       [3] Cette Déclaration du 28 janvier 2000 contresignée par le Ministre de l'Intérieur est reproduite dans l'annexe 4 de <span style="font-style:italic">Défis républicains</span>, livre que j'ai publié chez Fayard en 2004.        <br />
       [4] Conseil National de la Résistance. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Conversion-republicaine_a1681.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Actes du colloque de la Fondation Res Publica: "L'exception culturelle"</title>
   <updated>2013-12-05T14:19:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-L-exception-culturelle_a1561.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2013-12-05T02:12:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Les actes du colloque du 14 octobre 2013 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6109784-9122233.jpg?v=1386249589" alt="Actes du colloque de la Fondation Res Publica: "L'exception culturelle"" title="Actes du colloque de la Fondation Res Publica: "L'exception culturelle"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Accueil-de-Jean-Pierre-Chevenement_a762.html"> Accueil</a> de Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Introduction_a763.html">Introduction</a> de Alain Dejammet, Président du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-culture-une-histoire-francaise_a764.html">La culture, une histoire française</a>, par Jérôme Clément, Président de la Maison de ventes PIASA depuis 2011, Président du Théâtre du Chatelet, Président du Centre national de cinématographie de 1984 à 1989, puis de la chaîne de télévision franco-allemande ARTE de 1989 à 1999 et de 2003 à 2007       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/La-culture-dans-les-relations-internationales_a765.html">La culture dans les relations internationales</a>, par Bernard Miyet, Président de la société de conseil Valarda Consulting, Président du Directoire de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM) de 2001 à 2012       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/De-l-industrie-du-livre-a-la-gestion-des-metadonnees-le-genie-francais%C2%A0_a766.html">De l’industrie du livre à la gestion des métadonnées : le génie français</a>, par Jean-François Colosimo, Président du directoire des éditions du Cerf, Président du Centre national du livre de 2010 à 2013       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Pourquoi-l-exception-culturelle-n-existe-pas_a767.html">Pourquoi l’exception culturelle n’existe pas</a>, par M. Jean-Marc Daniel, Professeur d'économie à l'ESCP-EAP et directeur de la revue Sociétal       
       </li></ul><ul class="list"><li> <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/Debat-final_a768.html">Débat final</a> animé par M. Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica       <br />
              <br />
       Voir les actes du colloque <a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/L-exception-culturelle_r106.html">&quot;L'exception culturelle&quot;</a> en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.        <br />
              <br />
       Le cahier imprimé du colloque &quot;L'exception culturelle&quot;<a class="link" href="http://www.fondation-res-publica.org/shop/L-exception-culturelle_p88.html"> est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation</a>.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-L-exception-culturelle_a1561.html" />
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   <title>Vers l’effacement de notre diplomatie culturelle</title>
   <updated>2010-02-22T23:03:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Vers-l-effacement-de-notre-diplomatie-culturelle_a924.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2010-02-22T22:58:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de M. Jean-Pierre Chevènement, discussion en séance publique au Sénat du projet de loi relatif à l’action extérieure de l’Etat, lundi 22 février.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1900246-2604756.jpg?v=1289480096" alt="Vers l’effacement de notre diplomatie culturelle" title="Vers l’effacement de notre diplomatie culturelle" />
     </div>
     <div>
      Monsieur le Président,       <br />
       Monsieur le Ministre,       <br />
       Mes chers collègues,       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">« Le pape, combien de divisions ? »</span>        <br />
       On se souvient de la célèbre apostrophe de Staline à Churchill.       <br />
       On serait tenté, Monsieur le Ministre, de vous poser la même question à propos des moyens consacrés à notre action culturelle et technique à l’étranger, sans vouloir diminuer votre rayonnement personnel, qui n’est quand même pas à la hauteur de l’influence spirituelle du Pape ...       <br />
              <br />
       Vous nous proposez de créer deux grands opérateurs : une Agence chargée de l’action culturelle extérieure et une Agence pour l’expertise et la mobilité internationale, l’AFEMI, toutes deux sous forme d’EPIC et en cohérence avec la création, au sein du Ministère des Affaires étrangères et européennes, d’une direction de la Mondialisation. Je n’ai pas d’hostilité de principe à cette réforme. On peut regrouper, rattacher, restructurer, autant qu’on voudra. En matière d’organisation, ce qui compte c’est la vision politique et ce sont surtout les moyens, par exemple pour offrir une carrière digne de ce nom aux personnels de l’action culturelle. Mais est-ce bien là le propos de la réforme que vous nous présentez. Ne serait-ce pas plutôt l’inverse ?
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Au moment où l’on parle de la « diplomatie d’influence », où nos partenaires et concurrents étrangers, comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, mais aussi la Chine, renforcent les moyens consacrés à leur diplomatie culturelle et leur influence, notamment en Asie, en Afrique et même en Europe, comment expliquer que notre pays soit le seul à réduire drastiquement les moyens consacrés à son rayonnement culturel et linguistique ? Notre collègue Duvernois parle de débâcle budgétaire sans précédent pour ce qui est des services de l’Etat ou dépendant de lui juridiquement. S’il n’y avait pas le réseau associatif, et en particulier le millier d’Alliances françaises qui accomplissent un travail admirable et largement autofinancé pour développer notre langue, celle-ci qui, selon Fernand Braudel, constitue l’identité de la France, serait en perdition. Le nombre des Alliances françaises, de 2000 à 2009, a augmenté de 8 %, celui des Instituts et centres culturels a diminué de 20 %.       <br />
              <br />
       Notre pays a pourtant été le premier à mettre en place une diplomatie d’influence.       <br />
              <br />
       Faut-il rappeler qu’au lendemain de la défaite de 1870, la France a pris l’initiative, grâce à des personnalités comme Ferdinand de Lesseps, Louis Pasteur, Ernest Renan ou Jules Verne, de mettre en place ce magnifique réseau des Alliances françaises, qui joue un rôle majeur pour promouvoir notre culture et notre langue hors de nos frontières ?       <br />
              <br />
       Aujourd’hui encore, notre pays dispose du réseau culturel le plus dense et le plus étendu.        <br />
              <br />
       Mais il suffit de se rendre dans nos ambassades, dans nos centres ou instituts culturels ou même de voyager à l’étranger, pour constater la faiblesse croissante des moyens dont disposent nos diplomates, nos conseillers culturels, nos directeurs d’Instituts et de centres culturels et l’ensemble des personnels de notre diplomatie culturelle, à l’engagement et au dévouement desquels je veux rendre l’hommage qu’ils méritent, mais qui ne peuvent compenser, à la longue, le rétrécissement des crédits et les suppressions de postes.       <br />
              <br />
       Comment s’étonner dans ce contexte que partout l’usage de notre langue et la présence de la culture française diminuent, y compris dans des zones d’influence traditionnelle de la France, comme en Europe centrale et balkanique, au Maghreb et même en Afrique francophone ?       <br />
              <br />
       Faut-il rappeler que, si le français est l’une des trois langues de travail des institutions européennes, la part des documents rédigés en français au sein de la Commission européenne a chuté de 38 % en 1996 à moins de 12 % en 2008 ?       <br />
              <br />
       Dans le même temps, la part des documents rédigés en anglais est passée de 45 à 72 %.       <br />
              <br />
       Dans ce contexte, comment expliquer la nomination de Mme Catherine Ashton à la tête de la diplomatie européenne, alors que celle-ci, contrairement à une coutume bien établie, ne semble pas parler notre langue ?       <br />
              <br />
       Voilà qui peut laisser songeur pour l’influence de notre pays au sein de la nouvelle diplomatie européenne.       <br />
              <br />
       Il y a un domaine que je connais bien, c’est celui de notre enseignement supérieur grâce à l’effort réalisé en 1997-1998, sous l’impulsion de MM. Allègre, ministre de l’Education, Védrine, ministre des Affaires étrangères, et de moi-même alors en charge de l’immigration et par conséquent de l’accueil des étudiants étrangers, le nombre de ceux-ci dans l’enseignement supérieur français au sens large est passé de 160 000 en 1999 à 266 000 en 2008.       <br />
              <br />
       Toutefois, la France accueille un faible nombre d’étudiants étrangers en provenance des grands pays émergents, comme l’Inde, la Russie ou le Brésil, et la plupart des futurs cercles dirigeants de ces pays auront une culture anglo-saxonne. Il en va de même en Europe où nous sommes largement devancés par la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Il faut dire que les moyens de promotion de « Campus France » qui a pris le relais d’« Edufrance » sont dérisoires, comparés à ceux du British Council ou du Goethe Institut. Le problème des tutelles ministérielles sur l’AFEMI n’est pas réglé mais il me semblerait raisonnable que s’agissant de l’accueil des étudiants et des chercheurs étrangers la co-tutelle du Ministère des Affaires étrangères et du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche soit préservée. Cette question évoquée par M. Kergueris a été renvoyée à un décret mais elle est essentielle et me paraît mériter de figurer dans la loi.       <br />
              <br />
       Le budget consacré par la France à son rayonnement culturel et scientifique a connu une forte diminution ces dernières années, avec des baisses pouvant aller jusqu’à 20 ou 30 % selon les pays.       <br />
              <br />
       Tout laisse à penser que le budget et les effectifs du ministère des affaires étrangères vont continuer à subir des coupes claires dans les prochaines années…       <br />
              <br />
       Car votre budget, Monsieur le Ministre, est pris en étau entre le marteau de la RGPP et l’enclume des contributions internationales, qui connaissent, quant à elles, une hausse exponentielle.       <br />
              <br />
       Je rappelle que le montant total des contributions internationales versées par la France s’élève à plus de 740 millions d’euros.       <br />
              <br />
       A titre de comparaisons, l’ensemble des moyens consacrés à notre action diplomatique, au sens strict, ne représente que 90 millions d’euros.       <br />
              <br />
       Notre contribution à l’OTAN représente à elle seule 170 millions d’euros.       <br />
              <br />
       Et, lorsque l’on consulte la liste des organisations internationales qui reçoivent une contribution de la France, on peut légitimement s’interroger.       <br />
              <br />
       Est-il réellement utile de contribuer financièrement à l’association pour la conservation des albatros et des pétrels, malgré toute l’admiration que je porte à Baudelaire ?       <br />
              <br />
       De même, ne serait-il pas utile de revoir notre participation à des organisations telles que l’organisation internationale des bois tropicaux, le comité international du coton, la commission interaméricaine du thon des tropiques ou encore le groupe d’études international du caoutchouc ?       <br />
              <br />
       Nos participations internationales amputent d’autant les moyens dévolus aux actions bilatérales, qui contribuent pourtant de manière déterminante à notre rayonnement à l’étranger.       <br />
              <br />
       Le soutien au multilatéralisme, que vous prônez, n’est bien souvent qu’un des aspects de l’effacement de la France. Voilà le grand mot lâché : l’effacement de la France. On n’y remédiera pas, Monsieur le Ministre, en réduisant la multiplicité de nos opérateurs. Sans doute faut-il resserrer le dispositif. L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, la société de l’audiovisuel extérieur de la France, l’Agence pour la diffusion de l’information technologique ont créé des précédents éclairants. Il y a sûrement des leçons à tirer pour la création des deux nouveaux opérateurs. Une chose est sûre cependant : si vous n’avez pas des moyens substantiellement accrus au budget de 2011, mieux vaut ne pas engager des réformes précipitées qui ne feraient qu’ajouter la confusion à la disette. Laissez les bourses universitaires au CNOUS et n’engagez d’expérimentations de rattachement des Instituts culturels au nouvel opérateur, qu’avec des moyens substantiellement accrus. Surtout, en matière « d’expertise internationale », ne vous aventurez pas sur le terrain glissant des mises à disposition de fonctionnaires français auprès de « think tanks » étrangers, ou encore de facturation de services d’expertises à des entreprises étrangères dans des domaines ne relevant pas nécessairement de l’intérêt public, tout en restant subventionnés par l’Etat français. Le cœur de cible doit rester notre coopération scientifique et technique et il faut conjurer le risque de dérive mercantile, surtout si les moyens budgétaires ne sont pas suffisants.       <br />
              <br />
       Vous parlez de « modernisation » : en vérité, vous êtes prisonnier de cette fameuse RGPP, dont le regretté Philippe Seguin avait critiqué l’application indiscriminée, et ne pourrez donc maintenir, au fil des réductions qui se succèdent année après année, la présence universelle de notre diplomatie, dont vous convenez vous-même qu’elle est encore l’un de ses principaux atouts. Je souhaite me tromper, mais je crains qu’avec la création de l’opérateur culturel, le Ministère des Affaires étrangères n’ait trouvé une solution pour ne jamais harmoniser la situation salariale des recrutés locaux de ses divers réseaux diplomatiques. Le passage sous statut privé signifierait l’échec du projet d’harmonisation sociale qui seul répondrait à l’ambition d’une grande politique culturelle extérieure, offrant à ceux qui s’y consacrent, des perspectives normales de carrière et d’épanouissement.       <br />
              <br />
       Le projet de loi que vous nous présentez, Monsieur le Ministre, ne saurait tenir lieu à lui seul de réponse à la crise que traverse notre diplomatie culturelle.       <br />
              <br />
       Ce n’est pas en créant une nouvelle agence, même si on décide de l’appeler « Institut Victor Hugo », que l’on pourra réellement espérer un renforcement de notre action culturelle. J’aurais préféré, pour ma part, le nom plus sobre d’« Institut Français » à l’image du « British Council ». Victor Hugo, « notre plus grand poète hélas ! », ne résume pas toutes les faces de la culture et de la littérature françaises.       <br />
              <br />
       Les amendements apportés par la commission des Affaires étrangères et de la Défense apportent certes des améliorations bienvenues, notamment en ce qui concerne les ressources de ces établissements.       <br />
              <br />
       En revanche, j’avoue, Monsieur le Ministre, que je suis médiocrement convaincu par le rattachement à cette agence des services de coopération et d’action culturelle des ambassades ou des centres et instituts culturels.       <br />
              <br />
       Ne serait-ce pas là le signe d’un renoncement à une composante essentielle de notre diplomatie ?       <br />
              <br />
       Le ministère des affaires étrangères et les ambassadeurs sur le terrain ne risquent-ils pas d’être tenus à l’écart et privés de cet outil majeur d’influence, comme c’est déjà le cas en matière économique, avec UbiFrance, ou l’aide au développement, avec l’Agence française de développement ? La culture peut encore moins être dissociée du politique.       <br />
              <br />
       En définitive, l’Etat sera-t-il toujours en mesure de conduire une diplomatie culturelle ?       <br />
              <br />
       J’espère, Monsieur le Ministre, que vous pourrez nous rassurer sur ce point.       <br />
              <br />
       Pour terminer, Monsieur le Ministre, vous avez évoqué dans une interview au Journal du Dimanche, il y a deux jours, la création d’un Etat palestinien, avant même la négociation sur ses frontières. On n’en attendait pas moins du créateur de « Médecins sans frontières ». Mais ne craignez-vous pas dans le rapport de forces actuel, d’entériner ainsi les avancées de la colonisation israélienne des territoires occupés ? Quel est sur ce sujet l’avis de M. Mahmoud Abbas ? Et celui des Etats-Unis ?       <br />
              <br />
       Sur ce sujet aussi nous aimerions être rassurés. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Vers-l-effacement-de-notre-diplomatie-culturelle_a924.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Un projet républicain plus que jamais d'actualité</title>
   <updated>2009-04-30T23:34:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Un-projet-republicain-plus-que-jamais-d-actualite_a596.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/903116-1114190.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2008-04-06T11:43:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Projet du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 6 avril 2008.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/903116-1114190.jpg?v=1289480131" alt="Un projet républicain plus que jamais d'actualité" title="Un projet républicain plus que jamais d'actualité" />
     </div>
     <div>
      <b>1 - EN FRANCE</b>       <br />
              <br />
              <br />
       <b>1-1 – La République relevée</b>       <br />
              <br />
              <br />
       <b>La souveraineté, la démocratie, la loi</b>       <br />
              <br />
       Refonder les institutions européennes sur la démocratie, c’est la refonder sur les souverainetés nationales qui sont inaliénables. Cela n’exclut nullement des transferts de compétences, des compétences exercées en commun, mais à condition que celles-ci soient démocratiquement contrôlées.        <br />
              <br />
       Les droits de l’homme sont indissociables de ceux du citoyen, qui constitue une parcelle du souverain ; ils sont donc liés à la souveraineté nationale. Le « droitdel’hommisme » qui veut l’ignorer, et qui d’ailleurs s’évanouit à l’exercice du pouvoir, est une tromperie.       <br />
              <br />
       En République, le citoyen n’a qu’un maître : la loi, qui doit être égale pour tous. Il est urgent de simplifier la loi, de mettre un terme à la prolifération réglementaire, nationale comme européenne. Prendre le citoyen au sérieux c’est garantir la clarté et la lisibilité de la loi.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Le renouveau de l’Etat</b>       <br />
              <br />
       L’Etat est l’instrument par lequel le bien commun s’affirme par dessus les intérêts particuliers. Pour réformer l’Etat, il faut clairement fixer ses tâches : fonctions régaliennes, fonctions anticipatrices, fonctions de stratège et missions d’intérêt public : transports, énergie, recherche, aménagement du territoire… Décentralisons, mais dans la République et dans le respect de la solidarité nationale ! Cessons d’opposer les collectivités locales à l’Etat : tous doivent servir le bien public. Le développement de l’intercommunalité de la loi de 1999 montre que c’est possible.        <br />
              <br />
       <b>La reconquête des territoires</b>       <br />
              <br />
       Une vigoureuse politique d’aménagement du territoire doit viser la reconquête de l’espace français, pensée en fonction des défis européens.        <br />
              <br />
       Pour réorienter la politique de la ville il faut clarifier les choix : quelle égalité bâtir, pour quelle citoyenneté, dans quelle nation ? Aux « politiques d’intégration » doit succéder une volonté nationale de plein accès à la citoyenneté, replaçant les valeurs républicaines au cœur du pacte social, rejetant dans les actes les réflexes communautaristes.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>1-2 – Revaloriser le travail</b>       <br />
              <br />
       <b>Rééquilibrer les revenus du travail et du capital</b>       <br />
              <br />
       La revalorisation du travail, par rapport aux revenus du capital, peut commencer en France par la réforme des charges sociales. Nous proposons que les cotisations sociales patronales, aujourd’hui assises sur les salaires, soient graduellement remplacées par une taxe assise sur la valeur ajoutée comptable de l’entreprise. Les cotisations salariales, à l’exception de la retraite, doivent être transférées vers une CSG ne supportant pas l’impôt. Ces transferts permettront aux entreprises de poursuivre l’effort de revalorisation du SMIC et de rendre aux salariés du pouvoir d’achat. A l’inverse, les revenus du capital seraient appelés à financer bien davantage la protection sociale.        <br />
              <br />
       <b>Garantir les protections sociales</b>       <br />
              <br />
       Le chômage important des jeunes et des salariés après 50 ans constitue un immense perte de cotisations pour les régimes de protection sociale. L’issue n’est pas dans les fonds de pension qui ne font qu’engendrer de nouveaux risques. Elle est dans la réforme de l’assiette des cotisations, l’amélioration du taux d’activité en fin de carrière… et dans le recul du chômage.       <br />
              <br />
       Nous voulons renforcer un système de protection universel, égalitaire et solidaire, dégagé des contraintes de rentabilité mais équilibré financièrement. Nous proposons de rendre au Parlement un rôle directeur dans la politique de santé publique et dans les dépenses de santé : (politique du médicament, libérée des pressions des grands groupes pharmaceutiques, modernisation de l’hôpital public, et synergie entre médecine de ville et établissements, Agences régionales de santé, organisation du risque dépendance, etc.       <br />
              <br />
       <b>1-3 – La citoyenneté affermie</b>       <br />
              <br />
              <br />
       Face à l’individualisme, la citoyenneté est le rappel de l’intérêt général et le civisme est la forme la plus élaborée du lien social. Si la citoyenneté traverse aujourd’hui une crise, ce n’est pas le modèle républicain qui est en cause, mais les coups de boutoir qui le frappent jour après jour, au nom de l’individualisme exacerbé, du culte de la réussite personnelle par l’argent, des communautarismes. C’est aussi parce que l’intérêt général est perdu de vue.       <br />
              <br />
       L’égalité entre les hommes et les femmes est le premier défi à relever par le principe de citoyenneté, devant lequel les traditions, les cultures, les religions doivent céder le pas.       <br />
              <br />
       L’égal accès à la citoyenneté est devenu un enjeu majeur : aux jeunes issus de l’immigration, aux jeunes stigmatisés par leur quartier de résidence ou leur couleur de peau, nous devons tenir la promesse républicaine d’égalité. L’Etat ne doit pas rester observateur ou juge pénal : il doit devenir acteur de cette promotion volontaire.       <br />
              <br />
       Il faut donner sens à l’immigration, à condition que celle-ci soit régie par des règles claires et ne soit pas perpétuellement agitée par les démagogues, qui prennent le risque grave de déstabiliser les populations installées sur notre sol. Les quota d’origine ne sont pas acceptables en raison de leurs critères ethniques ou raciaux ; les quota par profession ne peuvent être utilisés qu’en accord avec les pays d’origine afin de ne pas organiser le pillage des cerveaux du Tiers Monde. Pour apaiser les peurs, donnons sens à l’immigration : les nouveaux venus, futurs citoyens de la République, feront la France de demain.       <br />
              <br />
       Au nom de la laïcité, nous devons veiller à ce qu’aucune distinction religieuse ne s’impose dans l’espace public, à ce que l’ethnicisation des rapports sociaux soit combattue, à ce que la liberté de l’esprit, de la recherche, de la création soit garantie. Le premier combat laïque d’aujourd’hui est à livrer contre l’enfermement dans le communautarisme.       <br />
              <br />
       Le droit égal pour tous à la sûreté doit s’imposer aussi bien face à la démagogie sécuritaire que face à l’angélisme : police de proximité, loi de programmation pour la justice en sont les outils.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>1-4 – Refonder l’Ecole</b>       <br />
              <br />
              <br />
       Il est temps de recentrer l’Ecole sur ses missions premières : la transmission des savoirs et des valeurs, et relever l’autorité qui la rend possible, celle des maîtres. La maîtrise des savoirs élémentaires en primaire est la clé de toute réussite ultérieure. Une priorité doit être donnée à la maîtrise de la  langue française qui conditionne tout le reste… La République doit conforter ses enseignants : ils ont la tâche ingrate d’inculquer le goût de l’effort dans une société hédoniste, le sens du travail dans un monde où la réussite par l’argent est portée au pinacle, la joie de comprendre, la fierté de s’élever, dans un environnement où tout concourt à la crétinisation de masse.        <br />
              <br />
       La formation de la citoyenneté est la deuxième grande mission de l’Ecole. L’instruction civique doit transmettre les valeurs de la citoyenneté.       <br />
              <br />
       Dans l’enseignement supérieur, nous devons faire face au tarissement du nombre d’étudiants dans les filières scientifiques et techniques. Des bourses incitatives seraient nécessaires. L’orientation, à l’Université, au cours du premier cycle doit répondre au défi que constitue l’abandon par de nombreux étudiants de leur cursus. Nous avons également proposé que l’Etat et le service public financent les études de jeunes de milieu modeste qui s’engagent ensuite à servir durant dix ans.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>1-5 - Science, culture, environnement</b>       <br />
              <br />
              <br />
       Les relations de l’homme et de la nature revêtent une dimension planétaire : effet de serre, réchauffement du climat, conséquences sur le niveau des océans et sur les terres habitées des rivages, amenuisement de la biodiversité… Y faire face suppose de mobiliser les capacités de la raison et de la science, et non de sombrer dans un millénarisme aveugle.        <br />
              <br />
       L’éthique de responsabilité face à l’environnement et à l’avenir de la planète est une dimension moderne du civisme et de la citoyenneté. Il faut penser l’écologie de l’humanité, et réintroduire la responsabilité des nations face au devenir de l’humanité.        <br />
              <br />
       Un projet républicain fait confiance à la création et aux créateurs. Il s’agit de les défendre face à la marchandisation générale, et de promouvoir l’exception culturelle. Il s’agit aussi de favoriser la participation du plus grand nombre à la vie culturelle, en ressoudant ainsi le sentiment d’appartenance. Nous proposons en même temps d’ouvrir la culture française sur le monde et de faire de la francophonie  une dimension majeure, culturelle et politique.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>2 - EN EUROPE</b>       <br />
              <br />
       <b>2-1 – Face à la crise, renouer avec la croissance</b>       <br />
              <br />
       La crise qui a commencé de s’abattre sur l’Europe appelle des remises en cause énergiques pour éviter d’être entraînés dans la spirale du désastre économique.        <br />
              <br />
       <b>Changer l’architecture de la zone euro</b>       <br />
              <br />
       Dans la zone euro il faut anticiper d’urgence pour surmonter la vague récessioniste venue d’Amérique :       <br />
       -	renégocier le Pacte de stabilité, et à tout le moins exclure du calcul du déficit budgétaire comparé les dépenses d’investissement productif, de recherche et de défense.       <br />
       -	modifier les statuts de la Banque centrale européenne afin d’inclure dans ses missions la nécessité de veiller à l’emploi et à un haut niveau d’activité et définir l’inflation de manière réaliste       <br />
       -	instituer un gouvernement économique de l’euro assuré par l’Eurogroupe, et autorisé à donner des orientations à la BCE. La politique du change doit être reprise en main.       <br />
              <br />
       <b>L’innovation et la recherche</b>       <br />
              <br />
       Les vœux pieux du sommet de Lisbonne en matière de recherche et de technologie ont heurté le mur du pacte de stabilité. Nous proposons de porter à 3% du PIB l’effort de recherche français, en déduisant ces engagements des déficits budgétaires comparés.        <br />
              <br />
       <b>La politique industrielle</b>       <br />
              <br />
       La politique industrielle doit reprendre ses droits . Elle a été ramenée par la Commission de Bruxelles à une simple politique de la concurrence empêchant d’ailleurs de faire naître en Europe des champions mondiaux. Les défis que nous lancent les pays émergents, la montée des « fonds souverains » exigent un changement de cap. L’Europe doit promouvoir une politique de l’offre, dans le domaine de l’industrie comme dans celui des services.       <br />
              <br />
       Dans les secteurs industriels vitaux et stratégiques, l’Etat doit exercer une mission de sécurité absolue. Son droit de regard, sous forme de golden share par exemple, est légitime. Des coopérations renforcées dans les domaines industriels clés doivent pouvoir se nouer, sans l’aval préalable de la Commission, avec un nombre restreint d’Etats membres volontaires.       <br />
              <br />
       Pour mettre nos grandes entreprises à l’abri des prédateurs boursiers, des moyens existent : contrôle des fusions boursières, constitution d’un pôle d’actionnaires stable capable d’intégrer les exigences de moyen et long terme pour l’entreprise, actionnariat salarié, qui à partir de 10 – 15% offre une résistance solide aux opérations prédatrices.       <br />
              <br />
       <b>L’énergie</b>        <br />
              <br />
       Nos approvisionnements en pétrole et en gaz sont liés à la qualité de nos relations avec les pays qui forment le grand voisinage de l’Europe : Moyen-Orient et Iran, Maghreb, Russie. Une Europe européenne, soucieuse de ses intérêts à terme, a autre chose à faire que d’emboîter le pas aux fiasco de la politique américaine dans ces régions.        <br />
              <br />
       Les prix durablement élevés du pétrole, le besoin d’indépendance énergétique, font que l’énergie nucléaire a un grand avenir devant elle. L’avenir du nucléaire doit être préparé. Sur vingt ans, il faut prévoir de gérer 500 tonnes de déchets, de manière sûre, durable et réversible. Ce n’est pas inaccessible ! Cette priorité peut d’ailleurs fort bien se conjuguer avec le développement des énergies renouvelables et avec une politique sérieuse de maîtrise des dépenses énergétiques.       <br />
              <br />
       <b>Le service public</b>       <br />
              <br />
       Nous avons besoin de services publics performants et de qualité. La « concurrence libre et non faussée » est le lacet avec lequel les libéraux entendent étrangler le service public, en les mettant à la merci d’un l’écrémage où le secteur privé s’octroie les activités rentables, ne laissant au public que le secteur déficitaire, avant de disparaître.        <br />
              <br />
       Nous avons besoin d’une directive « service public », permettant sans équivoque de préserver l’égalité d’accès des citoyens aux services de base.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Les paysans doivent pouvoir vivre de leur travail</b>       <br />
              <br />
       Il faut réinventer la PAC et les principes qui l’avaient fondée : préférence communautaire, prix rémunérateurs encourageant la qualité, souveraineté alimentaire, en servant de nouveaux objectifs : agriculture paysanne, sécurité et qualité alimentaires, rejet du dumping vis à vis des agricultures des pays du Sud. Cette réinvention de la PAC doit permettre à l’Europe de se nourrir par elle-même et aux paysans de vivre de leur travail et non de subsides.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>3 - DANS LE MONDE</b>       <br />
              <br />
       L’incantation chère au président Sarkozy, ne suffit pas. La mondialisation libérale, c’est la mise en concurrence des « coûts » du travail. Pour revaloriser le travail, il faut changer les règles du jeu.       <br />
              <br />
       <b>Pour protéger les acquis sociaux en Europe</b>, la définition et le respect de clauses sociales et environnementales à l’OMC doit être notre cheval de bataille. Mais cette bataille sera rude et longue.       <br />
              <br />
       C’est pourquoi, dès à présent, l’Union européenne doit remettre en œuvre une préférence communautaire, qui prévalait jusqu’en 1974 au sein du Marché commun, et l’appliquer aux biens et aux services. Cette préférence communautaire implique un tarif extérieur commun et c’est la seule manière de garantir le niveau social européen.        <br />
              <br />
       La liberté des échanges ne peut valoir qu’entre zones de niveau économique et social comparable. Même les libéraux découvrent que l’extension sans limite du libre-échange n’apporte pas la prospérité. Il faut renverser ce dogme pour sortir l’OMC de sa crise. Il faut au contraire lier le volume de nos importations au niveau social et environnemental des pays à bas coût de main d’œuvre. A la vision de l’OMC nous devons opposer un projet d’organisation du commerce mondial par grands ensembles régionaux, de niveau économique et social comparable, avec liberté des échanges à l’intérieur, et régulation des échanges entre grandes zones.       <br />
              <br />
       <b>La France doit rester une grande puissance politique</b>       <br />
              <br />
       Plus que jamais, face à la crise qui s’annonce, c’est le contenu de la construction européenne qui est en cause. Nous avons le devoir de proposer un programme de mobilisation des instruments économiques (Pacte de stabilité, statuts de la BCE, politique du change, etc…)       <br />
              <br />
       Il faudra aussi simplifier la procédure de coopération renforcée et pouvoir y associer des pays du grand voisinage de l’Europe : Russie, Turquie, Maghreb. Une Union pour la Méditerranée, pour voir le jour, ne pourra pas faire l’économie des questions politiques (Turquie et UE, Proche-Orient,…)       <br />
              <br />
       L’échec des tentatives de fusion des nations par l’Europe, ou de fédéralisme à 27, ouvre de nouvelles opportunités : nos relations avec l’Allemagne, mais aussi avec l’Italie, dans certains domaines avec la Grande-Bretagne doivent trouver de nouveaux développements.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Vers le Sud</b>, le co-développement doit devenir une exigence. La France républicaine doit faire entendre son message : il n’y a pas de développement sans Etat, qui soit si possible un Etat de droit; il est nécessaire de fonder des nations sur la citoyenneté et non sur le communautarisme ou l’ethnicité; il est souhaitable d’organiser le développement avec le soutien d’un Etat stratège, volontaire, garant du bien public.        <br />
              <br />
       La France peut jouer un rôle original et utile en direction du monde arabo-musulman. Les interventions militaires, au lieu de faire reculer le terrorisme, fouettent l’intégrisme. Ce n’est pas le choc des civilisations qui vaincra la violence, mais la coopération Nord – Sud. C’est l’alliance des civilisations qui peut tarir les sources du fanatisme et du terrorisme, imposer une paix juste au Proche-Orient. Après le fiasco américain, le moment est venu de faire valoir ces thèses.       <br />
              <br />
       <b>Une défense indépendante</b>       <br />
              <br />
       La défense est nationale; la dérive vers la fourniture de contingents aux quatre coins de la terre et le plus souvent sous commandement américain doit cesser. L’architecture de la défense doit être clairement perceptible : son noyau, c’est la force de dissuasion qui autorise l’indépendance de notre politique. En Europe, nous respectons pleinement les obligations du traité de l’Atlantique Nord, mais nous récusons les tentatives de faire de l’OTAN une organisation militaire internationale intervenant en Asie ou au Moyen-Orient, et nous refusons la pente dangereuse qui nous conduit par l’OTAN à un alignement sur la désastreuse politique de M. Bush.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Un-projet-republicain-plus-que-jamais-d-actualite_a596.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>10' avec Jean-Pierre Chevènement sur iPol</title>
   <updated>2008-06-17T15:04:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/10-avec-Jean-Pierre-Chevenement-sur-iPol_a511.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2007-12-12T19:28:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Son engagement politique, le Traité de Lisbonne, Ségolène Royal, l'euro, l'avenir du PS... Jean-Pierre Chevènement a répondu à toutes vos questions sur iPol.     <div>
      <div align="center"><object width="425" height="335"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/3g2pRQqj6QNUtqmnH"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed src="http://www.dailymotion.com/swf/3g2pRQqj6QNUtqmnH" type="application/x-shockwave-flash" width="425" height="335" allowFullScreen="true" allowScriptAccess="always"></embed></object><br /><b><a href="http://www.dailymotion.com/video/x3qnnp_10-avec-jeanpierre-chevenement_news">10' avec Jean-Pierre Chevènement</a></b><br /><i>envoyé par <a href="http://www.dailymotion.com/iPolTV">iPolTV</a></i></div>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <a class="link" href="http://www.ipol.fr/index.php?2007/12/12/605-10-avec-jean-pierre-chevnement">Voir la vidéo sur le site d'iPol</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/10-avec-Jean-Pierre-Chevenement-sur-iPol_a511.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Le rôle de la culture dans la construction de l’Europe</title>
   <updated>2007-11-14T20:43:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Le-role-de-la-culture-dans-la-construction-de-l-Europe_a481.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2007-11-14T20:31:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement à l’Institut italien pour les études philosophiques de Naples le 10 novembre 2007     <div>
      Messieurs les Présidents,        <br />
       Mme et Messieurs les Recteurs et les Professeurs,        <br />
       Mesdames, Messieurs,       <br />
              <br />
       Je remercie l’Institut des Etudes philosophiques de Naples et d’abord son Président-fondateur, l’Avvocato Gerardo Marotta, de m’avoir invité à m’exprimer devant ce public éminent, sur le thème du rôle de la culture dans la construction de l’Europe.       <br />
              <br />
       On a fait dire à Jean Monnet que, si l’Europe était à refaire, il faudrait commencer par la culture. Ce mot est apocryphe. Il n’a jamais été prononcé et pour cause : la méthode de Jean Monnet était de partir de l’économie et de créer, par une méthode dite des « petits pas », une série de « faits accomplis » successifs : marché commun d’abord du charbon et de l’acier, puis généralisé, passage de l’union douanière à l’intégration économique, puis de celle-ci à l’intégration monétaire, et enfin de cette dernière à l’unité politique.       <br />
              <br />
       On sait que les choses ne se sont pas passées ainsi. La création de la monnaie unique n’a pas débouché sur l’unité politique au sein d’une Fédération, comme Jean Monnet, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi et Robert Schumann le souhaitaient : l’intégration économique ne crée pas un sentiment d’appartenance. L’Europe reste faite de plus d’une trentaine de nations qui n’entendent pas disparaître. Le mot attribué faussement à Jean Monnet est plus qu’un vain regret : un constat d’impuissance car il n’indique aucun mode d’emploi pour créer un sentiment commun d’appartenance, bref une identité politique. L’idée d’un « patriotisme constitutionnel » développé par Jürgen Habermas ne peut concerner que l’élite restreinte qui peut se reconnaître dans des principes généraux de droit, inévitablement très abstraits. Les peuples ne peuvent adhérer à ces principes qu’à travers la démocratie qui vit dans les nations. Or il n’y a pas de nation européenne, même s’il existe une culture européenne. L’expérience de l’Histoire enseigne seulement qu’une identité politique se crée par rapport à une autre identité, perçue comme plus ou moins menaçante. La question mérite d’être posée de savoir s’il est souhaitable de créer une telle identité européenne et dans quelle conjoncture historique elle pourrait l’être, bref quelles sont les tâches de l’Esprit européen aujourd’hui.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>I – Où en est l’idée européenne ?</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A) Accomplissements</span>       <br />
              <br />
       La construction européenne a certes permis –ou en tout cas n’a pas empêché- la réalisation de multiples accomplissements depuis un demi-siècle, date de la signature du traité de Rome, en 1957.       <br />
              <br />
       D’abord la reconstruction de l’Europe occidentale qui avait précédé le marché commun mais que celui-ci poursuivit, l’Europe atteignant en 1974 un niveau économique égal à celui des Etats-Unis.        <br />
              <br />
       Ensuite l’extension de la Communauté européenne aux pays de l’Europe du Sud à peine sortis de régimes dictatoriaux : Grèce - Espagne - Portugal, leur offrant un rattrapage inespéré.        <br />
              <br />
       Enfin l’élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale, surgis des décombres du communisme, élargissement qui leur a ouvert un horizon de prospérité et de démocratie partagées.        <br />
              <br />
       La chute du mur de Berlin et l’effondrement pacifique du communisme ont été une victoire de l’esprit européen et des valeurs universelles qu’il symbolise et auxquelles s’étaient ralliés les dirigeants soviétiques de l’époque, particulièrement Mikhaïl Gorbatchev. Cet effondrement pacifique a clos ce que l’historien britannique Hobsbawm a appelé « le court vingtième siècle, l’âge des Extrêmes » mais elle ne signifie pas la fin de l’Histoire.       <br />
              <br />
       Depuis un demi-siècle, l’Europe, et particulièrement l’Allemagne, ont également intégré la mémoire de la Shoah dans leur conscience historique, sans qu’on puisse dire que ce travail de mémoire soit achevé, parce qu’il interroge, à travers l’antisémitisme chrétien, les fondements mêmes de la conscience européenne depuis le Haut-Moyen-Age, parce qu’ensuite il met en lumière la réaction violente portée aux idées de 1789 et à la montée du socialisme, portée par le racialisme et les nationalismes ethniques de la fin du XIXe siècle, et enfin parce qu’il met en cause la responsabilité des différentes nations européennes, qui ont plus ou moins laissé s’accomplir le génocide hitlérien, à commencer bien sûr par l’Allemagne et les spécificités de son Histoire.        <br />
              <br />
       La stigmatisation de la lâcheté d’une part des élites européennes ne saurait pour autant signifier la dissolution des nations frappées d’un discrédit par amalgame. Car la nation républicaine, communauté de citoyens, n’est pas la nation ethnique. Elle en est l’antithèse et à bien des égards l’antidote. Cette distinction est évidemment essentielle : la nation ne doit pas être confondue avec le nationalisme qui en est la perversion.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B) Déclin</span>       <br />
              <br />
       Si l’Europe, ravagée par deux guerres mondiales, a donc opéré depuis un demi-siècle un rétablissement spectaculaire, on peut se demander si, dans l’histoire longue, elle n’a pas amorcé un déclin qui la conduirait, après cinq siècles d’hégémonie mondiale, à l’effacement. Depuis le quattrocento italien, avec l’éclosion de la Renaissance dans les villes italiennes, Venise, Gêne et Florence notamment, la suprématie de l’Europe dans le monde a été portée par ses nations : l’Espagne au seizième siècle, la France au dix-septième et dix-huitième siècles, l’Angleterre jusqu’en 1914. Avec les deux guerres mondiales, l’hégémonie passe définitivement de l’Europe aux Etats-Unis. La décolonisation met fin ensuite aux Empires coloniaux de la Grande-Bretagne, de la France, de la Hollande, de la Belgique et du Portugal.       <br />
              <br />
       Plus profondément l’implosion démographique (le taux de fécondité est de 1,45 en moyenne en Europe alors qu’il faut 2,1 pour assurer le renouvellement des générations) laisse prévoir une régression forte de l’Europe dans le monde. La population des « Douze » est passée de 9,8 % de la population mondiale en 1960 à moins de 6 % aujourd’hui, et 4,2 % en 2020. La population de l’ensemble de l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural, soit 650 millions d’habitants (10 % de la population mondiale) régresse parallèlement. L’Europe, à l’échelle du monde, se rétrécit comme peau de chagrin. Cette stagnation démographique ne rend pas plus facile l’intégration des immigrés, bien au contraire.        <br />
              <br />
       Au plan économique, la croissance européenne depuis 1974, à la suite des chocs pétroliers et des nouvelles règles du jeu monétaires imposées par les Etats-Unis après la fin du système de Bretton Woods, a diminué de moitié en rythme annuel. Dans la globalisation économique, la montée des pays émergents à bas coûts salariaux, entraîne une délocalisation massive de la production de l’Europe, principalement vers l’Asie.        <br />
              <br />
       A l’échelle mondiale, la zone euro connaît ainsi la croissance la plus faible. L’effort de recherche stagne par rapport à l’envol des Etats-Unis, du Japon, et bientôt de la Chine. En matière de politique extérieure, l’Europe est dans l’étroite dépendance des Etats-Unis, ce qui complique sa relation aussi bien avec la Russie qu’avec le monde musulman. Or, l’Europe peut-elle être l’Europe sans la Russie et sans la Méditerranée ? Cet effacement programmé de l’Europe peut-il être conjuré ?       <br />
              <br />
              <br />
       <b>II – Y a-t-il une réponse dans la philosophie ?</b>       <br />
              <br />
       Ce n’est pas parce que je parle à l’Institut Italien pour les Etudes Philosophiques de Naples que je vous ferai cette réponse : l’Europe ne peut se sauver, selon moi, que par une réforme intellectuelle et morale et d’abord dans les concepts.       <br />
              <br />
       Cette réforme est nécessaire :       <br />
              <br />
       -	d’abord à la réaffirmation de l’Europe comme actrice de son destin ;       <br />
       -	ensuite à l’expression d’une raison laïque accordée aux exigences de notre temps.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">A) Les deux défis posés à l’Europe pour qu’elle retrouve une fonction médiatrice dans le monde</span>.       <br />
              <br />
       1.	Le premier défi n’est pas celui du Sud ou plus précisément celui de l’intégrisme islamique qui est d’abord un phénomène de réaction à la globalisation. Le vrai défi est celui de la globalisation elle-même, c’est-à-dire d’une organisation plus rationnelle ou moins irrationnelle du monde. Sans être un expert, on peut dire que l’économie mondiale marche sur la tête : les Etats-Unis, en proie au déficit et à l’endettement, drainent 80 % de l’épargne mondiale, particulièrement celle de pays pauvres ou émergents, pour financer leur hégémonie. Ce modèle de développement n’est pas « soutenable ».       <br />
              <br />
       Le principal obstacle à la Raison est aujourd’hui l’incapacité des Etats-Unis et d’ailleurs aussi la nôtre, de penser un monde qu’ils ne domineraient pas eux-mêmes, seuls et directement. Le vrai problème, non seulement pour les Etats-Unis mais pour le monde entier, est de penser la fin inévitable de l’Empire américain, confrontés, comme l’avait reconnu dès 1987 l’historien américain. Paul Kennedy, dans <span style="font-style:italic">Rise and Fall of the great nations</span>, à la <span style="font-style:italic">« surextension de sa puissance »</span>, c’est-à-dire à l’insuffisance de ses moyens pour faire face à des engagements multipliés à l’excès, comme on le voit aussi bien avec la crise du dollar qu’avec l’enlisement militaire au Moyen-Orient. Comment penser une transition assumée en commun, de l’unilatéralisme vers un monde multipolaire, où l’Europe serait évidemment alliée des Etats-Unis mais ne serait pas leur vassale ?       <br />
              <br />
       Les Etats-Unis resteront, en effet, quoi qu’il arrive, une nation incontournable mais l’Europe peut, de par son histoire et son imbrication avec d’autres continents, jouer un rôle de médiatrice entre les cultures, au service de la paix dans le monde, bref redevenir un acteur mondial.       <br />
              <br />
       2.	Le deuxième défi est celui de l’hyperindividualisme porté par une société qui a perdu le sens du collectif à force de proclamer les droits de l’Homme, en oubliant ceux du citoyen. La proclamation en toutes circonstances de droits illimités aboutit à des exigences elles-mêmes illimitées et insusceptibles d’être satisfaites. Il n’existe plus de principe de réalité dans des sociétés qui ont oublié que les droits de l’Homme proclamés en 1789 étaient aussi ceux du Citoyen. Or, l’exercice de la citoyenneté est ce qui permet de définir le bien commun, c’est-à-dire des priorités et des règles. Telle est la définition classique de la République au sens étymologique du terme : la <span style="font-style:italic">res publica</span>. L’exercice de la citoyenneté implique donc le civisme, c’est-à-dire le sens de la responsabilité des citoyens vis-à-vis de la cité à laquelle ils appartiennent. On comprend bien que le civisme ne va pas sans un patriotisme raisonnable, car « la citoyenneté ne va pas sans abnégation », selon un mot que j’emprunte à l’historien français Claude Nicolet.       <br />
              <br />
       Ce sentiment d’appartenance à une entité politique historiquement constituée est évidemment fondamental, si on veut aider nos sociétés à dominer l’hyperindividualisme qui les caractérise en tant que sociétés de droits potentiellement illimités, sans la contrepartie de devoirs équivalents. Les cités de l’Antiquité ou de la Renaissance italienne ont été remplacées, à l’époque contemporaine, par les nations mais on ne voit pas que les nations aient été nulle part remplacées dans le monde, qu’on pense aux Etats-Unis, à la Chine, au Japon, au Brésil, à la Turquie ou à l’Iran. Même en Europe l’idée d’un « patriotisme constitutionnel » se substituant aux patriotismes nationaux a fait long feu, comme on l’a vu avec l’échec du projet de Constitution européenne.        <br />
              <br />
       Il y a un bon usage à rechercher des nations européennes et de la diversité nationale de l’Europe, car c’est à partir des nations qu’on peut retrouver une citoyenneté à la fois nationale et européenne efficace, et que les peuples européens peuvent redevenir ensemble, à l’échelle mondiale, des acteurs conscients de leur histoire. Il ne faut donc pas s’enfermer dans l’opposition factice entre droits de l’homme abstraits et nations démonisées, car confondues avec la conception ethnique, évidemment source de dérives nationalistes. Il faut concevoir une Europe de nations citoyennes.        <br />
              <br />
       A cet égard la diversité de l’Europe est un atout plus qu’un handicap pour réapprendre ce qu’est l’esprit de la Cité. Il serait d’abord absurde de vouloir nier la spécificité des nations qui ont été le cadre de l’épanouissement des libertés et de la démocratie en Europe. La démocratie moderne doit beaucoup à l’héritage des cités italiennes, à l’<span style="font-style:italic">Habeas corpus</span> britannique, à la Révolution française, aux libertés précocement conquises par les cantons suisses et par les Pays Bas. Ne cherchons pas à gommer la spécificité des peuples qui s’enracinent dans la diversité des héritages culturels : langues et religions, chaque nation ayant conquis, au long des siècles, sa propre forme de démocratie et de citoyenneté. C’est en effet la citoyenneté qui permet de contenir les ethnicismes, les revendications  particularistes, les communautarismes et surtout, enfin, d’intégrer les immigrés.       <br />
              <br />
       La nation reste le cadre de la démocratie et le lieu de la solidarité. La diversité de l’Europe – plus de cinquante peuples, si on inclut la Russie – est une chance, si cette diversité n’empêche pas les convergences nécessaires pour l’établissement d’une République européenne, à partir des nations définies comme « communautés de citoyens ». On ne gagnerait rien à arraser les spécificités nationales pour créer  un « peuple européen » artificiel. Les vieilles nations européennes avec le rayonnement mondial de leurs langues, de leur patrimoine et de leurs cultures, et avec leurs prolongements ultramarins sur d’autres continents pèsent plus que l’agrégat qu’elles constitueraient ensemble sous l’égide d’un fédérateur extérieur. Surtout il serait vain, comme je crois l’avoir montré, de vouloir créer un civisme européen qui ne s’inscrirait pas dans le prolongement des civismes nationaux. Seules les nations fournissent aujourd’hui le cadre opératoire d’un civisme réellement efficient. Le défi aujourd’hui est d’assurer la convergence de ces prises de conscience. Le dialogue des nations européennes est à cet égard incontournable. On peut cependant penser que les prises de conscience se feront de façon décalée et progressive. L’Avvocato Gerardo Marotta invite les philosophes à se tourner vers les sciences. La biologie montre que les organismes vivants progressent toujours par différenciation. L’avenir de la construction européenne est bien évidemment dans la géométrie variable, dans la constitution de cercles concentriques à partir des nations et de la volonté démocratiquement exprimée par elles, le premier cercle étant naturellement constitué à mes yeux par la zone euro, un ensemble de 300 millions d’habitants, soit autant que les Etats-Unis, ensemble dont la colonne vertébrale va de l’Italie vers les Flandres, la voie de communication européenne par excellence depuis le Moyen-Age. C’est à cette échelle que les nations de la vieille Europe peuvent réapprendre ce qu’est l’esprit de la cité, sans laquelle il n’y a pas de liberté. L’Europe ne se fera pas contre les nations mais avec elles.       <br />
              <br />
       L’unité européenne est une réalité historique. C’est cette réalité culturelle en même temps que les solidarités nées de la géographie qui peuvent fonder les convergences nécessaires. Les nations européennes forment depuis des siècles un système de vases communicants, une véritable « République européenne » nourrie d’échanges culturels et intellectuels constants, et cela dès le Moyen Age, quand s’est constitué le réseau des monastères, des cathédrales et des Universités. C’est à partir de la Renaissance italienne que les idées des Lumières se sont peu à peu propagées à toute l’Europe. Machiavel, Giordano Bruno, Galilée, Bacon, Descartes, Spinoza, Locke, Montesquieu, Rousseau, Kant, Hegel, Marx, Freud, Gramsci, Croce, ce ne sont là que quelques-uns de ces grands esprits européens qui ont reculé les limites du monde et celles de notre compréhension.        <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">B) Qu’a à dire l’Esprit européen aujourd’hui si on veut que l’Europe puisse retrouver une fonction médiatrice à l’échelle du monde ?</span>       <br />
              <br />
       L’identité culturelle de l’Europe procède évidemment du double héritage d’Athènes et de Jérusalem. L’universalisme est un idéal mais l’Europe qui y prétend, ne le réalise pas spontanément. L’Islam et plus encore les civilisations de l’Asie n’entrent pas aisément dans notre conception du monde. Parmi les sources de l’esprit européen, j’ai mis Athènes en premier parce que c’est bien évidemment à Athènes que nous devons l’idée de la liberté, non pas seulement politique mais aussi philosophique, l’esprit de la recherche, l’esprit de Prométhée. Là sont les racines de notre culture. Comme ancien ministre de l’Education Nationale, j’ai toujours regretté qu’on veuille mettre l’élève et la pédagogie au centre de l’Ecole et non pas le savoir et la culture. Notre avenir ne se fera pas sans un retour aux sources humanistes de notre culture qui sont d’abord dans la Grèce et dans Rome. Le « magister » n’est pas le « dominus » qui règne sur sa maison. Il est l’intercesseur entre le patrimoine du Savoir et l’élève. Comme la cité est antérieure aux citoyens auxquels elle a permis de conquérir leurs droits, de même le Savoir et le patrimoine de la Culture préexistent à l’élève et d’ailleurs aussi au professeur. C’est la conscience de cette antériorité qui fonde l’Ecole et sa capacité à transmettre.  C’est donc dans le Savoir et dans sa compétence propre que s’enracine l’autorité du « maître » (celui qui enseigne). C’est là la base de toute réforme intellectuelle et morale et d’abord d’une réforme de l’enseignement qui conditionne le reste, jusques et y compris la reconquête d’une liberté civique authentique.       <br />
              <br />
       La deuxième source de notre culture est à Jérusalem. C’est au judéo-christianisme que nous devons l’idée d’égalité, celle de tous les hommes égaux devant le Créateur, ainsi que l’idée de la conscience inséparable de l’idée du salut de l’âme individuelle, et enfin celle d’un temps fléché par l’annonce du Messie, et donc l’idée du progrès. Les lumières ont sécularisé cet héritage judéo-chrétien. Il serait absurde de vouloir aujourd’hui rejudaïser ou rechristianiser  des valeurs désormais laïcisées.       <br />
              <br />
       Athènes et Jérusalem constituent encore aujourd’hui deux fleuves distincts dans notre civilisation. Le supplice de Giordano Bruno, qui n’a pas voulu abjurer ce à quoi il croyait, le 17 février 1600, n’est pas si lointain. Bruno a affirmé ainsi un idéal très moderne : l’autonomie de la réflexion philosophique, nourrie de la recherche scientifique de son temps. Il l’a fait face aux dogmes qui, aujourd’hui comme hier, veulent s’imposer au mépris de la Raison.       <br />
              <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">C) Actualité de la laïcité</span>       <br />
              <br />
       La laïcité me paraît donc être une valeur essentielle pour notre temps. L’Europe a été ravagée jadis par les guerres de religions. Ces guerres ne sont pas derrière nous.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">1.	La théorie de la « guerre des civilisations »</span> est aujourd’hui grosse d’affrontements meurtriers. Rien n’autorise à confondre l’Islam, le judaïsme ou le christianisme qui sont des religions avec leurs dérives fondamentalistes. Il faut aussi bien distinguer les religions, les cultures qui impliquent généralement une langue, et les civilisations.  La civilisation musulmane, par exemple, a connu son apogée il y a plus de dix siècles. L’Europe ne se résume plus à la Chrétienté. Le judaïsme enfin n’est pas la religion d’Eretz Israel. Vouloir réduire les affrontements qui se sont produits depuis 622 entre l’Europe et l’Orient à un conflit entre l’Islam et la Chrétienté est évidemment réducteur : conquêtes arabes, croisades, Reconquista espagnole, poussée de l’Empire ottoman, colonisations, guerres de libération balkaniques, décolonisation, conflit israélo-palestinien, guerre d’Afghanistan, terrorisme islamiste, guerres américaines au Moyen-Orient, ces différents épisodes ont leur spécificité et ne peuvent être inscrits dans la grille de lecture unique et prédéterminée d’un conflit de religions ou de civilisations. L’Histoire est autrement plus complexe. Elle a donné à voir aussi des alliances de revers et des périodes d’échange féconds et pacifiques. Cette vision fige l’Islam et la Chrétienté à un moment de leur évolution où la religion imposait sa domination à l’ensemble de la vie sociale. Elle fait l’impasse sur le mouvement de la sécularisation qui a d’abord touché l’Europe mais qui concerne aussi aujourd’hui les sociétés musulmanes. Elle concourt à figer l’autre dans une essence diabolisée. Cette conception du conflit des civilisations a remplacé comme par hasard la guerre froide après l’effondrement du communisme. Comme s’il était besoin de conserver un adversaire identifié au Mal (« l’Empire du mal », « l’axe du mal »).        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">2.	La spécificité européenne.</span> Toutes les sociétés n’accordent évidemment pas à la religion la même place : la religion imprègne plus fortement les sociétés musulmanes voire la société américaine que les sociétés européennes. Celles-ci sont davantage marquées par l’esprit du rationalisme laïque. Est-ce la marque d’un retard et d’une forme de « relativisme culturel » condamnable, comme l’affirment derrière le philosophe américain Allan Bloom, certains néo-conservateurs pour lesquels seule la guerre peut affirmer la supériorité d’un système de valeurs sur un autre ? Un discours analogue avait été tenu en Allemagne dans les années vingt par les théoriciens de la « Révolution conservatrice ». Ce rationalisme laïque de l’Europe contemporaine n’est-il pas plutôt la marque d’une retenue ou d’un sens de la mesure déjà illustré par les anciens Grecs – « Rien de trop » disaient-ils – retenue sans laquelle il n’y a ni dialogue ni échange possibles ?       <br />
              <br />
       Ainsi la dissolution du système soviétique a plus résulté d’un phénomène de décomposition idéologique que d’un redoublement de la guerre froide. Faut-il rappeler que les premiers efforts de désarmement, dont j’ai d’ailleurs été le témoin comme ministre de la Défense à cette époque, et les accords d’Helsinki en novembre 1989 précédèrent l’effondrement de l’URSS ? Nous étions alors en pleine « détente » ! C’est la crise de l’eschatologie communiste non seulement dans les masses mais au sein même de la nomenklatura qui a fait vaciller un système sclérosé et miné de contradictions nationales autant que sociales.       <br />
              <br />
       Les milieux néo conservateurs veulent substituer aujourd’hui le mythe du « fascislamisme » au mythe du communisme totalitaire. Mais cette vision manichéenne plaquée sur l’Islam fait bon marché des réalités et des contradictions dans lesquelles se débattent les sociétés musulmanes, affrontées à la globalisation.       <br />
              <br />
       Un système technique ne crée pas – nous l’avons vu – un sentiment d’appartenance. On ne peut pas plaquer du dehors un « progrès » qu’une culture ne se serait pas approprié par la voie de ses propres déterminations. Telle était la pensée de l’orientaliste français Jacques Berque. La culture est inévitablement le lieu d’une confrontation parce qu’elle est, ne serait-ce que par frottement et plus souvent par affrontement, « la forge de l’identité », comme l’a écrit le philosophe français Régis Debray.       <br />
              <br />
       Reste que ce qui apparaît depuis trois décennies comme le « retour du religieux » n’est peut-être qu’une « ruse de la Raison ». Le dialogue même implique entre ses partenaires un « différentiel ». L’Islam est multiple et les sociétés musulmanes du Maghreb à l’Iran sont engagées dans une profonde transition démographique, comme l’a montré le sociologue et démographe Emmanuel Todd. Cette transition démographique laisse entrevoir un avenir pacifié, car cette transition est elle-même révélatrice de profondes modifications socioculturelles, notamment les progrès de l’alphabétisation. Les sociétés musulmanes connaissent avec retard la même évolution que nos sociétés. L’Europe ne doit pas se laisser entraîner dans la soi-disant « guerre des civilisations » qui n’est que le masque pseudo religieux de rivalités géopolitiques et énergétiques bien réelles. C’est par excellence le travail qui incombe à l’esprit européen : nous aider à voir clair dans un monde où la religion et le sentiment de l’identité sont souvent instrumentés à des fins de domination.       <br />
              <br />
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       *   *       <br />
              <br />
       Après deux guerres mondiales, l’Europe reste, à juste titre, éprise de paix. La majorité des peuples européens a été hostile à l’invasion de l’Irak en 2003. Nous devons résister aujourd’hui à la logique de guerre avec l’Iran. Il n’est pas non plus inévitable qu’une nouvelle guerre froide s’installe sur notre continent face à la Russie. Celle-ci connaît sans doute de graves problèmes intérieurs, mais nous ne devons pas chercher à la déstabiliser, car la Russie fait partie de l’Europe et elle est utile à l’Europe. La Raison à laquelle je fais appel n’est donc pas une raison abstraite. C’est une Raison concrète qui intègre toutes les dimensions économiques, sociales, culturelles, géopolitiques, scientifiques de l’actuelle globalisation.        <br />
              <br />
       On sait que la première globalisation, sous l’égide de la Grande-Bretagne, a débouché sur la première guerre mondiale. On peut dire avec le recul que l’esprit européen avait largement capitulé devant un certain irrationalisme.       <br />
              <br />
       Nous vivons aujourd’hui la seconde globalisation sous égide américaine. L’Europe a un rôle important à jouer car les Etats-Unis ne peuvent plus faire n’importe quoi comme en Irak. Ce n’est pas rendre service aux Etats-Unis de célébrer les « valeurs américaines » comme si elles étaient spontanément des valeurs universelles. Le retour au multilatéralisme dépend de la volonté européenne, de l’esprit public européen qu’il appartient à la philosophie de faire se lever.       <br />
              <br />
       Qu’est-ce donc que l’Esprit européen ? C’est l’esprit de liberté qui toujours nie les idées reçues. Cet esprit de liberté dressé contre les conformismes dominants est évidemment universel. Il ne saurait être confiné au petit cap européen même s’il appartient à l’Europe de reconquérir une citoyenneté efficace vis-à-vis d’elle-même comme vis-à-vis du reste du monde, en forgeant ce que le général de Gaulle appelait « une Europe européenne ». Cet esprit européen renaissant doit combattre partout les régressions fondamentalistes. Un néo-conservateur américain, Robert Kagan, a comparé, en 2003, l’Europe à Venus et l’Amérique à Mars. Je suggérerais plutôt pour l’Europe la figure d’Apollon, le Dieu de la Lumière car c’est d’abord de lumières que notre monde a besoin.
     </div>
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    ]]>
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   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Le-role-de-la-culture-dans-la-construction-de-l-Europe_a481.html" />
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   <title>Fracture muséale ou fracture sociétale ?</title>
   <updated>2007-02-09T12:10:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Fracture-museale-ou-fracture-societale_a214.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2007-02-09T12:03:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Depuis quelques semaines, une querelle des anciens et des modernes divise le monde des musées.     <div>
      Pour ma part, je ne m’indigne pas que nos grands musées veuillent partager avec les publics de Shanghai, Atlanta, Abou Dhabi, Sao Paolo l’accès au patrimoine artistique inaliénable dont ils ont la garde. Ils contribuent ainsi au rayonnement de la culture française dans le monde, et des valeurs dont elle est porteuse. Cette façon de diffuser l’esprit des Lumières, lequel est à l’origine de l’invention des musées, relève d’un bon usage de la mondialisation.       <br />
              <br />
       Je ne suis pas choqué non plus qu’en retour nos musées tirent de cette coopération internationale des recettes supplémentaires qui serviront à restaurer leurs collections ou à mieux accueillir leur public.       <br />
              <br />
       Plutôt que d’entrer dans une vaine polémique, je préfère m’interroger sur la façon dont en France même se partage l’accès au patrimoine, aux valeurs, aux émotions artistiques qui fondent une communauté de culture.       <br />
              <br />
       Nos musées reçoivent de plus en plus de visiteurs, mais cette hausse, dont on doit se réjouir, est surtout due à la fréquentation touristique internationale, et bien peu à une fréquentation de proximité qui traduirait un élargissement sociologique de leur public.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      L’observation vaut pour la plupart des services publics culturels et des spectacles subventionnés : à l’augmentation de l’offre ne répond pas une augmentation parallèle de la fréquentation. En revanche, les Français passent de plus en plus de temps devant l’écran de leur téléviseur, de leur ordinateur, et même de leur téléphone. Par ces appareils, ils ont accès à toutes sortes de services, y compris et massivement, à des services de nature culturelle.       <br />
              <br />
       Le résultat, c’est une séparation de plus en plus sensible entre deux cultures : d’une part une culture élitaire, où des publics peu nombreux fréquentent des œuvres reconnues comme capitales, d’autre part une culture populaire, où toutes les autres catégories sociales, et notamment celles tenues pour marginales, défavorisées ou exclues, consomment des productions culturelles tenues elles aussi en marge de la culture cultivée, souvent formatées en Amérique, et qui disposent d’un formidable avantage économique : leur caractère industrialisable.       <br />
              <br />
       Jamais la distance entre culture cultivée et culture populaire n’a paru aussi grande. Et pourtant, pour faire vivre la République, les citoyens doivent aussi partager un socle commun d’émotions artistiques et de références culturelles.       <br />
              <br />
       Comment réduire cette fracture ?       <br />
              <br />
       On ne le remarque pas assez, les bibliothèques de lecture publique sont les seuls équipements culturels dont la fréquentation augmente régulièrement depuis une vingtaine d’années. A la différence des musées, le public qui les fréquente est un public de proximité, et on y observe beaucoup plus de mixité sociale.       <br />
              <br />
       En outre, les bibliothèques deviennent des médiathèques, qui permettent à leurs usagers d’accéder à Internet aussi bien que d’emprunter ou de consulter tous les supports analogiques ou numériques. On peut y voir des expositions et elles sont souvent dotées d’un auditorium qui peut accueillir conférences, projections, lectures, concerts ou spectacles de petite forme.       <br />
              <br />
       Aujourd’hui, chaque bibliothèque municipale ou intercommunale a vocation à devenir un lieu d’accueil de toutes les disciplines artistiques en même temps qu’un lieu où se crée du lien social autour du savoir, de la culture et des arts.       <br />
              <br />
       C’est en s’appuyant sur ce réseau qu’on peut travailler à réduire « la fracture culturelle ». Une grande ambition de la gauche devrait être demain de faire une médiathèque dans chaque canton, dans chaque cité, voire dans chaque quartier.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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