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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-03-11T04:42:17+01:00</updated>
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   <title>Déclaration conjointe de Hubert Védrine et de Jean-Pierre Chevènement au sujet de la guerre en Ukraine et de la conférence de Munich sur la sécurité</title>
   <updated>2024-02-20T15:22:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Declaration-conjointe-de-Hubert-Vedrine-et-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-sujet-de-la-guerre-en-Ukraine-et-de-la_a2269.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2024-02-20T15:16:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Déclaration conjointe de Hubert Védrine et de Jean-Pierre Chevènement     <div>
      Face au développement de la crise due à l’invasion de l’Ukraine et à des menaces récentes, des décisions aussi importantes que celles qu’entrainent l'Accord de sécurité conclu ce vendredi à Paris, ou les déclarations préalables à la Conférence de sécurité de Münich, notamment celles qui concernent une européisation de la dissuasion, méritent un débat public. Les récentes déclarations de Donald Trump remettant en cause le traité de l’Atlantique Nord et l’hypothèse de sa victoire à l’automne ne peuvent être ignorées. Elles impliquent que les Etats européens ne soient pas surpris par leurs conséquences. Ils doivent mesurer la portée de telles décisions.         <br />
              <br />
       C’est pourquoi, aussi, il serait raisonnable d‘engager dès aujourd’hui le débat politique sur le fond, et d’en saisir le Parlement. C’est affaire de démocratie, mais c’est également une question de responsabilité pour que l’Europe puisse affronter en bon ordre des échéances qui seront difficiles. De tout cela, chacun doit prendre conscience faute de risquer d’être entraînés dans un avenir proche dans un engrenage que nous ne maîtriserons pas. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "Quel avenir pour la défense française ?"</title>
   <updated>2023-07-21T14:16:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-Quel-avenir-pour-la-defense-francaise_a2248.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2023-07-17T14:47:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/74092160-51523667.jpg?v=1689599306" alt="Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "Quel avenir pour la défense française ?"" title="Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "Quel avenir pour la défense française ?"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="https://fondation-res-publica.org/2023/07/17/introduction-37/">Introduction</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://fondation-res-publica.org/2023/07/17/la-loi-de-programmation-militaire-2024-2030-enjeux-et-perspectives/">« La Loi de programmation militaire 2024-2030 : enjeux et perspectives »</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://fondation-res-publica.org/2023/07/17/le-nouveau-contexte-strategique-et-levolution-de-la-conflictualite/">« Le nouveau contexte stratégique et l’évolution de la conflictualité »</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://fondation-res-publica.org/2023/07/17/industrie-et-loi-de-programmation-militaire/">« Industrie et loi de programmation militaire » </a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://fondation-res-publica.org/2023/07/17/debat-final-114/">« Débat final »</a>       <br />
              <br />
       -----       <br />
              <br />
       Voir les actes du colloque <a class="link" href="https://fondation-res-publica.org/2023/07/17/quel-avenir-pour-la-defense-francaise-actes/">&quot;Quel avenir pour la défense française ?&quot;</a>       <br />
              <br />
       Le cahier imprimé du colloque <a class="link" href="https://fondation-res-publica.org/produit/quel-avenir-pour-la-defense-francaise/">&quot;Quel avenir pour la défense française ?&quot;</a> est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-Quel-avenir-pour-la-defense-francaise_a2248.html" />
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   <title>Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Point : "Il va falloir au moins cinquante ans pour refaire la France"</title>
   <updated>2023-05-30T13:18:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-Point-Il-va-falloir-au-moins-cinquante-ans-pour-refaire-la-France_a2241.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/73174277-50912771.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2023-05-30T10:54:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au journal "Le Point", propos recueillis par Jérôme Cordelier, mercredi 24 mai 2023.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/73174277-50912771.jpg?v=1685438785" alt="Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Point : "Il va falloir au moins cinquante ans pour refaire la France"" title="Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Point : "Il va falloir au moins cinquante ans pour refaire la France"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Le Point : La France est-elle si en déclin qu'il faille la « refaire », comme vous l'affirmez en titre de votre ouvrage ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J'ai repris une expression de De Gaulle de 1940. « Que faites-vous ? » lui demande-t-on. « Nous sommes en train de refaire la France », répond-il. C'est une tâche du même ordre qui nous attend. Il va falloir au moins cinquante ans pour réapprendre à la France à produire, relever l'État républicain, défaire les liens qui entravent les initiatives, refaire des Français et d'abord des citoyens, permettre à nouveau à notre nation de parler une langue qui soit comprise du monde entier. Tout cela demande du temps et de la volonté.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Le Point : La politique de réindustrialisation voulue par Emmanuel Macron va-t-elle dans le bon sens ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Les maux dont souffre notre pays s'enracinent presque tous dans une désindustrialisation commencée à la fin des années 1970 en fonction de choix idéologiques à l'aveugle : nos élites ne savent plus où elles vont depuis une quarantaine d'années. Les lilliputiens de Bruxelles ont enchaîné notre Gulliver national. La France est sur une mauvaise pente depuis qu'elle a choisi à travers l'Acte unique de s'en remettre à la Commission de Bruxelles pour araser les réglementations, déréguler et installer partout le primat de la concurrence, sans aucune étude d'impact préalable. Le primat a été donné à la circulation des capitaux par rapport à l'emploi. Ce qui a conduit à une délocalisation massive des industries vers des pays à bas coûts. À la fin des années 1970, la France comptait 6 millions d'emplois industriels, il n'y en a plus que 2,8 millions. L'industrie française, c'est 280 milliards d'euros, l'industrie allemande, 780 milliards : presque trois fois plus. La France s'est désinvestie de l'industrie et a privilégié les services et la finance. Je veux bien que l'on rende Macron coupable de tout, mais tous ses prédécesseurs depuis les années 1980 sont responsables de cette situation…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : L'ordre républicain est-il toujours assuré en France ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L'ordre républicain, c'est un concept d'ensemble fondé sur la suprématie de la loi. Or on a vu proliférer des instances administratives indépendantes, des jurisprudences nationales et internationales qui se substituent à la loi… Le soubassement républicain n'est plus fermement assuré. À partir de là, constatons que la police est devenue le bouc émissaire facile des fauteurs de violences professionnels. La justice, ça ne va pas : trop de recours en tous sens, des délais de jugement démesurément allongés, le sentiment d'une inefficacité globale. Ce que je propose, c'est de remettre de l'ordre dans la hiérarchie des normes, d'abord. Ensuite, de donner des directives claires à la police, avec les moyens de remplir les tâches qu'on lui assigne. La détérioration de la situation est bien antérieure au pouvoir actuel. Les gouvernements les uns après les autres ont été dépassés. La violence qui se déchaîne au moindre prétexte est ravageuse dans une société démocratique. Il faut restaurer l'autorité. Une autorité qui se veut simple, rapide et bien sûr proportionnée.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : L'actuel président de la République fait-il tout pour « relever l'autorité de l'état », l'un des chantiers prioritaires à votre sens ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Emmanuel Macron n'a pas raison sur tout, mais il lui arrive d'avoir raison. Maintenant, s'il a eu le mérite de faire turbuler le système en 2017, il n'a pas encore reconstruit une politique claire à long terme. Relancer le nucléaire a été une décision salvatrice et structurante pour l'avenir, mais dans beaucoup d'autres domaines il y a des décisions analogues à prendre. Dans le secteur de l'automobile, par exemple : nous avions un excédent de plus de 10 milliards d'euros en 2000 ; aujourd'hui, le déficit est de 20 milliards d'euros. Parce que les constructeurs ont délocalisé une partie importante de leur production. N'est-il pas possible de les convaincre d'inverser le mouvement ? Il faut recréer un ministère de l'Industrie. Emmanuel Macron a pris une bonne initiative en préconisant la modulation de l'interdiction des moteurs thermiques, mais il n'en est pas gratifié. Pas plus quand, de retour de Chine, il affirme que l'Europe ne doit pas être « suiviste » pour dire que notre politique étrangère ne doit pas être une copie servile de celle des Chinois ou des Américains. Il provoque un tollé de récriminations, alors qu'il exprime une vérité de bon sens si l'on veut que la France reste un pays indépendant…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Remplit-il le rôle d'« arbitre national », dans l'esprit de la Ve République voulu par de Gaulle, que vous évoquez dans votre essai ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ce rôle d'arbitre national conçu par de Gaulle a bien fonctionné avec celui-ci puis Pompidou, mais il a commencé à être pollué sous Giscard d'Estaing, à travers des polémiques peu dignes. Le président de la République détient une fonction éminente au sommet de l'État, il doit être à l'abri des critiques excessives. Cela ne veut pas dire que je considère que la réforme des retraites a été vendue de manière pédagogique…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : L'Europe, selon vous, est en partie responsable de la genèse du conflit en Ukraine. De quelle manière ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Soyons clair : la Russie est l'agresseur. Mais dans la genèse de ce conflit, les torts sont partagés. Cette guerre vient de loin. La première « révolution orange », c'est 2003, et à l'origine il y a une certaine conception des rapports entre l'Ukraine et la Russie que je fais remonter au livre de Zbigniew Brzezinski (ex-conseiller à la Maison-Blanche), <span style="font-style:italic">Le Grand Échiquier</span> (1997). Il y a eu une volonté de se servir de l'Ukraine comme d'un bélier contre la Russie, alors que tous les présidents français, et notamment Jacques Chirac, avaient pour politique d'associer la Russie au destin européen. Parallèlement, l'Union européenne a lancé en 2008 le « partenariat oriental », un projet d'association forcément déstabilisateur pour la Russie, dont l'économie était étroitement intégrée à celle de l'Ukraine. Deux projets d'association se sont trouvés face à face. Or le projet européen, dit « partenariat oriental », n'a pas été géré politiquement. Le président de la Commission européenne de l'époque, M. Barroso, porte une lourde responsabilité dans le dérapage qui s'est produit en 2013-2014. Celui-ci était parfaitement évitable si l'on avait pensé ensemble ces deux projets de libéralisation des échanges. Surtout, si on avait établi une neutralité pour l'Ukraine, entre l'Europe et la Russie. Au lieu de cela, nous avons eu un conflit que les accords de Minsk, en eux-mêmes méritoires, n'ont pas réussi à geler. L'Ukraine s'est refusée à les appliquer. Et la Russie a cru pouvoir en profiter pour imposer militairement sa solution. Cette agression a jeté l'Europe dans les bras des États-Unis, et la Russie se trouve désormais à la merci de la Chine. Beau résultat du point de vue de l'indépendance de l'Europe !       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Vous plaidez dans votre livre pour une alliance Europe-Russie afin d'assurer la sécurité du continent. Vous êtes à contre-courant ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cette question pour l'instant n'est plus d'actualité. Mais elle le redeviendra, parce que la Russie se trouvera toujours où elle est, sur un espace géographique de 17 millions de kilomètres carrés et 11 fuseaux horaires. Qui occupera cet espace ? Est-ce intelligent de renvoyer la Russie dans les bras de la Chine ? C'est ce qui a fini par arriver avec la guerre en Ukraine, parce que la Russie s'est crue - à tort - assiégée par un « Occident collectif ». C'est une grave erreur d'analyse du point de vue de la Russie. Mais aussi du point de vue de l'Europe, qui s'est tiré une balle dans le pied.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Emmanuel Macron gère-t-il bien la crise ukrainienne ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : À sa décharge, il est arrivé un peu tard. Aujourd'hui, surtout, il faut éviter d'ajouter la guerre à la guerre. Donner à l'Ukraine les armes nécessaires pour se défendre, d'accord. Mais pas pour porter la guerre sur le territoire russe, avec des missiles à très longue portée, à très forte puissance. Il faut quand même qu'une voix de raison se fasse entendre si l'on veut éviter un embrasement généralisé. Quand on regardera les événements avec le recul de l'histoire, on verra que peu de dirigeants ont cherché à enrayer cette marche vers le gouffre.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Pourquoi n'êtes-vous pas favorable à l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, que soutient avec force notamment la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L'Ukraine est loin de répondre à des standards exigés pour une adhésion à l'Union européenne. Il y a des solidarités que nous devons à l'Ukraine agressée, mais il nous faut aussi défendre nos intérêts économiques légitimes.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Vous avez été le représentant de la France pour la Russie entre 2012 et 2021, vous connaissez donc bien Vladimir Poutine. Quel témoignage pouvez-vous apporter sur son évolution ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Mon rôle a consisté à freiner la marche vers un conflit de grande ampleur. Dès 2013, j'ai pris la mesure du danger. J'assume la mission qui fut la mienne, je la revendique, et j'en suis fier car j'ai essayé d'empêcher l'irréparable. Et j'ai pu voir au plus près l'évolution des esprits de part et d'autre. Pour moi, il y a eu deux Poutine. Celui d'abord qui a mis un terme à la chaotique période Eltsine, quand la Russie avait perdu la moitié de son PIB : Poutine a redressé son pays en modernisant l'État et l'économie. C'est l'époque, en 2002, où il offrait aux États-Unis des bases militaires en Asie centrale contre les talibans. Puis est arrivée la deuxième partie de l'ère Poutine, que je fais commencer à 2007, quand, à la conférence sur la sécurité de Munich, dite « Wehrkunde », celui-ci adresse une sévère mise en garde aux Américains, aux Européens et à l'Otan s'agissant de leur politique vis-à-vis de la Russie, notamment en Ukraine. On connaît la suite… Je me souviens de cette phrase de Poutine : « Celui qui ne regrette pas la disparition de l'URSS n'a pas de cœur, mais celui qui veut la rétablir n'a pas de tête. » J'ai pensé que cette phrase exprimait le fond de sa pensée. Mais je suis bien obligé de constater qu'il s'est laissé gagner par un nationalisme obsidional, à l'origine de cette gravissime erreur qu'a été l'invasion de l'Ukraine en 2022. C'est une erreur fondamentale dont nous n'avons pas fini de payer le prix.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.lepoint.fr/politique/chevenement-il-va-falloir-au-moins-cinquante-ans-pour-refaire-la-france-24-05-2023-2521533_20.php">Le Point</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-Point-Il-va-falloir-au-moins-cinquante-ans-pour-refaire-la-France_a2241.html" />
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  <entry>
   <title>Colloque de la Fondation Res Publica : "Quel avenir pour la défense française ?"</title>
   <updated>2023-05-10T16:02:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-Quel-avenir-pour-la-defense-francaise_a2236.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2023-02-23T15:49:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Colloque du lundi 13 mars, de 18h à 21h à la Maison de la Chimie.     <div>
      Avec les interventions de :        <br />
              <br />
       - <b>Élie Tenenbaum</b>, directeur du Centre des Études de Sécurité de l'Institut français des relations internationales (Ifri) ;       <br />
       - <b>Laurent Collet-Billon</b>, ancien délégué général pour l'armement (2008-2017) ;       <br />
       - <b>Pascal Ianni</b>, officier général &quot;prospective et stratégie militaire&quot; de l'état-major des armées ;       <br />
       - et <b>Jean-Pierre Chevènement</b>, fondateur et président d'honneur de la Fondation Res Publica, ancien ministre de la défense.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ce colloque aura lieu à la Maison de la Chimie (28 rue Saint-Dominique 75007 Paris).       <br />
              <br />
       Le nombre de places est limité. Il est par conséquent indispensable de s’inscrire au préalable pour assister au colloque :       <br />
       <ul class="list"><li>par courriel en envoyant un mail à : <a class="link" href="javascript:protected_mail('benjelloun@fondation-res-publica.org')" >benjelloun@fondation-res-publica.org</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li>par téléphone : 01.45.50.39.50       
       </li></ul><ul class="list"><li>par lettre : Fondation Res Publica, 52, rue de Bourgogne – 75007 – Paris       
       </li></ul><ul class="list"><li>Pour suivre ou commenter le colloque sur <a class="link" href="http://twitter.com/fondarespublica">Twitter</a>, utilisez le hashtag #ResPublica</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Actes de la table ronde de la Fondation Res Publica : "Autour des idées de Francis Fukuyama et de Samuel Huntington"</title>
   <updated>2023-02-06T15:52:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Actes-de-la-table-ronde-de-la-Fondation-Res-Publica-Autour-des-idees-de-Francis-Fukuyama-et-de-Samuel-Huntington_a2235.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/70618056-49231892.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2023-02-06T15:49:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/70618056-49231892.jpg?v=1675696183" alt="Actes de la table ronde de la Fondation Res Publica : "Autour des idées de Francis Fukuyama et de Samuel Huntington"" title="Actes de la table ronde de la Fondation Res Publica : "Autour des idées de Francis Fukuyama et de Samuel Huntington"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Introduction_a1539.html">Introduction</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Expose-de-M-Alain-Dejammet_a1540.html">« Exposé de M. Alain Dejammet »</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Debat-final_a1538.html">« Débat final »</a>       <br />
              <br />
       -----       <br />
              <br />
       Voir les actes de la table ronde <a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Autour-des-idees-de-Francis-Fukuyama-et-de-Samuel-Huntington_r184.html">&quot;Autour des idées de Francis Fukuyama et de Samuel Huntington&quot;</a>       <br />
              <br />
       Le cahier imprimé de la table ronde <a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/shop/Table-ronde-Autour-des-idees-de-Francis-Fukuyama-et-de-Samuel-Huntington_p171.html">&quot;Autour des idées de Francis Fukuyama et de Samuel Huntington&quot;</a> est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Actes-de-la-table-ronde-de-la-Fondation-Res-Publica-Autour-des-idees-de-Francis-Fukuyama-et-de-Samuel-Huntington_a2235.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Colloque de la Fondation Res Publica : "Le défi du redressement économique"</title>
   <updated>2023-01-30T17:59:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-Le-defi-du-redressement-economique_a2233.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2023-01-18T13:17:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Le colloque de la Fondation Res Publica sur "Le défi du redressement économique" est maintenu ce mardi 31 janvier, de 18h à 21h à la Maison de la Chimie, en dépit de l'appel à la mobilisation contre la réforme des retraites.     <div>
      Avec des interventions de :        <br />
              <br />
       - <b>Philippe Aghion</b>, économiste et professeur au Collège de France, à l'INSEAD et à la London School of Economics ;       <br />
       - <b>Louis Gallois</b>, ancien dirigeant de la SNCF et d'Airbus, co-président de la Fabrique de l'industrie ;       <br />
       - et <b>François Lenglet</b>, journaliste et directeur du service « économie » de TF1 et de LCI, auteur de <span style="font-style:italic">Rien ne va, mais...</span> (Plon, 2022).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ce colloque aura lieu à la Maison de la Chimie (28 rue Saint-Dominique 75007 Paris).       <br />
              <br />
       Vous pouvez toujours vous inscrire pour assister à ce colloque :       <br />
       <ul class="list"><li>par courriel en envoyant un mail à : <a class="link" href="javascript:protected_mail('benjelloun@fondation-res-publica.org')" >benjelloun@fondation-res-publica.org</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li>par téléphone : 01.45.50.39.50       
       </li></ul><ul class="list"><li>par lettre : Fondation Res Publica, 52, rue de Bourgogne – 75007 – Paris       
       </li></ul><ul class="list"><li>Pour suivre ou commenter le colloque sur <a class="link" href="http://twitter.com/fondarespublica">Twitter</a>, utilisez le hashtag #ResPublica</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-Le-defi-du-redressement-economique_a2233.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "La guerre d'Ukraine et l'ordre du monde"</title>
   <updated>2022-11-30T14:36:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-La-guerre-d-Ukraine-et-l-ordre-du-monde_a2232.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/69251745-48487178.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-11-30T14:30:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/69251745-48487178.jpg?v=1669816287" alt="Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "La guerre d'Ukraine et l'ordre du monde"" title="Actes du colloque de la Fondation Res Publica : "La guerre d'Ukraine et l'ordre du monde"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Introduction_a1536.html">Introduction</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/La-nouvelle-guerre-froide_a1535.html">« La nouvelle guerre froide »</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Demondialisation-ou-re-mondialisation_a1534.html">« Démondialisation ou remondialisation ? »</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Que-revele-cette-crise-de-l-avenir-de-l-Europe-et-du-desordre-mondial_a1531.html">« Quelle politique énergétique face aux bouleversements induits par la guerre d’Ukraine ? »</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Le-role-de-la-diplomatie-europeenne-dans-la-crise-ukrainienne_a1532.html">« Le rôle de la diplomatie européenne dans la crise ukrainienne »</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Que-revele-cette-crise-de-l-avenir-de-l-Europe-et-du-desordre-mondial_a1531.html">« Que révèle cette crise de l'avenir de l'Europe et du désordre mondial ? »</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Debat-final_a1530.html">« Débat final »</a>       <br />
              <br />
       -----       <br />
              <br />
       Voir les actes du séminaire <a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/La-guerre-d-Ukraine-et-l-ordre-du-monde_r183.html">&quot;La guerre d'Ukraine et l'ordre du monde&quot;</a>       <br />
              <br />
       Le cahier imprimé du colloque <a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/shop/La-guerre-d-Ukraine-et-l-ordre-du-monde_p170.html">&quot;La guerre d'Ukraine et l'ordre du monde&quot;</a> est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Actes-du-colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-La-guerre-d-Ukraine-et-l-ordre-du-monde_a2232.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Colloque de la Fondation Res Publica : "La guerre en Ukraine et l'ordre du monde"</title>
   <updated>2022-09-21T13:12:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-La-guerre-en-Ukraine-et-l-ordre-du-monde_a2224.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2022-09-13T17:49:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Colloque organisé par la Fondation Res Publica le mardi 27 septembre, de 18h à 21h à la Maison de la Chimie.     <div>
      Avec les interventions de :        <br />
              <br />
       - <b>Agnès Pannier-Runacher</b>, ministre de la transition énergétique, ancienne ministre déléguée chargée de l'industrie ;       <br />
       - <b>Jean-Robert Raviot</b>, docteur en science politique et professeur de civilisation russe contemporaine à l'université Paris-Nanterre, auteur, notamment, de <span style="font-style:italic">Russie : vers une nouvelle guerre froide</span> (La documentation française, 2016) ;       <br />
       - <b>Franck Dedieu</b>, docteur en sciences économiques, directeur adjoint de la rédaction de Marianne ;       <br />
       - <b>Jean de Gliniasty</b>, ancien ambassadeur de France à Moscou (2009-2013), directeur de recherche à l'Iris, auteur, notamment, de <span style="font-style:italic">Petite histoire des relations franco-russes</span> (L'Inventaire, 2021) et de <span style="font-style:italic">La Russie, un nouvel échiquier</span> (Eyrolles, 2022) ;       <br />
       - et <b>Thierry de Montbrial</b>, président fondateur de l'Institut français de relations internationales, président de la World Policy Conference, auteur, notamment, de <span style="font-style:italic">Vivre le temps des troubles</span> (Albin Michel, 2017).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ce colloque aura lieu à la Maison de la Chimie (28 rue Saint-Dominique 75007 Paris).       <br />
              <br />
       Le nombre de places est limité. Il est par conséquent indispensable de s’inscrire au préalable pour assister au colloque :       <br />
       <ul class="list"><li>par courriel en envoyant un mail à : <a class="link" href="javascript:protected_mail('benjelloun@fondation-res-publica.org')" >benjelloun@fondation-res-publica.org</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li>par téléphone : 01.45.50.39.50       
       </li></ul><ul class="list"><li>par lettre : Fondation Res Publica, 52, rue de Bourgogne – 75007 – Paris       
       </li></ul><ul class="list"><li>Pour suivre ou commenter le colloque sur <a class="link" href="http://twitter.com/fondarespublica">Twitter</a>, utilisez le hashtag #ResPublica</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-La-guerre-en-Ukraine-et-l-ordre-du-monde_a2224.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Marianne : "Emmanuel Macron fait l’objet d’un procès politique permanent que je ressens comme injuste"</title>
   <updated>2022-04-08T15:54:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-Marianne-Emmanuel-Macron-fait-l-objet-d-un-proces-politique-permanent-que-je_a2208.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/63640944-45836394.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-04-08T15:26:00+02:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au journal "Marianne", propos recueillis par Natacha Polony, Franck Dedieu et Étienne Campion, vendredi 8 avril 2022.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/63640944-45836394.jpg?v=1649413797" alt="Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Marianne : "Emmanuel Macron fait l’objet d’un procès politique permanent que je ressens comme injuste"" title="Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Marianne : "Emmanuel Macron fait l’objet d’un procès politique permanent que je ressens comme injuste"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Marianne : Au regard de la guerre en Ukraine, comment définiriez-vous la position géopolitique que la France doit adopter dans les années à venir ? Comment préserver les intérêts du pays dans ce nouvel ordre mondial ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il est d’abord urgent de mettre fin à cette guerre honteuse au cœur de l'Europe. Une guerre qu'on pouvait voir venir depuis longtemps, mais à laquelle personne ne croyait. La paix nécessite la proclamation, par l'Ukraine elle-même, de sa neutralité, avec la garantie que pourront lui apporter un certain nombre de puissances – les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies auxquels pourraient s’ajouter selon moi l'Allemagne et la Turquie.       <br />
              <br />
       Pour le reste, le constat d'une éventuelle violation de la neutralité de l'Ukraine devrait être établi à la faveur d’une procédure assez lourde, pour que les Ukrainiens soient rassurés sur leur capacité à se gouverner comme une nation libre et indépendante, démocratiquement. La preuve a été faite dans cette guerre que l'Ukraine, longtemps constitutive de l’Empire russe et alors appelée « Petite Russie », est, certes, une nation récente, mais une nation bien vivante.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Quant à la question plus générale tenant au contexte géopolitique dans lequel la France va devoir s'insérer, la contradiction structurante du monde à venir restera celle qui prévaut déjà aujourd'hui, entre les États-Unis et la Chine. Ne nous leurrons pas : la Russie ne deviendra jamais l'hyperpuissance qu'elle a été à l’époque soviétique. Elle est, et restera, une grande puissance, certes. La Russie devra s’insérer dans le monde tel qu’il est devenu. Le peuple russe reste d’abord un très grand peuple européen dont l’apport à la civilisation européenne est majeur. On doit, géographiquement parlant, se rappeler que la Russie est le pays des quatre mers : la mer Baltique, la mer Blanche, la mer Noire, et la mer Caspienne. C’est le noyau historique de la Russie qui s'est démesurément étendu avec la conquête par les Cosaques de la Sibérie au XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. L’indépendance de l’Ukraine ne commence, elle, qu’en 1991.       <br />
              <br />
       Dans le cadre de l’Europe, notre tâche, à nous Français, sera de maintenir une indépendance du Vieux Continent par rapport aux deux hyperpuissances de demain, que seront les États-Unis et la Chine. Sur ce sujet, je n'ai aucune peine à me définir comme européen. Naturellement, pour moi, l'Europe pèse à la mesure des nations qui la composent, et particulièrement des grandes nations. Leur effort conjugué doit permettre à l’Europe d'exister comme acteur indépendant. Alors, quelles sont ces grandes nations ? Il n'y a pas de règle. Ce sont celles qui s'engageront. On voit bien, naturellement, que, au premier rang, il y a la France, l'Allemagne, l’Italie, l’Espagne, et sans doute un jour la Russie si on veut que l’Europe pèse son poids dans les affaires du monde.       <br />
              <br />
       Car, ne cessons jamais de le répéter : la Russie appartient à la sphère de la civilisation européenne. La guerre actuelle ne peut se comprendre qu’à la lumière de l’Histoire longue, comme un spasme, différé de trente ans, après la dissolution, en 1991, du lien qui unissait l’Ukraine à la Russie. Nous ne devons pas confondre les errements du gouvernement de Vladimir Poutine avec le peuple russe. À l’avenir, il faudra bien mettre quelque chose entre la Chine et l'Europe. Jusqu'à nouvel ordre, on n'a encore rien trouvé de mieux que la Russie. Il faut voir loin et large, et ne pas se laisser engloutir par l’immédiateté. La Russie, l’Ukraine et l’Europe devront réapprendre à vivre ensemble, en bonne intelligence, en optimisant leurs complémentarités naturelles, aujourd’hui stupidement décriées, à la lumière d’une catastrophe qui fausse la perspective d’ensemble.       <br />
              <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Marianne : Vous venez d'insister sur la nécessité de garantir une Europe indépendante. Et vous avez bien insisté sur « une Europe composée de nations », ce qui a toujours été votre positon. Que va devenir cette Europe ? On écoute Emmanuel Macron, on voit sa politique en pratique, mais on ne parvient pas encore à définir s'il veut une Europe fédérale ou une Europe d’État-nations. Concrètement, quelle position défend-il ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il faut écouter d’abord ce que dit Emmanuel Macron. Chacun peut avoir sa grille de lecture mais, à mes yeux, il y a avant tout la puissance des faits. Que pouvons-nous faire ? Où sommes-nous prêts à aller ? Je pense que le fait national s'impose d’abord de pair avec l'exigence démocratique, car seul le sentiment d'appartenance qui existe dans la nation est assez fort pour permettre à une minorité d'accepter la loi de la majorité. Il peut y avoir un sentiment d'appartenance européen, mais il n'est pas de même nature, ni de même qualité. Il est vrai que nous avons quelque peine, Français, à placer la Volhynie ou la Valachie sur une carte. La garantie de la neutralité de l'Ukraine n'est donc pas qu'un problème européen, c'est un problème mondial. Il faut mettre les États-Unis dans la boucle, ainsi que la Chine.       <br />
              <br />
       J’ai évoqué la garantie de la neutralité de l’Ukraine. Il faut aussi offrir cette possibilité à l'Allemagne, parce qu’elle a un intérêt vital à la stabilité de l’Europe et qu’elle s’est dite capable de faire un effort de défense à hauteur de 100 milliards d'euros, comme l’a annoncé le chancelier Olaf Scholz. Aller plus loin sur ce que pourrait être une identité européenne de défense ? Je pense que si, déjà, nous joignons nos efforts budgétaires – France, Allemagne, mais aussi Italie, Espagne et peut-être Pologne – nous pouvons définir un certain nombre de programmes d’armement en coopération. C'est dans le domaine de l'armement que je vois de manière la plus évidente les complémentarités. Mais il faut rester réaliste. Les autres pays européens – à quelques exceptions près de pays neutres comme la Suède, la Finlande, l'Autriche ou la Suisse – ne conçoivent pas leur défense autrement qu'à travers l'OTAN. Les pays européens achètent donc des F35 américains. Poutine ne semble pas s’être avisé qu’il les jetait plus encore dans les bras des États-Unis. Parce que derrière l'OTAN, il y a la puissance nucléaire des États-Unis. Et c'est compréhensible tant, face à l'arsenal russe, mille cinq cents têtes nucléaires de théâtre dites quelquefois « tactiques », et plus de 1 000 têtes stratégiques déployées, seule la puissance nucléaire américaine apparaît réellement dissuasive pour figer les frontières existantes en Europe.       <br />
              <br />
       Avec les Russes, il faudra tenter demain une négociation pour redéfinir un système de plafonnement des forces conventionnelles en Europe. Ce ne sera pas facile car la Russie, par son étendue, n’est pas seulement un pays européen. C’est un pays d'Asie moyen-orientale, d'Asie centrale, d'Asie extrême-orientale. Et c'est aussi un pays mondial qui, naturellement, prétend avoir son mot à dire sur tous les dossiers. Le fait est qu'on retrouve toujours la Russie dans des dossiers comme la Syrie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, l’Afghanistan, la Corée du Nord, l’Europe évidemment.       <br />
              <br />
       Donc, pour répondre de ma place à votre question, je reste partisan de l'indépendance de la France dans un cadre européen, en coopération avec ses voisins, notamment sur le plan des armements. Nous sommes aussi membres de l'Alliance atlantique (OTAN). Cela n’a pas tout à fait le même sens aujourd'hui qu'il y a une cinquantaine d'années, quand le général de Gaulle a décidé que la France se retirerait de l’organisation militaire intégrée. Les Américains étaient beaucoup plus présents en Europe. L'hypothèse d'un conflit classique à l’époque de la guerre froide était traitée par les États-Unis dans le cadre de la doctrine de la « riposte graduée ». Bref, un conflit pouvait dégénérer en conflit nucléaire sur le territoire européen. D’où la dissuasion française indépendante. Cette réalité, que l’agression russe en Ukraine remet en lumière, n’a pas disparu. Mais quand même, l’Alliance atlantique est aujourd'hui une alliance beaucoup moins contraignante sur le plan de l'automaticité qu’elle est censée comporter. Dans l’immédiat, l’invasion de l’Ukraine repousse la plupart des pays européens vers la tutelle américaine : fourniture de gaz et d’armes, etc.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Restons sur la question de la bonne échelle de gouvernance, politique et démocratique. Emmanuel Macron a commencé son mandat par un bond conceptuel lors de son discours de la Sorbonne, avec la « souveraineté européenne ». Nous avons appris par cœur en vous lisant que la seule échelle possible de la souveraineté était « nationale », car il n’y a pas de peuple européen. Soutenez-vous Emmanuel Macron jusqu’au concept de souveraineté européenne ? Peut-il y avoir à la fois une souveraineté nationale et une souveraineté européenne ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ma réponse est oui. D'ailleurs, Emmanuel Macron emploie simultanément les formules « souveraineté française » et « souveraineté européenne ». Mais elles ne sont pas tout à fait de même nature. Pour qu'il y ait souveraineté, au sens classique du terme, il faut – vous l’avez rappelé – qu'il y ait un peuple (demos). Ce sentiment d'appartenance très fort que j'évoquais tout à l'heure, qui existe au niveau des nations, n'existe pas vraiment au niveau de l'Europe tout entière, qui se compose d'une trentaine de peuples. L’arrêt Lisbonne du 30 juin 2009 du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe le dit d’ailleurs, à propos du Parlement européen : celui-ci juxtapose l'expression de la volonté d'une trentaine de peuples, mais n'exprime pas la volonté générale d'un peuple européen qui n’existe pas.       <br />
              <br />
       Et il n'est donc pas un Parlement au sens classique du terme. Ce qu'on peut entendre par « souveraineté européenne » tient à la capacité des peuples européens à mettre ensemble leurs moyens, notamment budgétaires, pour définir des programmes autonomes. Des programmes comme ceux que nous nous sommes engagés à mener à bien avec les Allemands, par exemple. Le programme du char lourd, sous leadership allemand, et le programme de l'avion de combat du futur, sous leadership français. Je connais toutes les difficultés qui s'attachent à la réalisation de ces programmes. Est-ce une raison pour ne pas persévérer ?       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Emmanuel Macron, en 2017, donnait l'impression d'être plutôt sur une vision fédérale de l'Europe. Concrètement, a-t-il changé, pour que vous, qui accordiez beaucoup d'importance à cette question-là, considériez que vous pouvez le soutenir ? Ou alors, considérez-vous que cette question des institutions européennes et de leur devenir n'est finalement pas fondamentale dans le choix du futur président de la République ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cette question est sans doute fondamentale mais elle n'est pas actuelle. Quant aux impressions, elles sont changeantes par définition. Si j'ai apporté mon soutien républicain à Emmanuel Macron, c'est sur la base d'un critère simple : l'intérêt de la France, à l’orée de crises majeures comme celle qui pourrait résulter de l’interruption de la fourniture de gaz russe et le chaos économique qui en découlerait, faute de substituts rapidement mobilisables.       <br />
              <br />
       Je ne vois honnêtement pas qui je pourrais soutenir d'autre qu’Emmanuel Macron parmi les candidats en lice pour que la France puisse défendre, comme il se doit, ses intérêts et ses valeurs. Emmanuel Macron a, seul, l’étoffe d’un homme d’État. Son charisme est reconnu à l’étranger. Je ne vois rien de tel ni chez les deux candidats d'extrême droite qui font plutôt figure d’épouvantails, ni chez Madame Pécresse – encore que je connaisse ses qualités de ministre de la Recherche et de l'Enseignement supérieur que j'ai été moi aussi, ce qui a créé entre nous un lien cordial, mais qui ne va pas au-delà. Quid des candidats dits « de gauche » ? La gauche a perdu sa boussole idéologique depuis très longtemps, avant même que je quitte le Parti socialiste en 1993. Celui-ci n’existe plus mais ses leaders ne s’en sont pas encore aperçus. Après trente ans de militantisme, je l’ai quitté parce qu’il avait tourné le dos à son engagement social fondamental. La gauche ne peut retrouver un sens que si elle peut donner aux citoyens la maîtrise individuelle et collective de leur destin.       <br />
              <br />
       C'était vrai à l'époque où il y avait un État suffisamment puissant pour relayer une volonté collective. Cela ne voulait pas dire qu'on ne débordait pas du cadre national. Par exemple, nous avons toujours envisagé, dans les années soixante-dix, d'entraîner l'Allemagne sur un sentier parallèle au nôtre. C'était à l'époque ce qu'on appelait l'« Ostpolitik » en Allemagne avec Egon Bahr et Willy Brandt. Et nous pensions aller vers une Europe qui se définirait de manière autonome, sans rompre pour autant son alliance avec les États-Unis. Tout cela, la gauche l'a perdu de vue. Elle ne raisonne plus qu’à travers le prisme européen, en fait sous l’empire des dogmes du néolibéralisme. Elle s'est ralliée très discrètement, d'une manière passée presque inaperçue à travers la présidence de Jacques Delors, président de la Commission européenne de 1984 à 1994. Jacques Delors que le chancelier Kohl avait remarqué après les négociations sur la sortie ou non du système monétaire européen (1983).       <br />
              <br />
       Le chancelier Kohl l'avait suffisamment apprécié pour lui dire qu’il était prêt à céder la place de président de la Commission européenne qui revenait à un Allemand à un Français, pourvu que ses initiales soient « J.D. ». C'est raconté plaisamment par Jacques Delors lui-même dans ses Mémoires. Donc J.D. est devenu président de la Commission européenne et a mis en branle le marché unique, et l’Acte unique qui donne à la Commission européenne le soin de proposer des directives s'appliquant à tous les États, pour faire respecter le principe de la concurrence pure et non faussée. Et c'est ainsi que s’est fait le mariage entre l'union de la gauche française et le néolibéralisme de Madame Thatcher. Tout cela s'est réglé à Bruxelles, dans l'obscurité la plus totale, puisque l’Assemblée nationale a voté cet Acte unique et, mécaniquement, la transposition de toutes les directives de la Commission à la législation française.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Nous sommes d’accord avec vous sur le ralliement caché de toute la gauche au néolibéralisme qui, si on vous écoute bien, a abouti aux difficultés que connaît la France aujourd’hui. Mais vous apportez votre soutien à Emmanuel Macron, celui qui, lorsqu’il a été nommé ministre de l’Économie, a, dans sa première interview, repris le slogan de Margaret Thatcher que vous venez d’évoquer – « There is no alternative » –  et incarne la continuation du néolibéralisme. D’où notre question, déjà posée sur l’Europe : a-t-il changé ? Ou bien y a-t-il quelque chose qui vous permet de considérer qu’il va aller dans votre sens ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’ai tendance à le penser. Sans méconnaître les continuités, j’incline à penser que le Emmanuel Macron de 2022 n'est plus le Emmanuel Macron de 2017. Même s'il ne le dit pas lui-même comme cela. Le contexte a profondément changé : les critères de Maastricht ont été balayés par la crise du Covid, et avec eux l'incapacité dans laquelle nous nous trouvions à faire face, depuis la crise de 2018, aux tendances récessionnistes de l’économie, tout cela du fait de disciplines budgétaires obsolètes. La Banque centrale européenne, contre laquelle j'avais tant guerroyé en 1992 parce qu'elle nous privait de notre souveraineté monétaire et nous conduisait à une politique austéritaire, avec pour seule mission de lutter contre l'inflation, a profondément modifié son orientation. Ce sont les socialistes qui avaient toujours rejeté l'idée qu'on puisse modifier ses statuts. Ségolène Royal avait accepté, à travers un accord avec le Mouvement des Citoyens, de modifier les statuts de la Banque centrale et l'a proposé au congrès du PSE réuni un mois plus tard, en février 2007, à Porto. La proposition fut promptement rejetée.       <br />
              <br />
       La Banque centrale européenne, grâce à l’impulsion donnée par Monsieur Draghi et prolongée aujourd’hui par Madame Lagarde, fait tourner la planche à billets. 4 800 milliards d'euros de titres publics rachetés par la BCE, cela ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval ! La BCE est sortie de la seule mission qui lui était, paraît-il, assignée par ses statuts.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Ne confondez-vous pas la force des circonstances, qui a fait changer ces politiques, et la volonté des décideurs que vous décrivez, dont Emmanuel Macron ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est ce que je vous dis : la puissance des faits ! Emmanuel Macron est sans doute heureux de constater que ses marges, qu'il utilise d'ailleurs très largement, se sont élargies grâce à la suspension des critères de Maastricht et la politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne. 4 800 milliards d'euros, c'est pratiquement le tiers du PIB annuel de la zone euro, soit 15 000 milliards. Et le carcan financier – qui était particulièrement stupide – de la réduction du taux d'endettement à 60 % du PIB s'est envolé. Par conséquent, nous ne sommes plus exactement dans le même schéma d'Europe aujourd'hui qu’hier.       <br />
              <br />
       Il ne faut pas enlever à Emmanuel Macron le mérite du « Quoi qu’il en coûte ! »       <br />
              <br />
       « Mais qu’en sera-t-il demain ? », me direz-vous. Je ne méconnais pas qu'il y ait des gens qui voudraient revenir aux disciplines néolibérales, c'est vrai. Pour autant, la méthode proposée par Emmanuel Macron consiste à mettre en avant le plan d'investissements que nécessitent la transition écologique, la transition climatique, la transition numérique, ou bien les immenses transformations qu'il faudra apporter, par exemple, à l'industrie automobile en promouvant les véhicules électriques. Et puis, à partir de là, il faudra décliner les capacités d'endettement des États. C'est une démarche logique. Lisez le discours d'Emmanuel Macron de décembre 2021 sur la présidence par la France du Conseil de l’Union européenne, c’est précis et expliqué de manière très claire, parfaitement audible par nos partenaires. Cette méthode me convient.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Vous expliquez, pour simplifier, que Macron a commencé néolibéral en 2017 et qu’il termine quasi chevènementiste en 2022. Mais, s’il est élu, si l’on regarde son programme, on a l’impression qu’il retourne à sa position initiale : le RSA, les 3 % de déficit auxquels il souhaite se conformer... Et la retraite à 65 ans. Vous retrouvez-vous, concrètement, dans le programme publié par Emmanuel Macron ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je n’explique rien de tout cela. Je regarde les faits. Le déficit budgétaire est à 7,1 % aujourd’hui et reviendra à l’équilibre dans cinq ans.       <br />
              <br />
       S'agissant de l'âge de la retraite, c'est d’un allongement progressif qu’il est question. Il tiendra compte de la pénibilité des tâches et de la durée du temps de cotisation. Il y a de la marge pour négocier. Et je serai de toute façon mieux en mesure d'influer qu’en m’enfermant dans une abstention boudeuse, comme le font beaucoup d'hommes de gauche sincères, par manque d'imagination et aussi parce que la gauche n’a pas fait le travail intellectuel nécessaire à toute réorientation de fond.       <br />
              <br />
       Il faut remédier à cette insuffisance intellectuelle pour définir une planification écologique certes, mais aussi et surtout industrielle. Comme avec l’électronucléaire sur lequel Emmanuel Macron à Belfort a eu l'intelligence et le courage de réouvrir le dossier. Le lancement de 6 à 14 nouveaux réacteurs n’est pas une bricole. Pas plus que le rapatriement en France des turbines Arabelle.       <br />
              <br />
       Il faut toujours revenir à Jaurès, aller à l'idéal, mais en partant du réel. On peut aussi revenir à De Gaulle si vous préférez : « On ne fait pas de bonne politique en dehors des réalités. »       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Rebondissons sur Jaurès, justement, et la question sociale, qui a été longtemps la vôtre, notamment avec le CERES. Quel regard porte l’homme de gauche qui invoque Jaurès sur les réformes du marché du travail du Macron néolibéral, qui ont mis le peuple dans la rue, celles de l’ISF, de l’assurance chômage, de la privatisation de certains services publics ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il faut se parler franchement. Emmanuel Macron n'est pas un homme de droite. Il est passé par le Mouvement des Citoyens et par le Parti socialiste. C'est vrai qu'il a été plutôt porté par la droite de ce dernier et même par ceux qu'on appelait alors les Gracques, sans parler des « transcourants ». Mais faites confiance à Emmanuel Macron pour s’affranchir des influences. Il est intelligent. Il y a les faits. Et il décide. Emmanuel Macron fait l’objet d’un procès politique permanent que je ressens comme injuste. Et je n’aime pas l’injustice. Bien sûr, il a pu commettre quelques erreurs…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Lesquelles ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il les a reconnues lui-même. Ce sont pour la plupart des erreurs d'expression. Emmanuel Macron a été élu président de la République à 39 ans et il peut avoir droit à un minimum d'indulgence.       <br />
              <br />
       Sur le fond, même dans son premier schéma de 2017, il y avait une inspiration keynésienne. L'idée d'un budget de la zone euro, s'élevant à plusieurs points du PIB de celle-ci, c’est-à-dire, grosso modo, 350 à 400 milliards. Cela, il l'avait dit, dans son discours de la Sorbonne (2017). Donc, il n'était pas aussi simplistement libéral que vous le présentez. Emmanuel Macron a dérangé tout un tas de gens dits de gauche, strauss-kahnien ou autres, pour qui les avenues du pouvoir s'étendaient à l'infini, bordées de fauteuils et de maroquins. Ils étaient heureux, tout comme la droite qui s’est sentie frustrée d’une victoire qu’elle considérait comme acquise début 2017.       <br />
              <br />
       Je ne suis pas de ceux qui larmoient sur la félonie supposée d'Emmanuel Macron. Il a fait le ménage. Je l'en félicite. Je considère qu'il a permis de tourner une page qui, enfin, nous autorise à imaginer autre chose. Beaucoup de crises qui ne sont pas principalement de son fait ont troublé son premier quinquennat. Mais il a contenu la pandémie : sur le plan sanitaire par un mot d’ordre juste : « vacciner d’abord ! » Et au plan économique : prêts garantis par l’État aux entreprises, aide au chômage partiel, etc. Les résultats en matière de croissance et d’emploi sont au rendez-vous. Maintenant, il va falloir choisir un président de la République, l'homme de la nation, comme disait de Gaulle, qui, pour cinq ans, donne l'orientation principale.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Donc vous ne regardez pas la copie précédente ? Les réformes, les privatisations, celle d'Aéroports de Paris notamment…</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cette privatisation ne s’est pas faite…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Mais l’intention était là !</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Regardons ce qu’il a fait, et non les intentions.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Il l'aurait faite s'il n'y avait pas eu un million de personnes pour signer une pétition ! Il a été forcé à refuser.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : (Il sort un graphique avec les chiffres de l’Insee sur le pouvoir d’achat). Depuis 2013, le pouvoir d’achat de l’ensemble des ménages, en particulier les plus modestes, n'a pas cessé d'augmenter, à l'exception de 2020, à cause de la crise sanitaire. Depuis, on peut dire que la courbe du pouvoir d'achat est ascendante. Alors je ne dis cela pour défendre Emmanuel Macron qui a tout à fait la capacité de le faire tout seul. Mais je trouve qu’il y a une certaine injustice à lui faire des griefs qui vont au-delà de la réalité. Je pense par exemple à cette étiquette invraisemblable de président des riches que certains lui apposent continuellement, à rebours des effets réels des politiques économiques conduites.       <br />
              <br />
       Le feu est à la maison. Ce matin, un sondage donne 47,5 % des voix à Marine le Pen au second tour. 2,5 %, c’est la marge d’erreur. Et pendant ce temps-là, vous cherchez des poux dans la tête d’Emmanuel Macron !       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Vous avez été ministre. De la recherche, de l'Éducation, de la Défense et de l'Intérieur. Prenons ces éléments-là sur lesquels vous vous êtes engagé, vous avez agi. Que pense l'ancien ministre de la Défense et de la Recherche des dernières dispositions de Jean Castex, qui vient de réduire de 300 millions d’euros le budget de la Défense, et de 230 millions le budget de la Recherche ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C'est insoutenable dans la durée. Je pense que cela ne peut être que des mesures de correction budgétaire parce que nous devons faire adopter une loi de finances rectificative. Mais ce n'est pas la tendance générale. Cette dernière est à l'augmentation massive des dépenses de Défense et de la Recherche. C'est nécessaire, et cela va de pair avec le projet affirmé par Emmanuel Macron de reconquête de notre autonomie stratégique en matière industrielle et technologique. C’est le point essentiel.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Sur l’Éducation, on entend bien qu'il y a des réussites, que vous avez saluées : le dédoublement des classes, le retour à des méthodes à l'école primaire qui fonctionnent, notamment. Mais quand on regarde le projet d'Emmanuel Macron, l'autonomie des établissements scolaires – un projet historiquement de droite – ou la publication des évaluations, on peine à saisir en quoi cela correspond à l'idée que vous vous êtes toujours faite de l'école républicaine…</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je crois de toutes mes forces à ce que sous la Troisième République, on appelait « la République enseignante ». J'ai même écrit un livre avec Luc Chatel il y a quelques années, dans lequel je défendais l'École comme institution de la République, et lui l'autonomie des établissements. Ce débat va reprendre, car je n’ai abdiqué en aucune manière mes convictions. Et je l'ai dit à Emmanuel Macron, qui ne m’a pas demandé de renoncer à mes idées qui constituent plutôt à ses yeux, si j’ai bien compris, une « plus-value ». Bien sûr je les défendrai de manière constructive.       <br />
              <br />
       On peut ainsi conforter des orientations positives, comme celles de Jean-Michel Blanquer, et éviter des dérives qui seraient fâcheuses. Honnêtement, en politique, il faut faire des choix. Quel autre choix un citoyen responsable et épris de progrès peut-il faire que d’apporter un soutien résolu à Emmanuel Macron ? Le grand danger, face à Marine Le Pen, c’est la démobilisation et plus encore, l’aversion ressentimenteuse que suscite Emmanuel Macron chez une gauche que son sectarisme aveugle. Mélenchon, qui est le mieux placé des candidats de ce qui reste de la gauche, a quand même un problème avec la République. Sa sixième République, c'est le retour au régime d'assemblée. Non seulement il n'aura pas de majorité pour cela mais, à supposer qu'il en trouve une, je pense que la France n'accepterait pas durablement de se laisser gouverner par des gens qui flirtent avec l'islamogauchisme, qui combattent l’énergie nucléaire, qui insultent en permanence la police et tiennent, sur différents sujets, des propos que la plupart de nos concitoyens ne souhaitent pas entendre. Je pense à l'idéologie dite « woke », aux idées « décoloniales », aux groupes de « racisés » qui organisent des réunions en non-mixité, ressuscitant ainsi le racisme.       <br />
              <br />
       Jean-Luc Mélenchon, dont je reconnais le talent avec lequel il a exercé ses fonctions de secrétaire d'État à l’Enseignement professionnel, ne manque pas de qualités. Mais pour la gestion d'un grand pays comme la France c’est une autre affaire ! Il faut le caractère d’un homme d’État.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Poursuivons notre promenade dans vos différents ministères, et celui de l’Intérieur. Comment jugez-vous ce qui est en préparation, et ce qui sera fait sur la Corse ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je ne sais pas ce qui est en préparation. On ne m'en a pas tenu informé. J'étais resté sur une bonne impression en 2008, lors des cérémonies commémoratives de l'assassinat du préfet Erignac. Je reste dans le même état d'esprit parce que je pense que la République doit avoir une mémoire, et que céder encore au mirage de l'autonomie, c'est se préparer des lendemains difficiles – pas seulement en Corse qui deviendrait une île mafieuse ancrée au milieu de la Méditerranée, mais aussi ailleurs : au Pays basque, en Bretagne, en Alsace, etc.       <br />
              <br />
       Cette tendance, il faut la combattre, si nous ne voulons pas défaire la France. Je m'exprimerai, avec toujours le souci d'être constructif. Dans le sens que vous connaissez, c’est-à-dire que je reste sur la ligne de l’« application ferme et sereine de la loi » que j’avais appelée de mes vœux à Ajaccio à l’été 1997.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Ce qui avait justifié de votre part une démission vis-à-vis de Lionel Jospin ne vous semble pas rédhibitoire aujourd'hui vis-à-vis d'Emmanuel Macron ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L’attribution du pouvoir législatif à l’Assemblée de Corse était contraire à la Constitution. Ainsi d'ailleurs, le Conseil constitutionnel en a-t-il jugé en 2001. L’autonomie, je ne sais pas trop bien ce que cela signifie. Nous aspirons tous à l'autonomie, à une certaine autonomie. Jusqu'où ? Là où notre liberté pourrait menacer celle d'autrui, la loi tranche. Ce vieux principe républicain – la suprématie de la loi – j'espère qu'on saura encore l'appliquer en Corse et ailleurs.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Emmanuel Macron a certes fait « turbuler » le « système » des partis, mais le « Système », avec un grand « S » ? A-t-il vraiment fait trembler ce « Système »-là ? Le cœur de la machine. Ce qui est en train, petit à petit, de détricoter la souveraineté du peuple ? On pense à l’affaire McKinsey...</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ce que j’ai voulu faire « turbuler » en 2002 c’est un système où les partis politiques qui s’étaient reconstitués pour s’adapter à l’élection du Président de la République au suffrage universel n’avaient plus rien à dire. Prisonniers qu’ils étaient de la doxa néolibérale, ils avaient sombré dans une sorte de psittacisme. C’était le système du « pareil au même ».       <br />
              <br />
       Emmanuel Macron nous en a débarrassés et va continuer à nous en débarrasser – je l’espère – de toute cette ménagerie soi-disant « de gauche » ou soi-disant de « droite ». Il nous oblige et s’oblige lui-même à inventer. Il faudra de l’étoffe, car les défis sont rudes, mais je fais le pari de la confiance. L’intervention de McKinsey met en lumière certaines carences du service public. Elle ne doit pas occulter l’essentiel : Emmanuel Macron est une chance pour la France. Son prochain quinquennat, s’il est élu, permettra de sortir de la crise du système par le haut. Je l’y aiderai, à la mesure des moyens qui me restent.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : C’est ce que vous souhaitez faire avec Refondation républicaine ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est ce que je voudrais faire avec ce très jeune parti qui va remplacer le club « République moderne » que j’ai créé en 1984 et qui a fait du bon travail. Mais ce n'est pas pour moi que je dis cela. Je n'ai aucune ambition personnelle à l’âge où je suis parvenu. Je pense à toute une génération de jeunes bien formés qui peuvent influer demain sur l'orientation politique de la France. Car c’est elle, la France, qui continue à me motiver.       <br />
              <br />
       Je crois beaucoup à l'action militante, au bon sens du terme. C’est-à-dire à l’alliage d’une réflexion à long terme exigeante et d’une pratique au quotidien. Ces jeunes peuvent se casser la figure, ce n’est pas grave. Ils apprendront. Et ils se bonifieront au fil du temps. Je crois à la refondation républicaine. Qu’ai-je fait d'autre pendant toute ma vie ? Depuis qu'après l’ouverture de la « parenthèse libérale » en 1983, j'ai entrepris de redresser l'École publique et le sens de l’action politique. N'était-ce pas déjà une refondation républicaine ? J'ai réécrit les programmes des écoles et des collèges, remis « La Marseillaise » au répertoire des écoles, l'éducation civique dans les programmes et dans les horaires des écoles et des collèges, créé le baccalauréat professionnel, etc.       <br />
              <br />
       La démocratie a besoin d’un tissu militant. Elle s'enrichit par la pratique. Pour apprendre, il faut entreprendre. Il faut souffrir un peu. Aussi parce que le prochain quinquennat va nous conduire à affronter de grands défis, ainsi reconquérir l’électorat populaire par une politique industrielle et éducative offensive.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Allez-vous tenter de faire élire des députés avec « Refondation républicaine » ? N’avez-vous pas peur, en faisant cela, de servir de faire-valoir politicien à un Emmanuel Macron qui pourra ainsi se prévaloir d’un chevènementisme dans ses rangs ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il n’y a pas de mal à vouloir faire élire un certain nombre de jeunes députés. Le Parlement est le vivier de la démocratie. J'en serais heureux moins pour eux que pour la France. Ils seront certainement très utiles au pays, mais pour le moment il serait prématuré de vouloir figer les choses dans un système de partis. L’heure est au jaillissement, pas à la discipline qui est elle aussi nécessaire mais dont l’heure n’est pas encore venue.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Donc la question de savoir si les députés seront assez lourds dans la majorité ne se pose pas ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Vous savez, ce sont rarement les majorités qui font les politiques. La majorité socialiste de 1981 n’a pas aidé à empêcher la remise en cause du projet industrialiste que je portais comme ministre de l’Industrie…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Il vaut mieux, donc, influencer directement le président ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Généralement, il vaut mieux être proche des centres de décision. Et connaître les faits et les nécessités qui permettent d'avancer. Par exemple, la prise de conscience de nos dépendances est récente et liée à la crise du Covid, mais elle va, je l'espère, permettre d'imprimer enfin une véritable politique industrielle qui remédiera à ce mal profond qu'a été la désindustrialisation de la France depuis quarante ans.       <br />
              <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/chevenement-soutient-macron-la-grande-explication-avec-marianne">Marianne</a></li></ul>
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   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-Marianne-Emmanuel-Macron-fait-l-objet-d-un-proces-politique-permanent-que-je_a2208.html" />
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  <entry>
   <title>Entretien sur Cnews et Europe 1 : "Je milite pour une refondation républicaine"</title>
   <updated>2022-04-01T15:18:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-sur-Cnews-et-Europe-1-Je-milite-pour-une-refondation-republicaine_a2207.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2022-03-31T17:30:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission « Le Grand Rendez-Vous » sur CNews et Europe 1, en partenariat avec Les Échos. Il répondait aux questions de Sonia Mabrouk, Mathieu Bock-Côté et Nicolas Barré, dimanche 27 mars 2022.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/63449440-45739708.jpg?v=1772909004" alt="Entretien sur Cnews et Europe 1 : "Je milite pour une refondation républicaine"" title="Entretien sur Cnews et Europe 1 : "Je milite pour une refondation républicaine"" />
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      Le passage de Jean-Pierre Chevènement peut être écouté en <a class="link" href="https://www.cnews.fr/emission/2022-03-27/jean-pierre-chevenement-le-grand-rendez-vous-du-27032022-1197492">replay</a>       <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim des interventions de Jean-Pierre Chevènement :</span>       <br />
              <br />
       &quot;Quand on est engagé dans une guerre, le souci est de la finir. En l’occurrence, il faut que la guerre en Ukraine s’achève le plus rapidement possible parce que cette guerre est un immense malheur qui cause de grandes souffrances. Par conséquent, je pense qu’avant de se livrer à l’exercice traditionnel des injures homériques, on devrait essayer de réfléchir aux conditions qui permettront de rétablir la paix et de faire en sorte qu’une architecture européenne de sécurité puisse se mettre en place. Tel était déjà le souci exprimé par Emmanuel Macron, il y a plusieurs années. Vous vous souvenez des débats que cela a entrainé en France, et même au sein de l’OTAN, car ces préoccupations n’étaient pas considérées comme valables. Récemment, Joe Biden est allé un peu plus loin encore, en demandant un changement de régime. Cela ne se fait pas, même si, naturellement, les Américains y pensent depuis longtemps et que l’on sait qu’entre la parole et l’action il y a souvent un gouffre. Rappelez-vous de l’action en Libye, menée par la France et la Grande-Bretagne, sous l’égide des États-Unis. L’objectif affiché était purement humanitaire. Il s’agissait de protéger les populations de Benghazi. En réalité, cela s’est traduit par un changement de régime et le meurtre de Kadhafi qui, parait-il, a beaucoup impressionné Poutine.        <br />
              <br />
       Le langage du changement de régime n’autorise pas le débat et la discussion. Le grand mérite d’Emmanuel Macron c’est d’avoir allié, d’une part, la fermeté incontestable par rapport à l’agression russe et, d’autre part, d’avoir maintenu le fil avec Vladimir Poutine. C’est difficile mais nécessaire car il faudra bien sortir de cette situation.&quot;
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       &quot;Nous avons un retour à des schèmes mentaux de la guerre froide. Mais cela est justifié d’une certaine manière par le comportement de la Russie dont l’agression en Ukraine est caractérisée. Cette nouvelle guerre froide est probablement inévitable car les mentalités ont été bousculées, secouées par l’agression russe qui était tellement irrationnelle que même les gens qui connaissaient bien la Russie pensaient qu’elle avait une très faible probabilité de se produire. Et pourtant, elle s’est produite ! Il y aura toujours un sentiment d’incertitude, de veille, de précaution et c’est normal. Mais on doit se placer dans une perspective plus longue qui est celle d’un ordre de sécurité stable en Europe.&quot;       <br />
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       (…)       <br />
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       &quot;Il est clair que le Président Poutine a offert un très beau cadeau aux États-Unis et à Joe Biden. D’abord, 15 milliards de mètres cube de gaz de schiste liquéfié qui n’étaient pas prévus mais qui devraient permettre de compenser une petite partie du gaz russe. L’objectif affiché à terme est 50 milliards. Gardons à l’esprit que la Russie exporte aujourd’hui entre 150 et 200 milliards vers l’Europe et 40 vers la Chine. On voit bien que l’Europe reste un marché beaucoup plus important. Les États-Unis qui exploitent le gaz de schiste veulent exporter ce gaz, mais les infrastructures ne sont pas au point. Nous n’avons pas les méthaniers et les ports qui permettent la gazéification et la liquéfaction du gaz. Les gens qui parlent de remplacer du gaz russe parlent très vite et ne connaissent pas le fond du dossier. Ce sera forcément une affaire de longue haleine.       <br />
              <br />
       Les États-Unis profitent du conflit et les Européens se jettent dans leurs bras. On le voit avec le budget de la défense allemand qui sera, parait-il, augmenté de 100 milliards d’euros, bien que je demande à voir. Mais si c’est le cas, c’est d’abord pour acheter des avions américains F35 qui peuvent larguer des bombes nucléaires sur les théâtres d’opération. Je dirais alors que les Américains ont raflé la mise.&quot;       <br />
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       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Il fallait savoir dans quelle hypothèse les Européens se plaçaient en réduisant leurs dépenses militaires au cours des dernières décennies. L’idée d’une guerre classique en Europe paraissait définitivement évacuée. Pour une raison simple, c’est que l’armée russe n’est plus ce qu’elle était. On le voit sur le terrain. C’est celle d’un pays relativement pauvre. On dit souvent que le PIB russe correspond à celui de l’Italie. Je pense qu’on ne peut pas raisonner comme cela. La Russie est une réalité géopolitique mondiale avec 17 millions de kilomètres carrés, dont 14 sont d’ailleurs constitués de sols gelés. Mais la Russie ne donnait pas le sentiment de pouvoir entreprendre une guerre d’agression contre l’Europe. Je ne crois d’ailleurs pas qu’elle le puisse aujourd’hui.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
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       &quot;Concernant le conflit actuel, on pouvait, au départ, penser que les Russes voudraient mettre la main sur la totalité de l’Ukraine, qu’ils ont toujours considéré comme une sorte de province russe. Cela est vrai de l’Est de l’Ukraine depuis le milieu XVIIe siècle mais qui ne l’a jamais été de l’Ouest. Lviv s’appelait ainsi Lemberg. C’était une ville austro-hongroise puis polonaise avant 1939. L’Ukraine dans ses frontières actuelles n’a été véritablement indépendante que depuis 1991. Avant, il n’y a eu que de brefs épisodes qui correspondaient aux guerres mondiales et à des périodes d’effondrement de l’armée russe.        <br />
              <br />
       La question posée était de savoir si l’Ukraine était véritablement une nation. Poutine a, paradoxalement, fait la preuve du contraire. Il a démontré une nation ukrainienne beaucoup plus résistante que ce que l’on pouvait attendre, y compris dans les zones russophones, comme à Kharkiv, où on ne parle que le Russe et où il y a une résistance héroïque des Ukrainiens contre une armée russe supérieure en nombre. Je pense que Poutine est en train de redimensionner ses objectifs à la baisse. Il n’envisage plus de mettre la main sur toute l’Ukraine. C’est difficile à dire avec certitude, car c’est le maître de la fixation des objectifs, mais il semble bien que les Russes soient en train de se replier sur les Donbass. C’est d’ailleurs dans son discours de 24 janvier où il dit qu’il faut mettre un terme à la souffrance des habitants de Lougansk et Donetsk qui, depuis huit ans, supportent une guerre injuste, ce à quoi les accords de Minsk étaient censés répondre. Ils n’ont malheureusement pas été appliqués…&quot;       <br />
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       (…)       <br />
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       &quot;Je suis plus surpris de la faiblesse de l’armée russe que de la résistance ukrainienne. La résistance ukrainienne est celle d’un peuple qu’on va chercher chez lui, qui a acquis une certaine habitude de la liberté, qui ne veut pas tomber dans les griffes d’un régime autoritaire. Quels que soient les défauts du régime ukrainien, dont on sait qu’il est très sensible à la corruption, il est considéré par les Ukrainiens comme meilleur que le régime russe. Ce sont les descendants des Cosaques qui ont une tradition militaire.       <br />
              <br />
       On ne doit pas oublier quand même que les Russes et les Ukrainiens ont combattu ensemble durant la Seconde Guerre mondiale, à l’exception de deux divisions, sous l’égide du nationaliste Bandera ont combattu du côté allemand.&quot;       <br />
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       (…)       <br />
              <br />
       &quot;J’ai trouvé les propos du président Zelensky à la tribune du Parlement français ciblant les entreprises françaises déplacés parce qu’il ciblait les entreprises françaises et celles-là en particulier. Leroy Merlin vend du matériel de bricolage. Auchan est un groupe de grande distribution. Renault fabrique des voitures de tourisme et ce n’est pas avec des Mégane que les Russes font les sièges de Kiev. Je ne comprends pas comment un certain nombre de gens peuvent se laisser aller à insulter les employés de Leroy Merlin comme cela s’est fait ces derniers jours. Ces entreprises sont des entreprises privées. Elles prennent leurs risques et demain il fera encore jour. La Russie existera encore dans 1000 ans. Entre la Chine et l’Europe, on n’a encore pas vu ce que l’on pouvait mettre de mieux. Il faudra bien rétablir des relations entre l’Europe et la Russie. Et c’est plutôt sur l’imperfection de la relation entre l’Occident en général, l’Europe en particulier, et la Russie qu’il faut réfléchir.&quot;       <br />
              <br />
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       &quot;Si on fait confiance à Yannick Jadot et à ce genre de candidats pour défendre l’intérêt de la France, alors nous sommes mal partis… Selon ce réflexe masochiste de nos élites, toutes tendances et tous milieux confondus, la France a toujours tort. Nous sommes toujours dans la repentance. Pour prendre le cas de Total, il est certain que ne plus acheter de gaz et de pétrole russes pénalise la Russie, mais encore faut-il pouvoir s’en passer, ce qui prendra du temps car nos besoins sont immenses !       <br />
              <br />
       J’ai entendu Monsieur Macron dire que la Norvège respectait les droits de l’homme, mais si on doit importer notre pétrole et notre gaz que des pays qui respectent les droits de l’homme, nous risquons d’être à sec assez rapidement. Nous devons donc traiter ces dossiers avec beaucoup de réalisme et si l’on peut exercer une pression continue et organisée pour réduire les achats de gaz de l’Europe par rapport à la Russie c’est surement souhaitable. Ce qu’a fait le président Macron - réunir les Européens pour faire baisser les prix - est surement une bonne idée.       <br />
              <br />
       Il est très difficile de se passer à court terme du gaz russe. Tout cela suppose une connaissance de l’économie mondiale et de la géopolitique qui font défaut à beaucoup d’hommes politiques.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Le risque d’éviction des entreprises européennes de Russie au bénéfice de la Chine est une évidence. La Chine occupe maintenant entre 20 et 25% du marché russe, c’est-à-dire deux fois plus qu’en 2015. Cependant l’Allemagne, l’Italie et surtout la France ont vu leurs parts de marché décliner. Notre commerce extérieur, qui est un grand problème avec 85 milliards d’euros de déficit, ne se rééquilibrera pas si nous perdons les quelques milliards d’exportations sur la Russie.       <br />
              <br />
       Les entreprises doivent prêter l’oreille à tous hommes politiques qui ne parlent pas comme Monsieur Jadot. Vous l’avez remarqué, j’en fais partie. Et j’espère que d’autres s’exprimeront d’une manière responsable. On ne doit pas s’interdire l’arme économique et je suis partisan d’une politique visant à réduire nos achats de pétrole et de gaz, mais en même temps il faut connaître les dossiers et savoir que cela prendra du temps. Il faut également harmoniser les politiques européennes. Les Allemands dépendent dans leur mix à 55% du gaz et ont fait des énormes erreurs avec Angela Merkel en se retirant du nucléaire et en promouvant des énergies intermittentes.        <br />
              <br />
       Nous-mêmes dans notre mix énergétique, le gaz représente 20%, dont la moitié en provenance de Russie. Cela ne se modifie pas du jour au lendemain. Il y a des contrats à long terme et des réalités techniques dont il faut être conscient.&quot;       <br />
              <br />
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              <br />
       &quot;Il faut toujours faire la différence entre le peuple russe et le régime russe. Il y a, en France, une tradition de russophobie très ancienne, symbolisée par l’écrivain Custine qui mérite d’être lu. Celui-ci a de nombreux élèves en France. Ceux-ci sont rarement allés en Russie. Et ils n’en connaissent pas la sociologie qui a beaucoup évoluée, notamment avec le développement des classes moyennes. Vous savez, si on faisait un référendum honnête, je pense que beaucoup de Russes désapprouveraient la guerre en Ukraine.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;J’admets tout à fait la critique sur le fait de ne pas avoir cru à l’invasion de l’Ukraine. J’assume complètement le rôle qui a été le mien comme représentant spécial de la France sur la Russie. J’ai cherché à prévenir les conflits. On voyait venir le conflit en Ukraine dès 2004-2005 avec la Révolution orange. Le conflit s’est ensuite momentanément estompé mais il est revenu en force en raison, notamment, de la politique idiote de la Commission européenne qui consistait à promouvoir un Partenariat oriental, c’est-à-dire à offrir à l’Ukraine la perspective européenne, tout en fermant celle-ci à la Russie. Il y a donc eu un deux poids deux mesures. L’Ukraine était naturellement tentée de rejoindre l’Europe – elle l’est toujours, tout en cherchant à tirer profit de sa position intermédiaire : prix plus bas sur le gaz, coopération économique étendue à l’aune des très étroites relations industrielles entre l’Ukraine et la Russie (qui se sont beaucoup distendues depuis), etc. L’Europe a offert un accord d’association à l’Ukraine qui prévoyait pour elle l’accès au marché unique, l’accès à des fonds européens, et lui laissait penser qu’elle pourrait à la fois bénéficier de l’Europe et de la Russie. La Russie s’en est alarmée. J’ai moi-même assisté à de nombreuses scènes qui le montraient. J’ai par exemple accompagné le Premier ministre Jean-Marc Ayrault lorsqu’il s’est rendu à Moscou pour rencontrer Monsieur Medvedev. Vladimir Poutine a interrompu notre entretien, en rappelant que l’Ukraine était une question extrêmement sérieuse. C’était en novembre 2013.&quot;       <br />
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       (…)       <br />
              <br />
       Je crois que l’Occident n’a pas réfléchi aux problèmes qu’allait poser l’effondrement d’un Empire venu historiquement de très loin. L’empire russe, devenu l’empire soviétique, s’est dissocié en quinze républiques indépendantes par le fait d’une décision peu légitime prise sur un coin de table par le président Boris Eltsine (dont les penchants pour la vodka étaient connus !), le président ukrainien Kravtchouk et le président biélorusse Chouchkievitch. Ils ont dissous l’Union soviétique. Tout le monde s’est réjoui sur le moment, en disant que le sang n’avait pas coulé. Malheureusement le sang coule aujourd’hui. Il n’y a pas eu une réflexion suffisamment poussée. Par exemple, la Crimée n’a été ukrainienne que depuis 1954. Elle avait été russe pendant les trois siècles précédents. Tout cela aurait pu faire l’objet d’arrangements à l’amiable si les Russes n’avaient pas eu le sentiment d’être trompés au moment de l’affaire Maïdan (lorsqu’une révolution de rue considérée comme un coup d’État a chassé le président ukrainien Ianoukovitch, proche des positions russes qui avait d’ailleurs rejeté le projet d’accord d’association avec l’UE au profit du projet russe). Il y a donc cette atmosphère de concurrence qui existait et qui fait que les problèmes n’ont pas été traités avec toute l’intelligence nécessaire.       <br />
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       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Ce débat historique devra un jour avoir lieu. C’est vrai qu’il y a un sentiment victimaire de la part des Russes. Mais beaucoup d’autres peuples en ont un. Les Ukrainiens sont bien placés pour se considérer comme les victimes principales de cette guerre. Les Russes ont pour caractéristique un nationalisme obsidional. Ils se croient toujours encerclés, menacés, assiégés, etc. Historiquement, la Russie a été envahie à de nombreuses reprises, y compris par la France. Cette sensibilité russe existe. Il faut la connaître. Celle-ci n’excuse néanmoins rien, ni l’agression inqualifiable contre l’Ukraine, ni les milliers de morts qu’elle a entrainés.&quot;       <br />
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       (…)       <br />
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       &quot;Il est ridicule de déprogrammer les artistes russes. La Russie, c’est aussi Dostoïevski, Pouchkine, Tolstoï, Rachmaninov, Gogol (qui est d’ailleurs un Ukrainien qui écrivait en russe…). La Russie est une magnifique civilisation. Elle a contribué de manière éminente à la civilisation européenne. On ne peut pas oublier ça. Le peuple russe est un grand peuple qui nous a souvent rendu service dans l’histoire, par exemple au cours des deux guerres mondiales.&quot;       <br />
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       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Les Russes ne se sont pas trop inquiétés au moment de l’adhésion à l’OTAN des pays baltes et des pays d’Europe centrale. La vraie pomme de discorde, c’est l’Ukraine. C’est l’idée d’une Ukraine antirusse. C’est l’idée d’un nationalisme ukrainien forgé contre la Russie qui inquiète à Moscou depuis presque vingt ans. Dans le même temps, les Américains continuent de mettre sur pied le bouclier antimissiles (qui ne marche d’ailleurs pas) et qui a fait naître en Russie le sentiment que les mécanismes classiques de dissuasion ne fonctionneraient plus.&quot;       <br />
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       (…)       <br />
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       &quot;Je n’ai pas cru en effet à l’énorme bêtise que serait l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La probabilité était infime. Elle s’est malheureusement réalisée… Concernant les armes chimiques, rappelons qu’il y a en stratégie l’idée d’une escalade de celui qui se sent acculé. La principale qui vient à l’esprit, c’est l’utilisation d’armes nucléaires de théâtre dont la Russie dispose à hauteur de 1600 exemplaires. Étant donné que le franchissement du seuil nucléaire serait un tabou brisé depuis 1945, on cherche des barreaux inférieurs, et l’on pense donc aux armes chimiques. Mais rien ne permet aujourd’hui d’informer, de documenter le fait que les Russes pourraient se livrer à une agression avec des armes chimiques en Ukraine.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;J’ai rencontré Poutine pour la première fois à Sotchi le 5 mai 2014. J’étais alors envoyé par le Président de la République de l’époque pour préparer le format Normandie, en amont des cérémonies collaboratives du débarquement. J’ai donc préparé ce qui était un contact à l’Élysée, sous forme de dîner, pour mettre en place ce format autour de quatre pays : France, Allemagne, Ukraine et Russie. Ensemble, nous avons élaboré les accords de Minsk (Minsk I et Minsk II) auxquels il n’a manqué que d’être appliqués. S’ils avaient été appliqués, nous ne serions pas dans la situation actuelle. Je n’ai jamais cessé pendant ces huit années de plaider pour que l’on consacre davantage d’efforts à la solution de ces accords qui prévoyaient l’octroi d’une liberté linguistique et de prérogatives de décentralisation aux deux oblasts (Louhansk et Donetsk). Ces accords devaient être inscrits dans la constitution ukrainienne, avec ratification par référendum, avant que l’Ukraine ne récupère sa frontière vis-à-vis de la Russie. Les Ukrainiens n’ont pas accepté ce schéma. Ils voulaient renverser la séquence, l’ordre des phases. Nous n’avons pas su exercer les pressions nécessaires pour amener les Ukrainiens à plus de souplesse. Nos alliés ne nous ont pas beaucoup aidé à ce moment-là… Au contraire, on a commencé à les armer. Les Américains leur ont pas exemple envoyé des missiles.       <br />
              <br />
       À l’époque, c’est-à-dire au début des évènements d’Ukraine, j’avais trouvé Vladimir Poutine argumenté. Maidan avait été interprété par les Russes comme un coup d’État, comme une trahison menée par les Ukrainiens et par nos ministres qui leur avaient pourtant donné des garanties. Ils se sont donc sentis autorisés à utiliser les moyens de la force pour se rattacher la Crimée et Sébastopol qui est pour eux un outil géostratégique majeur dans la mesure où s’y trouve la flotte de la mer Noire et de la Méditerranée.        <br />
              <br />
       Vladimir Poutine acceptait en tout cas le contact. Le récit de notre entretien a été publié dans la collection Bouquins. Je n’ai pas cherché à cacher mon rôle. J’ai été sincère dans ma démarche. Je n’ai jamais pris Vladimir Poutine pour un enfant de chœur mais pensait qu’il était honnête dans sa démarche pour obtenir un accord avec l’Europe. Il a changé de logique depuis. Je date ce changement de logique à l’été 2014, date à laquelle le nouveau président ukrainien, Porochenko, élu à la fin du mois de mai, n’a pas voulu appliquer les accords de Minsk dans leur première version et a donné le signal à l’armée ukrainienne d’une offensive qui a d’ailleurs échoué. Une deuxième offensive, qui a échoué également, a donné lieu aux accords de Minsk II en février 2015.       <br />
              <br />
       Excusez-moi de ces précisions mais elles sont importantes pour comprendre le mécanisme. Pourquoi les pressions exercées n’ont pas suffi à faire en sorte que ces accords s’appliquent ? Il aurait d’abord fallu que chaque partie fasse preuve de bonne volonté. Les Ukrainiens n’étaient pas fanas de récupérer Donetsk et Louhansk peuplés de populations russophones qui ne leur étaient pas si favorables. Les Russes avaient quant à eux sans doute un objectif qui allait plus loin que la récupération des droits des familles de Donetsk et Louhansk à apprendre le russe à leurs enfants.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Concernant la mort et l’enterrement d’Yvan Colonna, il y a une douleur évidente de sa famille. Je pense à ses parents, à son père, Jean-Yves Colonna, que j’ai connu, puisqu’il était député socialiste dans les années 1981. Je respecte cette douleur. Mais en même temps, je suis blessé de voir l’utilisation qui est faite de cette mort évidemment regrettable. Je suis blessé de voir qu’on a oublié le sacrifice du préfet Claude Érignac qui était alors notre représentant à tous, le représentant de la République. Il a été assassiné lâchement par un commando de six hommes. Et on transforme à présent ces hommes en héros, en icônes, ce qui me choque profondément. Au lendemain de l’assassinat de Claude Érignac, il y avait 100.000 personnes dans la rue à Ajaccio pour protester. Je me dis en voyant tout le ramassis de nationalistes, d’élus, presque de « tous poils », rassemblés autour du cercueil d’Yvan Colonna, que de l’eau a coulé sous les ponts. Il doit bien y avoir de l’eau dans les rivières corses…       <br />
              <br />
       Je suis blessé parce que la République doit avoir une mémoire. Quelqu’un doit maintenir cette mémoire et, en l’occurrence, c’est moi qui étais ministre de l’Intérieur au moment où cet assassinat a été perpétré. J’entends bien la réflexion de Raymond Barre : « Les Corses veulent leur indépendance, alors qu’ils la prennent ! » Mais a-t-on réfléchi à ce que tout cela signifierait ? À ce que signifie le mot « autonomie » ? La co-officialité dans les écoles, ça veut dire le conditionnement de la connaissance du corse pour l’octroi d’un certain nombre d’emplois dans la fonction publique. C’est, pour ce qui est du permis de résident ou du certificat de résident, la possibilité offerte au né-natif de l’île d’acheter un immeuble, une maison, une villa, etc., soit une possibilité qui sera refusée aux continentaux. Ce serait une rupture fondamentale d’égalité ! Qu’est-ce qu’il reste aux Corses comme compétences qui les différencieraient d’un état indépendant ? Ils n’ont pas de marine de guerre. Alors qu’est-ce qu’on veut faire ? Leur offrir des frégates de surveillance pour veiller à la bonne organisation de tous les trafics qui ne manqueraient pas de prospérer si la Corse était larguée comme une île indépendante et mafieuse au cœur de la Méditerranée ? A-t-on réfléchi aux conséquences en chaînes ?       <br />
              <br />
       Je rappelle que le Front de la libération de la Bretagne existe encore. Certains terroristes basques sont encore en prison… Le mépris de la loi en Corse entraine le mépris de la loi partout ailleurs, en Seine-Saint-Denis, dans les Bouches-du-Rhône, dans n’importe quel département français. La loi doit donc être respectée. Quand vous voyez ces manifestations violentes qui suivent généralement ce qui s’est passé à Bastia il n’y a pas très longtemps : 47 blessés, dont 43 CRS ou force de l’ordre. La violence vient bien d’un seul côté. C’est ce que j’appelle la « <span style="font-style:italic">Corsican way of life</span> ». Mais nous devons réagir.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Je soutiens Emmanuel Macron car, du point de vue de la République, il est le meilleur. Je me détermine de ce point de vue. Mais mon soutient ne vaut pas blanc-seing. Je le lui ai dit. Je ne renonce pas à mes convictions. S’agissant de la Corse, l’État a montré trop de signes de faiblesses, depuis 1975, avec la création de l’université de Corte, pour en montrer encore !&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Une large majorité de Français, à hauteur de 77 % selon un sondage, estime que le gouvernement cède à la rue en lançant le mot « autonomie » dans le débat. Le gouvernement peut encore rectifier le tir.       <br />
              <br />
       Je pense que le gouvernement a fait une concession à une minorité violente qui exerce sur l’ensemble des Corses et des Français une forme de chantage inadmissible au nom de la paix civile. Au nom de celle-ci, on obtient des reculs significatifs sur des points essentiels de la vie en société, sur la démocratie, sur la République.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Je ne retrouve plus la gauche républicaine au Parti socialiste. Celui-ci est devenu un objet virtuel du fait de choix qui l’ont fait perdre les couches populaires. Le problème pour la gauche est avant tout un problème idéologique, un problème intellectuel.       <br />
              <br />
       Concernant Jean-Luc Mélenchon, je n’ai pas du tout la même conception de la République que lui. Si on l’écoutait, on irait vers la VIe République et on reviendrait donc au régime d’assemblée. Je l’ai connu, privilège de l’âge, et n’ai pas envie de revoir ça. Ce ne serait pas bon pour la France. Jean-Luc Mélenchon a des talents que je reconnais, mais il a aussi des complaisances regrettables vis-à-vis de formes de pensée comme les théories décoloniales, les réunions de racisés, la sensibilité dite woke. Celle-ci charrie une accoutumance à une forme de repentance qui ne sera jamais la mienne. La France a une histoire, avec ses ombres et ses lumières. Cette histoire est parfaitement tolérable. Elle a eu ses gloires et ses continuités. Et il nous appartient de la continuer.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Je reste un homme engagé. Je milite pour une refondation républicaine. Là est le projet, avec la réélection d’Emmanuel Macron. Son élection en 2017 a marqué une rupture. Cette rupture doit être prolongée. Elle doit donner lieu à un vrai redressement de la France. La France se redressera mieux avec Emmanuel Macron qu’avec quiconque.&quot;       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.cnews.fr/emission/2022-03-27/jean-pierre-chevenement-le-grand-rendez-vous-du-27032022-1197492">Le Grand Rendez-Vous - CNEWS ET EUROPE 1</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-sur-Cnews-et-Europe-1-Je-milite-pour-une-refondation-republicaine_a2207.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Die Weltwoche : "Le traitement de la Russie par l'Europe avec le « partenariat oriental » a été très maladroit."</title>
   <updated>2022-04-08T11:26:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-Die-Weltwoche-Le-traitement-de-la-Russie-par-l-Europe-avec-le-partenariat_a2206.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/63438106-45732063.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-03-31T11:25:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au journal suisse "Die Weltwoche", propos recueillis par Jürg Altwegg, jeudi 31 mars 2022.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/63438106-45732063.jpg?v=1648719795" alt="Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Die Weltwoche : "Le traitement de la Russie par l'Europe avec le « partenariat oriental » a été très maladroit."" title="Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Die Weltwoche : "Le traitement de la Russie par l'Europe avec le « partenariat oriental » a été très maladroit."" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Vous êtes entré dans l’histoire en tant que ministre de la Défense qui a démissionné pour protester contre la guerre. C’était en 1991, lorsque le président Français F. Mitterrand a envoyé son armée aux côtés des Américains dans la guerre du Golfe contre Saddam Hussein.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Geste historique, non, car je n’ai pas empêché l’essor ultérieur du fanatisme, mais geste original à coup sûr ! Les ministres de la Défense qui démissionnent pour protester contre une guerre qu’ils désapprouvent n’y survivent presque jamais. La guerre que j’avais essayé d’empêcher avait éclaté. J’avais annoncé au président Mitterrand que je démissionnerais en cas d’implication française, car je ne voulais pas cautionner une guerre évitable et qui portait en elle d’immenses catastrophes. F. Mitterrand ne s’attendait pas à ce que je le fasse vraiment, alors que l’opinion publique était devenue favorable à la guerre.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Pourquoi étiez-vous contre ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cette guerre n’était pas nécessaire. Une solution aurait pu être trouvée dans le cadre de la Ligue arabe. Le roi de Jordanie l’avait suggéré. J’étais conscient des conséquences d’une guerre moderne avec 500 000 soldats et des bombes contrôlées par laser : qu’elle détruirait l’Irak, l’État, l’administration, les institutions.  La guerre a immédiatement produit une montée en puissance d’Al-Qaïda avec El Zarkaoui et la bataille de Falloujah. La confrontation des chiites et des sunnites a provoqué la montée de l’État islamique et sa proclamation à Mossoul. Un politicien responsable doit comprendre ce qu’il fait.  Et être en règle avec sa conscience.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Vous avez joué un grand rôle dans la victoire de F. Mitterrand en 1981 et avez été l’un des ministres emblématiques de son gouvernement. Des années plus tard (1990), vous avez appris que Bush et Thatcher étaient déterminés à la guerre d’Irak dès le premier jour, et F. Mitterrand en a informé son ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas, alors que son ministre de la Défense travaillait encore sur une solution diplomatique. Comment a-t-il réagi à votre démission ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : «Les politiciens arabes crient fort», m’a-t-il dit. « Attendons, le temps passe. Demain ils nous mangeront à nouveau dans la main ». Je lui ai dit que cette vision était une incompréhension totale de la mentalité de « la rue arabe ». Que les Arabes n’oublieraient pas avant longtemps la destruction de l’Irak. La relation entre F. Mitterrand et moi était très bonne depuis 1971, mais bien sûr il y avait des tensions. Après ma démission, nous avons continué à nous voir.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Dans votre récit, l’invasion de l’Irak semble être la mère de toutes les guerres depuis lors. Compte tenu de la condescendance envers les Arabes, on pense inévitablement à la façon de traiter avec les Russes après la fin de l’Union soviétique. François Hollande président de la République, vous a envoyé négocier avec Vladimir Poutine. Vous l’avez rencontré à Sotchi le 5 mai 2014. Quelle était votre mission ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : F. Hollande m’a nommé Représentant spécial pour les relations avec la Fédération de Russie après son élection à la présidence de la France. J’ai transmis à Poutine une lettre de F. Hollande.  F. Hollande a invité Poutine à l’Élysée et aux célébrations du soixante-dixième anniversaire du débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944. Ils n’avaient pas participé au débarquement. Mais il était juste d’inviter les Russes. Ils avaient joué un rôle décisif dans l’issue de la Seconde Guerre mondiale. L’invitation était un signe de respect.  Poutine lisait la lettre en ma présence et me posait parfois des questions sur le sens d’une phrase.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : C’était au tout début de la crise ukrainienne.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Après les manifestations de Maïdan, un accord pour régler le conflit avait été élaboré. Les négociations se sont déroulées sous la supervision des ministres des Affaires étrangères de la Pologne, de l’Allemagne et de la France. L’accord prévoyait la réélection à la fin de 2014 d’un Président de l’Ukraine qui a était alors le Président Ianoukovitch. Lorsque le parlement ukrainien a refusé le lendemain de donner son accord, les ministres des Affaires étrangères étaient déjà partis. Ianoukovitch s’enfuit à Donetsk cette nuit-là. Poutine m’a dit à Sotchi qu’une tentative d’assassinat avait été perpétré contre Ianoukovitch, dans laquelle son garde du corps a été blessé.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Qu’a dit Poutine à propos de Ianoukovitch ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ianoukovitch louvoyait entre la Russie et l’UE. À cette époque, il y avait un accord de libre-échange entre la Russie et l’Ukraine. Suivant le même principe, l’UE a proposé un accord d’association à l’Ukraine. Ianoukovitch a comparé les deux accords et a choisi la Russie. Le facteur décisif a été l’approvisionnement en gaz et le gazoduc rapportait des frais de transit considérables dans les coffres du pays.  Cette décision a déclenché les manifestations dites « pro européens » de Maïdan. Poutine m’a dit qu’il s’était rendu à Bruxelles pour rencontrer le président de la Commission, José Manuel Barroso, et d’autres dirigeants. Il a été référé aux experts. Quand il a pu parler à Barroso, celui-ci s’est comporté avec beaucoup d’arrogance. C’est la version de Poutine. Notre conversation a duré près de trois heures. Elle a donné lieu à une interprétation.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Vous l’avez publiée dans votre livre Passion de la France.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’ai omis les déclarations de Poutine sur les dirigeants ukrainiens. Il avait peu de respect pour eux. Surtout, il les considérait comme facilement corruptibles. À propos de Petro Porochenko, qui s’est présenté aux élections présidentielles prévues à la fin du mois de mai, il a seulement déclaré qu’il était un fabricant de chocolat, « ce qui n’est pas interdit ». On pouvait sentir son mépris pour les partis et les politiciens ukrainiens. Je n’ai pas non plus publié sa description de la conversation avec Barroso. L’accord d’association de l’Ukraine avec l’Europe, aurait dit Barroso à Poutine, n’est pas l’affaire de la Russie : « Que les Russes s’occupent de leurs propres affaires. Et allez-vous faire foutre ! ». J’ai interrompu le traducteur : Barroso a-t-il vraiment choisi ces mots ?  Poutine a confirmé ce propos. Il a exprimé un fort ressentiment envers Bruxelles et les gouvernements occidentaux. Ils avaient ouvertement soutenu la « Révolution de Maïdan », comme on l’appelle aujourd’hui. En Allemagne Guido Westerwelle, en Amérique le vice-président de l’époque Joe Biden, et là Mme Victoria Nuland, du Département d’État.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Après votre visite, vous avez parlé de votre conversation à F. Hollande. Dans Un défi de civilisation, vous écrivez : « Par souci de vérité, je dois constater que Poutine n’a violé jusqu’en 2022 aucun des engagements qu’il a pris : ne pas empêcher les élections en Ukraines – du président et du parlement – et maintenir la perspective d’un accord de régionalisation qui laissait les deux oblasts de Lougansk et de Donetsk à l’intérieur des frontières ukrainiennes. »</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Poutine était plutôt positif envers l’initiative française. Le but de mon voyage était d’initier des négociations : avec la Russie, la France, l’Allemagne et l’Ukraine. A la veille de la commémoration en Normandie, Poutine vient à l’Élysée. On espérait une solution rapide et simple avant même les vacances d’été. Mais l’été a été chaud. Il y a eu la destruction d’un avion de Malaysia Airlines avec des passagers néerlandais. Porochenko avait été élu et pensait pouvoir repousser les gens qui avaient conquis Donetsk et Lougansk sans beaucoup de résistance. Mais l’armée ukrainienne, encore mal entrainée, a subi une défaite. D’autres négociations ont eu lieu en février 2015. Elles ont conduit à l’accord de Minsk II. Elles prévoyaient un vote sur un statut de décentralisation et ensuite le rétablissement des frontières entre les deux pays. Mais il n’a jamais été mis en œuvre.  L’Ukraine voulait d’abord un retour aux frontières et seulement ensuite des élections sur un statut.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Vous parlez de « rattachistes », de ceux qui sont prêts à s’y joindre, pas de séparatistes ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est ainsi qu’on les appelle souvent. Vous pouvez les appeler séparatistes si vous prenez la position ukrainienne.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Le film controversé Donbass d’Anne-Laure Bonnel, que le ministre des Affaires étrangères de Poutine Serguei Lavrov a instrumentalisé pour la propagande russe et dont il   accuse indûment la France de censure, commence par le discours de Porochenko. C’est une déclaration de guerre aux séparatistes.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je ne commente pas un film que je n’ai pas vu.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Poutine n’aimait pas la référence aux frontières de 1920.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Sa réaction m’a beaucoup surpris. Parce que c’est une question historique. Les frontières de l’Ukraine ont été tracées par Lénine en 1920. En 1917, l’Ukraine a été indépendante pendant un certain temps assez bref. Cette indépendance – après l’effondrement de l’armée tsariste – a duré quatre ou cinq ans. Il y eut une brève période d’indépendance en 1941 avec Stepan Bandera et ses nationalistes. La plupart des Ukrainiens ont combattu dans l’Armée rouge, mais il y avait deux divisions indépendantistes qui ont fait la guerre aux côtés des Allemands. Les deux étaient de courts épisodes. Mais depuis 1991, l’indépendance est un fait. Elle a été scellée par les présidents de la Biélorussie (Chouchkevitch), de l’Ukraine (Kravchuk) et de la Russie – Boris Eltsine.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Depuis lors, l’Ukraine est une nation?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui. Une jeune nation. Et depuis trente ans, le sentiment national s’est affirmé.  Avec leur attitude brutale, les Russes ont apporté une contribution significative à sa consolidation comme d'ailleurs les Américains, en sens inverse. Les oligarques ont alimenté le conflit avec la Russie. Pour beaucoup de Russes, l’Ukraine est une province du sud, comme la Provence l’est pour la France. En Ukraine, un tiers de la population parle l’ukrainien, un tiers le russe et un tiers les deux langues. C’est un pays très hétérogène. La partie occidentale appartenait à l’Autriche-Hongrie. La ville de Lviv s’appelait Lemberg jusqu’en 1914. Entre les deux guerres mondiales, elle appartenait à la Pologne. Cette région est catholique uniate, l’Est russophone est orthodoxe. La Crimée a été attribuée à l’Ukraine en 1954 par Nikita Khrouchtchev. D’une certaine manière, comme un cadeau pour le 300e anniversaire du rattachement de l’Ukraine à la Russie. Khrouchtchev était conscient de tout ce qu’elle avait souffert sous Staline. Tout cela joue un rôle dans le traitement de l’Ukraine en tant que nation et de la Crimée en tant que région.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Vous avez parlé de la brutalité de Poutine. Aviez-vous déjà pensé à la possibilité d’une intervention militaire russe ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Non. Que Poutine commette une erreur aussi grave était tout à fait improbable. Je ne peux l’expliquer que par le fait qu’il a été trompé par son environnement. Il a été trompé en voyant une réalité comme il voulait la voir. On lui a sans doute dit que les Ukrainiens n’attendaient que d’accueillir l’armée russe à bras ouverts. Il s’est trompé sur les Ukrainiens, mais aussi sur les Russes, qui ne voient pas le sens de cette guerre. Et il avait tort à propos de l’Occident, qu’il considérait comme un ensemble de pays décadents. Sa perception caricaturale de l’Occident a été sa troisième erreur.       <br />
              <br />
       Quand il a succédé à Eltsine, Poutine voulait transformer la Russie en un pays moderne, tout en maintenant, bien sûr, l’exercice vertical du pouvoir. Je ne l’ai jamais considéré comme un ange de l’innocence et un démocrate. Il voulait restaurer l’État russe. Il a forcé les oligarques à payer leurs impôts. Il a bénéficié de la hausse des prix du pétrole pour restructurer l’économie et les finances. Il a lancé des programmes d’industrialisation. Les villes russes d’aujourd’hui sont très modernes.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Quand vous lui avez remis l’invitation à Paris, il s’est déjà renseigné sur le menu...</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’était une plaisanterie : « Maintenant il ne s’agit plus que de choisir le meilleur champagne. »       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Maintenant, il fait la guerre sans tenir compte des pertes.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Sa nouvelle logique remonte à l’époque où il a repris la présidence après Medvedev. À ses yeux, Medvedev avait commis une erreur en acceptant l’attaque contre la Libye. Elle était justifiée par la protection de la population civile. En fait, le but s’est révélé être un changement de gouvernement – les Anglo-Saxons appellent cela un « changement de régime ». De même, Poutine considérait la guerre au Kosovo  comme un viol du droit international. Au moment de la réunification, le monde s’était réjoui de la disparition de l’Union soviétique. Sans que le sang n’ait coulé. Mais le sang coule maintenant. Dans le changement de la logique de Poutine, l’Ukraine joue un rôle décisif. Poutine ne voulait pas d’une Ukraine antirusse. Il s’est inquiété à deux moments : la révolution orange (2004-2005) et l’accord d’association de 2014 avec l’UE.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Poutine a parlé de la plus grande catastrophe géopolitique.  Pour vous, les relations de l’Occident avec l’Union soviétique en déclin sont la clé de la guerre en Ukraine ? Vous écrivez que la Russie a été traitée comme la perdante de la guerre froide.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L’Occident s’est célébré comme le gagnant. Les Russes, cependant, se considéraient comme ceux qui avaient mis fin au communisme. Gorbatchev considérait qu’il avait mis fin au communisme. Dans des conditions qui peuvent être débattues à l’infini. Nous savons par l’histoire que la dissolution d’un empire ne se produit jamais sans guerres et sans crises. La plupart des causes qui ont conduit à la Seconde Guerre mondiale remontent à la chute de l’Empire austro-hongrois et à sa division. Le traitement de la Russie à partir de 2009, avec le « partenariat oriental » a été très maladroit. La façon dont Poutine a été reçu par Barroso à Bruxelles est surréaliste.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Et Hollande ? Qu’a-t-il dit au sommet devant l’impossibilité d’appliquer les accords de Minsk ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : (réfléchit longtemps) Après tout, il a eu le mérite de prendre l’initiative des négociations du format Normandie. Après que Merkel avait parlé, il ne se sentait plus habilité à ajouter quelque chose. La volonté de se battre qui distingue Macron faisait défaut. Macron est un président instruit qui connaît l’histoire. Il est à la fois ferme et ouvert à la négociation.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Vous soutenez maintenant Emmanuel Macron ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Emmanuel Macron a commis quelques erreurs mineures. Mais grâce à lui, la France a traversé au mieux la pandémie. Sa politique de vaccination est un succès. Grâce au soutien financier, les entreprises ont pu survivre.  Depuis 2017 – et pour la première fois depuis des décennies – de nouvelles industries se sont implantées en France. Le chômage est en baisse, à 7,4%, il est à son plus bas niveau depuis 2007. Des secteurs importants de l’économie ont été sauvés. Macron a formulé un nouvel objectif : la reconquête de l’indépendance industrielle et technologique. Cela inclut la production d’électricité par l’énergie nucléaire. Elle correspond aux intérêts nationaux du pays et garantit sa sécurité.       <br />
              <br />
       Oui, ses propositions sont sérieuses et réalistes. Je suis séduit par l’ambition de réindustrialiser la France. Les propositions en matière de politique énergétique et notamment la construction de six à quatorze réacteurs électro-nucléaires me paraissent conformes à la fois à l’objectif d’autonomie énergétique et à la nécessaire lutte contre le réchauffement climatique.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Poutine vous a également mentionné le massacre de la maison syndicale d’Odessa le 2 mai 2014. Était-ce une provocation russe, était-ce un crime horrible commis par les nationalistes ukrainiens ? </b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Selon Poutine, des sympathisants pro-russes ont été pris au piège dans la Maison syndicale incendiée. Les auteurs étaient selon Poutine des extrémistes de droite ukrainiens. Il y a eu plusieurs dizaines de morts. Ceux qui ont sauté par la fenêtre ont été abattus. Leurs portefeuilles ont été volés. Tout cela aurait été filmé. Poutine était très contrarié quand il m’a dit cela. Et s’est plaint qu’aucun chef de gouvernement occidental n’a formulé ne serait-ce qu’un mot de protestation et de condoléances. Ces éléments psychologiques et ce ressentiment ont beaucoup de poids. Les souvenirs historiques et les traumatismes qui sont spécifiquement réactivés jouent toujours un rôle important dans les relations internationales. Dans cette guerre en particulier, la mémoire de la Seconde guerre mondiale est constamment instrumentalisée.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Des deux côtés ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L’Occident croit qu’il a vaincu seul le communisme. Il ignore les forces qui se sont manifestées au sein des sociétés soviétiques. Les Russes quant à eux ont une mentalité obsidionale. Ils se sentent constamment comme des victimes, encerclés et menacés. Ils ont été attaqués à plusieurs reprises, pas seulement par Napoléon et Hitler. Ils vivent dans la peur que cela se répète. En Ukraine, dit Poutine, une nouvelle opération Barbarossa est en préparation. On peut parler de paranoïa. Mais si vous voulez comprendre la situation et trouver des solutions, vous devez en tenir compte.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Comment empêcher une Troisième Guerre mondiale ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Si l’OTAN avait accepté l’appel de Zelensky pour une zone d’exclusion aérienne, la guerre aurait éclaté sous la forme d’une guerre aérienne d’abord. La Russie possède des armes nucléaires tactiques, à peu près le même nombre que les États-Unis. La doctrine russe n’est pas très claire. La rupture du tabou nucléaire serait une première historique après Hiroshima et Nagasaki. Tant qu’il n’y a pas d’accord, la situation reste extrêmement dangereuse.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Il y a maintenant des idées claires sur ce à quoi cela pourrait ressembler.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Dans les grandes lignes : un statut de neutralité – que le Conseil de sécurité de l’ONU devrait garantir. On pourrait inclure au moins l’Allemagne, la Turquie et peut-être d'autres. La situation que cela entraînerait pour l’Ukraine serait meilleure que la situation actuelle. Les frontières de 2022 doivent être rétablies et des élections libres rendues possibles.        <br />
              <br />
       En ce qui concerne la Russie, l’Occident n’a pas suffisamment pris au sérieux ses intérêts légitimes en matière de sécurité. Le pays aurait dû être impliqué dans la coopération avec l’Ukraine. Il aurait été possible de créer une zone tampon.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : L’Ukraine s’est-elle vu promettre son adhésion à l’OTAN ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : La France et l’Allemagne s’y sont opposées en 2008. Mais il y avait un moyen de se préparer à l’adhésion. L’ambiguïté a été cultivée.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Tout cela n’explique toujours pas comment cette guerre a pu se produire.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L’attaque contre l’Ukraine est stupide et criminelle. Personne ne s’y attendait. La probabilité de guerre était inférieure à un pour mille. Je pensais que Poutine était assez rationnel pour ne pas commettre cette erreur gravissime.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Quelles seront les conséquences pour la Russie ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Très négatives. L’Ukraine aura droit à des réparations et à sa reconstruction. Les relations entre la Russie et l’Europe ont été perturbées pour de longues années.  Pour le moment, je ne vois pas d’alternative politique à Poutine. Il y avait une nouvelle classe moyenne, dont l’émergence était une promesse démocratique. Il y a le danger d’une nouvelle guerre froide dans laquelle personne ne peut avoir d’intérêt. On se souviendra longtemps de cette guerre inepte.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Die Weltwoche : Comment peut-on l’arrêter?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est l’affaire de diplomates. Zelensky a gagné la bataille de la communication. Une rencontre entre les deux présidents pourrait-elle faire la différence ? La position de l’Ukraine me semble relativement claire : une fin est possible sur la base d’une neutralité garantie.        <br />
              <br />
       L’Europe peut apporter une contribution importante à une solution durable. Elle seule dispose des ressources financières nécessaires à la reconstruction. La guerre en Ukraine peut être éclipsée par les tensions entre les États-Unis et la Chine. Mais les dirigeants chinois n’entreprendront pas la reconquête militaire de Taïwan qui, elle, déclencherait la Troisième Guerre mondiale.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://weltwoche.ch/daily/chevenement-raconte-vladimir-poutine/">Die Weltwoche</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-Die-Weltwoche-Le-traitement-de-la-Russie-par-l-Europe-avec-le-partenariat_a2206.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Tribune dans Marianne : "Comment empêcher une Troisième Guerre mondiale?"</title>
   <updated>2022-03-08T14:58:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Tribune-dans-Marianne-Comment-empecher-une-Troisieme-Guerre-mondiale_a2203.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2022-03-08T14:51:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Tribune de Jean-Pierre Chevènement pour le journal Marianne, publiée le mardi 8 mars 2022.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/62890967-45465836.jpg?v=1646748942" alt="Tribune dans Marianne : "Comment empêcher une Troisième Guerre mondiale?"" title="Tribune dans Marianne : "Comment empêcher une Troisième Guerre mondiale?"" />
     </div>
     <div>
      L’invasion de l’Ukraine par la Russie est une erreur gravissime. La nation ukrainienne est certes tardive. Son premier grand poète, Taras Chevtchenko, n’apparaît dans la littérature ukrainienne qu’au XIXe siècle. La première indépendance de l’Ukraine, de 1917 à 1923, correspond à l’effondrement de l’Empire russe devant l’avance des armées austro-allemandes. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Stepan Bandera, le leader indépendantiste ukrainien, joue un rôle pour le moins trouble avec la Wehrmacht. Il n’en reste pas moins que l’immense majorité des Ukrainiens a combattu au sein de l’Armée rouge. Il est ridicule aujourd’hui de faire comme si quelques groupuscules néonazis, certes violents et influents, reflétaient une tendance significative de l’opinion publique ukrainienne.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      De 1654, date du rattachement à l’Empire de Russie, au XXe siècle, les Ukrainiens se sont plus ou moins confondus avec les Russes. C’est en 1991, au moment de la dissolution de l’Union soviétique, et par décision conjointe des trois présidents Eltsine (russe), Kravtchouk (ukrainien) et Chouchkievitch (biélorusse), que l’Ukraine est devenue réellement indépendante. Et on pourrait dire que la Russie aura beaucoup fait pour accélérer la formation d’une conscience nationale en Ukraine.       <br />
              <br />
       D’un point de vue stratégique et politique, la décision d’envahir l’Ukraine prise par le président Poutine est sidérante d’absurdité. Même si l’armée russe a l’avantage sur le plan militaire, ce qui s’annonce pour elle est une longue période d’enlisement. La France du général de Gaulle a su tirer les conclusions de son isolement dans l’affaire algérienne et a mis fin à cette guerre à contre-courant de l’Histoire. Dans l’opinion publique russe, les souvenirs de la guerre d’Afghanistan ne sont pas effacés. Le bon sens voudrait naturellement que le pouvoir russe décide le retrait de ses forces hors d’Ukraine. Est-ce envisageable ? À court terme, je ne suis guère optimiste. Dans des pays démocratiques, il peut arriver que des leaders responsables démissionnent. On ne l’attend guère en Russie, même si Mikhaïl Gorbatchev, en 1991, avait su s’effacer. De même, en avait-il été pour Boris Eltsine, au 1er janvier 2000, au bénéfice de Vladimir Poutine. Mais une telle issue est aujourd’hui improbable.       <br />
              <br />
       Comment un tel malheur, dont les conséquences seront durables, aussi bien pour les Ukrainiens, pour les Russes, que, ne nous le cachons pas, pour tous les Européens et pour les relations franco-russes, a-t-il pu survenir ? Comment, trente-trois ans après la chute du Mur, a-t-on pu, entre la Russie et l’Occident, en arriver là ? Une partie de l’explication réside, je crois, dans le contexte de mésentente historique qui remonte au moins à 1054, date du grand schisme entre le christianisme occidental issu de Rome et le christianisme oriental issu de Byzance. Plus que jamais, il faut nous affranchir de ces visions étroites bien illustrées par un écrivain français comme Custine, qui, dès les années 1830, exprimait une hostilité viscérale à l’égard de la Russie. Ne confondons pas un gouvernement russe qui passe et le peuple russe, dont l’apport à la littérature, à la civilisation et à l’histoire de l’humanité est majeur.       <br />
              <br />
       On connaît par ailleurs le discours victimaire des Russes. Celui-ci a, il est vrai, quelques fondements. Le mépris et l’arrogance de beaucoup de dirigeants occidentaux, notamment américains, qui ne se cachaient pas de vouloir, depuis une dizaine d’années, un changement de régime en Russie (regime change), ont en effet contribué à renforcer un nationalisme russe obsidional. Ce sentiment plonge ses racines dans le temps long des invasions et des conflits que l’Histoire n’a pas ménagés à la Russie : invasion polono-lithuanienne au XVIIe siècle, suédoise au XVIIIe, française en 1812, allemande en 1917 et en 1941, sans parler du « grand jeu » avec la Grande-Bretagne, repris ensuite par les États-Unis. Aujourd’hui encore, les Russes se vivent comme perpétuellement assiégés et encerclés. La menace qu’ils ont identifiée, c’est l’extension de l’Otan. Il est vrai que la déclaration du sommet de Bucarest (2008) promettant une adhésion à l’Ukraine et à la Géorgie, a renforcé le sentiment de persécution. De même, les accords de Minsk (2014-2015) n’ont-ils pu s’appliquer du fait de la volonté du gouvernement ukrainien de récupérer d’abord sa frontière avec la Russie préalablement à toute consultation électorale sur le statut d’autonomie, notamment linguistique, des oblasts de Donetsk et de Louhansk.       <br />
              <br />
       Bien sûr le problème de la dissolution de l’URSS n’a pas été traité politiquement. Il eût fallu associer, de 2009 à 2014, la Russie au partenariat oriental qui visait à créer un régime de libre-échange entre l’Union européenne et l’Ukraine, alors que telle était déjà la situation entre l’Ukraine et la Russie. On mesurera a posteriori l’inconvénient d’avoir laissé à la Commission européenne, alors présidée par José Manuel DurãoBarroso, le soin de définir la politique extérieure de l’Union face à la Russie. Sur un autre plan, la guerre du Kosovo et le bombardement de Belgrade en dehors de toute résolution du Conseil de sécurité des Nations unies ont donné le sentiment que les arrangements de sécurité conclus en 1990 n’avaient pas de valeur aux yeux des Occidentaux. Il n’en reste pas moins que ceux-ci ont accompli des gestes significatifs quand ils ont accepté la Russie à l’intérieur du G7, devenu G8.       <br />
              <br />
       Des erreurs ont été commises au moment de la révolution de Maïdan, en février 2014. Les Russes ont cru pouvoir riposter en annexant la Crimée et en faisant prévaloir les considérations qui touchaient à leur sécurité. Grâce à l’intervention de la France et de l’Allemagne, un processus a néanmoins été engagé dans le cadre de ce que l’on a appelé le « format Normandie ». J’y ai été associé par la volonté des plus hautes autorités de l’État et je l’assume entièrement. Je considère que c’est le rôle d’un homme politique que de tout faire pour préserver la paix. Il était très imprudent de laisser un conflit gelé subsister au cœur de l’Europe, au risque de le voir dégénérer. Le président Macron l’a bien compris.       <br />
              <br />
       Mais il ne sert à rien de déplorer les occasions perdues. Elles n’ont pas toutes été du fait des Occidentaux. Il y a, chez les dirigeants russes, une vision caricaturale de l’Occident, comme si les associations de soutien aux LGBT représentaient la tendance dominante de nos sociétés. Rien n’autorisait le gouvernement russe à violer l’intégrité territoriale de l’Ukraine et, plus généralement, à bafouer le principe de non-ingérence proclamé dans la charte des Nations unies depuis 1945.       <br />
              <br />
       Depuis le début de l’agression russe, Emmanuel Macron défend une position combinant fermeté et souci de maintenir la porte ouverte au dialogue et à la diplomatie. Cette approche est celle d’un homme d’État. Elle est à la hauteur d’une telle crise, dont la gestion demande intelligence et souplesse. Les troupes russes doivent quitter l’Ukraine. Rien n’empêche néanmoins de réfléchir à des arrangements de sécurité permettant de stabiliser durablement les relations entre l’est et l’ouest de notre continent. Nous ne devons pas nous laisser entraîner vers une troisième guerre mondiale par des initiatives jusqu’au-boutistes. Un statut de neutralité garanti par toutes les puissances, sur le modèle de ce qu’a fait l’Autriche en 1955, après avoir recouvré son indépendance, ne vaudrait-il pas mieux pour l’Ukraine que la situation actuelle ? L’initiative ne peut venir que de l’Ukraine. Si une telle initiative était prise, elle exigerait de nous une pleine solidarité.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/jean-pierre-chevenement-comment-empecher-une-troisieme-guerre-mondiale">Marianne</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Tribune-dans-Marianne-Comment-empecher-une-Troisieme-Guerre-mondiale_a2203.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien sur France 5 : "Trop de gens s’expriment sous l’empire de l’émotion"</title>
   <updated>2022-03-02T15:00:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-sur-France-5-Trop-de-gens-s-expriment-sous-l-empire-de-l-emotion_a2202.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/62751204-45405727.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-03-02T14:28:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission « C à vous » sur France 5, mardi 1er mars 2022.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/62751204-45405727.jpg?v=1770493148" alt="Entretien sur France 5 : "Trop de gens s’expriment sous l’empire de l’émotion"" title="Entretien sur France 5 : "Trop de gens s’expriment sous l’empire de l’émotion"" />
     </div>
     <div>
      Le passage de Jean-Pierre Chevènement peut être écouté en <a class="link" href="https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/c-a-vous-saison-13/3103627-invites-jean-pierre-chevenement-elise-lucet-marie-maurice-et-eric-delbecque.html">replay</a>       <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim des interventions de Jean-Pierre Chevènement :</span>       <br />
              <br />
       &quot;D’abord, il y a un fait massif : c’est l’invasion russe de l’Ukraine, violation caractérisée du droit international et de l’intégrité territoriale de ce pays. Le réflexe ne peut être que de la condamner avec la plus grande force, en prenant toutes les mesures appropriées. C’est ce qu’on appelle les sanctions. Ces sanctions sont contenues dans l’agression car l’agression entraîne une riposte qui est tout à fait légitime. Maintenant, si l’on veut raisonner en homme d’État, il faut réfléchir à tous les enjeux et à la guerre potentiellement nucléaire qui pourrait résulter de cet affrontement. Donc, il me semble que la fermeté n’exclut pas, comme le Président de la République le montre, la recherche d’un dialogue ou, en tout cas, d’une voie diplomatique. Celle-ci doit permettre de trouver une issue à ce conflit qui ne peut être, bien entendu, que le cessez-le-feu d’abord et ensuite le retrait des troupes russes, avec peut-être des arrangements sur les questions qui préoccupent légitimement les Russes, à commencer par leur sécurité. C’est une inquiétude qu’ils expriment de longue date. Je les écoute pour ma part depuis très longtemps et je sais de quoi sont faites, à tort ou à raison, leurs préoccupations. Il y a incontestablement dans l’attitude russe une part d’auto-intoxication, un sentiment nationaliste obsidional, un sentiment d’être toujours assiégés, menacés, qui peut les conduire à des interprétations fausses. Je pense que c’est ce qui vient d’arriver. C’est une erreur colossale d’interprétation de la réalité qui part d’une anticipation noire de ce que peut être l’évolution des relations internationales et en même temps d’un mépris caricatural de l’Occident, celui-ci se retrouvant assimilé à des groupes de soutien aux LGBT, etc. Tout cela montre la profondeur du gouffre qui existe aujourd’hui entre la Russie et le reste du monde.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      (…)       <br />
              <br />
       &quot;Je suis surpris parce que lorsque j’ai rencontré Vladimir Poutine en 2014, à l’occasion d’un échange de près de quatre heures, j’ai trouvé un homme argumenté, avec lequel il était possible de discuter. Cette conversation avait débouché sur la mise sur pied de ce qu’on a appelé par la suite le « Format Normandie », c’est-à-dire une instance où la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine discutaient du sort des territoires du Donbass (Louhansk et Donetsk particulièrement), où la question qui se posait de prime abord était l’usage de la langue russe et une certaine autonomie administrative, au moins au niveau de la police municipale. Tout cela paraissait être un problème réglable. D’ailleurs, les accords de Minsk, intervenus à deux reprises, prévoyaient un processus qui n’a pas pu être appliqué, du fait de la mauvaise volonté de l’Ukraine, autant que de la Russie. Quand on lit le texte de ces accords, il y est d’abord question d’élections à organiser dans ces territoires du Donbass, avant que l’Ukraine ne recouvre sa frontière avec la Russie. Or l’Ukraine a exigé de recouvrer d’abord ses frontières puis de procéder ensuite à des élections, ce que les Russes n'ont pas accepté. Donc, à plusieurs reprises le Président de la République est revenu à la charge. Il m’a envoyé et a aussi envoyé ses ministres pour essayer de faire avancer ce problème qui paraissait soluble, parce qu’avoir un conflit gelé au cœur de l’Europe c’était potentiellement très dangereux. Au bout de huit ans, effectivement, la situation a explosé. J’assume les efforts faits et je revendique d’avoir essayé d’empêcher cette situation qui est infiniment malheureuse pour les Ukrainiens, pour les Russes et pour nous-mêmes, Européens. Nous n’avons pas encore fini d’en payer le prix.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Concernant les propos de Jean-Luc Mélenchon, je pense qu’il y a la fourniture d’armements défensifs à la résistance ukrainienne et que celle-ci est tout à fait légitime. S’agissant de la fourniture d’armements offensifs, comme des avions de chasse, même s’ils sont pilotés par des Ukrainiens, c’est plus problématique. On met en effet le doigt dans un engrenage dont nous voulons justement éviter qu’il nous conduise à la surenchère et finalement à la guerre. Donc, les sanctions économiques et financières sont extrêmement dures et déstabilisatrices pour la Russie - il faut le savoir, mais elles sont légitimes. Au-delà, nous sommes sur un terrain mouvant et beaucoup de gens s’expriment sans esprit de responsabilité, sous l’empire de l’émotion. Et naturellement, sous cet empire, on peut dessiner des fresques avantageuses : l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne par exemple. Le processus qui doit être suivi pour cela prend des années. Cela ne peut pas se faire comme ça. Et j’ajoute que si l’on veut parfaire la désindustrialisation de la France, il faut faire adhérer des pays à très bas coûts de main d’œuvre. C’est comme cela qu’on a déjà procédé par le passé à des élargissements qui ont eu des conséquences néfastes. Il faut bien le voir. Donc, toute cela mérite discussion, mérite d’être pesé. J’estime que trop de gens s’expriment au nom d’une autorité qu’ils n’ont pas, sur des domaines infiniment complexes où l’on gagnerait à faire preuve d’un minimum de retenue. Je pense que ce que fait le Président de la République est très adéquat à la situation. Il fait preuve d’une grande fermeté de langage, met en place des sanctions économiques et financières ciblées et très fortes et défend, par ailleurs, une voie ouverte au dialogue. Il échange par exemple par téléphone avec le Président Poutine presque tous les jours. Il y a quand même un canal de communication qui demeure. Et il est normal que le Président du Conseil de l’Union européenne, Emmanuel Macron, exerce ce rôle.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Il faut toujours faire attention au moment où l’on rentre dans la cobelligérance. Les avions dont il est question ce sont des Soukhoi ou des MiG russes dont ne disposent que quelques pays (Pologne, Bulgarie, etc.). Même s’ils en fournissaient aux Ukrainiens, je ne pense pas que cela modifierait considérablement le rapport de forces. Soyons sérieux. Ce n’est pas ça qui fera pencher la balance mais bien l’unité de la communauté internationale, la ferme condamnation de cette invasion inqualifiable et inenvisageable. On n’a en effet rien vu de similaire depuis 1956. Il faut faire reculer les Russes et avoir conscience que cette guerre est mal reçue dans l’opinion publique russe et que, par conséquent, il y a des marges pour faire bouger les choses. Je ne dis pas qu’il faut être optimiste à court terme car les Russes sont difficiles mais on peut, je pense, imposer un cessez-le-feu à un certain moment et un retrait des troupes russes. Dans quel contexte ? La neutralité par exemple. Je rappelle que l’Autriche a déclaré sa propre neutralité en 1955 lorsqu’elle a recouvré son indépendance (avec l‘<span style="font-style:italic">Österreichischer Staatsvertrag</span>). Cela a marché, tous les pays garantissant aujourd’hui cette neutralité. C’est une assurance que l’Ukraine n’a pas aujourd’hui car elle ne fait pas partie de l’OTAN : les clauses automatiques qui figurent dans l’article 5 de la Charte de l’OTAN ne jouent donc pas. Il vaudrait mieux pour elle avoir un statut de neutralité garanti par toutes les puissances, me semble-t-il. Mais ce n’est que mon opinion…&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Les groupes de sécurité privée ont été utilisés par d’autres pays, je pense par exemple aux Américains en Irak. S’agissant du groupe Wagner, qui sévit en maints pays, sa présence à proximité de Kiev me parait une menace moins redoutable que celles des services spéciaux russes, les fameux <span style="font-style:italic">Spetsnaz</span>. Ceux-ci sont des soldats expérimentés, alors que le groupe Wagner est souvent composé d’anciens combattants ou de gens qui ont dépassé l’âge de la retraite. Ce qui est inqualifiable, ce sont les menaces que la partie russe fait peser sur la vie des dirigeants ukrainiens. Cela ne peut que favoriser une escalade qui est déjà allée très loin.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;J’éviterais de mélanger les deux sujets que sont la guerre en Ukraine et l’élection présidentielle, et de faire de tout cela l’occasion d’une polémique politicienne. L’heure est plutôt à l’unité nationale que je réclame depuis plusieurs années. J’ai en effet demandé un gouvernement de salut public - il y a un peu plus de deux ans, car je trouve que la période est très difficile. Au point où nous en sommes aujourd’hui, il faut éviter de faire monter la température et d’hystériser le débat. Certains propos tenus par des candidats à l’élection présidentielle ont pu être regrettables, mais le contexte était tout autre. C’est aujourd’hui qui compte, et j’observe avec satisfaction que le Premier ministre a réuni à Matignon l’ensemble des candidats et que cela s’est plutôt bien passé. Un échange d’informations sur différents sujets a pu avoir lieu : les réfugiés, leur accueil, etc. C’est comme cela qu’il faut procéder et j’approuve le président de la République d’avoir choisi cette voie raisonnable.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;L’accueil des réfugiés ukrainiens n’est pas une épreuve mais un devoir. Il faut simplement se mettre d’accord sur la manière dont ils se répartiront. Il y a beaucoup d’Ukrainiens par exemple en Pologne et en Allemagne, et je pense que les Ukrainiens iront naturellement là où ils ont des parents, des proches, etc. Mais ils peuvent être accueillis dans d’autres pays, dont la France. Et c’est un devoir pour nous que de les accueillir.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Je voudrais dire pourquoi je soutiens Emmanuel Macron. Je pense qu’il a l’étoffe d’un Président capable de construire la France dans une période aussi troublée. N’oublions pas qu’il est responsable de la dissuasion nucléaire : 300 têtes nucléaires pour la France (moins certes que les États-Unis et la Russie). Celle-ci est un élément de paix et de stabilité en Europe car personne ne souhaite voir utiliser des armes aussi terrifiantes, et elles ne sont d’ailleurs pas faites pour être utilisées mais pour inspirer la crainte afin que l’adversaire recule. Emmanuel Macron est à mon sens parfaitement capable de gérer cette crise qui implique beaucoup de fermeté, d’intelligence et de finesse. Il faut se montrer souple et compréhensif pour se mettre dans la tête de l’autre, deviner comment il raisonne. C’est un travail éminemment difficile. Connaissant Emmanuel Macron depuis environ cinq ans, ayant appris à le connaître, je dois dire que je ne partage pas à son égard le ressentiment qu’éprouvent à son égard des gens de gauche et de droite. Ce ressentiment est compréhensible car il les a évincés des avenues du pouvoir en 2017. Emmanuel Macron a fait turbuler le système. Le problème est maintenant de donner au système au direction et de faire en sorte que tout le monde puisse être associé à une vraie refondation républicaine qui permette de sauvegarder les intérêts essentiels de la France. Le choix à l’élection présidentielle doit se faire à la lumière des intérêts de la France.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Je ne crois pas que la sécurité soit un impensé du gouvernement. Les chiffres ne sont pas exactement ce qu’on dit. Il y a certainement une augmentation récente des violences aux personnes - les homicides ont par exemple dépassé le millier, mais les atteintes aux biens n’ont pas augmenté. C’est une situation tout en nuances. Il y a en effet des quartiers qui sont soustraits à toute loi. La loi n’y est plus observée et son respect n’existe plus. Le civisme élémentaire a déserté les esprits. Et le policier lui-même est suspect de débordements et d’excès, presque par principe. On voit dans lui le visage d’un État policier, d’un État qui serait celui du Capital. Ce sont des visions très réductrices et simplificatrices.       <br />
              <br />
       Concernant les excès que certaines images pourraient mettre en avant, j’aimerais rappeler que l’on peut montrer toutes sortes d’images. On peut aussi montrer des policiers agressés, tabassés, menacés dans leur vie. Tout est possible et tout arrive. Simplement, il y a une attitude à l’égard de la police qui n’est pas une attitude républicaine. Il faut entourer les policiers d’un certain respect professionnel, à charge pour eux naturellement de respecter leur déontologie.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;L’expression « violences policières » est très contestable car elle suppose que l’institution elle-même produit la violence. Or celle-ci est soumise à énormément de règles et de contrôles. On ne peut pas et on ne doit pas dire, dans un système républicain, qu’il y a des violences policières !&quot;       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/c-a-vous-saison-13/3103627-invites-jean-pierre-chevenement-elise-lucet-marie-maurice-et-eric-delbecque.html">C À VOUS - FRANCE 5</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-sur-France-5-Trop-de-gens-s-expriment-sous-l-empire-de-l-emotion_a2202.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien sur BFM TV : "Soutenons la résistance ukrainienne, tout en évitant les surenchères inutiles"</title>
   <updated>2022-03-01T16:41:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-sur-BFM-TV-Soutenons-la-resistance-ukrainienne-tout-en-evitant-les-surencheres-inutiles_a2201.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/62727804-45393681.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-03-01T15:53:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission « BFM Story » sur BFM TV. Il répondait aux questions d’Olivier Truchot, lundi 28 février 2022.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/62727804-45393681.jpg?v=1772634534" alt="Entretien sur BFM TV : "Soutenons la résistance ukrainienne, tout en évitant les surenchères inutiles"" title="Entretien sur BFM TV : "Soutenons la résistance ukrainienne, tout en évitant les surenchères inutiles"" />
     </div>
     <div>
      Le passage de Jean-Pierre Chevènement peut être écouté en <a class="link" href="https://www.rmcbfmplay.com/video/bfm-tv/bfm-story/edition-speciale-du-28-fevrier?contentId=Product::NEUF_BFMTV_BFM0300014472&amp;universe=PROVIDER">replay</a> (début à 1h06min34sec)       <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Bonsoir Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense. Merci d’avoir accepté notre invitation. Vous avez apporté votre soutien à Emmanuel Macron hier, dans les colonnes du Journal du Dimanche. Est-ce pour saluer sa gestion de la crise ukrainienne ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Plus généralement, je considère qu’Emmanuel Macron a montré les qualités qui sont nécessaires à un chef d’État dans les périodes de crise comme celle que nous traversons. Par ailleurs, Emmanuel Macron a évolué dans le bon sens. Prenons par exemple la gestion de la crise du coronavirus. Il est souvent critiqué mais, en réalité, son mot d’ordre de la vaccination, qui ne tourne d’ailleurs pas le dos à la scientificité, était juste. Il a permis de passer au-delà de la cinquième vague, en s’appuyant sur les personnages soignants et sur les « premiers de corvée » qui nous ont permis de tenir. Par son action, Emmanuel Macron a montré qu’il était capable de contenir cette pandémie.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Deuxièmement, sur le plan économique, je constate que les moyens mis en œuvre au nom du « quoi qu’il en coûte » ont été efficaces : l’aide au chômage partiel et les subventions versées aux entreprises ont permis au tissu entrepreneurial de tenir. Le chômage a reflué. Il est plus bas aujourd’hui qu’il n’a jamais été depuis 2007. La production en France a retrouvé son niveau d’avant la crise. Ce sont des résultats satisfaisants. Et j’observe qu’Emmanuel Macron a su tourner le dos aux premières impulsions qu’il avait données. C’est une gestion extrêmement sérieuse et raisonnable de la crise qui a prévalu. Je pense que les Français doivent faire preuve de civisme. Plus que jamais, notre pays est devant des échéances difficiles.       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : On va parler de la Russie. Vous avez toujours dit que la Russie faisait partie de la grande famille des pays européens. Est-ce toujours le cas ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cela fait partie des données de la géographie et de l’histoire, bien que ça n’excuse en rien l’agression russe caractérisée, celle-ci violant les principes d’intégrité territoriale et de souveraineté des États. Par conséquent, il faut condamner très fermement, comme a su le faire le Président Macron, tout en maintenant le dialogue pour favoriser un jour une désescalade qui serait dans l’intérêt de toute l’Europe.       <br />
              <br />
       Pour répondre à votre question, la Russie procède du christianisme byzantin. C’est un pays orthodoxe dont les racines sont chrétiennes, comme celles des pays d’Europe occidentale qui, eux, procèdent de Rome. Ce schisme qui oppose l’Ouest et l’Est de l’Europe remonte à 1054. C’est donc une vieille affaire. Mais, en l’occurrence, nous sommes cette fois en présence d’une violation caractérisée des principes qui fondent l’ordre international. La France lui apporte la réponse qui convient.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Mais vous l’avez rencontré Vladimir Poutine ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je l’ai rencontré et je suis surpris car il m’avait donné l’impression d’être quelqu’un qui argumentait, qui était rationnel. Nous avons discuté en tête à tête, quatre heures d’affilée, en 2014 pour jeter les bases du format Normandie. Il me semblait qu’on pouvait raisonner avec lui. Même si je connais la psychologie russe, leur nationalisme obsidional, le sentiment qu’ils ont d’être toujours menacés, assiégés. Peut-être y’a-t-il aussi eu des fautes commises par les Occidentaux ?       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Lesquelles ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Après l’effondrement de l’URSS, il fallait concevoir un ordre de sécurité stable apportant à chaque pays des garanties qu’il pouvait estimer légitimes. Cela n’a pas été fait dans certaines circonstances. Je ne vais pas rappeler le Kosovo, l’Irak, la Libye, etc. La Russie a pu à un certain moment se sentir menacé. Excessivement évidemment.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Est-ce une réaction paranoiaque du président russe ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui. Le mot peut paraître fort, mais je crois qu’il est malheureusement juste. Je dis bien « malheureusement » car c’est un malheur immense pour l’Ukraine, pour la Russie, pour l’Europe. Nous allons en payer durement le prix.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Quel sera le prix à payer ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Regardez le gaz. Pour l’Allemagne, c’est plus de 50% de son électricité. Si les gazoducs ne fonctionnent plus, que fera l’Allemagne ? Où va-t-elle s’approvisionner. On peut s’attendre à un choc sur les prix. L’inflation est déjà forte. Elle le sera plus encore. C’est un exemple que je prends un peu au hasard. Tous ces réfugiés représentent par ailleurs une terrible misère humaine.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Vous avez souvent critiqué l’Union européenne. Aujourd’hui, celle-ci réagit très fort. L’Allemagne annonce sa volonté de mettre beaucoup d’argent dans son budget militaire. La Suisse sort même de sa neutralité et adopte des sanctions économiques contre la Russie.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Permettez-moi d’être un peu plus réservé pour commenter la portée des décisions prises par la Suisse et même par l’Allemagne. Son premier réflexe était, je rappelle, de maintenir la Russie dans le système Swift. Quant aux annonces du nouveau chancelier allemand Scholz de faire passer le budget allemand de défense à plus de 2% du PIB, souvenons-nous qu’Angela Merkel avait déjà pris cet engagement sans qu’il ne se traduise dans la réalité. Attendons de voir comment les choses vont évoluer et évitons les surenchères inutiles. L’Europe affirme sa solidarité avec la résistance ukrainienne. C’est bien. Il faut maintenir cette solidarité d’une manière avisée, comme je crois qu’on le fera avec le président de la République qui a su, comme vous l’avez remarqué, maintenir ouverts les canaux de la communication.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Benjamin Duhamel : Considérez-vous, M. Chevènement, comme Valérie Pécresse, que certains candidats à l’élection présidentielle (Éric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, etc.) sont disqualifiés dans la course du fait de leurs propos passés, jugés complaisants à l’égard de Vladimir Poutine et de la Russie ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Non. Ce sont des propos de candidats. Madame Pécresse est candidate et peut donc tenir ces propos. Quant à moi, je ne les tiens pas pour une raison très simple. Certains discours pouvaient se tenir dans un certain contexte, mais le contexte a changé. L’invasion de l’Ukraine était difficile à imaginer il y a encore quelques semaines. Moi-même je n’y croyais pas. Il faut éviter, par conséquent, de faire parler les gens en dehors du contexte où ils se plaçaient eux-mêmes.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Vous avez reçu une médaille de l’amitié de la part de Vladimir Poutine en 2017. Allez-vous garder cette médaille ou la lui rendre ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’ai accepté cette médaille avec l’accord des plus hautes autorités de l’État. Je l’ai fait pour servir les intérêts de la France, la seule chose qui compte pour moi. Avant de prendre une décision, je demanderai conseil et je ferai ce qu’on me dira de faire.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Merci à vous, M. Chevènement, d’être venu sur notre plateau ce soir.</b>       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.rmcbfmplay.com/video/bfm-tv/bfm-story/edition-speciale-du-28-fevrier?contentId=Product::NEUF_BFMTV_BFM0300014472&amp;universe=PROVIDER">BFM STORY - BFM TV</a>       
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-sur-BFM-TV-Soutenons-la-resistance-ukrainienne-tout-en-evitant-les-surencheres-inutiles_a2201.html" />
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  <entry>
   <title>Réaction de Jean-Pierre Chevènement à la crise ukrainienne</title>
   <updated>2022-02-22T16:24:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Reaction-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-la-crise-ukrainienne_a2197.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2022-02-22T16:15:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Communiqué de Jean-Pierre Chevènement, ministre d'État et président d'honneur de la Fondation Res Publica     <div>
      La décision du Président Vladimir Poutine de reconnaître les républiques séparatistes pro-russes de Donetsk et de Lougansk est une atteinte au droit international tel qu’il résultait des accords passés en 1991 entre les présidents de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie.       <br />
              <br />
       On ne peut que saluer les efforts du Président Emmanuel Macron pour trouver le chemin d’une désescalade. On ne peut refaire l’histoire. Faute que les accords de Minsk, qui prévoyaient l’autonomie linguistique et administrative pour les deux républiques de Donetsk et de Lougansk, aient pu s’appliquer du fait, principalement, de l’Ukraine, et malgré les efforts des diplomaties française et allemande (le compromis Steinmeier), on pouvait bien imaginer le danger qui résultait du maintien d’un conflit gelé au cœur de l’Europe.       <br />
              <br />
       Les mobiles du Président Vladimir Poutine sont difficiles à comprendre. Une nouvelle guerre froide n’est dans l’intérêt ni de l’une, ni de l’autre partie de l’Europe. Des sanctions commerciales frapperont la Russie, mais également les pays d’Europe occidentale.       <br />
              <br />
       Quoi qu’il en soit, les voies de la diplomatie doivent rester ouvertes et le Président Emmanuel Macron saura, j’en suis sûr, maintenir une politique de fermeté, tout en restant vigilant quant à la possibilité d’un retour à la normale sauvegardant l’intégrité territoriale de l’Ukraine et assurant la sécurité collective en Europe.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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