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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-08-16T10:08:16+02:00</updated>
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   <title>Tribune dans le Figaro Vox : "Les raisons de mon soutien à Emmanuel Macron"</title>
   <updated>2022-03-11T17:51:00+01:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2022-03-11T17:38:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Tribune de Jean-Pierre Chevènement pour le Figaro Vox, publiée le vendredi 11 mars 2022.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/62968051-45512583.jpg?v=1647018571" alt="Tribune dans le Figaro Vox : "Les raisons de mon soutien à Emmanuel Macron"" title="Tribune dans le Figaro Vox : "Les raisons de mon soutien à Emmanuel Macron"" />
     </div>
     <div>
      Sur le site Atlantico, mon vieil ami Benoît Rayski qui me suit à la trace depuis très longtemps écrit : «Qu'est-ce qui a pris à ce souverainiste de se jeter dans les bras d'un européiste ? Par quelle aberration un homme de son courage et de son envergure a-t-il pu rejoindre un petit marquis d'opérette ?» Je veux rassurer ceux de mes amis véritables chez qui ce propos aurait, me dit-on, rencontré quelque écho.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      D'abord, je me suis toujours dissocié de la vision dévalorisante d'Emmanuel Macron véhiculée par le ressentiment conjugué de la gauche et de la droite, après leur double éviction du pouvoir en 2017. Emmanuel Macron a été élu au suffrage universel à 66 % des voix exprimées au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2017. Il est donc notre président légitime. Par ailleurs, j'ai beaucoup de considération pour l'étendue et la variété de sa culture, sa vivacité d'esprit, sa remarquable capacité d'apprendre, quitte à se corriger lui-même. Emmanuel Macron a dû faire face à des crises majeures (les «gilets jaunes», le Covid-19, la guerre russo-ukrainienne) dont aucune ne lui était directement imputable. Il s'est montré tout à fait à la hauteur. Sur le plan sécuritaire comme au plan économique, il a su limiter les dégâts de la pandémie. S'agissant de la crise ukrainienne il a montré une fermeté sans faille pour condamner l'agression russe, tout en maintenant ouvertes les voies de la diplomatie. Par son attitude responsable, il a su éviter le glissement de l'Europe dans la cobelligérance qui aurait pu et pourrait dégénérer en une Troisième Guerre mondiale, potentiellement nucléaire. J'ai donc beaucoup de respect pour le Président de la République et si je lui ai apporté un soutien républicain le 27 février 2022[1], c'est parce que cela correspondait au meilleur intérêt de la France. Ce critère seul a guidé mon choix.       <br />
              <br />
       Contrairement à ce que dit Benoît Rayski, je ne me suis pas «rallié à un mondialiste». J'apprécie, au contraire la remarquable évolution qui a conduit Emmanuel Macron à suspendre les critères de Maastricht de concert avec nos partenaires européens (encore a-t-il fallu les convaincre !) et à amplifier la politique monétaire «accommodante» mise en œuvre par Mario Draghi et continuée par Christine Lagarde à la tête de la BCE. La BCE a acheté 4800 milliards de titres publics, assurant ainsi la survie du système de l'euro et préservant la croissance européenne face à la pandémie. Les États étaient le problème. Ils sont devenus la solution. À l'obsession de la rentabilité à court terme, s'est substitué un début de planification de la nécessaire transition énergétique, climatique et numérique.       <br />
              <br />
       Emmanuel Macron a enfin obtenu d'Angela Merkel une certaine mutualisation (390 milliards d'euros) du financement du plan de transition dit «Green Deal».       <br />
              <br />
       Où et en quoi ai-je abandonné les convictions qui ont toujours été les miennes ? Évidemment, en cinquante ans, beaucoup de choses ont changé mais nous avons ensemble maintenu le cap de la République française indépendante et solidaire face à des adversaires ô combien coriaces. Nous avons défendu et promu les grandes valeurs républicaines de liberté, de laïcité, d'égalité et de fraternité.       <br />
              <br />
       Tout au long de mon engagement politique, j'ai soutenu, avec le CERES puis le MDC et le «pôle républicain», les choix qui me paraissaient indispensables aux intérêts de la France. Dès les années soixante-dix j'ai pensé que le renouveau de la République, alors figée dans les marais du giscardisme, - même si plusieurs décisions judicieuses furent à mettre à l'actif de Valéry Giscard D'Estaing -, appelait du sang neuf, ce qui exigeait de mettre la gauche à hauteur des responsabilités de l'État. C'était le sens de l'action du CERES, au sein du Parti socialiste et du programme de gouvernement commun à toute la gauche, qui rendirent possible la refondation du Parti socialiste et l'élection de François Mitterrand dix ans plus tard.       <br />
              <br />
       Pour être à la hauteur, la gauche devait se réapproprier la nation, et assurer les noces entre celle-ci et le mouvement populaire. Voilà pourquoi, à une époque où la compétition mondiale s'exacerbait et où le chômage s'emballait, j'ai mis l'accent sur la nécessité de soutenir l'industrie et donc l'emploi - le premier colloque du CERES en 1968 portait déjà sur «la politique industrielle» -, de promouvoir l'indépendance énergétique, qui passe par l'électricité nucléaire, et sur le volontarisme politique. On ne doit pas oublier que les grandes entreprises nationalisées en 1982 ont été remises à flot par l'intervention de l'État. On l'oublie, parce que la gauche s'en est détournée par la suite, le projet sur lequel elle a été élue en 1981 était un projet industrialiste. Quand j'ai constaté que le gouvernement auquel j'appartenais s'éloignait de la priorité donnée à l'industrie dans le projet que le peuple lui avait confié, j'ai décidé de le quitter en mars 1983. On ne doit donc pas être surpris du soutien que j'apporte aujourd'hui aux décisions du président Macron visant à réindustrialiser la France, ou à lancer un programme nucléaire civil ambitieux. Ces décisions sont plus heureuses que l'abandon regrettable par des gouvernements socialistes d'un programme comme le projet Superphénix visant à produire une énergie nucléaire sans déchet, ou la réduction votée en 2015 par voie législative du format de notre parc électronucléaire.       <br />
              <br />
       Pour que les couches populaires prennent toute leur place dans la vie de la nation, il fallait que soient combattus la désindustrialisation et le cancer du chômage. Ce dernier fut durant de longues années le sujet majeur de préoccupation des Français. Il occupe à présent la 5ème place dans les études d'opinion. Si le taux de chômage est un indicateur social fondamental, son niveau – 7,4 % au 4e trimestre 2021, le plus bas depuis 2008 - nous permet de retrouver la confiance des Français dans l'avenir. Et pour que cet objectif de l'emploi demeure au cœur de l'action publique, il faut compter d'abord sur la reconquête industrielle et les nouvelles technologies.       <br />
              <br />
       J'ai toujours souligné que l'idée républicaine était en France au cœur de la démocratie. Si j'ai dû démissionner du gouvernement en 2001, c'est parce qu'il envisageait de transférer une partie du pouvoir législatif à une Assemblée de Corse, sous la pression des indépendantistes. L'idée républicaine et la laïcité sont la cible des milieux séparatistes, comme des courants de la « déconstruction républicaine » : une partie de la gauche y avait beaucoup cédé, depuis l'affaire de Creil jusqu'à certaines complaisances avec les mouvements islamistes, ou encore ce qu'on appelle le «wokisme». Le salutaire rappel des principes laïques, à l'École d'abord, a été bienvenu. Le dédoublement des petites classes, le renforcement des mathématiques dans l'enseignement secondaire, la revalorisation de l'enseignement professionnel au contact des entreprises vont dans le bon sens. Il faut l'amplifier. Retrouver le sens de l'État, après des décennies d'exaltation du néo-libéralisme et de l'individualisme, c'est être fidèle au modèle républicain français.       <br />
              <br />
       Qui ne voit qu'une politique républicaine, à la fois humaine et ferme, en matière de sécurité, de régulation de l'émigration et d'intégration à la communauté nationale ont besoin, comme le Président Macron l'a souligné, d'une nouvelle impulsion ?       <br />
              <br />
       L'intégration d'un islam à la française m'a toujours semblé une nécessité. J'y avais œuvré en lançant, dès 1999, la Consultation (Istichara) pour l'organisation d'un Islam de France reconnaissant pleinement les principes de la République. À la demande de Bernard Cazeneuve, j'ai ensuite, de 2016 à 2018, présidé la Fondation pour l'Islam de France, et Ghaleb Bencheikh m'y a succédé avec talent. C'est dire que cet enjeu m'a toujours paru décisif. J'ai retrouvé dans le discours du président Macron, aux Mureaux, le contenu d'une politique intelligente, à la hauteur des enjeux, tenant compte des nouvelles réalités, capable de réussir là où tant de tentatives ont échoué. Lutter contre l'islamisme radical, libérer l'islam de France des influences étrangères, aider à l'émergence d'un islam des Lumières : est-il besoin de souligner la continuité de vues en ce domaine entre mes suggestions et l'action du Président Macron ?       <br />
              <br />
       En matière de politique extérieure, le souci de son indépendance doit guider la politique de la France. Cette exigence est peut-être encore plus difficile à atteindre aujourd'hui qu'hier car il faut résister aux initiatives irresponsables et tenir bon sur les principes de souveraineté nationale qui fondent l'ordre international. Mais ce n'est pas le président Macron qui a décidé de réintégrer le commandement intégré de l'Otan. Affronter la crise née de la guerre en Ukraine, en faisant face avec fermeté aux violations par la Russie du droit international, tout en laissant ouverte une possibilité de négociation prenant en compte les exigences de sécurité légitimes de la Russie, tout cela exigeait lucidité et équilibre. Bien sûr, il aurait fallu, après la chute de l'Union soviétique, négocier un équilibre et une architecture de sécurité en Europe. Cela n'a pas été fait et on ne réécrira pas l'histoire. Entre les jusqu'au-boutistes et les résignés, sa France a tenu le rôle qu'elle seule peut tenir et parce que son rôle dans l'Histoire, la force de dissuasion et son siège permanent au Conseil de sécurité lui donnent ce statut, que, étrangement, certains candidats veulent mettre en cause.       <br />
              <br />
       Il serait naturel de m'objecter que depuis longtemps, mes vues sur la construction européenne ne sont pas celles des européistes qui veulent substituer l'Europe à la France. Et le programme de la nouvelle coalition au pouvoir en Allemagne, appelant à une construction «fédérale» a de quoi inquiéter le républicain que je suis. La construction de l'Europe est utile et même nécessaire dans un monde que domine de plus en plus la rivalité des États-Unis et de la Chine. À cet égard, je suis résolument européen. Mais elle ne peut prendre appui que sur la force des nations qui la composent. Car les nations au sein de l'Europe continuent de vivre et c'est une excellente chose pour la démocratie et pour l'Europe elle-même. «Une France libre dans une Europe indépendante» était le thème que j'avais choisi pour la liste que je conduisais en 1994 pour les élections européennes ! En effet, comme l'a indiqué le 2 mars le président Macron, nous ne pouvons plus continuer à dépendre des autres, en soulignant : «Notre pays amplifiera l'investissement dans sa défense décidé dès 2017 et poursuivra sa stratégie d'indépendance et d'investissement dans son économie, sa recherche, son innovation». Je ne peux que souscrire à cette ambition que je n'ai cessé de porter durant toute ma vie politique.       <br />
              <br />
       Le bouleversement intervenu en 2017, écartant les deux grands partis qui alternaient au pouvoir sans offrir une alternance véritable, a ouvert une nouvelle phase de la Ve République : au système de «l'essuie-glace» où chacun attend sa victoire de l'échec de l'autre, peut désormais succéder à une recomposition bien nécessaire de notre vie politique française. Elle opposera dans un premier temps un pôle républicain large et renouvelé à un bloc où, par la force des choses, les extrêmes droites se rapprocheront pour former un ensemble très marqué par l'obsession identitaire. Mais il ne faut pas laisser les couches populaires sous l'emprise de cette idéologie mortifère. Un nouveau paysage émergera de nos luttes pour que la France puisse reconquérir son indépendance industrielle, technologique et bien sûr politique.       <br />
              <br />
       La Ve République vit un tournant majeur. 2017 a vu un système de représentation usé jusqu'à la corde entrer en turbulence. À Emmanuel Macron a alors incombé une tâche immense: recomposer la vie politique française. Prenons toute notre part à cette refondation républicaine en soutenant fermement dès le premier tour le président Macron, désormais notre candidat, celui de la citoyenneté militante et agissante !       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.lefigaro.fr/vox/politique/jean-pierre-chevenement-les-raisons-de-mon-soutien-a-emmanuel-macron-20220311">Le Figaro Vox</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Colloque de la Fondation Res Publica - "La République face à la déconstruction"</title>
   <updated>2022-02-27T19:41:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-La-Republique-face-a-la-deconstruction_a2200.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2022-02-27T19:38:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Colloque organisé par la Fondation Res Publica, le mardi 8 mars 2022 de 18h à 21h, à la Maison de la Chimie.     <div>
      Avec des interventions de :        <br />
              <br />
       - <b>Pierre-André Taguieff</b>, historien des idées, directeur de recherche honoraire au CNRS, auteur, récemment, de <span style="font-style:italic">L'imposture décoloniale : Science imaginaire et pseudo-antiracisme</span> (Éditions de l'Observatoire, 2020) et de <span style="font-style:italic">Les nietzschéens et leurs ennemis</span> (Cerf, 2021) ;       <br />
       - <b>Hadrien Mathoux</b>, journaliste à Marianne ;       <br />
       - <b>Nathalie Heinich</b>, sociologue, directrice de recherche au CNRS et à l'EHESS, auteur, récemment, de <span style="font-style:italic">Ce que le militantisme fait à la recherche</span> (Gallimard, Tracts, 2021) et de <span style="font-style:italic">Oser l'universalisme : contre le communautarisme</span> (Le Bord de l'eau, 2021) ;       <br />
       - <b>Souâd Ayada</b>, directrice de l'Institut français d'islamologie, inspectrice générale de philosophie, ancienne présidente du Conseil supérieur des programmes ;       <br />
       - <b>Jean-Yves Autexier</b>, vice-président de la Fondation Res Publica, ancien parlementaire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Ce colloque aura lieu à la Maison de la Chimie (28 rue Saint-Dominique 75007 Paris). Un contrôle du pass vaccinal sera effectué à l'entrée du bâtiment. La présentation de celui-ci sera nécessaire pour y accéder.       <br />
              <br />
       Le nombre de places est limité. Il est par conséquent indispensable de s’inscrire au préalable pour assister au colloque :       <br />
       <ul class="list"><li>par courriel en envoyant un mail à : <a class="link" href="javascript:protected_mail('benjelloun@fondation-res-publica.org')" >benjelloun@fondation-res-publica.org</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li>par téléphone : 01.45.50.39.50       
       </li></ul><ul class="list"><li>par lettre : Fondation Res Publica, 52, rue de Bourgogne – 75007 – Paris       
       </li></ul><ul class="list"><li>Pour suivre ou commenter le colloque sur <a class="link" href="http://twitter.com/fondarespublica">Twitter</a>, utilisez le hashtag #ResPublica</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-La-Republique-face-a-la-deconstruction_a2200.html" />
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   <title>Actes du séminaire de la Fondation Res Publica : "Enseigner la République"</title>
   <updated>2021-04-07T18:52:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Actes-du-seminaire-de-la-Fondation-Res-Publica-Enseigner-la-Republique_a2167.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2021-04-07T18:29:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Les actes du séminaire du 20 janvier 2021 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/55324615-41443710.jpg?v=1617815130" alt="Actes du séminaire de la Fondation Res Publica : "Enseigner la République"" title="Actes du séminaire de la Fondation Res Publica : "Enseigner la République"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Introduction_a1411.html">Introduction</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Les-enseignants-de-France-face-aux-separatismes-et-aux-contestations-de-l-autorite_a1410.html">Les enseignants de France face aux séparatismes et aux contestations de l’autorité</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Quelle-ecole-pour-mieux-integrer_a1407.html">Quelle école pour mieux intégrer ?</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/La-formation-professionnelle-et-l-entreprise-au-coeur-de-l-integration-republicaine-orienter-la-jeunesse-grace-aux_a1406.html">La formation professionnelle et l’entreprise au cœur de l’intégration républicaine : orienter la jeunesse grâce aux filières d’excellence</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Comprendre-la-crise-de-l-ecole-republicaine-et-y-remedier-Intervention-de-Natacha-Polony_a1405.html">Comprendre la crise de l'école républicaine et y remédier : Intervention de Natacha Polony</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Comprendre-la-crise-de-l-ecole-republicaine-et-y-remedier-Intervention-de-Souad-Ayada_a1404.html">Comprendre la crise de l'école républicaine et y remédier : Intervention de Souâd Ayada</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li><a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Debat-final_a1403.html">Débat final</a>       <br />
              <br />
       -----       <br />
              <br />
       Voir les actes du séminaire <a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/Enseigner-la-Republique_r171.html">&quot;Enseigner la République&quot;</a>       <br />
              <br />
       Le cahier imprimé du séminaire <a class="link" href="https://www.fondation-res-publica.org/shop/Enseigner-la-Republique_p158.html">&quot;Enseigner la République&quot;</a> est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation. </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Actes-du-seminaire-de-la-Fondation-Res-Publica-Enseigner-la-Republique_a2167.html" />
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   <title>Entretien à LCI : "La culture woke oublie que la démocratie repose sur l’acceptation du fait majoritaire"</title>
   <updated>2021-03-23T13:34:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-a-LCI-La-culture-woke-oublie-que-la-democratie-repose-sur-l-acceptation-du-fait-majoritaire_a2166.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
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   <published>2021-03-23T11:35:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission « Le Point des idées » sur LCI. Il répondait aux questions de Sonia Chironi et de Étienne Gernelle, dimanche 21 mars 2021.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/54940981-41258021.jpg?v=1779506286" alt="Entretien à LCI : "La culture woke oublie que la démocratie repose sur l’acceptation du fait majoritaire"" title="Entretien à LCI : "La culture woke oublie que la démocratie repose sur l’acceptation du fait majoritaire"" />
     </div>
     <div>
      Le passage de Jean-Pierre Chevènement peut être écouté en <a class="link" href="https://www.lci.fr/replay-lci/video-le-point-des-idees-du-dimanche-21-mars-2021-2181347.html">replay</a>       <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Sonia Chironi : Bonjour Jean-Pierre Chevènement, vous publiez vos mémoires Qui veut risquer sa vie la sauvera ?  Vous avez été ministre à de nombreuses reprises en faisant toujours usage de votre liberté de parole avec votre fameuse phrase : « Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne. » Candidat à l’élection présidentielle de 2002 vous tentez de dépasser le clivage gauche-droite par la République. Vous êtes également un fervent défenseur de la laïcité. Aujourd’hui président de la fondation Res Publica, vous avez également présidé la fondation pour l’Islam de France, de 2016 à 2018.</b>       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Etienne Gernelle : A Grenoble, deux professeurs de Sciences Po ont été accusés par leurs élèves et par l’UNEF d’être islamophobes. Ils vivent aujourd’hui sous protection policière. Qu’est-ce qui se passe ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Notons d’abord que le mot « islamophobie » est très contestable. Car s’il s’agit de soustraire l’Islam à la critique, cela est questionnable. Le christianisme s’est soumis à la critique biblique de ses textes. On ne peut pas admettre que quelque religion que ce soit puisse se soustraire à la critique. Je n’emploie jamais le mot d’islamophobie. Celui-ci est devenu une accusation facile proférée par des individus qui s’instaurent en justiciers et n’hésitent pas à désigner nommément un certain nombre de gens qui, par la suite, peuvent être pris pour cible. C’est arrivé, par exemple, à Samuel Paty. Ce climat d’intolérance insupportable doit être combattu.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Etienne Gernelle : Est-ce que l’islamo-gauchisme est une réalité ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : La réalité est dans la pétition qui s’est manifestée juste après la désignation de ces deux enseignants à l’IEP de Grenoble, signée par leurs propres collègues. Cette absence de fermeté sur les principes est tout à fait caractéristique d’un mouvement, que je ne préfère pas appeler islamo-gauchisme, qui est un mot juxtaposant deux concepts extrêmement différents. Il y a une sorte de tendance très particulière à voir dans l’islamisme une sorte de troisième étage de la fusée émancipatrice : le 1er étage, la lutte pour l’indépendance politique ; le 2ème étage la lutte pour l’indépendance économique, et le 3ème étage serait celui de l’indépendance culturelle, ou plus exactement l’islamisme. En oubliant de fait qu’il y a une rupture avec l’universel à ce niveau-là. Par conséquent, la complaisance avec l’islamisme est le signe d’un anti rationalisme et d’un anti occidentalisme qui ne sont pas supportables car nous sommes les héritiers de cette civilisation. Nous devons montrer que nous préparons, encore, un siècle de raison.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Sonia Chironi : Vous avez connu les clivages entre les deux gauches sur l’économie, la sécurité, etc. Est-ce que le clivage sur la question identitaire, opposant identitaires et universalistes, est le nouveau clivage ? </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : La gauche a connu bien des clivages et je dirais que les clivages que j’ai connus étaient d’une autre nature. Mais depuis cinquante ans, nous avons une critique du principe qui était au fondement des Lumières, et qui était posé par Kant sous la forme « Ose penser par toi-même », <span style="font-style:italic">sapere aude</span> ! C’était l’esprit critique et la capacité de mettre en avant l’entendement de l’homme. Pis, la critique aujourd’hui se porte même contre la raison, soit le principe fondateur de la civilisation des Lumières. Nous avons tout un courant irrationaliste qui s’est développé, d’abord à une époque avec le fascisme, et plus récemment avec le mouvement de la déconstruction. Le nom qui émerge est celui de Michel Foucault, qui a mis en cause le pouvoir en tant que tel, vécu comme un mal en soi. Celui-ci prend la prison comme modèle de toute organisation sociale (école, asile, usine, etc.). A partir de Foucault, et de ses émules (Derrida, etc.), l’idée de la domination s’est substituée à l’idée de l’exploitation. Ce sont les dominés, quels qu’ils soient, qui sont mis en cause par ce courant de pensée. Par conséquent, on ne cherche plus à savoir au nom de quoi ils dominent, c’est simplement le fait qu’ils dominent qui devient insupportable.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> b</li></ul>[Etienne Gernelle : Justement, ces philosophes ont une grande influence sur les campus américains, avec aujourd’hui le mouvement « <span style="font-style:italic">woke</span> », qui commence aujourd’hui à prendre en France de manière significative. Récemment, la présidente de l’UNEF a admis qu’il y avait, au sein de ce syndicat, des réunions non-mixtes, interdites aux blancs. Est-ce que cela vous affole ? ]b       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Rien ne m’affole. Je comprends que les questions de races soient importantes aux Etats-Unis, pays qui a une histoire esclavagiste encore récente. De plus, dans le système américain, ce n’est pas la citoyenneté qui est au cœur de la légitimité, c’est Dieu. Le président Américain prête serment sur la Bible. Dieu est partout, sur les billets de banques par exemple. Il y a différentes catégories de Dieu, Talleyrand se plaignait déjà qu’il y eut quatre cents religions et un seul fromage aux Etats-Unis. Beaucoup de religions dissidentes de l’anglicanisme étaient venues se réfugier aux Etats-Unis. Dans ce modèle, la liberté d’expression n’a pas le même statut que dans le modèle français laïque qui, lui, met vraiment au cœur de système politique la souveraineté : il n’y a pas de souveraineté qui n’émane pas de la nation. De plus, conformément à l’article 10 de la Déclarations de droits de 1789, nul ne peut être inquiété pour ses opinions religieuses. Certes, le système anglo-saxon est moins conflictuel que le système français qui tire tout de même ses origines de la Révolution, qui s’inspire de Rousseau. Ce ne sont pas les mêmes modèles.       <br />
              <br />
       Nous avons donc une culture « <span style="font-style:italic">woke</span> », qui vient des Etats-Unis. A quoi sont-ils « éveillés » ? A toute forme d’oppression, qu’elle soit liée à la race, au sexe, à l’orientation sexuelle, etc. Cette culture met en avant le droit des minorités, et oublie, en partie, que la démocratie repose sur l’acceptation du fait majoritaire.        <br />
              <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Etienne Gernelle : Vous dites que finalement, il y a quelque chose qui vient de Mai 68. Qu’est-ce qui vient de là ? </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : « Il est interdit d’interdire », c’est l’absence de limite. Or la République est un régime de la règle, de la règle légitime qu’on appelle la loi, délibérée collectivement et qui est l’expression de la volonté générale. Il faut qu’il y ait des règles. Lacordaire disait « entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui libère ».        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Sonia Chironi : On sent que la jeunesse a de plus en plus de mal de se reconnaître dans cette conception de la République. On l’a vu récemment avec des sondages sur la laïcité. On constate que la jeunesse française adhère moins à cette notion de laïcité que vous défendez tant. </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Disons les choses comme elles sont. On n’inculque plus la laïcité à la jeunesse. Elle n’est plus portée par un corps de Hussards militants. Et même les tenants officiels de la laïcité ont perdu leurs repères. Je cite souvent Jean Macé, qui disait : « La laïcité, c’est le combat contre l’ignorance. » Il se faisait le porteur du « <span style="font-style:italic">sapere aude</span> ! » de Kant. Aujourd’hui, une grande partie de la gauche a oublié ce qui faisait l’esprit de la laïcité, c’est-à-dire la recherche du savoir et de la vérité.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Sonia Chironi : Vous avez rétabli l’éducation civique en 1985. Qu’est-ce que nous avons perdu depuis 1985 ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je rappelle que l’éducation civique avait été supprimée en 1968, par habileté politique d’Edgar Faure qui, à l’époque, considérait qu’il donnait du grain à moudre à une certaine école de pensée qui était la contestation de l’époque. Il est curieux de voir que c’est sous le général de Gaulle que l’éducation civique a été supprimée. Il a certes donné de grands exemples, qui élevaient la conscience collective. Mais il faut admettre qu’aujourd’hui, du point de vue du civisme, certaines valeurs n’ont pas été transmises.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Etienne Gernelle : Si nous revenons à la gauche, est-ce que la gauche Jaurès ne l’a pas emporté sur la gauche de Clemenceau ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, mais c’est un peu simplificateur. La controverse entre Jaurès et Clemenceau se fait en 1906 sur la question de la grève et Clemenceau dit à Jaurès : « Vos palais de féérie sont magnifiques mais s’effondrent au contact de la réalité. Je préfère construire la cathédrale républicaine dont je ne verrai pas l’achèvement. » Et Jaurès lui répond : « Mais je ne vais pas tomber dans ce piège, car il y a l’action collective et l’organisation collective », car Clémenceau disait qu’aucun corps (classe ouvrière, prolétariat, République, etc.) ne pouvait s’arroger la liberté. Pour lui, le progrès était dans la conscience de l’individu. Jaurès lui dit qu’il faut bien considérer que le mouvement de l’Histoire est fait de mouvements collectifs. Même la Révolution française était un grand mouvement d’idées. Il lui dit d’ailleurs : « Vous-même, Georges Clemenceau, vous contestiez l’obligation de contribution légale pour les retraites, mais je vois que dans votre Gouvernement, vous avez signé un programme qui établit les retraites ouvrières. Donc vous êtes en contradiction avec l’homme que vous étiez il y a 15 ans. »        <br />
              <br />
       Je me sens proche de Clemenceau, sur l’idée qu’aucune organisation ne peut s’arroger le droit de détenir la vérité. Mais en même temps, Jaurès a fait la synthèse de la République et du Socialisme. Si vous lisez l’<span style="font-style:italic">Histoire socialiste de la révolution française</span>, il y a des pages tout à fait admirables. On n’épuise pas facilement la controverse entre ces deux grandes figures.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Etienne Gernelle : Un sujet prégnant aujourd’hui est celui des rixes entre bandes, notamment avec l’affaire du jeune Yuryi. Vous aviez parlé à une époque de « sauvageons ». Est-ce que vous pensez aujourd’hui que vous étiez en dessous de la réalité ? </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je mettais le doigt sur un point essentiel : l’absence d’éducation. Qu’est-ce que le sauvageon ? C’est l’arbre non greffé qui court à même le sol, qui n’a pas de tuteur. Comment des enfants de 10-12 ans peuvent taper avec des barres de fer sur ceux qu’ils définissent comme l’ennemi. C’est un manque d’éducation flagrant. Je pense qu’il y a beaucoup de choses à redresser, notamment par l’éducation et par l’école, et Jean-Michel Blanquer a entrepris ce travail, ou plutôt continué ce travail que j’avais entrepris.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Sonia Chironi : Lorsque Gérald Darmanin parle d’ensauvagement, qu’en pensez-vous ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ce n’est pas la même racine linguistique. L’ensauvagement, c’est le retour à la sauvagerie. Mais ce n’est pas incompatible avec la notion de sauvageon.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Etienne Gernelle : Pensez-vous qu’Emmanuel Macron et la Gouvernement incarnent cette autorité de l’Etat ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Sa tâche est redoutable, car il doit gérer une pandémie comme nous n’en avions pas connu depuis très longtemps. Il le fait en se tenant aussi près que possible de l’intérêt du pays, par exemple le refus d’accepter un nouveau confinement. En réalité, le confinement, c’est le blocage de l’économie.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Sonia Chironi : L’épisode des vaccins, du raté de la stratégie vaccinale française et européenne pose question, notamment de l’autonomie stratégique de l’Europe ? 6 % uniquement des Européens sont aujourd’hui vaccinés…</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il faut vacciner en masse. Nous sommes, il me semble, plus proches de 11 % que de 6 % dans les pays européens. C’est un raté car nous n’avons pas les doses suffisantes. Mais revenons sur le désastre de la stratégie de Sanofi. Je me rappelle de l’ancien PDG de Sanofi, Jean-François Dehecq, qui me disait : « La France n’est que 12 % de notre marché, mais j’ai domicilié 80 % de notre recherche en France ». Aujourd’hui, c’est l’inverse. La recherche se fait à l’étranger. Nous avons laissé notre recherche partir à l’étranger. Or aujourd’hui la pandémie prend de nouvelles formes, notamment avec les variants.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Etienne Gernelle : Est-ce que vous faites le constat d’une perte d’indépendance stratégique de l’Europe ou de la France ces dernières années ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est évident. Mais l’Europe, en déclarant son marché ouvert à tous les vents, sans politique commerciale, sans politique industrielle, sans protection, a offert un marché aux multinationales américaines, japonaises, chinoises, et très peu aux siennes. La part de nos propres sociétés n’a cessé de diminué dans l’économie mondiale. Il faut espérer que Thierry Breton sera en capacité de proposer des pistes de réindustrialisation, car si l’Europe doit survire à cette crise gigantesque, c’est en prenant des mesures audacieuses qui vont contre la philosophie qui a prévalu au moment de la rédaction des traités. Car ceux-ci ont été rédigés au moment où le néolibéralisme était à son acmé. Par conséquent, nous avons une dérégulation totale. Mais nous ne pouvons pas aller vers une dérégulation totale.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Etienne Gernelle : Emmanuel Macron parle de souveraineté européenne, est-ce un terme que vous reprendriez ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Qui dit souverain dit forcément quelqu’un capable d’exercer la souveraineté, donc un peuple, un <span style="font-style:italic">demos</span>. Le tribunal de Karlsruhe a par exemple répondu par la négative, en disant que l’Europe est la juxtaposition d’une trentaine de peuples. L’idée que nous puissions déléguer notre souveraineté implique d’une part de savoir à qui et d’autre part de savoir comment nous pouvons contrôler démocratiquement cet exercice. Je pense que la nation est forcément en dernier ressort l’instance principale qui doit conserver la possibilité de décider en dernier lieu, car le sentiment d’appartenance est plus fort pour la nation que pour l’Europe. Si nous avons des intérêts communs, il faut s’associer pour les défendre. Par exemple sur les vaccins, il faut désigner un coordinateur au niveau européen, comme Michel Barnier pour le Brexit.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.lci.fr/replay-lci/video-le-point-des-idees-du-dimanche-21-mars-2021-2181347.html">Le Point des idées - LCI</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-a-LCI-La-culture-woke-oublie-que-la-democratie-repose-sur-l-acceptation-du-fait-majoritaire_a2166.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien à RCF : "L'islam doit maintenant se mettre à l’heure française"</title>
   <updated>2021-01-26T18:13:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-a-RCF-L-islam-doit-maintenant-se-mettre-a-l-heure-francaise_a2152.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/53402520-40437063.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2021-01-26T17:00:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission « Les racines du présent » sur RCF. Il répondait aux questions de Frédéric Mounier et de Jérôme Chapuis, lundi 25 janvier 2021.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/53402520-40437063.jpg?v=1779518158" alt="Entretien à RCF : "L'islam doit maintenant se mettre à l’heure française"" title="Entretien à RCF : "L'islam doit maintenant se mettre à l’heure française"" />
     </div>
     <div>
      Le passage de Jean-Pierre Chevènement peut être écouté en <a class="link" href="https://rcf.fr/culture/livres/50-ans-d-histoire-politique-francaise-avec-jean-pierre-chevenement">replay</a>.       <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Bienvenue dans cette émission en collaboration avec le journal La Croix. Aujourd’hui nous recevons un acteur majeur de l'actualité politique, économique et culturelle des cinquante dernières années. Jean-Pierre Chevènement, bonjour et merci beaucoup d'être avec nous. Vous publiez chez Robert Laffont vos mémoires intitulées Qui veut risquer sa vie la sauvera, un titre d'origine évangélique sur lequel vous nous en direz plus dans quelques instants. Avec vous, nous allons revisiter certaines des racines de notre présent. Je rappelle que vous avez été, sous François Mitterrand, ministre de la Recherche et de l’Industrie, ministre de l'Education nationale juste après la querelle scolaire de 1984, sur laquelle nous allons revenir dans quelques instants, ministre de la Défense puis ministre de l'Intérieur. Vous avez été candidat à la présidence de la République à trois reprises et je rappelle que vous avez appliqué votre adage célèbre « Un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça va l'ouvrir, ça démissionne » ce que vous avez fait : contre le tournant de la rigueur 1983, contre la guerre du Golfe en 1991 et contre, à vos yeux, les atteintes à l'Etat républicain en Corse en 2000. Votre conduite a toujours été de vous opposer au clash des civilisations. Vous vous êtes également opposé à Maastricht et à certaines dérives de la construction européenne. Avec moi également, pour évoquer toutes ces années et ces évènements historiques, Jérôme Chapuis rédacteur en chef au journal La Croix. Une première question : pourquoi ce titre à vos Mémoires Qui veut rester sa vie la sauvera, dont je rappelle la source évangélique de ce titre qui se trouve au chapitre 16 de l'Evangile selon Saint-Matthieu, verset 25, « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera » ?</b></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement : Probablement du fait d’une imprégnation ancienne. Mais à vrai dire, cette réflexion était toute laïque : j'étais sous-lieutenant dans les Affaires algériennes, ou Sections administratives spécialisées (SAS). Après la dissolution de celle-ci à la suite des accords d’Evian, j’ai choisi une affectation à la préfecture d’Oran, qui manquait de cadres et sollicitait des volontaires. C’était l’époque où l’Algérie française allait céder la place à l’Algérie algérienne, et entendant le général de Gaulle dire qu’il fallait mieux une Algérie avec la France plutôt que contre elle, j’ai décidé d’être là où je pourrais être utile au pays, pour aider l’Algérie à accéder à l’indépendance et faire en sorte que cela se passe le moins mal possible.        <br />
              <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : C’est à ce moment que vous avez risqué votre vie ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, je l’ai risquée plusieurs fois car j’ai vu à plusieurs reprises la mort passer assez près de moi.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : Votre expérience renvoie à la question du salut. Qu'est-ce que signifie &quot;sauver sa vie&quot; pour vous, personnellement ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Vous savez, à l’époque, nous vivions sur la théorie de l'engagement, telle que développée par Jean-Paul Sartre, qui ne le faisait pas par esprit chrétien, mais pour porter l’idée que l’homme devait risquer sa vie pour lui donner un sens. L’idée était qu’un homme était ce qu’il faisait et non pas le “misérable petit tas de secrets” dont parlait Malraux.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Nous évoquions votre imprégnation chrétienne et, dans votre livre, vous insistez sur cette double culture : culture catholique et républicaine. Vous rappelez que vos deux parents étaient instituteurs et croyants, et vous rappelez que le Haut-Doubs était une forteresse catholique face à la Suisse calviniste. Parlez-nous de cette double appartenance qui est la vôtre.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Difficile d’en parler puisque nous allions à la messe le dimanche, et que j’y appréciais, durant l’Occupation, le pain béni, qui portait bien son nom. La famille du côté de mon père, l’aîné de 12 enfants, était très pratiquante, surtout les femmes.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Vous dites que vous pouvez encore réciter aujourd’hui en latin le Crédo et le Confiteor et que votre éducation catholique est allée jusqu’à la communion solennelle.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Bien sûr ! <span style="font-style:italic">Credo in Deum, Patrem omnipotentem, Creatorem cæli et terræ.</span>       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : On dénonce souvent un manque de culture religieuse dans la classe politique actuelle. Est-ce votre sentiment ? Et qu’est-ce que peut apporter aujourd’hui une culture religieuse dans la pratique politique ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ma mère était institutrice, formée à l'École normale des jeunes filles de Besançon et elle tenait beaucoup aux principes de l'école. Je raconte une scène où, ayant jeté mon plumier par la fenêtre, je suis puni, et on donne mon plumier à un petit immigré italien, qui le conservera jusqu'à la Libération. Je serai par conséquent, non pas ostracisé, mais gravement puni. Ma mère allait à la messe le dimanche matin, mais faisait signer les pétitions du Comité d’action laïque l’après-midi, c’était en 1959. Elle partait de l’idée que la religion était un domaine séparé de l’espace laïque, républicain, de la raison, où ce qui compte ce sont les principes de liberté, d'égalité et de fraternité, mais que la religion irriguait tout ça en amont. Ces plans se rejoignent. Chesterton a parlé des “vérités chrétiennes devenues folles” en parlant des principes républicains. Je n'y souscris pas. La grande césure se fait avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 dans laquelle est proclamée la liberté d’opinion, même religieuse. Le moment fondateur de la France moderne, la Déclaration des droits, nous fait passer du droit divin aux droits de l’Homme et du citoyen. Cela débouche sur la Déclaration civile du Clergé en 1790 qui est le début de la guerre de Vendée parce que ça ne va pas de soi de faire passer les prêtres de l’autorité du Pape à une autorité partagée. Napoléon, doté d’un esprit très pratique, va faire en sorte que, sur proposition du Pape, le gouvernement nomme les évêques.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Vous expliquez, Jean-Pierre Chevènement, qu’après votre expérience politique vous vous êtes attaché à cultiver le doute méthodique, qui ne doit pas être confondu avec le doute des sceptiques. Vous confiez également avoir séjourné à la maison des étudiants catholiques rue Madame à Paris. En tant qu’étudiant à Sciences Po vous avez suivi quelques rencontres de la Conférence Olivaint, qui est d’inspiration jésuite. On se souvient aussi qu’au sein du CERES, on trouvait beaucoup de Chrétiens de gauche, notamment issus de Témoignage Chrétien et Vie Nouvelle.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui notamment Pierre-Luc Séguillon, un ami très proche malheureusement disparu, qui était une très belle figure, ou encore Georges Montaron et d’autres. Les Chrétiens ont évolué du MRP vers la Gauche, principalement le PS, car on imaginait mal qu’ils adhèrent au PCF. La majorité a rejoint le courant Rocard, mais après qu’une minorité consistante, motivée et convaincue a rejoint le CERES au milieu des années 1970.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Un épisode a touché nos lecteurs, la querelle scolaire de 1984, vous avez été nommé immédiatement après la démission d’Alain Savary. Je voudrais vous remettre dans l’ambiance sonore de cette époque. Voici un retour sonore. C’était le 4 mars 1984, l’une une manifestation qui réunissait les défenseurs de l’école privée contre la loi Savary. C’était à Versailles. Nous allons entendre successivement le cardinal Lustiger, à l’époque archevêque de Paris, et Pierre Daniel président de l’Union nationale des associations de parents d’élèves, qui s’adressent à la foule. Puis, vous nous ferez part de votre témoignage.</b>       <br />
              <br />
       (Enregistrement)       <br />
              <br />
       <b>On se souvient qu’après des manifestations géantes, le 24 juin 1984, la loi a été retirée par le Président Mitterrand le 12 juillet. Le lendemain, Alain Savary a démissionné. Vous êtes alors nommé ministre de l’Education nationale. Vous expliquez dans votre livre que tout avait été imposé à Savary : la définition initiale du projet, les changements de cap brutaux et le retrait final par le référendum. Expliquez-nous. Qu’est-ce qui s’est passé ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Le grand projet de service public unifié et laïc de l'éducation nationale, qu'on appelait SPULEN, avait été négocié directement entre François Mitterrand et la direction de la Fédération de l’Education nationale (FEN) dirigée par André Henry. Le FEN en gardait gros sur la patate, notamment à la suite de la loi Debré, bien qu’elle ait été rédigée par André Boulloche et Pierre-Olivier Lapie qui étaient socialistes, en 1959.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Le projet était-il tombé du ciel entre François Mitterrand et la FEN ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il s'agissait pour François Mitterrand de s’attacher les voix des enseignants qui sont majoritairement de gauche et de leur donner un gage. La consigne de Mitterrand était : nationaliser sans contraindre, convaincre sans brutalité, et c’était très difficile. Alain Savary a cru pouvoir réussir. Il a donc élaboré un projet qui devenait de plus en plus complexe et prévoyait une certaine liberté pour chaque établissement. Le monde catholique s’est cabré, de même que le monde laïc, car c’était la fin de laïcité et de l’école de la République une et indivisible, enseignant les principes républicains et la laïcité. Par conséquent, le malheureux Alain Savary s’est mis tout le monde à dos. Les députés socialistes ont voté des amendements qui étaient très difficilement acceptables par Monseigneur Lustiger. Vous noterez une différence de ton entre Monseigneur Lustiger et Pierre Daniel, qui est beaucoup plus modéré et tente de ne pas se mettre à dos d’autres courants de pensée.        <br />
              <br />
       Je ne voulais pas revenir au Gouvernement, car j’avais démissionné un an avant pour protester contre une politique qui était selon moi la mort de l’industrie française : celle qui consistait à arrimer le Franc à une monnaie surévaluée, trop forte pour la compétitivité de cette industrie.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Vous vous teniez donc en retrait de ce Gouvernement.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, ma femme m’a dit: &quot;Tu ne peux pas rentrer au Gouvernement.” Je lui ai répondu : &quot;Pas du tout. Le seul ministère serait l’Education nationale.&quot; Cela me faisait en effet mal au cœur de voir à quoi l’Education nationale était réduite. François Mitterrand soulignait que la vogue des écoles privées tenait au fait que des parents d’élèves, même non catholiques, préféraient avoir un recours contre l'École publique. Je voyais bien pour ma part, la nécessité de revaloriser l'École publique, de la remettre au niveau. C’était la seule réponse que l’on pouvait apporter.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : Il existe un attachement quasiment passionnel des Français à l’Ecole publique.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Vous savez, les Français sont un peuple d’histoire. J’ai rappelé tout à l’heure que le moment fédérateur, c’est le moment politique et non religieux, à l’inverse des Etats-Unis. Là-bas, le Président prête serment sur la bible, et on retrouve la devise “In God we Trust” sur les billets de dollars, bien que je ne les utilise pas souvent. A l’inverse, en France, la citoyenneté est le lien politique qui fait de nous des égaux, et nous rend responsables de la définition de l’intérêt général. La discussion relative à l’intérêt général se fait à la lumière de la raison et non pas de la religion. D’où la discrétion, par exemple du général de Gaulle, qui communiait dans une chapelle privée à l’Elysée, et jamais en public, sauf peut-être à Reims lorsqu’il a reçu le Chancelier Adenauer, ce dont je ne suis pas sûr. Cela permet d’éviter les querelles absurdes sur le créationnisme comme aux Etats-Unis, car personne ne cherche à imposer sa révélation à l’autre. Les Etats-Unis, qui ont ce principe fondateur, nous cherchent noise, car chez eux, le communautarisme va de soi. Ce sont deux modèles : d’un côté, notre modèle républicain, laïc et civique, de l’autre, un modèle communautariste qui laisse place à toutes places d’interprétation.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Si on vous lit bien Jean-Pierre Chevènement, en 1984, votre combat n’est pas contre l’Eglise catholique mais plutôt contre la dérive libérale, libertaire et pédagogiste. Vous avez, en quelque sorte, voulu redonner une colonne vertébrale à ce Ministère de l’Education Nationale.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Les mesures simples des pratiques sont intervenues très rapidement : à la fin du mois d’août l’affaire était réglée. J’ai eu peu de contacts mais des contacts très productifs avec le Chanoine Guiberteau qui était le secrétaire général de l’enseignement catholique. Cela se passait bien car c’était un curé breton, mais nous avions quelques correspondances avec le Haut-Doubs. D’autre part, Pierre Daniel était un homme très souple, fin, teinté de bonne éducation bourgeoise marseillaise. Par conséquent ça s’est très bien passé avec lui. J’ai pu consulter différentes personnes dont Michel Debré. Il m’a expliqué ce qu’était l’esprit de la loi Boulloche, c’est à dire ne pas faire en sorte qu’il y ait deux Educations nationales, mais une seule, avec des établissements qui recevraient des subventions mais devraient se conformer à l’esprit et aux programmes de l'École publique, voire au principe de la liberté de conscience, en accueillant des enfants qui n’étaient pas croyants. La tutelle reste celle des Académies et de Rectorat, il fallait l’affirmer. J’avais rencontré Michel Debré quelques années auparavant, lors d’un colloque à la suite de la chute des colonels en Grèce, et nous avions sympathisé. Au fond, il y avait beaucoup de choses en commun : nous partagions la même passion pour la France. Les avis de Michel Debré m’ont été très utiles. Les avis du fondateur du Sgen-CFDT (Guy Raynaud de Lage).        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : J’insiste sur la question de Frédéric Mounier, lorsque vous parlez de la dérive libérale libertaire parée des plumes du pédagogisme, que vouliez dire par là pour la situation de 1984 ? Et pensez-vous que ce combat n’est pas terminé aujourd’hui ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est tout à fait mon avis. En réalité, j’ai été amené à revoir les dispositions du rapport Legrand sur les collèges, j’ai été amené à revoir les dispositions sur la formation des maîtres, etc. Tous les rapports commandés par Alain Savary, je les ai mis sous le boisseau en quelque sorte.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : Est-ce qu’ils contenaient des idées de réforme hasardeuses ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ils allaient vers l’idée d’autonomie des établissements, qui pourraient choisir librement leurs programme et rythme (loisirs accompagnés, tiers temps pédagogique, etc.). Cela s’éloignait de la conception première de l'École publique qui comporte des temps, des programmes, des niveaux d’acquisition.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : En fait vous parlez comme Jean-Michel Blanquer.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je ne sais pas si c’est Jean-Michel Blanquer qui parle comme moi, ou moi qui parlait déjà comme Jean-Michel Blanquer. Mais il est certain que l’accent mis sur les apprentissages de base (lire, écrire, compter), mais aussi l’esprit civique, ayant moi-même réintroduit l’enseignement civique à l’école et au collège (et Claude Allègre le fera pour les lycées), témoignait de la volonté de redresser l'École publique, en même temps lui donner de grands objectifs mobilisateurs. Je ne donnais pas de consignes laxistes en matière de baccalauréat. J’ai également créé le baccalauréat professionnel, qui concerne aujourd’hui ⅓ des bacheliers, et qui permettait de revaloriser l’enseignement professionnel. Lorsque je passe devant chez moi, je vois le lycée du verre, où l’on maintient les métiers du verre (vitraux, etc.) Cette politique s’inscrivait dans la volonté de redresser le pays.         <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : Vous évoquez la personnalité de Geneviève Delachenal, qui était chez Bayard Presse, et les réunions qui avaient lieu autour d’elle pour dénouer la querelle scolaire. </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Effectivement, il y a eu beaucoup de réunions autour des uns et des autres afin de voir ce qui divisait vraiment. Et G. Delachenal, sœur de François Mitterrand, qui travaillait en effet chez Bayard, a joué un rôle pour rapprocher les parlementaires socialistes, le cardinal Lustiger et les hommes d’Eglise, les représentants de l’enseignement privé, etc. Peut-être qu’elle n’a pas cherché à contacter les dirigeants des mouvements laïcs. C’est moi qui ai fait ce travail. Je me suis rendu compte rapidement que cela serait facile, car ils étaient très remontés contre le projet de loi Savary, qui avait démissionné, et avec lui le Gouvernement Mauroy, et la constitution d’un nouveau Gouvernement (Fabius). C’est là que j’ai dit à ma femme que je ne souhaitais pas rejoindre le Gouvernement. Mais Laurent Fabius a consulté les syndicats et Michel Rocard a refusé à l’époque de quitter l’Agriculture pour l’Education nationale. C’est dans ces circonstances que j’ai été nommé.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : En 5 semaines, vous avez ramené la paix scolaire. Je voulais rappeler que, dans votre livre, vous êtes assez sévère avec ceux qui vous ont succédé, disant “Lionel Jospin et Jack Lang emmenèrent dans leurs fourgons les vieilles lunes du pédagogisme, mais du moins, avais-je planter les repères d’un redressement républicain qui fut certes long à venir”. </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Tout à fait. L. Jospin et J. Lack ont travaillé sur la base des rapports commandés par Alain Savary, que j’avais supprimés. On a assisté à la résurgence des courants pédagogistes issus de Mai 68 et dont les prémices s’étaient fait sentir un peu avant 68 : c’est René Billières, ministre de l’Education nationale sous Guy Mollet, qui supprime les devoirs à la maison. Il y a des courants divers au sein du PS, et je me souviens d’une séance de l’Assemblée nationale où l’on m’accuse d’être conservateur. Je réponds alors “Oui je suis conservateur du progrès”, à ce moment, détente et applaudissement.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Nous allons passer à un autre épisode, celui de l’Algérie, que vous qualifiez de “secousse tellurique qui a ouvert la voie à mon engagement politique”. Je rappelle que vous avez fait votre service militaire en Algérie, puis que vous y avez été stagiaire ENA. Vous avez vécu ces moments de transition entre l’Algérie française et l’Algérie algérienne, en 1962. Je voudrais vous faire écouter un extrait sonore qui nous rappelle ce qui s’est passé le 5 juillet 1962 à Oran.</b>        <br />
              <br />
       (Enregistrement)        <br />
              <br />
       <b>Vous étiez à la Préfecture d’Oran en 1962, en charge, de façon informelle, de faciliter la passation des pouvoirs entre les anciennes autorités françaises et les autorités algériennes.</b>         <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je crois que pour bien comprendre ce qu’il s’est passé, il faut voir qu’il y a deux guerres civiles juxtaposées. D’un côté, l’OAS, qui conteste le pouvoir du général de Gaulle et qui pourrait entraîner une partie de l’armée, mais qui n’y parvient pas, notamment car les officiers étaient loyalistes auprès du général de Gaulle. J’ai vu des officiers français tués par l’OAS : le général Ginestet, etc. C’était également une guerre civile du côté algérien, car au sein du FLN la discorde s’était installée : Ben Bella, libéré par la France, a créé un groupe qui s’est autonomisé vis-à-vis de Benkhedda, qui était le chef du gouvernement provisoire de la République algérienne. Ben Bella s’est installé au Maroc, où était l’armée de Boumédiène. J’ai donc assisté le 5 juillet à l’arrivée de l’armée algérienne qui s’est d’abord établie à Tlemcen. Pour moi, le 5 juillet est plus le fait de la vacance du pouvoir, l’ordre n’est maintenu que par des auxiliaires temporaires occasionnels (ATO), qui ne sont pas une police, mais des milices non formées qui ne maintiennent par l’ordre. Pour ma part, sortant du port d’Oran, où j'ai fait embarquer une tapisserie de Lurçat sur ordre du préfet, je me retrouve au milieu d’une bande d’ATO qui me collent contre un mur, pistolet sur l’estomac, culasse en arrière. Je connais bien le fonctionnement du Mat 49 : c’est très dangereux parce que la moindre secousse peut faire partir la rafale. Heureusement, un cri se produit de l’autre côté de la rue, et l’ATO a retourné son arme dans une autre direction.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Vous avez échappé à la mort ce jour-là.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je ne sais pas si je devais échapper à la mort. Je n’en ai jamais eu peur. L’ordre français est tardif, car les Algériens ont accédé à l’indépendance. C’est donc à 16h seulement que le général Katz fait sortir les gardes mobiles et les forces armées, mais entre-temps il y a eu des morts. Nous n’avons pas compté, j’ai fait le relevé des gens qui déclaraient des disparus parmi leurs proches, il y a en avait près de 800, mais ce n’est pas un décompte exact car certains ont pu s’échapper vers l’Espagne. Il y a eu des disparus, leurs corps n’ont pas été retrouvés. Vous avez évoqué l’hypothèse de la Sebkha d’Oran, du petit lac, j’ai moi-même fait, avec le consul général qui arrivait de Yokohama, un voyage à Tlemcen, où j’ai demandé à Ben Bella et Boumédiène de libérer ceux qui étaient encore en vie, et effectivement nous avons pu libérer une vingtaine de pieds noirs qui avaient été sérieusement molestés.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : Ces événements ont été selon vous “la secousse tellurique qui a ouvert la voie” à votre engagement politique. C’est-à-dire ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Tout d’abord, l’indépendance de l’Algérie me paraissait s’inscrire dans le cours des choses. Je rappelle que l’Inde était indépendante depuis 1946. Ce qui m’a frappé, c’est la ténacité de cette rébellion infime au départ, composée, en novembre 1954, de quelques hommes résolus. Et naturellement, j’ai vu basculer une société. Je me suis alors rendu compte que rien n’était jamais écrit dans la vie.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : D’où la nécessité de la politique, pour vous ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : La nécessité de la politique, je la ressentais depuis longtemps. C’était pour moi une chose tout à fait noble qui consistait à relever la France et la sortir du bourbier dans lequel elle s’enfonçait. J’étais sympathisant de Pierre Mendès France, en pensant qu’il pouvait sortir la France du guêpier des guerres coloniales. Ce fut finalement de Gaulle qui le fit, et j’ai donc rejoint de Gaulle, considérant qu’il pouvait nous éviter une guerre civile.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : Évoquant les mémoires algériennes, vous écrivez qu’il s’agit de mémoires “cadenassées” et vous évoquez l’incapacité d’un récit commun. On ne peut toujours pas se parler entre Français et Algériens aujourd’hui ? </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il y a des lobbies de mémoire aujourd'hui. La façon dont est enseignée cette période en Algérie n’est pas faite pour rapprocher les esprits et les cœurs. Du côté français, on hésite toujours à expliquer que la première erreur est celle du général Bourmont qui a ordonné à l’un de ses soldats de poser le pied sur la plage de Sidi Ferruch à Alger. Car nous avions à faire à un peuple musulman, que nous ne pouvions pas convertir : c’était déjà l’idée des Lumières. De plus, l’idée d’assimiler l’Algérie à la France était assez courte. La seule bonne idée était celle de Napoléon III, qui envisageait de créer un royaume arabe. Cette Algérie ne pouvait pas accepter les perspectives que nous lui offrions. Je rappelle que l’intégration complète a été proclamée par le général de Gaulle seulement en 1958 : un homme égale une voix, avant c’était le double collège. Enfin, le déséquilibre démographique était trop important, l’indépendance était nécessaire. Il aurait néanmoins fallu la préparer, comme le Front Populaire a tenté de le faire avec le projet Blum-Viollette en 1936, qui n’est pas allé très loin. Puis, le projet de 1947 de double collège n’a pas véritablement été efficace. Les pieds-noirs, il faut le dire, ne se concevaient pas autrement que comme des “super-Français”, ils n’ont pas facilité les choses en soutenant l’OAS. Cette dernière a rendu les choses très complexes, elle a sévi jusqu’à la mi-juin 1962, j’ai vu l’incident du port d’Oran et des choses apocalyptiques. C’était très difficile de revenir en arrière.        <br />
              <br />
       Aujourd’hui, il faut porter le regard plus loin : 132 ans, pour un peuple, ce n’est pas la mer à boire. La France a été colonisée par les Romains pendant quatre siècles.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Vous avez le sens de l'histoire, Jean-Pierre Chevènement.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Mais quand je vais en Algérie, je rappelle souvent que la France a un nom germanique, une langue qui vient d’Italie et une religion majoritaire qui vient de Palestine.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Et vous-même, vous venez de Franche-Comté ! Cette expérience en Algérie a été à la source de votre engagement en politique, mais également le début d’une prise de conscience des défis et enjeux relatifs au monde musulman. Je souhaiterais vous faire écouter un nouvel extrait sonore qui relate votre expérience très douloureuse en tant que ministre de la Défense, nous sommes en janvier 1991, l’armée française a été engagée contre votre gré.</b>       <br />
              <br />
       (Enregistrement)        <br />
              <br />
       <b>Pouvez-vous nous dire ce qu’il s’était vraiment passé entre vous et François Mitterrand en 1991 ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ce qui est intéressant, c’est ce qu’il s’est passé entre François Mitterrand et Georges Bush père, président des Etats-Unis dans la nuit du 2 au 3 août 1990, c’est-à-dire 6 mois avant l’éclatement de la guerre. Le Président Bush lui demande si la France sera aux côtés ou non des Etats-Unis dans la guerre. Il n’envisage donc pas de solution diplomatique, alors que le Roi de Jordanie propose que, dans le cadre de la Ligue Arabe, on trouve une solution, puisque le Koweït est le seul pays arabe à ne pas vouloir faire remise de ses dettes à l’Irak. Comment cela s’est-il fait ? Je l’ignore. Mais la question posée au téléphone, et cela fait l’objet d’une brochure de l’Institut François Mitterrand consacrée à Roland Dumas, ce dernier raconte la scène : François Mitterrand demande le temps de réfléchir, demande l’avis de Roland Dumas et à midi, l’affaire est pliée, la France participera à la guerre. Je l’ai ignoré jusqu’à la fin, bien que je m’en sois un peu douter, j’ai pensé que mon rôle était d'œuvrer à une solution diplomatique et je pense que celle-ci aurait été possible. Primakov (conseiller de Gorbatchev pour ces questions) est allé voir Saddam Hussein en octobre 1990 et lui a demandé si les troupes Irakiennes pouvaient se retirer du Koweït. La réponse était oui, à deux conditions : d’abord qu’elles soient remplacées par des troupes arabes, et qu’une solution soit trouvée sur le problème Palestinien. Les Américains ne pouvaient pas l’envisager. Gorbatchev a rapporté cette conversation à François Mitterrand. Mais ceux-ci n’ont pas jugé utile de transmettre cela à Georges Bush, avec cette phrase : “Les Américains n’ont pas fait venir 500 000 hommes, groupés autour de l’Irak, pour qu’ils aillent jouer aux billes dans le sable.” A la fin du mois d’octobre, quand Madame Thatcher parle de “briser l’échine de l’Irak”, ce n’est pas la peine d’intervenir auprès des Etats-Unis.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : L’extrait que l’on vient d’entendre est déconcertant lorsqu’il fait référence à “l’admiration” que vous pouviez porter à la pensée de Saddam Hussein, de quoi s’agit-il, de la laïcité dans ce monde arabo-musulman ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Exactement. Il faut voir qu’en 1979, la venue de l'Ayatollah Khomeini en Iran créé le premier régime théocratique. Même l’Arabie Saoudite n’est pas un régime théocratique, car il existe une séparation entre le pouvoir religieux et la dynastie des Saouds. Par contre, l’Iran va se doter d’un régime théocratique et éliminer tous les adversaires. Une guerre inévitable va éclater en 1980 entre un régime laïque et dictatorial et un régime théocratique : ça ne pouvait pas marcher, il y avait eu un attentat contre Tariq Aziz, le ministre des affaires étrangères irakien. La guerre a suivi cet événement de quelques jours.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : C’est donc ce que l’on entend dans l’extrait : votre soutien, votre intérêt, pour le tenant du parti Baas, laïque en Irak, face à l’Iran. </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cela va plus loin, car il existait un groupe d’amitié franco-irakienne auquel participait tous les partis (PCF, PS, UDF et RPR) et dont le président a été Jacques Berque, l’un de mes amis. Je n’ai jamais soutenu l’Irak militairement. J’étais ministre de l’Education nationale en 1984 et j’ai appris avec étonnement que l’on prêtait des avions à l’Irak (et non pas les pilotes) pour bombarder des cibles iraniennes.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : Diriez-vous aujourd’hui que cette invasion de l’Irak par les troupes occidentales a nourri la déstabilisation de l’Irak qui a par la suite nourri l’islamisme ? Est-ce l’une des racines de l’islamisme aujourd’hui ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est une certitude. Ce n’est pas la seule cause, car il y a des raisons endogènes à l’Islam. Je rappelle que l’Ayatollah Khomeini est venu au pouvoir porté, en Iran, par de nombreux soutiens qui lui permirent de faire face aux partis de gauche.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : Est-ce que 1991 constitue un moment de bascule dans l’Histoire ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui, et je l’ai dit à M. Dick Cheney, mon homologue américain, qui m’avait demandé mon avis, en m’appelant par mon prénom, comme savent le faire les Américains. Je lui ai dit que les Etats-Unis allaient établir l’Iran comme puissance dominante de la région en brisant l’Irak, pays multiconfessionnel avec plus de la moitié de Chiites et presque une autre moitié de Kurdes ou arabes. D’autre part, les Etats-Unis allaient fouetter l’intégrisme du côté sunnite, qui existait uniquement du côté chiite, avec Oussama Ben Laden, les moudjahidines afghans. J’étais à l’époque l’un des rares ministres très au fait de ces questions, car à l’époque personne n’avait vu venir l’islamisme. De même dans le cas de l’affaire du foulard de Creil, j’ai rapidement vu l’émergence de cette question. J’ai donc dit à Dick Cheney que les Etats-Unis allaient créer un problème immense avec ce qu’on appellera par la suite Al-Qaïda, qui fut l’une des sources. Lorsqu’on brise l’Irak, qu’on détruit son État, son armée et sa police, on l’ouvre aux milices iraniennes et on en fait un pays qui est aujourd’hui dans l’ombre de l’Iran.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Jérôme Chapuis : Ce qui frappe, lorsqu’on vous lit, c’est qu’il y a un continuum entre les événements internationaux (guerres de 1991 et de 2003), et les événements dans la société française, les problématiques liées à l’Islam. Vous venez d'ailleurs d’évoquer l’affaire du foulard de Creil...</b>       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Je rappelle que vous avez été ministre de l’Intérieur et que vous avez traité de ces problématiques internes d’organisation du culte musulman.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il y a une continuité historique entre l’Algérie, déstabilisée par les événements d’Afghanistan et le retour à Alger des moujahidines, qui a ouvert la voie à la décennie noire. J’ai ainsi vu progressivement le voile s’étendre, par exemple en Egypte, d’où ma femme est originaire. J’ai vu le moment où une certaine laïcité s’est estompée.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Quel est votre point de vue sur l’intégration de l'Islam en France ? On voit des efforts désespérés, depuis vous-même, de vos successeurs au ministère de l’Intérieur aujourd’hui encore. Quel regard portez-vous sur ces événements ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ces efforts ne sont pas désespérés. On comprend bien qu’il s’agit d’une mutation de l’Islam en France, qui, au lieu de dépendre des pays d’origine, doit maintenant se mettre à l’heure française. C’est l’objet de la loi qui est portée devant le Parlement. Mais cela devrait également être le combat des musulmans eux-mêmes, qui doivent mettre leur foi en accord avec les principes de la République. Cela n’a pas l’air simple car ils sont extrêmement divisés en raison des pays d’origine qui veulent conserver des leviers : la Turquie sur la communauté Turque, les Algériens qui considèrent qu’ils sont les héritiers naturels de la France et que c’est à la mosquée de Paris que revient le contrôle, les Marocains considèrent que tout Marocain relève d’abord du commandement du Roi du Maroc et que l’on ne peut pas perdre sa citoyenneté marocaine, même en devenant Français. Par conséquent, il y a là des conflits d’objectifs qui, selon moi, ne peuvent se trancher par la loi. Nous faisons confiance au CFCM, mais c’est une agrégation d’associations de mosquées dépendant chacune d’un pays particulier, et cela rend la tâche extrêmement difficile.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Frédéric Mounier : Nous arrivons au terme de cette discussion. Je renvoie nos auditeurs à vos mémoires. Un grand merci pour cette relecture de l’Histoire en votre compagnie. </b>       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://rcf.fr/culture/livres/50-ans-d-histoire-politique-francaise-avec-jean-pierre-chevenement">Les racines du présent - RCF</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-a-RCF-L-islam-doit-maintenant-se-mettre-a-l-heure-francaise_a2152.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien au Figaro Live : "Il faut compléter la loi de 1905"</title>
   <updated>2021-01-12T10:42:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-au-Figaro-Live-Il-faut-completer-la-loi-de-1905_a2148.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/52969198-40225553.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2021-01-11T18:10:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission « Le Talk » sur Le Figaro Live. Il répondait aux questions d'Yves Thréard, lundi 11 janvier 2021.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/52969198-40225553.jpg?v=1781475453" alt="Entretien au Figaro Live : "Il faut compléter la loi de 1905"" title="Entretien au Figaro Live : "Il faut compléter la loi de 1905"" />
     </div>
     <div>
      Le passage de Jean-Pierre Chevènement peut être écouté en <a class="link" href="https://www.facebook.com/watch/live/?v=217281699935261&amp;ref=watch_permalink">replay</a>       <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Nous recevons Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de l’Industrie, de l’Education nationale, de la Défense ou encore de l’Intérieur. Nous parlerons de deux sujets : la laïcité à l’école et la gestion de la pandémie par le Gouvernement. Je rappelle que vous avez récemment publié vos mémoires Qui veut risquer sa vie la sauvera, aux éditions Robert Laffont. Il y a trois mois, Samuel Paty, enseignant dans un collège de banlieue parisienne, était décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression. Un récent sondage de l’Ifop pour la fondation Jean Jaurès montre qu’un enseignant sur deux s’autocensure dans les enceintes éducatives lorsqu’il enseigne. Est-ce que cela vous étonne ?</b></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement : Il faut revenir à la signification du mot « autocensure ». D’une part, il y a les programmes, qui doivent être enseignés. D’autre part, il y a l’esprit avec lequel ils sont enseignés, qui doit exclure la provocation et qui tient compte de la conscience des élèves dans la droite ligne de la &quot;lettre de Jules Ferry aux instituteurs&quot; (1883). Notre époque diffère cependant en ceci que l’Islam est aujourd’hui une religion implantée en France métropolitaine et peut se révéler susceptible. Il faut enseigner la liberté d’expression en montrant comment il a pu y être contrevenu, notamment avec les attentats de Charlie Hebdo, c’est ce qu’a fait Samuel Paty et l’on ne saurait l’en blâmer.        <br />
              <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Vous qui avez été ministre de l’Education nationale, estimez-vous que cette institution soutient suffisamment les enseignants ? </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est un travail extrêmement délicat. Jean-Michel Blanquer a nommé des référents valeurs républicaines qui soutiennent les enseignants d’une manière générale et les conseillent. Je ne critique pas la politique du ministre, je considère qu’il fait le maximum.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Un projet de loi confortant le respect des principes de la République a été présenté par le Gouvernement en Conseil des ministres en décembre 2020. Est-ce que cela vous étonne qu’il n’y soit pas fait mention du mot « Islam » ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il faut distinguer l’islamisme radical, qui est notre adversaire et qui doit être éradiqué, de l’Islam, qui est la religion d’1,8 milliard de personnes dans le monde qui la pratiquent de manière tranquille, et, en France, de manière républicaine, c’est-à-dire en se conformant aux règles de la République.        <br />
              <br />
       La laïcité n’est pas opposée aux religions, elle permet leur libre expression dans l’espace républicain, où les citoyens, à l’aide de leur raison, s’attachent ensemble à définir les sujets d’intérêt commun, dits d’intérêt général. Si l'on accepte ce principe de séparation, entre l’espace de transcendance et l’espace républicain, tout le monde s’en trouvera bien.       <br />
              <br />
       L’islam fait face à une crise à l’échelle mondiale, dont le président de la République a parlé. Des variantes islamistes se sont développées, notamment les Frères Musulmans en 1928 au lendemain de la chute du Califat ou encore le wahhabisme qui est le produit d’une alliance entre des imams religieux et la dynastie des Séouds. Les chocs pétroliers ont donné aux Wahhabites d’immenses pouvoirs financiers, leur permettant d’alimenter le monde de mosquées et d’imams formés à leur école. Il y a incontestablement quelque chose à revoir, et c’est un problème qui intéresse plus notre politique étrangère que notre politique intérieure.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Ce projet de loi veut justement couper ces financements étrangers.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Le projet de loi veut rendre ces financements publics. Je crois que l’Arabie saoudite est entrain de prendre un virage ; je le souhaite. Mais il faudra le constater sur le terrain. La grande difficulté que va rencontrer ce texte, c’est qu’il ne traite pas de la formation des imams : leurs choix, leur habilitation et le cas échéant leur révocation. Si nous n’obtenons pas du Conseil français du culte musulman (CFCM) qu’il mette sur pied un conseil national des imams qui se dote de ce pouvoir, nous aurons fait chou blanc. Le grand danger de cette discussion, c’est qu’elle n’aborde pas ce sujet de fond en raison de la laïcité, c’est-à-dire la loi de 1905, qui nous interdit d’intervenir dans le champ de la religion. Mais il ne faut pas que la laïcité soit comme la morale de Kant dont on dit qu’elle a les mains pures mais qu’elle n’a pas de mains.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Vous avez été président de la Fondation de l’Islam de France (FIF). C’est parfois difficile d’accorder toutes les associations, notamment lorsqu’elles ont des influences étrangères.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il faut bien distinguer la Fondation de l’Islam de France, qui est une fondation laïque à vocation culturelle, des associations cultuelles et du CFCM, qui n’est d’ailleurs pas une association cultuelle mais plutôt un rassemblement de mosquées d’obédiences diverses qui tend à regrouper sur le territoire français des divisions qui tiennent aux pays d’origine. Il faut que le CFCM se réforme.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Est-ce que le CFCM est entre les mains d’organisations radicales ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je ne dirais pas ça. Mais un système tournant a été organisé, faisant que le président est alternativement un Algérien, Dalil Boubakeur (2003-2008 puis de 2013-2015), un Marocain, Mohammed Moussaoui (2008-2013, 2020-) agrégé de mathématiques et professeur de l’enseignement supérieur, et enfin un Turc, Ahmet Ogras (2017-2019). Or cela n’est pas compatible avec la représentation des musulmans en tant que religion. Il faut que des imams désignent directement un président du Conseil des imams, qui prévoit les conditions dans lesquelles les imams peuvent être désignés, habilités et, le cas échéant, révoqués.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Mais est-ce possible ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je crois que cela est possible avec de la bonne volonté, que nous n’avons pas depuis une vingtaine d’années. Je pense que nous n’éviterons pas l’usage de la loi. Elle sera nécessaire pour organiser l’Islam. Il faudra convaincre les laïcs purs : pour que la loi de 1905 soit appliquée, il faut qu’un certain nombre d’associations cultuelles soient rendues obligatoires afin qu’un contrôle puisse s’exercer sur ces sujets clés, notamment la formation des imams. Dans un pays qui a connu des attaques terroristes faisant plus de 300 morts depuis 2015, nous ne pouvons pas faire comme si cela n’existait pas. L’Etat est fondé à intervenir en tant que responsable de la sécurité publique, de la cohésion sociale et de la santé publique.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Faut-il changer la loi de 1905 ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il faut la compléter pour tenir compte du fait que l’Islam n’était pas présent sur le territoire métropolitain. En dépit de la présence de l’Islam en Algérie, les pouvoirs publics ont, à l’époque, considéré que cette loi ne s’appliquait pas aux musulmans, la France pouvait ainsi salarier les kadis et les imams.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : L’actualité m’incite à changer de sujet. La gestion de la pandémie se fait à tâtons partout dans le monde. En France, le reproche est celui d’un excès de bureaucratie, est-ce votre opinion ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L’administration, depuis qu’elle ne distribue plus de crédits, à tendance à produire des normes, au risque d’excès occasionnels. Toutefois, cela est parfois nécessaire, comme dans le cas de l’homologation des vaccins. On ne peut pas demander à l’administration, dans ce cas précis, de ne rien faire. Il est certain qu’un retard a été pris au départ. Toutefois, c’est une affaire qui se juge sur une année. Il est essentiel qu’à la fin de l’année, l’ensemble des Français qui le souhaitent, et j’espère qu’ils seront nombreux, soient vaccinés.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Vous ferez-vous vacciner ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je le ferai pour l’exemple, bien qu’ayant eu la Covid-19 de manière asymptomatique je sois en principe vacciné ; mais je serai donc deux fois vacciné !       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Est-ce que le pouvoir exécutif a appréhendé correctement cette pandémie ? </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L’exécutif a commis des erreurs au même titre que les pays voisins. Si l’on regarde le nombre de morts, on constate que la France se situe à un rang tout à fait honorable. Nous sommes derrières les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Espagne, et même l’Allemagne, qui se caractérise depuis le début de l’année par sa bonne gestion, a aujourd’hui plus de cas diagnostiqués que la France.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : La leçon de cette crise est-elle que nos services publics, parfois tant décriés (santé, éducation, sécurité, etc.), sont essentiels ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Vous avez tout à fait raison. Toutefois, les services publics ont été réformés mais pas toujours dans le bon sens. Par exemple, avec les Agences régionales de santé (ARS), nous avons voulu faire des économies. Etait-ce vraiment l’axe majeur ? Est-ce que la prévention des pandémies, par exemple, a suffisamment occupé les décideurs ? Il en va de même pour l’Education nationale. Les questions de cohésion sociale, qui se traduisent dans les classes ou dans les incidents qui peuvent exister entre élèves et professeurs, nécessitent un traitement sérieux et solide. Il faut réformer la formation des professeurs, c’est un axe majeur.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Certains, dans la classe politique notamment, disent que la France pèche par excès de Jacobinisme et de centralisme, qu’il faut faire davantage confiance aux élus locaux, est-ce votre regard également ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Foutaise ! Le Jacobinisme a bon dos, les gens ne savent même plus ce que c’est ! Nous avons besoin d’une administration qui sache agir et être efficace. Cela n’exclut pas la décentralisation, mais il n’y a pas de solution bonne par elle-même. Regardez les pays décentralisés, comme les Etats-Unis, ils pâtissent fortement de cette crise. N’en faisons pas une affaire de doctrine politique.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Vous avez récemment dit que vous ne voyez personne battre Macron en 2022, est-ce toujours votre opinion ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Effectivement, je demande à ceux qui voient un candidat capable de battre Emmanuel Macron de le désigner. Pour le moment je ne le vois pas. Je ne dis pas qu’il ne peut pas exister, il peut très bien se produire qu’un troisième homme arrivé de nulle part surgisse sur le devant de la scène. L’exemple a été donné par Emmanuel Macron lui-même. Mais aujourd’hui, Emmanuel Macron est un homme dont on peut reconnaître l’intelligence et l’audace, bien qu’il ne soit peut-être pas compris par une partie des Français. C’est cette absence de pédagogie à laquelle il doit remédier. Par exemple, lorsqu’il dit qu’il faut reconquérir notre indépendance industrielle et technologique, il faudrait dire comment, car aujourd’hui la loi reste l’approvisionnement dans les pays à bas coûts. Si l’on regarde les textes européens, ils sont imprégnés d’une philosophie de la concurrence pure, parfaite et non faussée. Il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut mettre des réalités derrière les paroles : il faut des actes, des orientations. En d’autres termes, il faut quelque chose de convaincant : c’est ce que demande le peuple.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Emmanuel Macron a récemment dit qu’il était gaullo-mitterrandien. Est-ce possible ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est une expression forgée par Hubert Védrine, qui a surtout pour but de s’opposer à la tendance illustrée par M. Kouchner à la tête du ministère des Affaires Etrangères sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy et poursuivie par Jean-Yves Le Drian. Cette tendance allait plutôt vers l’ingérence et, au nom d’un occidentalisme mal pensé, voulait imposer la démocratie. Or il convient de parler de cette époque au passé, car les Américains ont décidé de mettre fin aux guerres en chaînes et débuté un vaste processus de retrait, d’Afghanistan, d’Irak de Syrie, etc.        <br />
              <br />
       Par conséquent, je crois que c’est une expression un peu à contre-emploi, qui date d’une période ancienne. Elle a un sens si on veut s’opposer à un occidentalisme frénétique qui nous alignerait systématiquement sur les Etats-Unis. La bonne ligne, c’est l’indépendance, qui veut que nous défendions nos intérêts en refusant de s’aligner systématiquement sur le grand frère.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Faut-il retirer nos troupes du Sahel ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Nous ne pouvons pas nous retirer comme cela. Il faut prévoir le maintien d’une force, même modeste, et aider les pays du Sahel à se gérer eux-mêmes, à régler en interne leurs propres affaires et à se constituer des armées et devenir des Etats dignes de ce nom. Je dis cela depuis très longtemps.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Nous allons continuer avec Alban Barthélemy et les questions des internautes. </b>       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Alban Barthélemy : M. Chevènement, vous êtes représentant spécial de la France pour la Russie. C’est Emmanuel Macron qui vous a confié cette responsabilité. Sylvie2 se demande : &quot;Pourquoi faudrait-il traiter la Russie différemment d’autres régimes autoritaires comme la Chine par exemple ?&quot; </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : La Russie est un grand pays européen et a été l’allié de la France durant les deux guerres mondiales. Nous entretenons des coopérations lancées par le Général de Gaulle, qui continuent de fructifier dans des secteurs de pointe. Je pense à l’aéronautique, au spatial ou encore à l’atome. Par conséquent, il faut prendre la Russie pour ce qu’elle est : un grand pays, et non pas l’hyperpuissance qu’elle a été. Il ne faut ni tout craindre ni tout attendre de la Russie : ce sont les deux erreurs à éviter. La Russie fait partie de la famille des peuples européens mais nous l’avons repoussée vers la Chine par des sanctions mal pensées. Un jour, la Russie pensera à revenir vers l’Europe. C’est ce qu’Emmanuel Macron avait en tête lorsqu’il a invité Vladimir Poutine à Brégançon.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Alban Barthélemy : Steeve sur le Figaro.fr vous demande comment relancer l’industrie en France.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il faudrait d’abord un ministère de l’Industrie digne de ce nom, ce n’est plus le cas aujourd’hui, avec des équipes d’ingénieurs compétents qui connaissent les dossiers. Ensuite il faudrait se doter d’un faisceau de moyens : crédits d’Etat, mesures fiscales, dispositions normatives, orientations de la politique industrielle européenne, avec le remarquable Commissaire au Marché intérieur Thierry Breton. Il y a là un faisceau de moyens permettant d’orienter notre politique vers les secteurs que nous souhaitons développer, comme la robotique ou encore la recherche médicale, ou pharmaceutique, que vous avons laissée se délocaliser. Etait-ce bien sage d’accepter que la moitié de notre industrie soit envoyée de l’autre côté de la terre ? C’était la loi de la maximisation du profit pour l’actionnaire, mais était-ce bien intelligent ? Nous sommes dans une situation où la quasi totalité des produits fondamentaux en pharmacie viennent de Chine ou d’Inde. Pour l’agriculture, la France a longtemps été excédentaire, mais aujourd’hui, s’il n’y avait pas les boissons, nous serions en déficit. Je pourrais multiplier les exemples, car nous avons laisser partir des fleurons magnifiques de notre industrie : avant Alstom, Pechiney, Arcelor devenu Arcelor-Mittal, Rhône-Poulenc, Technip, Lafarge, etc. Tous les noms ne me viennent pas à l’esprit, ils me reviennent comme ça, le nombre de pépites que nous avons laissées disparaître est considérable : cela fait mal ! Par exemple Technip, qui est une création de l’Institut Français du Pétrole (IFP), soit une institution publique qui s’est faite sur fonds publics, et qui est l’un des majors de la recherche pétrolière, mais que nous avons vendue pour une bouchée de pain aux Américains.        <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Alban Barthélemy : Nous avons une question de comparaison internationale d’un internaute, qui dit que la France ne gère pas mieux la crise de la Covid-19 que les Etats-Unis et vous demande ce que vous pensez de la situation outre-Atlantique. </b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je pense que la France fait mieux que les Etats-Unis pour l’instant, et j’espère qu’avec le vaccin, qui est la réponse scientifique à cette crise, nous pourrons mieux maîtriser cette crise. En ce qui concerne la situation aux Etats-Unis, j’évite le plus possible de m’ingérer dans les affaires des pays étrangers. Ce sont leurs affaires, c’est une situation complexe sur laquelle il y aurait beaucoup à dire. Je pense néanmoins qu’il faut respecter les règles de la démocratie, M. Trump a été battu, c’est l’avis des Cours et de la Cour Suprême, il faut en tirer les conséquences.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Yves Thréard : Merci Monsieur Chevènement d’avoir répondu à nos questions pour Le Figaro dans Le Talk. </b>       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.facebook.com/watch/live/?v=217281699935261&amp;ref=watch_permalink">Le Talk - Le Figaro Live</a>       
       </li></ul>
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     <br style="clear:both;"/>
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   <title>Alexandre Devecchio: «Jean-Pierre Chevènement, un roman français»</title>
   <updated>2020-11-23T11:26:00+01:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2020-11-23T11:18:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
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Une recension des mémoires de Jean-Pierre Chevènement par le journaliste Alexandre Devecchio, parue dans Le Figaro du 20 novembre 2020     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/51720748-39631878.jpg?v=1606127718" alt="Alexandre Devecchio: «Jean-Pierre Chevènement, un roman français»" title="Alexandre Devecchio: «Jean-Pierre Chevènement, un roman français»" />
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      Les mémoires de Jean-Pierre Chevènement ont manqué d’être emportées par la deuxième vague du Covid et celle de l’islamisme. Cela aurait été injuste. Car Qui veut risquer sa vie la sauvera éclaire mieux qu’aucun article d’actualité les crises que nous traversons. Le titre lui-même fait écho aux tragédies du présent. Il est emprunté à une parole de saint Matthieu que Chevènement avait à l’esprit lorsqu’il était officier en Algérie. «Qui veut sauver sa vie la perdra. Qui veut risquer sa vie la sauvera», cette formule résume sa philosophie de vie personnelle, mais aussi politique. Une philosophie de combat. Dans cette autobiographie d’une densité exceptionnelle, Chevènement n’omet aucun événement marquant de son aventure politique. Du Ceres et du pari de l’Union de la gauche au tournant libéral de 1983 qui marque sa première rupture avec le Parti socialiste ; de son opposition au traité de Maastricht à sa candidature à l’élection présidentielle de 2002 ambitionnant de rassembler les républicains des deux rives.
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      Mais la première partie consacrée à son enfance et sa jeunesse reste sans doute la plus puissante. Chevènement, et c’est probablement ce qui le distingue des hommes politiques contemporains, a été façonné par la guerre, la vraie. Il naît le 9 mars 1939 à Belfort, six mois avant le début du second conflit mondial. Son père est fait prisonnier en 1940 et envoyé en Allemagne. Ses premiers souvenirs sont ceux de l’Occupation. Marqué par la défaite, Chevènement consacre sa vie à aider la France à se relever d’un désastre sans précédent dont la profondeur explique encore une partie des désordres actuels.       <br />
              <br />
       À rebours du discours dominant qui condamne la passivité des Français de 1940 à 1944, «comme s’ils avaient choisi d’eux-mêmes de se mettre en dehors de l’Histoire et comme s’il était si facile de résister», Chevènement souligne la «résistance instinctive» et l’hostilité aux «Boches» de la majorité d’entre eux, rappelant que le gouvernement de Vichy n’est pas venu au pouvoir par les urnes mais par un armistice démobilisateur. «Mille souvenirs de ma petite enfance s’insurgent contre cette réécriture contemporaine et me font mieux voir le fossé qui, déjà à cette époque-là, séparait le peuple et les élites». Cette vision dévoyée de notre histoire nourrit, selon lui, l’esprit de repentance et de renoncement des dirigeants d’aujourd’hui.       <br />
              <br />
       Chevènement décrit également la France de cette époque comme indissociablement laïque et catholique. Sa mère, institutrice apôtre de l’école publique était pourtant assidue à la messe le matin sans que cela ne contredise en rien le combat laïc qu’elle poursuivait l’après-midi. Chevènement lui-même fréquenta le catéchisme, ce qui, selon lui, contribua à affiner sa sensibilité. Ceux qui voient dans le chevènementisme un laïcisme hors-sol commettent donc un contresens. La laïcité, qu’il a, par ailleurs, toujours défendue, s’inscrit, pour lui, dans un héritage culturel chrétien qui la dépasse: elle constitue le prolongement, sous le drapeau de la liberté et de l’émancipation, de «la foi des anciens jours». Et c’est probablement seulement compris ainsi qu’elle peut constituer un antidote à l’islamisme.       <br />
              <br />
       L’autre expérience fondatrice a été la guerre d’Algérie. Chevènement se porte volontaire pour rejoindre la fournaise d’Oran, convaincu comme le général de Gaulle que «si l’Algérie doit devenir indépendante, il vaut mieux que ce soit avec la France que contre elle». À 22 ans, il observe la mort de près, ainsi que le cauchemar de la guerre civile, aussi bien entre Français qu’entre Algériens. Un souvenir qui le hante encore et lui fait redouter un épisode similaire dans la société française contemporaine. Pour autant, il refuse les raccourcis historiques. La guerre d’Algérie était, selon lui, un mouvement de libération nationale et non le premier épisode du «djihad global» ; la vague islamiste qui a submergé le pays dans les années 1990 procède d’une autre histoire dont les racines sont au Moyen-Orient, explique-t-il.       <br />
              <br />
       Son expérience vécue entre 1961 et 1963 lui a donné une grille de lecture pour comprendre les enjeux de la période qui a suivi, de l’échec du nationalisme arabe à la montée en puissance de l’islamisme. C’est pour ne pas alimenter cette expansion de l’islam radical qu’il s’opposera à la première guerre du Golfe en 1991 allant jusqu’à démissionner de son poste de ministre de la Défense sous François Mitterrand. Dès cette époque, il considère que faire la guerre à l’Irak revient à briser le pays qui permet de maintenir un équilibre au Moyen-Orient. Rétrospectivement, l’Histoire lui a donné raison puisque la destruction de l’État irakien par les deux guerres du Golfe a libéré en Irak d’abord, mais aussi dans tout le monde musulman puis dans le monde occidental, les forces d’al-Qaida, le terrorisme, le fondamentalisme sunnite et enfin Daech.       <br />
              <br />
       Sur bien des points, le «Che» avait vu juste. À propos du spectre de la désindustrialisation qui le hante dès 1983 et dont nous payons aujourd’hui les conséquences. À propos du traité de Maastricht, dont il pressent qu’il creusera les fractures géographiques et sociales au sein de l’Europe. À propos de la nécessité de «faire turbuler le système»: sa campagne de 2002, bien que perdante, a préfiguré l’effondrement de la droite et de la gauche de gouvernement. Mais le «Che» aura eu raison trop tôt et son destin politique conserve un goût d’inachevé. À l’heure où la technocratie et la communication tendent à remplacer la politique, il n’apparaît pas moins comme un véritable homme d’État. De ceux qui réfléchissent à l’horizon des cinquante prochaines années. «J’écris ce livre pour qu’il ait une suite que je n’écrirai pas, conclut-il. C’est aux jeunes générations de la faire»…
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