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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-05-18T14:47:40+02:00</updated>
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   <title>Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Point : "Il va falloir au moins cinquante ans pour refaire la France"</title>
   <updated>2023-05-30T13:18:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-Point-Il-va-falloir-au-moins-cinquante-ans-pour-refaire-la-France_a2241.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
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   <published>2023-05-30T10:54:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au journal "Le Point", propos recueillis par Jérôme Cordelier, mercredi 24 mai 2023.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/73174277-50912771.jpg?v=1685438785" alt="Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Point : "Il va falloir au moins cinquante ans pour refaire la France"" title="Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Point : "Il va falloir au moins cinquante ans pour refaire la France"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Le Point : La France est-elle si en déclin qu'il faille la « refaire », comme vous l'affirmez en titre de votre ouvrage ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J'ai repris une expression de De Gaulle de 1940. « Que faites-vous ? » lui demande-t-on. « Nous sommes en train de refaire la France », répond-il. C'est une tâche du même ordre qui nous attend. Il va falloir au moins cinquante ans pour réapprendre à la France à produire, relever l'État républicain, défaire les liens qui entravent les initiatives, refaire des Français et d'abord des citoyens, permettre à nouveau à notre nation de parler une langue qui soit comprise du monde entier. Tout cela demande du temps et de la volonté.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Le Point : La politique de réindustrialisation voulue par Emmanuel Macron va-t-elle dans le bon sens ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Les maux dont souffre notre pays s'enracinent presque tous dans une désindustrialisation commencée à la fin des années 1970 en fonction de choix idéologiques à l'aveugle : nos élites ne savent plus où elles vont depuis une quarantaine d'années. Les lilliputiens de Bruxelles ont enchaîné notre Gulliver national. La France est sur une mauvaise pente depuis qu'elle a choisi à travers l'Acte unique de s'en remettre à la Commission de Bruxelles pour araser les réglementations, déréguler et installer partout le primat de la concurrence, sans aucune étude d'impact préalable. Le primat a été donné à la circulation des capitaux par rapport à l'emploi. Ce qui a conduit à une délocalisation massive des industries vers des pays à bas coûts. À la fin des années 1970, la France comptait 6 millions d'emplois industriels, il n'y en a plus que 2,8 millions. L'industrie française, c'est 280 milliards d'euros, l'industrie allemande, 780 milliards : presque trois fois plus. La France s'est désinvestie de l'industrie et a privilégié les services et la finance. Je veux bien que l'on rende Macron coupable de tout, mais tous ses prédécesseurs depuis les années 1980 sont responsables de cette situation…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : L'ordre républicain est-il toujours assuré en France ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L'ordre républicain, c'est un concept d'ensemble fondé sur la suprématie de la loi. Or on a vu proliférer des instances administratives indépendantes, des jurisprudences nationales et internationales qui se substituent à la loi… Le soubassement républicain n'est plus fermement assuré. À partir de là, constatons que la police est devenue le bouc émissaire facile des fauteurs de violences professionnels. La justice, ça ne va pas : trop de recours en tous sens, des délais de jugement démesurément allongés, le sentiment d'une inefficacité globale. Ce que je propose, c'est de remettre de l'ordre dans la hiérarchie des normes, d'abord. Ensuite, de donner des directives claires à la police, avec les moyens de remplir les tâches qu'on lui assigne. La détérioration de la situation est bien antérieure au pouvoir actuel. Les gouvernements les uns après les autres ont été dépassés. La violence qui se déchaîne au moindre prétexte est ravageuse dans une société démocratique. Il faut restaurer l'autorité. Une autorité qui se veut simple, rapide et bien sûr proportionnée.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : L'actuel président de la République fait-il tout pour « relever l'autorité de l'état », l'un des chantiers prioritaires à votre sens ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Emmanuel Macron n'a pas raison sur tout, mais il lui arrive d'avoir raison. Maintenant, s'il a eu le mérite de faire turbuler le système en 2017, il n'a pas encore reconstruit une politique claire à long terme. Relancer le nucléaire a été une décision salvatrice et structurante pour l'avenir, mais dans beaucoup d'autres domaines il y a des décisions analogues à prendre. Dans le secteur de l'automobile, par exemple : nous avions un excédent de plus de 10 milliards d'euros en 2000 ; aujourd'hui, le déficit est de 20 milliards d'euros. Parce que les constructeurs ont délocalisé une partie importante de leur production. N'est-il pas possible de les convaincre d'inverser le mouvement ? Il faut recréer un ministère de l'Industrie. Emmanuel Macron a pris une bonne initiative en préconisant la modulation de l'interdiction des moteurs thermiques, mais il n'en est pas gratifié. Pas plus quand, de retour de Chine, il affirme que l'Europe ne doit pas être « suiviste » pour dire que notre politique étrangère ne doit pas être une copie servile de celle des Chinois ou des Américains. Il provoque un tollé de récriminations, alors qu'il exprime une vérité de bon sens si l'on veut que la France reste un pays indépendant…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Remplit-il le rôle d'« arbitre national », dans l'esprit de la Ve République voulu par de Gaulle, que vous évoquez dans votre essai ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ce rôle d'arbitre national conçu par de Gaulle a bien fonctionné avec celui-ci puis Pompidou, mais il a commencé à être pollué sous Giscard d'Estaing, à travers des polémiques peu dignes. Le président de la République détient une fonction éminente au sommet de l'État, il doit être à l'abri des critiques excessives. Cela ne veut pas dire que je considère que la réforme des retraites a été vendue de manière pédagogique…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : L'Europe, selon vous, est en partie responsable de la genèse du conflit en Ukraine. De quelle manière ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Soyons clair : la Russie est l'agresseur. Mais dans la genèse de ce conflit, les torts sont partagés. Cette guerre vient de loin. La première « révolution orange », c'est 2003, et à l'origine il y a une certaine conception des rapports entre l'Ukraine et la Russie que je fais remonter au livre de Zbigniew Brzezinski (ex-conseiller à la Maison-Blanche), <span style="font-style:italic">Le Grand Échiquier</span> (1997). Il y a eu une volonté de se servir de l'Ukraine comme d'un bélier contre la Russie, alors que tous les présidents français, et notamment Jacques Chirac, avaient pour politique d'associer la Russie au destin européen. Parallèlement, l'Union européenne a lancé en 2008 le « partenariat oriental », un projet d'association forcément déstabilisateur pour la Russie, dont l'économie était étroitement intégrée à celle de l'Ukraine. Deux projets d'association se sont trouvés face à face. Or le projet européen, dit « partenariat oriental », n'a pas été géré politiquement. Le président de la Commission européenne de l'époque, M. Barroso, porte une lourde responsabilité dans le dérapage qui s'est produit en 2013-2014. Celui-ci était parfaitement évitable si l'on avait pensé ensemble ces deux projets de libéralisation des échanges. Surtout, si on avait établi une neutralité pour l'Ukraine, entre l'Europe et la Russie. Au lieu de cela, nous avons eu un conflit que les accords de Minsk, en eux-mêmes méritoires, n'ont pas réussi à geler. L'Ukraine s'est refusée à les appliquer. Et la Russie a cru pouvoir en profiter pour imposer militairement sa solution. Cette agression a jeté l'Europe dans les bras des États-Unis, et la Russie se trouve désormais à la merci de la Chine. Beau résultat du point de vue de l'indépendance de l'Europe !       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Vous plaidez dans votre livre pour une alliance Europe-Russie afin d'assurer la sécurité du continent. Vous êtes à contre-courant ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cette question pour l'instant n'est plus d'actualité. Mais elle le redeviendra, parce que la Russie se trouvera toujours où elle est, sur un espace géographique de 17 millions de kilomètres carrés et 11 fuseaux horaires. Qui occupera cet espace ? Est-ce intelligent de renvoyer la Russie dans les bras de la Chine ? C'est ce qui a fini par arriver avec la guerre en Ukraine, parce que la Russie s'est crue - à tort - assiégée par un « Occident collectif ». C'est une grave erreur d'analyse du point de vue de la Russie. Mais aussi du point de vue de l'Europe, qui s'est tiré une balle dans le pied.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Emmanuel Macron gère-t-il bien la crise ukrainienne ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : À sa décharge, il est arrivé un peu tard. Aujourd'hui, surtout, il faut éviter d'ajouter la guerre à la guerre. Donner à l'Ukraine les armes nécessaires pour se défendre, d'accord. Mais pas pour porter la guerre sur le territoire russe, avec des missiles à très longue portée, à très forte puissance. Il faut quand même qu'une voix de raison se fasse entendre si l'on veut éviter un embrasement généralisé. Quand on regardera les événements avec le recul de l'histoire, on verra que peu de dirigeants ont cherché à enrayer cette marche vers le gouffre.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Pourquoi n'êtes-vous pas favorable à l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, que soutient avec force notamment la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L'Ukraine est loin de répondre à des standards exigés pour une adhésion à l'Union européenne. Il y a des solidarités que nous devons à l'Ukraine agressée, mais il nous faut aussi défendre nos intérêts économiques légitimes.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Vous avez été le représentant de la France pour la Russie entre 2012 et 2021, vous connaissez donc bien Vladimir Poutine. Quel témoignage pouvez-vous apporter sur son évolution ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Mon rôle a consisté à freiner la marche vers un conflit de grande ampleur. Dès 2013, j'ai pris la mesure du danger. J'assume la mission qui fut la mienne, je la revendique, et j'en suis fier car j'ai essayé d'empêcher l'irréparable. Et j'ai pu voir au plus près l'évolution des esprits de part et d'autre. Pour moi, il y a eu deux Poutine. Celui d'abord qui a mis un terme à la chaotique période Eltsine, quand la Russie avait perdu la moitié de son PIB : Poutine a redressé son pays en modernisant l'État et l'économie. C'est l'époque, en 2002, où il offrait aux États-Unis des bases militaires en Asie centrale contre les talibans. Puis est arrivée la deuxième partie de l'ère Poutine, que je fais commencer à 2007, quand, à la conférence sur la sécurité de Munich, dite « Wehrkunde », celui-ci adresse une sévère mise en garde aux Américains, aux Européens et à l'Otan s'agissant de leur politique vis-à-vis de la Russie, notamment en Ukraine. On connaît la suite… Je me souviens de cette phrase de Poutine : « Celui qui ne regrette pas la disparition de l'URSS n'a pas de cœur, mais celui qui veut la rétablir n'a pas de tête. » J'ai pensé que cette phrase exprimait le fond de sa pensée. Mais je suis bien obligé de constater qu'il s'est laissé gagner par un nationalisme obsidional, à l'origine de cette gravissime erreur qu'a été l'invasion de l'Ukraine en 2022. C'est une erreur fondamentale dont nous n'avons pas fini de payer le prix.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.lepoint.fr/politique/chevenement-il-va-falloir-au-moins-cinquante-ans-pour-refaire-la-france-24-05-2023-2521533_20.php">Le Point</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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  </entry>
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   <title>Jean-Pierre Chevènement décoré des insignes de commandeur de la légion d'honneur - Discours du président de la République</title>
   <updated>2022-10-14T16:33:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-decore-des-insignes-de-commandeur-de-la-legion-d-honneur-Discours-du-president-de-la-Republique_a2227.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2022-10-14T14:51:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était décoré des insignes de commandeur de la Légion d'honneur par le président de la République, ce mercredi 12 octobre au palais de l'Élysée. Voici une retranscription du discours prononcé par le Président à cette occasion. Seul le prononcé fait foi.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/68014506-47960820.jpg?v=1776052606" alt="Jean-Pierre Chevènement décoré des insignes de commandeur de la légion d'honneur - Discours du président de la République" title="Jean-Pierre Chevènement décoré des insignes de commandeur de la légion d'honneur - Discours du président de la République" />
     </div>
     <div>
      Madame et Messieurs les Premiers ministres,         <br />
       Mesdames et Messieurs les ministres,         <br />
       Monsieur le Haut-Commissaire au plan,         <br />
       Mesdames et Messieurs les Parlementaires,         <br />
       Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,        <br />
        Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, chers amis.         <br />
               <br />
       Monsieur Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, cher Jean-Pierre. Vous avez déjà dit beaucoup de choses, mais nous voilà réunis autour de vous, ce midi, autour d'un homme, dont chacune et chacun connaît les mérites, dont nous avons partagé morceaux d'engagements et morceaux de vie, des parcours de vies plus larges, et dont le nom résonne chez chacun de nous, CHEVÈNEMENT. Pour les Français, ce nom signifie une exigence, une indépendance, une constance. Il a été le nom d'un courant de la gauche, d'un espoir pour la politique. Il est aujourd'hui le nom d'une fidélité à une haute idée de notre pays. Il est aussi, et j'y reviendrai, le nom d'une promesse, celle de la République. 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      CHEVÈNEMENT, c'est d'abord le nom d'une famille du Haut Doubs. Et vous naissez dans ces terres, dont le silence est seulement troublé par le carillon des clochers et celui des vaches. Nous sommes en 1939, votre père est prisonnier, votre mère, institutrice et résistante, a dû céder le rez-de-chaussée de l'école aux Allemands. Votre grand-mère a vu ses maisons flamber lors de la retraite de notre armée. Venu au monde lors de cette drôle de guerre, vous avez eu résolument une drôle d'enfance. Votre famille est une petite France à elle seule, un creuset forgé par la République. Des paysans et des gardes forestiers catholiques, côté maternel, des ouvriers de l'horlogerie socialiste, côté paternel, et deux parents instituteurs. Des hussards noirs de la République, dans la France froide et laborieuse d'un tableau de Courbet. À l'école, votre mère vous emmène très tôt, faute de pouvoir vous faire garder, vous l'appelez cérémonieusement par son nom. Sur les cartes d'Empire, vous êtes indépendants, à l'aise, têtu, un élève qui a presque trop de facilité.        <br />
              <br />
       À la maison, vos parents corrigent des copies, une vie normale pour eux, pour vous, et, justement, de rentrer à l'école normale. Les vacances même sont des leçons de géographie nationale. Vos parents vous y font découvrir les affluents du Doubs, la citadelle de Besançon, les monts du Jura. Apprentissage déjà charnel d'une France âpre et belle. Au lycée de Besançon, vous perdez votre nom pour prendre un numéro, le 115. Matricule de l'adolescent plongé dans cet internat quasi militaire.         <br />
               <br />
       Et les professeurs, eux, avaient bien des noms que vous n'avez jamais oubliés, et que vous avez rapidement convoqués dans le petit mot que vous venez d'avoir. Monsieur IMBERTI pour le latin, Messieurs KREISLER, NICOLAI, VERGES pour la littérature, eux, qui vous ont initié à PLUTARQUE et à MONTAIGNE, à NIETZSCHE un peu plus tard. Des femmes et des hommes, de savoirs, de devoirs qui apprenaient à des enfants de paysans à penser, qui gardaient pour eux leurs opinions en vous inculquant l'art de former la vôtre. Avec eux, vous avez compris que vous passerez votre vie comme vous l'aviez commencé, au milieu des livres. CHEVÈNEMENT, c'est ensuite le nom d'un jeune provincial, perdu à Sciences Po.         <br />
               <br />
       On vous destinait au tableau et à l'ardoise, et vous faites le choix des amphis et des cravates. Vous avez choisi Paris et Boutmy. Vous dépareillez au milieu d'une bourgeoisie dont le charme est discret, mais l'assurance perceptible. Qu'importe, vous écoutez vos professeurs. TOUCHARD raconte la gauche, RÉMOND explique la droite, GIRARDET exalte la France. Sous la direction de ce dernier, vous préparez une thèse sur le thème, je cite : &quot;La droite nationaliste devant l'Allemagne de 1871 à 1960&quot;. Ceux qui ne l'ont pas lu vous reprochent parfois ce travail, confondant sans doute le sujet et l'auteur.         <br />
               <br />
       En réalité, votre curiosité intellectuelle est sans limite, mais votre cœur déjà, bien ancré à gauche. Pour vous à cette époque, elles s'écrivent sous deux acronymes, PMF est votre héros, et l'Unef, votre maison. Parce que vous aimez penser contre vous-même, vous adorez MENDÈS tout en lui reprochant son magistère lointain et vous adhérez à l’Unef en y regrettant la tentation du monôme. Boursier, vous terminez brillamment vos études en avance et réussissez le concours de l'ENA.         <br />
               <br />
       Puis CHEVÈNEMENT en 1961, devient le nom d'un soldat. Tout juste énarque, en effet, vous accomplissez votre service militaire. Enfant de la guerre, vous devenez adulte sous les balles. Au total, vous séjournez plus de deux années en Algérie. D'avril 1961 à juillet 1963 au titre du service militaire, puis six mois comme stagiaire de l'ENA à l'ambassade. Votre mot d'ordre est celui du Général De GAULLE. Puisque l'Algérie allait devenir indépendante, mieux valait que cela fut avec la France que contre elle. Avec l'Algérie se noue alors chez vous une histoire qui s'écrit toujours. On vous envoie dans l'école de guerre Cherchell, manœuvre dans les dunes, médiane au fond des oueds, chaleur et frelons. Devenu lieutenant-colonel, vous servez dans la section administrative spéciale près d'Oran, puis à la préfecture. Au départ, c'est l'ennui. Alors, vous lisez HEGEL dans les djebels. Puis l'histoire s'accélère, l'Indépendance annonce, un gouvernement provisoire prend les rênes du pays. Vous voyez les cadavres. Et à la préfecture désertée dans une atmosphère étrange de débâcle, le sous-préfet vous accueille en robe de chambre et s'interrompt quand la façade est mitraillée. Ce printemps 62 est une saison tragique.        <br />
              <br />
       Vous faites l'intermédiaire entre l'Armée de libération nationale et l'O.A.S. Vous négociez avec Ben BELLA et vous échappez au bazooka. Le 5 juillet 1962, jour de l'indépendance, vous manquez de mourir. On n'a pas impunément 20 ans à Oran et dans cet Oran-là du drame et du sang, vous voyez de près les grandeurs et les misères du nationalisme arabe, vous reconnaissez le spectre déjà aperçu de la guerre civile. Et votre ami Jacques BERQUE se proclame le dernier Français d'Algérie. Quant à vous, vous ne serez jamais le dernier pour aider et aimer l'Algérie ici et là-bas jusqu'à ce voyage il y a quelques semaines à mes côtés, que vous avez accepté de faire avec beaucoup de courage. CHEVÈNEMENT, à votre retour, est un nom que vous escamotez.         <br />
               <br />
       En 1967 avec Didier MOTCHANE et Alain GOMEZ, vous écrivez sous pseudonyme L'énarchie, un pamphlet sur l'accaparement par la bourgeoisie de l'école de l'Etat. Le constat est lucide, le style brillant. Ce n'est pas pour rien que vous appartenez à la promotion STENDHAL. Même si ici, je veux dire pour notre ami Régis DEBRAY, qu'on peut tout à la fois aimer STENDHAL et HUGO, là aussi, le « en même temps » est possible. Vous voilà en effet rouge et noir. Rouge car d'une gauche en révolte et noire, du cuir du cartable des hauts fonctionnaires. Pourtant, l'agitation de la Sorbonne vous laisse quelque peu indifférent. Vous êtes, oserais-je dire, plus 48 que 68. 48 celui de Lamartine et de la Seconde République. Vous n'aimez pas le procès fait à De GAULLE, ni la turbulence désordonnée de la rue. L'un de vos héros, ROSSEL, un officier de la commune avait crié “Vive la République”, aux agitateurs du Temps des cerises.        <br />
               <br />
       C'est en mai 68, le mot qui brûle vos lèvres, déjà, encore. Pour vous, la seule révolution qui compte est celle de 1789, cette réaction de la justice contre la faveur et la grâce. MICHELET avait déjà tout dit. Déjà, CHEVÈNEMENT est un nom qui figure dans les pages politiques des journaux. Vous avez des coordonnées idéologiques singulières, oserais-je dire. Dans ma bouche, ne voyez pas là un reproche. Pour la politique étrangère, vous êtes résolument gaulliste. Pour la politique intérieure, vous n'êtes pas exactement socialiste. Vous prônez chez MARX la nécessité de canaliser les forces de production pour l'intérêt général. Chez BLUM, l'impératif tactique de s'allier aux communistes. Chez CLEMENCEAU, une laïcité d'espoir. Chez JAURÈS, le socialisme comme perfectionnement de la République. Chez MENDÈS, une éthique sacerdotale de la vérité.         <br />
               <br />
       Pour vous, la République et le socialisme, c'est la souveraineté. Vous proclamez alors l'impérieuse nécessité du plan pour la France. Un plan, vous en avez un, d'abord pour vos idées. Prendre le pouvoir au sein du mouvement socialiste et de là, unir la gauche. Votre cheval de Troie s'appelle le CERES, que vous fondez avec Alain GOMEZ, l'ami d'Algérie, Pierre GUIDONI, l'orateur brillant, Didier MOTCHANE, le logicien. Quatre mousquetaires, un vrai programme commun. Rapidement, le CERES gagne des fédérations. Georges SARRE, pour qui j'ai une pensée affectueuse aujourd'hui, fait basculer celle de Paris. Vous-même, militez dans le 14ᵉ arrondissement et cette technique d'infiltration du socialisme on la dite léniniste à l'époque, c'était plutôt celle des Jacobins de la rue des Feuillants. La souveraineté populaire se gagne section après section, club après club.         <br />
               <br />
       Très vite, CHEVÈNEMENT devient le nom d'un courant. Vous aviez une stratégie à déployer et un parti à conquérir. Il vous manquait un homme pour précipiter les choses. François MITTERRAND va devenir notre levier d’Archimède pour soulever la gauche. Au début, il vous ignore. Ensuite, il vous conquiert. Enfin, vous le consacrez. Vous serez peut-être toujours un peu plus MILLERAND que MITTERRAND, mais qu’importe se scelle alors une alliance d’âmes romanesques et une estime mutuelle.         <br />
               <br />
       En 1971, au Congrès d’Epinay, se joue un moment essentiel que là aussi vous avez rappelé. François MITTERRAND a pour lui l’aile droite du parti, la motion MAUROY - DEFERRE, et l’aile gauche la vôtre. Il doit faire plier la direction centrale de SAVARY. En tactique militaire, manœuvrer par les deux ailes opposées pour encercler un centre plus fort que soi s’appelle l’ordre oblique. Et MITTERRAND transpose la prouesse en politique par son éloquence immense, son astuce qui ne l’était pas moins et votre rôle essentiel. Le CERES propose le rose et le poing comme emblème du Parti socialiste. Vous-même accompagniez MITTERRAND lorsqu’il s’achète un nouveau chapeau pour parfaire son allure de Premier secrétaire du PS. Mais il sait dès ce moment-là combien il vous est redevable. Vous menez alors la bataille pour l'union de la gauche. Dans cette campagne glorieuse, les noms de congrès s'écrivent comme une légende de général : Épinay que j'évoquais comme un Valmy ; Pau, le retrait tactique, MITTERRAND vous rejette dans la minorité ; le programme commun avec le Parti communiste, précieux renfort ; Metz en 79 où vous évitez un Waterloo à François MITTERRAND.        <br />
               <br />
       Mais vous ne menez pas seulement la bataille dans le congrès, vous faites adopter au PS aussi des idées nouvelles et contribuez à cet agenda essentiel pour la souveraineté de notre pays. Vous faites adopter en particulier au Parti socialiste la dissuasion nucléaire et vous menez l'offensive contre ceux qui, pour reprendre un mot célèbre de MAURIAC, aiment tellement la gauche qu'ils voudraient qu'il y en ait deux.        <br />
               <br />
       L'intellectuel, l'organisateur que vous êtes devient en 1973 député de Belfort. Cette terre, vous l'avez choisie. Elle vous ressemble : farouche, loyale, travailleuse. Vous réunissez non seulement une majorité de suffrages, mais une majorité de progrès. Francs-maçons laïcs et syndicalistes chrétiens, ouvriers en col bleu d'Alstom et ingénieurs en col blanc de Bull, petits commerçants et agriculteurs. C'est un “en même temps”, si je puis dire, façon CHEVÈNEMENT. Cette ville pendant 40 ans de mandats comme maire, député, sénateur, ce territoire, vous l'avez servi jour et nuit pour lui donner le TGV, un pôle universitaire, un hôpital commun avec Montbéliard. Je sais que nombre d'anciens élus ou d'élus actuels de ce territoire qui sont présents à vos côtés aujourd'hui, quelle que soit leur sensibilité et leurs convictions politiques, partagent cette reconnaissance. Je sais aussi combien les préfets continuent de vous redouter car tout ce qui se passe est encore lu avec beaucoup de détails par le ministre qui ne manque pas d'appeler le préfet en place le jour où quelque chose part de travers. C'est devenu votre fief, votre fierté. C'est un territoire qui vous aime et ne vous oubliera jamais.         <br />
               <br />
       CHEVÈNEMENT après 1981, devient le nom d'un ministre. Ministère de la Recherche, d'abord, où vous lancez avec votre directeur de cabinet, Louis GALLOIS, un colloque national décentralisé qui réunit industriels et chercheurs pour tracer les voies d'une refondation, “colloque national de la refondation décentralisée”. On a toujours le sentiment qu'on invente des choses nouvelles, relire l'histoire est toujours une leçon d'humilité. Ces travaux vont déboucher sur une loi de programmation qui remet notre nation dans la course technologique.         <br />
               <br />
       Vous devenez ministre de l'Industrie l'année suivante et vous impulsez des contrats de plan qui accoutument les syndicats aux objectifs productifs et les industriels à l'impératif d'emploi. Oui, durant ces années, vous bâtissez les fondations nécessaires à une grande nation de recherche, d’innovation, de technologie et d'industrie, convaincu du continuum que forme cet ensemble et aussi de ce par quoi elle contribue à l'indépendance et la souveraineté de la nation. Malheureusement, les décennies qui suivront et les choix inverses qui parfois auront été pris vous donneront raison, si je puis dire, et c'est bien cette même cohérence que nous cherchons à retrouver et à bâtir. Vous qui vous étiez déjà fait un nom, devenez un visage, une allure, sourcil de jais et regard grave, incarnation d'un socialisme qui préfère conforter la France avant de bâtir l'Europe. En effet, vous craignez que la politique du franc fort entraîne la chute de l’industrie et précipite une France faible. DELORS veut faire l’Acte unique, vous préférez commencer par refaire la République, conforter son industrie. Vous démissionnez une première fois.         <br />
               <br />
       Vous revenez en 1984 comme ministre de l’Education nationale pour mettre en chantier notre école. 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat, le concours général rétabli, les bacs pros créés, des programmes centrés sur les fondamentaux, une instruction civique ressuscitée. Là aussi, pendant ces années à la tête de ce ministère que plusieurs dans cette salle connaissent, vous voulez revenir aux fondamentaux, bâtir une formation forte pour nos enseignants et pour les maîtres et les objectifs à leur fixer seront atteints et beaucoup des bases que avez alors jetées sont encore au cœur de notre éducation nationale et de sa politique.         <br />
               <br />
       En 1988, vous devenez ministre de la Défense. Vous vous opposez après quelque temps à la tête de nos armées où vous prenez des décisions fortes, vous vous opposez à la première intervention en Irak, convaincu que si le régime de Saddam est allé trop loin, mieux valait trouver une voie de sortie plutôt que de se jeter dans l'aventure. Et malgré l'intimité qui existe avec le Président, malgré l'attachement qui est le vôtre à nos armées et le travail commencé essentiel dans vos fonctions, vous démissionnez. Mais à mesure que vous quittez vos ministères, vous gagnez un magistère. Votre parcours gouvernemental compose en creux un manifeste républicain : s'appuyer sur les forces vives de la nation pour revigorer le prestige du pays et permettre le progrès. Bâtir une école de citoyens libres, c'est-à-dire instruits, qui ne manqueront pas de servir la France et de défendre ses valeurs. Protéger les intérêts de la nation, dépositaire de la souveraineté du peuple dans le concert des puissances et lui donner les moyens de son indépendance.         <br />
               <br />
       A travers ce premier parcours ministériel et les choix forts, y compris les sacrifices décidés, ce sont bien ces valeurs et ces principes que vous consolidez. Le chaînon manquant entre ces citoyens, l'intérêt général et la France s'appelle l'Etat, miroir et instrument de l'ordre des lois, et vous l'incarnez ensuite sous l'autorité de Lionel JOSPIN, comme ministre de l'Intérieur. Vous élaborez alors une politique de sécurité et d'immigration faite d'intransigeance et d'intégration. A ce poste d'homme à tout faire de l'Etat, comme vous l'avez vous même qualifié, vous ne comptez pas votre énergie et vous risquez littéralement votre santé et même votre vie. Vous menez avec force une politique qui redonne des vertèbres à nombre de directions de ce ministère, de la clarté à la politique qui est conduite avec un verbe haut au Parlement comme auprès de la nation dont chacun se souvient ici aujourd'hui, avec des principes là aussi défendus, celui de l'unité de la République, de la laïcité et des valeurs qui fondent une autorité véritable de notre État.         <br />
               <br />
       Vous quitterez votre poste lorsque le sentiment que vos alertes nombreuses sont déjouées et vos arbitrages déjugés. Sous la boutade martiale et gaullienne, votre principe du mutisme ou de la démission, dit tout d'une éthique du pouvoir. Vous voulez servir, comme vous dites, ni périr ni trahir. Enfin, vous décidez, durant ces années que vous évoquiez tout à l'heure en parlant de mon parcours et de quelques-uns croisés alors, vous décidez de vous porter candidat à la fonction suprême car à mesure aussi que la construction européenne avance, vous venez au fond au contact et vous décidez de revenir à la forge de la Nation, la République. Vous la voulez comme Mendès moderne. Vous craignez que la France ne se perde dans le fédéralisme. Vous voulez revenir, vous, à la fête française de la Fédération, si je puis dire. Vous aviez voulu sauver la en passant par les partis. Vous comprenez qu'il s'agit maintenant de sauver la France en les surmontant. D'abord en 1994, puis en 2002, vous professez qu'au-dessus des partis il y a la République. Ce message n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd ni amnésique, avec des gaullistes et des communistes, des francs-tireurs aussi et des esprits libres, de Régis DEBRAY à Max GALLO, le Mouvement des citoyens fait turbuler le système pour reprendre votre formule et manque de faire basculer les suffrages. Lors de cette campagne, vous qui aviez pourfendu l'ENA 40 ans plus tôt, vous élevez par votre verve, votre courage, votre hauteur de vue une école nationale d'admiration. Celle-ci, aucun décret ne l'a supprimé. J'en fus alors et je le dis et j'en suis toujours.        <br />
               <br />
       CHEVÈNEMENT, c'est un nom, NOM, qui a parcouru 40 ans de vie publique, mais aussi des non, NON, des non tonitruants. Les Français vous connaissent pour votre intransigeance parfois bougonne. Ils ignorent peut-être que derrière ces non du refus, se cache aussi une grande propension à la nuance. On connaît votre laïcité de conviction, moins vos racines catholiques. Votre mère vous a confié au soir de sa vie avoir compris que vous aviez un grand destin le jour de votre 1er prix départemental de catéchisme et vous admirez trop les profondeurs des âmes pour vouloir les enchaîner à une forme de morale de substitution. Vous doutez à votre manière pleine de scrupules et c'est aussi pour cela que, dans ce jeu de nuances, il y a ce combat essentiel que vous avez porté pour un islam de France et qui est le vôtre. Vous êtes un patriote qui confesse avoir pleuré le jour de Diên Biên Phu. Vous passez pour cette raison chez certains, pour un nationaliste, quand rien chez vous n'est plus étranger à cette notion fermée, rétrécie. Vous n'aviez rien à voir avec le chauvinisme, non, vous êtes oui de ces patriotes qui aiment une nation forte, qui connaît ses frontières et qui sait s'ouvrir quand elle le choisit mais qui se bâtit sur un universel. Vous combinez l'amour de la patrie et la dilection pour d'autres pays que les vôtres. Chez lui, Clemenceau, c'était le Japon, chez vous, c'est l'Égypte, sans doute grâce à Nisa.        <br />
              <br />
       La civilisation islamique, l'Orient à propos duquel vous ne vous êtes jamais résolu aux idées simples. Et vous avez toujours cultivé les sentiments compliqués. On dit encore de vous que vous aimez un peu trop la Russie et pas assez l'Allemagne. Là encore, c'est méconnaître vos méandres. Vous combattez des idées et jamais des peuples. Vous reconnaissez les idéologies des hommes que vous distinguez des mérites des nations. Vous ne seriez pas choisir entre Dostoïevski et Goethe, que vous connaissez tous deux par cœur. Ce que je veux dire par là, c'est que vous êtes, tout à la fois, un homme d'exigence et de nuances. Et tous vos noms vous ont fait cette réputation d'intransigeance et d'éclat, vos collaborateurs, vos amis qui sont là aujourd'hui.        <br />
               <br />
       Quelques-uns que j'ai cités et tant d'autres présents à vos côtés, quelques autres qui malheureusement ne sont plus là pour vous accompagner dans ce moment, décrivent en vous un amour de la conversation, une loyauté presque candide, un tempérament du Jura et des origines en Suisse, où l'on apprend la tempérance comme les vertus du silence. Vous êtes tout cela à la fois. C'est bien des fois dans votre vie politique, vous avez dit non. Il est en revanche un oui que vous ne cessez de formuler. Ce oui, c'est la réponse à la question que pose votre ami Claude NICOLET dans un livre intitulé<span style="font-style:italic"> L'idée républicaine en France</span>, qui a résumé et propulsé votre action comme ministre de l'Education nationale. Je me propose de chercher si en français le mot République a un sens.        <br />
               <br />
       Oui, le mot République a un sens. Il signifie élever des citoyens grâce à l'école, leur donner le moyen de comprendre rationnellement le monde et d'aimer passionnément leur pays, leur inculquer jusqu'au sacrifice la poursuite de l'intérêt général. Oui, le mot République a un sens. Il signifie se fondre dans une communauté libre, capable de déterminer ses fins et d'appliquer ses lois dans un peuple de volonté qui, en regardant son histoire, façonne l'ordre présent et assure souverainement son avenir.        <br />
               <br />
       Oui, le mot République a un sens. Il signifie cette lutte de la Révolution française contre l'injuste transmission du bien par l'aristocratie de naissance en faveur d'une communauté où chacun peut rêver son futur selon ses mérites et ses capacités.         <br />
               <br />
       Oui, le mot République a un sens. Oserais-je dire qu'il a, parmi quelques autres, un nom, le vôtre. Pour beaucoup d'entre nous, comme pour beaucoup de Français d'aujourd'hui, d’hier et de demain, l'esprit de la République, vous l'avez incarné et vous l'incarnez encore. Pour beaucoup, la République a votre rigueur têtue et votre curiosité sans frontières. Elle a votre patriotisme et votre humanité. Elle a votre autorité morale, celle d'un homme qui, malgré les infortunes, n'a eu de cesse de dire sa vérité, souvent prémonitoire sur les crises géopolitiques, les crises de l'intégration, les défis industriels et les tentations nihilistes. Pour beaucoup, la République est comme vous, inflexible avec les principes et clémente avec les individus. Et si la chaîne de la République ne s'est pas brisée, celle qui part de Michelet et se poursuit au-delà par Mendès et de Gaulle, c'est parce que des passeurs l'ont transmise à leurs compagnons de route, à leurs électeurs, à la frontière.         <br />
               <br />
       Vous êtes de ces passeurs, Jean-Pierre CHEVÈNEMENT. Vous êtes un républicain de bataille, c'est-à-dire de transmission. Il paraît qu'encore lycéen à Besançon, vous aviez fait part de votre souhait d'étudier la science politique à votre proviseur, Monsieur Johnny, qui vous a alors plutôt conseillé de devenir instituteur comme vos parents. Vous n'avez pas suivi ses conseils, nous en félicitons.         <br />
               <br />
       Vous n'êtes pas devenu instituteur, mais d'une certaine façon, vous êtes à travers vos mandats, vos combats, vos fonctions. Devenu un éducateur du politique et un maître en République. Ce midi comme toujours, vous êtes accompagné de votre épouse et de votre famille, Nisa vous accompagne car vous êtes inséparables. Vous racontez avec émerveillement ce jour de février 1968, touchez un camarade de régiment.         <br />
               <br />
       Vous apercevez une femme qui, dans la glace, refait sa frange et vous ne la quitterez plus. Nisa était alors cette étudiante en psychologie qui allait devenir une grande artiste, sculpteur de Babel en bronze, des bijoux magnifiques. Vous qui dites à chaque fois : Je suis le mari de l'artiste, lors de chaque exposition. Elle est celle qui a ajouté un ou deux mots à la devise de votre vie : comprendre, vouloir agir, certes, mais aussi aimer et admirer. De votre union sont nés deux fils qui eux aussi vous ont toujours accompagnés auxquels je veux rendre hommage en cette journée. Lorsque Raphaël, le premier est né le 12 janvier 1974, c'est l'une des rares fois où vous arrivez en retard au comité directeur du parti socialiste. Raphaël a dû en garder un goût certain pour la politique et les rebondissements. Il poursuit une brillante carrière au cinéma écrivant des scénarios qui donnent à voir les Barons noirs et autres légendes anonymes de l'époque. Quant à Jean-Christophe, lui, il s'est tourné avec tout autant de succès vers les affaires et je sais qu'en pensant à lui, vous pensez aussi à vos aïeux qui révéraient l'école et la culture en espérant que la génération après eux s'en empare et y trouve les armes de liberté. Ni vous, ni vos fils n’ont manqué à ces espoirs. Vous les avez surpassés.        <br />
               <br />
       Cher Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, parce vous avez traversé plus de 50 ans de vie publique, souvent à gauche, quelquefois ailleurs, mais toujours au-devant de vos idéaux. Parce que de Belfort à Moscou, d'Oran à Epinay, d'Alstom à Ajaccio, vous avez toujours porté et presque toujours contre les humeurs et les facilités des temps, l'idée d'une nation libre et d'un État souverain.         <br />
               <br />
       Parce que si vous avez trois fois démissionné, c'était pour refuser une démission qui vous paraissait plus dangereuse ; de la gauche à sa mission, de la République à sa promesse, de la France à son destin, pour tout ce que vous faites et ce que vous avez fait, cher Jean-Pierre, et tout ce que nous vous devons et que je n'ai pas pu assez décrire aujourd'hui, je suis fier et heureux au nom de la République française que vous avez servi et dont vous incarnez une haute idée de vous remettre en ce jour les insignes de Commandeur de la Légion d'honneur.         <br />
               <br />
       Monsieur Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, au nom de la République française, nous vous faisons commandeur de la Légion d'honneur.  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-decore-des-insignes-de-commandeur-de-la-legion-d-honneur-Discours-du-president-de-la-Republique_a2227.html" />
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   <title>Rencontre des Adhérents et Amis de Refondation Républicaine à l'Assemblée nationale - 14 octobre 2022</title>
   <updated>2022-10-04T12:09:00+02:00</updated>
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   <category term="Actualités" />
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   <published>2022-10-04T12:00:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Rencontre des Adhérents et Amis de Refondation Républicaine à l'Assemblée nationale - Vendredi 14 octobre 2022 à 18 h à l’Assemblée nationale (9ème Bureau), 126 rue de l’Université 75007 Paris     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/67781258-47845534.jpg?v=1664879265" alt="Rencontre des Adhérents et Amis de Refondation Républicaine à l'Assemblée nationale - 14 octobre 2022" title="Rencontre des Adhérents et Amis de Refondation Républicaine à l'Assemblée nationale - 14 octobre 2022" />
     </div>
     <div>
      Refondation Républicaine, formation politique fondée par Jean-Pierre Chevènement, a soutenu la candidature d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, en soulignant l’importance des engagements en faveur de la planification industrielle, de la planification énergétique, de la relance de l’électronucléaire. Dans le contexte actuel, la défense de l’universalisme, de la laïcité, de la citoyenneté comme ensemble indissociable de droits et de devoirs est particulièrement nécessaire. Le sens de la nation, le rôle de l’Etat et du service public doivent être rappelés avec force pour faire face aux défis, et l’indépendance de la France est plus que jamais indispensable.       <br />
              <br />
       Nous ferons le point sur l’actualité, sur le rôle que nous pouvons tenir dans la majorité présidentielle, en présence de Jean-Pierre Chevènement et de notre nouvelle députée, Estelle Folest, élue dans le Val d’Oise.       <br />
              <br />
       Vous pouvez bien entendu transmettre cette invitation aux amis intéressés, mais il est indispensable de s’inscrire auparavant. Pour accéder aux locaux de l’Assemblée nationale, merci de bien vouloir nous envoyer votre prénom, nom, date et lieu de naissance à l'adresse mail suivante : refondationrepublicaine2022@gmail.com       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Rencontre-des-Adherents-et-Amis-de-Refondation-Republicaine-a-l-Assemblee-nationale-14-octobre-2022_a2226.html" />
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   <title>Entretien de Jean-Pierre Chevènement avec le média Le Trois : « Nous mettons l’accent sur la politique industrielle »</title>
   <updated>2022-06-03T15:35:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-avec-le-media-Le-Trois-Nous-mettons-l-accent-sur-la-politique-industrielle_a2217.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/65104983-46534131.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-06-03T15:21:00+02:00</published>
   <author><name>Baptiste Petitjean</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement avec le média Le Trois, propos recueillis par Thibault Quartier, mercredi 1er juin 2022     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/65104983-46534131.jpg?v=1654264230" alt="Entretien de Jean-Pierre Chevènement avec le média Le Trois : « Nous mettons l’accent sur la politique industrielle »" title="Entretien de Jean-Pierre Chevènement avec le média Le Trois : « Nous mettons l’accent sur la politique industrielle »" />
     </div>
     <div>
      <b>Quel espace politique doit occuper Refondation républicaine ? Dans quelle mesure cette force politique aborde des sujets dont les autres partis ne se saisissent pas ?</b>       <br />
              <br />
       « Refondation républicaine », comme sont nom l’indique, vise à approfondir les concepts clés du modèle républicain : souveraineté nationale, citoyenneté, liberté, égalité, fraternité, accent mis sur ce qui est commun, rôle de l’école dans la formation du citoyen, laïcité. La cohérence de ce modèle a été perdue de vue par les autres partis : de gauche quand ils ont tourné le dos après 1983, à leur vocation sociale constitutive ; de droite quand ils ont laissé dépérir l’héritage que leur a légué le Général de Gaulle. Le texte de référence pour « Refondation républicaine est le discours que j’ai prononcé à Vincennes le 9 septembre 2001 incitant au dialogue les Républicains des deux rives : « au-dessus de la droite, au-dessus de la gauche, il y a la République ». Comme vous voyez, nous partons de l’exigence républicaine telle que les autres partis l’ont plus ou moins laissée dépérir.       <br />
              <br />
       <b>Vous êtes une figure de la gauche. Vous êtes à l'origine du Ceres, un laboratoire de la pensée politique et socialiste avec des personnalités comme Didier Motchane. Vous avez incarné l'aile gauche du Parti socialiste. Aujourd'hui, si votre discours évoque les idées républicaines, l'éducation, la souveraineté industrielle, la question sociale est peu mise en avant. Pourquoi cette disparition ?</b>       <br />
              <br />
       Le CERES a été créé en 1964 par des militants du parti socialiste de l’époque. Ils visaient à tirer de l’union de la gauche une énergie nouvelle après plus de quatre décennies de division mortifère (Congrès de Tours 1920). La démarche du CERES doit se comprendre dans le contexte des années 1960 : espoir d’un réformisme suscité par Nikita Khrouchtchev à l’Est, volonté du parti communiste français de venir au pouvoir en France à travers un processus électoral et un programme commun de gouvernement.       <br />
       Le monde d’aujourd’hui, dominé par un capitalisme financier en crise, est un monde fragmenté où la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine joue un rôle structurant. Nous partons des réalités telles qu’elles sont en nous inspirant de Jaurès : « aller à l’idéal mais comprendre le réel ». D’où l’importance que nous attachons à l’idée d’une « autonomie stratégique européenne ».       <br />
       La question sociale n’a rien perdu de son actualité mais on ne peut la poser qu’à partir des réalités économiques comme l’a souligné, à juste titre, Emmanuel Macron : « on ne peut distribuer que ce qu’on produit ». Nous mettons donc l’accent sur la politique industrielle et sur ce qui peut favoriser la croissance sur ce qui rapproche et permet la coopération des « productifs » et non sur ce qui divise et entraîne des blocages. Mais la question sociale, celle de l’égalité des possibles, reste toujours présente dans notre esprit.       <br />
              <br />
       <b>Justement, dans quelle mesure votre matrice politique rejoint-elle celle d'Emmanuel Macron, plutôt marqué par une dynamique libérale, incarnée à l'époque par Michel Rocard ? Pourquoi, selon vous, Emmanuel Macron est-il justement la bonne personne pour porter vos idées ?</b>       <br />
              <br />
       Si le Macron de 2017 s’est quelquefois – mais rarement – réclamé de Michel Rocard, le Macron de 2022 est tout différent. Le tournant opéré dans sa déclaration du 13 avril 2020 est saisissant : il y affirme la primauté du « quoiqu’il en coûte » et la nécessité d’une reconquête industrielle. Les critères de Maastricht contre lesquels nous nous étions battus ont été suspendus et le resteront jusqu’à la fin de 2023. La Banque centrale européenne voyait son action strictement bornée par le traité à la lutte contre l’inflation. Depuis l’inflexion opérée par M. Draghi en 2015 et continuée par Mme Lagarde, 4800 milliards d’euros d’effets publics ont été rachetés par la BCE (le tiers du PIB de la zone euro). C’est dire que la « planche à billets » a fonctionné. Les critères d’endettement des États (60 % du PIB) ont été oubliés. C’est à ce prix, une réforme de fond en comble, que le système de l’euro a pu être sauvegardé.        <br />
              <br />
       <b>Si Emmanuel Macron a ramené sous pavillon français la turbine Arabelle, on ne peut pas non plus ignorer la vente de fleurons industriels ces dernières années, lorsqu'il était en responsabilité (ministre de l'Économie ou président de la République), comme Alcatel ou encore Technip. Comment analysez-vous cela ?</b>       <br />
              <br />
       J’ai apporté un soutien républicain à Emmanuel Macron le 27 février 2022 en précisant d’ailleurs que ce soutien ne valait nullement renonciation à mes convictions de fond.       <br />
       La révision de la politique énergétique annoncée à Belfort le 10 février 2022 prend tout son sens : dans ce contexte non seulement, comme vous le soulignez, le rachat des turbines géantes Arabelle, mais aussi la relance du programme électronucléaire (entre 6 et 14 réacteurs EPR2). Au cœur de la politique industrielle, il y a la politique énergétique. La réindustrialisation soulignée comme axe fondamental de notre politique industrielle implique la sauvegarde et même la reconstitution des pôles industriels majeurs que la France avait laissé disparaitre. Mais ce n’est pas Emmanuel Macron qui a bradé Alcatel et Alstom. Ce sont MM. Serge Tschuruk et Pierre Bilger en 1998/99. M. Patrick Kron continuera dans cette veine en ouvrant le capital à General Electric. Technip, fleuron du parapétrolier français, c’est une autre affaire. Là aussi c’est l’œuvre de son patron. L’affaire a été depuis lors rattrapée sous l’impulsion des pouvoirs publics. Bien entendu Emmanuel Macron a fait évoluer sa doctrine : plutôt libérale au départ, elle est devenue ensuite beaucoup plus pragmatique voire franchement industrialiste. Puis-je vous rappeler que si j’ai voté au premier tour pour Emmanuel Macron en 2022, je ne l’avais pas fait en 2017 : je tiens compte des évolutions…       <br />
              <br />
       <b>En 2014, lorsque la volonté de GE de racheter la branche énergie d'Alstom fuite dans la presse, vous écrivez au Premier ministre que &quot;ce transfert de propriété est hors de question&quot;. Vous ajoutez : &quot;La reprise de la branche énergie d’Alstom porterait un coup fatal à l’indépendance de notre filière électronucléaire. Elle signifierait l’abandon par la France d’un des derniers pans de son industrie d’équipement.&quot; Vous proposez alors à l'État de monter au capital. En conférence de presse, vous déclarez : « Qui tient le capital, tient la décision ». Un mois plus tard, vous avez moins de réserve pour soutenir le projet. Que promet Clara Gaymard lors de sa venue à votre permanence sénatoriale pour vous convaincre ?</b>       <br />
              <br />
       C’est parce que j’ai été scandalisé par les conditions dans lesquelles Alstom Energie était vendue à General Electric que j’ai demandé à la fin de 2014 à rencontrer Emmanuel Macron que je ne connaissais pas. Celui-ci m’a montré que la vente approuvée par l’Assemblée des actionnaires était malheureusement conforme à l’arrangement conclu par François Hollande à une époque (juin 2014) où Emmanuel Macron n’était pas encore ministre de l’Économie. Depuis, je n’ai eu de cesse de faire revenir les pouvoirs publics français, sur cette décision catastrophique pour l’indépendance de notre politique énergétique et celle de la filière nucléaire française. Toute la partie conventionnelle de nos réacteurs nucléaires, et en particulier de la turbine Arabelle, était fabriquée par Alstom et notamment à Belfort. C’est cette situation qui a été redressée par l’annonce faite à Belfort en février dernier par le président Emmanuel Macron du rachat de la partie nucléaire d’Alstom Energie. Croyez-vous que je n’ai pas mouillé ma chemise pour y parvenir ? Et le Président Macron aussi, auquel je sais gré d’avoir motivé de manière décisive ses ministres, le patron d’EDF et d’avoir fait accepter ce rachat par les Américains !       <br />
       Quant à Mme Gaymard, il se peut que je l’ai reçue à ma permanence sénatoriale par courtoisie, mais j’ai franchement oublié cet épisode pour une raison simple : Mme Gaymard n’a jamais été en situation décisionnelle. Les centres de décision de General Electric ont toujours été aux États-Unis. Mme Gaymard exerçait un rôle de lobbying auprès des pouvoirs publics français pour le compte de General Electric. Je n’ai donc jamais eu d’échange sur le fond avec elle.       <br />
              <br />
       <b>Un de vos &quot;proches&quot; belfortains m'a confié un jour : &quot;« Jean-Pierre Chevènement aura d’avantage été écouté par ses adversaires politiques que par la  gauche ces 20 dernières années. Et c’est la raison pour laquelle la gauche est dans cet état-là aujourd’hui. ». Que pensez-vous de cette remarque ?</b>       <br />
              <br />
       Celui qui a tenu ces propos ne s’est pas comporté comme l’un de mes proches mais comme l’un de mes adversaires. Je n’ai pas besoin de démontrer l’absurdité de ces propos. Fallait-il ne pas intervenir auprès de Jacques Chirac ou de Nicolas Sarkozy pour éviter la faillite d’Alstom au début des années 2000 ? M. Chirac a fait monter l’État au capital d’Alstom en 2004, M. Sarkozy, en 2008, a apuré le dossier auprès de la Commission européenne et il a substitué Bouygues à l’État au sein du capital. C’est d’ailleurs la volonté de Bouygues de re retirer d’Alstom qui a ouvert la voie ultérieurement (en 2014) au rachat par General Electric. Tout ce mécano-industriel peut paraître un peu compliqué, mais comme vous l’avez rappelé : « qui tient le capital tient aussi la décision ».       <br />
       Si, enfin, le gauche est aujourd’hui en morceaux, c’est l’effet de ses propres choix néolibéraux, et nullement mon fait comme une campagne d’une rare bassesse a cherché à le faire croire en 2002.       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Vous revenez de manière active dans le jeu politique belfortain. Quelles sont vos raisons ?</b>       <br />
              <br />
       Je n’exerce plus aucun mandat politique dans le Territoire de Belfort depuis 2014, mais je continue à suivre passionnément ce qui s’y passe. Je ne m’immisce pas dans l’exercice de leurs mandats par mes successeurs, je ne suis véritablement intervenu dans la durée que sur le dossier Alstom / General Electric parce qu’il surdétermine le reste. Et j’en ai toujours tenu informé le maire de Belfort. Bien sûr, j’aie mon âge. Pour assurer l’avenir, un homme neuf et compétent, constructif et bien introduit comme député ferait bien l’affaire de Belfort. C’est la raison pour laquelle je soutiens la candidature de Baptiste Petitjean. C’est le meilleur et pas seulement parce que c’est un Belfortain pure sucre…       <br />
              <br />
              <br />
       <b>Belfort et Montbéliard sont de nouveau empêtrés dans des querelles politiques. Quelle est votre vision politique de ce territoire ? Doit-il s'unir pour mieux construire ?</b>       <br />
              <br />
       Belfort et Montbéliard ont un intérêt vital à coopérer. C’est pour cette raison que j’avais créé en 1984 avec Guy Bêche, André Lague, Christian Proust et Jean-Pierre Michel « l’ère urbaine de Belfort-Montbéliard ». On ne peut pas faire évoluer les mentalités par décret. Beaucoup de bonnes choses ont été faites : le TGV Rhin-Rhône, l’Hôpital du Nord-Franche-Comté, le développement universitaire (encore insuffisant), l’Axone, l’école de police et l’école d’infirmiers, toutes deux sises à Montbéliard. Il faut que chacun se persuade qu’ensemble nous pouvons faire et obtenir plus que séparément.       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-avec-le-media-Le-Trois-Nous-mettons-l-accent-sur-la-politique-industrielle_a2217.html" />
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   <title>Tribune dans Le Monde : «La réélection d’Emmanuel Macron est essentielle pour que la France surmonte les fractures qui la traversent»</title>
   <updated>2022-04-19T11:57:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Tribune-dans-Le-Monde-La-reelection-d-Emmanuel-Macron-est-essentielle-pour-que-la-France-surmonte-les-fractures-qui-la_a2211.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/63871218-45954627.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-04-19T11:30:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Tribune de Jean-Pierre Chevènement pour Le Monde, publiée le mardi 19 avril 2022.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/63871218-45954627.jpg?v=1650362520" alt="Tribune dans Le Monde : «La réélection d’Emmanuel Macron est essentielle pour que la France surmonte les fractures qui la traversent»" title="Tribune dans Le Monde : «La réélection d’Emmanuel Macron est essentielle pour que la France surmonte les fractures qui la traversent»" />
     </div>
     <div>
      La réélection d’Emmanuel Macron est essentielle pour que la France surmonte les fractures qui la traversent, économiques et sociales, mais aussi et peut-être surtout culturelles. La désindustrialisation frappe la France depuis quatre décennies, plus que tout autre pays européen. Arrêtons-nous d’abord sur ces fractures économiques et sociales.       <br />
              <br />
       La crise liée au Covid-19 a révélé l’étendue et la profondeur de nos dépendances. Le déficit commercial a atteint 85 milliards d’euros en 2021. Dans le même temps, l’excédent commercial allemand tutoyait, chaque année, les 200 milliards d’euros. Cela veut dire que, depuis près de vingt ans, la position extérieure nette de la France n’a cessé de se dégrader. Ce n’est pas ainsi qu’on prépare l’avenir du pays.       <br />
              <br />
       Ce n’est donc pas un hasard si Emmanuel Macron a placé le « pacte productif » au cœur de son projet. La réindustrialisation est l’âme de notre nation et une nécessité impérieuse pour quiconque entend protéger notre « Etat-providence » et nos grandes conquêtes sociales de l’après-seconde guerre mondiale. C’est le sens de l’action d’Emmanuel Macron au cours des dernières années.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Depuis 2017, reprise de la création d’emplois industriels</b>       <br />
              <br />
       En fixant le cap de la reconquête de l’indépendance industrielle, Emmanuel Macron a mis fin à l’hémorragie dont la France souffrait. S’il reste du chemin à parcourir, les premiers résultats sont au rendez-vous. Depuis 2017, la création nette d’emplois industriels a repris, situation que la France n’avait pas connue au cours des deux dernières décennies. En 2021, on comptait deux fois plus d’ouvertures que de fermetures de sites industriels en France.       <br />
              <br />
       A titre de comparaison, en 2009, le nombre de fermetures d’usines excédait très largement celui des ouvertures (– 225 sites). Grâce au volontarisme conjugué de notre gouvernement, de notre appareil administratif et de nos industriels, la France est devenue l’un des pays européens les plus attractifs pour les investissements industriels étrangers, condition essentielle à l’innovation.       <br />
              <br />
       C’est précisément dans cette ambition d’innovation que s’inscrit le plan de relance France 2030. Il s’agit de placer la France sur tous les « créneaux porteurs » : énergie décarbonée, électronucléaire, hydrogène, batteries électriques, composants électroniques, aérospatial, véhicules électriques. Mais ce serait une grave erreur que de délaisser les industries traditionnelles : textile, habillement, agroalimentaire…       <br />
              <br />
       <b>Redonner un sens au travail</b>       <br />
              <br />
       Dans tous les secteurs, il faut développer la recherche technologique. Enfin, et surtout, former des hommes à tous les niveaux de qualification, de l’apprentissage aux écoles d’ingénieurs. Pour permettre la réindustrialisation de la France, il ne suffit pas d’abaisser les impôts qui pèsent sur la production. Il faut flécher l’investissement, ressusciter la planification indicative.       <br />
              <br />
       Il n’y aura pas de volontarisme industriel, si on ne recrée pas un ministère de l’industrie capable d’embrayer directement sur les structures productives et doté des instruments nécessaires. Ce ministère de l’industrie doit coexister avec le ministère de l’économie et des finances. C’est possible, car ce n’est pas tout à fait le même métier.       <br />
              <br />
       Une double approche est nécessaire : macroéconomique d’abord, soucieuse des grands équilibres, et sectorielle ensuite, capable d’organiser la montée en gamme de nos productions. Evidemment, cette priorité industrielle et technologique doit se refléter dans le choix des hommes. Pour remonter la pente de la désindustrialisation, il faudra investir, dégager des ressources nouvelles, bref, comme l’a rappelé notre candidat, « travailler plus ». Ce n’est possible que si le travail retrouve, pour tous, son sens.       <br />
              <br />
       <b>Refonder la République</b>       <br />
              <br />
       On doit lier la réindustrialisation et la nécessaire reconquête de l’électorat populaire. Et, pour cela, combattre les idées de décroissance et la technophobie. Dans cette première priorité, il y a une dimension idéologique forte : la réhabilitation du travail, de la science et des valeurs de la connaissance. Tout aussi fort est le contenu idéologique de la seconde priorité.       <br />
              <br />
       Il ne s’agit rien de moins que de refonder la République. Dans ce monde déchiré de contradictions et dans une Europe dont l’unité est une tâche, le modèle républicain peut seul tenir la France debout. Or, une France debout, c’est-à-dire une France forte, est seule en mesure de maintenir l’équilibre de l’Europe.       <br />
              <br />
       Si la France venait à céder sur ses valeurs de citoyenneté, de laïcité, d’égalité des chances données à tous, de liberté, et d’abord de liberté de jugement, de fraternité entre tous les citoyens quelles que soient leur religion, leur couleur de peau, leur tradition culturelle, ce serait, tout simplement, la fin de la France comme grande nation.       <br />
              <br />
       <b>La restauration du socle de l'école publique</b>       <br />
              <br />
       C’est le civisme qui fait l’unité d’une action comme la nôtre. Les ennemis de la République arguent que ses valeurs sont sans cesse contredites par les faits ; c’est qu’ils ne comprennent pas la distance qui sépare l’idéal et le réel, ni le sens du combat républicain défini par Jaurès : aller à l’idéal, mais à partir du réel. Combat de tous les jours, sans cesse recommencé…       <br />
              <br />
       Sachons magnifier le travail effectué sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron pour revaloriser l’école élémentaire, rehausser le niveau des apprentissages, réconcilier méritocratie et combat contre les inégalités, ainsi en maintenant l’école ouverte pendant la pandémie, en dédoublant les petites classes, en mettant en place des plans ambitieux pour l’enseignement du français et des mathématiques, en revalorisant l’enseignement du latin et du grec, en rouvrant les classes bilingues, etc.       <br />
              <br />
       Cette restauration du socle de l’école publique était le chantier le plus nécessaire. Il a été ouvert et conduit d’une main ferme. Il était le préalable de la suite de l’effort engagé pour améliorer l’orientation scolaire. Le ministère a su défendre la laïcité quand elle était assaillie. Le dispositif mis en place pour combattre les atteintes à la laïcité fonctionne. Mais, là aussi, c’est un combat de tous les jours, combat contre l’idéologie « woke » fondamentalement hostile à l’idée de l’égalité.       <br />
              <br />
       <b>Marine Le Pen inaugurerait une ère de tensions</b>       <br />
              <br />
       Pour mener ce combat vital, un puissant ministère de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la culture réunirait tous les moyens nécessaires à une action d’ensemble dont tous ne sont pas convaincus, tant s’en faut, et tant pèse le poids des idées différentialistes dans notre société. Un tel ministère porterait efficacement le flambeau des Lumières. L’enseignant de demain, revalorisé d’un point de vue aussi bien salarial que symbolique et moral, doit être convaincu que parler au peuple a un sens, c’est l’aider à penser, à comprendre, à poursuivre l’œuvre de la culture qui donne sens à l’humanité.       <br />
              <br />
       En donnant toute leur force aux deux chantiers prioritaires définis par notre candidat, nous donnons sens à l’engagement civique que commande la gravité de la situation. Il ne sert à rien, à la veille du second tour, de diaboliser Marine Le Pen. Bien sûr, son élection serait un dramatique mauvais coup porté à l’image de la France dans le monde.       <br />
              <br />
       L’inexpérience de l’Etat, l’isolement et l’incompétence trop souvent démontrée de Marine Le Pen et de ses équipes ne présagent rien de bon quant à leur capacité à défendre les intérêts de notre nation. Surtout, l’élection de Marine Le Pen à la présidence de la République inaugurerait une ère de tensions, d’instabilité politique et, potentiellement, de troubles graves pour le pays. La paix civile serait menacée.       <br />
              <br />
       Le plus sûr moyen d’arrêter Marine Le Pen, c’est encore de montrer le sens humaniste de notre projet. Car, comme l’a dit Emmanuel Macron, « la France n’est pas n’importe quelle nation ».       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/19/jean-pierre-chevenement-la-reelection-d-emmanuel-macron-est-essentielle-pour-que-la-france-surmonte-les-fractures-qui-la-traversent_6122752_3232.html">Le Monde</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Tribune-dans-Le-Monde-La-reelection-d-Emmanuel-Macron-est-essentielle-pour-que-la-France-surmonte-les-fractures-qui-la_a2211.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Meeting de soutien à Emmanuel Macron à Belfort</title>
   <updated>2022-04-14T10:47:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Meeting-de-soutien-a-Emmanuel-Macron-a-Belfort_a2209.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/63767110-45901617.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-04-14T10:42:00+02:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Un meeting de soutien à Emmanuel Macron aura lieu le mardi 19 avril à 18h30 à la Maison du Peuple de Belfort (salle 327), à l'initiative de Jean Pierre Chevènement et du parti Refondation républicaine.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/63767110-45901617.jpg?v=1649927085" alt="Meeting de soutien à Emmanuel Macron à Belfort" title="Meeting de soutien à Emmanuel Macron à Belfort" />
     </div>
     <div>
      Interviendront à cette occasion :       <br />
       - <b>Brigitte Vu</b>, ingénieur en efficacité énergétique des bâtiments, enseignant chercheur au département énergie à l'UTBM, présidente du Comité de réélection d'Emmanuel Macron du Territoire de Belfort (Crem) ;       <br />
       - <b>Christophe Grudler</b>, député européen, conseiller municipal de Belfort ;       <br />
       - <b>Denis Sommer</b>, député du Doubs ;       <br />
       - et <b>Jean-Pierre Chevènement</b>, ancien ministre, président d'honneur de Refondation républicaine.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Meeting-de-soutien-a-Emmanuel-Macron-a-Belfort_a2209.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Marianne : "Emmanuel Macron fait l’objet d’un procès politique permanent que je ressens comme injuste"</title>
   <updated>2022-04-08T15:54:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-Marianne-Emmanuel-Macron-fait-l-objet-d-un-proces-politique-permanent-que-je_a2208.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/63640944-45836394.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-04-08T15:26:00+02:00</published>
   <author><name>Jean Pierre Chevenement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au journal "Marianne", propos recueillis par Natacha Polony, Franck Dedieu et Étienne Campion, vendredi 8 avril 2022.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/63640944-45836394.jpg?v=1649413797" alt="Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Marianne : "Emmanuel Macron fait l’objet d’un procès politique permanent que je ressens comme injuste"" title="Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Marianne : "Emmanuel Macron fait l’objet d’un procès politique permanent que je ressens comme injuste"" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Marianne : Au regard de la guerre en Ukraine, comment définiriez-vous la position géopolitique que la France doit adopter dans les années à venir ? Comment préserver les intérêts du pays dans ce nouvel ordre mondial ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il est d’abord urgent de mettre fin à cette guerre honteuse au cœur de l'Europe. Une guerre qu'on pouvait voir venir depuis longtemps, mais à laquelle personne ne croyait. La paix nécessite la proclamation, par l'Ukraine elle-même, de sa neutralité, avec la garantie que pourront lui apporter un certain nombre de puissances – les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies auxquels pourraient s’ajouter selon moi l'Allemagne et la Turquie.       <br />
              <br />
       Pour le reste, le constat d'une éventuelle violation de la neutralité de l'Ukraine devrait être établi à la faveur d’une procédure assez lourde, pour que les Ukrainiens soient rassurés sur leur capacité à se gouverner comme une nation libre et indépendante, démocratiquement. La preuve a été faite dans cette guerre que l'Ukraine, longtemps constitutive de l’Empire russe et alors appelée « Petite Russie », est, certes, une nation récente, mais une nation bien vivante.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Quant à la question plus générale tenant au contexte géopolitique dans lequel la France va devoir s'insérer, la contradiction structurante du monde à venir restera celle qui prévaut déjà aujourd'hui, entre les États-Unis et la Chine. Ne nous leurrons pas : la Russie ne deviendra jamais l'hyperpuissance qu'elle a été à l’époque soviétique. Elle est, et restera, une grande puissance, certes. La Russie devra s’insérer dans le monde tel qu’il est devenu. Le peuple russe reste d’abord un très grand peuple européen dont l’apport à la civilisation européenne est majeur. On doit, géographiquement parlant, se rappeler que la Russie est le pays des quatre mers : la mer Baltique, la mer Blanche, la mer Noire, et la mer Caspienne. C’est le noyau historique de la Russie qui s'est démesurément étendu avec la conquête par les Cosaques de la Sibérie au XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. L’indépendance de l’Ukraine ne commence, elle, qu’en 1991.       <br />
              <br />
       Dans le cadre de l’Europe, notre tâche, à nous Français, sera de maintenir une indépendance du Vieux Continent par rapport aux deux hyperpuissances de demain, que seront les États-Unis et la Chine. Sur ce sujet, je n'ai aucune peine à me définir comme européen. Naturellement, pour moi, l'Europe pèse à la mesure des nations qui la composent, et particulièrement des grandes nations. Leur effort conjugué doit permettre à l’Europe d'exister comme acteur indépendant. Alors, quelles sont ces grandes nations ? Il n'y a pas de règle. Ce sont celles qui s'engageront. On voit bien, naturellement, que, au premier rang, il y a la France, l'Allemagne, l’Italie, l’Espagne, et sans doute un jour la Russie si on veut que l’Europe pèse son poids dans les affaires du monde.       <br />
              <br />
       Car, ne cessons jamais de le répéter : la Russie appartient à la sphère de la civilisation européenne. La guerre actuelle ne peut se comprendre qu’à la lumière de l’Histoire longue, comme un spasme, différé de trente ans, après la dissolution, en 1991, du lien qui unissait l’Ukraine à la Russie. Nous ne devons pas confondre les errements du gouvernement de Vladimir Poutine avec le peuple russe. À l’avenir, il faudra bien mettre quelque chose entre la Chine et l'Europe. Jusqu'à nouvel ordre, on n'a encore rien trouvé de mieux que la Russie. Il faut voir loin et large, et ne pas se laisser engloutir par l’immédiateté. La Russie, l’Ukraine et l’Europe devront réapprendre à vivre ensemble, en bonne intelligence, en optimisant leurs complémentarités naturelles, aujourd’hui stupidement décriées, à la lumière d’une catastrophe qui fausse la perspective d’ensemble.       <br />
              <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Marianne : Vous venez d'insister sur la nécessité de garantir une Europe indépendante. Et vous avez bien insisté sur « une Europe composée de nations », ce qui a toujours été votre positon. Que va devenir cette Europe ? On écoute Emmanuel Macron, on voit sa politique en pratique, mais on ne parvient pas encore à définir s'il veut une Europe fédérale ou une Europe d’État-nations. Concrètement, quelle position défend-il ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il faut écouter d’abord ce que dit Emmanuel Macron. Chacun peut avoir sa grille de lecture mais, à mes yeux, il y a avant tout la puissance des faits. Que pouvons-nous faire ? Où sommes-nous prêts à aller ? Je pense que le fait national s'impose d’abord de pair avec l'exigence démocratique, car seul le sentiment d'appartenance qui existe dans la nation est assez fort pour permettre à une minorité d'accepter la loi de la majorité. Il peut y avoir un sentiment d'appartenance européen, mais il n'est pas de même nature, ni de même qualité. Il est vrai que nous avons quelque peine, Français, à placer la Volhynie ou la Valachie sur une carte. La garantie de la neutralité de l'Ukraine n'est donc pas qu'un problème européen, c'est un problème mondial. Il faut mettre les États-Unis dans la boucle, ainsi que la Chine.       <br />
              <br />
       J’ai évoqué la garantie de la neutralité de l’Ukraine. Il faut aussi offrir cette possibilité à l'Allemagne, parce qu’elle a un intérêt vital à la stabilité de l’Europe et qu’elle s’est dite capable de faire un effort de défense à hauteur de 100 milliards d'euros, comme l’a annoncé le chancelier Olaf Scholz. Aller plus loin sur ce que pourrait être une identité européenne de défense ? Je pense que si, déjà, nous joignons nos efforts budgétaires – France, Allemagne, mais aussi Italie, Espagne et peut-être Pologne – nous pouvons définir un certain nombre de programmes d’armement en coopération. C'est dans le domaine de l'armement que je vois de manière la plus évidente les complémentarités. Mais il faut rester réaliste. Les autres pays européens – à quelques exceptions près de pays neutres comme la Suède, la Finlande, l'Autriche ou la Suisse – ne conçoivent pas leur défense autrement qu'à travers l'OTAN. Les pays européens achètent donc des F35 américains. Poutine ne semble pas s’être avisé qu’il les jetait plus encore dans les bras des États-Unis. Parce que derrière l'OTAN, il y a la puissance nucléaire des États-Unis. Et c'est compréhensible tant, face à l'arsenal russe, mille cinq cents têtes nucléaires de théâtre dites quelquefois « tactiques », et plus de 1 000 têtes stratégiques déployées, seule la puissance nucléaire américaine apparaît réellement dissuasive pour figer les frontières existantes en Europe.       <br />
              <br />
       Avec les Russes, il faudra tenter demain une négociation pour redéfinir un système de plafonnement des forces conventionnelles en Europe. Ce ne sera pas facile car la Russie, par son étendue, n’est pas seulement un pays européen. C’est un pays d'Asie moyen-orientale, d'Asie centrale, d'Asie extrême-orientale. Et c'est aussi un pays mondial qui, naturellement, prétend avoir son mot à dire sur tous les dossiers. Le fait est qu'on retrouve toujours la Russie dans des dossiers comme la Syrie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, l’Afghanistan, la Corée du Nord, l’Europe évidemment.       <br />
              <br />
       Donc, pour répondre de ma place à votre question, je reste partisan de l'indépendance de la France dans un cadre européen, en coopération avec ses voisins, notamment sur le plan des armements. Nous sommes aussi membres de l'Alliance atlantique (OTAN). Cela n’a pas tout à fait le même sens aujourd'hui qu'il y a une cinquantaine d'années, quand le général de Gaulle a décidé que la France se retirerait de l’organisation militaire intégrée. Les Américains étaient beaucoup plus présents en Europe. L'hypothèse d'un conflit classique à l’époque de la guerre froide était traitée par les États-Unis dans le cadre de la doctrine de la « riposte graduée ». Bref, un conflit pouvait dégénérer en conflit nucléaire sur le territoire européen. D’où la dissuasion française indépendante. Cette réalité, que l’agression russe en Ukraine remet en lumière, n’a pas disparu. Mais quand même, l’Alliance atlantique est aujourd'hui une alliance beaucoup moins contraignante sur le plan de l'automaticité qu’elle est censée comporter. Dans l’immédiat, l’invasion de l’Ukraine repousse la plupart des pays européens vers la tutelle américaine : fourniture de gaz et d’armes, etc.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Restons sur la question de la bonne échelle de gouvernance, politique et démocratique. Emmanuel Macron a commencé son mandat par un bond conceptuel lors de son discours de la Sorbonne, avec la « souveraineté européenne ». Nous avons appris par cœur en vous lisant que la seule échelle possible de la souveraineté était « nationale », car il n’y a pas de peuple européen. Soutenez-vous Emmanuel Macron jusqu’au concept de souveraineté européenne ? Peut-il y avoir à la fois une souveraineté nationale et une souveraineté européenne ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ma réponse est oui. D'ailleurs, Emmanuel Macron emploie simultanément les formules « souveraineté française » et « souveraineté européenne ». Mais elles ne sont pas tout à fait de même nature. Pour qu'il y ait souveraineté, au sens classique du terme, il faut – vous l’avez rappelé – qu'il y ait un peuple (demos). Ce sentiment d'appartenance très fort que j'évoquais tout à l'heure, qui existe au niveau des nations, n'existe pas vraiment au niveau de l'Europe tout entière, qui se compose d'une trentaine de peuples. L’arrêt Lisbonne du 30 juin 2009 du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe le dit d’ailleurs, à propos du Parlement européen : celui-ci juxtapose l'expression de la volonté d'une trentaine de peuples, mais n'exprime pas la volonté générale d'un peuple européen qui n’existe pas.       <br />
              <br />
       Et il n'est donc pas un Parlement au sens classique du terme. Ce qu'on peut entendre par « souveraineté européenne » tient à la capacité des peuples européens à mettre ensemble leurs moyens, notamment budgétaires, pour définir des programmes autonomes. Des programmes comme ceux que nous nous sommes engagés à mener à bien avec les Allemands, par exemple. Le programme du char lourd, sous leadership allemand, et le programme de l'avion de combat du futur, sous leadership français. Je connais toutes les difficultés qui s'attachent à la réalisation de ces programmes. Est-ce une raison pour ne pas persévérer ?       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Emmanuel Macron, en 2017, donnait l'impression d'être plutôt sur une vision fédérale de l'Europe. Concrètement, a-t-il changé, pour que vous, qui accordiez beaucoup d'importance à cette question-là, considériez que vous pouvez le soutenir ? Ou alors, considérez-vous que cette question des institutions européennes et de leur devenir n'est finalement pas fondamentale dans le choix du futur président de la République ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cette question est sans doute fondamentale mais elle n'est pas actuelle. Quant aux impressions, elles sont changeantes par définition. Si j'ai apporté mon soutien républicain à Emmanuel Macron, c'est sur la base d'un critère simple : l'intérêt de la France, à l’orée de crises majeures comme celle qui pourrait résulter de l’interruption de la fourniture de gaz russe et le chaos économique qui en découlerait, faute de substituts rapidement mobilisables.       <br />
              <br />
       Je ne vois honnêtement pas qui je pourrais soutenir d'autre qu’Emmanuel Macron parmi les candidats en lice pour que la France puisse défendre, comme il se doit, ses intérêts et ses valeurs. Emmanuel Macron a, seul, l’étoffe d’un homme d’État. Son charisme est reconnu à l’étranger. Je ne vois rien de tel ni chez les deux candidats d'extrême droite qui font plutôt figure d’épouvantails, ni chez Madame Pécresse – encore que je connaisse ses qualités de ministre de la Recherche et de l'Enseignement supérieur que j'ai été moi aussi, ce qui a créé entre nous un lien cordial, mais qui ne va pas au-delà. Quid des candidats dits « de gauche » ? La gauche a perdu sa boussole idéologique depuis très longtemps, avant même que je quitte le Parti socialiste en 1993. Celui-ci n’existe plus mais ses leaders ne s’en sont pas encore aperçus. Après trente ans de militantisme, je l’ai quitté parce qu’il avait tourné le dos à son engagement social fondamental. La gauche ne peut retrouver un sens que si elle peut donner aux citoyens la maîtrise individuelle et collective de leur destin.       <br />
              <br />
       C'était vrai à l'époque où il y avait un État suffisamment puissant pour relayer une volonté collective. Cela ne voulait pas dire qu'on ne débordait pas du cadre national. Par exemple, nous avons toujours envisagé, dans les années soixante-dix, d'entraîner l'Allemagne sur un sentier parallèle au nôtre. C'était à l'époque ce qu'on appelait l'« Ostpolitik » en Allemagne avec Egon Bahr et Willy Brandt. Et nous pensions aller vers une Europe qui se définirait de manière autonome, sans rompre pour autant son alliance avec les États-Unis. Tout cela, la gauche l'a perdu de vue. Elle ne raisonne plus qu’à travers le prisme européen, en fait sous l’empire des dogmes du néolibéralisme. Elle s'est ralliée très discrètement, d'une manière passée presque inaperçue à travers la présidence de Jacques Delors, président de la Commission européenne de 1984 à 1994. Jacques Delors que le chancelier Kohl avait remarqué après les négociations sur la sortie ou non du système monétaire européen (1983).       <br />
              <br />
       Le chancelier Kohl l'avait suffisamment apprécié pour lui dire qu’il était prêt à céder la place de président de la Commission européenne qui revenait à un Allemand à un Français, pourvu que ses initiales soient « J.D. ». C'est raconté plaisamment par Jacques Delors lui-même dans ses Mémoires. Donc J.D. est devenu président de la Commission européenne et a mis en branle le marché unique, et l’Acte unique qui donne à la Commission européenne le soin de proposer des directives s'appliquant à tous les États, pour faire respecter le principe de la concurrence pure et non faussée. Et c'est ainsi que s’est fait le mariage entre l'union de la gauche française et le néolibéralisme de Madame Thatcher. Tout cela s'est réglé à Bruxelles, dans l'obscurité la plus totale, puisque l’Assemblée nationale a voté cet Acte unique et, mécaniquement, la transposition de toutes les directives de la Commission à la législation française.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Nous sommes d’accord avec vous sur le ralliement caché de toute la gauche au néolibéralisme qui, si on vous écoute bien, a abouti aux difficultés que connaît la France aujourd’hui. Mais vous apportez votre soutien à Emmanuel Macron, celui qui, lorsqu’il a été nommé ministre de l’Économie, a, dans sa première interview, repris le slogan de Margaret Thatcher que vous venez d’évoquer – « There is no alternative » –  et incarne la continuation du néolibéralisme. D’où notre question, déjà posée sur l’Europe : a-t-il changé ? Ou bien y a-t-il quelque chose qui vous permet de considérer qu’il va aller dans votre sens ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’ai tendance à le penser. Sans méconnaître les continuités, j’incline à penser que le Emmanuel Macron de 2022 n'est plus le Emmanuel Macron de 2017. Même s'il ne le dit pas lui-même comme cela. Le contexte a profondément changé : les critères de Maastricht ont été balayés par la crise du Covid, et avec eux l'incapacité dans laquelle nous nous trouvions à faire face, depuis la crise de 2018, aux tendances récessionnistes de l’économie, tout cela du fait de disciplines budgétaires obsolètes. La Banque centrale européenne, contre laquelle j'avais tant guerroyé en 1992 parce qu'elle nous privait de notre souveraineté monétaire et nous conduisait à une politique austéritaire, avec pour seule mission de lutter contre l'inflation, a profondément modifié son orientation. Ce sont les socialistes qui avaient toujours rejeté l'idée qu'on puisse modifier ses statuts. Ségolène Royal avait accepté, à travers un accord avec le Mouvement des Citoyens, de modifier les statuts de la Banque centrale et l'a proposé au congrès du PSE réuni un mois plus tard, en février 2007, à Porto. La proposition fut promptement rejetée.       <br />
              <br />
       La Banque centrale européenne, grâce à l’impulsion donnée par Monsieur Draghi et prolongée aujourd’hui par Madame Lagarde, fait tourner la planche à billets. 4 800 milliards d'euros de titres publics rachetés par la BCE, cela ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval ! La BCE est sortie de la seule mission qui lui était, paraît-il, assignée par ses statuts.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Ne confondez-vous pas la force des circonstances, qui a fait changer ces politiques, et la volonté des décideurs que vous décrivez, dont Emmanuel Macron ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est ce que je vous dis : la puissance des faits ! Emmanuel Macron est sans doute heureux de constater que ses marges, qu'il utilise d'ailleurs très largement, se sont élargies grâce à la suspension des critères de Maastricht et la politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne. 4 800 milliards d'euros, c'est pratiquement le tiers du PIB annuel de la zone euro, soit 15 000 milliards. Et le carcan financier – qui était particulièrement stupide – de la réduction du taux d'endettement à 60 % du PIB s'est envolé. Par conséquent, nous ne sommes plus exactement dans le même schéma d'Europe aujourd'hui qu’hier.       <br />
              <br />
       Il ne faut pas enlever à Emmanuel Macron le mérite du « Quoi qu’il en coûte ! »       <br />
              <br />
       « Mais qu’en sera-t-il demain ? », me direz-vous. Je ne méconnais pas qu'il y ait des gens qui voudraient revenir aux disciplines néolibérales, c'est vrai. Pour autant, la méthode proposée par Emmanuel Macron consiste à mettre en avant le plan d'investissements que nécessitent la transition écologique, la transition climatique, la transition numérique, ou bien les immenses transformations qu'il faudra apporter, par exemple, à l'industrie automobile en promouvant les véhicules électriques. Et puis, à partir de là, il faudra décliner les capacités d'endettement des États. C'est une démarche logique. Lisez le discours d'Emmanuel Macron de décembre 2021 sur la présidence par la France du Conseil de l’Union européenne, c’est précis et expliqué de manière très claire, parfaitement audible par nos partenaires. Cette méthode me convient.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Vous expliquez, pour simplifier, que Macron a commencé néolibéral en 2017 et qu’il termine quasi chevènementiste en 2022. Mais, s’il est élu, si l’on regarde son programme, on a l’impression qu’il retourne à sa position initiale : le RSA, les 3 % de déficit auxquels il souhaite se conformer... Et la retraite à 65 ans. Vous retrouvez-vous, concrètement, dans le programme publié par Emmanuel Macron ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je n’explique rien de tout cela. Je regarde les faits. Le déficit budgétaire est à 7,1 % aujourd’hui et reviendra à l’équilibre dans cinq ans.       <br />
              <br />
       S'agissant de l'âge de la retraite, c'est d’un allongement progressif qu’il est question. Il tiendra compte de la pénibilité des tâches et de la durée du temps de cotisation. Il y a de la marge pour négocier. Et je serai de toute façon mieux en mesure d'influer qu’en m’enfermant dans une abstention boudeuse, comme le font beaucoup d'hommes de gauche sincères, par manque d'imagination et aussi parce que la gauche n’a pas fait le travail intellectuel nécessaire à toute réorientation de fond.       <br />
              <br />
       Il faut remédier à cette insuffisance intellectuelle pour définir une planification écologique certes, mais aussi et surtout industrielle. Comme avec l’électronucléaire sur lequel Emmanuel Macron à Belfort a eu l'intelligence et le courage de réouvrir le dossier. Le lancement de 6 à 14 nouveaux réacteurs n’est pas une bricole. Pas plus que le rapatriement en France des turbines Arabelle.       <br />
              <br />
       Il faut toujours revenir à Jaurès, aller à l'idéal, mais en partant du réel. On peut aussi revenir à De Gaulle si vous préférez : « On ne fait pas de bonne politique en dehors des réalités. »       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Rebondissons sur Jaurès, justement, et la question sociale, qui a été longtemps la vôtre, notamment avec le CERES. Quel regard porte l’homme de gauche qui invoque Jaurès sur les réformes du marché du travail du Macron néolibéral, qui ont mis le peuple dans la rue, celles de l’ISF, de l’assurance chômage, de la privatisation de certains services publics ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il faut se parler franchement. Emmanuel Macron n'est pas un homme de droite. Il est passé par le Mouvement des Citoyens et par le Parti socialiste. C'est vrai qu'il a été plutôt porté par la droite de ce dernier et même par ceux qu'on appelait alors les Gracques, sans parler des « transcourants ». Mais faites confiance à Emmanuel Macron pour s’affranchir des influences. Il est intelligent. Il y a les faits. Et il décide. Emmanuel Macron fait l’objet d’un procès politique permanent que je ressens comme injuste. Et je n’aime pas l’injustice. Bien sûr, il a pu commettre quelques erreurs…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Lesquelles ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il les a reconnues lui-même. Ce sont pour la plupart des erreurs d'expression. Emmanuel Macron a été élu président de la République à 39 ans et il peut avoir droit à un minimum d'indulgence.       <br />
              <br />
       Sur le fond, même dans son premier schéma de 2017, il y avait une inspiration keynésienne. L'idée d'un budget de la zone euro, s'élevant à plusieurs points du PIB de celle-ci, c’est-à-dire, grosso modo, 350 à 400 milliards. Cela, il l'avait dit, dans son discours de la Sorbonne (2017). Donc, il n'était pas aussi simplistement libéral que vous le présentez. Emmanuel Macron a dérangé tout un tas de gens dits de gauche, strauss-kahnien ou autres, pour qui les avenues du pouvoir s'étendaient à l'infini, bordées de fauteuils et de maroquins. Ils étaient heureux, tout comme la droite qui s’est sentie frustrée d’une victoire qu’elle considérait comme acquise début 2017.       <br />
              <br />
       Je ne suis pas de ceux qui larmoient sur la félonie supposée d'Emmanuel Macron. Il a fait le ménage. Je l'en félicite. Je considère qu'il a permis de tourner une page qui, enfin, nous autorise à imaginer autre chose. Beaucoup de crises qui ne sont pas principalement de son fait ont troublé son premier quinquennat. Mais il a contenu la pandémie : sur le plan sanitaire par un mot d’ordre juste : « vacciner d’abord ! » Et au plan économique : prêts garantis par l’État aux entreprises, aide au chômage partiel, etc. Les résultats en matière de croissance et d’emploi sont au rendez-vous. Maintenant, il va falloir choisir un président de la République, l'homme de la nation, comme disait de Gaulle, qui, pour cinq ans, donne l'orientation principale.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Donc vous ne regardez pas la copie précédente ? Les réformes, les privatisations, celle d'Aéroports de Paris notamment…</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cette privatisation ne s’est pas faite…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Mais l’intention était là !</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Regardons ce qu’il a fait, et non les intentions.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Il l'aurait faite s'il n'y avait pas eu un million de personnes pour signer une pétition ! Il a été forcé à refuser.</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : (Il sort un graphique avec les chiffres de l’Insee sur le pouvoir d’achat). Depuis 2013, le pouvoir d’achat de l’ensemble des ménages, en particulier les plus modestes, n'a pas cessé d'augmenter, à l'exception de 2020, à cause de la crise sanitaire. Depuis, on peut dire que la courbe du pouvoir d'achat est ascendante. Alors je ne dis cela pour défendre Emmanuel Macron qui a tout à fait la capacité de le faire tout seul. Mais je trouve qu’il y a une certaine injustice à lui faire des griefs qui vont au-delà de la réalité. Je pense par exemple à cette étiquette invraisemblable de président des riches que certains lui apposent continuellement, à rebours des effets réels des politiques économiques conduites.       <br />
              <br />
       Le feu est à la maison. Ce matin, un sondage donne 47,5 % des voix à Marine le Pen au second tour. 2,5 %, c’est la marge d’erreur. Et pendant ce temps-là, vous cherchez des poux dans la tête d’Emmanuel Macron !       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Vous avez été ministre. De la recherche, de l'Éducation, de la Défense et de l'Intérieur. Prenons ces éléments-là sur lesquels vous vous êtes engagé, vous avez agi. Que pense l'ancien ministre de la Défense et de la Recherche des dernières dispositions de Jean Castex, qui vient de réduire de 300 millions d’euros le budget de la Défense, et de 230 millions le budget de la Recherche ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C'est insoutenable dans la durée. Je pense que cela ne peut être que des mesures de correction budgétaire parce que nous devons faire adopter une loi de finances rectificative. Mais ce n'est pas la tendance générale. Cette dernière est à l'augmentation massive des dépenses de Défense et de la Recherche. C'est nécessaire, et cela va de pair avec le projet affirmé par Emmanuel Macron de reconquête de notre autonomie stratégique en matière industrielle et technologique. C’est le point essentiel.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Sur l’Éducation, on entend bien qu'il y a des réussites, que vous avez saluées : le dédoublement des classes, le retour à des méthodes à l'école primaire qui fonctionnent, notamment. Mais quand on regarde le projet d'Emmanuel Macron, l'autonomie des établissements scolaires – un projet historiquement de droite – ou la publication des évaluations, on peine à saisir en quoi cela correspond à l'idée que vous vous êtes toujours faite de l'école républicaine…</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je crois de toutes mes forces à ce que sous la Troisième République, on appelait « la République enseignante ». J'ai même écrit un livre avec Luc Chatel il y a quelques années, dans lequel je défendais l'École comme institution de la République, et lui l'autonomie des établissements. Ce débat va reprendre, car je n’ai abdiqué en aucune manière mes convictions. Et je l'ai dit à Emmanuel Macron, qui ne m’a pas demandé de renoncer à mes idées qui constituent plutôt à ses yeux, si j’ai bien compris, une « plus-value ». Bien sûr je les défendrai de manière constructive.       <br />
              <br />
       On peut ainsi conforter des orientations positives, comme celles de Jean-Michel Blanquer, et éviter des dérives qui seraient fâcheuses. Honnêtement, en politique, il faut faire des choix. Quel autre choix un citoyen responsable et épris de progrès peut-il faire que d’apporter un soutien résolu à Emmanuel Macron ? Le grand danger, face à Marine Le Pen, c’est la démobilisation et plus encore, l’aversion ressentimenteuse que suscite Emmanuel Macron chez une gauche que son sectarisme aveugle. Mélenchon, qui est le mieux placé des candidats de ce qui reste de la gauche, a quand même un problème avec la République. Sa sixième République, c'est le retour au régime d'assemblée. Non seulement il n'aura pas de majorité pour cela mais, à supposer qu'il en trouve une, je pense que la France n'accepterait pas durablement de se laisser gouverner par des gens qui flirtent avec l'islamogauchisme, qui combattent l’énergie nucléaire, qui insultent en permanence la police et tiennent, sur différents sujets, des propos que la plupart de nos concitoyens ne souhaitent pas entendre. Je pense à l'idéologie dite « woke », aux idées « décoloniales », aux groupes de « racisés » qui organisent des réunions en non-mixité, ressuscitant ainsi le racisme.       <br />
              <br />
       Jean-Luc Mélenchon, dont je reconnais le talent avec lequel il a exercé ses fonctions de secrétaire d'État à l’Enseignement professionnel, ne manque pas de qualités. Mais pour la gestion d'un grand pays comme la France c’est une autre affaire ! Il faut le caractère d’un homme d’État.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Poursuivons notre promenade dans vos différents ministères, et celui de l’Intérieur. Comment jugez-vous ce qui est en préparation, et ce qui sera fait sur la Corse ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je ne sais pas ce qui est en préparation. On ne m'en a pas tenu informé. J'étais resté sur une bonne impression en 2008, lors des cérémonies commémoratives de l'assassinat du préfet Erignac. Je reste dans le même état d'esprit parce que je pense que la République doit avoir une mémoire, et que céder encore au mirage de l'autonomie, c'est se préparer des lendemains difficiles – pas seulement en Corse qui deviendrait une île mafieuse ancrée au milieu de la Méditerranée, mais aussi ailleurs : au Pays basque, en Bretagne, en Alsace, etc.       <br />
              <br />
       Cette tendance, il faut la combattre, si nous ne voulons pas défaire la France. Je m'exprimerai, avec toujours le souci d'être constructif. Dans le sens que vous connaissez, c’est-à-dire que je reste sur la ligne de l’« application ferme et sereine de la loi » que j’avais appelée de mes vœux à Ajaccio à l’été 1997.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Ce qui avait justifié de votre part une démission vis-à-vis de Lionel Jospin ne vous semble pas rédhibitoire aujourd'hui vis-à-vis d'Emmanuel Macron ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : L’attribution du pouvoir législatif à l’Assemblée de Corse était contraire à la Constitution. Ainsi d'ailleurs, le Conseil constitutionnel en a-t-il jugé en 2001. L’autonomie, je ne sais pas trop bien ce que cela signifie. Nous aspirons tous à l'autonomie, à une certaine autonomie. Jusqu'où ? Là où notre liberté pourrait menacer celle d'autrui, la loi tranche. Ce vieux principe républicain – la suprématie de la loi – j'espère qu'on saura encore l'appliquer en Corse et ailleurs.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Emmanuel Macron a certes fait « turbuler » le « système » des partis, mais le « Système », avec un grand « S » ? A-t-il vraiment fait trembler ce « Système »-là ? Le cœur de la machine. Ce qui est en train, petit à petit, de détricoter la souveraineté du peuple ? On pense à l’affaire McKinsey...</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Ce que j’ai voulu faire « turbuler » en 2002 c’est un système où les partis politiques qui s’étaient reconstitués pour s’adapter à l’élection du Président de la République au suffrage universel n’avaient plus rien à dire. Prisonniers qu’ils étaient de la doxa néolibérale, ils avaient sombré dans une sorte de psittacisme. C’était le système du « pareil au même ».       <br />
              <br />
       Emmanuel Macron nous en a débarrassés et va continuer à nous en débarrasser – je l’espère – de toute cette ménagerie soi-disant « de gauche » ou soi-disant de « droite ». Il nous oblige et s’oblige lui-même à inventer. Il faudra de l’étoffe, car les défis sont rudes, mais je fais le pari de la confiance. L’intervention de McKinsey met en lumière certaines carences du service public. Elle ne doit pas occulter l’essentiel : Emmanuel Macron est une chance pour la France. Son prochain quinquennat, s’il est élu, permettra de sortir de la crise du système par le haut. Je l’y aiderai, à la mesure des moyens qui me restent.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : C’est ce que vous souhaitez faire avec Refondation républicaine ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : C’est ce que je voudrais faire avec ce très jeune parti qui va remplacer le club « République moderne » que j’ai créé en 1984 et qui a fait du bon travail. Mais ce n'est pas pour moi que je dis cela. Je n'ai aucune ambition personnelle à l’âge où je suis parvenu. Je pense à toute une génération de jeunes bien formés qui peuvent influer demain sur l'orientation politique de la France. Car c’est elle, la France, qui continue à me motiver.       <br />
              <br />
       Je crois beaucoup à l'action militante, au bon sens du terme. C’est-à-dire à l’alliage d’une réflexion à long terme exigeante et d’une pratique au quotidien. Ces jeunes peuvent se casser la figure, ce n’est pas grave. Ils apprendront. Et ils se bonifieront au fil du temps. Je crois à la refondation républicaine. Qu’ai-je fait d'autre pendant toute ma vie ? Depuis qu'après l’ouverture de la « parenthèse libérale » en 1983, j'ai entrepris de redresser l'École publique et le sens de l’action politique. N'était-ce pas déjà une refondation républicaine ? J'ai réécrit les programmes des écoles et des collèges, remis « La Marseillaise » au répertoire des écoles, l'éducation civique dans les programmes et dans les horaires des écoles et des collèges, créé le baccalauréat professionnel, etc.       <br />
              <br />
       La démocratie a besoin d’un tissu militant. Elle s'enrichit par la pratique. Pour apprendre, il faut entreprendre. Il faut souffrir un peu. Aussi parce que le prochain quinquennat va nous conduire à affronter de grands défis, ainsi reconquérir l’électorat populaire par une politique industrielle et éducative offensive.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Allez-vous tenter de faire élire des députés avec « Refondation républicaine » ? N’avez-vous pas peur, en faisant cela, de servir de faire-valoir politicien à un Emmanuel Macron qui pourra ainsi se prévaloir d’un chevènementisme dans ses rangs ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Il n’y a pas de mal à vouloir faire élire un certain nombre de jeunes députés. Le Parlement est le vivier de la démocratie. J'en serais heureux moins pour eux que pour la France. Ils seront certainement très utiles au pays, mais pour le moment il serait prématuré de vouloir figer les choses dans un système de partis. L’heure est au jaillissement, pas à la discipline qui est elle aussi nécessaire mais dont l’heure n’est pas encore venue.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Donc la question de savoir si les députés seront assez lourds dans la majorité ne se pose pas ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Vous savez, ce sont rarement les majorités qui font les politiques. La majorité socialiste de 1981 n’a pas aidé à empêcher la remise en cause du projet industrialiste que je portais comme ministre de l’Industrie…       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Marianne : Il vaut mieux, donc, influencer directement le président ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Généralement, il vaut mieux être proche des centres de décision. Et connaître les faits et les nécessités qui permettent d'avancer. Par exemple, la prise de conscience de nos dépendances est récente et liée à la crise du Covid, mais elle va, je l'espère, permettre d'imprimer enfin une véritable politique industrielle qui remédiera à ce mal profond qu'a été la désindustrialisation de la France depuis quarante ans.       <br />
              <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/chevenement-soutient-macron-la-grande-explication-avec-marianne">Marianne</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-Marianne-Emmanuel-Macron-fait-l-objet-d-un-proces-politique-permanent-que-je_a2208.html" />
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  <entry>
   <title>Tribune dans Marianne : "Comment empêcher une Troisième Guerre mondiale?"</title>
   <updated>2022-03-08T14:58:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Tribune-dans-Marianne-Comment-empecher-une-Troisieme-Guerre-mondiale_a2203.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2022-03-08T14:51:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Tribune de Jean-Pierre Chevènement pour le journal Marianne, publiée le mardi 8 mars 2022.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/62890967-45465836.jpg?v=1646748942" alt="Tribune dans Marianne : "Comment empêcher une Troisième Guerre mondiale?"" title="Tribune dans Marianne : "Comment empêcher une Troisième Guerre mondiale?"" />
     </div>
     <div>
      L’invasion de l’Ukraine par la Russie est une erreur gravissime. La nation ukrainienne est certes tardive. Son premier grand poète, Taras Chevtchenko, n’apparaît dans la littérature ukrainienne qu’au XIXe siècle. La première indépendance de l’Ukraine, de 1917 à 1923, correspond à l’effondrement de l’Empire russe devant l’avance des armées austro-allemandes. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Stepan Bandera, le leader indépendantiste ukrainien, joue un rôle pour le moins trouble avec la Wehrmacht. Il n’en reste pas moins que l’immense majorité des Ukrainiens a combattu au sein de l’Armée rouge. Il est ridicule aujourd’hui de faire comme si quelques groupuscules néonazis, certes violents et influents, reflétaient une tendance significative de l’opinion publique ukrainienne.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      De 1654, date du rattachement à l’Empire de Russie, au XXe siècle, les Ukrainiens se sont plus ou moins confondus avec les Russes. C’est en 1991, au moment de la dissolution de l’Union soviétique, et par décision conjointe des trois présidents Eltsine (russe), Kravtchouk (ukrainien) et Chouchkievitch (biélorusse), que l’Ukraine est devenue réellement indépendante. Et on pourrait dire que la Russie aura beaucoup fait pour accélérer la formation d’une conscience nationale en Ukraine.       <br />
              <br />
       D’un point de vue stratégique et politique, la décision d’envahir l’Ukraine prise par le président Poutine est sidérante d’absurdité. Même si l’armée russe a l’avantage sur le plan militaire, ce qui s’annonce pour elle est une longue période d’enlisement. La France du général de Gaulle a su tirer les conclusions de son isolement dans l’affaire algérienne et a mis fin à cette guerre à contre-courant de l’Histoire. Dans l’opinion publique russe, les souvenirs de la guerre d’Afghanistan ne sont pas effacés. Le bon sens voudrait naturellement que le pouvoir russe décide le retrait de ses forces hors d’Ukraine. Est-ce envisageable ? À court terme, je ne suis guère optimiste. Dans des pays démocratiques, il peut arriver que des leaders responsables démissionnent. On ne l’attend guère en Russie, même si Mikhaïl Gorbatchev, en 1991, avait su s’effacer. De même, en avait-il été pour Boris Eltsine, au 1er janvier 2000, au bénéfice de Vladimir Poutine. Mais une telle issue est aujourd’hui improbable.       <br />
              <br />
       Comment un tel malheur, dont les conséquences seront durables, aussi bien pour les Ukrainiens, pour les Russes, que, ne nous le cachons pas, pour tous les Européens et pour les relations franco-russes, a-t-il pu survenir ? Comment, trente-trois ans après la chute du Mur, a-t-on pu, entre la Russie et l’Occident, en arriver là ? Une partie de l’explication réside, je crois, dans le contexte de mésentente historique qui remonte au moins à 1054, date du grand schisme entre le christianisme occidental issu de Rome et le christianisme oriental issu de Byzance. Plus que jamais, il faut nous affranchir de ces visions étroites bien illustrées par un écrivain français comme Custine, qui, dès les années 1830, exprimait une hostilité viscérale à l’égard de la Russie. Ne confondons pas un gouvernement russe qui passe et le peuple russe, dont l’apport à la littérature, à la civilisation et à l’histoire de l’humanité est majeur.       <br />
              <br />
       On connaît par ailleurs le discours victimaire des Russes. Celui-ci a, il est vrai, quelques fondements. Le mépris et l’arrogance de beaucoup de dirigeants occidentaux, notamment américains, qui ne se cachaient pas de vouloir, depuis une dizaine d’années, un changement de régime en Russie (regime change), ont en effet contribué à renforcer un nationalisme russe obsidional. Ce sentiment plonge ses racines dans le temps long des invasions et des conflits que l’Histoire n’a pas ménagés à la Russie : invasion polono-lithuanienne au XVIIe siècle, suédoise au XVIIIe, française en 1812, allemande en 1917 et en 1941, sans parler du « grand jeu » avec la Grande-Bretagne, repris ensuite par les États-Unis. Aujourd’hui encore, les Russes se vivent comme perpétuellement assiégés et encerclés. La menace qu’ils ont identifiée, c’est l’extension de l’Otan. Il est vrai que la déclaration du sommet de Bucarest (2008) promettant une adhésion à l’Ukraine et à la Géorgie, a renforcé le sentiment de persécution. De même, les accords de Minsk (2014-2015) n’ont-ils pu s’appliquer du fait de la volonté du gouvernement ukrainien de récupérer d’abord sa frontière avec la Russie préalablement à toute consultation électorale sur le statut d’autonomie, notamment linguistique, des oblasts de Donetsk et de Louhansk.       <br />
              <br />
       Bien sûr le problème de la dissolution de l’URSS n’a pas été traité politiquement. Il eût fallu associer, de 2009 à 2014, la Russie au partenariat oriental qui visait à créer un régime de libre-échange entre l’Union européenne et l’Ukraine, alors que telle était déjà la situation entre l’Ukraine et la Russie. On mesurera a posteriori l’inconvénient d’avoir laissé à la Commission européenne, alors présidée par José Manuel DurãoBarroso, le soin de définir la politique extérieure de l’Union face à la Russie. Sur un autre plan, la guerre du Kosovo et le bombardement de Belgrade en dehors de toute résolution du Conseil de sécurité des Nations unies ont donné le sentiment que les arrangements de sécurité conclus en 1990 n’avaient pas de valeur aux yeux des Occidentaux. Il n’en reste pas moins que ceux-ci ont accompli des gestes significatifs quand ils ont accepté la Russie à l’intérieur du G7, devenu G8.       <br />
              <br />
       Des erreurs ont été commises au moment de la révolution de Maïdan, en février 2014. Les Russes ont cru pouvoir riposter en annexant la Crimée et en faisant prévaloir les considérations qui touchaient à leur sécurité. Grâce à l’intervention de la France et de l’Allemagne, un processus a néanmoins été engagé dans le cadre de ce que l’on a appelé le « format Normandie ». J’y ai été associé par la volonté des plus hautes autorités de l’État et je l’assume entièrement. Je considère que c’est le rôle d’un homme politique que de tout faire pour préserver la paix. Il était très imprudent de laisser un conflit gelé subsister au cœur de l’Europe, au risque de le voir dégénérer. Le président Macron l’a bien compris.       <br />
              <br />
       Mais il ne sert à rien de déplorer les occasions perdues. Elles n’ont pas toutes été du fait des Occidentaux. Il y a, chez les dirigeants russes, une vision caricaturale de l’Occident, comme si les associations de soutien aux LGBT représentaient la tendance dominante de nos sociétés. Rien n’autorisait le gouvernement russe à violer l’intégrité territoriale de l’Ukraine et, plus généralement, à bafouer le principe de non-ingérence proclamé dans la charte des Nations unies depuis 1945.       <br />
              <br />
       Depuis le début de l’agression russe, Emmanuel Macron défend une position combinant fermeté et souci de maintenir la porte ouverte au dialogue et à la diplomatie. Cette approche est celle d’un homme d’État. Elle est à la hauteur d’une telle crise, dont la gestion demande intelligence et souplesse. Les troupes russes doivent quitter l’Ukraine. Rien n’empêche néanmoins de réfléchir à des arrangements de sécurité permettant de stabiliser durablement les relations entre l’est et l’ouest de notre continent. Nous ne devons pas nous laisser entraîner vers une troisième guerre mondiale par des initiatives jusqu’au-boutistes. Un statut de neutralité garanti par toutes les puissances, sur le modèle de ce qu’a fait l’Autriche en 1955, après avoir recouvré son indépendance, ne vaudrait-il pas mieux pour l’Ukraine que la situation actuelle ? L’initiative ne peut venir que de l’Ukraine. Si une telle initiative était prise, elle exigerait de nous une pleine solidarité.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/jean-pierre-chevenement-comment-empecher-une-troisieme-guerre-mondiale">Marianne</a>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Tribune-dans-Marianne-Comment-empecher-une-Troisieme-Guerre-mondiale_a2203.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien sur France 5 : "Trop de gens s’expriment sous l’empire de l’émotion"</title>
   <updated>2022-03-02T15:00:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-sur-France-5-Trop-de-gens-s-expriment-sous-l-empire-de-l-emotion_a2202.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/62751204-45405727.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-03-02T14:28:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission « C à vous » sur France 5, mardi 1er mars 2022.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/62751204-45405727.jpg?v=1770493148" alt="Entretien sur France 5 : "Trop de gens s’expriment sous l’empire de l’émotion"" title="Entretien sur France 5 : "Trop de gens s’expriment sous l’empire de l’émotion"" />
     </div>
     <div>
      Le passage de Jean-Pierre Chevènement peut être écouté en <a class="link" href="https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/c-a-vous-saison-13/3103627-invites-jean-pierre-chevenement-elise-lucet-marie-maurice-et-eric-delbecque.html">replay</a>       <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim des interventions de Jean-Pierre Chevènement :</span>       <br />
              <br />
       &quot;D’abord, il y a un fait massif : c’est l’invasion russe de l’Ukraine, violation caractérisée du droit international et de l’intégrité territoriale de ce pays. Le réflexe ne peut être que de la condamner avec la plus grande force, en prenant toutes les mesures appropriées. C’est ce qu’on appelle les sanctions. Ces sanctions sont contenues dans l’agression car l’agression entraîne une riposte qui est tout à fait légitime. Maintenant, si l’on veut raisonner en homme d’État, il faut réfléchir à tous les enjeux et à la guerre potentiellement nucléaire qui pourrait résulter de cet affrontement. Donc, il me semble que la fermeté n’exclut pas, comme le Président de la République le montre, la recherche d’un dialogue ou, en tout cas, d’une voie diplomatique. Celle-ci doit permettre de trouver une issue à ce conflit qui ne peut être, bien entendu, que le cessez-le-feu d’abord et ensuite le retrait des troupes russes, avec peut-être des arrangements sur les questions qui préoccupent légitimement les Russes, à commencer par leur sécurité. C’est une inquiétude qu’ils expriment de longue date. Je les écoute pour ma part depuis très longtemps et je sais de quoi sont faites, à tort ou à raison, leurs préoccupations. Il y a incontestablement dans l’attitude russe une part d’auto-intoxication, un sentiment nationaliste obsidional, un sentiment d’être toujours assiégés, menacés, qui peut les conduire à des interprétations fausses. Je pense que c’est ce qui vient d’arriver. C’est une erreur colossale d’interprétation de la réalité qui part d’une anticipation noire de ce que peut être l’évolution des relations internationales et en même temps d’un mépris caricatural de l’Occident, celui-ci se retrouvant assimilé à des groupes de soutien aux LGBT, etc. Tout cela montre la profondeur du gouffre qui existe aujourd’hui entre la Russie et le reste du monde.&quot;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      (…)       <br />
              <br />
       &quot;Je suis surpris parce que lorsque j’ai rencontré Vladimir Poutine en 2014, à l’occasion d’un échange de près de quatre heures, j’ai trouvé un homme argumenté, avec lequel il était possible de discuter. Cette conversation avait débouché sur la mise sur pied de ce qu’on a appelé par la suite le « Format Normandie », c’est-à-dire une instance où la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine discutaient du sort des territoires du Donbass (Louhansk et Donetsk particulièrement), où la question qui se posait de prime abord était l’usage de la langue russe et une certaine autonomie administrative, au moins au niveau de la police municipale. Tout cela paraissait être un problème réglable. D’ailleurs, les accords de Minsk, intervenus à deux reprises, prévoyaient un processus qui n’a pas pu être appliqué, du fait de la mauvaise volonté de l’Ukraine, autant que de la Russie. Quand on lit le texte de ces accords, il y est d’abord question d’élections à organiser dans ces territoires du Donbass, avant que l’Ukraine ne recouvre sa frontière avec la Russie. Or l’Ukraine a exigé de recouvrer d’abord ses frontières puis de procéder ensuite à des élections, ce que les Russes n'ont pas accepté. Donc, à plusieurs reprises le Président de la République est revenu à la charge. Il m’a envoyé et a aussi envoyé ses ministres pour essayer de faire avancer ce problème qui paraissait soluble, parce qu’avoir un conflit gelé au cœur de l’Europe c’était potentiellement très dangereux. Au bout de huit ans, effectivement, la situation a explosé. J’assume les efforts faits et je revendique d’avoir essayé d’empêcher cette situation qui est infiniment malheureuse pour les Ukrainiens, pour les Russes et pour nous-mêmes, Européens. Nous n’avons pas encore fini d’en payer le prix.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Concernant les propos de Jean-Luc Mélenchon, je pense qu’il y a la fourniture d’armements défensifs à la résistance ukrainienne et que celle-ci est tout à fait légitime. S’agissant de la fourniture d’armements offensifs, comme des avions de chasse, même s’ils sont pilotés par des Ukrainiens, c’est plus problématique. On met en effet le doigt dans un engrenage dont nous voulons justement éviter qu’il nous conduise à la surenchère et finalement à la guerre. Donc, les sanctions économiques et financières sont extrêmement dures et déstabilisatrices pour la Russie - il faut le savoir, mais elles sont légitimes. Au-delà, nous sommes sur un terrain mouvant et beaucoup de gens s’expriment sans esprit de responsabilité, sous l’empire de l’émotion. Et naturellement, sous cet empire, on peut dessiner des fresques avantageuses : l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne par exemple. Le processus qui doit être suivi pour cela prend des années. Cela ne peut pas se faire comme ça. Et j’ajoute que si l’on veut parfaire la désindustrialisation de la France, il faut faire adhérer des pays à très bas coûts de main d’œuvre. C’est comme cela qu’on a déjà procédé par le passé à des élargissements qui ont eu des conséquences néfastes. Il faut bien le voir. Donc, toute cela mérite discussion, mérite d’être pesé. J’estime que trop de gens s’expriment au nom d’une autorité qu’ils n’ont pas, sur des domaines infiniment complexes où l’on gagnerait à faire preuve d’un minimum de retenue. Je pense que ce que fait le Président de la République est très adéquat à la situation. Il fait preuve d’une grande fermeté de langage, met en place des sanctions économiques et financières ciblées et très fortes et défend, par ailleurs, une voie ouverte au dialogue. Il échange par exemple par téléphone avec le Président Poutine presque tous les jours. Il y a quand même un canal de communication qui demeure. Et il est normal que le Président du Conseil de l’Union européenne, Emmanuel Macron, exerce ce rôle.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Il faut toujours faire attention au moment où l’on rentre dans la cobelligérance. Les avions dont il est question ce sont des Soukhoi ou des MiG russes dont ne disposent que quelques pays (Pologne, Bulgarie, etc.). Même s’ils en fournissaient aux Ukrainiens, je ne pense pas que cela modifierait considérablement le rapport de forces. Soyons sérieux. Ce n’est pas ça qui fera pencher la balance mais bien l’unité de la communauté internationale, la ferme condamnation de cette invasion inqualifiable et inenvisageable. On n’a en effet rien vu de similaire depuis 1956. Il faut faire reculer les Russes et avoir conscience que cette guerre est mal reçue dans l’opinion publique russe et que, par conséquent, il y a des marges pour faire bouger les choses. Je ne dis pas qu’il faut être optimiste à court terme car les Russes sont difficiles mais on peut, je pense, imposer un cessez-le-feu à un certain moment et un retrait des troupes russes. Dans quel contexte ? La neutralité par exemple. Je rappelle que l’Autriche a déclaré sa propre neutralité en 1955 lorsqu’elle a recouvré son indépendance (avec l‘<span style="font-style:italic">Österreichischer Staatsvertrag</span>). Cela a marché, tous les pays garantissant aujourd’hui cette neutralité. C’est une assurance que l’Ukraine n’a pas aujourd’hui car elle ne fait pas partie de l’OTAN : les clauses automatiques qui figurent dans l’article 5 de la Charte de l’OTAN ne jouent donc pas. Il vaudrait mieux pour elle avoir un statut de neutralité garanti par toutes les puissances, me semble-t-il. Mais ce n’est que mon opinion…&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Les groupes de sécurité privée ont été utilisés par d’autres pays, je pense par exemple aux Américains en Irak. S’agissant du groupe Wagner, qui sévit en maints pays, sa présence à proximité de Kiev me parait une menace moins redoutable que celles des services spéciaux russes, les fameux <span style="font-style:italic">Spetsnaz</span>. Ceux-ci sont des soldats expérimentés, alors que le groupe Wagner est souvent composé d’anciens combattants ou de gens qui ont dépassé l’âge de la retraite. Ce qui est inqualifiable, ce sont les menaces que la partie russe fait peser sur la vie des dirigeants ukrainiens. Cela ne peut que favoriser une escalade qui est déjà allée très loin.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;J’éviterais de mélanger les deux sujets que sont la guerre en Ukraine et l’élection présidentielle, et de faire de tout cela l’occasion d’une polémique politicienne. L’heure est plutôt à l’unité nationale que je réclame depuis plusieurs années. J’ai en effet demandé un gouvernement de salut public - il y a un peu plus de deux ans, car je trouve que la période est très difficile. Au point où nous en sommes aujourd’hui, il faut éviter de faire monter la température et d’hystériser le débat. Certains propos tenus par des candidats à l’élection présidentielle ont pu être regrettables, mais le contexte était tout autre. C’est aujourd’hui qui compte, et j’observe avec satisfaction que le Premier ministre a réuni à Matignon l’ensemble des candidats et que cela s’est plutôt bien passé. Un échange d’informations sur différents sujets a pu avoir lieu : les réfugiés, leur accueil, etc. C’est comme cela qu’il faut procéder et j’approuve le président de la République d’avoir choisi cette voie raisonnable.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;L’accueil des réfugiés ukrainiens n’est pas une épreuve mais un devoir. Il faut simplement se mettre d’accord sur la manière dont ils se répartiront. Il y a beaucoup d’Ukrainiens par exemple en Pologne et en Allemagne, et je pense que les Ukrainiens iront naturellement là où ils ont des parents, des proches, etc. Mais ils peuvent être accueillis dans d’autres pays, dont la France. Et c’est un devoir pour nous que de les accueillir.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Je voudrais dire pourquoi je soutiens Emmanuel Macron. Je pense qu’il a l’étoffe d’un Président capable de construire la France dans une période aussi troublée. N’oublions pas qu’il est responsable de la dissuasion nucléaire : 300 têtes nucléaires pour la France (moins certes que les États-Unis et la Russie). Celle-ci est un élément de paix et de stabilité en Europe car personne ne souhaite voir utiliser des armes aussi terrifiantes, et elles ne sont d’ailleurs pas faites pour être utilisées mais pour inspirer la crainte afin que l’adversaire recule. Emmanuel Macron est à mon sens parfaitement capable de gérer cette crise qui implique beaucoup de fermeté, d’intelligence et de finesse. Il faut se montrer souple et compréhensif pour se mettre dans la tête de l’autre, deviner comment il raisonne. C’est un travail éminemment difficile. Connaissant Emmanuel Macron depuis environ cinq ans, ayant appris à le connaître, je dois dire que je ne partage pas à son égard le ressentiment qu’éprouvent à son égard des gens de gauche et de droite. Ce ressentiment est compréhensible car il les a évincés des avenues du pouvoir en 2017. Emmanuel Macron a fait turbuler le système. Le problème est maintenant de donner au système au direction et de faire en sorte que tout le monde puisse être associé à une vraie refondation républicaine qui permette de sauvegarder les intérêts essentiels de la France. Le choix à l’élection présidentielle doit se faire à la lumière des intérêts de la France.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;Je ne crois pas que la sécurité soit un impensé du gouvernement. Les chiffres ne sont pas exactement ce qu’on dit. Il y a certainement une augmentation récente des violences aux personnes - les homicides ont par exemple dépassé le millier, mais les atteintes aux biens n’ont pas augmenté. C’est une situation tout en nuances. Il y a en effet des quartiers qui sont soustraits à toute loi. La loi n’y est plus observée et son respect n’existe plus. Le civisme élémentaire a déserté les esprits. Et le policier lui-même est suspect de débordements et d’excès, presque par principe. On voit dans lui le visage d’un État policier, d’un État qui serait celui du Capital. Ce sont des visions très réductrices et simplificatrices.       <br />
              <br />
       Concernant les excès que certaines images pourraient mettre en avant, j’aimerais rappeler que l’on peut montrer toutes sortes d’images. On peut aussi montrer des policiers agressés, tabassés, menacés dans leur vie. Tout est possible et tout arrive. Simplement, il y a une attitude à l’égard de la police qui n’est pas une attitude républicaine. Il faut entourer les policiers d’un certain respect professionnel, à charge pour eux naturellement de respecter leur déontologie.&quot;       <br />
              <br />
       (…)       <br />
              <br />
       &quot;L’expression « violences policières » est très contestable car elle suppose que l’institution elle-même produit la violence. Or celle-ci est soumise à énormément de règles et de contrôles. On ne peut pas et on ne doit pas dire, dans un système républicain, qu’il y a des violences policières !&quot;       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/c-a-vous-saison-13/3103627-invites-jean-pierre-chevenement-elise-lucet-marie-maurice-et-eric-delbecque.html">C À VOUS - FRANCE 5</a>       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-sur-France-5-Trop-de-gens-s-expriment-sous-l-empire-de-l-emotion_a2202.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien sur BFM TV : "Soutenons la résistance ukrainienne, tout en évitant les surenchères inutiles"</title>
   <updated>2022-03-01T16:41:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-sur-BFM-TV-Soutenons-la-resistance-ukrainienne-tout-en-evitant-les-surencheres-inutiles_a2201.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/62727804-45393681.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-03-01T15:53:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission « BFM Story » sur BFM TV. Il répondait aux questions d’Olivier Truchot, lundi 28 février 2022.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/62727804-45393681.jpg?v=1776033995" alt="Entretien sur BFM TV : "Soutenons la résistance ukrainienne, tout en évitant les surenchères inutiles"" title="Entretien sur BFM TV : "Soutenons la résistance ukrainienne, tout en évitant les surenchères inutiles"" />
     </div>
     <div>
      Le passage de Jean-Pierre Chevènement peut être écouté en <a class="link" href="https://www.rmcbfmplay.com/video/bfm-tv/bfm-story/edition-speciale-du-28-fevrier?contentId=Product::NEUF_BFMTV_BFM0300014472&amp;universe=PROVIDER">replay</a> (début à 1h06min34sec)       <br />
              <br />
       <span class="u">Verbatim</span>       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Bonsoir Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense. Merci d’avoir accepté notre invitation. Vous avez apporté votre soutien à Emmanuel Macron hier, dans les colonnes du Journal du Dimanche. Est-ce pour saluer sa gestion de la crise ukrainienne ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Plus généralement, je considère qu’Emmanuel Macron a montré les qualités qui sont nécessaires à un chef d’État dans les périodes de crise comme celle que nous traversons. Par ailleurs, Emmanuel Macron a évolué dans le bon sens. Prenons par exemple la gestion de la crise du coronavirus. Il est souvent critiqué mais, en réalité, son mot d’ordre de la vaccination, qui ne tourne d’ailleurs pas le dos à la scientificité, était juste. Il a permis de passer au-delà de la cinquième vague, en s’appuyant sur les personnages soignants et sur les « premiers de corvée » qui nous ont permis de tenir. Par son action, Emmanuel Macron a montré qu’il était capable de contenir cette pandémie.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Deuxièmement, sur le plan économique, je constate que les moyens mis en œuvre au nom du « quoi qu’il en coûte » ont été efficaces : l’aide au chômage partiel et les subventions versées aux entreprises ont permis au tissu entrepreneurial de tenir. Le chômage a reflué. Il est plus bas aujourd’hui qu’il n’a jamais été depuis 2007. La production en France a retrouvé son niveau d’avant la crise. Ce sont des résultats satisfaisants. Et j’observe qu’Emmanuel Macron a su tourner le dos aux premières impulsions qu’il avait données. C’est une gestion extrêmement sérieuse et raisonnable de la crise qui a prévalu. Je pense que les Français doivent faire preuve de civisme. Plus que jamais, notre pays est devant des échéances difficiles.       <br />
              <br />
       <ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : On va parler de la Russie. Vous avez toujours dit que la Russie faisait partie de la grande famille des pays européens. Est-ce toujours le cas ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Cela fait partie des données de la géographie et de l’histoire, bien que ça n’excuse en rien l’agression russe caractérisée, celle-ci violant les principes d’intégrité territoriale et de souveraineté des États. Par conséquent, il faut condamner très fermement, comme a su le faire le Président Macron, tout en maintenant le dialogue pour favoriser un jour une désescalade qui serait dans l’intérêt de toute l’Europe.       <br />
              <br />
       Pour répondre à votre question, la Russie procède du christianisme byzantin. C’est un pays orthodoxe dont les racines sont chrétiennes, comme celles des pays d’Europe occidentale qui, eux, procèdent de Rome. Ce schisme qui oppose l’Ouest et l’Est de l’Europe remonte à 1054. C’est donc une vieille affaire. Mais, en l’occurrence, nous sommes cette fois en présence d’une violation caractérisée des principes qui fondent l’ordre international. La France lui apporte la réponse qui convient.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Mais vous l’avez rencontré Vladimir Poutine ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je l’ai rencontré et je suis surpris car il m’avait donné l’impression d’être quelqu’un qui argumentait, qui était rationnel. Nous avons discuté en tête à tête, quatre heures d’affilée, en 2014 pour jeter les bases du format Normandie. Il me semblait qu’on pouvait raisonner avec lui. Même si je connais la psychologie russe, leur nationalisme obsidional, le sentiment qu’ils ont d’être toujours menacés, assiégés. Peut-être y’a-t-il aussi eu des fautes commises par les Occidentaux ?       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Lesquelles ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Après l’effondrement de l’URSS, il fallait concevoir un ordre de sécurité stable apportant à chaque pays des garanties qu’il pouvait estimer légitimes. Cela n’a pas été fait dans certaines circonstances. Je ne vais pas rappeler le Kosovo, l’Irak, la Libye, etc. La Russie a pu à un certain moment se sentir menacé. Excessivement évidemment.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Est-ce une réaction paranoiaque du président russe ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Oui. Le mot peut paraître fort, mais je crois qu’il est malheureusement juste. Je dis bien « malheureusement » car c’est un malheur immense pour l’Ukraine, pour la Russie, pour l’Europe. Nous allons en payer durement le prix.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Quel sera le prix à payer ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Regardez le gaz. Pour l’Allemagne, c’est plus de 50% de son électricité. Si les gazoducs ne fonctionnent plus, que fera l’Allemagne ? Où va-t-elle s’approvisionner. On peut s’attendre à un choc sur les prix. L’inflation est déjà forte. Elle le sera plus encore. C’est un exemple que je prends un peu au hasard. Tous ces réfugiés représentent par ailleurs une terrible misère humaine.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Vous avez souvent critiqué l’Union européenne. Aujourd’hui, celle-ci réagit très fort. L’Allemagne annonce sa volonté de mettre beaucoup d’argent dans son budget militaire. La Suisse sort même de sa neutralité et adopte des sanctions économiques contre la Russie.</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Permettez-moi d’être un peu plus réservé pour commenter la portée des décisions prises par la Suisse et même par l’Allemagne. Son premier réflexe était, je rappelle, de maintenir la Russie dans le système Swift. Quant aux annonces du nouveau chancelier allemand Scholz de faire passer le budget allemand de défense à plus de 2% du PIB, souvenons-nous qu’Angela Merkel avait déjà pris cet engagement sans qu’il ne se traduise dans la réalité. Attendons de voir comment les choses vont évoluer et évitons les surenchères inutiles. L’Europe affirme sa solidarité avec la résistance ukrainienne. C’est bien. Il faut maintenir cette solidarité d’une manière avisée, comme je crois qu’on le fera avec le président de la République qui a su, comme vous l’avez remarqué, maintenir ouverts les canaux de la communication.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Benjamin Duhamel : Considérez-vous, M. Chevènement, comme Valérie Pécresse, que certains candidats à l’élection présidentielle (Éric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, etc.) sont disqualifiés dans la course du fait de leurs propos passés, jugés complaisants à l’égard de Vladimir Poutine et de la Russie ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Non. Ce sont des propos de candidats. Madame Pécresse est candidate et peut donc tenir ces propos. Quant à moi, je ne les tiens pas pour une raison très simple. Certains discours pouvaient se tenir dans un certain contexte, mais le contexte a changé. L’invasion de l’Ukraine était difficile à imaginer il y a encore quelques semaines. Moi-même je n’y croyais pas. Il faut éviter, par conséquent, de faire parler les gens en dehors du contexte où ils se plaçaient eux-mêmes.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Vous avez reçu une médaille de l’amitié de la part de Vladimir Poutine en 2017. Allez-vous garder cette médaille ou la lui rendre ?</b>       <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’ai accepté cette médaille avec l’accord des plus hautes autorités de l’État. Je l’ai fait pour servir les intérêts de la France, la seule chose qui compte pour moi. Avant de prendre une décision, je demanderai conseil et je ferai ce qu’on me dira de faire.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Olivier Truchot : Merci à vous, M. Chevènement, d’être venu sur notre plateau ce soir.</b>       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.rmcbfmplay.com/video/bfm-tv/bfm-story/edition-speciale-du-28-fevrier?contentId=Product::NEUF_BFMTV_BFM0300014472&amp;universe=PROVIDER">BFM STORY - BFM TV</a>       
       </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-sur-BFM-TV-Soutenons-la-resistance-ukrainienne-tout-en-evitant-les-surencheres-inutiles_a2201.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Entretien de Jean-Pierre Chevènement au JDD: «J’apporte un soutien républicain à Emmanuel Macron»</title>
   <updated>2022-02-27T13:47:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-JDD-J-apporte-un-soutien-republicain-a-Emmanuel-Macron_a2199.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/62676642-45369200.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2022-02-27T13:31:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Journal du Dimanche, propos recueillis par David Revault d'Allonnes, dimanche 27 février 2022.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/62676642-45369200.jpg?v=1645966837" alt="Entretien de Jean-Pierre Chevènement au JDD: «J’apporte un soutien républicain à Emmanuel Macron»" title="Entretien de Jean-Pierre Chevènement au JDD: «J’apporte un soutien républicain à Emmanuel Macron»" />
     </div>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Le JDD : Qui soutiendrez-vous dans cette campagne présidentielle ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : J’apporte un soutien républicain à Emmanuel Macron. Que veux-je dire par là ? Il est inconcevable que quiconque prétendant exercer une influence dans nos institutions ne se prononce pas à l’occasion de cette élection directrice. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : donner un sens à cette élection, et au mandat du candidat qui sera élu président jusqu’en 2027. Je fais donc appel au civisme de nos concitoyens pour que chacun détermine son choix à la lumière du seul critère qui vaille : l’intérêt de la République.</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> <b>Le JDD : Pourquoi Emmanuel Macron, donc ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Emmanuel Macron a des qualités remarquables et une expérience dont nul autre ne peut se prévaloir. Elles sont reconnues, surtout à l’étranger. En France, on lui fait souvent un procès injuste : d’avoir évincé en 2017 le PS et la droite, les tenants légitimes du titre. Cela peut se comprendre, beaucoup ont eu le sentiment de voir leurs carrières brisées. Mais ce n’est pas Emmanuel Macron qui a fait imploser la gauche. Cette implosion tient à des choix bien antérieurs, qui l’ont fait concéder toujours plus à l’avidité des puissants et qui l’ont progressivement coupée des couches populaires. Ces choix, je les ai dénoncés dès les années 1980 : le marché unique, c’est-à-dire la dérégulation de toute l’économie, la libération des mouvements de capitaux devenue effective en 1990, avant toute harmonisation de la fiscalité sur l’épargne, bref, la voie ouverte aux délocalisations industrielles et à la désindustrialisation… Celle-ci a creusé le gouffre du chômage et les fractures sociales où s’enracine la crise des Gilets jaunes.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le Point : Concernant la droite, quel est votre diagnostic ?</b>        <br />
              <br />
       Pareillement, ce n’est pas Macron qui l’a frustrée en 2017 d’une victoire qu’elle croyait acquise. Ce sont les fautes de la droite elle-même, son absence de projet, l’oubli des grandes leçons laissées par le général de Gaulle qui l’ont précipitée dans l’errance où nous la voyons, et pas seulement des erreurs humaines. De cette double éviction de la droite et de la gauche, de cette mise en turbulence du système procède un ressentiment qu’humainement je peux comprendre. Mais il est injuste d’en faire porter le chapeau à Emmanuel Macron. Au contraire : les Français ne voulaient plus de la fausse alternance entre des partis devenus presque interchangeables. Et Emmanuel Macron n’a pas été élu en 2017 pour poser quelques rustines.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le JDD : Avez-vous hésité à le soutenir ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : La seule chose qui, en 2022, m’ait fait hésiter, c’est la perspective d’une Europe fédérale inscrite dans la plateforme de la coalition allemande après l’accord entre SPD, Verts et FDP. Car si nous devions accepter un vote non plus à l’unanimité mais à la majorité qualifiée, au sein du Conseil européen, sur les questions de politique étrangère et de sécurité commune, c’en serait fini du statut de la France comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. C’est inenvisageable. Mon soutien n’est donc pas un blanc-seing : je n’abandonne pas mes convictions. Cela, le président Macron le comprend.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le JDD : Comment jugez-vous le bilan du chef de l’État sortant ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Emmanuel Macron a pu commettre quelques erreurs. Mais sur l’essentiel, c’est-à-dire la crise du Covid, il l’a contenue aussi efficacement que possible. Sur le plan sanitaire, la politique de vaccination a montré sa pertinence, grâce à la mobilisation des personnels soignants et des « premiers de corvée ». Sur le plan économique, le mot d’ordre du « quoi qu’il en coûte » a été tenu et assumé. C’était un renversement complet par rapport à l’approche initiale d’Emmanuel Macron. Mais les prêts garantis par l’État aux entreprises leur ont permis de tenir, les mesures en faveur du chômage partiel ont fait tomber le chômage total à 7,4 %, le niveau le plus bas depuis 2007, et les secteurs majeurs de l’économie ont été préservés. Surtout, dès le 13 avril 2020, Emmanuel Macron a fixé un cap : la reconquête de l’indépendance industrielle et technologique de la France, ainsi en matière de production d’électricité d’origine nucléaire. Cela est conforme à l’intérêt du pays.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le JDD : La réindustrialisation est donc possible ?</b>        <br />
              <br />
       Depuis 2017, et ce pour la première fois depuis des décennies, de nouveaux sites industriels s’ouvrent et de nouveaux emplois industriels se créent. Les investissements étrangers en France, notamment américains, sont plus nombreux. Certes, la désindustrialisation de la France n’a pas encore été enrayée. Le gouffre du déficit commercial – 85 milliards d’euros en 2021 – n’a pas été résorbé. Mais l’hémorragie a pris fin et les problèmes ont été clairement identifiés.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le JDD : Les électeurs de gauche devraient donc, à vous suivre, voter Macron dès le premier tour ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : La gauche a perdu ses repères idéologiques. Aucun candidat ne représente cette gauche enracinée dans le terreau des Lumières, qui prétendait donner la maîtrise de son destin à chacun, individuellement et collectivement. ­Mélenchon a un certain talent, mais un problème avec la République. La VIe République dont il rêve ne serait qu’un retour au régime d’assemblée… Quant aux autres, ils sont restés dans le ­sillage du social-libéralisme. Quel choix peut donc faire un électeur de gauche entre ces reliques ? Beaucoup préféreront, je crois, cet alliage entre la tradition du progrès social et la culture de l’État, auquel tend Emmanuel Macron.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le JDD : Le macronisme n’est-il qu’une parenthèse, ou une modification durable de notre jeu politique ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : À mes yeux, le macronisme n’existe pas. Il y a Emmanuel Macron, qui est un être libre, qui pense par lui-même et qui décide. Et puis il y a des gens très divers, avec lesquels je peux être d’accord ou non. L’élection d’Emmanuel Macron s’inscrit dans une histoire de la Ve République. Première phase : la refondation, avec de Gaulle qui veut soustraire la République à l’emprise des anciens partis. Deuxième phase : la maturité, avec les anciens partis qui se refondent pour s’adapter à l’élection du président de la République au suffrage universel, le PS d’Épinay créé en 1971 et le RPR en 1976. Troisième phase : le dégagisme, car ces partis, prisonniers des mêmes engagements néolibéraux, au prétexte de l’Europe, ont peu ou prou conduit la même politique, qui a été rejetée. Quatrième phase : la mise en turbulence du système en 2017. La vraie question, c’est la suite : pour quel projet ?       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le JDD : Justement, que pressentez-vous ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Va-t-on assister à une radicalisation, avec une coalition de la droite et de l’extrême droite ? Est-ce que la droite revenant aux affaires va réinstaller le système de l’« essuie-glace » : on se débarrasse des sortants en faisant revenir les autres ? Ou bien est-ce qu’Emmanuel Macron va pouvoir, à travers un second quinquennat, redresser le pays et redonner un sens à la politique ? C’est, pour moi, l’enjeu essentiel : permettre une recomposition de la vie politique française autour d’un pôle de refondation républicaine au sein même de la future majorité. Je fais confiance à l’intelligence et au sens de l’intérêt général d’Emmanuel Macron. C’est un pari, donc un risque. Il faut savoir le prendre.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le JDD : Quelles réformes préconisez-vous ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Je propose de déconnecter la durée du mandat parlementaire de celle du mandat présidentiel pour refaire du Président le gardien du temps long et revivifier le Parlement. L’esprit du système en serait changé : on reviendrait à une conception de la Ve République proche de celle que voulait lui donner Michel Debré en 1958. Sur le plan économique, des mesures fortes s’imposent : le renforcement de la planification, la nationalisation d’EDF, le développement de l’actionnariat salarié, etc. Et puis, il y a les investissements d’avenir. Emmanuel Macron a déjà donné des pistes avec France 2030.       <br />
              <br />
              
       </li></ul><ul class="list"><li> <b>Le JDD : Depuis jeudi, l’armée russe attaque l’Ukraine. Comment réagissez-vous ?</b>        <br />
              <br />
       Jean-Pierre Chevènement : Une nouvelle guerre froide va s’installer en Europe. L’invasion russe l’a rendue inévitable. Et elle va durer. J’espère qu’on pourra favoriser une désescalade, mais ça me paraît mal parti. Emmanuel Macron a fait ce qu’il pouvait et il a bien fait. On peut soutenir la résistance ukrainienne, mais je ne crois pas qu’il faille écouter ceux qui prônent l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan. Ses mécanismes automatiques risqueraient de nous entraîner dans une troisième guerre mondiale potentiellement nucléaire. Une autre histoire eût été possible, mais on ne refait pas l’histoire.       <br />
              <br />
       Source : <a class="link" href="https://www.lejdd.fr/Politique/exclusif-jean-pierre-chevenement-japporte-un-soutien-republicain-a-emmanuel-macron-4096078">Le JDD</a></li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Entretien-de-Jean-Pierre-Chevenement-au-JDD-J-apporte-un-soutien-republicain-a-Emmanuel-Macron_a2199.html" />
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   <title>Réaction de Jean-Pierre Chevènement à la crise ukrainienne</title>
   <updated>2022-02-22T16:24:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Reaction-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-la-crise-ukrainienne_a2197.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2022-02-22T16:15:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Communiqué de Jean-Pierre Chevènement, ministre d'État et président d'honneur de la Fondation Res Publica     <div>
      La décision du Président Vladimir Poutine de reconnaître les républiques séparatistes pro-russes de Donetsk et de Lougansk est une atteinte au droit international tel qu’il résultait des accords passés en 1991 entre les présidents de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie.       <br />
              <br />
       On ne peut que saluer les efforts du Président Emmanuel Macron pour trouver le chemin d’une désescalade. On ne peut refaire l’histoire. Faute que les accords de Minsk, qui prévoyaient l’autonomie linguistique et administrative pour les deux républiques de Donetsk et de Lougansk, aient pu s’appliquer du fait, principalement, de l’Ukraine, et malgré les efforts des diplomaties française et allemande (le compromis Steinmeier), on pouvait bien imaginer le danger qui résultait du maintien d’un conflit gelé au cœur de l’Europe.       <br />
              <br />
       Les mobiles du Président Vladimir Poutine sont difficiles à comprendre. Une nouvelle guerre froide n’est dans l’intérêt ni de l’une, ni de l’autre partie de l’Europe. Des sanctions commerciales frapperont la Russie, mais également les pays d’Europe occidentale.       <br />
              <br />
       Quoi qu’il en soit, les voies de la diplomatie doivent rester ouvertes et le Président Emmanuel Macron saura, j’en suis sûr, maintenir une politique de fermeté, tout en restant vigilant quant à la possibilité d’un retour à la normale sauvegardant l’intégrité territoriale de l’Ukraine et assurant la sécurité collective en Europe.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Reaction-de-Jean-Pierre-Chevenement-a-la-crise-ukrainienne_a2197.html" />
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  <entry>
   <title>Colloque de la Fondation Res Publica - France-Allemagne : convergences et divergences des intérêts fondamentaux de long terme</title>
   <updated>2022-01-31T11:43:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-France-Allemagne-convergences-et-divergences-des-interets-fondamentaux-de-long_a2195.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <published>2022-01-31T11:38:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Colloque organisé par la Fondation Res Publica, le mardi 15 février 2022 de 18h à 21h, à la Maison de la Chimie.     <div>
      Avec des interventions de :        <br />
              <br />
       - <b>Édouard Husson</b>, historien, professeur d’université, auteur de <span style="font-style:italic">Paris-Berlin : la survie de l'Europe</span> (Gallimard, 2019) ;       <br />
       - <b>Jean-Michel Quatrepoint</b>, journaliste économique, auteur de <span style="font-style:italic">Le choc des empires : États-Unis, Chine, Allemagne : qui dominera l’économie-monde ?</span> (Gallimard, 2014) ;       <br />
       - <b>Alain Meininger</b>, ancien administrateur hors classe au ministère de la Défense et maître de conférence à l’ENA, membre du comité éditorial de la Revue politique et parlementaire ;       <br />
       - et <b>Jean-Pierre Chevènement</b>, ministre d'État, fondateur et président d'honneur de la Fondation Res Publica.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      La Fondation Res Publica pouvant renouer avec ses anciennes habitudes, ce colloque aura lieu à la Maison de la Chimie (28 rue Saint-Dominique 75007 Paris). Un contrôle du pass vaccinal sera effectué à l'entrée du bâtiment. La présentation de celui-ci sera nécessaire pour y accéder.       <br />
              <br />
       Le nombre de places est limité. Il est par conséquent indispensable de s’inscrire au préalable pour assister au colloque :       <br />
       <ul class="list"><li>par courriel en envoyant un mail à : <a class="link" href="javascript:protected_mail('benjelloun@fondation-res-publica.org')" >benjelloun@fondation-res-publica.org</a>       
       </li></ul><ul class="list"><li>par téléphone : 01.45.50.39.50       
       </li></ul><ul class="list"><li>par lettre : Fondation Res Publica, 52, rue de Bourgogne – 75007 – Paris       
       </li></ul><ul class="list"><li>Pour suivre ou commenter le colloque sur <a class="link" href="http://twitter.com/fondarespublica">Twitter</a>, utilisez le hashtag #ResPublica</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Colloque-de-la-Fondation-Res-Publica-France-Allemagne-convergences-et-divergences-des-interets-fondamentaux-de-long_a2195.html" />
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