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 <title>Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement</title>
 <subtitle><![CDATA[Le blog de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) et président de la Fondation Res Publica: agenda, actualités, discours, propositions, vidéos, etc.]]></subtitle>
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 <updated>2026-03-17T10:02:33+01:00</updated>
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   <title>"Tous les peuples ont le droit de maîtriser leur destin"</title>
   <updated>2013-12-23T21:47:00+01:00</updated>
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   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2013-12-23T21:28:00+01:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de l'émission "Pluriel" sur Radio Orient, vendredi 20 décembre 2013. Il répondait aux questions de Loïc Barrière.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/6163658-9209356.jpg?v=1387829899" alt=""Tous les peuples ont le droit de maîtriser leur destin"" title=""Tous les peuples ont le droit de maîtriser leur destin"" />
     </div>
     <div>
      <span class="u">Verbatim express : </span>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Leçons du XXe siècle</span>       <br />
       <ul class="list"><li> Le déclin de l'Europe n'est pas seulement le fait des deux guerres mondiales : c'est également la conséquence de la méthode employée pour construire l'Europe, la méthode Monnet, qui marginalise les nations.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Pour discréditer les nations, on prétend qu'elles sont à l'origine de la Première Guerre mondiale. Je combats cette thèse : je pense que les peuples étaient pacifiques, ne voulaient pas la guerre, que celle-ci résulte, au niveau de ses causes profondes, dans la première mondialisation libérale, et au niveau de son déclenchement immédiat, par les erreurs des élites du deuxième Reich allemand.        
       </li></ul><ul class="list"><li> En comparant les deux mondialisations, je montre qu'elles aboutissent, l'une et l'autre, à une modification très importante de la hiérarchie des puissances. La première voit la montée de l'Allemagne impériale, la seconde, celle de la Chine, dont le PNB a décuplé en l'espace de vingt ans, à tel point qu'il va rattraper celui des États-Unis dans quelques années.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut avoir une vue de ce que sera le XXIe siècle, et éviter autant que possible de reproduire les erreurs dans la deuxième mondialisation qui ont été commises dans la première.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Les peuples ne sont pas responsables des erreurs commises par leurs dirigeants.       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">La situation géopolitique au Moyen-Orient </span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense qu'il faut toujours bien examiner la réalité des faits allégués pour faire la guerre, qui peuvent être de simples prétextes, comme c'était le cas des armes de destruction massive en Irak, en 2003.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut toujours regarder aussi s'il y a une proportion entre la cause alléguée et la guerre qui va être faite, ou s'il n'y a pas au contraire une disproportion manifeste, un refus d'emblée de la diplomatie, qui fait qu'on va ouvrir les portes de la guerre, et en même temps une boîte de Pandore dont on ne rattrapera pas les monstres qui s'en sont échappés.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La guerre d'Irak a ouvert la voie à l'Iran et à Al-Qaïda dans la région. Ce n'était peut-être pas l'objectif qui était recherché ! </li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <ul class="list"><li> L'intervention en Libye, qui visait à protéger les civils, à été détournée de son sens. Le changement de régime n'était pas approuvé dans la résolution 1973 du Conseil de sécurité. Lors du vote au Sénat sur cette question, je m'étais abstenu. On voit aujourd'hui le résultat de cette intervention : le pays est très largement aux mains de milices tribales ou islamistes.        
       </li></ul><ul class="list"><li> En Syrie, tout résolution au Conseil de sécurité pour intervenir, avec le mandat de protéger les civils, est bloquée par la Russie et la Chine, qui considèrent que vu le précédent libyen, cette notion de « responsabilité de protéger » sent le souffre, peut-être détournée.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il y a en Syrie une véritable guerre civile. L'idée d'une intervention qui aurait pour but de rétablir l'équilibre, fait l'impasse sur les enclenchements inévitables de ce que signifie une guerre moderne. Les résultats seraient très aléatoires. La meilleure solution c'est la recherche d'une trêve, d'un compromis.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que c'était une erreur de dire dès le départ que Bachar el-Assad devait partir, parce que nous n'avions pas les moyens de le faire. Quand on n'a pas les moyens de faire quelque chose, il vaut mieux rechercher un compromis, qui est quand même préférable dans la mesure où il permet d'interrompre les massacres.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le conflit syrien a des répercussions sur tout le Moyen-Orient, sur l'Iran, le Liban, le Hezbollah. C'est quand même un problème assez difficile. Je propose qu'on segmente les difficultés, que l'on se rapproche d'un accord avec l'Iran, pour que ce pays renonce à l'arme nucléaire, plutôt que d'embraser la Syrie pour mettre l'Iran en difficulté.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les centres de pouvoir en Iran sont multiples. Il y a le Guide suprême, le Parlement, le Président, le Conseil de discernement... c'est un système assez complexe. Il y a eu des avancées dans la négociation. Le fait que l'Iran ait accepté, si j'ai bien compris, le protocole additionnel de l'AIEA, qui permet des inspections intrusives, à tout moment, me paraît un pas très significatif. A partir de là, l'affirmation que l'Iran ne veut pas se doter de l'arme nucléaire peut-être constamment vérifiée.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Entre sunnites et chiites, la tolérance doit finir par l'emporter. Essayons d'y contribuer. Ne jouons pas un rôle qui serait de jeter de l'huile sur le feu.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le Printemps arabe, il ne faut pas forcément en parler au passé. Dans la volonté de chaque peuple de se saisir de son destin, il y a quelque chose de naturel, qui n'a pas de raison de ne pas exister demain, après-demain, toujours.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Au départ, les Printemps arabes ont offert un visage, celui d'une jeunesse branchée qui agitait les drapeaux de son pays, ne proférait pas de slogans hostiles aux États-Unis, à l'impérialisme, à Israël, donc tout le monde a applaudi. Ensuite il y a eu un processus électoral : on a vu surgir des formations islamistes, particulièrement en Égypte.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le président Morsi a montré quand même, malheureusement, une volonté d'accaparement du pouvoir, et une assez grande incompétence. De sorte qu'au bout d'un an, le peuple est sorti dans la rue, et l'armée est intervenue, comme elle le fait systématiquement dans ce pays depuis 1952.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Nous sommes arrivés dans une situation où, ce qui est souhaitable, c'est qu'on retourne devant les électeurs, et que l’Égypte puisse trouver son chemin, sachant que ce chemin sera long et difficile.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne suis pas réservé, mais prudent, en ce qui concerne ces révolutions dites du Printemps arabe. Je pense qu'il faut être assez réaliste en politique, tout cela se déroule sur le temps long, et il faut d'abord faire tourner la machine, assurer aux gens la nourriture, le gîte, la santé, l'éducation, et c'est à cela qu'on juge finalement un bon gouvernement.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Critique de la construction européenne actuelle</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> L'Europe n'a pas remplacée les nations. On aurait pu la construire dans le prolongement des nations, et c'est la voie que je préconise. Je ne suis pas hostile à l'idée européenne, mais je pense que l'Europe est faite de nations, et on ne peut construire l'Europe contre les nations.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Une Commission composée de quelques personnes nommées, en charge de la définition de l'intérêt général européen, c'est une hérésie par rapport à la théorie républicaine. L'intérêt général est défini par le débat républicain, sanctionné par les élections.        
       </li></ul><ul class="list"><li> La Commission a toujours le monopole de la proposition en matière de lois et de règlements. Cela cantonne les gouvernements nationaux à dire « oui », « non », ou à formuler des souhaits... C'est déjà difficile avec 6 États membres, alors à 28, cela devient presque impossible.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le marché commun était autrefois construit avec un tarif extérieur commun. Il est aujourd'hui dominé par le seul principe de la concurrence « libre et non-faussée », c'est-à-dire une ouverture généralisée à l'égard du monde entier, y compris des pays à très bas coût, très bas salaires, dépourvus ou presque de protections sociales, de législations environnementales, cette Europe est vouée aux délocalisations, au chômage, dans un monde dominé par la guerre des monnaies, avec un euro surévalué.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Tout cela fait que c'est comme s'il fallait se battre dans la compétition mondiale avec les bras attachés dans le dos.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Cette Europe là, s'est faite durant la Guerre Froide, à l'ombre des États-Unis, avec l'OTAN pour défense.        
       </li></ul><ul class="list"><li> C'est une Europe ultra-libérale, bâtie sur le principe de la dérégulation. C'est le sens de l'Acte unique, négocié en 1985, et sur la base duquel ont été prises et sont encore prises toute une série de directives et de réglementations, comme par exemple la législation sur les travailleurs détachés, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps. C'est une directive qui a été prise en 1996, sur la base d'un Acte unique qui avait presque 20 ans d'âge !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Tout cela est mis en œuvre par une technocratie qui n'est pas vraiment responsable, démocratiquement, devant les peuples. Le Parlement européen n'est pas vraiment un Parlement puisque, comme le dit le Tribunal de Karlsruhe, ce Parlement est la juxtaposition de la représentation de 27 peuples (à l'époque).        
       </li></ul><ul class="list"><li> Le Parlement européen n'a que des pouvoirs de co-décision dans des domaines qui sont ceux de la compétence exclusive de la Commission. Il vote des résolutions mais qui sont sans effets. Il n'a pas le droit d'amendement ou d'initiative. Il a très peu de pouvoirs, mais c'est en fait une caisse de raisonnance, c'est un forum.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faudrait imaginer une autre organisation de l'Europe, l'Europe des nations, parce que c'est dans les nations que vit la démocratie.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Sur le projet de marché transatlantique</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Le projet de marché transatlantique répond à des intérêts américains. Dans le commerce, il y a un excédent européen, principalement allemand, de plus de 100 milliards, sur les États-Unis. Mais les États-Unis veulent unifier les normes, parce qu'ils pensent qu'ils vont ainsi pouvoir créer des emplois aux États-Unis.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les multinationales européennes, en particulier allemandes, voient dans l'érosion des normes, la possibilité de produire à bas coûts, par exemple au Mexique, qui est rattaché aux États-Unis d'un point de vue économique, et même aux États-Unis, parce que la monnaie fausse tout.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Pour une transformation de la monnaie unique en monnaie commune</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que la monnaie unique était frappée d'un vice congénital, d'une sorte de pêché originel : elle a juxtaposé des pays dont la structure était extrêmement différente. Toujours l'ostracisation des nations ! On a voulu faire comme si on pouvait créer une nation à partir d'une monnaie. Il n'en est bien sûr rien.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Les pays du Sud de l'Europe, et même la France, souffrent, se trouvent confrontés à une monnaie surévaluée, ce qui n'est pas le cas de l'Allemagne qui a des créneaux de spécialisation haut de gamme, qui peut donc mieux supporter une monnaie forte.        
       </li></ul><ul class="list"><li> On a voulu créer un succédané du mark allemand, avec une banque centrale confinée dans un rôle, la lutte contre l'inflation, qui n'est plus vraiment le problème. Aujourd'hui le problème, c'est le chômage, qui est massif, la croissance, qui est stagnante, pour longtemps, avec un traité budgétaire européen qui, sur le plan budgétaire, nous oblige à réduire toujours plus nos dépenses et nos déficits.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne fais pas la même proposition que Marine le Pen qui propose que l'on sorte de l'euro. Je propose une transformation négociée de l'euro monnaie unique en monnaie commune. L'euro monnaie commune serait un panier de toutes les monnaies nationales. Disons que toutes les monnaies (eurofranc, euromark, eurodrachme, etc) existeraient, mais que l'euro lui-même serait une monnaie commune, un panier de monnaie, qui s'apprécierait sur le marché, qui serait utilisable dans les transactions internationales. Un tel système préserverait les marges d'ajustements monétaires entre les différents pays, et cela d'une manière beaucoup moins douloureuse que les déflations internes auxquels on procède aujourd'hui, d'une manière évidemment très coûteuse pour les peuples.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Pour une confédération européenne des nations</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Les nations émergentes sont dynamiques, tournées vers l'avenir, à juste titre. Naturellement, cela pose un problème aux vieilles nations européennes, qui ne peuvent pas se construire en abandonnant leur souveraineté, c'est à dire la possibilité de maîtriser leur destin. Tous les peuples ont le droit de maîtriser leur destin.       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je propose qu'on revalorise le Conseil européen, que la Commission européenne soit réduite en nombre, et surtout ramenée à un rôle de préparation des Conseils européens, et d'exécution des décisions du Conseil, que le Parlement européen soit plutôt branché sur les Parlements nationaux, parce que ça créerait un lien entre les démocraties nationales, qui sont les seules vraies démocraties, et l'organisation de l'Europe.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Que l'Europe surtout s'occupe des grandes choses ! De l'énergie, de l'industrie, de la sécurité, de la politique extérieure, et pas de la teneur du chocolat en cacao ou de la couleur des bérets !        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je pense que François Hollande n'est quand même pas tout à fait sur la ligne d'Angela Merkel, qui voudrait imposer des contrats passés entre la Commission européenne et les États pour les amener à faire des réformes structurelles. François Hollande est plus axé sur l'idée d'investissement, encore faut-il pouvoir emprunter. Or on nous dit que les États sont déjà trop endettés. L'Allemagne pourrait le faire, jouer ce rôle de locomotive, mais visiblement elle est prudente. La Banque centrale pourrait injecter des liquidités. Ou alors il faudrait transformer l'euro en quelque chose d'autre (la monnaie commune).        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je propose de penser l'Europe de la Méditerranée à la Russie. Dans cette organisation naturellement à géométrie variable, on aurait une confédération d’États dans laquelle pourraient être admis la Russie, qui est un pays européen, mais aussi, pourquoi pas, la Turquie, les pays du Maghreb, s'ils le souhaitent. Ils participeraient à quelques politiques communes essentielles, mais pas à toutes. Il faut donner à chacun aussi la possibilité de s'auto-administrer.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut changer notre idée de l'Europe, admettre l'idée d'une Europe souple, à géométrie variable, avec peut-être ici des coopérations renforcées. L'Europe, ce n'est pas forcément une caserne ! Cela peut-être une confédération relativement souple de nations qui veulent inscrire leur avenir dans une perspective commune, qui reconnaisse avoir une certaine solidarité de destin.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Une Europe à l'échelle des défis du XXIe siècle</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Il faut penser une nouvelle Europe à l'échelle des défis du XXIe siècle, qui sera dominé par la Chine, 1400 millions d'habitants. Un PNB qui a décuplé en 20 ans, qui  va égaler celui des États-Unis, et sera ensuite le double, le triple ! Ce pays agit déjà comme un formidable moteur, en Asie et même au-delà ! Ils sont devenus le premier fournisseur de l'Allemagne, devant la France. Ils investissent beaucoup en Afrique.        <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Histoire et Politique</span>       
       </li></ul><ul class="list"><li> Je ne pense pas qu'on puisse être un homme d’État sans se passionner pour l'histoire. Je ne pense pas qu'on puisse se projeter dans l'avenir si on ne sait pas d'où on vient.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Lorsque je me suis opposé à la Première Guerre du Golfe, j'étais attaché à ce qu'on appelait la politique arabe de la France, c'est à dire une politique tournée vers le progrès dans le monde arabe. Je voyais cette guerre comme très coûteuse en vies humaines, et pas seulement pour les Occidentaux, mais aussi pour ce malheureux peuple irakien qui a tellement souffert depuis 1991.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Je sais aussi que l'Irak est un pays très complexe, une sorte de grand Liban, qui se divise désormais en trois parties. Aujourd'hui, il y a une véritable guerre civile, des centaines de morts chaque mois. Et ce n'est pas pas un progrès d'avoir détruit une jeune nation comme l'Irak, qui avait tellement de chances de se développer.        
       </li></ul><ul class="list"><li> Évidemment, son régime n'était pas très sympathique, mais on pouvait exercer une magistrature d'influence, le faire évoluer, et éviter une guerre à tous égards disproportionnés, dont le résultat a été à l'opposé de celui que des gens raisonnables pouvaient attendre.        <br />
              <br />
       -----       <br />
       Découvrez le nouveau livre de Jean-Pierre Chevènement <a class="link" href="http://www.chevenement.fr/1914-2014/">1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire?</a> (éditions Fayard)</li></ul>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <title>Les changements politiques dans le monde arabe</title>
   <updated>2012-12-05T19:16:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Les-changements-politiques-dans-le-monde-arabe_a1451.html</id>
   <category term="Actualités" />
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   <published>2012-12-05T19:01:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Intervention de Jean-Pierre Chevènement devant l'Académie des Sciences Morales et Politiques, lundi 3 décembre 2012.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/4995382-7459420.jpg?v=1354731369" alt="Les changements politiques dans le monde arabe" title="Les changements politiques dans le monde arabe" />
     </div>
     <div>
      Les « révolutions arabes » ont surpris. Elles ont été saluées, dès le départ, avec d’autant plus de ferveur par l’opinion publique occidentale que celle-ci ne les avait pas vu venir.        <br />
              <br />
       L’enthousiasme qu’elles ont, d’emblée, suscité plonge ses racines dans une certaine mauvaise conscience, celle d’une trop longue tolérance à l’égard de régimes autoritaires et corrompus, vus comme un moindre mal pour des peuples considérés comme trop arriérés pour accéder à la démocratie. Or, brusquement, ces sociétés se réveillaient. Leur développement entrait en contradiction avec des régimes qui accaparaient le pouvoir depuis trop longtemps et dont la légitimité s’était érodée au fil du temps. Une vision quelque peu euphorisante s’est alors développée, celle d’un « printemps arabe » surgi au cœur de l’hiver 2011. A travers lui, les peuples arabes allaient rejoindre un mouvement universel vers la démocratie qu’avaient parcouru avant eux d’autres peuples, ceux d’Amérique latine, d’Europe du Sud puis de l’Est, après la chute du Mur de Berlin, voire d’Afrique.        <br />
              <br />
       Vision idéalisante, à coup sûr, car beaucoup de ces peuples avaient déjà connu la démocratie. Pour l’essentiel, les « révolutions arabes » entendent non pas « restaurer », mais « instaurer » la démocratie, avec, en Tunisie, un mot d’ordre qui vaut marque de fabrique : « Dégage ! ».       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      *       <br />
              <br />
       Tout aussi péremptoire aujourd’hui, une thèse inverse se fait jour : et si les « révolutions arabes » n’avaient été qu’une « ruse de l’Histoire », ayant seulement servi de fourrier à l’islamisme politique, comme on le voit en Egypte, cœur du monde arabe, avec la victoire des Frères musulmans ?       <br />
              <br />
       Il y a en fait deux temps dans les « révolutions arabes » : celui de leur éclosion et celui du processus électoral qui va révéler le « pays réel », en Tunisie et en Egypte notamment.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Je propose d’abord de replacer l’analyse des révolutions arabes dans le mouvement de l’Histoire longue.       <br />
              <br />
       L’Islam est la religion de 1 200 millions d’hommes et de femmes, de l’Océan Atlantique aux confins de la Chine, de l’Afrique noire à l’Asie Centrale, et jusqu’aux mers du Sud (Indonésie, Philippines). L’Islam est plus qu’une religion. C’est une organisation sociale qui se veut fondée sur la parole incréée de Dieu, transmise par le Prophète, Mahomet, et sur la tradition. Depuis la fin du califat ottoman (1924), l’Islam ne répond plus à une organisation politique spécifique. Une seule nation a été bâtie sur l’Islam : c’est le Pakistan. La monarchie séoudienne n’est que la protectrice des « Lieux Saints ». Certes, la République islamique d’Iran repose, en dernier ressort, sur l’autorité religieuse, mais elle admet les élections et constitue, en quelque sorte, une forme de régime mixte appelé à évoluer encore.       <br />
              <br />
       *       <br />
              <br />
       Le monde arabe nous intéresse d’abord parce qu’il est notre voisin, ensuite parce qu’il est au cœur du monde musulman et enfin parce qu’il est le théâtre de ces révolutions dites « arabes ». Une page, depuis 2011, s’y tourne incontestablement. Elle se tourne sur les régimes sclérosés, corrompus et dictatoriaux, en lesquels avaient fini par tourner les nationalismes arabes nés des révolutions qui avaient suivi la deuxième guerre mondiale et qui, à l’origine, aspiraient à accommoder à l’usage de l’Orient, les recettes de l’Occident (modernisation économique, socialisme arabe à travers l’intervention de l’Etat, laïcité).        <br />
              <br />
       Ces régimes nationalistes arabes, curieusement, avaient d’abord été combattus par l’Occident parce qu’ils remettaient en cause ses privilèges et parce qu’ils se sont peu à peu rapprochés de l’URSS. Les Etats-Unis, depuis 1945, ont préféré soutenir les monarchies du Golfe qui leur garantissaient le pétrole, même si le déplacement du centre de gravité du monde arabe consécutif aux « chocs pétroliers » allait faire monter l’influence d’un islamisme conservateur (dans ses deux variantes : traditionnelle (wahhabite) d’une part, plus moderne avec les Frères Musulmans égyptiens, d’autre part).        <br />
              <br />
       La création d’Israël en 1948 et son expansion ont conduit les Etats-Unis à s’engager de manière de plus en plus unilatérale à ses côtés d’où une montée continue de l’antiaméricanisme dans le monde arabe, particulièrement au Machreck. Rappelons cependant qu’en 1956, Eisenhower avait sauvé la mise de Nasser.        <br />
              <br />
       Dans l’échec global des nationalismes arabes, la responsabilité des sociétés arabes et de leurs leaders ne saurait malheureusement être éludée. Très marqués par la tradition patriarcale et la « verticalité » du pouvoir propre aux sociétés méditerranéennes, les pays arabes n’accèdent pas spontanément à la dimension « horizontale » du débat civique, fondé en Occident sur l’existence d’un citoyen censé « penser par lui-même ». Non que les sociétés arabes ne comportent pas beaucoup d’individualités brillantes, mais l’idée d’une relation politique d’égal à égal, fondée sur une démarche argumentée et démocratiquement sanctionnée, a eu longtemps peine à s’y faire jour. Ce serait tout l’intérêt du processus enclenché par les révolutions arabes si elles permettaient d’y remédier. Ce « travail de soi sur soi » des sociétés arabes est un préalable. Il a été entrepris par une jeunesse branchée sur le monde moderne mais assez généralement coupée des luttes d’indépendance menées, il y a plus d’un demi siècle par leurs aînés. Cette « révolution culturelle » dont le terreau est plus dans le réseau de la communication moderne que dans la lente sédimentation des Lumières, malgré les efforts d’alphabétisation et d’éducation réalisés par les régimes en place, ne peut s’effectuer que dans la durée. Les « révolutions arabes » n’en sont qu’à leur début. Elles apparaissent, au départ, comme une « rupture générationnelle » entre une jeunesse qui est bien de son temps et des structures de pouvoir aujourd’hui loin de leurs sources et souvent sclérosées.       <br />
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       <b>I – Les Etats et les nations sont le cadre de mouvements dits du « printemps arabe »</b>       <br />
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       Les Etats et les nations, notamment ceux qui sont nés du partage de l’Empire Ottoman à la fin de la Première guerre mondiale, et sous la réserve d’une relative indépendance du Maghreb acquise dès la fin du XVIe siècle (après Lepante), constituent le cadre des « révolutions arabes ». Ces Etats, à majorité sunnite (à l’exception de l’Irak et de Bahrein), sont néanmoins divisés (minorités chrétiennes, chiites, druzes, kurdes, etc.). La colonisation a souvent favorisé l’expression de ces minorités. La majorité sunnite s’est ainsi retrouvée face à l’Occident dans des mouvements musulmans intégristes comme les Frères musulmans, fondés en Egypte dès 1928. Des régimes souvent minoritaires et autoritaires ont fini par s’imposer face à une politique occidentale marquée par un soutien inconditionnel à Israël et la méconnaissance persistante des droits du peuple palestinien. Les échecs successifs des Etats arabes face à Israël, la surenchère diplomatique et l’inefficacité économique ont entrainé dans les peuples du Machreck une forte culture du ressentiment. La négation des droits des Palestiniens a contribué aussi à une radicalisation islamiste que la politique occidentale a paradoxalement encouragée, à partir de 1956, pour contrer un nationalisme laïque suspecté de vouloir s’allier avec l’Union soviétique. Les Etats-Unis ont certes su préserver leur chasse gardée pétrolière en fragmentant le reste du monde arabe sur le plan communautaire et ethnique (Irak notamment mais aussi Soudan, voire Syrie). Les « révolutions arabes » se sont attaquées avec détermination aux pouvoirs autoritaires nés de cette histoire malheureuse, en se gardant dans un premier temps, au moins, des surenchères face à Israël ou aux Etats-Unis.       <br />
              <br />
       Il ne faut pas confondre concomitance et unité. Il y eut concomitance entre les évènements de Tunisie, du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011, et leur suite en Libye, en Egypte, au Maroc… Un indiscutable effet d’entraînement a eu lieu. Des traits communs apparaissent : partout des mouvements modernes à propulsion démocratique posent le problème de la participation de la majorité à la définition de son destin. Avec la liberté d’expression, la libération des prisonniers politiques, le pluralisme politique, un processus d’expression des sociétés se met en branle.  Bref, la forme est démocratique, même si elle ne préjuge pas du fond mais permet le développement de la conflictualité. Des forces qui pourraient s’opposer au mouvement - l’armée, les Etats-Unis -  laissent faire. Chacun de ces mouvements enfin porte la marque de l’histoire et des contradictions de la nation dans laquelle il se développe. C’est aussi pourquoi les révolutions arabes sont si diverses que le vocable qui les désigne perd progressivement de sa clarté initiale.       <br />
              <br />
       Partout, au départ, le culte du drapeau et l’affirmation de l’identité nationale se sont mnifestées, de Tunis à Bahreïn en passant par Le Caire. La fierté nationale a été un  carburant des soulèvements. Les acteurs ne se percevaient pas comme les artisans d’un « printemps arabe » embrassant tout le monde arabo-musulman, mais comme les acteurs d’une renaissance de leur pays, abaissé par les régimes autoritaires et corrompus. La forme nationale prise, au départ, par les révolutions arabes peut apparaître comme une forme de sécularisation à travers la revendication d’un Etat porteur de l’intérêt général.        <br />
              <br />
       Les mouvements populaires se développent selon une logique qui reflète l’histoire politique et sociale propre à chaque pays :        <br />
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       1.	En Tunisie, la cause de l’explosion tient sans doute à Ben Ali, au pouvoir autoritaire et policier, à la corruption et à l’accaparement des grandes sociétés par un clan familial. Elle tient aussi à la mise en œuvre de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne et au démantèlement de l’accord multi-fibres qui a détruit des dizaines de milliers d’emplois locaux. L’explosion tunisienne  tient enfin à la démocratisation de l’Ecole et de l’Université, en raison du nombre considérable de diplômés sans emploi. Ben Ali part dès lors qu’il comprend que l’armée le lâche.       <br />
              <br />
       2.	En Egypte, il était frappant de constater que la principale force d’opposition au régime Moubarak, les Frères musulmans, était au départ absente de la scène de la contestation. C’est l’armée, s’appuyant sur le mouvement de la place Tahrir, qui a écarté Moubarak. On a observé par la suite une prise en main progressive par les Frères musulmans,  au fur et à mesure que la population dans sa masse rejoignait le mouvement. La vraie révolution, ce n’est pas la manifestation du 25 janvier 2011, Place Tahrir, ni le départ du Raïs, le 11 février, mais les élections de l’automne qui ont envoyé 78 % de députés islamistes au Parlement. Comme en Tunisie, les Américains ont été plus des « facilitateurs » que des acteurs. Le libéralisme en économie professée par les islamistes y est sans doute pour quelque chose.        <br />
              <br />
       3.	En Libye, l’autocratie cruelle et bouffonne ne fut pas défaite en quelques jours, comme à Tunis, mais à la suite d’une longue période, où l’engagement de l’OTAN (7000 raids aériens) fut décisif. Les divisions anciennes du pays en tribus et le partage inégal de la richesse pétrolière, expliquent en partie aussi bien la révolte que le soutien reçu longtemps par le régime.        <br />
              <br />
       4.	A Bahreïn, le caractère propre de l’Etat, avec une population majoritairement chiite et une monarchie sunnite peut seul expliquer aussi bien le mouvement de protestation que son écrasement par l’armée séoudienne.         <br />
              <br />
       5.	Au Maroc, le mouvement du 20 février, animé par des jeunes et des diplômés, s’est heurté à l’agenda du roi, de l’USFP, comme à celui des islamistes. Il n’a guère prospéré. La reprise en main effectuée par le roi, organisant un referendum constitutionnel, avec 73% de participation et 97% de « oui »  a été approuvée par la majorité de la population. Puis aux élections législatives de novembre 2011, les islamistes du PJD sont arrivés en tête avec 27% des voix et le gouvernement Benkhirane compte 12 ministres islamistes. Le Maroc est un triangle dont le sommet, la monarchie, s’appuie sur deux pôles, l’un moderniste, l’autre islamiste.       <br />
              <br />
       6.	En Algérie, l’absence de grand mouvement populaire organisé de contestation ne se comprend qu’en référence à l’histoire récente du pays, et particulièrement la guerre civile des années 90 qui s’est soldée par l’échec des tentatives de prise de pouvoir par la force des islamistes. Les tentatives d’organisation d’un mouvement de protestation par le RCD, en janvier 2012, sont restées sans grand écho. Le traumatisme des années noires - le nombre des victimes est évalué à plus de 150.000 morts - et le fait que l’Algérie, pays relativement riche, ait su éteindre la contestation par des mesures ciblées touchant la consommation populaire, expliquent largement la situation.        <br />
              <br />
       7.	En Syrie, les mouvements populaires de contestation du régime dictatorial et policier de Bachar El Assad étaient dès le départ marqués par les divisions confessionnelles anciennes du pays. Le refus de l’accaparement de l’Etat par les Alaouites, sous le camouflage du Baath, nourrissait l’exigence démocratique. Mais la situation ne peut s’expliquer que par l’histoire du pays, par l’ascenseur social fourni par l’armée à la minorité méprisée des Alaouites et aux Chrétiens, et par l’écrasement des Frères musulmans en 1982. Très vite, surgissent aux côtés des manifestants civils des combattants armés venus de toute la région et se revendiquant de la cause islamiste. La révolution prend aujourd’hui les traits d’une guerre civile.       <br />
              <br />
       8.	L’insurrection populaire au Yémen fondée, au départ sur la contestation du pouvoir du président Saleh, n’a pu s’arracher aux tensions et divisions ethniques qui traversent un Etat récent, séparé puis réunifié au cours du dernier demi-siècle. La « solution yéménite », favorisée par l’Arabie Séoudite, n’empêche pas les islamistes radicaux de contrôler à présent l’est et le sud du pays.       <br />
              <br />
       9.	Au Nord Mali, la revendication indépendantiste touareg (MNLAzawad) a été rapidement écartée par AQMI, par le Mouvement pour l’unicité et pour le djihad en Afrique de l’ouest (Mudjao) et par le groupe Ansar Eddine, principalement touareg mais dans la mouvance intégriste. Les éléments djihadistes semblent avoir pris, dans la foulée d’un mouvement populaire, le contrôle de la situation.       <br />
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       <b>II – Des révolutions conservatrices ?</b>       <br />
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       Après la phase révolutionnaire proprement dite (« thawra  », en arabe), s’ouvre une deuxième séquence : celle du processus électoral. Alors que la première phase était portée par une jeunesse branchée, soutenue par une fraction des élites modernistes, la deuxième phase permet à la société profonde de s’exprimer : monde rural, faubourgs urbains, masses dont l’Islam est la référence et l’horizon, et cela d’autant plus que les organisations islamistes ont tissé depuis longtemps, avec la tolérance des autorités en place, un étroit réseau d’éducation et d’aide sociale.        <br />
              <br />
       Henry Laurens, professeur au Collège de France, explique que « la poussée de l’Islam est en bonne partie le fruit des progrès de l’éducation ». C’est moins d’une « réislamisation » qu’il s’est agi que d’un changement de l’islam sous l’effet de la scolarisation. En fait, la majorité de ces populations était analphabète et son islam consistait surtout en traditions et superstitions. Avec l’accès à l’alphabétisation, l’islam populaire s’est transformé en islam lu. Les gens ont acquis la possibilité de lire le Coran par eux-mêmes, pour commencer. Ils ont pu y puiser des arguments nouveaux. Cette acculturation religieuse n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé en Europe avec la Réforme protestante, puis la Contre-Réforme catholique, aux XVIe et XVIIe siècles ».        <br />
              <br />
       Il n’est pas étonnant dans ces conditions que les forces islamistes aient pris le dessus, dans des proportions d’ailleurs variables à l’occasion des élections. Bruno Etienne, quand il voulait expliquer à un public français ce qu’était l’islamisme disait que c’était « les bonnes sœurs + la CGT » ! A ceci près que l’islamisme s’accorde fort bien avec le libéralisme économique. Maxime Rodinson, dans « Islam et capitalisme » (1966), a bien montré que les textes fondateurs de l’Islam magnifient le commerce et la libre entreprise. Khadija, la femme du Prophète était d’ailleurs une grande « femme d’affaires » ...       <br />
              <br />
       1.	Le « printemps tunisien » fut plutôt un mai 68, mené par les jeunes, les étudiants, les diplômés, les couches évoluées … suivi de l’irruption dans les urnes d’une révolution conservatrice. Neuf mois après le départ de Ben Ali, le 23 octobre 2011, le parti Ennhada emporte quatre-vingt-neuf sièges sur deux cent dix-sept. Il forme le gouvernement avec l’appui de deux partis du Centre gauche, le Congrès pour la République (CPR) du Président Moncef Marzouki et « Ettakatol », dirigé par le Président de l’Assemblée Constituante, Mohamed Ben Jaafar. Le Président d’Ennhada, Rachid Ghannouchi, pratique une politique renvoyant dos à dos les « extrémistes », que sont, dans sa bouche, les « laïcs » se réclamant de Bourguiba, et les « salafistes », partisans d’un retour à la lettre du Coran. Même s’il garantit le code du statut personnel et les droits de la femme, Rachid Ghannouchi ne veut pas rompre le dialogue avec les salafistes. Le gouvernement est contraint de réprimer les assauts menés par ceux-ci contre des expositions culturelles ou même des postes de police. L’affaire prend de tout autres proportions quand c’est le Consulat américain qui est visé. La police est amenée à tirer. Le gouvernement est sur le fil du rasoir. L’opinion publique commence à se retourner, même si l’opposition, regroupée derrière M. Caïd Beji Essebsi, ancien Premier ministre de Bourguiba, peine à se regrouper, en butte aux attaques qui la décrivent comme préparant un retour en force de « l’Ancien Régime ». Le problème d’Ennhada, c’est d’abord le chômage, particulièrement celui des jeunes, et de ne pas se laisser déborder par les salafistes.        <br />
              <br />
       Libéral au plan économique, Ennhada ne l’est évidemment pas en matière de mœurs, mais peine à trouver des solutions. L’urgence est économique et sociale. Le tourisme par exemple, c’est aussi, comme le fait remarquer H. Laurens, « l’alcool et les femmes au visage découvert ». En attendant, l’Assemblée Constituante est en panne. Non seulement il n’y a toujours pas de Constitution, mais de nombreux problèmes sont irrésolus : le chômage des étudiants, les inégalités régionales, la question du marché noir, etc. C’est sur ce terreau que progresse la violence salafiste dont les acteurs sont issus d’une jeunesse marginalisée. L’UGTT, la puissante centrale syndicale qui a soutenu la Révolution, vient d’appeler au « dialogue national » pour « hisser l’intérêt général au-dessus du particulier ».        <br />
              <br />
       Les premières élections doivent avoir lieu probablement en juin 2013. Il n’est pas anormal qu’une transition vers la démocratie fasse apparaître des contradictions. La découverte du pluralisme et du débat est, en soi, chose positive. La Tunisie constitue un laboratoire qui montrera si une synthèse est possible entre l’islamisme politique et la démocratie.       <br />
              <br />
       2.	Le « printemps égyptien » a été suivi de deux séries de consultations électorales, remportées par les Frères musulmans. Victoire électorale aux législatives, avec 44% (la totalité islamisme plus salafisme dépassant 70% des voix) suivie d’un reflux aux  présidentielles avec 24% au premier tour (et 52% au second) L’élection de Mohamed Morsi a conduit à un effacement  politique de l’armée.        <br />
              <br />
       Ce qui est frappant en Egypte, c’est l’importance du vote islamiste aux législatives et son reflux à l’occasion de l’élection présidentielle. La forte capacité manœuvrière du nouveau Président, qui a bénéficié à l’évidence du soutien de l’administration Obama pour obtenir l’effacement des militaires, n’est pas de trop pour naviguer entre les écueils. En obtenant une trêve entre Israël et le Hamas, le Président égyptien a gagné une crédibilité nouvelle au plan international mais l’extension par décret de ses pouvoirs marque un seuil. Contre la rue, le Président Morsi choisit un référendum, le 15 décembre 2012, sur la Constitution proposée par les islamistes.       <br />
              <br />
       Henry Laurens porte sur l’évolution des « Frères Musulmans » égyptien le jugement suivant : « Les Frères musulmans sont condamnés à accepter le pluralisme de la société parce que c’est la condition pour eux d’accéder au pouvoir. Il me semble même qu’une frange au moins du mouvement a intégré la notion de pluralisme. Il y a vingt ans, j’aurais dit : les Frères musulmans sont unanimistes, ils sont adeptes de la « guerre des civilisations » qu’ils ont prônée avant que Huntington ne la théorise, ils croient au complot culturel de l’Occident pour détruire l’islam. Ce sont des antimodernes. Leurs idéologues d’aujourd’hui ne tiennent pas du tout ce discours. Ils ne sont plus dans le conflit entre ce qui est défini comme musulman et l’exogène. Ils insistent au contraire sur la compatibilité entre la modernité incarnée par l’Occident et l’islam. Le grand thème des élections a été l’élaboration de l’« Etat civil » (dawla madaniyya), sorte de mixte entre l’Etat de droit et la société civile. » Reste à savoir si la réalité, marquée par l’absence d’alternative aux islamistes, se conformera au discours des idéologues.       <br />
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       3.	En Libye, les forces « démocratiques » étaient surtout islamistes. Le mouvement était d’ailleurs parti de Benghazi, où le rigorisme religieux a toujours trouvé ses cadres. Le soutien du Qatar est allé jusqu’à une participation à la coalition armée. Rien d’étonnant à ce que la remise en vigueur de la charia ait été une des premières mesures annoncées. Les violences ethniques demeurent, notamment au Sud. Certes les Frères musulmans ont été battus aux élections par les « libéraux » de Mahmoud Jibril. Mais ce « libéralisme » tient plus d’un islamo-nationalisme, et son succès d’une défiance à l’égard de l’Egypte, protectrice des Frères musulmans.        <br />
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       4.	En Syrie, la réalité d’une guerre civile s’exacerbe. Elle évoque davantage ce qu’ont connu l’Algérie ou le Liban que les révolutions arabes de Tunisie ou d’Egypte. La Syrie est devenue un champ ouvert à toutes les ingérences. Il faut refonder un pacte national syrien qui implique le rapprochement des communautés et d’abord la trêve que recherche méritoirement Lakhdar Brahimi. Ce que peut-être l’« après Assad » n’apparaît pas clairement.        <br />
              <br />
       5.	Au Nord Mali une séquence analogue a été observée : les militants de l’indépendance touareg ont été rapidement supplantés par les islamistes radicaux, disposant des armements pris en Libye. Le contrôle du Nord par AQMI, le Mudjao et Ansar Dine, mouvement intégriste principalement touareg, pose la question de leur financement et de leur soutien.        <br />
              <br />
       6.	En somme, partout, sauf en Algérie et au Maroc,  les « printemps arabes » ont été pris en main aujourd’hui par les Frères musulmans ou les islamo-nationalistes. La question du djihadisme doit être traitée à part. Elle résulte de dérapages non contrôlés (Libye, Mali, Syrie, Yémen).       <br />
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       <b>III – La stratégie des acteurs politiques</b>       <br />
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       1.	Examinons tout d’abord les puissances de la région.        <br />
              <br />
       Les monarchies du Golfe : Le wahhabisme s’est engagé de longue date dans une démarche hostile à l’égard des  régimes séculiers. C’était visible au sein de la Ligue arabe. Les attaques constantes d’Al Jazeera,  depuis très longtemps, contre la politique tunisienne, syrienne, égyptienne, n’étaient sans doute pas le fait du hasard. Les monarchies du Golfe se sont impliquées, par tous les moyens dont elles disposent aux côtés de la récupération islamiste des révoltes populaires, le Qatar soutenant plutôt les Frères musulmans et l’Arabie séoudite ne rechignant pas à aider les mouvements salafistes.       <br />
              <br />
       Le wahhabisme voit de plus, au Proche Orient, un nouvel épisode de sa rivalité à l’égard du chiisme.  Depuis l’essoufflement et la mort du baathisme et l’épuisement du nationalisme arabe, les deux pôles du Moyen Orient sont Téhéran (lié à la Syrie, au Hezbollah, au Bahreïn, et dans une large mesure aux nouveaux dirigeants irakiens) et Ryadh. Le Liban a toujours été la victime de cet affrontement. Et les Alaouites sont non seulement dans le camp de Téhéran, mais tenus au plan religieux pour renégats.  Seul Le Caire essaye de garder sa marge de manœuvre, à distance de Ryad et de Téhéran.        <br />
              <br />
       Le rôle de la Turquie est ambigu. La Turquie est une démocratie dont le parti dominant est un parti islamiste, l’AKP. Elle offre ce qui se rapproche le plus d’une « démocratie musulmane ». Mais Kemal Ataturk est passé par là et son modèle n’est pas facilement transposable. La Turquie actuelle tend à reprendre l’héritage de l’Empire ottoman. Mais son attitude de soutien à l’opposition syrienne est freinée par la crainte de voir se constituer au sud de ses frontières des zones kurdes autonomes. La Turquie a sans doute besoin à terme du maintien de l’intégrité de la Syrie.        <br />
              <br />
       2.	Les Etats-Unis avaient les meilleurs rapports avec Moubarak et Ben Ali. Ils avaient normalisé leurs relations avec Kadhafi et toléraient, au nom de la stabilité, Bachar el Assad et son régime. Mais ils ont été prompts à changer de monture quand ces régimes ont été contestés. Ils ont aussitôt soutenu les islamistes. Leur thèse est claire : si le suffrage universel  les désigne, ils deviennent des partenaires légitimes. Une alliance stratégique avait été déjà conclue avec l’Arabie séoudite depuis février 1945 –pacte du Quincy-. De même, en 1978, une alliance avait été conclue avec les islamistes contre l’URSS en Afghanistan, etc… Ce partage des rôles - les islamistes s’occupent de la charia et laissent les Américains s’occuper du pétrole – a montré ses limites. Par la pression militaire et par leurs subventions, les Etats-Unis espèrent contenir les élans anti-israéliens et antioccidentaux des islamistes. Dans le conflit sunnites-chiites, ils optent avec constance, après leurs déboires irakiens, contre Téhéran et ses alliés.       <br />
              <br />
       3.	La Russie et la Chine : il faut noter le souci de ces deux puissances de ne pas laisser le Proche Orient aux seuls Occidentaux. Les intérêts matériels (énergie notamment) ne sont pas seuls en cause. Ils ne souhaitent pas laisser se développer un « droit d’ingérence » qui, un jour, pourrait les prendre pour cible. L’interprétation extensive qui a été faite de la résolution 1973 sur la Libye les conforte dans leur détermination. La hantise de la Russie est de voir l’islamisme, qualifié de « wahhabite » s’incruster au Caucase, saper l’influence des Etats protégés de la CEI en Asie Centrale et gangréner les républiques musulmanes établies le long de la Volga (Tatarstan, dont la capitale, Kazan, à cinq cents kilomètres de Moscou, vient de connaître un attentat sanglant dirigé contre l’imam modéré dirigeant la grande Mosquée, Bachkirie). Il faut ajouter à cela la volonté de la Russie de Poutine, ostensiblement rechristianisé, de ranimer son rôle de  défenseur des chrétiens d’Orient, rôle qu’elle partageait dans le passé avec la France.       <br />
              <br />
       Dans les « printemps arabes », Téhéran n’est pas parvenu à jouer le rôle dont elle avait l’ambition. Israël, inquiet de l’islamisme et de la déstabilisation, a pour sa part insisté sur le péril iranien. La balkanisation de certains pays arabes n’est sans doute pas pour lui déplaire.       <br />
              <br />
       4.	La France s’est engagée depuis longtemps, lors de la première guerre du Golfe, sur la pente d’un certain suivisme à l’égard de la politique américaine au Moyen-Orient. La politique arabe d’inspiration gaullienne, on s’en souvient, avait été qualifiée, en mars 1991, de « succession d’illusions » par le ministre des Affaires étrangères de l’époque. L’arrivée au pouvoir de régimes islamistes dans le monde arabe ne peut que renforcer cette orientation qui va souvent au-delà d’une adaptation réaliste et n’hésite pas à « anticiper » (Libye-Syrie). La question de l’Etat palestinien est évidemment un marqueur d’autonomie central par rapport à la politique américaine. La reconnaissance d’un Etat palestinien peut conforter le courant laïque de la résistance palestinienne et contribuer à désamorcer les risques potentiels que comporte la montée de l’islamisme politique.       <br />
              <br />
       A Bahreïn, le silence radio a rapidement régné, tant le scénario réel était contradictoire avec la « doxa ».        <br />
              <br />
       Mais au Nord-Mali,  les contradictions sont là. Il nous faut ménager nos rapports avec les Etats africains amis. Une intervention militaire paraît inévitable. Mais la forme n’en est pas encore décidée. Alger qui tient les clés de la solution songe sans doute à une stratégie de division et de pourrissement telle qu’elle fut conduite pour réduire le GIA.       <br />
              <br />
              <br />
       Dans ce paysage  deux cas particuliers sont à signaler:       <br />
              <br />
       -	L’Algérie : Les élections de mai 2012 ont été jugées globalement sincères par les observateurs de l’Union européenne, d’une Fondation américaine, de la Ligue arabe et de l’Union africaine qui se sont déployés pour la première fois dans tout le pays. Le taux de participation – 43 % - peut paraître faible mais il est notablement supérieur au pronostic formulé dans les médias occidentaux (25 %). L’enseignement le plus fort est que la vague verte annoncée n’a pas eu lieu (les partis islamistes n’ont recueilli que 27% des voix) mais l’abstention traduit un retrait certain. Un fait a été ignoré : la présence de 30 % de femmes au sein de l’Assemblée Nationale.       <br />
              <br />
       -	Le Maroc : il faut évidemment prendre garde aux tensions éventuelles entre le roi et le gouvernement Benkhirane. Aujourd’hui, l’opinion se situe en arbitre et le roi peut choisir le moment et le thème pour contenir un PJD qui, avec 27% des voix, est puissant mais n’est pas le seul maître du jeu.       <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>IV – La balkanisation des Etats de la région</b>       <br />
              <br />
       L’un des changements les plus marquants dans la région est une tendance nette à la balkanisation des grands Etats. Les pays jadis dits du « front du refus » ont été les plus touchés par la balkanisation. L’Irak a vu son unité mise en cause par les divisions entre Arabes chiites, Arabes sunnites et Kurdes …  la partition du Soudan et la création du Sud-Soudan sont intervenues à l’issue d’un long processus de démembrement dont une des origines a été le conflit du Darfour, dossier très médiatisé par la presse américaine, et l’autre la résistance des minorités chrétiennes. La Libye, dans les faits, se retrouve fragmentée. En Syrie il n’est pas certain que l’issue écarte un éclatement du pays. Le Yémen a vu son unité encore plus fragilisée.        <br />
              <br />
       Le panislamisme, surtout dans sa forme wahhabite, n’est pas forcément contradictoire avec la tendance à la balkanisation, car il veut réduire les appartenances nationales au profit d’un  seul marqueur identitaire : la religion musulmane. La balkanisation-islamisation peut engendrer des affrontements  où nous serions sommés d’intervenir. La vieille thèse de l’Etat-nation serait bien plus utile à ces peuples. Le modèle de l’Etat-nation fondé sur la citoyenneté et non sur la communauté, l’ethnie ou la religion mérite d’être défendu face au modèle communautariste mais il ne peut l’être que par les peuples eux-mêmes.        <br />
              <br />
              <br />
       <b>       <br />
       V – Quelle grille d’interprétation faut-il retenir de « l’islamisme politique » ?</b>       <br />
              <br />
       Le monde arabe est notre voisin. Il constitue une caisse de résonnance linguistique, culturelle, historique sans équivalent. Il est, qu’on le veuille ou non, le cœur du monde musulman de l’avenir duquel aucune grande puissance ne peut se désintéresser : Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Europe. Il y a une unité du  monde arabe et en même temps le monde arabe est divers. L’Islam, au XXIe siècle, est au cœur du monde. Nul ne peut se désintéresser de son avenir. Et en son centre, répétons-le, il y a le monde arabe.       <br />
              <br />
       Selon une thèse que j’emprunte en partie à Pierre Brochand, l’Islam serait de fait la principale force de résistance à la globalisation libérale que portent l’essor des nouvelles technologies de la communication, la libération des flux de capitaux, de marchandises et de services, sans parler des flux migratoires et enfin la dynamique de l’hyperindividualisme libéral. C’est surtout, selon moi, à ce dernier trait que l’Islam s’oppose le plus  fortement (il ne s’oppose pas à la libération des capitaux) ni plus généralement au libéralisme économique. La dynamique hyperindividualiste à quoi a abouti la civilisation occidentale n’est plus contrôlée. L’information circule à la vitesse de la lumière. Il y a 1,5 milliard d’utilisateurs d’internet dans le monde et 3,5milliards de portables. Cette révolution de l’information nourrit le consumérisme et l’hédonisme. La globalisation dévalorise tout ce qui est vertical (institutions, Etats, etc.) et donne l’illusion d’un monde enfin décloisonné, où l’individu est roi. Mais elle favorise aussi l’apparition de réseaux transnationaux (drogue, pornographie, criminalité, terrorisme) à la faveur des frustrations et des  déséquilibres qu’elle entraine. Dans ce monde interconnecté, nous sommes tous des « voisins obligés ». Cette globalisation d’origine occidentale, et particulièrement celle de l’information, se heurtent à la réalité du monde non occidental, chacun, en son sein, réagissant avec ses propres moyens pour mettre à profit ses atouts spécifiques (délocalisations industrielles – rente pétrolière – trafic de drogue – piraterie, immigration clandestine, etc.) au risque de l’« anomie » (j’appelle ainsi l’absence de toute règle ouvrant la voie à un monde de plus en plus chaotique.        <br />
              <br />
       Samuel Huntington a inventé, en 1994, l’expression de « choc des civilisations » : il visait principalement l’Islam qui oppose à l’hyperindividualisme libéral une réaction non étatique de même nature, qu’on peut qualifier d’« identitaire ».       <br />
              <br />
       Ses valeurs : primauté du groupe et de la famille patriarcale, hétéronomie absolue, confusion du public et du privé, du politique et du religieux, interdits sexuels, etc. l’opposent trait pour trait à l’hyperindividualisme porté par la globalisation libérale. L’Islam apparaît de fait, dans le monde d’aujourd’hui, comme le porteur par excellence de la tradition. Il n’en est certainement pas le seul vecteur, mais il est à coup sûr le plus dynamique. Il me paraît nécessaire cependant de bien distinguer entre l’Islam qui est d’abord une religion, même si elle tend à régenter l’espace social tout entier (mais quelle religion n’en a-t-elle pas eu la tentation ?), et par ailleurs l’islamisme qui est une idéologie politique et qui tend à la conquête du pouvoir politique. Il est de fait qu’après l’effondrement du communisme, l’islamisme, dans certaines de ses variantes (iranienne notamment), peut aussi vouloir récupérer une fonction contestatrice (anti-impérialisme, altermondialisme, etc.). Il est important de ne pas figer l’Islam dans une sorte d’essentialisme. L’Islam n’est pas un bloc. En son sein, coexistent des courants très divers.        <br />
              <br />
       Plusieurs sensibilités s’y expriment : des courants modernistes (c’était largement le cas du nationalisme arabe) mais aussi des réactions d’autodéfense par rapport à l’hyperindividualisme libéral confondu avec l’Occident qu’on peut distinguer selon le niveau de dissidence qu’elles expriment :        <br />
              <br />
       -	les réactions de rejet : le djihadisme ;       <br />
       -	les réactions de refus : l’islamisme politique       <br />
       -	les réactions de repli : l’islamisation des mœurs.       <br />
              <br />
       1.	Le djihadisme préconise le retour à la lettre du Coran et au califat originel, par la guerre à la fois contre l’Occident et contre ses suppôts locaux (les régimes « mécréants »). L’événement fondateur est, pour les djihadistes, l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Mais le développement ultérieur du djihadisme renvoie à de graves crises d’identité, que ce soit en pays musulman ou dans les pays d’émigration, souvent, par défaut d’appartenance véritable des individus concernés. Les groupes djihadistes s’appuient sur un terreau beaucoup plus « porteur » que les groupuscules gauchistes des années 1970. C’est un terreau qu’il faut assécher si on veut pouvoir les réduire. Ils ne représentent d’ailleurs qu’une très petite minorité, chez des hommes jeunes, en pleine crise d’identité, mais la masse des musulmans, fondamentalement modérés, les rejette.       <br />
              <br />
       2.	L’autodéfense musulmane peut prendre en pays d’Islam la forme du refus : c’est l’islamisme politique qui recherche non la confrontation globale avec l’Occident mais la prise de pouvoir dans un pays donné par la voie des élections, avec l’objectif d’y imposer la « charia ». L’islamisme politique est pragmatique. Il ne remet pas en cause le marché. Il est ouvert aux compromis. La question qui se pose est de savoir s’il peut accepter le pluralisme, l’alternance, une totale liberté de conscience, d’opinion, bref de démocratie et qu’on puisse ainsi parler de « démocratie musulmane » comme il y a eu, après 1945, en Europe, une « démocratie chrétienne », notamment en Italie et en Allemagne. Peut-il constituer un « détour » vers la démocratie ? Henry Laurens semble le penser : « Le pouvoir pourrait bien se révéler être un cadeau empoisonné pour les islamistes. Ne l’oubliez pas, l’exercice du pouvoir n’a pas encore commencé. Même en Tunisie, pour le moment, on est encore à l’étape de la Constituante. Nous venons d’entrer dans une nouvelle phase qui ne sera sûrement pas la dernière.  Le moment arrive de la confrontation avec la réalité. Il va falloir se colleter avec les épines de la gestion quotidienne, maintenir l’ordre, assurer qu’il y ait des places dans les écoles, donner du travail aux jeunes. A tout cela, l’islam ne peut rien ».       <br />
              <br />
       Henry Laurens ajoute : « Il y aura des abcès de fixation, des crises dues aux tentatives de tester les nouveaux pouvoirs, comme cela se voit maintenant en Tunisie dans certaines universités à propos du port du niqab. Mais les courants majoritaires n’iront pas jusqu’à sacrifier l’économie. Les doctrines islamiques sont en général des doctrines solidaristes. Elles s’accommodent d’une médiocrité globale, mais où chacun a les moyens de vivre. … Rien n’empêche de penser que les islamistes d’ici à quelques années se seront délégitimés face à la pression des problèmes sociaux. Ils ont pu faire leur campagne électorale sur des thèmes identitaires,  mais ils sont rattrapés maintenant par le problème beaucoup plus redoutable de l’emploi. Ils ne sont pas pour bouleverser les choses ou créer un monde nouveau. Nous ne sommes pas en 1789 ou en 1917. L’objectif de la « révolution » est de faire coïncider le pouvoir avec la société. Or, les sociétés musulmanes sont conservatrices. Elles ne remettent pas en question les circuits de l’économie. Les révolutions arabes se sont faites dans un espace conservateur et au nom du principe du réel. ».       <br />
              <br />
       Cette vision du grand orientaliste s’avèrera sans doute juste dans la longue durée mais les hommes politiques agissent à court et moyen termes. L’islamisme politique comporte des dérives potentielles qu’il serait imprudent de ne pas envisager : complaisance à l’égard du salafisme et par ce biais du djihadisme, perturbations géopolitiques majeures, irréversibi-lité des processus engagés, degré d’emprise sur la société, s’agissant notamment du statut de la femme, et cela d’autant plus que les courants modernistes sont divisés et ne fournissent pas d’alternative politique.       <br />
              <br />
              <br />
       3.	Il est une troisième forme de réaction des sociétés musulmanes à l’hyperindividualisme libéral porté par l’Occident : c’est le repli, l’islamisation des mœurs, quelquefois encouragée par des gouvernements non-islamistes, mais dont il n’est pas aventuré de prédire qu’elle nourrira à terme l’islamisme politique et qui sera pénible voire insupportable aux Arabes qui n’ont pas la soumission au Coran comme dogme exclusif.        <br />
              <br />
       Il existe ainsi un savant dégradé de réactions défensives des sociétés musulmanes à la déferlante de l’hyperindividualisme libéral. Mais il y a aussi des synthèses modernistes en gestation. La tentation est toujours grande de s’incliner devant le fait accompli. On l’a vu en d’autres temps. Pour ma part, je ne crois pas qu’il faille « jeter le bébé avec l’eau du bain ». L’idée républicaine est aussi, pour le monde arabe, « une idée toujours neuve ». C’est ce que nous dit par exemple Georges Corm du Liban et du Moyen-Orient , mais qu’on perçoit très bien aussi dans la société algérienne.        <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       <b>VI – Quelle politique française vis-à-vis du monde arabe aujourd’hui ?</b>       <br />
              <br />
       La France doit, selon moi, rester fidèle à une politique de principes : respect de l’autodétermination des peuples dans le cadre de la Charte des Nations-Unies, refus de l’« ingérence », dialogue des cultures et des nations. Naturellement, la République française repose sur des valeurs, mais ces valeurs ne s’exportent pas à la pointe des baïonnettes ou par missiles guidés avec précision. La démocratie, en particulier, n’est pas, comme l’a bien vu Jacques Berque, un article d’exportation. Elle doit prendre appui, pour se développer, soit sur la transformation de concepts ou d’institutions traditionnels pour relever les défis du présent, soit sur l’emprunt à l’étranger de concepts et d’outils que les sociétés veulent s’approprier par nécessité de survie, comme ce fut le cas au Japon, à l’ère Meiji. C’est dans leurs propres motivations que les peuples arabes doivent ainsi trouver le ressort qui les fera acteurs et maîtres de leur destin. Jacques Berque récuse l’idée d’une guerre des civilisations. Il préconise le dialogue et je ne crois pas trahir son esprit en disant qu’il manifesterait une certaine empathie pour les révolutions arabes tout en tenant bon sur ce que nous appelons « les valeurs des Lumières ». Le Prophète lui-même, dans la traduction du Coran qu’a donnée Jacques Berque, fait quarante-quatre fois appel à la « raison naturelle » et exhorte ses disciples à « rechercher le Savoir jusqu’en Chine », alors l’extrémité du monde connu. La notion anglo-saxonne du « soft power » mérite d’être revisitée : de quelles valeurs voulons-nous réellement donner l’exemple ? L’hyperindividualisme libéral ? N’oublions pas que la Révolution française a mis le citoyen au-dessus de l’individu. Est-ce que les programmateurs de nos chaines télévisées se rappellent toujours que leurs émissions sont très regardées dans le monde arabe et particulièrement au Maghreb ?       <br />
              <br />
       Il me semble qu’une République française fidèle à ses valeurs d’égalité (ce qui manque le plus), de fraternité, de liberté d’esprit et qui ne ferait pas de la laïcité une arme contre les religions (ce qu’elle n’est pas et ne doit pas être), servirait utilement le dialogue avec le monde musulman.       <br />
              <br />
       La République ne se confond pas avec l’hyperindividualisme et encore moins avec l’anarchie. La République est d’abord celle des citoyens. Elle implique des règles. Il y a un siècle et demi que Lacordaire énonçait déjà qu’« entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ».       <br />
              <br />
       L’islamisme politique est à coup sûr un courant important dans le monde musulman d’aujourd’hui. Il comporte des versions traditionnelles (wahhabite, déobandie) ou plus modernes (les Frères musulmans). Nous n’avons aucune assurance sur sa réversibilité, tant qu’il n’a pas démontré son respect de la volonté populaire et des libertés publiques. Nous ne savons pas non plus le degré d’emprise qu’il exercera sur les sociétés qu’il parviendrait à dominer politiquement (s’agissant notamment du statut de la femme).       <br />
              <br />
       Pour autant, la France doit rester fidèle, selon moi, au principe de non-ingérence, sans pour autant cesser d’affirmer les valeurs républicaines qui sont, si je puis dire, dans son génome.       <br />
              <br />
       Nous devons reconnaitre les gouvernements issus des urnes, qu’ils nous plaisent ou non, et donc continuer à reconnaitre des Etats et non des régimes.       <br />
              <br />
        Mais on peut aller plus loin, par des alliances stratégiques, avec les pays qui nous sont les plus proches. C’est évidemment le cas de l’Algérie et du Maroc. Si la France veut avoir une politique arabe, et plus généralement vers le Sud, l’Algérie est la clé du Sud, comme l’avait remarqué le général de Gaulle (de même que la réconciliation franco-allemande fut le point de départ d’une politique européenne). Il y a, des deux côtés, des adversaires à cette réconciliation. Celle-ci peut seule ouvrir la voie d’un avenir commun car au plan économique, politique, humain, les convergences sont innombrables. A condition d’avoir une politique !       <br />
              <br />
       Quelle politique arabe pour la France ? Il faut instaurer la cohérence : on ne peut pas à la fois hystériser l’islam en France et proposer « l’union pour la Méditerranée », comme la tentation s’en est manifestée.       <br />
              <br />
       On ne peut pas soutenir l’islamisme politique dans le monde arabe en fermant les yeux sur ses dérives djihadistes et combattre ce même djihadisme en Asie (Afghanistan) ou en Afrique (Mali). On ne doit pas faire non plus comme si l’islamisme politique était le seul régime qui convenait chez eux aux peuples arabes et prôner en même temps l’intégration en France de nos compatriotes de tradition musulmane. Nous éprouvons certes quelques difficultés de transmission des valeurs républicaines.  Mais ce n’est pas le problème de l’Islam. C’est le problème de la France !       <br />
              <br />
              <br />
       La France doit rester fidèle à son héritage républicain, et ne pas se rallier à la vulgate de l’hyperindividualisme libéral. Les valeurs républicaines sont souvent des valeurs héritées mais laïcisées. La France doit défendre les droits de l’Homme, certes, mais sans oublier ceux du Citoyen. Les seconds garantissent les premiers.       <br />
              <br />
       C’est ainsi, à bien y réfléchir, que la France rendra service à l’Occident lui-même. Elle rendra service aussi au monde musulman, en l’aidant à trouver le juste équilibre entre ce que Jacques Berque appelait « modernité » et « authenticité ».       <br />
               <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Les-changements-politiques-dans-le-monde-arabe_a1451.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Syrie: Jean-Pierre Chevènement dénonce les "professionnels de l'ingérence"</title>
   <updated>2012-08-15T17:40:00+02:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Syrie-Jean-Pierre-Chevenement-denonce-les-professionnels-de-l-ingerence_a1419.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/4619204-6913207.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2012-08-15T17:32:00+02:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Dépêche AFP, mercredi 15 août 2012, 17h03.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/4619204-6913207.jpg?v=1345045220" alt="Syrie: Jean-Pierre Chevènement dénonce les "professionnels de l'ingérence"" title="Syrie: Jean-Pierre Chevènement dénonce les "professionnels de l'ingérence"" />
     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC, a dénoncé mercredi les &quot;professionnels de l'ingérence&quot; qui poussent, selon lui, la France &quot;à intervenir militairement&quot; en Syrie, dans une déclaration à l'AFP.       <br />
              <br />
       &quot;La Syrie n'est ni la Tunisie ni l'Egypte. C'est un pays plongé dans une guerre civile inspirée et alimentée de l'extérieur&quot;, estime-t-il.       <br />
              <br />
       Selon l'ancien ministre de la Défense, &quot;des professionnels de l'ingérence poussent aujourd'hui la France à intervenir militairement, fusse par la seule voie aérienne, en violation de la légalité internationale et au côté de pays dont les ambitions et les intérêts ne sont pas les nôtres&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;Le précédent libyen ne saurait être invoqué&quot;, déclare-t-il. La résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU de mars 2011 a, selon lui, &quot;été interprétée au-delà de son objectif proclamé -la protection des civils-, jusqu'à un changement de régime dont l'une des conséquences a été la déstabilisation du Mali&quot;.       <br />
              <br />
       M. Chevènement rappelle que le président François Hollande &quot;a plusieurs fois souligné que la France n'interviendrait pas en dehors d'un résolution du Conseil de sécurité des Nations-unies&quot;. &quot;La politique de la France repose sur des principes et aucune campagne d'opinion ne doit l'en faire dévier&quot;, affirme-t-il.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Selon le sénateur du territoire de Belfort, &quot;la politique de +changement de régime+ a été pratiquée en Irak&quot; par l'ancien président américain George Bush en 2003, mais &quot;elle ne saurait aujourd'hui recevoir la caution de la France&quot;.       <br />
              <br />
       Dans le quotidien Le Monde, l'écrivain et essayiste Bernard-Henri Lévy, en pointe lors de l'intervention occidentale en Libye en 2011, a notamment lancé mardi un appel à une action militaire aérienne en Syrie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Syrie-Jean-Pierre-Chevenement-denonce-les-professionnels-de-l-ingerence_a1419.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>La "responsabilité de protéger" doit être interprétée strictement</title>
   <updated>2011-03-18T10:35:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/La-responsabilite-de-proteger-doit-etre-interpretee-strictement_a1097.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2011-03-18T10:32:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
      Le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté hier soir une résolution visant à protéger les populations civiles libyennes. Cette responsabilité de protéger définie par l'ONU en 2005 ne se confond nullement avec un droit d'ingérence ouvert à la France, à la Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et aux pays volontaires.        <br />
              <br />
       Il faut souhaiter que la résolution du Conseil de sécurité soit interprétée strictement. Les frappes doivent être réservées à des cibles militaires. Il faut donc éviter tout dommage collatéral sur les civils.       <br />
              <br />
       La France serait bien inspirée d'agir en contact étroit avec les pays arabes, notamment l'Egypte et les pays du Maghreb.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/La-responsabilite-de-proteger-doit-etre-interpretee-strictement_a1097.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Révolutions arabes : "Aller à l’idéal mais comprendre le réel"</title>
   <updated>2011-03-16T16:12:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Revolutions-arabes-Aller-a-l-ideal-mais-comprendre-le-reel_a1094.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2011-03-16T15:59:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
      L’évolution de la situation en Libye met en valeur l’improvisation &quot;bernard henri-léviesque&quot; à laquelle le Président de la République s’est laissé aller en reconnaissant non pas un Etat mais un gouvernement, chose radicalement nouvelle dans la tradition diplomatique française. Il eût été prudent de s’assurer que le « transfert de légitimité » ainsi opéré correspondait bien à une inversion du rapport de forces sur le terrain que seule pouvait garantir une intervention extérieure potentielle (zone d’exclusion aérienne) dont les conditions n’ont jamais été réunies.       <br />
              <br />
       Le Président de la République repoussait, à juste titre, l’idée d’une intervention de l’OTAN mais c’était au bénéfice d’une intervention franco-britannique : il était sans doute bien jeune au moment du « coup de Suez », mais il semble avoir oublié que celui-ci n’a pas laissé que de bons souvenirs dans la région…       <br />
              <br />
       La communauté internationale ne peut agir qu’avec le soutien des pays arabes et notamment de l’Egypte pour contenir la violence exercée par le régime du Colonel Khadafi à l’égard de son peuple. On peut regretter l’irrésolution de la communauté internationale mais c’est toujours une erreur de mettre les orientations de notre diplomatie sous l’Empire de la Communication.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Que M. Bernard Henri-Lévy lance, dans la tradition de Malraux, des brigades internationales pour Benghazi, c’est son affaire ! Mais que la France s’isole au plan international en brandissant un sabre de bois est un faux-pas infiniment plus grave. On ne semble pas s’être avisé, en haut lieu, que, dans ce qu’il est convenu d’appeler « les révolutions arabes », le comportement de l’armée est décisif. En Tunisie comme en Egypte, elle a refusé de tirer sur les manifestants. Ce n’est pas le cas partout ailleurs. Chaque pays a une situation spécifique dont il serait opportun de s’aviser avant d’appeler inconsidérément des citoyens justement épris de démocratie à verser leur sang.        <br />
              <br />
       « Aller à l’idéal, mais comprendre le réel » disait Jaurès.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>"Relève ton front, mon frère !"</title>
   <updated>2011-02-16T22:40:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Releve-ton-front-mon-frere-_a1080.html</id>
   <category term="Carnet de Jean-Pierre Chevènement" />
   <published>2011-02-12T15:31:00+01:00</published>
   <author><name>Jean-Pierre Chevènement</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
     <div>
      &quot;C'est toujours un moment de grande émotion que de voir un peuple prendre en mains directement son destin. Et quel peuple ! Le peuple égyptien millénaire, cœur vivant du monde arabe tout entier.       <br />
              <br />
       &quot;Relève ton front, mon frère !&quot;. L'appel de Nasser au peuple égyptien il y a un demi siècle, retentit dans la révolution égyptienne aujourd'hui.       <br />
              <br />
       Comment la France, héritière des idéaux de la Révolution de 1789, ne sympathiserait-elle pas de tout cœur avec cet élan ?       <br />
              <br />
       Les Français forment le vœu ardent que le peuple égyptien trouve son chemin vers la démocratie. Celle-ci est un régime de responsabilité. Pour ma part, j'ai grande confiance dans les réserves de générosité et d'humanisme qui sont dans le cœur du peuple égyptien, ami du peuple français. Celui-ci saura, j'en suis sûr, ne pas lui ménager son soutien dans la voie qu'il a choisie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   </content>
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   <title>"Je suis surpris que Dominique Strauss-Kahn fasse de sa femme son porte-parole"</title>
   <updated>2011-02-09T22:05:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Je-suis-surpris-que-Dominique-Strauss-Kahn-fasse-de-sa-femme-son-porte-parole_a1078.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2011-02-09T22:04:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Ruth Elkrief, mercredi 9 février 2011. Voici le podcast ci-dessous.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     </div>
     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>"Pour la gauche, il ne suffit pas de gagner en 2012 pour décevoir ensuite"</title>
   <updated>2011-02-10T15:50:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Pour-la-gauche-il-ne-suffit-pas-de-gagner-en-2012-pour-decevoir-ensuite_a1077.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2011-02-09T15:43:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Jean-Pierre Chevènement était l'invité des 4 Vérités sur France 2, mercredi 9 février 2011. Il répondait aux questions de Laurent Sicard.     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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     <div>
      
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
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   <title>"Chevènement pense la France"</title>
   <updated>2011-02-09T15:45:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Chevenement-pense-la-France_a1076.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/2680645-3789753.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2011-02-09T08:05:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Entretien de Jean-Pierre Chevènement à Midi Libre, mercredi 9 février 2011.     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/2680645-3789753.jpg?v=1297252785" alt=""Chevènement pense la France"" title=""Chevènement pense la France"" />
     </div>
     <div>
      <b>Midi Libre : Il y est beaucoup question d'Histoire, mais ce livre parle surtout d'avenir... Vous allez vous présenter en 2012 ?       <br />
       Jean-Pierre Chevènement:</b> Il est encore tôt. Je prendrai une décision à l'automne. Ce qui compte, c'est d'avoir un vrai projet. Rien ne serait pire que de décevoir.       <br />
               <br />
       <b>Vous ne craignez pas une dispersion des voix de gauche ?</b>       <br />
       En 1981, les candidatures de gauche n'ont pas empêché François Mitterrand d'être élu. Et en 2002, c'est l'absence de projet qui a fait problème, pas le nombre de candidatures.       <br />
               <br />
       <b>Dans votre livre, vous parlez beaucoup de l'Europe. Vous regrettez le social-libéralisme qui l'anime ?</b> J'évoque le processus qui a vu le néo-libéralisme se déguiser aux couleurs de l'Europe. Mais plutôt que de se demander comment nous en sommes arrivés là, il faut surtout savoir comment nous pouvons nous en sortir. Et comment la France peut y contribuer.       <br />
              <br />
       <b>Pensez-vous que le « moteur » franco-allemand peut encore fonctionner ?</b>       <br />
       Quand je vois la faiblesse des réactions contre le pacte de compétitivité présenté par Monsieur Sarkozy et Madame Merkel, je me demande : est-ce vraiment ce que nous voulons ? L'Europe a besoin d'une bonne entente franco-allemande. Mais il faut que la France s'affirme face à la conception 'boutiquière' de l'Allemagne d'Angela Merkel et sa culture de la stabilité. Il faut un grand projet, de la Méditerranée à la Russie, face aux hyper-puissances que sont les Etats-Unis et la Chine.       <br />
               <br />
       <b>La France a-t-elle un rôle particulier à jouer dans l'avenir des pays tels que la Tunisie ou l'Egypte ?</b>       <br />
       Nous avons beaucoup de liens avec les pays du pourtour méditerranéen. Nous devons rappeler qu'il n'y a pas de démocratie sans citoyenneté, sans esprit de responsabilité. Je suis contre le 'devoir d'ingérence', l'avenir de ces pays appartient aux peuples mais nous pouvons les aider. Si l'Europe donne des marchés à ces pays, ce sera une aide pour qu'ils aillent vers la démocratie en luttant contre la misère et le chômage.       <br />
               <br />
       <span style="font-style:italic">Propos recueillis par Philippe Mouret</span>       <br />
       Source : <a class="link" href="http://www.midilibre.com/articles/2011/02/09/FRANCE-CO-ODS-Chevenement-pense-la-France-1533133.php5">Midi Libre</a>.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Chevenement-pense-la-France_a1076.html" />
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  <entry>
   <title>Désarmement: Chevènement prône une "zone de basse pression nucléaire"</title>
   <updated>2010-03-17T18:36:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Desarmement-Chevenement-prone-une-zone-de-basse-pression-nucleaire_a931.html</id>
   <category term="Actualités" />
   <photo:imgsrc>https://www.chevenement.fr/photo/art/imagette/1949175-2681217.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2010-03-17T17:06:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Dépêche AFP, mercredi 17 mars 2010, 17h49.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1949175-2681217.jpg?v=1289480096" alt="Désarmement: Chevènement prône une "zone de basse pression nucléaire"" title="Désarmement: Chevènement prône une "zone de basse pression nucléaire"" />
     </div>
     <div>
      Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense de François Mitterrand, propose de faire la création d'une &quot;zone de basse pression nucléaire&quot; pour accélérer le rythme du désarmement, dans un <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Desarmement-non-proliferation-nucleaires-et-securite-de-la-France_a930.html">&quot;rapport d'information&quot; du Sénat</a> publié mercredi.       <br />
              <br />
       &quot;La création de cette zone de basse pression nucléaire doit commencer par la réduction des arsenaux américain et russe&quot;, souligne le sénateur de Belfort, alors que Moscou et Washington négocient depuis de longs mois un nouveau traité de désarmement pour succéder à START 1, arrivé à expiration le 5 décembre 2009.       <br />
              <br />
       M. Chevènement fixe deux autres conditions: &quot;la ratification du traité d'interdiction complète des essais nucléaires&quot; par les Etats-Unis et la Chine mais aussi l'Inde, le Pakistan, l'Indonésie, Israël et l'Egypte ainsi que &quot;l'ouverture à bref délai (...) d'une négociation sur un traité d'interdiction de la production de matières fissiles à usage militaire&quot;.       <br />
              <br />
       Qualifiant, dans une interview à l'AFP, ses propositions d'&quot;approche réaliste&quot;, M. Chevènement affirme que &quot;l'une des originalités&quot; de son rapport est d'établir un lien entre le désarmement nucléaire et &quot;la solution de problèmes politiques concrets au proche et au Moyen-Orient, entre l'Inde et le Pakistan ou en Asie de l'Est&quot;.       <br />
              <br />
       &quot;On ne peut pas dissocier une zone exempte d'armes nucléaires au Proche-Orient de la reconnaissance d'un Etat palestinien viable et d'Israël par les pays arabes et l'Iran&quot;, fait-il valoir.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      Pour autant, prévient-il, si l'objectif doit être &quot;un monde sans armes nucléaires&quot;, il ne doit pas être atteint au prix d'une sécurité diminuée.       <br />
              <br />
       &quot;Un monde sans armes nucléaires où ne subsisteraient plus que des armes conventionnelles serait vraisemblablement plus exposé à des conflits classiques comme ceux qui ont pu éclater en Afghanistan, en Irak (ou) en Géorgie&quot;, relève-t-il.       <br />
              <br />
       Ce <a class="link"  href="https://www.chevenement.fr/Desarmement-non-proliferation-nucleaires-et-securite-de-la-France_a930.html">volumineux document</a> (250 pages) a été mis en ligne <a class="link" href="http://www.senat.fr/noticerap/2009/r09-332-notice.html">sur le site du Sénat</a>. Il sera débattu le 23 mars en séance publique, à quelques semaines de la prochaine conférence quinquennale de suivi du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) prévue en mai 2010 au siège des Nations unies à New York.       <br />
              <br />
       Si le TNP reste pour M. Chevènement &quot;un monument de la sécurité collective&quot;, l'ancien ministre propose de &quot;le conforter en rapprochant du régime de non-prolifération les trois pays non signataires&quot;, l'Inde, le Pakistan et Israël.       <br />
              <br />
       M. Chevènement appelle aussi à &quot;relancer la promotion des usages pacifiques de l’énergie nucléaire, qui fonde la légitimité du TNP&quot; en levant, sous conditions, le moratoire institué depuis 2004 par le G8 sur l’exportation des technologies liées aux activités sensibles du cycle du combustible nucléaire.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.chevenement.fr/Desarmement-Chevenement-prone-une-zone-de-basse-pression-nucleaire_a931.html" />
  </entry>
  <entry>
   <title>Jean-Pierre Chevènement invité de RFI mercredi 28 janvier à 8h20</title>
   <updated>2009-01-28T12:55:00+01:00</updated>
   <id>https://www.chevenement.fr/Jean-Pierre-Chevenement-invite-de-RFI-mercredi-28-janvier-a-8h20_a756.html</id>
   <category term="Agenda et médias" />
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   <published>2009-01-28T12:48:00+01:00</published>
   <author><name>Chevenement.fr</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Il est interrogé par Frédéric Rivière pendant 10 minutes.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.chevenement.fr/photo/art/default/1196322-1555435.jpg?v=1289480060" alt="Jean-Pierre Chevènement invité de RFI mercredi 28 janvier à 8h20" title="Jean-Pierre Chevènement invité de RFI mercredi 28 janvier à 8h20" />
     </div>
     <div>
      L'émission peut être écoutée <a class="link" href="http://www.rfi.fr/">sur le site de Radio France International</a> en direct ou sur votre radio (89 FM à Paris). Elle est podcastée sur le blog ci-dessous.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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 	<itunes:subtitle><![CDATA[Il est interrogé par Frédéric Rivière pendant 10 minutes.]]></itunes:subtitle>
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