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Vingt ans de laisser-faire, ça suffit !


Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans Causeur n°39, septembre 2011.


Vingt ans de laisser-faire, ça suffit !
La France est un pays dont la base industrielle s’est rétrécie (30 % de la valeur ajoutée en 1982, 13 % aujourd’hui) et dont le commerce extérieur est presque aussi gravement déficitaire que celui des Etats-Unis (70 milliards d’euros en 2011 pour la France – 600 milliards de dollars pour les Etats-Unis).

Le discours sur l’endettement public de la France (1 650 milliards d’euros, soit 85 % du PIB) peut être trompeur. Il est dans la moyenne de la zone euro (85 %). L’endettement public des Etats-Unis atteint, lui, 100 % du PIB. Celui du Japon 200 %. Ce qui rend le problème de la dette publique française préoccupant, c’est sa détention, à près des deux tiers, par des « non-résidents » : on s’étonnera que les ménages français, relativement peu endettés et dont l’épargne est abondante (16 % du revenu), ne soient pas admis à souscrire aux émissions de dette publique : ce privilège est réservé aux banques …

Si on veut prendre une vue d’ensemble, la France n’est pas débitrice à l’égard du reste du monde. Elle est même créancière nette. Par exemple, nos investissements à l’étranger, qui étaient de 82 milliards, en 1982, atteignent 1 600 milliards d’euros aujourd’hui. Le patrimoine global français atteint 10 000 milliards d’euros, soit cinq fois le revenu national annuel, un record historique : mais il s’agit pour plus de moitié de la valeur estimée au prix du marché des patrimoines immobiliers. Ce niveau record ne doit pas faire illusion : il traduit surtout l’intensité de la spéculation immobilière depuis une trentaine d’années.

Au total, il y a donc deux visions de la pauvreté ou de la richesse de la France selon qu’on se place du point de vue financier ou du point de vue de l’économie réelle. De ce point de vue, la France est un pays déclinant, dont la production industrielle a été largement délocalisée et dont les parts de marché à l’exportation ont fondu de manière spectaculaire (5,6 % encore en 2000, 3,6 % aujourd’hui).

C’est cette déconnection que je voudrais mettre en valeur :

Les Français, surtout les plus riches, se sont considérablement enrichis. L’économie française, elle, s’est fragilisée. Il y a beaucoup de gens pauvres ou très modestes (le salaire médian est inférieur à 1 500 euros), beaucoup de chômeurs (plus de 9 % de la population active, 23 % chez les jeunes).

Au fond tout s’est passé comme si depuis plus de deux décennies, les intérêts des classes possédantes avaient divergé d’avec les intérêts du pays. Le développement d’un capitalisme financier globalisé a abouti à de très fortes délocalisations industrielles, à l’exode à l’étranger d’une part importante de notre épargne, à l’envol de la richesse des classes possédantes, et à une précarité croissante pour les couches populaires et pour une part importante de la jeunesse. Ce qu’on appelle la « globalisation » a exercé un effet de fracture sur la société française que les choix de rigueur en cours et la récession à nouveau menaçante ne peuvent que creuser encore.

Ou bien nous poursuivrons sur le chemin de la globalisation et le déclin économique dont les couches salariées font les frais s’accélèrera encore, ou bien un mouvement inverse interviendra (rupture avec la logique des marchés financiers, relocalisations industrielles, réinvestissement de l’espace national par les grands groupes d’origine française, redémarrage de l’investissement productif dans nos entreprises).

Ce dernier choix, fondé sur une croissance endogène, et qu’il faudrait penser à l’échelle européenne, serait seul conforme à l’intérêt national. Il heurtera les intérêts à courte vue des classes possédantes. Il suppose un euro beaucoup moins cher qu’aujourd’hui. Autant dire qu’il passera par de fortes secousses au triple plan national, européen et international. Ces secousses sont inévitables. Le redressement de la France n’est possible qu’à deux conditions : au prix de beaucoup d’efforts d’abord et seulement si les Français, dans les temps difficiles qui s’annoncent, savent se rassembler sur l’intérêt de la France et sur la nécessité de partager cet effort.

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Causeur


Rédigé par Jean Pierre Chevenement le Mercredi 7 Septembre 2011 à 12:07 | Lu 2358 fois



1.Posté par MARTIMORT le 07/09/2011 13:16
Il serait tant de l'admettre mais cela dure depuis plus de trente ans. Vous oubliez une chose Mr Chevènement la France est généreuse, trop généreuse. Notre pays est le 5 ème donateur aux monde. Cela à un coût, à combien l'estimez vous? Charité bien ordonnée commence par soi-même. Vous avez bien sûr raison mais votre grand âge appelle à la sagesse. Bien sûr votre égo en prendra sûrement un coup en mettant vos compétences aux services de Nicolas Dupont Aignan mais votre dignité en sera renforcé. Vous demandez aux Français de se rassembler, je vous demande un minimum de lucidité et de savoir à votre tour faire preuve d'un effort nécessaire. Il n'y a aucun déshonneur à se mettre au service de quelqu'un surtout pour notre grand et aux pays.

2.Posté par Michel PILLIER le 07/09/2011 14:15
Le choix de la dé-globalisation et de la rupturev avec la logique du tout-financier est nécessaire, mais rude et semé d''embûches. Il implique le soutien des citoyens et leur rassemblement autour des valeurs de ré-industrialisation, re-localisation, sens redonné à l''effort national et à son juste partage. La gauche, si elle était digne de ce nom devrait porter ces orientations. On en est encore loin. Au delà du traditionnel et désuet affrontement doite-gauche, c''est au peuple tout entier qu''il faut soumettre ces choix. Et pour cela, les porter dans le cadre de la campagne présidentielle.

Nota : LOL pour M. MORTIMORT ! Bien sûr Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Pierre Chevènement ont de nombreuses convergences, mais demander à JPC de se ranger sagement derrière NDA relève au mieux de la blague, au pire de la provocation. En revanche, l''inverse pourrait avoir du sens....

3.Posté par DAVID MARTIMORT le 07/09/2011 15:16
Si vous tenez le même discours que Mélenchon sur les financiers,j'ai bien peur que vous allez faire encore de nombreuses déceptions.
Mr Pillier, Ce n'est pas Mr Mortimort mais Martimort. Oui de la provoc. Le sens n'est pas aujourd'hui de savoir qui doit se mettre au service de l'autre, mais la raison, l'exemple est plus indispensable que le sens. Qu'elle âge à Mr Chevènement? Je vois plutôt Mr chevènement comme le sage que la tribu indienne consulte mais le dernier mot revient toujours au chef plus jeune et fringant. C'est la dure réalité de la vie, il faut savoir transmettre le bâton. C'est ainsi que la vie va et passe. Bien sûr c'est cruel, je peux comprendre que tout le monde ait besoin d'exister mais cette raison veut que JPC ne se présente pas.

4.Posté par Michel PILLIER le 07/09/2011 16:27
Toutes mes excuses pour avoir involontairement écorché votre nom, M. Martimort.
Pour le reste, ce n'est pas à moi de décider si l'âge du capitaine le disqualifie pour une candidature, ni si "le chef plus jeune et fringant" dont vous parlez est assez costaud pour le faire tomber du cocotier...

5.Posté par MARTIMORT le 07/09/2011 18:19
excuses acceptées. Nous avons un point commun "sortir notre pays du marasme" Il faudrait déjà qu'ils amorcent un semblant de rapprochement pour dialoguer afin de déterminer si ils ont déjà beaucoup de points communs. Bien sûr si il y avait points communs les deux candidatures ne ferait perdre que la France.
Amicalement.

6.Posté par MARTIMORT le 07/09/2011 18:21
Hou-là grosse fatigue excusez pour les fautes

7.Posté par Jean-Yves LE GOFF le 10/09/2011 21:13
Il est temps que les idées de M. Chevènement et d'autres se fassent entendre avant que d'autres n'y parviennent comme ce monsieur Thomas Le Sueur qui a été invité sur une petite chaîne de télévision (BFM business) aux penchants très clairs, mais je trouve toujours intéressant ce que pensent les autres :

http://www.institut-thomas-more.org/actualite/2012-le-modele-francais-au-coeur-de-la-campagne-presidentielle.html


8.Posté par France RÉPUBLIQUE le 10/09/2011 21:26
je félicite la revue Causeur pour ses tribunes de qualités : les Médiacrates qui nous gouvernent (Duhamel, Elkabbach, Plenel, Reynié, bref tout ceux qui sont du même avis sur tous les sujets et font cependant profession de pluralisme) feraient bien de la lire au lieu d'en faire une revue néo-réactionnaire. A moins qu'il ne voient le patriotisme comme réactionnaire...c'est vrai, l'Europe des banquiers c'est tellement mieux !!

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