Agenda et médias

"Une France sans usines, c'est la fin de la France: il nous faut un euro moins cher!"


Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Radio France Politique, dimanche 13 octobre 2011. Il répondait aux questions de Jean-François Achilli, Marie-Eve Malouines, Hubert Huertas et Benoît Bouscarel. L'émission est podcastée ci-dessous.


Verbatim express :
  • La tâche de François Hollande est difficile car non seulement il doit rassembler la gauche et au delà mais surtout car il doit remonter une pente : il a soutenu le traité de Maastricht, le projet de Constitution européenne, le traité de Lisbonne. Il faut qu'il se rende compte que la crise de la monnaie unique procède de la monnaie unique elle même.
  • François Hollande est un homme intelligent, habile. On peut espérer qu'il se mettra à la hauteur de la fonction à laquelle il est candidat.
  • J'observe que sur les travaux de l'EPR de Flamanville, François Hollande a tenu des propos clairs. Je pense qu'en restant ferme il acquiert quelque chose qui le rapproche d'une stature de présidentiable.
  • On voit que le capitalisme financier dans sa crise s'attaque maintenant aux États à travers les dettes souveraines, ce qui aboutit à une explosion des taux d'intérêts. L’Italie emprunte à 7%, c'est incroyable !
  • Le nucléaire est un atout de premier ordre pour l'industrie française. C'est un secteur public qui procure 140 000 emplois.
  • Nous n'avons pas investi ds le nucléaire 500 milliards depuis un demi-siècle pour le voir partir en fumée, alors que nous sommes face à une crise sans précédent.

  • Concernant le nucléaire, nous sommes face à un conflit de culture. C'est pour cela qu'aucune synthèse n'est possible. Vous avez une culture cartésienne, rationaliste et de l'autre côté une culture de la peur.
  • Une France sans usines, c'est la fin de la France. Je suis donc engagé pour un euro moins cher.
  • Le 21 avril 2002 est un extincteur du débat. Qui a fait le lit du FN ? Qui a fait la campagne du candidat socialiste ? C'est lui, pas moi. Nous n'étions pas sur la même ligne.
  • Tous les socialistes ne m'en veulent pas. Certains ont compris ce qui s'était passé et ont fait leur autocritique. D'autres ne l'ont pas faite ce qui fait qu'ils cherchent à régler des comptes. Il s'agit d'étouffer ma voix.
  • Cette polémique sur mon logement m'inspire beaucoup de mépris. Elle date de 2008. Ma situation est parfaitement légale. Mon logement n'est pas un logement social. Mon loyer représente plus du quart de mon indemnité parlementaire.
  • Le but de cette campagne insidieuse est clairement politique. Je ne vais pas vous dire quelle tendance politique est à la mairie de Paris et instrumente cette affaire. Il est trop facile de vouloir régler des comptes alors que le souci de tout homme de gauche devrait être de la mettre à la hauteur.
  • J’espère que les français entendront mon message qui se décline en 4 repères: 1/ une monnaie moins chère pour réindustrialiser le pays, 2/ la croissance plutôt que la stagnation en Europe, 3/ la souveraineté budgétaire et fiscale, 4/ une Europe réaliste, confédérale, à géométrie variable.
  • Jean-Luc Melenchon a des accents justes mais ce n'est pas tout à fait le même ton que moi
  • Je propose un plan A qui consiste à mettre un moteur dans la zone euro pour sauver la monnaie unique, si faire se peut, par l'adossement du FESF à la BCE. Si les Allemands refusent, le plan B s'imposera : une mutation de l'euro de monnaie unique en monnaie commune.
  • Je veux que notre pays retrouve une base productive solide sans laquelle il n'y a pas protection sociale, pas d'emploi, pas d'avenir pour la jeunesse.
  • A propos du mariage homosexuel : j'ai été à l'origine d'un projet de loi sur le contrat d'union civil. Le PACS est intervenu peu de temps après. Cependant, je ne vois pas en quoi, du point de vue des enfants, le mariage apporterait quelque chose.
  • La gauche finit par oublier les préoccupations des couches populaires en mettant en avant des thèmes de type sociétal. C'est une conversion qui correspond à un changement d’électorat. Je ne pense pas qu'il faille aller trop loin dans ce sens.
  • Le plan de secours aux banques en 2008 aurait dû déboucher sur une prise de contrôle du secteur bancaire. On a laissé se réinstaller les mauvaises habitudes. Voilà les banques à nouveau en difficulté et on va encore nous demander de venir à leur secours. Je voudrais qu'on ne fasse pas les mêmes erreurs.
  • Nicolas Sarkozy a un horizon très limité : le triple A, un fédéralisme purement coercitif. Ça ne tient pas la route.
  • Ce qui me paraît être le problème fondamental de la France aujourd'hui c'est la sortie de crise : dans quel état allons nous sortir de la crise ? Est-ce que ce sera encore un accélérateur du déclin de la France ?
  • J'aurais préféré que M. Silvio Berlusconi parte suite à des élections législatives plutôt que sous pression des marchés et de la pression insistante de Mme Merkel et M. Sarkozy. Le principe de non ingérence doit s'imposer en particulier aux pays européens
  • Il y a des courants qui se développent et pensent que mes analyses étaient bonnes : Jean-Luc Melenchon, Arnaud Montebourg. Peut-être que ces courants se rassembleront et peut-être influeront sur le Parti Socialiste pour l'amener, à la faveur des événements, à une ligne plus réaliste
  • Sur sa candidature : Vous connaissez mes convictions. Elles sont fortes. J'ai souvent montré que j'étais capable de les défendre jusqu'au bout.
  • Je ne suis pas favorable au retour de l'uniforme à l'école. Cela avait du bon quand cela existait mais on ne peut pas aller à ce point en arrière. Je suis en revanche pour l'interdiction des portables en cours.
  • Je fais des propositions responsables. Je définis un plan A pour la monnaie unique et un plan B. Je tiens un discours que peut se traduire dans la réalité.


Rédigé par Chevenement.fr le Dimanche 13 Novembre 2011 à 22:24 | Lu 3128 fois




1.Posté par Nicolas Renard le 14/11/2011 09:27
Twitter
En ce qui concerne la réindustrialisation du pays, vous auriez pu mentionner aussi:

1) Un arsenal législatif (et notamment un code du travail) largement simplifié pour que les PME ne sentent pas une épée de Damoclès en permanence sur leur tête.
2) Une administration à leur service, et non pas à systématiquement à leur chercher la petite bête.
3) Des infrastructures en bon état, notamment ferroviaire en ce qui concerne le transport de marchandises.
4) Une "ré-éducation" du peuple pour lui redonner goût à l'entreprise individuelle.
5) Une revalorisation du travail en termes de salaires et de respect (le mépris d'une certaine bourgeoisie à l'égard des ouvriers n'aide pas vraiment à valoriser le travail)
6) Un changement radical de certaines méthodes (le contrat manqué d'Areva à Abu Dhabi ne dépend pas que de l'Euro, loin de là. ttp://geopolitique.over-blog.fr/article-la-desillusion-d-abu-dhabi-un-echec-avant-tout-managerial-43667312.html )

Bref, tout mettre sur le dos de l'Euro, c'est un peu facile. Je suggèrerais même de régler d'abord ces problèmes. Ensuite on verrait si la monnaie unique est un tel problème..

2.Posté par Roland MAIRE le 14/11/2011 15:19
Errare humanum est : en 2002, aucun des électeurs qui vous a apporté sa voix n’aurait voté pour Jospin. Depuis le temps, vous devriez le savoir, le dire et le redire face aux médias…

Perseverare diabolicum : aujourd’hui, vous êtes candidat à notre magistrature suprême, notre France est dans le caca, vous avez un programme qui tient la route, vos futurs électeurs présument que vous irez jusqu’au bout, pour beaucoup comme pour vous le temps leur est compté, notre République est presque borgnolisée, etc. etc.

Que faites-vous face aux mêmes médias : alors que vous devriez vous démarquer carrément de Hollande, de Mélenchon et d’autres, vous surfez sur leur lisière, vous jouez les maîtres d’école, vous leur donnez des bons points, vous absolvez presque un Aidenbaum qui se serait entendu refuser un billet de logement …

Même si vous le faites avec humour et un certain bonheur, vous devriez vous l’interdire en conscience. Oui, vos futurs électeurs vous veulent « nickel – chrome », et alors ?! Ils méritent un autre Président d’une autre République, c’est ce qu’ils veulent, ils viendront ou reviendront aux urnes voter pour vous, ils vous demandent ou redemandent de les faire rêver une seconde fois, une dernière fois pourquoi pas.

De grâce, rassemblez-les, faites-les bouger, faites-les vibrer, vos gènes d’instituteur feront le reste pour la République Française.







3.Posté par Jack SIMONNET le 14/11/2011 17:47
germinal
Une émission radio de haute tenue comme il y en a peu hélas
Notre ami Roland MAIRE ne vous trouve pas assez "percutant'
Pour ma part j'ai apprécié votre respect pour nos adversaires et rivaux ,même pour celui que nous devons battre,cela change des invectives courantes dans ce genre de débat,connaissant votre humour subtil j'ai cru que vous alliez relever le compliment (vert) de MarieEve MALOUINES.
Comment rappeler que vous aviez (hélas) raison au moment de Maastricht?
Quand on constate les dégâts considérables provoqués par cette" construction "européenne:
Casse du service public,destruction programmée des héritages du CNR notamment la protection sociale. . . la liste est trop longue
Certains ont pu commettre à l'époque des erreurs de jugement
D'aucuns l'admettent et ne craignent pas de le dire,malheureusement ce n'est pas le cas des leaders
Les idées progressent chez le peuple il n'est que voir l'évolution entre Maastricht et le NON de 2005 pour ne citer que cet exemple.
Ne cassons rien : Tout cela va s'effondrer seul,apprêtons nous à batir du neuf ,sur les bases de votre programme réaliste et responsable

4.Posté par Jules DUNORD le 14/11/2011 22:32
« Une France sans usines, c’est la fin de la France », dites-vous. C’est tout à fait vrai mais le problème ne vient pas uniquement de l’Euro. J’ai connu la fin du textile, de la sidérurgie et des chantiers navals dans le Nord, et à l’époque, l’Euro n’existait pas.

Par contre, ceux que l’on appelait les capitalistes et que l’on nomme maintenant pudiquement, le marché, existaient. Leur seule loi : le profit. Leur argument : si je ne suis pas libre, je quitte la France.

Et bien soit, qu’ils dégagent mais que l’outil de production (locaux, machines, brevets) reste en France et soit donné au personnel en gestion coopérative avec droit de regard de l’Etat.
Les français attendent et espèrent des hommes et femmes politiques prêts à soutenir cette cause.
Il faut stopper la mondialisation.

Lors d’une situation grave (et nous y sommes en plein dedans et cela va s’empirer), il faut des mesures fortes.

5.Posté par Grégory BAUDOUIN le 15/11/2011 22:37
baudouingregory
PSA nous prouve encore ce soir qu'une France sans usine et sans ouvrier est l'horizon "indépassable" du grand capitalisme et Monsieur Besson nous dira que tout va très bien madame la Marquise

6.Posté par Gilbert RIBES le 16/11/2011 10:23
RENAISSANCE DE L’INDUSTRIE ET DE L’EMPLOI DANS L’UNION EUROPEENNE.
Pour assurer la paix sociale, le premier impératif pour l’Union Européenne est de créer les conditions du plein emploi et de l’amélioration du pouvoir d’achat de tous ses habitants.
Pour garantir son indépendance économique, l’Union Européenne doit être en mesure d’équilibrer durablement sa balance des paiements courants et de rembourser ses dettes publiques et ses dettes extérieures.
Elle ne pourra pas atteindre ces deux objectifs sans une renaissance industrielle, indispensable pour équilibrer sa balance commerciale et pour employer sa main d’œuvre peu qualifiée.
Il serait illusoire de croire que la recherche et l’innovation y suffiront. En effet la plupart des nouveaux produits conçus dans les pays développés sont fabriqués dans les pays émergents dès leur apparition (ex.nouveaux produits d’Apple, Dell, Sony ou HP). D’autre part certains pays émergents disposent d’un réservoir d’ingénieurs et de techniciens qui leur permet de développer les hautes technologies nécessaires dans la plupart des domaines industriels (spatial, ordinateurs, portables, smartphones, panneaux solaires,éoliennes, centrales nucléaires coréennes, TGV chinois). Sans compter, grâce à leurs réserves de change, le rachat par certains pays émergents d’entreprises occidentales qui, outre des marques et des réseaux commerciaux, leur apportent certaines technologies qui leur font encore défaut (ex :les rachats de Volvo, Jaguar, Land-Rover et Saab par des entreprises chinoises ou indiennes ne devraient pas tarder à faire souffrir les salariés des usines européennes de la filière automobile).
Le dernier avantage compétitif des pays développés par rapport à certains pays émergents (la recherche et l’innovation) est donc en voie de disparition rapide. Subsistera alors, pendant de longues années, l’avantage compétitif de ces pays :des coûts de main d’œuvre très inférieurs, avec une productivité industrielle équivalente (un grand pays comme la Chine bénéficiera de deux atouts supplémentaires :un marché intérieur et un réservoir de main d’œuvre deux fois plus importants que ceux de l’Union Européenne).
L’Union Européenne ne pourra donc se réindustrialiser et atteindre ses objectifs (paix sociale et indépendance économique) qu’en instaurant un protectionnisme commercial vis-à-vis des pays dont la balance des paiements courants avec l’Union Européenne est largement excédentaire, aussi longtemps que ces pays ne respecteront pas les normes sociales fixées par l’ONU et par l’OIT et des normes environnementales et juridiques comparables à celles de l’Union Européenne.
Ce protectionnisme commercial, « raisonnable et raisonné », prôné par Maurice Allais (Prix Nobel d’Economie) et un nombre croissant d’économistes (y compris libéraux) et de responsables politiques européens, est contesté par les partisans d’un libre-échange mondial non régulé, inéquitable et déséquilibré, au premier rang desquels les entreprises financières et les firmes transnationales qui en tirent le plus grand profit.
CONSULTATION POPULAIRE SUR LE COMMERCE INTERNATIONAL.
Les élections présidentielles et législatives qui auront lieu dans l’Union Européenne en 2012 et au-delà doivent être centrées sur l’emploi, le pouvoir d’achat et le désendettement, c’est-à-dire la sortie de crise. Elles doivent donc être l’occasion de trancher le débat sur une nouvelle régulation des échanges commerciaux internationaux, d’approfondir les questions soulevées en 2005 lors du rejet du Traité Constitutionnel Européen et d’offrir une solution alternative à l’abandon de l’euro (qui affaiblirait l’Europe face à la Chine et aux Etats-Unis).
Pour lancer le débat sur une nouvelle régulation du commerce international et amener les dirigeants politiques européens à s’engager publiquement sur ce sujet, nous avons décidé d’organiser une consultation populaire européenne avant les élections présidentielles et législatives qui auront lieu dans l’Union Européenne en 2012 et au-delà.
La proposition qui serait soumise à cette consultation populaire serait la suivante :
« Taxer ou contingenter les importations dans l’Union Européenne de certains produits ou services provenant de pays dont les Balances de paiements courants avec l’Union Européenne sont fortement excédentaires, aussi longtemps qu’ils ne respecteront pas :
-Les normes sociales fixées par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (articles 23 à 26) et par le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels de l’ONU (articles 2 à 15)
-Les Conventions Fondamentales de l’OIT (C87, C105, C138, et C182 notamment)
-Des Normes environnementales et sanitaires comparables à celles de l’Union Européenne
et qu’un nouveau Système Monétaire International ne sera pas mis en œuvre ».

7.Posté par Fabien CLAIREFOND le 20/11/2011 20:19
Bravo pour cette lecon de dignité politique si rare de nos jours. Le seul moment où je vous ai trouvé en difficulté, c'est la question des différences avec M. Dupont aignan. Pourquoi? Votre argument Droite gauche ne tient pas la route et vous enfonce au contraire, vous définissant lui comme rabatteur pour la droite et contre Marine le Pen, vous comme rabatteur pour la gauche. Vous vous contredisez puisque , un peu plus tôt dans votre prestation, vous prônez un gouvernement d'union nationale comprenant des ministres de droite. Dans ce cas pourquoi prendre des ministrables de droite en désaccord avec vous et pas des ministrables de droite en accord avec vous sur l'essentiel. Je trouve que vous n'avez pas répondu à la question des divergences avec M. Dupont Aignan. Ce manque de clarté à ce sujet entâche votre crédibilité à l'un comme à l'autre à mon sens.

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