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Une Europe de plus en plus "germano-centrée"


Entretien de Jean-Pierre Chevènement dans l'hebdomadaire Marianne, 20 août 2011.
Des mesures décevantes, sans traduction immédiate, voilà le résultat de ce sommet. Quant à la "règle d'or" pronée par Sarkozy, c'est un dispositif récessionniste couplé à une manoeuvre électorale.


Une Europe de plus en plus "germano-centrée"
Marianne: Quel bilan faites-vous du sommet franco-allemand?
Jean-Pierre Chevènement:
Il n'a débouché que sur des annonces décevantes, et rien de vraiment décisif à court terme. On a évoqué un gouvernement économique qui se réunirait deux fois par an. Ca ne va pas changer la face du monde ! La taxe sur les transactions financières ? Nous n'en connaissons pas les modalités. Quant à la "règle d'or" à introduire dans les Constitutions d'ici à la fin 2012, c'est une mesure foncièrement récessionniste, une manoeuvre électorale de la part de Nicolas Sarkozy, et cela traduit, bien entendu, l'orientation politique allemande. Mais cette dernière est extrêmement dangereuse. Déjà qu'au deuxième trimestre 2011 la croissance française est stagnante et celle de l'Allemagne est de 0,1% du PIB, nous allons tout droit dans une rechute de l'activité économique, et la crise de la zone euro n'est clairement pas résolue. Il est vraisemblable que la spéculation s'attaque encore une fois à l'Espagne et à l'Italie, et peut-être à la France, d'ailleurs. J'observe enfin qu'il n'y a rien sur les euro-obligations, rien sur le Fonds européen de stabilité financière, rien sur la Banque centrale européenne.

Sur la BCE, vous aviez pourtant demandé à Sarkozy dans une lettre d'"agir" auprès d'Angela Merkel pour qu'elle puisse racheter des titres de dette (1). Le président vous a d'ailleurs appelé avant la tenue de ce sommet. N'a-t-il rien retenu de votre conversation?
Il ne m'a pas dissuadé d'avancer cette proposition… Les choses se sont d'ailleurs faites dans la semaine qui a suivi ma lettre: la BCE a pris en pension 22 milliards de titres espagnols et italiens. Mais il a refusé de reprendre cette mesure à son compte, pour, selon lui, ne pas gêner Mme Merkel. Elle a, il est vrai, des contraintes de politique intérieure. Il y a finalement pour Sarkozy et Merkel, des choses qu'il vaut mieux faire sans en parler…

Quelles mesures auriez-vous proposées?
Il faut reconnaître le rôle de la BCE dans la défense de l'euro. Il devrait être affirmé de manière permanente pour dissuader la spéculation, et, le cas échéant, il faudrait que la BCE puisse émettre de la monnaie et racheter des titres de dette. C'est ce que font les Américains avec la Federal Reserve, qui a dans ses caisses 1500 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Je pense, par ailleurs, qu'il ne faut pas hésiter à dévaluer l'euro pour retrouver la croissance. Même si ça devait déboucher sur une inflation modérée de l'ordre de 3% ou 4%, cela aiderait au remboursement de la dette. J'ajoute que l'on doit ouvrir aux particuliers la souscription de la dette, sous la forme de titres de dette perpétuelle à 3% ou 4% du montant de l'inflation. Voilà une voie infiniment plus originale et prometteuse que tout ce qu'avancent Mme Merkel et Sarkozy.

Après le sommet de mardi, l'Europe n'est-elle pas plus "germano-centrée" que jamais, pour reprendre une expression que vous utilisez dans votre livre (2)?
C'est l'évidence même. La France est en situation de faiblesse par rapport à l'Allemagne. C'est encore plus vrai si on regarde le déficit extérieur apparu au premier trimestre: 37,5 milliards d'euros pour la France. Et la politique de M. Sarkozy, ce qu'il appelle un "surcroît d'intégration européenne", comporte de gros risques. Si l'on prend, par exemple, l'idée d'un seul impôt sur les sociétés pour la France et l'Allemagne. Le taux d'imposition des sociétés est déjà plus bas outre-Rhin. Donc, ce n'est pas par cette voie-là que l'on va résorber nos déficits. Quant au fédéralisme, dont on nous rebat les oreilles, c'est la prise du pouvoir par les oligarchies financières et technocratiques. C'est quelque chose que l'on ne peut accepter.

Pour vous, Nicolas Sarkozy "manque d'une large vision historique de la France" (2). Ce sommet en constitue-t-il une preuve supplémentaire?
Il est clair qu'au prétexte de l'Europe il a choisi de faire sa campagne sur la rigueur, pour essayer d'enfermer les socialistes dans leurs contradictions.

Propos recueillis par Gérald Andrieu
1) A lire sur Chevenement.fr
2) La France est-elle finie?, Fayard


Rédigé par Chevenement.fr le Samedi 20 Août 2011 à 21:47 | Lu 2561 fois


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