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Stopper la marginalisation de l'Europe


par Jean-Pierre Chevènement, La Tribune, vendredi 15 décembre 2006


L'Europe de Jean Monnet, avant tout économique, s'est dissoute dans la mondialisation. De là naissent son incapacité à peser et sa progressive marginalisation. La dissolution de l'Europe économique a commencé avec la libre circulation mondiale des capitaux prévue dans l'Acte unique de 1986 et effective dès 1990. Les réglementations nationales ont disparu. L'espace européen a laissé la place à la mondialisation financière. Six ans plus tard, l'adoption du traité de Maastricht s'est traduite par l'abrogation de la " préférence communautaire " au profit d'un libre-échange mondial. Cette option s'est concrétisée à la conférence de Marrakech de 1995 fondant l'OMC et sacralisant aussi bien le multilatéralisme planétaire que la prédominance des règles commerciales sur toute autre forme de normes internationales, notamment sanitaires, sociales ou environnementales.

L'euro vulnérabilise l'Europe.

La béance du traité de Maastricht en matière de politique de change de l'euro n'a fait qu'amplifier la vulnérabilité de l'Europe. La zone euro est focalisée sur la lutte contre l'inflation et les déficits publics, la Commission européenne sur la déréglementation des services publics ou sur la concurrence intra-européenne au moment où se forment des oligopoles mondiaux dans tous les secteurs. Les résultats sont éloquents : l'Europe des Vingt-Cinq représente 20 % du produit mondial, la même chose que l'Europe des Neuf en 1972. Les élargissements successifs n'ont fait que contrebalancer l'affaiblissement relatif de l'économie européenne. Pendant ce temps, les États-Unis restaient stables à un niveau comparable et la Chine explosait de 3 % à 15 %. L'absorption d'Arcelor par Mittal est un pied de nez à l'intention des fondateurs de la Ceca (Communauté européenne du charbon et de l'acier).

Mais l'événement emblématique, encore à venir, est la fusion annoncée des Bourses de New York et de l'ensemble constitué par Euronext. Dans le même temps, l'euro fort accentue les difficultés d'EADS ou des constructeurs automobiles. Les délocalisations stigmatisées par la plupart des responsables politiques ne sont que le résultat de politiques européennes qu'ils ont cautionnées. Le référendum du 29 mai 2005 a montré l'urgence d'une réorientation économique de la construction européenne au service de la croissance et de l'emploi. Celle-ci doit permettre le dépassement du clivage entre le oui et le non souhaité par Ségolène Royal. C'est d'ailleurs le sens de l'accord MRC-PS du 10 décembre 2006. Tout d'abord, la préférence communautaire doit être rétablie et les règles de l'OMC soumises à la prééminence des normes sanitaires, sociales ou environnementales adoptées par les organisations rattachées à l'ONU comme la FAO, l'OMS ou l'OIT. Les normes découlant du protocole de Kyoto devraient y être assimilées. Ensuite, un nouveau traité devrait prévoir une clause anti-dumping social analogue à la législation américaine de sanction commerciale discriminatoire (section 301 du Trade Act de 1974) que l'OMC a jugée valide sous réserve d'utilisation non abusive.

En contrepartie, il conviendrait d'ouvrir sans aucune restriction tous les marchés de l'Union aux pays les moins avancés, notamment ceux d'Afrique, du Pacifique et des Caraïbes auxquels l'Histoire nous associe. Tandis que le cycle de Doha est englué, et au lieu de gloser sur les aspects positifs ou non de la colonisation, cette mesure viendrait concrétiser une volonté politique constructive et tournée vers l'avenir. En troisième lieu, l'Europe ne fera pas l'économie d'une relance de politiques productives sur le modèle des premiers traités européens, notamment en matière de recherche-développement ou de grands travaux d'infrastructure. Cette relance doit concerner des secteurs stratégiques : l'énergie, l'agriculture, le spatial, les biotechnologies, l'électronique de pointe, l'armement...

Gouvernement économique.

Les règles de concurrence ne seraient, bien sûr, plus opposables à ces politiques sectorielles délibérées en commun et démocratiquement contrôlées. Il conviendrait par ailleurs de reconnaître une certaine liberté d'organisation des services publics dont la déréglementation n'a donné que des effets négatifs : dégradation des infrastructures et hausse générale des prix. Le plus important est la mise en oeuvre d'un véritable gouvernement économique de la zone euro, assurant une policy-mix cohérente et fixant les objectifs de change, de croissance et d'inflation. Dans le cadre de ces objectifs, la BCE fixerait le taux d'intérêt en rendant compte à l'Eurogroupe ainsi qu'aux différents Parlements européen et nationaux. Enfin, la réorientation de la construction européenne s'appuierait sur la libéralisation des coopérations renforcées. La relance européenne nécessaire ne peut se faire qu'à " géométrie variable ".

Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC, Auteur de La Faute de M. Monnet, Fayard, oct. 2006


Mots-clés : délocalisations, euro, europe, tce
Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le Vendredi 15 Décembre 2006 à 11:08 | Lu 7726 fois



1.Posté par jahan le 15/12/2006 18:54
Le traité de Maastricht à été voté comme la constitution refusé, au trois car de l’Europe, qu’elles sont les engagements maintenant et bien une ouverture sur les électeurs du non de nouvelle relations dans l’Europe.

Il n’y a pas intra européenne chaque pays à sut conserver ses traditions à travers l’euro, qui as bien susciter du monde et maintenant on ai rendu à faire une démarche de moins pour le change de monnaie entre autre.

Oui de toute évidence l’élargissement sur l’Europe nous affaiblie, mais nous sommes pas les seules à poursuivre nos activités pour un pays meilleur et moderniser les derniers arrivée dans notre Europe car tous le monde à le droit de se reposer à tête reposer.

Nous vivons avec cela depuis plus de vingt la délocalisation de nos entreprises, font partie de la vie d’une Française et d’un Français, les études sont bonnes et précisent des entrepreneurs.
La coopération renforcer nous attribue du bien tous les jours et une entente parfaite entre chacun d’entre nous.

Réponse à Jean-pierre Chevènement

2.Posté par Hervé le 15/12/2006 19:10
D’accord pour la préférence communautaire et la définition d'objectifs de change.
Mais il y aurai peut-être un autre objectif à prendre en compte : contrôler le déficit du commerce extérieur, par exemple en imposant un certain équilibre des transferts bancaires entre la zone euro (ou la France) et l’extérieur. Cela permettrait de corriger deux problèmes :
1-Le déséquilibre import/export possède un lien direct avec le chômage : on refuse aux français de travailler parce qu’ils seraient trop chers. Les produits sont donc fabriqués à l’étranger, et il faut les importer. Limiter les importations permettrait de créer des emplois ici.
2-Plus d’import que d’export doit se payer : soit par la vente de biens nationaux, soit en augmentant notre dette. C’est-à-dire que nous perdons en indépendance (évidemment, ceux qui prêtent l’argent se frottent les mains).
Ne pas contrôler la balance du commerce semble donc suicidaire à double titre. Pourquoi ne le fait-on pas ?
Peut-être parce que la contrôler aurait pour effet de diminuer le volume du commerce mondial, qui semble être la valeur suprême (parce que le commerce mondial est plus profitable aux intermédiaires que le commerce local).

Est-ce que ce contrôle du déficit du commerce extérieur serait compatible avec les règles de Maastricht et les différents traités ultralibéraux européens déjà signés ?

3.Posté par xavier le 15/12/2006 20:01
Bonjour

Depuis vingt ans les gouvernements de droite comme de gauche ont signés et se sont engagés sur des décisions européennes stratégiques pour l'union européenne comme pour la France.

Pourquoi toujours apporter de la négation sur cette construction européenne importante pour la France.

D'abord la puissance du droit a remplacé celle des armes depuis la déclaration de R Shuman le 9 mai 1950.Mes grands parents ont connu cette période dramatique de notre histoire française ,14-18 et 39-45,ma génération et celle future,jespère a eu la chance de ne pas connaitre ce désastre humain de l'époque.

Ensuite ,quand on est outre atlantique,l'hexagone vu des états unis ne représente pas grand chose autour de cette grande masse européenne.On a eu besoin de l'outre atlantique le 06/06/1944,Villepin l'a dit ,il n'y a pas si longtemps,dans une tribune de l'O N U en 2003.

Alors ,arrétons de faire du nombrilisme français,le siècle des lumières c'est de l'histoire ancienne.De toute façon M S R,elle fera comme Sarko,un mini traité déguisé.

Merci

4.Posté par pierre Chavinier le 15/12/2006 20:48
Xavier semble victime de la fable de la paix qui encore aujourd'hui est l'argument de bien des européistes.

Ds le contexte du dualisme est ouest c'est l'équilibre de la terreur qui fut le facteur de la non guerre chaude, le terme de paix est inaproprié.

Merci aux USA pour leur aide, oui ,mais ds ce cas n'oublions pas le rôle des soviétiques (20 millions de morts pour l'urss et moins de 500000 pour les usa), et mettons aussi en perspective les ambitions qui les animaient.
Si de Gaulle n'avait pas été vigilant et courcircuiter Giraud, la France prenait le chemin du protectorat US, pour rappel même la monnaie était prète.

La puissance du droit est une bien pale abstraction pour définir la soumission des européens aux diktat néo-libéraux, il est vrai que ce bougisme judiciaro-droit de l'hommisme de façade détourne une partie des citoyens des vrais problèmes et des vaies questions.

5.Posté par xavier le 16/12/2006 02:23
Bonjour

D'accord Pierre pour la réponse;mais quand mème nous avons conçu une europe du droit et également nous essayons toujours d'aller plus loin depuis ,concevoir un verritable droit international avec une justice internationale.Difficile me direz vous ,mais on peut espérer pour nos générations futures.

La France fut l'initiatrice de la construction européenne,en ces temps actuels,la crise économique qui dure,rend les français négatifs sur la continuité de cette entreprise communautaire.

55% de français ont dit non au traité constitutionnel.Nous savons bien que Ségolène ou Sarkosy une fois élu ne tiendrons pas vraiment compte de ce pourcentage et qu'ensuite le bloc franco allemand prendra le dessus avec les autres grands états européens .La pondération des voix jouent un role immense dans l'adoption des directives qui construisent peu à peu cette Europe du droit

Merci.

6.Posté par Jean Denizon le 16/12/2006 16:37
Cette europe du Droit que Xavier porte aux nues, c'est l'europe du droit de la concurrence, libre et non faussée, et son organe la cour de Luxembourg (CJCE) qui n'attendait que la consécration du TCE pour être érigée en Cour suprême de l'Union européenne, en jettant aux orties ces vieilleries qsue sont la déclaration des droits de l'Homme et surtout le préambule de la Constitution de 1946, la constitution française ayant dès lors moins de valeur que celle d'un Canton suisse.
Le 29 mai a bien montré que les français, tout comme les Néerlandais peu après, restent attacher à leur Constitution et aux droits sociaux qu'elle garantie.
C'est cela aussi que le PS semble admettre dans l'accord PS/MRC.

7.Posté par Elie Arié le 16/12/2006 17:50
Aucun des candidats n'évoque l'absence de moyens de l'Etat, dans un contexte de compétition mondiale accrue, pour financer le social.

À la question de savoir comment réduire les déficits publics, tous les candidats ont inscrit une économie: la fin du financement des éxonérations des charges patronales liées aux 35 heures et à l'emploi: 20 à 25 milliards d' Euros d'économies: pas mal, non?

Mais qui va subir les conséquences de cette économie? La Sécurité Sociale, pardi! À moins que l'on supprime les 35 heures et autres dispositifs d'emploi, et qu'on rétablisse les cotisations d'antan.

En réalité, personne ne défend la Sécurité Sociale, qui, une fois de plus, va servir de vache à lait ou de déversoir de l'impuissance des politiques face au libéralisme de l' Union Européenne.

Le social est mal parti!

Ne dites pas à vos enfants que nos prétendants à l' Elysée sont candidats, ils les croient animateurs socio-éducatifs dans un centre de loisirs...Le réveil risque d'être sévère.

8.Posté par pierre Chavinier le 16/12/2006 17:54
Tout à fait d'accord avec jean, l'accord politique est un réel retournement de la position du PS et de Ségolène Royal.
En ce sens il est porteur d'espérance, mais si et seulement si il est respecté par ceux qui l'ont signé.
Je n'ai aucun doute concernant JPC.
Je reste attentif aux déclarations et aux actions de Ségolène Royal.
J'ai nettement moins confiance ds le PS ds son ensemble et ds certains de ses alliés.

Pour ce qui est du TCE et d'une constitution nouvelle, l'accord est sur ces pts sans ambiguité aucune. Si Ségolène devait trahir cet engagement central et abandoner le peuple aux Lepen, c'en sera définitivement fait des espoirs de Xavier.

9.Posté par xavier le 17/12/2006 09:59
Bonjour

Pour ma part ,en tant que citoyen français,militant P S ,je ne peux qu'étre d'accord avec vos affirmations.

L'Union européenne c'est compliquée et tellement vaste.N'ayant aucune culture juridique ,je consulte régulièrement des ouvrages de droit communautaire.Les auteurs de ces ouvrages donnent souvent une image positive du droit européen ,car ce sont exclusivement des juristes.Ces personnes n'ont pas la mème vision ,je pense comme vous de cette Europe sociale et exclusivement juridique qui vient entacher notre modèle social français .

Mais accordez moi un doute.Malgré l'accord politique entre JPC et le P S, Ségolène si elle est élue s'en remettra à la donne de l'Europe telle qu'elle a été conçue en 1957 par ceux qui faisait parti de la quatrième république, et jusqu'en 1992 Maastricht ,93 G M E,c'était le P S ,en 97 , P. S .C ,c'était P S et Chirac.Les grandes ambitions de la stratégie de Lisbonne également jusqu'au 21/04/2002 .

29/05/2005,55% disent "non" au traité,nous sommes en train de diviser ce pourcentage pour le replacer dans le camp du "oui" majoritaire,mème si c'est un oui timide ,ça passera,après les élections,on va passer de la pomade à ces 55%.Un traité déguisé et Hop,la France deviendra résolumment européenne.

A bientot

10.Posté par vanbastien le 17/12/2006 23:32
D'accord, mais surtout n'oublions pas que l'Europe telle qu'elle se construit est dirigée par une élite qui menace les intérêts de notre république. Et tout ce gratin élitiste sait que si S.Royal arrive au pouvoir, ce n'est pas elle qui dirigera la France mais bien son entourage pro-Européen. Le danger est réel et proche... D'ailleurs, certaines élites socialistes prônent une Europe fédérale.

11.Posté par Jack le 18/12/2006 02:59
Bonsoir
Quand monsieur Chevènement écrit:
"Gouvernement économique.

Les règles de concurrence ne seraient, bien sûr, plus opposables à ces politiques sectorielles délibérées en commun et démocratiquement contrôlées"

Quelqu’un peut il me préciser ce que cela veut dire ?

P.S. j'en ai marre de fautes d'orthographe et des fautes de frappe, en nombre dans les commentaires.
Pour éviter cela il faut impérativement
-sélectionner tout le texte
-bouton droit copier
-ouvrir Word ou aller à la fenêtre Word
-ouvrir une page blanche
-cliquer bouton droit et coller
-appliquer le correcteur orthographe et grammaire
-réfléchir sur les fautes mises en valeur et valider ou pas les corrections proposées
-à la fin de l'exercice, sélectionnez tout le texte
-cliquer bouton droit et coller
-revenir sur la page IE de ce site
-le texte initial étant resté sélectionné, cliquez dedans bouton droit et copier
-C'est alors terminé et c'est autre chose.
-Et pour ma part cela m'a permis de relire mon texte, éventuellement de l'améliorer sous Word, d’avoir pris conscience de certaines fautes évitables, et de me sentir beaucoup mieux !

Merci à tous.

Cette vérification, comme indiquée ci-dessus m'a pris exactement 6 minutes.


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