La France donc doit être redressée d’abord dans l’esprit de nos concitoyens, à l’abri des campagnes de dénigrement et au-delà de la tentation des replis communautaristes. Il s’agit de faire revivre un patriotisme sain et généreux qui est tout le contraire du nationalisme et qui ne s’oppose en rien à l’idée européenne et encore moins à l’idéal de la fraternité humaine. La nation est le cadre naturel et indépassé à ce jour de la démocratie. Elle est le lieu de la solidarité. Il faut la défendre. Il est donc temps d’organiser le retour de la France en Europe, dans le monde et en France même, à commencer par nos banlieues. Il est temps que nos responsables se placent davantage à l’aune des intérêts du pays pour prendre leurs décisions. Une France forte est nécessaire à l’Europe et sa voix est attendue dans le monde entier.
Certes l’économie française ne va pas bien et la France semble ployer sous les déficits mais la France a beaucoup d’atouts que seul un Etat stratège et modernisé peut lui permettre de mobiliser. J’engagerai pour ce faire six chantiers, et d’abord au plan économique :
1) Premier chantier : une Conférence de l’entreprise réunissant les forces vives du pays en vue de définir une Charte de l’entreprise. Celle-ci n’est pas seulement l’affaire des actionnaires. Elle est aussi l’affaire des salariés, celle de ses clients, et celle de ses partenaires : banques, collectivités locales, et pays d’implantation. Il est temps d’élaborer des outils permettant de restaurer la confiance dans nos entreprises. Elles en ont besoin.
2) Second chantier : défendre la maison France, et au-delà des invocations creuses au « patriotisme économique », maintenir effectivement les centres de décision principaux sur le territoire national. Cela passe par une réglementation stricte des OPA hostiles, par un renforcement des fonds propres des entreprises, le développement d’intermédiaires financiers publics appuyés sur le réseau bancaire, et de l’épargne salariale gérée collectivement.
Un ministère de l’Industrie et du Développement technologique de plein exercice sera rétabli, en dehors de la tutelle de Bercy. Il disposera de ses outils financiers propres. Il sera particulièrement chargé du développement des PMI et des industries nouvelles (dans l’économie de l’hydrogène par exemple, les nanotechnologies ou les biotechnologies, etc.). Il veillera à ce que la recomposition du tissu productif prenne en compte les intérêts de l’économie française.
3) Troisième chantier : la promotion de choix énergétiques ambitieux : économies d’énergie, énergie solaire, biomasse mais aussi nucléaire : il serait criminel d’arrêter le programme EPR (réacteur de troisième génération), comme l’a été fâcheusement, en 1997, le surrégénérateur Superphenix qui aurait été un laboratoire utile pour la mise au point du réacteur de quatrième génération, prévu aujourd’hui aux alentours de 2040. D’ici là, nous avons besoin d’une quinzaine d’EPR au moins en France pour pourvoir à nos besoins d’électricité et nous en exporterons beaucoup. Le projet du PS n’en souffle mot. En matière énergétique il n’est pas réaliste. Ne gâchons pas l’atout essentiel que constitue notre industrie nucléaire, la première dans le monde, d’autant que le nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre et que des pays comme les Etats-Unis, la Chine, l’Inde relancent leur effort d’équipement en la matière, alors que le prix du pétrole sera durablement orienté à la hausse et que la production d’électricité en Europe est devenue insuffisante. Il faut assurer la sécurité énergétique de la France à moyen et long terme.
4) Quatrième chantier : une troisième loi-cadre prioritaire pour l’université et la recherche. La formation, et notamment celle de scientifiques de haut niveau, fera de plus en plus la différence au XXIe siècle. La France dispose de tous les atouts. Encore faut-il les jouer résolument ! L’obscurantisme moderne fondé sur la peur - et notamment les idéologies « antiscience » - devra être combattu sans complaisance. La liberté de la recherche sera affirmée. Grâce à des bourses multipliées les élèves et les étudiants seront davantage orientés vers les filières scientifiques.
Une loi-programme visera la réforme des Universités, trop petites et trop compartimentées, pour accroître leur taille, revoir leur système de gouvernance et améliorer l’accueil et l’orientation des étudiants. Une augmentation de 25 % en cinq ans des dotations de l’enseignement supérieur sera accordée sur la base de projets. Un effort parallèle et de même ampleur sera engagé au bénéfice de la recherche publique et privée. Les grands organismes de recherche devront développer leurs synergies aussi bien avec l’enseignement supérieur qu’avec les entreprises. Le recrutement des chercheurs sera planifié à l’horizon des dix prochaines années.
5) Cinquième chantier : protéger l’agriculture et l’environnement. L’agriculture est un grand atout de la France qui mérite d’être défendu et non pas bradé aux lobbies, quels qu’ils soient. La PAC sera maintenue et réorientée, les primes plafonnées et régionalisées. L’agriculture ne s’accommode pas du libéralisme. La promotion des biocarburants sera encouragée.
La politique de l’environnement privilégiera la préservation des biens rares : eau, air, sols dits « biens publics » communs de l’Humanité et notamment la lutte contre l’émission de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. Une fiscalité sur l’émission du carbone sera instituée. Un programme de recherche dit « écologie de l’Humanité » visera à promouvoir, dans la ligne du rapport Jacques Berque de 1982, toutes les connaissances et toutes les technologies qui permettront de concilier le développement des pays du Sud et le maintien des équilibres fondamentaux de la vie sur la planète. L’écologie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls écologistes.
6) Sixième chantier : mettre à niveau la défense du pays. Le monde dans lequel nous vivons est dangereux. Nous ne devons pas relâcher notre effort de défense et savoir y consacrer continûment au moins 2 % de notre PIB pour préserver la paix. Notre dissuasion doit être non seulement maintenue mais modernisée, pour faire face aux risques de la prolifération et pour maintenir, en tout état de cause, l’autonomie de notre diplomatie sur laquelle le projet du PS n’insiste pas suffisamment car il n’y aura pas d’Europe européenne sans la volonté de la France de maintenir une dissuasion indépendante.
Les forces de projection peuvent être utiles pour le maintien de la paix sur notre continent ou dans ses approches, à condition de ne pas se trouver instrumentées au service d’objectifs qui ne sont pas les nôtres, notamment dans le monde musulman.
Membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, la France a des devoirs particuliers au service de la paix dans le monde. Bien évidemment nos capacités ont leur limite. Il est très souhaitable de développer, à géométrie variable, le cas échéant, les coopérations européennes dans le domaine des forces comme des industries de défense. Il n’y a pas lieu de revenir sur la professionnalisation des armées mais des carences graves se sont créées en matière de défense du territoire et de protection des populations.
Un service civique d’une dizaine de semaines sera institué. Il comportera plusieurs volets (sécurité civile – défense notamment). Il permettra à la fois d’étoffer le recrutement des forces professionnelles par des formules de volontariat service long (un à deux ans) et de relever le niveau des réserves dans le pays.
7) J’ajouterai un dernier chantier : promouvoir la francophonie. C’est un chantier placé sous l’égide du multilinguisme et c’est très largement un chantier Nord-Sud : le français en 2050 sera parlé par plus de 300 millions de locuteurs dont la majorité seront des Africains.