Chevenement.fr | le blog de Jean-Pierre Chevènement
Agenda et médias

"On ne sortira pas de la crise de la dette sans croissance, sans plus-values fiscales"


Jean-Pierre Chevènement était l'invité de "C'est arrivé cette semaine" sur Europe 1, samedi 1er octobre 2011. Il répondait aux questions de Dominique Souchier. Le podcast est disponible ci-dessous


"On ne sortira pas de la crise de la dette sans croissance, sans plus-values fiscales"

europe_1___c__est_arrive_cette_semaine_0110.mp3 Europe 1 - C'est arrivé cette semaine  (17.65 Mo)

Verbatim express

  • Sur la présidence du Sénat : J'ai déclaré dimanche soir que l'alternance était en marche et qu'elle devait se produire. L'honnêteté, la clarté, la transparence veulent que la formation qui a gagné le plus de sièges, le Parti Socialiste (25 sièges), accède au plateau, c'est la démocratie.
  • J'ai lancé une boutade, qui était celle d'Edgar Faure : "Il ne faut jamais être candidat à un poste qu'on ne vous propose pas" et j'ai ajouté qu'il ne faut jamais dire qu'on ne sera jamais candidat. Cela a entraîné des commentaires, il faut bien que vous puissiez alimenter le système.
  • La clarté et la démocratie exigent que ce qui s'est passé dans les urnes se traduise au niveau de l'élection du président.
  • Sur les primaires socialistes : Ce qui m'a frappé dans ces deux débats, c'est que l'on n'a pratiquement pas abordé la question de l'euro, de l'avenir de l'euro, de la manière dont on allait redynamiser l'Europe pour en faire une zone de croissance.
  • Je pense que la France et l'Allemagne continueront ensemble leur histoire, ou alors elles en sortiront ensemble.
  • J'ai dit qu'il fallait donner à la Banque Centrale Européenne des attributions qu'aujourd'hui elle n'a pas, en vertu des textes d'ailleurs, pour soutenir la croissance et l'emploi, racheter les titres de dette publique, casser la spéculation, améliorer le taux de change qui aujourd'hui est surévalué et favorise la désindustrialisation du pays, et que cela, c'est un débat qu'il faut avoir !
  • On ne sortira pas de la crise de la dette sans croissance, sans plus-values fiscales.
  • Je rappelle que l'Allemagne apporte 220 milliards à la caisse commune, la France, on l'oublie, 159 milliards, et je dis simplement que le montant du Fonds Européen de Stabilité Financière n'est pas suffisant pour venir au secours de pays qui pourraient être attaqués, comme l'Espagne ou l'Italie.

  • Je ne pense pas que l'on puisse aller vers une conception purement coercitive de l'Europe. L’Europe ne peut pas être un mécanisme de coercition, il faut que l'Europe soit identifiée au progrès.
  • Je pense qu'il faudrait élargir les missions de la B.C.E. pour que nous ayons une sortie de crise concertée des deux côtés de l'Atlantique, fondée sur ce que l'on appelle "quantitative easing", la relance monétaire.
  • Je pense que l'Europe doit reposer in fine sur la responsabilité des États : j'ai toujours été partisan de construire l'Europe à partir des nations, les nations ont une responsabilité, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas une certaine solidarité européenne mais la solidarité européenne ne sera jamais aussi grande que la solidarité nationale.
  • Il faut quand même que cette solidarité nationale joue d'abord, et l'Allemagne a fait beaucoup pour les länder de l'Est : elle ne peut pas faire pour le Péloponnèse, l'Algarve, la Calabre et d'autres l'effort qu'elle a fait pour le Mecklembourg, le Brandebourg, la Thuringe, la Saxe, etc. C'est tout à fait compréhensible.
  • Je dis que sans croissance, nous ne pourrons pas relever nos finances publiques, parce que pour rembourser la dette, il vaut mieux avoir des plus-values fiscales que des moins-values. Or, la récession, comme en Grèce qui aura perdu 10 points de son PIB, creuse le déficit et accroît l'endettement. C'est une spirale négative. Il faut imaginer un cercle vertueux.


Rédigé par Chevenement.fr le Dimanche 2 Octobre 2011 à 14:43 | Lu 2983 fois




1.Posté par Gilbert RIBES le 02/10/2011 19:00
Il n'y aura pas de croissance sans renaissance de l'industrie.
Il n'y aura pas de renaissance de l'industrie et de l'emploi sans "rapatrier" en Europe la fabrication des produits manufacturés importés de Chine et d'autres pays émergents dont les balances de paiements courants avec l'UE sont fortement excédentaires.
D'où la proposition suivante:
.Taxer ou contingenter les importations dans l’Union Européenne de certains produits ou services provenant de pays dont les Balances de paiements courants avec l’Union Européenne sont fortement excédentaires, aussi longtemps qu’ils ne respecteront pas :
-Les normes sociales fixées par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et par le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels de l’ONU
-Les Conventions Fondamentales de l’OIT
-Des Normes environnementales, sanitaires et juridiques comparables à celles de l’Union Européenne
et aussi longtemps qu’un nouveau Système Monétaire International ne sera pas mis en œuvre.



L’attrait du marché unique européen (500 millions de consommateurs ayant un revenu moyen élevé) et l’application de taxes compensatoires ou de contingentements sélectifs à certains produits provenant de pays émergents, pendant une période minimum garantie (10 à 20 ans), inciteront des entreprises à réaliser, dans l’Union Européenne, les investissements industriels nécessaires.
Pour les entreprises, d’origine européenne ou non-européenne, il s’agira d’accroître leurs capacités de production existantes dans l’Union Européenne, d’y créer de nouvelles capacités ou d’y sous-traiter leur production.
Pour certaines filières,des leaders mondiaux disposent déjà de capacités de production dans l’Union Européenne.Ils pourraient,si nécessaire,y accroître ces capacités et y contribuer à l’implantation d’un réseau de fournisseurs des composants ou des sous-ensembles dont ils ont besoin.Exemples ;aéronautique,spatial,ferroviaire,naval,automobile,énergie,chimie,pharmacie,agroalimentaire.
Pour d’autres filières, des leaders mondiaux qui ne disposent pas aujourd’hui de capacités de production dans l’Union Européenne seraient incités à en créer ou à y sous-traiter leur production.Exemples ;téléphonie,télévision,informatique.
A titre d’exemple vécu, rappelons l’implantation de TOYOTA à Valenciennes pour s’affranchir du contingentement imposé aux voitures japonaises. Imaginons demain des implantations industrielles d’APPLE, SONY, DELL, SAMSUNG, HP,mais aussi de ACER,LENOVO,HTC dans l’Union Européenne pour se substituer aux importations actuelles provenant de certains pays émergents
Pour d’autres filières enfin (textile, chaussures, jouets par exemple) et de nombreux produits intermédiaires, composants ou sous-ensembles destinés aux filières précédentes, la création dans l’Union Européenne de capacités de production (et de conception si nécessaire) est à la portée de nombreux entrepreneurs, européens ou non-européens, petits, moyens ou grands, jeunes ou moins jeunes.
S’agissant de filières comme le textile, les chaussures ou les jouets par exemple, la relocalisation dans l’Union Européenne permettrait d’employer de nombreux chômeurs peu qualifiés et de rééquilibrer les échanges commerciaux avec certains pays émergents. Si ces relocalisations devaient bénéficier principalement aux pays les moins riches de l’Union Européenne, les autres pays européens en tireraient des avantages directs (exportations d’autres produits) et indirects (équilibre économique et social de l’Union Européenne). Il en irait de même si ces productions devaient être sous-traitées dans des pays moins avancés du pourtour méditerranéen ou d’Afrique (exportations d’autres produits, limitation de la pression migratoire notamment).

2.Posté par Jacques POUZET le 02/10/2011 19:10
Pour la réduction , à court terme des "dépenses fiscales" avec effet minime ou nul sur la croissance ( on parle de la croissance des 30 glorieuses en % du PIB ?)).
Combien de temps pour amorcer une stratégie de croissance qui ne soit pas commandée par la consommation des ressources naturelles fongibles ?

Qui peut croire que l'on va réindustrialiser comme si on repartait des années 50 ?

3.Posté par Jacques POUZET le 03/10/2011 14:05
Dépenses fiscales et niches sociales, un grand chantier pour PLUS VALUES FISCALES?

Un Comité d'évaluation de l'ensemble des "dépenses" fiscales et
"niches" sociales a remis son rapport au gouvernement le 20 juin 2011.
Ce rapport est accessible notamment sur le site de la Sécurité Sociale.

L'exercice d'évaluation a porté sur 538 mesures dérogatoires
fiscales et sociales représentant environ 104 milliards d'euros


Ce travail, piloté par l'Inspection Générale des Finances , constitue
le référentiel indispensable pour apprécier la pertinence de la remise
en cause de ces dérogations :

- les objectifs initiaux, parfois anciens, sont-ils encore justifiées en 2010+++ ?
- quel impact prévisible sur les finances publiques et sur le comportement
des ménages et entreprises?
et donc, sur le développement économique
et social dans le contexte international de "crise"?



4.Posté par gerard pendaries le 05/10/2011 20:44
Twitter
Je me demande pourquoi cette voix, celle de M. Chevènement, qui traite excellemment des sujets essentiels n’est pas plus entendue, y compris au parti Socialiste, qui sortirait, à seulement l’entendre, de la médiocrité d’un brouet insipide inlassablement resservi.

5.Posté par Bruno Diaz Ruiz le 10/12/2011 15:18
Facebook
J'apprécie la limpidité, la cohérence, le sérieux et le haut niveau responsable des propos de JP Chevènement en général et de cette interview en particulier. Ce sont des caractéristiques qui se font rares dans le discours comme dans la pratique de la classe politique actuelle de la gauche à l'extrême droite.

Cette interview reflète la rigueur intellectuelle, la grande maîtrise des notions d'économie (CROISSANCE incontournable pour nourrir les populations en augmentation) tout comme des valeurs humaines essentielles telles la notion de territoire (les Nations) sans se livrer au culte nationaliste voire xénophobe, culte qui trouve écho et arguments en ces périodes de paupérisation.

L’Europe n'est pas la cause de la crise économique actuelle. La recomposition du capitalisme MONDIAL l'est. Le dogme libéral, quasi religieux, des dirigeants européens et leurs réponses dans l’urgence, illisibles aux yeux des populations, ne conduit qu’à construire une « usine à gaz » qui devient affaire de spécialistes. La crise de Euro ne fait que précipiter les effets de la mondialisation.

En 2005, discutant avec des collègues, nous étions d’accord sur la MENACE ÉCONOMIQUE des pays du Sud Est Asiatique. Un marché de prés de 3 milliards d’individus qui s’ouvrait ne pouvait qu’attirer industriels et financiers. Des coûts de production extrêmement bas, des populations traditionnellement laborieuses et ingénieuses sans état d’âme métaphysique vis-à-vis des moyens puissants et modernes de production énergétique et industriel ne pouvaient qu’entraîner la délocalisation des industries occidentales.

Nous avions le retour d’expérience de l’effet Japon, Corée, Taiwan. Ensemble constituant à peine 200 millions d’âmes il avait stoppé net NOS « 30 Glorieuses ». Alors 3 milliards d’individus!?
Nous avions tout au plus un an de formation économique au cours du soir du CNAM… et c’était clair dans nos esprits. Alors quand des gouvernants nous disent que la crise financière est la cause de nos maux actuels, on ne peut espérer qu’ils mentent pour ne pas perdre la face tout en rassurant les chaumières .
C’est vrai 500 millions d‘européens ce n’est pas négligeable ! Mais je mettrais un bémol à l’optimisme de l’article passionnant et détaillé de Gilbert Ribes. Les mesures qu’il propose pour filtrer l’importation de produits et favoriser l’implantation d’entreprises sur notre sol sont séduisantes et nécessaires. Sont-elles suffisantes ?
Par exemple, à sortie d’usine de Valenciennes, quelle est la part des équipements fabriqué en Europe ? 20%, 25% ? Sommes-nous dans une situation de gagnant- gagnant ?
Demain une usine indienne de voitures s’implante en France. Ne peut on pas concevoir que 50% du coût de la voiture soient français et les 50% restant soient réalisés par des équipementiers indiens ou autres respectant à minima les règles internationales que Gilbert Ribes vous évoquez et des salaires en rapport avec le cout de la vie de ces pays ?

6.Posté par Gilbert RIBES le 10/12/2011 17:48
A Bruno Diaz Ruiz.
En application de ma proposition,les composants ou sous ensembles qui seraient fabriqués en Inde ou en Chine par exemple supporteraient des taxes compensatoires ou seraient contingentés.Ce qui inciterait les constructeurs automobiles à contribuer à l'implantation dans l'UE d'un réseau de fabricants des composants ou sous ensembles dont ils ont besoin.A noter que ces fabricants pourraient très bien être d'origine extra européenne,l'essentiel étant qu'ils produisent en UE,en respectant les normes sociales,environnementales,sanitaires et juridiques en vigueur dans l'UE.

7.Posté par Jacques POUZET le 10/12/2011 19:48
Promouvoir en U E des stratégies industrielles concertées pour bénéficier de l'effet volume et maîtriser les termes de l'échange avec d'autres zones de production semble être un espoir largement partagé dans ces temps de rigueur, dangereuse pour le développement économique et
social.
Il serait raisonnable d'identifier - sans attendre - les conditions (politiques) de faisabilité d'une accélération forte des harmonisations fiscales, sociales , environnementales...
b[Combien de sommets à prévoir ?]b

Nouveau commentaire :
(*) Votre message est modéré à postériori par le webmestre du blog. Merci de respecter les règles générales de modération de ton et de respect de la loi. Enfin ne monopolisez pas la parole, car cela dissuade les autres internautes de laisser des commentaires.
Détails : http://www.chevenement.fr/Connectez-vous-desormais-pour-commenter-les-articles-du-blog_a950.html

Dans la même rubrique :
< >

1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire

RT @MRC_France: Reprise de l'#URMRC de Caen ce matin avec le discours d'ouverture de @JLuc_Laurent. Pour suivre les débats: http://t.co/SWH…
Samedi 20 Septembre - 09:40

Abonnez-vous à la newsletter