Carnet de Jean-Pierre Chevènement

Les Bienveillantes, un livre révisionniste



J’ai été fasciné et gêné à la fois par la lecture des Bienveillantes de Jonathan Littel. Ce roman touche en effet à l’énigme même du XXe siècle : comment le génocide des Juifs a-t-il pu être pensé et surtout exécuté dans un pays hautement civilisé comme l’Allemagne ? Les historiens s’y sont cassés les dents. Il y a, on le sait, deux thèses : les «intentionnalistes» et les «fonctionnalistes», ceux qui croient que la Shoah procède d’un dessein réfléchi et ceux qui pensent qu’elle s’est imposée comme un moment de radicalisation extrême dans le mouvement même de la guerre.

Le livre de Littel ne prétend pas éclaircir cette question, bien qu’il repose sur une documentation impressionnante (et peut-être pour cela même). Ce n’est pas cela qui m’a gêné mais la philosophie « révisionniste » implicite de l’ouvrage, c’est-à-dire le signe d’équation posé entre le nazisme et le communisme. Ce signe d’égalité apparaît dans la confrontation du narrateur, l’officier SS Max Aüe et le commissaire bolchevick fait prisonnier à Stalingrad : « Finalement, fait-il dire à celui-ci, nos systèmes ne sont pas si différents, dans le principe du moins … Quelle différence entre un national-socialisme et le socialisme dans un seul pays ? » (1)

Que l’inhumanité ait été des deux côtés est certain, mais le dessein de détruire méthodiquement, industriellement, j’allais dire scientifiquement, une population sur un critère racial d’ailleurs complètement irrationnel relève de l’unique. Il me semble aussi que Jonathan Littel se trompe complètement quand il voit dans le nazisme l’exaltation de la nation et le triomphe ultime de l’idéologie de la soumission à l’Etat. Le nazisme en effet ne révérait pas les nations mais la race. Et même si la conception allemande de la nation faisait référence au « Volk », c’est-à-dire à la communauté de culture puis de souche, les nazis étaient partagés sur la définition du peuple supérieur : étaient-ce les Germains, c’est-à-dire les Allemands, y compris les Autrichiens et les Volksdeutschen d’Europe centrale et orientale ? Ou étaient-ce les seuls ressortissants d’une race « nordique » quelque part entre la Scandinavie et le nord de l’Allemagne ? Ou plus généralement les Européens ? Rauschning prête à Hitler ce mot : « L’Allemagne ne sera l’Allemagne que lorsqu’elle s’appellera l’Europe ».

La nation ne s’identifie pas à la race et pas davantage le nazisme ne reposait-il sur le culte de l’Etat, poussé à l’extrême : c’est au contraire le parti – le NSDAP – qui entendait réduire et, en définitive, absorber l’Etat. Les Bienveillantes sont écrites à travers les catégories politiques d’aujourd’hui largement inspirées de l’assimilation au « totalitarisme » du communisme et du nazisme par Hannah Arendt, assimilation reprise par les idéologues de la guerre froide et par les historiens révisionnistes allemands au milieu des années quatre-vingt. Cette assimilation qu’on retrouve dans la correspondance de François Furet avec Ernst Nolte occulte ce fait essentiel à mes yeux : le communisme soviétique et le nazisme procédaient de philosophies et de visions du monde opposées. L’un s’est effondré de lui-même. L’autre a dû être anéanti par le fer et par le feu.

Le livre de Jonathan Littel est en ce sens un livre « révisionniste ». Comme Ernst Nolte a cherché à relativiser le nazisme par le communisme, Jonathan Littel parvient à faire que chacun se sente interpellé dans sa conscience individuelle et jamais dans sa conscience civique, évacuant ainsi le rôle des forces politiques. La France n’est vue qu’à travers la collaboration, les copains de Max Aüe, Rebatet et Brasillach. Pas un mot sur la résistance. Voilà pourquoi ce grand livre me paraît porteur d’une vision du monde qui ne nous aide pas à vraiment comprendre notre époque. Il propage, même sans le savoir, l’idée d’un « post-totalitarisme », d’une sorte de fin de l’Histoire néo-libérale qui me paraît fausse. Cette vision méconnaît les tendances impérialistes et belligènes qui existent dans le capitalisme financier mondialisé, aujourd’hui comme avant 1914, et les forces d’obscurantisme qui peuvent être réactivées à travers toutes les formes d’intégrisme religieux, chrétien, musulman ou juif. Ce n’est pas la nation ni l’Etat qui recèlent l’explication en dernier ressort de la Shoah mais le rejet de l’idéologie des Lumières et de la démocratie poussé à son paroxysme dans le nazisme mais toujours présent dans notre société. C’est ce que le roman de Jonathan Littel ne permet pas de comprendre. Son officier SS est un personnage qui nous parle d’un autre temps qui nous fait apprécier la chance toute relative que nous avons de vivre dans le nôtre.

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1) Jonathan Littel, Les Bienveillantes, p. 364, Gallimard, 2006


Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le Mardi 21 Novembre 2006 à 10:40 | Lu 32960 fois



1.Posté par Boinier le 21/11/2006 11:46
« Finalement, fait-il dire à celui-ci, nos systèmes ne sont pas si différents, dans le principe du moins … Quelle différence entre un national-socialisme et le socialisme dans un seul pays ? » (1)

A partir de cette citation, tiré du livre de Jonathan Littel, Les Bienveillantes, Jean Pierre Chevènement écrit :
Les Bienveillantes sont écrites à travers les catégories politiques d'aujourd'hui largement inspirées de l'assimilation au « totalitarisme » du communisme et du nazisme par Hannah Arendt, assimilation reprise par les idéologues de la guerre froide et par les historiens révisionnistes allemands au milieu des années quatre-vingt.

Jean Pierre Chevènement ne fait-il pas une différence entre communisme et le "socialisme dans un seule pays" développé par Staline ? Pour ma part j'ai trouvé que cette précision de l'auteur méritait d'être soulignée, d'autant qu'il fait préciser au commissaire politique qu'il y a quand même une différence énorme entre la volonté du peuple qui veut défendre les conquêtes d'octobre et la volonté des bureaucrates staliniens, même s'il a du mal à s'y retrouver et à se positionner.

2.Posté par Jörg Schumacher le 21/11/2006 18:43
Je pense que Monsieur Chevènement se démarque encore une fois du reste de la classe politique d'une manière assez significative:

1. A mon avis ceux qui ont lu ce livre ne sont pas nombreux parmi les candidates à la présidence.
2. En plus, il a le courage d'exprimer une opinion critique face à l'engouement presque aveugle avec lequel a été accueilli cet ouvrage portant malgré tout un jugement inquiétant.

3.Posté par Thierry Kron Traube le 22/11/2006 23:42
Monsieur,
Jonathan Littell, avec 2 L bitte schön !
En effet né de parents juifs en 1946, je peux être heureux de n'être pas né plus tôt et de ne pas avoir été déporté dans un camp. Je peux aussi me sentir satisfait d'avoir vécu dans des pays au système d'économie capitaliste...
J'ai bien sur mon Blog et dans mes commentaires sur ceux de Pierre Assouline et Alain Mabanckou, fait la remarque que jamais Jonathan Littell ne fait mention des Allemands qui aidèrent des Juifs à se cacher pendant la période 1933-1945, parfois en plein Berlin.
Ayant été élevé par la femme Allemande de mon père, depuis 1950, ayant beaucoup vécu en BRD, y ayant en quelque sorte de la famille par alliance, après la lecture des Bienveillantes, je ne peux m'empêcher de me demander ce qui se passait dans la tête de tous ces Allemands, qui parfois vécurent la guerre dans le confort bourgeois de leur milieu de nantis. Ce livre me laisse un profond malaise et Jonathan LIttell a inventé un univers ou il manque les Geschwister Scholl et de tas d'autres qui firent tant soit peu, peu, de résistance. En avril 2007 sortira en France le film "Das Leben der Anderen", un film terrible sur ce que fut le régime communiste de la RDA, et sur ces gens qui de la Gestapo se métamorphosèrent en membre de la Stasi et espionnérent les intellectuels, les gens de thêatre, c'est le thême du film.
Tout n'est pas simple, mon père doit sa vie sauve à Michel Junot, qui sous-préfet l'aida à vivre caché, pendant quelques temps, employé de sa sous-préfecture de je crois Pithiviers D'autres firent un procès à ce même Michel Junot, comme sous-préfet, il laissa d'autres Juifs se flairent rafler par la police de Vichy, c'est ainsi que d'Autres l'accusent.
Le livre de Jonathan Littell est une oeuvre de fiction, il est fait pour mettre ses lecteurs mal à l'aise, un ouvrage qui laissera sur son passage une impression de dégoût, so what?
Pour rester dans le sujet de votre Blog, Monsieur le Ministre, ne trouvez vous pas que le PS a choisit son, ou plutôt sa candidate?
Personnellement je trouve que les éléphants, puisque c'est ainsi que l'on les nomme, devraient se préparer à rentrer aux Affaires, se préparer à devenir Ministre, toute autre candidature me semble un peu comme un coup de bâton dans l'eau!

4.Posté par Elie Arié le 24/11/2006 15:20
Le bouquin de Littell, malgré ses défauts bien signalés ar JPC (anachronisme consistant à juger les événements d'hier avec les catégories politiques d'aujourd'hui) , s'en prend pour la première fois à un mythe solidement ancré par la bien-pensance depuis un demi-siècle, et qui, d'ailleurs, s'appuie sur un mécanisme de défense bien classique de la psychologie humaine consistant à dégager sa responsabilité en se dissociant d'un groupe auquel on appartient...en l'occurrence, l'humanité.

La vraie question que pose le nazisme est bien celle de "comment les hommes -dont moi-même, et vous qui me lisez en ce moment- ont pu se transformer en nazis, et faire ce que les nazis ont fait?"; et il oblige à admettre qu'il existe un nazi potentiel en chaque homme, du simple fait qu'il appartient à l'espèce humaine.

Il rompt avec le mécanisme de défense classique qui se résume à " le nazi, c'est l'autre; moi, je suis d'une autre essence" face à cette question dérangeante; depuis un demi-siècle, toutes les représentations du nazi ( cinéma, théâtre, littérature, etc.) procèdent de cette défense, en le figurant comme un martien, qui parle en hurlant avec un acent grotesque et passe son temps à claquer des talons, de façon à rendre impossible toute identification.

Cette méthode de défense est un peu la même que celle qui consiste à parler, face à des actes d'une cruauté extrême et gratuite, de "crimes bestiaux" "comportemets animaux"...alors qu'aucun animal ne tue ou ne torture jamais un autre animal de la même espèce pour le seul plaisir de le faire: l'homme est le seul animal qui soit capable de "crimes bestiaux" et de "comportemets animaux".


5.Posté par mazars le 25/11/2006 21:06
Jonathan Littell n'a écrit qu'un roman mais quel roman!!!En plus en français et dans quel français!!!!Réjouissons-nous qu'un Américain illustre notre francophonie.Dans ce pavé de 900 pages la recherche historique est exemplaire( les pages sur l'imbroglio caucasien sont bien actuelles) et dans un tel fleuve chacun trouvera de quoi alimenter son petit moulin idéologique.A chacun sa vérité d'interprétation.Est-ce que tous les comateux ont les sensations de Aué aprés sa blessure staligranaise?Merci à JPC pour avoir pris l'initiative de commenter un aspect du bouquin .Modestement mais sincérement je me contente d'en citer un passage page 461 évoquant Moby Dick de Melville:
"Livre impossible,oeuvre qui garde le caractére ironique d'une énigme et ne se révéle que par l'interrogation qu'elle propose"

6.Posté par silk le 27/11/2006 17:42
je suis entrain de lire ce livre au titre pourtant rassurant..ce qui parait effrayant ce sont les questions qui se posent à chaque lecteur de ce roman : qu'aurai-je fait à sa place? suicide?rebellion?folie?
Mr Arié à raison c'est peut etre la premiere fois ou du moins cela faisait longtemps que l'on ne nous avait pas presenté un ss si proche de l'humain que nous sommes tous...et c'est cela qui derange.Avec la caricature chacun pouvait lancer sa tomate mais là effectivement litell s'adresse comme il l 'ecrit à ses freres humains.Y a-t-'il en chacun de nous cette part de monstuosité?d'hinumanité qui ne demanderait quà etre révélée?sans doute au vu des evenements qui bordent tous les jours nos vies..


7.Posté par Brendy le 28/11/2006 11:43
Je suis tout à fait d'accord avec le commentaire d'Elie Arié. L'auteur cherche à démontrer que chaque homme peut commettre des atrocités quand il est poussé par un endoctrinement. Et donc, que nous aurions fait la même chose dans les mêmes circonstances.
J'ai tendance à le croire. Les Allemands n'étaient a priori pas pire que les autres.
Quant au rapprochement entre bolchévisme et nazisme que JPC évoque, c'est anecdoctique dans ce livre. Bien des crimes ont été commis des deux côtés (plus en nombre par Staline notamment dans les années 30). Je ne sais pas si on peut quantifier l'horreur.

8.Posté par Bouchard le 29/11/2006 23:38
Le dialogue entre un commissaire politique sovietique et le responsable SD du camp de cocentration est un plagiat du livre Vie et destin de Vassili Grossman.
Le manuscrit de ce livre a été confisqué par le KGB en 1960. Il a été publié en Suisse par l'age d'homme en 1980.
Vie et destin occupera sans doute l'une des premières places dans l'histoire de la litterature du 20eme siècle.
Tel ne sera pas le cas des bienveillantes.
Personne n'a semblé relevé que le SS avait une mère française.
C'est la bonne action de la NRF pour les élections présidentielles.
Français si vous saviez.
Les romans du père de Littell sont très documentés sur la CIA ( La compagnie ). Ceci explique sans doute cela.

9.Posté par logaro le 30/11/2006 14:42
l'écrivain américain Raid Denger fait avec le terrorisme ce qu'a fait Littel avec le nazisme: suivre l'évolution d'un être dit normal en temps de paix vers la dérive d'un être barbare. Denger dans son roman ILKYAsuit le parcours d'un être cultivé vers le terrorisme. site http://une-page-par-jour.over-blog.com/
commence aujourd'hui le chapitre 4 : l'épuration de 1944 dans la Drôme et l'on comprend comment la barbarie peut s'instaurer comme poltique nationale.

10.Posté par Régis Brun le 04/12/2006 18:16

Les descriptions des villages incendiés en Ukraine et la fuite des
familles m'a tristement touché.
C'est semblable à ce que les Acadiens (du Canada), mes ancêtres, ont subit de la main des soldats anglo-américains, en 1755, lors du Grand Dérangement.

P.S. J'ai déniché une coquiile; p. 395, ''le tançai-je''.
Il y en à t'elles d'autres ? Alerte, lecteurs.


11.Posté par Philippe Baron le 06/12/2006 16:56
La partialité de l'oeuvre fait partie intégrante de sa dimension romanesque, renforcée encore par de nombreux détails très fouillés, permettant justement de se poser des questions sur les obsessions qui ont pu mener un jeune auteur à s'en embarasser à ce point, même si le style général du livre est très limpide, très précis, très juste aussi et surtout très émouvant.

Je vous félicite toutefois pour votre vigilance, M. le Ministre, et je vous encourage à l'être encore davantage, notamment au sein même de la Gauche Française, où certains propos récemment tenus auraient conduits bien des personnalités de droite à l'opprobre la plus totale.

Je sais que le MDC n'a aucun intérêt à favoriser l'émergence d'un FN fort, et je compte sur vous pour être le fer de lance d'un anti-racisme des plus radicaux, convaincu que seul l'ouverture à la Différence pourra rapprocher tous les éléments d'une même Nation, dont vous êtes l'un des plus ardents défenseurs.

12.Posté par Antivolt le 08/12/2006 11:16
Il est possible que ce roman, les Bienveillantes , soit le premier grand livre du XXI ème siècle. Dans notre monde post-moderne, il est comme un"retour du refoulé", venu de ces temps modernes où la technique a fabriqué des cadavres dans des chambres à gaz. C'est un livre trés difficile à lire, même si le lecteur s'accorde du temps et du courage. En changeant de siècle et de nouvelle économie psychique , en passant de la névrose à la perversion, on est passé de l'ère de la victime à l'ère du bourreau. Le récit, dense, aride parfois, pourrait engendrer, une fois encore, la fascination pour la barbarie. En transposant dans son roman l'immense documentation qui existe sur cette époque, J. Littell suscite l'envie de savoir, le désir d'Histoire, la volonté de comprendre l'une des pages les plus complexes et les plus prégnantes du siècle passé. Les lecteurs pensent trouver ce qu'ils cherchent dans Les Bienveillantes, car J. Littell revendique un implacable et irréprochable réalisme historique. Si l'Histoire est convoquée, c'est la magie de l'écriture qui opère. Le lecteur qui voudra en savoir plus devra se mettre au travail.

J. Littell écrit en français , en imitant cette langue du III ème Reich, en Lingua Tertii Imperii (LTI) , mais sans la connaissance intime de la langue allemande, que l'ensemble des judaïsmes de la Mitteleuropa avaient tous placée en position de langue supposée du savoir
( Wissenschaft ) . Le texte est avant tout un objet littéraire. C'est d'abord un travail d'écrivain. L'habillage historique est quasiment sans faille, saturé par la masse documentaire ( à comparer, par exemple, au chapitre VII du livre de Raul Hilberg - La destruction des juifs d'Europe : Les opérations mobiles de tuerie - ) . L'histoire personnelle subjective de Max Aue, est fragmentée, dispersée à travers tout le livre. C'est le moteur du roman, branché directement sur l'inconscient de l'auteur et celui du lecteur. Les faits intimes sont contradictoires, changeants , rêvés , fantasmés, hallucinés, refoulés.

Ce roman est comme une tentative d'approche du Réel : La notion de « réel » a souvent été employée pour expliquer l'impossibilité d'expliquer . C'est un lieu symbolique où jamais aucun humain n'a, n'a eu, ni n'aura accès. C'est l'endroit où se trouvent archivés à foison tous les outils nécessaires à l'exercice de l'art. C'est la demeure des trois grands "A". L'Art, l'Autre et l'Amour. On y trouve en nombre infini, toutes les lettres nécessaires à l'écriture d'un roman… Plus vous en utilisez, plus il y en a ! ( d'aprés Charley Supper ).

Développements sur http://members.aol.com/lyonelb/bienveillantes.html

13.Posté par meleze le 15/12/2006 20:37
elie arie ecrit:"La vraie question que pose le nazisme est bien celle de "comment les hommes -dont moi-même, et vous qui me lisez en ce moment- ont pu se transformer en nazis, et faire ce que les nazis ont fait?"; et il oblige à admettre qu'il existe un nazi potentiel en chaque homme, du simple fait qu'il appartient à l'espèce humaine."

Voila un constat terrible. Le livre de Jonathan Littel n'est pas favorable aux juifs car ces derniers peuvent aussi devenir des facistes. C'est pourquoi j'ai tendance a designer ce livre non pas par son titre "les bienveillantes" mais par son contraire "les malveillantes".

Il me parait tres difficile de lire ce livre sans tenir compte de l'actualite presente c'est a dire de l'affrontement grandissant entre Israel et l'Iran au Moyen-Orient. Contrairement a ce qui est dit par une autre personne sur ce forum J.Littell ne nous renvoie pas la derniere guerre mondiale mais a un nouvel affrontement entre integristes en voie de parvenir a maturité. Ce livre, tres bien fait, est parfois tellement dangereux qu'il apparait comme un coup monté. Un agent independant en GB, une parution ideale pour la date du Goncourt, un prix Goncourt qui venge Celine qui ne l'a jamais obtenu, et nec plus ultra un romancier fils d'un agent du CIA Roibert Litell dont le livre principal vient d'être réedité en livre de poche.



14.Posté par eychart marie-thérèse le 18/12/2006 12:56
Je remercie P. Chevènement de son analyse sur un point essentiel, et toujours passé sous silence, des Bienveillantes. Le passage dont il est question m'avait frappé (d'autant plus que de temps en temps, par une bribe de phrase ça et là, la même idée est reprise). Il occupe une place très particulière et donc significative. En effet, alors que Littell porte le réalisme à son plus haut point avec souvent une justesse troublante, cette scène est totalement improbable et n'a donc de justification que parce que l'auteur a un message idéologique à faire passer, principe caractéristique du roman à thèse. Et la thèse que je trouve scandaleuse (et malheureusement consensuelle) ne semble aujourd'hui gêner personne. Même si certains critiques — j'ose l'espérer — ne l'admettent pas, ils la passent sous silence comme une faute vénielle. Elle ne l'est malheureusement pas et je n'insisterai pas car vous avez remarquablement expliqué les questions que ce parti pris posent. Merci encore une fois, heureusement qu'il reste des esprits critiques comme vous et qui ont le courage de leurs idées.

15.Posté par Gilles Capentier le 05/01/2007 01:02
Il se trouve que je suis l'auteur d'un roman intitulé "Les Bienveillantes", publié en 2002 par les éditions Stock. Il s'agissait alors de restituer la dimension proprement tragique (c'est-à-dire liée aux mythes hérités des Anciens autant qu'à la soif de démocratie des peuples) de prévisibles événements violents, apparemment irrationnels, apparemment soumis à la géographie et au calendrier… je parle de ces événements qui surviennent régulièrement dans nos banlieues et qui enflamment plus d'esprits encore que de véhicules motorisés. Et si, derrière chacune de ces carcasses automobiles, chacune de ces bavures policières, chacun de ces "drames" occupant, de temps à autres, la une des journaux, il existait un véritable combat de la Cité pour sa propre existence, et sa pérennité : le combat d'Oreste pour gagner la confiance des Athéniens, part exmple ?
J'ai tendance à penser que ce n'était pas si mal vu. Bien que Littell m'ait détrompé : ceux dont je raconte l'histoire dans "Les Bienveillantes" n'ont décidément pas droit à la tragédie, puisque Gallimard et Littell l'ont confisquée.
Je n'irai pas pour autant devant les tribunaux.
Je préfère exprimer ma colère, sachant qu'elle est aussi celle des garçons et des filles, des hommes et des femmes qui m'ont accompagné dans l'aventure des "Bienveillantes". Je leur propose une nouvelle aventure sur mon blog :

www.les-bienveillantes.fr

Amitiés,

Gilles Carpentier

16.Posté par vincent goisbeau le 24/01/2007 20:13
je ne veux pas revenir sur les défauts ou les qualités de ce livre, mais plutôt faire référence à deux autres oeuvres.
"psychologie de masse du fascisme" de willhelm reich,
et "soumission à l'autorité", traité scientifique dont j'ai oublié les auteurs, mais dont je me rappelle qu'on y fait une longue allusion dans un film policier avec yves montand.
pour moi ces deux oeuvres m'ont permis depuis longtemps de répondre à la question: comment devient-on un bourreau?

17.Posté par Forst le 19/04/2007 14:05
Ça sent le cadavre !
On fait maintenant du fric et de la distinction sur des cadavres, comme l'ont fait les dictateurs du temps de leur pouvoir. A Paris c'est les Bienveillantes et à Strasbourg c'est Cher oncle Georges.
Des millions de cadavres, d'humiliés, de torturés, d'assassinés, gazés, brûlés...par des meurtriers en puissance et des collabos de tout poil...qui ont participé pour s'enrichir, se promouvoir, se glorifier, ou par traîtrise, lâcheté, insouciance ou convoitise...
La boue, la cloaque humaine dans laquelle les auteurs d'aujourd'hui remuent leurs plumes dans le but d'être édités, de faire fortune, promotion et d'être lauréats de prix littéraires. Se glorifier de titres, sur des cadavres et leurs histoires qui ne pourront jamais être écrites.
Jamais la conscience des éditeurs n'a menacé de descendre aussi bas.
Jamais un Goncourt n'a menacé de s'ériger aussi haut dans l'aberration.
Ce genre de livres n'apporte rien de positif à l'esprit de la jeunesse et encore moins à son moral, et ne forge en rien son idéal.
Ce qui serait bénéfique à la jeunesse d'aujourd'hui désorientée et désinformés par les médias: la presse, la télévision, le cinéma, les maisons d'éditions..., serait de ne réserver aucune ligne, aucune image, aucun commentaire à ceux qui tuent père et mère, aux escrocs , aux magouilleurs, aux politiciens corrompus, aux guerriers et dirigeants menteurs et despotes, et dont on étale au contraire leurs faits et méfaits en première page, des journaux, en avant sur les rayons des librairies, ou en tête de l'information à la télé... et dont on fait même des films.
Cherchez un journal, une revue, un magazine, qui met en prière page, le beau, le juste, le vrai, l'idéal, le rêve, la poésie...le méritoire du vécu...l'exemplaire de vertu... bénéfique et instructif pour à la jeunesse et aux adultes...
Pas un poème, pas une prose, pas une citation, pas un témoignage d'idéal ou de civisme. Absence totale de positivisme. Présence continuelle de négativisme.
Non, des prix Goncourt de ce genre et les ouvrages de ce genre sont à rejeter. Laissez les historiens décrire la vérité.


18.Posté par Tom Weber le 22/05/2007 16:54
Vous ne trouvez tout de meme pas que c est un peu gros...comment ce Aue parvient a se retrouver partout ou il faut? Ukraine et Babi Yar, Stalingrad, Budapest avec Eichmann, Auchwitz avec Hoss, Berlin durant la chute, dans le Bunker meme avec Adolph! Max Aue -- le Forrest Gump du Schultz Staffel !

19.Posté par Tom Weber le 22/05/2007 17:00
Merci Bouchard!!! j ignorai qu on avait aussi pique au cher Grossman. On a aussi puisee dans:
Le Royaume d Auchwitz, Otto Friedrich
Mein Krieg, Thomas Kufus & Harriet Eder
et aussi tres probablement chez
Beevor, Anthony La Bataille de Stalingrad -- voir dans Littel ou Hohenegg constate que presque tout les assieges ne meurent pas du feu enemi, mais de faim.
Aussi: Beevor, A
La Chute de Berlin

20.Posté par mias le 18/09/2007 17:22
A mon sens contrairement à ce que disent certains, Aue n'est pas tout à fait un allemand moyen (sexualité incestueuse, père disparu...) ce qui rattache son parcours à celui d'autres allemands part de la défaite de 1918, du traité de Versailles et de la crise et de l'humiliation qui en est résulté. Ensuite l'engrenage peut (heureusement pas pour tous) se mettre en branle, mais le héros "noir" avait des prédispositions idéologiques malgré sa culture, ses amis français étaient plus extrêmes que la moyenne !!!
Pour la comparaison entre l'idéologie hitlérienne et le communisme de Staline bien sur les idéaux étaient bien éloignés (l'internationnale contre le heimat) mais aux mains de dictateurs sanguinaires... ils font jeu égal dans l'horreur et je doute que les millions sacrifiés dans les deux cas aient trouvé un grand réconfort à cette différence.
Je trouve que ce livre montre bien la différence qu'il y a entre la facilité de décider et de signer la solution finale et la difficultés même pour les SS de se retrouver avec le regard des hommes femmes et enfants et l'horreur des chairs explosés. On voit bien également la problématique des dirigeants et de l'industrie qui jouent à un horrible jeu de société en affectant les forces de travail (quitte à s'arranger provisoirement avec la doctrine) , en utilisant les haines entre peuples puis les sacrifiant avec un seul objectif triompher à tout prix.
Ce livre a surement de nombreux défauts mais il est très fort, je ne sais pas si l'auteur à voulu faire passer un message l'idéologique pervers, je trouve qu'il peut faire réfléchir sur de nombreux aspects, l'obéissance et la désobéissance, le détournement d'idéaux, la recherche de boucs émissaires, il montre de manière plus crue la réalité et l'horreur. Certains trouvent qu'on voit trop de malheurs notamment aux informations télévisées, mais entendre tous les jours que 30 ou 50 personnes ont perdu la vie en Irak lors d'un attentat n'empêche personne de manger, alors que la réalité est tout de même corps mutilés, membres arrachés, souffrances...

21.Posté par Alex K. le 02/10/2007 01:15
Il n'y a rien de révisionniste dans ce livre.
Il est normal et naturel de comparer le communisme et le national-socialisme.

Le but de 2 régimes était d'exterminer les démocraties bourgeoises "corrompues". Tandis que le premier s'est acharné sur certaines classes sociales, l'autre a fait la Shoah.
Quelle est la différence entre les exécutions sommaires des paysans, intellectuels, officiers désarmés et ... les exécutions sommaires des Juifs?
Aucune. Tous ces morts sont égaux. Ces atrocités étaient dictées par la nature même de ces régimes respectifs, elles étaient pour eux une horrible nécessité.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que sans Staline, Hitler n’'aurait jamais réussi à édifier sa machine de guerre. Un bon nombre de ses armes offensives ont été créées et testées en URSS avec la bénédiction des Bolchéviks.

22.Posté par fbmarin le 13/12/2007 21:35
heureusement qu’il a eu un prix, sinon personne n’aurait ouvert cette chose. Jamais je n’avais lu quelque chose (sic) comme cela ( je peux me vanter d’être une des rare à l’avoir lu jusqu’au bout, mais en sautant des paragraphes, voire des chapitres), et du point de vue du contenu cynique, monstrueux et froid à souhait, j’espère qu’il n’y en aura pas d’autre ! et du point de vue de la forme : une écriture a-lingue où les tournures ne choisissent pas entre le français, l’allemand, et l’anglais. Trouvez quelqu’un qui vous le prête, il le fera volontiers, il y a un coté pestiféré dans la chose qui fait qu’on est content de s’en débarrasser provisoirement, et tapez vous les 100 premières pages pour voir ? C’est une expérience. Et si vous voulez pire, si vous supportez, allez voir du coté de la page 600. .. avec un mouchoir. Plus, ce n’est pas utile.

23.Posté par JUJU le 22/01/2008 19:04
Je me suis attelé a ce pavé de 800 Gr mal commode à lire le soir au lit.
la bibliothéquaire m'a dit prenez votre temps, personne n'en veut !
Sur la question, j'avais largement préféré [la mort est mon métier ]de Merle je crois.
Pas de divagations oniriques sur la chiasse, sur les beaux jeunes hommes! sur les dirigeables qui survolent les rviéres ou des femmes nues se proménent, dans des barques ????
Si certaines pages sont trés bien documentées et écritent, d'autres relèvent du descriptif de l'annuaire des services des forces armées allemandes.
Il aurait pu au moins nous renseigner sur Céline, Rebatet, Brasillach

24.Posté par Lyonel Baum le 10/05/2008 10:31
Le temps passe et les lectures approfondies du roman de J. Littell relativisent les commentaires d'Edouard Husson et de Michel Terestchenko. Jean Solchany pour la recherche historique et Florence Mercier-Leca pour la littérature , et quelques autres , de plus en plus nombreux, ne considèrent plus « Les Bienveillantes» comme un canular . Sans reprendre les propos hyperboliques de certains ( Georges Nivat , Pierre Nora et bien d'autres ) ceux qui ont lu et relu le livre énonce les qualités de cet événement littéraire. Jamais en 60 ans , une oeuvre artistique n'a pu rendre sur ce sujet ( l'apocalypse européenne pendant la seconde guerre mondiale ) , à ce niveau d'incandescence , l'effet de Réel qui émerge de cette narration. Comme le dit Solchany c'est un roman qui réussit là où le cinéma n'a jusqu'à aujourd'hui pas totalement convaincu. Peu d'oeuvres littéraires ont contribué de manière aussi efficace au «devoir de mémoire». La fiction , le témoignage et le livre scientifique constituent 3 approches différentes et non concurrentes du nazisme et de l'extermination des juifs. Certains lecteurs ne semblent pas prêts à reconnaître la légitimité de la démarche fictionnelle, alors que cette dernière jouera à l'avenir un rôle croissant dans la prise de conscience de la monstruosité du nazisme.L'intervention des intellectuels dans le débat critique est indispensable, mais il y a des limites à l'expertise historienne. S'exprimer sur le rapport à la vérité lorsqu'il s'agit de littérature( ou de cinéma ) présuppose une grande prudence.Les historiens ne doivent pas ruiner leur crédit en souscrivant à un fondamentalisme hypercritique qui conduit à assassiner un roman qui ne mérite pas un tel traitement. « Les Bienveillantes» apparaissent comme un texte exigeant. Il sollicite diverses compétences du lecteur et pas seulement culturelles.


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