En quoi le « trait simplifié » permet-il de remédier à ces handicaps ? En rien ! Au contraire nous accepterions, par la voie de ce traité, des dispositions hautement contestables :
-La création d’un ministre européen des affaires étrangères qui dans le rapport de forces interne de l’Union à 27 nous mettrait systématiquement en minorité c'est-à-dire à la remorque de la diplomatie américaine.
-L’extension du vote à la majorité qualifiée à des sujets ultrasensibles comme la politique de l’immigration sonnerait le glas de notre indépendance en la matière.
-Enfin la pondération démographique des votes du Conseil romprait la traditionnelle égalité de la France et de l’Allemagne dans les institutions européennes. Cette parité qu’avaient voulue les « pères fondateurs » pour des raisons d’équilibre politique, serait évidemment rompue au bénéfice de l’Allemagne (82 millions d’habitants). Cette modification figurait dans le projet de Constitution rejeté en 2005. Elle peut, certes, se discuter. Mais il est frappant de voir que M. Sarkozy la réintroduit sans aucune contrepartie : il aurait pu par exemple négocier un complément aux statuts de la Banque Centrale européenne : que celle- ci soit chargée de soutenir la croissance et l’emploi et pas seulement de lutter contre une inflation aujourd’hui jugulée. La concession -énorme- faite par M. Sarkozy aurait pu être mise dans le paquet d’une négociation franco-allemande particulièrement difficile (problèmes industriels sur EADS et Galileo, positions de négociation à l’OMC sur les droits de douane agricoles etc..).
Rien de tout cela ! M. Sarkozy commence son quinquennat sous les auspices de l’idéologie « boniste », en « grand seigneur » qui jugerait de mauvais goût de défendre d’abord les intérêts de la France tels qu’ils les avaient lui-même reconnus (à moins que ce ne fût par la plume de M. Guaino !). Vieille tradition européiste de notre diplomatie qui va à rebours de nos intérêts… Comme M. Jouyet doit être content !