30/01/2012 | 1621 vues
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Carnet de Jean-Pierre Chevènement
L’Europe, le boeuf et la grenouille
Dans Le Monde du 5 janvier, M. Thomas Ferenczi suggère que l’Union européenne se dote d’une vision et d’une stratégie « Mer Noire ». « Cette mer, écrit M. Ferenczi, est devenue une mer européenne et le sera plus encore quand la Turquie et puis éventuellement l’Ukraine adhéreront à leur tour ». M. Ferenczi évoque la question de l’énergie et en particulier celle des voies de passage du pétrole et du gaz de la Caspienne. Cette question, on le sait, oppose la Russie et les Etats-Unis.
Devinette : de quel côté tomberons nous, si ces élargissements devaient intervenir ? Evidemment, du côté des Etats-Unis où nous penchons déjà.
Le problème vient de ce que l’Europe, pour résoudre ses problèmes d’approvisionnement énergétique, a tout intérêt à nouer un partenariat stratégique avec la Russie. C’est ce qu’a fort bien compris l’Allemagne. Mme Merkel, à cet égard, a mis ses pas dans ceux de M. Schröder. Mais l’Allemagne veut aussi l’élargissement à la Turquie. Première contradiction.
L’Allemagne veut enfin une réforme institutionnelle de l’Union européenne qui prenne en compte son poids démographique dans les votes au Conseil européen. Si ces deux vœux se concrétisent, le centre de gravité de l’Union européenne se déplacera vers la Mer Noire. Faut-il rappeler que la Turquie, du point de vue démographique, pèsera, avant peu, aussi lourd que l’Allemagne ? Deuxième contradiction ! La vérité est que si l’Union européenne n’exclut pas de s’élargir encore, mieux vaut, alors, conserver le système actuel de pondération des voix au Conseil (29 voix pour les quatre « grands pays » : Allemagne – France – Grande-Bretagne – Italie et 27 voix pour l’Espagne et la Pologne). La Turquie recevrait le même nombre de voix que les grands pays : 29. Ainsi, le centre de gravité de l’Europe resterait plus à l’Ouest que si on devait adopter une pondération des voix en fonction de la démographie. Les intérêts de l’Europe Occidentale seraient mieux préservés. Nous ne courrions pas le risque de nous voir mettre à la remorque d’intérêts extérieurs, voire de nous laisser entraîner dans des conflits qui ne seraient pas les nôtres. Qui ne comprend que dans le rejet de la Constitution européenne par les peuples français et néerlandais il entre, pour une part non négligeable, le refus de voir le processus de décision européenne s’éloigner de plus en plus et tenir de moins en moins compte des intérêts des peuples qui ont formé le « noyau initial » (France – Allemagne – Italie – Benelux) ? L’Europe ne semble pas connaître la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le Vendredi 5 Janvier 2007 à 12:59 | Lu 6887 fois
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