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Jean-Pierre Chevènement face à Eric Besson au Sénat : "votre politique aiguise les faux débats entre la gauche et la droite en favorisant tous les extrêmes"


Voici la vidéo du débat en séance au Sénat sur l'immigration, le mardi 27 octobre 2009. Le sénateur Jean-Pierre Chevènement y interpelle le Ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Eric Besson.


Extrait de la dépêche AFP :
"Je constate, a déclaré Jean-Pierre Chevènement (RDSE), ancien ministre socialiste à l'adresse d'Eric Besson, que votre politique est une politique de surenchère sur le Front national".

"Cela ne peut qu'aiguiser les faux débats entre la gauche et la droite en favorisant tous les extrêmes, d'un côté la xénophobie, et de l'autre, le sans-papiérisme aveugle", a-t-il ajouté, opposant une fin de non-recevoir à la proposition de débat du ministre de l'Immigration.

Le sénateur du territoire de Belfort a estimé qu'il n'y avait "pas lieu de revenir constamment sur cette définition" de l'identité nationale, "surtout à l'occasion des problèmes posés par l'immigration, sauf à vouloir rouvrir le débat sur les deux conceptions de la nation, tranché par Ernest Renan, sur une conception citoyenne ou une conception ethnique" de l'identité nationale.

Compte rendu intégral de la séance du 27 octobre 2009 :
M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Chevènement.
M. Jean-Pierre Chevènement. Monsieur le ministre, vous avez déclaré à plusieurs reprises dans la presse mener la même politique de l'immigration que celle que j'avais moi-même conduite comme ministre de l'intérieur et que, à l'époque, il est vrai, vous approuviez.

Conduire une politique de l'immigration est une tâche difficile, mais nécessaire, et il n'existe pas de solution idéale. Mais êtes-vous prêt, monsieur le ministre, à régulariser les étrangers en situation irrégulière, non pas aveuglément, bien sûr, mais sur la base de critères d'intégration, comme je l'ai fait moi-même en 1997 en donnant une suite favorable à 80 000 demandes sur les 140 000 qui étaient présentées ? Vous noterez au passage que je n'ai pas fait preuve de laxisme puisque 60 000 demandes avaient été rejetées.

Si vous appliquez la même politique, monsieur le ministre, pourquoi les ministres de l'intérieur des différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2002 ont-ils modifié à trois reprises la loi relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France et au droit d'asile, la loi RESEDA, que j'avais fait voter en avril 1998 ?

Pourquoi, en particulier, avoir supprimé la clause de régularisation au fil de l'eau, qui permettait d'éviter les régularisations massives ?

Par ailleurs, pourquoi vous fixez-vous des objectifs chiffrés, qui, vous le savez bien, interdisent aux préfets de procéder avec humanité ?

Pourquoi, enfin, vouloir jumeler l'immigration et l'identité nationale, mais pour les opposer, à la veille des élections régionales, alors que l'identité républicaine de la France se définit essentiellement non pas par rapport à l'étranger, mais à travers des valeurs positives de responsabilité, d'humanité et de droit ? (Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe socialiste.)

M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Eric Besson, ministre. Cher Jean-Pierre Chevènement, c'est pour moi un plaisir de vous répondre…C'est un plaisir de répondre : jusque-là, il n'y a pas matière à hurler !

En fait, la formule que j'ai employée a été raccourcie, car je ne pense pas que nous menions la même politique. J'ai dit que vous aviez fait du bon travail – j'espère que vous me pardonnerez ces propos ! – et que vous n'étiez pas suivi dans le groupe majoritaire auquel j'appartenais à l'époque, ce qui vous avait exposé à un certain nombre de difficultés.

La période dite des régularisations massives est terminée, d'abord parce que le Pacte européen que j'ai évoqué l'interdit désormais pour les vingt-sept pays de l'Union européenne, et ensuite en raison du résultat des régularisations dont vous avez eu la responsabilité et auxquelles a procédé le Premier ministre espagnol, M. Zapatero. Celui-ci a d'ailleurs reconnu a posteriori que, si c'était à refaire, il ne le referait pas parce que cela avait créé un très grand appel d'air.

M. Jean-Pierre Chevènement. Évidemment, 600 000 régularisations !

M. Eric Besson, ministre. Autrement dit, nous n'avons désormais pas le droit de procéder à des régularisations massives et, de toute façon, la période actuelle ne s'y prêterait vraiment pas ; je crois même que c'est le contraire de ce qu'il faut faire aujourd'hui.

La France accueille chaque année sur son sol 200 000 étrangers au titre du long séjour, 2 millions au titre du court séjour, et elle accorde la nationalité française à 110 000 étrangers par an. J'ai déjà dit tout à l'heure qu'elle était en outre le pays le plus généreux en matière d'asile.

Cela n'empêche nullement, comme vous l'avez dit, monsieur le sénateur, de procéder à des régularisations. Vous avez évoqué les régularisations au fil de l'eau. L'article 40 de la loi de 2007 permet d'y recourir suivant des critères comme le travail, par exemple.

Pour conclure, je vous poserai une question : pourquoi opposez-vous immigration et identité nationale ?
M. Eric Besson, ministre. Nul ne le suggère. Le Président de la République a expliqué ce que l'immigration avait apporté à notre pays et affirmé qu'il était à la tête d'une France métissée. Mais il faut mieux intégrer ceux que nous accueillons, ce qui suppose de bien leur expliquer ce que sont nos valeurs communes. L'immigration peut continuer à nous apporter beaucoup à condition que ses acteurs adhèrent à nos valeurs. Je ne vois rien là qui puisse choquer le grand républicain que vous êtes. (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste.)

M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Chevènement, pour la réplique.
M. Jean-Pierre Chevènement. Monsieur le ministre, la politique que j'ai menée de 1997 à 2000 avait aussi pour objectif d'élargir les marges de manœuvre d'un gouvernement de gauche, ce qui n'est pas exactement votre ambition !

M. Jean-Pierre Chevènement. J'ajoute que, depuis 1789, l'identité de la France se définit comme une identité républicaine, fondée sur une communauté de citoyens partageant des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité.

Il n'y a pas lieu de revenir constamment sur cette définition, surtout à propos des problèmes posés par l'immigration, sauf à vouloir rouvrir le débat, tranché depuis 1889 par Ernest Renan, sur les deux conceptions de la nation : la conception citoyenne et la conception ethnique.

Il faut essayer de soustraire cette question de l'immigration aux surenchères du débat gauche-droite. C'est ce que j'ai fait, alors que votre politique consiste à faire de la surenchère par rapport au Front national. Elle ne peut qu'aiguiser les faux débats qui peuvent exister entre la droite et la gauche, en favorisant tous les extrêmes : d'un côté, la xénophobie, de l'autre, le « sans-papierisme » aveugle. (Très bien ! et applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe socialiste.)


Rédigé par Chevenement.fr le Mercredi 28 Octobre 2009 à 00:00 | Lu 6200 fois



1.Posté par Maël le 28/10/2009 00:25
Une mise au point utile.

2.Posté par Naradatta le 28/10/2009 12:05
Tout est dit. Néanmoins, tacler le sans-papiérisme, ça ne va pas vous faire remonter dans les louanges du PS. Bravo en tout cas de recentrer le débat.

3.Posté par Claire Strime le 28/10/2009 16:30
La méthode de M.Sarkozy est éculée, c'est le papier-carbone du jeu Mitterrand-Pasqua en 1986. Pour qu'elle puisse marcher il fallait que les libéraux-libertaires sansfrontiéristes et sans papieristes foncent tête baissée.
Eh bien c'est le cas!!! Les déclarations des verts, du modem, de Besancenot, du PC, de certains portevoix du PS, doivent particulièrement ravir M.Sarkozy.

4.Posté par Pascal Olivier le 29/10/2009 11:57
La droite a en effet de beaux jours devant elle. Il lui suffit d'à peine lever le hochet de l'identité nationale pour que presque toute la gauche marque contre son camp.

JPC a bien fait de rappeler que l'identité de la France se confond avec la République, que nous ne sommes pas une nation ethnique mais politique, "débat tranché par Ernest Renan" précise-t-il.

Mais que penserait Renan s'il se retrouvait parmi nous aujourd'hui ?
"Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements." in Qu'est-ce qu'une nation ? Conférence donnée en Sorbonne en 1882 par Ernest Renan.

Les maints soulèvements, petits ou grands, dans les territoires perdus de le République aux cris d'allah akbar, la revendication d'une parité politique en lieu et place de l’égalité, l’allégeance supranationale à la «oumma», la séparation avec le voile islamique et jusque dans la mort avec la revendication de cimetières musulmans ainsi que les mosquées, lieux politiques d'extra-territorialité, sont-ils compatibles avec cette définition de la nation ? C'est Ernest Renan lui même qui nous donne la réponse. "L'islamisme (à l'époque on n'avait pas inventé la très peu pertinente discrimination entre islam et islamisme) ne peut exister que comme religion officielle ; quand on le réduira à l'état de religion libre et individuelle, il périra. L'islamisme n'est pas seulement une religion d'État, comme l'a été le catholicisme en France, sous Louis XIV, comme il l'est encore en Espagne, c'est la religion excluant l'État... L'islam est la plus complète négation de l'Europe ; l'islam est le fanatisme, comme l'Espagne du temps de Philippe II et l'Italie du temps de Pie V l'ont à peine connu". Discours au Collège de France en 1862.

Comment se fait-il que nous soyons tellement silencieux sur la menace mortelle qu'est l'islam pour notre nation politique ? Nous n'avons même pas salué au nom du MRC la création d'une commission parlementaire sur le voile intégral. Christian Hutin l'a fait sur son site ainsi que d'autres camarades mais pas le MRC. Question absente de notre université d'été y compris de la table ronde sur la crise des valeurs. Y a-t-il un interdit à une critique de gauche de l'islam ? Je me souviens du congrès de la Bidassoa en 2004, peu après la loi de mars 2004 sur la laïcité qui mettait fin à 15 ans d'errements post jospinien sur le voile à l'école, congrès où pendant 20 minutes à la tribune nous entendîmes un discours fustigeant les encycliques papales du 17ème siècle ! La gauche organisée est-elle condamnée à l'anachronisme et à ce que se soit toujours la droite poussée par la pression de militants de gauche isolés qui permette les avancés, certes très insuffisantes, comme la loi de mars 2004 ou la prochaine loi sur le voile intégral ? Pourtant que la gauche est belle et grande quand elle est la gauche, quand elle s’oppose en chantant la Marseillaise à l’Assemblée nationale, quand elle combat l’adaptation du Code civil à la charia en matière fiduciaire et que 60 députés du parti socialiste obtiennent gain de cause par un recours auprès du Conseil constitutionnel contre cette introduction de la charia.

Ce n’était sans doute pas le moment en raison d’arrière-pensées de Sarko-Besson, mais un débat national sur notre identité est plus que jamais nécessaire à l’heure où la patrie est en danger ne serait-ce que pour réaffirmer la spécificité politique de notre nation.


5.Posté par gasoil le 30/10/2009 00:44
rien à rajouter sinon qu'il n'y a pas grand monde au sénat... comment voulez vous que le peuple renoue avec le politique ?

http://republicain.noadforum.net/

6.Posté par Claire le 06/11/2009 15:51
Bonjour,

Cela est intéressant. Pourquoi poster des vidéos si courtes sur le blog, alors qu'on voudrait bien entendre tous les arguments de M. Chevènement.

CD

7.Posté par Michel joblot le 23/11/2009 09:30
Maintenant c'est clair!

Après les déclarations de Martine Aubry ce week-end, la Gauche "sans-papieriste" et le lobby Gay financé par le milliardaire Pierre Bergé (qui a financé, entre autre, Ségolène Royal) a gagné à "Gauche"!

La stratégie choisie par "la Gauche" (PS et apparentés ou ...obligés) est une stratégie moisie, rance, déjà vue, usée à force d'avoir servie : redonner des couleurs au Front National, pour affaiblir Nicolas Sarkozy et gagner des élections...
en dépit du spectacle lamentable qu'elle présente tous les jours au français.

Régularisation massive des "sans-pap" (lire des travailleurs clandestins) ; mariage gay, adoption par les couples de même sexe ; droit de vote des étrangers, "gestation pour autrui", etc... autant de chiffons rouges pour ceux qui ont votés un jour pour le FN ...

Triste constat, le seul espoir pour cette Gauche faillie : faire remonter le vote FN, sauver le Parti de Jean-Marie Le Pen ; pour rejouer « la martingale » de François Mitterrand : faire vivre le FN et grâce a une pression morale exercé par leurs relais médiatiques, empêcher l'alliance FN et reste de la Droite, pour gagner les élections tout en étant minoritaire.

Calculs d'apprentis-sorciers !
outre que le rejet des mesures "sociétales" que proposent la Gauche n'est pas l'exclusivité des partisans du FN (qui dira que seuls les "fascistes" sont contre ces lois scélérates ), le FN de Marine ne sera pas le même que celui de Jean-Marie," l'interdit" beaucoup moins fort, et les alliances avec lui, beaucoup plus envisageables (surtout si il change de nom).

Cette "Gauche nullisime" est en train de favoriser en France, une situation "à l'italienne" : l'alliance du centre jusqu'à l'extrême-gauche, incapable de battre la droite alliée à l'ex-extrême droite.

Ceux qui prétendent construire une alternative à Sarkozy sont au contraire en train de faire sa fortune, car Sarkozy qui n'a aucune limite idéologique ; pour conserver le pouvoir il fera soit alliance avec la "Droite Nationale" ou prendra des mesures pour satisfaire ses électeurs... et gagnera les élections face à une Gauche invertébrée et sans tête , qui n'en finit plus de se partager les lambeaux de « l’héritage » de François Mitterrand, ce combat de nains pour être "Le candidat" à l'élection présidentielle est pathétique!

Que vient faire Jean-Pierre Chevènement dans cette galère !?

8.Posté par Claire Strime le 23/11/2009 16:22
Je ne crois pas que le mariage gay et le sanspapiérisme soient sortis uniquement dans le but tactique de bloquer la sondagière bonne tenue de Ségolène Royal (même si M.Aubry et surtout B.Hamon doivent y penser le matin et pas qu'en se rasant).

Ce genre de slogans, on croirait ceux du FG aux dernières européennes!

Histoire de faire passer l'européisme et le libéralisme sans aucun contrepoids qui est le positionnement idéologique de fond d'une bonne partie de la gauche française.

Sur ce blog certains posts dont j'ai gardé la mémoire expliquaient assez bien cela à propos de la tactique électorale à adopter pour les européennes.

9.Posté par Pascal Olivier le 24/11/2009 15:15
Que vient faire Jean-Pierre Chevènement dans cette galère !? (Michel Joblot)

Le MRC est toujours piégé par les très honorables accords politiques (pas électoraux) qu'il signe avec le PS. Nous sommes pour eux un reproche vivant, leur conscience morale en exil, leur aiguillon républicain comme on aime misérablement à le répéter. Ils savent que nous sommes l'orthodoxie socialiste républicaine. C'est pourquoi le MRC ne se renie pas en signant avec le PS. Qu'il en sorte a chaque fois trahi et cocufié est une autre affaire. La cause de l'échec des négociations avec le Front de Gauche pour les européennes est principalement qu'il aurait fallu se renier.

C'est toutes proportions gardées le même problème qu'avec la création du CFCM. A la question de l'insincérité des signataires ou de certains d'entre eux, JPC répond, à raison peut être, que son "rôle n'est pas de sonder les cœurs et les esprits".

La situation à l'italienne qu'évoque Michel Joblot pour la gauche française est plus que jamais son horizon d'autant plus que si le MRC n'amende pas le paragraphe 20 de son programme de salut public, il aura abandonné sa position alambiquée et obscure sur l'adhésion de la Turquie pour s'aligner sur celle de Michel Rocard. De l'extrême gauche au centre gauche tout le monde sera d'accord à l'exception, peut-être, de Laurent Fabius. La perspective de retrouver le peuple s'éloigne de plus en plus.

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