Carnet de Jean-Pierre Chevènement

Garder la boussole


Enfourcher la rossinante des critiques bruxelloises pour combattre la politique de Nicolas Sarkozy est une tentation dont la gauche doit se prémunir. On entend certains socialistes se réfugier sous les jupes de la Commission et reprendre ses attaques, pour prendre à Paris des habits d’opposants.


Mais la gauche aurait tout à perdre à se confondre avec la critique libérale qu’on entend exprimer à Bruxelles ou à Berlin. Elle aurait tout à perdre à déplorer le déficit budgétaire français au nom du carcan du pacte de stabilité européen, à rejeter le volontarisme industriel national au nom de la libre concurrence communautaire, ou à critiquer la capacité d’action et les atouts propres à la France dans les relations internationales.

Les responsables de la gauche n’ont pas à se transformer en exilés de Coblence, et à reprendre les fatwas de la Commission contre la politique française dès lors qu’elle sort – si peu que ce soit - des sentiers battus de l’orthodoxie monétaire, du dogme de la concurrence ou de la paralysie communautaire. Si la gauche se laissait enfermer dans cette posture, elle se couperait du peuple !

La crédibilité d’une opposition vraiment républicaine ne consiste pas à faire flèche de tout bois, mais à s’arrimer à un projet exigeant qui donne cohérence à la critique démocratique.


Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le Mercredi 1 Août 2007 à 16:45 | Lu 6965 fois



1.Posté par snyck le 01/08/2007 20:00
Le P.S. doit redevenir le P.S. , ce qu'il n'a pas compris à des moments historiques. La parenthèses des accomodements est terminée. L'esprit du CERES et de SOCIALISME ET REPUBLIQUE doit à nouveau souffler . A chacun de prendre ses responsabilités.L'occasion est unique , la rater serait une erreur stratégique monumentale.

2.Posté par FRANCOIS jean M.R.C. 62 le 01/08/2007 23:16
le Pas de Calais a fait adopter lors des derniers congrès du MRC quelques lignes sur le choix exigeant de ''la préférence sociale'' par la mise en oeuvre d'une nouvelle forme de productivité.
ne serait il pas judicieux de les reprendre dans le cadre du futur projet de l'opposition ?

3.Posté par la fourmi rouge le 02/08/2007 13:20
comme snyck

et le rôle du MRC avec vous, est majeur : là aussi l'occasion est unique.

4.Posté par Xavier DUMOULIN le 04/08/2007 00:43
Les feux de l’été du foutriquet : de la fiscalité aux franchises, des fonctionnaires à l’amalgame de tous les fauteurs de troubles …

Monsieur Sarkozy garde sa boussole. Il a de la suite dans les idées mais il a de bien mauvaises idées. Il croit à son génie et à sa destinée. Vous allez voir ce que vous allez voir, se convainc sans doute ce président agité en pressant son entourage de conduire à pas de jogging son satané programme ! Mesures symboliques et réformes profondes s'enchevêtrent pour signifier à une opinion engourdie et ébahie sa fidélité à son projet de rupture. Enrichissez-vous ! A bas le fiscalisme et dehors la chienlit ! La droite, la vraie, gouverne… et ne fait pas semblant. Et tous les empêcheurs de tourner en rond n'ont qu'à bien se tenir ! Avis aux grèvistes ! Et pas de quartier pour les jeunes récidivistes ou clandestins !

La logique de cette furieuse politique repose sur une vision économique très libérale couplée d'une idéologie néo-conservatrice sur fond de volontarisme et de personnalisation d'un pouvoir hyperconcentré, le tout façon Second Empire. La cohérence dans tout ça ? Inutile de se prendre la tête. Fichtre ! On fait dans la caricature manichéenne : d'un côté l'ordre, l'initiative, le travail, l'argent, l'effort récompensé ; de l'autre le laxisme, l'assistanat, la bureaucratie envahissante et parasitaire. Les réponses, inspirées de nos déclinologues experts et des franges de l'extrême-droite, ne coulent-elles pas de source ? La soi-disante revalorisation du travail derrière laquelle on masque une politique tout à l'avantage des riches. Pour donner le change N. Sarkozy use de faux-semblants et de longues litanies ; les exonérations des cotisations sont instituées pour permettre aux salariés de gagner plus, les suppressions de postes dans la fonction publique, pour mieux payer les fonctionnaires, le bouclier fiscal et l'exonération des droits de succession, pour faire revenir les entrepreneurs… Comment aller à l'encontre de si bonnes intentions quand les repentis et ralliés bien récompensés cautionnent cette politique décomplexée ? Prenez la dernière et généreuse trouvaille annoncée hier dans la capitale du thermalisme ; les franchises sur les soins, destinées à la recherche et à la prise en charge de l'Alzeimer, c'est à dire les malades payant pour les malades. Il fallait y penser. Et, surtout, oser.

Cette ambiance idéologique délétère, jouant sur l'opposition des Français, se répand dans la plus grande confusion des genres. En réalité, d'où vient l'argent facile ? De quelques aides aux plus fragiles, toujours allouées sous conditions sociales peu enviables quand les revenus du travail décrochent par rapport à ceux du capital ? Ou bien des stock-options, des revenus du capital et de la rente ? Mais qui sont alors les profiteurs du système quand les bas salaires sont légion et la précarité au travail devient un modèle à généraliser ? “L'amour aussi est précaire”, se plaît à déclamer Laurence Parisot, alors pourquoi pas le travail ? Histoire de hâter, côté patronal, la réforme attendue du contrat de travail. Foutre ! Et ce matin voici la très précieuse Roselyne Bachelot moquant sur les ondes la mesquinerie de ceux qui refuseraient de payer quelques euros de plus pour vaincre l'Alzeimer ! Dans la gêne pas de plaisir : on exonère les riches des droits de succession, on leur offre un bouclier fiscal, on augmente les honoraires des médecins et on voudrait culpabiliser les couches populaires.

Entendrons-nous bientôt proférer des insultes à l'encontre de la “Gueuse” ? On risquerait alors de ressusciter le Père Duchêne apostrophant ainsi ” Messieurs les foutriquets aristocrates à culottes serrées, à grosses cravates, à petites cocardes… ” auxquels il s'adressait pour s'exclamer menaçant dans sa 26°lettre ” n'agacez pas le dogue patriote “.

Les remèdes de chien de notre docteur Diafoirus, partent d'un diagnostic vicié pour une thérapie de choc qui pourrait bien être fatale. La redistribution à l'envers c'est un manque à gagner considérable avec un effet mécanique sur le niveau d'endettement sauf à tailler dans le vif des dépenses publiques, d'où les suppressions de postes de fonctionnaires par dizaines de milliers. C'est assurément de l'argent qui va à l'argent et non à la consommation dont on connait l'impact décisif sur la croissance et l'emploi. Les franchises, ce sont des bombes à retardement pour tous ceux qui diffèrent les soins et se trouvent ensuite dans une situation sanitaire aggravée. Ce dispositif n'est-il pas la négation d'une politique de prévention dont on sait l'importance ? En raison d'un prétendu service minimum, c'est la remise en question du droit de grève. Dans tous les domaines, c'est le triomphe d'une réaction contre l'Etat social, la protection des travailleurs et des plus vulnérables.

Le sens caché de cette boulimie de réformes, autant iniques qu'ineptes, mérite d'être dénoncé avec la sévérité qui sied à pareille entreprise de destabilisation économique, sociale et idéologique. Car ça devrait pourtant tomber sous le sens ce non sens au pouvoir d'un pouvoir pourtant chargé de sens. A sens unique, bien sûr.


5.Posté par Xavier DUMOULIN le 07/08/2007 13:24
Succès diplomatique ou charlatanisme ?

L'affaire des otages libyens va -t- elle devenir celle du couple présidentiel après les “révélations” de Saïf al-Islam Kadhafi ? Beaucoup de flou entoure encore les conditions supposées ou réelles de l'extradition des infirmières bulgares et du médecin palestinien en Bulgarie. Sauf à faire preuve de grande naïveté, on ne saurait cependant reprocher à la France de défendre des positions commerciales en Libye. On doit même, de notre point de vue, dissocier très clairement les questions sur la nature des transactions (armement, nucléaire civil, santé, etc.) avec un pays souverain tel que la Libye de celles qui encombrent l'heureux dénouement de cette affaire.

Cet empressement excessif du président Sarkozy à transformer en succès diplomatique la visite de son épouse, alimente ainsi le doute sur ce qui pourrait n'être en fait, selon certaines rédactions de la presse française et internationale, que l'acceptation des termes de l'échange basé sur un odieux chantage. C'est en tous cas la thèse du fils de Kadhafi envers lequel on ne devrait cependant pas prêter plus de crédit qu'aux dénégations du président français. Ceci met gravement en cause, tant d'un point de vue moral que politique, l'action de la France car, force est de constatre qu'un doute profond s'installe dans l'esprit d'une opinion surprise par cette mise en scène d'une Cécilia, glorieuse ambassadrice des bonnes causes. Bernard Kouchner, ce numéro zéro de la diplomatie française dans cette affaire, éprouve quelques difficultés à justifier l'attitude française devant les parlementaires de l'opposition, hier encore ses proches amis. C'est qu'il boit le calice jusqu'à la lie, le French doctor assoiffé de notorité et mis cependant à l'écart de façon peu élégante, en contradiction avec les usages diplomatiques jusqu'alors en vigueur.

Dans cette affaire, les méthodes du président pourraient bien ternir l'image de la France et affaiblir à terme nos capacités d'initiatives internationales. Notre opinion, désabusée par cette grimace aux principes diplomatiques, risque même de jeter le bébé avec l'eau du bain. S'il s'avérait en effet que les contrats conclus par des entreprises porteurs d'intérêts français étaient d'une certaine façon viciés par les conditions de leur signature, il y a fort à parier que notre ” patriotisme économique “ en subirait quelque affaiblissement. A force de tout mélanger et de confondre la gloire médiatique éphémère avec la défense des intérêts nationaux, le président Sarkozy pourrait non seulement salir sa réputation mais entamer celle de la France en Europe et dans le monde. Qui oserait alors encore parler de succès diplomatique ? Quant à savoir si l'on doit fournir le nucléaire à la Libye c'est un autre sujet à part entière.


6.Posté par xavier le 08/08/2007 21:02
Bonjour

Ou sont les Don quichotte,heureusement le climat se réchauffe,mais si jamais il refait froid ?


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