Que retiendrez-vous des dix années de François Hollande à la tête du PS?
Je regrette qu'il n'ait pas cherché à faire une synthèse anticipatrice avant même le référendum sur la constitution européenne entre ceux qui s'apprêtaient à dire non et ceux qui se rangeaient dans le camp du « oui ». Il a tout subordonné au maintien de l'unité d'un parti en fait profondément divisé sur le fond. Mais il mérite des circonstances atténuantes: la tâche était rendue très difficile par le poids de l'héritage.
Comment jugez-vous le volontarisme de Nicolas Sarkozy?
Le président de la République mérite d’être jugé sur les actes. Chaque fois qu'il prend des mesures positives, soyons prêts à le reconnaître. Par exemple la gouvernance autonome des universités ou l’amélioration du crédit impôt-recherche sont de bonnes initiatives. D'autres mesures sont moins opportunes, comme les cadeaux fiscaux aux plus favorisés ou encore le voyage de Bernard Kouchner à Bagdad qui n'a pas été une réussite. L'occupation en permanence de la scène médiatique me parait dangereuse, grosse de dérapages.
Que pensez-vous de la candidature Dominique Strauss-Kahn au FMI?
Je le jugerai lui aussi sur les actes.
La France s'aligne-t-elle sur les Etats-Unis ?
Ce que je crains dans la politique de Nicolas Sarkozy, c'est que, sous prétexte de ménager l'hyperpuissance américaine, il ne lui résiste pas quand il le faut. Nous sommes devant un chapelet de crises : le chaos au Moyen-Orient, l’Irak toujours occupé, l’évocation – à mon sens malheureuse – d’un « bombardement » de l’Iran, le ralentissement prévisible de l’économie mondiale, l’euro cher, conséquence de l’affaiblissement du dollar, etc. Or, le gouvernement n’anticipe pas : son budget repose sur une prévision de croissance à 2,5 %. En bien des domaines il risque d’être pris à contre-pied. A mon sens, la France n’a pas intérêt à donner le sentiment d’un alignement systématique sur les Etats-Unis.