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Entretien avec Jean-Pierre Chevènement dans Le Monde à propos de l'échec du référendum en Corse


Entretien paru dans Le Monde, 8 juillet 2003


Cet entretien a été relu et amendé par M. Chevènement.

Vous vous étiez prononcé en faveur du "non". Que vous inspire ce résultat ?
La Corse aspire à la normalité républicaine. Elle a dit non à un rafistolage institutionnel concocté entre M. Sarkozy et les indépendantistes. C'est un échec pour ceux-ci comme pour le gouvernement. C'est aussi un échec pour le PS, qui s'était engagé bien imprudemment à soutenir un projet de statut qui faisait des indépendantistes la clé des futures majorités dans l'assemblée corse. C'est surtout une victoire des républicains, regroupés derrière Emile Zuccarelli, Nicolas Alfonsi et Jérôme Polverini. Au-delà de la Corse, c'est un échec pour M. Raffarin, pour sa réforme constitutionnelle à l'enseigne d'une France pseudo-décentralisée. La France ne veut pas être découpée en une multitude de fiefs et de baronnies. Elle attend qu'on lui fixe une claire perspective républicaine.

Les Corses ont-ils rejeté la nouvelle organisation territoriale ou le risque de conforter les indépendantistes ?
Je crois qu'il y a, dans l'île, une grande méfiance à l'égard de toute dérive vers l'indépendance ou vers quelque chose qui y ressemblerait. Les indépendantistes ont toujours réaffirmé leur objectif. Le facteur décisif a sans doute été le rejet d'un statut particulier concocté en haut lieu et le besoin profond d'un ancrage dans la France et la République. La Corse a montré qu'elle ne voulait pas se laisser acheter. Elle a un tempérament quelque peu rebelle. Cela mérite d'être salué dès lors que cela s'exprime par la voie des urnes. Je dis bravo !

Le statu quo vous paraît-il de nature à résoudre les problèmes qui se posent dans l'île ?
Je n'ai jamais donné la priorité aux réformes institutionnelles mais je ne les ai jamais exclues non plus. Et on peut imaginer qu'avec l'accord d'Emile Zuccarelli et des autres républicains de l'île, quelques mesures de bons sens puissent être prises, par exemple augmenter la prime majoritaire pour la liste arrivée en tête à l'élection de l'Assemblée de Corse. Ce serait un moyen de donner à l'île une majorité stable, gouvernable, dont la Corse a besoin pour mener à bien son développement. Les Corses, comme les Français du continent, ont besoin d'une claire majorité dans leur collectivité. Ils ont manifesté leur attachement au département, parce que le département, c'est aussi la proximité. Ils ont refusé la concentration de tous les pouvoirs dans une assemblée élue au scrutin proportionnel où les indépendantistes auraient été les maîtres du jeu.

L'arrestation d'Yvan Colonna a-t-elle, selon vous, modifié le vote des nationalistes, favorables au "oui"?
C'est très difficile à dire. Cette autre bonne nouvelle pour la Corse aurait pu, tout aussi bien, peser sur la détermination de l'électorat républicain qui souhaitait une manifestation de fermeté. Il est hasardeux de spéculer sur les effets de cette arrestation mise en scène à grand spectacle. Arrestation dont je me réjouis au demeurant.

Cet échec du gouvernement obère-t-il la mise en oeuvre de la loi de décentralisation ?
Je pense que c'est un très mauvais coup pour l'idée de l'Europe des régions. Les Français viennent de manifester, à travers leurs concitoyens de Corse, leur attachement au modèle républicain et leur refus d'une dissociation de la France. Je me tue à le répéter depuis très longtemps. Dans cette élection, l'UMP, le PS, les indépendantistes, la moitié du PRG pesaient dans le sens du "oui" et c'est le "non", défendu par les républicains, très minoritaires en apparence, qui l'a emporté. Cela devrait faire réfléchir plutôt que de susciter des commentaires aigres-doux. M. Sarkozy enferme le débat dans un faux dilemme : le statu quo ou le progrès qu'il incarnerait ! On peut quand même concevoir les choses autrement !

Propos recueillis par Christine Garin


Mots-clés : corse
Rédigé par Chevenement2007 le Mardi 8 Juillet 2003 à 21:47 | Lu 4896 fois


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